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                    <text>(A N C IE N N E U N IO N M É D IC A L E D E L A P R O V E N C E )

Journal publié par 1IM. les Docteurs
C. B lanchard , C happlain , Coste, D espine , A. F abre ,
C. F lavard, Qouzlan, C. I snard, Magail, A. Martin, Métaxas,
Mireur , E. N icolas , C. Olliv e , S irus-P irondi, Queirel ,

d 'Astros ,

L. Rampal , R eynès , R oderty, J. Roux (de Brignoles), Sauvbt,
S eux père, S eux 111s , V an-G aver, V illard , V illeneuve père,
V illeneuve fils.

Directeur : A. F abre.

6 me A n n é e .

MARSEILLE.
TYP. ET LIT1I. BARLATIKR—FEI8SAT PERE ET FILS ,
R u e V e n tu re , 10.

1860.

�( a n c ie n n e

U n io n

M é d i c a le d© l a

rro v e n c e )

SOMMAIRE :
U ne T ransformation , par le Dr A. Fabre.
M émoires. (Des Ilématocèles de la région du testicule), par

leDr Chapplain,—
(Des moyens do recherches à employer pour retrouver l’origine probable
des douves distoma hepaticum et distoma lunceolatum) , par le Dr Reynès.
—( D’une méthode encore pru connue pour la réduction des hernies),
par le Dr Chavernac.
C linique de i \ ville . (Fièvres typhoïdes), par le DrSeux.
C linique des hôpitaux . Hydropneumolhorax consécutif à une pneumonie
suppurép, par M. Laget.— Pneumonie adynamique, traitement par l'éther
phosphoré, guérison par M. Vidal (de Cassis).
B idliograpiiib, Psychologie naturelle du I)' Despine, par le Dr Roberly.
C ompte- rendu des sociétés savantes . Société Impériale de Médecine de
Marseille. —Sociétés savantes de France.
R evue des journaux français .
R evue des travaux étrangers . (Sur

les récents ouvrages de Dr de Luca,
do Naples), par le DrSirus-Pirondi.—Travaux anglais : Hodgkin, calculs
biliaires; William Marcel, traitement de la phthisie par l’acide carholique,
par le Dr Emile Nicolas

C hronique mensuelle . — Causeries .— Concours.—N ouvelles d’outre - mer .
— N ouvelles diverses .

UNE TRANSFORMATION.
Dans le mouvement scientifique qui fait la gloire de la méde­
cine actuelle , le corps médical de Marseille aspire à occuper
une place digne de lui.
Marseille possède une école importante et de magnifiques
hôpitaux. Dans sa population, de plus en plus nombreuse, des
hommes de toutes les races et des maladies de tous les pays
fournissent à l’observation clinique une riche moisson. Parmi
ses médecins, il est des praticiens expérimentés qui connais­
sent aussi bien que les princes de la science l’art si difficile
de guérir les malades ; ses chirurgiens les plus habiles savent,
au besoin, créer des opérations. L’institution du concours

�6

A. FABRE.

pour l’école comme pour les hôpitaux nourrit dans sa jeunesse
le feu sacré de l’émulation, et les luttes brillantes auxquelles
nous avons assisté naguère sont, sous ce rapport, la garantie
la plus sùrq des promesses que nous fait l’avenir.
Guidé par ses aspirations, parla connaissance de ses ressour­
ces et par le sentiment de sa valeur, le corps médical de Mar­
seille veut avoir un journal qui soit la preuve de son activité
scientifique et le recueil de ses travaux.
Il
y a cinq ans déjà , l’Association Médicale des Bouchesdu-Rhône, pressentant le réveil qui se manifeste en ce moment,
avait créé ÏUnioti Médicale de la Provence. Destinée à une
œuvre scientifique au moins autant qu’à une œuvre profes­
sionnelle, cette publication a rempli son double but. Aujour­
d’hui, des circoustances nouvelles font naître des besoins nou­
veaux et nécessitent non pas la destruction mais l’améliora­
tion de ce qui existait hier. L’Association,maintenant prospère,
peut se passer d’un journal qui démontre son utilité; la mis­
sion professionnelle de l'Union Médicale est donc accomplie.
Quant à sa mission scientifique, elle l’a fidèlement remplie;
elle a inséré d’excellents mémoires qui ont eu, dans les jour­
naux de Paris, l'honneur de l'analyse et de la reproduction ;
elle a prouvé qu'à Marseille un journal de médecine peut vivre
longtemps en consacrant toutes ses pages à des travaux sé­
rieux.
Mais la loi du progrès est impérieuse; elle demandait une
transformation ; elle voulait que VUnion augmentât ses colon­
nes ; elle exigeait qu'en ce journal fût représenté dans tous ses
éléments le corps médical de notre grande cité.
Cette transformation réclamait, de la part de ceux qui la
tenteraient, non seulement des travaux intellectuels, mais en­
core des sacrifices pécuniaires; l’Association , bridée par ses
statuts, ne pouvait l’entreprendre; des hommes de dévoue­
ment , parmi lesquels se trouvent les anciens rédacteurs de
l'Union, ont tenu à honneur de l’accomplir ; et voilà comment
l'Union Médicale de la Provence est devenue Marseille Médical.
Bien que les auteurs de cette transformation comptent par­
mi eux le directeur et plusieurs professeurs de notre école,

UNE TRASFORMATIOW

la plupart des médecins et chirurgiens de nos hôpitaux,
les dignitaires de l’Association Médicale des Bouches-du-Rhône
et de la Société Impériale de médecine, Marseille Médical
ne sera jamais l’organe exclusif de l’un de ces corps ni môme
de tous réunis; la pensée des médecins qui constituent la
société nouvelle est plus large encore; ils ont voulu que tous
ceux qui cultivent la science, qu’ils jouissent ou non d’une
position officielle, puissent trouver place au milieu d’eux sur
le pied de l’égalité la plus complète; unis dans un môme sen­
timent de bien public, ils ont tenu à écarter tout ce qui pour­
rait mettre en relief leur propre personnalité ; c’est pourquoi
leurs noms figurent par ordre alphabétique et sans énuméra­
tion de titres , sur la couverture du journal.
Celui que les suffrages de ses collègues ont désigné pour
veiller plus directement à l’œuvre commune, considère la
liste de leurs noms comme une puissante garantie de sympa­
thie et de succès. Cette liste montrera que les hommes les plus
respectés de la médecine marseillaise, refoulant ces pensées
d’antagonisme qui existent partout, se sonttendu la main pour
travailler ensemble au progrès de la science et à l'honneur
du corps médical.
Le journal est la propriété de tous, comme il est l’œuvre de
tous. Le directeur et les deux sous-directeurs , MM. C. Blan­
chard et Seux fils, ont une mission de dévouement à remplir ;
ils n’ont aucune autorité à exercer; ils doivent, à la fin de
leur mandat annuel, rendre compte de leurs actes à leurs pairs
qui les ont élus.
Il est donc bien évident que le journal n’est destiné à ser­
vir aucun intérêt individuel, mais qu i! sera consacré aux in­
térêts les plus chers d’un corps dont la devise est de s’honorer
en servant la science.
Aussi est-ce avec une pleine confiance que le directeur de
Marseille Médical s’adresse à ses confrères et surtout aux mé­
decins de Marseille et de la Provence, pour leur demander
leur concours actif et dévoué. Tous les médecins de Marseille
tiendront à honneur de faire prospérer un journal qui sera

�A. F A PRE.

UNE TRANSFORMATION.

le leur ; loua travailleront pour apporter leur pierre à l’édi­
fice; tous seront nos lecteurs et nos collaborateurs.
Il n’y aura ici d’exception pour personne , et les hommes
zélés qui, après avoir créé une institution de bienfaisance,
le dispensaire centrai, l’ont dotée d’un organe scientifique ,
le Sud Médical, tout en continuant d’accomplir leur œuvre
particulière, auront à cœur de contribuer à l'œuvre générale.
Mais nous venons faire un autre appel, plus spécial encore,
et plus pressant. Les rédacteurs de Marseille Médical croient
remplir une partie essentielle de leur mission en entourant de
leur plus vive sollicitude les élèves de notre école et de nos
hôpitaux. C’est dans la jeunesse qu’est le secret de l’avenir ;
des habitudesquc va prendre la jeunesse d’aujourd’hui dépen­
dent la considération et la gloire des générations qui s'élèvent.
Les internes des hôpitaux voient chaque jour se dérouler sous
leurs yeux des faits importants. Qu’ils recueillent avec soin
des observations et qu'ils les publient ; ils perfectionneront
ainsi leur éducation médicale, en môme temps qu’ils se ren­
dront utiles à la science. Nous accueillerons leurs travaux
avec empressement.
Nous ferons plus encore.
Comme témoignage du désir ardent qu’elle a d’encourager
les premiers débuts dans la carrière scientifique, la rédaction
de Marseille Médical ouvre dès ce moment un concours où les
élèves en médecine seront seuls admis. Elle décernera tous les
deux ans un prix à l’étudiant en médecine qui lui aura adressé
les meilleurs travaux basés sur des faits recueillis dans les
hôpitaux de Marseille. Un de ses membres a mis à sa disposi­
tion, pour constituer le prix du premier concours, le magni­
fique ouvrage d’anatomie, avec planches coloriées, de Bourgery et Jacob.
Ainsi donc Marseille Médical aura pour collaborateurs tous
les hommes qui à Marseille aiment et cultivent les sciences
médicales, quelque soitleur âge, quels que soient leurs titres
et leur position. Mais par quels moyens et dans quel esprit
notre journal remplira-t-il son œuvre scientifique?
Un journal de médecine doit avoir un double but : d’un côté

il publie dos mémoires originaux et des faits nouveaux qui
peuvent servir
résoudre des problèmes encore à l'étude;
d’autre part il lient ses lecteurs au courant de tous les travaux
importanls qui paraissent dans le monde médical; d’un côté
il contribue à l’avancement de la science, de l’autre à sa dif­
fusion.
Tel est en effet notre programme. Une première division
du journal comprendra des travaux originaux et des faits cli­
niques. L°s travaux originaux pourront aborder tous les points
delà scienoe ; mais nous tâcherons de faire que plusieurs d’en­
tre euxsoicnt spécialement consacrés aux questions de patho­
logie et d'hygiène qui concernent Marseille. Les faits clini­
ques sont deslinés â occuper une place importante dans notre
recueil. Nous les rangerons en deux catégories: clinique de
la ville, clinique des hôpitaux. Nos confrères observent cha­
que jour des faits instructifs pour lesquels on ne va pas cons­
truire des mémoires, et qui méritent cependant d’être enregis­
trés dans la science; ils se feront, c’est bien certain, un devoir
de nous en adresser la relation ; c’est ainsi que sera composée
la clinique de la ville. Nos internes agiront de même, et c’est
à eux que sera spécialement confiée la clinique des hôpitaux.
Nous espérons qu’ainsi la collection du journal comprendra
un ensemble de documents précieux.
La distribution du travail entre un certain nombre de rédac­
teurs pourra faciliter nos essais de diffusion scientifique. In­
dépendamment des revues spéciales qui présenteront lour-àtour le bilan des progrès accomplis dans diverses branches des
connaissances médicales, thérapeutique, hygiène, syphilographie, gynécologie, sciences dites accessoires, Marseille Mé­
dical aura sa revue des journaux de France et de l’étranger,
ses comptes-rendus des sociétés savantes et ses articles de
bibliographie: mais il doit â son origine d’imprimer à cette
partie de son œuvre une direction particulière. Rédigé à Mar­
seille, il développera surtout le compte-rendu des séances et
des sociétés savantes de notre ville et notamment de la Société
Impériale de médecine. Lasituation de Marseille entre l'Espa­
gne et l’Italie lui rendra les relations rapides et faciles avec

8

9

�10

A. FABRE.

HÉMATOCÈLES.

ces deux contrées sœurs de la France. Aujourd’hui, tout ce
qui vient du Nord est accueilli en médecine avec uile prédi­
lection marquée ; mais la science doit forcément devenir cos­
mopolite; il faut qu'il y ait, entre les diverses parties du
monde, un échange incessant d’idées, et nous nous effor­
cerons surtout de faire connaître en France les travaux qui
naissent dans le Midi, c’est-ù-dire en Italie et dans la pénin­
sule ibérique. Les travaux des médecins français qui parais­
sent dans les journaux de province, moins répandus que ceux
de Paris , seront aussi, de notre part, l’objet d’un examen
attentif.
Enfin, nous ne saurions rester indifférents à tout ce qui se
passe dans notre monde médical, aux petits événements qui
s’y produisent comme aux questions professionnelles qui
l’intéressent. Tous ces sujets seront traités dans notre chro­
nique, et, au besoin dans des articles spéciaux.
Quant aux doctrines, notrejournalsefait un devoir et comme
une gloire de n’en soutenir et de n’en combattre aucune,
ce qui n ’empêche nullement chacun de ses collaborateurs
d’avoir les siennes et de chercher à les défendre. Chacun est
libre d’y exposerses opinions, et ilen reste personnellement res­
ponsable. Les idéesles plus contradictoires peuvent s’y montrer
tour-à-tour. Persuadée que du choc jaillit la lumière et que les
luttes scientifiques doivent nécessairement se terminer par
le triomphe de la vérité, la direction prêtera également ses
colonnes à toutes les doctrines, avec la plus stricte impar­
tialité.
Tel est, dans son but et dans ses aspirations, le journal qui
commence aujourd'hui une vie nouvelle. Nous avons dit sur
quelles bases et dans quel esprit l’œuvre a été conçue. Méde­
cins de Marseille, vous l avez comprise ; vous saurez l’exécuter.
A. F abre.

11

DES HÉMATOCÈLES
D E LA R É G IO N D U T E S T IC U L E
P ar le Dr CHAPPLAIN,
Chirurgien en chef des Hôpitaux, professeur suppléant à l'École de Médecine

Bien que n’exprimant qu’un fait générique, le nom d’hématocèle était spécialement consacré il désigner les tumeurs
sanguines du testicule et de ses enveloppes. Il y a quelques
années que, par une extension fâcheuse, on a affecté le même
nom à une tumeur sanguine, située dans le cul-de-sac périto­
néal existant en arrière de la matrice. Aussi sommes-nous
obligés, pour désigner le sujet de l’étude que nous entrepre­
nons, de spécifier le siège de l’hématocèle. Le néologisme est
assez à l’ordre du jour, et l’on sait combien quelques personnes
l’ont exagéré en médecine. Il eût été utile alors qu’il eùtdésigné
par un nom nouveau l’épanchement sanguin péri-utérin. On
eùtconservé ainsi à l’hématoeèle sa signification unique de
tumeur propre au testicule.
Bien loin de vouloir étendre cette dénomination d’hématocèle nous voudrions, au contraire, la restreindre. Obéissant en
cela à la tendance de notre époque, qui spécialise les états pa­
thologiques, les distingue les uns des autres et groupe les alté­
rations morbides alors seulement qu’elles semblent se confon­
dre par les symptômes, les indications thérapeutiques et sur­
tout par les lésions pathologiques. Le groupe connu sous le
nom d’hématocèle se présente-t-il avec ces conditions d’unité,
alors que M. Nélalon, dans son Traité de pathologie externe le
divise en trois chapitres spéciaux, distincts les uns des autres,
qui semblent éviter le rapprochement que leur nom commun
leur impose ?

�12

CHAPPLA IN.

HJÊMATOCÈLES.

Les auteurs antérieurs à l’époque moderne qui, depuis Richler, ont écrit sur l'hématocèle, ont pour la plupart adopté la
division de cette affection en trois variétés : Rlhématocèle des
tuniques scrotales ; 2* celle de la tunique vaginale ; 3° l’hémntocèle sous albuginée ou du testicule lui-môme. Cette classi­
fication est également adoptée par M. Nélaton, dans son Traité
de pathologie externe , par &gt;1 Douisson, dans son article du
Montpellier médical (1858), elle est utile comme point de départ
d'une étude critique, pour établir un certain ordre dans la
discussion. Notre examen devra porter sur ces deux questions
principales: rechercher si tous les états pathologiques classés,
sous la dénomination d’hématocèles, doivent être conservés
sous cette appellation; d'autre part, examiner si toutes les
subdivisions de cette maladie sont suffisamment indiquées et
décrites,

La contusion qui aura,été assez violente pour dépasser la
limite des bourses, et pour s’étendre au périnée, à la verge,
changera-t-elle de nom suivant les points qu’elle occupera ?
Contusion au périnée, à la verge, aux cuisses, deviendra-t-elle
hématocèle au testicule ? Et lorsque l’extravasation sanguine
sera le fait du scorbut, comme l'indique M. Bouisson (I), les
ecchymoses des bourses auront elles un nom différent des
ecchymoses des autres parties du corps?
Au point de vue des symptômes, qu’on lise dans les ouvra­
ges de pathologie, les symptômes que présente la contusion
et on les trouvera identiques à ceux de l’hématocèle pariétale.
S il existe quelque différence c’est par quelques circonstances
dépendant de la constitution anatomique des bourses, leur
isolement, la iaxité de leur tissu qui leur permet d’acquérir
alors un développement énorme. N’est-ce pas ici le cas de
comparer la lésion qui nous occupe à la contusion des pau­
pières? N’y trouve-t-on pas aussi un développement anormal
dépendant de l’abondance et de la Iaxité du tissu lamineux
qui y double la peau ? La finesse de cette dernière mem­
brane explique de même l’intensité de la coloration des
téguments. A-t-on établi cependant le moindre rapport
entre ces épanchements sous-cutanés et les hémorrhagies
intrà-oculaires?
Le traitement variera t-il? Celui de l’hématocèle pariétale
diffère t-il de celui de la contusion en général ? non, ce sont
les mêmes agents topiques, les résolutifs, les réfrigérants, les
astringents, etc. ; les mêmes égards pour conserver l’intégrité
de la peau qui recouvre les épanchements sanguins ; les
mêmes dangers d’infection putride dans les grandes collections
sanguines ouvertes, ainsi que Velpeau en donne un exemple
tiré de la pratique d'A. Bérard (2), Ce dernier danger sera
moins à redouter dans la région scrotale, par la rétraction
plus grande des tissus dartoïques.
Rien ne semble dès lors devoir séparer l'histoire de l'hématocèle pariétale de celle de la contusion, de l'ecchymose, des

I
En suivant les principes que nous venons d’établir et qui,
à nos yeux, doivent servir de base à une classification nosolo­
gique, nous devons, pour établir la place qu’il convient d’as­
signer à l’hématocèle pariétale, résoudre une double ques­
tion : 1° Les altérations anatomiques, les symptômes, le traite­
ment de cette variété d’hématocèle, eu font-ils une unité
pathologique qui permette de la décrire en dehors désaffec­
tions semblables qui se présentent sur les autres parties du
corps? 2° A-t-elle, avec les affections reconnues à bon droit
comme deshématocèles, des affinités telles que son étude doive
être placée dans ]ce groupe pathologique ?
L’étiologie de l’hématocèle pariétale est la même que celle
des contusions et des épanchements sanguins sous-cutanés.
Elle peut-être produite par les violences extérieures. Elle
peut être spontanée, soit sous l’influence d’une altéra­
tion du sang, soit par stase sanguine provenant d’une
compression longtemps maintenue, comme l’a indiqué M.
Bouisson. à la suite de quelques accouchements dans lesquels
le siège s'est présenté le premier.

(1) Montpellier Médical, 1838, p. Î34.
(2) Clinique c/iirut'ffkalé, lonio II, p. 38-2,

13

�CHAPPLAIN.

HÉMATOCÈLES.

épanchements sanguins dans les autres régions de l’orga­
nisme ; mais les rapports qui existent entre celte variété
d’hématocèle et les deux autres 11e nécessitent-ils pas le
rapprochement de ces divers épanchements sanguins ?
Comme toutes les maladies siégeant dans la même région,
ces affections ont des points communs que le diagnostic diffé­
rentiel devra élucider en affectant à chacune ce qui lui appar­
tient. L'hématocèle delà tunique vaginale, comme celle de la
tunique albuginée. sont deux maladies parfaitement distinctes,
parleurs causes, leurs symptômes et leurs indications théra­
peutiques. Tous ces divers chapitres loin de se confondre avec
les chapitres semblables de l’histoire de l’épanchement pariétal
s’en distinguent autant que peuvent le faire des maladies qui
n’ont entr’elles que des rapports de voisinage.
En faut-il davantage pour établir la place nosographique
de l'épanchement sanguin interstitiel des bourses ? 11 faut le
classer là où ses affinités le conduisent. Il faut donc effacer
cette variété d’hématocèle, n’en plus faire qu’un appendice du
chapitre de la contusion. Elle y constituera une variété impor­
tante comme la contusion des paupières, du cuir chevelu, et
de quelques autres parties du corps dans lesquelles quelques
dispositions anatomiques entraînent des considérations par­
ticulières.

si ce ne sont pas deux maladies distinctes, n’ayant entr’elles
que des rapports plus ou moins intimes, soit au point de vue
du siège de la maladie, soit à celui du liquide par lequel elles
sont constituées.

U

II
L'hématocèle a son siège le plus ordinaire dans la tunique
vaginale. Parmi les auteurs qui ont écrit sur cette affection, il
en est quelques uns qui ont limité sa description à cette
variété. Curling, par exemple, après avoir intitulé un chapi­
tre : Hématocèle du testicule, 11e décrit que l’épanchement
sanguin dans la tunique vaginale. A Cooper n’admet également
que cette variété d'hématocèle, M. Gosselin, dans ses annota­
tions au livre de Curling, n’en mentionne pas d’autre.
L'hématocèle de la tunique vaginale, nous ne dirons pas se
subdivise, mais se distingue en deux variétés, qui ont
entr elles de telles dissemblances que l’on doit se demandrc

15

III

Comme pour justifier les paroles de Velpeau : «L’histoire de
« l’hématocèle est encore à faire presque tout entière. » M.
Gosselin parait mettre en doute l’existence de l’hématocèle
traumatique delà tunique vaginale, (qui était considérée com­
me la plus incontestable), si non d’une manière absolue, du
moins, quant à sa fréquence : « depuis que j ’y regarde avec
« plus d’attention, dit-il, je 11'ai paseu une seule fois l’occasion
« d’observer d’autre hématocèle traumatique que celle des
« parois. Sans nier la possibilité de l’hématocèle vaginale, je
« la crois au moins très rare » (1).
Plusieurs ordres de causes peuvent donner naissance à
l'hématocèle intrà-vaginale, les unes incontestables et
devant servir à asseoir d’une manière certaine la variété que
nous étudions, les autres contestées.
Parmi ces dernières il faut placer en première ligne les
violences extérieures.
Alors qu’il n’existe aucune altération des bourses, les vio­
lences extérieures doivent déterminer bien plus souvent la
contusion et l’épanchement du sang entre les diverses tuni­
ques constituant les parois scro taies. Les vaisseauxy rampent audessous de la peau, dans la couche sous-cutanée et dartoïque ;
le tissu lamineux y est lâche, et peut facilement se distendre
par le sang, alors qu’un vaisseau sanguin a été rompu. Mais
pour que l’épancliement se fasse dans la tunique vaginale, il
faut que la séreuse pariétale ait été ouverte, ce qui déjà 11e
doit pas être ordinaire ; cette rupture est plus rare encore et
(1) Curling, Maladies du testicule, p. 252.

�16

CHAPPLAIN.

plus difficile du côté du testicule, organe mobile et de plus
doublé de sa tunique übreuse.
Mais si la séreuse alors qu’elle esl à l’état normal se sous­
trait à une violence assez intense, en sera-t-il de mémo lors­
que, remplie de liquide, ce liquide comprimé réagira do
dedans en dehors et tendra à en opérer la rupture. Tel est le
cas cité par A. Cooper et relaté par Curling (1).
« Chez un homme qui portait depuis longtemps unehydro« cèle et qui avait reçu un coup violent sur le scrotum, d'où
« étaient résultées une augmentation subite delà tumeur, une
« ecchymose et 'une vive douleur, A. Cooper lit une incision
« qui donna issue à une grande quantité de sérosité et de sang
« coagulé et trouva sur la tunique vaginale une déchirure
« longue de trois à cinq centimètres et couverte de caillot . »
L'action de la cause vulnérante serait encore favorisée,
d'après M. Nélaton, par le développement anormal des vais­
seaux qui rampent sur la face externe de la séreuse, et qui
rompus versent dans l’intérieur de la cavité unecertaine quan­
tité de sang.
Le développement des veines du cordon peut être, une cir­
constance favorable à la formation de cette variété d’hématocèle ainsi qu'il s’en est présenté un fait dans mon service de
Tliôtel-Dieu, dont M. Coste, interne de service, a recueilli
l'observation.
Varicocèle. — Chute sur le périnée. — Contusion des bourses. —
Hcmalocèle de la tunique vaginale.
Crouzot, Pierre, 28 ans, portefaix, entre le 11 novembre 1868
dans le service de M. Chapplain, à l'Hôtel-Dieu.
Cet homme est d'une bonne constitution et porte un varicocèle
du côté gauche, qui l'a fait exonérer du service militaire. Il sen­
tait, dit-il, sur le testicule et le long du cordon de petites tumeurs
semblables à des grains de chapelet.
En travaillant à un déchargement de blé, dans lequel il était
employé comme chargeur, il a fait une chute sur le périnée. Les
(1) Loco cil.', p. 23o.

IiÉMATOCÈLES.

17

bourses prirent aussitôt un grand développement et une colora­
tion noir-bleuâtre. Une douleur vive se fit sentir dans le pli de
l’aîne et la marche devint difficile.
Il se contenta, pour tout traitement de porter, un suspensoir,
mais comme son état ne s’améliorait pas, il se décida, dix jours
après, à entrer à l’hôpital.
A son arrivée, le scrotum est encore coloré en noir-bleuâtre et
mesure 30 centimètres dans sa circonférence, dans lesquels 5 cen­
timètres appartiennent au côté droit des bourses, et 0, 25 centi­
mètres au côté blessé. — Le testicule paraît plus développé, il est
plus dur et sa sensibilité normale paraît diminuée.
Le 28 novembre, l’ecchvm'ose du scrotum a presque complète­
ment disparue. Le testicule est diminué de volume. — Les bour­
ses n’ont plus que 0, 25 centimètres de circonférence. Par la
pression la douleur est toujours un peu obtuse. — La cavité va­
ginale commence à s’isoler parfaitement des parois, on y sent de
la fluctuation, mais on ne peut constater, par la transparence,
l’existence du liquide.
Le 4 décembre. Crouzot demande à sortir. L’ecchymose a dis­
paru, Les bourses et le testicule gauche ent diminué de volume.
— La circonférence n'a plus que 22 centimètres. — La tunique
vaginale est distendue par du liquide dont on ne peut actuelle­
ment constater la présence qu’à la transparence. — Le testicule
est encore développé, mais la sensibilité à la pression est sem­
blable à celle de celui du côté droit.

Ici donc deux phases parfaitement distinctes. Au début tout
se confond, l’épanchement pariétal et celui qui a lieu dans
la tunique vaginale. Peu à peu le sang infiltré dans les pa­
rois se résorbe, et quand le malade nous quitte , les seuls phé­
nomènes persistants siègent dans la tunique vaginale. Le va­
ricocèle a certainement favorisé l’épanchement sanguin intrà-vaginal.
Lorsque l’agent vulnérant a ouvert la tunique vaginale,
la possibilité de l’épanchement dans sa cavité ne peut plus
être mise en doute.
Le sang peut alors provenir d’organes différents.
Il peut provenir des parois scrotales dont les vaisseaux sont
plus développés. Ainsi que l’a constaté M. Nélaton , ils seront
2

�CHAPPLAIN.

\s

plus facilement intéressés quand on emploiera la lancette
pour pratiquer la ponction.
De la piqûre du testicule, soit que le trocart ait été enfono
trop profondément, soit que le testicule placé d'une maniérée
anormale se soit trouvé sur le chemin de l’opérateur qui ne
se sera pas suffisamment assuré de la position qu’il occupe.
.T’ai vu cependant le testicule lésé dans l’opération de l'hy­
drocèle sans qu'il soit survenu aucun accident, aucune hémorrhag ie i n trà-vaginale.
Le cordon peut aussi être hlessé, les cas en sont infiniment
plus rares. La possibilité de cet accident est renfermé dans
l'observation de Gasparelli citée par Scarpa (1).
11 s’agit d’un individu portant une double hydrocèle. Ne
pouvant distinguer le point où se trouvait situé le testicule ,
le chirurgien enfonça le trocart de bas en h a u t, clans la par­
tie inférieure de la tumeur. Le poinçon retiré il sortit du
sang mêlé à de la sérosité gélatineuse. La tumeur vidée , la
canule fut enlevée. Le malade partit alors pour retourner
chez lui. Mais après avoir marché pendant un quart-d’heure,
il s’aperçut que les bourses se tuméfiaient de nouveau. Le
scrotum avait pris un volume considérable , le sang coulait
goutte à goutte par la piqûre et l'on perçut, plus tare! des bat­
tements artériels très distincts. Le chirurgien ouvrit alors la
tunique vaginale et découvrit une grosse artère qui donnait
du sang et qu’il lia. Le testicule examiné fut trouvé en par­
tie isolé du cordon, et l'on put reconnaître que c’était l’artère
spermatique qui était le siège de la lésion. Jugeant alors que
ce testicule 11e trouverait plus les éléments suffisants pour
conserver sa nutrition , le chirurgien enleva cet organe.
Fergusson rapporte l'observation cl'un homme laissant tom­
ber dans ses bourses une aiguille à acupuncture, une liémalocèle survint, il fallut ouvrir la tunique, extraire le corps
étranger. Le malade guérit.
Quant aux efforts musculaires comme cause de jl’hémalocèle vaginale, on croit sans peine à l’assertion de M. Néla(1)

Traite des hernies, p.

Go.

HÉMATQCÈLES.

19

ton : « Les épanchements sanguins dépendant de cette cause
« sont fort rares. »
Que dire de l’anatomie pathologique de cette* variété d’hématocèle '? On a bien rarement l’occasion d’ouvrir la tunique
vaginale pour y étudier les phénomènes pathologiques qui s’y
développent. L’histoire qui en a été faite par Velpeau est
plutôt le corollaire de ses études générales des modifications
du sang dans les cavités closes , que le fait de l’observation
directe.
Les faits qui résultent de ces études et qui nous sont utiles
pour établir l’hématocèle traumatique intrà-vaginale en tant
que variété pathologique , sont les suivants : 1° Le sang épan­
ché subit les diverses modifications qui entraînent le plus
ordinairement sa résorption. 2° Le plus souvent les épanche­
ments sanguins ne sont pas accompagnés d’un état phlegmatique de la tunique vaginale. 3° Dans les cas où le sang 11’est
pas supporté par la tunique vaginale , qu’il devient corps
étranger, et qu’une inflammation survient, il se trans­
forme et la tumeur sanguine s’abcède. Cette terminaison n’est
pas fréquente, cependant Velpeau dit en avoir observé deux
cas en octobre et novembre 1839 , dans son service de cli­
nique.
IV
La seconde variété d’hématocèle siégeant dans la cavité de
la tunique vaginale a été appelée spontanée par la plupart des
auteurs; consécutive par M. Gosselin. Cette dernière dénomi­
nation ne nous parait pas heureuse , car elle offre à la pensée
une double interprétation. La première, celle qui se présente
tout d’abord , alors qu’on n’est pas au courant des idées de
M. Gosselin . est que cette variété est consécutive à l’hématocèle traumatique dont nous venons do parler; la seconde, que
l’on apprend en lisant les travaux de cet auteur, est que l’é­
panchement sanguin est le résultat d’une inflammation sub­
aigue de la tunique vaginale et de la rupture des vaisseaux

�20

CHAPPLAIN.

de nouvelle formation qui se développent dans la pseudomembrane produit de cet état phlegmasique.
Il nous est' permis de nous étonner qu’après 1étude si
remarquable qu’il a publiée dans ses Archives, en 1831 ,
M. Gosselin n’ait p as, comme conséquence de ses recherches,
établi une nouvelle variété pathologique. Pourquoi la maladie
qu’il a décrite est-elle une hématocèle? Du moment où il
admet que le sang provient de la fausse membrane, il y a un
moment où cette fausse membrane existe et où elle n ’a pas en­
core donné lieu à une hémorrhagie. De quel nom l’appellerat-il alors? Cette hémorrhagie est-elle la conséquence absolue,
fatale de Finflammation de la séreuse ? Le fait capital est
évidemment une inflammation de la séreuse vaginale et,
comme con9équcnee, la formation de la pseudo-membrane
qui a l’hémorrhagie comme épiphénomène.
A un autre point de vue on pourrait encore conserver le
nom d’hématocèle, si 1hématocèle consécutive était la consé­
quence de Fhématocèle traumatique, mais voyons ce que nous
en dit M. Gosselin :
On fait le raisonnement suivant, dit-il (1) : « les hématocèles
« anciennes, avec épaississement, doivent avoir eu pour point
« de départ, un coup, puisqu’elles contiennent du sang; ce
« liquide, au lieu de se résorber, a donc séjourné dans la
« poche vaginale ; il l’a enflammée, en agissant sur elle à la
« manière d’un corps étranger, et a amené la formation des
« dépôts fibrineux et pseudo-membraneux............... Bien peu
« de chirurgiens ont eu l’occasion de voir cette succession de
« phénomènes que tous admettent comme irrécusable, sa« voir : la contusion suivie d’une hématocèle vaginale, puis
« la persistance de cette dernière. Pour moi, j ’ai vu un assez
« grand nombre d’épanchements traumatiques des bourses,
« et la plupart, quelle qu’ait été leur position, ont disparu
« dans l’espace de quelques semaines ou de quelques mois. Je
« ne connais aucun cas dans lequel le même chirurgien ait1

(1) Curling, loco c itâ t., p. 253.

HÉMATOCÈLES,

21

« pu voir une hématocèle franchement traumatique s’invé« térer. »
Ce n’est donc point l’épanchement sanguin issu du trauma­
tisme qui produit la pseudo-membrane. Il est douteux qu’il
agisse môme comme cause déterminant la phlegmasie de la
séreuse.
Lhématocôle consécutive est produite par une inflam­
mation pseudo-membraneuse de la séreuse vaginale. L’hé­
morrhagie n’est qu’un épiphénomène qui peut manquer et
qui d’ailleurs est toujours consécutive à la formation de la
pseudo-membrane. En faut-il davantage pour constituer une
unité pathologique? Il ne sera point douteux, que nous de­
vrons, en acceptant la nomenclature qui a cours dans la no­
sologie, donner à cette maladie le nom de Vaginalité pseudo­
membraneuse, si les faits pathologiques se passent ainsi que
nous venons de l’énoncer. Etudions à ce point de vue les
altérations pathologiques et la pathogénie de la maladie qui
nous occupe. C’est à M. Gosseslin que nous emprunterons
presque complètementles détails qui vont suivre.
Tl y a lieu de considérer dans Fhématocèle consécutive:
1* Le liquide contenu dans la cavité de la tunique vaginale:
2° Cette tunique vaginale et ses altérations : 3° Le testicule.
1° Il nous convient de placer en premier lieu l’examen du
liquide contenu dans la cavité vaginale, c’est là l’élément
commun à Fhématocèle traumatique et à Fhématocèle consé­
cutive, que nous appelions la vaginalité.
Le liquide contenu dans la poche séreuse est le fait capital
dans Fhématocèle vaginale traum atique, il devient un
élément accessoire dans la seconde classe de ces affections.
Ce liquide est variable à tous les points de vue, sous les­
quels on le considère : tantôt c’est une matière épaisse, de la
consistance du miel, couleur de café, de chocolat, de lie de
vin ; d’autres fois ce sont des caillots plus ou moins colorés,
des concrétions blanchâtres qui s’appliquent sur les parois de
la cavité ; dans d’autres circonstances le liquide est séreux»
citrin etc. M. Nélaton se demande alors, avec beaucoup de

�CHAPPLAI N.

HÉMATOCÉLES.

raison, si l'on doit considérer l’affection comme uns héniatocèle ?
Ce n'est pas seulement dans ces derniers cas que nous
contesterons cetle dénomination. Alors même, que le liquide
contenu dans la cavité vaginale offre des caractères physiques
qui ne peuvent laisser de doute sur la présence effective du
sang dans la tum eur, il ne peut entrer comme élément capi­
tal d’appréciation qu’autant qu’il est-primitivement versé
dans la poche séreuse, et non pas un produit secondaire,
accessoire.
Les épanchements de la plèvre, du péricarde, colorés par le
sang dans une inflammation de ces membranes séreuses, ne
constituent pas une particularité telle qu’il faille créer
pour ces accidents de nouvelles unités nosologiques, de
nouvelles dénominations.
2° Quelles sont les altérations de la séreuse?
L’expression anatomo-pathologique de l’inflammation est
la même pour toutes les membranes du corps humain, iden­
tiques sous le rapport de leur composition anatomique, et de
leurs fonctions. « S’étonnerait-on, dit M. Gosselin, que la tu« nique vaginale offrit comme la p.lôvre, le péritoine et le
« péricarde des pseudo-membranes organisées? Par cela
« même qu’elle est la moins abritée de toutes les séreuses, la
« plus exposée aux froissements, aux'pressions, aux chocs ne
« doit-elle pas s’enflammer avec plus de facilité? Seulement
« tandis que l’étendue des autres séreuses donne à leurs ma« ladies une gravité qui les fait reconnaître, l’étendue beau« coup moindre de celle-ci empêche les phlegmasies dereten« tir d’une manière aussi fâcheuse sur l’économie (1).
Bien que le fait primordial doive être une inflammation
de la séreuse vaginale, on peut dire que les enveloppes nor­
males paraissent ne prendre qu’une part minime aux altéra­
tions anatomiques. Les tuniques fibreuse et séreuse peuvent
bien acquérir un peu de développement, mais la séreuse de­
meure flexible, et lors de la décortication, les bourses qui

étaient distendues, outre mesure, reviennent immédiatement
sur elles-mêmes. « Qu’on né s’y trompe pas, dit Blandin,
« dans le cas où le kyste de l'hydrocèle a subi une transfor« matidn übro-carti 1agineuse ou osseuse, ce n’est pas la
« membrane elle-même qui est ainsi altérée , mais elle s'est
« seulement accrue par superposition, par sa face interne, de
« couches pseudo-membraneuses, qui s’y sont organisées et
« qu’il est souvent facile de séparer de la membrane pri« mitive. »
Les auteurs qui ont noté un épaississement considérable de
la séreuse paraissent ne pas l’avoir distinguée d’avec la pseu­
do-membrane. C’est ainsi que Curling a dit : « à l’examen
« d’une hématocèle volumineuse datant de plusieurs années
« et poürlaquelle on avait pratiqué la castration, j ’ai trouvé la
« tunique vaginale épaisse de plus d’un centimètre et pleine
« d’une substance molle et friable de couleur chocolat » (1).
Ainsi rien entre la tunique vaginale et le liquide contenu.-Il
n’est pas plus difficile de se rendre compte de l'interprétation
donnée parM. Bouisson : « L'épaississement est quelquefois
« très considérable et lui donne un aspect charnu particulier.
« Sur un malade que j ’ai opéré d’un sarcocèle et qui avait
« en même temps un épanchement; sanguin de la vaginale je
« trouvai celle-ci ayant plus d’un centimètre d’épaisseur et
« se laissant décomposer par la dissection en couches fibri« neuses superposées. » Faut-il faire une citation plus
longue pour démontrer que M. Bouisson confond dans une
même description la pseudo-membrane et la tunique vagi­
nale ?
Mais si la séreuse elle-même ne constitue pas la paroi épaissie
de l’hématocèle , il faut en1revenir à l'opinion de Blandin,
opinion dont la réalité n’est plus douteuse, depuis que M.
Gosselin, par l’opération de la décortication, a pu séparer la
séreuse de la fausse-membrane. enlever celte dernière et lais­
ser les parois scrotales dans des conditions normales.

22

(1) Archives de Méd.. 1831. 3* vol., p. 12.

(I) Lac. ci!.; p. 239.

23

�21

CHAPPLAIN.

Née de la séreuse vaginale, sous l’influence d’un état plilogmasique, la pseudo-membrane se vascularisé, et empruntant
quelques-unes des propriétés delà membranedont elle émane,
elle devient elle-même l’agent de l’accroissement par des
poussées plilegmasiques successives. Bien que recevant ses
vaisseaux de la tunique séreuse, elle n’adhère à cette mem­
brane que par un tissu lamineux lâche, des vaisseaux très
friables et peut être séparée très facilement de la séreuse qui
lui a donné naissance.
La pseudo-membrane acquiert une consistance variable
suivant les cas, quelquefois elle conserve la souplesse, la flexi­
bilité de sa tunique mère , d’autres fois, au contraire, elle a
jusqu'à un centimètre d’épaisseur, elle est dure, dense comme
une coque. Sa structure n ’est celle d’aucun tissu normal, elle
ressemble à un tissu fibreux très dense, ou à un tissu fibrocartilagineux , mais c’est là une apparence, car la vasculari­
sation y est considérable. Quelquefois encore, au milieu de
ces tissus stratifiés, se montrent des élémens calcaires, qui fe­
raient croire à une transformation osseuse, si l’observation
microscopique ne démontrait que c’est là une erreur et
qu’il y a seulement dépôt de concrétions calcaires. J’ai vu, il
y a peu de temps, un remarquable exemple de cette transfor­
mation.
La paroi interne de la pseudo-membrane est irrégulière ,
rugueuse et se trouve en rapport avec le liquide contenu dans
sa cavité. C’est à cette variété d’hématocèle que se rapporte
l’article 4 des altérations pathologiques indiquées par Vel­
peau a dans ces termes : La tunique vaginale, épaissie par des
« couches quelquefois rougeâtres, quelquefois noirâtres ap­
te pliquées sur la face interne est Templie d’une matière noi« râtre couleur chocolat, plus ou moins liquide. » (1).
La piseudo-membrane est vasculaire. Au moment où elle
s’est organisée, les vaisseaux de nouvelle formation étaient
pourvus de parois très minces, et pouvaient, sous l’influence
delà moindre violence,se rompre et donner lieu à un épan-1
(1) Clinique chirurgicale, tom. II, p. 890.

HÉMATOCÈLES.

25

chement sanguin. Ce qui paraissait une probabilité pour M.
Gosselin, lorsqu’il a écrit son premier mémoire en 1851 , est
devenu pour lui une certitude, alors qu’il annote l’ouvrage de
Curling, car un fait d’une importance majeure a été observé
par lui dans l’intervalle qui sépare ces deux écrits :
« En fendant la couche fibreuse anormale, dit-il, on trouve
« en un certain nombre dépeints des loyers sanguins, plus ou
« moins volumineux, qu’on peut comparer à des foyers apo« plectiques..... La connaissance de ces hémorrhagies inters­
ec titielles de la membrane confirme ce que j ’ai dit du mode
« de production de l’hématocèle. Si les vaisseaux de nou­
ée velle formation peuvent, en se rompant, donner lieu à
ee des épanchements interstitiels, à plus forte raison seront-ils
ee susceptibles de verser du sang dans la cavité vaginale elleee môme (1). »
La pathogénie, nous ne dirons pas de l’hématocèle, mais de
ces pseudo-membranes, qui constituent le fait capital de l’af­
fection , est un point encore très discuté. Rarement on as­
siste au début de l’affection, ou bien on lui attribue alors peu
d’importance, et ce n’est que lorsque la maladie est confirmée
que l’on est consulté par le malade ou qu’elle fixe l’attention
du médecin.
Le sang préexiste-t-il ? Nous n’aurons pas de doute à émet­
tre relativement aux contusions ; aux plaies qui sont l’origine
de l’hématocèle traumatique dont nous avons parlé. Mais cet
épanchement primitif, en dehors de toute violence, est-il bien
dans les errements de la nature?
ee II se produit, dans ces cas là, dit M. Bouisson, à la sur« face ele la tunique vaginale, une exhalation sanguine comee parable à celle qui a lieu quelquefois dans d'autres poches
ee séreuses, et les produits de cette espèce d’hémorrhagie dis—
ee tendent la tunique vaginale et entourent le testicule en siee m niant un engorgement de cet organe » (2).
Ce sont là deux propositions qui, si elles étaient démontrées,
rendraient toute discussion inutile. Décrire les conséquences
(1) Curling, /oc. cil., 257.
(2) Montpellier Médical, 1858, p. 240.

�?fi

CHAPELAIN.

immédiates d'un épanchement sanguin c'est l'avoir examiné
au moment de sa production. Les faits cités par notre regretté
interne et ami E. Cloquet, dont nous n’avons pas le
travail original sous les yeux, témoignent, en effet, d elà
spontanéité de l'hémorrhagie, mais ne constatent pas la pro­
venance du sang, car toujours il y a u n e fausse membrane
doublant le feuillet pariétal de la séreuse. Ces faits ont été ob­
servés à une époque où l’importance de cette pseudo-mem­
brane n’avait pas encore été démontrée parM. Gosselin. Après
cette savante étude, nous croyons pouvoir dire que là où il y a
du sang et une fausse membrane, on n’est pas en droit d’affir­
mer la présence primordialedu sang. La vérité nous parait
exister dans l’affimation inverse.
Se baser sur les probabilités par identité de tissus est déjà
une preuve, mais ces extravasations sanguines , cette exha­
lation dans les séreuses sont-elles des faits ordinaires? Le peu
de vascularité de la tunique vaginale rendrait déjà ce phéno­
mène difficile à admettre pour elle, mais de plus, les noms
de pfeurésie, de péricardite hémorrhagiques démontrent que
ces phénomènes ont lieu dans des conditions spéciales, dans
un état phlegmasique des séreuses que nous venons de citer,
et non dans leur état physiologique.
Mais dans ces conditions pathologiques , le sang extravasé
provient-il de la séreuse elle-même? M. Lebert répond à cette
question dans les termes suivants : « Comme le parois des
« vaisseaux nouveaux de la surface de la plèvre sont plus
« minces et plus délicats que celles des capillaires plus an« ciens, la continuation d’un fort afflux sanguin peut
« facilement avoir pour suite des hémorrhagies capillaires
« qu’on a en effet rencontrées un certain nombre de fois
« dans la cavité de la plèvre (1). »
Bien qu’il s'agisse ici d’une autre séreuse , tout ce qui est
dit ici par M. Lebert , est applicable à la tunique vaginale , et
l'observation donnée par M. Bouisson. d’une vaginalité hé-

(1 Physiologie pathologique. Tome F, p. 171

HÉMATOCÈLES.

27

morrhagiquo (I) en est lin exemple frappant. Etat phlegmasique d’abord, hémorrhagie ensuite . mais entre ces deux extrê­
m es; il faut placer un trait-d union : formation de fausses
membranes, vascularisation anormale.
Admettons cependant que le sang préexiste. Il pourrait de­
venir l’origine de la pseudo-membrane par un double méca­
nisme: 1* en s’organisant, 2° en devenant une cause d’inflam­
mation. Dans ces deux cas, il y aurait une sorte de filiation
entre les deux variétés d'hématocèle de la tunique vaginale ,
et nous Savons qu’on n’a pu encore établir ceS rapports.
La transformation du sang en pseudo-membrane ne parait
point douteuse à M. Bouisson. « D’autres fois, dit-il, elle
« s’organise (la fibrine) et subit des transformations qui lui
« donnent successivement l’aspect fibreux, sub-cartilagincux
« et plus rarement l’aspect crétacé et qui constituent les
« concrétions libres de la tunique vaginale » (2).
Telle n’est pas l’opinion qui résulte de l’examen des voies
par lesquelles la nature travaille à la constitution des fausses
membranes. Après avoir examiné les diverses altérations que
subit le sang épanché, réuni en collection dans les cavités nor­
males ou accidentelles de l’organisme , Follin termine ainsi :
« Quand tout le sérum est résorbé, la matière fibrineuse,
« qui seule persiste, acquiert une densité variable, qui peut
« arriver à la consistance osseuse et faire croire à une exos« tose................Nous ne trouvons pas dans la science d’exem« pies qui démontrent la transformation du sang épanché en
« tumeurs fibreuses, cancéreuses, érectiles, etc. » (3).
Quel que soit le point de l’organisme où l’on rencontre le
sang sorti des vaisseaux en rapport avec les tissus lésés, ce n’est
jamais par ce liquide que la cicatrisation s’opère. Le trauma­
tisme entraîne la sécrétion, l’exsudation de la lymphe plasti­
que, qui est l’agent dont se sert la nature pour arriver à la
(1) Loc. cil., p. 241.
(2) Montpellier Médical. Tome 1, p. 244.
(3) Pathologie chirurgicale Tomo T, p. 392

�CHAPPLAIX.

HÉMATOCÈLES.

guérison des lésions physiques, c’est une substance semblable
qui transu de sur les séreuses.
Le sang épanché devient-il lui-méme un agent phlegmasique? Telle n’est point encore la marche normale de l’évolution
des épanchements sanguins. Ordinairement indolents, s’ils
deviennent une cause de phlegmasie , ils déterminent le plus
souvent un état aigu et la transformation en abcès de la
bourse séreuse.
Mais si ce n’est point le sang primitivement épanché qui a
produit la pseudo-membrane, cette pseudo-membrane est
primitive. Il faut alors en revenir à la théorie exposée
par M. Gosselin, et dire que l’hémorrhagie est un épiphéno­
mène dépendant de l’existence de la fausse-membrane. C’est
de la rupture des vaisseaûx qu’elle contient qu’elle tire son
origine.
3“ La position affectée par le testicule dans l’hématocèle spon­
tanée nous parait devoir servir à éclairer le mécanisme d’a­
près lequel se développe la maladie qui nous occupe. Cet état
pathologique ne nous semble pas avoir été suffisamment
apprécié.
Admettons d'abord l’hypothese émise par E. Cloquet, défen­
due par M. Bouisson.
« Le sang, dit-il, entoure le testicule en simulant un en« gorgement de cet organe. »
Ce serait là, en effet, la position que devrait affecter le tes­
ticule , alors qu’il 6e trouverait , dans tous les points de
l’ovoïde qu’il représente, enveloppé par le sang épanché.
Il devrait former, au centre de la cavité vaginale, une saillie
toujours très évidente, très sensible au toucher et surtout à la
vue. Le sang concretse trouverait sur les parois de l’organecomme sur celles de la tunique vaginale. Telles ne sont pas les
lésions qui ont été constatées dans les autopsies ou plutôt
dans les opérations.
Le plus souvent le testicule ne fait plus aucune saillie dans
la cavité de l’hématocèle , il est compris le plus ordinairement
dans les parois. Entre le testicule et la partie des tuniques
scrotalessur lesquelles il est appliqué, il n’v a pas defausse-

membrane intermédiaire. Le testicule est fixé dans une immo­
bilité complète, par cette fausse-membrane, dans un point dé­
terminé. Il y est comprimé de telle façon qu’il ne forme plus
qu’une lame mince dans le fait de Dupuytren. Boyer le trouve
aplati et refoulé dans l’épaisseur des autres enveloppes. Brodie
cite deux faits de disparition complète du testicule.
Dans un cas cité par Curling : « La tunique vaginale était
« très-épaissie par le dépôt de couches fibrineuses à sa surface
« interne; le testicule était sain, mais aplati et caché au
« milieu de ses couches.
Si la préexistence du sang ne peut nous rendre compte de la
disposition anatomo-pathologique affectée par le testicule ,
nous en trouvons une explication satisfaisante dans l'hypo­
thèse de l’inflammation pseudo-membraneuse. Ne voyonsnous pas, dès le début de la phlegmasie, le testicule contracter
des adhérences avec la partie de la tunique vaginale avec la­
quelle il est en rapport ? Les pseudo-membranes se dévelop­
pent ensuite sur tous les points de la tunique vaginale ou ne.se
trouve pas cet organe. Dans les cas de péritonite, là ou les intes­
tins sont adossésl’un à l'autre, où lesséreusesse touchent, les
pseudo-membranes sont très minces, elles se limitent à ce qui
est nécessaire pour faire adhérer les deux séreuses entr'elles,
mais là ou elles se séparent, là où elles rencontrent un vide,
elles prennent tout leur développement. Tel est évidemment
le phénomène qui a lieu dans la vaginalité pseudo-mem­
braneuse, et lorsque de nouvelles poussées se font, lors­
que les pseudo-membranes s’épaississent, elles peuvent re­
couvrir complètement le testicule et le faire disparaître dans
les parois de nouvelle formation.
Ne trouvons-nous pas dans l’observation de ce phénomène,
une preuve nouvelle du développement des actes morbides
dans l’ordre indiqué par M. Gosselin ?
Pourquoi cet éminent professeur, après avoir démontré avec
tant de précision que l’hématocèle consécutive est une vaginalite pseudo-membraneuse , a-t-il conservé cette maladie
dans un chapitre de la nosologie auquel elle ne saurait ap­
partenir ?
(/I suivre.)

28

a.

29

�30

P. REYNES.

Des moyens de recherches à employer pour retrouver roriyine
probable des douves ( dislomu hepaticum et (Halonia lanccâldluin), par P . R e y n è s , d octcar eu m éd ecin e et
docteur ès-scien ces.

Parmi les divers problèmes qui ont été posés à l'attention
des naturalistes modernes, un des plus intéressants a été cer­
tainement l’élude des vers ; les formes multiples, agame et
sexuelle, de quelques espèces, leur mode de génération alter­
nante, sont autant de causes qui, en retardant la solution ,
lui ont donné un intérêt plus vif par suite de la difficulté
vaincue; mais je n ’aurais pas soumis ce sujet si ardu et si in­
téressant pouf les naturalistes à l’attention de mes confrères
en médecine sije ne savais qu'à côté de cette étude attachante
se trouve un point qui, pour le médecin, a une importance
capitale, je veux parler du mode de préservation. On observe ,
en effet, dans le corps de l’homme des parasites appartenant à
l’ordre de trématodes et peut-être en connaissant leur mode
de propagation, sera-t-il possible un jour de se débarrasser
à jamais de ces affreux entozoaires. Malgré tout le désir
que j'aurais de circonscrire la question, je serai obligé de
m’étendre d'abord sur l’étude générale des êtres qui compo­
sent le sous-ordre des distomaires, afin d’arriver par les ana­
logies à la solution la plus probable de cette question si peu
connue jusqu’à aujourd’hui.
Les distomes des naturalistes, vulgairement connus sous le
nom de douves, Papillons, Fascioles, etc., tirent leur nom de
la forme de deux ventouses placés à la partie inférieure du
corps; ces entozoaires sont généralement de petite taille et 11e
dépassent guère huit centimètres dans leur plus grand déve­
loppement: Leur corps est.arrondi, comprimé ou linéaire et
c’est sur l’une de ces faces que l'on aperçoit invariablement
les ventouses dont ce sous-ordre tire sa dénomination. Le corps

ORIGINE DES DOUVES.

31

est allongé et 11’a en largeur qu’un cinquième ou un sixième
delà longueur totale; chez les individus linéaires, ce rapport est
encore plus petit. La partie antérieure ou buccaleestplusrentlée que le côté opposé et est terminée par une protubérance sur
laquelle on observe la bouche de l’animal, au centre même de
la ventouse. L’intestin est droit ou ramifié et présente dans
quelques espèces de nombreux secums dichotomés. Les orga­
nes sexuels, mâle et femelle sont séparés l’un de l’autre; mais
ils se rencontrent à la fois dans le même individu ; quoique,
en général, ce fait semble être contredit par les observations
d’un naturaliste; dans le distoma hamatobium, M. Bilharz a
constaté la séparation complète des sexes. C'est jusqu’à pré­
sent le seul distonie connu à sexes séparés. Nous verrons
plus loin l’interprétation que nous pouvons donner de
cette observation.
Etudions, à présent, le mode de développementdes distomes.
Dès que la vésicule germinative est produite et que le vitellus
s’accumule autour, les spermatozoïdes se précipitent sur
elle et la fécondent. C'est après l’accomplissement de cet acte
qu’il se forme une coque dure autour de l’œuf fécondé et pen­
dant le séjour de l’œuf dans l’ovidute.
On ne saurait révoquer ce fait en doute après les observa­
tions de M. VanBeneden; ce savant a vu distinctement les
spermatozoïdes se mouvoir autour de la vésiculegpruiinative,
il n’est donc pas besoin d’un micfopyie pour assurer la fécon­
dité de ces œufs.
Ces œufs ne donnent pas naissance directement à un distome
et ici nous constatons comme dans la plupart des verscestoïdes
des cas dedigénésie. L’œuf donne naissance à une larve ciliée;
plus tard dans l'intérieur de cette larve, il se forme une sorte
de sac mobile auquel les naturalistes ont donné le nom de sporocyste ou de nourrice, Ce nouvel être peut être considéré comme
une sorte de matrice vivante complètement isolée; elle est
pourvue d’une pore, qui lui sert à se fixer sur le corps des
mollusques ou des insectes aux dépens desquels elle vit. Ces
sortes de sacs ou nourrices, arrivés à leur entier développe­
ment, donnent naissance à des cercaires qui, dans l’état actuel

�32

I». REYNÈS.

ORIGINE DES DOUVES.

do la science, sont le jeune Age des distomes. Ces faits,
qui sont confirmés par l’étude qui a été faite de la transfor­
mation des cercairesen dislomes est corroboré par des obser­
vations d’un autre ordre; dans quelques cas MM. de Filippi et
Van Beneden ont vu des nourrices donner directement nais­
sance à des distomes c’est-à-dire à des vei*s qui sont arrivés à
leur entier développement. Avons-nous lieu de nous étonner
à présent que ces sacs à cercaires aient été considérés par des
naturalistes du plus grand mérite comme des animaux dis­
tincts. Carus avait désigné le sporocyste, qui vitaux dépens
des ambrettes (Succinea) sous le nem de leucochloridium.
Nous ne devons qu’être peu surpris d’une telle méprise.
Les cercaires sont de petits animaux aquatiques ayant à peu
près la forme d’un têtard de grenouille; le corps est ovale,
pourvu de deux ventouses et terminé postérieurement par un
appeudice caudal plus ou moins allongé. Leur mode de pro­
gression est entièrement semblable à celui des têtards; c’est
par les mouvements latéraux de la queue que ces animaux se
déplacent. Les cercaires vivent, librement dans l’eau on se
fixent surle corps des mollusques et des insectes aquatiques.
On en rencontre fréquemment sur la peau des lymnées et
même dans le corps de ces animaux (le foie) où ils sont empri­
sonnés dans les poches qui ont reçu, avons-nous dit le nom de
sporocystes. Mais tant que les cercaires restent dans ce milieu,
leur état ne se modifie pas; pour que ces êtres abandonnent
cette forme agame et se transforment en distomes, il faut quùls
changent de milieu. Ce n'est que dans le corps d’un animal
terrestre qu'ils accomplissent cette métamorphose. Une lymnée
ou tout autre mollusque recouvert de cercaires vient-il à
pénétrer dans l’estomac d'un animal terrestre, alors sous
l’influence des sucs gastriques cet être se trouve digéré ; mais
il n’en est point ainsi ducercairej celui-ci perd sa queue,
acquiert des organes génitaux et se tranforme en distome. Tel
est le mode de développement de ces singuliers entozoaires.
En récapitulant le mode de développement des distomes,
nous voyons l'œuf fécondé au moment où le vitellus com­
mence à se former autour de la vésicule germinative ; une fois

33

la fécondation accomplie, l’œuf séjourne dans les oviducteset
il se forme autour de lui une coque cornée résistante. Lorsque
ces œufs arrivent dans un milieu aqueux, ils ne tardent pas à
donner lieu à une larve ciliée ; plus tard cette larve donne
naissance à une nourrice ou sporocyste, sorte de poche vivante
qui engendre non seulement des cercaires mais quelquefois
même de véritables distomes. Quant à ceux de ces êtres qui
conservent leur état agame, il est nécessaire d’un nouveau mi­
lieu pour que la dernière métamorphose puisse s’accomplir.
Les jeunes cercaires se fixent sur le corps des animaux marins,
lacustres ou fluviatiles; mais s^ par un hasard quelconque,
un de ces êtres aquatiques atteint de ces parasites s’introduit
dans la cavité digestive d’un animal terrestre, la transforma­
tion se fait aussitôt : le cercaire perd son appendice caudal,
acquiert un appareil générateur et se transforme définitive­
ment en distome avec les caractères propres à chacune de ces
espèces.
C’est à M. Steenstrup, professeur à Copenhague, que revient
l’honneur d’avoir observé le premier la transformation des cer­
caires en distomes. M. Van Beneden, après lui, a fait des expé­
riences dans le même but et est arrivé à un résultat ana­
logue; c’est ainsi qu’en donnant à des canards une espèce
de cercaire vivant sur ses lymnées ( Cercaria Brunnea ), il a
obtenu la transformation en distome ( distoma echinatum ).
C’est en mêlant les cercaires à la nourriture des canards que
l’éminent professeur de Liège introduisait les cercaires dans
l’appareil digestif de ces animaux. En élevant les canards à
l’abri de tout coutact extérieur, il est arrivé à prouver que
le nombre des distonies était en rapport avec celui des cercai­
res ingurgités,
Revenons maintenant an sujet qui nous intéresse: Le nom­
bre des douves qui vivent en parasite sur l’homme n’est pas
très considérable : on connaît, dans l’état actuel de la science,
la douve du foie ( distoma hepaticum), la douve lancéolée
( distoma lanceolatum), le distome hématobie ( distoma hematobium) et le distome hétérophye (distoma heterophium).
Nul doute que le nombre n’en soit beaucoup plus grand ,
3

�34

P. REYNÈS.

mais jusqu'à présent le nombre relativement restreint des au­
topsies et le peu d’attention portée sur ce sujet n’a pas permis
au champ d’observation de s’étendre davantage.
Le distonie hépatique et le distome lancéolé ont été observés
en Europe ; quant aux diverses autres espèces, distome hématobie et distome hétérophye, elles n’ontété vues qu’eu Egypte;
la première de ces espèces est. très commune. Je ne décrirai ici
que les deux premières espèces propres à la France et aux con­
trées européennes.
Douve du foie. (Distoma hepaticum).
De distonie a une couleur plus ou moins brune suivant l'âge
et une forme aplatie et lancéolée; il est plus large vers la ré­
gion céphalique que vers l’extrémité opposée et est comprimé
suivant le plan des faces ; il est trois fois aussi long que large :
la partie antérieure est terminée par une sorte de cône charnu
à l’extrémité duquel on aperçoit la ventouse buccale. Un peu
en arrière et sur la ligne médiane se trouve la ventouse pos­
térieure beaucoup plus grande que la ventouse buccale. L'in­
testin est très compliqué ; il est constitué par deux branches
parallèles sur lesquelles viennent s’insérer d'autres branches
obliquement situées et dirigées vers la bouche do l’animal.
Sur ces branches secondaires on aperçoit, à droite et à gauche
des rameaux divisés à leur tour et terminés par des culs
de sacs (Secums).
Les orilices génitaux sont placés entre les deux ventouses
mais plus rapprochés cependant de la ventouse abdominale.
L’appareil génital consiste en un pénis rétractile accompagné
d’un testicule filiforme et en un ovaire formé d’un grand
nombre de replis ; ils sont situés dans la partie centrale du
corps. Sous le microscope, on a observé le mouvement des
spermatozoïdes et la forme des œufs. Ces vers sont donc androgyns et ils se fécondent mutuellement à la manière des hé­
lices. Dans plusieurs espèces de distomes, ce fait 11e s’accom­
plit qu'en partie et la fécondation n’est pas réciproque comme
chez les hélices; dans ce cas l’un des vers prend le rôle de mâle
et. l’autre celui de femelle {Distoma /Uico/le). La femelle acquiert
dans ce cas un volume considérable tandis que le nulle reste

ORIGINE DES DOUVES.

3b

mince et presque filiforme. Ne pourrions-nous pas conclure
de là à l’inexactitude de l’observation de M. Bilharz par rap­
port au distome hematobium, observé en Egypte? N’est-il pas
possible que le mâle filiforme de cette espèce 11e soit tout sim­
plement un animal audrogyn non fécondé? Il résulte de l’ob­
servation de M. Wagener, que les femelles des distoma hema­
lobi um renferment des spermatozoïdes;, cette dernière obser­
vation me semble détruire toute sorte de doute et je ne pense
pas qu’on puisse hésiter à considérer sans exception tout le
groupe des dislomes comme possédant à la fois les deux sexes.
La douve du foie a été observée chez l’homme dans la vésicule
biliaire et le canal cholédoque ; mais ce parasite ne s'est pas con­
tenté d’élire domicile dans notre pauvre espèce; les chats, les
moutons, le cerf, le bœuf, l’aurochs, le chameau , le kangorou, etc. en ont été aussi attaqués; ou ne peut affirmer qu’au­
cun mammifère soit à l’abri des douves; chez certaines es­
pèces cependant on le trouve plus communément que chez
d’autres et le mouton peut être considéré comme un des hôtes
privilégiés. Si nous réfléchissons au mode de développement
des distomes, nous ne serons que peu surpris de cette préfé­
rence apparente ; tout le secret 11e consiste qu'à boire avec un
peu plus de discernement.
Pour compléter la diagnose de ce ver, il nous resterait à dé­
crire le sporocyste et le cercaire de l'espèce; mais jusqu’à
présent ils sont inconnus.
Distome lancéolé. (Distoma lanccolatum).
Le distome lancéolé a une forme plus allongée que le précé­
dent; il est quatre fois plus long que large et entièrement
comprimé ; il n’a plus la teinte brune du distoma hepati­
cum et tranche par sa couleur blanchâtre avec ce dernier.
Outre ces caractères extérieurs, ce ver présente des caractères
anatomiques entièrement tranchés ; l’intestin est droit et sans
aucune ramification; la ventouse abdominale, contrairement
à ce que nous avons observé dans l’espèce précédente est de
même grandeur que la ventouse buccale. Les œufs sont visi­
bles à travers la peau et varient de forme suivant le degré
de maturité.

�36

P. REYNÈS. — ORIGINE DES DOUVES.

I&gt;association de celle espèce avec la précédente avait laisse
croire aux première observateurs que cette espèce était le jeune
du distoma liepaticum; mais les caractères anatomiques, tant
extérieurs qu’intérieure, ne permettent pas celte assimilation.
C’est à Mehlis que revient l’honneur d’avoir su distinguer le
premier cette espèce.
Lesporocyste et le cercaire de cette espèce sont inconnus.
Reprenons maintenant l’étude des vers de ce groupe en gé­
néral et voyons quelle conséquence nous pouvons en tirer. Il
est évident que les douves, avant d’avoir acquis la forme
sexuelle ont passé d’abord par l’état de cercaire et que ces cercaires ont été engendrés par un sporocyste, qui. à son tour,
provient d’une larve ciliée et d’un œuf. Il faut donc chercher à
retrouver ce mode d’évolution. La présence des douves ayant
été constatée loin des mers, il s’ensuit que les cercaires, géné­
rateurs de la douve, vivent sur des animaux d’eau douce.
C’est donc sur les lvmnées, les phvses, en un mot, sur les
insectes et mollusques lacustres ou fluviatiles que nous devons
rechercher le premier état des douves.
Quelles inductions le médecin peut-il tirer d’un tel mode
de développement, an point de vue de la préservation? Le
lecteur a déjà trouvé la réponse : il ne faut boire qu’avec une
extrême réserve l’eau qui renferme de nombreux habitants,
puisqu’il est à peu près certain que chacun d’eux peut être
un nid à cercaires, et que c’est par les boissons que ces entozoaires arrivent dans notre organisme. Si on se souvient que
les ténias arrivent dans notre économie par l'intermédiaire
d’aliments infectés, on voit que si nous 11e voulons pas voir
notre organisme hanté par les vers colylides, il faut apporter
autant de circonspection dans le choix de nos boissons que
dans celui de nos aliments.

HERNIES.

37

D’UNE MÉTHODE ENCORE PEU CONNUE
POCR LA.

RÉDUCTION DES H ER N IES É T R A N G LÉ E S
P ak i.e Dr CHAVERNAC,
C hirurgien chef interne de l’h&amp;pital d’A ix .

Par la soudaineté de son évolution, la violence de ses symp­
tômes et l’imminence d’une issue fatale, la hernie étranglée
réclame l ’intervention prompte et intelligente du chirurgien.
La réduction en est quelquefois fort difficile. C’est donc faire
une œuvre utile que d’attirer l’attention sur un moyen fort
peu connu, dont les livres classiques ne parlent pas encore,
qui est toujours utile et souvent indispensable, pour la réduc­
tion des hernies.
Je veux parler de l’anesthésie (par l’éther ). Ce moyen n'est
pas neuf, puisqu’il y a déjà cinq à six ans qu’il a cours dans
la science ; mais peut-être a-t-il été trop rarement employé
contre la hernie étranglée.
Nous venons témoigner en sa faveur, parce que dans une
dizaine de cas il a rendu à nos malades un immense service
en leur supprimant les dangers d’une opération et partant en
leur sauvant la vie.
Nous poursuivons tous le môme but, parvenir à la guérison
du plus grand nombre de malades ; chacun doit apporter sa
pierre. Afin de faire ressortir les avantages de la méthode que
nous employons, nous croyons utile de faire voir en quelques
mots les avantages elles inconvénients des procédés employés
jusqu’à ce jour.
Les moyens thérapeutiques préconisés contre l’étranglement
sont fort nombreux.
Les uns ont des effets puissants, les autres ne sont que
leurs auxiliaires, tous sont du domaine médico-chirurgical.

�38

CHAVERNAC.

A quelque moment que l’on soit appelé pour une hernie
étranglée, c’est un devoir et une règle pour le chirurgien de
tenter le taxis.
Cette manœuvre opératoire, consacrée par la pratique de tous
les âges, par l'habitude de tous les gens de l’art, doit être
méthodique, bien faite, sans violence, toujours avec une pres­
sion égale, uniforme, soutenue pendant assez longtemps; à
ces conditions on réussit quelquefois au début de la maladie ;
mais que l’on se garde de faire comme le voulait Amussat,
de pratiquer le taxis gradué et forcé. On risque de faire éclater
l’intestin sous ses doigts et le malade meurt le lendemain,
au moment où l’on croit la guérison en bonne voie. Il ne faut
jamais désespérer du taxis, surtout quand on lui vient en aide
avec d’autres procédés thérapeutiques. Mais il n'est pas rare
de le voir échouer môme dans les mains des chirurgiens les
plus habiles. Alors chaque praticien essaie des remèdes qu’il
apprécie diversement suivant ses connaissances particulières.
Les uns, avec Astley Cooper à leur tête, saignent le patient
jusqu’à la syncope. Ce procédé a pu réussir, nous n ’en doutons
point, mais à la condition de l’opportunité du moment où l’on
pratique la saignée ; la gravité de la maladie, le tempérament
quelquefois débilité du malade, l'âge de la h e rn ie ........etc..
sont autant de conditions qui rendent cette méthode inap­
plicable.
Les émissions sanguines locales sont d’un fâcheux emploi,
attendu qu’elles appellent un afflux sanguin vers la partie
même, que l’on cherche à dégorger. Nous n’hésitons pas à
les proclamer mauvaises.
Quelques chirurgiens, voulant mettre à profit la pesanteur
même des organes contenus dans l’enceinte abdominale, ont
essayé de donner au malade des positions capables défavoriser
les efforts du taxis. Les uns avec Aneaulme font mettre l’herniaire en prostration; d’autres (Fabrice d’Aquapendente, Covillard,..) le suspendent par les pieds; d’autres enfin ( Sharp et
Louis.) parles jarrets. Pour une fois que ces moyens sont adju­
vants, ils sont cent fois infidèles. II en est de même de la succus­
sion, que Ribesa tant vantée. Quant aux efforts de toux, que A.

HERNIES.

39

Cooper prétend avoir vu rendre efficaces les tentatives de taxis,
il ne faut pas y attacher une grande importance; ils ont tou­
jours des effets contraires. Tout le monde sait, en effet, que
lorsqu’on veut faire saillir une hernie, on ordonne au malade
de tousser. Il serait plus logique de faire comme les paysans
russes, qui s'appliquent une grande ventouse sur les parois
abdominales, laquelle en attirant les viscères de l’intérieur,
exerce une traction sur les parties herniées.
Dans l’antiquité, on essayait de diminuer le volume de la
hernie, en donnant issue aux gaz contenus, par des piqûres
sur la tumeur : pratique dangereuse jetée dans un éternel
oubli par Pott et Sabatier.
Un procédé imaginé par Rivière, et repris dans ces derniers
temps parles Anglais, consiste à distendre la portion inférieure
de l’intestin en insufflant de l’air par Pan us. 0. Beirn pré­
tend en avoir retiré de grands services, puisqu’il dit avoir
réussi onze fois sur seize. On pourra donc mettre à contribution
ce procédé toutes les fois qu’on le jugera àpropos, vu son inno­
cuité parfaite. De iïaen et autres ont remplacé l’air par la fuméê de tabac.
Ceci m’amène à parler des lavements.
Les liquides médicamenteux portés dans le gros intestin
et vantés jusqu’à ce jour ne jouissent pas tous du même crédit.
Les lavements simples ont pour but, en débarrassant la por­
tion inférieure du tube digestif, de susciter les contractions
du gros intestin, qui, se communiquant à Panse étranglée,
peuvent la dégager dans certains.cas. Evidemment ce sont les
plus utiles.
A. Cooper a conseillé et mis en pratique les lavements de
tabac: mais depuis qu’il a eu à enregistrer un empoisonne­
ment mortel, il n’a pas ou beaucoup d’imitateurs. Ils produi •
sent des effets à peu près analogues à ceux de la saignée
poussée jusqu’à la syncope. L’abattement du malade devient
très grand ; il y a radiation complète de forces, et si le remède
échoue, que son action soit nulle, la scène change de tour­
nure; le herniaire se trouve dans des dispositions beaucoup
plus fâcheuses pour la conduite à tenir ultérieurement.

�40

CHÀVERNAC.

Ce sont encore les Anglais qui ont essaye}, avec pins ou
moins de succès, des lavements de sel marin ou d’eau à la glace.
Mais au, moins, quand ceux-ci ne font rien, ils ne sont jamais
nuisibles. Quant aux lavements purgatifs, ils sont seulement
un peu plus actifs que les lavements simples.
Il y a peu de chirurgiens aujourd’hui qui aient fait inhaler
le chloroforme à leurs herniaires; Fano, qui l’a employé dans
trois circonstances, prétend avoir réussi dans deux, mais il
avoue q u ’à la troisième, la mort a terminé cette tentative, et
il dit que le chloroforme n’a pas été étranger à la rapidité de
la mort, qui a suivi la réduction de la hernie. Nuisible au
premier chef, cet anesthésique ne doit plus apparaître devant
une hernie étranglée. Réservons-le pour les malades dont
l’état général est bon et il sera toujours disposé à leur rendre
service (à la condition d’être pur).
Je cite, pour mémoire seulement, la strychnine et le café,
ce sont des remèdes essentiellement infidèles dans la cure de
la hernie étranglée.
Je ne puis passer sous silence les purgatifs employés par tout
le monde et peut-être toujours avec le même insuccès. If n’y
a qu'un moment où ils sont utiles: c’est dans le cas où les
accidents ont peu d’intensité, où les vomissements sont rares
ou nuis. Mais passé cette période, quand l’étranglement de­
vient plus manifeste, que les vomissements se succèdent.à de
courts intervalles, que l’état général s’aggrave , les purgatifs
suscitent les contractions de l'estomac, le poussentà vomir de
nouveau, débilitent le malade, et risquent de faire rentrer un
peu plus de matière dans la hernie.
J’arrive aux procédés qui ont une action purement locale.
Et tout d’abord, un moyen, qui a dû se présenter naturelle­
ment à l’esprit dequiconquea voulu réduire une hernie, c’est
la compression. Elle peut se faire de plusieurs manières :
Velpeau la pratiquait avec un suspensoir garni de com­
presses. On a proposé, mais sans l’avoir jamais appliqué , je
crois, de faire la compression avec une vessie pleine de mer­
cure. L'application en serait difficile, attendu que la hernie
se rencontre rarement dans une forme susceptible d’être
coiffée exactement par la vessie.

HERNIES.

41

Dans le cas où la chose serait, possible, on conçoit très bien
que le mercure puisse agir par son poids d’abord, et par sa
basse température ensuite.
Dans ces derniers temps, Maisonneuve a essayé de faire la
compression d’une manière plus facile et plus heureuse. Il
commence d’abord par pédiculiser la tumeur le plus possible ;
puis il étreint ce pédicule par deux ou trois tours de bande
de caoutchouc. Ce procédé parait lui avoir réussi ; nous ne
pouvons le critiquer, attendu que nous ne l’avons jamais
employé; mais nousvoyonsd’iciquelquesinconvénients à cette
étreinte vigoureuse; d’abord la douleur, tout le monde sait
combien sont sensibles les parties étranglées, enflammées , au
point que la pression seule des doigts arrache des cris déchi­
rants aux pauvres malheureux.
De plus, il n’est pas toujours facile de former un pédicule à
la tumeur, et dans les hernies crurales, qui. d’ordinaire, sont
peu volumineuses, cette opération est impraticable. Cependant
il faut garder ce moyen dans la thérapeutique et l’avoir pré­
sent à l’esprit en temps opportun.
Les bains sont utiles, parce qu’ils assouplissent les tégu­
ments, qu'ils relâchent les parois abdominales, qu'ils déter­
minent une excitation générale, bientôt suivie d’une faiblesse
d’autant plus grande que la température du bain est plus
élevée. Mais il n’est pas toujours possible de donner un bain
à son malade.
Je ne parlerai pas des cataplasmes émollients, des fomen­
tations tièdes qui ne méritent aucune confiance légitime, par
cela même qu’ils peuvent être nuisibles; eu effet, en raréfiant
les gaz contenus, en favorisant la dilatation des capillaires, ils
occasionnent le développement de l'anse herniaire, et un afflux
sanguin vers les enveloppes.
On fait aujourd’hui bon marché, et cela avec beaucoup de
raison, des applications narcotiques usitées sous toutes les
formes. La pratique journalière en a fait justice. Ceux qui
ont préconisé les préparations belladonnées ou opiacées, ont
oublié qu’elles ne peuvent exercer aucune action sur le lien
constricteur, qui, d’ordinaire, est cellulo-fibreux on cellu­
leux maisjamais pourvu de nerfs.

�“

—

12

CHAVERNAC.

HERNIES.

L’ôlectro-punclure n’a pas été suffisamment expérimentée
contre la hernie étranglée; elle pourrait être efficace dans quel­
ques cas, en suscitant les contractions fie l’intestin. Mais c’est
encore une fie ces ressources qu’on n’a pas facilement sous
la main.
Nous trouvons enfin dans le cadro thérapeutique, très varié
d’ailleurs, de la hernie étranglée, une autre série de moyens,
qui ont une valeur réelle par leur grande efficacité et leur
complète innocuité, s’ils sont convenablement administrés.
J’ai nommé les réfrigérants.
Je ne puis m’empêcher de raconter le fait su iv an t, que tout
le monde connaît : J.-L. Petit allait pratiquer l’opération de la
hernie étranglée à un jeune enfant. Tout étant prêt, la
grand’mère, inquiète à la vue de l’instrument tranchant, ne
fait ni un ni deux, elle saisit un grand sceau d’eau froide ,
et le jette avec violence sur les parties génitales de l’enfant. La
peur, la sensation de froid arrachèrent un cris au malade;
il pleura beaucoup, mais la hernie était rentrée.
Ce fait vrai, authentique, adonné l’idée aux praticiens d’em­
ployer d’autres réfrigérants. Les uns ont employé la glace.
Une vessie pleine de glace pilée a été placée sur la tumeur.
Quand on n’a pas eu de glaceà sa disposition, on en a fabriqué
avec les sels ammoniacaux, et évidemment ces moyens sont
très utiles par la condensation des gaz et l’anesthésie partielle
qu’ils déterminent. Mais il y a des inconvénients sérieux qui
viennent contrebalancer leur efficacité. Il n’est pas toujours fa­
cile d’avoir de la glace, ni un mélange réfrigérant. A la cam­
pagne, dans les villages on manque quelquefois de tout, de
linge même: il y a impossibilité matérielle de s’en procurer.
En outre la glace appliquée dans une région chaude, tuméfiée,
enflammée, se fond vite, etaubout de quelques instants, on n’a
plus qu’une température tiède, qui est alors sans action. Quand
Goursaud a voulu faire le procès à la glace, il a donné un ar­
gument sans valeur, il a prétendu que. dans les cas d’épiplo­
cèle. la réfrigération était capable de coaguler la graisse. Boyer
et Astley Cooper lui ont adressé des reproches bien plus sé­
rieux. Le premier craignait de voir arriver, après son appli-

cation, des réactions et la gangrène consécutive. Le second a
vu la peau couverte d'escharres et même dans cc cas malheu­
reux, les viscères herniés, n’étant pas altérés, furent réinté­
grés dans la cavité abdominale, et le malade guérit.
La glace calme les couleurs, modère l’inflammation, crispe
la peau, condense les gaz, mais son action n’est ni assez éner­
gique ni assez rapide. Or, l’étranglement exige une interven­
tion prompte. La pulvérisation de l’éther, fortement projeté
sur la hernie, réalise les mêmes avantages sans en avoir les
inconvénients.
Voici quelques faits à l’appui de cette manière de voir.
Je les donne par ordre chronologique pour en déduire en­
suite les indications rationnelles basées toutes sur l’observa­
tion directe.

43

Observation I. (Hospice des I ncurables).

Hernie inguino-scrotale gauche engouée.
Le nommé Jifilicn, âgé de 70 ans, était atteint depuis fort long­
temps d’une hernie inguinale double.—Il la maintenait tant bien
que mal par un mauvais bandage. Quand la doublé hernie faisait
irruption au dehors, le scrotum prenait un développement énorme,
comme la tète d’un adulte.
Une nuit, vers une heure, dans le courant du mois de novem­
bre 1866, la hernie gauche, a la suite d’un accès d’asthme, s'in­
sinua sous la pelote du bandage, et sortit tout entière de l’abdo­
men. Jullicn n’y prit pas garde et n’eut pas la précaution de la
faire rentrer de suite.
La hernie ne tarda pas à s’engouer et un commencement
d’étranglement se procluisit.il essaya bien à plusieurs reprises la
réduction, mais bientôt survinrent des douleurs dans le ventre,
qui allèrent en augmentant d’intensité — le hoquet et les vomis­
sements annoncèrent le péril de la situation. — Jullien ne dormit
pas du reste de lu nuit, il attendit le jour. — A six heures, l’in­
terne de garde appelé, tente en vain le taxis, une ou deux fois, il
fait mettre cataplasmes et extrait de belladone sur la tumeur.
A neuf heures du matin, avec les docteurs Gouyet, Castellan et
les internes, nous pratiquons le taxis tout en projetant de l’éther

�CHAVERNAC.

HERNIES.

fortement pulvérisé sur la hernie. A la deuxième tentative, c’està-dire en moins de dix minutes, la hernie rentra.
Le malade avoua qu’il n’était pas venu du corps depuis deux
jours. — On lui prescrit 30 gr. d’huile de ricin. — La journée fut
bonne — et les jours suivants Jullien reprit son train de vie
antérieur.

elle se laissait très bien délimiter, et on pouvait sentir battre l’ar­
tère crurale à la partie externe de la tumeur. Le diagnostic porté
fut: Etranglement d’une entérocèle qui s’était faite par l’enton­
noir crural.
Suivant toujours la pratique habituelle de tous les gens de
l’art, j ’essayai une première fois de faire rentrer la hernie par le
taxis. — Au bout de dix minutes, cette tentative restant infruc­
tueuse, j ’envoyai chercher l’appareil à anesthésie. —Un jet d’éther
fut dirigé sur la tumeur, et en moins de cinq minutes, un nouvel
essai de taxis fit rentrer l’anse intestinale dans l’abdomen en fai­
sant entendre un bruit de gargouillement, à la grande satis­
faction des assistants et surtout de la malade.
On lui fit donner un bain immédiatement, puis un purgatif et
une pilule d'opium pour la nuit. Le bandage fut renouvelé et au
bout de trois jours la malade sortit de l’hôpital entièrement guérie.
Nous l’avons vue depuis, plusieurs fois, elle se porte à mer­
veille.
Etaient présents à la réduction : le docteur Castellan et les in­
ternes Yvan et Bec.

U

La hernie.*qui était tout entière formée d’une anse intesti­
nale, n’était pas, à proprement parler, étranglée ; elle était
engouée. Aussi nous ne donnons pas ce fait comme probant.
Il est probable, que le taxis prolongé ou d ’autres moyens en
auraient fait tout autant.
D’ailleurs un seul fait est toujours sujet à contestation.
L’observation suivante constate mieux le bon effet de
l’anesthésie locale.
Observation II.

Hernie crurale droite étranglée.
La femme Tassy, née Raynaud, Virginie, âgée de 50 ans, domi­
ciliée à Aix (Bouches-du-Rhône), portait depuis plusieurs années
un bandage pour maintenir une hernie crurale du côté droit..
Elle avait à lutter depuis longtemps contre une constipation
opiniâtre. Un beau jour sa hernie sort et il lui fut impossible de
la faire rentrer. Elle resta près de trente heures chez elle, dans
des cruelles souffrances qui menaçaient de devenir de plus en
plus fortes. Elle se fit transporter à l’hôpital le 19 décembre 1867,
à la tin du deuxième jour. Elle accusait des coliques très fortes,
le ventre était un peu ballonné et douloureux à la pression. Les
nausées et les vomissements se répétaient à des intervalles assez
rapprochés; le hoquet, qui s’était déclaré quelques heures avant
son entrée, devenait plus fréquent — la malade était anxieuse, se
plaignait souvent, sa figure exprimait la violence de ses souf­
frances; son pouls était petit et très accéléré.
Bille nous raconta qu’elle n’avait pas eu de selles depuis trois
jours. La hernie était grosse comme un œuf de dinde, située dans
e pli de l’aine, immédiatement au dessous de l’arcade crurale,
que l’on sentait très bien, et plus rapprochée de la partie iuterne.
— Elle était arrondie, sonore, rénitente, douloureuse au toucher ;

15

Dans ce cas, il est certain que l'anesthésie locale a agi,
et il s’agissait d’un étranglement et non pas d’un engoùment.
Un autre fait témoigne encore en faveur de ce procédé de
réduction, parce que l’étranglement était plus ancien et
les accidents qu’il occasionnait étaient plus violents.
Observation III.

Hernie inguino-scrotale étranglée.
Le nommé Berton, César, domestique, de Lauris (Vaucluse), âgé
de 23 ans, est atteint depuis l’àge de treize ans d’une hernie in­
guino-scrotale droite qu’il maintenait par un bandage.
A la suite d’un gros repas fait te samedi soir 1er février 1868, il
fut pris d’indigestion le lendemain dimanche. Ce jour là, il allait
monter en chemin de fer à quatre heures du soir, lorsque, faisant
un effort pour entrer dans le wagon, il sentit sa harnie s’échapper
brusquement et fuser sous son bandage. Instantanément se dé­
clarèrent de si violentes douleurs qu’il fut obligé de retourner.
Il essaya, mais en vain, de faire rentrer la tumeur. Dans la nuit,
le symptômes de l’étranglement se déclarent; le lundi, le docteur

�CHAYERNAC. - HERNIES.

46

Lisbonne prescrit purgatif, lavements, cataplasmes, application
de vingt sangsues, bains répétés, tente plusieurs fois le taxis,
mais toujours infructueusement. Une nouvelle tentative faite le
mardi, après un bain, n’ayant pas eu plus de succès, on trans­
porte le malade à l'hôpital, où il arrive le t février i\ dix heures
du soir.
Au premier examen, nous trouvons: Le pouls petit, fréquent —
le faciès altéré, le nez froid, les extrémités froides aussi, le ventre
douloureux, tendu, météorisé. Le malade, qui n'a pas eu de selles
depuis quatre jours, est en proie à un hoquet et à des nausées
continuels. Cependant il n’a pas vomi depuis la veille.
La tumeur, que nous trouvons dans la bourse droite, est volu­
mineuse, plus grosse que le poing, oblongue, opaque, fluctuante,
douloureuse au toucher, et donnant la sensation de gargouille­
ment. 11 est facile de s’assurer que le siège de l'étranglement est
au niveau de l'anneau externe.
Nous pratiquons immédiatement une première tentative de taxis
prolongée pendant plus de dix minutes, toujours avec le même
insuccès que notre confrère le docteur Lisbonne. Nous faisons
mettre le malade dans un nouveau bain, où il reste près d’une
heure. A minuit, avec le concours du docteur Chabrier, nous pra­
tiquons une seconde fois le taxis, mais cette fois, en projetant
sur la tximeur un jet d’éther pulvérisé. En moins de dix minutes,
la hernie rentra, et le malade soulagé proféra des paroles de re­
connaissance.
huile de ricin.......... 4o gr.
huile d’amande douce 4b gr.
^ ot'on opiacée.

Î

Sirop de Limon.. ; .. 15 g’.
s Pica de
Le lendemain, le malade vient abondamment du corps — il est
très content. — Son ventre est un peu douloureux à la palpation.
Huit jours après il demande son exeat.

Après ces deux derniers faits, est-il possible de nier l'action
bienfaisante de l’anesthésie locale ? Si quelqu’un en doutait
encore, voici d’autres faits capables d ouvrir les yeux aux plus
incrédules.
[La suite au prochain numéro.)

FIEVRES TYPHOÏDES.

47

C LIN IQ U E DE L A M L L E .

FIÈVRES TYPHOÏDES.

La fin de l’été et le commencement de l'automne ont été
remarquables par le grand nombre d'affections intestinales
graves qui ont été observées à Marseille; les fièvres typhoï­
des , considérées au point de vue de la localisation intesti­
nale , ont eu mie large part dans ce groupe de maladies.
C’est surtout parmi les enfants que la fièvre typhoïde a sévi
avec le plus d'intensité, soit par la multiplicité des cas, soit
par leur gravité. Je détache de mon portefeuille clinique
deux observations qui donneront une idée très exacte de la
forme que cette maladie a affectée dans le trimestre qui vient
de s’écouler, et je resterai complètement dans la vérité en di­
sant qu'à l’hôpital j ’ai observé exactement les mômes disposi­
tions, les mômes tendances morbides.
J’ajouterai que depuis le commencement de l’hiver les ma­
ladies des voies respiratoires ont pris le pas sur les autres ,
mais le fond reste le même.
PREMIÈRE OBSERVATION.

IL T., âgée de neuf ans, d’une bonne santé habituelle fut, le 9
septembre, après quelques jours de prodromes, prise de fièvre
avec céphalalgie frontale, lassitude générale et phénomènes
gastriques tels que : langue saburrale, vomituritions, soif,
inappétence et constipation. Un vomitif fut administré, puis un
léger laxatif fut prescrit à trois reprises dans le cours des deux
premiers septénaires. Le pouls se maintint pendant ce laps de
temps de 90 â 402, une légère diarrhée s’établit et chaque jour se
reproduisirent un ou deux vomissements de matières tantôt

�18

SEUX.

FIÈVRES TYPHOÏDES.

verdâtres, tantôt .simplement muqueuses. Jusqu'à cette époque,
l'affection ne présenta aucun caractère cle gravité ; alors apparurent
quelques râles sibilants à la base de la poitrine en arrière, le
pouls s’éleva et se maintint presque constamment de 112 à 120, le
ventre se ballonna, la diarrhée fut plus fréquente et plus abon­
dante ; il n’y a jamais eu aucune tache rosée lenticulaire. Cette
aggravation fut accompagnée d’une pâleur extrême ét d’une
grande émaciation. Le bouillon qu’on avait administré jusque là
fut donné plus souvent et rendu plus riche, une potion avec
l'extrait sec de quinquina fut prescrite, des lavements d’infusion
de camomille furent donnés matin et soir, de plus, embrocations
d’huile camphrée et fomentations sur le ventre.
Pendant le troisième septénaire, les phénomènes gastro-intes­
tinaux s’aggravèrent ; chaque jour eurent lieu plusieurs vomis­
sements. Un vésicatoire volant fut placé à l’épigastre. De plus,
un état syncopal se manifesta de temps en temps, et quelques
phénomènes nerveux spasmodiques apparurent, il est vrai sans
assoupissement et avec l'intégrité la plusparfnite de l'intelligence,
sauf un rare et léger subdélirium. Du vin de malaga coupé avec
partie égale d'eau fut donné alternativement avec le bouillon et la
potion au quinquina. Le pouls augmenta encore de fréquence, la
pâleur devint cadavérique, le ballonnement du ventre fut pousse
à l’extrême, la diarrhée de plus en plus abondante. Du sous-nitrate
de bismuth fut ajouté aux prescriptions précédentes. Sous l’in­
fluence de cette poudre, la diarrhée diminua notablement, toute­
fois la situation était des plus graves par l’état d’adynamie pro­
fonde dans lequel était l’enfant, le pouls petit, battait de 130 à 110 ;
à chaque instant je redoutais la fin de la petite malade.
Dans ces tristes conditions, le matin du 5 octobre, un violent
frisson se manifesta, il y avait peu de toux, mais une dyspnée
beaucoup plus intense que les jours précédents où l’auscultation
ne m’avait révélé que des râles sibilants. Ce jour là il fut facile de
constater un état d’engouement manifeste des deux tiers inférieurs
des deux poumons, surtout à droite, et dans plusieurs points un
souffle tubaire des plus manifestes. Une pneumonie double,
hypostatique, venait compliquer une maladie déjà si grave.
L’acétate .d’ammoniaque combiné au quinquina amena une
transpiration assez abondante et un amendement notable dans
l’intensité du mal, mais au bout de deux jours, les vomissements
devinrent très-fréquents, il fallut suspendre esprit de mindérérus

et quinquina. Une potion alcoolique au huitième ne put pas être
supportée. J ’insistai alors encore davantage sur le vin de malaga
«lui fut donné exclusivement à toute autre boisson, par petites
cuillerées, souvent répétées, à la dose des deux tiers sur un tiers
d’eau. Du 5 au 13 octobre, l’enfant ne prit que le malaga et de
l’excellent bouillon de bœuf. Sous l’influence de cette médication
tonique dont l’estomac s’accommoda parfaitement, la résolution de
la pneumonie se fit rapidement, le ventre s’assouplit, la diarrhée
cessa, le pouls se ralentit ; en un mot, la convalescence se dessina
et à la fin du sixième septénaire, à partir du début de la maladie,
tout danger était conjuré.
La convalescence fut franche et régulière.
M. le docteur Roux fils a bien voulu me seconder de ses
lumières dans le traitement de cette maladie.

49

Cette observation est le type des cas nombreux de lièvre
typhoïde qu’il m’a été donné d’observer dans le quadrimestre
qui vient de s’écouler. Le fait est remarquable par l’absence
à peu près complète des phénomènes cérébraux, l’intensité
des accidents gastro-intestinaux et la complication pulmo­
naire grave qui s’était manifestée au milieu de l’adynamie la
plus profonde ; le fait est encore digne de fixer l’attention , à
cause du succès complet du tonique par excellence, le vin
généreux , le malaga en particulier, qui fut si bien supporté
par l’estomac d’ailleurs très irritable de cette enfant.
DEUXIÈME OBSERVATION.

. Une autre jeune fille de huit ans fut, le 6 octobre, prise de fièvre;
céphalalgie, envies de vomir avec constipation ; un traitement
évacuant fut employé, à la suite un peu de diarrhée s’établit.
Le septième jour de la maladie se manifestèrent, sans provo­
cation aucune, des vomissements intenses qui jetèrent la jeune
malade dans une prostration de forces telle qu’il fut nécessaire
d’employer les stimulants sous toutes les formes. Le pouls était
petit, à 110 pulsations, le faciès grippé, presque cholérique; une
potion éthérée, des frictions sur les membres, puis des sinapis­
mes promenés sur différents points du corps amenèrent une
réaction salutaire. Les toniques, vin et quinquina, constituèrent,
dès lors, la base du traitement. il y avait de la toux et quelque
4

�so

SKÜX.

râles sous-crcpitants en arrière. Vers la tin du 2esepténaire, un
point pneumonique se développa à gauche, vers l’angle de
l’omoplate. Un vésicatoire fut posé au bras. Dans le courant du 3*
septénaire, bien que l’état de la poitrine ne se fût pas aggravé, le
redoublement fébrile du soir fut si intense, qu’il me parut conve­
nable d'ajouter à la médication vingt centigrammes de sulfate
de quinine qui furent administrés plusieurs jours de suite.
A la tin du i* septénaire, la convalescence s’établit franche­
ment.

Dans cette seconde observation , comme dans la première,
prédominance des phénomènes gastro-intestinaux et thoraci­
ques, et succès de la médication tonique.
Ces deux observations font apprécier d'une manière lies
exacte le caractère adynamique , avec prédominance des phé­
nomènes abdominaux et thoraciques, que les fièvres typhoïdes
ont présenté durant la période indiquée. Elles démontrent
aussi l’excellence de la médication tonique. La supériorité de
celle médication est du reste, depuis un certain nombre
d’années, la règle dans le traitement d’un grand nombre de
maladies. Il y a 23 à 30 ans c’était l'opposé : même dans le
traitement de la lièvre typhoïde il était avantageux d’em­
ployer le traitement anti-phlogistique ; les succès de M.
Bouillaud à la Charité en sont la preuve. Il n’est pas douteux
pour moi que la thérapeutique s’est modifiée dans ce sens,
non pas par le fait d idées purement spéculatives , mais par­
ce que la constitution médicale s’ost aussi modifiée depuis un
certain nombre d’années, et que le médecin a dù se soumettre
à ses exigences.
J’ai démontré ce fait plus d’une fois dans mou cours de thé­
rapeutique à propos de la médication tonique , et je me pro­
pose de m’occuper de nouveau dans ce journal de cette im­
portante question quand le temps et l’espace me le permet­
tront.
Dr Seux ,
l'rofesicur de thérapeutique et de mature médicale
à l'école de Médecine de Marseille .

Le nommé Bruno, Jean-baptiste, âgé de 20 ans, est admis, le
49 octobre 1868, à l'Hôtel-Dieu, où il occupe le lit n” 42 de la salle
Ducros. 11 travaillait, dit-il, depuis 4 ans dans une fabrique cle
noir de fumée, quand il fut pris, le mardi 13 octobre, au milieu
de son travail, d’un frisson très-violent avec céphalalgie, douleur
au côté droit du thorax, et toux accompagnée de crachats rou­
geâtres. Avant ce jour, il ne toussait pas, il n’a jamais craché de
sang. A partir de ce moment, il a eu de l’insomnie, du délire
même ; on lui a appliqué en ville un vésicatoire au côté droit de
la poitrine.
Etat le 20 octobre. — Décubitus dorsal, yeux cerclés de noir,
pommettes rouges, langue blanchâtre, soif vive, peu d’appétit,
légère diarrhée; peau sèche et chaude, pouls fréquent et concen­
tré (140 puis); inspirations courtes, costo-supérieures (45 par
minute).
L’intensité des vibrations thoraciques ne semble pas diminuée,
mais la percussion fait constater une matité très-étendue â la
base, à droite, jusqu’aux trois-quarts supérieurs de la fosse sousépineuse. A l'auscultation, on entend en arrière du souffle tubaire
et de la bronchophonie, en avant, un mélange de râles crépitants
et sous-crepitants. La respiration est normale aux sommets.
Nous u’avons pu voir qu’un crachat, il était visqueux, aéré et
sanguinolent. L’ensemble de ces symptômes indiquait une pneu­
monie déjà assez avancée de la base du poumon droit.

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e . ~ C“ Vé8“

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�E. IA G ËT.

21. — L’état du poumon malade n’a pas varie. Le pouls est plus
développé. (Saignée de 400 grammes, 0,20 tartre stibié.)
Le 23, les phénomènes sthéthoscopiques changent.brusque­
ment. La matité que l’on rencontrait en avant est remplacée par
une sonorité exagérée. Cette matité reparaît lorsque le malade
s'assied. On entend au niveau du mamelon un tintement métal­
lique très-prononcé; respiration amphorique. La succussion
donne un bruit de fluctuation des plus manifestes. Dyspnée plus
intense, crachats purulents. (Pouls à 123, insp. 40.)
Il y avait là , évidemment, épanchement de liquide et de gaz
dans la cavité pleurale. Vu la marche de la maladie, la cause de
cet hydro-pneumo-thorax n’était pas difficile à saisir. 11 s'agissait
d’un abcès pulmonaire, d’une vomique qui s’était ouverte d'une
part dans la plèvre et de l’autre dans les bronches.
2i. — Diarrhée jaunâtre, urines rares. Suspension de la potion
stibiée, extrait de quinquina, trois ventouses sèches sur la paroi
antérieure droite de la poitrine.
26. — Sueurs très-abondantes; lèvres pâles, état général trèsaggravé; pouls â 130, 33 inspirations par minute.
27. — 133 puis, 60 insp. Oppression considérable, toux inces­
sante; crachats purulents très-abondants, sans fétidité gangré­
neuse.
28. — Décubitus sur le côté affecté, râles trachéaux s’entendant
à distance.
Bien qu’il soit grand partisan de la thoracenthèse, même dans la
période aigue de la pleurésie, M. Seux ne croit pas devoir la pra­
tiquer dans ce cas à cause de l'état général du malade et de la
large communication qui existait entre la cavité pleurale et les
bronches. (0,03 extrait thébaïque en une pilule.) Quinquina.
31. — A gauche, dans toute l’étendue du poumon, s’entendent
des râles ronflants et sibilants; œdème des malléoles.
4*v novembre. — Pouls petit, précipité (140 puis); 60 inspira­
tions par minute ; joues et extrémités bleuâtres; mort dans la
soirée.
L’autopsie est faite le 3 novembre. La putréfaction du cadavre
est très-avancée. Le poumon gauche est congestionné, de même
que les lobes supérieur et moyen du poumon droit. Des gaz
s’échappent au moment où l’on pénètre dans la cavité pleurale
droite, qui contient aussi une quantité assez considérable d’un
liquide rougeâtre au milieu duquel nagent des flocons purulents.

PNEUMONIE.

33

L’épanchement est limité en haut par une ligne d’adhérences
passant un peu au-dessus du mamelon. La plèvre est recouverte
de fausses membranes flottantes. Le lobe inférieur du poumon
droit est hépatisé à la partie inférieure et antérieure ; il présente
une vaste cavité conique à base plongeant dans l'épanohement, à
sommet communiquant avec les bronches.

H O T E L -D IE U .
(S e rv ic e

d e M. F a b re ).

Pneumonie adynam ique.— Traitement par l’éther phosplioré.— Guérison.
( Observation recueillie par M.

V idai, (de

Cassis), interne des Hôpitaux).

Le nommé Robert, Jean-François, âgé de 33 ans, raffineur, en­
tré à l’Hôtel-Dieu le 8 novembre 1868, est couché dans le service
de la clinique, salle Aillaud, n° 23. Cet homme, d’une constitu­
tion un peu débile, est malade depuis dimanche, 4" novembre. Il
a éprouvé d’abord une vive douleur au mamelon droit; il a toussé
ensuite, et a eu delà diarrhée; ses crachats peu abondants étaient
rouilles au début.
Etat à l’entrée : Rougeur de la pommette gauche ; conservation
des vibrations thoraciques; la percussion donne une matité pro­
noncée à droite et en arrière, plus forte au sommet qu’à la base ;
par l’auscultation on entend un souffle bronchique très-fort dans
la fosse sous-épineuse et dans l’aiselle du côté droit, et des râles
sous-crépitants à la base du même côté ; l’auscultation de la voix
fait entendre de la bronchophonie ; à gauche la respiration est
rude et supplémentaire. Les crachats sont couleur jus de réglisse,
il y a une difficulté très grande dans l’expectoration, la toux est
fréquente et pénible ; la langue rouge, fuligineuse, la soif vive ;
il existe une diarrhée assez abondante; les pupilles sont dilatées ;
le pouls est mou, dépressible et bat cent fois à la minute, la peau
du tronc est chaude, celle des mains est un peu froide, le thermo­
mètre placé dans l’aisselle monte à 40“ 6; dyspnée; 46 inspira­
tions par minute. Traitement: Julep avec 6, 10 kermès, 40 gr.
sirop d’ipéca et 120 gr. eau distillée, tisane pectorale.

�/il

VIDAL.

Le soir, l'état général est plus mauvais; la langue est presque
sèche, le pouls plus petit, il bat 101 fois, le thermomètre monte à
40°, il y a 38 inspirations.
Le 9 au matin, l’état général paraît plus mauvais que la veille,
la langue est tout-â-fait sèche, les yeux sont excavés, lo pouls,
tout-à-fait misérable, bat 4OS fois, lo thermomètre monte à 38° l,
38 inspirations; l’expectoration est supprimée. Traitement: Julep
avec 8 gouttes éther phosphoré et 16 gr. sirop d’éther. Lait. Le
soir le pouls bat 92 fois, le thermomètre est a 12; 38 inspirations.
Le 10, le pouls moins petit et moins dépressible, bat 90 fois,
la langue est très sèche et fendillée, les yeux sont noirs et exca­
vés, le souffle moins fort, les râles sous-crépitants persistent â la
base, la respiration est moins gênée, 36 inspirations, le thermo­
mètre monte h 39, 2. Même potion que la veille; le soir, pouls
à 96, thermomètre à 39, 0; 42 inspirations.
Le 11. On entend des râles sous-crépitants et crépitants de re­
tour, les crachats ont évidemment reparu ; les uns sont de cou­
leur jus de réglisse, et les autres sont muqueux; la langue,
moins sèche, est encore dépourvue d’épithélium, le pouls bat 81
fois, il est plus fort; le thermomètre est à 38° 5; 36 inspirations.
Traitement: Julep avec 5 gouttes éther phosphoré et 15 gr. sirop
d’éther. Le soir le pouls est à 80, le thermomètre â 39 ; 36 inspi­
rations.
Le 12. Peau moîte, langue moins sèche, souffle très faible, pouls
à 96, thermomètre 36, 6; 36 inspirations. Prescription: Julep.
2 gouttes éther phosphoré. Le soir, pouls à 72, thermomètre à
36. 7 ; inspirations 34.
Le I3. Etat local meilleur; résolution delà pneumonie ; crachats
visqueux; pouls à 72, thermomètre â 37; 34 inspirations.
Le H et les jours suivant la résolution s’effectue rapidement et
le malade sort complètement guéri le 27 novembre I868.

PSYCHOLOGIE.

BIBLIOGRAPHIE.
P S Y C H O L O G IE N A T U R E L L E .

Étude sur les facultés in te llectu elles et moraleB dons leu r
état norm al et dans leurs m anifestations anorm ales chez
les aliénés et les crim in els, par lo Dr Prosper D espine .

L’ouvrnge que nous présentons à nos lecteurs s’adresse â la
foisaux philosophes, aux jurisconsultes et aux médecins. Il
est le fruit de longues années de recherches et de méditations.
Il aborde les questions les plus difficiles et les plus élevées
de pathologie, de psychologie et de morale. S'il ne les résout
pas toutes, surtout au point de vue pratique, il fournit, sur
chacune d’elles, de précieux documents et de nombreuses
observations.
Le premier volume est consacré à l’étude des facultés in­
tellectuelles et morales, de la raison, du libre arbitre et des
actes automatiques; le moins original des trois, il renferme
un exposé clair et méthodique des opinions des différentes
écoles philosophiques sur ces divers sujets.
M. Despine a voulu, sans aucun doute, se préparer écrire
son livre, en se familiairisant avec les diverses doctrines phi­
losophiques. C’est le résultat de ces études préliminaires qu'il
nous donne d’abord; ou pourrait presque séparer cette pre­
mière partie de son ouvrage des deux autres; elle serait en­
core un traité de 1 homme moral, remarquable par la netteté
du style et la sûreté de la critique.
Le second volume appartient bien plus û l’auteur; il est
tout entier consacré, ainsi que le commencement du troisième,
à l’étude philosophique des actes criminels.
On y trouve de nombreuses observations; la plupart ont été
relevées par hauteur dans les journaux judiciaires. Ce tra-

�?if&gt;

E. ROBERTY.

vail à dù lui coûter beaucoup de peines et de temps. Nous
reprocherons à ces observations d’être le plus souvent trop
courtes et incomplètes, et d’avoir été recueillies de première
main par des journalistes plus désireux de l’effet produit par
leurs récits, que de la recherche de la vérité. Cette remarque
n’empêche de reconnaître que, par leur nombre et par l’una­
nimité de leurs conclusions, ces observations n ’aient encore
beaucoup d’importance. Mais nous préférons de beaucoup
celles qui sont propres à l’auteur, car elles sont bien réelle­
ment de celles qui se pèsent et ne se comptent jpas.
Toutes ces observations se rapportent, aux différentes espècesde crimes, et sont rangées dans des chapitres distincts;
elles servent à l’auteur pour apprécier l’état moral des divers
criminels, la liberté de leur volonté, par conséquent le véri­
table degré de leur culpabilité.
A chaque page de ces volumes, on rencontre des vues neu­
ves et des discussions pleines du plus vif intérêt.
Ce que M. Despine se propose d’y démontrer, c’est, que, clans
presque tous les actes criminels, et par conséquent chez pres­
que tous les criminels, il y a une altération d’une faculté
morale : jugement, sens moral, volonté. Il ne se borne pas
à exposer ces vues théoriques sur cet important sujet. Dans le
troisième volume, il en vient aux applications pratiques, et,
dans des chapitres distincts, il aborde le traitement moral
applicable aux criminels et aux délinquants, il passe en re­
vue les diverses peines, et montre combien elles sont ineffica­
ces pour l’amélioration du criminel.
Mais il pense avec raison que le rôle de critique est aussi
facile que stérile, et il ne craint pas de proposer un traite­
ment moral pour les criminels et les délinquants, pour ceux
qui sont doués encore du sens moral, et pour ceux qui en
sont dénués.
On peut voir, par cettecourte et incomplète analyse, toute
1 importance des études de notre collègue, et la gravité des
questions qu'il a soulevées.
Quelle que soit 1opinion des lecteurs de ce livre, il n’en est
aucun qui ne reconnaîtra que l’auteur y a toujours été au

PSYCHOLOGIE.
niveau de sa tâche, et qui u’y trouvera les preuves incontes­
tables d'un travail considérable et d’une vaste intelligence.
En particulier, nous médecins, nous devons être reconnais­
sants à M. Despine. Il vient de démontrer que la science que
nous professons est appelée aux plus hautes destinées, quelle
s'étend des choses du corps à celles de lame, qu’elle embrasse
la connaissance de l'homme moral comme celle de l’homme
physique, et que l’anatomie, la physiologie et la pathologie
sont tout aussi utiles et tout aussi nécessaires aux philosophes
et aux moralistes qu’aux médecins.
L’ouvrage dont notre collègue vient d’enrichir la littérature
médicale n’a paru que depuis peu de temps, et déjà il a obtenu
le plus rapide succès.
Marseille Médical doit en être fier, et nous ne pouvions
mieux inaugurer notre bulletin bibliographique, qu'en le pré­
sentant au monde savant.
Mais il mérite mieux et plus que ce que nous venons d’en
dire. Nous essayerons, dans un prochain article, de discuter
à fond les doctrines de l’auteur.
Les pages qu’il vient d écrire, si nombreuses qu’elles soient,
sont de celles que l’on relit et qui laissent une profonde trace
dans l'esprit.
Le nom qucM. Despine a écrit après le litre de son livre
n’est accompagné d’aucun titre honorifique.
Pour nous tous, ses collègues, qui le connaissons, ce livren'a
pas été une révélation de sa profonde instruction, de 1 éléva­
tion de sou esprit, et de la noblesse de son à me.
Tout le monde savant le connaît aujourd'hui ; l’honneur
qu’il retirera et qu i! retire déjà de ses longues veilles est
bien supérieur aux honneursqui ne sauraient pourtant tarder
de lui arriver.
E. R oberty .

�5S

ISNARD.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.

SOCIÉTÉ IÏRÉRÜLE UE MÉDECINE DE M.IRSEILIE.
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Eaux minérales transportées. —Polypes utérins. —Epulis enlevée par
l’électricité. —Vaccination animale.

SOM M AIRE

Séances des 10 et 2 i octobre 1808. — Présidence de SI. V. Sen\.
M. Deblieu , pour appuyer sa candidature au titre de membre
titulaire, lit un travail intitulé : Aperçu général Je l'hydrothérapie
scientifique et rationnelle. Nomination de M. Deblieu.
Rapport de M. Méli sur divers travaux de M. Conti, de Cosenza,
sollicitant le titre de membre correspondant étranger. Nomina­
tion de M. Conti.

Séance dn 7 novembre. — Présidence de II. V. Seux.
M. Chapplain présente trois fœtus provenant d'une seule gros­
sesse, d’un avortement de trois mois, et expulsés isolément à dix
ou douze heures d’intervalle, le dernier depuis trois jours. D’après
une confidence spontanée de la femme, les rapports conjugaux
n’auraient eu lieu qu’une seule fois, dans le mois qui a coïncidé avec
la grossesse. Il n’y aurait donc eu qu’une seule fécondation pour
trois fœtus. Voilà surtout le point intéressant de cette question
de physiologie.
A peine commencée, la discussion soulevée par ce fait est, sur
l’avis de M. Pirondi, renvoyée jusqu’à la présentation du pla­
centa, qui n’était pas encore expulsé.
M. P irondi lit un rapport sur divers travaux de M. de Luca
(de Naples), qui sollicite le titre de membre correspondant
etranger. Nomination de M. de Luca.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

59

M. V illard demande à M. Pirondi des explications sur ce que
M. de Luca entend par ophthalmie réflexe.
M. P irondi. Supposez un œil atteint de carcinome; on l’opère;
il guérit, et plus tard surviennent, dans l’autre œil, des douleurs
plus ou moins vives. Autrefois, on désignait celles-ci sous le nom
d’ophthalmies sympathiques ; aujourd’hui, d’après les nouvelles
recherches sur les fonctions de la moelle, on les appelle ophthalmies
réflexes.
M. V illard. Je ne vois là rien de réflexe. Une action réflexe
suppose un mouvement réfléchi. Exemple : on irrite un membre ;
l’impression transmise par les nerfs sensitifs h la moelle y déter­
mine une incitation qui se réfléchit sur les nerfs moteurs, pour
donner lieu à des mouvements réflexes.
M. P irondi. Il est question non pas de mouvement, m ais de
douleur. Il s'agit d’une impression sensitive, d’une sensation dou­
loureuse, transmise à la moelle et de là réfléchie sur la partie cor­
respondante sensitive de l’autre œil. C’est à ce mode d’ophthalmie douloureuse que l’on adonné le nom d’ophthalmie réflexe.
M. Queirel comprend l’oplithalmie réflexe comme M. Pirondi,
et de plus, il explique de la même façon : l’ophthalmie totale du
globe oculaire, l’ophthalmie blennhorragique, la sensation dou­
loureuse éprouvée par les amputés à l'extrémité du nerf coupé ;
la paralysie des membres inférieurs à la suite des maladies des
organes génito-urinaires.
M. V illard trouve très-contestable la théorie des actions ré­
flexes de Brown-Sequard, il lui préfère celle de Yépuisement, de
Jaccoud. Toute action tonique exercée par la moelle finit par
s’épuiser et à arriver à un résultat opposé, et les paralysies péri­
phériques, ayant pour point de départ une affection de la vessie
ou de la prostate sont, en réalité, dues à des lésions de la moelle.
M. Chapplain demande à M. Pirondi si M. de Luca, a\nnt d’opé­
rer sa malade, avait reconnu la présence du crochet dans la ves­
sie? Pourquoi la lithotomie a été préférée à la lithotritie, aujour­
d’hui soumise à des règles si précises chez la femme? Enfin, con­
trairement à M. de Luca, il n'attache pas, dans les amputations
circulaires des membres, une aussi grande importance aux dimen­
sions mathématiques de la manchette, qui subit toujours des
variations ultérieures infinies, à la suite de la réunion immédiate
ou secondaire.
M. P irondi. En présence d’nn calcul énorme, et tout en igno­
rant la nature du noyau, M. de Luca a préféré la taille. Quant a

�60

18 NA RD.

la manchette, s’il n’y a pas nécessité absolue à lui donner des
dimensions rigoureuses, il est toujours bon de lui ménager une
étendue et une régularité convenables ; et l'idée d’avoir trouvé le
rapport de la manchette au diamètre du membre, est au moins
ingénieuse.
M. F abre. La dissidence entre les divers membres qui ont pris
jusqu’ici la parole vient de ce que chacun a considéré d'une
façon exclusive les éléments d’une question très-complexe.
C’est un tort d’envisager, avec la physiologie d’hier, qui n’est
plus tout à fait celle d’aujourd'hui, comme synonymes ces deux
termes : mouvements réflexes et actions réflexes. Si un mouvement
réflexe est un mouvement non voulu qui succède ordinairement à
une impression non sentie, le mot action réflexe a une signification
plus large; il s’applique à toute modification qui a lieu sur un
filet nerveux, par suite d'une impression subie par un autre filet
nerveux.
Les nerfs étant de trois ordres, ceux du mouvement, ceux du
sentiment et les vaso-moteurs, les actions réflexes doivent natu­
rellement se diviser en autant de catégories qu’elles aboutissent
à de modifications : soit dans le mouvement, soit dans le senti­
ment, soit dans les circulations locales.
Dans chacune de ces modifications, il peut y avoir, soit surex­
citation fonctionnelle, comme dans le spasme et l'hypéresthésie,
soit impuissance fonctionnelle, comme dans la paralysie et l’anes­
thésie ; de sorte que, si au point de vue de leur siège, les actions
réflexes doivent être divisées en trois catégories, au point de vue
de leur nature, on doit les classer en deux ordres : actions réflexes
d'excitation. actions réflexes parai;/tiques.
Les lois de Pluger, relativement à la manière dont ces actions
se propagent, l’hypothèse de Brown-Sequard sur la part indirecte
qu’y prendraient les capillaires de la moelle, la théorie de l’épui­
sement soutenue en France par Jaccoud, sont des études ou des
explications sur la manière dont les actions réflexes s’effectuent,
mais il ne faut pas confondre ces explications avec le fait luimême.
Quant à l’ophthalmie réflexe, objet de ce débat, elle est bien un
phénomène réflexe portant, non pas sur les nerfs du mouvement,
mais sur ceux du sentiment et sur.les vaso-moteurs. Les con­
nexions qui existent à travers le bulbe, entre les racines de la
cinquième paire des deux cotés, en expliquent le mécanisme.

il

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

&lt;&gt;l

Séance du 2&lt;S novembre. — Présidence de M. \ . Scux.
M. Comandré, médecin aux Eaux de Cauterets, présent a la
Séance, lit un travail où il expose un plan d’ouvrage sur les eaux
minérales transportées. Voici l’analyse de ce travail :
Les eaux minérales constituent aujourd’hui la médication la
plus efficace contre les maladies chroniques. Par la faveur dont
elles jouissent, elles n'ont plus attendu d’être visitées a leurs
griffons, mais elles sont venues s’offrir a domicile. Malheureuse­
ment elles s’y présentent tous les jours bruyamment escortées
par la réclame ; et si d’excellents travaux ont paru sur les eaux
prises à la source, le praticien, dans leur emploi à domicile , n’a
le plus souvent pour guide que des prospectus suspects.
D’ailleurs, transportées, les eaux ne sont plus ce qu’elles étaient
a la source. Quelques-unes conservent leurs propriétés, d’autres
les perdent complètement, d'autres enfin en acquièrent de nou­
velles. Ces changements sont démontrés par la chimie et plus
encore par la clinique.
Un ouvrage spécial sur les eaux minérales transportées aurait
une utilité pratique incontestable. Dégagé de tout renseignement
trompeur, consciencieusement rédigé, il offrirait au médecin une
étude très-exacte, non-seulement sur chaque espèce d’eau, mais
encore sur chaque source d’une même station.
Telle est l’œuvre que M. Comandré a imposée a sa féconde initia­
tive et à ses persévérants efforts. Et, loin d'en faire l’expression
d’une opinion personnelle, il a voulu, en dehors de tout système
de doctrine, la baser essentiellement sur l'expérimentation clini­
que non d'un hôpital ou d’une clientèle privée , mais de tous
les médecins qui voudront bien s’associer à sa tâche.
En conséquence, M. Comandré est venu demander le concours
de la Société impériale de médecine de Marseille, comme il s’est
déjà adressé aux sociétés médicales de Lyon, d’Angers, de Nan­
tes, etc., qui ont favorablement répondu a son appel.
Les observations adressées à M. Comandré seront, avec la signa­
ture de leurs auteurs, reproduites dans les journaux de médecine
ainsi que les commentaires dont elles auront été l’objet. L'ouvrage
aura donc été discuté avant d’avoir vu le jour.
M. P irondi lit l ’observation d ’un polype utérin enlevé, au
moyen de l’écraseur, su r une femme affaiblie par de très-abon­
dantes hém orrhagies.

�ISNARl).

SOC IETK S SA VA N T E S .

M. Chapplain, sur une femme atteinte de cancer limité au cul,
a pratiqué une opération semblable, à laquelle se joignirent cer­
taines difficultés dues à l’application de l’instrument. Cependant
le col fut saisi et sectionné. Le résultat opératoire fut satisfai­
sant, mais la récidive emporta la malade deux ans plus tard.
M. Rampal croit que M. Pirondi a exagéré les dangers des trac­
tions exercées sur les ligaments de l'utérus. Avant la découverte
de l’écraseur, il a vu fréquemment Jobert de Lamballe abaisser la
matrice pour l’ablation des polypes, et jamais il n'a rencontré
d’accidents imputables aux tractions.
M. P i r o n d i . Sans doute, il ne faut pas exagérer ces inconvé­
nients, mais il suffit de les constater quelquefois pour être trèsréservé dans les tractions. Du reste, les conditions où celles-ci
sont pratiquées peuvent varier : tantôt il s'agit d’une fistule
vésico-vaginale, tantôt d'un polype; si, dans le premiers cas, le col
étant sain, il n'y a pas de danger à abaisser l’utérus, on ne peut
pas toujours en dire autant du second.
Pour M. Q u e i r e l , non-seulement les tractions sont quelquefois
nuisibles, mais elles peuvent être encore impossibles. Il cite deux
cas à l’appui de cette proposition : le premier, emprunté ivla clinique
de M. Chassagnae, a trait à un cancer du col; le second est relatif à
une de ses malades atteinte de fistule vésico-vaginale. —M. Queirel
demande ensuite si on ne pourrait pas employer avantageusement
la torsion contre les polypes pédiculés.
M. P i r o n d i ne partage pas cette opinion ; l'écraseur, par son
action lente et sûre, prévient l'hémorrhagie mieuxque la torsion.
M. D o r rappelle les avantages du procédé de Gensoul (de Lyon),
procédé peu connu, mais, à son avis, plus simple que l'application
de l'écraseur. Voici en quoi il consiste : on porte, avec le doigt,
une pince sur le pédicule du polype. On saisit, sans tirer, ce pédi­
cule entre les mors de l’instrument; on serre et on écrase la racine
du polype. Ensuite on fixe la pince, pendant vingt-quatre heures,
à la cuisse de la malade et après la tumeur tombe seule sans
hémorrhagie.
M. Rampal préfère l’écrasement, qui a les avantages du procédé
de Gensoul sans en avoir les inconvénients. En effet, dans ce der­
nier procédé, la pince laissée en place peut, en tombant, donner
lieu a une hémorrhagie imprévue.
M. L e P résident résume ainsi le fond de la discussion : dans l’a­
blation des polypes utérins, l’hémorrhagie est l’accident le plus

redoutable. Les procédés anciens y remédient d'une manière fort
imparfaite : la torsion est le plus infidèle de tous; le procédé de
Gensoul est préférable; l'écrasement est le meilleur. — A l’appui
de ces conclusions, le Président cite le fait d’un petit polype qu'il
enleva autrefois, au moyen delà torsion. L'opération fut suivie
d'une hémorrhagie dangereuse, prévenue sans doute par l'écraseur si, alors, il eût été connu.

62

63

Séance du 3 décembre. — Présidence de M. V. Seuv.
M. Chapplain lit une observation intitulée: Ablation d’une tu­
meur de la gendre par l'électricité. Puis il termine verbalement par
les réflexions suivantes : Dans ce cas présent, la galvano-caustique était une des principales ressources applicables, parce qu'on
ne pouvait passer, entre la tumeur et la branche montante du
maxillaire inférieur, aucun instrument, ni bistouri, ni la chaîne
d'un écraseur, tandis qu'il était possible d’engager un fil délié. Il
n'y a pas eu d'hémorrhagie. Cette tumeur, du genre epulis; était
de la nature des fibromes ; elle éloigne conséquemment l’idée de
récidive.
•Sans partager la sécurité de M. Chapplain, M. Pirondi faitressortir tout l'intérêt de sa communication. Sans l'électricité, les
progrès du mal auraient plus tard nécessité l'ablation partielle du
maxillaire. L'importance du résultat est donc manifeste : une opé­
ration relativement très-simple ayant prévenu une opération
ultérieurement plus grave.
M. Rougier, pour appuyer sa candidature au titre de membre
titulaire, lit un mémoire étendu sur la vaccination animale.
Nomination de M. Rougier.
D' Ch. Isnard (de Marseille.)
ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 14 décembre 18G8. — V Assemblée procède à l'é­
lection d’un membre, dans la section de physique, en rempla­
cement. de M. Douillet, décédé. M. Jamin réunit la majorité
des suffrages. M. Favre , professeur à la Faculté des sciences et
à l'Ecole de médecine de Marseille, obtient 13 voix; M. Desains, 4 ; M. Le Roux, 2.

�6!

8EUX FILS.

M. Balard envoie nue noie sur Tunion directe de l’azote
libre avec l’acétylène, laquelle donne naissance à l’acide
cyanhydrique.
M. Damour lit un travail sur un arséniate de zinc naturel
qui se trouve dans le Var ; M. le général Morin un rapport sur
un moyen de prévenir les inondations.
Dans la séance du 28 décembre 18G8 , M. le docteur Conte
présente une note sur l’envahissement de la vigne par l’oï­
dium . et M. le docteur G-arrigou quelques observations rela­
tives au travail de M. Filhol sur l’iode.
M. le docteur Scoutteten présente une notice biographique
sur le professeur Sclionbein . mort récemment.
M. le docteur Déclat envoie une note sur les bons effets de
l’acide phénique dans certaines affections de la langue.
M. Wurtz, doyen de la faculté de médecine de Paris, pré­
sente, au nom de quatre de ses élèves , plusieurs travaux sur
divers points de chimie.
Dans la séance du 4 janvier 1869, M. Delaunay , président
sortant, cède le fauteuil à M. Claude Bernard. L’Assemblée
procède ensuite à l’élection d'un académicien libre. C'est M.
Duméril fils qui est élu. M. Ricord obtient 1i suffrages.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 15 décembre 1868. — Séance solennelle de lin
d’année. — Après un rapport lu parM. Delpech, sur les prix
décernés par l’Académie en 1868, M. Béclard , secrétaire an­
nuel. prononce, au milieu d’un auditoire nombreux et atten­
tif, l'éloge de Velpeau. Ce discours remarquable est accueilli
par d’unanimes applaudissements.
Séance du 22 décembre 1868. — M. Denonvilliers est nommé
à une grande majorité vice-président pour l’année 1869.
M. Béclard, secrétaire annuel, est réélu par acclamation.
MM. Bouley etRegnauld, sont nommés membres du conseil
d’administration.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

(35

Après le dépouillement du scrutin, M. FilholMit une note
relative à l’action de l'iode sur les sulfures alcalins insolubles.
Séance du 29 décembre 1868. — M. le docteur Jeannel (de
Bordeaux), envoie une note pour servir à l’histoire du sesqui­
oxyde de fer et du chloroxyde ferrique. Ce travail est terminé
par 19 conclusions nettes et précises. La plus intéressante de
toutes, pour nous médecins, est la 15’, qui est ainsi formulée :
« Il est évident que c’est la variété rouge (du sesquioxyde
« de fer) qui entre dans la composition du sang des mammifè« res; la singulière propriété que possède cet oxyde d’entrer
« en combinaison avec des corps contenus en très petites pro« portions dans les solutions, alcalis, acides ou sels, semble
« la rendre éminemment propre à servir de milieu à des
« échanges chimiques. »
Election d’un membre dans la section de thérapeutique.
L’Académie présente en première ligne MM.Marotte, MoutardMartin et Oulmont ; en deuxième ligne M. Boinet; en troi­
sième ligne M. Delioux de Savignac.
C’est M. Marotte qui réunit la majorité des suffrages.
L’Assemblée procède ensuite à la nomination des cinq com­
missions permanentes , savoir : Epidémies , Eaux minérales,
Remèdes secrets, Vaccine, Comité de publication.
Après ces élections diverses M. Ricord , président sortant ,
prononce, avant de clore la séance, une allocution qui est
très applaudie par l’Assemblée.
Séance du 5 janvier 1869. —M. Blache, président pour l’an­
née 1869, prend possession du fauteuil.
M. Mialhe lit un rapport de M. le docteur Poznanski sur
l’action physiologique et thérapeutique de l’acide cyanhydri­
que et l’emploi de ce médicament dans le choléra.
M. Brown-Séquard communique à l’Académie le résultat
de nouvelles recherches entreprises par lui sur les animaux
pour étudier les effets des lésions de la moelle dans leurs rap­
ports avec la production de l’épilepsie.
Cette intéressante communication suscite de la part de MM.
Colin, Hardy, Bouillaud, Larrey, Ricord et Gubler, des ob­
servations pleines d’intérêt.
6

�66

SEUX FILS.

M. Auzias-Turenne lit un travail sur les lvsses ou vésicules
de la rage.
SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 13 novembre 1868. — M. Ernest Besnier lit le rap­
port de la commission des maladies régnantes pour le mois
d’octobre.
M. Bernutz présente les pièces anatomiques relatives à un
cas de perforation du larynx par une pustule variolique et de
périmétrite suppurée. A ce sujet s'engage une courte discus­
sion dans laquelle prennent la parole MM. Chauffard, Bernutz,
Hervez de Chégoin et Gubler.
M. Henri Roger communique une observation de double
ponction du péricarde chez une enfant atteinte d'hémo-péri­
carde.
Séance du 27 novembre 1868. — M. Henri Roger complète les
détails de l’observation précédente. 11 a le regret d’annoncer à
la Société que la petite malade a été prise depuis le 23 no­
vembre d’accidents sérieux (lièvre, dyspnée, retour de l'épan­
chement, péricardique), qui lui font mal augurer du résultat
de la double ponction pratiquée par lui il y a plus d’un mois.
La discussion s’engage sur une communication de M. Blacliez ayant pour titre : Tribut à iHistoire des épanchements
pleurétiques.
MM. Moutard-Martin, Woillez, Gubler, Sircdey, liérard ,
Dumontpallier et Blachez prennent successivement la parole.
Séance du [S décembre 1868. — La Société procède au re­
nouvellement de son bureau pour l’année 1869.
M. Moutard-Martin est élu président ; M. Bergeron , viceprésident ; M. Lailler, secrétaire-général ; MM. Ernest Bes­
nier et Desnos, secrétaires particuliers ; M. Labrie, trésorier.
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 16 décembre 1868. — M. Verneuil lit un rapport
sur une observation de polype naso-pharyngien* à embranche­

,S OCIÉTÉS SAVANTES.

67

ments multiples, traité et guéri par arrachement avec résec­
tion préalable du maxillaire supérieur. Le sujet, âgé de 16
ans, a été opéré par un chirurgien distingué de Tours, M.
Louis Thomas.
M. Paulet lit un rapport sur un travail de M. le Dr Rouge,
de Lausanne, relatif à un anévrysme de la carot ide primitive
droite guéri par la compression digitale indirecte et inter­
mittente. La tumeur qui avait 12 centimètres de long sur 11
de large était portée par un homme de 68 ans. Au bout de 47
jours de compression la tumeur avait complètement disparu.
M. Prestat, de Pontoise, présente un polype fibreux détaché
de l’utérus à l'aide de l'écraseur linéaire.
M. le Dr Hennequin présente, par l’intermédiaire de M. De­
sormeaux, un appareil assez compliqué pour le traitement
de la coxalgie et des fractures du fémur.
M. Ilorteloup lit une note sur un singulier accès d’éternuement produit à la suite d’inhalations de chloroforme. L’hono­
rable chirurgien conclut q u e , dans certaines opérations
d’autoplastie delà face, il y aurait un très-grand danger à
employer l’anesthsie chloroformique , les secousses de l’éter­
nuement pouvant faire éclater les sutures.
M. Broca met sous les yeux de ses collègues un corps
fibreux de l’utérus. Cette pièce pathologique présente à la
surface et dans l’intérieur un remarquable réseau de vais­
seaux capillaires.
Séance du 23 décembre 1868.— La Société procède au re­
nouvellement des membres du bureau. Ce dernier , pour
l’année 1869, se trouve composé de la manière suivante :
président, M. Verneuil; vice-président, M. Alph. Guérin;
secrétaire général, M. Trélat; secrétaire, M. le Fort; vicesecrétaire, M. Panas; bibliothécaire-archiviste, M. Liégeois;
trésorier, M. Ed. Gruveillier.
M. le Fort, présente un appareil de son invention pour
obtenir l’extension dans les fractures de la cuisse.
M. le docteur Simon, de Rostock, adresse à la Société une
brochure sur le traitement des fistules vésico-vaginales par
obturation du vagin, M. le D'Thiéban, de Lyon, un mémoire
sur la section du nerf médian au point de vue physiologique
et opératoire.

�68

SEUX FILS.

M. Bailly, professeur agrégé à la faculté de médecine, com­
munique à la Société une observation très-intéressante de
dystocie occasionnée par une hypertrophie considérable du
segment inférieur de la matrice.
M. Guéniot lit une note sur une ostéite suppurée générale
des extrémités diaphysaires avec décollements épiphysaires de
tous les os longs du squelette, chez un enfant âgé de '25 Jours.
Séance du 30 décembre 18G8. — M. Desprès fait un rapport
verbal sur un travail de M. le Dr Thomas, de Tours, relatif à
la consolidation des fractures transversales des os longs pro­
duites par des instruments tranchants.
M. Verneuil expose à la Société deux nouveaux procédés
imaginés par lui. Le premier est relatif à l’évacuation des
collections liquides ( empyème, abcès du foie, abcès par
congestion, etc. ) ; le second a trait à l’ablation des tumeurs
par l’écraseur linéaire. A l’aide de deux chaînes ajoutées à
l’instrument ordinaire de M. Cliassaignac, M. Verneuil peut
attaquer le produit morbide par le milieu et opérer simulta­
nément la section des deux parties engagées dans les anses
des chaînes.
MM. Cliassaignac, Larrey, Boinet, Alpli. Guérin et Broca
présentent quelques observations critiques relatives aux
deux modifications proposées par M. Verneuil.
M. le D' Darbez adresse à la Société une brochure sur les
lipomes et la diathèse lipômateuse.
BULLETIN

THÉRAPEUTIQUE.

Mixture Anti-blennorrhagique.
Copahu....................... 20 grammes.
Cubèbe....................... 10 grammes.
Magnésie..................... Quantité suffisante.
A prendre en trois fois dans la journée.
Ce mélange est très-efficace s’il est administré méthodique­
ment, c’est-à-dire à doses décroissantes pendant un certain
nombre de jours après la cessation de l’écoulement. S.

JOURNAUX FRANÇAIS.

60

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Médecine proprement dite.)

Cette revue sera aujourd’hui incomplète, rapide et som­
maire. Elle prendra plus d’importance à mesure que de
nombreux échanges, en nous mettant en relations régulières
avec nos confrères de la presse médicale, créeront pour nous
l'agréable et utile obligation de rendre compte de leurs
travaux. La prochaine revue devant être consacrée à l’analyse
de divers mémoires de chirurgie, nous nous bornerons, dans
celle-ci, à signaler quelques articles intéressants de médecine.
Le numéro de décembre des Archives générales renferme
la fin du travail des docteurs Lebert et Wyss, sur l’empoi­
sonnement aigu parle phosphore. A un moment où cette
substance, poison violent et remède héroïque, acquiert une
place importante en toxicologie comme en thérapeutique, il
est utile d'apprécier exactement tous ses effets. D’après les
auteurs que nous venons de citer, c’est tantôt sous forme
primitive, tantôt sous forme d’hydrogène phosphoré que le
phosphore est absorbé dans l’estomac ; il s’oxyde ensuite
dans le sang veineux, puis, dans le sang artériel, sa transfor­
mation en acide phosphoreux et phosphorique devient com­
plète et rend ce liquide impropre à la nutrition du corps.
Après sa sortie du tube digestif, où il a provoqué une
inflammation qui n’est pas constante, le phosphore déter­
mine, dès le second jour, une inflammation du foie, qui
s’annonce par la tuméfaction douloureuse de l'organe et par
l'ictère. C’est un travail de même nature qui, du troisième au
cinquième jour, se produit du côté des reins, où il produit
l’albuminurie , la formation de cylindres d’exsudation et
l’anurie. Rien, jusqu’ici, ne prouve l'origine inflammatoire
des troubles nerveux qui précipitent la mort.
Une rémission qui succède à la phase d’irritation intes­
tinale. un collapsus rapidement mortel, qui souvent termine

�*

70

REVUE.

la scène morbide ; telles sont les deux périodes les plus re­
marquables dans la marche de cette maladie, qui a presque
toujours une issue fatale. L’autopsie permet de constater un
travail inflammatoire aboutissant à la dégénérescence grais­
seuse des divers viscères et des capillaires sanguins.
Chasser le phosphore des voies digestives, telle est toujours
la première indication thérapeutique, et pendant douze heu­
res à peu près on a des chances d’en éliminer au moins une
partie par les vomitifs. Comme antidote, Bamberger propose
de substituer à la magnésie le sulfate de cuivre, et Lebert fait
connaître ce moyen nouveau , qu’il n’a pas expérimenté.
Les Archives renferment encore, dans leurs numéros de
décembre et de janvier, un travail important de M. Galezowski, sur la névrite et lapérine'vrite optique, etleursrapports
avec les affections cérébrales. Il en résulte que la névrite
optique se produit très souvent sous la dépendance des tu­
meurs situées au voisinage des organes visuels centraux et
sous l'influence des méningites basilaires qui envahissent le
pourtour du chiasma. La névrite optique aboutit le plus
souvent à une atrophie partielle ou complète de la pupille.
Les grands poisons et les grands remèdes sont dans ce
moment à l’étude. Dans le Bulletin de thérapeutique du 30 dé­
cembre, M. Lolliot, recherchant le mode d’action de l’arsenic,
conclut que cet agent abaisse la température du corps, dimi­
nue la quantité d’urée éliminée par les urines et l’acide car­
bonique exhalé par les poifmons, qu’il entrave, en un mot,
le mouvement de dénutrition. A dose toxique, il deüent
sléatogène.
Encore un empoisonnement dont les matériaux, cette fois,
seraient fournis par l’organisme lui-même ; l’ammoniémie
serait une adultération du sang par le carbonate d’ammo­
niaque, suivant M. Sée, dont la leçon, sur ce sujet, est repro­
duite par la Gazette hebdomadaire (numéro du 1" janvier
1869).
L’ammoniémie doit être nettement séparée de l’urémie ;
elle n’est pas le résultat d’une rétention de l'urée dans le
sang et dans les tissus ; mais elle est la conséquence du sé­

JOURNAUX FRANÇAIS.

71

jour prolongé de l’urine dans ses conduits ou réservoirs na­
turels ; elle suppose une altération, non plus'de l'appareil
secréteur, mais de l’appareil excréteur. L’urine, dans ces cas,
contient, avec ou sans albumine, du mucus ou du pus. Ici,
pas d’hydropisie, pas de vomissements, pas de diarrhée, pas
de phénomènes convulsifs, comme dans l’urémie, mais sé­
cheresse des muqueuses, aspect terne de la peau, qui répand,
ainsi que l’haleine, une odeur urineuse prononcée: fièvre,
avec chaleur mordicante, état cachectique, éveillant l’idée
d’une lésion organique grave.
Dans le Sud médical, du 15 décembre, ce n’est plus un poi­
son qu’étudie le docteur Ch. Mënécier, c’est, un virus, et le
plus terrible de tous, celui de la rage. L’auteur conclut de
ses expériences et de ses observations que les privations
retardent le développement du virus rabique et qu’une
nourriture trop substantielle favorise au contraire cette
maladie.
Si nous venons de passer en revue plusieurs affections jus­
qu'ici incurables, en voici une trop souvent mortelle, que le
docteur Desponts a guérie par un procédé hardi en apparence,
efficace et rationnel en réalité; il s’agit de la ponction dans les
afceès du foie, En présence d’une affection de cette nature,
lorsque l’existence en est bien démontrée, ce serait donc un
grand tort de s’abstenir, comme d’ailleurs l’avait depuis long­
temps démontré le fils d eJ.-L . Petit.
L’Union Médicale, qui, dans son numéro du 22 décembre,
renfermait le travail deM. Dcsponls, a dù, comme plusieurs
feuilles delà capitale, réserver un certain nombre de ses co­
lonnes aux cliniques de la Faculté. C’est ainsi qu’elle publie la
leçon d’ouverture du cours de M Péter, qui s’efforce de nous
prouver que dans les maladies du cœur, on ne meurt pas par
le cœur, mais par une altération générale de l’organisme en­
tier. Les poumons présentent les lésions très avancées de
l’œdème et de la congestion; le foie, la dégénérescence en mus­
cade; les relus, la transformation amyloïde; le cœur, la régres­
sion granuleuse, qu’il offre au même titre et au même degré
que les autres muscles, le sang, enfin, un appauvrissement

�«

72

SIRUS-PIRONDI.

simultané en globules, en albumine et en fibrine ; en résumé,
le cœur meurt comme les autres organes, mais ce n ’est pas
lui qui fait mourir le malade par son impuissance radicale.
Telles sont, les opinions de M. Péter. On doit forcément recon­
naître qu'elles sont exagérées. Une réaction s’opère en ce mo­
ment pour enlever au cœur l’empire absolu qu’on lui attri­
buait jadis sur la circulation. C’était autrefois un monarque
absolu ; on tend aujourd’hui à en faire tout simplemeut le
président d’une république fédérative. Il finira sans doute
par devenir un roi constitutionnel.

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
A n a ly se (1) de q u e lq u e s r é c e n ts tr a v a u x du D 1' de L uca
(de N a p le s ), par M. S iuus-P irondi.

Un chirurgien fort estimé de Naples, M. le docteur Domi­
nique de Luca, a bien voulu soumettre à l’appréciation de la
Société de médecine de Marseille plusieurs brochures t i # courtes, et d’une concision dont je lui sais, pour ma part, un
très-grand gré.
Et qu'on ne se figure pas que cette remarque renferme la
moindre intention critique à l’encontre de notre confrère. Il
s’en faut du tout au tout. Mais nous trouvant à une époque
où, pour se tenir au courant du mouxœment scientifique, il
faut s’imposer une incessante et trop souvent bien fatigante
lecture, il faut savoir gré à tous ceux qui, ayant quelque
chose d’utile à dire, nous le disent brièvement, succinctement,
et ne nous font pas perdre un temps précieux à refaire con­
naissance avec des faits déjà trop connus.
Revenons maintenant à notre auteur.
(1) Extrait d’un rapport présenté à la Société Impériale de Médecine de
Marseille.

TRAVAUX ITALIENS.

73

Monsieur D. de Luca semble s'occuper préférablement
aujourd'hui d'occulistique; il dirige un service spécial, et par
cela môme, il est tout naturel que son tribut scientifique
concerne plus particulièrement les maladies qui affectent
l’organe de la vue.
Le premier mémoire que nous avons lu a été inspiré à
M. de Luca par les circonstances suivantes :
Ayant eu Uoccasion de pratiquer l'extraction de quelques
cristallins atteints de ce que l’on désigne sous le nom de
cataracte noire, notre auteur a tenu à savoir si cette colora­
tion était due positivement à la présence du fer, ainsi que le
fait a été avancé, et, en effet, l’analyse, soigneusement, faite
par des chimistes d’une valeur incontestée, a trouvé du fer
dans ces cristallins plus ou moins foncés.
Mais les mêmes chimistes ayant répété les mômes opéra­
tions sur des cristallins normaux et cataractes sans coloration
aucune ou d’un blanc nacré, y ont également constaté l’exis­
tence du fer, et en quantité à peu près égale à celle fournie
par la cataracte noire. La première conclusion tirée de ces
diverses analyses fut donc que la couleur de la cataracte
noire ne dépend pas de la présence du fer.
Mais le travail des chimistes fournit à M. de Luca d’autres
données plus importantes et qui se résument de la manière
suivante :
1° Dans la composition du cristallin la chimie constate que,
parmi les substances inorganiques, les alcalins et plus particulièrement la soude prédominent.
2° Dans le cristallin des vieillards, il y a moins de soude
que dans celui des individus jeunes.
3° Dans les cristallins cataractés, la soude se trouve en plus
petite quantité que dans les cristallins normaux. — Cette
pauvreté alcaline est plus remarquable encore dans la cata­
racte noire.
Maintenant, si l'on veut bien se rappeler que le cristallin
est en grande partie composé d’albumine transformée en
globuline, et que les substances albuminoïdes se maintien­
nent facilement dissoutes dans les substances alcalines, mais

�74

SIRUS-PIRONDI.

se coagulent plus facilement encore dès que celles-ci man­
quent, on pourrait être tenté de conclure que l'opacité du
cristallin est sous la dépendance d'un défaut plus ou moins
complet de soude.
Mais il y a plus ; si l’on applique ce raisonnement à la
nature des taches de la cornée à la formation desquelles les
substances albuminoïdes prennent une très-grande part, on
arrivera à cette conclusion théorique que l’usage de quelques
préparations sodiques devait faire disparaître ces taches et
rendre à la cornée sa transparence ordinaire,
M. de Luca ne donne pas l'usage des alcalins en pareille
circonstance comme chose nouvelle, et il rappelle, avec
beaucoup d’à-propos, que l'eau de Balaruc, contenant du
chlorure de sodium, a depuis longtemps été indiquée contre
les taches de la cornée, surtout lorsqu’elles sont consécutives
(comme cela arrive le plus souvent), à des kérato-conjonctivites à répétition, autrement dit à des ophthalmies scrofu­
leuses. — L’auteur soutient toutefois, et avec raison, que per­
sonne n’a eu recours aux alcalins en se basant sur les idées
théoriques qu’il vient d’émettre, et que, parmi les prépara­
tions alcalines, personne n’avait songé avant lui au sulfate
de soude.
Constatons, en effet, que si le sel de Glauber est depuis si
longtemps connu et apprécié eu thérapeutique comme un
excellent purgatif, on. n ’avait certes pas songé à faire appel à
son action topique contre les maladies de l ’œil.
Au début de ses essais, M. de Luca a commencé par ins­
tiller journellement entre les paupières une solution saturée
de sulfate de soude à divers malades admis dans les salles
nosocomiales soumises à ses soins : le résultat a été favorable,
mais pas encore autant que l’espérait notre confrère. Il a eu
alors l’idée d’employer le sulfate de soude finement pulvérisé
et directement appliqué sur l’organe malade, laissant aux
larmes et aux autres sécrétions oculaires le soin de dissoudre
le sel. qui. du reste, contient lui aussi une certaine quantité
d’eau de cristallisation.
A dater de ce moment, les effets du traitement alcalin ont

TRAVAUX ITALIENS.

été des plus remarquables, et si l’auteur ne veut pas prétendre
avoir obtenu des guérisons radicales, il affirme qu'une
grande amélioration a été constamment obtenue, ce qui est
déjà un énorme résultat pour ceux qui connaissent toute la
difficulté à combattre les taches de la cornée, alors même
qu’il ne s'agit pas d’une tache cicatricielle, mais d’une opacité
produite par un épanchement interlamellaire.
Les théories et les faits peuvent toujours être discutés, et
ce n’est même qu’après une complète et loyale discussion que
les uns et les autres peuvent avoir définitivement droit de
cité dans la science. — Mais une différence notable existe
entre les faits et les théories qui les enfantent ou les expli­
quent; c’est que celles-ci peuvent être discutées immédiate­
ment et à priori, tandis que les autres demandent d'abord h
être vérifiés. — Je n’oublierai jamais l’admirable enseignement
que me donna, à cet égard, l'illustre sir Astley Cooper. — Je
crois avoir raconté la chose ailleurs, mais je ne puis résister
au plaisir de la répéter, ne serait-ce que pour donner un
nouveau souvenir de respect et d’admiration à celui qui
nous accuellit avec tant de bienveillance, en quittant les
bancs de l’Ecole.
Sir Astley répétait donc devant nous ses expériences sur
les effets de la compression de la carotide sur les fonctions
du cerveau, lorsque, à propos des explications qu’il nous
donnait à ce sujet, nous fîmes tout haut une courte réflexion
qui pouvait se traduire par ces mots : Uows le dites et cela est.
— Non pas, non pas, répondit aussitôt le grand chirurgien :
Cela est et je le dis.
Partant donc de ce principe auquel je tâcherai toujours de
me conformer, dès les premières communications faites au
journal de Moi-gagni sur les essais de M. de Luca, j'ai voulu
vérifier d’abord les faits et j ’ai employé la solution de sulfate
de soude dans quelques cas de taches cornéennes me parais­
sant offrir des conditions favorables à cette thérapeutique, et
j ’ai constaté avec regret que le résultat définitif ne répondait
pas à nos espérances. — J’ai depuis lors modifié le procédé
d’application, et. h l'exemple de M. de Luca, j’ai déposé le

�70

SIRUS-PIRONDI.

sulfate de soude, très-finement pulvérisé, vers‘'l'angle externe
de l’œil, pratiquant immédiatement après l’occlusion des
paupières. Le résultat a été, dans ces cas, plus favorable,
surtout lorsque l’opacité kératique n’existait pas de longue
date. Mais le petit nombre de faits observés ne me permet
guère de conclure, et c’est un motif de plus pour moi, de
regretter que nous n’ayons pas encore un service spécial
pour les maladies des yeux, dans un au moins, si ce n ’est
dans chacun de nos grands hôpitaux.
Quoiqu’il en soit, je suis encore à me demander comment
il se fait que le sulfate de soude agisse mieux en poudre
qu’en solution saturée, alors que les intéressantes expé­
riences de M. Gosselin nous ont appris depuis longtemps
avec quelle facilité les liquides traversent de dehors en dedans
l ’épaisseur de la cornée pour arriver dans la chambre anté­
rieure. Serait-ce que le sulfate de soude appliqué directement
en poudre, et lentement dissous,' par les larmes, arriverait
plus graduellement à imbiber les diverses lamelles cornéennes? et par cela même serait plus apte à exercer son action
chimique sur le plasma interlamellaire? — .Te donne cette
explication pour ce qu’elle vaut et je n’insisterai pas davan­
tage là dessus. Mais nos essais seront continués, et pour le
moment, je répéterai, après M. de Luca, que si l’application
occulaire du sulfate de soude donne lieu à un léger engor­
gement des vaisseaux de la conjonctive, en revanche elle est
suivie d'une sensation de fraîcheur assez agréable au patient.
M. de Luca termine ce mémoire par un excellent conseil,
auquel je ne ferai qu’une toute petite réserve, et par une
nouvelle réflexion théorique qui ne manque pas de portée.
A l’inverse, dit-il, du sulfate de soude, les préparations
alcooliques et toniques ont pour effet de coaguler les subs­
tances protéiques, d’ou le conseil de proscrire ces prépara­
tions de tout collyre employé contre les taches ou les ulcéra­
tions de la cornée. — Ce conseil, je le répète, nous parait
utile, mais à la condition de ne pas comprendre le laudanum
dans la proscription des collyres alcoolisés. Aucun praticien
n’ignore combien quelques gouttes de laudanum ajoutées à

TRAVAUX ITALIENS.

77

un collyre quelconque rendent d’importants services (du
moins Subaere Massiliense), lorsqu’il s'agit de combattre l’élé­
ment douleur, si intolérable dans certaines ophthalmies
dites à répétition et dans les ophthalmies sympathiques ou
réflexes.
Quant à la remarque finale toute théorique, elle est relative
au défaut d’humeur aqueuse que M. de Luca considère
comme une cause de cataracte, par cela seul que cette humeur
contient de la soude, et que cette absence d’élément alcalin
peut faciliter l'opacité de la lentille.
Cela étant admis, on comprendra encore comment l’usage
des applications locales du sulfate de soude peut rendre
d'importants services, surtout, ajouterai-je, chez des per­
sonnes menacées de cataracte goutteuse, comme j ’en observe
en ce moment même un exemple des plus remarquables
chez un homme jeune encore, et qui a été soigneusement
examiné déjà par MM. de Grœfe et Meyer.
Le deuxième mémoire de M. de Luca relate deux faits peu
rares, mais qui n’en sont pas moins curieux pour cela. Le
premier mentionne une opération de taille, pratiquée chez
une femme de 19 ans, et dont le calcul, d’assez forte dimen­
sion, s’était formé autour d’une tige métallique recourbée et
à branches parallèles, que les femmes appellent épingle à
cheveux. — L’épingle étant oblongue, le calcul se trouvait
placé transversalement, et la tenette ne pouvait l’amener
facilement au dehors ; ce calcul se cassa par le milieu, ce qui
fut très heureux pour la malade. En effet, la seconde moitié
du calcul ne pouvant être saisie par la tenette, l’opérateur
introduisit le doigt dans la vessie, reconnut la forme de
l’épingle, en redressa une des branches, et tirant ensuite sur
elle, put amener au dehors le reste du calcul.
Ce fait en rappelle un autre, où le professeur d’Avanzo
de Naples, avait également extrait, de la vessie d’un jeune
garçon de 9 ans, une pierre formée autour d’une aiguille à
coudre. Mais ici il faut ajouter, comme circonstance digne de
remarque, que, d'après le récit des parents de cet enfant, l’ai­
guille avait pénétré dans la vessie par une voie fort éloignée

�78

SIRUS-PIRONDI.

TRAVAUX ITALIENS.

de l'urètre; il y avait eu migration, tandis que dans l'obser­
vation de la jeune femme de 19 ans, ce n'est pas précisément,
à un hasard très-involontaire qu'il faut attribuer l’achemi­
nement de l’épingle à cheveux à travers l’urètre.
Les accidents de cette nature ne sont pas rares, constatonsle avec regret, et il serait oiseux d’en expliquer ici la véri­
table cause.
Parmi les calculeux que j'ai dù opérer à l'Hôtcl-Dieu, j ’ai
trouvé une fois comme noyau de la pierre, un lacet de cuivre,
épais, peletonné sur lui-même, et qui déroulé ne mesurait
pas moins de 19 centimètres. C’était le lacet d'un gros soulier
de paysan, et ce n'était pas par migration, à coup sur, que ce
lacet, avait pénétré dans la vessie.
Du reste et à propos de l’observation du médecin de Naples,
l’occasion se présente de consigner ici un fait assez étrange
et qui vient à l’appui de l’idée mise en pratique par un chi­
rurgien d;Angleterre, (M. Nunneley), sur la possibilité de
dilater suffisamment le canal de l’urètre chez la femme, pour
pouvoir en extraire un corps étranger d’assez gros volume,
sans incision préalable.
Dans l’observation de Nunneley, une pince courbe a pu
suivre de près l’introduction de l’index pour saisir un porteplume après avoir préalablement dilaté l’urètre avec le dila­
tateur de Weiss. — Mais parfois le canal de l’urètre présente,
par suite de certaines habitudes cachées, une ampleur telle
que le dilatateur do Weiss devient complètement inutile, et
j ’ai pu, il îv’y a pas longtemps, extraire de la vessie d’une
jeune fille, un tout petit dé à coudre, qu’un mouvement trop
brusque avait poussé plus loin qu’on ne le voulait.
Dans cette même brochure, l’auteur relate encore le fait
d’une jeune fille à laquelle on avait conseillé, dans le cou­
pable but d'obtenir un avortement, de se piquer les seins
avec des aiguilles. Trente-deux de ces petits instruments
furent successivement enlevés du pourtour des deux glandes
mammaires ; celui qui avait donné ce triste conseil n ’igno­
rait. pas sans doute l’étroite sympathie qui unit ces glandes
à l’organe utérin, mais il ne savait que cela, et il le savait
mal, n’appartenant pas. fort heureusement, au corps médical.

Dans un autre travail, presque exclusivement consacré à
l’élucidation d’un fait d’^iatomie physiologique, notre auteur
cherche à prouver que, contrairement aux assertions de
Follin, émises dans ses leçons d’ophthalmoscopie, les pulsa­
tions des veines de la rétine n’existent pas. et qu'il ne peut
y avoir de pulsations constatables que celles inhérentes aux
artères rétiniennes.
Si la belle et active intelligence qui avait déjà tant fait
pour la science, n’eùt été si prématurément enlevée à la
Faculté et aux hôpitaux de Paris, on pourrait peut-être ajouter
ici quelques preuves de plus à celles avancées par notre con­
frère de Naples, mais Follin n’est malheureusement plus là
pour défendre scs opinions, et ce regrettable motif nous com­
mande de ne pas insister davantage sur cette question.
Les derniers travaux de M. de Luca dont il me reste à vous
parler, concernent plus particulièrement la médecine opéra­
toire.
Les kystes des paupières, on le sait, sont assez communs,
dans notre midi surtout, où la vive lumière et la trop cons­
tante réverbération solaire entretiennent vers la région oculopulpébrale une incessante hypérémie. Ces kystes ont été
dépuis longtemps divisés en superficiels et profonds, ou, si
l'on aime mieux, en prétarsiens ou meïboniens, et en palpé­
braux ou musculaires, placés ordinairement en avant du
muscle orbiculaire, pour ce qui concerne la paupière supé­
rieure, et plus fréquemment derrière lui, lorsqu’il s’agit de
la paupière inférieure.
Quoiqu’il en soit, sans partager l’avis de l’auteur sur la
très-grande facilité d’extirper les kystes superficiels après
l’incision cutanée, nous conviendrons avec lui que les kystes
dits profonds, offrent une excessive difficulté opératoire, soit,
qu'on les attaque par la surface cutanée, ou par la surface
conjonctivale. Parfois leur extirpation complète est impar­
faite à cause des adhérences contractées, et c’est dans des cas
de ce genre, que la cautérisation consécutive a été conseillée.
Ce complément du procédé opératoire a des inconvénients
très-graves, et mieux vaut l'éviter. Aussi ne saurait-on trop

70

�80

SIRUS-PIRONDI.

populariser le modus faciendi de M. de Luca, qui est depuis
longtemps, je vous l’avoue, employé à notre clinique de
l’Hôtel-Dieu, et qui conslilue un procédé appartenant quelque
peu à tout le monde. — Voici en quoi il consiste : après
renversement de la paupière, si on opère par la conjonctive,
ou après avoir tendu le voile palpébral, si on opère par la
peau, on incise le kyste, puis on le vide; puis saisissant le
fond de la poche avec de petites pinces à dents de rat, on
soulève ce fond et on l'incise avec des ciseaux courbes sur le
plat. Evidemment on n’emporte pas toute la paroi du kyste,
mais la légère suppuration qui en résulte met la partie à
l’abri d'une récidive, et il n’y a à craindre ni entropion ni
ectropion.
Le deuxième procédé opératoire conseillé par M. de Luca,
concerne l'extraction de la cataracte capsulo-lenticulaire,
c’est-à-dire l’enlèvement complet du cristallin avec son
enveloppe.
Ce procédé admet d’abord, et comme premier temps, l’in­
cision de la cornée avec lambeau inférieur. On introduit
alors un petit stylet mousse, recourbé à son extrémité, ou une
aiguille à cataracte à pointe mousse; on pousse l'instrument
entre l’iris et la cristalloïde antérieure, et par un léger mou­
vement de circuit, on cherche à parcourir ce que l’on a
voulu appeler le canal de Petit, évitant autant que possible de
s’appuyer sur la face postérieure de l’iris : on détache ainsi la
circonférence du cristallin du rebord hyaloïdien, et la cata­
racte tombe dès lors avec la plus grande facilité, au dire de
l'auteur, dans la chambre antérieure.
Si ce procédé, auquel nous ferons d’abord le reproche
d’exiger la kératotomie inférieure, offrait les avantages que
lui assigne son auteur, on pourrait surtout le préconiser dans
les cas de cataracte dite pyramidale. Mais aujourd’hui la
nouvelle méthode d’extraire la cataracte, en combinant la
scléroticotomie à l'iridectomie, a quelque peu révolutionné
(qu’on nous passe le.mot), tout, ce qui touche aux divers
procédés d’extraction du cristallin, voire même celle de sa
capsule d’enveloppe, si la chose est jugée utile; et je n’ai

TRAVAUX ITALIENS.

81

voulu mentionner le travail de M. de Luca que pour remplir
avec fidélité la mission qui m’était confiée.
Enfin, et comme dernier appel pour aujourd’hui, à votre
bienveillante attention, je tiens à vous signaler une petite
note cachée modestement dans une de ces brochures, et dont
la rapide lecture m’a intéressé, comme elle doit intéresser
tous ceux, parmi nos collègues, qui s’occupent plus particu­
lièrement de chirurgie.
Personne n’ignore assurément que, dans toute amputation
pratiquée par la méthode circulaire, il faut donner à la man­
chette la longueur nécessaire pour recouvrir toute la surface
du moignon, en évitant les tiraillements. Le précepte est
aussi clair que précis, et il est rare qu’avec un peu d’habitude,
le chirurgien ne sache pas prendre les précautions nécessaires
pour s’y conformer utilement. — Cependant on peut parfois
manquer d’.un certain compas dans l’œil, et si la géométrie est
susceptible de nous fournir, ainsi que le disait Lisfranc,
d’utiles applications à la médecine opératoire, cette applica.tion aux amputations circulaires est tellement facile et com­
mode, qu’on aurait vraiment tort d’y renoncer.
Mesurez, dit M. de Luca, la circonférence du.membre au
point qui doit correspondre à la surface du moignon; le dia­
mètre de cette surface mesure un tiers de la circonférence
(:: 7 : 21), soit un sixième pour la longueur du rayon. Eh
bien! donnez à la manchette la longueur du sixième de la
circonférence qu’aura la surface du moignon, et vous aurez,
à une ligne près, toute la surface de la plaie du membre
amputé.
11 ne faut sans doute pas s’exagérer l’importance pratique
de cette petite modification apportée au premier temps des
amputations circulaires, mais elle peut, à un moment
donné, avoir son utilité, et complète ce que j'ai cru devoir
relever de plus intéressant dans les travaux de M. de Luca.

�S2

E. NICOLAS.
TRAVAUX ANGLAIS.
Mort cau sée par la com p ressio n clés c a lc u ls b ilia ir es
su r la v e in e p o r t e , par M. A. Doukin.

Les accidents très graves et très variés produits par les con­
crétions biliaires sont généralement publiés. Le Dr Copland
(Dict. de Médecine ) a formé un catalogue complet de ces faits
et cite, entre autres, l’observation de la maladie d’Ignace
Loyola, le fondateur da l’ordre des Jésuites. D’après Culombus,
on trouva à l'autopsie un calcul qui, après avoirulcéré la vé­
sicule biliaire, avait pénétré dans la veine porte.
Dans l’observation suivante, la mort a été amenée par la
compression de masse calculeuse sur la veine porte, ce qui
a produit une obstruction fatale du système circulatoire de
cette veine.
C'% âgé de 56 ans, étaitd'une robuste constitution et vivait
très sobrement. Il avait toujours joui d’uue bonne santé;
seulement, trois ans avant, à la suite d’un accident trauma­
tique, il avait subi l’amputation d’une cuisse. La guérison fut
complète, mais, depuis lors il avait eu une vie moins active,
le dimanche 4 avril 1808, il se mit au lit à son heure habi­
tuelle, après un diner copieux. Vers minuit, il fut éveillé par
une très vive douleur dans l’abdomen , et des vomissements se
déclarèrent. Il prit une dose deeel d'Epsom qui amena une selle,
mais les vomissements et la douleur ne cessèrent point. Une
énorme quantité de liquide fortement coloré par la bile fut
rendu par les vomissements.
Le mercredi matin, on demande les soins de M. Penman. A
ce moment les douleurs et les vomissemtnts persistaient et le
ventre était sensible à la pression. Les laxatifs ne produisirent
aucun résultat et l’application de neuf sangsues à l’épigastre
n’amena aucun soulagement.
Le lendemain matin, jeudi, le D' Doukin fut appelé en con­
sulte par M. Penman. La douleur abdominale a presque cessé
mais la sensibilité à la pression est extrême à la région épigas­
trique et les vomissements sont incessants.

83

Depuis le début, plusieurs gallons (l) d’un liquide fortement
coloré en vert ont été vomis. Le malade n ’éprouve aucune dou­
leur dans la région du foie. Le pouls est lent et petit, les ex­
trémités sont froides, les selles ne se sont plus produites de­
puis le commencement de l’attaque et tous les moyens pour
en amener ont été impuissants. Les urines sont supprimées,
sans doute par la diminution du sérum du sang.
Cet ensemble symptomatique rendait le diagnostic difficile.
L’énorme quantité de liquide rendu par les vomissements
était égale à celle qui est vomie dans certains cas de choléra.
Mais la couleur verte de ce liquide, l’absence de diarrhée, de
crampes, etc., etc. éloignait la supposition que l’on put avoir
affaire à cette maladie. Ces symptômes n’étaient pas ceux d’une
obstruction intestinale, les douleurs n’en présentaient pas le
caractère, ensuite les matières vomies différaient par leur na­
ture et leur quantité de celles que l’on observe dans cette
lésion.
Il était évident que la quantité énorme de liquide vomi
depuis le début ne pouvait provenir que du sérum du sang
en circulation dans les capillaires de la muqueuse de l’esto­
mac. On pouvait attribuer cette production constante de li­
quide, non seulement à un état congestif, mais encore â une
cause mécanique, qu’il était possible de limiter, soit au système
circulatoire de la veine porte, soit au système veineux de l’es­
tomac, sans cependant pouvoir déterminer l’état pathologi­
que cause de l’obstruction.
Les habitudes de sobriété du malade, la présence constante
de la bile dans les matières vomies, la bonne santé antérieure
et la soudaineté del’attaqueétaienttoutautantde circonstances
pour éloigner de l’idée un état cirrho tiqué du foie. La présence
d’une tumeur à la base du foie, comprimant la veine porte,
était une supposition beaucoup plus probable, quoique la
palpation ne fournit aucun éclaircissement sur ce point. Cette
méthode d’examen était dans ce cas d’une application très dif­
ficile à cause de l’épaisseur des parois abdominales.
(1) Le gallon = 4 litres, 543;

�81

E. NICOLAS.

La soudaineté du début des accidents rendait surtout le
diagnostic difficile. Une tumeur aurait, en se développant,
comprimé graduellement la veine porte et produit sourdement
une ascite, la mélanose, etc., etc. Cependant une tumeur exté­
rieure au foie, eu changeant subitement déplacé, aurait pu
produire les phénomènes observés.
Le diagnostic auquel s'arrêtèrent MM. Doukiu et Penmaii
fut : Un obstacle mécanique empêchant la circulation de la
veine porte, obstacle formé probablement par une tumeur dé­
veloppée près de la surface inférieure du foie. Le pronostic
fut des plus défavorables.
On prescrivit, sans obtenir un bon résultat ,1a morphine, le
sous-nitrate de bismuth à doses élevées, afin d’arrêter ou de
modérer les vomissements. La soif fut calmée par de l’eau-devie diluée dans de l’eau gazeuse ; on donna de temps en temps
du lait.
Le malade succomba vers le milieu du jour suivant.
Nécropsie. — L’ouverture de l’abdomen montre les lésions
suivantes : Le grand épiploon était fortement congestionné et
de petits épanchements de sang étaient répandus entre scs
feuillets. Le petit épiploon était moins congestionné. Le mé­
sentère était congestionné, mais à un moindre degré que le
grand épiploon. Le mesocolon ascendant était gorgé de sang
et de larges foyers de sang extravasé s’étaient formés entre ses
feuillets. Le mesocolon transverse était également conges­
tionné, mais à un degré moins prononcé. Le cæcum était forte­
ment congestionné. Dans le colon ascendant, vis-à-vis le point
où s’était fait l’hémorrhagie dans le mesocolon, la coloration
était très Doire par suite de l’engorgement des petits vaisseaux
et des ecchymoses. Le colon transverse était moins conges­
tionné et la ün du gros intestin était saine. L’estomac contenait
une quantité considérable de liquide, mais lesintestinsétaient
entièrement vides. Le cæcum toutefois contenait une petite
quantité de matières fécales. La membrane muqueuse de l’es­
tomac était fortement congestionnée et au niveau de la grande
et delà petite courbure se trouvaient plusieurs tâches noirâ­
tres. Cette coloration était due à des ecchymoses et à la eon-

TRAVAUX ANGLAIS.

85

gestion des vaisseaux. Le duodénum était très congestionné;
le jéjunum et l’iléon très peu. La rate était gorgée de sang.
Les autres organes étaient sains. Le foie était d’aspect et de
dimensions normales, mais, en le soulevant, la vésicule biliaire
offrait un aspect remarquable. Elle contenait trois énormes
calculs à peu près d'égales dimensions. Ils étaient solidement
unis et ne pouvaient faire aucun mouvement. La vésicule pré­
sentait la forme d’un chapelet, ne contenait pas de bile et était
transformée en une tumeur solide, dont l’extrémité antérieure
correspondait à un pouce et demi du bord antérieur du foie,
tandis que son extrémité postérieure reposait dans une fis­
sure produite sur la veine porte à son entrée dans le foie. De
là, la compression de la veine porte a un degré considérable ,
compression qui a produit les phénomènes de congestion des
troncs tributaires de la veine porte. La couche musculaire de
la vésicule était atrophiée, la couche externe épaissie, de cou­
leur blanche, transformation quise rencontre d’aprèsFrérichs
dans le cas où la vésicule biliaire cesse de contenir de la bile
pour renfermer.des concrétions sur lesquelles elle se contracte.
Depuis long-temps évidemment la vésicule biliaire avait cessé
de contenir de la bile. Les concrétions présentaient les di­
mensions suivantes. La première avait trois pouces de circon­
férence; la seconde, deux pouces et demi, la troisième, deux
pouces trois quarts. Les trois calculs en place formaient une
tumeur de trois pouces de long.
(Medical Times aiul Gazelle, n° 9”&gt;3, october 1868.)

Du tr a ite m e n t de la p h th isie p u lm o n a ire par l ’acid e carboliq u e en so lu tio n et p u lv é r is é , par W illiam Marcet.

En étudiant les phénomènes de décomposition qui se pas­
sent dans le tissu pulmonaire chez les tuberculeux, M. Marcet
a été amené à penser que l’on pourrait obtenir de bons ré­
sultats si l’on introduisait dans les poumons un agent anti­
septique doué seulement de propriétés topiques locales. Il a

�86

E. NICOLAS,
CHRONIQUE.

cru que l’on pourrait peuI-être arrêter la marche de la ma­
ladie ou tout au moins en ralentir les progrès. .AI. Marcet a
repoussé l’emploi de l’arsenic ou d’autres sels métalliques,
redoutant leur action générale par l’absorption active du
poumon. U a expérimenté l’acide carbolique en solution et
pulvérisé.
Le médecin de Brompton Hospital est arrivé aux conclu­
sions suivantes: 1° Une solution, composée de cinq à dix cen­
tigrammes d’acide carbolique cristallisé, dans trente gram­
mes d’eau , pulvérisée et respirée par un malade atteint de
phthisie pulmonaire chronique au premier degré, avant tout
symptômede ramollissement, a toujours soulagé. Elle a donné
le môme résultat tout-à-fait au début du second degré. Em­
ployé on môme temps que d’autres remèdes, ce moyen a arrêté
la marche de la maladie. Après l’inhalation, les malades res­
pirent plus aisément et plus complètement. La dyspnée di­
minue lorsqu’ils marchent et montent un escalier. Les points
douloureux sur les parois de la poitrine se dissipent, l’expan­
sion du thorax se fait plus librement, la toux est calmée,
l’expectoration est diminuée. L’absorption d’une partie du li­
quide parait donner un résultat favorable. Les éléments plas­
tiques sont absorbés sous l'influence de l’usage de la pulvé­
risation de la solution d’acide carbolique, car la matité à la
percussion diminue et même disparaît. Le traitement a été
complété par l’emploi de l’huile de foie de morue et par des
applications irritantes sur la poitrine. 2° Dans le cas du phthi­
sie active, au second et au troisième degré, lorsque le pouls
est fort, la température élevée; quand il existe de la faiblesse,
de l’émaciation, les inhalations peuvent donner un léger
soulagement de peu de durée, mais l’action do l’acide carbo­
lique sur le cœur est à craindre.
Ce n’est que dans le premier degré de la tuberculisation
active que l’emploi de l’inhalation peut être mise en usage.
3° Il ne faut pas employer une solution d’acide carbolique
contenant plus de dix centigrammes de substance active par
trente grammes d’eau, pour éviter l’action dépressive sur le
cœur.

87

On suspendra les inhalations lorsqu’on observera des ver­
tiges, de la faiblesse, du tremblement, une faiblesse constante
dans l’état du pouls, enfin si les symptômes d’irritation du
côté du poumon augmentent.
Les inhalations ne doivent être faites que tous les jours ou
tous les deux jours, une seule fois. Chaque séance durera
d’un quart d’heure à vingt minutes.
[The Practitioner. — Novembcr 1808.)

Marseille, 15 Janvier 1869.

Décidément la vieille cité phocéenne parait animée d'un
souffle nouveau. Ilcine du Midi par ses relations avec tous
les points de l’univers, par ses richesses toujours croissantes,
par le développement énorme qu’elle a pris depuis un certain
nombre d’années, elle aspire aussi à se rendre digne de ce
nom par son goût de plus en plus vif pour les productions
de l’esprit et le travail de la pensée. Depuis quelque temps
les conférences se généralisent Marseille, et sont fréquentées
par un public nombreux et attentif; les cours libres se
multiplient, les journaux abondent. Le changement que
subit cette année notre feuille est, dans une sphère un peu
spéciale, un véritable signe du temps. Après cinq années
d’une vie modeste mais toujours active, Y Union Médicale de
la Provence a pu — fait sans précédent dans les fastes de la
presse médicale marseillaise, — grouper autour d’elle des
forces assez puissantes pour quintupler son volume et assu­
rer désormais son existence, assez générales pour être obligéo
de prendre un nom plus en rapport avec sa position nouvelle.
Un fait bien connu prouve si Marseille désire marcher
avec son siècle, et si, le cas échéant, elle sait faire une juste

�88

S EUX FILS.

application des idées modernes. Personne n ’ignore aujour­
d'hui, que pendant l’année qui vient de s’écouler, le direc­
teur de notre Ecole de Médecine a eu la pensée généreuse de
demander le concours pour les (rois places de professeurs
suppléants qui se trouvaient vacantes. M. le ministre a fait
droit à la demande si libérale de M. Coste, et dans le courant
du mois de décembre 1808. ont été livrées parmi nous, trois
de ces luttes scientifiques qui deviennent chaque jour plus
fréquentes et plus générales. Notre ville se trouve ainsi la
seconde de France qui ait eu l'honneur d’appliquer le prin­
cipe du concours aux places de professeurs suppléants de
son Ecole de Médecine. L’exemple de Lille et de Marseille
sera suivi, nous l'espérons, par tous les grands centres de
notre pays. C’est, là d’ailleurs qu’est l’avenir. La force des
choses nous pousse à généraliser de plus en plus ces idées
si libérales et si justes. Notre siècle n ’est peut-être pas pins
qu’un autre, le siècle des lumières, mais il est à coup sia­
le siècle des concours, c’est-à-dire, qu’il signifie travail,
émulation, désir pour chacun de parvenir par ses propres
forces, égalité de droits et de moyens pour tous les esprits
intelligents.
Ce besoin de s’instruire, cette soif de savoir et de tout
connaître, qui sont les signes les plus saillants et sans con­
tredit la caractéristique la plus belle de notre époque, ont
l’inconvénient de nous rappeler vivement ce qui nous man­
que et de nous le faire ardemment désirer. Aussi compre­
nons-nous mieux que jamais-combien il est indispensable
que Marseille possède au plus tôt une clinique d’accouche­
ment. Plus d’une fois déjà, nous avons exprimé ce vœu •
nous le formons encore au début de celte nouvelle année
avec l’espérance qu’elle ne s’achèvera point sans nous avoir
apporté la réalisation d’un souhait aussi légitime. Notre
Ecole préparatoire de médecine est une des plus importantes
de France. Chaque année un grand nombre de jeunes gens
passent à Marseille leurs examens définitifs, et prennent
leur diplôme d’officier de santé. Répandus dans les petites
villes et les campagnes du département, ces praticiens seront

CHRONIQUE.

80

très souvent appelés à faire des accouchements. Et cependant,
il faut bien le dire, à cause de l’absence d’une clinique
obstétricale, ces médecins auront pu, pendant leurs trois ou
quatre ans d'étude, ne pas trouver une seule fois loccasion
d'assister à un accouchement naturel. Comment feront-ils donc
lorsqu’ils se trouveront en présence de ces difficultés obstétri­
cales contre lesquelles on n’est point trop fort lorsqu’on peut
joindre à une science étendue, une expérience consommée ?
11 y a là une lacune que comblera seule la création d’une
clinique obstétricale. Nous savons que notre Ecole de Méde­
cine s’est occupée plus d’une fois de ce projet; nous savons
également que l’administration de nos hospices étudie sérieu­
sement la question. Nul doute qu’une solution heureuse et
satisfaisante pour tous ne soit trouvée ; mais quand? Sera-ce
bientôt ; sera-ce dans quelques mois? Janus aux deux visages
a le privilège de voir à la fois ce qui doit survenir dans l’année
qui commence et ce qui s’est passé dans celle qui finit. Mal­
heureusement ce malin personnage est peu disposé en géné­
ral à dévoiler l’avenir. Malgré nos plus instantes prières rela­
tivement à cette malheureuse clinique qui nous tient tant à
cœur, il est resté parfaitement sourd et aussi muet que s’il
n’eût pas connu ce que 1869 nous réserve à ce sujet. Nous
avons donc été obligé de laisser là cette intéressante question
et de nous contenter de jeter sur le passé un coup d’œil rapide.
Or voici ce que nous avons vu.
La seconde moitié de décembre a été tellement occupée par
les séances de clôture, les distributions de prix et les élections
de tout genre qu’elle a donné rarement aux glaneurs des
académies diverses l’occasion d’exercer leurs talents. D’ailleurs
les sociétés savantes qui occupent le plus haut rang dans la
science ne sont pas celles qui fournissent le plus de travaux.
Les séances de l’Académie des sciences par exemple sont en
général assez monotones et fort occupées. N’était la note de
M. Mouchot, dans laquelle ce savant propose l’emploi de la
chaleur solaire pour remplacer le combustible, et annonce
avoir réussi à faire marcher à l’aide du soleil une petite
machine à vapeur; n était un assez longmémoirede M. Trécul

�93

SEÜX FILS.

sur l’origine de la levure do bière, nous n’aurions rien de
bien saillant à signaler pour ce mois ci.
Il est vrai que, d'un autre côté, la savante section de l’insti­
tut s’est donné assez de mal pour l’élection d’un académicien
libre. M. Duméril l’a emporté de 2i voix sur M. Ricord notre
illustre sypbilograplie. Le résultat du scrutin a surpris tout
le monde médical. À ce propos, on a dit assez volontiers, à
Paris et ailleurs, que les titres scientifiques du nouvel acadé­
micien étaient bien infimes comparés à ceux du célèbre
chirurgien, que la personnalité de M. Duméril est celle de
Ricord à peu près comme 1 est à 1,000. . . . bref, on s’atten­
dait à autre chose. Cette élection a été présidée par M. Cl*
Bernard, qui a inauguré par cet acte, sa prise de possession
du fauteuil de l’Académie des Sciences. Avant de lui céder la
place, M. Delaunay, président sortant, a dit en propres termes
« qu’il n ’oublierait jamais l ’année 18G8, pendant laquelle il
avait eu l’honneur de présider le premier Corps savant du
monde. » Ce sont de ces choses que les académiciens aiment
toujours à s’entendre dire, observe à ce propos le Dr Legrand,
mais cet éloge aurait probablement plus de prix encore s’il
émanaitdu président du Britisli muséum. C’est, assez vrai.
Quant à l’Académie de Médecine, si nous mettons de côté
sa séance solennelle dans laquelle un grand nombre de prix
ont été décernés, —la plupart accordés comme l’année der­
nière à des médecins de province, — si nous faisons une
exception pour le remarquable éloge de Velpeau, prononcé
par M. Béclard, elle ne nous présente en fait de travaux réel­
lement intéressants qu’une communication du célèbre pliysiogiste Brown-Séquard.
11 résulte des recherches de cet habile expérimentateur que
l’épilepsie peut être produite artificiellement sur les cochons
d inde, par la section de Lune des moitiés de la moelle, dans
une zone comprise entre le bulbe et la 10" vertèbre dorsale,
c’est-à-dire, en somme, dans presque toute l’étendue du
cordon rachidien. De plus, si l'on enlève chez ces animaux le
cerveau, le cervelet et la protubérance annulaire, les attaques
épileptiques ne cossen t point. M. Brown-Séquard conclut de ces

CHRONIQUE.

91

expériences que le siège de l’épilepsie réside dans la moelle cl
non dans l ’encéphale.
Des objections assez sérieuses ont été faites au physiolo­
giste américain. Est-on bien sùr d’abord que les convulsions
épileptiformes présentées par les cochons d’inde soient de
véritables attaques d’épilepsie? Si oui, est-on bien sûr que
la lésion de la moelle ait chez l ’homme les mêmes consé­
quences morbides que chez ces animaux ? On peut en douter
lorsqu’on voit M. Brown-Séquard impuissant à faire naître
sur les chiens et les lapins ces mêmes accidents épileptifor­
mes. D’ailleurs, ainsi que l’a très-bien fait observer M. Hardy,
le résultat de ces expériences est en complet désaccord avec
l’observation clinique. Tous les jours, nous voyons,des mala­
des atteints d’affections du cordon rachidien, chez lesquels
ne se manifeste aucun phénomène épileptique. M. BrownSéquard lui-même avoue ne connaître chez l’homme qu’un
seul fait d’épilepsie pouvant se rattacher à une maladie de la
moelle. Tous les jours au contraire nous avons sous les yeux
des sujets atteints d’une maladie encéphalique et soumis à
des crises épileptiformes très-manifestes. M. Brown-Séquard
répond que, dans ces cas là, ce sont les méninges qui sont
lésés. C’est possible mais ce n’est point prouvé. Lorsqu’un
malade, par exemple, est porteur d’une exostùse syphilitique
delà base du crâne, avec épilepsie consécutive, comment
les méninges peuvent-ils prendre leur part de la lésion os­
seuse? On le voit, la discussion académique des expériences
de M. Brown-Séquard n’a aucunement tranché l'intéressante
question qu’elles avaient soulevée. C’est aux expérimenta­
teurs à chercher eux-mêmes et à trouver — s’ils peuvent —
la solution de ce difficile problème.
Une vie malheureusement trop bien tranchée est celle de
l’enfant atteint d’hémo-péricarde, dont M. Henri Roger a
entretenu à plusieurs reprises la Société Médicale des hôpi­
taux. La petite malade qui fait le sujet de l’observation
portait un énorme épanchement de liquide intra-péricardique. M. Roger pratiqua deux fois la ponction de l’enveloppe
cardiaque. Après une amélioration qui ne fit que que croître

�92

SEUX FILS.

pendant un mois, la scène changea tristement d'aspect;
l'épanchement se reproduisit et l’enfant succomba. C’est là
un fait d'autant plus malheureux, que le succès de l’opération
paraissait â peu prèssùr. Cette fameuse ponction du péricarde,
pratiquée pour la première fois par le médecin viennois
Scliuh, expérimentée après lui par Aran, Roux et Trousseau,
parvient difficilement s’implanter dans la pratique. Cepen­
dant elle a donné parfois d'excellents résultats. Le fait com­
muniqué par M. Roger ne doit point décourager les prati­
ciens. Le célèbre médecin de 1 hôpital des enfants s’est trouvé
aux prises, dans le cas actuel, avec un de ces hasards mal­
heureux dont ne peuvent triompher ni l'habileté de l’opé­
rateur, ni les soins prodigués au malade.
La paracentèse de la poitrine, beaucoup plus que la ponc­
tion du péricarde, est passée dans le domaine des faits con­
nus et acceptés de tous. Toutefois le sujet est loin d'être
épuisé. Xous n’en voulons pour preuve que les deux modi­
fications du manuel opératoire de la thoracenthèse propo­
sées Tune â la Société médicale des hôpitaux, par M. Blachez,
l'autre à la Société de chirurgie par M. Verneuil.
Dans un travail intitulé, Tribut à l'histoire des épanchements
pleurétiques. M. Blachez insiste principalement sur trois points.
Il propose d'abord de pratiquer la thoracentèse hâtive et
d'adopter ce moyen, sans attendre une urgence impérieuse,
comme méthode générale de traitement des épanchements
pleurétiques. La même, idée avait été longuement exposée,
avant que le travail du Dr Blachez fût connu du public, par
notre confrère de Marseille M. le Dr Yillard. Ce dernier, en
effet, lut à la Société impériale de médecine de notre ville,
dans le courant du mois de mars de Tannée 1808. un mé­
moire très développé basé entièrement sur cette donnée
médico-chirurgicale. La priorité de la découverte — si décou­
verte il y a — appartient clone au D' Yillard. La publication
prochaine du remarquable travail de notre confrère fera
d'ailleurs connaître au public médical ce que Ton doit rai­
sonnablement espérer de cette idée entièrement nouvelle.
Quant à ce qui regarde plus particulièrement le manuel

CHRONIQUE.

93

opératoire, M. Blachez propose deux modifications : l'anaslliésie localisée el l'usage d’un trocart capillaire. Nous ne
verrions, pour notre part, aucun inconvénient à anéantir la
sensibilité de la partie sur laquelle doit porter l’instrument.
Mais est-ce réellement bien nécessaire? La rapidité avec
laquelle la ponction est pratiquée ne peut-elle point nous
dispenser de surcharger d'un 3° temps le procédé opéra­
toire? M. Blachez emploie de préférence le trocart capil­
laire; c’est, croyons-nous, une nouvelle raison qui rend
plus inutile encore l'anesthésie localisée. Passons sur ce point.
Le trocart capillaire ne nous semble pas une innovation
très-heureuse. Il est possible qu’en employant cet instru­
ment le médecin évite au malade ces quintes de toux si opi­
niâtres, si fatigantes parfois, qui se présentent vers la fin de
l’opération. Mais remarquons que cette toux elle-même est
assez utile et favorise singulièrement la déplétion de la poi­
trine. Bailleurs ce trocart si fin ne sera-t-il pas obstrué à
chaque instant par les dépôts albumineux contenus dans le
liquide pleural.
Arrivons sans plus tarder à la modification opératoire
proposée par M. Verneuil et disons de suite qu’il ne s’agit
plus ici d'une méthode exclusivement applicable aux épan­
chements thoraciques, mais au contraire d’un procédé plus
général dont on peut se servir pour les abcès du foie, les
abcès par congestion, l’empyème, etc.
L’appareil instrumental se compose : 1* d’un trocart ordi­
naire pour la ponction du liquide; 2° d’une sonde en caout­
chouc, analogue à un tube de drainage et munie d'un man­
drin; cetté soude est introduite par la canule du trocart
jusque dans la cavité liquide ; on retire alors le mandrin,
puis la canule, et la sonde est laissée à demeure ; 3° à l’extré­
mité de cette sonde on adapte une peau de baudruche humide
pour empêcher l’entrée de l'air lorsque l’écoulement du
liquide vient à cesser.
C’est très simple, comme on voit, mais ce n’est pas préci­
sément nouveau. Sans doute pour certains abcès, pour cer­
taines collections de liquide le procédé de M. Verneuil sim-

�93

SEUX FILS.

CHRONIQUE.

pliilera la pose du tirai liage. Cet excellent système de dessica­
tion n’est pas toujours d’une application très-aisée. 11 n'est
pas de chirurgien qui, à un moment donné, n’ait éprouvé
une difficulté réelle à faire pénétrer le tube à travers les
tissus. En agissant d'après la règle indiqué ci-dessus on doit
arriver très-simplement à ce résultat. Mais remarquons le
bien; lorsqu’il s’agit d’un épanchement pleural, d’un empyèrne, on ne peut appliquer un véritable drainage. Ce qui
constitue essentiellement cette méthode c’est le fait d’un tube,
à un ou plusieurs orilices béants, plongeant constamment
dans un liquide, lequel s’écoule au dehors, peu à peu et sans
interruption. Or ce résultat ne peut être obtenu pour les
épanchements thoraciques, Dans les cas semblables, l’opé­
rateur est obligé le plus souvent de pratiquer la ponction à
la pari ic moyenne delà poitrine ; il en résulte qu'une fois ex­
pulsée toute la portion de liquide supérieure à ce niveau, le
tube plonge dans le vide et le liquide restant s’accumule dans
les parties inférieures de la plèvre. Nous savons bien qu’on
peut à l aide de certaines manœuvres expulser la presque
totalité de la collection séreuse ou purulente. Toujours est-il
qu'à, un moment donné le tube ne plongera plus dans le liquide
Donc dans l’empyème le procédé de M. Verneuil ne pourra
faire bénéficier les malades des avantages du drainage et le
tube placé dans la poitrine 11e pourra agir qu’à l’instar
d’une sonde à demeure.
Quant à la baudruche, nous avouons qu’elle ne nous parait
point très-utile. On ne redoute plus beaucoup de nos jours
la pénétration de l’air dans les plèvres. L'air, en effet, peut
amener, par son action irritante, une utile modification delà
séreuse : si sa présence produit la fermentation et favorise la
formation du pus, ce fait en lui-même n’a pas pour le malade
de conséquence habituellement funeste puisqu’on a vu des
sujets guérir après avoir conservé pendant plusieurs mois dans
la poitrine une collection purulente. Nous nous rappelons à ce
propos une enfant de 7 à 8 ans que nous eûmes l’occasion d’ob­
server dans le service de M. Henri Roger. Cette petite malade
était atteinte d'une pleurésie purulente : quatre thoracenthèses

furent pratiquées à divers intervalles : pendant quatre mois,
l’enfant oùt une sonde à demeure dans la poitrine; tous les
deux ou trois jours on ouvrait la sonde pour évacuer le liquide
ou pratiquer une injection iodée; lorsque le tube était béant,
l’air entrait et sortait en toute liberté; cette enfant guérit par­
faitement.
De ce qui précède, nous concluons que le procédé de M. Ver­
neuil, utile et simple, lorsqu'il s’agit d’évacuer certains abcès,
ne nous parait pas remplir d’indication spéciale pour le cas
particulier de liquides contenus dans les plèvres.
Ce qui est nouveau, réellement nouveau, c’est la façon sin­
gulière dont M. Darbez propose de guérir les lipômes. Dans
une brochure fort intéressante, présentée à la Société de chi­
rurgie dans la séance du 30 décembre 18G8, ce médecin cite un
cas très-curieux observé par le Dr Onimus. Il s’agit d’un indi­
vidu atteint d’une affection paralytique pour laquelle il avait
été soumis à l’électricité. Ce malade portait en outre plusieurs
lipomes. Quelque temps après le début de l’électrisation, ces tu­
meurs avaient complètement disparu. Faut-il expliquer ce fait
étrange par une excitation de tout le système lymphatique et
une résorption consécutive des éléments morbides constituant
le lipome? Mais s’il en était ainsi tout le corps aurait été soumis
à un amaigrissement notable : le sujet serait tombé dans une
cachexie semblable à celles que l’on observe à la$ij,ite de l’ad­
ministration prolongée de l’arsenic ou de l iode. L’observation
du Dr Onimus ne signale rien de semblable. Se serait-il pro­
duit une sorte de perturbation dans les nerfs vaso-moteurs
des parties malades ? Mystère. Il n’en est pas moins vrai
que le fait existe et qu’en présence d’une diathèse lipomatcuse nous sérions désormais en droit d’avoir quelque con­
fiance dans l électricité.
On l’a dit depuis longtemps : rien 11'est brutal comme un
fait. Or, sans contredit, il n’en est point qui méritent plus cette
épithète que les faits chirurgicaux. Le jour où une tumeur
disparaîtrait du corps détruite par les seules forces de l’orga­
nisme, le jour où le médecin aurait trouvé le secret de forcer
la nature à défaire elle-même ce qu’elle aurait fa it, un pro-

9i

�Ü6

SEUX FILS.

grès imineuse serait accompli. Cette idée est-elle une chimère?
Oui, si on veut l'ériger en système; non, si on se contente de
l’appliquer à certains cas particuliers. Il n ’est pas douteux que
le fait du D'Onimus a besoin d’être contrôlé par de nombreux
observateurs; mais il faut aussi que les chirurgiens se mettent
à l'œuvre et ne négligent point d’expérimenter une méthode
qui peut donner d'aussi beaux résultats.
Le travail du Dr Darbez contient encore un nouveau moyen
de diagnostic du lipôme. En projetant un jet d’éther sur la
tumeur celle-ci durcit à Einstant. 11 est probable que ce chan­
gement d’état provient du refroidissement subi par la matière
adipeuse qui constitue le lipôme. Ce symptôme parait plus
sùrque les fameuses adhérences longitudinales signalées par
Velpeau. Le célèbre chirurgien de la Charité avait remarqué
qu’en soulevant légèrement une masse lipomateuse on aper­
cevait à la surface de la tumeur des rides transversales, isolées
les unes des autres, provenant de l’adhérence superficielle de
la peau sur ces points. Velpeau donnait ce signe comme un
caractère diagnostique du lipôme. Nous avons eu souvent
1occasion de constater l’existence de ce symptôme ; seulement
nous ne le croyons pas constant. Celui qu’indique M. Darbez
étant basé sur la constitution organique de la tum eur pour­
rait avoir plus de certitude. C'est encore là un fait à observer.
Ne quittons pas la Société de chirurgie sans dire quelques
mots du cas*de dystocie relaté parM. Bailly, professeur agrégé
à la Faculté de médecine. Trois points méritent d’attirer notre
attention dans ce fait intéressant : la lésion en elle-même, les
conséquences qu elle a déterminées, le moyen employé pour
combattre ces dernières.
Le sujet de l’observation est une femme primipare âgée de
20 ans, bien constituée, qui entra à la clinique d’accouche­
ment vers la fin du 9“' mois d’une grossesse normale. Tout
paraissait en règle; cependant un état redoutable se cachait
sous ces bonnes apparences,car le toucher fit reconnaître une
hypertrophie considérable du segment inférieur de la matrice.
On vit plus tard en pratiquant l’autopsie que la lésion était
constituée par une dégénérescence graisseuse. L'hypertrophie

CHRONIQUE.

97

et l'hyperplasie adipeuses du tissu utérin sont des faits assez
rares pour attirer l’attention. Mais ce qu'il y a de plus curieux,
c’est que la matrice avait pris dans les points malades une
dureté telle que l’effacement et. la dilatation du col ne purent
s’effectuer. Il y avait là un obstacle insurmontable à l’expul­
sion de l’enfant : les battements fœtaux ne se faisaient point
entendre; M. Depaul se décida à pratiquer la céphalotripsie.
Le fœtus fut extrait après des manœuvres très-pénibles. La
malheureuse femme succombait le lendemain matin.
M. Bailly termine par quelques conclusions pratiques cette
observation si curieuse. Il établit que la rigidité hypertrophi­
que du segment inférieur de la matrice demeure une cause
de dystocie des plus graves et que la mort des femmes en sera
sans doute, quoi qu’on fasse, la conséquence habituelle. Il se
demande de plus si telles circonstances ne peuvent pas se pré­
senter qui rendent l’extraction du fœtus par les voies naturel­
les impraticable ou trop dangereuse.
En effet, en lisant l’observation du Dr Bailly, on est tenté de
se demander comme lui si, dans le cas actuel, il n’eùt pas mieux
valu faire la gastro-hystérotomie. Il ne s'agissait pas ici de
mettre en parallèle les jours de la mère et ceux de l’enfant,
de sauver celui-ci en s’exposant à sacrifier celle-là. Les bat­
tements fœtaux ne se faisant plus entendre, la question
pouvait être posée dans les termes suivants : fait-on courir
un plus grand danger à la mère en pratiquant l'extraction
de l’enfant à travers les parois utérines et abdominales qu’en
le faisant passer de force par les voies naturelles?
Dans le plus grand nombre des cas, on peut, sans hésiter,
répondre par l’affirmative. Mais ici la situation était toute
particulière. Le segment inférieur de l’utérus était tellement
dur et rigide que deux larges incisions n’avaient pu permettre
au fœtus de franchir le col. Donc on pouvait prévoir que l'ap­
plication du céphalotribc et l’extraction consécutive de l’en­
fant feraient courir le plus grand danger à la mère.
Est-ce à dire que nous voulions blâmer la conduite de
l’habile professeur de clinique obstétricale ? Non, certes. On
agit toujours bien lorsqu’on agit d'après sa conscience : et
7

�C/y
on

BONHOMME.

CAUSERIES.

lorsque, comme chez M. Depaul, cotte dernière serl de point
d’appui à une expérience consommée, on peut aborder hardi­
ment les plus hautes difficultés de l'art. Nous nous contente­
rons donc de faire remarquer que si la gastro-hystérotomie
eût été plus souvent expérimentée à Paris, elle eût été proba­
blement appliquée dans le cas actuel et eût peut-être permis
de sauver la vie de la femme.

Notre cité possède une école de médecine, trois grands
hôpitaux ou hospices civils, un hôpital militaire, un asile
q u i ne renferme pas moins de mille aliénés, trois établisse­
ment pénitentiaires qui reçoivent, à leur passage, les condam­
nés de la Corse, de l’Algérie et de Cayenne; elle renferme une
population fixe de 300,000 âmes qui comprend toutes les
nationalités, 40,000 marins qui proviennent des pays les
plus éloignés; c’est un champ nosologique immense,fertile et
varié que nous aurons à parcourir; à nous de le cultiver
avec intelligence, à nous de le faire fructifier par le travail
et la saine observation des faits.
A ces exigences des conditions matérielles et morales dans
lesquelles nous vivons, répond complètement le corps médi­
cal de Marseille, et il a voulu donner le nom de cette ville
au recueil qui publiera ses travaux. Montpellier nous donnait
depuis longtemps un glorieux exemple ; Lyon l imite à son
tour; ce mois de janvier voit donc naître deux frères du
Montpellier médical, comme 1Union médicale de Paris a vu
naître et grandir ses jeunes sœurs de Rouen et de Bordeaux.
Voilà comment se multiplient les dénominations heureuses,
qui représentent une bonne idée.
L’année qui vient de s’écouler n ’a pas été des plus malheu­
reuses pour notre corporation : sans doute, elle a payé son
tribut annuel à l’impitoyable moisonneusc ; la mort a fauché
dans nos rangs; elle nous a ravi plusieurs confrères distin­
gués, les uns arrivés au terme de leur carrière, jouissant
d’une grande fortune légitimement acquise, comme ClotBey, marseillais auquel l’Egypte doit une statue; Spitzer,
praticien consommé, Autrichien d'origine, auquel 30 années
de séjour parmi nous, avaient donné le droit de cité, et qui
a pu léguer à ses héritiers une très-riche succession, tout en
prélevant 200,000 fr. consacrés à des actes de bienfaisance;
les autres, comme Bernard, l'habile chirurgien de nos hôpi­
taux, succombant dans la maturité de l’âge, et laissant à sa
famille une honnête fortune tout entière acquise dans la
clientèle. Bernard était un Marseillais pur sang, il faut ajou­
ter, un Marseillais peu maniéré, peu policé. Mais s’il était étran­

08

Dr S eux fils .

CAUSERIES-

La Causerie ne veut pas perdre ses droits, elle tient à les
exercer dès aujourd'hui ; le Français est essentiellement cau­
seur. le Provençal est, dit-on, verbeux ; à ce double titre, le
Dr Bonhomme s'installe à ce rez-de-chaussée et réclame
l’honneur de dire son petit mot.
Nous étions, hier, l'Union médicale de la Provence, nous
sommes aujourd’hui le Marseille médical; nous nous abri­
tions, enfauts, sous laile maternelle de la Société des tnédecins
des Bouches-du-Rhône, mais un lustre entier a passé sur notre
tête, cinq années ont mûri nos jeunes facultés, et confiants
en nos propres forces, nous tenterons désormais de marcher
libres et indépendants. Libres, nous le sommes, car de toutes
les libertés, la plus indispensable au journaliste est d’être
affranchi de préoccupations financières, or notre organisa­
tion nous garantit contre les éventualités du journalisme;
indépendants, nous le sommes aussi, nous n ’appartenons à
aucune coterie, nous ne représentons aucune individualité
et nos rangs restent ouverts à ceux de nos confrères, collabo­
rateurs ou souscripteurs, qui se conformeront à nos statuts :
notre transformation n ’est donc pas une œuvre de spéculation,
mais de dignité professionnelle.

�ion

BONHOMME.

ger à l'art de Lien dire, il excellait dans celui de bien faire; s'il
était peu soucieux des progrès de la civilisation, il connaissait
à fond tous ceux de la science; sceptique, il n ’admettait, en
chirurgie que ce qu’il avait lui-mème expérimenté ; railleur,
il mettait souvent les rieurs de son côté par ses plaisanteries, et
Ton se souvient desa réponseà une provocation qui lui fut faite
il y a quelques aimées : Oui, dit-il, avec la gravité que sein Liait comporter la circonstance, j'accepte ce duel, mais je suis
l ’offensé et j'ai le choix des armes ; nous nous battrons au
canon. Par ses saillies, ses boutades, son dédain pour les
convenances sociales, son tact chirurgical, sa prévoyante saga­
cité au lit du malade, il nous rappelait quelquefois Moulaud, cet enfant trouvé, élevé par la Charité publique, qui
fut pendant 50 ans chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu, mou­
rut millionnaire, et devint à son tour le bienfaiteur trèsintelligent des enfants abandonnés. Comme lui aussi, notre
regretté confrère se complaisait dans les opérations délicates
et difficiles qn’il pratiquait avec lenteur et habileté. D’une
grande honnêteté, Bernard, sous une enveloppe et avec des
allures vulgaires, cachait un cœur et une intelligence d’élite,
ce qui justifie une fois de plus ce vers du bon fabuliste « il ne
faut point juger des gens sur l'apparence.
A côté de ces pertes déplorables subies par le corps médical,
combien de faits n ’avons-nous pas à constater qui prouvent
sa vigueur, son énergie et ses ardentes aspirations. C’est
d’abord un brillant concours pour l’adjonction en chirurgie
dans les hôpitaux, terminé par la nomination du fils de notre
.cher et vénéré professeur d’accouchements. Si M. Villeneuve
est sorti vainqueur de ces épreuves, M. Flavard, chef interne
de l’Hôtel-Dieu, s’y est fait remarquer par ses connaissances
anatomiques et son habileté dans l’art opératoire; c’est une
justice que les juges et les assistants ont rendue à ce jeune
et distingué praticien. Le troisième candidat, M. Reynaud, a
donné aussi des preuves de savoir. Un autre concours pour
un emploi de médecin-adjoint des mêmes établissements s’est
terminé par la victoire du jeune professeur que nous devions,
quelques mois plus tard, nommer à f'unanimité, directeur do

noire feuille. Là aussi le tournoi a été brillant, et quoique
restés à distance, MM. Nicolas, Seux fils et Trastour, ont su
faire apprécier des qualités qui les rendent dignes d’atteindre
le but qu’ils poursuivent. Ces luttes devaient être suivies
d’une troisième, connue plusieurs mois d’avance ; on en par­
lait. longuement dans notre microcosme médical, on désignait
les noms des jouteurs qui se trouveraient en présence, on
discutait sur leur valeur relative et tout faisait présager que
la victoire serait vivement disputée. Deux suppléances étaient
vacantes à l'Ecole, l’une pour les chaires de médecine, l’autre
pour celle de thérapeutique et de matière médicale. Six
compétiteurs se sont présentés, M. Yillard, médecin des hôpi­
taux, a obtenu la première et M. Seux fils la seconde;
MM. Roux (de Brignoles) fils, Bouisson, tous les deux méde­
cins des hôpitaux, Chabrier d'Àix et Maurin, ont fait preuve
d’un grand savoir ou d’aptitudes remarquables. M. Roux
surtout a montré une érudition de bon aloi, et les qualités
qui font l’excellent praticien. En somme, ces trois concours
font le plus grand honneur à notre corporation locale.
L’essai qui vient d'être tenté dans l’école est d’un excellent
augure pour son avenir, et son honorable directeur peut se
féliciter d’avoir pris l’initiative d’une mesure qui a pleine­
ment réussi. Voilà donc le concours définitivement établi
pour le professorat à Lille et à Marseille; la province s’éman­
cipe; à son tour elle donne l’exemple, elle fait mieux que
Paris qui reprend, sous le second empire, les errements uni­
versitaires de la restauration.
Mais toutes les institutions humaines sont perfectibles, celle
dont nous venons de parler comme les autres, et nous sommes
heureux de constater que c’est encore un de nos professeurs
de l’école qui le premier a voulu modifier les bases du con­
cours. P a rla haute influence dont il jouit, à tant, de titres,
dans l’administration hospitalière à laquelle il appartient,
M. Robcrty a pu faire nommer une commission de médecins
chargés d’indiquer les améliorations qu'il y a lieu d’intro­
duire dans les épreuves, et le rapport en a élé déposé au
commencement du mois d’octobre, bien avant que la direc-

�102

BONHOMME.

tien do l'assistance publique de Paris ne prit elle-même une
mesure analogue.
La décentralisation en fera bien d'autres, et, contrairement
h tous les précédents administratifs, voil;\ notre asile d’alié­
nés de Saint-Pierre, dont les médecins en chef viennent
d’être choisis parmi nous. M. Sauze, ancien médecin de
l’asile, et M. Lachaux, ancien interne très-remarqué de
l’asile d'aliénés de Mareville (Meurthe), ont été nommés méde­
cins en chef; il faut convenir que ce choix est pleinement
justifié par les connaissances spéciales des deux titulaires.
Deux autres faits importants se sont en outre passés, il y
a quelques mois. L’Académie Impériale de Médecine a élu
membre correspondant M. Sirus Pirondi, professeur-adjoint
de clinique chirurgicale, chirurgien consultant des hôpitaux,
ancien président de la Société de médecine, et cet honneur
bien mérité par les travaux antérieurs de notre compatriote,
rejaillit sur la confrérie tout entière. La réélection de M. Seux
comme président de la Société locale des médecins des
Bouches-du-Rhône a été saluée parmi nous comme un heu­
reux événement; elle a été consacrée par G6 voix sur 80.C’est
qu’en réalité jamais société d’assistance mutuelle ne pourra
placer à sa tête un homme plus sympathique et plus dévoué;
talents, distinction de manières et de langage, probité publi­
que et privée, notre cher et bien aimé président possède au
plus haut degré toutes ces qualités,sans parlerde celles qu’on
n’indique pas et qu’on devine.
Tel est le bilan de l’année 18G8, pendant laquelle le rôle du
corps médical marseillais n’a pas été sans éclat ; il nous
promet un bel avenir scientifique et donne une garantie de sa
force morale.
Et maintenant, amis lecteurs qui avez bien voulu lire mon
humble prose, recevez mes adieux pour aujourd’hui et mes
souhaits pour l'année qui commence ; ceux-ci du moins sont
sincères, puisque je fais les mômes vœux pour moi-même;
donc, et avant tout, une bonne santé, tranquillité d’esprit et
calme de la conscience, puis, si c'est possible, quelques bons
clients nouveaux qui nous laissent reposer la nuit, et nous

CONCOURS.

ion

dédommagent largement des fatigues de la journée........
mais j’aperçois le regard courroucé de notre cher trésorier ;
il s’indigne de voir un fondateur du Marseille Médical oublier
il ce point les intérêts de sa caisse ; je lui souhaite donc d’ins­
crire en 18G9 les noms de 2.000 abonnés sur ses livres.
Dr B o n h o m m e .
CONCOURS A L’ÉCOLE DE MÉDECINE.

L’année qui vient de finir et celle qui commence ont mar­
qué pour notre école une ère nouvelle; des concours ont été
ouverts pour trois places de professeurs suppléants ; initia­
tive féconde, tentative heureuse, qui sera sans doute imitée
partout et qui assure l’avenir de l’enseignement médical en
France. 1
On connaît aujourd'hui les noms des trois vainqueurs ;
ce sont :
Pour les chaires de médecine, M. Villard.
Pour celle de thérapeutique, M. Seux fils.
Pour celles de chim ie, pharmacie et toxicologie , M.
Roustan.
Les candidats ont eu à traiter les questions suivantes:
1" épreuve, commune aux candidats des deux premières
sections : Anatomie et physiologie du bulbe rachidien.
Section de médecine : 2° épreuve —Des embolies. 3" épreuve.
— De la diathèse scrofuleuse. 4e épreuve.— Leçon clinique
sur deux malades, dont l’un était atteint d’une pneumonie en
résolution, et l’autre, sur lequel le jury avait porté le dia­
gnostic suivant, confirmé de tous points par l’autopsie:
Rétrécissement avec insuffisance de l’orifice aortique,
Hypertrophie du cœur consécutive, avec dilatation ;
Insuffisance relative de la valvule mitrale.
Section de thérapeutique : 2* épreuve: Du sulfate de qui­
nine. — 3* épreuve : Du tartre stibié et de ses divers modes
d’action — 4* épreuve : Examen de 24 substances, suivi d’une
leçon d une demi-heure sur cinq d'enlre-elles. au choix des

�l ’ONrOVRS.

NOUVELLES D’OUTRE-MER.

Section (le chimie et pharmacie : I" épreuve f Les phénomè­
nes chimiques delà digestion. 2° épreuve : De l’alcool et de ses
dérivés. il* épreuve: L’arsenic au point de vue chimique,
pharmaceutique et toxicologique. 4* épreuve: Préparer le fer
réduit par l'hydrogène et l’urée, exposer les propriétés de ces
produits.
Voici en quels termes, dans une lettre adressée à plu­
sieurs journaux de Paris, le président et le secrétaire du jury
ont apprécié le mérite des candidats [qui luttaient dans les
deux premiers concours :
« M. Roux a montré, dans toutes ses épreuves, un très grand
savoir; M. Chabrier de belles aptitudes professorales ; la réu­
nion du savoir, du talent de parole et de l’expérience clinique
a valu à M. Villard un succès chaudement disputé ; ses deux
conpétiteurs ont été placés ex-œquo au second rang.
« M. Seux a déployé le talent d’élocution, la méthode et le
savoir réel qui font le vrai professeur. Aussi instruit, mais
moins méthodique et moins brillant, M. Bouison a été classé
le second. Un peu inégal dans ses épreuves, M. Maurin, classé
le troisième,a cependant montré une incontestableérudition.»
Dans la section de pharmacie, M. Roustan n’a malheureu­
sement pas eu à lutter; il était seul. Bien qu’il ait parfois
manqué d’ordre et de méthode, il a prouvé qu’il connaissait
parfaitement les matières qu’il aurait désormais mission
d'enseigner. C’est un témoignage que M. le professeur YiIleneuve s'est plu à lui rendre dans une courte allocution quia
terminé les opérations du jury.
Dans la séance qui a terminé les deux premiers concours,
M. le Directeur de l écolej a aus9i prononcé une allocution,
non plus improvisée, mais écrite, et que nous nous faisons
un devoir de mettre sous les yeux de nos lecteurs.

logie, à laquelle des travaux récents donnent la plus sérieuse im­
portance.
« Cette question, nos jeunes confrères l’ont, pour la plupart,
magistralement traitée, et avec de telles qualités de rédaction
qu’on croirait ces pages tranquillement écrites dans le recueille­
ment solitaire du cabinet, et non sur une table commune, au mi­
lieu des émotions fébriles de la compétition.
« Les épreuves orales, théoriques et pratiques, représentées par
trois leçons, ont aussi mis en relief, chez nos candidats, de vastes
connaissances, et avec quelques nuances, d’excellentes aptitudes
professorales.
« C’est bien, vraiment, Messieurs, un concours de maîtres que
nous venons d'avoir.
« Comme directeur de l’Ecole, comme professeur, comme juge,
j ’en éprouve une profonde satisfaction.
« Ai-je besoin de dire que je n'en suis nullement surpris?
« Que les vainqueurs, nos deux futurs collègues, soient heureux
de leur succès, car il a été chaudement disputé et bien honorable­
ment acquis. Qu’ils soient les bien-venus parmi nous.
« Mais que dirai-je aux vainuus, — m’est-il permis de les nom­
mer ainsi? — consolez-vous de votre défaite; elle est une demivictoire ! Vous avez bravement combattu et glorieusement suc­
combé !
« Si, malgré votre réelle valeur, vous n'avez pu avoir les joies
du triomphe, vous emportez, du moins, l’affectueuse considéra­
tion de vos juges, qui voudraient, je vous l’assure, pouvoir vous
nommer tous.
« Vous avez conquis encore l’estime de cette nombreuse assis­
tance, qui, par son empressement à venir vous entendre, témoigne
tout à la fois de ses sympathies pour la noble institution du con­
cours et de son intérêt pour ceux qui ont eu le courage de venir
affronter ce loyal combat. Ils en sortent, les uns avec une cou­
ronne, les autres, moins heureux, mais non moins estimés, avec
le brevet d’une solide instruction.
« Honneur à ces vaillants confrères ! ils ont bien mérité de la
science. »

I(I

« Messieurs, au tenue de cette longue et très remarquable lutte
dont vous venez d'être les témoins attentifs, et qui marquera chez
nous une date mémorable, j ’obéis à un sentiment irrésistible, sen­
timent de plaisir infini, en rendant, au nom de mes dévoués col­
lègues et au mien propre, pleine justice au talent déployé par
tous les candidats, vainqueurs et vaincus.
« L’epreuve initiale, la dissertation, portait en même temps sur
un sujet difficile d’anatomie et sur une question de haute physio-

103

NOUVELLES D’OUTRE-MER.
Dans le courant du mois de décembre dernier, nous avons
appris avec satisfaction que le choléra avait cessé de ravager
le Maroc cl la Havane , que des pluies bienfaisantes, en met-

�IOG

ROUX.

tant fui à la sécheresse en Algérie, promettaient du hlé aux
malheureux Arabes, cruellement décimés par le typhus et. la
famine.
Mais, en revanche, les couleurs sont plus sombres en
Orient; le choléra frappe à coups redoublés à Bombay, où les
indigènes tombent foudroyés en grand nombre. Les relations
de Marseille sont nombreuses, rapides, fréquentes avec cette
présidence; aussi le cri Cavcant consules a-t-il été poussé et
entendu.
Le 22 décembre, M. Leblanc, médecin sanitaire à Suez, an­
nonçait â S. Exc. M. le ministre du commerce, que deux na­
vires anglais venaient d’aborder â Djedda, après seize jours
de traversée, pendant lesquels, ils avaient eu 314 décès, ce
qui donne une moyenne de 20 décès par jour. À Suez? le gou­
vernement français est représenté par un de nos consuls des
plus actifs et des plus éclairés, M. Emerat ; nul doute que
grâce à ses soins vigilants, toutes les précautions sanitaires ne
soient prises pour empêcher 1 importation du fléau à travers
l’Egypte.
Cependant les voyageurs qui viennent de l’Inde, les baga­
ges. les colis qui les suivent ne font que traverser l’Egypte.
Les prétendus arrivages d’Alexandrie ne sont que fictifs :
en vingt-quatre heures l'isthme est franchi, et en quatre à
cinq jours des familles entières venant de l'Inde, débarquent
sur nos quais avec armes et bagages.
Aujourd'hui des pèlerins Arabes ou Indiens ont été débar­
qués à Djedda. après avoir jeté 314 cadavres à la mer; il existe
donc dans ce point un foyer d’infection qui peut rayonner
vers Suez, malgré les précautions quaranbenaires que l’expé­
rience de M. Leblanc, le zèle du consul, M. Emerat, vont im­
poser aux autorités musulmanes. Nous venons de démontrer
quedeSuez à Marseille la distance est rapidement franchie, et,
d’autre part, nous savons que les ordres des autorités turques
ne sont pas difficiles à éluder. Userait donc important, mal­
gré l’excellent état sanitaire de l’Egypte, que la plus grande
surveillance fut exercée sur les navires provenant de ce point
de l'Orient ; que les mesures arrêtées dans les dernières confé­
rences internationales fussent sérieusement mises en vigueur.

NOUVELLES DIVERSES.

107

Marseille ne peut être suffisamment préservé par les me­
sures prises à Suez; les garanties que nous offrent les gou­
vernements turcs et égyptiens ne nous rassurent guères ; c’est
surtout ici qu’il faut fermer la porte au fléau qui sévit avec
tant de violence à Bombay.
L’autorité sanitaire est résolue à la plus grande vigilance et
enverra au Frioul navires et passagers-suspects,
i Le choléra ravage aussi le Sénégal. L’ile de Gorce a été seule
épargnée. Il a été importé sur celte côte par les caravanes du
Maroc et du Soudan. A Saint-Louis, il a fallu disséminer les
troupes, car sur 720 hommes de garnison, 55 cas mortels
avaient été enregistrés.
M. le Directeur de la Santé a, depuis le ^'décembre, frappé
de quarantaine les provenances du Sénégal.
La fièvre jaune sévit encore en Amérique, à Callao, Lima
Porto-Rico.
A la Guadeloupe, elle est plutôt à 1 état sporadique.
Mais elle a disparu de Cuba, de la Havane, depuis le 23 oc­
tobre .
D 'J. lloux (de Brignoles).

NOUVELLES DIVERSES.

Pendant l’année qui vient de s’écouler, la Société Impé­
riale de Médecine de Marseille a obtenu un dégrèvement
d’impôts, complet et définitif. Ou doit savoir le plus grand
gré à l’autorité supérieure, d’une mesure aussi favorable à
la science.
— M. Roussel, professeur à UEcole de médecine de notre
ville, a été chargé, pour cet hiver, du cours de chimie de
M. Favre, à la faculté des sciences.
— MM. Blanchard et Onfroy, membres distingués du bar­
reau de Marseille, viennent d’être nommés administrateurs
des hospices civils, en remplacement de MM. Tollon et Tour­
naire, dont les fonctions étaient expirées.

�108

S1ÏUX FILS.

— Dans la séance du 9 janvier 1809, la Société Impériale
de Médecine de Marseille a élu trésorier, M. le docteur Méli,
en remplacement de M. le docteur Roux fils, démissionnaire.
— Dans sa séance de lin d’année, l’Académie de Médecine
a décerné des prix divers à MM. Charmasson, (de Puy-Laval),
Fajole. (de Saint-Geniez), Prévost, Cottard, Larcher, Legros,
(d’Aubusson), Jules Besnier et Lacassagne ; des mentions
honorables à MM. Garnier, lloubaud, Àncelet, Damaschino
et Duboué. Elle a de plus accordé un certain nombre de
médailles aux médecins-vaccinateurs, aux inspecteurs des
eaux minérales et aux médecins des épidémies. Parmi ces
derniers nous avons été heureux de voir le nom de M. le doc­
teur Dauvergne (de Manosque), bien connu dans la science
par ses travaux, et à Marseille par les nombreux amis qu'il
possède dans notre ville.
— C’est M. Blaclie qui occupe cette année, le fauteuil à
l’Académie de Médecine. M. Denonvilliers a été élu vice-pré­
sident pour 1809.
— Par décret du 15 décembre 1808, M. Dolbeau a été
nommé professeur de pathologie chirurgicale à la Faculté de
Médecine de Paris, etM. Gubler professeur de thérapeutique
et de matière médicale h la même Faculté.
— La commune de Gignac (à 2 kilomètres de Marignane)
est dépourvue de médecin. Le confrère qui s:y établirait, aurait
à donner ses soins dans un rayon de 3.000 âmes. Des avantages
réels seraient attachés à cette position. — S’adresser pour les
renseignements à M. le maire de Gignac.
— Des conditions avantageuses seraient faites également
à un jeune médecin, marié ou non, qui consentirait à s’éloi­
gner de Marseille. Ce confrère n'aurait cependant point à
quitter le Midi.
— Une boucherie de viande de cheval vient de s'établir à
Marseille. La foule se pressait ces jours-ci devant les plantu­
reux échantillons exposés au grand air. L'avenir décidera si
cette chair originale doit s’acclimater parflii les estomacs mé­
ridionaux et produire les résultats alimentaires qu’elle n’a
obtenus que très incomplètement dans le Nord.

(an c ien n e Union Médicale de la P ro v e n ce )

Gme Année. — N ° 2 . — 20 Février 1809.

PUBLICATION
DES

TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE
Par le Marseille Médical.

Dans sa séance du 23 janvier 18G9, la Société Impériale de
médecine de Marseille, réunie en assemblée générale, a voté ù,
une très forte majorité que désormais elle cesserait de faire
paraître son Bulletin trimestriel, et qu’elle confierait au Mar­
seille médical la publication de ses travaux.
Ce vote solennel a une immense portée.
D’un côté, une publicité plus prompte et plus étendue donnée
à ses actes et, par suite, des mémoires plus nombreux et des
discussions mieux préparées ; d’autre part, une économie im­
portante qui aura pour résultat principal le rétablissement
des prix de concours ; tels sont les avantages que la Société doit
retirer de cette grande mesure.
Le journal qui a, dès son début, inspiré une si grande
confiance à un corps savant dont les Bulletins allaient entrer
dans leur douzième année, offre ainsi au public médical le
gage le meilleur de sa valeur et de sa vitalité, et, de plus, il
réunira, pour ses lecteurs, un nombre plus considérable de
matériaux précieux.
Cette mesure, si 'avantageuse pour le journal et pour la
Société, sera ulile à tout le corps médical de Marseille. Si,
jusqu’i c i , ce corps, qui compte dans son sein un grand
8

�110

A. FABRE.

nombre d'intelligences d'élite, ira pas joui de toute la consi­
dération dont il est digne, c’est surtout parce qu’il n’a pas
assez compris la nécessité de l’union et qu’il a manqué de ce
patriotisme local auquel chacun doit immoler ses sentiments
personnels. Il en est résulté qu’au lieu de se rassembler en un
faisceau compacte et de se condenser dans un recueil sérieux
qui forçât l’attention du monde savant, les travaux des mé­
decins de Marseille, disséminés dans des feuilles éphémères et
ignorées, n’ont pas toujours été connus dans la ville même oii
ils étaient nés. En France et dans une ville de province, l’ac­
tivité scientifique n’est nulle part suffisante pour alimenter ;ï
la fois plusieurs recueils de médecine ; les rédacteurs man­
quent, et encore plus les lecteurs. On ne réussit à former une
œuvre solide qu’en réunissant toutes les forces vives d'uue
grande cité. C'est ce que Montpellier a depuis longtemps
compris; c’est ce que Lyon a également constaté ; c'est ce que
les médecins de Marseille viennentenfin de reconnaître. Union
de tous dans un intérêt commun ; concentration de toutes nos
forces intellectuelles pour créer à Marseille une œuvre impor­
tante et durable, telle est la grande signification du vote de la
Société Impériale de médecine ; voilà pourquoi ce vote est pour
notre corps médical le signe d’une ère nouvelle et la plus sure
garantie du progrès.
En devenant l’organe officiel de la Société Impériale de mé­
decine, Marseille médical ne devient nullement l'organe ex­
clusif de cette Société ; il conserve toujours son indépendance;
il reste toujours fidèle à sa mission, qui est d'étre l'œuvre
commune de tous les médecins de.Marseille. Ils* seront donc
cordialement accueillis les hommes de bonne volonté qui nous
apporteront leur concours; et si, par malheur, il existait dans
notre corps médical quelques retardataires qui voulussent
résister à ces deux choses qu'on nomme l'union et le progrès,
nous les plaindrions, ces pauvres confrères, et nous les atten­
drions avec la patience que l'on doit montrer quand on a
raison.
A. F adre.

« Il n’en csl pas de la vaccine, connue do la
« plupart des maladies qui no frappent qu’un polit
k nombre , elle , au coniraire, s’adresse h Ions, et
« pour qu’clle soit réellement un bienfait, il ne faut
« pas qu’clle puisse devenir le point de départ d’une
« calamite publique.»
(Depaul, Discours sur la Vaccination
animale. Séance de l’Académie de
Médecine du 3 septembre 1867).

Chi i noculo, lullo inoculo.
« Qui inocule, inoculo tout. »
CûTUGMO.

Messieurs ,

En venant vous entretenir de la supériorité delà vaccination
animale sur la vaccination humaine, j ’ai pour motif d’appeler,
par votre intervention bienveillante et votre avis éclairé,
l’attention de l’autorité, sur une des plus importantes ques­
tions d’hygiène publique et privée, qui a pour objet la prophy­
laxie de la variole, maladie qui jette trop souvent l’effroi et le
deuil dans les familles alarmées. Ce fléau est dù : 1° à ce que les
premières vaccinations ne sont pas aussi nombreuses qu’il le
faudrait; 2° à ce que les revaccinations, devenues nécessaires
par suite de l ’affaiblissement progressif du vaccin, ne sont pas
pratiquées d’une manière générale. Du reste, i l n ’en peut être
autrement, parce que la source du vaccin jennérien n’est pas
assez abondante pour fournir à tous les besoins, aussi parce
que bien des personnes, l’ayant eu suspicion, en redoutent les
conséquences fâcheuses.
A Marseille, nous sommes placés dans cette position regret­
table de manquer souvent de vaccin et de le puiser à une source

�112

ROUGI ER.

impure. C'est à la Maternité, hôpital de la Conception, que sa
conservation se fait sur des enfants de naissance, issus de
filles-mères, que la maladie, la souffrance, les privations ont.
amenées dans cet asile de la charité publique. Un vaccin
transmis à travers des générations d’enfants débiles, entachés
souvent de maladies diathésiques, ne peut être qu’affaibli, en
même temps qu’il est plein de dangers pour la santé de ceux
qui le reçoivent. Ici se présente encore une autre considé­
ration qui a quelque importance : c’est que ces enfants, vaccinés
les premiers jours de leur naissance, seront les premiers frappés
dans les épidémies varioleuses ; en outre l’immunité que con­
fère la vaccine sera d’autant plus affaiblie, qu’on aura fouillé
dans leurs pustules jusqu’au dernier atome de leur vaccin.
Car, il n'est pas indifférent pour la prophylaxie d’interrompre
le travail de l’évolution vaccinale, par la soustraction du
liquide dont l’absorption est nécessaire à une immunité par­
faite. Cet état de choses appelle une réforme et c’est à vous,
Messieurs, pleins de sollicitude pour la santé de vos clients,
qu’incombe l'honneur et le devoir d’en prendre l’initiative.
La tradition de votre société vous y invite; vous n ’avez pas
oublié que plusieurs de vos membres, dont vous regrettez la
perte, ont fait sur la vaccine et la variole des travaux estimés
dans la science, surtout ceux des docteurs Robert et Sue, qui
occupent une place distinguée dans vos archives.
Pour signaler et réclamer cette réforme, j ’ai attendu que
l’expérience, tant la mienne que celle de la plupart d’entre
vous, eût démontré la réussite de cette nouvelle vaccine à
l’égal de l’ancienne. Dès le début, j ’éprouvais des insuccès
qui m’avaient fait hésiter d'en continuer la pratique ; mais
ces insuccès étant dus à mon inexpérience et à d’autres causes
étrangères aux propriétés du cowpox, je m’appliquais à les
reconnaître et, de cette connaissance de plus en plus appro­
fondie, je puis vous dire, fort de moi-môme, que le succès en
est assuré.
Il y a toujours, au commencement de l'application d’une
méthode nouvelle, des tâtonnements, des incertitudes que l’u­
sage finit par surmonter. La vaccination animale devait aussi

VACCINE

113

rencontrer ses petits revers, dont l'hostilité de ses adversaires a
voulu, mais en vain, jeter sur elle la défaveur, qu’elle ne mérite
pas. Lors de Y introduction de la vaccine en France, en 1800, le
vaccin envoyé d’Angleterre fut inoculé à trente enfants, maissa
descendance fut aussitôt, éteinte, on ne sait par quelle cause. Il
fallut attendre l’arrivée de Wodoville, pour reprendre la pro­
pagation de la vaccine, qui venait d’échouer dans ses premiers
essais. Wodoville, débarqué à Bologne, y vaccina des enfants
dont le vaccin fut envoyé à Paris. Encore cette fois le vaccin ne
prit pas ; il vint lui-même y faire des vaccinations qui eurent
un plein succès, et la vaccine fut alors définitivement intro­
duite en France. Deux ans après sa découverte, en 1798,
Jenner vit aussi échouer le vaccin dans ses mains, il vaccina
son second fils, Robert, et l’opération manqua; quelque temps
après, la petite vérole régnait dans son pays ; alarmé des
dangers auxquels son fils était exposé, manquant de vaccin,
il lui inocula la variole. On voit que, dès le début, le vaccin
humain a fait défaut; l’histoire ne dit pas comment Jenner
renoua la chaîne interrompue de ses vaccinations.
M. Warlomont, de Bruxelles, membre de l’Académie royale
demédecinede Belgique, qui, par la persévérance de ses études
sur le vaccin animal, a déterminé son gouvernement à fonder
un institut vaccinal, dont il a été nommé directeur, a fait
l’aveu de ses fautes devant cette société savante : « Livré,
dit-il, à mes propres forces, sans documents précis sur les
procédés à suivre, il ne m’a pas été possible d’éviter les
écueils d'une première épreuve; et si j ’ai fait quelques fautes,
personne ne s’en étonnera; j ’espère seulement m’en faire
absoudre, en venant vous en faire naïvement l’aveu. » Si, à
mon tour, j ’ai commis des fautes, j ’en ai eu de volontaires;
ne fallait-il pas expérimenter jusqu’à quelle limite le vaccin
animal conserve son aptitude à se reproduire sur l’homme ; ne
fallait-il pas contrôler moi-môme les expériences de mes pré­
décesseurs, pour avoir le droit de dire ce qui est la vérité ? Ces
détails vous auront peut-être paru oiseux, mais je les ai crus
nécessaires pour repousser des attaques, dont le moindre tort
est d’avoir été prématurées.

�11i

ROUGIER.

La vaccination directe de la vache à l'homme est devenue
opportune et nécessaire dans un moment où la vaccine paraît
courir quelque danger à cause de son efficacité amoindrie qui
fait douter de son utilité, à cause aussi des transmissions
contagieuses qui éloignent d’elle.
Maintenant, je me propose d’examiner si ces causes sont
réelles et si le moyen mis en avant pour y remédier est vrai­
ment efficace. Je serais heureux si je pouvais éclaircir un peu
des questions si controversées, que défaussés doctrines médi­
cales ont semées de tant d’erreurs. Les principales de ces
erreurs sont : l'infaillibilité de la vaccine, l’inaltérabilité du
vaccin et la non transmission des maladies diathésiques.
Jenner a toujours cru ou voulu croire à la préservation
absolue de la vaccine ; il groupa autour de lui, par sa grande
autorité, ses contemporains qui, dans l’ent housiasme que leur
inspiraient les effets aussi étonnants que salutaires de son
immortelle découverte, s’étaient promis d’étouffer â jamais
tous les germes de la plus grave des contagions qui depuis
douze siècles sévit dans toutes les contrées de la terre. Mais
bientôt on s’aperçut que des personnes vaccinées étaient quel­
quefois atteintes par la petite vérole, et on conçut sur l'infail­
libilité de la vaccine des doutes qui ne tardèrent pas à se
changer en certitude. Huffeland, dès 1800, les manifesta for­
tement dans le journal de médecine qu’il publiait alors. En
1801, Alkini fit remarquer que la lymphe du cowpox
produisait des boutons bleuâtres, plus beaux, plus saillants que
ceux engendrés par la lymphe humanisée. En 1814, Kingacle
manifesta aussi l’opinion qu’après un certain nombre de
reproductions le virus vaccin perdait peu â peu sa vertu
spécifique, comme cela avait eu lieu pour le virus variolique
inoculé. En 1818. le docteur Brisset donna, par ses travaux,
une grande autorité à l’idée de l’affaiblissement progressif du
vaccin. Dans son mémoire, lu à la société de médecine de
l'école de Paris, il établit que le vaccin avait dégénéré et que,
par suite, sa vertu prophylactique allait en décroissant. Le
docteur Brisset s’appuyait principalement : 1“sur l’analogie du
virus vaccin avec d’autres virus dont l’énergie s’est affaiblie

VACCINE.

415

avec le temps, par exemple, le virus syphilitique ; 2° sur une
différence entre les symptômes locaux et généraux de la
vaccine d’aujourd'hui et ceux de la vaccine des premiers temps ;
3° sur les épidémies de variole, qui attaquent tous les ans un
nombre plus considérable de vaccinés. Ces derniers comptaient
déjà pour un tiers dans l’épidémie de varioloïde qui fit, en
1828, tant de ravages à Marseille. Depuis, leur nombre n’a
cessé de s’accroître. Dans le service spécial des varioleux, créé
à la Conception paH ’initiative du professeur Scux, sur une
moyenne de quinze à vingt malades, on n’en rencontre que
trois ou quatre indemnes de vaccine. Dans l’épidémie de
variole qui a régné, l’année dernière, à Lisbonne, sur cent
quatre-vingt-onze morts, quatre-vingt-onze seulement n’a­
vaient pas été vaccinés. On a donc, en 18G8, quarante ans
après, la proportion inverse de 1828.
Après les travaux de Brisset, la croyance de la dégénérescence
de la vaccine fit. toujours des progrès. Dans les pays étrangers,
surtout en Allemagne, un nombre considérable d’écrits vint à
à l’appui de cette opinion , qui rencontra toujours une vive
opposition à l’Académie de. médecine. En 183G, le docteur
Fiard fit des expériences comparatives sur l’ancien virus dit
jennérien et sur un nouveau vaccin trouvé sur une vache, à
Passy. M. Bousquet expérimenta aussi avec ce môme vaccin;
il le prit sur la main delà femme Fleury, qui avait gagné des
pustules vaccinales en trayant cette vache; le résultat fut
décisif en faveur de l’affaiblissement du virus vaccin et con­
vainquit' M. Bousquet lui-même, jusqu’alors adversaire de
la dégénération du vaccin, comme il l’avait été de la préser­
vation temporaire.
En 1844, le docteur Fiard renouvela ses expériences avec le
cowpox spontané, trouvé sur une vache de la ferme de Ma­
gendie ; le résultat fut encore trouvé supérieur â l’an­
cienne vaccine. Comparant le vaccin de 183G au vaccin de
1844, Fiard remarqua que dans l’espace de huit ans, il avait
perdu de trois ou quatre jours dans la durée de son évolution.
Ce dernier s’affaiblit aussi successivement et perdit ses avan­
tages primitifs. Ainsi fut acquise â la science la réalité de

�416

ROUGIER.

l’affaiblissement du vaccin et de la durée temporaire de l'effi­
cacité de la vaccine. Ces principes admis partout, on s’est
demandé ce que doit faire le médecin pour conjurer les
dangers auxquels nous exposent les épidémies de variole,
devenues de plus en plus fréquentes de nos jours. La simple
logique prescrit de renouveler les modifications que la vaccine
opère dans l’économie par les revaccinations, de renouveler le
vaccin lui-même.
Malgré l’évidence de la nécessité des revaccinations, démon­
trée par l'observation d’épidémies arrêtées dans leur marche
par des revaccinations générales, comme celles qui furent
pratiquées au collège de Sorrèzeet dans bien d’autres endroits ;
l’Académie de médecine, consultée à ce sujet par le ministre,
déclara qu'il n’y avait pas opportunité. Cet arrêt entrava toute
mesure qu’aurait pu prendre le gouvernement, et les revacci­
nations furent laissées à l'initiative individuelle. La presse
médicale protesta, mais elle fut impuissante à rendre cette
pratique générale. L’Académie des sciences, mieux inspirée et
plus progressive, mit au concours, en 1838, le prix sur la
vaccine. M. Serres, rapporteur de la commission, formula, en
1845, lors de la distribution du prix, ces conclusions : 1° que
l’affaiblissement du vaccin était réel ; 2° que la vertu préservative de la vaccine étant temporaire, la revaccination était
nécessaire pour un certain nombre d’individus à partir de
neuf à dix ans. M. Serres ajoute : quant au moyen du renou­
vellement du vaccin, le premier qui se présente est le report
du virus vaccin de l'homme à la vache, report tenté à toutes
les époques depuis la découverte de la vaccine ; mais on ne l’a
fait, dans les premiers temps, que comme expérimentation ; il
n ’v a qu’un petit nombre d’années qu’on a cherché dans ce
fait un moyen de restituer au vaccin l’énergie qu’il avait
perdue. Les auteurs de plusieurs mémoires pour le concours
ont pensé que la vache rendait le vaccin tel qu’elle l’avait
reçu, mais la commission trouva cette conclusion trop absolue
et invita les observateurs à ne passe contenter, comme on l’avait
fait jusqu’à ce jour, de le porter une fois sur l’homme, mais
de le transmettre ensuite d’une manière successive de vache
à vache,

VACCINE.

117

DE LA CONTAGION DES MALADIES VIRULENTES PAR LA VACCINE.
Le virus vaccin emprunte-t-il, en passant par l’organisme
humain, ses principes constitutionnels; peut-il s’y allier à
d’autres virus? Aux premiers jours de la découverte, les parti­
sans de l’inoculation de la variole disaient: nous ne voulons
pas de la vaccine, parce qu’elle communique des maladies
virulentes qu’ils décrivaient sous le nom de cowpox, gale
vénérienne ; les partisans de la vaccine répondirent: c’est
l’inoculation de la variole qui contamine les sujets inoculés.
Le virus vaccin ne s’allie pas à d’autres virus et ne donne que
la vaccine; des deux cotés est la vérité, en ce sens que la vaccine
et la variole inoculées à des personnes saines leur communi­
quent d’autres maladies.
On a fait du virus vaccin un être abstrait, indépendant de toute
loi physiologique, entrant dans le corps humain et en sortant
dans sa virginité. Cette doctrine,qui tranquillisait la conscience
du médecin, fut facilement adoptée, au point que l’Académie
de médecine lit, en 1830, sa profession de foi que le virus vaccin
ne peut se charger d’aucune impureté, et elle s’écria: vaccinez,
vaccinez toujours ; des faits innombrables ont démontré que
le virus vaccin, puisé chez des sujets atteints de maladies sus­
ceptibles de se communiquer par contagion , comme la
syphilis et la petite vérole, ne se chargeait, dans aucun cas,
d’autres principes et ne donnait que la vaccine. Ce comman­
dement fut envoyé à tous les vaccinateurs de France. Mais on
sait à présent combien il était dangereux de se servir de toute
espèce de vaccin. A cette époque régnait la doctrine du Val-deGràce, qui subordonnait toutes les maladies à un principe
d’irritation et faisait table rase de toutes les maladies spécifi­
ques et diathésiques ; bientôt aussi allait naître la doctrine de
l’Hôpital du Midi qui, grandisant avec le talent de son auteur,
rejeta la contagion de la syphilis constitutionnelle. Tandis que
ces éminents médecins professaient des idées qui n’étaient pas
dans la nature, d’autres médecins de la descendance hippocra­
tique, plus avisés, purent s’apercevoir des fails de contagion
qui se passaient sous leurs yeux. Galbiati publia le premier.

�ROUGI RR.

VACCINE.

en 1810, quatre observations de syphilis transmises parla
vaccination, et voici le raisonnement sur lequel il appuyait sa
théorie : « Si dans l’homme, dit-il, il y a plusieurs maladies
transmissibles par l'inoculation d’un sujet à un autre ; si ces
maladies ne se confondent pas entr’elles etqne leurs germes
développent les effets propres du virus dont ils émanent, plu­
sieurs maladies pourront donc se communiquer avec la vac­
cine, sans se confondre avec elle. Si plusieurs maladies ne sont
pas transmissibles û la vache, leurs germes, réunis à ceux de
la vaccine dans le virus, resteront inutiles sur cet anim al, la
vaccine qui se développera en lui sera donc pure et libre du
mélange de toute contagion, parce qu’elle est le produit uni­
que des particules vaccinales du virus et des humeurs propres
de l’animal.
« Ce n’est pas une panique, ce n’est pas une hypothèse, que
l’homme puisse souvent gagner d’autres maladies avec la
vaccine humaine ; c’est prouvé par les faits, appuyé par le
raisonnement, et c’est constaté par les médecins observateurs.
Celui qui veut dissiper cette crainte, celui qui prétend inspirer
une folle assurance de ne point multiplier avec la vaccine les
maladies de l’homme, quoique le vaccin en contienne les
germes, n’est pas un philanthrope; il se rend par avance res­
ponsable de toutes les victimes qui pourront, être immolées à
une si folle croyance. »
Ces idées de Galbiati concordent avec ce qu’est venue dé­
montrer l’étude récente des virus p arla méthode expérimen­
tale, qui a constaté dans les organismes l'existence simul­
tanée de deux virus. Les opinions scientifiques même étaient
alors suspectes à Naples, leurs secrets étaient bien gardés, de
sorte que celles de Galbiati ne se répandirent pas au dehors;
dans un autre pays de l’Italie, à Crémone, le professeur Cerioli
publia, en 1821, des observations qui ne laissèrent rien à
désirer sur la véracité des faits de transmissions contagieuses.
Les désastres de Rivalta eurent un grand retentissement.
L’éveil donné, ceux de Lupara suivirent aussitôt, et successi­
vement dans presque toutes les contrées d’Europe se répétè­
rent des accidents de syphilis qui accompagnaient la vaccine.

En 1853, un procès fameux, qui fut funeste au docteur Hubner,
agita toute l’Allemagne. La France devait aussi avoir ses
Rivolta dans le Morbihan et jusqu’au sein de l’Académie de
médecine. Je cesse cette énumération lugubre de tant de
malheurs, dont l’évidence est si grande qu’elle n’a pas besoin
de commentaire. Que pourrait-on ajouter de plus à ce qui a
été dit dans les académies de médecine de France et de Belgi­
que, dans les sociétés savantes et dans les journaux de méde­
cine? La syphilis vaccinale est à présent bien et dûment
acquise à la science ; mais si tout le monde en convient, on est
loin encore de croire à l’inoculation des autres diathèses dont
la part est plus grande dans les méfaits de la vaccine. Si la dia­
thèse syphilitique est inoculable, pourquoi les autres ne le
seraient-elles pas?
Je citerai un cas de scrofules transmises avec la vaccine :
l’enfant G..., âgé de six mois, fut vaccinépaa une sage-femme;
deux mois après, je fus appelé pour visiter cet enfant qui pous­
sait des cris que rien ne pouvait calmer. Sans fièvre et sans
symptômes de maladie, je le fis dépouiller de ses langes, et
palpant successivement toutes les parties de son corps, je dé­
couvris une tumeur à l’aisselle gauche qui s’abcéda et laissa
échapper des flots de sérosité purulente. On pourra objecter
que la vaccine donne quelquefois lieu à des engorgements des
ganglions axillaires, ce qui est vrai, mais on ne cite pas
d’exemples de suppuration. Cet enfant, qui est maintenant
âgé de sept ans, a toujours eu une santé mauvaise, presque
toujours affecté d’ophtalmies scrofuleuses.
Le docteur Danet, médecin du ministre de l’intérieur, a lu,
à la lin de l’année 18GG, à l’Académie des sciences, un excel­
lent mémoire sur la vaccine et la vaccination animale, dans
lequel il démontre que le virus vaccin se présente avec des
formes différentes chez les sujets atteints de maladies diatliésiques, syphilis, scrofules, etc.
« MM. Taupin et Bousquet, dit-il, nient positivement que
les vaccins se modifient d’après la constitution individuelle ;
ces auteurs et plusieurs autres soutiennent que les modifica­
tions de forme et de nuance ne prouvent rien, quant â la

419

�m

r o u g ie r .

constitution atomique du vaccin et â ses propriétés, et que le
terrain qui a reçu, rend la graine telle qu’elle lui a été con­
fiée; toutefois, ils acceptent trois exceptions, les icléiiques,
les chlorotiques et les lymphatiques. Dans les deux premiers
cas. ces Messieurs admettent que la pustule vaccinale participe
de letat général et que, dans le dernier, les croûtes, qui sont
le résultat de la dessication de la pustule normale, sont rem­
placées par des ulcérations longues et difficiles à guérir. »
« Le virus vaccin, disent aussi MM. Blache et Guersant, ne
parait pas s’allier avec d’autres virus. Lorsqu’on inocule un
mélange de virus vaccin, de virus syphilitique scrofuleux,
on n’a que la vaccine. » Je serais bien heureux de partager la
manière de voir des auteurs que je viens de citer sans avoir vu
les,victimes de ces malheureuses opérations qui, depuis quel­
ques années, viennent d’infecter de syphilis un grand nombre
d’enfants qu’on avait voulu vacciner. En arrêtant mes regards
sur les modifications profondes, je dirai même caractéristi­
ques, des pustules vaccinales qui font le sujet du recueil des
planches qui accompagnent ce travail; il me serait difficile,
si je n’avais pas encore d’autres motifs, d’adopter les conso­
lantes conclusions de MM. Taupin, Bousquet, Blache et Guer­
sant. »
Les inoculations du virus vaccin sur les tuberculeux, les
scrofuleux et durant d’autres maladies diathésiques, n’ont
rien donné que du vaccin. Espère-t-on voir une inoculation
vaccinale rendre instantanément rachitiques ou tuberculeux
les individus vaccinés? Pouvais-je penser que je reproduirais
la syphilis, si je vaccinais avec le vaccin recueilli sur les vieux
syphilitiques que j ’ai fait dessiner? Non, les pustules vacci­
nales qui résultent de ces inoculations, si le sujet nouvelle­
ment vacciné est sain, devaient et doivent avoir toutes les
apparences du bon vaccin , mais s’en suit-il qu’il soit sain?
S'-en suit-il, parce que cette éruption a tous les dehors, toutes
les teintes, toute la marche de la bonne vaccine, qu’elle ne
contienne pas dans son sein les germes encore latents d’une de
ces maladies qui n’attendent pour se développer fatalement
que l'influence d’une des grandes modifications constitution­

VACCINE.

121

nelles, que nous connaissons sous le nom d’àge critique.
Répondre négativement, c’est faire bien peu de cas des graves
conséquences que fait prévoir atout médecin la beauté scro­
fuleuse dont nous retrouvons les formes rondes et boursoufflées
dans les pustules nées chez les scrofuleux.»
Je suis d’autant plus porté à admettre que le vaccin est mo­
difié par la constitution individuelle, que j ’en rencontre
partout les preuves, dans les auteurs même que je viens de
combattre, comme dans mes propres expériences et, sans
parler des trois exceptions qu’ils ont acceptées, mes honoraJiles
adversaires disent, et je suis de leur avis, que le virus vaccin
appauvri, recueilli au déclin des maladies inflammatoires,
reprend une nouvelle vigueur sur les sujets sains. Mais c’est
justement ce que je veux prouver. « Sain ou malade, le
sujet vacciné modifie le vaccin qui lui est donné. » ( Moni­
teur 14 février 1867. )
Gomme vient de le dire le docteur Danet, le virus vaccin
s’imprègne, par son passage dans le corps humain, de tous les
principes constitutionnels, de toutes les diathèses qu’il recèle.
Les simples notions de physiologie nous apprennent que tout
ce qui s’élabore en nous, par les sécrétions, est le produit de
l’économie entière et que, dès lors, si on vient à inoculer une
de ces sécrétions, les germes divers que contiendra le produit
pourront se développer chez le sujet inoculé ; et ce qui est
bien remarquable, quoique les effets des inoculations conta­
gieuses ne soient pas immédiats, leur action dans l’économie
n’en est pas moins constante, puisqu’elle influence la forme, la
teinte, la grosseur des pustules Le recueil du docteur Danet
met le faiten évidence. Chez l’ictérique, la pustule est jaunâtre;
chez le lymphatique, le scrofuleux, la pustule est boursoul'flée,
plus large et moins proéminente; chez le chloro-anémique,
elle est décolorée et sans auréole inflammatoire. Le 5 juin
dernier, j ’ai vacciné un enfant de quatre mois, potelé, mais
très pâle; je suivis attentivement l’éruption vaccinale. Au
commencement du troisième jour, apparurent des papules
qui s’accrurent lentement le quatrième et le cinquième joui*
et s’ombiliquèrent le sixième; les pustules, ainsi formées,

�122

KOUGIER.

VACCINE.

s’accrurent jusqu’au douzième jour, où elles acquirent le vo­
lume d’une pièce de 50 centimes. Ne voyant pas apparaître l'au­
réole inflammatoire , qui est généralement très étendue chez
les vaccinés avec lecowpox de génisse, j ’examinai plus atten­
tivement cet enfant et je m’aperçus qu'il avait les muqueuses
de la bouche, des lèvres, des paupières, pâles, décolorées, sans
ce rose qui est l'indice d'une sanguification normale.
Si, depuis qu’on signale la dégénérescence du vaccin hu­
main, son action s’affaiblissait sans cesse, sa préservation
seyait éteinte. C’est ce qui serait précisément arrivé, si le
virus vaccin, n ’était pas influencé par les constitutions indi­
viduelles. C'est-à-dire si le vaccin ne participait pas dé celui
qui le donne, comme de celui qui le reçoit. La bonne constitusion d’un enfant améliore celui qui vient d’un enfant
chétif et malade et ..vice-versà, comme celui-ci donnera au
premier un vaccin affaibli et malsain. La vaccination de bras
à bras n’est donc qu’une vraie loterie, à laquelle le médecin
11e doit pas jouer, puisque l'enjeu est la santé publique ; et
comme il y a à coup sûr, plus de constitutions débiles et en­
tachées, plus il naîtra d’elles des vaccins imparfaits et impurs, •
qui. par la marche du temps, perdent toute vertu prophylac­
tique. La statistique le prouve ; en effet de 1796 à 1828, 32 ans
après la découverte, un tiers des vaccinés étaient déjà atteint
dans les épidémies varioleuses. De 1828 à 1868, leur nom­
bre s’est accru d’un autre tiers. Ne serait-il pas à craindre,
que d'après ce calcul, qui est exact et môme au-dessous de la
vérité, dans trente ans peut-être, la vaccine jennérienne eût
perdu toute son afïicacité. Ce cri d’alarme a été poussé par
des observateurs qui, témoins oculaires et acteurs des pre­
mières vaccinations, les ont vues, dans leur longue carrière
médicale, produire des phénomènes de moins en moins
accentués. Voici ce que disait un vétéran de la médecine en
1840, au sujet d’une épidémie de variole qui ravageait
Bayonne : « Si la durée de l’efficacité de la vaccine 11e s’est
pas jusqu’à présent maintenue, telle qu'on l’avait jugée,
qu'elle conséquence déduire de cette différence? » La seule
qui me semble étayée de la faveur d’un bon nombre de

probabilités et être en harmonie avec les faits, consiste à
penser que, depuis son origine jusqu’à nos jours, le virus
vaccin transmis de bras à bras et non renouvelé dans sa
source première, a dégénéré graduellement et que de la
dégénération successive est provenu le ralentissement de
sa vertu préservative de la variole, et qu’à ce ralentissement
progressif se rattache, avec une vraisemblance assez fondée,
la crainte de*le voir dépouiller finalement du reliquat mo­
mentané et transitoire de cette vertu.»
Pour éviter les dangers de contagion que je viens de signaler
quelles sont les précautions à prendre? 011 a recommandé
d’attendre 3 ou 4 mois après la naissance pour choisir les
vac-cinifères, mais les statistiques de MM. Roger et Diday
11e montrent-elles pas que la syphilis héréditaire s’est parfois
manifestée, dix ou quinze mois aprèsMa naissance ? notre
savant confrère le Dr Pirondi en a constaté un cas qui
apparut après dix-huit mois. (Quelques mots sur la Vaccine
et la Vaccination 1865). La connaissance de la santé des
parents n’est pas toujours suffisante.
Les plus honnêtes familles ne sont-elles pas quelquefois
visitées par cette contagion, et quand l’événement arrive,
c’est souvent à un médecin étranger quelles vont faire
la confidence d’un mal que leur médecin ignorera et
qui un jour leur demandera la vaccine de leur enfant.
Quant à la recommandation de M. Viennois, de ne se
servir que d’un vaccin pur de tout mélange de sang, nou,
la croyons très difficile ; quoique d’apparence cristalline,
la lymphe vaccinale, ne peut-elle pas contenir quelques
globules sanguins, inapréciables à l’œil nu, mais que le
microscope rendra apparent? « Malgré toutes les précautions
dit M. Pirondi (loc. cit.), employées pour décharger une
pustule vaccinale de sa lymphe inoculable, est-011 bien sur
d’éviter que la pustule saigne d’une façon non visible à l’œil
du vaccinateur? Je dis ceci parce qu’il y a quelque temps
j ’ai examiné à l’aide d’une forte loupe des pustules vaccinales
ouvertes avec grand ménagement et que d’imperceptibles
goutelettes sanguines ont été constatées là où, à l’œil nu, il

123

�121

ROUGIER.

me semblait voir un liquide complètement dépourvu de
sang. »
En outre est-il bien sur qu’il n’y a que le sang qui con­
tamine? La sérosité vaccinale n’est-elle pas élaborée .du sang,
n’est-elle pas son produit, et dès lors 11’est-elle pas inoculable
comme lui? Aussi, quelques précautions qu’on puisse prendre,
on n’aura jamais aucune certitude. Pour avoir toute garan­
tie. le seul moyeu est le vaccin de génisse. Mais on objecte :
la vache n ’est-elle pas sujette à des maladies virulentes, la
tuberculose, le charbon, etc., la tuberculose n ’est pas héré­
ditaire dans la race bovine, elle est rare dans les pays d'éle­
vage, c’est une maladie quelle acquiert par un long séjour
dans les étables, surtout dans ceux des grandes villes où l’air
confiné peut y créer des miasmes infectants. Du reste, cette
maladie ne se développe dans la vache qu’à un âge avancé,
et. comme les sujets qui servent de vaccinifère sont trèsjeunes, ils ne peuvent pas être entachés. Quant à l’affection
charbonneuse, les symptômes en sont si marqués, que de suite
on en reconnaît l'existence. M. Pirondi ajoute : « Mais isolé ou
à l’état collectif, le charbon, sur lequel on a le plus particu­
lièrement insisté, constitue une de ces maladies qui ne lais­
sent guère place à l’erreur du diagnostic, et ce serait vérita­
blement une chimère que de repousser le cowpox, par cela
seul que la vache est susceptible de devenir charbonneuse.
11 est inutile d’insister davantage sur ce point. » Toutes les
tentatives qu'on a faites pour inoculer la syphilis à la vache
ont échoué, et cette inoculation lut-elle possible, qu’elle ne
Xjeut pas être opposée à la vaccination animale, puisque ceux
qui la propagent n ’emploient que le cowpox spontané cul­
tivé sur la génisse.
Le vaccin de génisse dégénère-1—
il comme le vaccin humain?
M. Bousquet lui a prédit la même dégénérescence ; je m’ins­
crit en faux contre cette assertion toute gratuite; depuis deux
années que j ’expérimente, j ’ai toujours observé les mêmes
phénomènes locaux et généraux, aussi accentués à la fin
qu'au commencement, de mes expériences. M. Lanoix, depuis
quatre ans, ne s'est jamais aperçu d’aucune différence dans

VACCINE.

12»

les résultats. M. le professeur Depaul, pendant les neuf mois
qu'ont duré les expériences qui ont été faites par le cowpox,
aux vaccinations de l'Académie, a vu les dernières pustules
aussi belles que les premières. Il remarque en outre que le
cowpox de transmission à la vache produit sur l'hornme des
symptômes aussi intenses que le cowpox spontané. M. le docleur Danet, après avoir inoculé quarante génisses, n‘a conslaté aucun caractère différentiel dans la production de leur
vaccin, si ce n'est, un degré de force plus ou moins grand
selon la variété de race. C’est la race suisse qui donne, ici, le
vaccin le plus parfait et le plus fort.
M. Warlomont, dans la séance de l’Académie de Médecine
du 17 septembre dernier, a lu un mémoire pour démontrer
de nouveau que la vache est le terrain propre pour la régé­
nération du vaccin, et que sa vertu est toujours égale,
quelque soit le nombre des transmissions. Les expériences de
la commission de la Société des Sciences Médicales de Lyon
dont M. Chauveau a été rapporteur en 18G5, prouvent aussi
que la vache, conserve le vaccin dans toute sa force.
Les premiers auteurs ont décrit les symptômes de la vaccine
en tout semblables à ceux que le cowpox de génisse reproduit
toujours et que l’ancien vaccin a perdu, et si le vaccin jen­
nérien avant sa déchéance avait une immunité plus longue,
contre la variole, aujourd’hui la vaccine, régénérée par le
cowpox de génisse, aura reconquis son ancienne préservation.
Ce raisonnement nous parait la logique du bon sens, mais
une preuve de plus de la force du cowpox, nous la trouvons
dans les succès qu’il obtient dans les revaccinations, car la
moyenne des succès est de 20 0[0 avec le vaccin humain et
de 40 0(0 avec le vaccin animal. L’exactitude de ces chiffres
ressort des nombreuses revaccinations pratiquées par M. Lauoix dans divers établissements publics, collèges, hôpitaux
etc. et par M. Danel dans les établissements pénitentiaires et
colonies du gouvernement. Quoique les revaccinations que
j ’ai faites aient été pratiquées sur des sujets des divers âges,
et pas assez nombreuses pour asseoir une statistique, je puis
dire que j ’ai réussi dans une proportion plus grande.

�120

note IER.

Ou a fait à cette vaccine le reproche de ne pas réussir à
l'égal de l’ancienne; les insuccès que les praticiens ont éprou­
vés ne sont, dus qu'à leur inexpérience, et lorsqu'on la prati­
que avec attention, on peut avoir même de plus nombreuses
réussites. Mais qu’elle soit numériquement inférieure ou
supérieure, le plus essentiel c’est, qu’elle écarte tout danger
de contagion,
A cété du reproche de presque nullité, on a accusé sa vio*
lence.La croyance d’une trop forte action partait de Jenner; il
redoutait tant les effets directs du cowpox spontané, qu’il
est douteux qu’il l’ait jamais pris à sa source. Les inocula­
tions récentes du cowpox spontané, comme du cowpox de
transmission, n’ont eu aucune suite grave. Le Dr Fiard, eu
1844, inocula le cowpox trouvé sur une vache de la ferme de
Magendie. Le Dr Partenais lit, avec le cowpox trouvé à Beaugency, quatre vaccinations et quatre revaccinations qui
réussirent parfaitement sans accident. M. Warlomont, expé­
rimentant avec le cowpox spontané trouvé en juillet dernier
en Belgique, n’a pas obtenu d’autres phénomènes que ceux
d'une bonne vaccine. Les vaccinateurs allemands ont inoculé
le cowpox, et jamais aucune suite fâcheuse n'a été signalée.
Si nous nous rapportons à ce qui se passe à Naples, la
prophylaxie du cowpox est bien établie ; il est de notoriété
publique dans cette ville, d’apres le l)r Palassiano, que la
vaccine animale préserve mieux que la vaccine humaine, et
que les personnes vaccinées de bras à bras sont plus sujettes
à contracter la variole ; ce qui fait qu’aujourd’hui la pra­
tique de la vaccination par le cowpox y est devenu .générale.
M. Lanoixcite, dans les mémoires qu’il a lus à l’Académie de
Médecine, deux épidémies varioleuses arrêtées dans leur
marche par le cowpox de génisse.
En 1810, Galbiati installa à Naples la vaccination de la
vache à l’homme, qu’il appela vaccination animale ; il eut
pour successeur, son élève le Dr Négri qui, depuis vingt-cinq
ans, se livre avec le plus grand succès à cette pratique ; la
municipalité de Naples et le gouvernement italien lui ont
confié le mandat de vaccinateur officiel; M. le Dr Bima, mé-

VACC1NE.

127

decin en chef du sixième département militaire, a ordonné
dans l’armée les vaccinations et les revaccinations avec le
cowpox napolitain. M. Négri emploi le cowpox spontané,
transmis de génisse à génisse et conservé sur elles ; il a eu
trois fois le bonheur de le puiser à sa source vierge au pis
de la vache.
En 1864, M.Lanoix, qui a importé en France la méthode
napolitaine, a fondé à Paris un établissement de vaccinations
avec le cowpox spontané conservé sur la génisse. En 1866,
il remplaça le cowpox qu’il avait apporté de Naples par
celui qui fut trouvé à Beaugency. C’est ce dernier que j ’ai
rapporté de Paris et qui depuis deux ans me donne les
meilleurs résultats, que le Corps médical a pu apprécier. Je
viens de le remplacer par le cowpox spontané trouvé en
juillet dernier en Belgique, et que M. Warlomont m’a en­
voyé.
Avant Fintroduction de la nouvelle méthode, il n’y avait
nul moyen de renouveler le vaccin d’une manière générale ;
les cas de cowpox sont rares et isolés, et, quand il en appa­
raît quelqu’un, comment le répandre partout? Les cowpox
spontanés de Passy et de la ferme de Magendie n’ont servi
en 1836 et 1841 qu’à des expériences particulières qui n’ont
pas même pu renouveler le vaccin Jennérien dans la Capi­
tale, tandis que le vaccin de génisse est si abondant qu’il est
facile de le propager partout.
Les partisans de la vaccine animale se font un devoir de
renouveler leur vaccin chaque fois qu’un cas de cowpox
spontané se présente. Une croûte de pustule, un tube, suffiront
pour ensemencer tous leurs établissements. Ainsi le grand
problème du renouvellement du vaccin, tant recommandé,
est entièrement résolu par la vaccination animale.

DË LA THÉRAPEITIQIE DE LA VACCINE.
Aux premiers temps de la découverte, lorsqu’on apportait
une attention de tous les jours sur l’évolution de l’éruption
vaccinale, parce (tue les sujets vaccinés étaient reçus dans

�128

HO l G IER.

HERNIES.

dos établissements publics, ou remarqua que les personnes
atteintes d’aflfections chroniques, éprouvaient des modilications heureuses dans l'état, de leur santé, et que quelque­
fois, elles obtenaient, la guérison de leurs maladies. Je n’au­
rais pas porté mon attention sur des faits depuis longtemps
oubliés, parce que l’action atténuée de la vaccine ne pro­
duit plus ces phénomènes généraux qui impriment à l’éco­
nomie un mouvement fébrile, susceptible d’opérer une action
curative, si je n'avais été témoin des effets salutaires qu’éprou­
vaient les vaccinés avec le cowpox de génisse , pour se
débarrasser des maladies longues et difficiles à guérir. J’ai vu
disparaître, à la suite de la vaccination animale, des croules
laiteuses (eczéma); cette année, chez des enfants atteints de
coqueluche grave, les quintes de toux ont diminué pendant
l'évolution vaccinale, des ophtalmies scrofuleuses se sont
modifiées heureusement et ont guéri ensuite, à l’aide d’un
traitement approprié qui avant était resté sans effet. Les
praticiens seront heureux de saisir l'occasion du mouve­
ment vaccinal, pour le faire servir à la guérison de mala­
dies. dont, auparavant, ils n’auraient pas pu triompher. Je
ne m’étends pas plus longuement sui les heureux résultats
du vaccin animal, parce que je laisse aux soins de mes hono­
rables confrères les clients qu’ils m’adressent, me bornant
au rôle de médecin vaccinateur.
Longtemps avant Jenner, il était de tradition populaire
que les personnes qui, en trayant les vaches, contractaient
des boutons semblables à ceux de la variole, étaient préser­
vées de cette maladie. Gelait alors le hasard qui présidait à
l’inoculation de ce liquide préservateur qu’on appela cowpox. Comme c’était à l'humeur de ces boutons qu’on attri­
buait les vertus prophylactiques, il semblerait que Jenner,
aurait dû 1 inoculer directement à l homme, mais Jenner ne
connaissait pas ces boutons lors de ses premières vaccinations,
et s’il avait fallu attendre qu’il put les inoculer, surtout au
moment propice de leur virulence, la vaccine probablement
n’aurait pas été trouvée. Le grand mérite de Jenner que
rien n’égale, par les bienfaits qu’il a procurés à l’humanité,

12(1

a été, en apercevant des pustules sur les mains de Sarah
Nelmo, qu’elle avait gagnées en trayant ses vaches, de les
avoir inoculées, è l'enfant phips âgé de huit ans. L’histoire
a dù garder le nom du premier vacciné, en 1796. Ainsi dès
l'origine la vaccine fut déviée de sa voie naturelle, et on ne
doit pas s’étonner si, dans sa marche à travers les temps, elle
rencontre des écueils sur lesquels elle pourrait échouer. Heu­
reusement, la vaccination animale se présente, non pas en
étrangère, comme le dit M. Bousquet, mais eu souveraine qui
rentre dans son domaine, empressée de réparer les maux que
cause son absence.

D’UNE MÉTHODE ENCORE PEU CONNUE
POUR LA

RÉDUCTION DES HERNIES ÉTRANGLÉES
P ar le

Dr CHAYERNAC,

Chirurgien chef interne de l’hôpital d'Aix.

( Suite.)
O b s e r v a t io n

IV .

Hernie crurale droite étranglée

Fouquet, Charles, âgé de 52 ans, chapelier d’Aix, avait vu, au
commencement de l’année 1868, se développer à la cuisse droite
une hernie crurale pour laquelle un docteur avait ordonné un
bandage. Vers le 20 du mois de février, la hernie sortit sans cause
connue; Fouquet. négligea de la faire rentrer; le lendemain une
constipation, accompagnée de coliques violentes, l’obligea d’in­
terrompre son travail. Les jours suivants, le ventre se ballonna et.
devint très-douloureux, les nausées et les vomissements aggra­
vèrent tellement sa situation, qu’il se fit conduire à l’hôpital le
24 février îi cinq heures du soir. A la porte, il ne s’expliqua pas
bien sur la date de sa maladie, et l’interne de garde se contenta

�130

CHAVERNAC.

de lui ordonner un bain de siège avec cataplasme belladonné sur
la tumeur. A 9 heures du soir, les vomissements devenant plus
fréquents, on me fait appeler et je trouve l ’état suivant : Anxiété&gt;
plaintes continuelles, face crispée, pouls petit, concentré, dou­
leurs abdominales très-vives, tum eur située au-dessous de l’ar­
cade crurale droite, très-douloureuse au toucher, grosse comme
un œuf de dinde, rénitente.
Une première tentative de taxis restant infructueuse, nous pro­
jetons sur la hernie de l’éther pulvérisé, et au bout de quelques
minutes, la tumeur, qui a un peu diminué de volume, laisse
percevoir le gargouillement. Le taxis , prolongé encore pendant
dix minutes, fait rentrer l ’intestin.
Après cette réduction, on sent sous la peau, dans le sac her­
niaire, un corps qui donne la sensation de parchemin, mais qu’il
est impossible de faire rentrer.
Prescription. — 40 grammes d ’huile de ricin. — Lavements
émollients. — Bandage contentif. — Cataplasmes sur le ventre.
Dans la nuit, le malade dérange son bandage, et la hernie se
reproduit. A la visite du m atin, 25 février, nous trouvons le
malade dans un état très-grave : il a vomi la p u rg e, pouls petit
concentré, très-fréquent, grande agitation , faciès tiré exprimant
de grandes souffrances. Algidité, cyanose commençante. La hernie
est moins volumineuse que la veille. De nouvelles tentatives la
font rentrer, mais il reste encore dans le sac cet inconnu toujours
irréductible. Le malade meurt à midi.
Autopsie. — Le sac herniaire rouge, fortement injecté, était
adhérent avec les parties environnantes, son collet était excessi­
vement rétréci. Il renfermait une partie du grand épiploon frappé
de gangrène. Dans la cavité abdominale, on voyait sur tout l’in­
testin contenu dans la fosse iliaque droite, les traces d’une péri­
tonite intense, rougeur, injection forte , adhérences. L'anse
d ’intestin grêle, qui avait été herniée, présentait une ouverture
large comme une pièce de cinquante centimes, et dont les bords
étaient sphacélés. Il n ’y avait point de matières épanchées dans
la cavité péritoniale.

Ce fait quoique très malheureux, ne prouve pas contre
l’anesthésie locale.
La maladie était très ancienne et la réduction n ’a pas empê­
ché l'inflammation de poursuivre sa marche. Evidemment
la réapparition de la hernie a contribué beaucoup à la perfo­

131

H ER N IES.

ration intestinale en aggravant le processus inflammatoire
dont l’iutestin était le siège.
— Comme mon intention n’est pas de proclamer l'infailli­
bilité de l'anesthésie locale dans la réduction de la hernie
étranglée, je dois raconter les succès et les insuccès.
O b s e r v a t io n

V.

Hernie inguinale droite étranglée.
A l’asile des aliénés d’Aix, se trouvait le nommé Carrière, âgé
de 38 ans, frappé de démence paralytique (monomanie ambitieuse).
Cet aliéné avait en outre une hernie inguinale droite, qui était
maintenue par un bandage. Vers le 25 février 18G8, sa hernie
s’étrangla. M. le docteur Pontier m it en usage le traitement
médical le plus convenable et tenta plusieurs fois le taxis, mais
toujours sans succès. Le 28 février, a une heures de l ’après-midi,
M. Pontier, qui avait entendu parler des bons effets de l’anes­
thésie locale, me fit appeler et nous essayâmes ensemble ce
moyen. Trois tentatives successives furent faites, mais toutes
restèrent sans résultat.
La tumeur était volumineuse comme le poing, oblongue, presque
mollasse, s’étendant dans les bourses, au fond desquelles était
situé le testicule.
Le doigt pouvait facilement invaginer la peau dans l ’anneau
inguinal externe, ce qui nous donnait la certitude que le siège de
l’étranglement était situé profondément.
L’insuccès de la réfrigération pouvait s’expliquer à priori soit
par l'ancienneté de la hernie, soit par le siège même de l ’étran­
glement.
Il fallut donc recourir à la kélotomie, qui fut pratiquée le len­
demain, 29 février, à 11 heures.
Pli transversal de la peau au niveau de l’arcade crurale, main­
tenu par un aide, incision perpendiculaire et prenant le pli par
son milieu, dissection des tissus couche par couche, ligature
successive de trois artérioles. Arrivé sur le sac, on y pratique
une boutonnière et à l’aide de la sonde cannelée, on l’incise de
bas en haut jusqu’à l’anneau inguinal externe. Une épiplocèle se
présente rouge, injectée et irréductible. Introduisant le doigt dans
le canal inguinal, on va à la recherche de l’étranglement, qui,
comme nous l’avions supposé, existait au niveau de l’anneau

�132

CHAVERNAC.

inguinal interne. Mais à l’aide de l ’index, on a senti une hernie
interstitielle étranglée. AJors, la contournant dans tous les sens,
on a détaché les adhérences, mais non sans peine. La hernie a pu
ainsi être réduite, et on a parfaitement senti l’anneau constricteur
du diamètre d'une pièce de 20 centimes et qui était une éraillure
du fascia Iransversalis, très-probablement. 1. épiplocèle était
adhérente au sac, celui-ci l'était aux parties voisines. Que faire
de cette masse de graisse? Nous avons décidé de lui donner un
coup d’écraseur linéaire. On a retranché ainsi une matière qui
n’était bonne qu’à suppurer. Suture entrecoupée et pansement.
Le soir le malade vient du corps et ne vomit plus. Etat généra)
bon, pas de fièvre. Le Ier mars, ventre un peu douloureux, dis­
tendu, mais c’est tout. Le 2, la plaie a bon aspect et semble se
réunir par seconde intention; le malade n’est ni inquiet, ni agité
prend du bouillon, va du corps, urine bien, pas de fièvre.
Le t, excitation nerveuse, pouls petit, fréquent, ventre ballonné,
on lui met la camisole de force, La réunion n’a pas eu lieu. On
voit un fond grisâtre avec escharres celluleuses.
Mort le 7. L'autopsie n’a pu être faite. L'autorité des parents l’a
empêchée.

Il n ’est pas étonnant que la réfrigération éthérée n'ait pas
agi dans ce cas ; tout le monde comprend qu’elle ne peut pas
faire diminuer le volume d’une masse de graisse, telle que
l’épiploon.
Toutes les fois donc que l'on aura ;i faire à une épiplocèle,
il ne faudra pas trop compter sur la pulvérisation de l’éther.
— Le succès est subordonné à l'exactitude du diagnostic.
— Un autre cas s’est aussi terminé par la mort ; malgré
cette issue funeste, qui n ’est pas imputable à la réduction,
l ’anesthésie locale a joué un rôle utile.
Observation VI.

Hernie inguino-scrotale droite étranglée.
Le 20 août 1868, le docteur Chabrier fut appelé, à 6 heures du
soir, à l’auberge Meiffren, pour voir un berger de Gap, nommé
Joubert, âgé de 51 ans, et atteint d’une hernie étranglée. Notre
confrère tenta d’abord le taxis, mais sans parvenir à réduire la
tumeur. Il n'insista pas, et vint me prier de lui aider avec l’anes­

HERNTES.

133

thésie locale. La hernie inguino-scrotale droite était volumineuse
comme une tête de fœtus. La peau rouge et distendue, la palpa­
tion douloureuse. Le malade raconta (pie sa hernie était ancienne,
et qu’il la faisait rentrer ou sortir à volonté, mais qu’il n’avait
jamais porté de brayer. La veille, à 10 heures du matin, une
grosse masse intestinale pénétra par l’orifice et fit irruption dans
la poche scrotale. Il n’en continua pas moins ses occupations, et
s’en vint à pied au marché d’Aix. Le lendemain soir, il présentait
tous les phénomènes de l’étranglement. C'est alors que nous
essayâmes de faire rentrer la hernie au moyen du taxis et de la
pulvérisation de l’éther. Deux tentatives suffirent pour cela, et il
n’y eût qu’environ 30 centilitres d'éther employés.
Les symptômes graves réapparurent dans la nuit, et comme
les souffrances étaient très-violentes, le malade se fit transporter
à l’hôpital.
A minuit nous faisons rentrer la hernie, qui s’était partielle­
ment reproduite.
Prescription. — 30 grammes d’huile de ricin. — Lavements. —
Cataplasmes sur le ventre.
Le lavement ne fut pas rendu, la purge fut vomie, et la nuit
fut très-mauvaise. A la visite du matin , M. le docteur Rimbaud’
qui. était de service, fait de nouveau rentrer la hernie.
Mêmes prescriptions.
Malgré l’application d'un bandage contentif, la hernie se repro­
duisit une troisième fois, entraînant avec elle toute la cohorte des
symptômes fâcheux de l’étranglement. L’état général allant de
mal en pire, le malade succomba à 5 heures du soir avec tous les
signes d’une péritonite intense.
Autopsie. — Ouverture de la tumeur, liquide (hydrocèle vagi­
nale), sac adhérent. Ouverture de l’abdomen. Péritonite géné­
ralisée. Rougeur vive de l’intestin et du péritoine. Toutes les
anses intestinales sont confondues, embrouillées, réunies par des
brides, des exsudats de nouvelle formation. Au voisinage de
l’orifice du sac, nous trouvons une perforation intestinale, toute
petite. Beaucoup de liquide dans l’abdomen. Un os gros comme
une phalangette •à angles aigus dans une anse tout près de la
perforation. Une grosse masse intestinale dans le petit bassin,
dont on ne la retire qu’avec peine.

Les détails de l’autopsie montrent clairement que la péri­
tonite avait une raison d’être à cause de la présence même de

�131

CHAVERNAC.

HERNIES.

cet. os au voisinage de la perforation intestinale, qu’il avait
probablement occasionnée. — Je ne pense pas que l’on puisse
invoquer ici les reproches que Boyer et A. Cooper adressaient
à la glace, et accuser la réfrigération d’avoir sphacélé l’anse
intestinale et déterminé par là la perforation.
A tous ces faits, viennent s’en ajouter d’autres, qui sont
encore plus en faveur de ce procédé qui nous a rendu tant de
services et que nous voudrions voir entrer dans la pratiqué
usuelle d’une manière définitive , convaincu que nous som­
mes de sa grande efficacité et de sa parfaite innocuité.

Il était si violent que le malade a mis plus de quinze jours à se
rétablir.

VII.
Hernie inguinale droite étranglée.
Observation

Le nommé Dioz, âgé de 51 ans, demeurant à Aix (rue des TroisOrmeaux, n° 12), fut pris, dans la journée du jeudi, -16 juillet 1868,
de violentes douleurs occasionnées par l ’étranglement d’une hernie
inguinale droite. Les docteurs Léon et Castellan furent appelés
et instituèrent contre la maladie le traitement médical le plus
rationnel. Tous les moyens employés ayant échoué, on proposa,
dans la journée du dimanche, l’opération au patient et à la
famille. Mais avant de recourir à ce moyen extrême, on fit encore
des tentatives de taxis et de nouvelles applications de glace, et
l'opération fut différée jusqu’au soir ou au lendemain matin. A
10 heures du soir, les consultants virent ensemble le malade, et.
trouvant que le mal avait fait des progrès rapides, ils ordonnè­
rent de faire tous les préparatifs pour l’opération. Le docteur Léon
vint me prier de lui servir d’aide, et rencontrant le docteur
Savoumin, nous allâmes tous ensemble voir le malade. Après un
examen attentif, dans notre conférence j ’exposai les bienfaits que
j ’avais retirés dans plusieurs circonstances de la réfrigération
éthérée ; et je proposai de l’essayer dans le cas actuel avant d’en
venir à une opération sanglante. La proposition fut acceptée
(peut-être avec défiance).
Les vapeurs d’étlier furent lancées sur la tumeur et M. Léon
s’emparant de la hernie la réduisit en moins de temps qu’il ne le
faut pour le dire.
Les confrères étonnés proclamèrent hautement l’efficacité du
procédé. Et qu’on ne vienne pas dire qu’il n’y avait point d’étran­
glement !

138

A côté de ce fait incontestable, je dois à la vérité de signa­
ler un cas d'insuccès.
O bservation

VIII.

Ilernie inguinale droite engouée.
Sylvestre, Etienne, âgé de 58 ans, concierge de l’hôpital, est
atteint depuis de longues années d’une double hernie inguinale.
Il n’a jamais pu supporter un bandage. Plusieurs fois, l’une ou
l’autre de ses hernies s’est engouée. Dans le courant du mois de
novembre la droite s’engoua pendant la nuit. Il essaya de la
réduire sans jamais y parvenir. La violence des douleurs devint
telle qu’à 8 heures il se fit porter dans les salles. L’anesthésie
locale échoua deux fois, à 11 heures il prit un bain où jl tomba
en syncope, et la hernie rentra.

Et pour terminer ces observations , voici la dernière qui
m’a été racontée parles docteurs Chabrier et Gouyet.
O bservation IX.

Hernie inguinale gauche étranglée.
Le 3 décembre 1868, M. Gouyet m’emprunte l’appareil à anes­
thésie et va, avec le docteur Chabrier, réduire une hernie à
Pourrières (Yar). Le malade vomissait des matières stercorales.
La hernie était volumineuse comme le poing, et au troisième jour
de l’étranglement, au bout de quelques minutes d’insufflation on
put, sans beaucoup de peine, réduire la hernie.
L’état général du malade (âgé de 'ÎO ans) était, mauvais et me­
naçait de s’aggraver. — Nos confrères ont. adressé des éloges à ce
procédé et le croient appelé à rendre de grands services. Le
malade est aujourd’hui guéri.

En publiant tous ces cas, nous avons scrupuleusement obéi
aux exigences de la vérité et de l’authenticité.
Réflexions. De tous ces faits, il résulte pour nous la convic­
tion que la pulvérisation de l’éther exerce une action cer­
taine sur la hernie étranglée, Cette action est complexe.

�136

i ‘HAVERNAC.

1° La vapeur d’éther est cl'abord anesthésique, c’est incon­
testable. et par cette propriété on peut pratiquer le taxis sans
faire éprouver aux malades de trop grandes douleurs. En
effet, tous ceux à qui nous l'avons appliquée, l’ont supportée
sans se plaindre ; ils ont seulement accusé une sensation dé­
sagréable de cuisson dans les parties en contact avec l’éther.
2° Ce n’est pas tant comme anesthésique que l’éther aune
action sur la hernie étranglée, mais bien comme réfrigérant.
En effet, sa pulvérisation produit sur l’organe une évapo­
ration rapide qui détermine elle môme un refroidissement
intense. Il suffit, pour se convaincre de ce fait, de lancer un
jet. d’éther sur la boule d'un thermomètre pour le voir des1cendre rapidement à 15°. Je sais bien qu’on a proposé, il y a
longtemps, de laisser couler de l’éther sur la hernie, mais ce
moyen est insuffisant pour deux raisons : 1° Le froid obtenu
n’est pas assez considérable ; 2° La volatilité de l’éther est
trop grande.
Cette réfrigération soudaine obtenue par la pulvérisation de
l'éther, en abaissant rapidement la température du contenu,
amène une brusque condensation des gaz renfermés dans l’entérocèle étranglée: Alors diminution du volume de la tumeur
et de son pédicule, d’où possibilité plus grande de la faire
rentrer dans son domicile naturel à travers le canal qui lui
avait servi de viaduc.
Les effets de l'éther pulvérisé sont autrement plus efficaces
que ceux de la glace, d’abord, parce que les vapeurs d’éther
sont en contact avec toutes les parties de la tumeur, or la glace
ne peut s’appliquer uniformément que sur une des faces de
la hernie ; et tandis que la glace ne produit que lentement
un froid de 0° à 4°, en moins d'une minute l’éther nous donne
un abaissement de 15°.
De plus, la facilité qu’on a de se procurer de l’éther en tout
temps et en tout lieu rend ce moyen préférable de beaucoup
à tous les autres ;
3° La réfrigération instantanée, outre les effets physicochimiques que nous venons de signaler, agit encore presque
mécaniquement sur les capillaires, les resserre, combat ainsi

HERNIES.

m

l'inflammation el prévient les transsudations séreuses a tra­
vers les parois de ces vaisseaux
MM. Bourdillac et lietbèze, internes de M. Demarquay, ont
publié un mémoire sur les effets de l’anesthésie locale par
la pulvérisation de l’éther. Ils donnent la relation succincte
de trente-deux observations, et à la date du 15 juin 1866,
Us ne l’avaient pas encore employée dans la hernie étranglée.
Pour pulvériser l’éther, nous nous servons d’un appareil
qui réalise un avantage sur tous les autres, parce qu’il per­
met de graduer la quantité d'éther.
Les effets de la réfrigération êthérée ne sont pas toujours
immédiats, ils peuvent tarder à se manifester suivant la cha­
leur, la tension des parties, l’âge de la maladie ; ce retard
jpeut varier de quelques minutes à un quart d’heure ; aussi
ne faut-il pas désespérer à la première tentative ; on est quel­
quefois obligé de revenir deux ou trois fois à la pulvérisation.
Voici en peu de mots la pratique que nous suivrons à l’ave­
nir et que nous conseillons :
Devant une hernie étranglée, vierge ou non de tout traite­
ment, nous pratiquerons le taxis pendant qu’un aide lancera
un jet d’étlier pulvérisé sur la tumeur, et principalement sur
le pédicule. Nous répéterons ce moyen jusqu’à trois ou qua­
tre fois, tout en appliquant dans l’intervalle les moyens mé­
dicaux que nous croyons les meilleurs ; et si le succès ne
vient pas couronner nos efforts, nous conseillerons la kéloto­
mie. M. Birkett a lu, à the Oxford medical meeting, un mé­
moire sur la mortalité par hernie. Il y établit que cent
quarante-neuf décès arrivent annuellement par ce fait à Lon­
dres et 826 en Angleterre seulement ; ce qu'il attribue surtout
à la violence du taxis ou au retard apporté à la kélotomie.
Cette opération est, comme toutes les autres, une ressource
extrême qu’il ne faut exécuter que lorsque tous les moyens
de l’éviter ont été épuisés. La plus légitime de tout le cadre
nosologique, la Kélotomie, a été un bienfait immense le jour
où Franco l’a inventée, et Ambroise Paré Fa adoptée. Le nom­
bre des malades qui lui doivent la vie est incalculable. Mais
nous croyons que, si l’anesthésie locale prend toute l’extension

�138

SIR US-PIRON D I.

qu’elle mérite, elle lui enlèvera presque tous les cas d’entérocèles dont elle s était emparée, pour ne lui laisser que les
hernies épiploïques.
En résumé voici nos conclusions :
1“ L’anesthésie locale produite par l’éther rectifié est très
utile dans la réduction de la hernie étranglée.
2° Elle est indispensable.
3°Elle a une action sure et certaine sur les entérocèles ;
4° Elle ne parait pas avoir d’action sur les épiplocèles.

CLINIQUE DE LA VILLE.
P o l y p e u t é r i n e n l e v é p a r l ’é c r a s e u r l i n é a i r e c o u r b e .

Observation communiquée à la Société Impériale de Médeciac,

Par .)!. Sirus-Pirondi.

Si les polypes de l'utérus ne sont pas rares, l’intervention
du chirurgien n ’est pas toujours facile ni exempte de dangers;
toute manœuvre qui pourra par conséquent faciliter cette
intervention doit être indiquée, et sous ce rapport n ’enlendrezvous pas sans quelque intérêt le récit du fait suivant.
Une dame approchant de la cinquantaine, grande, douée d’un
fort embonpoint, mais d’un tempérament lymphatique, mariée à
vingt ans et n’ayant pas eu d’enfant, a toujours été régulièrement
menstruée jusqu’à l’âge de U ans.
A partir de cette époque, les pertes mensuelles deviennent
plus abondantes, se prolongent parfois pendant quinze jours, et
prennent, à diverses reprises, des allures hémorrhagiques ;
quelques symptômes anémiques apparaissent bientôt.
Appelé, il y a environ deux ans, à donner des soins à la vieille
mère de cette dame, je fus incidemment consulté sur l ’abondance
et la trop grande fréquence des pertes sus-mentionnées. Ces
pertes se terminaient souvent, me dit-on, par des vomissements
considérables qu’un bref examen me fit comprendre ne pouvoir se

POLYPE UTÉRIN.

139

rattacher à aucun état morbide de l’estomac ni de l’intestin, et
qui appelaient au contraire de plus en plus l'attention sur ce qui
pouvait se passer du coté de l’utérus.
Je proposai, en conséquence, de procéder à une visite locale
complète par le toucher et le spéculum ; mais on s’y refusa d’une
manière absolue, etons’y est refusée pendant deux années encore,
quoique les hémorrhagies prissent souvent des proport ions inquié­
tantes.
Cependant, le 26 septembre 1868, deux syncopes effrayantes sur­
venues coup sur coup, par suite d’une nouvelle perte de sang plus
considérable que jamais, décidèrent enfin la malade à se sou­
mettre à la visite depuis longtemps demandée; j'insistai cette
fois pour que cette visite fut faite avec l’assistance d’un confrère,
et notre collègue M. le professeur Villeneuve me fut adjoint par
la famille.
Nous constatâmes la présence d’un polype ovoïde implanté en
dedans, en haut et un peu à droite du col utérin, qui, aminci,
s'allongeait sur la tumeur et semblait faire corps avec elle, sauf
en arrière et à gauche où le doigt percevait un rebord assez dis­
tinct du reste de la tumeur.
L’état anémique trop prononcé de la malade ne permettait pas
de pratiquer l’opération à trop bref délai ; elle se trouvait vrai­
ment par trop épuisée, et il aurait semblé téméraire de l’exposer
aux funestes conséquences d’une nouvelle perte sanguine, quel­
que légère quelle fut. D’un autre côté, attendre le retour proba­
ble de l’époque mensuelle, c’était aller à l’encontre d’un danger
certain, il fut donc convenu qu’après avoir soumis la malade
pendant quinze jours à un régime tonique, reconstitutif, ainsi
qu’aux préparations quinées et ferrugineuses, on procéderait à
l’ablation du polype, et c’est ce que j ’ai fait le 12 octobre, assisté
de MM. les docteurs Villeneuve et Lebas, et dcM. Garcin, interne
de notre service à l’Hôtel-Dieu.
L’opération devant être longue, et la douleur accusée par la
malade pouvant nous éclairer sur toute fausse manœuvre,
toujours possible en pareil cas, nous ne crûmes pas devoir
recourir à l'anesthésie.
Mais qu’on me permette ici une petite digression en faveur du
spéculum’ imaginé par notre très distingué confrère de Lyon,
M. Chassagny, qui, en cette circonstance, nous a rendu un service
très-utile et d’autant plus agréable qu’il était moins prévu.

�I K*

s i Kl S-P1R0SDI.

Personne n’ignore aujourd’hui les avantages journellement
offerts à la pratique par le spéculum de M. Cüsco , et
1on sait aussi que celui de M. Chassagny est une ingénieuse
modification de celui là, modification qui consiste eu la possibilité
d'écarter considérablement, par un pas de vis, le tiers antérieur
des deux valves sans imprimer trop d'écartement à la partie
vulvaire de l’instrument. Or, avant l ’opération, ayant voulu de
nouveau mesurer de l'œil la surface et l'implantation du polype,
j ’appliquai le spéculum Chassagny, que je fermai lentement en le
retirant plus lentement encore, et le résultat de cette manœuvre
fut que le polype, saisi par le bout des valves, put s’abaisser et
donner par suite plus facilement prise aux pinces à érigne.
Il ne me fut donc pas difficile de saisir le centre de la tumeur
par ces pinces que j'avais choisies à dessein un peu longues et
avec articulation très éloignée des crochets, pour que leur écarte­
ment ne se fit pas trop sentir du côté de la vulve.
Quelques légères tractions pour amener la tumeur le plus près
possible de la vulve ayant déterminé des douleurs très vives
surtout vers la fosse iliaque gauche, je renonçai à ces tractions
et je me déterminai à placer immédiatement la chaîne de l’écraseur courbe de Chassagnac.
Ceux qui ont eu l’occasion de faire l’application de cet admirable
instrument dans des cas semblables n'ignorent pas toutes les diffi­
cultés que l’on rencontre à faire glisser la chaîne de l’instrument
autour de la tumeur en l'introduisant en quelque sorte enroulée
autour de trois doigts de la main. Hé bien ! apportant au place­
ment de cet instrument l'utile modification tout dernièrement
indiquée par M. Broca pour faire glisser l’amygdalatome sur les
longues pinces à érignes, qui doivent saisir l’amygdale, j'ai cède
la pince qui tenait le polype à un des aides chargé de la maintenir
fortement serrée, et j ’ai fait glisser sur cette pince la chaîne de
lécraseur, qui a été conduite, par deux de mes doigts, index et’
médius, et avec facilité, jusque au-dessus de la tumeur; et là j'ai
réussi à appliquer cette chaîne à l’extrême limite de la périphérie du
col utérin, prenant pour point de repère cette petite portion du col
qui formait, ai-je déjà dit, un petit rebord détaché en bas et h
gauche de la tumeur. La manœuvre de l’écrasement a alors com­
mencé et a été conduite aussi lentement que possible ; au bout
d'une demi-heure, nous avons eu la satisfaction d’enlever la
tumeur tout entière, telle que je vous la présente, et sans que
la malade ait perdu plus de deux cuillerées de sang.

SUKTTE MILIAIRE.

I il

Les suites de l’opération ont été des plus heureuses et tout
nous fait espérer qu’il n’y aura pas récidive, si nous en jugeons
d’après les éléments histologiques offerts par la tumeur sous le
champ du microscope (1).

O b se r v a tio n

de

S u e tte

M ilia ir e

id io p a th iq u e ,

a n o m a le ;

d o u b le r é c i d i v e , c h a c u n e d e 3 0 à 3 5 j o u r s d e d u r é e ,
d a n s le c o u r s d e la m ê m e a n n é e 1 8 6 8 ,

Par le Dr G. Blanchard.

Commémoratifs.—25 septembre, Madame X... d'un tempérament
lymphatico-sanguin, d’une complexion forte, d’une sensibilité
morale excessive, est dans la force de l’âge et jouit, depuis plu­
sieurs années, d’une très-bonne santé.
Depuis quelques semaines, seulement, avant le début de la
maladie qui fait le sujet de mon observation, madame X... avait
présumé être enceinte. Bien que je n'aie rien pu constater de visu,
je me crois autorisé, par les remarques (relatées ci-dessous), que
j’ai faites, à admettre la probabilité d'une grossesse et l’expul­
sion récente d’un petit embryon de 40 à 45 jours. Ce phénomène
s'était déjà produit à plusieurs reprises, il y a cinq ou six ans,
alors que cette dame était la cliente de feu M. le docteur
M. Bernard.
11 n’y a jamais eu d’avortement fœtal, ni de grossesse à terme.
Quoi qu’il en soit, c’est à la suite d’une menstruation plus abon­
dante, plus prolongée que d’habitude, et accompagnée de dou­
leurs notablement vives et intermittentes, dans les lombes et à
l'hypogastre, que je fus appelé auprès de cette dame, à la date
ci-dessus mentionnée, pour la première l’ois.
Rien de saillant à noter sur le moment , ni pendant la quinzaine

suivante.
Début de la maladie. —Vers le 10 octobre, sous le prétexte banal
d’un refroidissement, — et après une émotion très-vive, mais
sourdementcomprimée, —madameX... estprisedefrissons, suivis
(j) Un complément assez curieux de celle observation, sera prochaine­
ment communiqué à la Société Impériale de Médecine.
10

�I 42

C. BLANCHARD.

d’une réaction fébrile intense, — pouls à 100 — avec céphalalgie
générale, nausées, douleurs contusives dans les membres, et, dès
l ’abord accompagnée de cette sensation particulière de constriction
à l’épigastre, et au-devant du sternum, laquelle es t comme la ca­
ractéristique de la suette, à l ’état sporadique aussi bien qu’à l’état
épidémique. A ma première visite, d’ailleurs, je peux constater
l'apparition du pointillé miliaire, très manifeste, aussi, par le
toucher, au cou, au haut du thorax, à la face interne des avantbras, etc.
Dans l’après-midi du 12, de 2 à 8 heures, exacerbation intense
en chaud, — sans frissons précurseurs, — doublée et suivie d’une
transpiration profuse. En même temps apparaît tout le cortège
classique; céphalalgie temporo-frontale intense, épigastralgie,
cardialgie, lipothymies fréquentes , nausées et vomissements
bilieux— pouls à 100, — petit, régulier.
Dans la crainte de voir surgir une nouvelle recrudescence —de
forme pernicieuse, si justement à redouter, aujourd’hui, chez
nous aussi — je fais administrer, illico, un gramme de sulfate
de quinine, en lavement.
13 octobre. Le lendemain matin, vu l’état saburral de la langue:
I gramme 30 centigrammes de poudre d’ipéca; vomissements
faciles et efficaces de matières glairo-bilieuses.
Pas de rémission tranchée; il y a eu, durant la nuit, des sueurs
considérables, alternant avec des poussées générales d’une cha­
leur aride, durant lesquelles tous les malaises subjectifs ci-dessus
mentionnés, semblaient prendre plus d’acuité. Ce dernier fait est
k noter.
L’après-midi, état stationnaire, bien que tous les symptômes,
— notamment l’éruption et les sueurs, — s’accentuent de plus en
plus.
Prescriptions : un gramme de sulfate de quinine ; tisane d’orge
perlé, légèrement acidulée, k une température tiède ; bouillons
de bœnf, toutes les 3 heures, accompagnés d’un petit verre de vin
de Bordeaux ou de bon bourgogne coupé d'un tiers d ’eau.
Cette diète me paraît convenable, par suite des habitudes de la
patiente, et non moins par suite de l’état de dépressibilité du
pouls, constaté dès ma première visite, — conséquemment en
dehors de l’action du sulfate de quiuine.
14 octobre. Pour la seconde fois, pas de rémission. •
II ne paraîtpas y avoir eu d’exacerbation tardive dans la soirée,
non plus que dans la nuit, ainsi que le constatent le mari et

SUETTE MILIAIRE.

143

l'intelligente sœur préposée à la garde de la malade ; madame
X... me déclare en outre, spontanément, que depuis minuit elle
a des bourdonnements d’oreille et entend d’une manière confuse
les personnes'de son entourage.
Prescription : potion gommeuse de 150 grammes, contenant 4
grammes de résine de quinquina ;
Une grosse cuillerée toutes les 2 heures. — Bouillons, vin,
tisane; ut suprà.
•15. — Amélioration rapide et générale depuis hier soir : pouls
k 80-83, chaleur des téguments notablement diminuée, bien
que, pourtant, l’éruption soit confluente et d’un coloris des plus
tranchés; la sueur est très-abondante—la personne la sent ruis­
seler sur son corps — mais elle n’est pas telle que l’on soit dans
la nécessité de changer les vêtements.
Prescription. — Le tout, ut suprd.
16-17-18. Rien desaillant, diminution graduelle de tous les
phénomènes morbides. La même potion a été administrée de 3 en
3, de 4 en 4, puis de 3 en 5 heures; l’alimentation a subi une
progression rationnelle, en restant essentiellement tonique et
analeptique.
19. — La malade se lève, devant garder avec soin la chambre
pendant plusieurs jours, — sans détermination fixée d’avance, —
à cause de l'intensité du mouvement de rénovation épidémique .
il y a une desquamation générale, en petites écailles, mais qui,
aux mains, prend les proportions de celle de la scarlatine.
Les urines, qui tout le temps de la maladie ont été d’un rouge
foncé, sont devenues jumenteuses au déclin, sont actuellement
d’un aspect normal. Elles nesontpas et n’ont jamais été albumi­
neuses.
Le 20, la malade prend une 1/2 bouteille de limonade purgative,
à 00 grammes.
21. — Dans l’après-midi, je suis mandé en toute hâte, auprès
de madame X... dont l’état au premier aspect m’inspire les plus
vives appréhensions.
Voici ce qui s était passé le jour même, sans que rien ne pû.t le
justifier.
La veille, la purgation s’était opérée dans les meilleures con­
ditions.
Le matin du 21, après un léger malaise, sans rien de précis,
madame X... s’était sentie défaillir. On la met aussitôt au lit;

�IM

0 . BLANCHARD.

au même instant éclate un frisson prolongé, avec claquement des
dents, lequel dure encore, trois heures après, lors de mon arrivée.
Face pâle, grippée; peau chaude, pouls à 85, petit, dépressible'
irrégulier; battements du cœur tumultueux, rien dans l’appareil
respiratoire.
Prescription : tisane, diaphorétique, potion excitante avec cinq
grammes d’esprit de mindérer; bouillons et vin de Malaga.
A 10 heures du soir, une réaction franche paraît se faire; une
nouvelle éruption est déjà très-visible aux parties latérales du
cou, aux avants-bras, et se fait pressentir partout à l ’infortunée
patiente par des picotements caractéristiques.
- Meme prescription, une demi-cuillerée de la potion est main­
tenue de 2 en 2 heures.
2:2. — xV 3 heures du matin, rappelé en toute hâte, par un billet
très-alarmant du mari, je me rends auprès de ma cliente, accom­
pagné de notre regretté confrère, M. le docteur M. Bernard.
Nous trouvons la pauvre femme dans un état déplorable; face
boursoufflée, d’un rouge intense; peau chaude et aride; pouls à
120, dépressible, irrégulier; battements désordonnés du cœur;
dyspnée intense ; il n’y a rien pourtant dans l’appareil respira­
toire. La pauvre femme croit même ne plus pouvoir avaler, et se
sent, dit-elle, à ses derniers moments.
Prescription. Tisane diaphorétique, bouillon, vin, ut supra, re­
tour à la potion de résine de quinquina, sinapismes réitérés sur
les membres.
Nous quittons la malade, à G heures 1/2, après les trois pre­
mières cuillerées de la potion névrosthénique, [données à 1/2
heure d’intervalle : face plus naturelle ; peau recouverte d’une
douce moiteur, bien que l ’éruption soit confluente au summum-,
pouls à 100, régulier, moins dépressible; battements du cœur
régularisés ; dyspnée de beaucoup atténuée, et due, par instants,
à la constriction sterno-epigastrique spéciale, dont les accès sont
plus éloignés et ont moins de durée.
Le même jour, vers midi, M. le docteur Fabre, notre honoré
directeur, m’est adjoint dans une seconde consultation, par
laquelle j ’ai le plaisir de voir sanctionner mon diagnostic et ma
thérapeutique.
Pronostic favorable sous toutes réserves.
23-24. — L’éruption et les symptômes concomitants s'amendent
insensiblement.

SUETTE MILIAIRE.

US

Prescription et régime pareils à la période correspondante de la
première poussée.
23-26-27. — Desquamation et extinction graduelle de tous les
phénomènes morbides.
28-29-30.— Convalescence très-bien établie.
31. —Malaise général, anorexie : Madame X... croit avoir pris
une courbature.
1er novembre. — Réapparition de la maladie, moins les acci­
dents signalés ci-dessus : l’éruption s’établit franchement et évo­
lue en 4 ou 5 jours ; les sueurs sont abondantes, mais n’obligent
pas à changer les vêtements plus de deux fois dans les 24 heures.
Mêmes prescriptions pharmaceutiques et diététiques, propres
à soutenir les forces de la patiente.
Du 6 au 8, retour très-satisfaisant à la santé, se confirmant en
entier la semaine suivante.
Durant les 13 jours suivants, par suite de l’état saburral de
l’estomac, entretenant une anorexie notable, je soumets madame
X... à trois purgations (espacées de quelques jours) à l'aide de la
limonade magnésienne, à G0 grammes.
15 novembre. Santé complètement satisfaisante.
En mai, à la suite d’une nouvelle émotion très-vive, la même
série de phénomènes, constituant la suette miliaire et reproduits
par poussées successives, — chacune d’elles d’un septénaire bien
marqué. — éclate soudainement et s’achève en un mois. Mêmes
moyens employés.
Tl est à noter que, sous tous les rapports, la maladie a présenté
une intensité moindre, bien qu’ayant duré quelques jours de plus.
Nouveau retour très-convenable à la santé.
En novembre, la même année, troisième apparition de la mala­
die.
Reproduction très-exacte de la maladie avec tout son cortège,
mais avec une intensité bien moindre que la deuxième fois ;
Il n’y a pas moins de cinq poussées successives, parfaitement
dessinées, s’accomplissant, d’ailleurs, sous l’action combinée d’une
thérapeutique et d’une diète rationnelles, avec une régularité
parfaite et s’éteignant — les trois dernières n’ayant eu que 4 jours
— vers le 33° jour.
Retour complet à la santé, à la fin de décembre, à la suite de
cinq purgations, réitérées tous les trois jours, par la limonade

�C, BLANCHARD.

ÉPULÎS.

purgative à 60 grammes, et l’eau de Pulliia, — un verre, chaque
matin — les jours intermédiaires.

A ca titre, j’ai cru pouvoir tranquilliser madame X ... dont
l’esprit est sans cesse préoccupé d’une nouvelle suette immi­
nente, à la moindre émotion.
En l’absence de fait analogue de moi connu, au point de vue
d’une 4' apparition, je serai très-heureux d’être instruit par
un confrère plus autorisé et. plus éclairé. — 31 Janvier, 1869.

146

Héilexions. Celte observation m’a paru remarquable à bien
des titres : 1° Diagnostic. 11 ne me parait pas douteux,
par suite de la sanction que lui donne l’autorité du nom de
mes deux honorables confrères ; 2° Thérapeutique. Le résultat
Favorable me semble la justifier ; elle se résume en ces mots :
soutenir les forces pour régulariser l’évolution de la maladie
et entraver sa marche insidieuse. C’est ce que j ’ai pu radicale­
ment établir, et ai même cherché à établir par des suspen­
sions volontaires, à l'aide de la potion à la résine de quin­
quina, — agent essentiellement névrosthénique, — escortée
d'une diète essentiellement propre h réparer les pertes de
l’économie.
B. —*Le sulfate de quinine ne m’a paru indiqué qu’il la
première épreuve, — sollicité que j ’étais par des craintes sé­
rieuses, — mais sans résultat efficace.
C. — La médication évacuante, que les préjugés, difficile­
ment surmontables, de la pratique civile ne m ’ont pas permis
d’employer à mon gré, m’a paru très-utile et mériter trèssérieusement la confiance des praticiens, pour hâter la solu­
tion de la maladie, par une dérivation énergique sur l’intestin,
mais surtout par l’expulsion de l’agent morbide inconnu, en
expulsant les saburres gastro-intestinales qui semblent le
receler (?).
Sans me hasarder dans les spéculations doctrinales, je ferai
remarquer que, tout en modérant les sueurs, j ’ai toujours eu
en vue de les entretenir d’une manière prononcée ; la ma­
lade le sentait très-bien par elle-même : j ’ai besoin de cou­
ler ma lessive, pour me débarrasser de tous mes malaises
intérieurs, disait-elle, pittoresquement! — Effectivement
quand la peau était sèche, l’état de ma cliente paraissait s’ag­
graver. Les sueurs seraient-elles aussi le véhicule propre à
l’expulsion du principe morbifique (?)
3° Pronostic. — A en juger par le cas présent, et quelques
autres, à l’état sporadique, la suette miliaire se présenterait
sous un jour favorable pour moi.

in

CLINIQUE DES HOPITAUX.
H O T E L -D IE U .

(S e rv ic e

de

M . G l T .a - p p l a .i n . )

Épulis du maxillaire inférieur.— Ablation par la galvanoeaustie. — Guérison.
(Observation recueillie par M. Coste , interne dit service ,
lue à la Société Impériale de Médecine.)

Le nommé Sobie, Joseph, âgé de 27 ans, cuisinier, entre le 26
août 1868, dans le service de M. Cliapplain.
Cet individu, d’une santé habituellement bonne, sans aucun
antécédent morbide ou héréditaire, fumant modérément, &gt;est
porteur d’une tumeur siégeant sur la branche horizontale gauche
du maxillaire inférieur, entre la première molaire et la branche
montante de cet os. Il y a deux ans, cette tumeur était de la
grosseur d’un pois. Depuis elle n’a cessé de croître et aujour­
d’hui elle a presque atteint le volume d’une noix. Bien qu’indo­
lore, l’augmentation progressive de la tumeur , la gène qu’elle
apporte ii la mastication, et de plus la déformation de la joue
qui donue à ce malade l’aspect d’un individu ayant l’habitnde de
chiquer, l’ont décidé a venir a l’hôpital pour se faire débarrasser
de cette affection.
La tumeur, de forme ovoïde, mesure trois centimètres de long
sur un et demi de large. Sa face supérieure plane, présente
quelques cicatrices jaunes blanchâtres; au centre, se voit un
cliioot formé par la première grosse molaire, le reste est de la

�148

COSTE.

couleur de la muqueuse gingivale, mais un peu violacé. Sa
base se confond avec le bord alvéolaire du maxillaire. Sa face
interne est presque sur le même plan que la face correspon­
dante de cet os. Sa face externe, au contraire, fait une forte
saillie en dehors, de laquelle résulte la déformation de la joue. Le
point de réunion de l’os et de la tumeur formait ainsi h cette
dernière, une sorte de pédicule. Cette tumeur a la consistance '
du tissu osseux et offre à la pression quelques légers craque­
ments. Par son développement en hauteur elle empêche le .
contact des dents et gêne beaucoup la mastication. La bouche
est un peu entrouverte ; la sécrétion salivaire est augmentée, ce
qui, joint h un peu de détritus alimentaire laissé dans la cavité
buccale, rend l’haleine du malade légèrement aigrelette.
Comme cette tumeur siégeait, ainsi que je l’ai dit, sur l’extré­
mité postérieure de la branche horizontale du maxillaire et se
trouvait adossée contre la branche montante de cet os, on ne
pouvait l ’attaquer avec le bistouri ou les pinces incisives que
par sa partie antérieure. De plus, l’espace laissé entre elle et le
maxillaire permettait, à peine, de passer un fil de soie ou de
platine. Il fallait donc renoncer à l’enlever avec la scie à chaine
ou par 1’écraseur. C’est pourquoi, M. Cliapplain se proposa d’en
faire l’ablation par la galvanocaustie.
Le 27 septembre, on fit arracher la première molaire qui au­
rait pu gêner la manœuvre opératoire ; ce qui fut facile. Il n’en
fut pas de même pour le chicot de la seconde. Celui-ci avait
basculé en dehors et offrait peu de prise à la clef. Aussi fut-il
enlevé, non sans peine, avec une petite partie de la tumeur.
Un jet de sang rutilant se montra aussitôt ; ni la compression,
ni l'eau froide ne purent l’arrêter, il fallut avoir recours aux
astringents, ce qui causa une légère stomatite et un peu de
pharyngite, qui furent combattues par de la tisane et un gar­
garisme émollient.
Le 7 octobre, cette légère complication disparue, M. Cliapplain
procéda à l'ablation de la tumeur par la cautérisation électrique
à l’aide de la pile de Grenet. La langue étant déviée à droite au
moyen d une spatule d’ivoire, le lil de platine fut passé entre
la tumeur et la branche montante du maxillaire et vint entourer
son pédicule en se plaçant dans la gouttière existant à la base
externe de la tumeur.
Pendant que la pile fonctionnait, de légères tractions, jointes
à l’enroulement du fil autour des bobines latérales du manche des

%

ÉPT’LIS.

149”

réophores, furent exécutées d’arrière en avant et parallèlement au
bord gengival. Mais le fil, trop échauffé, sc volatilisa, comme il
arrivait à la partie moyenne de la tumeur. Cette demi-section fut
instantanée et le malade n’éprouva aucune douleur. N’ayant pas
un second fil sous la main, M. Cliapplain voulut terminer l’opé­
ration au moyen du bistouri et de la pince incisive, mais le
malade le pria de renvoyer l’achèvement de la section, par le
même procédé, à une autre séance. (Lait, gargarisme au miel
rosat et une nourriture appropriée h l’état du malade.)
Un fragment de la partie antérieure de la tumeur, qui proba­
blement avait été touché par le fil conducteur, se mortifia, ce
qui fut cause (pie l’haleine du malade devint fétide. Cette petite
cscharre se détacha bientôt et, huit jours après, M. Chapplain
procéda à l’ablation complète de la tumeur.
Le fil de platine fut glissé dans le sillon creusé par la première
application du galvanocautère , et cette seconde opération
amena la section complète et instantanée du reste de la tumeur,
sans douleur, ni hémorrhagie. La surface de la plaie était recou­
verte d’une escharre superficielle qui se détacha bientôt par exfo­
liation. Aussi, lorsque le 0 le malade demanda h sortir, la plaie
était presque complètement cicatrisée.
Huit jours après, on voyait encore au centre de la plaie un
point qui tardait à se cicatriser.
Lorsqu’il revint nous voir quinze jours plus tard, il nous dit
avoir retiré quelques petits fragments osseux. La plaie, en effet,
n’était pas totalement cicatrisée et le doigt pouvait y sentir encore
un petit fragment de maxillaire nécrosé qui tendait à s’éliminer.
Il est à présumer qu'après la sortie de ce séquestre, la guérison
aura été bientôt complète. Le malade n’est plus revenu.
La tumeur examinée au microscope a présenté au milieu d’un
tissu lamineux très-abondant, des myéloplaxes, des corps fibroplastiques et quelques granulations graisseuses nageant dans
une matière granuleuse, grisâtre.

Le siège qu’affecte la tumeur sur le rebord alvéolaire du
maxillaire la classe parmi les épulis. Mais, si analysant les
tissus qui constituent cette région, on recherche quel est, plus
spécialement, celui d’où elle tire son origine, on éloigne
tout, d’abord la pulpe dentaire . car les dents ont été refoulées
sur la tumeur et, quoique adhérentes, ue constituent pas la

�(56

00,STE.

maladie elle-même. L’épithélium de la muqueuse gengivale
doit également être mis hors de cause vu que l'apparence
extérieure de la tumeur, la lenteur de son accroissement, éloi­
gnent complètement la pensée d’une tumeur épithéliale.
Le tissu osseux ne saurait être absolument étranger h la
tumeur car l’observation microscopique a démontré la présence
des myéloplaxes, mais c’est surtout dans la prolifération des
tissus laraineux de la région (périoste-tissu fibreux des genci­
ves, etc&lt;), que l’on doit trouver la cause du développement de
la tumeur.
Tous les procédés à l’aide desquels on peut exciser une tu­
meur ont été préconisés pour l ’e n lè v e m e n t des éptilis, et si
nous insistons sur le mode opératoire auquel M. Chapplaiii a
eu recours, c’est que nous y trouvons une des indications
heureuses de la galvanocaustie.
Quels sont, en effet, les avantages qu’elle présente?
1° Elle permet de maintenir l’intégrité des téguments de la
face. Nous voyons dans une épulis occupant la partie anté­
rieure du maxillaire inférieur et ne comprenant que le rebord
alvéolaire. M. Demarquay obligé de faire la section de la lèvre
inférieure pour en opérer l’excision (l). Dans le cas actuel,
alors même qu’il m'eût pas été indispensable d’inciser les
téguments, le maniement des instruments par une ouverture
étroite aurait présenté quelque difficulté.
2° Parmi les procédés opératoires agissant à l’aide d’instru­
ments contondants, la galvanocaustie avait l’avantage de la
rapidité de l’exécution. La ligature laissait en place pendant
plusieurs jours un agent de constriction, et la lenteur du procédés’aggravait de la présence dans la bouche do sucs septi­
ques provenant de la mortification de la tumeur.
La disposition de la tumeur, qui se trouvait appliquée im­
médiatement sur la branche montante du maxillaire, rendait
presque impossible l’application de l’écraseur, mais eùt-il été
employé, que son action eût été plus lente.
L’excision avec les divers instruments à l’aide desquels on
peut la pratiquer eût été d’un emploi plus difficile, plus lent.
! (iazelle des Hôpilnuv. 1.368, p. 403.

KPTJLTS.

451

et eût imprimé au maxillaire un ébranlement plus considéra­
ble.
H" S’agit-il de la section à l aide de l’instrument tranchant,
comme le fait M. Demarquay, alors peut se présenter l'hémor­
rhagie, bien plus à craindre, il est v rai, dans les épulis cancroïdales que dans le cas actuel. La cautérisationdestissussectionnës par l’électricité, quand on en modère l’action , peut
enrayer cet accident,
Ainsi donc, outre l’avantage de l’opportunité , .la galvano­
caustie offrait encore la rapidité de l’exécution, l’absence do
la douleur et de l’hémorrhagie. De plus , elle n'exigeait pas,
comme quelques-uns des autres procédés, le secours d’une
foule d’instruments dont la vue épouvante toujours le malade.
Examinons maintenant les objections qui ont été faites a la
galvanocaustie. M. Chassaignac (1) accuse l’électricité d’opérer
la section des parties vivantes avec ttop de rapidité ; « auquel
cas, dit-il, le fil de platiné coupe les tissait s à la manière d’un
instrument tranchant et donne lieu à une hémorrhagie
immédiate. » En jetant un coup d’œil sur notre obser­
vation, on peut voir combien cette objection a peü de valeur.
Quant û l’inconvénient de la surchauffe, et l’inflammation des
parties profondes signalées par le même auteur, elles ne sont
nullement à craindre au dire de M. Broca. Tour M. Chas­
saignac , la galvanocaustie détermine encore une fumée
asphyxiante dans les opérations qui se pratiquent dans la
gorge. Chez le malade de M. Chapplain la fumée n’a pas été très
abondante et par suite nullement asphyxiante, puisqu’elle n’a
pas même incommodé le malade.
Qu’on me permette de répondre encore à des objections fai­
tes à la galvanocaustie par les paroles mêmes de M. Broca :
« La plaie faite avec le fer rouge ne saigne pas, elle est re« couverte d’une escharré d’un millimètre d’épaisseur dont la
« limite est parfaitement tranchée, et au-dessous de laquelle
« les tissus ne sont nullement lésés. Cette couchejoue le même
« rùle protecteur que la couche des tissus tassés et feutrés qui
« recouvrent les plaies par écrasement linéaire. Elle empêche
i l 1 Traité clinique e! pratique îles opérations chirurgicales.

�CORTE.

« le contact direct de l’air sur les parties vasculaires, c’esl une
a sorte de pansement par occlusion qui, pendant les premiers
« jours, soustrait la plaie aux influences externes et l’on con« voit. que cette condition soit peu favorable au développement
« des érysipèles, des phlébites et des infections purulentes....
« Les plaies galvaniques me paraissent moins graves que les
« plaies saignantes et non réunies» (1). Ces dernières raisons
doivent être prises en considération lorsqu'on opère dans une
salle d’hôpital. Je dois faire remarquer qu’il existait alors dans
le service une épidémie d’érysipèle.
Une des objections les plus importantes qu’on puisse faire
à la galvanocaustie, et dont notre observation est un exemple
frappant, est la suivante :
Alors que dans les autres, procédés opératoires, l'opérateur
est absolument le maître du maniement de ses instruments,
il faut pour l’application de l'électricité des aides qui com­
prennent parfaitement le fonctionnement de l’instrument, il
faut une étude de l’agent que l’on emploie.
Dans le cas actuel, le garçon, homme de peine auquel on
avait fait préparer ce qui était nécessaire pour faire fonctionner
la pile deGrenet, crut devoir employer tout ce qui se trouvait
sous sa main , et non seulement la pile était plongée dans le
liquide, mais encore il agit par le soufflet et le fil se volatilisa
avant qu’on eût pu lui faire suspendre son intervention intem­
pestive.
A côté de cet accident, qui peut être prévu, empêché, on voit
surgir un des avantages de la méthode, c’esl qu'alors qu’on
eût pu, par l’excision, terminer l'opération, le malade pria
M. Chapplain de renvoyer à une autre séance et d’employer le
même moyen.
La seconde fois les aides avaient été mieux choisis, leur
intervention avait été réglée, et sur l’ordre du chirurgien on
put mesurer la quantité de calorique fourni par la pile et
le mettre en harmonie avec l'étendue du circuit métalli­
que, et l’enlèvement fut opéré sans accident nouveau.
(1) M. Rroca, Traité des Tumeurs. Tom. !.. chap. Galvanocnuslip.

REVUE.

133

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.
SOMMAIRE :

Phosphore Hans la cataracte. — Préparations iodées contre la paraplégie et
les anévrysmes. —Paraplégie rhumatismale, nitrate d’argent. —Bromure
de potassium; effets; dans l’épilepsie; la médecine de l’enfance.—Bromure
d’ammonium ; action sédative ; prurigo , eczema , toux. — Iodurc
de calcium , phthisie et albuminurie. —Anesthésie locale en médecine et
en chirurgie. — Chloroforme et^palculs biliaires.— Copahu, Huile do
térébenthine contre l’hémoptysie. —Traitement du tœnia. — Vératrum
\iride.—Podophylle.— Glycérine, fièvre typhoïde.—Anévrysmes,flexion
forcée.— Méthode substitutive parenchymateuse. —Soufre et diphthérite.
—Mal cio moi', faradisation.— Thoraeentèse. — Acétate de potasse.—
Arsenic dans la phthisie.

Notre journal publiera périodiquement une Revue de théra­
peutique. Chargé d’y retracer le mouvement de cette branche
importante de notre art, nous le rechercherons partout où il
se manifestera, dans la presse médicale française et étrangère,
sans négliger la presse des départements, celte mine si riche
et si peu exploitée. y
Dans ces derniers mois, la thérapeutique continue à sc dis­
tinguer par la multiplicité de ses travaux, attestant, ici
comme ailleurs, et plus qu’ailleurspeut-être,moins Limité de
direction que l'activité générale ■des esprits. G’est-là son
caractère essentiel. Essayons d’en exquisser les traits les plus
saillants.
— Signalons d’abord la récente communication de M. Tavignot à la presse médicale sur le traitement de la cataracte par
le phosphore. Le nom de l’auteur donne à cette communi­
cation une importance qui n’échappera à personne. Et si les
résultats annoncés par M. Tavignot sont confirmés, nous
aurons vu se réaliser un fait d’une immense portée et bien
digne de prendre rang parmi les découvertes utiles de notre

�loi

ISNARD.

époque. En attendant, faisons appel à, l'expérimentation, seul
juge souverain en pareille matière.
M. Tavignot a mis tour à tour en usage le phosphore : h Eu
pilules, à la dose de deux à quatre par jo u r, chacune d'elles
contenant un milligramme de phosphore, parfaitement dis­
sous. 2° En frictions faites sur le front, avec un morceau de
flanelle imbibée d’huile phosphorée ; morceau de flanelle que
l’on fait garder, ensuite, pendant toute la nuit. 3° En collyre,
à la surface môme de l’œil. On commence par deux ou trois
instillations quotidiennes d’huile et l’on va ensuite jusqu'à
quatre à cinq. — De ces trois manières différentes de pres. crire le phosphore, dans le traitement de la cataracte, la
dernière devenue pour M Tavignot prédominante et pour
ainsi dire exclusive, agit mieux que le phosphore admi­
nistré à l’intérieur et plus vite que l’huile phosphorée,
employée en frictions au-dessus de l'orbite. — L’huile
phosphorée a été utilisée à différents degrés de puissance
au centième, au deux centième et au trois centième. C’est
celle-ci que M. Tavignot ordonne le plus souvent, surtout
au début. Voici sa formule : Huile d’amandes douces,
cent-cinquante grammes; phosphore cinquante centigram­
mes. Faire dissoudre au bain-marie, à 80 degrés, en vase
clos et plein. Conserver en de petits flacons à cause de la ten­
dance de l’huile à s’altérer au contact de l’air. — Les effets du
phosphore se manifestent du douzième au quinzième jour du
traitement; ils se dessinent de mieux en mieux jusqu’à la
guérison qui a lieu en deux ou trois mois. — Après ces indi­
cations sommaires, nous renvoyons le lecteur aux très-inté­
ressantes observations de M. Tavignot.
— Tous les jours nous voyons les médicaments, même les
plus usuels, étendre le cercje de leurs applications. Entre
autres exemples, citons ici les préparations iodées dans les
paraplégies et dans les anévrysmes.
Déjà, dans ses Leçons sur le diagnostic et le traitement des
principales formes de paralysie des membres inférieurs, BrownSéquard avait dit de l’iodure de potassium : Ce médicament

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

loti

n'est pas sullisamuient employé dans la paralysie. C’est un
des agents les plus puissants d’absorption des fluides épanchés
dans la cavité crânio-vertébrale, soit en dehors, soit dans la
substance même des centres nerveux. Moins débilitant que
le mercure, il possède à un plus haut degré le'pouvoir de
faire absorber les liquides épanchés dans le canal vertébral.
C’est le seul remède connu qui puisse être administré, sans
dangers, dans les diverses formes de paraplégie : il est utile dans
le ramollissement blanc dû à une dégénérescence graisseuse
des vaisseaux sanguins de la moelle, dans la myélite , la mé­
ningite et la congestion rachidiennes, dans l’hémorrhagie dé
la moelle, dans les lésions scrofuleuses du canal vertébral et
surtout dans les paraplégies causées par une tumeur, ou une
carie syphilitiques. Jamais, Brown-Sequard ne prescrit de
fortes doses. 25, 30, 40 centigrammes, deux fois le jour, lui
suffisent, même dans la paralysie syphilitique; seulement le
remède doit être continué pendant six mois.
Les idées de Brown-Séquard confirmées dans une obser­
vation des Archives médicales belges (Mars 1868), trouvent une
consécration nouvelle et des développements féconds dans un
bon travail de M. E. Trastour, de Nantes : De l’Utilité des so­
lutions iodées-iodurées dans les paraplégies réputées incurables.
A l’iodure de potassium, administré seul, l’auteur préfère
la solution iodo-iodurée : ( Iode de 1 à 2 grammes ; iodure
de potassium de 4 à 10 grammes; eau distillée 250 grammes.—
Mêler.) La dose quotidienne est de 2 à 6 cuillerées à café,
prises aux repas et mêlées à du vin, du lait, du café, ou du
chocolat. Pour le Dr Trastour, il n’est pas indifférent de
donner l’un ou l’autre de ces deux médicaments. En cas de
syphilis, ou quand il y a lieu de provoquer des effets résolu­
tifs prompts et énergiques, il faut choisir l’iodure de potassium
à la dose de 2 à 6 grammes par jour. Mais quand il convient
d’agir lentement, sur la nutrition et de déterminer peu à peu,
dans un organe important, atteint de phlegmasie chronique,
un travail de résorption, de réparation et de cicatrisation,
mieux vaut recourir aux solutions iodées-iodurées. Prises
avec les précautions indiquées, elles n’ont pas d’iucouvénient

�-

fl

»

ISNAH1).

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

et peuvent être continuées pendant plusieurs années. Leur
etfet général est de stimuler l’appétit, d’activer les fonctions
digestives, de rendre les forces, l’embonpoint et la fraîcheur.
Plus rarement que l’iodure de potassium, elles sont accom­
pagnées de catarrhe iodique. de gastralgie et de diarrhée.
Jamais elles n’ont produit l’atrophie glandulaire, l’amaigris­
sement et autres accidents d’iodisme. L'auteur, après les avoir
recommandées dans les paralysies des membres inférieurs,
cite, pour eii démontrer les bons effets, plusieurs succès
obtenus dans des paraplégies, toutes anciennes, datant de
10 à 18 mois et dues à diverses causes, à la chloro-anémie,
à des fracturess ou à la tuberculisation vertébrales. En somme,
le traitement par les préparations iodées-iodurées convient
surtout dans les paraplégies de cause indéterminée, avant
qu’on ait assuré le diagnostic. Essentiellement réparateur et
d:unc entière innocuité, il peut toujours être institué dès le
début, sauf à le compléter plus tard suivant les indications.
Et, s’il est destiné à échouer dans trop de cas de myélite, de
sclérose, de lésions artérielles, d’altérations alcooliques, can­
céreuses, il est appelé à améliorer ou à guérir bon nombre de
paraplégies jugées incurables. (Journal de médecine de VOuest,
mars 1808.)

et la syphilis. Ne faudrait-il pas accuser plutôt les excès alcoo­
liques qui amènent fréquemment la dégénération artérielle,
d’où résulte la formation anévrysmale ? — Pour cesser d’être
spécieuse, une pareille assertion a besoin de preuves plus dé­
cisives.

Conseillé, en 186’2, par le Dr Chuckerbutty, de Calcutta,
contre les anévrysmes de l’aorte, à la dose quotidienne de
60 centigrammes, Yiodure de potassium vient d’étre repris en
Angleterre, dans le traitement des anévi'ysmes, parle Dr George
Balfour (The Lancet, sept. 1868). L'auteur cite un ensemble de
quinze observations dont trois personnelles. Sa méthode con­
siste â administrer, tous les jours, un gramme et demi
d’iodure que l’on continue pendant des semaines ou des
mois entiers, sauf à interrompre de temps en temps, en cas
d iodisme.
A côté de ces affirmations, il est curieux de rappeler que,
suivant plusieurs médecins américains, (Pacific medical and
surgical journal), la fréquence actuelle des anévrysmes dépen­
drait de l’abus de l’iodure de potassium contre le rhumatisme

157

—À propos des paraplégies dont nous parlions tantôt, voici
une nouvelle application du nitrate d'argent contre la para­
plégie rhumatismale. Guidé par l’analogie, connaissant les
effets curatifs de ce sel dans diverses affections du système
nerveux, les névroses graves, la chorée, l’épilepsie et, en par­
ticulier, l’ataxie locomotrice progressive, M. L. Caradec, de
Brest, l'a employé avec un succès définitif, en moins de trois
mois, chez un rhumatisant, atteint, depuis près d’un an, de
paralysie complète des membres inférieurs, réfractaire aux
moyens habituels. Le nitrate d’argent a été donné suivant
les indications de MM. Charcot et Vulpian, en pilules de un
centigramme et à la dose de une à huit, par jour. (Gazette
hebdomadaire, octobre 1868).
— Le bromure de potassium qst maintenant à l’ordre du jour.
Partout, en France, en Allemagne, en Angleterre et en Amé­
rique, apparaissent des travaux tendant à préciser son action
physiologique et à étudier ses usages thérapeutiques.
Né d’hier, simple anaphrodisiaque au début, hypnotique
ensuite, il s’élève bientôt au titre de sédatif général, d’hyposthénisant du système nerveux, avec élection spéciale sur les
muqueuses du pharynx, de l'urèthre, de l’œil. De là ses succès
contre l’angine granuleuse, l’herpès guttural, la toux quin­
teuse, spasmodique de la coqueluche, de 1hystérie, de cer­
taines phthisies, l’œsophagisme, la dysphagie, les vomisse­
ments, ceux de la grossesse, les érections nocturnes, les exci­
tations anormales du système génital, !a névralgie du col
vésical, les douleurs, les spasmes résultant d’hémorrhoïdes et
de fissures à l’anus, etc.
Pour M. Bidd (de Philadelphie), il diminue la sensibilité,
en agissant sur la périphérie des nerfs, plutôt que sur les
centres nerveux ; il n’est pas hypnotique, mais il modère la
il

�108

ISNAR1).

sensibilité des périphéries nerveuses excitées, de sorte que le
sommeil est possible, mais non provoqué, comme après l’em­
ploi de la morphine. Son rôle dans l’épilepsie s’explique par
l’influence qu’il exerce sur les attaques épileptiques d’origine
périphérique [Américal journal of médical science.) Pour
M. Plelzer, le bromure de potassium, à doses élevées, est à
la fois un sédatif du cœur, du cerveau, de la chaleur et un
paralysant des cordons et nerfs de la moelle, un anesthésique
des actions réflexes. Sous son influence, le pouls diminue de
fréquence et a pu descendre jusqu’à 50. La dépression céré­
brale se traduit par la pesanteur de tête, le coma, l’affaiblis­
sement de la mémoire et. de l’intelligence. La température
s’abaisse de 1 à 2 dégrés. Les mouvements deviennent pares­
seux, gênés, la marche chancelante et les muscles des bras
plus faibles. (Deustch clinik 1868).
Ces observations, d’accord avec celles de plusieurs autres
expérimentateurs, confirment les essais, déjà nombreux, qui
assignent au bromure une large place dans le traitement de
la chorée, du tétanos, des névroses et des diverses affections
de l’encéphale accompagnées de convulsions.
Mais, c’est dans l’une des plus rebelles et des plus affligean­
tes parmi celles-ci, c’est surtout dans Yépilepsie que le médi­
cament a pris une importance réelle. Et les résultats heureux
qu’il a donnés, constituent assurément l’un des faits les plus
remarquables que la thérapeutique ait notés, dans ces der­
nières années.
Après la féconde initiative des médecins anglais , de sir
Lecock. Radcliffe, Brown-Sequard,Williams, Robert Donnell,
Clouston, après les recherches, en France, de MM. Blache,
Bazin, Besnier, Voisin, Dufour et Baudoin, Martin-Damourette et Pelvet, Thomas, de Sédan, Teissier, de Lyon, après de
si nombreux travaux, M. Legrand du Saulle est venu, à son
tour, (Gazette des hôpitaux, novembre 1868) déposer en faveur
du bromure de potassium dans l’épilepsie, et il a eu raison,
tant le problème clinique est émouvant et digne d’intérêt. Ce
médecin, lui aussi, croit fermement à 'l ’atténuation et à la

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

loi)

curabilité de cette redoutable névrose. Mais les chances sont
très-variables. Il faut distinguer l’épilepsie en symptomatique,
c’est-à-dire liée à des lésions organiques du cerveau ou de
ses enveloppes, et en idiopathique, c’est-à-dire due à une
impressionnabilité, à l’exaltation de la sensibilité, au tempé­
rament nerveux, à la peur, aux excitations génitales, aux
influences héréditaires. Les doses doivent être suffisantes;
leur exiguité, fatalement suivie d’insuccès , explique les
échecs presque constants de certains médecins. Le bromure
de potassium ne commence à produire des résultats appré­
ciables, chez l’adulte, qu’à partir de 4, 5 et 6 grammes; il
peut être élevé progressivement, selon les indications, jusqu’à
9 ou 10 grammes, par jour. Les effets physiologiques du
médicament, exempt d’iodure de potassium, ne produisent
aucun trouble sérieux sur la santé. Tout médecin peut
obtenir des succès, en matière d’épilepsie, mais aux conditions
uivantes : faire preuve d’une persévérance exceptionnelle;
administrer un sel bromique parfaitement pur; en sur­
veiller les effets tous les huit jours ; prolonger la médication
pendant un an, et, dans le cours de la seconde année, la
reprendre tous les trois mois, pendant trente jours consécutifs.
C’est également en raison de son innocuité et de son action
hyposthénisante sur le système nerveux que M. MoutardMartin a préconisé récemment le bromure de potassium dans
quelques états pathologiques de la première enfance , caractériséspaiT’agitation, l’insomnie, l’excitation nerveuse. Depuis,
plusieurs années, nous employons nous même, avec avantages,
ce médicament dans des circonstances semblables, le préférant
aux narcotiques si perfides chez les enfants en bas âge,
toutes les fois que domine chez eux l’élément nerveux ou
spasmodique, par exemple, dans l’éréthisme, dans la toux
opiniàtreet convulsive, dans l’excitation des organes génitaux ,
aboutissant si souvent à des habitudes vicieuses, etc.
— A côté du bromure de potassium, se place naturellement
le bromure d'ammonium qui a avec lui une grande analogie.

�ISNA RD.

160

M. Pardon préconise ce dernier médicament contre le
prurigo et l'eczema. Dans plusieurs cas invétérés et très dou­
loureux, il lui a donné des guérisons rapides et durables
[Journal of cutaneous inedidne). Ou commence le traitement
par l’administration, à l’intérieur, de 50 centigrammes de
bromure d’ammonium, trois fois par jour, et la dose est pro­
gressivement portée à 3 grammes dans les vingt-quatre heu­
res. On continue pendant deux mois environ. Le lait et les
farineux font la hase principale de l’alimentation. A ce trai­
tement général, l'auteur ajoute souvent, comme topiques, la
pommade au calomel, ou mieux la glycérine boratée (Lyon
medical, 17 janvier 18G9).
Depuis quelque temps, à l’exemple [des docteurs Gibb, de
Londres, et George, de Strasbourg, nous appliquons aussi le
bromure d'ammonium, non-seulement dans la coqueluche,
mais encore dans les toux rebelles, nerveuses ou autres, chez
les femmes, chez les enfants, chez les phthisiques. Nous lui
reconnaissons une efficacité réelle. Par son action sédative,
ce médicament nous a paru se rapprocher beaucoup du bro­
mure de potassium. Nous le prescrivons à la dose de 2 à 6
gram m ^ par jour, dissous dans une potion simple.
— L’iodure et le bromure de potassium nous conduisent na­
turellement à Yiodure de calcium, conseillé dans la phthisie
pulmonaire par M. Malet, de Rio de Janeiro, et dans Valbumi­
nurie ^ par M. Baudon.
Pour M. Malet, l’iode, d'une incontestable efficacité dans la
phthisie, ne convient pas à toutes ses formes. Il n ’est réelle­
ment indiqué que dans la phthisie torpide, à marche essen­
tiellement chronique et s’accompagnant des caractères ordi­
naires du vice scrofuleux. Loin d’être toujours innocentes,
les préparations iodées et iodurées usuelles produisent sou­
vent des accidents. Dans tous les cas, sauf dans la phthisie
syphilitique, on doit leur préférer l ’iodure de calcium ; mieux
toléré, il en a tous les avantages, sans en avoir les inconvé­
nients. Ce dernier médicament, blanc ou très-légèrement
jaunâtre, se présentant sous formes de larges lames d’un

»

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

161

éclat nacré, très soluble dans l’eau, d’une agréable saveur
marine, s’administre à la dose quotidienne de 10 50 centi­
grammes, longtemps continuée. M. Malet fait préparer une
solution aqueuse contenant, par cuillerées à bouche, 10 cen­
tigrammes d’iodure dè calcium, qu’il prescrit à la dose de
une à cinq cuillerées par jour, au moment des repas. Entre ses
mains, le médicament n’a pas seulement influencé heureu­
sement la phthisie, mais il a amélioré ou guéri la bronchite
chronique simple ou accompagnée de crachats abondants et
fétides, le catarrhe des vieillards; les manifestations de la
scrofule, chez les enfants, (Bulletin général de thérapeutique,
août 1868.)
Quant à M. Baudon, ayant d’abord traité avec succès deux
femmes albuminuriques par l’iodure de potassium à hautes
doses, (10 à 18 grammes par jour), suivant la méthode de
M. Crocq de Bruxelles, ayant ensuite échoué sur une troisième
malade, il remplaça l’iodure de potassium par l’iodure de
calcium, à la dose progressive de 40 centigrames à 4 grammes
par jour. La guérison eut lieu rapidement. (Abeille médicale,
décembre 1868).
— L anesthésie locale continue à faire des progrès en Angle­
terre. Journellement, elle y est employée dans les névralgies,
la chorée, le lumbago, le rhumatisme sub-aigu, les céphalées
nerveuses, diverses hyperesthésies; dans les opérations sim­
ples, les ouvertures d’abcès, l’extirpation de tumeurs, l’abla­
tion d’ongles incarnés, l’incision d’anthrax, les opérations
nécessitées par le phimosis, l’hydrocèle, les fistules , pour
favoriser la réduction des hernies étranglées. De plus, elle a
été appliquée, avec succès, dans quelques grandes opérations
où les inhalations de chloroforme eussent été dangereuses.
Ainsi, en a-t-il été pour M. Spencer Wells dans une ovario­
tomie, et pour le Dr Thornburn dans un cas semblable et dans
une opération de hernie crurale. Ainsi pour le DrGreenhalgh
dans une opération césarienne, exigée pour une tumeur ver­
tébrale. L’éther fut employé localement au moyen de l’appa­
reil de Richardson. Le chirurgien dirigea, sur une ligne

�162

ISNARD.

tracée de l'ombilic au pubis, deux courants d’éther pulvérisé,
pendant quarante-cinq minutes; puis il incisa couche par
couche toute l'épaisseur des parois abdominales, sans que la
malade poussât un seul cri et que le pouls fût modifié. Une
autre application d’éther, faite sur le corps de la matrice,
permit à l’opérateur de pratiquer, sans douleur, une nouvelle
incision suivie de l’introduction de la main, de l’extraction
de l’enfant vivant et du placenta. L'utérus s'étant vivement
contracté, la plaie extérieure fut seule réunie par la suture
dont chaque point fut préalablement anesthésié. La femme
guérit au bout de trois semaines. (Bulletin de la Société médi­
cale deGand).— De pareils résultats sont bien capables de
tenter le zèle de tous les praticiens désireux d’éviter les acci­
dents dus au chloroforme et d’étudier les bienfaits de l’anes­
thésie locale.
En Amérique, cette méthode ne jouit pas d’une moindre
faveur, et le Dr Iiinkle cite quatre exemples de tétanos trau­
matique guéris non plus parla pulvérisation, mais par l’ap­
plication, le long du rachis, de compresses imbibées de chlo­
roforme qui agiraient, suivant l’auteur, en anesthésiant la
moelle. (Pacific médical and surgical journal, juin 1868).
— De l’anesthésie nous sommes amenés à une maladie où le
chloroforme trouve d’assez fréquentes indications, nous vou­
lons parler des coliques hépatiques et des calculs biliaires.
Après MAL Catelain et Vanebroucq , de Lille, M. Tripier, se
fondant sur l'efficacité des anesthésiques pour calmer les dou­
leurs de l’accouchement, vient de conseiller, dans une lecture
faite à l’Académie des sciences, les inhalations de chloroforme
pour apaiser les coliques résultant de l’engagement de calculs
dans les canaux biliaires. Son but est de provoquer une para­
lysie cérébrale passagère, sous l’influence de laquelle sont
augmentés l'intensité des phénomènes refiexes et la rapidité
d’expulsion des calculs abrégeant ainsi la durée des crises
douloureuses. (Jounial de médecine et de chirurgie pratiques,
août 18G8.)
Mais ce n’est pas tout, le chloroforme a, sur les concrétions
de cholestérine, un pouvoir dissolvant très-prompt, bien

REVUE DE THERAPEUTIQUE,

163

supérieur à celui que possèdent les autres agents essayés
comparativement, la térébenthine, les acides, l’éther luimême. D’un autre côté, le Dr Buckler a vu des paroxysmes de
coliques hépatiques céder facilement à l'usage d’une petite
cuillerée de chloroforme, d’heure en heure, jusqu’à diminu­
tion de la douleur, et une autre après chaque repas, les jours
suivants. Voilà donc le chloroforme peut-être au-dessus de
l’éther pour calmer les coliques hépatiques et dissoudre les
calculs biliaires. Son action est à la fois palliative et curative.
Quant à son administration, l’usage interne en potion semble
préférable et plus prudent. Il est d’ailleurs d’un emploi trop
facile pour l’oublier dans l'occasion. (Union médicale de Paris,
novembre 1868).
— Ordinairement grave par sa cause, l’hémoptysie devient
bien souvent inquiétante par sa ténacité ; aussi devons nous
accepter avec empressement un nouvel hémostatique, le copahu, qui aurait déjà produit, de remarquables résultats entre
les mains du docteur Henri Aimés. Cinq observations détail­
lées en font foi. Elles sont choisies sur des phthisiques atteints
d’hémoptysies répétées et réfractaires aux traitements usuels.
Habituellement le copahu est prescrit sous forme de capsules ;
la dose quotidienne est de trois au moins. En général, l’hé­
morrhagie cesse le premier ou le second jour, et elle s’arrête
par le même moyen toutes les fois qu’on la voit reparaître.
Un médicament ayant de l’analogie avec le copahu, l'huile
essentielle de térébenthine, a été également employé avec
succès contre l’hémoptysie par le docteur Lange, de Kœnigsberg. Dans cinq cas sur sept, ce médecin aurait maîtrisé des
hémorrhagies rebelles à l’ergotine, la digitale, l’acétate de
plomb, le tannin, le sel marin. La dose était de quinze
gouttes, une ou plusieurs fois par jour. De son côté, le doc•teur Abt a réussi à suspendre, avec le même agent, des épis­
taxis graves et des hémorrhagies traumatiques. Il ordonnait
30 gouttes d’huile de térébenthine, une ou plusieurs fois dans
la journée. (Gazette médicale de Paris, 9 janvier 1869),
— En face des envahissements progressifs du teenia, notons
la formule communiquée, le 30 novembre dernier, par M.Vezu

�1fit

ISNARD.

à la Société impériale de médecine de Lyon. Déjà elle a valu
de nombreuses guérisons à son auteur et à plusieurs méde­
cins lyonnais. Renfermant la plupart des tœniafuges connus,
elle a pour base :
1° L’huile éthérée de fougère mâle obtenue avec les rhizo­
mes de cette plante cueillie en automne ; 2* une teinture con­
centrée d’écorces déraciné de grenadier préparées à l’état
frais avec de l'alcool absolu ; 3° Une teinture faite avec les
fleurs sèches de kousso et l’alcool absolu ; 4“ un électuaire
composé avec la racine de fougère mâle, les semences de
courge et du sucre, en parties légales.
Après avoir pilé ces substances, on ajoute une quantité
suffisante des teintures obtenues précédemment et mélangées
pour former une pâte demi-solide. On prend GO à 80 gram­
mes de cette préparation qui constitue la dose ordinaire du
remède ; on l’additionne de 3 ou 4 grammes d’huile de fou­
gère mâle et on la fait prendre, en deux fois, au malade, le
matin à jeun, délayée dans du café sucré.
Trois heures après, on purge avec la potion suivante : Huile
de ricin 40grammes; teinture mélangée, précédemment citée,
20 grammes; eau GOgrammes. (Gazette médicale de Lyon, 13
décembre 1868).
— Notre matière médicale fait toujours quelque nouvel em­
prunt à celle des Etats-Unis. Ainsi, nous avons eu, dans ces
derniers temps, la lobélie enflée vulgarisée en France surtout
par M. Barallier, de Toulon ; ensuite est venu le veratrum
viride qui, depuis un an, nous a valu de M. Oulmont deux
mémoires sur son action physiologique et ses propriétés
thérapeutiques dans la pneumonie, le rhumatisme et la
pleurésie. Aujourd’hui c’est M. Stanislas Martin qui nous
fait connaître la podophylle et sou principe actif la podophylline.
La podophylle est une plante sauvage des Etats-Unis. Elle
croit en abondance sur le bord des ruisseaux. Sa racine seule
est usitée en médecine; on l’emploi en poudre, à la dose de
un gramme, comme purgative. L’action de la podophylle est
due à une résine la podophylline, ou le podophyllin, qui se

dans beaucoup de cas, le calomel, dont l’usage était si com­
mun. Nul doute qu'elle ne prenne rang dans notre matière
médicale. (Bulletin général de thérapeutique, octobre 18G8j.
— M. Shedd, de Manchester, vante beaucoup la glycérine
contre la fièvre typhoïde. Il l’a employée sur vingt-sept mala­
des et toujours avec succès. Aussitôt qu’il constate la sensi­
bilité du ventre à la pression, il prescrit, pour l’adulte, trois
fois par jour, 2 grammes de glycérine. Sous l’influence de ce
remède, la chaleur diminue graduellement, les sécrétions
deviennent meilleures, une sueur abondante s’établit, la
diarrhée est promptement arrêtée et le malade entre en con­
valescence. (The British medical journal, 2 janvier 1869. —
—Pressé par l’espace, en quelque sorte obligé de choisir au
hasard, nous mentionnerons en terminant :
1“ Deux observations d’anévrysmes artériels poplités spon­
tanés, l’un gauche, l'autre droit, recueillies^ à quelques mois
d’intervalle, sur le même individu, par le Dr Sistach. Dans le
premier cas, la guérison fut obtenue, en trois jours, par la
flexion forcée. Le second, traité sans avantages par le même
moyen et par la compression digitale, nécessita la ligature de
la fémorale, suivie d’hémorragies consécutives, de gangrène du
membre et de mort, 26 jours après la ligature. Complétées par
l’autopsie et l’examen microscopique, ces deux observations
offrent un grand intérêt surtout au point, de vue de la théra­
peutique et des causes* qui, dans les anévrysmes, peuvent
compromettre le succès des meilleures méthodes curatives.
[Lu à la Société Impérialede Chirurgie, 2 décembre 1868. —
Gazette des Hôpitaux, 2 i décembre. )

�K&gt;6

ISNARD.

2" Une remarquable étude de M. Berlin, de Gray, sur la
méthode substitutive parenchymateuse, nouvelle médication
pleine d’espérances et destinée, par l'emploi d’injections
diverses au milieu des tissus, de rendre d’importants services
dans la résolution de tumeurs de différente nature et dans le
traitement désaffections douloureuses, primitives ou consécu­
tives. essentielles ou sympathiques. (Union médicale de Paris,
septembre, octobre et novembre 1868).
3° Un bon travail sur VEfficacité du soufre dans la diphthérite
par M. Peireigne, qui vient confirmer les observations des D"
Duché, Jodin, Sénéchal, Laugardière et celles plus récentes du
professeur Barbosa, de Lisbonne. (Revue médicale de Toulouse,
octobre 1868).
4° De M. Le Comat, une note basée sur plusieurs centaines
d'observations et démontrant les avantages de la faradisation
sur la région épigastrique, combinée avec l’usage externe
d’une solution de sulfate d’atropine pour remédier aux vomis­
sements occasionnés par le mal de mer. (Archives de médecine
navale, novembre 1868.)
5° Un excellent mémoire sur les Indications de la thoracenthèse: par M. Henri Gintrac (Joumi de médecine de Bordeaux,
mars 1868) ;
6 Un important travail de M. Baizeau sur la ponction du
péricarde. (Gazette hebdomadaire, août et septembre 1868)
7° et 8° Enfin, les deux communications faites dernièrement
à l’Académie de médecine par MM. Marcotte et Mou tard-Martin :
la première a trait à l’emploi de l acétate neutre de potasse,
à la dose de 2 à 8 grammes dans les diacrises ou hypersé­
crétions gastro-intestinales; la seconde, sur Varsenic dans le
traitement de la phthisie pulmonaire , contribuera une fois
de plus, nous n’en doutons pas. à vulgariser l’usage de cet
utile médicament.
Dr Ch. IsSard (de Marseille).

THÈSES.

167

BIBLIOGRAPHIE.
THÈSES SOUTENUES PATI U S ÉLITES OP, I,'ÉCOLE IIE MARSEILLE.
( ir e S é r ie . )

Recherches sur l’inoculabilitê do la phthisie, par A. R oustan . — Des
affections intra-abdominales qui simulent l'étranglement herniaire, par
P. R evertégat .— Quelques mots sur le phlegmon des ligaments larges ,
par G uichard de C hoisity .— Considérations sur un cas de polype utérin
observé à la Maternité d’Avignon , par Arthur E yriè S. — De la rétention
du placenta, par Eugène P oucet.. — De la cautérisation , par J ustinésy .—
Des Indications et contre-indications de la lithotrilie, par Henri
N icolas. — Étude sur les rétrécissements de l'urèthre, par Maximin
R eynaud. — De la syphilis infantile, par Joseph C.\r.

Encourager notre jeunesse médicale dans la voie du travail
et des publications scientifiques ; faire connaître, autant qu’il
dépend de nous, les œuvres qui ont pour auteurs des médecins
de notre Ecole et de notre pays, voilà deux parties essentielles
de notre programme ; voilà deux buts auxquels aspire vive­
ment Marseille médical. Aussi, avant d'entreprendre l'examen
approfondi dçs questions traitées dans le grand ouvrage du
docteur Despine sur la Psychologie naturelle ; avant de rendre
compte à nos lecteurs du livre important que le professeur
Bertulus vient de publier sur YAthéisme au XIX* siècle, allonsnous consacrer quelques pages à l’analyse forcément som­
maire des premiers travaux de cette jeunesse sur laquelle nous
fondons nos plus belles espérances, et qui fait l’objet de nos
iucessan tes préoccupa lions.
Nous-nous sommes procuré quelques-unes des thèses sou­
tenues, soit à Paris, soit à Montpellier, pendant l’année 1868,
par des élèves de l'Ecole de Marseille ; nous rendrons compte
désormais de toutes celles qui nous seront remises.
Dans les mémoires que nous avons sous les yeux, la plu­
part des branches de la pathologie, médecine proprement dite,

�10#l

A. FABRE.

chirurgie, gynécologie, obstétrique, syphiligraphie, sont tour
à tour cultivées avec intelligence et. non sans succès.
Aux lauréats, les honneurs ! Un ancien élève de notre Ecole,
aujourd’hui établi à Cannes, M. Roustan, a écrit., sur l’inoculabilité de la phthisie, une thèse riche de recherches originales,
qui a mérité d’être récompensée par la Faculté de Paris, d’être
citée à la tribune académique et d’être analysée par les meil­
leurs journaux. Après l’historique de la question, l’auteur, se
plaçant sur le terrain expérimental, étudie l’inoculation
du tubercule de l’homme aux animaux. Quand les sujets
de Inexpérience n’ont pas succombé avec les symptômes
de l’infection putride, ce qui a été le cas le plus commun,
M. Roustan a pu observer la transmission des granulations
de l’homme aux animaux, surtout aux lapins et aux cabiais,
ces victimes utiles delà science moderne. Les lésions locales au
niveau des plaies et les produits nouveaux disséminés dans
l’organisation ont été examinés au microscope et soigneuse­
ment dessinés..— La matière caséeuse, également, inoculée
par notre confrère, a donné aussi naissance à la production de
tubercules, contrairement aux premières expériences de
MM. Hérard et Cornil, conformément à celles de Villemin,
Lebert, Simon et Colin. L’auteur regrette de n’avoir pas, à
l'exemple de Villemin et de Lebert., inoculé aux animaux les
produits d’excrétion des phthisiques; en revanche, il a injecté
sous la peau du dos de deux cabiais le sang d’un tuberculeux,
et ces animaux n’en ont nullement souffert. L’inoculation du
tubercule d’animaux à animaux est élucidée par M. Roustan,
qui se préoccupe, et avec raison, delà phthisie calcaire chez la
vache et de son identité de nature avec la tuberculose de
l’homme, ce qui le conduit à se demander si la pommelière
ne se propagerait pas par contagion dans les étables et si le lait
des vaches phthisiques ne présenterait pas quelque danger.
Mais les tubercules ne peuvent-ils pas se développer aussi à
la suite de l ’injection de matières non tuberculeuses? C’est la
question que M. Roustan s’est, posée ainsi queplusieurs savants
jaloux de soumettre à une contre-épreuve les doctrines do
M. Villemin. Aujourd'hui la question est jugée dans un sens

THÈSES.

109

contraire aux résultats obtenus par 1 ingénieux médecin du
Val-de-Gràce ; notre confrère rapporte ici quelques expériences
qui ne lui sont pas personnelles. Enfin, il termine sou excel­
lente thèse parla question de la contagion de la phthisie, qu’il
a soin de ne pas confondre avec celle de l’inoculation du
tubercule. 11 rassemble les principales pièces du débat et se
garde bien de donner à ce problème encore à l’étude une
solution prématurée.
Si, dans sa dissertation inaugurale, M. Roustan a contribué
au progrès de la science, M. Revertégat, dans la sienne, a
cherché à fixer un point très difficile de pratique médicale.
L’étranglement interne est, le plus souvent, reconnu sans trop
de peine; mais il serait important et il est. souvent impossible
de diagnostiquer chacune des nombreuses variétés de cette
maladie. M. Revertégat, qui a montré beaucoup d’érudition
dans l'étude des causes diverses de l’iléus, et beaucoup de
connaissances pratiques dans l’examen dessymptômes de cette
maladie, a été peut-être un peu trop influencé par le décou­
ragement qui règne parmi nos maîtres, quand il s’est agi de
distinguer entr’elles les variétés de l’étranglement. Le tableau
de l’invagination dans l’enfance méritait mieux quelamention
des circonstances qui la favorisent et de l’hémorrhagie qui
constitue un de ses symptômes les plus remarquables. Qu’on
se figure un enfant à la mamelle, qui tout-à-coup s’agite,
pousse des cris aigus et donne les signes évidents d’une vive
souffrance; il vomit des matières muqueuses ou aqueuses et
rend de petites selles muqueuses ou sanguinolentes; sou
ventre reste cependant peu développé, sans ballonnement,
sans douleur à la pression. Si on administre un lavement,
l’enfant le rend à l’instant même.
Pendant deux ou trois jours, les vomissements persistent
avec leurs caractères primitifs, puis ils deviennent stercoraux
ou bien mousseux, verdâtres, fétides; les selles continuent,
petites, multipliées, tantôt, muco-sanguinolentes, tantôt con­
tenant du sang pur ; rarement une constipation absolue leur
succède. Le ventre néanmoins ne se ballonne guère; seulement
il se forme sur l’un ou l’autre liane une tumeur pâteuse qui,

�170

A. FABRE.

pour sa consistance et pour sa forme, a été comparée à un
boudin allongé.
Le petit malade n’a pas de soif, ira pas de fièvre; ses yeux
sont caves, son visage pâli exprime une anxiété très vive et
une grande fatigue, mais rarement il présente cet aspect
hippocratique qui est si remarquable chez l’adulte. Puis, au
bout de quatre ou cinq jours, toute lutte cesse, le pouls
devient imperceptible, les extrémités se refroidissent et l'en­
fant succombe, soit dans le coma, soit dans l’éclampsie.
Le travail de notre jeune confrère est si sérieux, il est si
soigneusement fait, que nous n’avons pu résister au désir de
tracer sur le papier ces quelques lignes, qui l’auraient rendu
tout-à-fait complet. D’ailleurs une petite critique ne fait que
donner plus de prix aux éloges, en montrant qu’ils sont
mérités.
La question de thérapeutique est traitée d’une manière
judicieuse et complète par M. Revertégat, qui, au moment où
il a parlé des injections forcées, n’avait pu encore avoir con­
naissance du récent travail de notre confrère Isnard, de Mar­
seille. sur celte question. L’auteur, enfin, se montre partisan
éclairé de l’intervention chirurgicale, quand les moyens
médicaux ont échoué. L'ouverture de l’abdomen est, dit-il, la
seule ressource lorsque le traitement interne n’a pas réussi.
La gastrotomie simple doit être réservée aux cas où le dia­
gnostic est certain et la cause d’étranglement susceptible d’être
enlevée. L’opération de l’anus contre-nature est rationnelle
malgré ses dangers, ses incertitudes et l'imperfsction de ses
résultats. M. Revertégat a raison. En présence d’une mort
imminente, c’est être sage que de se montrer hardi.
C’est également une affection des organes pelviens que M.
Guichard de Choisity a étudiée dans sa thèse inaugurale. La
question du phlegmon du ligament large est encore débattue et
mérite d’être élucidée. Notre jeune confrère, placé entre les
deux doctrines un peu exclusives qui tendent à localiser les
inflammations péri-utérines, soit uniquement dans le tissu
cellulaire, soit uniquement dans le péritoine, est con­
duit, par l’observation des faits, à une doctrine éclectique qui

THÈSES.

171

a pour elle de fortes apparences de vérité. Si les phlegmasies
du péritoine et des annexes de l'utérus sont plus fréquentes
que celles du tissu cellulaire péri-utérin, celles-ci ne sont
cependant pas rares. Les phlegmons anté-utérins et rétroutérins n’existent pas, par l’excellente raison qu'il n’y a pas
de tissu cellulaire sur ces deux faces de l’utérus. Les phleg­
mons qui ont leur point de départ et leur siège principal dans
le tissu cellulaire du ligament large, s’étendent toujours au
tissu cellulaire voisin, le plus souvent à celui qui entoure
comme un anneau le col utérin, quelquefois à celui de la
paroi antérieure de l’abdomen ou de la fosse iliaque interne.
vSi celte inflammation est beaucoup plus fréquente dans l’état
de puerpéralité, on peut cependant l’observer aussi en dehors
de l’état puerpéral. Telles sont les principales opinions sou­
tenues par notre jeune et laborieux auteur, qui les appuie à
la fois et sur des considérations anatomiques et sur des études
séméiotiques et sur de concluantes observations.
Une affection utérine, le polype, tel est aussi le sujet de
thèse choisi par un interne de nos hôpitaux, devenu, par
concours, chef interne à l’hôpital d’Avignon. Cette question
ôtant assez vaste, M. Eyriès se borne à exposer un cas remar­
quable dont il a été témoin et les réflexions judicieuses que ce
fait lui a suggérées. Il s’agit d’un polype utérin compliquant
une grossesse arrivée à terme. Cette tumeur , de nature
fibreuse, s’insérait sur le col de la matrice; elle s’opposait au
travail de l’accouchement et ne permettait même pas au doigt
du médecin de pénétrer jusqu’à l’orifice utérin. L’écrasement
linéaire fit disparaître cet obstacle incommode; mais, à cause
do l’état de fatigue où se trouvait la femme, une application
de forceps dut terminer l’intervention aussi heureuse qu’ha­
bile du chirurgien.
Ce cas de polype où il a été impossible de trouver l’orifice
utérin, est tout-à-fait exceptionnel, sans analogue peut-être,
et méritait d’être consigné dans la science. Le problème du
diagnostic devenait d’une difficulté extrême, et M. Eyriès en
a examiné avec beaucoup de sagacité les divers éléments; le
traitement est aussi, de sa part, l’objet d’une discussion

�172

A. FABRE.

lucide. Enfin, notre confrère a montré, par ce trop court
mémoire, qu’il est déjà un praticien.
Si M. Eyriès a traité une question qui appartient à la fois et
à la pathologie proprement dite et à l'obstétrique, c!est un
problème d’obstétrique pure qu’examine M. Poucel. La ques­
tion de la rétention du placenta est une de celles que le mé­
decin doit le mieux posséder, dit avec raison notre intelligeut
et bon confrère, qui laisse percer plus d’une fois, dans sa
thèse, l’ardent désir de faire du bien. Les causes de la rétention
placentaire, les symptômes et le diagnostic de cet accident, le
pronostic qu’il mérite, le surcroit de gravité qu'il peut em­
prunter à certaines maladies et notamment à la lièvre typhoïde,
sont mûrement étudiés par l'auteur qui, fidèle à cet esprit
pratique dont sont imbus la plupart des élèves de notre Ecole,
redouble de soins et d'efforts quand il arrive aux indications
thérapeutiques. Reproduire, sur le traitement de la rétention
placentaire, les conclusions de M. Poucel, c’est rendre hom­
mage à la sagesse avec laquelle il a traité cette question ; c’est
aussi, peut-être, rendre service à quelqu’un de nos confrères
qui, en présence d’un cas difficile et grave, se trouverait
indécis.
P Le col est entrouvert. — Extraire toujours le placenta, à
moins qu’il n’y ait inertie de l’utérus, mais inertie simple,
sans hémorrhagie, auquel cas il faudra d’abord réveiller la
contractilité utérine par un traitement général, local, ou, mieux
encore, combiné.
2° Le col est dilatable. — Même conduite. — Je n ’en excepte
pas les cas où le placenta décollé repose sur le col et permet au
sang de s’accumuler dans la cavité utérine.
— Si le placenta est retenu seulement par des adhérences
internes, travailler avec prudence à sou décollement.
3° Le col est resserré : 1° Par contraction spasmodique. —
Combattre celle-ci, et procéder à la délivrance sitôt qu’on en
verra la possibilité. Mais, y a-t-il urgence à délivrer la
femme ? pratiquer deux débridemenls latéraux sur l’orifice
interne, et introduction lente, graduée, de la main. — 2° Par
liypergénèse ou excès d’énergie des fibres de l’anneau interne.

THÈSES.

173

— Pratiquer deux débridements latéraux ; si le corps de
l’utérus est puissant, pas d’introduction de la main, la déli­
vrance se fera spontanément.
4° Le placenta retenu se putréfie : 1° Pas de symptômes d’in­
toxication. — Seigle ergoté, injections d’eau froide et détersives; reconstituants à l’intérieur; 2° une métro-péritonite
apparaît. — Injections émollientes, légèrement antiseptiques,
tièdes, cataplasmes sur le ventre, et opium à l’intérieur.
Si tout échoue, l’infection fait des progrès, la vie est me­
nacée.— Incisions latérales du col et délivrance.
La thérapeutique tient une place importante dans la thèse
de M. Poucel; celle de M. Justinésy lui est consacrée tout
entière. Il s’agit ici d’une méthode chirurgicale variée dans
scs procédés, puissante dans son action, souvent efficace dans
ses résultats, parfois dangereuse dans sou application, qu’il
faut par conséquent savoir employer suivant toutes les règles
de l’art: j ’ai nommé la cautérisation. Le mémoire com­
mence par un bon exposé historique auquel succède la des­
cription très soignée des divers moyens par lesquels on cau­
térise et des effets de chacun d'eux. L’auteur insiste sur le
plus nouveau et le moins connu de ces moyens, la galvauocaustie ;-il résume à cette occasion deux faits qu’il a observés
dans les hôpitaux de Marseille, et où la pile de Grenet a été
employée avec succès.
Dans un second chapitre, M. Justinésy étudie la cautérisa­
tion proprement dite dans ses effets destructeurs, hémostati­
ques, révulsifs et modificateurs. Les données lespluspositives
de la science actuellesont, sur ces divers points, fidèlement ap­
préciées et résumées.
Enfin, un troisième et dernier chapitre est consacré au pa­
rallèle de la méthode incisante et de la méthode cautérisante
considérées successivement au point de vue de l’exécution,
puis des résultats, soit immédiats, soit consécutifs. L’auteur,
dans ce travail, a fait preuve d’une méthode excellente et
d’un jugement droit ; nous aurions désiré qu’il accordât plus
de place à l’exposé des faits qu’il a personnellement ob­
servés .

�17 i

A. FABRE,

Si l’on veut avoir nue preuve do l’esprit pratique et judi­
cieux des jeunes docteurs formés à l’école de Marseille, on n'a
qu’à, lire la thèse de M. Henri Nicolas. Les indications et con­
tre-indications de la litliotritie sont groupées en quatre or­
dres par notre méritant confrère : 1° l'àge etle sexe; 2° les
états pathologiques ou anormaux des organes génito-urinai­
res ; 3° la manière d’être des calculs ; 4° les divers états gé­
néraux qui peuvent compliquer l’existence d’un calcul dans
la vessie. Neuf observations, dont huit appartiennent à l'au­
teur et la dernière lui a été communiquée par son collègue
Vidal (de Cassis), terminent ce travail qui sera consulté avec
fruit par le praticien obligé de prendre nn parti en présence
d’un cas difficile.
L’espace et le temps me manquent. Je suis obligé d’étre bref
eu parlant de mémoires qui mériteraient un compte-rendu
plus détaillé. Puisque nous en sommes au chapitre des mala­
dies chirurgicales des voies urinaires, nous devons nous ar­
rêter quelques instants sur la thèse qu’un élève de notre école,
devenu interne provisoire des hôpitaux de Paris, M. Maximin
Ileynaud, a consacrée à l’étude des rétrécissements de l’urè­
thre.
M. Ileynaud a voulu démontrer que les rétrécissements
uréthraux, résultant d’une blennorrhagie aigüe ou chronique,
passent par trois périodes, à chacune desquelles convient une
des trois grandes méthodes du traitement des rétrécisse­
ments.
A la première période, caractérisée par une inflammation
circonscrite de la muqueuse ou par des ulcérations granuleu­
ses, convient la cautérisation, qui ne peut être pratiquée sûre­
ment qu’avec le secours de l’endoscope.
A la deuxième période, caractérisée par un gonflement des
tissus sous-jacents et un épanchemeflt de lymphe plastique
ou une induration des tissus fibreux, convient la dilatation.
A la troisième enfin, caractérisée par la formation d’une
cicatrice, convient l’incision du tissu modulaire. La dilata­
tion n’est ici, d'après l’auteur, qu’un mode de pansement,
comme le sont les mèches introduites à la suite de l’opération
de la iistule à l’anus, par exemple.

THÈSES.

\T6

Sauf la part trop restreinte attribuée à la dilatation dans le
traitement de la troisième période, les idées deM. Ileynaud
nous paraissent parfaitement justes, et, en tout cas, elles ont
le mérite de s’appuyer sur l’observation exacte de faits trèsnombreux qu’a recueillis notre laborieux confrère. Ce mé­
moire excellent prouve donc que, pour les rétrécissements de
l’urèthre comme pour les calculs vésicaux, aucune méthode
chirurgicale n’est appelée à exclure ses rivales ; c’est toujours
une affaire d’indications.
De l’urèthre à la syphilis la transition parait courte et facile.
On ne peut cependant pas dire que, dans les affections dont
s’occupe M. Cat, le virus soit entré par cette porte. Il s’agit de
la syphilis infantile. En étudier surtout l’étiologie et le
traitement, sans négliger tout à fait l’examen des symptômes
et des lésions; tel est le but que s’est proposé l’auteur. Ce
travail est un résumé concis et assez complet des recherches
qui ont été entreprises sur ce point de la science; de nom­
breux auteurs y sont cités, mais les indications bibliographi •
ques y sont relativement rares. L’essentiel est qu’on puisse y
trouver des notions suffisantes pour reconnaître promptement
le mal et pour le guérir ; c’est ce qu’on y trouve en effet.
Si maintenant nous résumons d’un mot l’impression qu’a
laissée dans notre esprit la lecture de ces divers mémoires,
nous dirons qu’à Marseille on s’occupe peu d’agrandir l’hori­
zon de la science pure, mais qu’en revanche on travaille
avec succès à améliorer le terrain de la pratique. Ailleurs, la
science progresse peut-être davantage*; nulle part l’art ne se
perfectionne et ne s’exerce mieux. A d’autres écoles se for­
ment peut être en plus grand nombre les hommes de labo­
ratoire et les hommes de cabinet ; nous avons, nous, de
vrais médecins.
A. F a b r e .

�SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

COMPTE-RENDU DES SOCIETES SAVANTES.

SOMMAIRE : Séance de fin d'année. — Allocution de M. le Président. Elections; bureau pour 1869.—Commissions.—Rapports; nominations.—
Eaux minérales de Cauterets. — Modification du Règlement

Séance du 23 décembre. — Présidence de M. V. Seux.
Rapport annuel du Trésorier, M. Roux, fils.
En quittant le fauteuil de la présidence , M. V. Seux, dans une
courte allocution, adresse un dernier hommage aux m orts, des
félicitations aux nouveaux élus, résume les travaux et les actes de
la Société pendant Tannée 1868, puis il démontre la nécessité des
reformes suivantes qu'il propose à ses successeurs : 1° Rétablir les
séances publiques annuelles, les comptes-rendus des Secrétairesgénéraux et les jetons de présence; 2° Suivant l’esprit du règle­
ment, favoriser largement l’accès des séances aux médecins,
aux journalistes, aux savants; 3° Supprimer le Bulletin trimestriel,
et confier la publication des travaux et comptes-rendus de la So­
ciété à un journal indépendant, mensuel ou bi-mensuel, au Mar­
seille médical.
Bureau pour 1869 : Président, M. Fabre ; Vice-Président, M. Villard : Secrétaire-général, M. Isnard ; Secrétaire-annuel,' M. Queircl ;
Trésorier, M. Méli; Bibliothécaire-Archiviste, M. Dussau ; Conseillers,
MAI. Villeneuve, Chaspoul, Pirondi. Comité de publication: MM.
Seux, père, Pirondi, Isnard, Queirel.

Séance du 1) janvier 1809. — Présidence de M» Fabre.
Nomination du Conseil de discipline et des commissions de sa­
lubrité et des maladies régnantes;

Ml

Rapport de M. Gouzian sur divers travaux dcM. Guillabert, mé­
decin de la marine impériale, à Toulon , sollicitant le titre de
membre correspondant.— Nomination de M. Guillabert.
Au nom de M. Comandré, médecin à Cauterets, elpour appuyer
sa candidature au titre de membre correspondant. M. Peyron lit
un mémoire sur les Eaux de Cauterets. En voici le résumé:
Dans son travail, M. Comandré étudie ces deux questions : 1°
Quelle est l’action curative des eaux de Cauterets ? 2° Quelles
sont actuellement, les installations balnéaires de cette station ?
De la deux parties distinctes;
La première commence par des considérations sommaires sur
les eaux minérales en général, sur leurs propriétés différentes
suivant latempérature, la composition chimique, le mode d’admi­
nistration ; sur les eaux sulfureuses des Pyrénées, comparées aux
eaux sulfureuses d’Allemagne,de la Suisse, delaSavoie; sur l’incer­
titude où l’on est encore aujourd’hui quand il s’agit de déterminer
à quels éléments il faut rapporter l’action d’une eau minérale. —
Puis viennent des indications succinctes sur chaque source de
Cauterets, sur La Raillère](maladies des bronches et des poumons);
Le Bois (rhumatismes, tumeurs blanches); Le Mahourat ( affections
digestives) ; Le Petit Saint Sauveur (maladies du système nerveux
et de l'utérus) ; César et les Espagnols (rhumatismes, scrofules, dar­
tres); Les OEufs (rhumatismes)? Les deux Pauses (herpétisme, scro­
fules , rhumatismes) ; Le Rocher ( propriétés sédatives, hyposthénisantes).
La seconde partie fait connaître les progrès réalisés pendant ces
dernières années, il Cauterets, soit dans la distribution des eaux
et dans les installations balnéaires, surtout aux sources de César
et des Espagnols, des Œufs, du Rocher, du Rieumizet; soit dans
la création du Casino et de belles promenades; soit, en un
mot, dans tout ce qui touche à l’intérêt, au confortable et à l'agré­
ment des malades.
Après le scrutin , M. Comandré est nommé membre corres­
pondant.
M. Pirondi, reprenant les questions soulevées par M. Seux, père,
dans la séance du 23 décembre , en fait ressortir toute l'impor­
tance , puis il dépose sur le bureau une demande signée par six
membres et proposant : l° La suppression du Bulletin trimestriel ;
2° Un abonnement au Marseille médical pour la publication des
procès-verbaux des séances et des travaux de la Société.

�178

SEUX FIT,S.

Cette proposition, prise en considération par la très grande ma­
jorité des voix, sera étudiée par une commission de sept membres;
M. Roux, (de Brignoles) fils. Rapporteur.

Séance du 23 janvier. — Présidence de M. Fabre.
Ordre du jour: Assemblée générale. Modification de l’article 42
du règlement, relativement au Bulletin trimestriel,
Lecture du rapport de M. Roux Les conclusions, conformes à
la proposition formulée ci-dessus par MM. Seux, Pirondi et six
membres, et formant un ensemble de neuf articles, sont, après
discussion, adoptées à peu près à l’unanimité des voix. La fusion
du Bulletin avec le Marseille médical est ainsi opérée.
Le Secrétaire-général,
D r C h . I sn a r d (de Marseille.)

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 11 janviar 1860. — M. le docteur Vinci envoie une
note relative à l’influence exercée par l’Etna sur les épidémies de
la Sicile. Pendant les cinq dernières épidémies de choléra, le
fléau n’a jamais pénétré dans une certaine zone autour du volcan,
bien qu’un grand nombre de personnes fuyant les localités infec­
tées, fussent venues habiter la région privilégiée. Pour les épidé­
mies de grippe ou de variole, ce fait singulier de préservation n'a
pas été observé.
M. H. Bouley rend compte des travaux d’une commission nom­
mée par Monsieur le ministre de l’Agriculture pour étudier le
mal des montagnes de l’Auvergne. Les faits les plus importants à
signaler dans ce rapport sont les suivants : Cette maladie qui,
sévit sur les bestiaux, n’est autre chose que le charbon, et elle
communique la pustule maligne aux individus qui se mettent en
contact avec les animaux atteints.
Le sang des bestiaux morts de cette maladie est contagieux,
qu’il contienne ou non des bactéries et des bactéridies.
Le sérum du sang, traité par l’alcool à 90°, donne un précipité
formé par de la diastase et non par de l’albumine. Le meme phé­

SOCIÉT1SS SAVANTES.

479

nomène se produit pour le sang des animaux sains dans lequel on
a laissé s’établir la fermentation putride.
L’acide phénique donné à l’intérieur, k la dose de 10 grammes
pour les grands animaux de l’espèce bovine, de 3 grammes pour
ceux de l’espèce ovine, a enrayé la maladie. Le même agent a
réussi chez un homme et un enfant atteints de pustule maligne.
Dans la séance du 18 janvier, M. Robin présente une note de
.M. Knoch de Saint-Pétersbourg, relative au mode de développe­
ment dubotrioeéphale large. Il résulte des recherches de ce savant
que l’embryon de ce botrioeéphale se transforme directement en
ver adulte sans passer, comme l’embryon des tœnias, chez
l’homme, par l’état de cysticerque.
Séance du 23 janvier 1869. — M. Colin entretient l ’Académie de
ses recherches relativement aux eft'et produits par l’ingestion de
la chair des bestiaux atteints de maladies charbonneuses. Dans
aucun cas M. Colin n’a vu cette chair transmettre le charbon, et
il explique l’inocuité des matières charbonneuses introduites
dans les voies digestives par l’action des sucs digestifs qui en­
lèvent h la chair ses propriétés contagifères.
MM. Pélissard, Jolyet et Oahours communiquent le résultat
d’intéressantes expériences faites par eux sur l’action de la conine
(alcaloïde de la grande ciguë). Ces reoh’erches confirment les faits
signalés par MM. Ivolliker et Guttmann, et établissent d’une ma­
nière péremptoire que la conine exerce sur les nerfs moteurs une
action analogue a celle du curare.
Dans la séance du 1" février, M. Chevreul communique, de la
part de M. Calvert, une note dans laquelle il est dit que l'acide
phénique employé k plusieurs reprises, dans l’île Maurice, comme
fébrifuge, a donné des résultats curatifs bien supérieurs k ceux
obtenus k l’aide du quinquina.
MM. les docteurs Barrant et Jessier concluent des faits obser­
vés k ce sujets que les fièvres intermittentes sont dues k la pré­
sence dans le sang de ferments végétaux ou animaux.
M. Davaine envoie une note pour établir la différence qui existe
entre la septicémie et le charbon. L’inoculation k un animal d’un
sang liquide putréfié peut donner lieu k \ine affection mortelle,
piais cette dernière n’est pas la maladie charbonneuse.

�180

SEUX FILS.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du \2 janvier 1869. — M. Devilliers demande que la cons­
tatation des naissances à domicile par le médecin de l’état civil,
mesure adoptée pour la ville de Paris, soit étendue à tous les dé­
partements.
M. Brown-Séquard place sous les yeux de l’Académie quatre co­
chons d’Inde sur lesquels il a pratiqué, il y a près de deux mois,
la section de la moelle. Il renouvelle sur ces animaux les expé­
riences dont il a parlé dans la dernière séance.
M. Chauffard fait quelques réserves relativement à l’identité
absolue de l’épilepsie humaine et des accidents épileptiformes
provoqués par M. Brown-Séquard.
M. Gubler fait observer qu’il y a plusieurs sortes d’épilepsies
et il se demande si M. Brown-Séquard a réellement donné nais­
sance à l’état diathésique particulier qui produit l’épilepsie chez
l'homme.
MM. Briquet et Pidoux présentent quelques observations sur la
perte de connaissance qui accompagne l’épilepsie.
M. Yernois lit, au nom d’une commission d’examen, un rapport
sur un travail de M. Coulier, relatif aux poêles en fonte. M. Coulier a trouvé que la quantité d’oxyde de carbone exhalé dans l’air
par ce mode de chauffage étant infinitésimale, ne peut produire
le moindre accident.

LDI. Larrey, J. Cloquet, Colin, Delpech, Gubler et Devergie,
prennent la parole à cette occasion.
M. Auzias-Turenne achève la lecture de son intéressant et spi­
rituel travail sur les lysses de la rage.
Séance du 19 janvier. — M. Hardy annonce qu’un laboratoire spé­
cial de photographie vient d etre installé à l’hôpital Saint- Louis
pour la reproduction des types morbides extérieurs les plus inté­
ressants observés dans les divers hôpitaux.
M. Husson, directeur de l’assistance publique, ajoute que le
musée de l’hôpital Saint-Louis contient, outre le laboratoire de
photographie, un cabinet pour le moulage des pièces anotomopathologiques.
M. Brierre de Boismont, lit un travail intitulé: Des Fous crimi­
nels en Angleterre; observations pratiques sur cette institution.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

181

M. Desormeaux lit un mémoire sur l’ophthalmie des nouveaunés ; M. Lagneau, un travail intitulé; Etude statistique anthropolo­
gique sur la population parisienne. 11 résulte des recherches de
M. Lagneau, que la fécondité des mariages dans le département
de la Seine est inférieure de plus d’un cinquième à celle observée
dans la France, et que les naissances illégitimes y sont propor­
tionnellement plus nombreuses que dans la France en général.
De plus, la mortalité des enfants de 0 à 5 ans, étant de près d'un
tiers pour toute la France entière, serait de plus de moitié pour
ce département.
Séance du 26 janvier. — Après le dépouillement de la correspon­
dance et la présentation de divers mémoires,l’Académie procède à
la nomination de deux commissions, celle des correspondants
associés nationaux et celle des correspondants associés étrangers.
M. Devilliers établit que c’est à l’initiative de M. le ministre
de l’intérieur qu’est due la récente et importante mesure qui
autorise les parents h ne pas transporter a la mairie les nou­
veau-nés.
M. Fauvel lit un intéressant mémoire dans lequel il indique
les mesures conseillées par la conférence sanitaire internationale
de Constantinople pour préserver l ’Europe d’une nouvelle inva­
sion du choléra. Ces mesures, il est urgent qu’elles soient appli­
quées au plutôt, surtout en Turquie et en Egypte, car deux dan­
gers menacent l’Europe : l'épidémie cholérique de Perse et le
retour prochain du pèlerinage qui se fait actuellement au
Hedjaz.
M. J. Guérin demande la mise a l’ordre du jour du rapport de
M. Bartli, afin que la discussion puisse s’engager sur la question
importante de la contagion ou delà spontanéité du choléra.
M. Bertillon lit un mémoire sur les champignons vénéneux.
Séance du 2 février. — M. Tardieu lit un travail intitulé : Mé­
moire sur l'empoisonnement par la coralline. (Voir pour les détails la
chronique mensuelle).
MM. Cerise, Boudet, Colin, Chevalier et Guérard, présentent
quelques observations sur les faits nouveaux signalés parM. Tar­
dieu, ainsi que sur l’absorption par la peau des substances à
l’état solide ou h l’état de dissolution.
M. Broca lit un rapport sur le nouveau système de bandages
herniaires de M. le docteur Dupré.

�182

SEUX FILS.

M. le docteur Prat lit un mémoire sur le Rôle physiologique (fa
tubes cartilagineux : M. Panas, un travail intitulé : Recherches clini­
ques sur la direction de l'utérus chez la femme adulte.
M. Péan présente à l’Académie trois femmes sur lesquelles il a
pratiqué avec un succès complet l’ovariotomie.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Séance du 6 janvier 1869. — M. Marjolin présente une observa­
tion de frature du crâne avec enfoncement accompagnée d'écou­
lement sanguin abondant par l’oreille droite. Le malade était un
enfant de 5 à 6 ans. Au bout de quelques jours le sang avait
fait place à une sérosité abondante ; celle-ci se tarit après 21
heures, mais alors se montrèrent des signes de compression cé­
rébrale. Sous la simple influence des révulsifs cutanés et intes­
tinaux les accidents disparurent peu à peu. L’enfant était en
voie de guéVison lorsque survint un croup qui l’emporta. A l’au­
topsie on trouva une fracture transversale de la voûte du crâne
avec destruction, par enfoncement, de trois ou quatre circonvo­
lutions cérébrales. Le rocher était intact.
A la suite de cette intéressante communication, MM. C’hassaignac, Filiaux, Giraldès, Demarquay, Trélat, Dolbeau, Broca
et Panas prennent la parole. Il résulte de la discussion que
l’écoulement séro-sanguinolent par l’oreille peut manquer dans
certains cas de fracture de la base du crâne, que le plus souvent
cependant on l’observe dans ces cas là et qu’alors deux faits doi­
vent être notés ; I" la sérosité ne survient pas brusquement, mais
elle succède au bout de quelque^ jours à un écoulementdo sang;
2° elle présente les caractères chimiques du liquide céphalo-ra­
chidien. Dans certains cas les fractures du crâne avec enfon­
cement font naître des accès d’épilepsie qui peuvent disparaître
après la trépanation. Cependant il est fort difficile de préciser
les indications du trépan. Dans le cas actuel, l’évènement a donné
raison k M. Marjolin et justifié l’abstention ; mais si la vie du
malade eût été mise en danger par une hémorrhagie intra-crâ­
nienne dont on n’eût pu reconnaître la source exacte, si des accès
d’épilepsie fussent survenus, la trépanation aurait pu être très
Utile.

SOCIÉTÉS S W ANTES.

183

M. Guéniot donne quelques explications sur le cas d’ostéite des
extrémités diapliysaires dont il a entretenu la Société dans la
séance du 23 décembre 1868.
La Société autorise l’inscription du nom de M. Stoltz (de Stras­
bourg), sur la liste des candidats au titre de correspondant na­
tional, sans que le savant professeur ait eu besoin dé solliciter
cet honneur.
Séance du 13 janvier. — La société procède à l’élection de
plusieurs membres correspondants nationaux et étrangers.
Sont élus correspondants nationaux : MM. Stoltz (de Stras­
bourg), Dumesnil (de Rouen), Gayet (de Lyon), Dauré, Thomas
(de Tours), et Lannelongue (de Bordeaux).
Sont élus correspondants étrangers : MM. Brodliurst (de Lon­
dres), Krassowski (de Saint-Pétersbourg), Bardeleben (de Berlin)
et Gautier (de Genève).
M. Demarquay communique une observation très intéressante
d’hydatides développées dans l’intérieur de l’humérus a la suite
d’un coup de feu reçu dans le bras.
M. Yerneuil donne quelques détails sur un cas de phlegmon
gangréneux de tout le membre supérieur survenu chez un albu­
minurique a la suite d’une saignée pratiquée par une sagefemme. PourM. Yerneuil, c’est l’étatgénéral du sujet quia dé­
terminé l’invasion de la phlegmasie gangréneuse. Le phlegmon
diffus de ce malade paraît avoir eu la même cause que les acci­
dents gangréneux qui surviennent fréquemment chez les albu­
minuriques k la suite de mouchetures pratiquées sur les membres
inférieure œdématiés. Les états diathésiques exercent donc une
grande influence sur le traumatisme chirurgical.
Séance du 20 janvier. —Séance annuelle. Allocution de M. le
président Legouest.
Compte-rendu des travaux delà Société pendant l’année 1868,
par M. Léon Labbé, secrétaire annuel.
M. Trélat, secrétaire général , lit ensuite un Eloge de Velpeau.
Séance du 2T janvier. — M. Legouest, président sortant cède le
fauteuil k M. Verneuil.
M. Legouest communique une observation d’anévrysme poplité
traité par la compression digitale intermittente. Après 2 mois 1/2
de ce traitement la tumeur n’a pas encore complètement disparu,
mais elle est considérablement réduite. Fait remarquable ! A
deux reprises la tumeur n’a commencé k diminuer que quel­
ques jours après la cessation de la compression intermittente.

�J OU UNAü X F RANCA18.

X**\

SOMMAIRE : — Nouveau moyen pour combattre les effets des anesthési­
ques; (Gazette Hebdomadaire.)— Amputation de la cuisse faite au moyen
du chlorure de zinc ; (Union Médicale.) — Essais de chirurgie conserva­
trice; (Revue Thérapeuthique. ) — Phimosis traité par la dilatation;
(Journal de Médecine et de Chirurgie Pratiques.) — Emploi de la fève
de Calabar contre le tétanos; (Mouvement Médical.) — Emploi externe
du tartre stibié ; (Gazette de Strasbourg.) — Méthode antiseptique en
chirurgie; (Journal de Médecine et de Chirurgie Pratiques.) — Delà
cystocèle vaginale ; (Bulletin de Thérapeutique Médicale et Chirurgicale.)—
Traitement des congestions dans les organes érectiles ; ( Gazelle des
Hôpitaux.)

Pendan t les deux derniers mois qui viennent de s'écouler,
divers travaux sur la chirurgie ont été publiés, qui offriront
sans doute un certain intérêt pour nos lecteurs. Nous devons
donc en faire une analyse aussi fidèle et aussi complète que
possible.
Depuis que certaines substances ont été employées pour
combattre la douleur dans les différentes opérations chirur­
gicales, on s est préoccupé avec raison des dangers qu'elles
présentent et des remèdes qu’on peut employer avec succès.
— MM. Legros et Ûnimus (■Gazette Hebdomadaire), proposent
la méthode suivante : dès que la respiration s’arrête, aussitôt
que le pouls ne se perçoit plus, on applique dans la bouche le
pôle négatif, dans le rectum le pôle positif, d’une pile à cou­
rants continus, la circulation et la respiration reparaissent

I

soin sur des chiens, des rats, des lapins, on peut, donner les
conclusions pratiques suivantes : 1° Il ne faut jamais se servir,
pour combattre l’effet des anesthésiques, d’appareils d’induc­
tion, car il est d’observation certaine qu’nn courant induit
arrête complètement les battements du cœur affaiblis par les
anesthésiques; 2‘ le courant continu doit être établi d’une
manière constante jusqu’à ce que la respiration ait reparu ;
3°enfin, MM. Legros etOnimus, étendant le champ de leurs
observations et de leurs expériences, préconisent l’emploi des
courants continus dans toutes les syncopes qui succèdent à
une perte de sang abondante. — L’appareil dont ils se servent
est l’appareil Remak qui, malheureusement, n'est pas por­
tatif, mais que l'on pourrait établir dans les hôpitaux, dans
les salles d’opérations.
S'il nous est permis d’ajouter quelques mots au travail que
nous venons d’analyser, nous pouvons dire que le procédé
qui vient d’être décrit nous parait reposer sur des données
anatomico-physiologiques certaines. — En effet, étant admis
que le tube intestinal est un bon conducteur de l’électricité,
on peut conclure que le tluide électrique se transmet jusqu’au
diaphragme et à ses piliers sur lesquels est couché le gan­
glion semi-lunaire qui reçoit des rameaux du pneumo-gastrique gauche et presque tout le pneumo-gastrique droit. Cette
excitation donnée par l’électricité stimule ces nerfs paralysés
momentanément, soit par les substances anesthésiques, soit
par certains états pathologiques.
Si l’opération, dont nous allons maintenant rendre compte,
ne demandait pas un temps très long, ce serait certes bien le
cas d’employer l’anesthésie afin d’éviter au malade des dou­
leurs qui ont dù être excessives. Nous voulons parler de 1am­
putation de la cuisse faite au moyen du chlorure de zinc
comme caustique [Union Médicale). MM. Girouard, de Chartres,
ayant à amputer une cuisse pour une tumeur encéphaloïde
du genou , et craignant que la compression de la crurale
soit insuffisante pour prévenir toute perte de sang, très dange­
reuse chez un sujet profondément anémié, pratiquèrent, au
moyen du chlorure de zinc, une cautérisation à la partie in-

�186

OLLIYE.

terne et externe de la cuisse et pénétrant jusqu’au fémur. Ils
placèrent une tige d’acier dans le conduit que le caustique
avait fait et comprimèrent au-dessus de cette lige au moyen
du compresseur. Le lambeau fut alors taillé et l'amputation
faite sans aucune perte de sang. — Ce procédé constate une
fois de plus les propriétés hémostatiques du chlorure de zinc,
propriétés dont MM. Hergott, de Strasbourg, et Valette, de
Lyon, se sont servis récemment avec succès pour le traitement
des tumeurs érectiles.
A côté de cette opération, nous trouvons, comme contraste,
un essai de chirurgie conservatrice fait par M. Nicole, chirur­
gien en chef de l’hôpital d’Elbeuf [Revue de Thérapeutique).
Un ouvrier saisi par un engrenage présente les lésions sui­
vantes : Toutes les parties molles de l’extrémité inférieure
interne de l’humerus et de l’extrémité supérieure du cubitus
ont été arrachées, les os sont découverts. Quoique l’amputa­
tion soit parfaitement indiquée, M. Nicole préfère attendre et
après 90 jours de pansements suivis et de soins minutieux, le
blessé sort de l’hospice, le bras à demi fléchi, mais l’avantbras jouissant des mouvements de pronation et de supination,
il est même ajouté qu’un mois après des mouvements de
flexion se produisaient, assez étendus pour permettre à cet
ouvrier de reprendre son travail habituel.
Puisque nous parlons maintenant de chirurgie conserva­
trice, nous ne pouvons passer sous silence la méthode préco­
nisée par M. Nélaton pour le traitement du phimosis, c'està-dire la dilatation. Le manuel opératoire que nous trouvons
décrit dans le Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques,
consiste en l’introduction d’une pince dilatatrice entre le
gland et le prépuce; cette opération détermine une très vive
douleur, aussi, est-il recommandé d’avoir toujours recours
aux anesthésiques. — Les bons résultats obtenus ont engagé
M. le docteur Elliot Cornes, à inventer un instrument pour
obtenir la dilatation du prépuce; cet instrument, nous dit
la Gazette Médicale, consiste en une sorte de compas d’épais­
seur dont les deux lames sont plates. Elles sont taillées en
biseau sur leur face externe et s’écartent Lune de l’autre

J OU RN AU X F R AN QALS.

187

au moyen d’une vis qui prend son point lixe sur une branche
pendant qu’elle écarte l’autre. Les accidents qui peuvent sur­
venir après cette opération sont, quelquefois, un léger paraphimosis et des déchirures de la muqueuse longues à cica­
triser. La dilatation du prépuce est contre indiquée toutes les
fois que l’on constate des adhérences et lorsque le phimosis
est accidentel et non congénital.
Parmi les accidents qui peuvent compliquer les plaies, il en
est un redouté à juste titre par les chirurgiens, c’est le tétanos.
Aussi devons-nous consigner avec soin tous les remèdes qui
peuvent guérir cette affection ou au moins apporter un soula­
gement notable aux malades qui en sont atteints. Le Mouve^
ment médical se livre à une statistique d’après laquelle, sur
onze cas de tétanos traités par la fève de Calabar, on compte
sept guérisons. La préparation la plus employée a été uue
solution de dix centigrammes extrait de fève de Calabar dans
trente grammes alcool. On en administre un douzième par
heure. — Ne pourrait-on pas introduire dans l’économie la
même dose par la méthode hypodermique ?
Tout le monde sait que le premier symptôme présenté après
l’absorption da la substance dont nous venons de parler est un
relâchement de tous les muscles, une paralysie de la moti­
lité. Mais, si la fève de Calabar combat un symptôme, détruitelle la cause? C’est à l’expérience à prononcer.
Puisque nous parlons maintenant de certaines méthodes
de traitement, nous devons, pour suivre le même ordre
d’idées, citer quelques observations citées par la Gazette de
Strasbourg sur l’emploi externe du tartre stibié, et parler de la
méthode anti-septique en chirurgie, relatée dans le Journal de
Médecine et de Chirurgie pratiques.
M. Coze, dans une thèse soutenue à Strasbourg, préconise
un nouveau mode d’introduction du tartre stibié dans l’éco­
nomie ; — il pratique des mouchetures sur la partie malade
et il saupoudre ensuite avec du tartre stibié. — Les effets
thérapeuthiques et la présence de l’antimoine dans les urines
démontrent la pénétration du tartre stibié dans l’organisme.
Ce qu’il y a de remarquable dans ce procédé, c’est que l’émé­

�188

C'LLIYE.

tique ainsi introduit 11 c produit pas de pustules.— M. Coze
explique ce fait par l’état alcalin du sang auquel la poudre se
trouve mêlée, et, pour démontrer sa théorie, il a constaté par
expériences que le tartre stibié additionné d’un alcali 11 e pro­
duit aucune pustulation, tandis que l’addition d’un acide
rend la pustulation plus facile et plus complète. — Neuf
observations de tumeurs blanches et d'affections des os mon­
trent que l’application de cette méthode a apporté de l’amélio­
ra tion dans l’état des malades.
La méthode anti-septique en chirurgie, due à M. le profes­
seur Lister, de Glascow. et rapportée parle Journal de Médecine
et de Chirurgie pratiques, est appuyée sur la théorie suivante:
M. Lister, adoptant pleinement les idées de Pasteur, croit que
les propriétés malfaisantes de l’air, en contact avec une plaie,
11 e sont pas dues au fluide lui-même, mais aux germes orga­
niques nombreux qu'il tient en suspension. Sa méthode, pour
être d’accord avec sa théorie, doit donc consister en ceci :
mettre les plaies non pas à l’abri du contact de l’air, mais à
l’abri des germes qu’il contient. — Il se sert pour cela de
substances emplastiques qu’il étend comme le diachylon et
auxquelles il ajoute 1U 0/0 d’acide phénique. — Pour éviter
le contact de cet acide sur la plaie, il enveloppe cette dernière
avec une feuille d’étain qui empêche tout contact avec l’em­
plâtre phéniqué. — Les plaies pansées ainsi que nous venons
de le dire présentent un léger écoulement séreux, mais
jamais de pus. M. Lister 11 e fait pas une incision sans oindre
la partie sur laquelle il doit opérer avec de l’huile phéniquée
et sans avoir trempé son bistouri dans le même liquide. Cette
méthode de traitement est à essayer; il serait bon d’expéri­
menter un procédé qui, au dire du professeur de Glascow,
donne des résultats merveilleux.
Le dernier numéro du Bulletin de Thérapeutique médicale et
chirurgicale contient une observation très intéressante d’une
cystocèle vaginale, par M. Demarquav. — Le chirurgien de la
maison municipale de santé, se fondant sur un cas tout
récent, se livre à une étude complète de la hernie de la vessio
dans le vagin. — Il divise cette affection en aiguë et chroni-

dOURNAJJX FRAXCA.1S.

189

que. Les premières, fort rares du reste, sont presques toujours
occasionnées par un violent effort. Les secondes arrivent len­
tement et reconnaissent pour causes, d’après les expériences*
de h o g n e t ta 1° la pression, sur la vessie, de l'utérus en ges­
tation ; 2° la mixtion peu fréquente amenant la distension de
la vessie; 3" la laxitê des parois du vagin. — M.. lluguier
pense que l’utérus, en s’élevant pendant la grossesse, entraîne le
vagin dont les parois sont ainsi amincies et môme éraillées.
—En outre, d’après des statistiques récentes, la profession de
blanchisseuse est une prédisposition sérieuse à cette affec­
tion.
Un symptôme constamment observé, c'est l’envie fréquente
d’uriner. O11 croit pouvoir l’attribuer à la dilatation du col de
la vessie.
La cystocèle se présente sous l'aspect d'une tumeur rougeâ­
tre, piissée transversalement, d’un volume variant depuis une
noix jusqu’à la tête d’un fœtus, augmentant par la station
verticale, diminuant et même disparaissant par le repos au
lit. Cette tumeur a une consistance molle et se réduit faci­
lement.
M. Demarquay repousse toute opération, qu’elle soit faite
parle procédé de Yalpeau, de Jobert ou d’IIuguier. Pour lui,
le pessaire doit être seul employé, mais un pessaire auquel est
ajouté un plancher périnéal en caoutchouc, qui soutient le
réservoir d’air et, par suite, la tumeur.
Enfin, pour terminer, disons un mol du traitement des
congestions dans les organes érectiles par les injections hypo­
dermiques, publié par le docteur Bouloumié (Gazette des
Hôpitaux). Dans la blennorrhagie aiguë, des injections hypo­
dermiques de chlorhydrate de morphine ont été faites au
niveau delà 4"’ vertèbre lombaire et. après le second jour, les
érections douloureuses ont été supprimées. — M. Bouloumié
est arrivé à obtenir par son procédé une sédation complète
chez les malades atteints de rétrécissements, d’ulcérations du
pénis et chez des opérés du phimosis. — Celte méthode mérite
donc d’être étudiée et expérimentée avec soin, car elle permet,
non-seulement de diminuer de beaucoup les douleurs que
13

�190

SAU VET.

ressentent les malades atteints de blennorrhagie, mais encore
elle fait obtenir, après l’opération du phimosis, une réunion
immédiate presque toujours impossible sur un organe érectile
et congestionné.
D' C. Ollive.

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
JOURNAUX ESPAGNOLS.

La Santé publique considérée dans les pags libres par M.
Céspedes. L’auteur fait connaître les vicissitudes qu’a
subies, en Espagne, l'administration de la santé publique
depuis 1720 jusqu’à nos jours. Il constate que la Junte
suprême de santé, libre et indépendante de toute attache
officielle, à sa création, a été peu à peu transformée en une
simple direction placée sous l’autorité du gouvernement,
et que sous le nom de Conseil de santé elle a perdu son
initiative et l’influence dont elle jouissait précédemment.
11 demande qu’à l’exemple des Etats-Unis d’Amérique, cette
administration soit décentralisée, confiée à des corps
sanitaires, formés par. les hommes les plus compétents et
pouvant agir en dehors de toute influence gouvernemen­
tale. A l’appui de ces propositions, il publie le discours du
Président de la République de Buenos-Ayres, qu’il em­
prunte à la lievisla Médico-Quirurjica de cette ville. Dans
cette allocution, prononcée à l’occasion de l’arrivée des
eaux qui doivent alimenter cette capitale, H. Sarmiento
fait ressortir l’importance des mesures hygiéniques que l’on
doit prendre dans les grands centres de population, alors,
surtout qu’il faut lutter contre le choléra, fléau bien plus
terrible que la guerre, puisque celle du Paraguay, dit-il, a
coûté à la république près de quatre mille hommes, tandis que,
dans l’espace de quelques mois, le choléra lui en a enlevé

JOURNAUX ESPAGNOLS.

191

plus de quarante mille. Les conseils d’hygiène, chargés de
veiller sur la santé publique, doivent faire partie des admi­
nistrations municipales ; on doit leur reconnaître le droit
d’ordonner et leur confier la force pour se faire obéir ; leur
action s’exercera sur les personnes et les choses, leurs opé­
rations seront promptes et rapides et ils disposeront de tous
les moyens propres à conjurer un fléau qui coule la vie à
tant de milliers d’individus. Enfin, le Président de la Ré­
publique insiste sur la nécessité de répandre, parmi les popu­
lations ignorantes, les bienfaits d'une bonne et saine éduca­
tion, sans laquelle le peuple ne comprendra jamais l’impor­
tance des mesures que l'on prend dans l’intérêt du salut
commun.
[El Siglo Mèdico. — 13 Diciem.)
Les numéros suivants de ce journal hebdomadaire renfer­
ment un bon article de M. Gonzalez Olivares sur les Resections,
— quelques considérations courtes mais judicieuses sur
1Hérédité vitale et organique dans Vhomme, de M. Zose-Maria
Otero, — un article sur YAnesthésie chirurgicale, son histo­
rique, faction de ses agents, les avantages et les inconvénients
des méthodes employées dans la pratique des opérations et les
conséquences de leur emploi, par le docteur Romero Blanco.
L’observation d’une énorme tumeur ganglionnaire dans la
région axillaire droite, chez un homme de 52 ans, bien con­
formé et d’une bonne santé, se présentant sous la forme d’une
grappe composée de plusieurs autres tumeurs plus ou moins
mobiles, dont la plus volumineuse était de la grosseur d’un
œuf de poule d’Inde et la plus petite de celle d'une aveline.
Elle s’étendait depuis la partie supérieure de faisselle jusqu’à
quatre pouces en dessous dans le sens vertical, sa largeur
étant de trois pouces environ. La partie la plus volumineuse,
occupant l’extrémité inférieure, était très adhérente, la peau y
était amincie sans excoriation ; d’autres adhérences existaient
dans les parties supérieure et postérieure les plus rapprochées
de l'articulation. — L’existence de cette tumeur remontait à
cinq années; le sujet a toujours joui d’une bonne santé ; deux
fois seulement, et pendant trois mois, il a .été malade d’une

�192

SAU VET.

JOURNAUX ALI .EM ANDS.

lièvre intermittente tierce. — Rien, dans les antécédents des
parents ou du malade, ne peut expliquer la cause de l’état
actuel, et le chirurgien pense que la tumeur est dénaturé
squirrheuse, sans toutefois qu’il veuille discuter le diagnostic
différentiel, dont on a, dit-il, trop abusé. L’extirpation est
faite le 14 juin sans avoir recours à l'anesthésie. Le poids de
la masse enlevée est de 18 onces, sa surface inégale, sa couleur
d’un blanc sale; elle offre sur quelques points une résistance
cartilagineuse, l’intérieur présente une substance compacte,
jaune et lardacée.—Point d’hémorrhagie pendant l’opération,
qui a été bien supportée. Le pansement est renouvelé toutes
les 48 heures et, le douzième jour, le malade peut sortir de sa
chambre. Cette intéressante observation est du docteur Sal­
vador Yillaneuva y Fernandez.
(El Siglo medico, 3" enero 1809.)
Notice sur les fièvres gastriques graves, et typhoïdes, qui se
sont manifestées dans la prison du ressort judiciaire de Virera,
du 1" septembre 1807 au 31 juillet 1808, par le docteur Serafn
Quintero y Garzon.
Cette prison est humide, les salles y sont étroites et mal
ventilées. Elle contient 100 détenus, dont 63 ont été frappés
par l’épidémie. L’auteur les classe de la manière suivante :
Fièvres gastriques adynamiques, 8 hommes 3 femmes = 11
—
—
ataxiques. . . . 5
—
4 —
= 9
— typhoïdes......................35
—
8 —
=43
Total........... 63
Sur ce nombre, 3 seulement ont succombé.
Au début, le médecin administrait en boisson les acides
végétaux tels qu’orangés, citrons ou verjus; plus tard,la
limonade sulfurique ; les exacerbations fébriles étaient com­
battues par des cataplasmes sinapisés sur les extrémités infé­
rieures; les vésicatoires furent employés dans 3 cas d'ataxie:
la diarrhée opiniâtre fut combattue par la décoction blanche
avec diascordium ; deux épistaxis survenus à une époque
avancée de la maladie, furent arrêtés par le tamponnement
avec la charpie imbibée de perchlorure de fer; dans cinq cas

■193

presque désespérés, une décoction anti-septique produisit les
meilleurs effets ; les escarrhes furent combattues par l’eau
chlorurée. Chez les femmes, se manifestèrent des engorge­
ments des parotides qui se terminèrent par suppuration.
Les malades furent maintenus aux potages et aux bouillons
gras, suivant le degrédes forces et l’état du pouls. L’auteur dit
en terminant que l’observation de ces malades l’a confirmé
dans cette opinion que la surdité qui accompagne les fièvres
graves essentielles, ataxiques, adynamiques ou typhoïdes, est
de bon augure pour la terminaison de la maladie.
(ld, 10 de enero 1869.)
D'S auvet.

JOURNAUX ALLEMANDS.
T r a i t e m e n t d e l ’é l é p h a n t i a s i s p a r l a l i g a t u r e

a r té r ie lle .

Dans le courant de l’année 1868, un rapport du Dr Queirel
sur un travail du I)r Malet, de Rio Janeiro, soulevait au sein
de la Société Impériale de Médecine de Marseille une discus­
sion sur l’éléphantiasis et son traitement par la ligature.
De cette discussion il est résulté d’une part que, dans nos
pays d’Europe et chez nos races sémitiques, il peut se dé­
velopper une variété d’éléphantiasis plus légère que celle qui
sévit de préférence dans les pays chauds et chez les races
nègres.
D’autre part, que les meilleurs moyens dont la science
dispose pour combattre cette maladie sont ceux qui entra­
vent la circulation artérielle, c’est-à-dire la ligature, qui a
déjà fait ses preuves, et la compression digitale, qui demande
à faire les siennes.
Au moment même où à Marseille cette discussion
était agitée, le Dr Hueter publiait en Allemagne, (Archiv fur
Klinische Chirurgie), la première opération de ligature ar­
térielle qui ait été pratiquée dans ce pays pour un cas d’éléphanliasis.

�191

REVUE.

C’est, dans ce cas, l’iliaque externe qui a été liée, le même
vaisseau que, presque au même moment, notre confrère
Bernard liait avec tant d’habileté et un si complet succès, pour
un cas d’anévrysme.
Cette observation offrira donc, pour plusieurs de nos con­
frères, un intérêt tout spécial; elle confirme d’ailleurs les
idées qui ont prévalu au sein de notre Société. Nous en re­
produisons seulement les détails essentiels.
Minna Eggers, âgée de 23 ans, bien constituée, est atteinte
depuis huit ans d’un éléphantiasis de l’extrémité inférieure
gauche qui a peu à peu acquis un volume considérable sans
qu’il se soit développé d'érysipèle, ni de lymphangite. L’af­
fection a débuté par les orteils; elle a envahi ensuite la peau
de la jambe, du genou et de la cuisse. Cette hyperplasie de la
. peau est uniforme ; cependant au creux poplité et vers le tiers
moyeu de la cuisse on aperçoit des sillons larges et profonds;
Sur quelques points l’épiderme offre un aspect analogue à
celui de l’ichlhyose. La consistance du derme est au pied et
à la jambe très-dense, presque ligneuse, au genou elle est
moindre et vers la cuisse elle devient presque œdémateuse ;
cette sorte d’œdème était, au niveau de l’aine, assez pro­
noncé pour rendre presque insensibles les battements de la
fémorale.
La mensuration donnait :
Au-dessus des malléoles, côté gauche 4G centimètres, côté
droit 19 centimètres. Au milieu de la jambe, côté gauche 52
centimètres, côté droit, 30 centimètres. A la cuisse, circon­
férence maxima, côté gauche 70 centimètres, côté droit. 44
centimètres.
Le 9 mai 1868, le Dr Hueter pratique la ligature de l'iliaque
externe, à un pouce au-dessus du ligament de Poupart. L’é­
paississement. de la couche adipeuse sous-cutanée et du / ascia transversalis lui-même rendit, l’opération difficile; cepen­
dant l’artère put-être isolée dans une longueur de quatre
lignes ; deux ligatures furent appliquées à trois lignes de dis­
tance et l'artère coupée entre elles. La plaie fut en partie
réunie à l’aide de six points de Suture. Le soir, huit heures

RÉCLAMATION.

après l'opération, la peau de la cuisse était déjà plissée, ridée
et un peu amollie. Les suites de l opération furent, assez simples,
sauf une péritonite légère et limitée. Une ligature tomba le
dixime jour et l’autre le douzième.
Les résultats ont été remarquablement heureux, puisque,
trois semaines après l’opération, la circonférence maxima de
la cuisse était descendue de 7 1 à 56 centimètres, et celle du
pourtour des malléoles de 46 à 26 centimètres.
Cette promptitude des résultats obtenus comparée à la len­
teur avec laquelle la diminution progressive du membre s’est
produite dans la plupart des observations publiées par les
chirurgiens américains, venant se joindre aux caractères en
quelque sorte incomplets et atténués de la maladie dans le
cas rapporté par Hueter, fournit un argument sérieux qui
vient se joindre à ceux qu’ont développés MM. Seux et Queirel
pour admettre l’existence d’un éléphantiasis européen, moins
terrible quel’éléphantiasis des Arabes. C’est, précisément dans
les cas de ce genre, qu’avant de recourir à un moyen aussi
énergique que la ligature de l’iliaque externe, il convient
d’essayer la compression digitale qui a déjà, entre les mains
de Vanzetti, de Padoue, donné un succès complet et défi­
nitif.

RÉCLAMATION.
Monsieur

le

D irecteur ;

Dans votre numéro du 20 janvier 1869, vous faitesl’éloge, sans
restriction, de tous les candidats vainqueurs et vaincus qui se sont
présentés au concours, pour les deux places de professeurs-sup­
pléants attachés, l’un aux chaires do médecine, l'autre à la chaire
de thérapeutique et de matière médicale. Nous ne pouvons que
nous joindre à vous, dans cette circonstance, où le mérite des
vaincus rehausse la gloire des vainqueurs. Mais nous ne pouvons
pas apprécier connue vous le concours quia valu à M. Roustan
d’être nommé à la place de professeur-suppléant aux chaires de
chimie médicale, de pharmacie et toxicologie.

�CHRONIQUE.

M. Roustan, surtout dans les épreuves qui donnent la mesure
du savoir et des dispositions professorales du candidat, l’épreuve
écrite, la leçon après vingt-quatre heures de préparation, et
l’épreuve pratique, a montré qu’il savait exposer avec beaucoup
d’ordre et de méthode les matières qui font l'objet de l'enseigne­
ment des chaires qu’il est appelé à suppléer.
Nous ajoutons que, si M. Roustan a eu le malheur de n’avoir
pas de compétiteurs, qui auraient pu donner plus d’éclat à son
légitime succès, l’école de médecine et de pharmacie de Mar­
seille n’a pas h le regretter en cette circonstance et ne peut que
s'applaudir d’avoir appelé à elle le jeune professeur qu’elle vient
de recevoir dans son sein.
Nous avons l’honneur de vous prier de vouloir bien insérer
cette lettre dans votre prochain numéro du 20 février.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’assurance de notre
considération la plus distinguée.
F avre ,
E. R ousset ,
Professeur de Pharmacie et
Professeur de Chimie
Toxicologie.
médicale.

107

des autres concours, la critique qui tempérait l'éloge, et dans
notre jugement sur M. Roustan, l’éloge qui couvrait la critique.
(t Dire a tous et sur tout ce que nous croyons être la vérité, »
telle est la devise adoptée par Lgon médical, et a laquelle veut se
conformer aussi Marseille médical. Parfois peut-être manqueronsnous un peu a cette règle, afin de garder pour de glorieux vaincus
les ménagements qu’ils méritent, ou de donner à la jeunesse qui
débute les encouragements qui lui sont dus ; mais qu’on ne cher­
che dans notre feuille ni des compliments immérités, ni un déni­
grement systématique, ni surtout de perfides insinuations. Notre
ambition est d’imiter l’historien qui raconte, et non pas le diplo­
mate qu’il faut deviner.
#

A . F ab re .

CHRONIQUE MENSUELLE.
M arseille , 15 F évrier 1S69.

Nous sommes heureux de cette réclamation, qui nous permet
à la fois de vider une question de personne et de faire une dé­
claration de principes.
Le jugement que nous avons porté sur le concours subi par
M. Roustan n’est que le résumé des motifs qui ont conduit le
jury à coter chacune de ses épreuves par un nombre de points que
nous connaissons exactement. Lévraisens de nos paroles n’ayant
pas, à. ce qu’il paraît, été compris par tout le monde, nous n’hé­
sitons pas à déclarer que, réserve faite pour le défaut par nous
signalé comme purement accidentel, nous nous joignons de tout
cœur à MM. Favre et Rousset pour rendre hommage aux pré­
cieuses qualités de notre nouveau collègue. Notre patriotisme
local, indépendant de tout sentiment personnel, n’en persiste pas
moins à déplorer qu’en cette circonstance il ne se soit pas trouvé
dans notre ville plusieurs de ces jeunes talents qui saisissent
avec avidité l’occaMon du concours pour se faire apprécier. In­
terpréter autrement le mot par lequel nous avons exprimé ce
regret, c’est manifester une fois de plus la préoccupation exclu­
sive dont a fait preuve le promoteur de la lettre qu’on vient de
lire, en n'apercevant pas, dans notre jugement sur les candidats

Faire tenir en quatre ou cinq pages ce qui en exigerait
raisonnablement dix ou douze est un tour de force que les
chroniqueurs en général n’aiment point à exécuter. Tel est
cependant l’exercice peu récréatif auquel nous soumet ce mois
ci notre cher directeur. A nous de nous accommoder comme
nous pourrons de la place fort exigue qui nous est laissée.
Le 30 janvier, la commission administrative de nos hos­
pices s’est réunie à lHùlel-Dicu, sous la présidence de M. le
Maire, pour procéder à l’installation de MM. Blanchard et On-froy. Les deux administ rateurs sortants, MM. Tôllon et Tour­
naire, emportent les regrets de tous pour le zèle, le dévoue­
ment et l’intelligence dont ils n’ont cessé de faire preuve dans
l’exercice de leurs fonctions, mais nous pouvons dire, sans
crainte de nous tromper, qu’ils sont dignement remplacés au
sein de la commission administrative. Les noms de MM. Blan­
chard etOnfroy rappellent deux des familles les plus hono­
rables de notre cité. Justement estimés dans le barreau et dans

�198

S EUX FIES.

la Société Marseillaise, les deux nouveaux administrateurs
ne sontpoint des inconnusparmi nous ; et sinousajoutons que
l'un d’eux a laissé, dans l’accomplissement de difficiles fonc­
tions publiques, des souvenirs que personne n’oubliera, tou!
le monde sera heureux de voir figurer au milieu de la com­
mission administrative deux hommes aussi recommandables.
Les mauvais jours peuvent revenir pour Marseille. C’est
beaucoup assurément de voir l’administrai ion hospitalière
composée d’esprits éclairés, d ’hommes dont le dévouement
ne fera défaut dans aucun cas.
Mais éloignons ces tristes pensées. Les heures de deuil sont
loin de nous, nous l'espérons bien. Malgré les menaces des mois
derniers, la situation sanitaire est en Europe très satisfaisante.
Le fléau indien cette année parait décidé à ne pas sortir de
l'Asie.A Djeddah, disait-on, quelques cas de choléra auraient
été observés. Hâtons-nous de dire que cette nouvelle était
fausse. Dans une note émanée récemment de la Préfecture des
Bouches-du-Rhône, il est dit en propres termes que l’épidé­
mie de Saint-Louis du Sénégal a cessé et que les avis annonçai! t
la manifestation du choléra parmi les pèlerins arrivés de Bom­
bay à Djeddah sont inexacts. Réjouissons-nous de ces deux
nouvelles et surtout de l’assurance qu’a bien voulu nous don­
ner Monsieur le Préfet, que toutes les précautions étaient
prises pour empêcher le redoutable voyageur indien d’arriver
jusqu’à nous.
Comme l’a parfaitement établi le discours de M. Fauvel à
1Académie de médecine, si nous pouvons sérieusement espé­
rer être à l’abri d’une nouvelle invasion du choléra, il ne faut
cependant point cesser de veiller attentivement; le fléau in­
dien n ’est point en Europe, c’est vrai, mais il sévit en Asie,
en Perse, c'est-à-dire à deux pas de nous ; que les gouverne­
ments veillent donc à la stricte observance, par l'Egypte et
les autres contrées, des mesures proposées par la conférence
de Constantinople.
A la suite de ce discours qui a été écouté avec la plus grande
attention. M. J. Guérin a demandé que l’Académie s’occupât,
sans plus larder, delà discussion relative à la contagion du
choléra.

CHRONIQUE

*

i

199

Tout n’a pas été dit sur cette question pleine encore d’actua­
lité. Les faits s’accumulent sans cesse, et malgré les nombreux
travaux auxquels le choléra a donné naissance dans ces der­
nières années il peut encore fournir matière à des communi­
cations qui portent avec elles leur enseignement. M. le Consul
de France à Mogador, pendant le séjour qu’il vient de faire à
Marseille, a bien voulu nous donner quelques intéressants dé­
tails sur l’épidémie qui vient de sévir au Maroc. Le fléau paraî­
trait s’être transporté de cet empire au Sénégal, à travers le
Sahara, en suivant les étapes des caravanes organisées entre
les deux pays. Si ce point peut être scientifiquement démon­
tré—et M. le Consul a bien voulu nous promettre de faire tous
sesefforts pour élucider la question—la doctrine contagionisle
se sera enrichie d’un fait d’une importance réelle.
Nous venons de citer le nom de Mogador. Voilà une ville
dont on parle peu et sur laquelle il y aurait cependant beau­
coup à dire. Mogador est sans contredit un des points du globe
qui possèdent le climat le plus remarquable au point de vue
de l’égalité des saisons et du peu de variabilité de la tempéra­
ture. Pendant son séjour dans cette ville, Monsieur le Consul
de France s’est livré à d’intéressantes études, à de longues et
patientes recherches météorologiques. Observateur habile et
intelligent , M. Baumier a recueilli une masse de faits desquels
il résulte que, dans le courant de l’année, l’écart de la tempé­
rature entre les froids les plus rigoureux et les chaleurs les
plus fortes est inférieur à 11 degrés. C’est, là on en conviendra
une situation presque unique. Notre journal publiera pro­
chainement un article de fond sur Mogador et son climat;
mais nous avons tenu à signaler dès aujourd’hui ces conditions
exceptionnelles et peu connues dont la France et Marseille en
particulier pourraient tirer un si grand parti pour le traite­
ment des maladies de poitrine.
Malheureusement c’est la mode qui régit tout. En admet­
tant, ce qui est possible et même probable, qu’une installa­
tion confortable puisse être organisée à Mogador, les médecins
prendront-ils l'habitude d’envoyer leur phthisiques au Maroc
de même qu’ils les dirigent sur Nice, Alger ou Madère ? That

�200

SEUX FILS.

is thequestion : et M. Bernard lui-même ne pourrait peut
être point la trancher.
Sous le nom de Théorie de l'habitude, M. Pierre Bernard a
fait paraître dans le numéro du 9 février de Y Union médicale
un article ou plutôt une réunion de sentences et de phrases
parmi lesquelles nous avons remarqué plus d’une belle pen­
sée, plus d'un trait d’esprit. Le malheur c’est que l’exposé
n’est point en rapport avec le titre ; des faits en masse, mais
de théorie fort peu. Ajoutons que la clarté ne brille pas tou­
jours dans cette rapide énumération. M. Bernard peut possé­
der à fond la théorie de l’hahitùde, mais il ne nous parait
pas avoir au même degré l’habitude de la théorie.
En fait d’habitude nous ne croyons pas que nos élégants
de la capitale s’accommodent facilement des procédés de la
coralline Qu’est-ce donc que cette mystérieuse personne dont
on s’occupe tant depuis quinze jours? Une fort belle lille, ma
foi, bien constituée, haute en couleurs et très à la mode;
mais déloyale au premier chef, trahissant ses plus fervents
adorateurs et ne craignant pas, entre deux baisers, de verser
habilement dans leurs veines un poison mortel. Parlons sans
métaphore. Voici le fait.
L’année dernière il était de bon ton à Paris — voire même
de fort bon goût—de porter des bas de soie rouge. Cette mode
bizarre franchissant un jour le détroit tomba brusquement de
Londres en plein Paris et le lendemain matin nos élégants de
la capitale se réveillèrent persuadés qu’ils seraient déshonorés
s’ils ne portaient point à l’avenir des chaussettes de soie
rouge. Un jour M. Tardieu, le célèbre médecin légiste, fut ap­
pelé auprès d’un jeune homme dont les pieds étaient recou­
verts d’une éruption vésiculeuse des plus douloureuses ; il y
avait en outre un certain malaise général accompagné de
fièvre, de céphalalgie et de nausées. Le malade avait fait
usage des fameux bas rouges et l’éruption était localisée sur
les points où, par le fait de la pression du soulier, un contact
des plus intimes avait dû s'établir entre la chaussette et la
peau. Frappé de ce phénomène singulier auquel plusieurs
autres faits exactement semblables vinrent donner plusd im­

CHRONIQUE.

201

portance encore, M. Tardieu eut la pensée que le mal venait
du bas lui-même, et il soumit à l’analyse la pièce incriminée.
Pe concert avec un habile chimiste de Paris, M. Poussin, il
retira la matière colorante rouge et l’ayant injectée sous la
peau d’une grenouille, d’un chien, d’un lapin, il détermina
au bout de quelques heures la mort de ces animaux.
Or cette substance, qui donne une magnifique teinture, n’est
autre que la coralline, produit organique dér^'é de l'acide
phœnique et découvert en 1860 par M. Persoz. MM. Tardieu
et Houssin ayant expérimenté sur les animaux avec la coral­
line en nature, reconnurent qu’elle agit comme un drastique
des plus énergiques et tue en quelques jours. Il est donc bien
prouvé que cette belle matière colorante est un poison très
actif; qu’introduite dans l’économie, même à petite dose,
elle donne la mort ; que répandue dans les étoffes et mise en
contact avec la peau elle s’absorbe et produit de redoutables
accidents.
Telle est en substance l’intéressante note communiquée
par M. Tardieu à l’Académie de médecine et à l’Institut.
Voilà donc où conduisent les excentricités de la mode.
Voilà donc les médecins investis du droit de protester contre
les bizarreries de tout genre qui depuis quelques années ten­
dent à remplacer, même dans la société la plus choisie, la
distinction du maintien, de la nuance et de la coupe. Ah!
si Caton revenait parmi nous, comme il aurait à faire-! Sans
doute les lois somptuaires du rigide censeur n’auraient d’auIre effet, si elles étaient promulguées à notre époque, que de
provoquer partout un immense éclat de rire. Aussi, vou­
drions-nous qu'on essayât d'un autre système.
Si nous étions le gouvernement, nous décréterions, au nom
de l’intérêt, général et de la sûreté publique, que nos élégants
des deux sexes ne pourraient porter aucun vêtement voyant et
suspecté vénéneux sans l’avoir préalablement soumis à l'ana­
lyse chimique. Vous figurez-vous sortant de la cornue ou de
l’alambic ces cravates multicolores, ces robes provoquantes et
tapageuses, ces jupes d’un rouge à mettre en émoi tous les
bœufs de la création ? Attendez, mesdames, attendez, mes-

�202

KOI A .

NOUVELLES DIVERSES.

2*1.5

sieurs, que vus dangereux et ridicules vêtements aient passé
par la main du chimiste ; portez-les après, si vous l'osez.......
et s'il eu reste ! Ce 11e sera pas beau, ce sera même gênant,
mais au moins ce sera sûr. Le luxe de mauvais goût qui dis­
tingue notre époque 11e résisterait certainement pas à celte
nouvelle épreuve du feu, et désormais les mères de famille
ou les médecins hygiénistes ne seraient plus les seuls à pous­
ser ce cri qumne pièce moderne a rendu populaire : ô sainte
mousseline......... ! !
Dr Seux fils.

l’Arabie ne sera pas envahie cette année. Le grand chérif de
la Mecque est un homme très intelligent qui s’occupe sérieu­
sement de la question sanitaire. C’est un puissant auxiliaire
pour 110 s autorités consulaires avec lesquelles il échange de
fréquents témoignages de bon voisinage.
Dr Houx de B. fils.

F O R M U L A IR E :

— Un de nos plus jeunes et distingués confrères, M. le docteur
Queirel, a été nommé dernièrement chirurgien en chef des hôpi­
taux. M. Queirel remplace M. Bartoli dans l’important service de
maladies syphilitiques établi depuis quelques années à l’hôpital
de la Conception.
— Par décret impérial du 46 janvier 1869, AL Seux, médecin en
chef des hôpitaux, professeur a l’école de médecine , a été nommé
président de l'association médicale des Bouches-du-Rhône.
— Par arrêté ministériel, ont été nommés professeur suppléant
a lecole préparatoire de médecine et de pharmacie de Marseille :
1° Pour les chaires de médecine, M. le docteur Villard ;
2° Pour les chaires de thérapeutique et de matière médicale,
AI. le docteur Seux fils ;
3° Pour les chaires de chimie médicale, de pharmacie et de
toxicologie, M. Roustan, pharmacien de lrc classe.
— M. le docteur Picard a fait récemment à l'Union des arts une
remarquable conférence sur le choléra.
— Al. Roustan, professeur suppléant, remplace cette année
AI. Favre dans le cours de chimie médicale ae notre école de
médecine. O11 doit bien augurer de l’enseignement confié au jeune
chimiste qui a donné naguère des preuves si réelles de savoir.
—L’installation des deux nouveaux administrateurs, AIAI. Blan­
chard et Onfroy, a eu lieu à l’Hôtel-Dieu, le 30 janvier 1869.
— Par décret en date du 30 janvier 1869, la chaire de médecine
comparée, de la faculté de médecine de Paris, prend le titre de
chaire de Pathologie comparée et expérimentale.
—Al. Daremberg a commencé le 15 janvier, au collège de France,
son cours sur Yllisloire des sciences médicales. Le professeur traite
cette année un sujet plein d’intérêt, les Institutions médicales et les

Luiplàtre pliéniqué de M. Lister.
Huile d’olive............ 12 parties eu poids.
Lithargc...................... 12
»
Cire............................. 3
»
Acide p hon iqu e.. . .
2 1/2
»
On étend l’emplâtre comme le diachylon

Ihiilc phéuiquée.
Huile d'olive.............................. i
Acide p h én iq u e........................ 1

NOUVELLES 1&gt; 01 IRE-MER.
On nous écrit de Suez, à la date du 27 janvier, que l'hôpital
créé sur ce point par l'heureuse initiative de M. le consul de
France. Emerat, est en pleine voie de prospérité. Il a été fondé
au moyen de sommes obtenues par notre habile compatriote,
du Vice-Roi d'Egypte et des différentes administrations fran­
çaises. La concession faite pour cet objet par le gouverne­
ment Egyptien renferme 7.242 mètres carrés, et aujourd’hui
Al. Emerat plante des jardins, qui, sous celte latitude, feront
bientôt de cet hôpital un véritable Oasis.
Les nouvelles deDjeddah sont meilleures. Le choléra n’a
pas fai t de ravages comme ou le craignait, tout fait espérer que

NOUVELLES DIVERSES.

maladies épidémiques ou sporadiques durant la première période du
moijen-âge.

— Par décret en date du 6 janvier 4869, AI. Cavalier, docteur
en médecine, a été nommé professeur de pathologie et de théra­
peutique générales a la faculté de médecine de Alontpellier.
— Le concours d’agrégation pour la section de médecine a été
très brillant à Alontpellier. Il s’est terminé par la nomination de
AIAI. Hamelin et Gingibre. Le concours d’agrégation pour la sec­
tion de chirurgie a été ouvert le 25 janvier.
— Une épidémie de fièvre typhoïde sévit actuellement à
Bruxelles.

�?0l

S EUX FILS.

— Le professeur Syme, d'Edimbourg, consulté par les frères
siamois Chang et Kng, sur l’opportunité de leur séparation de.
corps, a été d’avis que cette opération serait très dangereuse et no
devait pas être faite.
— L’enseignement de la gymnastique vient d’ctre décrété dans
les lycées, collèges, écoles primaires communales et écoles nor­
males primaires de l’empire français.
— Par décret en date du 6 février 1860, M. Guy (Louis-Arthur),
médecin de lr0 classe de la marine* impériale, détaché à la com­
pagnie générale transatlantique, chirurgien à bord du Perdre, a
été nommé chevalier de la Légion-d’Honneur en récompense de
son dévouement pendant le terrible coup de mer essuyé par le
Perdre, le 21 janvier 1869.
— Le gouvernement russe vient, dit-on, de mettre au concours
un prix de 10,009 francs pour la meilleure histoire de la vaccine.
Tous les étrangers peuvent concourir pourvu que leur ouvrage
soit écrit dans une des langues européennes.
— Dans la séance du 22 décembre 186S, la Société de médecine et
de chirurgie pratiques de Montpellier a décidé qu’un prix de 150 fr.
serait décerné en 1869 au meilleur mémoire manuscrit sur un
sujet quelconque des sciences médicales adressé par un élève de
la faculté de médecine de Montpellier. Sont considérés comme
élèves de cette faculté, les étudiants qui y ont subi un ou plu­
sieurs examens ou pris une ou plusieurs inscriptions. Les mé­
moires doivent être essentiellement pratiques, reposer, soit sur
des observations prises au lit du malade, soit sur des expérimenta­
tions faites dans les laboratoires de physiologie ou de chimie, etc.
Us devront être adressés à M. Bertin, secrétaire général de la
société, rue de la Merci 3, avant le 15 avril 1869. Chaque mémoire
portera une devise qui sera répétée sur un pli cacheté contenant
la signature de l’auteur.
— M. le ministre de l'instruction publique vient d’autoriser
a la Sorbonne 21 cours libres d’enseignement supérieur. Parmi
ces cours il en est un de médecine homœpathique, Il a été inau­
guré Je 25janvier 1869 parM. le docteur Léon Simon.
— M. le marquis d’Ourches, décédé a Paris le I" mai 1867, a
fondé par une disposition particulière de son testament ologra­
phe du Il février 1866, les deux prix suivants :
1° Un prix de vingt-mille francs pour la découverte d'un moyen
simple et vulgaire de reconnaître d’une manière certaine et
indubitable les signes de la mort réelle. La condition expresse de
ce prix est que le moyen puisse être mis en pratique même par
de pauvres villageois sans instruction.
2UUn prix de cinq mille francs pour la découverte d’un moyen
de reconnaître d’une manière certaine et indubitable, les signes de
la mort réelle, à l'aide de l’électricité, du galvanisme ou de tout
autre procédé exigeant, soit l’intervention d’un homme de l’art,
soit l’application de connaissances, l'usage d’instruments ou
l’emploi de substances qui ne sont pas à portée de tout le monde.
— A.u moment de mettra sous presse nous apprenons le décès
de M. le professeur Grisolle. Nous nous associons dès aujourd’hui
aux regrets unanimes déterminés par la mort de ce maître aime
et estimé de tous.
D’ S eux fils.
A. F abre .

(a n c ien n e

U n ion M édicale de la P r o v e n c e )

fimc Année. — N ° 3 . — 20 Mars 1809.

HYGIÈNE PUBLIQUE.
SUPPRESSION DES SERVICES »E VÉNÉRIENS HANS LES HOPITAUX.

Marseille, 3 Mars 1869.

L :Administration des hôpitaux vient de faire fermer, à Thôpital de la Conception, les salles consacrées au service des
vénériens et une salle appartenant à l ’un des services de méde­
cine.
Cette mesure, si grave, nous impose l'obligation de recher­
cher les causes qui ont poussé une administration, si désireuse
du bien public , à une détermination aussi radicale. Le
devoir de la Presse médicale, est d’appeler l’attention de
tous, et surtout de ceux qui peuvent les conjurer, sur les
dangers qu’entraînera la suppression de ces services , soit
au point de vue des intérêts particuliers des malades, soit à
celui de l ’hygiène publique.
La premièrejquestion que nous adressera le lecteur, en lisant
le premier paragraphe de notre article, sera de nous demander
le pourquoi de cette mesure. Pourquoi? la réponse, hélas,
peut-être prévue d’avance !
Nos hôpitaux sont pauvres et les malades y affluent. La
ville subvient A leurs besoins par des sommes très considé­
rables, mais ces secours ne suffisent pas pour couvrir les dé­
penses que nécessite le nombre des malades.
En 18G8, l’Administration a dù couvrir l ’excédant de ses
dépenses, par la vente d’une certaine somme de titres de rentes*
44

�206

1I1GIENE PUBLIQUE.

par l'aliénation partielle de son capital. Doit-elle, aujourd'hui,
poursuivre de semblables errements? Doit-elle diminuer le
nombre des malades qu’elle secourt ? C’est à ce dernier parti
qu’elle s'est arrêtée. Agir autrement, c’était éloigner la ques­
tion sans la résoudre; c’était ouvrir un abîme plus profond et
compromettre, au profit du présent, l'avenir des hôpitaux.
Avec des ressources très limitées, l’administration a apporté
de grandes améliorations, dans les bâtiments et les services
hospitaliers. On ne saurait trop applaudir à ces transforma­
tions, quand on se souvient, qu’il y a quelques anuées à peine,
notre Hôtel-Dieu était un des hôpitaux les plus insa­
lubres de la France et qu’il était accepté, par la population
marseillaise tout entière, que tous les opérés y succombaient,
C’était, Dieu merci, une exagération, mais tel qu'il est
aujourd’hui, notre hôpital transformé est, pour l ’adminis­
tration des hôpitaux, un titre à la reconnaissance de ses con­
citoyens.
Mais, chaque médaille a sou revers. C’est avec le capital des
hôpitaux que l’Hôtel-Dieu s’est tranformé, que la Conception
a été bâtie, que la Charité a été améliorée, mais c’est aussi par
ces travaux utiles que les revenus, déjà insuffisants, se sont
amoindris.
Actuellement la question est posée en ces termes : d une part,
l ’Administration ne peut consentir à dépenser, pour ses ser­
vices, plus d’argent qu’elle n’en possède. De l ’autre, la ville a
limité ses subventions, en déclarant qu’elle ne pouvait aller
plus loin.
Telle est la situation. Elle a dû être bien impérieuse, pour
que les administrateurs actuels, tous connus si honorable­
ment dans notre ville, aient pu prendre une décision aussi
importante; pour que cette délibération ait été approuvée par
l'administrateur, si populaire, qui dirige notre département.
Nous sortirions des limites qui nous sont imposées, en cher­
chant un remède à cet état de choses, dont nous devons cons­
tater seulement les dangers. Mais, puisque l’occasion s’en pré­
sente, qu’il nous soit permis de dire qu’une des principales
sources des richesses des hôpitaux parait s’être tarie dans

VÉNÉRIENS.

207

notre ville, pourtant si charitable. Donner aux hôpitaux, diton, c’est donner à la ville 1L’expérience à laquelle nous assis­
tons aujourd'hui démontre l ’erreur de cette assertion. Quel­
ques titres de rentes de plus dans les caisses des hôpitaux , et
nos salles ne seraient point fermées. Qu’on ne l’oublie pas, les
obligations de la ville sont seulement morales, elles peuvent
un jour faire défaut !
Quelles seront les conséquences de cette décision?
Pour les malades appartenant au service médical, ce sont
trente lits supprimés, trente malades, qui, ayant besoin, ne
trouveront pas accès dans les hôpitaux.
Déjà, l'admission des malades n ’est pas très facile. Tout
individu, en dehors du cas d'urgence, n ’est admis qu’après
avoir subi la visite de l’un des médecins de l’Hôtel-Dieu.
Les malades seuls sont admis. Ceux qui n’ont que des indis­
positions jouissent du bénéfice de la distribution des médi­
caments, soit à titre gratuit, soit à très bas prix.
Malgré ces obstacles aux admissions, les services de méde­
cine sont remplis, car ce n ’çst pas, sans une absolue nécessité,
que deux services médicaux ont été créés, en principe; dès
lors, la suppression de trente lits est la suppression réelle de
trente malades.
Si la diminution des lits, dans le service médical, est sup­
portée individuellement par un certain nombre de malades
nécessiteux, la suppression des services de vénériens s’élève à
la hauteur d’une question d’hygiène publique.
Dans toutes les crises, que le manque d’argent amène dans
les hôpitaux, ce sont les vénériens qui sont les premiers me­
nacés, les premiers exclus de l’assistance publique.
Nous comprenons que ces sortes de maladies puissent pré­
senter aux moralistes diverses faces, sous lesquelles on peut les
considérer ; m aison nous pardonnera, à nous Médecins, de ne
trouver chez eux que des malheureux, des indigents, auxquels
ilfaut accorder des secours, toutautant qu’aux autres malades.
Mais, si quittant le point de vue personnel, nous portons nos
regards sur les intérêts publics, nous dirons que plus que les
autres malades ils réclament l’attention , et que c’est à eux
qu’il faut rendre plus facile l’accès des hôpitaux.

�20$

HÈMATOCÈLES.

HYGIÈNE P I BLIQUE.

Pourquoi insisterions-nous sur les dangers que présentera
pour la santé publique la fermeture des salles des vénériens?
Vous avez, actuellement pour les tilles, un service de santé
parfaitement organisé , des visites fréquentes, et vous allez
multiplier pour elles les chances de contracter les accidents
syphilitiques ! Vous détruisez a in s i. d’une main, ce que
vous avez édifié de l’autre, et cette destruction est une
menace, pour la société, pour les familles qui seront atteintes,
plus particulièrement, dans les rejetons sur lesquels elles
comptent pour les perpétuer dans l'avenir.
Ces dangers, il suffit de les faire entrevoir pour que tout le
monde en comprenne l’importance, mais nous avons encore,
nous Médecins, d’autres considérations à faire valoir qui exci­
tent notre sollicitude.
Le service des vénériens est devenu dans les hôpitaux un des
services les plus importants. Ce sont les affections syphilitiques
qui se présentent, le plus souvent, dans la pratique des jeunes
médecins. Beaucoup d’entre nous, pourraient se souvenir que
c’est par là qu'ils ont commencé Jour carrière médicale. L'in­
fortuné. qui a commis une faute et qui en est puni, ne trou­
vera pas, chez le jeune docteur, un censeur qu'il redoute! Et
vous allez enlever à nos élèves les moyens de connaître les
maladies que demain ils seront appelés à soigner. Ils ne vont
plus trouver de services de Vénériens dans les hôpitaux de
Marseille et vous les obligerez à aller à Paris, à Lyon, pour y
étudier les affections syphilitiques !
Marseille, dans son rapide essor, ne tardera pas à devenir,
par sa population, la seconde ville de France. Doit-elle, au
point de vue moral, abdiquer son rang de grande cité? Doitelle renoncer à son enseignement médical? Doit-elle fermer
la porte de ses hôpitaux à ceux de nos concitoyens qui sont
malheureux et qui souffrent? Caveant Consules.
(La Rédaction.)

209

D E S I 1ÉM A T 0 CÈLES
DE LA RÉG IO N DU T E S T IC U L E
P ar

le

Tr CHAPPLAIN,

Chirurgien en chef des Hôpitaux, professeur suppléant d l'École de Médecine.

( Suite.)
V
Les diverses variétés d’hématocèles, que nous avons étudiées
précédemment,ont été adoptées par les auteurs, presque sans
contestation, mais il n’en est plus de même quand on arrive
à l’étude de l’hématocèle de la glande testiculaire elle-même,
à l ’hématocèle sous-alhuginée. Les épanchements sanguins,
situés au-dessous de la tunique fibreuse péri-testiculaire,
admis par Richter et Pott, deviennent non seulement douteux,
mais, si les auteurs qui viennentaprès eux, les mentionnent
c’est pour en contester l’existence et même la possibilité.
Après avoir cité l’opinion de Richter, Jourdan, dans le
grand Dictionnaire des Sciences Médicales, déclare : « qu'il est
« douteux que cette variété existe, car, tout en admettant
a qu’une petite quantité de sang puisse, sous l’influence d’une
« contusion, s’épancher dans le tissu du testicule, la dédica­
ce tesse extrême de ce tissu et sa sensibilité exquise, entraine« raient, dans peu de jours, un tel caractère de gravité que la
a castration serait la seule ressource pour conserver la vie du
« malade. Il est probable, que celte prétendue variété de 1 Lié—
« matocèle n’est autre chose, qu'une diathèse variqueuse des
« vaisseaux du testicule (l).
(1) Art. Hômatocèle. Tome 20, page 125.

�210

CHAPPLAIN.

M. J. Cloquet, dans le dictionnaire en 30 volumes, ne l’admot
pas d'avantage.
« Pott a admis une autre espèce d’hématocèle, qui a son
« siège dans l’intérieur même do la tunique albuginée, pour
« laquelle, il conseille la castration. Mais cette maladie n’étant
« autre chose, que l’épanchement sanguin qui accompagne
« assez souvent le sarcocèle, ne doit pas être regardée comme
« une hématocèle proprement dite... On ne pourrait regarder,
a comme hématocèle de la tunique albuginée, que l ’épanche« ment de sang qui a lieu, dans cette membrane fibreuse, à la
a suite des blessures du testicule , épanchement, qui doit
« toujours être peu considérable, à raison de la résistance,
« qu’elle offre à l’écoulement du sang.
Velpeau ne mentionne que les variétés, dont nous avons déjà
parlé : l ’hématocèle pariétale et l’hématocèle vaginale.
Curling et son annotateur, M. le professeur Gosselin, n’en
laissent supposer l’existence, que par le titre trompeur donné au
chapitre consacré aux hématocèles extra-testiculaires.
Vidal semble l'admettre, sans se rendre parfaitement compte
de l’individualité de l ’affection : « L'Hydrocèle, le sarcocèle,
t sont dus, plus souvent qu’on ne pense, à des froissements du
a testicule. Quand la contusion est violente les dangers pour
« l ’organe sont immédiats. »
Béraud, en 1851, est venu protester contre cet ostracisme, en
publiant une observation d’hématocèle aiguë du testicule. Elle
a eu l ’heureuse chance d’être acceptée, par les auteurs qui l ’ont
suivi, bien qu’elle ne soit pas plus probante que celle de
J. L. Petit, que l’on trouve dans ses œuvres et dans les
mémoires de l’ancienne Académie de Chirurgie.
M. Bouisson, à son tour, est venu en affirmer l’existence
dans le Montpellier médical. M. Nélaton, dans son ouvrage de
Pathologie externe, a consacré à l’hématocèle sous-albuginée
un chapitre entièrement résumé de l ’observation de Béraud.
Il a été plus loin, et des faits d’hématocèles sous-albuginées
chroniques, ayant entraîné la castration, ont été publiées
dans les journaux avec l’autorité de son nom.
Dans les ouvrages les plus récents de MM. Richard et Des-

HÉMATOCÈLES.

211

prètz, le diagnostic différentiel des hématocèles du testicule
n’est basé que sur le fait, déjiunentionné, de Béraud.
En principe, on peut se poser une double question : Quelles
sont les conditions soit anatomiques, soit physiologiques, qui
s’opposent à ce qu’un épanchement sanguin puisse s’opérer
dans le testicule VQuelles sont les conditions qui, aux mêmes
points de vue, peuvent favoriser celte altération pathologique ?
L’anatomie, nous a rendu compte de la rareté des épanche­
ments sanguins dans la cavité de la tunique vaginale, alors
que nous avons considéré la disposition relative de la séreuse
et de ses vaisseaux.Arriverons-nous à la même conclusion, en
étudiant l’anatomie chirurgicale du testicule ? Nous y trou­
vons : 1° une membrane fibreuse très dense, qui, comme les tu­
niques fibreuses, se laisse déchirer difficilement. Il faut, pour
en opérer la rupture, par des instruments contondants, une
violence extrêm e, qui ne s’arrête pas alors à la lésion de la
membrane, mais dilacère tous les tissus subjacents. Cette
membrane, si elle se déchire difficilement, peut néanmoins
se laisser distendre. 2° Un organe m o u , q u i, bien qu’il rem­
plisse toute la capacité de la tunique fibreuse, peut parfai­
tement se laisser comprimer par une certaine quantité de
sang. 3* Les vaisseaux y sont en grand nombre : « L’albuginée,
« dit M. Bouisson, offre à sa surface interne une disposition
« anatomique favorable à la formation des tumeurs sangui« nés. Cette surface, est en rapport avec une couche vascu« laire assez riche, formée d’artères et. de veines occupant
« des dépressions, qui semblent sculptées sur la tunique
« fibreuse et dont on peut comparer l’aspect à celui des sinus
« de la dure-mère » (1).
La mobilité du testicule lui permet de se soustraire à l ’ac­
tion d’un grand nombre d’agents vulnérants, mais cette mobi­
lité n’est point constante, et quelques circonstances particu­
lières, paraissent rendre illusoires les précautions que la nature
semble avoir prises, pour soustraire les bourses aux contusions.
Un des exercices, dans lequel les testicules sont le plus sujets

(1) Montpellierlmédical 1858, page 438.

�212

CHAPPLAIN.

ii être froissés, est l’équitation. Les cuisses du cavalier étant
appliquées, d'une manière immédiate sur les côtés de la selle,
les bourses sont refoulées en avant et viennent, dans les mou­
vements brusques ou imprévus, se présenterai! pommeau de
la selle, qui les blesse. Ce n'est certainement pas. la seule cir­
constance, dans laquelle le testicule puisse être blessé, mais
c’est là, une des causes les plus fréquentes des contusions, des
hématocèles.
Basé sur les dispositions anatomiques et physiologiques
que nous venons d’énoncer, nous croyons, que le testicule est
assez fréquemment le siège d’épanchements sanguins et que le
sang extravasé est là, ce qu’il est dans les autres régions de
l’organisme, un corps étranger dont la présence est. facilement
supportée par les tissus avec lesquels il se trouve en contact.
Nous n’avons, pour nous assurer de l ’épanchement anormal du
sang, aucun des signes qui, dans les organes superficiels, témoi­
gnent de sa présence. Si la coloration du testicule change, par
quels moyens en serons nous instruits? La contusion des pau­
pières, si fréquente, combien de fois échapperait-elle à notre
observation, si nous ne pouvions en constater la présence, à
l ’aide de nos yeux , par la coloration des téguments. Nous ne
pourrons, alors, constater les épanchements sanguins dans les
organes profonds, que lorsque le sang, devenu corps étranger,
donnera lieu à un état phlegmasique, qui obligera d’ouvrir la
tunique albuginée, ou bien encore lorsque la coque fibreuse,
distendue lentement et d’une manière progressive par le sang
sorti des vaisseaux, entraînera une altération profonde dûtesticu le, qui conduira le chirurgien à la nécessité d’opérer la
castration.
Pourquoi ne pas juger, du testicule, par les autres orgapes?
Pourquoi, une contusion n ’entrainerait-elle pas une ecchy­
mose, un épanchement sanguin, dans la tunique fibreuse du
testicule? Pourquoi cet organe supporterait-il, plus difficile­
ment qu’un autre, la présence d’une certaine quantité de sang,
soit dans son tissu, soit entre ce tissu et la tunique fibreuse?
Les effets de la contusion, ne seront pas là, différents de ce
qu’ils sont dans les autres parties du corps. Les orchites trau­

HÉMATOCÈLES.

213

matiques, que sont-elles? Nées sous l'influence d’une violence
extérieure, elles ont pour phénomène initial la contusion,
l’infiltration , l’épanchement sanguin et l ’inflammation com­
me phénomène secondaire.
L’épanchement sanguin au-dessous de la tunique albuginée,
dans le parenchyme du testicule, nous paraît incontestable
en principe. Mais que serait la théorie sans les faits? Or, les
faits ne font pas défaut et doivent à leur tour démontrer la réa­
lité de l’affection dont nous nous o cc u p o n s^
M. Bouisson admet deux variétés de l’hématocèle sous-albuginée, l’une traumatique et l’autre spontanée. Cette dernière
variété, serait la conséquence d'une altération des tissus
propres du testicule. L’hématocèle, ne serait que la compli­
cation d’un état plus grave de l’organe, le plus ordinai­
rement du cancer. Nous croyons à la réalité de deux va­
riétés d’hématocèles, indépendantes de toute autre altération du
testicule, l ’une aiguë , parcourant ses périodes, dans un laps
de temps, qui l’assimile à un état phlegmasique immédiate­
ment consécutif à la contusion ; l’autre chronique, se dévelop­
pant, avec une extrême lenteur, et conduisant à des altérations
profondes, qui ne permettent pas d’espérer le retour de l’or­
gane à ses fonctions.
VI
Grâce à Béraud (1), l’hématocèleparencliymateuseaiguë a re­
pris, dans le cadre nosologique, la place qui lui appartient et
que les auteurs, du commencement du siècle, lui avaient re­
fusée.
Le nom de parenchymateuse, nous parait préjuger un fait
qui n’est pas absolument exact. Le sang, sorti des vaisseaux,
peut, ne pas exister dans le tissu même de la glande, mais bien
occuper l’espace compris, entre le tissu propre du testicule et
la tunique fibreuse, aussi la qualification de sous-albuginée,
que lui donne M. Bouisson, nous paraît-elle plus juste.
(1) Archives de Médecine, 1851. l*r vol., p. 281.

�2U

CHAPPLAIN.

Quels sont les caractères anatomiques et symptomatiques,
à l'aide desquels, l ’affection qui nous occupe, témoigne de sou
existence ?
Dans le cas indiqué par J. L. Petit, c’est un cavalier qui
reçoit, sur le scrotum, un coup de pied de cheval. Développe­
ment énorme des bourses, que l’on est obligé d’ouvrir des
deux côtés, et l'on peut, ainsi examiner l’état des testicules :
« Ils ne paraissaient point gonflés, mais à la levée du premier
a appareil, ils parurent l'être considérablement. Les ayant
« examinés, j'aperçus une fluctuation que je jugeai être cau« sée par un fluide épanché dans le peritestes, et, comme
« cette membrane était brune, je ne doutai pas qu’il n’y eût
« du sang, et parce que je sentais, au contraire, de la fluidité,
« je conclus que le sang qui y était contenu n’était pas em
« tièrement coagulé, parce qu’il s’était mêlé avec l ’humeur
a qui est naturellement en cette partie, mais qui s’y était
« déposée en plus grande quantité, en conséquence du coup.
« J’ouvris des deux côtés, dans toute l ’étendue du péritestes:
a il en sorti beaucoup de sanie et quelques caillots de sang.
« Les testicules n’était pas considérablement gonflés ni dou« loureux; ce ne fut qu’à la levée du second appareil, qu’ils
a parurent un peu plus gros, d u rs, très-sensibles, et d’une
a couleur brune, ce qui me fit craindre d’abord la mortificaa tion ; mais ayant fait attention que cette douleur accompa« gnait toujours les contusions, je regardait le tout comme une
« ecchymose. En conséquence, je fis une incision de 8 à 10
« lignes de long de chaque testicule, coupant la membrane albuu gineuse jusqu'à la substance du testicule. Il en sorti beaucoup
« de sanie ; la couleur fut sur-le-champ moins noire, et encore
« moins le lendemain, si bien qu’elle se dissipa, hors deux
€ points comme l ’ongle, qui tombèrent en pourriture. »
Nous allons également résumer l’observation de Béraud :
C’est un journalier, âgé de 32 ans, qui fait une chute sur
des pierres d’une hauteur de 12 à 15 pieds. Il ne sait comment
il est tombé parce qu’il s’est évanoui immédiatement.
Il entre le lendemain à l ’hôpital, où l’on trouve ses bourses
très tuméfiées, très douloureuses à la pression. La tuméfac-

HÉMATOCÈLES.
tion augmente les jours suivants et M. Giraldés se décide à
pratiquer une ponction, avec la lancette, qui fait reconnaître
une hématocèle de la tunique vaginale, mais, ce qu’il y a de
remarquable , c’est qu’on n’aperçoit aucune teinte ecchyniotique sur les parois des bourses.
Le côté droit du scrotum s’améliore, mais le côté gauche
demeure dur, gonflé, très douloureux, toujours sans teinte
ecchymotique. Crépitation sanguine, cordon dur, douloureux,
rénitent. Double incision des tégum ents, puis une troisième
sur le trajet du cordon. Issue de caillots sanguins mêlés à du
pus.
Amélioration de l’état local, mais douze jours après les
incisions on constate sur la plaie des bourses des filamens
noirs que l'on reconnaît, pour des conduits séminifères.
« Le 1" octobre. Le testicule vient se présenter à l’ouver« ture de la plaie des bourses : il est de couleur noirâtre ;
4 la tunique albuginée offre cet aspect dans tous les points
a accessibles à l’œil. Lorsqu’on presse sur elle avec un stylet,
a elle s’affaisse facilement ; elle n’offre plus cette rénitence qui
« lui est propre. En examinant avec soin, on voit., à l’angle
« supérieur de la plaie des bourses, une ouverture de la tu« nique albuginée, ouverture qui a probablement, donné issue
a aux vaisseaux séminifères que nous avons trouvés hier sur
« la plaie au milieu d’un pus sanguinolent. M. Giraldès pratia que une incision à la tunique albuginée, dans un point qui
4 correspond à la plaie des bourses, ce qui permet de voir à nu
« la substance propre du testicule : belle—ci est de couleur cho4 colat, imprégnée de sang, et l’on voit même quelques petits
« caillots entre les filaments qui font hernie à travers l’ou« verture que l’on vient de-pratiquer, ouverture qui a envi« ron un centimètre et demi. La pression sur ce testicule
4 n’éveille pas de douleur; pas de fièvre, bon appétit. »
M. Bouisson a observé, deux fois, la même affection : chez
un malade qui, dans une rixe, avait eu le testicule violem­
ment froissé, par la main de son adversaire, et chez un soldat
qui avait reçu une balle morte sur le scrotum. Le testicule
devint très volumineux, il se forma un abcès intra-testiculaire et la glande s’atrophia.

�IIÉMATOCÈLES.

Dans les deux premiers cas. que nous venons de citer, et qui
seuls peuvent nous servir à apprécier les altérations patho­
logiques du testicule, nous trouvons la coloration brune de
l'organe, qui fait croire à J. L. Petit, que le testicule est
mortifié. La tunique albuginée incisée, on trouve alors la
substance propre du testicule, imprégnée de sang, qui lui
communique une coloration brune foncée. Des caillots de
sangexistent entre les filaments testiculaires et la tunique
albuginée. 11 y a de la sanie, et lorsqu’elle s’est écoulée, la
coloration est moins noire ; elle l ’est moins encore, le lende­
main, à mesure que toulle sang ex travasé trouve une issue au
dehors.
L’observation citée par Béraud, comme celle de M. Bouisson
se termine par l ’atrophie du testicule, les tubes séminifères
s’étant échappés à travers la plaie faite à la tonique vaginale.
Ne pourrions-nous pas rapprocher de ce fait l ’observation
suivante extraite des œuvres d’À. Cooper : (1)
M. S . . ., à l’âge de 19 ans, se froissa les testicules sur le
pommeau de sa selle. Le soir du même jour, onze heures
après l’accident, il fut pris de douleurs déchirantes dans le
testicule, qui, dans l’espace d’une semaine, se tuméfia au
point d’atteindre un volume considérable. L’inflammation
céda alors, mais la glande disparut complètement.
On ne peut donc douter de l ’existence de la variété d’hématocèle sous-albuginée aiguë, et cependant les faits qui y
sont relatifs sont très rares. Pourquoi? c’est que la sympto­
matologie en est très obscure : 1° parce que rarement la contu­
sion du testicule se présente seule; qu’elle est accompagnée de
la contusion et des épanchements sanguins, soit dans lesparois
du scrotum, soit dans la tunique vaginale; 2° parce que les
symptômes principaux de la contusion n ’étant appréciables que
par le sens de la vue, dans le cas bien rare où le testicule par­
ticipera, seul, à la lésion physique, ces symptômes passent
complètement inaperçus ; 3° parce qu’en dehors de ces symp­
tômes, appréciables à la vue, les autres symptômes, qui peu­
vent se présenter, ne sont pas pathognomoniques de l'héma(1) A. Cooper. trad. Chassaignac. page 432.

217

locèle et peuvent appartenir à d’autres lésions testiculaires ,
beaucoup plus facilement acceptées jusqu’à ce jour.
Béraud a distingué les symptômes de l ’hématocèle sousalbuginée aigue en primitifs et consécutifs.
Parmi les premiers, il faut élaguer tous les signesphysiques,
la douleur, signe rationnel, est le seul qui puisse fournir un
élément d’appréciation. Elle est très vive, dit-il, au moment
de l’accident et dure une ou plusieurs heures après.
Nous trouvons, en effet, dans A. Cooper, deux faits, qui
nous paraissent appartenir à l ’hématocèle, et dans lesquels, la
douleur a été excessive : ce sont les observations 374 et 375 (1).
Dans la première, un individu se heurte violemment le testi­
cule à un tiroir ouvert. Le lendemain matin il ne pouvait
plus uriner et comme il souffrait horriblem ent, il fit appeler
un chirurgien. Dans l ’autre , le testicule est dans l ’anneau ,
chez un jeune homme qui tombe sur une pièce de bois,
immédiatement douleurs excessives, défaillances, etc.
La douleur est un phénomène que l’on accepte facilement,
à priori. Jourdan voyait dans un cas semblable une indi­
cation d’enlever le testicule, tant il préjugeait qu’elle devait
être violente. Sans accorder moins d’importance qu’elles n’en
méritent à de semblables assertions, on peut dire que l ’inten­
sité delà douleur n’est pas là un élément de diagnostic sérieux,
et qu’en réalité, les symptômes primitifs ne peuvent éclairer
le chirurgien sur le siège de l ’épanchement sanguin.
Les symptômes consécutifs nous donneront-ils plus de
certitude ?
Dans l’appréciation de ce dernier ordre de phénomènes,
nous ne pouvons accepter tout ce qui a été dit par les différents
auteurs, notamment par Doit. Ce n’est point à l’hématocèle
aiguë que se rapporte la description de la maladie , décrite
par cet auteur, mais bien à une variété qui nous reste à dé­
crire. Les symptômes consécutifs sont ceux qui vont suivre
immédiatement l’action du corps vulnérant.
« S’il n’existe pas d’ouverture à la tunique vaginale, dit
« Béraud, on sentira que le testicule est gonflé, plusdur, plus

■(l) A. Cooper. Trad. Chassaignac.

�218

CHAPPLAIN.

« renitent, que celui du côté opposé ; il présentera à la sur« face, des bosselures plus ou moins saillantes et la pression
« ne sera que peu ou point douloureuse. »
A cela nous avons quelques objections à faire. La pre­
mière, c’est que, pendant que les phénomènes qu’il décrit,
peuvent exister sur le testicule, les bourses, la tunique vagi­
nales, présentent d’autres altérations, qui les masquent. En
second lieu, il est à observer, que tous les faits, sur lesquels
est basée l ’histoire de cette affection, n’ont été constatés que
lorsque, par des incisions faites aux bourses, les testicules
ont été mis à nu. En dehors de cette appréciation directe,
tout est obscurité, incertitude.
Aussi, ne voulant pas faire l’histoire complète de cette hématocèle, mais en démontrer seulement la réalité en tant que
variété, nous nous bornerons à dire avec Béraud : « Il n’est
a pas difficile de comprendre qu’il sera toujours rare de dia« gnostiquer une hémalocèle parenchym ateuse, surtout
« pendant les premiers jours. Ne serait-ce pas à cette diffi« culté, qu’il faudrait attribuer l’oubli dans lequel est tombé
« cette importante affection ? »
VII
Il est donc positif que, sous l ’influence d’une violence exté­
rieure, du sang peut se trouver infiltré ou épanché, soit dans
le tissu propre du testicule, soit entre ce tissu et son enve­
loppe fibreuse. Nous avons vu, qu’il peut donner naissance à
un état phlegmasique, qui entraîne un abcès sanguin,'du tes­
ticule et quelquefois l’atrophie de cet organe.
Si nous examinons les altérations, qui sont la conséquence
des épanchements sanguins dans les tissus et les phénomènes
auxquels ils donnent naissance, nous ne trouvons, dans les
faits que nous avons étudiés, qu’une des phases les plus ra­
res de la contusion. Mais, du moment ou nous avons éta­
bli la possibilité de la suppuration, cette terminaison si acci­
dentelle des épanchements sanguins, ne sommes-nous pas
autorisés à dire ; qu'il est des épanchements sanguins qui

HÉMATOCÈLES.

219

se résorbent; qu'il en est d’autres, qui, sans déterminer un état
inflammatoire aigu dans la glande testiculaire, persistent et
peuvent devenir un élément d’altération profonde de l’organe.
Personne 11 e pourra nier que les probabilités, que nous émet­
tons, ne soient parfaitement logiques et daus les limites des
voies ordinaires de la nature. Mais cela ne suffit pas ; il faut
que des faits viennent sanctionner, par une démonstration
positive, ce qui 11 ’est que probable.
L’hématocèle sous-albuginée chronique avait été indiquée
par Pott, et c’est â tort, que Béraud cite le passage, qui va su i­
vre, comme se rapportant à la maladie dont, à l ’aide de l’ob­
servation de Petit et de celle qu’il a recueillie chez Giraldés, il
a constitué l ’histoire : « Si le sang, dit-il, est extravasé dans la
« tunique albuginée ou dans la tunique propre du testicule,
« à la suite d’un grand relâchement, et, en quelque façon,
« d’une dissolution d’une partie du tissu vasculaire de cette
« glande, et que la quantité de ce sang extravasé soit consi« dérable, la main du chirurgien sentira, en faisant l’examen
« nécessaire, une fluctuation très-semblable à celle d’une h y « drocèle de la tunique vaginale,avec la seule différence néan« moins qui naît de la différente densité des différents fluides
« de leur siège, plus profond dans un cas que dans l ’autre.
« Si l’on prend cette maladie pour une hydrocèle simple
« et que l’on fasse une ouverture, il sort du sang, mais non
« pas clair, ou fluide, ou semblable à celui qui circule dans
« ses propres vaisseaux; mais d’une couleur sombre et noire, et
« d une consistance presque égale à celle du chocolat peu épais,
« comme celui, enfin, que l ’on trouve dans le vagin imper« foré. La quantité du sang qui sort est beaucoup plus petite
« qu’on nes’y serait attendu, d’après le volume de la tumeur; et
« ce volume n’est pas considérablement diminué. Lorsque cette
« petite quantité de sang a été ainsi évacuée, on trouve le tes­
te ticule, en l’examinant, beaucoup plus gros qu’il ne devrait
« être et en même temps beaucoup plus lâche et plus mou. En
« effet, au lieu de cette rondeur, qui le caractérise, et de cette
« résistance qu’il offre ordinairement, et qui dépend de l’état
« de cette glande, lorsqu’il est renfermé sans sa tunique forte

�220

CHAPPLAIN.

«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

et solide, il est mollasse, susceptible de compression, au
point de devenir plat, et cela, sans cette anxiété et sans cette
douleur qui accompagne toujours la compression d;un testicule sain. Si l'hémorrhagie cesse, après avoir retiré la canule, en supposant qu'on se soit servi d’un trocart, et que
la piqûre se referme, il se fait bientôt un nouvel amas de
fluide delà même espèce, qui produit un degré de tuméfaction égal à celui qui existait avant l’opération. Si l’ouverture ne se referme pas, l ’hémorrhagie continue et devient
en très-peu de temps alarmante. »
Trouve-t-on dans cette description rien qui ressemble aux
phénomènes, tels que nous venons de les trouver dans le cha­
pitre qui précède; c’est une fluctuation qui peut faire croire à
une hydrocèle: un testicule mou. susceptible décompression;
du sang auquel on ouvre une issue et qui se renouvelle. Il
n’est pas jusqu’à la conclusion de Pott qui ne doive éloigner
tout degré de similitude avec un état aigu : La division de la
tunique albuginée aggraverait le mal, bien loin de le guérir ;
le testicule est gâté ou rendu inutile parce qu’il est profondé­
ment altéré. La castration est le seul remède sur lequel le
malade puisse compter.
Mais le langage de Pott n’est plus compris, il n ’a plus d’au­
torité sur la génération nouvelle. La maladie, qu'il a décrite,
est effacée de la nosologie moderne. Et cependant, cette affec­
tion existe, et nous venons réclamer contre cette exclusion,
en rapportant un fait, qui nous parait mériter de fixer l attention comme exemple de cette altération du testicule.
Hèmatocèle sous albugime chronique. — Castration.

Le nommé Varet, Jean-Baptiste, âgé de 29 ans, cultivateur,
marié, habitant Saint-Cliamas, m’est adressé par un confrère, le
Dr E. Sanguin, dans le commencement du mois de septembre.
Cet homme est porteur d’une tumeur du testicule gauche.
Il raconte qu’il a commencé à être malade dans les premiers
jours d’octobre 1867; que montant à cheval, il se froissa le testi­
cule contre le pommeau de la selle; qu’il éprouva alors une dou­
leur très-vive, et que le testicule se gonfla. Tous ces phénomènes

221

HÉMATOCÈLES.

persistèrent pendant quelque temps : « Il y a 8 ou 9 mois, m’écrit
« le Dr Sanguin, que cet homme vint me consulter pour un en« gorgement de testicule. A cette époque, la tumeur était régu« lière, douloureuse au toucher, et de la grosseur d’un petit œuf.
« Je lui conseillai les mercuriaux et les iodés, et je ne le vis
« plus.
« Il y a dix jours, qu’au sortir d’une consultation, chez l'un de
« nos confrères, qui a diagnostiqué une hydrocèle, cet homme
« vint réclamer l ’opération, qui devait le guérir et qui consistait
« dans une simple ponction.
« Je suis allé voir, hier, cet homme, et voici le résultat de mon
« examen : Je n’ai pu, au moyen d’une bougie, apercevoir le moin« dre degré de transparence; déplus, la tumeur a une pesanteur
« spécifique supérieure à celle de l’hydrocèle ; en troisième
« lieu, elle est presque sphérique, au lieu d’être oblongue et
« pinforme.
« Un dernier moyen d’investigation me restait pour assurer
« mon diagnostic, je l’ai employé, j ’ai pénétré dans latumeur avec
« un trocart explorateur. C’est, avec la plus grande peine, que
« j ’ai pu arriver à une profondeur de 3 â 4 centimètres. Au lieu
« de plonger dans le vide je sentais que la canule était engagée
« dans un milieu résistant, et, en fin de compte, il ne s’est pas
« écoulé une seule goutte de sang, ni de sérosité. »
Telle est la lettre qui m’était adressée par mon confrère et ami
le Dr Sanguin , et que j ’ai tenu a donner d’une manière presque
complète, pour témoigner du bon sens, de l’excellent jugement,
de la sûreté d’investigation que possèdent beaucoup de médecins
des petiteslocalités.
Cet homme est d’une bonne constitution, un peu maigre, d’un
teint normal, marié il y a quelques années, et n’a eu d’affection
vénérienne d’aucune espèce.
La tumeur occupe le testicule gauche, elle existe sans change­
ment de couleur a la peau. Les tuniques scrotales sont, égale­
ment, très-libres et n’ont aucune adhérence avec la tumeur.
La forme de la tumeur n’est point sphérique, ainsi que l’indi­
quait M. Sanguin, mais bien ovoïde, le diamètre vertical est sen­
siblement plus allongé que le diamètre transverse ou antéro-pos­
térieur, mais cette forme n’est nullement celle de l ’hydrocèle, elle
n’est pas piriforme, l’extrémité supérieure y est aussi développée
que l’extrémité inférieure.
15

�m

CHÀPPLAIN.

La tumeur a environ 15 centimètres de liant en bas, et 10 centi­
mètres transversalement. Elle est parfaitement lisse et ne pré­
sente aucune inégalité.
Elle est indolente dans la presque totalité de la superficie, dou­
loureuse seulement à son extrémité inférieure.
La sensation que l'on éprouve en touchant la tumeur est celle
d’une substance molle, fluctuante, existant également dans tous
les points.On n’a pas la perception d'un liquide refoulé, au-dessous
duquel on trouve une tumeur plus dure et plus profonde. Cette tu­
meur est unie et les tuniques scrotales glissent sur elle sans in­
termédiaire de liquide, on ne peut douter que c’est le testicule
que l’on a sous la main.
La pesanteur est assez grande et supérieure à, celle que présente
ordinairement le liquide de l’hydrocèle.
Examinée par transparence, la tumeur ne présente aucune partie
translucide, tout}" est opaque, quelle que soit l’obscurité dans
laquelle on se place.
Un trocart explorateur étant enfoncé dans la tumeur, on per­
çoit, immédiatement après avoir traversé les tuniques scrotales,
un obstacle plus difficile à surmonter, qui, vaincu ensuite par
une pression plus forte, donne la sensation d’un ressaut. La tuni­
que fibreuse ainsi traversée, on pénètre, alors, dans un tissu
paraissant homogène, sans percevoir la présence d’une cavité.
Le poinçon du trocart enlevé, on ne voit couler aucun liquide.
Je retire ensuite la canule lentement de manière à l’arrêter
assez longtemps, dans les diverses couches, pour qu’un liquide,
quel qu’il fût, se trouvant en rapport avec son extrémité,
donna des indices de son existence.
Le cordon est plus gros, et les divers tissus qui le composent
semblent avoir contracté, entre eux, une certaine cohésion.
Il n’y a aucun ganglion engorgé, aucune des parties voisines
ne semble participer à la maladie, qui paraît absolument localisée
dans le testicule.
Le diagnostic que je portai fut, que Varet était atteint d’une liématocèle, je me basai pour cela, soit sur la cause qui avait donné
naissance à la tumeur, sa forme, sa régularité, sa mollesse, soit
sur la localisation parfaite de la maladie, l’absence de retentisse­
ment sur toutes les parties voisines, et l’état parfait de santé de
cet homme excluant toute diathèse morbide.
Je me prononçai relativement au traitement, sur la nécessité
probable de la castration. Cependant il fallait agir avec prudence

HÉMATOCÈLES.

223

et baser le traitement sur les altérations que l’on trouverait en
pratiquant l’opération. Il fallait, dans tous les cas , ouvrir la
tunique vaginale. Trouverait-on, alors, une hématocèle de la tuni­
que vaginale, ce qui ne me paraissait pas probable, vu l’absence
de liquide, il fallait pratiquer la décortication. Avait-on, au
contraire, affaire à une tumeur sanguine du testicule lui-même,
on procéderait immédiatement à la castration.
Le 6 octobre, je me rendis à Saint-Chamas pour pratiquer cette
opération, aidé de M. le Dr Sanguin et démon interne, M. Coste.
Je fis une incision longitudinale, qui allait d’un bout a l’autre
de la tumeur; je divisai les diverses couches du scrotum jusqu’à
ce que je rencontrasse la tunique albuginée, que sa coloration
blanc-bleuâtre, à reflet nacré, rendait évidente. Passant la sonde
cannelée dans la cavité de la séreuse, je donnai à l’incision des tu­
niques scrotales, toute la longueur de mon incision primitive. Je
me trouvai alors dans la cavité vaginale, qui n’existait plus et
était remplacée par une adhérence séreuse, une pseudo-mem­
brane qui unissait entre elles les deux parois de la tunique vagi­
nale. Cette fausse membrane translucide, ressemblant absolu­
ment à une séreuse saine, se laissa déchirer très-facilement par
le doigt passant entre le scrotum et le testicule, et j ’énucléai com­
plètement la tumeur. Après l’avoir ainsi isolée, j ’appliquai une
forte ligature sur le cordon, que je serrai fortement: j ’incisai
ensuite le cordon au-dessous de la ligature.
L’opération fut ainsi terminée presque à sec, car il ne s’était
écoulé que quelques gouttes de sang.
Quelques points de suture furent appliqués qui réunirent les
bords divisés du scrotum. La ligature du cordon fut maintenue
à l’angle supérieur delà plaie.
Dans la nuit qui suivit l’opération, il y eût un peu d’hémorra­
gie par le cordon, mais on ne fut nullement obligé de rouvrir la
plaie et la cicatrisation fut obtenue dans un laps de temps trèscourt et sans aucun accident.
La pièce pathologique ayant été incisée dans son grand diamè­
tre, on voit que la tunique albuginée recouvre la tumeur dans
toute son étendue. Le testicule occupe la partie inférieure de la
tumeur et conserve ses caractères, ses éléments ne paraissent pas
dissociés, on dirait que la partie supérieure et antérieure de l’or­
gane a été violemment séparée de la tunique albuginée, à la­
quelle il adhère encore par ses faces postérieure et inférieure,

�pus de traces de tunique fibreuse, entre le testicule et le tissu de
la tumeur.
Le centre de la tumeur est occupé par une cavité remplie de
sang, dont la coloration est celle du sang noir altéré par un séjour
longtemps prolongé et l'action des tissus qui l ’avoisinent.
Les tissus contenus entre la cavité et la face interne de la tuni­
que albuginée, paraissent constitués par la prolifération des tis­
sus lumineux occupant la face interne de la membrane fibreuse,
et la séparant de la glande testiculaire. Les parois de la cavité
sanguine centrale sont irrégulières et sont tapissées, dans la plus
grande partie de leur surface, par des parties sanguines à demi
concrétées.
Yaret n’a pas tardé à reprendre son travail de cultivateur et
jouit actuellement de la plus parfaite santé.
Nous trouvons dans la Gazette des Hôpitaux, en 1860. un fait
qui se rapproche de celui que nous venons de raconter :
C'est un homme de 35 à 38 ans, présentant toutes les appa­
rences d'une bonne constitution et d’une santé vigoureuse.
Il y a deux ans qu’il reçut un coup de pied sur le testicule
gauche et à dater de ce moment cet organe devint plus volu­
mineux que celui du côté droit. Le testicule allant toujours
en grossissant, M. Nélaton est consulté et constate l’existence
d’une tumeur du corps même du testicule, soit encéphaloïde,
soit hématocèle. Le malade se refuse à l'opération qui lui est
proposée, rassuré qu'il était, par l ’indolence de la tumeur.
Plus tard le testicule devint énorme, et le malade vient prier
M. Nélaton de le débarrasser de cet organe.
La castration est pratiquée le l" février 1860.
Examen de la pièce pathologique.— La cavité de la tunique
vaginale renfermait une assez grande quantité de sérosité, qui
concourait, pour une certaine partie, au volume considérable
que présentait la tumeur.
Au-dessous, la tunique albuginée est très épaissie. A sa face
interne se trouvait la substance du testicule, dans laquelle on
voyait un grand nombre de loges avec des brides formées par
la partie solide du sang, qui a subi un commencement d’orga­
nisation et contenant, dans leur intérieur, du sang décomposé

IIÉMATOCÈLES.

225

ressemblant à du chocolat. Dans le centre, était une masse
sanguine assez considérable, d’origine beaucoup plus récente,
n’ayant encore subi aucune transformation. Le tout, dans
l ’épaisseur du testicule lu i-m êm e, dont la substance est
comme étalée.
Nous ne savons si nous devons rapporter à cette même ma­
ladie le fait de M. Després, relaté, au point de vue de l’anato­
mie pathologique, dans le bulletin de la Société anatomique.
Quelques uns des détails renfermés dans l’observation
sembleraient l’en rapprocher, un plus grand nombre l ’en
éloigne.
Nous ne pouvons d’ailleurs, dans l’état de pénurie où se
trouvent nos bibliothèques, nous permettre des recherches
complètes, sur le sujet qui nous occupe; il nous suffit d’en
démontrer l’existence.
Etiologie. — Le nom d’hématocèle emporte avec lui l ’idée
d’une action externe, d’une violence, comme cause première de
l'affection. Tel est, en effet, le mode d’après lequel s’est déve­
loppée la maladie dans les deux cas que nous avons cités. Dans
l’un, c’est un coup de pied; pour l’autre, un froissement sur
le pommeau d’une selle. Chez mon malade, il n’existait anté­
rieurement aucune lésion du côté du testicule. Habitant
d’un village, éloigné même du centre des habitations, vivant
isolé, marié très jeune, il n’a eu aucune affection spécifique
qui ait pu congestionner le testicule d’une manière préven­
tive. Chez l’homme de M. Nélaton, on ne voit qu’un violent
coup de pied , aucune autre complication , ni prédisposition
n’est notée, et elles eussent été trop importantes, si elles
avaient existées, pour qu’elles n ’eussent pas été mentionnées.
Anatomie pathologique. — Au premier abord rien ne diffé­
rencie notre malade de celui de Béraud. Le testicule grossit,
immédiatement, il devient douloureux, il consulte un mé­
decin. Que s’est-il donc passé? L’organe a été le siège d’une
contusion, mais cette contusion est profonde, le testicule seul
est pris, car il n’est nullement question d'une coloration des
téguments, ni d’aucun des signes constatant la présence du
sa n g , soit dans la tunique vaginale, soit dans les parois
scrotales.

�m

CHAPPLAIN.

Du sang, sous l’influence de la contusion, s’est épanché en
dessous de la tunique albuginée, soit entre cette tunique et le
testicule, soit dans l’épaisseur même de l ’organe. Gomme dans
tous les organes, plusieurs circonstances pourront se présenter.
Il peut être résorbé et l’organe revenir à son état normal.
Dans un autre cas, un état phlegmasique se développe, du pus
se forme au-dessous de la tunique albuginée et le chirurgien
sera obligé, à l’exemple de J. L. Petit et de Giraldès, de donner,
à l’aide de l’instrument tranchant, une issue aux liquides,
c’est là l ’hématocèle sous-albuginée aiguë dont nous avons
parlé. Dans quelques cas, enfin, les phénomènes suivront une
autre voie.
Les accidents primitifs survenus, pourront encore présenter
une certaine acuité, une douleur assez violente, le testicule se
gonflera, mais les limites dans lesquelles se maintiendra cet
état phlegmasique seront plus modérées. Si le sang ne se ré­
sorbe pas, il nes’abcèdera pas, non'plus. Par sa présence, il main­
tiendra dans les tissus, avec lesquels il est en rapport, un état
de sub-inflammation. Le tissu lamineux, qui sépare le testi­
cule de la tunique albuginée, ou bien les tubes séminifères
entr’eux, qui seïaen rapport avec ce corps étranger, sevascularisera et deviendra le siège d’une prolifération plus ou
moins considérable.
L’hémorrhagie primitive s’est opérée par la rupture des
vaisseaux sous-albuginés, que nous avons vu former, dans le
testicule, un réseau très important. Elle n ’a pu être d’abord
bien considérable. La résistance qu’a opposé la tunique albu­
ginée ne lui a pas permis de prendre un bien grand dévelop­
pement; mais, de nouvelles hémorrhagies peu vent se produire
ensuite : soit parce que les vaisseaux primitivement rompus,
et momentanément oblitérés, par la compression de la tunique
fibreuse, se trouveront moins comprimés, alors que l’état phleg­
masique sera tombé, ou que la fibreuse se sera laissée progres­
sivement distendre, et donneront lieu à de nouvelles émissions
sanguines ; soit que les vaisseaux de nouvelle formation, qui
existent dans le tissu cellulaire anormalement vascularisé,
donnent eux-mêmes une certaine quantité de sang sous l’iri-

HÉMATOCÈLES.

m

fluence des mouvements, des chocs, auxquels les bourses sont
journellement exposées.
De là, deux sortes de phénomènes, qui sont dépendants les
uns des autres et convergent vers un même but, le dévelop­
pement de la tumeur. D’une part, épanchement sanguin
toujours plus considérable, de l’autre phlemasie sub-aiguë du
tissu lamineux et prolifération croissante de ce tissu.
Dans le cas cité par M. Nélaton, le testicule est étalé et c’est
dans le tissu de l’organe lui-m êm e, entre les tubes qui le
constituent, que se sont opérées les diverses hémorrhagies. —
Dans celui que j’ai relaté, le testicule est refoulé à la partie in­
férieure de la tumeur. Il y est en rapport, par sa face inférieure,
avec la tunique albuginée; son tissu plus pâle, ne parait pas
avoir subi d’altération profonde et est parfaitement reconnais­
sable et distinct. Sur sa face supérieure et antérieure, il est en
contact avec le tissu lamineux vascularisé.
Il n’y a dans la tumeur qu’une seule cavité centrale, remplie
par du sang ayant conservé ses caractères, quoique il paraisse
un peu plus foncé en couleur et un peu plus concret.
Les parois environnantes sont épaisses. Leur section ne
donne issue à aucun suc lactescent qui puisse faire penser à
un tissu héteromorphe. La consistance en est uniform e, on
n’y trouve pas de parties dures, indurées ou ramollies.
La tunique albuginée; très épaissie chez le malade de M. Né­
laton, avait conservé, chez Yaret, son épaisseur ordinaire, elle
a subi, seulement, un allongement très considérable, sans
que, pour cela, son épaisseur ait diminuée. Elle est parfaite­
ment lisse dans tous ses points, sans la moindre bosselure,
elle a un bel aspect nacré qui la fait reconnaître dès que les
membranes pariétales ont été incisées.
La cavité vaginale a disparu, mais l ’adhésion, entre les deux
feuillets delà membrane séreuse, s’est opérée au moyen d’une
membrane pellucide, transparente, ne laissant écouler aucune
trace sanguine, lorsque nous la déchirons pour isoler complè­
tement la tumeur.
Cette adhérence des parois séreuses n’est pas un fait cons­
tant, puisque nous voyons que dans l’autre observation, la
tunique séreuse contient une certaine quantité de sérosité.

�228

CHAPPLAIN.

Symptômes. — Le testicule présentait une tumeur considé­
rable, de forme ovoïde, molle, fluctuante, sans changement
de coloration de la peau, sans adhérence avec les téguments,
non transparente, non douloureuse, soit spontanément, soit
par le toucher, ou la pression, incommode seulement par son
poids.
Le phénomène qui frappe le plus, dans l ’étude symptomati­
que de Phématocèle sous-albuginée, e st, le développement
considérable qu’a acquis le testicule. La grosseur de la tumeur
est dans un certain rapport avec la durée de la maladie. Ce
n’est pas que l'on puisse reconnaître l’âge de l’hématocèle au
. volume qu’a acquis la tumeur; mais, cette affection, ayant
une marche lente et progressive, on la voit, chaque mois,
acquérir quelque chose, de plus, dans son volume.
Le malade deM. Nélaton avait une tumeur énorme, il l’avait
moins développée quand, pour la première fois, il vint se sou­
mettre à son examen, mais plus tard, il réclame la castration
devant laquelle il avait d’abord reculé parce qu’il était incom­
modé par le poids et le volume de son testicule.
Chez le sujet de mon observation, la tumeur est considé­
rable, elle a une forme presque régulièrement ovoïde, son
petit diamètre est de dix centimètres environ, car c’est à peine
si je puis la saisir entre le pouce et l’indicateur de la main
gauche, placés aux deux points opposés du diamètre trans­
verse.
La tumeur était de forme ovoïde, parfaitement régulière,
double caractère, qui me parait important à noter, au point
de vue de la nature de la maladie.
L’hématocèle, alors qu’elle est limitée à une petite étendue
de la glande testiculaire, peut bien se manifester par une
bosselure sur un point limité de l ’organe, mais arrivée h un
grand développement, toute la coque fibreuse participe à la
compression, qui s’opère de dedans en dehors ; de plus, la
compression se faisant par un liquide, tous les points de
l’ovoïde fibreux sont également distendus, de lâ, la nécessité
de la forme que nous venons de constater. Quant à la pro­
lifération du tissu cellulaire, si elle s’opère davantage dans

HÉMATOCÈLES.

229

un sens que dans l’autre, cette inégalité de développement,
doit se produire surtout vers la partie centrale, occupée par le
sang, et ne doit pas être sensible à la périphérie.
Dans le cas qui m’est personnel, le testicule étant demeuré
adhérent à une partie de la tunique fibreuse, aurait pu, for­
mant un petit sphéroïde sur le grand ovoïde de la tumeur,
offrir à la partie inférieure une petite bosselure, mais cette
irrégularité n’était point appréciable.
La tumeur est molle, fluctuante, on sait qu’elle est consti­
tuée par un liquide, soit en totalité, soit par un liquide et
des parois m olles, élastiques. Cette sensation de fluctuation
était telle, qu’un médecin qui avait été consulté, n’avait pas
mis en doute l’existence d’une hydrocèle, dont il avait con­
seillé le traitement.
La présence d’une petite quantité de liquide dans la tuni­
que vaginale, déplacé par la pression, et faisant percevoir la
présence d’une tumeur plus profonde et plus résistante, avait
indiqué à M. Nelaton que l’altération pathologique siégeait
dans le testicule. Mais lorsque la cavité vaginale avait dis­
parue et que la sensation de mollesse et de fluctuation était
partout uniforme, deux moyens se présentaient ; pour ca­
ractériser la nature de la maladie : la transparence et la ponc­
tion exploratrice.
La transparence bien que devant manquer en principe,
peut exister par suite de la présence d une petite quantité de
liquide dans la tunique vaginale, mais ce sera sur les bords
seulement qu’elle se présentera et ainsi limitée elle deviendra
un élément du diagnostic.
La ponction exploratrice fournit, au diagnostic des élé­
ments de plusieurs genres. Alors que le trocart pé­
nétre dans les tuniques, enveloppant la tumeur, on peut
constater le moment, où l’on arrive sur la tunique fibreuse.
La résistance d’abord, puis la sensation de cette résistance
vaincue, deviennent un élément de diagnostic, auquel nous
ne nous trompâmes pas. Le trocart pénétrait, ensuite, dans des
tissus d’une densité uniforme, et si aucune trace de liquide
ne se présente à l’extrémité de la canule, c’est que nous ne
sommes pas parvenus dans la cavité centrale.

�230

CHAPPLAIN.

Il n’existait aucun changement de coloration de la peau,
les tuniques formant le scrotum étaient parfaitement indé­
pendantes de la tumeur, glissaient sur elle sans qu’aucun
point présentât, des adhérences.
La douleur était absolument nulle, soit spontanée, soit par
la pression. La partie inférieure où était le testicule était seule
sensible. Nous avons dit déjà que le malade n’était incom­
modé que par le poids de la tumeur.
Diagnostic. — Les caractères, que nous venons d’énumérer,
constituent, évidemment, une affection spéciale qui, indiquée
par les auteurs antérieurs à notre époque, tels que P ott,
Richter, etc., n’a plus trouvé de place dans le cadre nosolo­
gique moderne. Nous devons alors rechercher si les symp­
tômes que nous avons étudiés permettent de distinguer
l’hématocèle sous-albuginée chronique des autres tumeurs de
la région testiculaire.
Il est très important pour le diagnostic de rechercher la
cause qui a donné lieu à la maladie. Si le début d’un graud
nombre d’affections du testicule est obscur, il ne saurait en
être ainsi de l’hématocèle. Il y a eu,pour cause effective de la
lésion, une violence extérieure, qui aura produit la rupture
des vaisseaux intrà-albuginés et aura immédiatement attiré
l ’attention du malade : soit par les phénomènes de douleur,
propres à la contusion : soit par les symptômes de phlegmasie qui seront survenus.
Arrivée à un développement considérable , par une pro­
gression ordinairement lente, l’hématocèle peut être confon­
due avec des tumeurs du testicule et d'autres tumeurs sié­
geant dans la tunique vaginale.
La mollesse de l ’hématocèle, la fluctuation qu’elle fait per­
cevoir peuvent faire croire à une hydrocèle , et nous avons
vu que c'est avec cette affection que la tumeur de notre ma­
lade avait été confondue. Il eut suffi, pour ne pas commettre
cette erreur, de rechercher la transparence, et de faire une
ponction avec le trocart explorateur.
Dans quelques circonstances, alors qu’une petite quantité
de liquide existe dans la tunique vaginale, le diagnostic est

HÉMATOCÈLES.

231

plus facile encore, parce que, par la pression, en déplaçant le
liquide, on sent immédiatement la résistance de la tumeur
constituée par le testicule.
La vaginalitê pseudo-membraneuse ne laisse pas aux pa­
rois scrotales leur souplesse, la tumeur qu’elle constitue n’est
pas également résistante. Une ponction exploratrice lèverait
immédiatement les doutes, s’il en existait, mais on sait, que
cette ponction n’est pas toujours sans dangers, dans la mala­
die décrite par M. Gosselin.
Parmi les tumeurs du testicule, de nature si diverse, nous
ne trouvons que les kystes et l’encéphaloïde qui, par leur vo­
lume, leur forme et la fluctuation qu’ils présentent, puissent
être confondus avec l’hématocèle.
Elle diffère de l'encéphaloïde, par une régularité plus par­
faite, l’absence de bosselures, de douleurs lancinantes, d’adhé­
rences aux téguments , et l’intégrité parfaite des ganglions
inguinaux. S’il existe quelque douleur elle est lim itée dans la
région inférieure, là, où nous avons rencontré le testicule.
En dehors des antécédents, il est difficile d’établir le dia­
gnostic entre les kystes et l’hématocèle. C’est, quren effet, ces
deux genres de tumeurs sont également fluctuantes à cause
des liquides quelles contiennent ; elles se développent avec
lenteur, sont peu douloureuses, ne contractent pas d’adhé­
rences avec les téguments.
La ponction à l’aide du trocart explorateur pourra rendre
facile la solution du problème : dans l'encéphaloïde on verra
ordinairement paraître du sang rutilant; dans les kystes, ce
seront des liquides plus ou moins séreux ; nous n’avons vu
sortir aucun liquide dans l’hématocèle dont nous avons fait
l’histoire. Mais dans le cas où , arrivant à la cavité sanguine ,
la canule donnerait issue à un liquide ce serait du sang altéré,
d’une coloration foncée.
Ces diverses tumeurs, alors, qu’elles offriront leurs caractè­
res propres, bien tranchés, seront ordinairement distinguées,
les unes des autres, avec facilité. Mais si le diagnostic, se pré­
sente avec beaucoup d’obscurité , le malade ne courra
aucun risque relativement à la décision, que devra prendre

�MALADIE DES MARAIS.

233

De quelques m a n ifesta tio n s de la m a la d ie d es m arais
qui ne sont ni in term itten te s n i féb riles ,
Par le D' A. FABRE.

(Travail envoyé par la Société Impériale de Médecine. )

Notre but, en faisant l’étude des diverses hématocèles de la
région du testicule était, non pas de faire l ’histoire de ces tu­
meurs , mais bien de rechercher quelles sont les variétés
pathologiques qui doivent constituer ce groupe, aussi ne
dirons-nous rien des tumeurs sanguines voisines qui siègent,
soit dans un kyste de l’épididime, soit dans le cordon, ou
daus un sac herniaire, et peuvent présenter quelque difficulté
pour le diagnostic. Elles sortent du cadre que nous nous
sommes imposé.
Nous croyons, en terminant cette étude, pouvoir poser les
conclusions suivantes :
1° Le groupe des hématocèles de la région du testicule
comprend les variétés suivantes.
A. L’hématocèle de la tunique vaginale.
B. L’hématocèle sous-albuginée aiguë.
C. L’hématocèle sous-albuginée chronique.
2’ L’hématocèle pariétale n’offre, aucune particularité assez
importante pour la distinguer des contusions et des épanche­
ments sanguins des autres parties du corps.
3* La maladie décrite parM. Gosselin et connue sous le nom
d’hématocèle spontanée ne rentre pas dans cette classe de
maladies, mais constitue une variété pathologique distincte :
c’est une vaginalite pseudo-membraneuse.

C’est un usage, à mon sens, trop répandu que de considé­
rer comme synonymes ces deux termes : fièvres intermitten­
tes, intoxication paludéenne. Les fièvres intermittentes ne
sont qu’une des manifestations de la maladie des marais, et
bien des accidents que l’on considère comme les conséquen­
ces des accès fébriles sont des manifestations directes et pri­
mitives de l’empoisonnement palustre, au même titre que la
fièvre elle-même.
Te n’ai pas la prétention de tracer ici le tableau complet de
ces formes morbides, mais, ayant observé à la clinique m é­
dicale de Marseille, pendant le dernier trimestre de l’année
1868 et le mois de janvier 1869. vingt-trois cas d’intoxication
paludéenne, je veux exposer seulement les phénomènes dont
j’ai été récemment témoin.
Ces phénomènes se résument tous dans la formule sui­
vante :
Une anémie générale accompagnée d'hyperémie dans divers
viscères.
L’anémie est accusée par la pâleur des muqueuses et du
faciès, l’essoufflement pendant la marche, quelquefois l’œdème
péri-malléolaire, rarement un souffle léger à la région pré­
cordiale, presque toujours des bruits anormaux dans les
vaisseaux du cou.
Ces souffles vasculaires, sur lesquels je veux spécialement
insister, sont d’une fréquence extrême dans l ’affection palu­
déenne, puisque, en auscultant cous mes malades, dont la plu­
part étaient des hommes, je n’en ai trouvé que deux chez les­
quels ils n’existaient pas.

�231

A. FABRE.

Tantôt intermittents simples ou doubles, tantôt continus
avec un redoublement plus ou moins fort, ils ne m’ont pré­
senté que par exception le caractère m usical.
Ces souffles vasculaires me paraissent être l’expression d’une
influence primitive de la maladie des marais sur le liquide
sanguin, car ils ne se développent pas en raison directe du
nombre des accès antérieurs. Je les ai trouvés chez plusieurs
malades qui n’avaient les fièvres que depuis quelques jours
à peine; chez un vieux fébricitant, je n’ai pu les percevoir
qu’avec difficulté et à un second examen seulement ; chez un
autre, dont les accès résistaient à tout depuis dix mois, je ne
les ai j amais entend u s.
S’il n’est nullement nécessaire que de nombreux accès se
soient produits pour que des bruits anémiques se déclarent ;
si probablement même l’existence de ces bruits peut précéder
l ’invasion des accès, je ne prétends pas nier cependant qu’en
règle générale ils ne soient plus accentués dans les cas d’in­
toxication ancienne, accompagnés de fièvres invétérées, que
dans les cas où l'affection est encore récente ; mais, entre les
souffles vasculaires et les accès fébriles, j ’incline à croire qu’il
y a plutôt développement simultané, sous l ’influence d’une
cause commune, que relation directe de cause à effet.
Moins encore que le nombre des accès, leur type, d’après les
faits dont j’ai été témoin, n’a de l ’influence sur la production
des bruits de souffle. J’ai retrouvé ces bruits avec tous les
types et toutes les formes d’accès fébriles. Le caractère perni­
cieux ne s’annonce ici par aucun signe spécial ; un de mes
malades, atteint d’accès pernicieux à forme cérébrale, avait
d’assez beaux bruits vasculaires ; un autre, affecté d’accès
pernicieux à forme pneumonique, ne présentait que de loin
en loin un souffle très-léger.
Quant à l ’accès fébrile lui-même, j ’ai pu le constater main­
tes fois, il rend momentanément, pendant sa durée, les bruits
vasculaires plus forts et plus accentués. C’est là simplement
l’influence de l’accélération de la circulation, qui favorise
beaucoup et souvent suffit à produire les bruits desouffle
dans les vaisseaux. Par contre, un des deux malades chez les-

MALADIE DES MARAIS.

235

quels l’auscultation du cou m’a donné des résultats négatifs
avait un pouls d’une rareté singulière, dont les battements,
examinés à diverses reprises, oscillaient entre 40 et 46 pul­
sations.
Le pays où la fièvre a été contractée n’influe nullement
sur ces phénomènes; j’ai eu à traiter des fébricitants venus de
Marseille même, de la Camargue, de Rome, de l ’Algérie, du
Sénégal et de la Chine. Chez aucun, pour ce symptôme comme
pour les autres, le pays qui a produit la fièvre ne m ’a paru
imprimer à la maladie un cachet spécial.
Enfin l’anémie paludéenne et les souffles vasculaires qui
l’expriment ne sont pas nécessairement liés à l’altération des
divers organes que j ’ai trouvés affectés dans cette maladie ;
il n’y avait aucune relation entre l ’intensité et la durée de
ces bruits et les divers phénomènes qui se passaient du côté
des poumons, du système nerveux et du foie, chacun de ces
organes étant considéré isolément. J’ai entendu des bruits
vasculaires très forts chez des sujets dont les poumons étaient
presque intacts, et réciproquement j ’ai constaté des conges­
tions pulmonaires très étendues chez des malades qui ne pré­
sentaient pas de souffles bien intenses dans les vaisseaux du
cou. Lorsque donc ces deux ordres de phénomèmes, anémie
générale et congestion de certains viscères, se trouvaient réu­
nis, ce n’était pas par une influence de l’anémie sur les con­
gestions ou réciproquement ; c’était parce qu’une même
cause morbide agissait de tous côtés avec une égale in ­
tensité.
Je serai moins affirmatif cependant pour ce qui concerne
les rapports de la-lésion splénique avec l’anémie. Le plus
souvent des souffles vasculaires forts ou prolongés coïnci­
daient avec une rate hypertrophiée ; mais, dans d’autres cas,
la relation manquait entre ces deux phénomènes. J’ai vu
une rate énorme chez un malade qui n ’avait dans les vais­
seaux du cou aucun bruit anormal. J’ai constaté des bruits
très iqjenses chez plusieurs sujets dont la rate avait conservé
des dimensions ordinaires. Chez un matelot revenant de Chine,
la rate, le premier jour, était très volumineuse et les souffles

�236

A. FABRE.

étaient très sonores : au bout do quelques jours, la rate avait
repris son volume naturel, et les souflles vasculaires ne se
trouvaient en rien modifiés. Si donc, l’action de l'hypertro­
phie splénique sur l’anémie des fébricitants parait assez
probable dans la majorité des cas, elle n’est pas évidente
pour tous.
il résulte de ces observations que l ’anémie est, dans l’intoxi­
cation paludéenne, non pas un phénomène tardif et consé­
cutif aux manifestations de la maladie, mais un phénomène
primitif, qui, dans certains cas, est tout à fait indépendant
du nombre, de la nature et de l’existence même des accès an­
térieurs, et que cette anémie peut se montrer dès le début de
l’affection. Les souffles vasculaires qui en sont l ’expression
sont beaucoup plus fréquents et beaucoup plus hâtifs qu’on
ne l ’a cru jusqu’ici. Ils ont donc une signification sérieuse
dont nous devons tenir compte au double point de vue du
diagnostic et du traitement.
Chez la femme, cette anémie a pour conséquence spéciale et
toute naturelle une aménorrhée qui est parfois assez opi­
niâtre.
Indépendamment de l’anémie générale qu’elle détermine, la
maladie des marais produit des phénomènes d’hyperémie vis­
cérale qui aboutissent à des engorgements, cà des subinflam­
mations, à des scléroses, et qui méritent d’être soigneuse­
ment étudiés.
Exami non s-les d’abord dans les organes de l ’abdomen, puis
dans le thorax et dans les centres nerveux.
Rien déplus connu que l ’hypertrophie de la rate dans l ’in­
toxication paludéenne; elle est la conséquence des congestions
répétées qui se passent dans ce viscère. Si ces congestions peu­
vent se produire pendant les accès de fièvre franche, elles ont
lieu, ainsi que je l ’ai constaté plusieurs fois, en dehors de ces
accès; j ’ai vu, à plusieurs reprises, chez des sujets exempts
de fièvre mais en proie à la maladie des marais, la rate pré­
senter de temps en temps une augmentation de volume qui ne
se maintenait pas. On conçoit donc que l’hypertrophie ou l’en­
gorgement de la rate, qui succède souvent à ces congestions

MALADIE DES MARAIS.

237

répétées, puisse parfaitement atteindre des proportions assez
fortes, sans que le malade ait eu beaucoup d’accès fébriles.
Bien que, dans la grande majorité des cas, de nombreux accès
semblent amener un développement énorme de la rate, il n’y
a certainement pas une relation nécessaire entre ces deux
ordres de phénomènes : accès nombreux, hypertrophie de la
rate.
Ce qui n’existe pas non plus, c’est une relation entre l'hy­
pertrophie de la rate et la nature des accès. De mes deux ma­
lades atteints de fièvre pernicieuse, l’un ne présentait qu’un
développement très modéré de la rate, l ’autre avait une rate
qui ne dépassait certainement pas les dimensions normales.
Ces faits concordent parfaitement avec les résultats des obser­
vations plus nombreuses de Jacquot et de Rochard. Comme
dans les accès pernicieux, les troubles de la circulation capil­
laire dans un organe important paraissent jouer le rôle essen­
tiel, et que toute la maladie se concentre, pour ainsi dire, sur
un seul point, je ne serais pas étonné que la nature même de
ces accès fût souvent incompatible avec le développement de
la rate.
Il n’y a pas, non plus, de relation bien positive entre l ’h y­
pertrophie de la rate et les congestions des autres viscères.
Certainement, dans les cas d’intoxication intense et complète,
tous les organes peuvent être à la fois puissamment affectés,
mais, dans les cas de moyenne intensité, il est assez commun
devoir la congestion se porter avec une prédilection marquée
sur un viscère, en respectant les autres. J’ai rencontré, par
exemple, chez un même individu, la rate petite et le poumon
fortement congestionné.
L’influence de l ’intoxication paludéenne sur le foie est bien
connue ; on sait qu’elle le congestionne et que ces congestions
répétées le prédisposent à des maladies diverses, notamment
aux inflammations et à la cirrhose. J’ai observé l ’année der­
nière une cirrhose qui avait cette origine. Cette année, le fait
le plus remarquable que j ’aie rencontré du côté du foie, c’est
une magnifique congestion qui s’est montrée chez un sujet
délivré de ses accès fébriles. Un beau jour, sans cause apprê­
te

�238

A. FABRE.

ciable, le malade sc plaint d’un sentiment de gêne et de ten­
sion dans l’hypocondre droit; le foie présente chez lui une
telle augmentation de volume que la matité hépatique
remonte un peu au-dessus du mamelon; troisj ours après, cet
organe avait repris ses dimensions normales.
La congestion des reins échappe davantage à notre appré­
ciation. Elle aboutit à l'albuminurie, par un travail analogue
à celui qui, du côté du foie, détermine la cirrhose. Mais l’al­
buminurie d’origine paludéenne a été, contrairement aux ré­
sultats des recherches de Frerichs en Allemagne, exceptionnelle
à la clinique de Marseille. Dans ma dernière série de malades,
je Fai recherchée pour les cas graves, ceuxquiavaient produit
un œdème plus ou moins étendu, et je ne l ’ai jamais trouvée.
L’année dernière, il y avait dans le service un homme atteint
d’une intoxication paludéenne à laquelle s’ajoutait un tant
soit peu d’alcoolisme; à une hypertrophie notable du foie
venaient chez lui se joindre une ascite modérée et un œdème
énorme des membres inférieurs ; cependant je n’ai pas troùvé
d’albumine dans ses urines ; il a d’ailleurs guéri.
Cette rareté de l ’albuminurie dans noire pays méridional,
comparée à sa fréquence dans un pays plus septentrional,
tiendrait-elle au climat lui-m êm e dans lequel vit l’homme
atteint d’intoxication paludéenne? et un organe serait-il plus
souvent affecté dans un pays où il fonctionne davantage? C’est
probable, et voilà sans doute pourquoi, sous l ’influence de la
maladie des marais, les affections hépatiques sont, chez nous,
plus légères que dans les pays chauds, et les altérations rénales
plus rares que dans les pays froids. Il y a là une étude qui, à
cause de ses conséquences pratiques, mérite d’être poursuivie.
De tous les viscères, celui qui, sous l’influence paludéenne,
m’a paru le plus souvent congestionné, c'est le poumon ; non
pas, sans doute, que la maladie des marais ait une affinité spé­
ciale pour le parenchyme pulmonaire, mais parce que les
moindres modifications de cet organe peuvent être parfaite­
ment appréciées au moyen des procédés physiques d'explora­
tion.
M. Vidal, de Cassis, mon ancien interne, m'a remis des

MALADIE DES MARAIS.

239

notessur quinze maladesattcints d’intoxication paludéennequi
ont été observés à la clinique pendant les trois derniers mois
de l’année 1868; sur ces quinze malades, il n ’en est pas un seul
sur lequel, à un moment ou à un autre, des phénomènes tho­
raciques n’aient été constatés; depuis lors, j ’ai rencontré un
matelot dont les poumons m ’ont paru jusqu’ici exempts de
toute congestion.
Les phénomènes thoraciques dont je parle ne sont pas, il
s’en faut bien, permanents chez tous les sujets; ils vont et
viennent, ce qui est dans le fond de leur nature même. Chez
quelques uns cependant la congestion, on peut bien dire l’en­
gorgement, a élu domicile sur le parenchyme pulmonaire, et,
en les examinant avec soin, on trouve toujours chez eux
quelques signes physiques.
C’est, en effet, surtout par des signes physiques que la ma­
ladie se révèle, et, pour préciser encore davantage, par des
signes physiques d’auscultation.
L oreille appliquée sur la poitrine perçoit des râles sonore,
et sous crépitants, tantôt les uns ou les autres séparémehts
tantôt tous réunis; parmi les râles sonores, moins fréquents
d’ailleurs que les sous-crëpitants, ceux qui dominent sont de
petits sibilants légers que l ’on entend surtout dans les grandes
respirations. D’autres malades nous offrent seulement une
diminution du murmure vésiculaire sur un point déterminé
du poumon. Il en est qui ont, soit de la respiration rude, soit
encore une respiration prolongée qui peut môme aller jusqu’au
souffle bronchique, ce que j ’ai noté dans un seul cas.
C’est, d’habitude à l’une ou à l ’autre base que ces signes sont
perçus, ce qui n’est certes pas une loi absolue. Chez un petit
mousse, les signes slhétoscopiques, limités au côté droit,
allaient en augmentant de la base au sommet; la fièvre était
continue avec redoublements, l ’aspect général était cachecti­
que, et j ’aurais pu croire à l'invasion probable d'une tubercu­
lose si je n’avais eu pour guider mon diagnostic, indépendam­
ment delà notion des antécédents morbides, indépendamment
du gonflement de la raie et du foie et des souffles vasculaires, la
marche même des phénomènes slhétoscopiques qui, variant

�210

A. FABRE.

d’un jour à l'autre, ont lini par disparaître complètement au
bout de quelques jours.
Aux signes fournis par l’auscultation 11e se joignent que
par exception ceux que donne la percussion : matité ou sub­
matité légère, et je le répète, exceptionnelle.
Dans la majorité des cas aussi, les signes rationnels font
défaut. Il n’y a pas de dyspnée, ou, s’il en existe, on peut tout
aussi bien l ’attribuer à l’anémie qu'à la congestion pulmo­
naire. La toux peut quelquefois être constatée, bien qu’elle ne
soit pas nécessaire et qu’elle manque souvent ; c’est précisé­
ment la rareté relative de la toux jointe à la mobilité des signes
sthétoscopiques et à leur localisation fréquente sur un point
déterminé du poumon qui me porte à croire que les signes
révélés par l’auscultation appartiennent à une congestion pul­
monaire plutôt qu’à une inflammation bronchique. Dans
quelques cas, sans doute parce que la stase sanguine fournit
plus de matériaux aux secrétions, la toux est accompagnée
d’une légère expectoration muqueuse.
Ces congestions permanentes ou plus ou moins répétées
ne m’ont pas paru exercer une influence bien considérable
sur la vie physiologique ou morbide du poumon. Je n’ai pas
observé qu’elles aboutissent à la sclérose ou à des dégénéres­
cences de l'organe, comme les congestions répétées du foie et
des reins aboutissent à la cirrhose et à la dégénérescence
amyloïde de ces viscères. L’emphysème pulmonaire in’aparu
assez fréquent dans la maladie des marais, mais, comme l’em­
physème est une lésion extrêmement commune , il est bien
difficile de déterminer si lïmpaludisme exerce ici une action
spéciale.
Pas plus qu’elle n’appelle vers le poumon d'autres mani­
festations morbides, l’intoxication paludéenne n’en exclut.
J’en ai la preuve encore vivante. Un jeune homme a eu dans
le service, un mois après son retour de Rome, des accès per­
nicieux à forme convulsive; peu de temps après, les signes de
la tuberculose se sont déclarés : depuis lors, la maladie suit sa
marche, à pas lents, il est vrai, ce qui n’a pas empêché ce su­
jet d’avoir, vers la mi-janvier, des accès de fièvre larvée, carac­

MALADIË DES MARAIS.

211

térisés par des coliques avec diarrhée, et une sensation do
froid dans les membres inférieurs revenant tous les matins à
six heures.
Il se passe enfin , sous l'influence de l ’intoxication palu­
déenne, dans les centres nerveux, c’est-à-dire dans l’encéphale
et dans la m oelle, un travail que je suppose congestif ou subinflammatoire, mais dont l ’exploration physique ne nous
permet pas de constater exactement la nature. L’observation
clinique nous ramène ainsi à reconnaître qu’il y a une par­
celle de vérité dans les idées, sans doute exagérées, de Mailliot
qui, sous l’empire de la doctrine de Broussais, a écrit un traité
des fièvres ou irritations cérébro-spinales intermittentes.
Rien de plus fréquent que la céphalalgie, tantôt continue
avec hébétude ou difficulté des travaux intellectuels, tantôt
revenant d’une façon régulièrement ou irrégulièrement inter­
mittente, quelquefois même annonçant le retour des accès et
produite alors, suivant toute vraisemblance , par des mouve­
ments congestifs. Quant à l’affaissement intellectuel qui, sui­
vant Baillarger, peut aller jusqu’à la démence, quant à l’amau­
rose, que l’impaludisme peut aussi déterminer, nous devons
les accepter comme des faits cliniques, assez rares d’ailleurs
dans nos salles d’hôpital, mais nous en ignorons complète­
ment le mécanisme. En dehors des mouvements fluxionnaires,
il faut faire ici à la mélanémie une part qui n’est pas encore
nettement déterminée
Ce sont surtout les phénomènes rachidiens qui méritent de
fixer notre attention. 11 y a quelquefois des douleurs dorsales
ou lombaires, soit spontanées, soit surtout provoquées à la
pression, rarement des douleurs dans les membres supérieurs,
souvent, par contre, des douleurs dans les membres inférieurs
pouvant affecter des points fort variés, les nerfs, les muscles,
les articulations, les os eux-m êmes; j ’ai pu trouver çà et là
des plaques d’anesthésie. Plusieurs de mes malades ont ressenti
des tressaillements dans les membres inférieurs, quelquefois
aussi des soubresauts et des crampes, un peu de tremblement
dans les cas les plus graves. Quelques-uns, enfin, ont ressenti
une faiblesse réelle, un commencement de paralysie, ce

�m

A, FABRE.

qu’on appelle aujourd’hui une parésie, dans les membres infé­
rieurs. Ils marchaient assez bien sur le terrain plan, mais dès
qu’il s’agissait de monter un escalier, surtout de monter une
échelle, leurs jambes leur refusaient le service ou ne le rem­
plissaient qu’au prix d’efforts et de grandes fatigues.Cependant
les bras étaient vigoureux; il n'y avait pas, chez ces malades,
qui n’étaient pas toujours très anémiés, un affaiblissement gé­
néral; c’était une faiblesse locale qui, se joignant aux soubre­
sauts, aux crampes, aux douleurs, aux plaques d’anesthésie,
annonçait un travail morbide léger du côté de la moelle. La
nature de ce travail nous échappe, mais si nous le rappro­
chons des phénomènes observés par nous dans les autres orga­
nes et surtout dans les poumons, nous sommes portés à le con­
sidérer comme congestif et subinflammatoire.
Il est bon, pour remonter, dans des cas difficiles, au diag­
nostic de l ’intoxication paludéenne , de ne pas se borner sim­
plement à l’examen de l ’un des troubles morbides que nous
venons de passer en revue, mais de les contrôler tous les uns
par les autres.
Voici un exemple qui prouvera , je pense , l ’importance de
cette règle :
Il s’agit d’un maladequi, pendant le mois de novembre 1868,
occupait le n° 9 de la salle Ailhaud. Cet homme, italien d’ori­
gine et d'une intelligence assez obtuse, m’a montré, le jour de
son entrée, sa jambe gauche dans laquelle il prétendait éprou­
ver une assez vive douleur. J’examine ce membre : pas de
gonflement dans les articulations, où les mouvements ne pro­
voquent aucune souffrance; pas de tuméfaction dans l ’inter­
valle des jointures, ni varices profondes, ni gommes, ni exos­
toses, ni sensibilité sur le trajet du nerf sciatique ; par exclu­
sion, je songe à une maladie simulée ; la sœur du service me
dit que ce malade a quitté depuis peu l’hôpital de la Concep­
tion; raison de plus pour supposer qu’il voyage d’un hôpital
à l ’autre pour se faire nourrir aux frais de l ’administration;
mais il s’empresse d’ajouter lui-m êm e qu’il est entré à la Con­
ception pour des fièvres intermittentes et que ces fièvres ont
été coupées.C’est pour moi un trait de lumière; cependant, les

MALADIE DES MARAIS.

243

accès fébriles ayant cessé, comment reconnaître la persistance
de l’intoxication paludéenne? 11 y avait de la douleur aussi
dans la jambe droite; la rate était légèrement hypertrophiée,
mais surtout l’exploration des vaisseaux du cou révélait un
beau bruit de souffle, tantôt double, tantôt continu avec re­
doublement. Ces signes, se prêtant un mutuel appui, prou­
vaient que le malade, bien que guéri de ses accès de fièvre,
était encore sous l ’influence de la maladie des marais.
Chez les femmes atteintes d’impaludisme et transportées loin
de leur pays, on peut, lorsque la fièvre a disparu , prendre la
maladie des marais avec souffles vasculaires et aménorrhée
pour de la chlorose. Une malade venue d’Arles’et couchée au
n" 10 de la salle Sainte-Catherine ne m’a pas présenté cette diffi­
culté, attendu qu’elle a eu quelques accès les premiers temps
de son séjour dans le service; mais ensuite ces accès ont cédé
et des signes d’anémie avec aménorrhée se sont manifestés.
Voici ce qui, chez cette femme, me prouvait que j ’avais affaire
à une anémie paludéenne et non à une chlorose : c’était
d’abord une tuméfaction modérée de la rate; c’était encore
line hyperesthésie assez douloureuse dans les membres infé­
rieurs et supérieurs; c’élait surtout la congestion pulmonaire
tantôt prédominante à droite et tantôt à gauche, allant et ve­
nant, accusée un jour par la rudesse de la respiration et l ’ex­
piration prolongée, le lendemain par des râles sonores ou souscrépitants, affection mobile et congestive que l ’impaludisme
avait certainement marquée de son cachet.
En résumé, les fièvres intermittentes ne sont qu’une m ani­
festation de la maladie des marais et ne la constituent pas
tout entière. — Celte maladie se traduit en outre par des trou­
bles divers qui peuvent être, pour la plupart, résumés dans
cette formule: une anémie générale accompagnée d’hyperé­
mie de divers viscères. — En l’absence des phénomènes fébri­
les, ces divers troubles morbides fournissent, par leur réu­
nion, une base solide au diagnostic.

�244

DYSSENTERIE.

AIDÉ.

245

1* Prenez :

CLINIQUE DE LA VILLE.
TRAITEM ENT DE LA D Y SSEN TER IE
Par le DTAïdé.

Au début de la maladie, c’est-à-dire lorsque le malade ac­
cuse un léger ténesme sans douleur encore ni tension à l’anus,
mais qu’il fait des efforts pour rendre une petite quantité de
matières mêlées à des mucosités non sanguinolentes encore,
je prescris un purgatif salin pour dégager le ventre, carbon
nombre de cas de ceux que j ’ai soignés ont été causés parla
constipation. Quelquefois le purgatif seul a fait cesser la
maladie.
Lorsque après le purgatif, le malade continue à avoir un té­
nesme accompagné de l’expulsion de matières muqueuses, je
le soumets à l'usage de l ’eau et de lavements albumineux ; je
lui fais prendre en outre, s’il y a quelques douleurs abdomi­
nales, 25 centigrammes de poudre de Dower de trois en trois
heures. Cette thérapeutique fait généralement avorter la
maladie. Voilà pour la dyssenterie légère.
La dyssenterie grave fournit les symptômes suivants: coliques
vives, selles fréquentes qui ressemblent à des débris pseudo­
membraneux mêlés à des matières glaireuses sanguinolentes:
il y a des cas où les malades se présentent jusqu’à plus de cent
fois à la garde-robe dans les vingt-quatre heures avec un té­
nesme violent et on ne peut plus douloureux ; les selles ren­
dues sont fétides, et le ventre est fort sensible à la moindre
pression.
La thérapeutique, pour les cas graves, est la préparation sui­
vante, dont je fais administrer 30 centigrammes de quatre en
quatre heures :

Poudre d’ip éca............................................................ 3 gr.
Calomel...................................................................... .. 1, 50
Extrait thébaïque desséché et réduit en poudre. 0, 20
Mêlez et divisez en dix paquets égaux.
2“ Lavement albumineux toutes les deux heures.
3° Frictions sur l’abdomen, de trois en trois heures, avec la
pommade suivante, que je fais couvrir avec un cataplasme de
farine de lin :
Prenez : Cérat de Galien................... 30 grammes.
Extrait de thébaïque...........................
6 grammes.
Mêlez bien exactement.
Il est rare que la maladie ne cède pas en grande partie sous
l’influence de cette médication dans les quarante-huit heures ;
je la fais cependant continuer jusqu’à la cessation complète
des garde-robes ou bien jusqu'à l’apparition des matières
fécales, qui ordinairement sont bilieuses et liquides; je
combats la diarrhée consécutive par la décoction blanche de
Sydenham.
Il survient quelquefois, après la guérison, des ulcérations
dans la bouche, que j ’appellerai ulcérations mercurielles, et
que je fais constamment disparaître dans trois jours avec le
gargarisme suivant :
Prenez :
Décoction bien chargée de feuilles de roses rouges
de Provins................................................................. 500 gr.
Alun................................................................................
6 g r.
Borate de so u d e............................................................
4 g r.
Sirop de m ûres.....................................................) .
,
,
ââ 30 gr.
Miel rosat............................................................... )
Mêlez.

�*46

J A IL L IE U .

CLINIQUE DES HOPITAUX.
H O TE L -D IE U .
( S e r v i c e d e M, S e u x . )

Denx cas de Pucomonie à forme ataxique traités par le musc. — Guérison.
(O biervatioas rocueillies par M. J a il u e u , tnltrne du gervict.)

I. — Le 3 novembre IS68, le nommé Vallet Emmanuel, âgé de
48 ans, ramoneur, ressentit pendant une heure et demie des fris­
sons erratiques; il éprouva ensuite une céphalalgie intense ac­
compagnée de diarrhée avec météorisme; quelques heures après
il eut une violente quinte de toux avec expectoration de crachats
sanguinolents.
Ce fut alors que le malade se décida à demander son entrée
à l’hôpital où il fut admis le 4 novembre. Salle Ducros, lit n° 7.
Au moment de son admission, ce malade présentait les symptô­
mes suivants :
La face était vultueuse; les yeux étaient cerclés de noir; la peau
chaude et aride offrait une température de 40° 3; le pouls battait
avec force et s’élevait à 105; les inspirations courtes et fréquentes
arrivaient à 35 par minute. Une douleur vive se faisait sentir au
niveau du mamelon droit.
Crachats rouillés, visqueux, non aérés, adhérents aux parois du
vase.
En joignant à ces symptômes les signes sthéthoscopiques :
souffle tubaire, râles crépitants, bronchophonie, matité à la per­
cussion, le diagnostic n’était plus douteux ; nous nous trouvions
certainement en face d’une pneumonie ayant son siège au lobe
moyen du poumon droit.
tartre stibié, 0 20.
Sirop diacode, 30 grammes.
bouillons.
Sous l’influence de ce traitement continué pendant deux jours,
le pouls descendit à 85, la température restant toujours la même;

PNEUMONIE.

Î47

la résolution de la phlegmasie pulmonaire ne se faisait cependant
pas; le souffle tubaire persistait toujours.
Dans la nuit du 5 novembre, la dyspnée fut plus prononcée; il
Eurvint du délire.
Le lendemain, 6 novembre, notre malade était dans un état de
prostration extrême ; décubitus dorsal, langue blanchâtre et lé­
gèrement fuligineuse présentant un piqueté rougeâtre très étendu;
le ventre, distendu par des gaz, était très douloureux à la pres­
sion; le pouls, petit et filiforme, allaita 90.
Le délire persistant, M. le professeur Seux prescrivit le musc à
la dose de 1 gramme.
Le lendemain matin, 7 novembre, le délire avait complètement
cessé; la langue s’était dépouillée de son enduit blanchâtre et
fuligineux; le pouls était descendu à 80. Des râles sous-crépitants
à grosses bulles mélangés de quelques râles crépitants se faisaient
entendre dans la poitrine ; le souffle tubaire avait disparu ainsi
que la dyspnée.
Ce traitement par le musc parut parfaitement réussir, aussi
fut-il continué jusqu’au II novembre, jour où il ne fut donné
qu’à la dose de 0 gr. 50.
A cette époque tout était rentré dans l’ordre, le pouls était des­
cendu à 45, la chaleur de la peau était normale, les inspira­
tions était régulières.
Le malade rendait à peine quelques crachats muqueux dans la
journée et l’auscultation dévoilait de loin en loin quelques râles
sous-crépitants à grosses bulles disséminés dans la poitrine.
Le 17 novembre, nctre pneumonique, complètement guéri, de­
mandait son exeat,
II. —Le 10 novembre 1868, le nommé Brun, Louis, journalier,
âgé de 19 ans, est admis à 1 Hôtel-Dieu et placé au lit n° 15 de la
salle Ducros.
A son entrée à l’hôpital il déclara que dans la nuit du 6 novem­
bre il fut pris de violents frissons qui durèrent environ deux
heures, qu’il fut ensuite tourmenté par l'insomnie et la toux du­
rant le reste de la nuit.
Le lendemain il voulut se lever, mais une douleur très vive,
qui siégeait au niveau du mamelon droit, le força à se remettre
au lit.
Le malade présenta à notre examen un faciès vultueux aveo
rougeur des pommettes ; yeux vifs et brillants,

�248

JAILLIEU.

La température du corps s'élevait il 39“8; le pouls fort et vi­
brant arrivait à 93; le nombre des inspirations était de 38 par
minute; crachats rouillés, visqueux, mélangés de stries sangui­
nolentes.
La percussion et l'auscultation nous révélèrent la présence
d’une pneumonie centrale du poumon droit; matité, râles crépi­
tants fins, souffle tubaire, bronchophonie.
Potion (1 gramme ipéca), diète.
La pneumonie paraissait marcher rapidement vers la résolu­
tion, car le I2 novembre, à la visite du matin, on constatait déjà
des râles crépitants de retour mélangés de râles sous-crépilants. Le
souffle tubaire avait complètement disparu; la température s’était
abaissée de 3 degrés; la fièvre était à peu près nulle. Mais la nuit
suivante, nouveau frisson accompagné de délire et de dyspnée.
Le lendemain 13, la température était de 39°; le pouls petit et
misérable s’élevait à 110.
Tout annonçait qu’une nouvelle poussée pneumonique venait de
se faire , et l’auscultation nous indiquait que le sommet du
poumon droit avait été envahi.
Le malade, profondément affaibli, est couché sur le dos; son
visage exprime la stupeur; sur les lèvres et sur les dents on voit
des fuliginosités; la soif est vive; la peau est chaude et aride.
A la vue de ces symptômes alarmants, M. Seux n’hésita pas à
prescrire le musc.
1 gramme par jour en 10 prises; bouillons toutes les trois
heures.
Ce traitement fut continué les jours suivants ; le 15 novembre
le délire avait cessé ; tous les symptômes s’étaient amendés et
c’est à peine si l’oreille, appliquée sur la poitrine, constatait en­
core quelques râles muqueux.
Le M novembre le malade demandait à manger ; sa conva­
lescence fut des plus franches, et le 29 novembre il sortit de l’hô­
pital.
D après Guersant et Blaclie. c'est surtout dans les pneumo­
nies que l!on désignait anciennement sous le nom de pneu­
monies malignes, ataxiques ou ataxo-adynamiques que le
musc a été administré avec de véritables succès, alors que les
antimoniaux, les saignées et les vésicatoires avaient été im­
puissants à enrayer la marche de la phlegmasie pulmonaire.

PNEUMONIE.

243

Malgré l'observation de Chomel, Récamier ne laisse à cet
égard aucun doute; mais il est à remarquer ici que c’est dans
la forme délirante de cette affection qu’il prescrivait le musc
à doses fractionnées.
Suit-il de là que l ’on doive donner le musc dans tous
les cas de pneumonie accompagnée de délire? Assurément,
non. M. le professeur Seux nous a fait observer au lit du ma­
lade que le délire qui accompagne la pneumonie pouvait se
présenter sous diverses formes, et qu’il en était contre lesquel­
les l’action du musc ne saurait être efficace.
Dans l’hépalisation g rise, par exem ple, le délire lié à la
suppuration du parenchyme pulmonaire parait être de même
nature que celui q.ui accompagne l’infection purulente. Dans
ce cas le musc sera tout à fait impuissant et presque fatale­
ment la terminaison de la pneumonie sera funeste.
Le délire peut encore survenir lorsque le cerveau partage
l'excitation fébrile dépendant de l’intensité de la pneumonie.
Dans ce cas, le musc est sans effet; au contraire, les agents
qui seront employés à combattre directement la pneumonie,
le feront cesser en en faisant disparaître la cause.
C’est seulement dans les cas où le délire est sans rapport
avec l’étendue ou la gravité de la lésion pulmonaire que le
musc trouve son indication et son em p loi, en un mot, dans
l’ataxie.
Dans ce cas, il est appelé à rendre de grands services au
médecin expérimenté, alors que les antimoniaux, les anti­
phlogistiques, les vésicatoires et les autres moyens thérapeu­
tiques deviennent plus nuisibles qu’utiles.
Le délire qui se rencontre dans la pneumonie du sommet
du poumon est ordinairement b ru yant, il a été calme et tran­
quille chez les deux malades qui font l’objet de nos observa­
tions.
D’après Trousseau, ce délire n’aggrave pas considérable­
ment le pronostic de la pneumonie, contrairement à l’opinion
des anciens qui le considéraient comme toujours mortel :
delirium in pneumonia lethaïe.

�H. Ml HEUR.

SBO

DERMATO-SYPHILIOGRAPHIË.

Combien de fois n’avons-nous pas eu occasion de voir des
pneumonies accompagnées de délire se terminer par la gué­
rison, et cela grâce aux progrès de la thérapeutique et à l’expé­
rience de nos maîtres.

REVUEDERBAT0-SYPDIL10GRAPBI0UE
P ab

le

D' H. MIREUR.

1" Mors 1869.

Une branche importante de la médecine, celle qui a pour
objet l’étude des maladies vénériennes et des maladies de la
peau, manquait d’un organe spécial de publicité. Cette la­
cune scientifique, regrettable à notre époque, vient d’èlre
avantageusement comblée par la publication récente des An­
nales de dermatologie et de syphiliyraphie. Est-il nécessaire de
démontrer ici l’opportunité d’une publication de ce genre?
est-il besoin de chercher à faire ressortir les bénéfices que doit
en retirer la pratique médicale?... Assurément non. Aussi
nous bornerons-nous à féliciter notre confière, M. Doyon,
sur son heureuse initiative et sur l ’esprit si libéral de son pro­
gramme.
Les annales de dermatologie etdesyphiligraphie, auxquelles
nous nous réjouissons de souhaiter la bienvenue, promettent
beaucoup et, nous n’en douions point, tiendront plus encore.
Comment en effet, ne pas prédire de légitimes succès à ce nou­
veau recueil, quand on a parcouru la liste imposante de ses
principaux collaborateurs? Presque tous les auteurs qui, en
France comme à l’étranger, ont par leurs leçons, leurs écrits
ou leurs travaux attaché quelque autorité à leur nom, nous
font espérer le concours d’une longue expérience et d’un talent
incontestable. A peine si parmi les maîtres illustres, dont la
parole a instruit plusieurs générations d élèves et dont la voix

*54

a retenti dans de brillantes discussions, quelques-uns man­
quent encore à l’appel. Mais ces derniers, à l'exemple des plus
empressés,ne dédaigneront pas ce tournoi olfert par la science;
et bientôt nous les verrons entrer en lice pour soutenir et dé­
fendre leurs convictions. Le défi est lancé: il faut que de cette
lutte, lutte franche et loyale dans laquelle s’engageront les
théories opposées, la vérité sorte triomphante ! il faut que de
l’observation pratique, rigoureuse, bien interprétée, jaillissent
des principes certains, des doctrines définitives et immuables!
«Ouvrir un large et retentissant champ clos, nous dit M Doyon,
c’est hâter les solutions de toute la puissance du défi. Ne peuton, en effet, appeler un défi, défi, permanent, défi indéclina­
ble, cette tribune accessible pour quiconque l’aborde à armes
courtoises? Plus l’hospitalité y est libérale, plus on serait
inexcusable de la refuser sans motifs ; et plus, par conséquent,
la vérité bénéficie de l ’absence comme de la présence de ceux
que l’opinion y appelle. Là, en pleine lumière, dans ce conflit
de doctrines amenées, tenues en contact, de champions qui ne
peuvent se dérober, il faut qu'il y en ait un de vainqueur. »
Quel sera ce vainqueur? la réponse est facile : celui qui, négli­
geant la séduction des théories arbitraires, s’appuyera sur
l’éloquence des faits, pour en déduire des conclusions favo­
rables à la défense de la vérité.
En même temps que le traducteur d’Hébra inaugurait son
journal, M. Cazenave publiait la première livraison du Com­
pendium des maladies de la peau et de la syphilis.. Etrange et
singulière coïncidence pour ceux qui ont connu les anciennes
Annales de la syphilis et des maladies de la peau! Ce recueil, que
M. Cazenave, il y a vingt-cinq ans environ, avait rédigé avec
une rare énergie, est aujourd’hui encore une source féconde
de documents précieux à laquelle viennent journellement
puiser les Maîtres et les Disciples.
Mais depuis vingt-cinq ‘ans, la science, toujours active, a
fait d’immenses progrès ; beaucoup de problèmes difficiles ont
obtenu des solutions précises; des doctrines nouvelles ont
étendu leurs racines et porté leurs fruits; il ne sera donc pas

�262

H. MIREUR.

superflu de posséder un exposé complet et méthodique des
connaissances actuelles. Mieux que personne, l'infatigable
auteur de la Pathologie générale des maladies de la peau pou­
vait se chargerde ce soin : il s’est proposé, en l’acceptant, d’éta­
blir sur de bases plus fixes et plus solides la connaissance,
la nature et la pathogénie des affections dermato-syphilitiques. C’est là sans doute un but élevé et difficile à atteindre;
mais s’il est vrai que le passé autorise parfois à juger l’avenir,
déjà nous pouvons affirmer que l ’ancien médecin de l'hôpital
Saint-Louis accomplira consciencieusement cette tâche labo­
rieuse.
Peut-être son opinion sur quelques points différera de l’opi­
nion générale, peut-être même, quelques-unes de ses convic­
tions personnelles n’entrainant pas l’assentiment unanime,
nous verrons se produire certaines dissidences : dissidences
partielles, que nous n ’aurons point à regretter, puisqu’en exci­
tant la controverse et la critique, elles ne manqueront pas de
favoriser le dénouement de plusieurs questions doctrinales.
Ainsi, M. Cazenave, le dernier et le plus convaincu des Identistes, considère la blennorrhagie comme l’expression possible
de la syphilis: dans tous ses écrits, il a défendu avec une ar­
deur constante cette ancienne doctrine, qui, fortement ébranlée
par l’école Anglaise à la fin du siècle dernier, devait succomber
quelques années plus tard. Le Compendium nous promet de
nouveaux arguments en faveur de l ’identité : mais que pour­
ront ces suprêmes efforts en face des enseignements de l ’ob­
servation journalière? leur seul résultat sera de démontrer
plus tard que la doctrine de l ’Identité, en s’écroulant, n’a pas
manqué d'un défenseur habile, mais de preuves assez solides
pour la soutenir. La blennorrhagie, et c’est un dogme depuis
longtemps consacré, est une maladie indépendante, une entité
morbide distincte et à jamais séparée du domaine delà syphi­
lis : tandis que l ’une est une maladie locale, qui ne peut exercer
son action que sur quelques points isolés de l’organisme,
l’autre au contraire n’a pas de limites déterminées : elle atteint
la constitution entière et lui fait subir sa pernicieuse influence.
Mais ce sont là des considérations fondamentales qui méritent

DERMATO-SYPHILIOGRAPHIE.

2o3

une étude plus attentive et plus sérieuse ; nous y reviendrons
dès que M. Cazenave les aura traitées avec tous les développe­
ments qu’il doit leur consacrer.
Du reste, les deux premiers numéros des A nnales de dermato­
logie et de syphiligraphie présentent une abondante moisson à
cette analyse déjà un peu tardive, et nous dispensent de cher­
cher ailleurs les matériaux de notre revue. Plusieursmémoires
sont restés inachevés faute d’espace ; nous attendrons pour en
rendre compte leur entière publication. Déjà cependant disons
avec quel intérêt nous avons parcouru les deux chapitres que
M. A. Fournier a consacrés à l’étude du rhumatisme blennorrhagique : Disons aussi combien nous avons été heureux de
constater le large tribut payé aux annales naissantes par
l’école syphiliographique de Lyon. Le travail de M. Diday, sur
l'emploi de la glace contre certaines affections de l’appareil testi­
culaire, nous a engagé a expérimenter cette méthode, et bientôt
nous dirons les bons effets que nous n ’avons pas tardé A en
obtenir. Quant au mémoire de M. Ilollet, sur les affections vé­
nériennes et syphilitiques de l'utérus. il apporte à l ’étude des
lésions spécifiques de cet organe, à peu près inconnues jus­
qu’à ce jour, des éléments nouveaux et importants : nous le
considérons comme le complément indispensable au Traité de
ce savant auteur.
De son côté, la partie dermatologique du journal de M.
Doyon, ayant trouvéde brillants échos à l ’hôpital Saint-Louis,
n’est pas restée en retard. Déjà M. Guibout a publié deux tra­
vaux d’un genre différent, mais d’un mérite égal. Dans le
premier, Des Diathèses dans les dermatoses au point de vue de la
thérapeutique, il expose, comme en une sorte de préambule à
toutes les questions qui suivront, quelques principes indis­
pensables à la connaissance et surtout à la médication des
maladies cutanées. Trop souvent, en effet, un fâcheux empi­
risme, au détriment des lois scientifiques, préside au traite­
ment de ces affect ions, et en dénature ou en aggrave la marche.
Pour éviter ces erreurs si fréquentes, il faut, lorsqu’une ma­
ladie de la peau se présente à notre observation, chercher
d’abordet surtout, avant d’instituer un traitement quelconque,
a

�254

H. MIREUR.

si cette maladieest le simpleproduitd’une lésionlocale, oubien,
si elle est le résultat d'un principe vicieux général, d'un état
diathésique. « Sans doute, nous dit l’auteur, il faut connaî­
tre, au point de vue nosographique, toutes les divisions éta­
blies pour classer les dermatoses : pustules, squames, papules,
vésicules, e tc ... ; mais au point de vue du traitement, il faut,
surtout et avant tout, se demander quelle est la valeur de la
dermatose, comme entité morbide ? »
Après avoir constaté qu'une dermatose dépend de l'état gé­
néral, il convient de rechercher avec soin si la diathèse qui la
provoque n’est pas elle-même la complication d une autre dia­
thèse ou d'une cachexie préexistante. Ainsi, par exemple,
quoi de plus fréquent que de voir se développer sur un sujet
cachectique des manifestations de la syphilis ? En ce cas. le
traitement spécifique, quoique bien indiqué, doit-il être im­
médiatement prescrit, sans se préoccuper de la cachexie ? Evi­
demment non, puisqu’il ne serait pas supporté et que, sous
son influence, la diathèse et la cachexie subiraient une aggra­
vation. Quelle sera donc la conduite du thérapeutiste? M. Guibout nous répond : « C’est à la cachexie qu’il faudra s’en
prendre d’abord : on prescrira contre elle des amers, du quin­
quina, des ferrugineux, des bains aromatiques, les différentes
aqqdications de l ’hydrothérapie , une excellente hygiène, une
alimentation tonique; ce sera la première phasedu traitement,
traitement préliminaire et. préparatoire seulement, c’est vrai,
mais cependant indispensable, et dont l’effet sera de faire ces­
ser la cachexie et de mettre, par cela même, le malade en état
de sujjporter ultérieurement un traitement spécifique qui seul
sera vraiment efficace contre la syphilis et, par conséquent,
seul capable d’amener une guérison complète et définitive. »
A ces indications si justes, m’est-il permis de joindre quel­
ques principes particuliers qui m ’ont toujours guidé dans les
cas analogues. Quand sur un sujet cachectique se dévelop­
pent des manifestations de la syphilis, je néglige d’abord,
comme M. Guibout, la médication spécifique, et j ’emploie
tous mes efforts à combattre la cachexie. Mais, en attendant
d’avoir suffisamment amélioré l ’état général, pour pouvoir

DERMATO-SYPIIILIOGRAPHIE.

255

sans crainte reeourir à l ’emploi du mercure, et plus tard, de
l'iodure de potassium, j ’attaque, par un traitement local, ceux
des symptômes locaux qui sont susceptibles de modifications.
Par ce moyen palliatif je suis souvent parvenu à soutenir le
moral de certains malades, qui se préoccupaient outre mesure
de la persistance de leurs accidents : en les débarrassant, pro­
visoirement du moins, de leurs sujets de crainte, je voyais
renaître en eux la confiance et le courage, ces deux analepti­
ques par excellence.
Continuant son étude, M. Guibout nous rappelle que les
manifestations diathésiques dépendent parfois d’un état par­
ticulier et anormal de l'économie : comme exemple, il cite
ces fréquentes affections dartreuses derrière lesquelles se cache
si souvent un lymphatisme exagéré. Dans ces cas, si on n ’a
recours qu’au traitement de l ’affection locale et même au mo­
dificateur spécial de la diathèse dartreuse, à l’arsenic, toutes
les exigences thérapeutiques ne sont pas remplies ; il est indis­
pensable, en même temps que l’on combat le vice dartreux,
d’attaquer résolument le lymphatisme. Il en serait de même
si la syphilis se greffait sur un de ces terrains que la chloroanémie, le lymphatisme ou la scrofule rendent si plantureux:
ici le mercure seul est impuissant, et c’est peut-être là une des
grandes causes des attaques incessantes dont ce médicament
héroïque est l ’objet. « Mais alliez, comme nous le faisons tou­
jours à l’hôpital Saint-Louis, nous dit M. Guibout, la médica­
tion spécifique de la syphilis, à la médication altérante au
point de vue de la constitution du malade ; donnez en même
temps le mercure, le fer, les iodiques, le quinquina, et vous
verrez que la syphilis sera efficacement battue en brèche. »
En un mot, pour remplir toutes les indications thérapeu­
tiques des dermatoses, il faut, dans la plupart des maladies
cutanées, non-seulement apprécier la lésion élémentaire et la
diathèse, si c’est une diathèse qui la provoque, mais l’àge, le
sexe, le tempérament et la constitution des malades.
Bien qu’une grande partie des maladies cutanées provien­
nent le plus souvent d’un état général de l ’économie, quel­

�256

H. MIREUR.

ques-u nés cependant ne sont que des lésions locales: telles
sont ces différentes maladies dont l ’unique cause d’existence
est le parasitisme, auquel M. deSeynes vient de consacrer une
étude si savante: telle est encore, parmi tant d’autres, cette
altération particulière et quelquefois monstrueuse du nez,
connue sous le nom d'éléphantiasis de cette région. C’est le
traitement de cette difformité repoussante qui a fait le sujet
du second travail de M. Guibout.
Jusqu’à ce jour, l ’éléphantiasis du nez avait résisté à tous les
efforts et à toutes les tentatives de la pratique médicale.
Frictions mercurielles , pommades astringentes , lotions
chaudes et alcalines, traitement général, applications de
sangsues, en un mot, toutes les ressources de la thérapeutique
avaient été employées, mais infructueusement. Dans ces der­
niers temps, un nouveau genre de médication a été tenté par
l’auteur, et lui a donné les résultats les plus satisfaisants.
Voici sa méthode : « Tous les deux, trois ou quatre jours je
faisais sur le nez du malade de Gà 10 mouchetures profondes,
avec une lancette à grain d’orge; je laissais saigner de cinq à
dix minutes environ; puis j ’appliquais sur le nez un plumas­
seau de charpie fine, imbibé d’une liqueur résolutive, tautôt
c’était de l’eau végéto-minérale, tantôt une solution con­
centrée d’hydrochlorate d’ammoniaque. Cet appareil exerçait
une compression méthodique, au moyen de bandes qui
s’enroulaient autour de la tête, et le malade avait soin de
le maintenir constamment humide, en l’arrosant, suivant ma
prescription, de deux en deux heures. J’administrais de temps
en temps une purgation saline, des boissons délayantes et
diurétiques, pour me mettre eu garde contre la possibilité
d’un érysipèle. Le malade n ’en eut aucune atteinte, et, je le
répète, il quitta mon service et l ’hôpital à peu près complè­
tement guéri. »
Cette médication, basée sur l ’action modificatrice des topi­
ques astringents, sur la déplétion des varicosités capillaires,
et sur la formation d’un tissu cicatriciel, est trop rationnelle
pour ne pas être adoptée toutes les fois que des malades assez
courageux et assez résignés voudront s’y soumettre : nul

DERMATO-SYPHILIOGRAPHIE.

257

doute qu’elle ne procure dans la suite des effets aussi salutaires
que ceux qu’elle a produits une première fois.
Une autre difformité de la peau non moins fâcheuse que la
précédente, et qui semblait également incurable, est Yichthyose.
Dans ses Considérations sur la nature et le traitement de cette
maladie, M. Lailler nous signale les avantages qu’on pourra
retirer d’une médication nouvelle, dont M. Demarquay et M.
Bazin avaient déjà fait mention. Mais avant d’aborder le
compte rendu de ses observations, disons un mot de la nature
del’ichthyose. A cet égard, une certaine divergence d’opinion
sépare les dermatologistes anglais et l’école de Saint-Louis :
tandis que les premiers considèrent cette lésion cutanée comme
une altération de la sécrétion sébacée, les dermatologistes fran­
çais ne voient en elle qu’une déviation de la sécrétion épider­
mique. Quoiqu’il en s o i t , il importe de reconnaître qu’entre
l’état normal, naturel de la peau et la forme la mieux
caractérisée d’ichthyose, connue sous le nom d’ichthyose cor­
née, il existe toute une série d’états intermédiaires que l ’au­
teur désigne par le mot de xérodermie, déjà usité en Angle­
terre. Cette xérodermie, souvent congénitale et héréditaire,
peut aussi se montrer accidentellement. C’est dans ces derniers
cas surtout, mais non point d’une manière exclusive, que
le traitement institué par M. Lailler fournit d’heureuses mo­
difications. Voici de quelle façon est ordonné ce traitement :
« Un bain savonneux avec frictions trois fois par semaine
pour enlever les squames épidermiques ; matin et soir, onctions
prolongées et léger massage sur toutes les parties malades
avec le glycérat d’amidon du codex (amidon pulvérisé 10
grammes, glycérine 150 grammes) additionné de 10 pour 100
d’eau distillée de laurier cerise, pour masquer l’odeur un peu
fade de la glycérine et calmer les démangeaisons. »
Pour démontrer l’efficacité de ce traitement, M. Lailler cite
huit observations de malades atteints dhchthyose à des degrés
différents et représentant chacun une des nuances interm idiaires entre la xérodermie la plus simple et l ’ichthyose la
mieux confirmée. Tous indistinctement, par l’effet du glycé-

�2o8

H. MIREUR.

DERMATO-SYPHILIOGR APHTE.

rat d’amidon, ont obtenu, sinon uno guérison complète, du
moins une amélioration des plus notables. Aussi M. Lailler
mentionne-t-il ces résultats heureux en disant. : « De ces faits,
il résulte que les onctions de glycérat d’amidon produisent
une amélioration rapide dans les. affections cutanées squa­
meuses décrites sous le nom d’ichthyose, quellos soient con­
génitales, héréditaires ou accidentelles, qu’on n’ait affaire
qu’à une simple sécheresse d elà peau, xérodermie, ou qu’il
s’agisse de la forme la mieux caractérisée d’ichthyose. »

Un enfant nouveau-né, atteint de syphilis congénitale, avait
été confié aux soins d’une nourrice do Capistrello, petite ville
des Abruzzcs. Des suites terribles devaient fatalement accom­
pagner une telle imprudence ; elles ne tardèrent pas à se
produire. De la nourrice, qui fut naturellement la première
infectée, l’infection se propagea à sa famille, puis à une par­
tie do la population : et ce mal, auquèl on ne sut d’abord
opposer ni traitement ni précautions, se répandit avec une
telle promptitude, qu’au moment où il fut observé, on comp­
tait déjà plus de trois cents sujets infectés sur une population
do trois mille habitants. Cette étonnante proportion peut
sembler extraordinaire au premier abord, mais elle no sur­
prendra point ceux qui ont étudié les modes si nombreux
et si faciles de la contagion syphilitique. Sur la proposition
du docteur Selli, un traitement a été institué aux frais du
gouvernement dans la commune de Capistrello ; et les bons
effets, déjà obtenus, permettent d’espérer l’extinction prochaine
de cette horrible épidémie.
Un fait d'une aussi effrayante gravité, auquel nous pour­
rions du reste en ajouter plusieurs du même genre, ne fus­
sent que ceux d’Astragal et de Calihéra, n’a pas besoin de
commentaires pour attirer l’attention de l’autorité supérieure.
Déjà et à différentes époques, de sages mesures ont été pro­
posées dans le but de prévenir la contagion syphilitique par
l ’allaitement : Lagneau, Parent-Duchatelet, houchut, Diday,
etc., en signalant toute l ’importance de ce point d’hygiène
publique, ont indiqué divers moyens de surveillance. En
1865, le docteur Iticordi, de Milan, consacra une étude ap­
profondie à l’examen de celte question (I). Parmi les vœux
exprimés par cet auteur, plusieurs étaient d’une exécution
facile ; et nul doute que s'ils avaient ôté mis en pratique,
nous n’aurions pas eu à déplorer ces funestes fléaux qui ont
ébranlé la santé et la vie de trois populations ouvrières.
Si c’est à l ’administration que nous avons recours pour ré­
clamer l ’institution des moyens capables d’empêcher la pro-

Les mouchetures de M. Guibout contre l’éléphantiasis du
nez, et le glycérat d’amidon deM. Lailler contre l’ichtliyose,
sont deux bonnes acquisitions pour la thérapeutique cutanée.
Dès aujourd'hui, nous pouvons donc reconnaître que les An­
nales de M. Doyon n’ont pas tardé à porter des fruits : et
puisque si vite elles ont rempli leurs promesses et dépassé
notre attente, souhaitons-leur un avenir prospère et un ciel
favorable aux récoltes scientifiques.

Depuis quelques années, c’est-à-dire depuis que les diffé­
rents modes de la contagion vénérienne ont été nettement
déterminés, les exemples d’endémo-épidémies syphilitiques
se sont succédés avec une étonnante et fâcheuse rapidité. 11
n ’y a pas longtemps que les faits de Itivalta et de Lupara, en
révélant les dangers des vaccinations impures, éveillaient
l ’attention et la sollicitude des sociétés savantes ; Vers la
même époque, la contamination successive des souffleurs de
verre de Rive-de-Gier attestait l’influence exercée par cer­
taines professions sur la propagation de la syphilis : Naguère
enfin, les terribles exemples deCazorezze, d’Ubolde et de Marcalle, avaient dévoilé les funestes effets des allaitements mal
surveillés. Jamais cependant il ne s’était produit un fait
aussi grave et aussi regrettable que celui que le docteur Demarchi nous signalait dernièrement dans les colonnes de
XImpurziale.

(1) Sifllide da allatamento. Milano, 1865.

2U9

�260

H. MIREUR.

pagation de la syphilis par l’allaitement, c’est que nous pen­
sons que, pour les rendre efficaces, il conviendrait de généra­
liser les mesures proposées par les hygiénistes. Et, en effet,
à quoi pourraient servir quelques instructions, quelques
conseils donnés à des nourrices isolées ? Ne savonsnous pas que trop souvent les nourrices mercenaires»
poussées par l’appât du gain, acceptent aveuglément et
sans contrôle les nourrissons offerts à leurs soins ou plutôt à
leur spéculation ? Ne savons-nous pas aussi que la syphilis
dissimule parfois sa gravité sous les apparences d’une santé
trompeuse et que les nourrices ne sauront jamais discerner
assez les dangers et les conséquences de cette cruelle maladie?
Pourquoi donc ne pas confier au médecin d’une circonscrip­
tion ou d’un canton le soin de visiter à de fréquentes époques
les nourrices qui allaitent des enfants étrangers et leurs nour­
rissons ? Cette mesure si simple éviterait, nous le pensons,
de très grands malheurs et de nombreuses infections : elle serait
une garantie nécessaire à la sécurité des nourrissons et des
nourrices, une sauve-garde pour la santé publique.

Dans son numéro du 20 février, et sous le titre de : Traite­
ment de la syphilis par les injections hypodermiques, la Gazette
des Hôpitaux rapporte cinq observations qui ont été commu­
niquées à la Société Royale des Sciences Médicales de Bruxelles
par M. le Dr Oscar Max-Vanmons. Ces observations ne nous
semblent pas avoir eu une durée suffisante pour inspirer
beaucoup de confiance et surtout pour fixer notre opinion sur
les résultats qu’il faut attendre des injections hypodermiques
au calomel. Les cinq malades de M. Oscar Max n’ont été obser­
vés que pendant quelquesjours ou pendant un mois au plus; ils
n’ont subi chacun qu’une, deux ou trois injections sous-cuta­
nées ; tous, au moment où l’auteur a exposé les effets de son
expérimentation, portaient encore des accidents syphilitiques.
Sont-ce là des conditions suffisantes, des faits assez complets
qui nous permettent de tirer des conclusions définitives?
Pour notre part et avant de nous prononcer, nous attendons,

DERM ATO-SYPHILIOGR A PH IE.

261

comme la Gazette des H ôpitaux, le témoignage d’une plus
longue expérience.
Mais puisque nous venons de citer les injections sous-cufa­
nées dans le traitement de la syphilis, disons un mot de cette
méthode. — Au mois de septembre 18G4, M. Scarenzio, de
Pavie, chef de clinique syphilitique dans cette université,
publia, dans VAnnuaire universel de Médecine, un mémoire
fort détaillé sur cette question. C’était dans le but d’éviter
l’irritation produite par le mercure sur les voies digestives
que M. Scarenzio avait été amené à essayer ce mode thérapeu­
tique. 11 employait pour ses injections le calomel préparé à
la vapeur, à l’exclusion de tous les autres sels de mercure et
surtout du sublimé. Sa solution habituelle était : calomel,
vingt à trente centigrammes dans un gramme à un gramme
et demi d’eau, de glycérine ou d’une solution gommeuse. Le
manuel opératoire de ses injections était identique à celui de
toutes les autres injections hypodermiques : il les faisait sur
les jambes, sur les cuisses, et de préférence sur les bras.
A l’appui des avantages de sa méthode, M. Scarenzio citait
huit observations qui tendaient à démontrer que les accidents
syphilitiques, sous l’influence de cette m édication, étaient
promptement modifiés. Sur ses huit malades cependant, l’au­
teur avouait qu’il s’en était trouvé un dont la maladie avait
été rebelle au traitement : or, si nous comparons ces résultats
avec les résultats de la pratique ordinaire, je ne pense pas que
nous soyons tentés de recourir à ces ponctions q u i , quoique
légères, ont été constamment suivies de la formation de petits
abcès plus ou moins graves.
Continuons néanmoins notre étude. Malgré les expériences
de M. Scarenzio et le compte-rendu si Batteur qu’en avait fait
M. Garnier dans son Dictionnaire des Sciences Médicales, per­
sonne, en France, n’avait sougé à imiter la pratique du mé­
decin italien. Il y a deux ans, à l’époque de l’exposition uni­
verselle, le docteur Georg Lewin, de Berlin, raconta à M. Lié­
geois , sans lui mentionner les expériences précédentes de
Scarenzio, qu’il avait souvent traité avec succès les accidents
syphilitiques par les injections sous-cutanées de deuto-chlorure de mercure. Sa formule était :

�262

H. MIREUR.

Sublimé...............................

0,20 centigrammes.

Eau distillée......................... 30 grammes.
Alcool..................................
1 gramme.
Chlorhydrate de morphine. 0,10 centigrammes.
Sur les indication du médecin Prussien, M. Liégeois, qui
était alors à l’hôpital deL ourcine, résolut d’expérimenter
cette médication sur ses malades. La formule de la solution
qu’il employa ne fut point celle du docteur Lewin, qui lui
parut un peu trop irritante à cause de l ’alcool, mais celle que
nous transcrivons ici :
Sublimé................................. 0,20 centigrammes.
Eau distillée......................... 90
grammes.
Voici le résumé de douze observations communiquées par
M. Liégeois lui même, et publiées dans l ’excellente thèse du
docteur Piquant de Clugnat (1) à laquelle nous avons déjà
emprunté la plus grande partie des notions qui précèdent,
Sous l’influence des injections hypodermiques au bi-chlorure
de mercure, qui ont été faites au nombre de vingt en moyenne
pour chaque malade, les symptômes syphilitiques ont subi une
amélioration assez rapide. M. Liégeois reconnaît cependant
que, parmi les douze sujets qui ont servi à son expérimenta­
tion, il en a remarqué deux dont les accidents spécifiques persistaientmalgré ce traitement, et pour lesquels il a fallu recou­
rir à la médication interne.
Ces deux insuccès, sur un si petit nombre de malades, éta­
blissent une proportion moins encourageante encore que
celle de M. Scarenzio. D’un autre côté, si nous réfléchissons
que les accidents qui ont été surtout modifiés par les injec­
tions hypodermiques ne sont guère qne des roséoles et des
plaques muqueuses, nous nous garderons d’apprécier par ces
simples effets l ’énergie de cette médication. La roséole est un
accident passager, à marche lente mais régulière, dont la dis­
parition spontanée est habituelle : Quantaux plaques muqueu­
ses, avons-nous besoin de rappeler avec quelle promptitude
(1) Influence de la syphilis des générateurs sur la grossesse. Traitement
par les injections hypodermiques. Thèse de Paris, 18G8, n° 77.

DERMATO-S'YPHILIOGRAPHIE.

263

elles s'effacent sous l ’influence d'un traitement local ? . . . Or,
ces considérations étant admises, est-il permis de tirer des
expériences de M. Liégeois des conclusions définitives? Ce n’est
point notre avis.
En 1868, M. Aimé Martin donna lecture à la Société de
médecine de Paris, d’un mémoire qui fut publié le 12 sep­
tembre dans la Galerie des Hôpitaux. A cette époque, l’au­
teur avait employé les injections hypodermiques sur trois
malades atteints d’accidents secondaires : le liquide, dont il
avait fait usage, ôtait une solution de bi-iodure de mercure
et d’iodure de potassium. Depuis lors, M. Martin a fait cinq
nouveaux essais, et il est parvenu, nous dit-il, à obtenir, si­
non la guérison radicale de la diathèse, du moins une amé­
lioration très sensible des symptômes les plus rebelles. La
solution qu’il emploie n’a point les inconvénients des solu­
tions au calomel si vantées par M. Van Mous ; elle n ’a jamais
provoqué en effet qu’une réaction locale à peu près insigni­
fiante : nous pouvons d’ailleurs en dire autant de la solu­
tion de M. Liégeois.
Jusqu’à présent, les avantages des injections sous-cutanées
dans le traitement de la syphilis semblent peu démontrés ;
nous attendons de nouveaux arguments et de nouveaux suc­
cès pour ajouter foi à leur complète efficacité. Cependant
nous reconnaissons déjà que les craintes de M. Scarenzio sur
le sublimé n’avaient aucun fondement. M. Liégeois continue
à l’hôpital du Midi les expériences qu’il avait commencées à
Lourcine: bientôt, sans doute, les enseignements, que cet ob­
servateur consciencieux retirera de sa pratique, fixeront défi­
nitivement notre opinion,
A notre grand regret, l ’abondance des matières nous met
dans la nécessité de renvoyer à plus tard l ’analyse du mé­
moire que M. Armand Desprès a publié dans le numéro de
janvier des archives générales de médecine : Du Début de
l'influence syphilitique. — Etude sur un début commun de la sy­
philis chez la femme. Ce travail important, au double point de

�26 ï

BIBLIOGRAPHIE.

BIBLIOGR A PH IE.

vue pratique et doctrinal, sera l ’objet d’une critique spéciale
dans notre prochaine revue.
Avant de terminer, il est de notre devoir de saluer la nou­
velle apparition d’un journal étranger, qui aura pour but
unique l ’étude des affections syphilitiques et des maladies
cutanées. VArchiv für. Dermatologie und syphilis, est appelé
à rendre, de l’autre côté du Rhin, des services semblables à
ceux que nous attendons ici des Annales de M. Doyon. Cette
combinaison d’efforts et de recherches de deux nations, égale­
ment ardentes à l'étude, est d’un excellent augure pour l’ave­
nir de la dermato—syphiliographie. Déjà cette branche im­
portante de la science médicale est basée sur des principes
démontrés : bientôt, son œuvre grandissant, nous la ver­
rons s’établir sur des doctrines définitives et immuables.
H. MmEun.

BIBLIOGRAPHIE.
Programme d’un cours de pharmacie, par M. L adre y .— Guide médical aux
eaux minérales de Vichy, par M. L avigerie .— Quelques réflexions sur les
déviations latérales de la colonne vertébrale, par M. Emile D uuueuilChamrardel.

L’avenir de la science en France est en partie dans la décen­
tralisation intellectuelle. 11 faut que les travaux des savants de
la province soient connus et honorés à l égal de ceux des sa­
vants de Paris ; il faut que dans nos grandes villes et surtout
dans celles qui possèdent des écoles de médecine, les publica­
tions médicales se multiplient, qu’une généreuse émulation
se développe, et que ces nobles ten tatives trouvent dans la presse
l'appui dont elles sont dignes.
Aussi devons-nous, dans notre journal, une mention spé­
c ia le et quelques lignes d’éloges au livre que M. Ladrey,
professeur à l’école de Dijon, vient de publier sous ce titre mo-

265

deste : Programme d’un cours de Pharmacie. Maintenir à un
niveau élevé les études pharmaceutiques, c’est là une œuvre
importante et trop généralement négligée, àlaquelleM. Ladrey
avoulu consacrer son livre ; montrer quelleest, dans la science,
la place de la pharmacie, c’est une question intéressante que
l’auteur a examinée avec beaucoup de sens et de clarté dans
son introduction.
Mais la partie essentielle du travail de M. Ladrey, c’est,
comme le titre l ’indique, le programme, c’est-à-dire la distri­
bution des matières d’après un plan qui, retouché surquelques
points et développé, pourra se transformer en un grand et
utile ouvrage.
Ce programme comprend trois parties :
Dans la première , il est traité des opérations, divisées en
physiques, chimiques et physiologiques.
Dans la seconde, sont classées les formes, dont la division a
pour point de départ les états différents sous lesquels se pré­
sente la matière, état de fiuide impondérable, état gazeux, état
liquide, état solide.
Dansla troisième, sont rangés les produits, distingués en deux
groupes, les médicaments simples, subdivisés en minéraux,
végétaux et animaux, et les médicaments composés, qui sont
subdivisés en cinq classes suivant leur mode de préparation.
1'* classe, action mécanique. — 2m0 classe, action de dissolu­
tion. — 3mo classe, action de la chaleur. — 4"° classe, action
chimique. — 5“° classe, action physiologique.
La valeur de ce programme nous fait désirer vivement que
M. le professeur Ladrey le remplisse plus tard de manière à
nous donner un véritable Traité de Pharmacie.
Si nos sympathies sont acquises à toute œuvre sérieuse
émanée d’un médecin de province, à plus forte raison sontelles dues à un livre dont l’auteur est membre correspondant
de la Société Impériale de médecine de Marseille. Dans son
Guide médical aux eaux de Vichy, M. Lavigerie examine suc­
cessivement les maladies traitées à Vichy, la médication ther­
male et les incidents que cette médiôation peut produire. Il
nous intéressait de connaître les opinions de l ’auteur sur la

�266

BIBLIOGRAPHIE.

grande question de la goutte et du mode d’action des eaux de
Vichy sur cette maladie. Décidément, la théorie chimique de
la diathèse urique, formulée de nouveau dans ces derniers
temps, par Garrod et par Charcot, triomphe sur toute la ligne,
et, quelque incomplète qu’elle soit, quelque dangereuse qu’elle
puisse devenir dans ses applications, M. Lavigerie, qui suit de
près le mouvement de la science, s’y soumet à son tour. II
commence à s’eu écarter quand, quittant le terrain de la pa­
thologie pure, il se place sur le terrain thérapeutique. Voici
comment, d’après l'auteur, les eaux de Vichy combattent la
goutte :
« Ce traitement l’attaque dans sa cause première (la diathèse
« urique), dans sa cause occasionnelle (défaut d’élimination de
t&lt; l’acide urique), dans ses complications (dyspepsie, gravelle),
« Dans quelques uns de ses symptômes actuels (suppression
« des fonctions cutanées.) »
Mais, sur le chapitre des contre-indications, le praticien
retrouve son indépendance absolue ; les cas de goutte asthé­
nique, ceux où se manifeste une tendance aux métastases
viscérales, sont, avec juste raison, exclus par M. Lavigerie du
traitement des eaux de Vichy. Si la cause première de la
goutte était la diathèse urique, les alcalins pourraient-ils être
nuisibles dans le traitement de cette maladie? Une théorie qui
peut aboudrà des règles thérapeutiques dangereuses demande
à être révisée, et nous félicitons M. Lavigerie de ne s’y être pas
conformé jusqu’au bout. La doctrine chimique de la goutte
subira tôt au tard le sort de la doctrine chimique du diabète.
En attendant, il faut imiter les médecins qui, à l'exemple de
M. Lavigerie, ne l ’érigent pas en guide absolu de leurpratique.
Nous ne pouvons terminer ce petit article bibliographique
sans rendre compte à nos lecteurs d’un excellent mémoire,
qui a pour auteur un médecin de Marseille. On sait avec quelle
intelligence et avec quel succès M. le docteur Dubreuil dirige
son établissement orthopédique. Digne collaborateur de son
père, M. Emile Dubreuil a publié en 1868, sur les déviations
latérales de la colonne vertébrale, un travail riche de vues
nouvelles.

BIBLIOGRAPHIE.

267

La grande cause pathologique de ces déviations, c’est, aux
yeux de l’auteur, le rachitisme, mais le rachitisme élevé à la
dignité de maladie diathésique, sévissant de préférence sur le
tissu osseux, sans épargner les autres tissus.
A cette idée neuve sur la cause première du mal, s’en ajou­
tent d’autres sur son mécanisme intime. Les courbures laté­
rales sont toujours compliquées d’un mouvement de torsion
de l’épine sur elle-m êm e. Sans obvier à la torsion, il est
impossible d’obtenir des guérisons parfaites, même dans le
cas les plus légers. Les moyens mécaniques ne peuvent attein­
dre assez directement les vertèbres déplacées par la torsion,
pour les ramener dans leur position nouvelle ; de là leur
impuissance, les douleurs qu’ils causent et les accidents qu’ils
produisent. Les moyens gymnastiques employés jusqu’ici ont
été trop souvent stériles, parce qu'ils ne reposaient pas sur une
notion exacte du processus intime du mal.
Tous les tissus altérés par l ’influence rachitique agissent
pour déterminer, parleur rétraction, une courbure latérale du
côté de la colonne vertébrale qui a été le plus profondément
lésé. Les parties rétractées du transversaire épineux produisent
eu outre, la torsion par l’obliquité de leurs insertions. Les
parties des faisceaux musculaires sacro-spinaux opposées à la
concavité des courbures, mises en action dans leur ensemble
ou isolément, combattent seules avec efficacité les courbures
et la torsion.
Tel est le résumé très-succinct de la thèse brillamment
soutenue par notre distingué confrère. Nous la croyons vraie
dans ses points essentiels, relatifs au rôle de l’élément mus­
culaire dans la torsion vertébrale et son traitement; nous
aurions cependant quelques réserves à faire sur la part immense
faite au rachitisme dans l’étiologie des déviations vertébrales
et sur l’élévation de cette maladie au rang d’affection diathé­
sique. La question des rapports encore inexpliqués qui existent
chez la jeune fille entre les déviations vertébrales et lam enstruation aurait mérité d’ètre examinée par M. Dubreuil. G’est
un problème que nous recommandons à ses études ultérieures.

�268

ISNARD.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. —Lecture. — Rapports. — Discussions. —

Nominations. —De quelques manifestations des maladies des marais, qui
ne sont ni intermittentes ni fébriles. —Des dyspepsies diathésiques et de
leur traitement par les eaux de Plombières. —Guide aux eaux de Vichy.

Séance du 6 février 1869. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Annales de la Société de médecine
d’Anvers.—Annales de la Société d'Hydrologie médicale de Paris.
— Bolletin del Instituto médico Yalenciano.
Correspondance manuscrite: Une lettre de M. Lavigerie, médecin
à Vichy, sollicitant le titre de membre correspondant.
Ordre du jour : Après avoir quitté son fauteuil et l’avoir cédé a
M. Yillard, vice-président, M. Fabre lit un mémoire intitulé: De
quelques manifestations de la maladie des marais, qui ne sont ni inter­
mittentes ni fébriles. (V. p. 233.)

Séance du 20 février. — Présidence de M. Fabre.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

269

la dyspepsie intestinale que se traduit d’ordinaire, sur l’appareil
digestif, l’influence d’une diathèse apparente ou cachée.
La dyspepsie intestinale, même quand elle est causée par des
agents extérieurs, est souvent difficile à guérir. Mais la difficulté
augmente encore lorsqu’il s’agit d’une dyspepsie constitution­
nelle, c’est-à-dire dépendante d’une diathèse, surtout lorsque les
signes de cette diathèse sont obscure. L’indication de l’eau miné­
rale qui convient est alors extrêmement délicate, et le médecin est
exposé parfois à d’inévitables tâtonnements.
Les dyspepsies liées à l’herpétisme et à l’arthritis sont tributaires
de Plombières. Mais la lecture des observations de M. Caire nous
a confirmé dans cette opinion que ces eaux sont utiles contre les
manifestations de l’herpétisme, lorsque l’élément nerveux prédo­
mine, tandis que d’autres formes et la dyspepsie qui les accompa­
gne sont le plus efficacement traitées par les eaux sulfurées. —
Quant à la dyspepsie arthritique, les Eaux de Plombières agissent
tantôt en la combattant, en même temps que le rhumatisme luimême, tantôt en mettant à nu la diathèse cachée, sous le masque
de la dyspepsie, c’est-à-dire en rappelant des douleurs rhumatis­
males disparues, remplaçant ainsi par des accidents sans danger,
au moins immédiat, les troubles du système digestif qui condui­
saient le malade au marasme et à la mort.
En résumé, M. Caire nous rend service en appelant de nouveau
l’attention des médecins sur l’action des Eaux de Plombières,
dans certaines dyspepsies. Sa brochure , excellente monographie
sur ce sujet, sera lue avec un profit réel.
D euxièm e r a p p o r t . — L’ouvrage de M. Lavigerie est intitulé :
Guide médical aux Eaux de Vichy.

En vulgarisant ou résumant une foule de notions utiles, les

Correspondance imprimée: Bulletin de l’Académie royale de méde­

Guides rendent d’incontestables services. Cependant on ne saurait

cine de Belgique. — Masseterotomia intrabuccale per la cura di
una anchilosi di mascellare inferiore, Memoria del professor
Francisco Rizzoli.— Revue médicale de Limoges.— Bulletin mé­
dical du Nord de la France.— Journal de médecine de l’Ouest.
Ordre du jour : I. Rapports de M. Bourgarel sur les candida­
tures de MM. Caire et Lavigerie.
P r e m ie r r a p p o r t .— Des Dyspepsies dialhésiques et de leur traitement
par les Eaux de Plombières, par M. Caire.
Dans les observations que renferme cette étude, les troubles
dyspeptiques sont le plus souvent intestinaux. C’est, en effet, par

leur méconnaître certains défauts inhérents à leur nature même.
En effet, destinés à la fois au malade et au médecin, ils sont tou­
jours trop scientifiques pour l’un et trop incomplets pour l’autre.
Des monographies où seraient traitées à fond les questions con­
troversées serviraient mieux aux progrès de l’hydrologie que ces
livres où l’on est forcé d’étudier, en quelques pages, toutes les
maladies tributaires d’une station minérale. Malgré son talent,
malgré une très solide érudition, M. Lavigerie n’a pu toujours
éviter l’écueil. De là des lacunes nécessaires; de là certaines parties
incomplètement traitées, notamment les chapitres qui sont con18

�270

ISNARD.

sacrés à l’entérite ckronique et à l’emploi des Eaux de Vichy dans
le catarrhe vésical. Mais en revanche, il y a d’excellents chapitres
et nous recommandons particulièrement ceux qui parlent de la
goutte, du diabète et de l’albuminurie.
En somme, M. Lavigerie a fait une œuvre consciencieuse, utile
et très instructive. Une fois de plus il a montré qu’il est parfai­
tement au courant de la science et qu’il possède les qualités du
praticien consommé.
M. Gouzian demande à M. Bourgarel si M. Lavigerie parle, dans
son livre, de l'action des Eaux de Vichy sur le rhumatisme noueux,
et, après avoir reçu une réponse négative, il cite deux malades
qu’il a longtemps traités, sans succès, par le bicarbonate de soude.
Durant une année entière, M. Roux fils, a ordonné les Eaux de
Vichy, à un homme atteint de rhumatisme noueux. Le résultat a
été nul. Seuls, les bains arsénicaux ont procuré une amélioration
durable.
Sur l’un des malades de M. Gouzian, ces bains n’ont pas réussi,
tandis que l'iodure de potassium a soulagé. M. Lambron n’a jamais
eu à se louer des eaux sulfureuses dans le traitement du rhuma­
tisme noueux -, à tout il préfère l’iodure de potassium.
Après le scrutin, MM. Caire et Lavigerie sont nommés membres
correspondants.
IL—Discussion sur le travail de M. Fabre, intitulé : De quelques
manifestations de la maladie des marais qui ne sont ni intermittentes ni
fébriles.
M. Sicard occupe momentanément le fauteuil du Président.
M. Roux. Le travail deM. Fabre est très sérieux; il renferme des

vérités irréfutables ; je n’ai pas l’intention de le discuter ; je désire
simplement m’arrêter sur un point ; je préciserai d’abord la ques­
tion.
Si je ne me trompe, M. Fabre a dit que l’intoxication palu­
déenne fait des ravages dans les pays chauds, que l’albuminurie
y est rare, tandis qu’elle est plus fréquente dans les pays froids.
M. Fabre. C’est à peu près ma pensée, seulement je ne suis pas
allé aussi loin et je n’ai pas généralisé : j ’ai parlé de ce que j ’ai
vu à Marseille, en le rapprochant de ce qui se passe en Allemagne.
M. Roux. Dans les pays chauds, l’albuminurie n’est pas rare. A
Bourbon, Madagascar, l’Ile-de-France, Cayenne, on rencontre
assez souvent des urines albumineuses, accompagnées même d hé­
maturie. Au Brésil, M. Sigaud, dans son livre sur les maladies des

SOCIÉTÉS SAVANTES.

271

pays chauds, a signalé la fréquence de l’albuminurie chyleuse,
chez les individus ayant déjà été atteints de lièvre palustre. Pour
ma part, à Bourbon , j ’ai observé l’albuminurie sur un grand
nombre de fiévreux.
M. Fabre. J ’accepte le témoignage particulier de M. Roux, mais
je no puis admettre comme démontrée l'influence de la maladie
des marais sur les urines chyleuses et l’hématurie des pays chauds.
11 faut distinguer l’albuminurie provenant d’une altération du
sang de celle qui résulte d’une lésion rénale ; la première pourrait
fort bien exister seule dans les pays chauds ? Ce que nous obser­
vons à Marseille est assez complet, car nous avons, à la fois, les
provenances de notre localité et celles de tous les pays.
M. Bourgarel. M. Fabre a insisté sur ce fait, à savoir que l’anémie paludéenne était bien plus souvent qu’on ne le croit un phé­
nomène primitif. Il y a une cause d’erreur contre laquelle il faut
se prémunir. Les bruits du souffle venaient-ils de la fièvre, ou
bien existaient-ils sur des individus antérieurement anémiques ?
M. Fabre. Mes observations ont porté non pas sur des femmes
chlorotiques, mais presque exclusivement sur des hommes jeunes,
habituellement bien nourris, et sans maladies antérieures.
Le Secrétaire-général,
Dr C h . I snard (de M arseille.)

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 8 février. — M. Dumas appelle l’attention de l'Acadé­
mie, sur une lettre adressée par MM. Lawes et Gilbert et relative
a la distribution de l’eau dans les grandes villes. Si les immondi­
ces qui encombrent les eaux constituent des foyers d'infection
très pernicieux, ils fournissent, du moins, un excellent engrais.
L’expérience a prouvé que les prairies arrosées par une eau char­
gée de tous les détritus d’une grande ville deviennent merveilleu­
sement fécondes, il importe donc : 1° De ne pas laisser encombrer
par les immondices, le lit des fleuves, au niveau des grandes vil­
les; 2° De reprendre, au profit de l’agriculture, les eauxd’égouts.
M. le docteur Bouley, de Chàtillon-sur-Loing, envoie une ob­
servation d’angine de poitrine guérie par l’électricité.

�272

SEUX FILS.

M. Sansoit répond à quelques objections relatives à son rapport
sur la maladie charbonneuse. Le sang des animaux charbonneux,
alors même qu'il ne contient point de bactéries, communique la
maladie; desséché pendant deux ou trois semaines et ayant con­
servé des bactéries, il ne peut plus donner le charbon.
Séance du 15 février. — M. Estor envoie une note relative a la
nature de la fibrine. Ce produit serait fabriqué par des animalcu­
les aux dépens de l'albumine du sang.
M. le docteur Livingstone est élu membre correspondant dans
la section de géographie et de navigation.
M. Deshayes est porté en première ligne sur la liste de présen­
tation des candidats pour la chaire de zoologie vacante au mu­
séum.
Séance du 22 février. — M. JBéchamp établit que les parties con­
gelées des plantes contiennent encore des bactéries.
M. le docteur Bergeon communique une note sur les bruits phy­
siologiques de la respiration. Pour lui, le murmure inspiratoire
se produit à la fois sur la glotte et suqles poumons ; le bruit expi­
ratoire a pour siège unique la glotte, et il est occasionné en grande
partie par le brisement de l’air contre l’épiglotte.
M. l’abbé Moigno adresse à l’académie un volume contenant
tous les procédés de saccharimétrie.
Dans un intéressant travail, M. Boussingault prouve que les
feuilles, dans l’obscurité, ne dissocient pas l’acide carbonique ;
mais a la lumière diffuse, même très-faible, le phénomène se pro­
duit. La fonction cesse dès que le soleil est couché ; elle conti­
nue à se faire sous de basses températures, entre zéro et deux de­
grés, par exemple.
Dans la séance du I" mars,M. le docteur Garrigou indique les
moyens employés par lui pour reconnaître les proportions de
l’hydrogène sulfuré contenu dans les eaux sulfureuses.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 9 février. — M. Cerise présente, au nom de M. Limier,
inspecteur général du service des aliénés et du service sanitaire
des prisons, un important travail sur le crétinisme. Pour l’auteur

SOCIÉTÉS SAVANTES.

273

cette affection est endémique, tout à fait distincte de l’idiotie, et
l’hérédité ne joue dans sa production qu’un rôle secondaire. En
France, le crétinisme a été observé dans un très grand nombre de
départements.
Au nom de M. le docteur Blanc (de Roman), M. Depaul pré­
sente une observation de luxation coxo-fémorale réduite quatrevingt-dix-neuf jours après l’accident.
M. Huguier fait quelques remarques pratiques à l’occasion du
rapport de M. Broca -sur la contention des hernies. Pour éviter,
dans les hernies inguinales, les douleurs parfois intolérables ré­
sultant de la pression de la pelotte sur l’épine du pubis, M. Hu­
guier fait habituellement pratiquer sur le bourrelet compresseur
une échancrure dont la concavité embrasse cette épine.
M. Chauffard lit un rapport sur un mémoire de M. Bailly', dans
lequel l’auteur réunissant, sous la dénomination générale de fiè­
vres épithéliates, les fièvres catarrhales, typhoïdes et exanthémati­
ques, donne pour cause commune et unique de ce groupe d’affec­
tions un agent miasmatique, un ferment.
Séanee du 16 février. — M. le docteur Pires Pereira (de
Rio-Janeiro), fait présenter par M. Gosselin une brochure intitulée :
Des Avantages de l’iridectomie pour l'opération de la cataracte et des dif­
férents procédés de pratique de cette opération.

M. Larrey, au nom de M. Ivœberlé (de Strasbourg), communi­
que quelques faits intéressants de chirurgie : l’ablation d’une
tumeur fibro-cystique de la matrice, du poids de 11 kilogr. 1/2 ;
l’extirpation d’une tumeur fibro-graisseuse de la main ; plusieurs
observations d’ovariotomie. IM. Kœberlé a pratiqué 87 fois l’ova­
riotomie ; sur les 11 dernières femmes opérées par lui, une seule
a succombé.
M. Chauffard lit le sobre et remarquable discours prononcé par
lui sur la tombe de Grisolle.
M. Auzias-Turenne lit, au nom de M. le docteur Delestre, un
travail duquel il résulte que les altérations des dents ou les opé­
rations pratiquées sur ces organes, surtout sur les molaires de
la mâchoire supérieure, peuvent amener l’affaiblissement et même
l’abolition de la vue.
Séance du 23 février. — M. Tardieu donne lecture d’une note
dans laquelle il établit la différence chimique qui existe entre
la coralline et les cinq autres rouges organiques employés dans la
teinture.

�274

SETTX FTLS.

M. Colin a constaté que ces matières colorantes absorbées par
la peau et les muqueuses vont teindre en rouge la lymphe, le
chyle et les follicules des glandes de Peyer.
M. le docteur Galezowski lit un travail sur les Amauroses syphi­
litiques, oculaires, orbitaires et cérébrales. La propriété d’attaquer il
la fois la rétine et quelqu’autre membrane de l’œil, telle que l’iris
ou la choroïde, est un caractère propre à la syphilis. Il est ce­
pendant des cas exceptionnels dans lesquels la rétine ou le nerf
optique seuls sont malades. Une des formes les plus fréquentes
d’amauroses syphilitiques est la choroïdite, à la suite de laquelle
se développe très souvent la rétinite pigmentaire.
Dans une note fort intéressante, M. Mattéi signale une cause
très peu connue de rétention d’urine chez les nouvelles accou­
chées ; c’est le froncement brusque de l’urètre au moment où la
matrice, après l’accouchement, redescend entraînant avec elle la
vessie.
Séance du 2 mars. — M. Gubler indique un nouveau moyen de
préparer les sinapismes, imaginé par M. Schaffner, pharmacien à
Lyon.
M. Hardy donne quelques détails sur une femme qui, en se li­
vrant a de violents efforts de défécation, détermina l’irruption
des intestins a travers la région lombaire. C’est là un exemple de
la fameuse hernie dite de J. L. Petit.
M. Hillairet lit un mémoire dans lequel il propose, pour éviter,
chez une nombreuse classe d’ouvriers, l’intoxication liydrargirique, de substituer l’acide hypo-azotique au mercure dans la pré­
paration des poils de lièvre et de lapin utilisés dans la fabrication
des chapeaux de feutre.
M. Personne, pharmacien à l’hôpital de la Pitié, lit une note
sur l'Emploi de l’essence de térébenthine pour combattre l’empoisonne­

Séance du 8 janvier. — M. Moutard-Martin, président pour l’an­
née 18G9, prend possession du fauteuil.
M. Gubler annonce que les urines présentées parM. Guyot dans
la dernière séance offraient les caractères des urines lymphatiques
telles qu’on les rencontre dans l’hématurie de l’Ile de France.
Elles contenaient, outre des granulations graisseuses, un cer­
tain nombre de globules blancs et même quelques globules san­
guins.
M. Desnos fait part à la Société de quelques réflexions fort in­
téressantes à propos d’un cas d’hémorrhagie brusque du mésocéphale accompagnée d’albuminurie et d'urémie apparente. Le
malade mourut 24 heures après l’accident. Chez cet homme, qui
était âgé de 70 ans, on avait observé une dyspnée intense et des
signes évidents de congestion pulmonaire.
MvGubler dit quril existe réellement une albuminurie symptômatique des lésions du mésoeéphale. Comme elle, la dyspnée est
souvent sous la dépendance d’une maladie des centres nerveux.
Cependant dans la néphrite albumineuse on rencontre parfois
une véritable urémie dyspnéique, ce qui peut rendre le diagnos­
tic très difficile.
MM. Hérard, Laboulbène et Luys, croient que, dans le cas ac­
tuel, on devait songer à une lésion de la protubérance.
M. Desnos soutient que l’albuminurie coïncidant avec une ab­
sence complète de paralysie localisée et de paralysie alterne indi­
quait plutôt une néphrite albumineuse.

ment par le phosphore.

M. le docteur Edouard Fournié, médecin de l'Institut impérial
des Sourds-Muets, donne les signes qui caractérisent une voix
singulière appelée par lui eunukoïde, — voix développée anorma­
lement au moment de la mue — et indique l’exercice rationnel
qu’il faut faire exécuter au larynx pour guérir cette infirmité.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

i

I

Séance du 3 février. — M. Dolbeau fait un rapport sur un travail
de M. le docteur Baizeau. L’auteur de ce mémoire soutient que
tous les appareils sont parfaitement inutiles dans le traitement
des fractures de la clavicule; une simple écharpe suffit.

�276

SEIJX FILS.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

La discussion s’engage. MM. Marjolin, Trélat, Le Fort, Demarquay, Paulet, Giraldès, Blot et Verneuil sont d’avis qu’il est des
cas dans lesquels il faut absolument, pour réduire la fracture et
surtout la maintenir réduite, employer des moyens plus éner­
giques que l’écharpe ; alors même on ne peut toujours se mettre
en garde contre l’irréductibilité.
M. Cliassaignac affirme qu’à l’aide des procédés qui lui sont
propres il réduit et maintient réduites toutes les fractures de la
clavicule quelles qu’elles soient.
M. Dolbeau ne croit pas qu'on puisse jamais éviter la diffor­
mité; le point important est de maintenir les fragments immo­
biles; l’écharpe simple remplit ce but.
M. Demarquay communique une observation de luxation complète

deuxième et de la troisième catégorie permettent au produit de
se développer, mais ils peuvent empêcher l’accouchement s’ils dé­
passent la grosseur d’un œuf de poule et surtout s’ils sont pédi­
cules. Les tumeurs fibreuses utérines s’hypertrophient et se ramol­
lissent pendant la grossesse ; elles exercent une influence fâcheuse
sur la santé des femmes qui en sont atteintes.
M. Chassaignac donne lecture de quelques préceptes pratiques
qui résument sa conduite dans les cas de fracture de la clavicule.
Tout le traitement suivi par lui repose sur ce principe que « le
« moignon de l’épaule étant porté à son plus haut point d’éléva« tion et s’y trouvant maintenu, aucune difformité de la fracture
« ne résiste aux efforts du chirurgien. »
Après la présentation d’ouvrages divers et l’examen de plu­
sieurs malades, M. Demarquay met sous les yeux de ses collègues
un épulis de la mâchoire supérieure enlevé par lui chez un homme
de 33 ans. Pour faire l’extraction de ce produit morbide, M. De­
marquay a dû ouvrir les deux sinus-maxillaires et réséquer l’os
dans un espace compris entre la 3° molaire à gauche et la 2° à
droite. L’opération a parfaitement réussi.
Séance du 24 février. — M. Tarnier achève son discours sur les
corps fibreux de l’utérus. Ces tumeurs ont été prises quelquefois
pour des parties fœtales, des kystes, des productions extra-uté­
rines. Leur pronostic est grave: sur 42 cas on compte, du côté
des femmes 27 morts, 13 guérisons; du côté des enfants 13 nés
vivants et 20 morts. L’expectation doit être la conduite suivie
par le chirurgien, car dans un certain nombre de cas l’accouche­
ment naturel a pu se faire. S’il faut intervenir, voici le rang dans
lequel M. Tarnier place les diverses opérations obstétricales :
P version, 2° forceps muni de mouffles pour opérer une traction
continue, 3° embryotomie, 4° opération césarienne.
M. Dolbeau communique une observation recueillie par M. le
docteur Meilhac. Il s’agit d’une chéloïde artificielle consécutive à
la perforation du lobule de l’oreille chez une jeune fille de 49 ans.
M. P. Horteloup lit une observation de luxation en haut de
l’extrémité interne de la clavicule.
M. le Président annonce que la Société a été autorisée à
accepter la rente annuelle de 1,200 francs offerte par M010Edouard
Laborie pour la fondation d’un prix de chirurgie.
Dr S eux , fils.

du premier métatarsien avec plaie et issue de l'extrémité antérieure de
Vos. L’extraction du métatarsien fut pratiquée avec un plein

succès.
M. Guyon met sous les yeux de la Société une tumeur fibroplastique du poids de 700 grammes enlevée par lui à une femme.
Cette masse considérable occupait la partie latérale gauche du
cou.
M. Dolbeau présente un travail de M. Krishaber. Ce mémoire
intitulé : Pathologie chirurgicale du lamjnx, contient, entr'autres
bon articles, une description complète des polypes laryngiens.
Séance du 10 février. — M. Guyon présente au nom de M. Letenneur (de Nantes) une fort belle observation d’ovariotomie.
M. Léon Labbé dit que, dans le traitement des fractures de la
clavicule, on ne peut adopter de méthode absolue, à cause des dif­
férences innombrables qui existent entre les divers cas observés.
La discussion sur les corps fibreux de i ’utérus pendant la gros­
sesse est reprise après une suspension de six mois. M. Blot com­
munique trois observations de cette maladie. Dans le premier cas,
des adhérences existaient entre la tumeur et le cul de sac utéro—
rectal ; la mère et l’enfant succombèrent. Dans les deux autres
cas, cette complication ne se présentait pas: l’accouchement de
la première malade put se faire sans amener le décès, ni de la
mère, ni de l’enfant; celui de la seconde femme ne se termina
heureusement que pour elle.
Séance du 17 février. — M. Tarnier distingue trois sortes de
corps fibreux: sous-muqueux, interstitiels et sous-péritonéaux.
Les premiers peuvent donner lieu à des hémorrhagies qui empê­
chent la conception et le développement de l’œuf. Ceux de la

277

�278

REVUE.

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Travaux de médecine.)

Rien n’est, variable comme les maux produits par les parasi­
tes. Autrefois on riait de Raspail, qui voyait des vers partout,
aujourd’hui on fait comme lui, et on attribue à des animalcu­
les un certain nombre desmaladiesqui affligent l’humanité. Il
parait qu’à Limoges, par exemple, les cysticerques sont assez
communs, comme le déclare M. Louis Bleynie dans la Revue
Médicale de cette ville, numéro de janvier .1809. Mais ils ne
sont pas toujours bien terribles puisque, chezdeux sujetsdisséqués par l’auteur, les cysticerques n’ont été trouvés qu’à l’au­
topsie ; il yen avait cependant, chez l’un des sujets, entre les
grands pectoraux et les téguments, dans les interstices des
pectoraux grands et petits, dans les muscles des bras, dans
les méninges cérébrales. Cette observation présente des parti­
cularités intéressantes : au thorax, les kystes enveloppants
avaient une longueur de 4 centimètres, ce qui est le double
de la longueur ordinaire ; il y avait aux bras un grand nom­
bre de petites masses oblongues de la grosseur d’un gros grain
de froment, composées d'une enveloppe fibreuse et d’un con­
tenu à consistance caséeuse sans organisation bien définie ;
la présence d’un crochet de cysticerque au milieu d’un de
ces corps prouvait que toutes ces petites masses n ’étaient que
des cadavres de cysticerques transformés. La question du
diagnostic reste tout entière comme un problème pour
l’avenir.
Si l’on rencontre souvent des échinocoques à Limoges, leur
patrie de prédilection est cependant l ’Islande, où le docteur
Jon Finsen a étudié récemment leur origine, leurs signes et
leur traitement. Finsen ne croit pas que cette affection soit
en Islande si fréquente qu’elle constitue à elle seule un cin­
quième de la mortalité ; elle atteint un habitant sur 43, et
c’est déjà beaucoup, les pêcheurs en sont exempts et, par con­

JOURNAUX FRANÇAIS.

279

tre, les agriculteurs lui payent un large tribut; l’introduction
dans l’organisme des œufs du tœnia œchinococus du chien
en parait la cause la plus vraisemblable. Gomme signes du
mal, la formation d’une tumeur et l’existence d’une fluctua­
tion facile sont à noter; le frémissement hydatique n’a jamais
été observé par l ’auteur. La ponction est une mauvaise mé­
thode de traitement, l’ouverture par la pâte de Vienne a
donné, par contre, d’excellents résultats. (Arch. gén. de méd.
janv. et fév. 1869).
Le bien, dans ce monde, se trouve souvent à côté du mal.
Si l’Islande est infectée par les échinocoques, en revanche la
phthisie ne s’y montre que rarement. Il n’est pas de problème
plus grave et plus difficile à la fois que celui de la contagion
de la phthisie ; telle est la question que, dans le Montpellier
Médical, M. Castan étudie et semble presque résoudre, tant les
faits qu’il expose en faveur de la thèse contagioniste sont
nombreux et paraissent probants. Il y a, dans ce travail, des
documents qui méritent d’être consultés. Circonscrivant le
débat, c’est la contagion du tubercule par les voies digestives
queM. Faivre examine dans le Lyon Médical, étude délicate
sans doute, mais moins ardue cependant que celle de la con­
tagion par les voies respiratoires ; quand on voit, en effet,
un chien mourir phthisique pour avoir pris l’habitude d’a­
valer les crachats de son maitre phthisique, si peu que l’ex­
périmentation se multiplie et que les résultats concordent, on
devra admettre ce mode de contagion, ce qui, entre paren­
thèses. n’aura pas grande importance au point de vue clinique.
Il est vrai qu’on nous sert quelquefois pour du bœuf de la
vache tuberculeuse ; je n'ose dire de la vaclie enragée.
Puisque nous parlons de rage, signalons en passant un cas
de cette maladie où les lysses sublinguales ont manifestement
existé. Un chien de forte taille s’était mis en devoir d’égorger
des lapins; un homme le vit, voulut le chasser, essaya de le
terrasser, et, dans cotte lutte imprudente, reçut plusieurs bles­
sures à la main: l’animal était enragé, l’homme le devint
bientôt, c’est-à-dire soixante jours après cette rencontre. Le
docteur Bazin, de Corbeilles, qui a rapporté le fait dans la

�281

REVUE.

JOURNAUX FRANÇAIS.

Gazette des hôpitaux, a observé chez son malade un symptôme
relaté par plusieurs auteurs et mis en doute par d’autres. Ce
sont des douleurs partant des parties blessées et annonçant
le début delà rage. Mais, ce qu’il v a de plus saillant dans
cette observatiou, c’est la formation de vésicules placées audessous de la langue, lesquelles se sont crevées et ont disparu
sans laisser de traces, quelques jours avant l’éclosion de la
maladie.
Ces vésicules constituaient par elles-mêmes une indisposi­
tion bien légère ; elles étaient les signes avant-coureurs
d’un mal terrible. Voici encore une maladie sans gravité
apparente et qui cependant renferme en elle-même un
danger de mort subite. La Gazette des Hôpitaux avait, au mois
d'octobre dernier, rapporté deux cas de phlébite rhumatismale
observés par M. Empis et suivis de guérison ; le malade de
M. Fleury, dont parle le même journal dans son numéro du
23 janvier, portait une phlébite rhumatismale de la saphène.
Les précautions les plus minutieuses sont recommandées: on
évite les émotions morales et. les mouvements physiques ; tout
à coup, après son déjeuner, le malade se plaint d’avoir un
mal d'estomac ; il penche la tête, et il meurt.
Le rhumatisme utérin n’a pas les mêmes dangers ; son exis­
tence était, jusqu’ici, contestée; voilà qu’un médecin de la
marine, M. le docteur Le Coniat, croit en avoir, à lui seul,
observé trente-huit cas. Il est vrai que ce médecin s’est trouvé
placé dans des conditions exceptionnelles; plus de 350 passa­
gères promenaient sur le pont du navire; à la chaleur succède
brusquement un temps froid et brumeux ; on se couvre les
épaules, mais le vent s'engouffre dans les crinolines, il pénètre
traîtreusement, jusqu’à la ceinture, et à ses perfides caresses
succède une vive douleur.
La douleur, tel est aussi un des symptômes d’une affection
singulière, dont l’histoire n’a été élucidée que dans ces der­
niers temps, bien qu’elle ne soit pas rare et qu’elle ait été
depuis longtemps observée. Fernel, Van Swieten, Morgagni,
Maurice Hoffmann, parmi les anciens, Gendrin. Cruveilhier,
Graves, Broca, Potain, Laboulbéne, Perroud, Merlan deChaillé

parmi les contemporains, avaient signalé l’expulsion par l’anus
de mucosités membraniformes qui avaient avec les vers une
ressemblance grossière; mais le meilleur travail sur le matière
est celui que le docteur Siredey a récemment publié dans
YUnion Médicale, et dont voici les conclusions :
« L’expulsion par l ’anus de matières muqueuses gélatiniformes, tantôt sous la forme de membranes, tantôt sous celle
de cylindres plus au moins réguliers, se rencontre assez fré­
quemment.
« Ces concrétions indiquent une altération de l’appareil se­
crétoire de l’intestin.
« Cette altération se rencontre dans de nombreux états
morbides. Nous les rangeons sous trois divisions :
« La première classe comprend les affections du tube diges­
tif désignées sous le nom d’embarras gastro-intestinal, d’état
muqueux, etc.
« La seconde se rapporte à l’inflammation du gros intestin,
soit qu’elle reconnaisse une cause spéciale, comme la dyssenterie, soit qu’il s’agisse d’une inflammation secondaire ou de
voisinage.
« La troisième enfin, moins connue, quoique bien étudiée
par le docteur Perroud (de Lyon), doit être rapportée à une
uévrose particulière de l ’intestin se rencontrant principale­
ment chez des hypocondriaques et des hystériques. »
Passons d’une extrémité à l ’autre du tube digestif, et nous
nous trouverons encore en présence de troubles morbides peu
connus, bien qu’ils ne soient pas rares, et dont s’occupe F Chucm
Médicale, dans son numéro d u (J février ; l’évolution de la dent
de sagesse ne se fait pas toujours sans accidents; il y a des né­
vralgies faciales, et céphaliques, des lésions plus ou moins
graves de l’os maxillaire qui ne reconnaissent pas d’autre
cause et qui cèdent à l’incision (le la gencive, comme le dé­
montre M. Amédée Forget, après Toirac, après le docteur Fort.
Dans les accidents que nous venons de mentionner, les
troubles nerveux était un effet, ils sont, par contre, une cause
dans l’affection dont s’occupe M. Parrot [Gazettehebdomadaire,
10 février). Les dix-neuf observations relatées par l ’auteur ont

280

�REVUE.

TRAVAUX ANGLAIS.

trait à des cas de masque ou de chromhidroso survenus en
dehors de la grossesse, et qui se sont déclarés chez des sujets
atteints de névroses ou puissamment nerveux. M. Parrot con­
clut que la chromocrinio est une affection névropathique et
non pas, comme le professe M. Le Itoy de Méricourt, une con­
séquence des troubles de Ja menstruation.
Plus encore que les troubles du système nerveux, les altéra­
tions du système sanguin se réfléchissent sur la peau. M. Verneuil avait dernièrement appelé l’attention sur des taches
cutanées, sur des plaques rougeâtres qui peuvent révéler l’infection purulente. M. Champouillon a écrit le 29 janvier à la
Gazette hebdomadaire pour annoncer qu’il a trouvé des taches
analogues dans l’infection urineuse ; des taches éxauthématiques pourraient donese produire chaque fois qu’un liquide septique infecte l ’organisme. Ce fait peut-il se généraliser et se
transformer en loi? Chaque espèce d’infection marque-t-elle
de son cachet l’éruption cutanée qu’elle provoque? Voilà des
questions dignes d’être soumises à l’étude.
Ce qui n’est plus un problème mais bien un fait plusieurs
fois constaté, c'est le ralentissement progressif des battements
du cœur, dont un exemple nouveau vient d’être rapporté par
M. Douaud dansTC/mon médicale de la Gironde (février 1869).
Il s’agit d’un homme de CO ans chez qui, à la suite d’une vive
émotion, le pouls est descendu progressivement à 44, 28, 14
pulsations ; des accès de dyspnée firent périr le malade.
Voici enfin, pour le bouquet, un mémoire tout-à-fait ori­
ginal sur la contracture dans l ’atrophie musculaire progres­
sive et le traitement des contractures par le bromure de po­
tassium ; il est dû à la plume de M. Bondet, qui l ’a inséré dans
le Lyon médical (février 1869.) Seulement ily a, dans ce travail,
une édition nouvelle d’une erreur historique qui devrait en­
fin se dissiper. M. Bondet dit, en effet, que la contracture des
extrémités a été décrite pour la première fois par Dance en
1831.
On trouve cependant, dans le Traité des accouchements de
De la Motte, publié en 1765, le cas d’une femme enceinte qui
fut prise d’accidents tétaniformes et d'une telle contracture

des membres que le chirurgien, voulant la saigner, ne put,
avec l’aide d’un homme vigoureux, réussir à lui fléchir le
bras.
On trouve au ssi, dans le Traité des nerfs de Tissot, l’obser­
vation encore plus probante d’un homme qui, en 1766, fut
attaqué de douleurs cruelles dans tout le corps et de cram­
pes violentes qui l’empêchaient d’ouvrir les mains et d’éten­
dre les jambes. 11 y a, dans la science, bien d’autres faits de
contracture des extrémités antérieurs à la description de
Dance et à l’année 1831; ils sont rassemblés dans deux mé­
moires dTmbert-Gourbeyre, auxquels nous renvoyons ceux
que cette question pourrait intéresser.

282

283

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.

JOURNAUX ANGLAIS.

Note su r l ’em ploi th é ra p e u tiq u e des p e ssa ire s (1)
m é d ic a m e n te u x , par A lfred M eadows.

Depuis quelque temps l’attention des médecins est dirigée
vers l’étude des applications locales médicamenteuses dans
le vagin, pour combattre les affections des organees pelviens
chez la femme. Le Dr Meadows, pense qu’une expérimenta­
tion étendue prouvera la valeur de ce mode de traitement,
auquel on peut bien adresser quelques objections, mais qui
n’en présente pas moins de grands avantages.

(1) Le mot pessary, pessaire, dans lo texte anglais est employé dans son
ancienne signification, nous l’avons conservée dans la traduction française.
Autrefois, on donnait le nom de pessaires, non à des instruments destinés
il soutenir la matrice, mais il des médicaments dont on imbibait ordinairement
do la laine et qu’on introduisait dans le vagin.
(E. N.)

�E. NICOLAS.

TRAVAUX ANGLAIS.

Dans cette note. Fauteur se propose : 1° de déterminer les
maladies dans lesquelles ce mode de traitement est applicable ;
2° de décrire le meilleur mode d’emploi ; 3“ de faire le paral­
lèle des objections que l'on peut opposer à ce moyen et des
avantages qu'il présente.

Enfin, lorsqu’il existe des écoulements vaginaux fétides, les
désinfectants sont indiqués et l ’on emploiera l’acide carbolique, le carbonate de chaux, l ’iode et surtout le permanganate
de potasse.
2° Du mode d’application.— Il y en a deux. L’un appartient
au docteur Greenhalgh. Il consiste à faire de petits plumas­
seaux de coton dans lesquels on place une petite quantité du
médicament que l’on désire employer. On peut faire à ce pro­
cédé trois objections: 1° il est d’une application difficile, sur­
tout lorsque l’on emploie des subtances astringentes qui res­
serrent l’orifice vaginal ; 2° la présence du coton peut faire
naitre une irritation difficile à supporter , et l’on a noté
des cas de contractions spasmodiques du vagin qui sollicitaient
l’expulsion du plumasseau ; 3° enfin, l’introduction n’est pas
seulement difficile, mais encore il n’est pas toujours aisé de
retirer le plumasseau.
L’autre , que préfère M. Meadows, consiste dans l’em­
ploi des pessaires. Les pessaires médicamenteux dont on se
sert ordinairement ont pour base le beurre de cacao et ont un
poids de gr. 5, 85 environ. Les substances grasses n’étant pas
absorbées, le beurre, à mesure qu’il se fond, couvre les parois
du vagin et s’oppose à l ’absorption du médicament. C’est ce
qui explique la presque complète inertie des médicaments
employés par cette voie. Les malades sont aussi incommodées
par l’écoulement graisseux qui se fait par le vagin.
C’est pour obvier à ces inconvénients, què M. Meadows a
fait des pessaires ayant ponr base le savon neutre et mou de
la pharmacopée anglaise (1), auquel on donne une consistance
convenable par l’addition d’une certaine quantité de cire
blanche ou de poudre de racine d’Althæa. On donne à ces
pessaires un poids de gr. 2, 50. Ceux qui sont préparés avec
de la poudre de racine d’Àlthæa sont d'un usage plus agréa­
ble et leur action émolliente est très avantageuse. Comme ils
se durcissent très facilement, on ne doit en faire préparer

28 t

1° Ce mode de traitement ne s’adresse pas aux maladies
qui doivent être attaquées par les caustiques sous leurs diver­
ses formes, mais à celles qui demandent l’emploi des agents
médicamenteux qui peuvent être absorbés par l’estomac et
qui agissent sur le siège du mal, par l’intermédiaire des diffé­
rentes voies de l’absorption.
Parmi les affections auxquelles ce mode de traitement est
applicable, on trouve au premier rang les maladies dans les­
quelles la douleur est le symptôme dominant, alors qu’elle ne
se lie pas à une lésion organique. D’où son utilité évidente
contre les douleurs qui ont leur siège dans l’ovaire, alors qu’il
est impossible d’y découvrir une lésion organique appré­
ciable.
L’application locale de médicaments est également utile dans
la sensibilité exagérée du col de l’utérus, dans la névralgie de
cet organe et dans la menstruation douloureuse. Le vagi­
nisme et la simple hypéresthésie sont attaqués également
avec une grande efficacité par le traitement local.
Cette méthode peut être aussi employée contre les transfor­
mations organiques, mais avec moins d’avantages. Toutefois
le cancer fait exception, et la douleur qui l ’accompagne est
calmée plus efficacement par cette voie que par les autres.
La douleur n’est pas le seul état pathologique qui puisse
être traité par ce moyen. On emploiera par cette méthode, le
mercure contre la syphilis ; L’iode et ses composés comme
fondants; Le brome et ses composés comme fondants et. sé­
datifs.
L’atonie du vagin et celle de l’utérus accompagnées de leur
cortège symptomatique, la leucorrhée et la métrorrhagie, sont
combattues avec avantage par les toniques locaux, le sulfate de
zinc, le tannin, le matico etc.

28o

(1) Le savon mou est fait avec de l’huile d’olivo ot do la potasse. —Il est
solublo dans l'alcool rectilié.
19

�286

E. NICOLAS.

qu'une demijlouzame à la fois. La proportion la plus con­
venable est de 3 de savon mou , pour 1 de cire blanche
ou de poudre d'Althæa. Cette masse se fond peu à peu et
forme avec le mucus vaginal une sorte d’émulsion dans la­
quelle le médicament est dissous e t préparé pour l’absorption.
Avec ces pessaires on obtient des résultats plus certains et
plus uniformes qu’avec ceux faits en beurre de cacao. Ensuite
une dose plus faible du médicament est nécessaire ; ainsi
gr. 0, 05 d’extrait de Belladone produisent des effets très mar­
qués. Dans deux cas cependant l’emploi du savon a produit
une légère irritation du vagin ; mais on ne doit attribuer ce
petit accident qu’à une susceptibilité particulière et excep­
tionnelle de la muqueuse.
Dernièrement le Dr Sansom a imaginé une autre forme de
pessaires. Il consiste en un cône creux de cire blanche con­
tenant une solution dans l’eau du médicament que l'on dé­
sire employer. Le sommet du cône est fermé avec du beurre
de cacao qui se fond plus vite que la cire. Lorsque le pessaire
est en place, le beurre de cacao se fond, le liquide se répand
et se présente à l'absorption. La principale objection que l’on
puisse adresser à ce moyen c’est que la solution se répand
trop vite et qu’elle ne se présente pas graduellement pour
être absorbée.
Quelques mots maintenant sur les médicaments que l'on
peut employer de cette manière. Gomme calmant, l’extrait de
Belladone à la dose de gr. 0, 05 ou l’atropine à la dose de
gr. 0, 005. Le docteur Anstie recommande beaucoup l’emploi
de ces substances dans les maladies du bassin chez les femmes.
On utilisera de la môme manière la ciguë, la jusquiame.
Comme résolutifs et fondants on emploiera l’iode, l’iodure
de potassium, le brômure de potassium. Dans les congestions
chroniques de l’utérus et des ovaires et dans les affections sy­
philitiques le mercure rendra des services. Enfin, les indi­
cations des astringents ont été notées.
3° Pour conclure, le docteur Meadows dit que les pessaires
médicamenteux sont d’un emploi plus commode que les sup­
positoires que l’on place dans le rectum. D’un autre côté, leur

CHRONIQUE.

287

introduction ne présente pas plus d’inconvénients que la ca­
nule d'une seringue à injections. D’autre part l’action du mé­
dicament est directe, immédiate, continue, tandis que lors­
qu’il est absorbé par l’estomac, il peut être difficilement sup­
porté par cet organe, et produire des accidents qui obligent
d’en suspendre l’usage.
( The Practitioner. — Janvier 1869 ).

M arseille , 13 Mars 1869.

Le fait qui a vivement ému l ’opinion publique et dont il
est longuement question dans le premier article de notre
journal, est dépouillé maintenant d’une partie des nuages qui
l’obscurcissaient. La lettre adressée par la Commission admi­
nistrative des hôpitaux à M. le Maire de Marseille, nous a ap­
pris que depuis plusieurs années le budget de nos hospices se
soldait en déficit ; la réduction de l’allocation accordée par la
ville ayant aggravé ce fâcheux état de choses, l’administration
se décida à supprimer le service spécial des vénériens (hom­
mes), se réservant toutefois de faire admettre dans les salles
de chirurgie les syphilitiques dont l ’état exigerait absolument
un séjour à l ’hôpital. L’exécution trop précipitée des ordres
donnés par l’administration aurait amené, paraît-il, le ren­
voi brusque des malades et produit l ’émoi inévitable qui de­
vait résulter de cet acte.
Nous n’avons point à examiner ici qui a raison et qui a
tort dans cette circonstance. Nous nous contenterons de dire
qu’il est infiniment regrettable que, dans une ville comme
Marseille , de pareils faits aient pu se produire. Toute une
classe de malades ne peut être privée des bienfaits de l ’assis­
tance hospitalière et ce n ’est point résoudre complètement
la difficulté que de tolérer, en cas d’urgence, l’admission des
vénériens dans les services ordinaires de chirurgie. Des me­
sures seront prises sans doute pour que celte situation fâ­
cheuse ne se prolonge point. En tout cas, il est indispensable
que, par l ’entente des administrations di verses, les hôpitaux

�288

SEUX FILS.

de notre ville puissent disposer à l ’avenir des fonds nécessai­
res au fonctionnement régulier de tous les services sans
exception.
Le mauvais état des finances de nos hospices aura comme
conséquences probables de rendre impossible la création de
nouveaux services médicaux et d’ajourner indéfiniment le
concours pour les places de médecin-adjoint. Notre Commis­
sion administrative s’est occupée, avec le plus grand soin, de
réviser le réglement des concours; nous attendions avec im­
patience l’annonce de la première joute scientifique, persuadé
que nous aurions à noter d’importantes modifications ; notre
espérance sera probablement d éçu e.. . . pour quelque temps
au moins. À Paris, où les médecins et professeurs agrégés
se renouvellent plus souvent qu’en province, les décisions sont
prises-plus rapidement. On nous annonce que l’Assistance pu­
blique vient d’adopter, pour les concours, de nouvelles me­
sures dont la connaissance ne tardera pas à être livrée au
public.
En attendant de pouvoir profiter de ces réformes utiles,
réjouissons-nous de voir les autres villes suivre l’exemple de
Marseille. A Alger, de vaillants athlètes se préparent à em­
porter d’assaut une place de préparateur de chimie et d’his­
toire naturelle. L’école de Dijon, jalouse à son tour de pren­
dre part à ces nobles luttes de l’intelligence, réclame le con­
cours pour les places de professeur-suppléant. Tous ces faits
sont l’indice d’un progrès réel ; nous les recueillons avec
bonheur.
Une question que l’on ne peut mettre au concours et qui
présenterait cependant un grand intérêt pratique, ce serait
l’étude des moyens à employer pour teindre les étoffes sans
laisser sur elles la plus petite parcelle de substance véné­
neuse. Dans la séance du 23 février de l’Académie de mé­
decine, M. Tardieu a donné sur la coralline quelques nou­
veaux détails. On ne soupçonne point tous les poisons qui
peuvent se trouver cachés sous un simple tissu écarlate.
En laissant de côté le vermillon, le m inium et tous les rouges
minéraux dont l’action toxique ne fait de doute pour per­
sonne, nous rencontrons, outre la coralline, cinq autres va­
riétés de rouge : la garance, la cochenille, la murexide, le
rouge d’aniline et la carthance. Les trois premières substances

CHRONIQUE.

289

ne se fixent sur les étoffes qu’à l’aide d’oxydes d’étain, de mer­
cure ou de plomb....! Quand au rouge d’aniline, il est préparé
avec l’acide arsénique et ses effets sur l’organisme marchent
de pair avec ceux de la coralline. M. Viaud-Grandmarais,
professeur à l’école de médecine de Nantes, a publié récem­
ment dans la Gazette des Hôpitaux une observation très cu­
rieuse d’empoisonnement occasionné par le rouge d’aniline.
D’après M. Tardieu, les symptômes résultant de cette dernière
intoxication diffèrent de ceux provoqués par la coralline, il
faut donc savoir reconnaître, à un moment donné, laquelle
de ces deux substances est contenue dans une étoffe suspecte.
On y arrive d’ailleurs facilement.
Lorsqu’on plonge dans de l ’alcool à 85° bouillant le plus
petit fragment d’une étoffe teinte avec l'une ou l'autre
de ces deux substances, le liquide se colore en rouge vif;
en ajoutant alors à l’alcool une certaine quantité de po­
tasse caustique, on voit le liquide se décolorer si l ’on a affaire
au rouge d’aniline, devenir au contraire plus foncé, si c’est
la coralline qui a été employée. C’est très simple; mais ce
qui vaudrait mieux encore ce serait de ne mettre en contact
direct avec la peau aucune étoffe rouge ; ajoutons........
de ne jamais placer sous la dent le moindre bonbon pour­
pre. M. Chevalier a annoncé en effet à l’Académie de médecine
que les confiseurs se servent habituellement du rouge d’an i­
line pour colorer leurs sucreries ; hàtons-nous de dire que
depuis la découverte des qualités toxiques de cette substance,
le gouvernement a défendu qu’on employât dans ce but un
poison aussi actif ; aussi les bonbons rouges disparaissent-ils
peu à peu de l ’horizon.
Une interdiction du même genre n’a point été faite aux fa­
bricants de pains à cacheter. Le Journal de Chimie pratique
vient de publier un intéressant travail du docteur Goppelsroder (de Bàle). Ce savant confrère conclut de ses nombreuses
expériences, que les pains à cacheter rouges contiennent du
minium ; les jaunes, de l ’oxyde de plomb ; les verts et les
bleus, du bleu de Prusse et du chrôme. Avis donc à ceux qui,
dédaignant les perfectionnements modernes, persistent à
fermer leurs missives à l'aide de ces moyens primitifs et in­
commodes.
Les poisons seuls n’auront point le privilège d’attirer ce

�290

SEUX FILS.

mois-ci notre attention. Deux communications pleines d’in­
térêt ont été faites à l ’Académie des sciences, l ’une par le doc­
teur Bergeon, l'autre par MM. Béchamp et Estor. Occuponsnous, sans plus tarder, de ces deux travaux.
Le premier est relatif aux bruits physiologiques de la res­
piration. L'opinion manifestée à ce propos par notre confrère,
M. le docteur Bergeon, rappelle à la fois la théorie de Beau,
et celle plus moderne de MM. Chauveau et Bondet. Beau at­
tribuait les deux murmures respiratoires au retentissement
du souffle laryngien. Pour les deux auteurs que nous ve­
nons de nommer, ces bruits seraient occasionnés par la dila­
tation vibratoire subie par l ’air en passant d’un tube rétréci
dans un tube plus large et ils se produiraient à la fois dans le
larynx et dans tout l’arbre bronchique. Relativement au
murmure inspiratoire, M. Bergeon est du môme avis que
MM. Chauveau et Bondet. Quant au bruit produit pendant
l’expiration, il le place, comme faisait Beau, dans le larynx;
seulement il l’attribue au brisement de la colonne d’air con­
tre le biseau formé par l’épiglotte. Notre confrère base son
opinion sur l’expérience suivante : Si l'on coupe transversa­
lement la trachée-artère d’un chien à 0m,02 ou 0m,03 de
la glotte, le murmure expiratoire disparait complètement.
Le hasard nous a permis de contrôler, dans une certaine me­
sure, l’expérience du docteur Bergeon. A l’hôpital de la Con­
ception, se trouve une femme qui fut atteinte, il y a quel­
ques années, d’un œdème de la glotte consécutif à une syphi­
lis laryngée. L’obstruction du tube aérien étant complète, la
trachéotomie fut pratiquée. Depuis cette époque, la malade
ne respire plus qu’à l’aide de la canule trachéale. Chez cette
femme, à l’état normal, le murmure inspiratoire s’entend
très-bien, mais le bruit de l’expiration est presqué complète­
ment aboli ; dans les grands mouvements respiratoires, ce
dernier devient plus manifeste et les deux murmures présen­
tent alors, à un faible degré, le timbre métallique. Ce fait
parait confirmer la théorie du docteur Bergeon. Voilà une
femme chez laquelle les modifications du bruit expiratoire
sont en rapport avec le changement d’état de la surface sur
laquelle l’air vient se heurter. Dans le cas actuel, ce n’est
point l’épiglotte qui occupe le sommet de la colonne aérienne,
mais une canule métallique, c’est-à-dire un corps peu vi­

CHRONIQUE.

291

brant, peu incliné sur la trachée-artère; aussi, perçoit-on,
pendant l ’expiration, un murmure affaibli et modifié. L’épi­
glotte parait donc intervenir, d’une manière active, dans la
production des bruits respiratoires.
La seconde communication a trait à l ’origine de la fibrine du
sang. MM. Béchamp et Estor concluent, de nombreuses expé­
riences, que ce produit n ’est, qu’une fausse membrane formée
par les microzymas associés entre eux à l’aide des éléments
albuminoïdes du sang. On savait déjà que la fibrine provenait
de l’albumine; seulement on la croyait produite par l’oxydation
de cette dernière substance. Les recherches de MM. Béchamp et
Estor semblent prouver que la chimie n’interviendrait point
dans l’acte producteur de la fibrine, lequel serait sous la dé­
pendance entière des lois physiques. Ce fait, s’il est vrai, va
rendre plus considérable encore le rôle joué en médecine par
les parasites végétaux et les animalcules. Depuis un certain
nombre d’années les infiniment petits de la création ont telle­
ment grandi aux yeux des pathologistes qu’on est tenté de
trouver moins extraordinaire le principe de thérapeutique
établi par Raspail : toutes les maladies sont occasionnées par
des êtres vivants; donnons à tous les malades une substance
parasiticide, le camphre, par exemple, et nous guérirons. Lon­
gue en effet, serait la nomenclature des affections que les
auteurs modernes ont cru occasionnées par des parasites. Les
travaux du mois nous permettraient d’ajouter à cette liste
deux nouvelles classes de maladies : les phlegmasies d’abord,
puisque la fibrine, toujours en excès dans ces cas là, parait
avoir pour origine les microzymas du sang ; puis, les fièvres
appelées par M. Bailly fièvres épithéliales.
Sous cette dénomination commune, ce médecin range les
fièvres dites catharrales, les fièvres typhoïdes et les exanthè­
mes fébriles. Les idées de notre confrère, exposées tout au long
dans un mémoire adressé par lui à l’Académie de médecine,
ont attiré l’attentioD de M. Chauffard qui en a rendu compte
dans un excellent rapport. Ce nom de fièvres éphithéliales nous
parait assez heureux, la couche superficielle de la peau ou du
tégument interne se trouvant toujours plus ou moins atteinte
dans les maladies sus désignées. On ne peut savoir mauvais
gré aux exprits généralisateurs qui cherchent à s’élever du fait
isolé à la loi, principe du fait lui môme. Mais dans cette voie

�SEUX FILS.

CHRONIQUE.

il est facile de s’égarer et, pour ne point faire fausse route, il est
urgent de ne jamais perdre de vue l’observation expérimen­
tale. C'est ce que n ’a point toujours fait M. Bailly. An lieu de
s’arrêter après avoir trouvé une dénomination excellente et
applicable à tout un groupe de maladie, il est allé plus loin ;
supprimant dans l’étiologie de ces affection? les causes com­
munes, le froid, l ’influence des saisons, des climats, de l’àge
etc., il a expliqué la production des fièvres épithéliales par
l ’action unique d’un miasme, d’un ferment. Nous voilà en
pleine hypothèse. Il nous parait difficile de trouver dans les
faits cliniques la démonstration de cette vue de l’esprit.
Ce n’est pas une des tendances les moins curieuses de notre
époque que ce désir de tout expliquer même au prix des sup­
positions les plus extraordinaires. Cette disposition, fâcheuse a
un certain point de vue, a du moins l’avantage d’entretenir le
feu sacré dans les âmes et d’amener souvent des découvertes
utiles. Ainsi que l’a fort bien dit M. Chauffard, « ce sont les
« sillons tracés d’une main téméraire dans lesquels germent
« parfois des grains nouveaux et se lèvent des moissons inat« tendues. »
La Société de chirurgie, pour sa part, ne s’attaque point aux
hypothèses. Les corps fibreux de l’utérus sont en effet de
grosses réalités, souvent dangereuses, comme le prouvent les
observations communiquées à la Société par M. Blot. Nous
dirons à ce propos que l’honorable chirurgien nous a paru
attacher une importance un peu trop grande aux adhérences
du produit morbide avec la cavité pelvienne. Pour M. Blot,
la question du pronostic est renfermée tout entière dans ce
fait: s’il y a des adhérences, l ’accouchement ne peut s’effectuer;
il se fera au contraire si le corps fibreux est libre. Cette opi­
nion nous paraissait formulée d’une manière trop absolue ;
le discours remarquable de M. Tarnier est venu nous donner
raison.
Sans nier l’influence fâcheuse des adhérences, M. Tarnier
tient grand compte de la situation du corps fibreux dans le
tissu utérin et du volume présenté par le produit morbide.
L’expérience a prouvé que certains corps fibreux, complète­
ment libres d’adhérences avec les parties environnantes, de­
viennent, par le fait de leur volume, un obstacle sérieux à
l’accouchement. Dans ces cas là, l’art doit absolument interve­

nir et M. Tarnier préfère alors la version au forceps. Cette opi­
nion étonneà bon droit. Il suffit d’avoir introduit une seule fois
la main dans un utérus, pendant le travail, pour comprendre
qu'elle force a cet organe et quelle résistance il oppose aux
doigts de l’accoucheur. Que sera-ce donc lorsque la manœuvre
sera rendue plus difficile encore par la présence d’un corps
étranger? M. Depaul a, sur ce point, une opinion entièrement
opposée à celle de M. Tarnier ; il donne la préférence aux
forceps.
Quant à l’embryotomie, placée par le savant agrégé bien audessus de la gastro-hystérotomie, c’est une opération tellement
affreuse que nous voudrions ne la voir pratiquer que dans des
cas tout à fait exceptionnels. Les chirurgiens de Paris sont
logiques en repoussant de toutes leurs forces l’opération césa­
rienne, qui n’a presque jamais réussi dans la capitale; nous
autres provinciaux nous ne le sommes pas moins en la consi­
dérant comme un moyen offrant de chances réelles de succès.
Pourquoi, d’ailleurs, redouter autant cette opération ; ne faiton pas dix fois fois, cent fois plus dans l’ovariotomie? Et la
puerpéralité, dira-t-on, la comptez-vous pour rien? Non, certes.
Mais les faits sont là qui prouvent que l'opération césarienne,
pratiquée dans de certaines conditions, réussit parfaitement
en province. Il nous suffira de rappeler à ce propos l’opinion
bien connue de notre vénéré maitre, M. le professeur Villeneuve, et les succès remarquables obtenus par M. le professeur
Bleynie (de Limoges) (1). Comptons sur l’avenir; le temps aidé
de l’expérience éclaire souvent les esprits mieux que ne pour­
raient le faire les discussions les plus savantes.
Personne ne niera que l’ovariotomie ne soit une des plus
belles conquêtes de la chirurgie moderne. Et cependant a-t-on
jeté les hauts cris lorsque la première nouvelle de cette opéra­
tion franchit les mers et parvint en France ! A-t-on peu ménagé
nos voisins les Anglais lorsqu’on sut qu’ils se mettaient cou­
rageusement à l’œuvre et multipliaient leurs essais ! Et les sa­
ges d'alors n’eurent-ils point raison de s’applaudir de leur pru­
dence lorsqu’ils virent un chirurgien français, d’un immense
renom et d’un talent hors ligne, échouer dans ses premières
♦
(1) Voir le numéro do mai 18G8 del'tfnton Medicale de la Provence : Chro­

*292

nique mensuelle.

293

�291

SEUX FILS.

tentatives ? Disons le sans plus tarder, l ’ovariotomie était bien
faite pour exciter le génie audacieux des Américains, bien
faite aussi pour éloigner notre chirurgie française si prudente,
si ennemie de toute innovation dangereuse. Depuis lors le
temps a marché; l ’ovariotomie se vulgarise parmi nous et se
justifie par de remarquables succès. Tous les jours, M. Péan
présente aux académies savantes des sujets opérés et parfaite­
ment guéris. M. Letenneur (de Nantes) vient de disséquer le
colon transverse et le colon ascendant dans une étendue de
près de 40 centimètres; le kyste s’est ouvert deux fois pendant
l’opération; il y a eu de nombreuses hémorrhagies; malgré
ces conditions déplorables, le succès a été complet. M. Kœberlé
(de Strasbourg) disait il y a quelques jours à l'Académie de
médecine que, sur 11 femmes atteintesd’hydropisie enkystée
de l’ovaire, il en avait sauvé 10 par l ’ovariotomie. .Tous ces
faits sont prodigieux.
Lorsqu’on a assisté à une de des opérations effrayantes, on
se demande comment il est possible que la guérison soit
obtenue : et lorsque cette dernière est certaine, lorsqu’on l’a
constatée de ses propres yeux, on est bien près de se dire que
tout au monde peut réussir. Audacieux jusqu’à la témérité,
courageux jusqu’à lafolie, l’homme qui le premier assuma sur
lui l’écrasante responsabilité d’un essai de cette nature !
Elle est parfois lourde à porter la responsabilité médicale.
En voulez-vous un exemple?Lisez, dans le compte-rendu que
vient de publier l’Association locale des médecins de Dijon,
Beaune et Semur, le récit du procès intenté à l’un de nos
confrères. Le Dr X... est appelé, le 24 février 1803, auprès d’un
enfant de 27 jours, pâle et chétif, sur lequel il constate tous les
signes d’une syphilis héréditaire; il ne prévient point la
nourrice et prescrit le traitement usité en pareil cas; l’enfant
guérit. Pendant tout le temps de l’allaitement la nourrice ne
cesse pas de jouir d’une excellente santé. Cinq mois après le
sevrage cette femme est atteinte d’une syphilis constitution­
nelle et le Dr X... constate sur les organes génitaux du mari
des plaques muqueuses et des cicatrices indurées. Les deux
époux sc disent infectés par le nourrisson ; ils forment contre
les parents de l’enfant une demande en dommages et intérêts
et le médecin est attaqué comme solidairement responsable.
Nous nous demandons, dans les circonstances actuelles, si

CHRONIQUE.

293

notre confrère pouvait agir autrement qu’il n’a fait. S’il eût
mis la nourrice au courant de la situation elle n’eût certai­
nement plus voulu se charger d’allaiter l’enfant, et alors que
serait devenu ce petit être si chétif, si malade ? En conscience,
le médecin pouvait-il exposer ce pauvre enfant à une mort
presque certaine ? Aucune ulcération, aucune plaque n’exis­
tait sur le nez, sur les lèvres, dans la bouche du nourrisson,
aucune gerçure sur les seins de la nourrice; notre confrère
était donc en droit d’espérer, jusqu’à un certain point, que
cette dernière ne serait point infectée et que l ’enfant pourrait
guérir. L’événement n’a point réalisé toutes les espérances du
médecin ; mais ayant prévu ce qui pouvait arriver, ayant en
conscience usé des ressources de son art pour éviter tout acci­
dent, le Dr X.... pouvait-il être déclaré responsable du mal­
heur survenu à la nourrice ? Cette appréciation aurait été
d’autant plus injuste que le long espace de temps écoulé entre
le sevrage de l ’enfant et l ’infection de la nourrice semblait in­
diquer que la syphilis avait pénétré dans le ménage par la
grande route et non par un chemin de traverse.
Les tribunaux ont donné raison à notre confrère ; les plai­
gnants ont perdu à Mâcon en première instance, et la Cour
d’appel de Dijon, dans son audience du 14 mai 1868, a rendu
un arrêt qui confirme ce jugement.
Que diraient mesdames les doctoresses en médecine si elles
avaient à s’occuper de semblables questions? C’est pourtant ce
qui arrivera un jour ou l’autre à Mmo Barbe Kaschevarof. Quel
est le médecin qui, dans le cours de sa pratique, ne s’est pas
trouvé au moins une fois dans une situation à peu près sem­
blables à celle du Dr X .... ? Le docteur Barbe et ses confrères
auront donc à pénétrer dans tous les gracieux détails que
comporte une enquête pratiquée sur les individus des deux
sexes. Il est vrai que ces jeunes femmes doivent être blasées
sur les particularités de ce genre, puisque la Feuille médicale
de Saint-Pétersbourg nous apprend « qu’on voit à l’Académie
* chirurgico-médicale une foule de dames s’occuper, dans la
« salle de dissection, à la préparation anatomique des cada« vres. » En vérité, nous ne savons ce que devient le bon sens
« public. La loi de la nature est méconnue ; la femme repousse
comme indignes d’elle ce charme d’expression, cette grâce ex­
quise, cette délicatesse de sentiments qui constituent son plus

�296

CAUSERIES.

BONHOMME.

précieux apanage; il ne nous reste plus, à nous autres hom­
mes, qu'à nous raser la barbe, à prendre la machine à coudre
et à faire la toilette des marmots. Triste, triste !

Dr Seux fils.
BULLETIN TH ÉR A PEU TIQ U E
POUDRE ANTI-VOMITIVE.
La racine de Colombo (cocculuspalmatus, menispermumpcilmatum) constitue un médicament fort utile contre les vomis­
sements des femmes enceintes, pourvu que l’estomac ne
présente aucun signe d’irritation. Voici une bonne formule :
Poudre de Colombo.......... huit grammes,
divisez en seize paquets égaux ; en prendre un chaque jour,
une moitié avant le déjeuner, l’autre avant le dîner.
S.

CAUSERIES.
Vous voulez donc, chers collaborateurs, que je parle au­
jourd’hui de la pluie et du beau temps ; vous refusez ceci,
vous rejetez cela ; ce sujet est scabreux, il ne faut pas l’abor­
der, cet autre est graveleux, il n’est pas admissible ; vous
savez cependant que je n’ai pas l’embarras du choix. Votre
chroniqueur a des yeux autour de la tête et des oreilles par­
tout ; il voit tout, il entend tout, il prend tout ; vous le met­
tez en scène chaque mois, et, quand mon tour arrive, je ne
trouve plus rien ù glaner. Si j ’essaye de chanter bas, vous
voulez un Rinforzando ; si je le prends plus haut, vous de­
mandez une sourdine ; je 11e puis pas me mettre au diapason ;
l ’ancien et le nouveau m’échappent également ; donnez-moi
donc le La une fois pour toutes, et tâchons d’aller d’ac­
cord.
Ali ! j ’entends, j ’y suis et je commence.
Et vous, lecteurs, voyons si je pourrai me mettre à Punisson de vos pensées. Vous m ’accusez d’avoir prodigué l’éloge
dans notre premier numéro: qu’importe s’il était mérité ;
cela ne vaut*-il pas mieux que d’appartenir à une de ces
sociétés de dénigrement perpétuel dans lesquelles tant d’au­
tres vivent et paraissent se complaire ?
Pourquoi ne dirais-je pas aujourd’hui, par exemple, tout
le bien que je pense de celui-ci où de celui-là ?
Faut-il attendre qu'il soit mort pour lui rendre cette
justice ?

297

Les dénicheurs des défauts d’autrui sont toujours assez
nombreux, ils ont cela de commun avec les bêtes malfai­
santes et nuisibles, pour qu’il nous soit bien permis à nous,
qui 11e sommes ni envieux ni jaloux, de parler des talents ou
des bonnes qualités de nos confrères. Vous 11e pouvez exiger
de nous qu’une seule chose, et nous vous l’accordons de
grand cœur ; c’est que, dans nos éloges, nous n’altérions
jamais la vérité.
À mon tour,, de vous adresser un tout petit reproche : je
vous accuse d’indiscrétion, car vous ôtes aussi curieux que
vos aimables compagnes. Fi, quel vilain défaut pour le sexe
fort ! Vous voulez savoir qui nous sommes et vous tourmen­
tez notre directeur qui fait la sourde oreille, et devient alors
muet comme un rouget. Que vous importe, après tout, qu’à
notre arrivée dans ce monde, dont on dit tant de mal et
qu’011 s’obstine à ne pas quitter, 011 nous ait placé sous la
protection de saint Paterne ou de saint Placide, de saint Boniface ou de saint Clément,de saint Rustique ou de saint
Parfait. Ah ! nous ne nous engageons pas à imiter ce dernier,
ram avis ; notre humaine fragilité s’y oppose; mais nous ne
médirons pas, nous ne calomnierons pas et nous n’insulte­
rons personne. Toujours est-il que notre pauvre directeur est
dans une étrange perplexité; on le questionne, on l’interroge,
on le tourne et le retourne si bien qu’on le force enfin à
parler; et lui, grave comme un enfant de Mahomet, vous
répond dans sa barbe par ces mots du Coran : La parole est
d’argent et le silence est d ’or. Vous voilà, en vérité, bien avan­
cés, chers indiscrets, permettez-nous donc de rester avec
bonhomie ce que nous sommes et de dire, comme Nadaud
dans la chansonnette :

« C'est Bonhomme
« Qu’on me nomme. »
— Quittons pour un moment notre bonne cité phocéenne.
La folle du logis nous transporte aussitôt à Lutèce rajeunie,
transformée, haussmannisée, comme 011 dit daiis les grandes
feuilles. Nous allons droit à un hôtel de la rue de Tournon,
que vous connaissez tous. Dieux ! quel entrain, qu’ellegaité,
c’est un printemps perpétuel ; c’est ici que l’on a raison de
croire à l’insenescence de l’esp rit.. . et du cœur de l'homme.
Salut et une cordiale poignée de main à l’hôte de ces lieux ;
nos compliments de condoléance à l’illustre bienfaiteur des
syphilisés........ de l’humanité, auquel l’Institut vient de
préférer un futur savant qui avait à cette préférence les titres
les plus sérieux. Jugez-en: Son vénéreble père a pendant
plus de trente ans, dans sa chaire de la Faculté, prodigué
6es leçons soporifiques à toutes les générations d'étudiants
que Ricord instruisait et charmait sous les fameux tilleuls
de l’hôpital du Midi.

�29S

CAUSERIES.

NOUVELLES DIVERSES.

Il s’est passé là, en vérité, un phénomène inouï et dont
mon humble sugeote ne se rend pas bien compte, car suivez
bien ce raisonnement : Tout le monde, à Paris surtout, a été,
peu ou prou, le client de Ricord. Or, si les nombreux aca­
démiciens qui lui doivent la santé avaient tous voté pour
lui, il eût obtenu, soyez en sûr, une immense majorité.
11 est vrai que ces prétendus immortels ont pour la plupart
dépassé l’àge des amours, qu'ils ontoublié les peccadilles dVitrefois ; mais, sont-ils donc à l’abri des regains de la jeu­
nesse ? Ou bien faut-il admettre que M. Dumeril II a décou­
vert, à lui tout seul, la raison pour laquelle les têtards n’ont
pas de queue quand ils atteignent l ’àge adulte? Malgré cette
découverte, si importante pour le bonheur des humains, j ’es­
time que Messieurs de l ’Académie des Sciences sont bien in­
grats et bien téméraires. Jetons un voile sur cet acte
et passons en Belgique. Nous y voyons des prêtres , de
pieux ecclésiastiques qui ne craignent pas de pratiquer euxmêmes l'opération césarienne sur les femmes qui meurent
en état de grossesse, aûn de baptiser Penfant qui peut avoir
survécu.
L'Art Médical de Bruxelles rapportait dernièrement que le
curé de Boom venait d’opérer, à l ’aide de son couteau, une
jeune fille de 17 ans, enceinte et ayant succombé à une hé­
morrhagie.
Plus récemment, dans la commune de Zoersel, canton de
Brecht, une jeune fille, que le curé croyait enceinte, ayant
succombé, cet ecclésiastique prescrivait à son père de l’opérer
à l’aide d’un canif qu’il lui donnait ; sur le refus de ce mal­
heureux, une sage-femme fut appelée, qui pratiqua l’opéra­
tion e t . . . . la matrice était vide !
Un vicaire de la paroisse d’Aertrycke avait été condamné
antérieurement, parle tribunal de Garni, à un mois de pri­
son, pour un délit de cette nature, mais l’affaire ayant été
portée eu Cour de Cassation, celui-ci a cassé, sans renvoi, le
jugement primitif : « attendu, dit l’arrêt, que les faits de la
prévention constituaient la violation d’un cadavre avant la
sépulture, fait non prévu par la loi, et non pas la violation de
sépulture d’après la loi existante, » d’où il résulte qu’en Bel­
gique quelques pellées de terre jetées sur un cadavre lui
donnent un caractère d’inviolabilité qu’il ne possédait pas :
mais il me semble que la question est un peu plus impor­
tante que celle d’une violation de sépulture, ou d’un cadavre
inhumé ou non inhumé. Et d’abord, la certitude de la mort,
que nous ne possédons que par les signes de la putréfaction,
dont on ne peut pas attendre la manifestation sous peine de
manquer complètement le but que Ton veut atteindre ; et
la certitude de la grossesse qu’il est quelquefois bien difficile
d’acquérir, comme dans les cas des tumeurs abdominales ;

et aussi le manuel opératoire qu'il faut connaître, sous peine
de tuer un enfant qui peut survivre à sa mère. Voilà tout
autant de considérations qui rendent indispensable l'inter­
vention de l’homme de l ’art. Celui-ci, de son côté, ne peut,
dans les cas de cette nature , refuser son concours quel que
soit le point de vue auquel on se place, il s’agit toujours d'un
enfant à sauver.
Après vous avoir parlé des enfants qui ne sont pas nés, permettez-nous de vous dire un mot des enfants qui viennent
de naître. Savez-vous la grande découverte qmon vient de
faire à Paris ? c’est qu’il est dangereux et inhumain de trans­
porter à la mairie les nouveau-nés. Il y a longtemps qu’à
Marseille on s’en est aperçu, et que, pour faire enregistrer une
naissance, le père n’a qu’à se rendre à l’Hôtel-de-Ville, ac­
compagné de deux témoins qui signent avec lui la déclara­
tion. Si, à Paris, on ne prenait pas autant de précautions,
c’est sans doute parce qu’il y fait toujours soleil, que le ciel
n’y est jamais brumeux, et que le froid n’y sévit jamais.
Mais c’est mal à nous de critiquer les défauts du passé, au
lieu de louer les progrès du présent. Félicitons Paris d’avoir
enfin imité Marseille.
Dr B o nh o m m e .

299

NOUVELLES DIVERSES.

— Par arrêté préfectoral en date du 9 mars 1869, Monsieur le
docteur Rougier a été nommé vaccinateur, conservateur du virus
vaccin dans le département des Bouclies-du-Rhône.
— Un laboratoire pratique pour les sciences physiques et chi­
miques vient d’être ouvert dans notre ville. C’est M. Favre, le sa­
vant professeur de la Faculté des Sciences et de l'Ecole de Méde­
cine, qui a été mis à la tête de cet établissement.
— Depuis le commencement de l’année, plusieurs de nos con­
frères, MM. Picard, Maurin, Reynès, etc., ont fait des conféren­
ces publiques sur divers sujets de physiologie, de médecine po­
pulaire, dmygiène et d’histoire naturelle.
— Lécole de médecine de Dijon vient de demander à Monsieur
le Ministre de l’instruction publique l’autorisation de mettre au
concours les places de professeur suppléant.
— Un concours pour la désignation au choix de S. Exc. le Mi­
nistre de l’instruction publique, d’un préparateur de chimie et
d’histoire naturelle près lecole préparatoire de médecine et de
pharmacie d’Alger s ouvrira dans cette ville le 15 avril 1869.
6'adresser pour tous renseignements au Secrétariat de l'école d’Alger.

�300

SEUX FILS.

— Les obsèques dcM. le professeur Grisqlle ont eu lieu le ven­
dredi 12 février au milieu d’un grand concours de médecins. Des
discours ont été prononcés sur sa tombe par M. Béliier, au nom de
la Faculté, M. Chauffard, au nom de l'Académie de médecine, et
M. Millard, au nom de la Société médicale des hôpitaux.
— Des modifications très-importantes vont, dit-on, être intro­
duites dans l'organisation des concours pour les places de méde­
cin et de chirurgien des hôpitaux de Paris.
— Deux morts sont survenues en Angleterre par la chlorofor­
misation pratiquée pour de légères opérations chirurgicales, l’une
à l’hôpital Saint-Barthélemy de Londres, l’autre, à l’infirmerie
de Leeds.
— Le congrès medical international se tiendra cette année à
Florence; il s’ouvrira le 20 septembre et durera quinze jours.
M. Bouillaud a été désigné comme président des sections réunies.
— Le chirurgien anglais Hogdson, ancien président du college
royal des chirurgiens de Londres, membre associé étranger de la
Société de chirurgie, vient de mourir à l’âge de 80 ans. Presqu’en
même temps, un autre chirurgien, anglais comme lui et aussi
illustre, James Wardrop, succombait après avoir atteint sa 87°
année.
— L’assemblée générale de l’Association des médecins de France
aura lieu le dimanche 4 avril, à 2 heures, dans le grand amphi• théâtre de l’assistance publique, avenue Victoria. • Le président
de notre société locale des Bouches-du-Rhône doit se rendre à
cette réunion, qui sera présidée parM. le professeur Tardieu.
— M. Brown-Séquard, docteur en médecine, a été chargé du
cours de Pathologie comparée et expérimentale, de la Faculté de mé­
decine de Paris. .
— Monsieur le docteur Moitessier, agrégé près la Faculté de
médecine de Montpellier, a été nomme professeur de physique
médicale à la même Faculté.
— M. Colmant, médecin-inspecteur, a été nommé directeur de
l’école de médecine militaire de Strasbourg, en remplacement de
M. Sédillot admis à faire valoir ses droits a la retraite.
— L’Académie de médecine de Madrid a mis au concours les
questions suivantes pour 1870 :
1° Signaler les différences fondamentales entre les maladies diathésiques et les discrasies.
2° Application de la chimie organique actuelle à la physiologie
et à la thérapeutique.
3° Etude critique des théories émises sur la génération des élé­
ments anatomiques.
Les prix consisteront en une somme de 3,000 réaux, diverses
médailles d’or ou d’argent et le titre de membre correspondant.
Les étrangers peuvent concourir ; mais les mémoires doivent
être écrits en espagnol ou en latin, et envoyés franco au secréta­
riat de l’Académie, rue des Cedaceros, n° 13, avant le 1" septem­
bre 1870.
A. Fabris.

(an cien n e

U n i o n M é d i c a l e d e la. P r o v e n c e )

Année. — N ° 4 , - 2 0 Avril 18G0.

HYGIÈNE PUBLIQUE.

De l’ex tractio n des corps g ra s p a r le su lfu re de c a rb o n e ,

Par le Dr Roux , de Brignoles, fils,
Médecin des Hôpitaux.

Malgré les ennuis et les regrets qui viennent assombrir cer­
tains esprits, en voyant surgir du sein de nos campagnes les
longues cheminées de nos fabriques aux constructions bizarres,
irrégulières; malgré l’anxiété que nous éprouvons en. nous
demandant quelle part d’influence peut avoir sur la santé pu­
blique la disparition de tant de végétaux fauchés autour de
nous, il fauteependant bien accepter cette vérité :'que Marseille
doit une partie de sa grandeur et de sa richesse aux industries
qui fleurissent chez elle, et nous consoler en comparant son
territoire, encore frais et riant, avec celui de tant d’autres
centres d’industrie moins privilégiés.
Refouler dans un môme coin de nos faubourgs, de notre
banlieue, toutes les usines à émanations fétides, désagréables
ou insalubres, est une tendance que nous devons approuver.
Mais il est injuste de frapper exclusivement un quartier au
bénéfice des autres; et quoiqu’il nous en coûte, il faut
renoncer â faire de notre campagne un paradis terrestre pour
un petit nombre d’heureux au préjudice d’une majorité de
travailleurs.
Il est une industrie qui, importée depuis près de huit
années parmi nous, tend de jour en jour à devenir marseil-*
20

�ROI X.

SULFURE DE CARBONE.

laise, qui est comme le corollaire de 110s moulins, de nos
grandes fabriques d'huiles; je veux parler de rextraction des
corps gras oléagineux , par un des plus puissants dissolvants
que la chimie ait découverts, le sulfure de carbone.
Cette industrie mal connue, dangereuse seulement pour
ceux qui s'y livrent, fait naître chez les habitants de nos quar­
tiers des terreurs exagérées. L’annonce d’un établissement de
ce genre donne immédiatement naissance, à plus de 2,000 mè­
tres à la ronde, à d’innombrables oppositions. Il n’est pas sans
opportunité, ce nous semble, de réduire
leur juste valeur
les dangers et les inconvénients signalés.
Le sulfure de carbone est un liquide transparent, volatil,
d'une odeur très désagréable tel qu il est employé dans les
aids, d'une saveur âcre et caustique. Il bout à là0 et bride
(flamme bleue) en formant de l’acide sulfureux et de l’acide
carbonique. Sa fluidité est comparable à celle de l’éther. Sa
densité égale 1,205, celle de sa vapeur 2,71.
L’eau ne le dissout pas, du moins d’une manière sensible,
d’où la faculté de le conserver sous une couche plus ou moins
épaisse de ce liquide.
C'est le dissolvant par excellence des corps gras, des huiles,
des résines, du caoutchouc.
Si on introduit en petite quantité dans un flacon rempli
d’air ou d'oxygène ce corps composé, il s’y réduit en vapeur
et le mélange détonne fortement par l’approche d’un corps en­
flammé. Cette propriété fait comprendre les dangers des fuites
au voisinage des générateurs et des fourneaux.
Le procédé suivi dans les arts pour sa fabrication consiste,
comme dans le laboratoire, à diriger sur une masse de char­
bons poreux, incandescents, un courant de vapeur de soufre.
Les vapeurs de sulfure de carbone sont irrespirables et peu­
vent donner lieu à des accidents immédiats et consécutifs. Des
industriels nous ont assuré n’en avoir jamais été incommodés.
D’autre part, un professeur de notre Faculté des sciences nous
affirmait avoir été très-malade d'une inhalation involontaire,
mais trop prolongée. M. le docteur Delpech, hygiéniste dis­
tingué, a. dans ces derniers temps, appelé l’attention du monde

médical sur les symptômes d’une affection déterminée par
l'inhalation des vapeurs de sulfure de carbone, chez les ou­
vriers qui fabriquent le caoutchouc vulcanisé. Il est vrai de
dire qu’ils manipulent le sulfure dans de vastes cuves décou­
vertes (1).
« C’est en tenant compte de la spécificité des phénomènes
qu’il avait observés chez un individu travaillant le caout­
chouc, phénomènes qu’il no pouvait rattacher à aucune ma­
ladie connue, que cet observateur sagace a pu établir l’exis­
tence de cette maladie nouvelle dont il a rencontré un certain
nombre de faits présentant toujours les mêmes symptômes
caractéristiques : perturbation de l’intelligence et principale­
ment perle de la mémoire; céphalalgie plus ou moius vive,
quelquefois très-intense; sensation de vertige portée à un trèshaut degré ; douleurs dans les membres et sentiment de four­
millement général, coïncidant avec l’analgésie, rarement avec
l’hyperesthésie cutanée; affaiblissement des sens et des fonc­
tions génératrices; troubles de la motilité, crampes au début,
puis contractures ; enfin faiblesse musculaire siégeant d’abord
aux extrémités inférieures et gagnant les bras ; anorexie, vo­
missements. Sous l’influence de ces troubles survenus dans
l’organisme, le sujet tombe dans une cachexie plus ou moins
profonde. Un caractère important de la maladie est l’améliora­
tion constante des accidents et le plus souvent la guérison
complète, par l’éloignement suffisamment prolongé, de la
cause qui les a provoqués » (2).
En somme, le sulfure de carbone est un poison |dont les va­
peurs produisent des effets anesthésiques; c’est un agent trèsdangereux, un stimulant énergique. On a avancé qu’il agis­
sait spécialement sur l’utérus. Je l'ai employé inutilement
comme ennnénagoguc, à ladose de cinq à dix gouttes par jour,
à l’exemple de M. Ansfeld. Le Dr Pilaski l’a essayé contre le

30i

303

(I) Mémoires sur les accidents que développe chez les ouvriers en caoutchouc
par l'inhalation du sulfure de carbone en vapeur. iSoG. — Nouvelles recher­
ches. 1863.
(i) Trousseau , Clinique de l Hôtel-Dieu, de Paris. Tom. I p. 473.

�ROUX.

SULFURE DE CARBOXE.

choléra. Watzer, comme résolutif, contre les affections rhu­
matismales, les arthrites chroniques, en Uniment.
R. Sulfure de carbone.........
10 grammes.
Eau-de-vie camphrée........... 100 grammes.
Huile d'olive......................... 100 grammes.
Mais bornons-nous aujourd’hui à l’examen des dangers que
peut offrir cet agent dans son emploi industriel.
Les usines pour l’extraction des corps gras par le sulfure de
carbone ne sont pas toutes également insalubres. Longtemps
on a opéré par lixiviation, ce procédé est facile, mais nous re­
grettons qu’il soit encore employé, car il offre des dangers par
suite de dégagements inévitables de vapeurs nocives. — Ces
vapeurs détonnent au contact de l’air, de là des explosions
terribles qui peuvent entraîner mort d’homme.
Cependant l'industriel a le plus grand intérêt, souspeinede
ruine, à ne pas laisser perdre du sulfure par des fuites. Dans
ce cas, les ouvriers reconnaissent la présence des vapeurs du
sulfure, denses, lourdes, au froid qu’ils éprouvent aux mem­
bres inférieurs qui baignent dans la couche qui recouvre le
sol. — Une lampe de Davy peut servir de moniteur, mais il
faut ne négliger aucune précaution; il est indispensable de
n’éclairer le travail nocturne que par des lampes placées dans
des meurtrières isolées de l’intérieur de l’établissement par
des glaces épaisses et fixes, et de conserver le sulfure dans un
réservoir profond, sous une épaisse couche d’eau.
« Pour débarrasser les pulpes oléagineuses du dissolvant
qui les imprègne à chaque opération, on lance un courant de
vapeur dont le volume et la rapidité sont réglés par l’expérience
et l'adresse de l’ouvrier, sans contrôle mécanique, qu’il serait
cependant prudent et sage d’établir ; un indicateur thermomanométrique éviterait et empêcherait les suites fatales d’une
distraction involontaire. » (Rapport de M. Morren au Conseil
d’hygiène.)
11 faut surtout éviter un voisinage perfide entre le généra­
teur de vapeur et les récipients. Le réservoir qui contient le
dissolvant emprisonné sous une couverte d’eau ne doit pas
être placé dans le local où les ouvriers travaillent, surtout à

peu de distance des fourneaux, mais bien en dehors du bâti­
ment. Il est, en outre, imprudent de ne le recouvrir que
d’un plancher en bois qui pourrait crever sous le poids des
hommes de service.
Il est préférable d’opérer l’extraction en vase clos et par dé­
placement continu. Tous les vases ou appareils employés
sont hermétiquement fermés ; des tuyaux habilement dis­
posés permettent de transvaser le sulfure de carbone sans
que ce corps soit un instant en présence de l’air atmosphéri­
que; il est donc naturellement impossible que les ouvriers
puissent en être incommodés.
Par le procédé par déplacement continu, le sulfure de car­
bone ne se vaporise que par petites quantités, qui ne peuvent
échapper aux appareils de régénération et partant se répandre
dans l’atmosphère. Dès leur production, les vapeurs de sulfure
n’ayant d’autres issues que les tubes d’appel, vont se con­
denser contre les parois d’un serpentin réfrigérant. De plus,
les appareils distillatoires sont maintenus à de très-bas de­
grés de chaleur et disposés de manière à ne jamais atteindre
une atmosphère de pression.
Quant à la fabrication de l’agent dissolvant, elle présentait,
au point de vuede la salubrité, l’inconvénientdelaisseréchapper du gaz hydrogène sulfuré ; mais depuis longtemps ce gaz
est brûlé ou détruit par des moyens qui sont dans le domaine
public, trop nombreux et trop connus pour que nous croyons
utile de les rappeler.
L’extraction des corps gras, telle que nous la voyons fonc­
tionner aujourd'hui, ne présente donc pas les inconvénients
des procédés imparfaits de lixiviation.
La pensée d'avoir dans leur voisinage une pareille usine,
imprime cependant à nos Marseillais une terreur profonde.
Le mot de sulfure de carbone suffit pour amener des résis­
tances opiniâtres, déraisonnables. Aussi avons-nous vu des
industriels, pour éviter de prononcer ce nom, présenter leur
demande en autorisation avec une ambiguïté blâmable, parler
d’établir des appareils pour Yextraction des corps (/ras au moyen
de dissolvants volatils, et cependant'tous, sans exception, n’en­

30 t

303

�30G

ROUX.

tendaient faire usage que du sulfure de carbone. L’emploi de
ces termes vagues a souvent amené des résultats opposés à
ceux qu’en attendaient les auteurs, des oppositions violentes
des habitants. Les uns, redoutant de voir s’établir au vent de
leur demeure, un abattoir d'auimaux ; d’autres, un entrepôt
de suif et de substances grasses à exhalaisons repoussantes.
Plus sincère, mieux précisée, l’enquête n’eùt pas donné lieu
à ces erreurs.
L'examen attentif des dossiers démontre que les opposants
ne comprennent pas le but, l’objet des usines en question. Ils
sont loin de soupçonner que, dans son intérêt même, l’indus­
triel est obligé de ne rien laisser perdre du dissolvant volatil
qui est son véhicule indispensable.
On ne peut évidemment se montrer sévère pour une indus­
trie que tout appelle dans notre pays. Marseille, avons-nous
dit, est une des localités où se produisent en quantité les tour­
teaux et les résidus oléagineux. Les usines nouvelles ont pour
but de reprendre et de sauver des substances autrefois per­
dues. Les marcs d’olive, parexemple, renferment encore, après
avoir subi les manipulations mécaniques des recenses, une
quantité énorme d’huile que l’agent chimique enlève entière­
ment ; nos cultivateurs, qui vendaient leurs grignons 1 fr. 75
centimes l’hectolitre, en tirent aujourd’hui 3 fr. à 3 fr. 50 c.,
et les tourteaux, débarrassés des substances grasses, sont encore
un excellent engrais pour Pagriculture.
L’extraction des corps gras par le sulfure de carbone une
fois implantée sur le sol marseillais, il reste une question se­
condaire à élucider : Doit-on autoriser les industriels pour un
laps de temps limité ?
Pour quelques esprits d’uneprudenceextrême, il vaut mieux
borner l’autorisation à quelques années (5 ans). Les indus­
triels sont plus attentifs aux soins qu’exigent les manipula­
tions, loisqu’ils savent l’administration armée dans une cer­
taine mesure contre les abus engendrés par une coupable éco­
nomie. En outre, la perspective d’un voisinage d’une durée
limitée, peut apaiser l’opposition que ce mot de sulfure de
carbone soulève au sein des habitants de nos faubourgs, fa­

,S ULFURE DE CARBONE.

307

ciles à s’alarmer; or, le devoir de l’administration est de proté­
ger les centres populeux contre les menaces d'une industrie
dangereuse. Les fabricants connaissent les périls auxquels ils
s'exposent, mais les voisins, qui habitaient le quartier avant
la création de l’usine, ne peuvent partager le même sort ;
n’avant pas les compensations du bénéfice, ils méritent qu’on
les défende.
Tels sont les arguments que mettent en avant les adversaires
de ces industrieset les partisans de l’autorisation temporaire.
Nos lecteurs ont pu juger par l’exposé succinct des manipula­
tions employées aujourd’hui, qu’ils ne sont pas irréfutables.
Ecartons, si l’on veut, la préparation du dissolvant dont
l’odeur est si repoussante. On ne peut encore détruire entière­
ment l’hydrogène sulfuré qui s’exhale malgré les perfection­
nements des procédés, mais l’extraction des corps gras parles
agents volatils est loin d’offrir les mêmes inconvénients; elle
exige de la part de l’industriel qui ne veut pas courir à sa ruine,
les plus grandes précautions pour la conservation du véhicule.
L’autorisation temporaire paralyserait cette industrie, car le
fabricant n’étant pas sûr de l’avenir, hésiterait devant la dé­
pense d’appareils solides perfectionnés et se bornerait à un
provisoire dangereux.
L’emploi du sulfure de carbone expose certainement à des
dangers : non pas les voisins qui seront à une certaine dis­
tance de l'exploitation, hors de 1 atteinte des projectiles, mais
le personnel de l’usine, qui peut être compromis par une ex­
plosion. Certainement ces éventualités sont très-fâcheuses, re­
grettables, mais ces dangers seront-ils moindres avec un ma­
tériel édifié en vue d’une exploitation d’une durée limitée ?
Nous concluons de ce qui précède, à l’innocuité des usines
qui ont pour agent le sulfure de carbone, sous la condition
que des distances bien calculées placent le voisinage hors de
l’atteinte des projectiles, en cas d’explosion.
Dr J. Roux fils, de Brignoles.

�308

SEUX.

.

N o te s u r la C o n ta g io n d e la P h th is ie p u lm o n a ire ,

Par le DTSEUX Père.
(Travail envoyé jxir la Société Impériale de Médecine.)

Depuis les temps anciens jusqu’à notre siècle on avait cru à
la contagion de la phthisie. Il suffît d’ouvrir les ouvrages de
Galien, Sennert, Rivière, Valsalva, Morgagni, Van-Swieten,
J. Frank, Morton et d'autres, pour en trouver les preuves les
plus évidentes. Mon aïeu l, le Dr Seux , q u i, pendant
plus de soixante ans, avait exercé la médecine dans dif­
férentes contrées, ne doutait pas qu’à la période avancée de
la maladie, celle-ci ne pùt se transmettre. Dans un voyage fait
à Naples en 1850, j'ai vu dans le grand hôpital de cette ville
tous les tuberculeux entièrement séquestrés dans une salle
isolée, comme on le fait aujourd'hui dans nos hôpitaux pour
les varioleux.
Imbu des idées non-contagionistes, qui avaient cours à Pa­
ris à l'époque où j ’étudiais en médecine, de 1832 à 1837, je ne
croyais pas à la contagion de la phthisie pulmonaire.
L’expérience m’a prouvé que parmi mes maitres, celui qui
avait raison était le plus ancien, que mon aïeul était dans le
vrai quand il me disait que coqueluche, oreillons, fièvre
typhoïde, fièvre jaune, choléra, phthisie pulmonaire étaient
maladies susceptibles de se transmettre.
M. Yillemin, par ses belles recherches sur l’inoculation du
tubercule aux animaux, est venu réveiller cette question de
transmissibilité, qui, pour la phthisie, était depuis longtemps
traitée fort à la légère et qui cependant mérite bien qu’on s’en
occupe.
La possibilité d’inoculer le turbercule n’implique pas d'une
manière absolue la contagion de celui-ci, mais elle fournit
une forte présomption en sa faveur, car si la syphilis ne se
propage que par une véritable inoculation, soit naturelle, soit
artificielle, la variole se transmet, soit par l’inoculation, soit

CONTAGION DE LA PHTHISIE.

309

par le contact, soit par l’air ambiant, est contagieuse en un
mot.
Aussi, depuis la publication des première travaux deM. Yil­
lemin, a-t-on été témoin d'un véritable réveil dans le corps
médical, relativement à la contagion de la phthisie pulmo­
naire. Plusieurs médecins éminents ont fourni des observa­
tions à l’appui de cette manière de voir ; citer les noms de
MM. Guéneau de Mussy, Guibout, Tessier, de Lyon, Fonssagrives, est prouver la gravité d’une pareille opinion.
Dans la grande discussion académique sur l’inoculation du
tubercule, appel a été fait à tous les médecins; plusieurs,
comme je viens de le dire, ont répondu à cet appel ; je dois ci­
ter encore, parmi eux, M. le docteur Roustan, de Cannes, qui,
dans un très-intéressant mémoire sur l’inoculabilité de la
phthisie, a fait une revue très-exacte des travaux publiés en
faveur de la contagion de cette maladie, et M. le docteur Castan, de Montpellier, qui vient d’insérer dans le Montpellier
médical du mois de février un travail savant et très-bien fait
sur la contagion delà phthisie pulmonaire. D’autres confrères
'ont publié des observations isolées qui militent en faveur de
cette opinion. Du reste, cette question étant en litige, il est du
devoir de chacun de nous de faire connaître ce qu'il a vu à
cet égard; c’est cette pensée qui me fait prendre la plume au­
jourd’hui.
J'ai vu plus d une fois la phthisie se développer chez la
femme après la cohabitation avec un mari tuberculeux, sur­
tout après une grossesse survenue dans ces conditions, ce qui
pourrait s’expliquer, comme l’a indiqué M. Gubler, par la
présence d’un fœtus tuberculeux au sein de la femme. La
transmission, dans ce cas, ne peut pas, à mon avis, porter le
nom d’inoculation, car c’est bien la contagion lapins absolue.
Mais ce que j ’ai vu de plus, c’est la maladie se transmettre de
la femme au mari, fait beaucoup plus rare, au dire de tous,
fait qui cependant a été observé d'autres fois, et dans lequel,
comme dans le cas précédent, il est impossible d’invoquer une
sorte d’action contagieuse réflexe.
Yoici une observation qui démontre la possibilité de cette

�SEUX.

CONTAGION DE LA PHTHISIE.

transmission et qui doit contribuer, il me semble, à jeter une
vive lumière sur les conditions dans lesquelles la .contagion
de la phthisie est possible et sur celles où elle ne peut avoir
lieu.

Quel contraste avec la marche si lente de la même affection
chez M“* ’ * !
Cependant chez elle, la maladie continua à progresser lentement,
mais ses progrès étaient réels, car la malade succomba dans l’état
de consomption le plus avancé.
L’affection chez M""*- avait débuté quarante ans environ avant
son décès; la malade avait survécu treize ans à son mari.
Je dois ajouter que les époux ** vivaient dans la plus grande
aisance et dans les meilleures conditions hygiéniques.

310

M“ ** comptait des phthisiques dans sa famille, des scrofu­
leux s’y rencontraient aussi ; mariée à l'àge de 27 ans, elle eut
pendant une vingtaine d’années, différentes hémoptysies, qui
ne furent jamais d’une grande gravité. Jusqu’à l’àge de la méno­
pause , l’affection tuberculeuse dont M“* " était atteinte ne se
manifesta que par des crachements de sang et un peu de toux
qui disparaissait rapidement ; mais vers l'àge de cinquante ans,
la toux devint habituelle, une expectoration caractéristique
accompagna cette dernière, et ayant été appelé à cette époque à
soigner la malade, que j ’ai assistée depuis jusqu’à sa mort, je
pus constater tous les signes physiques d’un ramollissement tu­
berculeux au sommet des poumons. La maladie, pendant quel­
ques années, ne fit pas de progrès sensibles; j ’avais sous les yeux
cette forme torpide que tous les médecins ont observée, que j'ai
vue maintes fois, et dont je vois encore en ce moment un des exem­
ples les plus frappants.
Toutefois M“e ** maigrissait lentement, crachait de plus en
plus, avait de temps en temps des sueurs nocturnes excessives.
Ce futdanscesconditionsquele mari, alors âgé de oo ans, et qui
n’avait jamais eu d’autre chambre et d’autre lit que celui de sa
femme, fut atteint d’hémoptysie. Cet homme était d’un tempéra­
ment sanguin, n’avait jamais eu la moindre disposition à une
maladie de poitrine; il n'y avait pas eu. il n'y avait pas de tuber­
culeux dans sa famille, dans laquelle, tout au contraire, l’apo­
plexie cérébrale avait fait plusieurs victimes. Je dois ajouter
que Mr ** était d'une grande sobriété et ne trouvait de bonheur
que dans l’intimité de sa famille.
Cette première hémoptysie avait été précédée et fut surtout
suivie d’un amaigrissement notable ; de la fièvre s'établit ;
l’auscultation me révéla les signes les plus évidents de la
tuberculisation pulmonaire, les crachements de sang se repro­
duisirent, et, après avoir langui pendant 13 à li mois, &gt;P ”
succomba à une de ces formes de phthisie, si remarquables par
l’arrivée immédiate de la fièvre, la promptitude de l’amaigrisse­
ment et la rapidité relative de la mort.

311

Ce fait fournit plusieurs enseignements d’une grande impor­
tance :
1° Il est tout à fait favorable à l’opinion de la contagion, car
il n'est pas logique d’admettre que la maladie se soit déve­
loppée tout à coup, spontanément, sans cause provocatrice,
chez M. ** qui jusqu’à l'âge de 55 ans n’avait présenté de dis­
positions, soit originelles, soit acquises, à la tuberculisation.
Or, comme en toute chose il faut, rechercher la cause, ne pou­
vant la trouver ni dans les antécédents héréditaires, ni dans
la constitution du sujet, ni dans son genre de vie, il faut bien
la chercher dans le contact de tous les jours, de tous les instants
et surtout dans la cohabitation avec la femme malade.
Si par hasard on objectait que M. '"étant resté pendant un
laps de temps si considérable avec sa femme tuberculeuse
avant d’être malade, il est impossible d'invoquer la contagion,
je répondrai que celle-ci n’a pas eu lieu tant que les tubercules
sont restés à l’état de crudité et qu’elle s’est produite au mo­
ment ou la fonte tuberculeuse s’est faite, quand la phthisie,
dans toute l’acception du mot, s’est manifestée chez M“* " .
Qu’on ne m’objecte pas non plus que la femme a succombé
longtemps après le mari, car, d’une part, je ferai observer
que celui-ci étant mort d’une phthisie aiguë, forme habituelle
lorsqu’il y a eu contagion, il n’est pas étonnant qu’il ait été
emporté plus rapidement que la femme, qui a succombé à une
des formes les plus lentes dans leur évolution ; d’autre part,
combien de fois n'avons-nous pas vu des phthisiques survivre
plusieurs années à leurs enfants morts de la même maladie,
héritage anticipé ch? leurs parents !

�312

SEUX.

2* Co fait semble démontrer que la phthisie pulmonaire
n'est pas susceptible de se transmettre à toutes les périodes de
son existence; en effet, tant que la maladie de M“* a été
pour ainsi dire latente, que les tubercules sont restés à l’état
de crudité, le mari n’a éprouvé aucune influence du contact;
mais lorsque la période de ramollissement est arrivée, que les
crachats se sont montrés, que les sueurs se sont produites,
alors l’empoisonnement s'est manifesté : d’où il résulterait
qu’à cette période seulement la contagion peut avoir lieu et
qu’elle se produit au moyen des liquides excrétés par le ma­
lade, crachats, sueurs, etc.
3° Il ressort de cette observation, si mes prémisses sont
vraies, que des mesures prophylactiques doivent être prises
dans la maison d’un tuberculeux arrivé à la période hectique.
Je crois que ces mesures peuvent être formulées de la manière
suivante :
Le malade doit être seul dans son lit, et sa chambre aérée
aussi complètement que possible;
Les crachats doivent être enlevés régulièrement et les vases
qui les reçoivent maintenus dans un état constant de pro­
preté ;
Les linges de corps du malado et ses draps de lit doivent
être changés le plus souvent possible, enlevés promptement,
exposés au grand air et lessivés avec le plus grand soin :
La même attentiou doit porter sur tous les objets qui ser­
vent au malade, couverts, gobelets, assiettes, etc. ; mieux vaut
que ces objets ne servent qu’à lui ;
Après le décès du phthisique, on doit faire aérer tous les
objets de literie, les lessiver plusieurs fois, laver la laine des
matelas, etc., et mettre à neuf la chambre dans laquelle il a
passé la dernière période de la maladie.
Dr S eux ,
Profesteur de thérapeutique et de matière médicale
à l'école de Médecine de Mantille .

CHIRURGIE PRATIQUE.

313

R a p p o rt s u r tr o is m é m o ire s d e C h iru rg ie p r a tiq u e
d u p r o fe s s e u r R izzoli (d e B o lo g n e),

Par M. SIRUS-PIRONDI.
( Travail envoyé par la Société Impériale do Médecine. )

Nous sommes bien en retard avec l’illustre chirurgien de
Bologne. Mais si les deux premiers mémoires de M. Rizzoli
portent une date qui nous ramène de deux ou trois années en
arrière, le troisième offre au lecteur le millésime de 1860, et
l’empressement que nous mettons à en faire une analyse im­
médiate, prouvera nos regrets d’un arriéré qui, en fait, pour­
rait ne pas être exclusivement compté à notre passif.
1
Le premier travail de M. Rizzoli relate trois cas d’anévrismes
volumineux traités avec succès par un moyen très-simple,
dit-il, de compression.
Ce titre n’est pas exact, et c’est le seul reproche que l’on
puisse faire à cet intéressant mémoire. Si, en effet, le com­
presseur imaginé par M. Rizzoli est d’une remarquable sim­
plicité , ainsi que j ’espère le prouver plus loin , la guéri­
son n’est pas due exclusivement à son emploi, puisque, dans
la première observation, la compression digitale et l’acupunc­
ture ont joué un rôle très-important, et que, dans la troisième,
il est juste de reconnaître que la compression immédiate, di­
gitale et palmaire, ont eu leur bonne part dans les succès ob­
tenus.
J’aurais donc préféré que le titre rappelât les heureux effets
d’un traitement savamment combiné et qui a su mettre à pro­
fit toutes les données de la science la plus progressive, sans
oublier les enseignements non moins précieux de la tradi­
tion.

�314

SIRIS-PIRONDI.

lr' Observation. — Un jeune officier cle l’année d’Italie, en­
rôlé jadis parmi les volontaires garibaldiens, montait à l’as­
saut d’une forteresse des Calabres, lorsque la pierre à laquelle
il s’était accroché tombe et l’en traîne dans sa chute. On le re­
lève sans blessure notable. Mais après quelquesjours de fièvre,
il éprouve de la difficulté à marcher, et s’aperçoit de l’exis­
tence d’une petite tumeur ayant le volume d’une noisette et
occupant le haut de la cuisse, près du pli inguinal gauche.
Cette tumeur ayant augmenté très-lentement de volume,
avait cependant acquis d'assez fortes dimensions lorsque le
malade fut adressé et admis à la clinique chirurgicale de Bo­
logne.
M. Bizzoli constate alors au pli de l aine une tumeur se
confondant inférieurement avec lasurfacc convexe de la cuisse,
s'insinuant sous l'arcade crurale et paraissant s’étendre à plus
de trois centimètres dans l'abdomen. Le diamètre longitudi­
nal de cette tumeur mesurait environ huit centimètres, et le
transversal six centimètres. L’observation attentive y décou­
vre un double mouvement d’élévation et d'abaissement; la
peau qui la recouvre est lisse, élastique et se laisse facilement
plisser: on sent immédiatement au-dessous quelques gan­
glions lymphatiques engorgés. La tumeur n’est pas mobile,
ni dure ; on y perçoit des pulsations et une notable expansion,
pendant la diastole artérielle. Une forte compression sur la
région crurale, immédiatement au-dessous de la tumeur, en
augmente très-légèrement le volume ; une compression trèsdouloureuse pour le malade, pratiquée sur le trajet de 1 ilia­
que externe, supprime les pulsations de la tumeur cl la rape­
tisse. L’auscultation enfin donne à l'observateur, pendant la
diastole artérielle, la sensation d’un bruit de rdpe, immédia­
tement suivi d’un bruit expansif ; et x&gt;endant la systole on en­
tend un bruit plus doux et plus faible, qu’on désigne sous le
nom de bruit de retour.
A ces divers signes, M. Bizzoli diagnostique, avec raison, un
anévrisme circonscrit de l’artère inguinale ou, pour mieux dire,
de la portion de l'iliaque externe qui va devenir l’artère cru­
rale après avoir dépassé l'arcade de ce nom.

En présence de cotte lésion, que fallait-il faire l
Il était difficile, vu l'étendue de la tumeur intra-abdomi­
nale, de songer à la compression de l’iliaque externe. Compri­
mer directement la tumeur, c’était s’exposer à l’inflammati on
et il la rupture du sac.
Lier l’iliaque externe ? Comme il s'agissait d’un anévrisme
par cause traumatique, la ligature pouvait être tentée avec
quelques chances de succès, car si Vacca Borlinghieri avait
échoué en 1825, Bertolazzi avait parfaitement réussi en 1830,
et, soit dit en passant, l’observation de cet habile chirurgien
deForli a été publiée à Marseille en 1831 par l'auteur lui-même,
alors émigré à la suite de la première révolution des Roma­
ines.
Mais d'un autre côté, Baroni, Venturoli et Casara ont prati­
qué la même opération en 1831, 32 et 38 en appliquant à leurs
opérés le procédé de Cooper. Malgré leur incontestable habi­
leté, il n’y a eu de succès définitif pour aucun d'eux. 11 con­
vient même de noter que l'opéré de Baroni, qui a succombé
vingt-six jours après la ligature et au moment même où l’on
tentait l'application de l'ancienne méthode avec l’ouverture
du sac, a démontré la possibilité du ravitaillement de l'ané­
vrisme inguinal par l'artêre épigastrique qui se trouvait énor­
mément dilatée et en communication avec la mammaire in­
terne ; ce qui a fait dire alors au professeur Baroni que, dans de
semblables circonstances, la ligature de l’iliaque externe de­
vrait être immédiatement suivie par celle de l’épigastrique.
Mais ce conseil, aiqvrouvé par M.Bizzoli lui-même, nous pa­
rait devoir être amendé par l’observation de Cavara. Dans ce
fait, on constate que la ligature de l’iliaque externe a donné
lieu à des accidents très-graves, dont l’opéré s’est péniblement
remis, et il a succombé un an après par suite d’un énorme ané­
vrisme de l’aorte. Or comme il s’agissait d’un anévrisme spontané
de la fémorale et qu’en pareil cas il est toujours à craindre
qu’un état diathésique vienne compromettre les opérations
les plus habilement pratiquées, il nous semble que loin de
compliquer les suites déjà sérieuses de la ligature de l’iliaque
externe par celles de la ligature de l’épigastrique, mieux vaut

b

'

�316

SIRUS-PIRONDI.

tenter toutes les autres ressources offertes par la chirurgie
conservatrice. C’est ce qui a été fait par M. Rizzoli, sans se
laisser détourner par un récent succès obtenu par un de ses
collègues, M. le professeur Constantini, et c’est ce que nous
aurions fait nous-même malgré le succès remarquable obtenu
par un de nos collègues, M. Bernard, si prématurément enlevé
à l'art chirurgical qu’il cultivait avec passion, et au corps mé­
dical de Marseille qui le tenait en grande estime.
Mais revenons à l’observation du jeune officier italien.
Ne pouvant pas établir la compression au dessus de la tu­
meur, et ne voulant pas lier l’iliaque externe; d’un autre
côté, la compression directe sur la tumeur elle-même ayant
déjà déterminé des douleurs intolérables, avant-coureurs
d'une inflammation qu’il est toujours dangereux de provoquer,
il ne restait à M. llizzoli d'autre ressource que de tenter une
nouvelle application du procédé de Vernet, c’est à dire la com­
pression au dessous de la tumeur anévrismale , ce qui signifie,
en d'autres termes,une application de la compression, d’après
les procédés modernes, à la méthode de Brasdor, modifiée par
Wardrop.
Les faits déjà connus sur l'emploi de cette méthode n'étaient
pas fort encourageants. On connait les observations de War­
drop, de Hilden, de Monro, de Vernet lui-même. Un malade
de Maddin a succombé à la rupture du sac; celui de Lyon
n’a éprouvé qu’une amélioration passagère, et si Bellingharn
a réussi, ce succès peut être attribué en partie à la compres­
sion directe qui fut employée conjointement avec l’autre.
Cependant la méthode de Brasdor ayant parfois donné
d'heureux résultats, il convient de tenir compte de ces faits,
quelques rares qu’ils soient ; et se trouvassent-ils d’ailleurs
dans l'infime proportion de un ou deux cas sur mille, il n’en
faudrait pas moins croire à la possibilité d’un nouveau succès,
alors même que sa probabilité seraitplus que douteuse. Il nous
semble que M. Rizzoli a donné ici une preuve de plus d’un
sens clinique parfait en ne se laissant pas décourager par la
multiplicité des insuccès, eu égard aux très-rares réussites.
Mais il a fait plus encore, et empruntant à l’éclectisme rai­

sonnable et raisonné ce qu’il offre d’utile au vrai praticien, il
a associé à la compression inférieure l’usage interne de la di­
gitale et la diète absolue tant préconisée par Valsalva.
La compression est pratiquée d'une manière intermittente
par le malade lui même, à l’aide d’un instrument aussi simple
que facile à manier et dont je donnerai plus loin la des­
cription.
Dans l’espace de trois jours la tumeur durcit, les pulsations
diminuent de force et la tumeur de volume. M. Rizzoli, pen­
sant gagner plus de terrain encore en ajoutant la réfrigéra­
tion aux moyens sus-indiqués, applique la glace sur l’ané­
vrisme, mais une vive douleur oblige presqu’aussilôt à renon­
cer à cet adjuvant thérapeutique. On fut également obligé de
renoncer bientôt à l’usage de la digitale, car le malade se
trouvait très affaibli et avait eu plusieurs vomissements.
Au bout de huit jours, la tumeur avait diminué d’une ma­
nière très sensible; elle avait également durci grâce à la for­
mation de nouveaux dépôts fibrineux, et l’on pouvait enfin
arriver facilement à comprimer, au dessusde la tumeur, l’artère
iliaque externe contre le bord pelvien. Dès ce moment, plu­
sieurs élèves de la clinique s’offrirent pour exercer une com­
pression digitale, intermittente en suivant les règles déjà éta­
blies. Cette compression fut prolongée avec courage et persé­
vérance pendant 40 jours; mais au bout de ce laps de temps,
les pulsations reprirent une nouvelle vigueur, et la tumeur
augmenta légèrement de volume.
Arrivé à ce point de sa narration, M. Rizzoli dit que dans la
crainte qu’un reliquat syphilitique put retarder la guérison,
il crut devoir employer, conjointement avec la compression,
l'usage interne des mercuriaux. Et j ’avoue que nous ne sau­
rions, pour notre part, approuver une pareille détermination.
Déjà la méthode diététique valsalvienne ne peut que dimi­
nuer la plasticité du sang. Or si on le déglobulise encore par
l’emploi du mercure, on peut douter que l’on favorise ainsi

�SIRUS-PIRONDI.

CHIRURGIE PRATIQUE.

eut cependant assez de fermeté pour se soumettre au nouvel
essai proposé par l'illustre clinicien de Bologne, et l'on tenta
l'application de l’acupuncture qui, en 1844, avait fourni de si
beaux résultats à M. Rizzoli lui-même dans le traitement des
tumeurs variqueuses.
Celte tentative, disons-le de suite, ne pouvait pas inspirer
grande confiance à notre savant collègue. Les conditions de
volume et de vitesse du courant ne sont pas et ne peuvent pas
être les mêmes dans une varice que dans un sac anévrismal.
Aussi faut-il faire observer que si l'acupuncture a réussi
dans le traitement des varices, ainsi que l'affirment, avec
M. Rizzoli, d’autres chirurgiens fort distingués, notamment
MM. Malago, Scandellari et Romei, il faut également recon­
naître que dans le traitement des anévrismes, pareille méthode
a échoué entre les mains d’Everard Home, et ne semble pas
avoir mieux réussi à B. Philips, malgré les espérances con­
traires de Velpeau et conformément aux objections de Malgaigne.
Toutefois, encouragé par l’espoir d&gt;obtenir quelques con­
crétions fibrineuses de plus, alors même que la réussite ne
serait pas complète, et pour pouvoir réappliquer la compres­
sion avec plus de chance de succès, M. Rizzoli se décida à
planter six aiguilles autour de la base de la tumeur, agissant
de manière à ce que les pointes de ces aiguilles pussent se
croiser et former une sorte de grillage le plus près possible de
l’ouverture d’entrée de l'anévrisme. Cette disposition avait
un excellent but, facile à saisir, de même que l’on comprend
l'utilité du précepte donné d’introduire ces aiguilles après
avoir fait glisser la peau, de façon à ce que, en les retirant, la
petite ouverture cutanée ne se trouvât pas dans la direction
de la piqûre du sac. Nouvelle application de cette méthode souscutanée, tant controversée et pourtant si utile 1
Du troisième au quatrième jour, on dut enlever toutes les
aiguilles pour éviter une inflammation menaçante. La tumeur
avait encore rapetissé. Elle offrait une dureté générale remar­
quable; cependant on y sentait encore des pulsations. Sans
perdre de temps, la compression fut reprise ; mais le malade

ne voulant plus supporter l’action directe des doigts qui lui
était trop douloureuse, et les poids coniques de BeLlingham
n’offrant pas assez de garantie à M. Rizzoli, il fit modifier un
compresseur, dit à tourniquet, de la manière suivante : sup­
posez une tige d’acier longue de quinze centimètres et sur­
montée d’un manche semblable à celui d'un tire-bouchon or­
dinaire. Appliquez à l’autre extrémité de la tige un coussinet
en forme de demi-lune, moins long que le manche et à con­
vexité inférieure. Voilà le compresseur. La face convexe du
coussinet appliquée sur les chairs s’y enfonce aisément et ar­
rive sur l’artère qu’elle doit comprimer contre une surface
osseuse, et le malade lui-même, instruit du point où la com­
pression doit porter, peut à volonté graduer cette compression,
et la cesser momentanément dès que la douleur le lui com­
mande, pour la reprendre ensuite.
Ce système a complètement réussi chez le jeune officier qui
fait l’objet de cette observation.
Le coussinet pressant l’iliaque externe contre le rebord du
détroit supérieur, et cette compression étant supportée pen­
dant deux jours, toute pulsation cessa à la fémorale, à la ti­
biale et à la pédieuse. La température est de 35°, 25 à la ré­
gion poplitée et de 23°, 50 au pied ; de l’autre côté et aux
mômes régions, le thermomètre marque 34° et 23°. Au fur et
à mesure que les pulsations reparaissent aux artères tibiales et
pédieuses, la tumeur durcit en se rapetissant toujours, et au
bout de trois semaines, la guérison a pu être constatée com­
plète, radicale, par les nombreux médecins appelés à examiner
•le sujet.
2* Observation. — Anévrisme inguinal gauche, très volu­
mineux, chez un homme de 44 ans, fort, bien constitué, et
n’ayant aucun antécédent morbide digne de remarque ; la tu­
meur s’élève assez haut vers le bassin, mais permet cependant
d’arriver sur l’iliaque externe et d’y exercer la compression
sans causer aucune souffrance au malade.
Aucune contre-indication ne se présentant au chirurgien,
on apprit au malade l’emploi du compresseur, et la compres­
sion fut immédiatement commencée. Cependant au bout de

318

319

�350

SIRUS-PIRONDI.

PATHÜLOGIR PALUDÉENNE.

peu de temps, le niembi'e inférieur correspondant s’étant en­
gourdi et refroidi, on conseilla au malade d’agir plus lente­
ment, avec des intermittences plus prolongées, pour donner
aux collatérales le temps de se dilater suffisamment.
Au bout de seize jours, la compression étant tolérée sans
produire ni engourdissement ni abaissement de température,
M. Rizzoli conseilla alors d’agir vigoureusement, et ajouta à la
compression artérielle indirecte, la compression directe sur le
sac, exercée avec la paume de la main par le chirurgien luimème, et avec un plein succès, le traitement ayant duré
trente jours.
3* Observation. — Anévrisme de l’artère poplitée gauche,
consécutif a une chute dans un. escalier, chez un homme de
40 ans, qui a déjà été menacé d’apoplexie et dont le système
artériel peut conséquemment se trouver dans de mauvaises
conditious.
La compression médiate pratiquée par le malade lui-même
à l'aide du compresseur déjà décrit, est appliquée à la partie
supérieure de la cuisse dans le triangle de Scarpa. Au bout de
seize jours, la tumeur avait très-notablement diminué, et
au 29œ*jour, à dater de la première application du compres­
seur, l’anévrisme était réduit à une toute petite tumeur, dure
et indolente, dans laquelle il n’y avait plus trace de circula­
tion. Un léger œdème de la jambe et du pied, qui s’était d’a­
bord manifesté, disparut aussi quelque temps après.
Ces trois intéressantes observations n’ont pas besoin de
commentaires. Je tiens cependant à faire remarquer que M.
Rizzoli, en praticien aussi habile qu’expérimenté, ne se con­
tente pas de recommander une méthode de traitement, dont
il a été un des premiers et des meilleurs vulgarisateurs, mais
il tente de la perfectionner en la simplifiant, et il n’admet pas
que l’on renonce pour elle à toutes celles antérieurement con­
nues. Il fait mieux encore, et nous démontre péremptoirement,
dans sa première observation, que la compression ordinaire
seule n’aurait pu suffire au but qu’il fallait atteindre, et qu’elle
n’a été couronnée d'un plein succès qu'à dater du moment où la
compression inférieure, l’action de la digitale, la diète valsal-

vienne et l’acupuncture avaient déjà produit leur effet et con­
venablement préparé la voie.
Ces trois observations démontrent encore qu'il faut procéder
lentement dans l’emploi de la compression, ne pas se laisser
décourager dès le début et, suivant le précepte d’Horace large­
ment interprété: Sœpevertere stylum.— Habituer d’abord l’or­
ganisme à cette compression, faciliter par elle la formation des
grumeaux fibrineux, mais aussi laisser aux vaisseaux collaté­
raux le temps nécessaire à la modification qu’ils doivent subir
avant d’être définitivement appelés à remplir de nouvelles
fonctions dans l’organisme. Du reste, chaque jour amène pour
ainsi dire de nouveaux perfectionnements à la méthode. On a
pu voir tout dernièrement quel bel exemple de guérison d’un
anévrisme poplité a été fourni par la ilexion forcée de la
jambe sur la cuisse. M. Legouest a communiqué à la Société
impériale de chirurgie une observation de ce genre qui fait
pendant à celle de Mr Verneuil, et une thèse récente de M. Stopin réunit une quarantaine d’observations de même nature.
Quant au compresseur de M. Rizzoli, considéré comme un
progrès par son auteur, il pourra être différemment apprécié,
sans rien enlever de leur valeur aux observations dans les­
quelles il a été appliqué avec succès. Pour ma part, j ’en ap­
prouve l’idée, par cela seul qu’elle permet au malade luimême, quelque peu intelligent qu’il soit, d’augmenter ou de
diminuer la pression conformément à la sensation perçue.
(La suite au prochain numéro.)

3'21

S u r u n p o in t c a p ita l d e la P a th o lo g ie P a lu d é e n n e .

(Lettre adressée à M. le Président de la Société Impériale de Médecine),
Par le DT K. B ertulus, Professeur à l’École de Médecine.

Je viens de lire, avec autant d’attention que d'intérêt, votre
article du Marseille médical intitulé : De quelques manifeslatations de la maladie des marais qui ne sont ni intermittentes ni
fébriles, et je veux vous apporter le concours de mon expé­
rience.

�322

BERTULUS.

Vous n'ignorez pas , san9 doute, que la première partie de
ma carrière médicale m’a permis d’étudier entre les tropiques,
à Bône, à Porto-Vecchio (Corse), en Italie, l’influence palu­
déenne; que je suis encore appelé à visiter annuellement, en
ma qualité de médecin titulaire de la marine, à Marseille, plu­
sieurs centaines d’individus, officiers, marins ou soldats qui,
victimes de cette influence, reviennent en France plus ou
moins démolis; enfin, que professeur adjoint de clinique mé­
dicale à l’Hôtel-Dieu de Marseille pendant de longues
années, j ’ai pu y observer avec fruit, comme vous le faites
vous-même à cette heure, ces nombreux cas de cachexie ou
d’intoxication paludéenne qu’y envoient sans cesse l’Algérie
d’une part, et le delta du Rhône de l’autre.
Oui, vous avez mille fois raison, cher confrère et ami, l’tnfluence paludéenne ne se traduit pas invariablement par des ma­
ladies fébriles et intermittentes, mais encore par une foule
d’affections continues et apyrétiques de diverses natures, et
avant tout, par l’anémie, et on ne saurait pas regarder comme
synonymes les deux termes de fièvre intermittente et d’intoxica­
tion paludéenne.
Si l’on considère que dans les pays marécageux l’air ambiant
est constamment souillé par certains principes toxiques encore
inconnus dans leur essence, puisque la chimie n ’a pu les sai­
sir, et qu'on ne peut juger de leur existence que par leurs
effets sensibles, on arrive bientôt à se dire que la fonction or­
ganique qui souffre la première, dans ces malheureuses con­
trées, est nécessairement l’hématose; que cette lésion doit être
générale, primitive, idiopathique, que toutes les maladies palu­
déennes ont nécessairement ce point de départ, c’est-à-dire les
vices de l’assimilation qui en découlent, et, partant, la dépra­
vation, l'appauvrissement du sang et l’éréthisme nerveux qui en
est la conséquence fatale. Donc, l’anémie existe à des degrés di­
vers et fondamentalement chez tous les individus, indigènes
ou étrangers, qui vivent dans une atmosphère marécageuse,
et l’on doit en retrouver chez eux, et à des degrés divers, les
signes rationnels, bien avant qu’ils aient payé leur tribut à la
fièvre intermittente simple. Remarquez bien, cher confrère et

PATHOLOGIE PALUDÉENNE.

323

ami, que je ne parle pas de la fièvre pernicieuse, soit continue,
soit intermittente, que j ’ai vue parfois, grâce à l’énergie de
sa cause miasmatique, saisir et juguler, en quelque sorte, les
étrangers inacclimatés, arrivés depuis peu de jours, et chez
lesquels, par conséquent, l’anémie et l’éréthisme nerveux pro­
dromiques n’avaient pu encore s’établir. Dans les contrées palu­
déennes intertropicales, en effet, les maladies fébriles, rapides,
suraiguës, sidérantes, sont le partage desEuropéens, des étran­
gers, tandis que les gens du pays, presque tous chloro-anémiques, ont pour leur part les fièvres et les maladies chroniques,
parmi lesquelles il faut placer en première ligne la colique sèche
et une foule de névropathies diverses, les hydropisies, le scor­
but, la scrofule et la phthisie pulmonaire, quoi qu’ait pu en dire
feu le D' Boudin. Parmi les Européens, il en existe un bon
nombre qui ne paient jamais leur tribut aux graves maladies
fébriles paludéennes, mais qu’arrive-t-il alors à ces indivi­
dus privilégiés en apparence ? Ils s’acclimatent en se créolisant
et finissent par acquérir le tempérament et les aptitudes des
indigènes, c’est-à-dire qu’ils reviennent en Europe, amaigris,
présentant les signes d’une anémie plus ou moins profonde,
d’un éréthisme nerveux marqué, de l’engorgement chronique
du foie et de la rate, et lorsque je leur demande s’ils ont payé
leur tribut à la fièvre paludéenne, ils répondent le plus sou­
vent négativement ; ces sujets, auxquels je prescris, avec un
succès qui m’étonne, les eaux de Vichy, ne sont pas précisé­
ment malades, seulement ils ont le sang pauvre et sont expo­
sés, par conséquent, à toutes les indispositions, à toutes les
angoisses qui découlent de la susceptibilité nerveuse et de la
faiblesse radicale, clés de la pathologie paludéenne.
Ainsi, cher confrère et ami, ce ne sera pas sans raison que,
suivant le cours de vos idées, vous continuerez à vous préoc­
cuper beaucoup, dans vos leçons de clinique médicale, du
rôle que joue l’anémie sur la détermination des maladies pa­
ludéennes aiguës et chroniques, fébriles ou apyrétiques, car
tout m’a démontré que ce rôle était immense et véritablement
fondamental ; d’ailleurs, bien que le raisonnement inductif
l’ait fait voir de bonne heure, nous ne saurions oublier que
la chimie est venue en aide à ce dernier.

�324

BERTULUS.

Vous connaissez, sans doute, les remarquables travaux sur
les maladies paludéennes des Maillot, des Raymond Faure,
des Boudin, des Campmas, des Foley, des Durand (de Lunel),
et autres médecins militaires distingués qui, pour la plupart,
furent mes contemporains et mes amis, et dont j ’ai suivi la
clinique, à Alger et à Bùne, de 1830 à 1837. Eh bien! c’est à
leur école en quelque sorte que j ’ai pu tout d’abord me
convaincre que les maladies paludéennes ont toujours pour
point de départ une lésion du sang; ce n ’est qu’ultérieurement,
en effet, que, voyageant dans les contrées intertropicales, j’ai
constaté, à mon tour, l’existence de cette lésion dans une mul­
titude de cas. Toutefois, les modernes ne sauraient se faire
honneur de la découverte, car elle a été clairement indi­
quée, il y a 2,200 ans, par le père de la médecine, dans son
traité d’hygiène, lorsqu’il nous donne la description du tem­
pérament et des aptitudes physiques et morales des habitants
du Phase (aujourd’hui la Mingrélie). Hippocrate n’était ni
chimiste, ni histologue, sans doute, mais combien parmi ces
derniers lisent moins facilement que lui dans le grand livre
de la pathologie humaine !
Quoi qu’il en soit, je me hâte de le dire, afin de ne pas per­
dre le fil de notre amicale conversation, le sang des personnes
qui sont nées ou qui résident dans une contrée paludéenne
présente les caractères suivants, qu’on ne retrouve pas dans
celles qui sont placées dans d’autres conditions :
Diminution des proportions normales de fibrine et de glo­
bules et augmentation du sérum, diminution notable des
phosphates et des traces du péroxyde de fer (cette dernière
est exprimée par la couleur, moins vive qu’à l’état normal, du
cruor).
On retrouve les mêmes différences, mais bien plus expres­
sives, dans le sang des sujets qui souffrent actuellement ou qui
ont souffert de la fièvre marécageuse, ainsi que le démontre
l’analyse chimique exécutée dans les Maremmes toscanes par
M. Cossi, directeur de l’hôpital Sainte-Marie-Majeure, à Flo­
rence ; ici les sels sont tout à fait absents et il y a, de plus, une
forte proportion de cholestérine, fait qui avait déjà été signalé
par Luderer, dans le sang des fébricitants.

PATHOLOGIE PALVDÉENNE.

m

Voici une nouvelle induction en faveur de ma doctrine sur
l’antériorité de l'anémie et de l’éréthisme nerveux dans la
lièvre paludéenne, doctrine que j ’ai enseignée pendantsi long­
temps à l’iïôtel-Dieu, et que j ’ai développée, en 1850, dans un
mémoire auquel la Société de médecine de Bordeaux vota une
médaille d’or.
Pourquoi la fièvre intermittente rebelle, qu’accompagne
toujours un état plus ou moins grave d’anémie et d'éréthisme
nerveux, n’est-elle pas domptée par le sulfate de quinine, tan­
dis qu’elle est modifiée favorablement et même guérie à coup
sùr, lorsqu’on ne s’y prend pas trop tard, par le régime ana­
leptique et reconstituant, par le fer, sagement employé, l’ex­
trait et le vin de quinquina associés aux anti-spasmodiques
[castoreum, valériane) et surtout à l’emploi des bains tièdes
gélatineux.
La réponse à ces questions est des plus simples : le sulfate
de quinine n’augmente la fièvre dans ces cas que parce que
ce sel ne convient ni contre l'anémie, ni contre l’éréthisme
nerveux sous l’influence desquels elle s’entretient, et qu’il les
aggrave môme par la vertu diffluente qu’il possède en sa
qualité d’alcaloïde. Sans doute, à ce point de vue, on est en
droit de s’étonner des succès de l’eau alcaline de Vichy, comme
je le disais tout à l’heure, dans le traitement de la cachexie
paludéenne apyrétique; mais il ne faut pas oublier ici les
quantités notables de fer que contient cette eau, les effets
auxiliaires d’un bon régime, du changement d’atmosphère,
qui doivent modifier beaucoup l'action dissolvante du bi-carbonate de soude sur le sang.
J’ai attribué, un peu plus haut, à l’influence paludéenne la
colique sèche ou végétale ; cette opinion est celle de tous les
praticiens distingués qui ont écrit sur les maladies intertropi­
cales, à l’exception de M. le Dr Lefèvre, de Rochefort, qui met
autant d’ubstinalion à faire dériver la colique dont il s’agit
de l’action du plomb, qu’en met M. le Dr Cazalas à soutenir,
avec MM. Gués et Didiot, et en dépit des plus brutales réfuta­
tions, la naissance sur place du choléra de Marseille, en 1805.
Les médecins qui voudraient se fixer définitivement, sur la va-

�326

LAVIGERIE.

leur de la doctrine de M. le D'Lefèvre (dont le mérite d’ailleurs
ne fait pas de doute) sur l’étiologie de la colique sèche ou vé­
gétale, sur son diagnostic différentiel d’avec la colique satur­
nine, la colique nerveuse, proprement dite, et autres affections
congénères, ces médecins, dis-je, n’ont qu’à consulter (entre
autres écrits) l’excellent Essai sur la colique végétale, dite co­
lique sèche, qu’a publié mon digne confrère et ancien cama­
rade M. le docteur Faye.
Mais il est temps de m’arrêter, mon cher président et ami,
si je ne veux pas donner à cette lettre les proportions d’un
véritable mémoire. Soyez assez bon, je vous prie, pour en
donner lecture à la Société de médecine dont, malgré mon
éloignement, nécessité parle soin de mes travaux personnels,
j ’ai toujours suivi avec intérêt les discussions.

Un cas de Diabète traumatique observé et traité à Viohy,

Communiqué à la Société de Médecino de Marseille
Par le D' L avigerib , membre correspondant.

Les observations de diabète traumatique ne sont pas trèsrares dans la science. Il faut remarquer cependant que la plu­
part de celles qui ont été publiées sous ce titre nous ont fait
connaître plutôt des cas de glycosurie passagère que de diabète
confirmé.
M. G.....est à la tête d’une riche exploitation agricole, dans les
environs de Versailles. Agé de 50 ans, d’un tempérament san­
guin, d’une très-forte constitution, il a, depuis nombre d’années,
mené une vie fort active. Toujours debout dès l’aurore, il faisait
chaque jour de longues courses, soit à pied, soit à cheval, pour
aller surveiller ses travailleurs et ses troupeaux. En outre, deux
fois par semaine, il faisait le voyage de Paris et de Versailles. Cet
exercice constant paraissait lui être très-salutaire, car sa santé
n’avait, jusqu’au mois d’octobre 1866, souffert aucune atteinte.

DIABÈTE TRAUMATIQUE,

327

A cette époque, un changement extraordinaire s’opéra dans
son état général. Lui qui, jusqu’alors, n’avait pour ainsi dire ja­
mais senti la fatigue, il commença à s’apercevoir qu’une lassitude
très-marquée s’emparait de tout son être, dès qu’il se livrait à un
exercice un peu long. Il se mit à transpirer après la moindre mar­
che: une soif inaccoutumée apparut; enfin, les urines devinrent
très-abondantes ; car le malade les évalua à huit litres par 24
heures. A chaque instant, dans la nuit, il était obligé de se lever
pour uriner, et il ne pouvait dormir que vers le matin.
Cette réunion de symptômes maladifs commença à l’inquiéter
sérieusement, et il se décida à aller consulter un médecin. Celuici fit analyser immédiatement les urines, et on y découvrit 72
grammes de sucre par litre, ou, en tenant compte de la quantité
totale, 576 grammes par 24 heures.
Dès lors, le célèbre traitement hygiénique du D' Bouchardat
fut institué : Régime presque exclusivement animal ; abstinence
de féculents, ( à l’exception du pain, qui fut permis en petite
quantité); vin généreux; exercice. En outre, eau de Vichy trans­
portée à boire aux repas. Sous l’influence de cette médication,
la santé de M. G.....s’améliora d’une manière évidente. Le senti­
ment de lassitude disparut en grande partie; les forces revinrent
sensiblement. Les urines diminuèrent de moitié; le 31 mai 4867,
c’est-à-dire six mois après le début apparent de la maladie, elles
ne contenaient plus que 44 grammes de glycose par litre soi!
176 grammes par 24 heures.
C’était encore beaucoup trop, et le médecin traitant, n’espérant
obtenir davantage par les moyens employés, conseille une cure à
Vichy.
C’est dans ces conditions que M. G.....vint me confier, le 10
juin 1867, la direction de son traitement thermal.
Je procédai immédiatement à l’examen des urines. Je les trou­
vai acides, d’une densité de 1,032 : elles renfermaient 45 grammes
de sucre par litre, soit 180 grammes par 2 4 heures, en m’en
rapportant à l’évaluation du malade, qui déclarait uriner environ
quatre litres dans ce laps de temps.
L’état général était, d’ailleurs satisfaisant. Embonpoint ; teint
coloré; forces assez bien conservées, quoique moins grandes
qu’un an auparavant. Mais tendance au sommeil, surtout dans le
milieu du jour et soif anormale. Rien du côté de la vision.
En présence d’un cas de diabète aussi nettement caractérisé, je
cherchai naturellement, par mes questions et par un examen sé­

�LAYIGKRIE.

rieux du sujet, à trouver la cause de la maladie. Mon attention se
porta tout d'abord sur le foie. Je le trouvai normal, ne dépassant
pas inférieurement les fausses côtes, ni supérieurement une ligne
horizontale imaginaire tirée à trois travers de doigt au dessous
du mamelon droit. Il était donc impossible d’attribuer la produc­
tion du diabète à un état pathologique du foie. D’ailleurs le ma­
lade n'avait jamais eu de jaunisse, et n’avait reçu aucun coup
sur la région hépatique.
C’est en vain que je recherchai également la cause dans la vie,
le régime et les habitudes du sieur G......Il me déclara avoir fait
constamment usage d’une alimentation mixte, ne s’être jamais
adonné aux boissons, surtout aux boissons fermentées, et n’avoir
commis d’exces d’aucune sorte.
Par exclusion, je vins à penser à la possibilité d’un diabète
traumatique. Je demande au malade s’il n’a pas reçu, il y aquelmois, un coup violent sur la nuque ou s’il n'a pas fait une chute
grave. Il répond négativement à ma première question, mais affir­
mativement il la seconde, et me fait la narration suivante.
« Dans le courant du mois Je juillet 1866, j étais parti un jour
à cheval pour aller a une assez grande distance surveiller des tra­
vaux entrepris sur une de mes propriétés. Lorsque je revins chez
moi, mon cheval, qui est très-ombrageux, refusa de s’engager
sous la porte cochère de ma maison. Je ne voulus pas lui céder et
le ramenai plusieurs fois à la charge : chaque fois il se cabrait et
faisait des bonds violents en arrière. Enfin, par une secousse plus
violente que les autres , il parvint à me désarçonner. Je fis une
chute terrible dans laquelle j ’entraînai l’animal, qui tomba de tout
son poids sur ma jambe gauche, tandis que mon épaule gauche
et mon dos portaient violemment sur l’angle d’un mur. Ma jambe
ne fut pas cassée, mais je me démis l’épaule. On appela immédia­
tement un médecin qui réduisit de suite la luxation, mais ayant le
corps meurtri et couvert de contusions, je fut obligé de garder
longtemps le lit. Je ne repris mes travaux habituels que dans le
commencement de septembre, et ce fut à peine remis de ce grave
accident que je commençai à m’apercevoir que mes forces décli­
naient, que mes urines augmentaient considérablement, et que
j ’avais constamment besoin de me désaltérer. C’est à cette épo­
que que je consultai un médecin, qui découvrit ma maladie. »
Après cette déclaration si précise, je ne pouvais méconnaître
l’origine traumatique du cas de diabète que j ’avais sous les yeux:
La chute n’a, il est vrai, laissé aucune trace, et il est impossible

DIABÈTE TRAUMATIQUE.

329

de décider si le choc a porté sur les vertèbres cervicales ou sur
les dorsales. Dans tous les cas, la violente commotion physique
et «morale éprouvée par le sujet suffit à elle seule pour expliquer
la production du diabète.
Traitement.— Je ne crois pas ici devoir aborder les théories du
diabète, ni expliquer comment les eaux de Vichy agissent contre
cette maladie. J ’ai abordé ces questions clans le Guide médical aux
Eaux minérales de Vichy. Ceci est une simple observation, qui doit
être plus riche de faits que de théories. Je dirai donc en peu de
mots quelle fut ma prescription et quels résultats j'obtins.
Bains demi-minéraux quotidiens, dans lesquels le malade res­
tera d'abord une demi-heure, puis, graduellement, trois quarts
d’heure et une heure. Deux verres d’eau à la source des Célestins
de la Rotonde pour commencer. Augmenter d’un demi-verre cha­
que jour, jusqu’à six verres.
Le malade n’en buvait encore que trois verres, lorsque des phé­
nomènes d'excitation se manifestèrent du côté dejla vessie et du
canal de l’urètre: quelques mucosités dans les urines; dysurie.
Je prescrivis alors d’associer la source de la grande Grille, qui a
des propriétés relativementcalmantes, à celle des Célestins. D’ail­
leurs, même en l'absence de maladie du foie, j'étais bien aise de
faire boire M. G...... à une source si manifestement propre à faci­
liter les fonctions de la glande hépatique, laquelle est appelée,
grâce à son tissu amyloïde, à fournir au moins une partie du su­
cre sécrété par les diabétiques.
M. G.... prit donc, à partir de ce moment, des doses égales à la
grande Grille et aux Célestins. Dans les derniers temps de son
séjour à Vichy , il buvait trois verres d’eau à chacune de ces
sources. Le traitement, qui dura 23 jours, fut parfaitement sup­
porté et donna d’excellents résultats. Je dois dire qu’à partir du
quatrième jour, le malade remplaça, d’après mon conseil, le pain
de froment par le pain de gluten, changement qui a certainement
eu une part dans le succès. Quoi qu’il en soit, lorsque M. G......
partit de Vichy, il se trouvait parfaitement biçn. Forces revenues ;
somnolence disparue; soif normale; urines réduites à moins de
deux litres par 24 heures. Quant à la proportion de sucre, elle est
tombée en dix jours de 45 grammes à 11 grammmes par litre. Je
dois rappeler que le malade ne fit usage de pain de gluten qu’à
partir du quatrième jour, époque à laquelle, sous la seule in­
fluence du traitement thermal, son urine ne renfermait déjà plus
que 23 grammes 73 centigrammes.

�330

LAVIGERIE.

Dans le tableau joint, à ce travail, on peut remarquer une recru­
descence notable signalée le quinzième jour,'l’analyse ayant donné
18 grammes 75 centigrammes au lieu de 11 grammes précédem­
ment constatés. M. G......m’en a donné la raison, en m’avouant

que se trouvant beaucoup riiieux, il n’avait pas suivi son régime
avec autant d’exactitude. C’est ainsi que la veille il avait mangé
du pain ordinaire, et avait pris une tasse de café bien sucré.
J’aurais désiré pouvoir compléter cette observation en indi­
quant les quantités d’urine émises par le malade pendant toute
la durée de la cure ; mais il m’a été impossible d’obtenir de lui
plus que des évaluations approximatives, desquelles il résulte qu’il
urinait environ la moitié moins abondamment à l’époque de son
départ qu’à celle de son arrivée.
Je lui conseillai de continuer chez lui h prendre (dix jours par
mois) de l’eau de Vichy transportée, et l’engageai à remplacer
provisoirement le pain de gluten par la croûte de pain ; je lui re­
commandai en outre de me tenir au courant de l’état de sa santé.
Deux mois après, il me faisait savoir que ses urines, analysées
par un pharmacien de Versailles, ne renfermaient plus que 7 gram­
mes 60 centigrammes de glycose par litre. Leur quantité par 21
heures n’avait pas augmenté, et le malade continuait à jouir de
l'amélioratio^ obtenue aux eaux.
En 1868. M. G.....revint à Vichy, où il arriva le l'r juin. Il avait
fait analyser ses urines deux mois auparavant, et elles conte­
naient alors 25 grammes de sucre. Il est vrai que depuis le mois
de septembre il s’était abstenu, malgré ma recommandation, de
toute espèce de traitement.
A mon tour, je trouvai, le deux juin, 53 grammes 57 centigr.
de glycose. Les autres symptômes diabétiques étaient peu pronon­
cés, sauf l’affaiblissement qui commençait à se faire sentir. Cette
dernière considération m’engagea à conseiller cette année l’asso­
ciation d’une source ferrugineuse (Lardy), à celle des Célestins.
Un tableau joint à mon manuscrit, indique d’une manière saisis­
sante les résultats obtenus. On remarquera que le dix-septième
jour du traitement, il y avait encore 30 grammes de sucre, tandis
que l’année précédente à pareil moment il n’en avait plus que II.
Frappé moi-même de cette différence, je fis revenir exactement
le malade au traitement de 1867, c’est-à-dire qu’il remplaça Lardy
par la grande Grille, sans abandonner les Célestins. Dès ce mo­
ment l’amélioration fut rapide; car à l’époque de son départ M.
G......se trouvait très-bien, et n’avait que 7 grammes de sucre
par litre.

ACIDE GALLIQUE.

331

Conclusions. — Le traitement thermo-minéral de Vichy pa­
rait aussi efficace contre le diabète d’origine traumatique que
contre celui qui se développe sous d’autres influences, ou
spontanément.
La source des Célestins et celle de la grande Grille, adminis­
trées concurremment, sont celles qui réussissent le mieux
dans ce cas. Les bains minéraux quotidiens servent de com­
plément très-utile au traitement.

De l'aoide gailique comme hémostatique,
Par le D' Aidé.

Observation I. — J ’ai été appelé auprès d’un enfant âgé de seize
ans, atteint, depuis vingt-sept jours environ, de dyssenterie. Voici
ce que j ’observai à ma première visite: pouls 35 pulsations par
quart de minute, peau chaude et sèche, vives douleurs abdomi­
nales au moindre toucher, surtout aux deux fosses iliaques et à
l’hypochondre droit. Les selles étaient très fréquentes; elles
avaient lieu de dix minutes en dix minutes, et quelquefois même
plus tôt, elles étaient un mélange de mucosités sanguinolentes,
et avaient fini par procurer de très vives douleurs à l’anus. Ces
douleurs étaient continues, et s’exaspéraient à la suite de chaque
garderobe ; je prescrivis l’opium associé à l’ipéca. Le surlende­
main on me présente un vase de moyen calibre rempli presque
entièrement de sang pur, je veux dire sans mucosités ; ce sang
était noir; j ’ai vu que j ’avais affaire à une entérorrhagie. Je fus
d’autant plus effrayé de cette quantité de sang, que la mère de
l’enfant me dit que c’était le produit dé deux selles seulement.
Je formulai immédiatement lsr, 50 d’acide gailique; l’hémor­
rhagie intestinale s’est arrêtée dans les douze heures, et les selles
de nature dyssentérique ont alors reparu. J ’ai fait cesser l’acide
gailique et je l’ai remplacé par l’opium et l'ipéca. Le soir, j ’ai revu
mon malade, la journée avait été assez bonne ; les garderobes
étaient moins fréquentes, il y avait même diminution des dou­
leurs abdominales. Le pouls était le même que la première fois où
je le vis. A ma quatrième visite, on m’a montré un second vase sem-

�332

AID K

blableà celui que j'avais vu vingt-quatre heures auparavant. J’ai
redonné alors l’acide gallique à la dose de 2 grammes. Lajournée
s’est assez bien passée. L’hémorrhagie avait fait place, comme
précédemment, à des selles de nature dvssentérique. J ’ai continué
alors l’acide à la dose de l*r, 50. Après quarante heures à peu près,
l’hémorrhagie intestinale a encore reparu , mais pourtant avec
moins de violence, et puis a fini par céder complètement sous
l’influence de l’acide gallique.
La dyssenterie s’est montrée de nouveau, j ’ai remis mon jeune
malade il l’usage de l’opium et de l’ipéca.
Ces deux médicaments réunis avec des lavements d’acétate de
plomb, a la dose de 6 grammes par 500 grammes d’eau distillée ,
ont fini par triompher complètement de la maladie.
Le sujet intéressant de mon observation a fait pendant plu­
sieurs jours des.matières bilieuses tout à fait liquides. J’ai alors
prescrit le sous-nitrate de bismuth associé au tannin, il la dose
de 2 grammes chaque deux heures. En même temps que les ma­
tières se liaient, la fièvre diminuait, ainsi que les douleurs abdo­
minales. Le jour où j ’ai été appelé, jusqu’au moment où les garderobes sont devenues naturelles , j ’ai fait frictionner l’abdomen
toutes les quatre heures avec une pommade fortement chargée
d’extrait thébaïque, et je fesais couvrir le ventre d’un cataplasme
de farine de lin.
J ’ai oublié de mentionner dans cette observation bien suscincte,
un état anémique qui a paru quarante-huit heures après les selles
de sang pur, et qui n’a cédé qu’à l’usage du jus de viande et de
l’extrait de quinquina.
Observation IL J ’ai été consulté par le nommé Hippolyte B.....
que je trouvai atteint de dyspepsie depuis trois ans. Il accusait
surtout de la fatigue à l’épigastre, c'est-à-dire de la pesanteur,
borborygmes, doulôurs au moindre mouvement du tronc, renvois
de gaz par la bouche; il éprouvait en outre un malaise général
dont il ne savait pas se rendre compte. Ces symptômes se mani­
festaient surtout après le repas du soir et pendant la nuit. Ce
hialade avait les joues creuses et la peau d'un blanc mat ; le pouls
était petit et l’artère radiale battait sans vigueur. Le sirop d’écor­
ces d’oranges amères, le bicarbonate de soude, le fer, les viandes
rôties saignantes et le vin généreux mélangé à l’eau pendant les
repas, ont triomphé de cet état. Deux mois ont suffi pour permet­
tre au malade de digérer complètement ses aliments.

REVUE DE L ’HOTEL-DIEU.

333

Il y avait vingt jours que je ne l’avais vu, lorsqu’il vint un soir
me dire qu'il ne sentait plus rien de son ancienne maladie, mais
que, depuis le matin, il éprouvait un quelque chose qui lui com­
primait le côté droit du ventre, et il me désigna le dessus du flanc
droit, vers les deux dernières côtes. Je lui conseillai alors de bien
s’observer jusqu’au matin, et de revenir me faire part de ses obser­
vations. Vers les 11 heures du soir, on vint me dire que B...., avait
vomi deux cuvettes de sang dont on m’apporta un verre; le sang
était noir.
Tout en craignant qu’il ne pût tolérer l’acide gallique, attendu
l’état où était son estomac, j'en prescrivis 1gr,50 que je fis diviser
en dix paquets, dont je fis administrer un paquet de trois en trois
heures. Un instant après avoir pris le premier paquet, il ne se
sentait déjà plus cette compression, qui continuait toujours mal­
gré les vomissements. Les dix paquets d'acide gallique furent
suivis de dix autres ; les derniers [contenaient 20 centigrammes
au lieu de 45. Je ne pus remettre complètement mon malade
qu’en le soumettant à l'usage des jus de viande et des consommés
et de l’eau ferrugineuse de Schwlbaeh. Ce que je tiens ànoter sur­
tout, c’est l'arrêt immédiat des vomissements sanguins aussitôt
après l’usage de l’acide gallique.

REVUE CH IRURG ICALE DE L H O TEL-DIEU
P a r le Dr F L A V A R D ,
C h iru rg ie n . c h e f in te r n e .

Anévrisme poplité. — Pourriture d'hôpital. — Calcul salivaire.
— Trachéotomie dans uu cas de croup.

La situation de lTIÔtel-Dieu dans le quartier le plus popu­
leux de la ville, sa proximité des ports et des grands chantiers
de construction donnent aux services de chirurgie de cet hô­
pital, la plus grande activité. Le mouvement annuel des bles­
sés est de 1,200 environ, choisis parmi les plus graves, puisque
le bureau central d’admission se trouve à l’Hôtel-Dieu. Les
22

�334

FLAVARD.

cas de lésions traumatiques sont incomparablement plus
nombreux que ceux de lésions organiques, tant à cause de la
position de l’hôpital que de l’urgence à l’admission des bles­
sés par accidents.
Les opérations les plus diverses y sont journellement pra­
tiquées et donnent des résultats variables. En général, les opé­
rations pour affections chroniques réussissent mieux que celles
nécessitées par des lésions aiguës. Aussi la chirurgie conser­
vatrice, bien entendue, fait-elle tous les jours de nouveaux
progrès.
Un autre enseignement ressort de la pratique des hôpitaux :
il n’est pas rare d’observer des périodes, de durée variable, pen­
dant lesquelles les opérations les plus graves sont suivies de
guérison, tandis qu'à d’autres époques des complications de
toute nature viennent compromettre la vie de presque tous les
opérés. Pour n’en citer qu’un exemple : Sur quatre amputa­
tions (trois de jambe, et une de cuisse) pratiquées dans le tri­
mestre qui vient de s’écouler, trois ont été suivies de mort, et
le dernier amputé est atteint de tétanos. Par contre, dans
l'avant-dernier trimestre, sur trois amputés (deux de jambe
et un de cuisse), nous avons eu deux guérisons. Des nom­
breuses explications données sur ce sujet, aucune n ’est satisfai­
sante et je ne m'y arrêterai pas.
Mais il est une considération qui domine toute la chirurgie
hospitalière. Je veux parler de la gravité relative des opéra­
tions faites à l’hôpital comparées aux opérations analogues
pratiquées en ville ou à la campagne. Ici la cause est évi­
dente : c’est l’agglomération des malades.
Quoique l’Hôtel-Dieu de Marseille se trouve, depuis sa recons­
truction, dans les meilleures conditions hygiéniques possibles,
l'influence nosocomiale s’y fait encore sentir. 11en est de même
dans les hôpitaux de Paris les mieux construits, ceux, par
exemple, qui possèdent un système de ventilation artificielle.
De tout temps et en tout pays on s’est plaint de l’effrayante
mortalité des opérations pratiquées dans les hôpitaux, et mal­
gré les progrès importants réalisés par l’hygiène hospitalière,
on n ’est parvenu qu’à atténuer les effets de l'influence délétère

REVUE DE L ’HOTEL-DIEU.

335

qui pèse sur les malades d’un hôpital. C’est déjà un pas fait
en avant, mais l’humanité réclame davantage. Aussi suivonsnous avec intérêt les essais tentés récemment dans certaines
villes d’Allemagne, où l’on a construit de petits pavillons en
planches pour l’hiver, recouverts par une tente pour les saiBons chaudes, pavillons uniquement affectés aux blessés graves
et aux opérés. La plus grande aération de ces salles improvi­
sées dans lesquelles l’aircircule librement (trop librement peutêtre), la facilité d’en varier l'exposition suivant les saisons, et
la possibilité, sans trop de dépenses, de renouveler les maté­
riaux de leur construction, toutes ces conditions réunies nous
font espérer que cette pratique donnera de bons résultats.
Mais attendons que l’expérience soit plus complète avant de
nous prononcer sur l’utilité de cette innovation.
Cette courte digression était nécessaire, d’un côté, pour
donner un aperçu de l’importance des services de chirurgie
de l!Hôtel-Dieii et des matériaux mis à la disposition des élè­
ves de notre école, dont le nombre augmente chaque année ;
de l’autre, pour mettre le lecteur en garde contre une cause
d’erreur inévitable, s’il comparait absolument les résultats ob­
tenus à l’hôpital, à ceux que donne la chirurgie faite en
ville.
—Si je voulais passer en revue tous les blessés traités à l’HôtelDieu durant le trimestre qui vient de s’écouler, je serais obligé
ou de m’en tenir à un simple résumé statistique ou de
dépasser les limites d’un article de journal. Telle n’est pas
mon intention. Je me propose seulement de choisir un
petit nombre de faits parmi les plus intéressants, et d’accom­
pagner ou de faire précéder leur histoire de quelques considé­
rations cliniques. Tantôt je rapprocherai des affections de
même natuse mais différentes par la forme ou par les indica­
tions thérapeutiques qu’elles réclament ; tantôt le diagnostic
seul m’occupera; d’autresfoisjen’aurai en vue que des lésions
anatomiques ou l’étiologie. Comme on le voit, je me réserve
la plus grande liberté d’exposition.
Conseil Auguste, 33 ans, journalier, est entré à l’Hôtel-Dieu le
7 janvier 1809.

�33 G

I'LAVARD.

Le malade nous raconte que deux mois auparavant il s’est
aperçu de l’existence d'une petite tumeur qui s'est développée,
sans cause connue, sur le quart inférieur de là cuisse droite vers la
face postérieure du membre, en un point qu’il ne précise pas
exactement. Il ne s’en inquiéta pas tout d’abord parce qu’il
n’éprouvait ni gêne ni douleur. Mais bientôt le volume de cette
tumeur augmenta, et son accroissement fut si rapide que le ma­
lade, obligé de suspendre son travail, se décida à venir dans nos
salles.
A ce moment, n'ous constatons une tumeur occupant le tiers
inférieur de la face interne de la cuisse droite etse continuant en
arrière vers le creux poplité. La peau est tendue et luisante; le
malade souffre beaucoup. L’extension de la jambe sur la cuisse
est impossible. En appliquant la main sur la tumeur on perçoit
des battements isochrones au pouls, et un mouvement d’expan­
sion manifeste. La compression de la fémorale au pli de l’aine fait
disparaître les battements qui reviennent dès que la compression
a cessé. Le pouls n’est pas perçu à la pédieuse. Si à tous ces si­
gnes nous ajoutons l’existence d'un bruit de souffle révélé par
l’auscultation de la tumeur, nous trouvons réunis tous les symp­
tômes qui caractérisent un anévrisme.
Seul le siège précis de la lésion artérielle pouvait laisser place
à l’erreur. A cause de la proéminence de la tumeur sur le côté in­
terne de la cuisse et de son peu de développement en arrière, on
était porté à admettre un anévrisme de la terminaison de la fémo­
rale. L’autopsie du membre a démontré que la poche était formée
aux dépens de la partie moyenne de la poplitée.
Du reste, cette question de siège n’avait qu’un intérêt secon­
daire en présence de la question thérapeutique.
Mais avant d’en arriver au traitement, complétons l’histoire de
notre malade. L’anévrisme n’etant pas de cause traumatique, son
développement devait être lié à une altération des tuniques arté­
rielles : c’est ce qu’a démontré l’exploration des artères super­
ficiellement placées telles que les radiales et les fémorales. La fé­
morale droite surtout était très-indurée, et offrait en plusieurs
points de son étendue des noyaux d’ossification. L’auscultation
du cœur n'a rien appris, et le blessé s’est défendu de tout excès
alcoolique.
Dès les premiers temps de son séjour à l'hôpital, la compres­
sion indirecte a été faite, d’abord avec le compresseur de Broca,

REVUE DE L’HOTEL-DIEU.

337

puis avec un entonnoir Terme, rempli de grenailles de plomb ou
desable fin, entonnoir construit sur les indicationsde M. Broquier.
Les battements ont un peu diminué d’intensité, et la tumeur a
semblé durcir pendant les quatre ou cinq premiers jours. Mais
bientôt les pulsations ont reparu plus fortes, la tumeur a subite­
ment augmenté de volume et s’est ramollie, les douleurs sont de­
venues atroces. A ce moment la il n'était plus permis de douter
de la rupture du sac qu’on n’avait que soupçonnée au début.
La compression, mal supportée, ne donnait plus aucun résul­
tat, le volume du membre augmentait tous les jours, et les souf­
frances n’étaient qu’adoucies par l’application de cataplasmes
froids arrosés de laudanum. Dès lors l’intervention active du chi­
rurgien était devenue nécessaire.
En présence d’un cas semblable, devant un anévrisme résul­
tant de l’altération athéromateuse des tuniques artérielles, avec
rupture du sac , quelle devait être la conduite du chirurgien?
Le choix ne pouvait porter que sur l’une des quatre méthodes
suivantes : 1° Compression indirecte ; 2° Ligature au-dessus de la tu­
meur; 3° Méthode ancienne; l* Amputation.
1* La compression la mieux faite, ne pouvait manquer d’être
impuissante contre un anévrisme arrivé à cette période de son
évolution. Jamais une poche aussi vaste n’aurait été susceptible de
se remplir de caillots fibrineux, vrais caillots actifs de Broca.
Comme on l’a vu, elle a été essayée, pendant une douzaine de
jours, sans succès.
2“ La ligature par la méthode d’Anel était contr’indiquée par
l’état des parois de l’artère fémorale. Le vaisseau dégénéré dans
toute sa longueur se serait rompu prématurément sous l’action
du fil constricteur : d’où une hémorrhagie secondaire qu’il aurait
fallu combattre par la ligature &lt;le l’iliaque externe sur l’inté­
grité de laquelle il était permis d’avoir des doutes. Mais la n’était
pas tout le danger. La circulation collatérale n’était-elle pas com­
promise par la perte de l’élasticité du vaisseau principal, peutêtre aussi par la dégénérescence athéromateuse des branches qui
en partent? Car n’oublions pas que d’autres artères, avec la fémo­
rale droite, étaient malades. Ainsi la crainte d’une hémorrhagie
secondaire et la menace de la gangrène du mémbre contr’indiquaient formellement la ligature.
3“ L’idée de l’opération par la méthode ancienne (ouverture du
sac après double ligature) n’est venue, je crois, à l’esprit d’aucun

�338

FLAYARD.

des chirurgiens qui ont vu le malade, tant cette méthode est
tombée dans l’oubli. Je n’ai pas l’intention de la réhabiliter. Mais
je me demande si elle mérite semblable proscription. Je ne le
pense pas. Mise en parallèle avec la ligature ou la compression,
elle est évidemment inférieure sous tous les rapports. — Mais
comparée à l’amputation d’un membre , de la cuisse particu­
lièrement, elle doit être généralement préférée. Car une amputa­
tion de cuisse, surtout dans un hôpital, est presque toujours sui­
vie de mort. Les cas heureux ne sauvent le malade qu’au prix du
•acrihce d’un membre utile pour'tout le monde, mais indispensa­
ble pour un ouvrier. La méthode ancienne ne saurait exposer da­
vantage le blessé, et elle évite la mutilation. Dans le cas actuel, le
volume excessif de la tumeur et l’état du malade la rendaient
trop dangereuse, impraticable même.
4' L’amputation se présentait donc comme l’unique ressource.
Elle a été acceptée avec résignation par le patient qui y a vu un
terme mis à 6es souffrances. Un lambeau antéro-externe, bien
nourri, a servi à recouvrir l’os. Les suites de l’opération ont paru
heureuses durant les premiers jours. Puis le malade a été pris de
frissons répétés qui ont précédé la formation d’une vaste collec­
tion purulente dans la fesse. L’abondante suppuration qui s’est
produite a entraîné la mort. Nous n’avons trouvé à l’autopsie au­
cune trace d’infection purulente.
Les ligatures s’étaient détachées vers le vingtième jour sans
donner lieu au moindre écoulement de sang.
Examen du membre retranché. — Le sac formé aux dépens de la
partie moyenne de l’artère poplitée, était largement rompu au ni­
veau de sa paroi interne. De nombreux caillots mous, sans trace
d’organisation, étaient contenus dans les débris du sac et dans
une sorte de capsule celluleuse qui isolait la masse du sang épan­
ché des tissus environnants. En certains points, et notamment à
la face interne de la cuisse, la poche hématique était devenue
flous-cutanée. Le fémur, dans l’espace inter-cond}’lien, était ru­
gueux, érodé et se décollait facilement de son périoste. La veine
et le nerf, refoulés en dehors, n’avaient pas pu être comprimés.

Cette obser vation démontre la gravité des anévrismes spon­
tanés lorsque la dégénérescence des parois artérielles est
quelque peu généralisée, et que le sac est rompu.
L’absence de toute hémorrhagie à la chute des ligatures fe­
rait regretter que la méthode d’Anel n ’ait pas été préférée, si

REVUE DE L ’HOTEL-DIEU,

339

d’autres contr’indications n ’avaient déterminé la conduite du
chirurgien. Comme nous l’avons dit, nous avions à craindre la
gangrène du membre, et j ’ajoute aussi la suppuration du sac.
Uu enseignement ressort cependant de ce fait : la possi­
bilité de porter, sans trop de danger, un ûl constricteur
sur une artère malade. Mais il serait prudent alors de se met­
tre dans les conditions des ligatures faites à la surface des moi­
gnons : il suffirait pour cela de couper le vaisseau entre deux
ligatures et délaisser ses deux bouts se rétracterdans la gaine.
Pourriture d’Hôpital. — Il est bien rare qu’un trimestre se
passe sans que la pourriture d’hôpital ne vienne faire une ap­
parition dans nos salles. Dans le courant de ces trois derniers
mois, plus de dix blessés, porteurs de plaies diverses, en ontété
atteints ; entre autres un amputé de la jambe, qui touchait
au terme de sa guérison, et dont la manchette a été entière­
ment détruite en deux ou trois jours. Un traitement énergi­
que a enrayé le progrès du mal et aujourd’hui la réparation
est complète, grâce à l’élasticité de la peau voisine, qui s'est
laissée entraîner, par la force de rétraction du tissu inodulaire,
vers la surface du moignon qu’elle recouvre en entier. Deux
autres blessés entrés, l’un, pour une petite plaie de la jambe
droite; l’autre, pour un coup de couteau à l’épaule, ont vu, par
suite de cette complication, leurs plaies s’agrandir considéra­
blement. Le traitement mis en usage a amené un bourgeon­
nement très-légitime, et la cicatrisation se poursuit sans en­
traves.
Je pourrais multiplier ces exemples, qui démontreraient
combien est rapide la marche de la pourriture d’hôpital, et
combien la chirurgie est puissante contre elle. Je me conten­
terai de quelques mots sur le traitement employé à l’HôtelDieu.
Dans les salles de M. Broquier on a recours exclusivement
à des pansements faits avec des gâteaux de charpie imbibés
d’essence de térébenthine.
À la clinique chirurgicale, M. Coste met en usage les cauté­
risations avec l’acide nitrique mono-hydraté. Dans l’un et l’au­
tre service, les résultats ont été également favorables. Néan­

�340

FLAVARD.

moins, si j ’avais à établir un parallèle entre ces deux modes
de traitement, je donnerais la préférence aux cautérisations
avec l’acide nit rique, parce qu'une seule application suffît or­
dinairement, tandis que le pansement à la térébenthine doit
être continué pendant quelques jours. La douleur est moins
vive avec l'essence de térébenthine ; mais elle revient à chaque
pansement. Ce liquide a, en outre, l’inconvénient de fuser
sur les bords de la plaie et de les excorier.
Les acides concentrés (A. nitrique, A. chlorydrique), me
paraissent même devoir être préférés au cautère actuel : ils
effrayent moins le malade, sont d’un maniement plus com­
mode, et, en raison de leur état liquide, ils pénètrent mieux
dans toutes les anfractuosités de la plaie. Le cautère actuel
n’aurait qu’un seul avantage, celui de produire des escharres
qui se détachent plus vite et découvrent plus tôt la surface
bourgeonnante. Mais il n’est pas nécessaire d ’attendre la
chute des escharres pour être fixé sur la marche de l’affec­
tion. Il existe un signe certain indiquant que la pourriture
d’hôpital est enrayée : c'est la cessation de la douleur. Lorsque
le lendemain d’une cautérisation le malade vous dit qu’il
n ’a pas souffert de sa plaie, qu’il a bien dormi, vous pouvez
être assuré que le mal est arrêté. Par contré , si la douleur
est restée la même ou n ’a presque pas diminué, si le blessé
est inquiet et triste, il faut immédiatement renouveler la
cautérisation, en ayant soin de débarrasser au préalable la
plaie de toutes les escharres qui la recouvrent jusqu’à ce que
bon obtienne un suintement sanguin. A ce prix , la guérison
est assurée.
Le meilleur topique, après la cautérisation, est l’eau phéniquéeau centième. Ce liquide, légèrement stimulant, se re­
commande, en outre, par son prix modéré et par ses proprié­
tés désinfectantes.
Calcul salivaire. — Vers la fin du mois de février, M. Broquiera
extrait un calcul de la glande sous-maxillaire gauche sur un
homme de 35 ans environ. Ce calcul, analogue par sa forme et par

REVUE DE L ’HOTEL-DIEU.

341

son aspect aux calculs de la vessie pèse Ggrammes et paraît com­
posé de phosphate de chaux (1) en couches stratifiées.
Le malade présentait une tumeur dure, globuleuse, siégeant audessous et un peu en avant de l’angle de la mâchoire. Deux tra­
jets fistuleux ouverts dans la bouche, sur les côtés de la langue,
permettaient d’introduire un stylet jusque sur le corps étranger.
La sensation que l ’on éprouvait par ce contact n’était pas assez
nette pour que l’on aitpu reconnaître, avant l’opération ,1a nature
de ce corps, et à cause de la rareté des calculs salivaires on était
plutôt porté à admettre l’existence d’un séquestre détaché du ma­
xillaire.
Une incision faite sur le plancher buccal et réunissant les deux
trajets fistuleux, en a rendu l’extraction facile. La guérison a été
très-rapide.
Croup-Trachéotomie. — Quelques jours auparavant, j ’avais pra­
tiqué la trachéotomie s ur un enfant de trois ans atteint du croup,
qu’on amenait à l’hôpital dans un état d’asphyxie imminente :
pouls filiforme , respiration sifflante , voix éteinte , face pâle,
lèvres bleuâtres, etc.
Quoiqu’il nous fut impossible d’apercevoir aucune fausse mem­
brane dans l’arrière-gorge, la nature de la maladie était suffisam­
ment caractérisée par les symptômes que nous observions, et
par les renseignements que fournissait la mère. L’enfant était ma­
lade depuis quatre ou cinq jours, son état était allé en empirant
malgré l’administration répétée de vomitifs énergiques: quelques
minutes encore et il aurait succombé. Il ne restait d’autre chance
de salut que dans l’opération. Je la pratiquai immédiatement avec
l’assistance de M. Broquier, chirurgien en chef, qui voulut bien
m’éclairer de ses conseils, et en présence des élèves qui suivaient
les visites. Lorsque la trachée eût été ouverte, avant de placer la
canule, je maintins un moment les lèvres de la plaie écartées au
moyen du dilatateur. Mais voyant que la respiration restait péni­
ble, et que le pouls ne se relevait pas, j ’introduisis une canule
dont le calibre remplissait exactement le calibre de la trachée.
Instantanément l’enfant ouvrit les yeux, fit quelques larges ins­
pirations et sembla renaître à la vie. Tous ceux qui assistaient à
l’opération furent émerveillés autant que surpris de ce change­
ment soudain. Malheureusement ce brillant résultat ne fut pas de
(!) L’analyse chimique en sera fuite par M. le professeur Rousset.

�FLAVARD.

REVUE DE L’HOTEL-DIEU,

longue durée. Après vingt-quatre heures d’un bien-être qui nous
faisait espérer un succès, la gêne de la respiration recommença;
les fausses membranes, qui ne s’étaient pas montrées jusqu’alors,
envahirent la trachée et les bronches, et la mort survint quarante
heures après l’opération.

Le diagnostic du croup ne présente aucune difficulté lors­
qu’on aperçoit des fausses membranes dans l’arrière-gorge,
ou qu’on en trouve dans les matières de l’expectoration.
Mais il n’en est pas toujours ainsi : Chez notre petit malade,
la diphthérie ne s’est montrée que vingt-quatre heures après
l’opération. Sur deux autres enfants que j’ai suivis attentivevement jusqu’à leur mort, je n’ai pas non plus constaté de
traces de productions diphthéritiques. Ces cas, qui ne sont
pas rares, ne laissent pas que d’embarrasser le médecin. Le
plus souvent alors on n’arrive au diagnostic que par exclusion.
Après s’ètre assuré par l’exploration du pharynx, et par l’aus­
cultation de la poitrine, que la cause des accidents observés
est bien localisée au larynx et ne se trouve pas ailleurs, il faut
établir le diagnostic différentiel, aujourd’hui classique, du
croup d’avec la laryngite striduleuse et la laryngite inflamma­
toire suraigüe. L’œdème de la glotte est tout de suite écarté,
parce que c’est une maladie extrêmement rare chez les
enfants, et qui ne survient, en général, que comme compli­
cation d’une affection chronique du larynx ou d’une hydropisie.
La trachéotomie appliquée au traitement du croup gagne
duterrain tous les jours. Bientôt, nous l’espérons, elle triom­
phera de la répugnance des familles et de l’indifférence d'un
grand nombre de praticiens à son égard. Le discrédit qui s’y
attache encore tient à ses fréquents insucccès, et ceux-ci
s’expliquent par la gravité des cas pour lesquels on la réserve.
Soit par le refus des parents, soit par le peu de confiance
qu’elle inspire aux médecins, l’opération est toujours faite à
la dernière extrémité, alors que déjà la trachée et les bronches
sont envahies et que l’hématose est profondément troublée.
Qù’on ne se méprenne pas pourtant sur mes intentions. Je
ne demande pas que la trachéotomie soit pratiquée dès le dé­
but, ni qu'elle constitue la base du traitement. Je la regarde,
au contraire, comme un simple adjuvant, et à ce titre, elle
doit venir après le traitement habituellement employé (cauté­
risations locales — vomitifs, toniques etc.) Mais cet adjuvant,
pour être de quelque utilité, ne doit pas intervenir trop tard.

342

Réflexions. — Le seul temps vraiment difficile de la trachéo. tonne est celui de l'ouverture de la trachée à cause surtout de
la mobilité de l'organe et de son petit volume chez les jeunes
sujets.
Frappé de ce fait, je me demandai s’il ne serait pas avanta­
geux de fixer la trachée avant de l’ouvrir comme on fixe l’œil
pour l’incision de la cornée dans l’opération de la cataracte,
par extraction.
Je ne tardai pas à avoir l’occasion de mettre en pratique
cette idée émise par plusieurs auteurs et généralement aban­
donnée.
Ayant été appelé quinze jours après par un de nos confrères,
pour un cas de croup justiciable de la trachéotomie, je m’ar­
mai d’une pince à dent de rat et à pression continue. Après
avoir mis à découvert la trachée dans une étendue suffisante,
je la saisis au niveau de l’angle supérieur de la plaie en implan­
tant mes pinces dans son tissu. Je pus ainsi faire, avec la
plus grande facilité, une incision irréprochable sous tous les
rapports.
Cette petite modification au procédé opératoire ordinaire­
ment suivi ne saurait avoir aucun inconvénient, car la piqûre
des pinces n’est pas douloureuse et ne laisse aucune trace.
Les services qu’elle peut rendre sont incontestables. En s’oppo­
sant aux mouvements alternatifs d’élévation et d’abaissement
de l ’appareil laryngo-trachéal le chirurgien n’est pas exposé
à faire à la trachée une incision qui ne corresponde pas à celle
des téguments. De même, en empêchant les déplacements la­
téraux, il évite une incision oblique, ou située trop en dehors
de la ligne médiane. L’immobilité donnée à la trachée, rend
impossible la blessure des organes voisins. En un mot, par
cette manœuvre, on se met dans les conditions des opérations
pratiquées sur le cadavre, sauf pour l’hémorrhagie.

343

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Nous devons à l’obligeance de M. Jubiot, médecin principal, de pouvoir donner les observations météorologiques
faites pendant le 4" trimestre 1869.—Nous sommes heureux de profiter de ces études, nous en remercions M. le Dr Jubiot
et M. le Dr Pau Saint-Martin, médecin en chef, qui sait donner à l’établissement hospitalier placé sous sa direction ,
une impulsion si favorable à la science.

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(a) Maximum: 10.
(b) Centièmes de centimètre. Ex. : 37 centièmes de centimètre à l’udomètre.
(c) Maximum : 4.

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Fièvres typhoïdes
et affections des voies
respiratoires.
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6,73

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5,77

CONSTITUTION
MÉDICALE.
. 1 -jhiwioi u
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MOIS.

S'il était cependant permis d'indiquer une limite à cette inter­
vention, dont le médecin doit seul fixer l'opportunité, nous
dirions qu’il faut opérer dès que la dyspnée devient mena­
çante, que la circulation commence à faiblir et que le pouls
présente quelques irrégularités. Sans doute le croup étant le
plussouvent une maladie générale et épidémique, un empoi­
sonnement à marche envahissante, l’art restera bien des fois
impuissant. Mais que risque-t-on de compromettre en opérant?
L’opération n ’est pas douloureuse : elle se réduit, en somme, à
une simple incision faite dans un moment où la congestion
des centres nerveux a amené un certain degré d’insensibilité ;
elle est inoffensive par elle-même comme l’attestent ses succès
constants dans l’œdème de la glotte et dans les cas de corps
étrangers des voies respiratoires ; enfin, elle retarde l’as­
phyxie en ouvrant une large voie à l’air, et par suite, elle fait
gagner un temps précieux pour combattre l’affection diphthéritique. Le jour où l’on sera convaincu de cette vérité : quela
trachéotomie est une opération peu douleureuse , qu’elle
est d’une innocuité complète, et qu elle retarde la mort lors­
qu’elle ne la prévient pas, ce jour-l;\ les familles l’imposeront
à leur médecin, et bien des enfants échapperont à ce terri­
ble fléau.

0,34 Affections rhumatis­
males
et catarrhales.

METEOROLOGIE

FL AYARD.

Moyenne des observations météorologiques faites à l ’Hôpital Militaire de Marseille dans les mois de Janvier, Février et Mars 1869.

344

�316

VILLARD.

BIBLIOGRAPHIE.
L ’ATHÉISM E DU XIX&gt;»e SIÈC LE
DÉVANT L'HISTOIRE, LA PHILOSOPHIE MÉDICALE ET L’HUMANITÉ

Par le D' Bertulus , Professeur à lÉcole de Médecine de Marseille.

Il ne viendra à l'esprit de personne de contester la réalité
et l'importance du mouvement scientifique qui s'opère depuis
quelques années dans notre grande et belle cité. Trop influencé
peut-être par le matérialisme financier qui a toujours régné eu
maître autour de lui, le corps médical marseillais a fait trop
souvent le sacrifice des immenses avantages qu’il pouvait re­
tirer d'uae position vraiment exceptionnelle. En un mot, sauf
quelques rares personnalités, météores assez pâles d’un passé
bien vite oublié, la science médicale n ’a rien produit parmi
nous qui puisse être cité à la gloire de nos devanciers. En estil de même duprésent?En sera-t-il de même de l’avenir? lime
serait facile de faire ici l’énumération des travaux publiés dans
ces dernières années par plusieurs de nos confrères ; il me se­
rait également facile de rappeler les éloges qui leur ont été
décernés. Mais tel n ’est pas mon but: le présent a trop vite
éclipsé le passé pour que nous doutions de l’avenir. Comment
en douter, du reste, en face de cette jeune génération qui
marche vaillamment sur les traces des maîtres qui l’ont for­
mée; qui se livre à son tour avec une ardeur sans égale à la
solution de ces milliers de problèmes qui surgissent à cha­
que pas devantjelle ; qui se lancedans l’arène des concours pour
protester contre les abus du favoritisme ; qui propage enfin par
le journalisme le résultat de ses recherches ou de ses observa­
tions! Si Marseille se transforme tous les jours au point du
vue matériel, elle suit aussi l’impulsion scientifique et litté­

B1BLIOGRAPHIE.

347

raire qui de notre capitale parait rayonner sur le monde en­
tier, et qui se traduit chez nous par des œuvres d’une incon­
testable valeur. Citer parmi ces œuvres , les remarquables
ouvrages de nos compatriotes, MM. les docteurs Despine et
Bertulus, n’est-ce pas justifier ce qui précède? Marseille
Médical a déjà rendu compte, par la plume de notre savant
confrère M. Itoberty, du livre de M. Despine (l). L’analyse qui
en a été faite dans un premier article n’est que la juste appré­
ciation du mérite et du talent de notre confrère.
Quant à l’ouvrage plus récent de M. Bertulus dont nous ve­
nons rendre compte aujourd’hui, nous dirons tout de suite
qu’il réunit toutes les qualités qui assurent la fortune d’une
publication nouvelle ; forme parfaite, fond excellent tel est
le double cachet de cet ouvrage,’ qui se recommande à la fois
à l’attention des philosophes, des médecins et des hommes
d’état, et qui pourtant, par sa simplicité même, n’a rien qui
puisse épouvanter les gens du monde, peu aptes d’ordinaire
à se poser en juges dans les questions métaphysiques. Il sem­
ble, en effet, par la lecture seule du titre, que pour en arriver
à ses fins, l’auteur doive rechercher dans le domaine des hau­
tes sciences les preuves de l’existence de Dieu : il n’en est rien.
Notre confrère, tout en s’élevant parfois à de grandes hau­
teurs de vues et d’esprit, se borne à battre en brèche les erreurs
et les prétentions de l’athéisme avec les seules données de
l’histoire et les déductions les plus simples de la philosophie
médicale. Ajoutons que ce n’est pas un des plus petits mérites
de l’auteur d’avoir restreint un sujet si vaste dans les limites
d'un volume de 500 pages, sans que pour cela l’ensemble
puisse paraître insuffisant.
Il est bon de dire avant tout que M. Bertulus a écrit son li­
vre, non comme un théologien, la chose eût été superflue,
mais comme un sage penseur profondément imbu de la reli­
gion et de la foi de ses pères, comme un homme qui a acquis
une grande expérience des hommes et des choses ; qui ne
craint d’exposer ses principes, d’affirmer ses croyances, et qui,
(t) Étude sur les facultés intellectuelles et morales dans leur état normal
et dans leurs manifestations anormales chez les aliénés et les criminels.

�VILLARD.

BIBLIOGRAPHIE.

en sa qualité de médecin, a à cœur de laver la belle et noble
profession à laquelle il appartient du reproche d’athéisme
qu’on lui adresse avec trop de complaisance ou de mauvaise
foi. Mais ce n'est là qu’un des côtes de cet important ouvrage.
Lorsque nous l’analyserons en détail nous montrerons dans
chaque chapitre les points les plus saillants sur lesquels l’es­
prit s’arrête avec une légitime satisfaction.
S'il est vrai, et je crois que la chose ne sera contestée par
personne, qu’il y a aujourd’hui plus qu’à toute autre époque
peut-être des hommes qui mettent leur science et leur intelli­
gence au service de certaines théories subversives, qui ne
se lassent pas d’ébranler les bases de l’ordre social, il faut
reconnaître aussi que devant ces esprits passionnés par un fol
orgueil plutôt que par la fermeté de leurs convictions, l’on
voit surgir parfois de terribles adversaires qui, dédaignant
les succès faciles du scandale, réduisent à néant ces doctrines
réactionnaires de l’athéisme et du matérialisme. A ce titre,
si jamais un livre a été publié à propos c’est bien assurément
celui de notre confrère, dont le libéralisme se trouve rehaussé
par les plus saines croyances et les plus nobles sentiments, et
surtout par une indépendance absolue.
En faisant hommage de son livre à l’Académie impériale de
médecine, M. Bertulus s’exprime de la manière suivante :
« ......... Oui, Messieurs et illustres confrères, si notre cs« pèce dégénère manifestement, n’en déplaise aux optimistes;
« si la vie moyenne est devenue plus courte ; si nos hospices
« sont encombrés de fous, d’imbéciles, d’épileptiques et de
a jeunes crevés ; si nous observons partout, en un mot, la su« rexcitation nerveuse combinée à l’épuisement prématuré,
« nous le devons à l’influence délétère de certaines doctrines
a ou plutôt de certains systèmes qui, après avoir frappé l'in—
« telligence et le cœur, aboutissent à la dégradation physia que......... la médecine, proprement dite, qui fut jadis la
« science honnête par excellence, et qui estentrée de nosjours
« dans une mauvaise voie, pourrait avoir à revendiquer une
« bonne part dans la démoralisation dont il s’agit__ »
Le moment n’est pas encore venu pour nous d’apprécier les

opinions de notre confrère, mais ce que nous devons indiquer
en principe c’est la manière de penser et d’écrire de M. Bertu­
lus dont la bonne foi est au-dessus de toute attaque. « Je ne
« suis, dit-il dans sa préface, ni le familier du clergé catlio« lique, ni son mandataire, ni son organe scientifique; je ne
« tiens à lui par aucun lien secret ; mais en bon citoyen je
« m’unis de tout cœur à son énergique opposition contre le
« matérialisme.. . . Je me plais à proclamer en toute occa« sion que, parmi les nombreuses pestes dont l’humanité doit
* se garder avec soin, aucune n’est plus effroyable que
« l’athéisme qui s’attaque à la fois à la vie morale et à la vie
« physique des peuples. Accorder mon faible appui et mes
« vives sympathies à quiconque s’efforce d’arrêter un pareil
« fléau, me semble donc une bonne action que je dois me hâ« ter d’accomplir sans regarder en arrière. »
Lorsqu’un homme, en confessant ainsi sa foi et ses croyan­
ces ne craint pas d’attaquer son ennemi en face, cet homme,
dis-je, s’honore autant par l’énergie de son talent que par la
franchise de ses convictions. Du reste, M. Bertulus est assez
connu par ses travaux antérieurs pour qu’il ne soit pas permis
de mettre en doute son mérite personnel d'abord, la fermeté
de ses principes, la loyauté de ses sentiments ensuite.
Dans les diverses circonstances où il nous a été donné de lire
les écrits de notre savant confrère, nous avons pu juger de la
manière dont il sait tenir la plume et défendre ce qu’il regarde
soit comme une erreur, soit comme un abus.
A peine son livre sur l’athéisme a-t-il fait son apparition
dans le monde savant qu’il en a reçu les félicitations les plus
chaleureuses. S. E. M. Duruy, ministre de l’instruction publi­
que, a écrit à notre confrère une lettre de laquelle j ’extrais le
passage suivant : « Je vous félicite du zèle avec lequel vous
« vous livrez à l’étude des questions scientifiques pour assu« rer le triomphe de la vérité.. . . »
M. Guizot , l’ancien ministre de Louis-Philippe, l’un des plus
éminents philosophes du XIX* siècle, a jugé cet ouvrage digne
d’être présenté par lui à l’Académie des sciences morales et
politiques de l’Institut, en faisant un grand éloge de son mé­

348

349

23

�350

VILLARD.

rite intrinsèque et de sa portée pratique. Or, personne n'ignore
que M. Guizot appartient au culte protestant.
Citer encore parmi les hommes éminents qui ont ainsi pres­
senti le succès de cette publication et qui en ont spontané­
ment complimenté l’auteur, S. E. le cardinal Billiet de Cham­
béry, les évêques d’Orléans, de Marseille, de Fréjus et de Nan­
tes; citer encore M. de Falloux, le P. Gratry, plusieurs Israé­
lites distingués, entre autres M. Benjamin-Massé, rabin delà
circonscription d’Avignon, n ’est-ce pas faire le plus grand
éloge du livre de M. Bertulus ? Sans parler des grands jour­
naux politiques de la capitale et de la province qui en ont
publiédescompte-rendus, nous dirons en terminant cepremier
article, que la partie médicale de cet ouvrage a été jugée trèsfavorablement par plusieurs médecins et professeurs de Paris
et de Montpellier, et que divers organes de la presse médi­
cale française et étrangère ont été unanimes dans les apprécia­
tions toutes très-favorables qu’ils en ont faites. 11 y a peu de
jours encore M. le docteur Marchai, de Calvi, écrivait dans
la Tribune Médicale (u“ du 28 février 1G89)...
« LAthéisme au XIX siècle, de Monsieur le professeur Ber« tulus, de l’Ecole de Marseille, est une énergique protestao tion d’un esprit généreux, qui s'indigne de l’abaissement
« où l’on prétend réduire notre espèce, œuvre deconviction,
« que l’on pourrait discuter en quelques points, mais saine
« et fortifiante, dans laquelle l’auteur prend à témoins lespè« res de la médecine, et qu’il m’est permis, du moins, de re« commander. »
(A Continuer.)
D* Villard,
Medecin-adjoint des Hôpitaux,
Professeur suppléant à l’École de Médecine.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

351

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. — Diabète traumatique, action curative des
eaux de Vichy. — Discussion sur la vaccination animale.—Lecture.—Note
sur la contagion de la phthisie.—Rapport sur divers mémoires de chirur­
gie pratique.

Séance du G mars 18G9. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Revue médicale de Toulouse. — Annales
de la Société de médecine d’Anvers. — Sud médical. — Bulletin médical
du nord de la France.
Correspondance manuscrite : Une lettre de M. Lavigerie avec une
observation de Diabète traumatique traité avec succès par les Eaux de
Vichy. (Lecture de l’observation. Envoi au comité de publication.)
Ordre dujour : Discussion sur la vaccination animale.
M. Chapplain. — Le vaccin s’affaiblit-il ? Ce fait généralement
admis ne saurait être positivement démontré en parcourant les
diverses époques de l’histoire de la vaccine. —On doit propager la
vaccination animale, en user surtout dans les grandes villes, afin
d’éviter la syphilis vaccinale ; il faut renouveler le vaccin toutes les
fois que le eowpox naturel se retrouvera; mais il est nécessaire de
continuer la vaccination de bras à bras, sans en exagérer les in­
convénients aux yeux du public, de peur de la discréditer, de
se priver parla d’une source importante de vaccin et de nuire à
la propagation de la vaccine. —M. Chapplain ne croit pas que
l’enfant dont on a tiré du vaccin soit moins bien vacciné que
celui dont on n’en a pas tiré. — Le vaccin est un chez tous ; il est
douteux que la débilité de l’enfant nuise à la vigueur de la vac­
cine, et que deux enfants de force inégale soient différemment
vaccinés. — Relativement aux diathèses, on a trouvé une objec-

�352

ISNARD.
SOCIÉTÉS SAVANTES.

tiou contre la vaccine; l’objection est fondée pour la syphilis,
niais elle ne l’est pas pour la scrofule. Le vaccin s’affaiblit-il par
des vaccinations successives? Si cela est vrai pour l’espèce hu­
maine, pourquoi n’en serait-il pas de même pour la vache ?
M. Pirondi constate la durée limitée des vertus préservatrices de
la vaccine, et en induit la nécessité des revaccinations. Il préfère
la vaccination animale à la vaccination de bras à bras, h cause
des dangers de la syphilis, surtout dans les grandes villes, et
peut-être des chances de la phthisie et d’autres maladies inocu­
lables. Il faut propager les tubes de vaccin pris sur la vache, de
manière à n'avoir plus à recourir au vaccin humain. Un désidératum administratif ne saurait infirmer la supériorité incontes­
table de la vaccination animale. — La crainte d’inoculer des ma­
ladies contagieuses aux enfants est un grand obstacle à la géné­
ralisation de la vaccine. De là l’antipathie de certains parents.
Les vaccinations se multiplieront sans obstacles quand le public
aura la certitude de trouver, dans la vaccination animale, un
moyen de préservation contre la syphilis.

Séance du 20 mars. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : El Genio medico-quirurgico. — Recher­
ches sur le protoxide d'azote liquéfié par M. Préterre. — Annales de la
Société d'hydrologie médicale de Paris. — Association médicale du Loir
et Cher. — Revue de thérapeutique médico-chirurgicale. — Echo médical.
—Art dentaire. — Marseille médical. — Notice sur une épidémie de
fièvre typhoïde qui a régné à Châteaudun en 1866 par M. Raimbert.
Ordre du jour : M. Seux, père, lit une Note sur la contagion de la
phthisie pulmonaire.— (Voir page 308.)
M. Pirondi lit un rapport sur : Trois mémoires de chirurgie pra­
tique parM. Rizzoli de Bologne.— (Voir page 313.)
Discussion sur la vaccination animale (suite).
M. Seux père croit aux avantages de la vaccination animale,
et demande à l’encourager, sans jeter la défaveur sur la vaccina­
tion de bras à bras et laisser supposer que la première seule est
bonne. Les faits malheureux de syphilis vaccinale sont possibles;
mais exceptionnels. Pour vacciner de bras à bras, il suffit de s’en­
tourer de quelques précautions : par exemple, de rejeter le vaccin
d’un enfant délicat, ou issu de parents syphilitiques. — M Seux
voudrait que M. Rougier fût rétribué, au lieu d’avoir un titre

353

purement honorifique ; qu’il fût chargé de conserver le vaccin et
de le distribuer, suivant les besoins, à toute la ville, à tout le dé­
partement. Ce vœu devrait être adressé à l’administration.
Le Secrétaire-général,
D' Ch . I snard (de Marseille.)

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 8 mars. —M. Dumas présente au nom de MM. Arloing
et Tripier une note relative aux effets de la section des nerfs sur
la sensibilité des téguments. Les auteurs croient qu’après la
section d’un filet nerveux la sensibilité récurrente s’établit dans
le bout périphérique ; ils expliquent par ce fait la conservation
plus ou moins complète de la sensibilité des téguments après la
résection du nerf qui les anime.
M. Ch. Robin présente un ouvrage intitulé Anatomie et physio­
logie comparée des tissus et des sécrétions. Ce livre est une étude
consciencieuse des divers tissus considérés à l’état normal et à
l’état morbide, chez l’homme et chez les animaux. Le but princi­
pal de l’auteur a été, en comparant les tissus morbides aux tissus
normaux, de montrer les diverses manières d’après lesquelles les
premiers dérivent des seconds.
M. Blanchard donne quelques détails sur la plante appelée
Coûi-dean. Ce végétal, qui appartient au genre croton, est un vio­
lent excitant, mais il ne détermine pas de diarrhée. Les indi­
gènes l’emploient surtout contre la dysenterie et la dyspepsie.
Séance du 15 mars. — M. Carbonnier communique le résultat de
longues expériences faites par lui sur les œufs des gallinacés. Les
oiseaux sauvages pondent des œufs doués de plus de vitalité que
ceux des oiseaux domestiques. Moins l’embryon est développé,
plus il supporte les élévations de température, moins au contraire
il se soumet aux refroidissements du milieu ambiant.
Dans la séance du 22 mars, M. le docteur Pécholier (de Mont­
pellier) propose d’administrer la créosote dans la fièvre typhoïde,
maladie qui serait pour lui le résultat d’une altération du sang
causée par la présence d’un ferment.

�954

BEUX FILS.

M. J. Cloquet présente une brochure de M. Préterre ; ce travail
a pour but de prouver que le protoxyde d'azote liquéfié est une
substance dangereuse et peu utile comme anesthésique.
Dans la séance du 29 mars, M. Emile Ségalas adresse à l’Aca­
démie une note dans laquelle il démontre quele sulfate de strych­
nine est absorbé par la muqueuse vésicale tandis que l’iodure
de potassium paraît ne pas pouvoir s’introduire par cette voie
dans l'économie.
M. Luschka envoie un travail sur l’anatomie du pharynx.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 9 mars. — A l’occasion du fait relaté par M. Hardy
dans la dernière séance, M. Larrey communique l’observation
d’une hernie lombaire développée chez un officier à la suite d’un
coup de feu reçu dans l'abdomen.
M. Hardy fait observer que cette tumeur, qui siégeait au niveau
du rebord postérieur des dernières côtes, n’est pas tout-à-fait la
hernie de J. L.Petit, laquellese produit exactement dans le trian­
gle compris entre le muscle transverse de l’abdomen, le long
dorsal et la crête iliaque.
M. Huguier trouve impropre le mot lombaire, ; il préférerait la
dénomination de sus-iliaque. La femme présentée par M. Hardy
dans la dernière séance avait eu précédemment un abcès dans les
lombes, sur le point même où plus tard l’intestin fit issue à tra­
vers les muscles. De plu^ l’os des îles# offrait à ce niveau une
échancrure de 4 a 5 centimètres. Ces deux faits paraissent avoir
contribué puissamment à la production de la hernie.
L’Académie procède à la nomination des diverses commissions
de prix pour l’année 1869.
Séance du 16 mars. — M. Cerise présente, au nom de M. Lunier,
un travail intitulé : Projet de statistique applicable à l’étude des ma­
ladies mentales arrêté par le congrès aliéniste international de 1867. Le
-fait important qui découle de ce rapport est la nécessité d’établir
une méthode uniforme de statistique pour tous les asiles de l’Eu­
rope. Dans les tableaux présentés par l’auteur se trouvent réu­
nis les antécédents du malade, les causes de la maladie, les for­

SOCIÉTÉS SAVANTES.

355

mes d’aliénation mentale, les mouvements de la population de
chaque asile, etc., etc.
M. Robinet présente une note sur le dosage de l'acide carboni­
que libre contenu dans les eaux gazeuzes.
M. Brown-Séquard communique h l’Académie les faits suivants:
1“ En lésant, chez des cochons d’inde, les corps restiformes il a
produit la gangrène sèche de l’oreille et a vu survenir une
hémorrhagie sous la peau de cet organe. Cette hémorrhagie
paraît être de même nature que celles qui se manifestent sur les
reins dans les maladies de la moelle épinière ou sur les intestins
dans les affections cérébrales.
2' En coupant le nerf sciatique et en excitant la face il a fait
naître, chez les mêmes animaux, des accidents épileptiformes
semblables à ceux occasionnés par la section d’une moitié de la
moelle.
L’Académie procède a la nomination d’un académicien libre.
M. Coste obtient la majorité des suffrages.
M. Broca lit un rapport sur deux mémoires de M. Gustave
Lagneau intitulés : l’un, Remarques ethnologiques sur la répartition de
certaines infirmités en France-, l’autre, Etude de statistique anthropolo­
gique sur la population parisienne. Le premier mémoire établit que
la répartition inégale des infirmités dans les divers départe­
ments de la France tient à des causes permanentes. Parmi ces
dernières l’influencedesmilieux et celle de l’hérédité,—l’hérédité
de la race plus encore que celle de la famille — paraissent être les
plus importantes. Dans son second travail, M. Lagneau constate
que depuis vingt ans la population parisienne s’est prodigieu­
sement accrue ; de plus la durée moyenne de la vie dans Paris a
augmenté pendant cette période. Les deux faits s’expliquent par
une immigration toujours croissante et composée des individus
les plus valides de la province.
Séance du 23 mars. — M. Brown-Séquard revient sur les faits
communiqués par lui dans la dernière séance. Il met sous les
yeux de l’Académie deux cochons d’inde sur lesquels il se livre
à des expériences qui démontrent d’une façon concluante la rela­
tion existant entre la section du nerf sciatique et la production
des accidents épileptiformes.
M. Alph. Guérin lit un rapport sur un travail de M. Trélat,
intitulé : De la Trachéotomie dans les lésions syphilitiques des voies res­
piratoires. SI le rétrécissement du tube aérien siège dans le larynx
— et dans ce cas là la voix est éteinte ou rauque — il faut prati-

�3.")G

SEUX FILS.

quer l’opération; si l’obstacle est sur la trachée il convient en­
core d’opérer afin de franchir et de dilater la coarctation a l’aide
de sondes à boule.
M. Lunier lit un travail intitulé : De l’Augmentation progressive
du chiffre des aliénés, de ses causes et des moyens d'y remédier. Il y a
en France I aliéné au moins par 412 habitants. Le chiffre des alié­
nés il domicile diminue plutôt qu’il n'augmente ; quant à celui
des malades placés dans les établissements spéciaux, de 1833 à
1869 il a presque quadruplé. Les cas d’idiotie et de crétinisme
vont en diminuant. Ce qui augmente considérablement ce sont
les folies de cause alcoolique et la paralysie générale ; elles sont
constatées beaucoup plus fréquemment chez les hommes que chez
les femmes.
Séance du 30 mars. — M. Bouley lit une note adressée par M.
Devillers et relative à la transmission de la phthisie pulmonaire
de l’homme aux oiseaux de basse-cour.
M. Verneuil est nommé, à une grande majorité, membre titu­
laire de l’Académie dans la section de pathologie chirurgicale
en remplacement de M. Velpeau décédé.
M. Dupré, professeur a la faculté de Montpellier, lit un mémoire
sur la ponction du thorax, dans les épanchements pleurétiques.
L’auteur divise ces maladies en trois classes :
1° Épanchements inflammatoires ;
2° Hydropisies pleurales ;
3* Épanchements séro-plastiques ou rhumatismaux
C’est pour ces derniers uniquement que l’auteur préconise la
thoracentèse. Débutant lentement, sans fièvre, et s’accroissant
parfois avec une extrême rapidité, ils font courir un grand danger
au malade. Dans les épanchements qui ont plus de quinze jours
de date, il faut pratiquer immédiatement la ponction ; dans ceux
qui se forment sous les yeux de l’observateur, il ne faut y recou­
rir qu’après le dixième jour, et s’ils occupent au moins les deux
tiers de la cavité pleurale.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.

Séance du 22 janvier. — M. Bucquoy lit un travail relatif h une
concrétion polypiforme ancienne développée dans le cœur gauche et adhé­
rente au sommet de la cavité ventriculaire sans autre lésion de l’endo­

carde. La malade, femme de 26 ans, succomba à 1hôpital St-Antoine
et l’autopsie fut pratiquée. Pendant la vie, on avait constaté tous
les signes d’une insuffisance mitrale tandis qu’aucun des symp­
tômes propres aux concrétions cardiaques n’avait été observé.
Cependant l’examen nécropsique permit de constater une inté­
grité absolue des orifices du cœur et fit découvrir, dans le ventri­
cule gauche, un caillot fibrineux ancien, polypiforme, de la gros­
seur d’un œuf de poule et offrant tous les caractères de la régres­
sion graisseuse. Ce fait prouve que les concrétions cardiaques
peuvent produire des symptômes en tout semblables à ceux déter­
minés par les lésions des orifices; c’est de plus un nouvel exemple
de caillots sanguins développés dans le cœur longtemps avant
la mort.
M. Delasiauve raconte qu’il adonné récemment des soins à un
malade atteint d’accidents apoplectiformes avec gonflement énor­
me de la face et éruption localisée sur cette partie du corps. Ce
qui rend le fait curieux c’est que les accidents présentaient la
forme intermittente ; ils cédèrent à quelques prises de sulfate
de quinine. M. Delasiauve croit s’être trouvé en présence d’une
fièvre larvée.
MM. Guérard et Moutard-Martin font observer qu’il n’est pas
rare d’observer à Paris des fièvres intermittentes et même des
fièvres pernicieuses.
’ M. Colin, sans nier ce dernier fait, conteste l'exactitude du
diagnostic posé parM. Delasiauve, attendu que les phénomènes
signalés par cet éminent confrère sortent complètement du cadre
classique des fièvres larvées.
Séance du 12 février.— M. Millard donne lecture du discours
prononcé par lui aux obsèques de Grisolle.
M. Besnier lit un rapport sur les maladies qui ont régné à
Paris pendant le mois de décembre 1868. A la suite de cette lec­
ture, quelques observations sont échangées entre MM. Laboulbène,
Dumontpallière, Guyot, Chauffard, Moutard-Martin, sur la durée
de l’incubation variolique.

1
t
i
b

�358

SEU X FIL 3

on a vu, dan9 l’état de vacuité de la matrice, des hystéromes
très ramollis. L’honorable chirurgien ne croit pas non plus
que la grossesse amène habituellement l’hypertrophie rapide des
corps fibreux; ce fait, lorsqu’il existe, est une exception.
Quand au développement graduel et lent de ces produits, c’est là
un phénomène trop naturel pour qu’on soit obligé de l’expliquer
par l’intervention de la grossesse.
M. Yerneuil voudrait voir rapprocher les modifications subies
par les hystéromes de celles observées dans les tumeurs fibreuses
du sein.
M. Tarnier présente le moule en cire d’un corps fibreux accolé
au placenta et expulsé avec le délivre.
M. Leroy (d’Etiolles) présente un malade sur lequel il a pratiqué
la boutonnière pour enlever un calcul engagé dans l’urètre.
Séance du tO mars.— Suite de la discussion sur les corps fibreux
de la matrice. M. Blot critique les résultats statistiques fournis
par M. Tarnier. Il croit de plus que la réduction— manœuvre
donnée comme inoffensive par ce dernier — présente de graves
inconvénients.Quant au ramollissement de ces produits morbides,
il le considère, avec M. Guéniot, comme ne résultant point de la
grossesse.Comme conduite à tenir, M. Blot rejette l’accouchement
prématuré; il conseille l’expectation; le terme de la grossesse
arrivé, il agit selon les circonstances.
M. Tarnier croit que les corps fibreux utérins peuvent devenir
le siège d’une sorte d’assouplissement propre h la grossesse et diffé­
rant tout à fait du ramollissement qui atteint ces produits en
dehors de la gestation. Tandis que l’hypertrophie des corps fibreux
constitue, en vue de l’accouchement, un véritable danger, leur
assouplissement est au contraire une condition favorable. Pour M.
Tarnier, la version offre le grand avantage de faciliter la réduc­
tion de la tumeur; or il considère la réduction comme pouvant
être tentée sans inconvénient pendant la grossesse et même pen­
dant le travail de l’accouchement.
La discussion est close.
M. Paul Horteloup est inscrit sur la liste des candidats au titre
de membre titulaire
Séance du &lt;7 mars. — M. Liégeois lit un rapport sur un travail
de MM. Legros et Onimus, relatif à l’emploi des courants électri­
ques continus contre les accidents causés par le chloroforme.
Ces deux expérimentateurs ont prouvé de la manière la plus
évidente que, dans le cas d’asphyxie chloroformique, la galvani­

SOCIÉTÉS SA'V ANTES.

359

sation ramenait à la vie des animaux mis dans un état de mort
apparente, L’électricité est alors bien supérieure aux excitations
mécaniques; mais il est urgent que les battements cardiaques
soient encore perceptibles. Lorsque ces derniers sont suspendus,
la galvanisation est impuissante. Dans les syncopes occasionnées
par une hémorrhagie abondante, la vie peut reparaître sous l'in­
fluence du courant d’induction ; mais M. Liégeois ne croit pas
que dans ces cas là, l'électricité doive être substituée à la trans­
fusion du sang ; le mieux serait de combiner ensemble ces deux
moyens.
Séance du 21 mars.— M. Depaul demande à revenir pendant
quelques instants sur la question des corps fibreux de l’utérus.
Il prouve, par de nombreux exemples, que ces tumeurs s’hypertrophient et se ramollissent pendant la grossesse. L’habile accou­
cheur est, sur ce point, en désaccord complet avec M. Guéniot, et
partage, au contraire, l’opinion de M. Tarnier. Seulement il se
prononce en faveur du forceps et repousse absolument la version
dans les cas pour lesquels M. Tarnier la préconise.
La discussion est définitivement close.
M. Broca met sous les yeux de ses collègues, un certain nom­
bre de pièces relatives à des concrétions tartriques développées
près de l’orifice des conduits de Sténon et de Wharton. Les dépôts
de ce genre coïncident d’ordinaire avec une intégrité parfaite des
dents. Tandis que la carie dentaire paraît liée à l’acidité de la
bouche, les concrétions détartré semblent l’être à l’alcalinité de
cette cavité. D’après M. Broca, cesdépôts seraient occasionnés par
la présence, dans la salive, d’un excès de carbonates et de phos­
phates, sels qui se précipitent.
MM. Trélat, Paulet, et Liégeois communiquent quelques ob­
servations analogues aux faits cités parM. Broca.
D' S eu x , fils,

�360

OLLIVE.

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Section de chirurgie.)

SOMMAIRE : Traitement des cicatrices vicieuses, par M. Bourguet d'Aix.
(Bulletin de thérapeutique).—Collodion hémostatique. {Journalde médecine
et de chirurgie pratiques.) — Ovariotomie, M. le Dr Tillaux. (Bulletin de
thérapeutique.) — Tumeur de la matrice, M. le Dr Kœberlé. (Gazette
hebdomadaire.) — Influence filcheuse des pansements. (Clinique.)— Rup­
tures musculaires. (Journal de médecine pratique.)—Fractures du larynx.
(Gazette hebdomadaire.)

Nous ne pouvons mieux commencer notre revue chirur­
gicale bi-mensuelle qu’en rendant compte d’un travail pu­
blié, dans le Bulletin de thérapeutique, par un de nos confrères
d’Aix, M. Bourguet, sur le traitement des cicatrices difformes
par la cautérisation, la compression au moyen du collodion,
la gymnastique suédoise. Le chirurgien de l’hôpital d’Aix,
reconnaissant combien est inefficace le bistouri pour détruire
certaines hypertrophies du derme, les crêtes ou les élévations
de la peau, préconise un traitement qui se compose de plusieurs
moyens associés indiqués par le titre même de son travail.
Le6 caustiques dont il se sert sont: le nitrate d’argent, l’acide
chromique ou la teinture d’iode iodurée. L'acide chromique
dont il parait se servir le plus souvent est appliqué sur la
cicatrice vicieuse et laissé en contact jusqu’à ce que la cauté­
risation paraisse suffisante, au moyen|d’une petite tige en bois
à laquelle on peut donner toutes les formes. Après l’applica­
tion d’un des caustiques sus-indiqués, on étend une couche
de collodion sur toutes les parties cautérisées. Le collodion
en se desséchant se rétracte et forme un enduit qui comprime
fortement la cicatrice. Si, cependant, la compression ainsi
obtenue n’est pas assez forte, on place sur la cicatrice un linge
très fin, préalablement imbibé de collodion, on renouvelle
ainsi pendant sept ou huit jours les applications de ce liquide,
en même temps on soumet les surfaces cautérisées à une

JOURNAUX FRANÇAIS.

361

gymnastique spéciale, qui consiste à mobiliser et à assouplir
les tissus cicatriciels en les comprimant, les déplaçant avec
les doigts, les frictionnant dans tous les sens plusieurs fois
dans la journée. M. Bourguet cite une douzaine d’observa­
tions qui viennent appuyer sa méthode et conclut en espé­
rant qu’elle sera expérimentée par les chirurgiens auxquels
elle se recommande par son innocuité complète, son extrême
simplicité et son efficacité très réelle.
Puisque nous venons de parler d'un traitement dans lequel
l’action du collodion entre pour une grande part, nous devons
citer un collodion hémostatique (1) qui, d’après le docteur
Carlo Paresi, serait l’idéal [des agents médicamenteux de cet
ordre et pourrait être un aide précieux dans le traitement que
M. Bourguet préconise. C’est un liquide, dit le Journal de mé­
decine et de chirurgie pratiques, réunissant aux propriétés adhôsives et styptiques des vertus antiseptiques très précieuses. M.
Jules d’Heure rapporte dans le Scalpel plusieurs observations
qui plaident énergiquement en faveur de cette méthode
d’hémostase. On peut, du reste, modifier ce collodion de diffé­
rentes manières : suivant les indications que l’on veut rem­
plir, on associe la créosote, le sublimé, la morphine, l'iode ou
d’autres substances qui en complètent et en changent le mode
d’action au grès des chirurgiens.
M. le docteur Tillaux, chirurgien de l’hôpital Saint-Antoine,
a publié dans le Bulletin de thérapeutique un remarquable tra­
vail sur Povariotomie. L’extirpation des ovaires, après avoir
été longtemps considérée comme une opération détestable, a
décidément pris rang en chirurgie. On commence à bien con­
naître les indications et les contre-indications, à bien préciser
le manuel opératoire. La première ovariotomie parait avoir
été pratiquée en 1701, aux environs de Glascow, par le doc­
teur Houston. En 1860, M. J. Worms entreprit une véritable
(1) Formule du collodion hémostatique :
Collodion officinal..........................................
Acide phéniqué.............................................
Tannin pur.....................................................
Acide bçnEoique.........................

100 parties
10 —
5 —
3 —

�ÛLLIVE.

JOURNAUX FRANÇAIS.

croisade en faveur de l'ovariotomie, et c’est alors que M. Nélaton effectua un voyage en Angleterre, spécialement pour
étudier cette question, il en revint enthousiasmé et en 1861
publia la relation de son voyage.
Les statistiques nous donnent comme résultat : sur 493 opé­
rées. 334 guérisons et 159 insuccès. M. Kœberlé, depuis le
2 juin 1862 jusqu’au 1" juin 1868, a opéré 69 cas et a eu 45
succès, cette opération présente donc des chances sérieuses de
réussite, mais il ne faut pas oublier les sages conclusions
formulées par M. Boinet et qui résument les indications et les
contre-indications: s’assurer positivement du diagnostic;
qu’il n’existe aucune autre lésion grave: que le kyste ne soit
pas à son début alors qu’il n’apporte aucun trouble fonctionnel,
ne jamais opérer si on soupçonne une diathèse, si les malades
sont anémiques, s'il y a grossesse concomitante, si avec les
tumeurs ovariques il existe une ou plusieurs tumeurs dans
les parois de l’utérus ou liées à cet organe par des adhérences
solides. Enfin, ne jamais pratiquer l’opération qu’après avoir
soumis les kystes aux injections iodées et avoir remarqué que
le liquide revient avec une grande rapidité et affaiblit le
malade.
S il est important de bien asssurer son diagnostic et d’avoir
pesé les indications et les contre-indications, il est bien né­
cessaire aussi d être fixé sur le manuel opératoire ; résumons
en deux mots les conseils que M. Tillaux donne à ce sujet :
des purgatifs seront administrés à la malade qui doit être
opérée, et lorsque la tumeur est considérable il faut faire une
ponction avec un trocart ordinaire afin de diminuer le vo­
lume des kystes et d’étirer les adhérencees s’il en existe, on
aura soin aussi de pratiquer le cathétérisme de la vessie
immédiatement avant de commencer l’opération. La malade
étant convénablement placée et complètement endormie par
le chloroforme, on procède à l’opération. 1er Temps: incision
de la paroi abdominale en ayant soin de se maintenir tou­
jours sur la ligne médiane. Cette incision doit mesurer 6 à
8 centimètres à partir de la symphyse du pubis. 2mo Temps :
constater la présence des adhérences. 3" Temps: ponction du

kyste et évacuation du liquide au moyen du trocart deNélaton. 4“* Temps: section et fixation du pédicule, le pédicule
étant lié est attiré dans l’angle inférieur de la plaie, puis
fixé dans cette position à l’aide d’une longue aiguille qui le
traverse en même temps que les deux lèvres de la plaie abdo­
minale. La surface saignante du pédicule est badigeonnée avec
du perchlorurede fer.5“*Temps : toilettedu péritoineet suture.
Cette dernière manœuvre est extrêmement importante pour le
résultat. M. Kœberlé fait et recommande une double suture
Tune profonde, intéressant les lèvres postérieures abdominales,
sans comprendre le péritoine, Tautre superficielle.
Si nous nous sommes étendu avec quelques détails sur
cette question si intéressante de l’ovariotomie, c'est que nous
croyons, avec M. Tillaux, que les statistiques sont là pour
répondre maintenant de son utilité et que cette opération doit
être admise dans la pratique chirurgicale au même titre que
la taille et que les grandes amputations.
En terminant le compte-rendu du travail si intéressant du
chirurgien d el’hùpital Saint-Antoiue nous citerons une nou­
velle observation publiée par M. Kœberlé dans la Gazette
hebdomadaire. Elle porte pour titre : extirpation d’une tumeur
fibro—cystiquedela matrice du poids de 14 kilogrammes et
demi; guérison. Cette tumeur était composée de deux parties;
l’une abdominale, l’autre pelvienne ; elle était constituée par
une multitude de loges presque toutes séparées par des cloi­
sons très minces et renfermant un liquide citrin très coagu­
lable au contact de l’air, l'opération a été faite d’après le pro­
cédé dont nous venons de parler et le succès est venu une fois
de plus affirmer la science et l'habileté du chirurgien de Stras­
bourg. Pourquoi ne rappellerions-nous pas en passant l'opé­
ration d’ovariotomie faite à Marseille avec succès par notre con­
frère M. Berrut et dont tous les incidents se trouvent relatés
avec soin dans une communication très intéressante faite à la
Société impériale de médecine de notre ville.
C’est avec orgueil que nous citerons toutes les fois que ce
compte-rendu nous en fournira l’occasion, les travaux des
chirurgiens marseillais; aussi ne devons nous pas passer sous

362

V

363

�361

O LLÏYE.

TRAVAUX ANGLAIS.

silence un article, publié par le Journal de médecine pratique,
sur l'influence fâcheuse des pansements. M. le D' Burow a
déjà cherché a prouver depuis 1839, que les pansements sont
la principale cause de mortalité chez les amputés. Mais rappe­
lons que depuis longues années et avant M. Burow, M. Coste,
professeur de clinique chirurgicale, et directeur de l’école
de médecine de Marseille, préconise ces pansements rares,
très rares, et qu'il a obtenu par sa méthode d’excellents ré­
sultats.
O11 voit souvent des ruptures musculaires dont le coup de
fouet au mollet est une des variétés les plus douloureuses. Quels
qu’en soient la cause et le siège, on peut obtenir, d’après M.
Broca, une guérison presque immédiate par l ’emploi de l’élec­
tricité. En effet, les muscles dont quelques fibres seulement
sont rompues ne peuvent se contracter et sont très doulou­
reux, l’électricité ramène les contractions, la raideui» et la
douleur disparaissent presque aussitôt. On a préconisé aussi,
pour combattre les douleurs excessives qui suivent les rup­
tures musculaires, l’emploi des injections hypodermiques
de chlorhydrate de morphine.
M. le D' Servier, professeur agrégé au Val-de-Gràce, a
publié, dans la Gazette hebdomadaire, un cas très curieux de
fracture du larynx. Un cavalier, faisant le pansage, reçut un
coup de pied de son cheval dans la région du cou; on cons­
tate un aplatissement très notable de l’angle saillant formé
par la réunion des deux lames du cartilage thyroïde, mais
pas de crépitation, il est vrai qu'on n’ose pas insister à cause
de la douleur ; aphonie complète, difficulté extrême dans la
déglutition. Le malade, pendant plusieurs jours, se maintint
dans un état satisfaisant lorsque tout à coup, un matin, il
expira. A l'autopsie on constate quatre fractures du larynx.
M. Servier conclut en se demandant si dans un cas semblable
on ne devrait pas procéder immédiatement, dès la constata­
tion de la fracture, à l’opération de la trachéotomie. Cette in­
terrogation nous a paru devoir appeler l’attention et les méditations des chirurgiens.
Dr C. Ol l iv e .

36i&gt;

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.

JO U R N A U X ANGLAIS.
Lésions cérébrales chez un aliéné.

Les docteurs Tuke, Rutherford et Skae, dans un mémoire
contenant les résultats de plusieurs autopsies de cerveaux
d’aliénés, ont donné la description d’une lésion qui jusqu’à
présent n’avait pas été décrite. Le malade sujet de cette obser­
vation était un ecclésiastique âgé de 65 ans. Quelques années
avant son admission dans l’asile il fut atteint d’une attaque
d'apoplexie. Il était resté paraplégique, avec un certains em­
barras dans la parole, enfin ses idées étaient incohérentes.
Il succomba à une seconde attaque d’apoplexie. L’au­
topsie fut faite 73 heures après la mort. On trouva plu­
sieurs foyers hémorrhagiques. Mais la principale lésion rési­
dait dans le cervelet. Le côté gauche de cet organe était con­
sidérablement atrophié. La substance blanche atrophiée,
préalablement durcie et rendue transparente par la térében­
thine, coupée en tranches fines, présentait distinctement à l’œil
une grande quantité de taches blanchâtres demi-opaques.
Ces taches ne se rencontraient que dans la substance blanche;
elles étaient irrégulièrement disséminées et offraient généra­
lement une forme ovale. Plusieurs taches en se réunissant en
formaient une plus grande , qui avait alors une apparence ta­
bulée. Les dimensions de ces taches étaient très variables, les
plus grandes avaient Ij40* de pouce. Sous un faible grossis­
sement et à lumière directe, elles présentaient un éclat opalin.
Avec un grossissement de 250 à 800 diamètres, elles paraissaient
composées d’une substance granuleuse et d’un stroma de fibres
incolores extrêmement minces. La plupart des taches avaient
24

�366

E. NICOLAS.

JOURNAUX ESPAGNOLS.

des bords bien définis, limités par des tubes nerveux et des
vaisseaux sanguins infléchis qui semblaient poussés au de­
hors par la force excentrique de la susbtance granuleuse à me­
sure qu’ellese développait. Lorsque la préparation était imbibée
de la solution ammoniacale de carmin, les fibres qui limitaient
la tache étaient moins colorées que les éléments du tissu ner­
veux qui se trouvaient en dehors de celles-ci. La substance
granuleuse n’était pas colorée par le carmin. Avec un gros­
sissement de 80 à 100 diamètres la plupart des taches parais­
saient enveloppées par une capsule rouge. La matière granu­
leuse présentait une teinte verdâtre, produite probablement
par la solution d'acide chromique, au moyen de laquelle on
avait durci le tissu. Les plus petites taches ne paraissaient pas
entourées par des fibres distinctes, mais le tissu nerveux envi­
ronnant semblait se perdre graduellement dans la matière
granuleuse. Bien que la plus grande partie des tubes nerveux
se courbassent pour entourer la tache, quelques uns s’arrê­
taient brusquement et présentaient une solution de continuité
en arrivant sur la limite de la tache.
Les plus petites taches visibles avaient I] 1500* de pouce de
diamètre, elles étaient formées par une substance granuleuse
d’aspect laiteux.
Sur des tranches de tissu desséché, ces taches formaient de
petites éminences se détachant du tissu nerveux ratatiné et
elles pouvaient être aisément enlevées avec la pointe d’un
canif. L’acide hydrochlorique ne produisait aucune efferves­
cence. L’acide acétiqne, l’alcool, l’éther ne modifiaient nulle­
ment la substance granuleuse. L’acide nitrique pur rendait
transparentle tissu nerveux et la matière granuleuse, tandis que
l'essence de térébenthine donnait delà transparence au tissu
nerveux et n’avait aucune influence sur la matière granuleuse.
Sous l’influence de l’acide nitrique on voyait apparaître, dans la
matière granuleuse, des corps arrondis, incolores, présentant les
dimensions des corpuscules sanguins. Ces corpuscules étaient
probablement formés par la substance granuleuse elle-même
devenue liquide par l’action de l’acide.
Ces corpuscules se réunissaient dans la tache et par l’action

continue de l’acide aidée de pressions successives faites sur
la préparation, on arrivait à écarter cette matière visqueuse
et alors la préparation restait formée d’un stroma fibreux. Ce
stroma était un réseau délicat de tissu connectif, les tubes
nerveux et les nucléoles ayant été détruits. La des­
truction des nucléoles et des tubes nerveux n’avait pas été
produite par l’acide , car il ne détruitpas ces éléments dans le
tissu nerveux normal. La matière granuleuse aurait pris la
place des nucléoles et des tubes nerveux en laissant intactes
les fibres du tissu Connectif. La brusque interruption des tubes
nerveux sur les limites de la tache montrait nettement la dis­
parition de l’élément nerveux.
Les auteurs n’arrivent pas à donner une description positive
du mode de développement de cette lésion. Ils pensent que le
premier degré de la lésion serait constitué par un dépôt de ma­
tière granuleusequi donncraitau tissu nerveuxun aspeetnébuleux. Ensuite et graduellement la substance granuleuse, en se
développant avec une plus grande abondance, amènerait la
disparition de l’élément nerveux.

367

(Edinburg Medical Journal 1868 et British and Foreign
review. — January 1869 ).

JO U R N A U X ESPA G N O LS ET PORTUGAIS.

Il Progreso Medico. — Sous ce titre , nos savants et très
honorables confrères, MM. Cambas, de Haro, Melendez et
Moreno, professeurs àla faculté de Médecine de Cadix, publient,
depuis le commencement de cette année, un nouveau recueil
bi-mensuel, auquel nous sommes heureux de souhaiter la
bienvenue. Cette feuille se distingue de prime abord par des
qualités typographiques qui plaisent au lecteur et le séduisent;
beau papier, belle impression, — chose rare en Espagne; —•

�SA.UVET.

JOURNAUX ESPAGNOLS.

c'est au point de vue matériel un véritable progrès ; le talent
bien connu de ses fondateurs fera le reste.
Dans un premier article, la rédaction fait sa profession de
foi, elle arbore fièrement son drapeau, qui porte pour devise :
Philosophie positive, Méthode analytique, Expérimentation phy­
siologique et pathologique. Plus loin, dans une de ces chroniques
de quinzaine, qu’il écrit avec verveetentrainement, M. Cambas
ajoute : «L’Espagne scientifique n’a point de frontières........
Démolir, non pas avec le canon d’Amstrong, mais avec celui
d’une plume, la muraille opposée au torrent irrésistible de la
pensée; ouvrir, à deux battants les portes du temple de la
vérité pour tous ceux qui veulent l'adorer. Voilà un de ces pas
de géant tels que nous en fait faire la révolution. » Nous sui­
vrons avec intérêt les publications de ces hardis pionniers des
sciences médicales en Espagne, et nous sommes sûrs qu'ils
porteront dignement la bannière sous laquelle ils se pré­
sentent au monde médical.

10heures, l'application des hémostatiques ordinaires ayant
échoué : guérison complète le 20"" jour après l’opération.
(M. le prof' Mendez.)
2* Une fraetnre comminutive des deux os de la jambe et de
l’articulation fémoro-tibiale gauche, hémorrhagie très-abon­
dante; chloroformisation, amputation de la cuisse dans son
tiers inférieur par la méthode circulaire, 12 heures après
l’accident : persistance de quelques symptômes d’asphyxip
chloroformique: guérison. (M. le prof'Moreno.)
3* Une fracture comminutive de l’humérus droit, hémor­
rhagie abondante ; désarticulation immédiate par le procédé
Larrey ; guérison au 19* jour après l’opération. (M. le prof'
Melendez.)
4* Une fracture comminutive de l’articulation tibio-tarsienne gauche ; refus réitéré de toute opération ; mort au
17*jour de l’accident.
—D’autre part, nous empruntons au D' José Cordon,
quelques unes de ses observations sur les blessés qu’il a traités
à l’hôpital de St-Jean-de-Dieu; tous les malades étaient régu­
lièrement pansés une ou deux fois par jour, suivant l’abon­
dance de la suppuration, leurs plaies étaient lotionnées avec
l’eau tiède alcoolisée ; dans quelques cas, les opiacés ont été
administrés, mais le plus grand nombre de ces blessés n’a reçu
pour tout traitement interne que de l’orangeade et une bonne
alimentation accompagnée de vins deValdepehas ou de Xérès.
Sous l’influence de cette médication, la cicatrisation des plaies
s'opérait promptement, et sur les 59 blessés de son service,
le chirurgien n’a eu à combattre ni tétanos, ni hémorrhagies
consécutives à la chute des escarrhes, ni aucun de ces
accidents terribles qui accompagnent ordinairement les plaies
par armes à feu ; il a observé quelques érysipèles traumatiques
légers, survenus à la suite des opérations et souvent des
suppurations abondantes chez les malades qui présentaient
des trajets fistuleux causés par les projectiles. Les amputés,
au nombre de 6, ont tous été chloroformisés et leur guérison
a été rapide, un seul a présenté des accidents dignes de remar­
que : c’était un artilleur de 21 ans, qui reçut un coup de feu

368

Les tragiques événements dont Cadix fut le théâtre pendant
les tristes journées des 5, 6, 7 et 8 décembre dernier, firent de
nombreuses victimes. Nous trouvons dans les quatre premiers
numéros du Progrèso médical des renseignements sur les
blessés qui furent pendant ces funestes journées, transportés
dans les hôpitaux civils ou militaires et dans une pharmacie
de la ville. Ce chiffre est de 209 blessés, dont 13 succombèrent.
L’hôpital civil provincial reçut en outre, les corps de 3 indi­
vidus qui venaient d'êt re tués, et 37 morts, militaires, femmes,
ou hommes du peuple, furent également entreposés à l’hôpital
de St-Jean-de-Dieu ; toutes les blessures avaient été faites par
des armes à feu.
Parmi les malades transférés à l'hôpital provincial, nous
citerons :
1* Une fracture comminutive dans l’articulation tibio-tarsienne droite, hémorrhagie imoercible ; amputation de la
jambe, dans son tiers inférieurs par la méthode circulaire,
deux heures après l’accident; hémorrhagie consécutive, qui ne
fut arrêtée que par la compression digitale prolongée pendant

369

�370

S AU VET.

dans l’articulation fémoro-tibiale droite, la balle, dans son
trajet un peu oblique, avait atteint la rotule, le tibia, le péroné,
le fémur et tous les tissus avec lesquels ils sont en rapport; ces
désordres et l'hémorrhagie abondante qui s’ensuivit, mettant
en péril la vie du malade, nécessitèrent l’amputation qui fut
pratiquée au tiers inférieur de la cuisse par la méthode circu­
laire et le procédé de Desault; 18 jours après l’opération,
survinrent des frissons vigoureusement combattus par le
sulfate de quinine, à haute dose, qui conjura l’affection fébrile,
et le blessé guérit assez rapidement.
El Siglo medico. — Ce journal contient plusieurs articles
remarquables parmi lesquels nous signalerons les suivants :
Étude sur les altérations des humeurs, par le Dr Ribero. —
31 de Enero 1869.
Courtes Réflexions sur la médecine contemporaine appliquées à
l’Espagne, par le Dr Don Francisco-Alonso y Rubio. — 24, 31
de Enero ; 7, 14, 21, 28 de Febrero : y 7, 21, 28 de Marzo.
Étude sur la pellagre, mémoire couronné en 1867 par l’Aca­
démie de Médecine de Madrid, par Don Juan-Bautista Calmarza.
— 31 de Enero, 7, 14, 21, 28 de Febrero; 7, 14, 28 de
Marzo.
Deux mots de plus sur la liberté de l’enseignement, 10 et 21
de Marzo. — 11 est difficile de mieux faire ressortir l’inanité
de quelques uns des décrets pris par le ministre du fomento
6ur la liberté de l’enseignement de la médecine, que ne le fait
l’auteur de ce très-court et très-substantiel article : il montre
que cette nouvelle réglementation n’a pas été élaborée avec
assez de soins ; qu’elle manque de direction scientifique et de
prudence ; que la liberté qu’elle vient d’accorder ne peut être
profitable ni aux élèves qui continueront à ne recevoir qu’un
enseignement clinique très incomplet, niaupeuplequi ne trou­
vera pas dans les diplômes délivrés par les nombreuses facultés
espagnoles, plus de garantie que par le passé. L’auteur termine
en disant que la suppression des universités et la liberté com­
plète de toutes les professions, seraient préférables à l’ordre
nouvellement établi.

JOURNAUX ESPAGNOLS.

871

ElGenio médico-quirurgico de Madrid. —- Cette feuille parait
trois fois par mois, nous lui réservons une place dans notre
prochaine revue.
El Compilador médico, de Barcelone, février et mars. — Ce
journal est multicolore, — nous parlons de sa couverture, —
chaque numéro est de couleur différente ; nous aimons bien
la variété, mais ici l’unité, cette vieille règle des classiques,
nous parait préférable ; il contient du reste de bons arti­
cles que, pour aujourd’h u i, nous ne ferons qu’indiquer.
C’est d’abord un mémoire remarquable présenté à la société de
médecine et de chirurgie de Barcelone par le Dr Don IgnacioValenli xj Vivà, sur cette question : Jusqu'à quel point nous est
connue la phgsiologie pathologique de la pneumonie aigiXe, primi­
tive, franche', quelle est s i nature probable? Ce sont ensuite
cinq observations très intéressantes recueillies dans la cli­
nique chirurgicale du professeur Mendoza, par l’élève interne
Juan Terrades : la i" d 'Erysipèle phlegmoneux de la face avec
abcès; la 2* d’im ostéosarcome u'céré du tibia gauche ; la 3e du
mal perforant ; la 4* à'abcès hépatiques ; la 5* d'ablation du
maxillaire supérieur gauche. Enfin , nous remarquons dans
le n’ du 22 mars, un excellent article de la rédaction du
Compilador en faveur de l’établissement du concours pour
toutes les chaires des facultés de médecine d’Espagne.
Gazetta medica de Lisboa. — L’excellent journal de notre
illustre confrère portugais, le professeur Alvarenga, contient
plusieurs articles très remarquables que nous ne pouvons
qu’indiquer, nous réservant de donner prochainement à nos
lecteurs une analyse plus détaillée des matières publiées dans
cette feuille, qui occupe, à juste titre, un rang si élevé dans
la presse médicale de la péninsule hispanique.
De la Cyanose, esquisse historique et clinique, par V. Alva­
renga. 1" partie, 13 de janeiro, 28 defevereiro, 13 demarço.
L’observation recueillie au Brésil, par le Dr Heny Aimés,
d’une femme âgée et maladive, chez laquelle une solution
de continuité de trois centimètres, a laissé exposée à l’air
une certaine étendue de tissu hépatique, plaie qui guérit
comme celle d’un abcès ordinaire. — 13 de Janeiro.

�LACASSAGNK.

NOUVELLES DIVERSES.

L’observation d’uue fistule vesico-vaginale opérée par le
procédé américain et suivie de guérison, par U.SousaMartins.
— 13 de março.
Dr Sa u v et .

d’un très-beau vert ; tandis que celle des autres frondes plus
anciennes présente une coupe jaune ou noire. On ne prend
que les parties vertes. On les traite par de l’éther pur.
(M. Hepp affirme que la pureté de l’éther est une des condi­
tions essentielles.) On obtient enfin, suivant la méthode clas­
sique, un extrait éthéré avec lequel on prépare des bols de
trois grammes. Avec les mêmes parties vertes, on prépare
aussi une poudre.
Le malade est mis à la diète la veille du jour fixé pour
administrer les bols et les poudres. Le soir, léger purga­
tif. Le lendemain matin, on fait prendre quatre bols (un
bol toutes les cinq minutes), puis quatre paquets de poudre
(chaque paquet renfermant trois grammes de substance), de
manière à laisser le malade sous l’influence prolongée du re­
mède. Dans la soirée, on ordonne 40 grammes d’huile de
ricin.
M. Hepp a toujours obtenu des guérisons.
Dr L acassagne.

372

BULLETIN THÉRAPEUTIQUE

TRAITEMENT DU TŒNIA

Nous croyons être utile à nos lecteurs en leur donnant
communication d’un procédé particulier employé par M. Hepp,
le savant pharmacien de l’hôpital civil de Strasbourg, pour
obtenir l’extrait étliéré de racine de fougère mâle.
Désireux de trouver un spécifique contre le tœnia, M. Hepp
fit venir tous les tœnifuges. Il en reçut de toutes les parties
du monde. Sa position de pharmacien d’un grand hôpital,
dans une ville où le tœnia est assez fréquent, lui permet de
faire de nombreuses expériences. Aucun de ces tœnifuges ne
put faire espérer un succès constant et certain.
M. Hepp était surtout étonné de voir peu de guérisons sur­
venir après les préparations de racine de fougère mâle, si pré­
conisées par les anciens. Convaincu que ceux-ci ne recom­
mandaient certains remèdes qu’après en avoir éprouvé les
qualités, il soupçonna que la différence des résultats pouvait
bien tenir à une manière différente de préparer.
Voici les résultats pratiques auxquels il est arrivé après
quelques tâtonnements. M. Hepp fait cueillir les rhizomes
vers le mois de septembre. Il faut souvent en avoir do grandes
quantités, car quelquefois avec 150 kilogrammes ainsi ré­
coltés on n’a pu en extraire que 30 ou 40 kil. bons à la pré­
paration. Mais voici comment il faut faire ce choix. Le rhyzome pousse chaque année des frondes nouvelles. Leur base,
qui s’insère au rhizome est, quand on en pratique la section,

373

N O U VELLES DIVERSES.

— Une épidémie de rougeole sévit depuis près d'un mois
dans notre ville. L’éruption se fait bien dans la plupart descas;
elle est souvent très confluente et parfois compliquée d'acci­
dents thoraciques.
— Monsieur le docteur Mittre a fait récemment, devant un
nombreux auditoire réuni dans la grande salle du Cercle artis­
tique, une conférence sur le magnétisme et le spiritisme. Ano­
tre époque, où ces questions sont obscurcies par tant d’idées
superstitieuses, on ne peut qu'être très-heureux de voir un
médecin — c’est-à-dire un homme rendu, par ses études, spé­
cialement apte à distinguer, en pareille matière, le vrai du

�SEÜX FILS.

NOUVELLES DIVERSES.

faux, — aborder résolument, en public, l’examen de ces pro­
blèmes difficiles.

— Un homme, âgé de 139 ans, vient de mourir en Podolie
(Pologne). Les facultés intellectuelles de ce vénérable pa­
triarche étaient intactes. Ses cheveux, complètement blancs à
100 ans, étaient devenus blonds depuis cette époque, et môme,
assure-t-on, commençaient à brunir. Cet homme extraordi­
naire a passé les soixante dernières années de sa vie dan3 une
cabane, au fond d’un bois.

37 i

— Grâce au zèle de l’un des professeurs de notre école pré­
paratoire, une importante lacune va être comblée dans l’en­
seignement de la médecine â Marseille. Frappé des inconvé­
nients que présente, pour les officiers de santé, l'ignorance
complète des notions les plus élémentaires de la médecine
•légale, M. le docteur Rampai a demandé l’autorisation de
faire des conférences sur cet important sujet. M. le Recteur
ayant accédé au désir si légitime de notre .confrère, ce der­
nier a mis immédiatement la main à l'œuvre. Ces confé­
rences ont commencé le I t avril; elles seront continuées le
mercredi de chaque semaine à 11 heures, dans l’amphi­
théâtre des cours de notre école.
— M. Pascal, pharmacien de 1" classe, vient d’être nommé
commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.
— M. Jaillieu, interne des hôpitaux, a été nomméaided'anatomie à lecole préparatoire de médecine et de pharmacie de
Marseille.
— Parmi les récompenses distribuées à Paris le 3 avril dans
la réunion des sociétés savantes, il en est deux qui ont été dé­
cernées à des compatriotes. M. Lespès, professeur à la Faculté
des Sciences de Marseille a obtenu une médaille d’or pour son
étude sur l’organisation des insectes , M. Reynès, docteur en
médecine et docteur ès-sciences, préparateur à la même fa­
culté, une médaille d’argent pour scs travaux en géologie.
Nous somme sheureux et fiers de ce double succès, qui est une
nouvelle preuve de l’importance prise par Marseille dans le
monde scientifique.
— La Société de chirurgie a adopté la question suivante
pour le prix Édouard Laborie : De la valeur relative des ampu­
tations sous-aslra^alienne, tibio-larsienne et sus-malléuluire.
Les mémoires doivent être adressés à M. le secrétaire-général
avant le 1" novembre 18C9.
— Un comité pour la vaccination animale s’est constitué le
mois dernier à Milan.

375

— Le docteur Ortega, médecin de l’hôpital-général de
Madrid, vient de mourir d'une fièvre typhoïde contractée à
l’hôpital. Presqu’en même temps, le docteur Henri Blatin
succombait à Paris, à la suite d’une longue maladie.
— Le concours pourl’agrégation en médecine, àlaFaculté de
Montpellier, s'est terminé par la nomination de MM. Hamelinet
Gingibre. Ces agrégés entreronten exercice le 1" novembre 1871.
— Le concours pourl’agrégation en chirurgie, près la même
Faculté, s’est terminé par la nomination, à l’unanimité, de
M. Grynfeltt.
— Montpellier n’en a point encore fini avec les luttes scien­
tifiques. Le 5 avril s’est ouvert un troisième concours pour
trois places d’agrégés stagiaires (anatomie et physiologie,
histoire naturelle, sciences physiques).
— Un concours d’agrégation pour quatre places de chirur­
gie et une place d’accouchement a commencé, à Paris, le
1" mars. Les candidats inscrits sont au nombre de 14.
— M. Caussanel, docteur en médecine, a été nommé chef
des travaux anatomiques à l’École préparatoire de médecine
et de pharmacie d’Alger.
— Un médecin anglais, le docteur Erasmus Wilson, vient
de faire don d’une somme de 125,000 francs au Collège royal
des chirurgiens de Londres, pour l’institution d’une chaire
de dermatologie.
— Par décret en date du 24 février 1869, le préciput du
doyen de la Faculté de médecine de Paris est porté au chiffre
de 3,000 francs,

�316

MARSEILLE MÉDICAL

SEUX FILS.

— Les trichines viennent d’envahir le canton du Tessin.
Six personnes d’une môme famille ont succombé. À l'autopsie,
on a trouvé leurs muscles criblés de trichines.
— Par arrêté ministériel en date du 18 mars 1869, M. Georges
Pouchet, aide-naturaliste au Muséum, a été révoqué de ses
fonctions.

( a n c i e n n e U n i o n M é d i c a l © d o la. P r o v e n c e )

Gmo Année. — N° 5. — 20 Mai 18G9.

— Ont été institués agrégés stagiaires près la Faculté de
médecine de Strasbourg, MM. les docteurs Joessel et Gross.
Ils entreront en activité de service le 1" novembre 1871.

R a p p o rt s u r tr o is m é m o ir e s d e C h iru rg ie p r a tiq u e
d u p r o f e s s e u r R izzoli (de B o lo g n e),

— Le docteur Collis, célèbre chirurgien irlandais, a suc­
combé à Dublin, le 31 mars dernier, à la suite d'une intoxi­
cation purulente. Quatre jours auparavant, enlevant une
exostose de mauvaise nature, située sur le maxillaire supé­
rieur, il se piqua le doigt légèrement contre une saillie de
l’os. Le surlendemain, les frissons se montrèrent, et la mort
ne se fit pas attendre.

(Travail envoyé par la Société Impériale do Médecine.)

— La Société des sciences médicales de Lisbonne a mis à
l'étude la question de la vaccination animale. Une commis­
sion spéciale a été nommée dans ce but.
— La grande séance annuelle de l’Association générale des
médecins a eu lieu le dimanche 4 avril dans l’amphithéâtre
de l’assistance publique. Le soir, le banquet d'usage réunis­
sait, dans la splendide salle à manger du Grand-Hôtel, de
nombreux convives venus de tous les points de la France.
Dans la seconde séance, tenue le lendemain lundi, d’impor­
tantes résolutions ont été prises sur divers points. La question
du fonds de réserve des sociétés locales et celle de la demande
en déclaration d’intérêt public ont occupé une partie de la
séance.
D' S eux fils.

A. Fabrb.

Par M. SIRUS-PIRONDI.

( Suite.)

II
Parmi les vices de conformation congénitaux de l'anus et du
rectum, un des plus regrettables chez la jeune fille, est celui
qui consiste dans l’imperforation anale, avec ouverture du
rectum dans le vagin par un pertuis ordinairement fort
étroit, se présentant un peu en arrière de la fourchette.
Quoique cette infirmité n’apporte pas de trouble notable
clans les fonctions, lorsque l’ouverture vaginale est assez large
pour permettre un facile passage aux fèces, il est permis
d’affirmer que peu de filles consentiraient à vivre avec une
pareille infirmité aussi longtemps que la femme citée par
Morgagni, si on pouvait leur offrir la chance assez fondée de
les en débarrasser.
On doit donc savoir beaucoup de gré à tous les chirurgiens
qui, à l’exemple de Goyrand, d’Aix, de Nélaton et de Rizzoli,
ont tenté tous les moyens les plus rationnels pour restituer à
cette importante région son état normal.
Je ne mentionnerai pas ici le procédé employé par Goyrand, car l’enfant qu’il a opérée succomba deux mois après
à une affection à la vérité étrangère à l’opération, mais trop
26

�378

SIRUS-PIRONDI.

tôt pour pouvoir juger d’une manière définitive les effets de
l’opération elle-même.
M. Nélaton a employé, dès 1856 ou 1857, un procédé fort
simple et qui lui a complètement réussi. 11 s’agissait d’une
enfant nouveau-née. Il fit (nous croyons utile de le rappeler) à
la région du périnée une incision cruciale dont la branche
antérieure était plus longue que les autres, et, après avoir dis­
séqué les lambeaux et le tissu cellulaire sous-cutané, il arriva
au rectum, dévié en avant. Il isola cet intestin en bas d’abord,
puis sur les côtés, et, à l’aide d’un instrument mousse, par­
vint à le décoller complètement jusqu’au vagin. Il coupa en­
suite circulairement le rectum au ras du vagin , et l’extrémité
de l’intestin, étant par ce fait devenue libre, put être facile­
ment déplacée et fixée par des points de suture à la peau du
périnée. Il ne resta ainsi de la fistule vagino-rectale que
l’orifice vaginal, qui ne communiquait plus avec le rectumLa première opération de ce genre a été pratiquée par
M. Rizzoli, en mai 1850, et depuis lors trois nouvelles obser­
vations sont venues se joindre à la première. La plus récente
porte la date de septembre 1805, et, comme dans toutes, un
succès complet a couronné les habiles manœuvres du chirur­
gien, il n’est pas inutile de s’arrêter sur le procédé opératoire
de l'auteur, tout en faisant observer que les procédés peuvent
forcément varier d’après les dispositions particulières à chaque
anomalie de ce genre.
La petite patiente étant donc placée comme s’il s’agissait
d’une opération de taille, une incision est pratiquée à la peau
parallèlement au raphé, et s’étend depuis le milieu de la four­
chette jusqu’à la pointe du coccyx. On divise lentement le
fascia superficialis, l’aponévrose externe du périnée, et l’on
arrive à un tissu musculaire appartenant probablement au
muscle transverse. On pénètre avec précaution au milieu du
raphé celluleux qui sépare ces deux muscles, on les écarte, et
on arrive à la portion courbe de l’intestin, qui forme une
espèce de cloaque d'autant plus renflé que l’ouverture vagi­
nale est plus petite et permet plus difficilement à l’intestin
de se vider. Arrivé à ce temps de l’opération, l’auteur inciso

CHIRURGIE PRATIQUE.

379

avec des ciseaux droits et mousses la paroi postérieure du
petit conduit qui, de l’extrémité rectale, s’abouche dans le
vagin; à l'exemple de Nélaton, il détache alors avec le doigt
ou à petits coups de ciseaux l’intestin des adhérences qui le
retiennent et qui sont surtout extrêmement, serrées contre la
paroi vaginale : après avoir réincisé au besoin et assez pro­
fondément le tissu connectif placé devant le coccyx, c’est au
milieu même de ce tissu qu’il implante en quelque sorte l’ex­
trémité rectale et l’y maintient par des points de suture;
après quoi deux autres points de suture entrecoupés recou­
vrent antérieurement le périnée, la fourchette et la commissure
postérieure de la vulve. Notons enfin que, dans toutes ces ma­
nœuvres, la membrane hymen a pu être respectée.
De quatre opérations, trois ont été pratiquées sur de petites
filles Agées de quelques mois seulement, et une sur une per­
sonne ayant déjà atteint sa quatorzième année. Dans aucun
cas, aucun'accident notable n’est venu entraver la marche
régulière d’une guérison aussi complète que possible. Mais
une remarque des plus importantes prime en quelque sorte
tous les préceptes que M. Rizzoli développe dans les considé­
rations cliniques que ces opérations lui dictent. Dans toutes
il a poursuivi un but d’autant plus important qu’on peut lui
attribuer, une fois atteint, une bonne part du succès. Ce but,
c’est la conservation des fibres du sphincter anal qui se trou­
vent encore en assez grand nombre autour ou en arrière du
conduit qui, de l’extrémité du rectum, arrive dans le vagin.
Ces fibres, jointes à celles empruntées aux tissus voisins par
la suture, devaient, et ont en effet reconstitué un sphincter
complet, conformément à cette loi physiologique déjà entrevue
par Yalsalva, à savoir : que les tissus finissent par s’adapter
aux fonctions qu'ils sont appelés à remplir dans l’intérêt de
tout l’organisme.
M. Rizzoli a donc réussi, et il devait réussir. Je me permet­
trai toutefois une légère critique à ce sujet. Les expériences
de Valsalva, citées par Morgagni et confirmées par M. Rizzoli
lui-mème, devaient être sans doute rappelées. Mais il est
d’autres travaux qui, sur un pareil sujet, commandent qu'on

�380

SIRUS-PIRONDI.

ne néglige pas de payer à leurs auteurs un hommage trèsmérité. Parmi ces travaux, je citerai en première ligne ceux
de notre très-distingué confrère M. le professeur Roux, de
Brignoles, et ceux consignés dans une excellente thèse de
concours signée par le savant doyen de la Faculté de méde­
cine de Montpellier. M. Douisson. — Il est dilïicile de s’occuper
de quelque point important d’autoplastie sans trouver les
traces des recherches auxquelles s’est livré M. Roux, de Bri­
gnoles, à la suite de l’impulsion qu’il avait directement reçue
de son illustre maître Delpech. — Quant à M. Bouisson, en
s’occupant d’une manière spéciale des Vices de conformation de
l’anus et du rectum, il a donné sur les dispositions du sphincter
anal des détails anatomiques précieux, devant servir de base
à des indications chirurgicales non moins importantes. Enfin,
le remarquable travail publié en 1856 par Goyrand. dans la
Gazette médicale de Paris, n ’a fait que confirmer, en les com­
plétant, les recherches de Roux et de Bouisson.
Le mémoire du professeur Ilizzoli ne s’arrêtera pas à la pre­
mière édition, j ’en ai l’intime conviction, et je suis également
persuadé que le regrettable oubli que je signale sera réparé
dans l’édition suivante.
III
Arrivons maintenant au troisième mémoire qui nous per­
mettra de réparer à notre tour, envers M. Rizzoli, je ne dirai
pas un oubli, mais une injustice évidente commise envers le
chirurgien de Bologne au profit d’un chirurgien danois.
Personne n’ignore, parmi ceux qui s’occupent de chirurgie,
que le resserrement cicatriciel des mâchoires a donné lieu,
depuis plusieurs années, à de nombreuses tentatives opéra­
toires, qui ont prouvé assurément la sagacité et l’habile ini­
tiative de leurs inventeurs, mais qui toutes n’ont pas été
suivies de succès analogues.
Au dire de Malgaigne, la première idée de la section du
maxillaire inférieur aurait été donnée par Carnochan, qui,
en 1840, fractura expressément le maxillaire inférieur pour

CHIRURGIE PRATIQUE.

381

obtenir une pseudarthrose. Mais il faut arriver au mois de
mai 1857 pour trouver un exemple irrécusable d'une section
de l’os maxillaire inférieur pratiquée dans le but de redonner
aux mâchoires la possibilité d’un écartement utile.
Dans la même année 1857, M. Rizzoli fit part de cette belle
opération à l’Académie des sciences de Bologne ; le compte­
rendu des séances de cette Académie, imprimé en 1857, relate
la communication de M. Rizzoli, et le mémoire imprimé en
1858 constate le complet résultat de l’opération.
Comment se fait-il pourtant qu’en France on a it, jusqu’à
cesderniers temps, attribué à Essmarch, de Kiel, l’honneur de
l’initiative d’une pareille méthode opératoire? La raison de
cette erreur doit être attribuée à diverses causes qui, peu à
peu, il faut l’espérer, seront corrigées par les allures plus
larges que prend chaque jour notre littérature médicale.
Pendant longtemps, nous nous sommes bornés à bien con­
naître ce qui se publie en France et en Angleterre. Plus tard,
on a traversé le Rhin, et, avec un élan fort utile d'ailleurs, on
s’est jeté sur tout ce qui se fait en Allemagne, voire même en
Russie et en Suède. Quant aux travailleurs logés au-delà des
Alpes, dans ce splendide pays que l’on a trop souvent considéré
comme plus favorable aux arts qu’aux sciences, c’est à peine
si l’on a pu se douter que plus d’un inventeur a eu parfois
l’air de faire du très-neuf en empruntant à Padoue, à Pavie.
à Bologne, à Florence, à Naples ou ailleurs, quelque idée ori­
ginale émise par les hommes vraiment distingués, qui ne
sont pas aussi rares qu’on a pu le croire dans ces divers centres
de lumières.
Je ne puis ne pas rappeler qu’il était encore fort peu question
en France de l'accouchement provoqué prématurément dans
certains cas d’angusties pelviennes, lorsque M. Raffaéle, de
Palerme, vint lire au milieu de nous un travail spécial trèsimportant dont nous conservons encore le plus sympathique
souvenir. Et, d’un autre côté, si l’hématologie a fait beaucoup
de chemin, et du meilleur, depuis la publication de la Théorie
de la Phlogose de Rasori, nous ne pouvons oublier, nous
Marseillais, que la traduction de cette œuvre porte la date

�382

SIRUS-PIRONDI.

de 1839. Que nos journaux de médecine ne devient donc plus
de la bonne route dans laquelle ils se sont engagés. La véri­
table science est cosmopolite ; le progrès est partout, il faut le
trouver et le prendre lit où il est, et le vulgariser partout où
nous sommes.
Mais nous voilà déjà bien loin du débat scientifique qui
nous occupe en ce moment; il est temps d’y revenir.
La première opération de section du maxillaire en avant
des brides cicatricielles a été pratiquée par M. Rizzoli, au mois
de mai 1857, et mention en est faite, avons-nous dit, dans le
Bulletin de VAcadémie de Bologne. — La première opération
analogue à la précédente, pratiquée par M. Essmarch, date
de 1858, et le mémoire publié à ce sujet porte le millésime
de 1860.— A vrai dire, dans un travail très-intéressant, publié
par M. Verneuil, dans les Archives médicales de 18G0, il est
dit que déjà, en 1854, Essmarch avait songé à la section du
maxillaire inférieur dans les cas de resserrement cicatriciel
des mâchoires, et qu’il avait parlé de cette conception opéra­
toire au congrès de Gœttingue ; ce qui constituerait une date
très-positive de priorité. Malheureusement, pour le chirurgien
de Kiel, les actes du congrès de Gœttingue, publiés presque en
même temps que son mémoire (18G0), ne disent pas mot de
cette communication; et enfin, comme rectification finale,
dans une fort bonne thèse de la Faculté de Paris, M. le docteur
Mathé, recherchant quels sont en définitive les résultats four­
nis par les procédés Essmarch et Rizzoli, admet comme chose
incontestable que Rizzoli a pratiqué avec succès la section du
maxillaire inférieur en avant des brides cicatricielles et dans
le but d’obtenir une pseudarthrose, pour remédier au resser­
rement des mâchoires, un an avant qu’Essmarch eût eu l’oc­
casion de se livrer à une opération semblable. Lu reste, la
conception du procédé lui-même, la pensée de recourir à la
section de l’os en avant des brides, ne pouvait réellement pas
échapper au coup d’œil essentiellement pratique de M. Rizzoli,
en présence du fait soumis à son observation, et j ’en emprun­
terai la preuve à une leçon declinique, professée tout dernière­
ment à Naples par un chirurgien qui compte en France beau- ■

CHIRURGIE PRATIQUE.

383

coup d’amis et qui contribue grandement, pour sa part, aux
progrès de la médecine opératoire.
Ayant donc opéré avec succès, et par le procédé Rizzoli, un
jeune enfant couché dans le service de la clinique, le profes­
seur Palasciano fit part à son auditoire des circonstances mor­
bides spéciales qui avaient motivé la première opération de ce
genre, et parmi ces circonstances, je relève les suivantes : il
s’agissait d’une masse ostéo-fibreuse occupant les deux tiers
supérieurs de la région massétérine droite, et constituant, par
conséquent, une ankylosé osseuse qui se propageait bien audelà et en dehors de l’articulation temporo-maxillaire. En
pareil cas, aucun des moyens connus et antérieurement es­
sayés avec plus ou moins de succès, ne trouvait ici une appli­
cation rationnelle. Une indication nouvelle se présentait, et
elle fut saisie avec la plus heureuse initiative.
Il ne faut pourtant pas croire que les succès obtenus à Bo­
logne, à Naples et ailleurs aient imposé à M. Rizzoli l’inva­
riable obligation de recourir à la section du maxillaire dans
tous les cas de resserrement cicatriciel des mâchoires, et ce
même mémoire n° 3 nous offre un très-bel exemple de massétérotomie intrà-buccale pratiquée avec un plein succès dans
un cas précisément d’ankylose du maxillaire inférieur,
Voici le résumé de l’observation :
Il s’agit d’un jeune enfant, actuellement arrivé à l’âge de
neuf ans, et qui, dès sa plus tendre enfance, avait été tour­
menté de gonflements péri-articulaires, siégeant plus particu­
lièrement à l’articulation temporo-maxillaire droite avec pro­
longement sur [la jo u e, et à l’articulation cubito-humérale
gauche. — Dès le début-, les mouvements de ces articulations
étaient considérablement gênés. Un abcès se présente bientôt
à l’épaule gauche, et un petit écoulement de pus eut lieu par
l'oreille droite, Les parents ne s’aperçurent que longtemps
après de l’immobilisation graduelle de la mâchoire inférieure,
et c’est au mois de juin 1808 que M. Rizzoli, à qui le jeune
malade fut présenté, constata l’état suivant: glandes et gan­
glions du cou engorgés, joue droite plus proéminante que la
gauche, qui semble aplatie. Les dents sont rapprochées, et

�384

SIRUS-PIRONDI.

les incisives supérieures surmontent les inférieures: cet enfant
peut difficilement éloigner de quelques millimètres les arcades
dentaires Tune de l’autre; mais dans ce mouvement la mâ­
choire inférieure se dirige du côté droit. Tout effort pour
agrandir l’ouverture buccale reste sans effet. A la région massétérine droite, on trouve un tissu résistant qui occupe la place
du masséter, muscle qui semble avoir perdu en longueur ce
qu'il a gagné en épaisseur. La peau sus-jacente est mobile et
normale. En introduisant l’index entre la joue et l’arcade
dentaire, on trouve la région alvéolaire droite un peu hyper­
trophiée, et une couche muqueuse tapisse toute cette portion
de tissu induré , qui semble avoir remplacé le masséter. Il y
avait là ce que l’auteur appelle avec raison ankylosé muscu­
laire par suite d'un état pathologique quelconque du masséter
droit. Mais quelle était la nature de cette lésion? Il fallait
écarter tout d’abord l’idée d’une contraction spasmodique, car,
dans un pareil cas, il y a des intermittences qu’on ne trou­
vait pas chez ce jeune malade.
L’ankylose, par suite de paralysie d’une des branches de la
septième paire, n’était pas non plus probable, car il n’y avait
aucun des signes de cette paralysie, si bien étudiés par
Duchenne, de Boulogne, et très-bien indiqués dans une thèse
de concours de notre distingué confrère le docteur Berrut.
En éliminant ainsi, par un excellent diagnostic différen­
tiel, tout ce qui ne pouvait pas être considéré comme cause
réellement déterminante de l’état morbide soumis à son exa­
men, M. Rizzoli arriva à conclure que cette rétraction du
masséter pouvait être anatomiquement caractérisée par dé­
faut ou insuffisance de l’élément contractile des muscles, avec
prédominance de l'élément cellulaire, induré par suite d’in­
flammation, et en quelque sorte hypertrophié, de façon à
pouvoir revêtir les principaux caractères du tissu fibreux
rétractile, idées assez conformes, ce nous semble, aux doc­
trines de M. Jules Guérin.
S'étant donc assuré, par la possibilité de quelques mouve­
ments latéraux, que l’articulation temporo-maxillaire n’était
pas ankylosée, et croyant pouvoir admettre aussi que le

CHIRURGIE PRATIQUE.

385

muscle temporal était dans son état normal, M. Rizzoli se
décida «àpratiquer la section du masséter, disposé à recourir
plus tard à celle du maxillaire inférieur, si le résultat de la
première tentative ne répondait pas à ses efforts.
L’opération étant décidée, elle fut exécutée de la manière ,
suivante : avec les doigts, index et médius de la main gauche,
introduits dans la bouche, l’opérateur écarte la joue de l'ar­
cade dentaire; il introduit, de la main droite, de forts ciseaux
pointus, et incise la muqueuse à côté du bord antérieur de
la branche montante du maxillaire inférieur, et à peu de dis­
tance de l’angle rentrant que forme cette branche avec le corps
de la mâchoire. Ayant ainsi mis à découvert le tissu induré,
il enfonce les ciseaux de façon à ce qu’un des tranchants rase
la surface externe de l’os, pendant que l’autre glisse sur la
masse massétérienne et coupe cette masse transversalement.
Al’aide d’une légère pression, les deux arcades dentaires
peuvent facilement s’éloigner l’une de l’autre, et leur écartetement est maintenu par l’emploi intermittent de bouchons
en bois, carrés. Au bout d’un mois, l’écartement était pos­
sible sans le secours d’un corps étranger, et peu à peu cet
écartement a augmenté de manière à rendre les mouvements
des mâchoires sinon tout à fait normaux, du moins plus que
suffisants aux diverses fonctions que ces appareils sont appelés
à remplir.
Tels sont les faits principaux consignés dans les trois
mémoires de M. Rizzoli. Ils répondent tous très-dignement à
la haute réputation acquise depuis longtemps par ce savant
chirurgien. L’agréable et utile moisson que l’on fait en lisant
de pareils travaux nous engage à répéter encore une fois qu’il
nous faut emprunter le progrès partout où il se trouve pour
le propager là où nous sommes, mais sans négliger toutefuis
d’en rapporter la source à son véritable point de départ :
excellent système qui n'a jamais nui à la réputation de ceux
qui en usent.

�386

SEUX.

A PRO PO S DU LIVRE DE M. LE Dr FAUVEL,
INSPECTEUR GÉNÉRAL DES SERVICES SANITAIRES, e t c . , e tc .,

Par le DTSEUX Père.

Dans un volume de 604 pages, M. le docteur Fauvel a eu
l'heureuse pensée de condenser en un seul faisceau la collec­
tion des travaux faits par la conférence sanitaire internatio­
nale de Constantinople, de manière à présenter au public un
exposé de ce qu’elle a fait pour lutter avec avantage contre le
fléau indien.
M. l’Inspecteur général peut se flatter d’avoir réussi de la
manière la plus complète, car son livre met le lecteur au
courant des travaux de la réunion de Constantinople sans le
fatiguer par des détails inutiles à l’intelligence du sujet ; c’est
aussi le travail le plus sérieux et le plus complet sur tout ce
qui se rattache à l’hygiène du choléra. Les détails dans les­
quels j ’entrerai le prouveront de la manière la plus évidente.
Quelques mots d’abord sur mes impressions du jour, re­
lativement au choléra.
J’ai lu avec la plus grande attention tout ce qui a été
écrit depuis la publication de mon dernier travail, intitulé :
« Encore quelques mots sur la contagion du choléra épidémique,
1867 »; rien n ’a pu détruire et môme altérer ce grand
fait que le choléra éclatant dans l’Inde a envahi le monde
entier avec d’autant plus de rapidité que les communications
étaient plus promptes et plus faciles; ni cet autre fait, que
tontes les étapes de la maladie ont été celles des voyageurs qui
venaient de l ’Inde d’abord, puis des pays successivement

CHOLÉRA.

387

infectés ; rien no m’a démontré que mes opinions fussent er­
ronées; tout ce qui a pu être écrit m’a prouvé au contraire
que les conclusions générales de mon travail étaient vraies.
Voici les principales de ces conclusions :
« Il n’y a entre le choléra d'Europe et celui de l’Inde, que
des analogies de forme, la nature de ces deux choléras étant
essentiellement différente.
« Le choléra indien n’est connu en dehors de l’Inde que
depuis 1817, époque de ses premières migrations.
« Le choléra indien est transmissible et importable .11 existe
des faits très nombreux de transmission et d’importation du
choléra indien.
« Les diverses modifications que peut subir l’atmosphère,
en un mot certaines conditions météorologiques, ne peuvent
pas engendrer le choléra ; tout au plus peuvent-elles faciliter
le développement d’une épidémie ; il en est de même de l’in­
salubrité des lieux.
« Partout où le choléra a paru il a été importé.
« La rapidité de la marche du choléra indien à travers le
monde a toujours été en rapport avec la rapidité des commu­
nications.
« Les faits mis en avant pour démontrer qu’une épidémie
de choléra avait commencé en France, et surtout à Marseille,
avant l’arrivée des bateaux venus d’Egypte, ne peuvent être ac­
ceptés dans la science, parce qu’ils sont, ou complètement
inexacts, ou sans authenticité.
« Un système quarantenaire en rapport avec nos connais­
sances sur l’incubation et le mode de propagation du choléra,
est le seul moyen prophylactique qui puisse sérieusement
être opposé à l’importation de la maladie.
« Les hommes, les hardes et les navires doivent être l’objet
de l’attention la plus sévère.
« Du côté de terre, les précautions prendre consistent à
exiger de la part des populations l’observation la plus rigou­
reuse des règles de l’hygiène, à empêcher le transport soit
rapide, par les chemins de fer, soit par petites étapes, des
troupes ou masses d’hommes, à s’opposer ù toutes les agglo­
mérations, fêtes publiques, foires etc. »

�CHOLÉRA.

Je suis heureux, au point de vue de l'intérêt public, et très
flatté en môme temps de voir les idées exprimées dans les
lignes qui précédent complètement adoptées non-seulement
parle docteur Fauvel, médecin si compétent sur la matière,
mais encore par la conférence de Constantinople.
Tout le monde a pu juger la valeur des objections qui ont
été faites aux propositions qui précédent; on s'en tire tou­
jours avec la fatale loi des coïncidences. Quelques exemples
feront cependant mieux sentir le peu de fondement de ces
objections :
Dans un mémoire intitulé : « Complément à l’examen
théorique et pratique de la question relative à la contagion et
à la non contagion du choléra, Paris, 18G8, » M. le docteur
Cazalas dit, page G : « il serait très commode de nier ou de
mettre de côté, comme suspects, tous les cas de choléra ou de
cholérine antérieurs à l’arrivée d’hommes ou de choses suscep­
tibles d’être soupçonnés d’importation, à Marseille particuliè­
rement on a essayé de mettre cet expédient en usage en 1865
pour affaiblir le coup formidable porté à la théorie de l’im­
portation, par les faits rapportés par MM. Gués et Didiot, d’une
manière si nette et si précise; mais, comme je le disais dans
mon premier travail, en supposant même qu’un, deux ou trois
de ces faits laissassent quelque chose à désirer, il n'en serait
pas moins évident que leur réunion constituerait encore un
ensemble qui ne permet pas de douter de l’existence à Mar­
seille, avant l’arrivée de la Stella et des autres naviresqui l’ont
suivie, non pas du choléra h l’état d’épidémie, comme on a
voulu malicieusement me le faire dire , mais bien d’une in­
fluence générale cholérique manifeste. »
D’un autre côté, dans un travail intitulé: « Réfutation
des dernières propositions contagionnistes du docteur Seux,
Grasse, 18G8, » M. le docteur Martinenq a écrit, page IG, les
lignes suivantes : « Les faits produits, pour prouver que le
choléra existait en 18G5 à Marseille avant les bateaux d’Alexan­
drie, ne pouvaient pas être acceptés par ceux qu’ils contra­
riaient, malgré que ces faits soient complètement exacts,
signés: Didiot, Bonnet, de Bordeaux, Cazalas, Pietra Santa,

389

Gués, etc. et autres médecins de Marseille même, aussi bons
observateurs que M. Seux. »
En vérité, voilà une manière bien commode d’argumenter ;
présenter constamment comme vrais des faits notoirement
apocryphes! Je comprends que lorsque ces faits, acceptés
beaucoup trop légèrement par leurs auteurs, ont été produits
pour la première fois, ils aient pu convenir aux médecins dont
ils caressaient les idées; mais lorsque l'inanité de ces faits a
été publiquement démontrée, je ne comprend pas qu’on puisse
encore les mettre en avant pour défendre ses opinions! c’est
bien le cas dire: oculos habent et non videbunt, aures habent et
nonaudient. Eji tout cas. lorsqu’un médecin prend la peine,
comme je l’ai fait, de se livrer à une enquête sérieuse sur les
observations qui ont été produites, et qu’il arrive, après avoir
discuté chacune de ces observations, à conclure qu’elles man­
quent toutes de ces caractères exigés avec juste raison par M.
Cazalas, faits positifs, clairs, authentiques, évidents, certains,
complets, offrant des conditions de généralité, d’exactitude,
de précision et de détails (l); je comprends encore moins,
qu’au lieu de suivre le contradicteur dans son argumentation
pour lui démontrer qu’il se trompe, on se borne à redire tou­
jours, ou bien, les faits rapportés par MM. Didiot et Gués
d’une manière si nette et si précise (2), ou bien, malgré que
ces faits soient complètement exacts (3). Ce n’est pas ainsi qu’on
passe condamnation sur une enquête de laquelle il est résulté
de la manière la plus évidente, que, pour un certain nombre
des faits invoqués par MM. Didiot et Gués, ces médecins hono­
rables avaient été trompés, et que les autres sc réduisaient
à une cholérine observée à l’hôpital militaire et à un choléra
infanlilis, bien chétifs produits en comparaison des cas de
véritable choléra qu’on observe quelquefois en dehors de
(1) Voir p. 59 et suivantes de mon mémoire intitulé : Encore quelques mots
sur la contagion du choléra épidémique , 1867.
(2) Cazalas, p. 6 Du Complément à l'examen théorique et pratique de la
question relative A la contagion, etc.. 1868.
(3) Martinenq, Réfutation des dernières propositions contagionnistes du
D’ Seux, p. 16, 1868.

�390

SEUX.

toute influence épidémique ! Voilà en définitive à quoi se ré­
duit cet ensemble signalé envers et contre tous, par M. Cazalas,
« ensemble qui ne permet pas de douter de l’existence, à Mar­
seille, avant l’arrivée de la Stella, etc., etc. » (I).
J’ajouterai que le résultat de mon enquête a été lu par moi,
dans tous ses détails, au congrès scienlilique de France, dans
sa session d’Aix, en présence d'un très grand nombre de méde­
cins de Marseille et de M. Gués lui-même, qui m'a donné rai­
son par le silence le plus absolu, car, ainsi que le dit le pro­
verbe. qui ne dit rien consent.
Il est certain que si, lorsque le voile qui couvre la vérité est
complètement déchiré, on persiste à ne pas la*voir, il n’y a
plus qu’à se taire et penser, comme le dit M. Martinenq, en
lui renvoyant le reproche : « Ces faits ne pouvaient pas être
acceptés par ceux qu’ils contrariaient » (2).
M. Cazalas suit exactement le môme procédé lorsque, con­
trairement à l’observation des médecins qui avaient vu le
choléra morbus avant l’invasion indienne de 1830, il veut dé­
montrer que le choléra asiatique et le choléra d’Europe fout
partie du même groupe pathologique. M. Cazalas nie et se
livre à des raisonnements, ou plutôt à des vues de l’esprit, à
des idées purement spéculatives (3), sans chercher à démon­
trer par les faits ce que les faits seuls avaient appris à
nos pères, c’est-à-dire que les symptômes du choléra asia­
tique différent de ceux qu’ils observaient avant l’invasion de
1830, vérité reconnue par les auteurs et par l'immense majo­
rité des médecins.
Pour prouver que tous les faits invoqués en. faveur de la
doctrine de la contagion sont incomplets ou inexacts, tronqués
ou altérés, M. Cazalas cite un exemple que j ’ai donné dans mon
dernier travail non pour démontrer les propriétés contagieu­
ses du choléra, mais seulement pour répondre à Monsieur
l'Inspecteur du service de santé, que l’immunité du personnel

CHOLÉRA.

391

des hôpitaux, en temps de choléra, était plutôt prétendue que
réelle. Je crois devoir relever encore celte manière d’argumen­
ter, procédé qui n’est nullement scientifique, puisque, lorsque
j’ai dit : « à l’hôpital militaire du dey, en 1866, vingt-trois à
vingt-quatre cholériques ont ôté fournis par le personnel de
l’établissement » , je voulais prouver que cette immunité
n’existait pas et voilà tout ; les nombreux faits d’importation
pure et franche d’un point à un autre, faits que j’ai cités dans
mon mémoire, suffisant largement pour démontrer la trans­
missibilité du choléra.
Puis toujours cette fameuse coïncidence qui est mise en
avant! une nourrice arrive de Paris, oh règne le choléra, dans
son village qui était indemne d’épidémie, elle est atteinte à
son arrivée et meurt, sa fille est atteinte à son tour et meurt,
sa sœur ale même sort, des voisins sont attaqués, puis la ma­
ladie se répand dans le pays et revêt le caractère d’une vérita­
ble épidémie (1). Coïncidence ! toujours coïncidence ! ces faits
auraient pu se produire sans le voyage de la nourrice à Paris
et son retour au village, telles sont les règles les plus pures de
la logique et de la philosophie médicale !
Je pourrais multiplier ces citations, mais il me sembleinutile d’insister, car on peut dire que fort heureusement pour
les peuples, les doctrines soutenues par Messieurs les non-contagionnistes ont fait leur temps et que l’esprit réellement pra­
tique l’emporte sur l’esprit théorique, la preuve en est dans le
travail, véritable monument sur la matière, que M. le doc­
teur Fauvel vient de présenter non-seulement à la médita­
tion des médecins, mais à celle de tous les gouvernements
protecteurs nés des nations.
La voie suivie par ma pensée m’a écarté momentanément
de ce travail important, je prie Monsieur l’inspecteur général
de vouloir bien en agréer mes regrets et mes excuses.
Le livre remarquable dont je veux donner une idée, comme
je le disais, confirme de tous points les opinions que j ’aisou-

(1) Page 6, Complément à l'examen, etc., déjà cité.
(2) Rcfutalion des dernières propositions conlagionnisles, du D'Seux, page 16.
Martinenq, 1868.
(3) Page 6, Du Complément à l'examen théorique el pratique, déjà cité.

(i) Narration de M. le Dr Ferrand de Mer, rapportée page 40 et suivantes
dans mon dernier travail, déjà cité.

�392

SEUX.

tenues, il n’a donc pu que me fortifier dans mes doctrines,
j’espère qu’il produira le môme elTet sur tous ; je souhaite
aussi qu'il ramène à des idées plus saines et plus conformes
à la vérité les esprits qui nient ou doutent encore, et qu’il ap­
prenne la vraie méthode scientifique à ceux qui paraissent
l’ignorer.
Dans les premiers jours d'avril 1865, le choléra sévissait
avec une grande intensité à Calcutta; en mai, de nombreux
pèlerins indiens se rendirent à la Mecque où le choléra ne tarda
pas à éclater ; les pèlerins arabes, qui y étaient venus de leur
côté, furent décimés par la maladie qui les suivit à leur retour
jusqu’à Alexandrie, dans les premiers jours dejuin, cette ville
fut envahie, quinzejours après, Marseille offrait les premiers
cas, jamais le choléra ne s’était répandu si rapidement à des
distances aussi considérables, jamais depuis la dernière épi­
démie cholérique dans l’Inde, les distances n ’avaient été fran­
chies avec autant de rapidité par d'aussi nombreux voya­
geurs.
Tout le monde fut frappé de cette marche si promptement
envahissante et de sa coïncidence avec la rapidité exception­
nelle des communications eutre le foyer habituel du choléra,
l’Inde, et les points envahis ; le gouvernement français s’en
émut, l'Empereur provoqua la réunion d’une conférence di­
plomatique ayant pour but d’étudier les moyens d’empêcher
une nouvelle invasion, telle fut l’origine de la conférence sa­
nitaire internationale de Constantinople.
Due entièrement à la généreuse initiative du gouvernement
français, la conférence, comme le dit Monsieur lej\linislre des
affaires étrangères, dans sa circulaire du 13 octobre 18G5,aux
agents diplomatiques, eut pour but de « rechercher les cau­
ses primordiales du choléra, d’en déterminer les points de dé­
part principaux, d'en étudier les caractères et la marche ; en­
fin de proposer les moyens pratiques de le circonscrire et de
l’étouffer à son origine. »
Tous les gouvernements européens s’empressèrent d’adhérer
à la proposition de la France, et de nommer des délégués ; la
Perse et l’Egypte en envoyèrent aussi. En somme, la conférence

CHOLÉRA.

393

compta seize diplomates et vingt-et-un médecins, qui se réu­
nirent pour la première fois à Constantinople le 13 février 1866
et qui, s’étant constitués, commencèrent leurs travaux. Le
comte de Lallemand et le docteur Fauvel furent les délégués
de la France ; ils jouèrent dans ce congrès sanitaire un rôle des
plus importants : l’un comme diplomate par son esprit d’ini­
tiative ; l’autre, comme médecin, comme savant, comme
homme d’une compétence tout-à-fait spéciale.
L’ouvrage de M. le docteur Fauvel a été publié dans le
but de faire connaître et apprécier ces travaux frappés au
coin de l’observation pure et de la plus graude indépendance.
L’auteur a cm devoir faire précéder les documents, qui sont
l’œuvre de la conférence, d’un résumé de toutes les questions
traitées par elle. Les trois premières parties du livre sont con­
sacrées à cette sorte d’analyse dont je vais faire l’exposé. M. le
docteur Fauvel aurait peut-être mieux fait de présenter
d’abord l’œuvre de la conférence elle-même, car on peut
dire que dans son résumé, il commente et complète cette œu­
vre ; le lecteur aurait, il me semble, gagné à cette disposition.
Une épidémie meurtrière venait de ravager l’Europe, il n ’était
pas douteux qu’un de ses foyers principaux d’émission avait
été la Mecque ; un prochain pèlerinage allant s’accomplir sur
ce point dans des conditions hygiéniques très-suspectes, il
était important, avant toute chose, d’empêcher la reproduc­
tion de ces traînées cholériques qui avaient, l’année précédente,
signalé le retour des hadjis. Aussi, le premier soin de la con­
férence, sur l’invitation de M. le docteur Fauvel, fut-il de
proposer, à titre de précaution provisoire, que toute com­
munication maritime entre les ports arabiques et le littoral
Egyptien serait interrompue, pendant la durée de l’épidémie,
en cas de manifestation du choléra parmi les pèlerins.
Puis, sur la proposition de M. le comte de Lallemand, il
fut décidé qu'une commission serait chargée de rédiger lo
programme des travaux de la conférence. Cette commission,
par l’organe de M. le docteur Miihlig, délégué de Prusse,
soumit au congrès un projet bien étudié oii toutes les ques­
tions à résoudre étaient partagées en trois groupes, savoir :

�394

•SEUX.

1° Questions relatives à l’origine et à la genèse du choléra;
2° Questions se rapportant à la transmissibilité et à la pro­
pagation de cette maladie ;
3° Questions ayant trait à la préservation, c’est-à-dire aux
moyens préventifs et restrictifs propres à éteindre le choléra
dans son principe ou à en empêcher la propagation.
Ce projet de programme fut adopté, mais il fut décidé qu’ou
ne s’occuperait du troisième groupe qu’après s’être prononcé
sur les questions contenues dans les deux premiers, ce qui
était parfaitement logique.
Le travail fut alors partagé entre six sous-commissions
dont les rapports furent discutés successivement en commis­
sion plénière ; les vingt-et-un médecins de la conférence, plus
trois diplomates faisaient partie de cette commission. Les rap­
ports des six sous-commissions ayant été lus et discutés, M.
le docteur Fauvel fut chargé de les coordonner et d’en
faire un rapport général lu à la commission, puis soumis ci la
conférence. Il était impossible, à mon avis, de travailler plus
sérieusement et d’apporter plus de soins cà l’étude des graves
questions que, dans la mesure du possible, les gouvernements
intéressés voulaient résoudre.
Telle est la matière de la première partie de l’ouvrage du
docteur Fauvel.
La deuxième partie est consacrée à l’exposé succinct, mais
très-suffisant des opinions de la conférence sur les questions
contenues dans tes deux premiers groupes, c’est-à-dire l'étiologie du choléra, origine, endémicité, épidémicité, la trans­
missibilité et la propagation de cette maladie.
Le choléra qui, à diverses reprises, a parcouru le monde, est
originaire de l'Inde; il y est endémique sur des points limités,
dont les principaux se trouvent dans la vallée du Gange, mais
dont plusieurs autres occupent des régions qui eu sont trèséloignées.
On n’a encore aucune donnée positive sur la cause spéciale,
ou l’ensemble des causes d’où résulte l’endémie cholérique ;
on n’en connaît que certaines circonstances adjuvantes.
Le choléra n’est pas endémique dans le Hedjaz, à la Mecque;

CHOLÉRA.

39îi

il semble que cette maladie y a toujours été importée du
dehors depuis 1831, date de la première apparition dans le
pays, et que certainement il en a été ainsi en 1865.
De nosjoifts, le choléra n’est endémique que dans l’Inde, et
peut-être aussi dans certains pays limitrophes de cette con­
trée ; partout ailleurs il n’est qu’une maladie exotique et sans
racine.
Telles sont les principales conclusions de la conférence sur
l'origine et l’endémicité du choléra.
Ace propos, je ne puis m’empêcher de faire remarquer
qu’avec juste raison, M. le docteur Fauvel, comme moi,
s’élève avec énergie contre ceux qui, entraînés par l’esprit de
système, pour démontrer que le choléra naît en Europe
comme dansl’Inde, soutiennent,contre les règles de l’observa­
tion la plus sévère, l’identité du choléra asiatique et du cho­
léra nostras. L’auteur consacre quelques pages excellentes à
cette démonstration.
De l'ensemble des preuves exposées avec détail dans le rap­
port de la commission, la conférence, à l’unanimité, conclut
que la transmissibilité du choléra asiatique est prouvée par
des faits qui n’admettent aucune autre interprétation.
Elle reconnaît de plus que c’est une loi, jusqu’ici sans ex­
ception, que jamais une épidémie de choléra ne s’est propa­
gée d’un point à un autre dans un temps pluscourt que celui
nécessaire à l’homme pour s’y transporter, et qu’aucun fait
n’est venu prouver jusqu’ici que le choléra puisse se propa­
ger au loin par l’atmosphère seule, dans quelle condition
qu’elle soit.
La conclusion générale est que le choléra est transmissible
et se propage d’un lieu à un autre uniquement par importation
humaine.
J’ai vu avec un certain plaisir que le mot transmission
avait été préféré par la conférence à celui deCbntagion ; ayant,
en motivant mon choix, adopté celte expression dans les mé­
moires que j'ai publiés sur la question, je suis très-flatté de
me trouver sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, en
aussi bonne, si honorable et si savante compagnie.

�396

SEUX.

Deux conclusions très-graves de la conférence sont les sui­
vantes :
Un seul cholérique arrivant dans une localité saine peut y
donner lieu au développement d'une grande épidémie ; et
pour qu’il en soit ainsi, il n'est pas nécessaire que l’individu
ait le choléra confirmé, il suffit qu'il souffre de la diarrhée
dite prémonitoire.
Le choléra peut aussi être transmis par les effets à usage,
provenant d’un lieu infecté et spécialement par ceux qui en
ont été souillés par les déjections des cholériques ; la maladie
peut être importée au loin par ces mêmes effets renfermés à
l’abri du contact de l’air libre.
La conférence a été beaucoup moins affirmative, en l’ab­
sence de faits concluants, pour ce qui concerne lïmportatioa
par des marchandisess des animaux vivants, des cadavres de
cholériques. Néanmoins, elle croit prudent de se mettre en
garde contre de telles provenances par des précautions conve­
nables.
Un individu qui, soustrait depuis huit jours à toute cause
de contamination, ne présente aucun signe de choléra, peut,
sans danger, être admis dans un pays sain.
Le transport maritime est le plus dangereux, le plus apte à
propager au loin la maladie.
Au contraire, si une caravane en proie au choléra vient à
traverser un grand désert, elle s’y purge entièrement de la
maladie et ne la propage plus dès que la traversée du désert a
duré une vingtaine de jours. En fait, un grand désert n’a ja­
mais été franchi par le choléra ; argument de plus contre le
transport du choléra par l’atmosphère, et circonstance à noter
au point de vue prophylactique.
Ce grand fait confirme de tous points ce que je n’ai cessé de
dire et d’écrire, du reste, avec beaucoup d’autres, que l’air,
loin de propager la maladie au loin, était le meilleur dissol­
vant du miasme cholérique dont il n’est le véhicule que lors­
qu’il en est saturé, d’où aération permanente des salles cholé­
riques pour la conservation des personnes en bonne santé qui
les fréquentent, aération bien entendue de tous les établisse­
ments. aération des villes, etc.

CHOLÉRA.

393

La conférence reconnaît, l’utilité de la dissémination, mais
il faut, ajoute-t-elle avec raison, qu’elle soit faite de manière
à ne pas infecter les localités saines.
Elle reconnaît aussi l’influence des conditions hygiéniques
sur le développement du choléra ; elle ne conteste pas l’im­
munité des personnes et des localités, points admis par tout le
monde, et qui ne constitue pas une exception pour le fléau in­
dien, car, bien au contraire, on observe aussi cette immunité
pour d’autres maladies essentiellement contagieuses.
Telles sont les différentes questions exposées par Monsieur
le docteur Fauvel dans la seconde partie de son livre, partie
qu’il termine par un résumé étiologique fort bien fait, dans
lequel on trouve, sous une forme succincte, les opinions de la
conférence sur les causes du choléra. Ce que j ’en ai dit précé­
demment me parait suffire à la connaissance très-exacte de
ces opinions. Toutefois, il me parait utile d’indiquer quel­
ques-unes des propositions formulées par l’auteur sur ce sujet
capital.
Le choléra est une maladie exotique, d’origine indienne, ja­
mais on ne l’a vu naître spontanément dans nos pays, tou­
jours il y a été importé.
Le choléra appartient à la catégorie des maladies pestilen­
tielles, dues à un principe virulent, à un germe qui se régénère
dans l’organisme, par le fait de l'évolution morbide à laquelle
il donne lieu. Il est certain, en effet, qu’en dehors de ses
foyers originaires, le choléra se propage uniquement par
transmission de l’homme ù l’homme, et, qu’après avoir frappé
sur un point donné, un nombre plus ou moins considérable
d’individus soumis à la contamination et aptes à la recevoir,
il s’éteint pour ne plus reparaître, ù moins d’une importation
nouvelle.............
La probabilité est que dans l’Inde, comme partout ailleurs,
le germe du choléra a sa source première dans l’organisme hu­
main.
Des observations concluantes ont démontré que le principe
morbifique se trouvait contenu dans les matières provenant
des voies digestives des cholériques.

�398

SEUX.

L’air ambiant, l’air confirmé surtout , doit être le principal
véhicule du germe et l’appareil respiratoire est la principale
voie de pénétration dans l’organisme; cependant des faits in­
contestables témoignent que l’eau et certains aliments peuvent
aussi servir de véhicule et que, par conséquent, la contamina­
tion peut s’opérer par les voies digestives.
L’étude des faits tend à exclure le contact par la peau.
Je ne crois pas devoir m’étendre davantage sur des points
aussi discutables, car l’hypothèse joue un grand rôle dans
ces considérations, j ’arrive à la question pratique, et je vais
tâcher d’y rester.
Dans la seconde partie de son livre, M. Fauvel, comme on
vient de le voir, a exposé les recherches de la conférence sur
les points de doctrine les plus essentiels, ceux sur lesquels il
fallait avant tout être fixé pour arriver à des conclusions pra­
tiques convenables ; en effet la question la plus importante de
toutes, celle sur laquelle la conférence était particulièrement
appelée donner son opinion, les mesures à prendre contre le
choléra, devait dépendre de l’opinion que l’expérience et l’experience seule, sans idées préconçues de l’esprit, imposait à
l’homme. On a vu quelles étaient les conclusions de la savante
assemblée sur l’origine, l’endémicité, l’épidémicité, la trans­
missibilité, et la propagation du choléra ; de la connaissance
de ces opinions, il est facile de déduire les conséquences pra­
tiques.
Cependant, ce troisième groupe de questions; préservation,
moyens préventifs et restrictifs propres à éteindre le choléra
dans son principe ou à en empêcher la propagation; facile à
élucider en logique, est d’une application pratique d’une dif­
ficulté inouïe dansl’état actuel de notre civilisation, surtout à
cause de la célérité et du grand nombre des communica­
tions qui existent entre tous les points du globe. Aussi la con­
férence le sentait si bien qu'elle avait réservé cos questions
pour en faire une étude toute spéciale, étude qui devait clore
ses travaux et en devenir le couronnement obligé.
{La suite au prochain numéro.)

OVARIOTOMIE.

399

KYSTE MULTILOCULAIRE DE L’OVAIRE. — ADHÉRENCES TRÈS-ÉTENDUES.
— OVARIOTOMIE.— GUÉRISON RAPIDE. —

Rem arques ; conclusions;
P a r l e D' C h . I S N A R D ( d o M a r s e i l l e . )

M“‘F... 46 ans, en 1869; bonne santé habituelle; tempérament
nerveux ; constitution maigre; a eu trois enfants, l’un en 1844,
l’autre en 1860, le dernier en 1863. Les deux premiers ont néces­
sité l’emploi du forceps.Grossesses et suites de couches régulières.
M” F... n’a jamais allaité. En 1861, avortement au troisième
mois ; a la suite métrorrhagie prolongée. À part*cet accident,
menstruation toujours naturelle ; jamais de leucorrhée. Les règles
ont paru pour la dernière fois en novembre 1866.
En 1866-1866, nervosisme cardiaque : palpitations, angoisses
avec sensations bizarres et douloureuses au coeur; intermittence
des battements; dyspepsie ; éréthisme nerveux; insomnie adyna­
mie; amaigrissement. Ces accidents se dissipent après un traite­
ment approprié ; mais depuis ce temps, Mm F... a conservé de
l'irrégularité dans les battements du cœur caractérisée, tantôt par
une lenteur ou une précipitation exagérées,tantôt par l’affaiblis­
sement, ou la suspension d’une pulsation.
Le ventre commence à grossir dans les premiers mois de 1867.
Il se développe d’abord très lentement, puis d’une manière plus
rapide vers la fin de la mémo année,et surtout au commencement
de la suivante.
Mon premier examen date de juin 1868.

�400

ISNARD.

Acetteépoque le ventre mesure déjà 93 centimètres de circonfé­
rence. Le kyste tendu, élastique, fluctuant, donnant un son mat à
la percussion, s’élève jusqu’au niveau de l’épigastre ; il est encadré
par les intestins refoulés en haut et en arrière ; pas de bosselures,
pas de cloisons appréciables à la surface uniformément unie de la
tumeur; le plus petit choc imprimé à l’un de ses pôles se commu­
nique très nettement au pôle opposé ; sa distension permet diffi­
cilement de faire glisser sur elle les parois abdominales; utérus
central et mobile, nullement entraîné en haut par le déplacement
en masse du kyste ; dans aucun point du ventre, il n’y a de douleur
ni de tiraillements spontanés ou provoqués, quel que soit l’état de
plénitude oude vacuitédes viscères, quellesquc soient les manœu­
vres d’exploration. Lamalade ne sait pas si la tumeur a débuté à
droite ou à gauche.
Je diagnostique : kyste de l’ovaire probablement uniloculaire,
ou bien, s’il est multiloculaire, formé par une vaste loge princi­
pale, seule accessible à l’examen ; liquide séreux ou très peu con­
sistant; pas encore d’adhérences; tumeur pédiculée; impossible de
préciser si elle vient de l’ovaire droit ou gauche
La santé générale commence à s’altérer; diminution de l’appétit
et des forces ; dyspepsie ; amaigrissement.
Tout en prévoyant dès lors la nécessité de l’ovariotomie, et sans
fonder de sérieuses espérances sur un traitement médical, je
prescris: oxyde d’or, eau de Vichy, quinquina, etc., et j ’observe
la marche deda tumeur, prêt, selon les éventualités, à prendre un
parti décisif.
Pendant les mois suivants, l’état général s’améliore sensible­
ment, mais le kyste continue de grossir.
Vers le commencement de janvier 1869, la circonférence du ven­
tre mesure 112 centimètres ; la santé se détériore de nouveau. Je
juge le moment opportun pour l’ovariotomie, lorsque un accident
vient en rendre l’indication formelle: une péritonite se déclare;
elle envahit, en janvier, tout le côté droit, puis, en février, Je colé
gauche du péritoine pariétal.
Des adhérences allaient se former et devaient, en s’organisant,
avoir pour conséquence nécessaire de créer des difficultés et
des périls pour l’ovariotomie tardive. Temporiser était une faute.
Je conseille donc l’opération, mais précédée d’une ponction
exploratrice destinée, en vidant le kyste, à rectifier et à com­
pléter le diagnostic. Celle-ci aurait encore pour avantages : Dde
ne pas réserver pour le moment de l’ovariotomie Iesperturbations

OVARIOTOMIE.

401

causées par l’évacuation subite d'une grande quantité de liquide.
2* d'étirer et de détruire, par le retrait des parois kystiques, les
adhérences encore récentes et lâches
Femme intelligente et d’une rare énergie, ayant déjà le senti­
ment de sa fâcheuse situation, M“*F... accepte sans hésiter l’ovariûtomie avec ponction préalable du kyste.
Le 9 février, M. le D‘ Roberty est appelé en consultation. Ses
appréciations, conformes aux miennes, viennent corroborer ma
résolution.
Le 13 février, le ventre a 120 centimètres de circonférence. Je
pratique la ponction en présence de mon honorable confrère.
Vingt-cinq litres de sérosité opaline s’échappent par la canule du
trocart. Le kyste se vide complètement. Je puis constater alors,
dans la région hypogastrique, une tumeur solide, ayant le vo­
lume d’une tète d’enfant, très bien circonscrite, pâteuse en bas,
dure et bosselée en arrière et en haut. Fixée à gauche dans le
bassin, elle est mobile partout ailleurs et, suivant les mouve­
ments, elle est ballotée dans toutes les directions, sans provoquer
ni douleurs ni tiraillements. Enfin, le ventre a repris sa sonorité
normale, très nette au milieu et en haut, moins distincte en bas.
Ainsi : le kyste était multiloculaire ; il avait une grande loge et
plusieurs petites; il était pédicule; il provenait de l’ovaire gau­
che; il paraissait libre d’adhérences, au moins dans la région suspubienne. — Quant à ce dernier point, il n’en était malheureu­
sement pas ainsi ; on le verra plus bas.
Après la ponction, M“‘&lt;' F... est soumise à des soins spéciaux:
régime réparateur; exercice; bains; quinquina et surtout fer.
L’organisme se raffermit pendant trois ou quatre semaines, mais
il recommence à être ébranlé, à mesure que le kyste s’emplit de
nouveau.
Le mois de mars est exceptionnellement mauvais et froid. Il
neige, il gèle; le thermomètre et le baromètre restent bas. Ce temps
ne dure généralement pas dans notre pays; j’attends une tempé­
rature plus douce.
Le 31 mars, veille de l’opération, la malade subit un dernier
examen; rien de particulier. Le ventre vient d’atteindre, encore
un mètre de circonférence ; cependant, le liquide est loin de rem­
plir toute la poche. — Quoique amaigrie,
F... se trouve dans
les meilleures conditions physiologiques et morales possibles;
avec une grande partie de ses forces, elle conserve un courage et
un calme inaltérables. Son pouls, ferme, donne 62 pulsations.—

�400

ISNARD.

A cette époque le ventre mesure déjà 93 centimètres de circonfé­
rence. Le kyste tendu, élastique, fluctuant, donnant un son mat à
la percussion, s’élèvejusqu’au niveau de l’épigastre ; il est encadré
par les intestins refoulés en haut et en arrière ; pas de bosselures,
pas de cloisons appréciables à la surface uniformément unie de la
tumeur; le plus petit choc imprimé à l’un de ses pôles se commu­
nique très nettement au pôle opposé ; sa distension permet diffi­
cilement de faire glisser sur elle les parois abdominales; utérus
central et mobile, nullement entraîné en haut par le déplacement
enmassedu kyste ; dans aucun point du ventre, il n’y a de douleur
ni de tiraillements spontanés ou provoqués, quel que soit l'état de
plénitude oude vacuitédes viscères, quelles que soientlesmanœuvres d’exploration. Lamalade ne sait pas si la tumeur a débuté à
droite ou à gauche.
Je diagnostique: kyste de l’ovaire probablement uniloculaire,
ou bien, s'il est multiloculaire, formé par une vaste loge princi­
pale, seule accessible à l’examen ; liquide séreux ou très peu con­
sistant; pas encore d’adhérences; tumeur pédiculée; impossible de
préciser si elle vient de l’ovaire droit ou gauche
La santé générale commence à s’altérer; diminution de l’appétit
et des forces ; dyspepsie ; amaigrissement.
Tout en prévoyant dès lors la nécessité de l’ovariotomie, et sans
fonder de sérieuses espérances sur un traitement médical, je
prescris: oxyde d’or, eau de Vichy, quinquina, etc., et j ’observe
la marche de»la tumeur, prêt, selon les éventualités, à prendre un
parti décisif.
Pendant les mois suivants, l'état général s’améliore sensible­
ment, mais le kyste continue de grossir.
Vers le commencement de janvier 1869, la circonférence du ven­
tre mesure 112 centimètres ; lasanté se détériore de nouveau. Je
juge le moment opportun pouiTovariotomie, lorsque un accident
vient en rendre l’indication formelle: une péritonite se déclare;
elle envahit, en janvier, tout le côté droit, puis, en février, le côté
gauche du péritoine pariétal.
Des adhérences allaient se former et devaient, en s’organisant,
avoir pour conséquence nécessaire de créer des difficultés et
des périls pour l’ovariotomie tardive. Temporiser était une faute.
Je conseille donc l’opération, mais précédée d’une ponction
exploratrice destinée, en vidant le kyste, à rectifier et à com­
pléter le diagnostic. Celle-ci aurait encore pour avantages : 1° de
ne pas réserver pour le moment de l’ovariotomie lesperturbations

OVARIOTOMIE.

401

causées par l’évacuation subite d’une grande quantité de liquide .
2*d’étirer et de détruire, par le retrait des parois kystiques, les
adhérences encore récentes et lâches
Femme intelligente et d’une rare énergie, ayant déjà le senti­
ment de sa fâcheuse situation, M,üo F... accepte sans hésiter l’ova­
riotomie avec ponction préalable du kyste.
Le 9 février, M. le D‘ Roberty est appelé en consultation. Ses
appréciations, conformes aux miennes, viennent corroborer ma
résolution.
Le 13 février, le ventre a 120 centimètres de circonférence. Je
pratique la ponction en présence de mon honorable confrère.
Vingt-cinq litres de sérosité opaline s’échappent par la canule du
trocart. Le kyste se vide complètement. Je puis constater alors,
dans la région hypogastrique, une tumeur solide, ayant le vo­
lume d’une tète d’enfant, très bien circonscrite, pâteuse en bas,
dure et bosselée en arrière et en haut. Fixée à gauche dans le
bassin, elle est mobile partout ailleurs et, suivant les mouve­
ments, elle est ballotée dans toutes les directions, sans provoquer
ni douleurs ni tiraillements. Enfin, le ventre a repris sa sonorité
normale, très nette au milieu et en haut, moins distincte en bas.
Ainsi : le kyste était multiloculaire ; il avait une grande loge et
plusieurs petites; il était pédiculé; il provenait de l'ovaire gau­
che; il paraissait libre d’adhérences, au moins dans la région suspubienne. — Quant à ce dernier point, il n’en était malheureu­
sement pas ainsi ; on le verra plus bas.
Après la ponction, M“e F... est soumise à des soins spéciaux:
régime réparateur; exercice: bains; quinquina et surtout fer.
L’organisme se raffermit pendant trois ou quatre semaines, mais
il recommence à être ébranlé, à mesure que le kyste s’emplit de
nouveau.
Le mois de mars est exceptionnellement mauvais et froid. Il
neige, il gèle; le thermomètre et le baromètre restent bas. Ce temps
ne dure généralement pas dans notre pays; j’attends une tempé­
rature plus douce.
Le 31 mars, veille de l’opération, la malade subit un dernier
examen; rien de particulier. Le ventre vient d’atteindre, encore
un mètre de circonférence ; cependant, le liquide est loin de rem­
plir toute la poche. — Quoique amaigrie, M"" F... se trouve dans
les meilleures conditions physiologiques et morales possibles;
avec une grande partie de ses forces, elle conserve un courage et
un calme inaltérables. Son pouls, ferme, donne 62 pulsations.—

�»

402

ISNARD.

Le matin, je prescris trente grammes d’huile de ricin. A cause
d’irrésistibles efforts de vomissements, le purgatif, ne pouvant
être avalé, est pris en lavement. Selles dans la journée. Le soir,
deux grammes de sous-nitrate de bismuth. Le lendemain,
avant l’opération, la malade prendra un lavement simple et
devra uriner.
Je pratique l’ovariotomie le r r avril au matin, en présence de
MM. les docteurs Roberty, Gouzian, Rampai, Broquier et Fabre
qui veulent bien me prêter leur utile concours.
Je préfère l’anesthésie locale à l’anesthésie générale, surtout
pour deux motifs propres à la malade : 1° elle est atteinte de ner­
vosisme cardiaque ancien ; 2° elle vomit facilement. S’il n’j a
pas là contre-indication formelle pour les inhalations anesthési­
ques, j’y vois une prédisposition à la syncope et aux vomisse­
ments cliloroformiques, double inconvénient à éviter. Ma résolu­
tion préalablement soumise à mes confrères est approuvée à l’una­
nimité.
Les rôles distribués aux aides, la malade couchée sur un lit
étroit et élevé, MM. Rampai et Broquier sont chargés de l'anes­
thésie. Armés l’un et l’autre d’un appareil de Richardson, ils pro­
jettent deux jets d’éther pulvérisé sur la ligne médiane, entre
l’ombilic et le pubis. Deux lames de carton, parallèlement appli­
quées de chaque côté, protègent la peau voisine. Au bout de quinze
à vingt minutes, à la suite d’avaries fortuites, les deux appareils
cessent de fonctionner régulièrement. L’anesthésie reste incom­
plète. Je procède à l’opération.
Je fais une incision de quinze centimètres, sur la ligne médiane;
elle commence à cinq centimètres au dessous de l’ombilic et finit
à un centimètre au dessus du pubis. La paroi abdominale très
amincie est réduite à quelques millimètres d'épaisseur. Je divise
avec lenteur etprécautions, couche par couche, tous les tissus, la
peau, quelques rares brides celluleuses, la ligne blanche, sans
ouvrir la gaine des muscles droits. Le péritoine est incisé, en
dernier lieu, sur la sonde cannelée.
Dans ce premier temps, plusieurs vaisseaux sont divisés. Sans
être abondant, l’écoulement du sang est opiniâtre : immédiate­
ment, je m’en rends maître en appliquant, sur les lèvres de la plaie
six serre-finesà mors plats de M. Boinet. Pas une goutte de sang
ne s’épanche dans la cavité péritonéale.
Le péritoine ouvert, la tumeur se présente en avant, et mes
doigts, cherchant à l’explorer, rencontrent de tous côtés des adhé­
rences qui l’unissent à la paroi abdominale.

OVARIOTOMIE.

403

Sans poursuivre davantage mes investigations, de peur de rom­
pre les parois très minces du kyste, je ponctionne ce dernieravec
le gros trocart à spirale de M. Nélaton. En un instant, dix à onze
litres de sérosité opaline s’écoulent, par le tube évacuateur en
caoutchouc, dans un vase placé âmes pieds. Puis, au moyen d’une
forte ligature, je ferme l’ouverture faite à la poche par le trocart,
et je retire l’instrument pour ne pas être gêné. Pas une goutte de
liquide kystique n’est tombée dans le péritoine.
La grande loge vidée, je puis reconnaître et attaquer les adhé­
rences. Elles ontune étendue considérable. Unissant toute la face
antérieure de la tumeur à la paroi abdominale, remontant jusq’au
ligament, suspenseur du foie et à la convexité de l’estomac, elles
n’ont pas moins de cinq à six décimètres carrés de surface.
A gauche, elles sont généralement lâches et se déchirent assez
facilement avec les doigts. Mais il n’en est pas de même à droite
et en haut; là elles sont beaucoup plus serrées et résistantes. Je
procède à leur dissection, accomplissant cette tâche laborieuse
et délicate avec M. Rampai qui les divisait d’un côté, tandis que
je les détruisais de l’autre. Tour à tour, nous combinons l'action
des doigts, des mains et des_ ongles, écartant, déchirant, arrachant,
coupant, raclant, selon la résistance que nous rencontrons, selon
les ménagements que nous avons à garder vis-à-vis des viscères
etvis-à-vis de la paroi très mince du kyste. En avançant de bas
en haut, vers l’estomac et le foie, les difficultés augmentaient,
soit parce que les adhérences étaient plus fortes, soit parce
que, en s’engageant plus profondément, nos mains devenaient
moins libres dans leurs mouvements. Cependant, à force de
persévérance et de précautions, nous parvînmes à détacher
complètement le kyste sans avoir eu besoin de nous servir de ci­
seaux, ni de prolonger l’incision extérieure. D’ailleurs, l’extrême
distension de la paroi du ventre et l’évacuation du liquide avaient
singulièrement agrandi le champ de notre manœuvre: ainsi, pû­
mes-nous plonger nos regards dans toutes les hauteurs de la ca­
vité abdominale, jusqu’au foie, comme dans un immense sac
à peu près vidé, ainsi pûmes-nous introduire nos mains, les faire
manœuvrer, les diriger plus sûrement et conduire à bonne fin
uotre rude entreprise.
Libre de ses adhérences, la tumeur, soulevée par upe main en­
gagée sous elle , est aisément amenée au dehors par de simples
tractions exercées sur le lien qui fermait l’ouverture pratiquée
avec le trocart.

�•toi

ISNARD.

D’abord chargé de comprimer le ventre et le kyste, de mainte­
nir celui-ci appliqué contre les lèvres de la plaie abdominale, M.
Gouzian fut occupé, pendant la dissection et l'extraction de la
tumeur, à contenir et à réduire les anses intestinales qui s’échap­
paient sans cesse au dehors.
Le kyste dépendait de l’ovaire gauche. Le pédicule était large,
épais et très court. A cause de son volume, il -peut difficilement
être embrassé par les branches du clamp ; il y est étroitement
serré; puis il est étreint au dessous par une forte ligature et
coupé au dessus avec de gros ciseaux.
Cependant, dans la cavité du ventre, le sang coulait en nappe
par une très large surface. Je consacre à l’hémostasie et à la toi­
lette du péritoine tous les soins, tout le temps nécessaires. La
paroi abdominale, les intestins, la cavité pelvienne, le cul de sac
utéro-rectal sont minutieusement épongés à plusieurs reprises,
jusqu’il ce que le péritoine reste parfaitement sec. Pour donnera
ce temps capital toute la rigueur, toute la sécurité possibles, je
suspends quelques instants l’opération, rapprochant provisoire­
ment les lèvres de la plaie extérieure et rabattant les couvertures
du lit sur la malade. Puis, je donne un dernier coup d’œil et un
dernier coup d’éponge dans la cavité péritonéale et, sûr de n’y
laisser emprisonnés ni sang, ni caillots, sûr d’être maître de
toute hémorrhagie, je puis songer à la réunion.
L’utérus et l'ovaire droit étaient sains.
L'épiploon est attiré en bas et soigneusement étalé sur l’in­
testin.
La malade n’a pas perdu, en tout, plus de soixante grammes
de sang.
Quant à la douleur aux divers temps de l’opération, elle a été :
modérée pendant l'incision abdominale; vive pendant laconstriction du pédicule; très vive pendant l’arrachement des adhérences
gastriques et comparable, en ce moment, à de très fortes cram­
pes d'estomac. — On notera que les temps les plus douloureux,
d'ailleurs fort courts, avaient été exécutés sans le secours de
l’anesthésie.
Je ferme la plaie extérieure au moyen de cinq points de suture
profonde et cinq points de suture superficielle.
Pour la suture profonde, eneheviliée, j ’engage successivement,
avec deux aiguilles tubulées, d’abord de dehors en dedans puis
de dedans en dehors, cinq fils d’argent doubles il travers chaque
levre de la plaie abdominale. Le péritoine est compris dans la

OYARIOTOMIF.

405

suture. Deux bâtonnets sont placés parallèlement, a droite et a
gauche, entre chaque paire de fils métalliques. Ceux-ci sont
successivement tordus avec des pinces spéciales sur les bâton­
nets, de manière à assurer le rapprochement.
Cinq épingles, avec un long fil ciré, servent à faire les cinq
points de suture superficielle, entortillée.
Je complète l'occlusion de la plaie par l’application d’une couche
de collodion élastique étendue de tous côtés sur le ventre. Le
pédicule est badigeonné avec du perchlorure de fer.
A l’angle inférieur de la plaie se trouvent le pédicule, la liga­
ture et le clamp dont je retire les manches articulés. La brièveté
du pédicule est telle que, pour l’amener et le fixer au dehors, j'ai
été obligé d’attirer la matrice elle-même â peu près au niveau
de la plaie.
La malade rapidement lavée et essuyée, des coussinets de linge
engagés sous le clamp et les bâtonnets, je recouvre le ventre
d’une couche épaisse de coton cardé et j'assujétisle toutavec une
ceinture de flanelle.
L’opération a duré une heure et demie.
Pendant tout ce temps, M"10 F .... n’a rien perdu de son iné­
branlable courage. Immédiatement après, elle n’est ni déprimée,
ni refroidie, et son pouls, ferme, donne 85 pulsations. Elle avale
quelques gorgées de bouillon, sans avoir besoin d’autre stimu­
lant.
Reportée bientôt dans son lit, elle y est recouverte de flanelles
et entourée de moines.
Examen de la tumeur. — La masse totale de celle-ci, contenant
et contenu, pèse environ douze kilogrammes; les parties solides
figurent pour un kilogramme et demi.
Le kyste est multiloculaire; il est constitué par deux éléments
distincts : une poche principale et une série de loges secon­
daires.
La première est très volumineuse ; pour avoir une idée de sa
capacité, on se rappellera qu’elle avait fourni vingt-cinq litres de
sérosité, après la ponction du 13 février. Ses parois sont très min­
ces, en haut surtout où elles ont au plus l’épaisseur de l’intestin.
Sa surface extérieure laisse apercevoir: 1 en avant et sur une
grande étendue, les traces et les débris flottants des adhérences
qui unissaient le kyste au péritoine pariétal ; 2° en bas et au ras
de la tumeur, la surface de section du pédicule, avec l’orifice béant
de plusieurs gros vaisseaux qui alimentaient le kyste; tranversa°

�406

ISNARD.

lement dirigée, ayant la forme d'une ellipse très allongée, celle-ci
a sept à huit centimètres dans son grand diamètre et trois dans
son petit.
La série des loges secondaires contenue dans la poche princi­
pale en tapisse le bas-fond, surtout en arrière. Ayant dans son
ensemble le volume d une tète d’enfant, elle se continue en de­
hors, par une surface arrondie, avec le pédicule. Elle est formée
par un nombre infini de tumeurs, sans communication entre elles
et ayant toutes les dimensions, depuis la grosseur d’un chènevis
jusq’au volume d'un orange. Ces tumeurs renferment des subs­
tances très diverses, de la sérosité transparente, ou chargée de
flocons albumineux, du pus, du sang, de la matière sébacée.
{"avril, après midi. — Etat général satisfaisant; calme; moi­
teur à la peau; pouls à 90; inspiration 22: un peu de soif; quel­
ques nausées ; crampes utérines dues à la constriction et à la
brièveté du pédicule. — Prescriptions : immobilité absolue ;
bouillons; eau de Seltz; toutes les heures une pilule d’opium de
un centigramme ; cathétérisme vésical à intervalles réguliers.
2 avril — Nuit tranquille, sommeil ; peau humide et douce. Les
crampes utérines ont été s’affaiblissant et ont disparu le matin.
Je sonde alors la malade pour la dernière fois. Dès ce moment,
elle urine sur une éponge contenue dans un sac en taffetas ciré
que l’on retire et lave chaque fois.
Dans la journée, sentiment de bien être plusieurs fois exprimé
par l’opérée. Ventre complètement indolore. Pouls 85 à 90; inspi­
rations 18 a 20.— Bouillons répétés. Une pilule d’opium toutes les
deux, puis toutes les trois heures.
3 avril. — Cinq à six heures de bon sommeil dans la nuit.
La plaie abdominale marche vers la réunion immédiate et n’offre
aucune trace d’inflammation ni de suppuration. — Le pédicule
est presque entièrement momifié ; sa base seule est humide et
répand un peu d’odeur: badigeonnage avec la perchlorure de
fer. Je renouvelle les linges et les coussinets engagés sous le
clamp et sous les bâtonnets.
Ventre toujours souple et insensible au toucher. Un peu de mé­
téorisme; quelques coliques avec émission de gaz intestinaux.
Pouls 90. Inspirations 20. Peu de soif. Le soir nausées et deux
vomissements. — Bouillons; eau de Seltz. Pas d’opium.
4 avril. — Cette nuit soif, éructations, vomissements. Le ventre
se ballonne; les anses intestinales distendues par les gaz se des­
sinent nettement sous la peau. Pouls 95; 20 inspirations; peau

OVARIOTOMIE.

107

fraîche. Pédicule sans odeur et complètement momifié. — Bouil­
lon. Glace. Un lavement, rendu aussitôt avec issue de gaz abon­
dants, donne un peu de soulagement.
Dans l’après-midi, la pneumatose intestinale fait des progrès.
Inspirations s’élevant à 26, pouls a 100. Pas de selle, depuis le 1"
avril, au matin, avant l’opération. — Calomel, 40 centigrammes.
La situation s’aggrave, dans la soirée: vomissements; hoquet.
—Lavement de mercuriale. Une grosse sonde en caoutchoue in­
troduite profondément par le rectum donne issue au liquide du
lavement et à quelques gaz. Le soulagement est à peu près nul.
20 centigramme de calomel, toutes les trois heures.
5 avril. — Nuit mauvaise; l’état de la malade a empiré. Symp­
tômes fâcheux :1e ventre est très volumineux; l’intestin distendu
repousse en haut le diaphragme et comprime les poumons ; dys­
pnée, angoisse respiratoire, 30 inspirations; nausées continuelles;
hoquet plus fréquent et plus fort; soif vive; quelques cuillerées
de bouillon avalées dans la nuit ont été vomies ; de petites quan­
tités d’eau froide et de glace sont tolérées seules. Le pouls est
monté à 122. D’ailleurs pas de signes de péritonite.
Le ballonnement n’a porté aucune atteinte a la plaie abdomi­
nale : cette épreuve fait ressortir la solidité des moyens d’union
employés et particulièrement les avantages d’une bonne suture
enchevillée.
A 8 heures du matin, rejetant les moyens lents et incertains, je
pratique la ponction abdominale. J’enfonce, en présence de M.
Rampai, un trocart explorateur dans l’anse intestinale la plus sail­
lante; celle-ci se vide rapidement; mais le résultat étant insuf­
fisant, je ponctionne une deuxième anse. Cette fois, une grande
quantité de gaz s’échappe par la canule de l’instrument ; le ventre
s’affaisse aussitôt ; soulagement immédiat, disparition des acci­
dents, respiration libre, le nombre des inspirations descend à 23.
— Glace sur le ventre. 10 centigrammes de calomel, toutes les
deux heures. Potion avec quelques gouttes d’ammoniaque.
Dans la journée, tout rentre dans l’ordre, cessation des nausées,
des vomissements et du hoquet ; ventre souple, indolent et très
réduit, quoique un peu météorisé encore ; sentiment de bien être,
pouls à 116; 21 inspirations. — Bouillons; œufs. Suppression
de la glace sur le ventre et de l’ammoniaque.
A partir de ce moment, aucun autre accident n’est venu trou­
bler la marche rapide de la guérison.

�ISNARD.

OVARIOTOMIE.

6 avril. — Sommeil naturel et prolongé. Pouls 100. Respiration
20. Peau fraiche et moite. Dans la journée, trois selles abon­
dantes et faciles, avec issue de gaz ; ce sont les premières depuis
l’opération.
Tous les jours, le pédicule est attentivement visité, nettoyé,
séché, et, au besoin, badigeonné avec laperchlorure de fer; chan­
gement de linges; propreté rigoureuse ; aération ; l'opérée est
transportée, pendant quelques heures, sur un autre lit, afin de
renouveler fréquemment ses objets de couchage.—Alimentation :
œufs; poisson; poulet.
7 avril. — Quintes de toux fatigantes, cette nuit. ^Néanmoins
situation très bonne. Digestions parfaites.
8 avril. — La tympanite, les mouvements nécessités par le pre­
mières selles et les efforts de la toux m’ont obligé, dans ces
derniers jours, à ne pas toucher aux sutures. Dès le matin, j’enlève
le deuxième et le quatrième points de la suture profonde et je
ferme, avec du collodion, les quatres trous restés béants.
Le travail d’élimination a déjà creusé un sillon profond, à la
base du pédicule, au dessous du clamp. Suppuration; sanie gan­
gréneuse et fétide. Pansements minutieux et multipliés. Lotions
phéniquées.
0 avril. — Je retire les trois derniers points de la suture pro­
fonde, sans toucher aux bâtonnets. Ceux-ci, maintenus à leur
place par du collodion et par des anses de fil passées à leurs extré­
mités, remplissent le rôle d’une véritable suture sèche, enchevillée, très solide.
A mesure qu’il se détache, la pédicule laisse une plaie dont la
circonférence, recouverte de bourgeons charnus, se rétrécit promp­
tement.
L’opérée, pouvant se relâcher de l’immobilité qu’elle subissait,
prend diverses positions et reste bientôt assise sur son lit, une
grande partie de la journée.
Alimentation progressive et proportionnée aux aptitudes di­
gestives: côtelettes, poulet, etc.
10 avril. — J’ôte deux épingles de la suture entortillée. Je les
remplace par deux mèches de fils collodionnés, appliqués en tra­
vers de la plaie, en guise de suture sèche.
Je coupe, avec des ciseaux, la ligature devenue trop lâche et
inutile autour de la base, en grande partie détruite, du pédicule.
1l avril. — A six heures du matin, le clamp tombe avec la pé­
dicule, laissant une plaie très étroite, profonde, évasée en entonnoir

vers la peau et déjà largement envahie à sa circonférence par le
travail de cicatrisation. Uu petit drain en caoutchouc est intro­
duit dans le fond de cette plaie, afin d’empêcher l’occlusion pré­
maturée de sa partie superficielle et d’éviter le croupissement
du pus.
Suppression des trois dernières épingles de la suture superfi­
cielle. Comme toujours, les trous en sont fermés avec du collo­
dion.
La plaie abdomidale s’est réunie par première intention, sans
avoir jamais offert la moindre trace de suppuration.
Depuis l’opération, les fonctions de la vessie se sont toujours
accomplies naturellement.
Etat général très-satisfaisant. Pouls 80. Peau fraîche. Une selle
quotidienne sans lavement.
13 avril.— L’opérée se lève pendant une heure et demie: en
somme elle n’a gardé le lit que douze jonrs consécutifs. Elle
marche vers son fauteuil et se recouche sans fatigue.
Le lendemain, elle reste levée pendant six heures; le 17, elle
passe toute la journée hors de son lit et circule partout, dans son
appartement.
Le Io, chute du drain ; la plaie, produite par l’élimination du
pédicule, est réduite aux dimensions d’un haricot; le 20, elle est
totalement fermée.
Le 22, j'enlève les bâtonnets que j’avais laissés jusqu’alors eu
guise de suture sèche ; je les remplace par de simples mèches
de fils collodionnés mis en travers de la cicatrice. En outre, je
conseille une ceinture plus légère, avec pelote ventrale. Ces pré­
cautions, continuées pendant plusieurs semaines encore, per­
mettront à la cicatrice d’acquérir une solidité parfaite.
M™ F .... sort vingt-trois jours après son opération: elle
descend son escalier, fait une promenade de deux heures, en
voiture, et remonte chez elle, dans les meilleures conditions.
Dès lors, ses promenades quotidiennes deviennent de plus en
plus longues; le 29 avril, elle va passer la journée à la cam­
pagne. Peu à peu, elle reprend, avec ses habitudes, les forces,
l’embonpoint, la fraîcheur et le bien-être qu'elle avait perdus
depuis longtemps.
Aujourd’hui 20 mai, la santé générale est excellente.—A peine
déprimée inférieurement, la cicatrice abdominale ferme, linéaire,
très réduite, n’a plus que six centimètres de longueur.

40S

409

27

�410

1SNARD.

REMARQUES.
I. — Pour des motifs particuliers à mon opérée, j'ai
préféré à l’anestliésie générale, l’anesthésie locale réalisée
au moyen des douches d’éther pulvérisé.
J’y ai été déterminé par une affection du cœur et une
tendance naturelle aux vomissements, prédisposant soit à la
syncope, soit aux vomissements chloroformiques.
Si, par une cause toute accidentelle, l’anesthésie est restée
incomplète, l’insuffisance du résultat ne saurait infirmer la
valeur de la méthode.
Au contraire, je crois l’anesthésie locale appelée à étendre
ses bienfaits à l’ovariotomie, comme à d’autres opérations.
Déjà, en Angleterre, elle a été employée plusieurs fois avec
succès, par Spencer-Wells dans l’ovariotomie; par Thornburn
dans un cas semblable et dans la kélotomie; par Greenhalgh
dans l’opération césarienne.
Elle devra être appliquée toutes les fois que sera contreindiquée l’anesthésie générale, par exemple, chez les malades
affaiblies, épuisées, atteintes de maladies du cœur ou des
poumons, prédisposées aux vomissements, etc., etc. L’expé­
rience démontrera ultérieurement si cette méthode ne mérite
pas d’être généralisée davantage. Du reste, ne fit elle que
diminuer la douleur, ce résultat, joint à une innocuité par­
faite, aurait encore son incontestable utilité.
Le procédé consiste à diriger, jusqu’à production de l’in­
sensibilité, plusieurs jets d’éther pulvérisé sur les parties où
l’on va opérer. On emploiera les douches anesthésiques aux
divers temps douloureux de l’ovariotomie : avant l’incision
des parois abdominales ; avant la constriction et la section
du pédicule ; avant l’introduction de chacune des aiguilles,
ou des épingles destinées aux points de suture.
II. — Les adhérences du kyste étaient très-étendues. Elles
avaient succédé à la péritonite survenue à droite en janvier,
à gauche en février. Encore récentes, elles étaient déjà forte­

OVARIOTOMIE

411

ment organisées. Leur résistance était en rapport direct de
leur ancienneté : lâches à gauche, elles étaient, à droite et en
haut, très-serrées et opposèrent de sérieuses difficultés. La
temporisation n’aurait fait qu’augmenter les obstacles, susci­
ter de plus grands dangers et compromettre le succès de
l’opération. Encore quelques mois, et peut-être eut-il été
téméraire de la tenter, impossible de l’achever.
Ces faits portent avec eux un enseignement : ils fournissent
un nouvel argument contre l’ovariotomie tardive.
Trop souvent, on est porté à l’expectation. Quand le kyste
s’accroît lentement, quand il reste longtemps stationnaire,
quand il est peu volumineux, quand il est bien toléré par
l’organisme, il convient d’attendre. Au contraire — et c’est
le cas le plus fréquent — quand il a une marche progressive
vers un dénoùment facile à prévoir, quand il commence
à altérer manifestement la santé, et surtout quand il est
multiloculaire, la question de l’ovariotomie doit être posée et
résolue de bonne heure.
11 ne faut pas recourir à cette opération à la dernière
extrémité, après avoir même, comme on y est trop disposé,
accéléré la ruine de l’organisme par des ponctions succes­
sives. En pareil cas, si elle réussit quelquefois, très-sou­
vent. elle échoue. Il y a pour elle, comme pour toute autre,
un moment d’opportunité, un temps d’élection. Il importe de
le saisir ; il importe alors au chirurgien et à la malade de se
décider sous peine de sacrifier, sans compensations, les
conditions favorables au succès ; sous peine de voir survenir
d’un côté l’épuisement des forces, de l’autre de fâcheuses
complications, et, en particulier, des adhérences comptées,
avec raison, parmi les plus fréquentes et les plus redoutables.
Ges principes, mon observation les met nettement en
lumière et ainsi elle vient confirmer les tendances des ovariotomistes les plus autorisés, des chirurgiens américains, des
chirurgiens anglais, et, en France, de MM. Kœberlé et Péan.
III. — Avant de pratiquer l’ovariotomie, il est nécessaire
d’établir un bon diagnostic et, en particulier, d’être fixé sur les

�412

ISNARD.

OVARIOTOMIE.

adhérences. Fréquemment, celles-ci donnent la mesure des
difficultés et des périls de l'opération ; par leur étendue, leur
résistance et leur vascularité, elles peuvent môme devenir une
source de contre-indications et, plus d’une l’ois, elles ont forcé
le chirurgien, après avoir évacué le kyste, de l’abandonner
dans le ventre et de laisser son opération inachevée.
Mais un diagnostic complet n’est pas toujours facile, et,
malgré les investigations les plus attentives, une part reste
encore abandonnée à l'imprévu. C’est ce qui m’est arrivé. La
péritonite seule m’avait fait supposer la présence des adhé­
rences, leur étendue et la marche de leur formation. Je n’ai
pas eu d’autres éléments de diagnostic. Hors de là, soit avant,
soit après la ponction exploratrice, je n’ai jamais rencontré
que des signes négatifs. On s’en convaincra en relisant la
première partie de mon observation.
Quelle a été la cause de cette erreur, ou de cette insuffisance
de diagnostic, révélée seulement pendant l’ovariotomie et plus
tard par l’examen de la pièce pathologique ?
Elle résidait dans l’étendue même des adhérences ; dans le
volume énorme du kyste; dans l’amincissement excessif de
ses parois et de la paroi abdominale.
En effet, le kyste était soudé au ventre par une très-grande
surface; les parois de l’un et de l'autre, très-minces, large­
ment. étalées,confondues entre elles,11e formaient plus qu’une
enveloppe unique. La grande loge vidée échappait ainsi à
toute investigation. I)’un autre côté, la masse des kystes
secondaires, seule accessible à l’examen, libre, circonscrite
et en quelque sorte indépendante, ne pouvait fournir aucune
lumière au diagnostic. La constatation des adhérences était
donc impossible.
J'appelle l’attention suir cette erreur de diagnostic. Elle est
très-facile. Plus d’un ovariotomiste l’a commise et, précisé­
ment, en des circonstance analogues à la mienne.
Dans ces cas, en effet, rien d’abord ne faisait soupçonner les
adhérences; une première ponction, en vidant totalement le
kyste, semblait démontrer le retrait complet de ses parois et
apportait ainsi une sécurité trompeuse. Plus tard, l’incision

abdominale venait, seule, révéler inopinément toute l’étendue
des adhérences. J’ai noté qu’alors les parois du ventre et
celles du kyste étaient très-minces et tellement que, parfois,
ce dernier s’est rompu avant d’avoir été ponctionné, au début
même de l’opération.
Les dangers de l’imprévu peuvent donc s’ajouter encore
à ceux de la temporisation.
Je n’insiste pas sur les conséquences pratiques d’une pa­
reille situation. On les prévoit sans peine. Je veux seulement
tirer de là un dernier argument en faveur de l’ovariotomie
hâtive : je le trouve dans l’incertitude même qui plane sur
le diagnostic, à une période avancée des kystes de l’ovaire,
et dans l’impossibilité où est alors le chirurgien de préciser
l’existence, le nombre , le siège et la nature des adhérences.

413

IV. — Les grandes villes et surtout les hôpitaux sont fu­
nestes aux grandes opérations chirurgicales.
Cette proposition, aujourd’hui incontestée, est essentielle­
ment vraie pour l’ovariotomie. Aussi a-t-on recommandé de
la pratique;' loin des grandes cités et en particulier à la
campagne.
En général, on se conforme à cette règle importante autant
que possible. Ainsi agit, avec raison, M. Berrut, en pratiquant
son opération à la campagne, à Saint-Loup.
Il 11e m’a pas été permis d’en faire autant. Loin de là, mon
opérée était entourée de conditions hygiéniques très-défec­
tueuses : elle habitait Marseille, le seiif de la ville; sa maison
avait pour voisinage immédiat un grand hôpital et.une cour
étroite avec écuries; de plus l'opération a rencontré de sé­
rieuses complications.
Cependant, la guérison a été remarquable par sa rapidité.
Ce fait est un encouragement. Il prouve que, même au
milieu de circonstances défavorables, l’ovariotomie peut être
tentée, avec succès, à Marseille comme dans les autres grandes
villes, et il vient s’ajouter aux résultats heureux déjà obte­
nus à Lyon, par M. Desgranges, et à Paris, par MM. Boinet et
Péan.

�4M

ISNARD.

OZÈNE.

CONCLUSIONS :

CLINIQUE DE LA VILLE.

1° L’anesthésie locale, avec les douches d’éther pulvérisé,
doit passer dans la pratique de l’ovariotomie.
2° Employée aux divers temps douloureux de l'opération ,
elle sera au moins réservée pour les contre-indications de
l’anesthésie générale, chez les femmes affaiblies, épuisées,
disposées aux vomissements, atteintes de maladies du cœur,
des poumons, etc.
3° L’expérience démontrera si elle mérite d'être étendue à
d’autres cas.
4° L’ovariotomie doit être pratiquée de bonne heure et non
pas à la dernière extrémité.
5° La temporisation épuise les malades, prépare de fâcheu­
ses complications et crée ainsi des difficultés, des périls, des
impossibilités même pour l’opération.
6° A une période avancée des kystes de l’ovaire, un bon
diagnostic devient souvent difficile ou impossible*; aux dan­
gers de la temporisation s’ajoutent donc les dangers de l'im­
prévu : de là un dernier argument contre l’ovariotomie tar­
dive.
%
7° Si les petites localités et la campagne sont essentiellement
favorables à l’ovariotomie, cette opération peut être tentée
avec succès dans les grandes villes, à Marseille, comme à
Lyon à et Paris.

415

O bservations de trois cas d’ozène.

Emploi avantageux de la douche inlrà-nasalc, simplement aqueuse dans les deui premiers cas,
médicamenteuse dans le troisième,
Par le Dr C. B lanchard.
Deux jeunes filles, deux sœurs, Tune âgée de 19 ans, l’autre
de 15 à 16, nées d’un père et d’une mère dont la santé n’a ja­
mais rien laissé à désirer, ont été atteintes d’ozène.
Familièrement accueilli dans la famille, je ne pouvais me rendre
compte d’une certaine odeur désagréable cpie je sentais, lorsque
je me trouvais auprès de cos personnes. Elles me paraissaient si
bien constituées et portaient sur leur faciès l’apparence d’une si
bonne santé, que je ne pouvais soupçonner quelles fussent affli­
gées d’une pareille maladie.
Une de leurs proches parentes me demanda s’il n’y aurait pas
moyen de débarrasser l’aînée des deux sœurs d’une odeur qu’elle
exhalait et qui fatiguait les personnes de son entourage.
En examinant la malade, je notai le peu de hauteur du nez,
l’affaissement de ses os, l’élargissement de ses ailes; l’air expiré
devenait fétide ; les matières rendues étaient de nature mucosopurulente.
— L’odorat était complètement intact. — J’ai tout d’abord fait
priser une poudre de quinquina et de tannin mélangés par par­
ties égales : je n’ai rien obtenu.
Il me semblait avoir lu, dans l’excellente publication de notre
confrère, M. le docteur Bricheteau, un cas de cette nature, qui
n’avait, pas résisté à l’action de l’irrigation. Je m’empressai alors
de conseiller ce moyen il ma malade ; elle remplissait quatre fois,
chaque jour, un irrigateur Eguisier du petit modèle ; elle appli­
quait la canule dans une narine, et faisait en sorte, par une ex­
piration forte, que le liquide tombé dans le pharynx fût rejeté
par l'autre narine.
«

�416

BLANCHARD.

Deux mois d'irrigation, d'une manière régulière, ont amené la
guérison d’un mal cruel qui ordinairement condamne ses victi­
mes au célibat !
Depuis plus d’un an l’air expiré est inodore.
La personne qui m’avait adressé l’aînée des deux sœurs, me
pria de m’occuper de la cadette, qui exhalait une odeur encore
plus fétide que celle de son aînée. L’irrigation fut employée
d’emblée, pendant trois mois. Il n’y eut pas d’amendement: l’odeur
parut même plus infecte. Voici, cependant, plusieurs mois, que
sous l'action du même moyen, pratiqué d’une manière persistante,
cette jeune personne me paraît guérie complètement.
Je ne compte pas encore sur un succès radical : je n’y croirai
qu’après la suspension prolongée de l’irrigation, laquelle d’ail­
leurs ne sera suspendue qu’après des intervalles ménagés de
reprises du même moyen.
Réflexions. — Je crois que l’irrigation est un bon moyen,
dans la thérapeutique del’ozène si rebelle habituellement. Les
deux faits ci-dessus relatés m’y autorisent ; en effet, dans le
premier cas, guérison radicale, maintenue après un an; et
dans le second, guérison très-probablement certaine aujour­
d’hui. Dans les deux cas, du reste, les secrétions nasales, sont
moins abondantes, moins consistantes que par le passé. Cette
double modification, jointe à la suppression de toute odeur dé­
sagréable, dans le flux nasal, m’a inspiré la pensée d’ajouter
un nouvel appui à la médication recommandée par le bulletin
général de thérapeutique, en faisant connaître ce que ma mo­
deste pratique m’a paru révéler d’utile à tenter en face d’une
véritable infirmité, aux plus belles années de l’existence!
Les deux observations qui précèdent, et qu’un médecin dé­
sireux de garder l'anonyme m’a transmises, m’engagent à en
produireune troisième, confirmant pleinement les judicieuses
espérances de notre honorable confrère.
Le sujet de mon observation est une femme de chambres, sans
être aussi heureusement dotée, au point de vue de l'habitus ex­
térieur, que les deux personnes citées plus haut, la femme qui
s’est présentée à moi, il y a trois ans, n’était sous le coup d’au­
cune diathèse ; âgée de 25 ans, elle était bien réglée depuis plu­
sieurs années.
»

Bien que je ne pusse saisir aucune indication saillante, pour
faire prendre patience il ma cliente, je lui prescrivis un sirop
dépuratif — de saponaire, je crois. — Instruit, comme mon con­
frère, par la lecture du llulletin de thérapeutique des résultats
favorables de l’irrigation, je la mis aussitôt à contribution.
Dans la pensée d’agir plus rapidement, je fis joindre, par cha­
que litre de liquide, une cuillerée a café du soluté suivant:
Eau distillée.
100 grammes.
Permanganate ferro-potassique. 5 grammes.
Dès les premiers jours, j’obtins la disparition de toute odeur;
un mois après, je ne fis plus faire qu’une séance tous les trois
jours ; puis, tous les cinq jours, durant un autre mois; enfin,
une fois par semaine, durant le 4° mois.
Après quinze jours de suspension, bien que le bon état se
maintînt, les douches intra-nasales furent reprises cinq fois, de
trois jours l’un.
Après un mois de suspension, il ne fut plus rien fait et la gué­
rison s’est maintenue depuis.

CLINIQUE DES HOPITAUX.
HOTEL-DIEU.
(Service de M. Fabre).

Alicès du foie. — Phénomènes thoraciques et ulcérations intestinales.

( Obaorvation recueillie par M. Vidai., de Cassis, in ten te des hôpitaii.T. )

Le nommé Fondé, Emile, marin, âgé de 27 ans, d’un tempéra­
ment lymphatique et d’une constitution très affaiblie, est entré
à l’Hôtel-Dieu le 31 juillet 1868, et est couché au n° 27 de la salle
Àillaud.
Il arrive de la Martinique , et est malade depuis quatre-vingts
jours, il a, dit-il, la dyssenterie ; les selles,en effet, sont sanguino­
lentes et d’aspect graisseux, les garde-robes sont très fréquentes

�VIDAL.

ABCÈS DU FOIE.

et peu abondantes. Son teint est jaune, son faciès très amaigri,
les traits de la face sont tirés; il tousse un peu, il éprouve de
l'anorexie, le pouls est fréquent, petit, mou et dépressible. La dyssenterie est combattue par des pilules d'opium et d’ipéca, et cède
le 17 août. Mais le malade se plaint d’une fièvre venant régulière­
ment, depuis trois jours à sept heures du soir : il éprouve un grand
frisson, et son corps est couvert ensuite d’une sueur abondante et
fétide. Ces accès sont traités par le sulfate de quinine à haute
dose. En même temps, cet homme sent une grande douleur à
l’hypochondre droit, douleur aigüe, lancinante et s’exaspérant par
la pression. Le foie dépasse le rebord des fausses côtes, le dernier
espace intercostal est considérablement élargi; on ne constate
aucune fluctuation. Cependant les antécédents dyssentériques et
les signes rationnels permettent de diagnostiquer un abcès du
foie. Trois vésicatoires sont successivement appliqués loco dolenti
et le dernier est pansé chaque jour avec du chlorhydrate de mor­
phine.
Les frissons , qui avaient disparu, se renouvellent encore cha­
que soir, le malade maigrit de plus en plus ; la toux est fréquente,
on entend quelques craquements aux sommets et des râles sous
crépitants en assez grand nombre des deux côtés surtout à droite;
il existe en outre un point pneumonique a la partie moyenne droite
du thorax et en arrière. Le malade dit avoir rendu du pus par les
selles, mais n’avant pas vu les matières fécales nous ne pûmes que
soupçonner un instant l’ouverture de l’abcès de foie dans l’intestin;
d’ailleurs, le foie n'avait pas diminué de volume.
L’etat général s’aggravait chaque jour de plus en plus et le
malade finit par succomber le 10 septembre après avoir rendu une
selle très abondante et complètement sanguinolente; il y avait
des caillots assez volumineux.
Autopsie. —L’autopsie est pratiquée vingt-deux heures après
la mort; à l’ouverture de la cavité thoracique, on ne constate la
présence d’aucun liquide ; la plèvre est normale ; le poumon droit
présente à considérer des tubercules au sommet, une congestion
assez intense et assez étendue au centre, à l’endroit où on suppo­
sait le point pneumonique; dans le poumon gauche et au sommet
on remarque aussi quelques tubercules. Le cœur est normal; la
surface supérieure du diaphragme est aussi normale. Le foie est.
très volumineux, sans aucune adhérence avec les parties envi­
ronnantes. L’incision de la face convexe laisse échapper un flot

de pus ; une vaste cavité est creusée dans cet organe, elle contient
environ un litre et demi de pus de bonne nature. La vésicule
biliaire est normale. La rate est un peu hypertrophiée, elle est
très-molle. Les reins et les capsules surrénales n’offrent rien de
particulier. Dans l’intestin, on aperçoit les cicatrices d’ulcérations
complètement guéries ; des ulcérations plus grandes et plus
nombreuses paraissent tout-à-fait récentes ; le colon transverse
est rempli par des caillots.

418

419

Réflexions. — Cette observation renferme plusieurs ensei­
gnements précieux.
Elle prouve d’abord l’importance des commémoratifs et des
signes rationnels pour le diagnostic des abcès du foie. Voilà,
en effet un vaste abcès contenant un litre et demi de liquide,
et qui n’est révélé, ni par la flutuation recherchée avec le plus
grand soin, ni par l’œdème des parois abdominales, ni par
une proéminence localisée ; la tuméfaction générale de l’or­
gane est, à elle seule, un signe insuffisant, mais les antécé­
dents de dyssenterie, la vive douleur éprouvée par le malade
dans l’hypochondre droit, les accès fébriles qui ne cèdent que
momentanément au sulfate de quinine et qui se terminent
par des sueurs fétides, ; voilà les principales bases d’un dia­
gnostic que l’autopsie a pleinement confirmé. A côté des cas
assez nombreux , rassemblés par Rouis, d’abcès du foie que
ne révélait aucun signe rationnel, il est bon de pouvoir citer
aussi un exemple d’un cas où les signes rationnels ont, à eux
seuls, permis de reconnaître la nature exacte du mal. D’ail­
leurs il n’y a pas de maladies aussi protéiformes que les affec­
tions hépatiques, et il est utile de faire connaître toutes les
variétés d’aspect qu’elles peuvent présenter.
Un autre fait mérite d’être relevé dans cette observation :
c’est une preuve de plus de la loi de coïncidence qui existe
entre les inflammations hépatiques et les phlegmasies ou les
congestions du poumon. Il est bien rare qu’un abcès du foie
se développe sans déterminer aussitôt des troubles dans la
circulation et la nutrition du poumon. Ce qu’il y a de plus
remarquable, et ce dont notre observation est un exemple
incontestable, c’est que ces noyaux congestifs ou inflamma-

Jfc* v .1 uJ

�420

VIDAL.

toires ne se trouvent pas nécessairement à la base du thorax,
au voisinage immédiat du foie, mais qu’il peuvent se déve­
lopper à la partie moyenne. Si l’ouverture doit se faire dans
la poitrine, le noyau pneumonique suppure, puis l’abcès du
poumon s’étend d’un côté vers celui du foie, avec lequel il
finit par se confondre, et d’autre part vers un tuyau bronchi­
que, dans lequel il finit par s’ouvrir. C’est là, d’ailleurs ,
une marche ordinaire, très curieuse et trop peu connue, des
inflammations de voisinage.
Enfin, cette observation apporte un élément à la solution
d’un problème encore discuté. La coïncidence de la dyssenterie
et des abcès du foie est assez commune. L’opinion classique,
propagée surtout par Budd, est que les ulcérations intestinales
jouent un grand rôle dans la production des abcès hépatiques.
Annesley, attribuant la dyssenterie à la bile viciée sécrétée
par le foie malade , a soutenu par contre que l’hépatite est la
cause des ulcérations intestinales. L’autopsie a prouvé que,
chez notre malade, les ulcérations s’étaient faites en deux
temps; les unes ont précédé l’abcès du foie et ont pu contri­
buer à le produire; les autres n’ont apparu qu’en dernier
lieu, alors que les ulcérations dyssentériques étaient complè­
tement cicatrisées, et il est permis de présumer que l’abcès
hépatique n’a pas été étranger à leur formation. Il y aurait
donc, entre les ulcérations intestinales et les phlegmasies hé­
patiques, une de ces actions réciproques qu’on rencontre si
souvent en pathologie.

BIBLIOGRAPHIE.

421

MliLIOGMPIlIE.
Élude sur les eaux de Vais, par le Dr Emile Bourgarel. — Des indications
des eaux d’Enghien , par le Dr Fougier. —Topographie médicale de Can­
nes, par le Dr Caire.
Si les ouvrages sur les eaux minérales deviennent chaque
jour plus nombreux, ils sont par contre extrêmement rares
.ceux qui, parmi eux, servent autant à faire avancer la science
qu’à faire connaître leur auteur. Rechercher les ressources
que présente une station thermale dans le traitement d'une
maladie déterminée, comparer l’efficacité des diverses sources
de cette station dirigées contre les différentes formes de cette
maladie ; exprimer les résultats de son expérience dans un
langage purement médical, écrire ainsi un mémoire tout-àl'ait scientifique, tel est le moyen le plus sur de travailler aux
progrès de l’hydrologie. M. le Dr Bourgarel l’a bien compris.
Aussi son étude sur les eaux de Vais, après quelques aperçus
sommaires sur Vais, son climat et ses eaux, est-elle spéciale­
ment consacrée aux sources magnésiques de cette station et
aux règles de traitement qu'y réclame la dyspepsie intes­
tinale. M. Bourgarel appelle ainsi la dyspepsie non pas limitée
à l’intestin mais prédominante dans cette partie du tube
digestif. Nous croyons être utile à nos lecteurs en reprodui­
sant les principaux traits de la description qu’il donne de
cette maladie assez mal étudiée jusqu’ici :
« Au début, les symptômes sont le plus communément
assez légers. L’estomac devient capricieux ; la digestion est
lente, accompagnée ou non de ballonnement, et de renvois
généralement inodores, quand l’état nerveux prédomine.
D’autres fois, au contraire, la digestion stomacale est trèsrapide. L’organe semble se débarrasser à la hâte de sa besogne,
la bâcler, pour ainsi dire. Les matières alimentaires, insulfi-

�422

A. FABRE.

samment élaborées, passent ainsi clans 1 intestin, qui, impuis­
sant à réparer cette insuffisance d’action de l’estomac, 11e
parvient pas à terminer normalement leur digestion. Pendant
ce temps, l’estomac, devenu vide tout à coup, sollicite impé­
rieusement une nouvelle nourriture. De là, ces fringales su­
bites, presque douloureuses, qui 11e vont cependant pas jus­
qu'à la véritable douleur. La gastralgie proprement dite a
plutôt pour compagne la constipation, tandis que l’état dont
nous parlons amène la diarrhée.
« Ces phénomènes morbides peuvent devenir à peu près
insensibles. Alors l’indigestion se produit, pour ainsi dire,
silencieusement, soit à chaque repas, soit seulement après le
repas du soir, ce qui est un fait assez commun, et très-carac­
téristique. Beaucoup de ces malades digèrent très-bien le repas
du matin ; le soir, la nourriture prise ne parait pas peser
davantage sur l’estomac; mais, au milieu de la nuit, un ma­
laise géîiéral interrompt brusquement le sommeil, ou le rend
agité. Si le malade s’éveille, il éprouve souvent dans les épau­
les des frissons légers, mais qu’aucune addition de couvertures
ne parvient à faire cesser; son front est humecté d’un peu de
sueur froide; il perçoit une sensation de froid au jambes, et,
dans la plupart des cas, ce froid est réel et appréciable au
toucher. En même temps un gargouillement fin ou de gros
borborygmes se font entendre dans le ventre. Une selle im­
périeuse, molle ou liquide, quelquefois solide dans sa première
partie et liquide à la fin, force le malade à se lever.
« Cette selle est rarement soulageante. Elle laisse après elle
une sensation pénible, comme s’il devait être bientôt néces­
saire de se présenter de nouveau à la garde-robe. Cependant,
les phénomènes nerveux s’apaisent, et, si c’est pendant la
nuit, le malade peut, en général, se rendormir. La selle est
abondante, et alors unique, ou bien, moins copieuse, elle est
suivie d’une ou plusieurs autres, jusqu’à ce que le gros intes­
tin soit vidé, au moins en grande partie.
« Dans les cas légers, ces troubles 11e se produisent pas
toutes les nuits, et le sommeil n’est pas toujours interrompu.
Dans les cas graves et invétérés, chaque nuit ramène les

BIBLIOGRAPHIE.

423

mêmes symptômes, et la diarrhée peut devenir permanente.
« Les désordres fonctionnels de l’intestin persistent, dans
certains cas, alors qu'on ne constate plus rien d’anormal du
côté de l’estomac. C’est que la longue durée de ces désordres
a occasionné une altération organique, ou bien que, dès le
début, ils ont été dus à une lésion, généralement à une in­
flammation subaiguë ou chronique. Alors on n’a plus affaire
à une dyspepsie, mais bien à une entérite. En palpant avec
soin l’abdomen , on trouve dans certains points l’intestin
comme induré, douloureux à la pression, et des douleurs
spontanées se font sentir, soit dans la région iliaque gauche,
soit, ce qui est plus fréquent, dans la région cœcale, ou bien
dans le point de réunion des portions ascendante et horizon­
tale du colon.
« Les accidents nerveux, qui accompagnent cette dyspepsie,
prennent quelquefois des formes bizarres. Dans un cas, ré­
cemment soumis à mon observation, le trouble de la digestion
s'annonçait brusquement par une douleur frontale, et par
une sorte de délire pendant lequel la pensée du malade ne
pouvait se fixer sur aucun objet, l’imagination vagabonde
courant sans trêve d’une chimère à une autre.
« Les selles, souvent fétides, varient de nature. Quelque­
fois, lorsque la maladie tendant à guérir, les matières devien­
nent solides, elles sont entourées d’une couche de mucus.
Elles ont un caractère particulier quand la maladie est liée à
une affection du foie. Si la bile, trop épaisse ou trop rare,
manque à l’intestin, les matières prennent la couleur du
mastic des vitriers. Si, au contraire, la bile afflue tout à coup
dans l’intestin, cette débâcle bilieuse colore les selles en vert
quelquefois si foncé qu’elles paraissent noires.
« Le retentissement de ces troubles digestifs sur l’économie
tout entière varie suivant leur intensité, et surtout suivant
leur marche. La débilitation devient quelquefois profonde en
très-peu de temps.
« Cette maladie guérit rarement d’un seul coup, et la fré­
quence des rechutes décourage souvent le malade. Cependant
la guérison peut avoir lieu rapidement lorsqu’on arrive à

�424

A. FABRE.

pénétrer la cause de l’affection, si cette cause est facile à sup­
primer. Les préoccupations morales graves, les travaux intel­
lectuels trop suivis, Fabus des plaisirs vénériens jouent un
rôle important dans l’étiologie de cette forme de dyspepsie.
A ces causes, il faut ajouter les diathèses, surtout l’herpétique
ou l'arthritique, souvent difficiles à deviner sous le masque
de la dyspepsie. »
C'est surtout dans les sources de Vais, qui contiennent une
notable proportion de bicarbonate de magnésie, la Précieuse,
la Désirée, l’Impératrice jet, ajouterons-nous, probablement
Saint-Vincent-de-Paul), que l’on trouve les meilleurs remèdes
à la dyspepsie intestinale.
Ces sources sont tolérées d’une manière remarquable par
l’estomac, condition importante pour le traitement des dys­
pepsies douloureuses qui, en général, supportent très-mal les
eaux bicarbonatées sodiques.
Elles produisent un effet laxatif qui n’est pas constant. Elles
peuvent être utilisées pour exercer une action substitutive sur
la muqueuse de l’intestin dans la dyspepsie intestinale, et
aussi pour obtenir une action déplétive dans les engorgements
du foie, la pléthore abdominale, la constipation.
Voilà résumées d’une façon extrêmement succincte les prin­
cipales questions traitées dans la brochure de M. Bourgarel.
D'un côté, étudier une maladie encore fort mal connue, la
dyspepsie intestinale ; d’autre part mettre en relief une action
spéciale de certaines sources de Vais en précisant les cas où
l’usage de ces eaux est indiqué ; tel est le double but que s’est
proposé notre collègue. Il a, dans ce travail, révélé une fois
de plus les qualités que nous lui connaissons: ce mélange de
bons sens et d’esprit français, cette finesse et cette sûreté de
jugement, qui permettent d’être à la fois bon écrivain et
médecin excellent.
Comme M. Bourgarel, le Dr Feugier, médecin consultant à
Enghien, a concentré ses recherches sur un sujet déterminé.
S’il consacre bien les premières pages de sa brochure à établir
que les eg,ux sulfureuses conviennent dans toutes les angines
glanduleuses, qu'elles soient de cause hygiénique ou d’ori­

BIBL10GRAPH1E.

425

gine diathésique ; s’il tend également à faire triompher l’opi­
nion que, contraires aux laryngites ulcérées, ces mêmes eaux
sont utiles aux laryngites exemptes d'ulcération ; c’est au pal­
pitant problème des indications des eaux d’Enghien dans la
phthisie pulmonaire qu’il consacre la plus grande partie de
son mémoire et les plus louables efforts. M. Feugier ne pense
pas que l’action des eaux d’Enghien diffère sensiblement de
celle des autres eaux sulfureuses, et il est probable que les
remarques qu'il a faites seront trouvées exactes pour la médi­
cation sulfureuse en général.
Il faut, d’après l’auteur, exclure de la thérapeutique ther­
male les phthisies aiguës et la phthisie commune à marche
rapide et envahisssante. Dans la phthisie chronique continue
les eaux sulfureuses sont généralement contre-indiquées.
Elles conviennent par contre et peuvent rendre de très-grands
services dans la phthisie chronique lente, à marche saccadée,
surtout lorsqu’on les administre dès la première période.
11 n’est pas nécessaire d’attendre, pour y recourir, que tout
éréthisme fébrile et toute liémophysie se soient complètement
dissipés. On doit les administrer, non-seulement chez les sujets
lymphatiques, mais quel que soit le tempérament du malade,
en ayant soin d’approprier les doses à la susceptibilité du
sujet.
La médication sulfureuse dans le traitement de la phthisie
peut rendre d’immenses services, pourvu qu’elle soit employée
à doses très fractionnées et surveillée avec soin. Justement à
cause de son énergie, elle ne rend pas nécessaire le séjour de
tous les malades dans les stations thermales, et j’ai eu bien
souvent occasion d’en étudier les effets. C’est pour moi un fait
acquis que le tempérament du sujet n’est nullement une rai­
son pour adopter ou rejeter le soufre chez les phthisiques, mais
que, par contre, le tempérament influe beaucoup sur les doses
auxquelles ce médicament doit être prescrit. J’ajouterai que
le soufre m'a paru d’une inefficacité absolue sur les granula­
tion tuberculeuses, mais qu’il est d’une utilité incontestable
contre ces poussées de pneumonie caséeuse vésiculaire qui
produisent les craquements et qui jouent un grand rôle dans
28

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

la production de la phthisie. — Granulations et inflammation
spéciale à tendance caséeuse et à siège loculaire ; tels sont les
deux éléments dont se compose la phthisie commune ; c’est
au second que répond l’indication du soufre et ce sont les cra­
quements qui révèlent sa présence, tandis que les granula­
tions ne sont annoncées par aucun signe positif d’auscultation.
Ces poussées inflammatoires impriment à la plupart des phthisies chroniques la marche saccadée. Mais ce n’est pas unique­
ment sur la marche du mal qu’il convient que le praticien
se guide, comme M. Feugier incline peut-être un peu trop à
le penser ; c’est aussi et surtout sur des signes physiques d’aus­
cultation : or, l’indication la meilleure de l’emploi du soufre
dans la phthisie me parait être l’existence de craquements
secs et de petits râles sous-crépitants. Je confie cette remarque
à l’examen de mes confrères et entre autres de ceux qui ont
fréquemment, comme M. Feugier, occasion d’ohserver des tu­
berculeux. Toujours est-il que nous devons savoir gré aux
hommes qui, à l’exemple de notre auteur, déploient un véri­
table talent à faire progresser le traitement de cette terrible
maladie qu’on appelle la phthisie pulmonaire.
Si M. Caire s'occupe de la môme maladie que vient d’étu­
dier M. Feugier, l’agent thérapeutique qu’il considère est bien
différent. Il s’agit ici d’une topographie médicale de Cannes
avec plan géographique sous le rapport de la phthisie pulmo­
naire, de ses formes et de son traitement. Il nous est impos­
sible d’apprécier les résultats de cette tentative, mais nous ne
pouvons que l’approuver, car, savoir distinguer c’est le grand
art des praticiens. — Un mot seulement sur les principales
idées de l’auteur. Le tubercule est, d'après M. Caire, un pro­
duit commun à plusieurs maladies constitutionnelles. Il y a
une phthisie essentielle à forme éréthique ou nerveuse, une
phthisie à forme torpide ou scrofuleuse, enfin une phthisie à
forme arthritique ou rhumatismale. Le système nerveux joue
le rôle principal dans la première, le système lympathique
dans la seconde, et le système sanguin dans la troisième. Cette
division est ingénieuse, mais malheureusement les descrip­
tions deM. Caire n’entraînent pas suffisamment la conviction.

D’ailleurs, ne voit-on pas des scrofuleux atteints de phthisie
granuleuse aiguë et des arthritiques porteurs de grosses lé­
sions tuberculeuses sans hémoptysies comme sans réactions
générales de l’organisme? N’importe; quelles que soient les
difficultés que présente ce problème des rapports qui peuvent
exister entre la phthisie et les diathèses, c’est un mérite d’ap­
peler sur lui l’attention des médecins et surtout de proclamer
bien haut, comme le fait M. Caire, que chez le phthisique on
ne peut traiter le poumon tuberculeux, abstraction faite de
l’homme malade.

*26

427

Les membres de la Commission administrative des hospices
à leurs concitoyens.
Ce n’est certes pas nous qui chercherons à prolonger le débat
si vif et si fâcheux qui s’est récemment élevé entre la Commis­
sion des hospices et le Conseil municipal ; aussi ne feronsnous que signaler le mémoire par lequel MM. les Administra­
teurs de nos hôpitaux se justifient des attaques dont ils ont
été l’objet.
Plusieurs points nous frappent dans ce travail : le premier,
c’est que la fermeture de deux salles, permise par l’état sani­
taire au moment où elle a été opérée , ne méritait pas de sou­
lever toutes les tempêtes qui l’ont suivie, bien que, pour la
salle des vénériens, la mesure ait été un peu précipitée. Le
second, c’est que, dans ses divers services, et notamment pour
la nourriture des malades, l’administration fait toutes les éco­
nomies possibles; nous ajouterons même qu'elle en fait trop;
nous avons, dans nos hôpitaux , une foule de pauvres gens
dont la constitution délabrée ne demande qu’à être recon­
fortée par un régime substantiel, et il est pénible d’être obligé,
par des nécessités budgétaires, de leur mesurer les aliments
qui doivent les guérir. Le troisième, c’est la nécessité de ren­
voyer à leur auteur les singuliers conseils de désintéressement
que, par ignorance, nous aimons à le croire, un conseiller
municipal s’est permis de donner publiquement au corps mé­
dical de nos hôpitaux ; la brochure que nous avons sous les

�N

429

VILLENEUVE FILS.

REVUE DE GYNÉCOLOGIE.

yeux le rappelle, et il est bon que tout le monde le sache,
nos médecins et chirurgiens en chef reçoivent sans réclamer
une somme de 600 fr. par an, qui n’est ni un traitement, ni
même une indemnité convenable, les adjoints, quand ils
sont deservice . ont droit à 23 sous par jour. Et voilà comment
la Commission des hospices prodigue, au profit des médecins,
les sommes qui lui sont allouées par le Conseil municipal.
Ces allocations, qui s’élèvent au chiffre important de
600,000 fr., sont restées stationnaires ces dernières années,
malgré l’augmentation des charges imposées aux hospices, et
le Conseil ne parait pas disposé à augmenter ce chiffre à l’ave­
nir. C’est fâcheux, parce que les pauvres malades en souffriront.
A ce pénible état de choses, il y a un remède bien naturel.
Que le Conseil municipal soit représenté dans la Commission
des hospices, et qu'il proportionne ensuite ses allocations à
l'étendue des besoins qu’il aura ainsi constatés lui-même.
Tel est le vœu qu’il nous sera permis de formuler pour le
profit des pauvres et dans l’intérêt de tous.
A. F a b r e .

Fortschrilte des gesammten Médicin (1), forment le résumé bi­
bliographique le plus complet sur la matière.
Depuis 1853, MM. Crédé, Jlecker, Martin et von Ritchcn pu­
blient un journal spécial, sous le titre de Monatsschrift fur
Geburtskunde und Frauen krankeiten (2).
Rien de pareil en France. Nos principaux recueils médicaux
ne publient même pas une revue périodique des maladies des
femmes. C’est là, à notre avis, une lacune que nous essayerons
de remplir pour les lecteurs du Marseille Médical. Mais pro­
clamons tout d’abord et en commençant, avec un des maîtres
de la gynécologie moderne, M. Courty, que si « la spécialité
est le plus bas degré de l’art lorsqu’elle n’est pas fécondée par
les connaissances générales; elle en est la perfection lorsqu’elle
est le couronnement de la science ». On connaît le vieil adage:
Propter uterum solum mulier id est quod est, et il n’est pas
besoin d’une bien vieille expérience pour en reconnaître la
grande vérité. Aussi, presque tous les traités dogmatiques sur
les maladies des femmes ont pour titre: maladies de l’utérus,
et placent-ils comme appendice les maladies des autres
organes, qu’ils baptisent simplement du nom d’annexes.
N’est-ce pas là exagérer un peu et pousser un principe vrai
jusqu’à ses plus extrêmes conséquences?
Le rôle immense que la science moderne a dévolu à l’ovaire,
à l’organe femelle par excellence, ne devrait-il pas lui assigner,
dans la nosologie spéciale, une place au moins égale à celle de
la matrice. Et les modifications profondes, l’excitabilité si
grande, les manifestations si mobiles et si variées du système
nerveux delà femme, tant central que périphérique, ne méri­
teraient-elles pas aussi une étude particulière et approfondie ?
Je me réserve de revenir, ici même, sur cet important sujet,*
trop négligé à mon avis.
— Si le rôle de l’utérus est considérable chez la femme, on
s'aperçoit bien vite que ce rôle varie suivant deux phases capi­
tales de son évolution, qui le modifient si profondément

428

REVUE DE GYNÉCOLOGIE.
Depuis quelques années, l’étude des maladies spéciales à la
femme tend à former, en France, un groupe séparé et comme
une nouvelle spécialité. — Depuis longtemps il en est ainsi en
Allemagne. — Chez nos voisins, la gynécologie a non-seule­
ment ses praticiens spéciaux, mais elle occupe une place dis­
tincte dans la plupart des recueils médicaux. Ainsi Kiwish a
fait, de 1811 jusqu’à sa mort, un résumé annuel et complet
des travaux publiés dans tous les pays, sur la gynécologie.
Ces revues, publiées dans le Cansttal’s Jahresbericht uber die

(1) Erlangen and Vursburg.

(2) Revue mensuelle d'accouchement et des maladies de femmes.

�430

VILLENEUVE FILS.

qu’elles en font comme nn autre organe. Oui, on pourrait dire
que la femme a deux utérus: l’utérus normal et l’utérus gra­
vide: différences de poids, de forme, de volume, de structure,
de texture et de fonctions : voilà pour le point de vue anatomophysiologique, et, sous le rapport pathologique, les différences
ne sont pas moins grandes. Le développement de cette idée
pourrait m’entraîner loin. Je la mentionne seulement pour
expliquer la division que je compte établir dans ce compte­
rendu. Dans le prochain semestre, sous le titre de Revue
Obstétricale, je tâcherai d’analyser les principaux travaux pu­
bliés pendant l’année sur Fart des accouchements. Pour au­
jourd’hui je me bornerai à la gynécologie proprement dite.
T r a it é s G é n é r a u x .

1. Courty. Traité pratique des maladies de Vutérus et de ses
annexes. Paris. Anselin. 1866.
2. Matthews Duncan. Fecundity. Fertility and Sterility.
Edinburg, 1866.
3. G. Veit. Krankeiten der weiblichen Geschlechlsorgane.
Puerpéral krankeiten. (Maladies des organes génitaux de
la femme. Maladies puerpérales). Erlangen, 1867. 6* vo­
lume de l’Handbuch de Wirchow.
4. Nonat et Linos. Traité pratique des maladies de l’utérus
et de ses annexes. 1" partie. Paris. Delahaye, 1869.
De ces quatres ouvrages, je ne cite que pour prendre date
celui de Courty. Il marque en effet une étape importante dans
les progrès modernes delà gynécologie, non-seulement comme
résumé substantiel et complet des progrès antérieurs, mais
aussi par la part considérable de travaux apportés par son au­
teur. Je ne puis que renvoyer le lecteur à l’appréciation si
pleine de sens et au résumé si fidèle que M. le professeur Pajot en a donné dans les Archives de 1867, ou, mieux encore, à
l’engager à donner à ce traité, une place choisie dans sa biblio­
thèque.

. REVUE DE GYNÉCOLOGIE.

431

M. Mathews Duncan aborde dans son livre les problèmes
les plus intéressants et les moins connus. Non-seulement le
médecin, mais le philosophe, l’économiste, l'homme d’Etat, y
trouvent les renseignements les plus précieux et par leur nou­
veauté et par le nombre de cas sur lesquels ils portent. C’est
dire que la statistique y tient une large place. Le cadre de ce
journal me force malheureusement à ne donner qu’un ré­
sumé très sommaire de ces laborieuses recherches, et à n’en
citer que les conclusions.
L’ouvrage est divisé en dix parties que nous allons successi­
vement passer en revue.
1° L’auteur examine la fertilité et la fécondité aux différents
âges. Il entend par fécondité l’aptitude à concevoir, et par fer­
tilité le nombre d’enfants mis au monde. Ainsi une femme
féconde peut être peu fertile, stérile même, parce qu’elle reste
vierge, parce que son mari est stérile ou impuissant etc., etc.
Mais mise dans d’autres conditions, elle peut devenir plus ou
moins fertile.
Ceci posé, l’auteur établit que la fécondité est, avant 30 ans,
deux fois supérieure à ce qu’elle est après cette époque, et
qu’elle décroît rapidement après 40 ans.
La fertilité, au contraire, croit depuis la nubilité jusqu’à
30 ans, elle décroît rapidement après. Ainsi, plus des trois
cinquièmes de la population deGlascow et d’Edimbourg, sur
laquelle porte les relevés deM. Duncan, sont produits par des
femmes ayant moins de 30 ans.
T Taille des nouveau -nés. — La longeur moyenne des en­
fants primipares est supérieure à celle des multipares.
La taille des nouveau-nés, par rapport à l’âge de la mère
augmente jusqu’à 29 ans, puis décroît progressivement.
3° Lois de la production des jumeaux. Le nombre des ju­
meaux croit avec l’âge des mères jusqu’à 29 ans, puis décroît
progressivement.
Les nouvelles mariées ont d’autant plus de chances d’avoir
des jumeaux qu’elles sont plus âgées.
4° Fertilité des mariages. En Ecosse, il naît près de 7 enfants
par mariage. A Paris il n’en naît que 2. 44.

�VILLENEUVE FILS.

REVUE DE GYNÉCOLOGIE.

En 1861, il y eut en Angleterre, 100 enfants pour 355 fem­
mes aptes à produire, ou fécondes , et en Ecosse 100 enfants
pour 314 femmes dans les mêmes conditions.
5“ La cinquième partie est consacrée à l’étude1de la stérilité.
En Angleterre, environs 20 couples pour 100, et en Ecosse,
20 sur 122 n’ont pas d’enfants.
Un résultat qui mérite une sérieuse attention est le sui­
vant :
Une femme qui n’a pas d’enfants pendant les trois premières
années de son mariage, peut être considérée comme stérile.
6° La sixième partie est due au professeur Tait. Elle est
consacrée à exprimer en tracés graphiques et en équations algé­
briques les résultat précédents.
7° Rapport entre le nombre des accouchements et la morta­
lité des enfants :
La mortalité des premiers accouchements est double de celle
de tous les suivants.
Après le neuvième accouchement, la mortalité augmente
avec le nombre des accouchements.
L’âge de la moindre mortalité est de 25 ans. C’est aussi celui
où la fécondité est la plus grande. Ce rapprochement est re­
marquable.
Les autres parties ont trait à des recherches purement obs­
tétricales. Nous y reviendrons en temps et lieu.
En résumé, l’enseignement général que nous pouvons re­
tirer des longues recherches du professeur d’Edimbourg, est
celui-ci:
Au dessous de 20 ans, la femme n’est pas mûre pour le ma­
riage : elle court un risque considérable d’être stérile, et si elle
fait un enfant, elle s’expose à mourir en couche. Ce résultat est
bien digne de réflexion, et pour le médecin et pour le législa­
teur. N’oublions pas, pourtant, que l’auteur s’appuie sur des
données recueillies A Edimbourg, et qu’il faudrait, selon tonte
probabilité, abaisser notablement cette limite d’âge, pour notre
pays.
—MM.Nonat et Linas viennent de publier la première partie
de la seconde édition de leur traité des maladies utérines. Le

côté saillant de cet ouvrage est la place prépondérante donnée
par les auteurs à l’inflammation. — Pour eux, les diverses
formes de la métrite et de la péri-métrite dominent presque
toute l’histoire utérine. Ils combattent, comme on le voit, pour
une doctrine un peu abandonnée aujourd’hui, et dont Aran et
Bennet ont été les plus brillants défenseurs. Je doute néanmoins
qu’elle puisse se relever de la critique pleine de mesure et de
raison que M. Courty en a faite dans son traité : attendons
pourtant le complément de l’ouvrage avant de nous prononcer.
Ces réserves faites, nous sommes heureux de dire que cette
nouvelle édition est tout entière au niveau de la science et
digne en tout point des maîtres expérimentés qui l’ont signée.
— Virchow publie depuis quelques années, une bibliothè­
que médicale , espèce de compendium résumant l’état de la
science médicale Allemande à notre époque.
C’est à Al. Veit, qu’est échu le périlleux honneur d’initier la
jeunesse Allemande à l’étude de la gynécologie , et il s’en est
acquitté avec tant de bonheur, qu’à peine paru, son livre a eu
les honneurs d’une seconde édition. Notons d’abord comme
facilitant sigulièrement. les recherches, YIndex bibliographicus
placé en tête de chaque chapitre.
Mais ce qui frappe, en parcourant ce livre, écrit sous la di­
rection de Virchow, c’est.l’absence de description histologique.
Ainsi, le cancer de l’utérus y est divisé en Sarcome médullaire
et en carcinomes et cancroides, sans que l'on puisse bien se
rendre compte. faute de l’exposition du processus microsco­
pique, de la justesse de cette division. De même pour Yulcus
phagedœnicum uten, que l’auteur sépare du cancer tout en lui
attribuant une haute gravité.
L’exposé des méthodes et procédés thérapeutiques nous a
paru un peu écourté. Signalons pourtant l’adhésion de
M. Veit à la pratique du cathétérisme utérin comme moyen de
diagnostic,et la description d’un nouveau spéculum, appliqué
par la malade elle-même, et destiné à permettre, dans un bain,
le contact des liquides médicamenteux avec le col de l’utérus.
La question du traitement des kystes de l’ovaire y est résolue
en faveur de l’ovariotomie, au détriment de la ponction et

432

433

�434

VILLENEUVE FILS.

des injections. Mais l’auteur repousse la gastrotomie appliquée
aux tumeurs fibreuses. Il est vrai qu’il ne parait pas connaître
les derniers succès publiés par M. Kœberlé.
Utérus.—Direction normale de Tutérus de la femme. Mémoire
par M. Panaz, Arcltiv. deméd., mars, 1869.
Quelle est la direction normale de Futérus? On croyait, il
n’y a pas de bien nombreuses années, que 1 état normal était
la perpendiculaire ou plan du détroit inférieur. Plus tard, sous
l'inspiration de Velpeau, MM. Boullard, Follin, Verneuil etc.,
cherchèrent à prouver qu’un certain degré d’antéflexion uni
à une légère antéversion représentait la direction type. Ce
résultat est demeuré depuis comme à peu près acquis à la
science, malgré les réserves faites par Cazeaux et MM. Depaul
et Nonat. M. Panaz vient d'apporter un contingent de faits
nouveaux et importants à la question. Les statistiques publiées
avant lui par MM. Depaul, Grosselin et Aran forment un total
de 219 cas, pouvant se résumer ainsi :
Utérus rectilignes....................... 69
Antécourbures............................ 101
Autres déplacements...................... 49
219
M. Panaz nous donne cent quatorze nouvelles observations,
se résumant en :
Utérus droits.............................. . 44
Antécourbures.......................... . 52
Autres déplacements................ . 18
144
On voit queles observations de M. Panaz viennent confirmer
le fait avancé pour la première fois par Boullard, que l’état
d’antécourbure doit être considéré comme un état normal au
même titre, au moins, que la rectitude absolue, puisque les
333 faits actuellement connus se décomposent ainsi :
Utérus droits............................ 113
Antécourbures.......................... 174
Autres déplacements................
46
333

I

REVUE DE GYNÉCOLOGIE.
435
Ce qui donne môme un avantage marqué aux utérus antécourbés. Remarquons de plus, que les observations du chirur­
gien deLourcine ont été prises au moyen du toucher vaginal,
et que, quelle que soit l’habileté bien connue de l’observateur,
un certain nombre d'antécourbures légères ont dù lui échapper,
à cause du moyen d’investigation nécessairement imparfait
qu’il a employé. Nous croyons donc que l’on est actuellement
largement autorisé à considérer l’antécourbure comme la posi­
tion vraiment normale de l'utérus chez la femme adulte et en
état de bonne santé.
P olypes utérins. — 1. Thèse du D' Eyriès , ex-interne des
hôpitaux de Marseille, chef interne de l’hôpital d’Avignon.
2. Observation de M. Prestât, de Pontoise. Société de chi­
rurgie, 1" juillet 1868.
3. llystérofibrome, anémie , transfusion, guérison, par le
Dr Gentilhomme. Société médicale de Reims, n° 5, 1867-68.
4. Des Corps fibreux de l'utérus, etc., par le D' Abeille.
Gazette Médicale. 1868, passim.
5. Del’Acupuncture comme moyen de diagnostic entre certains
polypes fibreux de la matrice et le renversement partiel de
cet organe, par le Dr Guéniot. Archives de médecine,
avril 1868.
Tels sont les cas les plus intéressants, publiés pendant l’année
1868, sur cette partie de la chirurgie utérine. M. Eyriès nous
rapporte un fait fort remarquable où il fut impossible de
trouver l’orifice du col utérin. Des autres observations, il
résulte : que l’on ne doit pas, autant que cela est possible,
essayer d’attirer la tumeur à la vulve pour la sectionner,
cette manœuvre étant souvent la cause de pelvi-péritonites.
Que l’époque la plus favorable pour cette opération est
l’époque menstruelle, le polype tendant en ce moment à se
faire jour entre les lèvres du museau de tanche.
L’observation de M. Gentilhomme est de plus un exemple
remarquable des succès que peut procurer la transfusion dans
les cas d’anémie hémorrhagique. C’est là un moyen encore
trop négligé, et qui a donné des résultats assez encourageants

�436

VILLENEUVE FILS.

pour désirer de le voir plus souvent essayé dans les cas déses­
pérés.
Je lie ferai que signaler la discussion actuellement pendante
à la société de chirurgie, sur les hysterofibromes péritonéaux,
sur les causes de leur ramollissement et sur la possibilité de
leur déplacement. C’est un sujet qui intéresse plus particuliè­
rement. l’obstétrique.
— Dans les cas douteux où le chirurgien ne sait s’il a affaire
à une tumeur fibreuse ou à un renversement de l’organe,
M. Guéniot conseille l’introduction d’une aiguille à acupunc­
ture. Si la piqûre ne provoque pas de douleur, et si le tissu
offre une résistance fibreuse on aura affaire à un fibrome, et
dans les conditions opposées, à la matrice.
Certes, dans les cas embarrassants on ne doit négliger aucun
moyen de diagnostic. Pourtant celui-ci nous parait bien
faible. Remarquons en effet, qu’il n’est encore nullement
prouvé que la muqueuse utérine soit normalement sensible,
et quant à la consistance, la discussion de la société de chirur­
gie, dont nous parlions tout à l’heure, a prouvé que les
fibromes utérins, peuvent, sous l’influence de certaines causes
se ramollir à un degré notable. L’acupuncture proposée par
M. Guéniot nous paraît donc ne devoir être utile que dans des
cas vraiment exceptionnels, comme celui dont il a donné la
relation.
Injections intra-utérines.
1. Application de la méthode à double courant. Avrard (de la
Rochelle). Académie de médecine, séance du 7 janvier
18G8. Lettre du même. Gazette méd., 18 janvier 18G8.
Réclamation de M. Gallard et discussion. Académie de
médecine, 18 janvier et 11 février 18G8.
2. Seringue à jets récurrents, Dr Gantillon. Académie de
médecine, 4 février 18G8.
3. Seringue de Pravaz, appliquée aux injections intra-uté­
rines, Dr Augier. Académie de médecine 7 avril 18G8.
Je n’ai pas l’intention d’aborder aujourd’hui la question si
controversée de l’utilité et du degré d’inocuité des injections

*

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE
intra-utérines. Il me parait, seulement, que cette méthode est
en voie de vulgarisation, puisque les procédés d’application
abondent.
M. Avrard vante la sonde à double courant pour éviter le
danger plus ou moins probable du passage des liquides mé­
dicamenteux par l’orifice des trompes. Là dessus M. Gallard
écrit que depuis longtemps il fait ses injections avec une sonde
assez petite pour laisser le liquide refluer aisément. Aran n'in­
jectait que lorsque le col était assez ouvert pour permettre un
libre passage au reflux du liquide. M. Marion Sims dilate le
col au’préalable et M. Gantillon préconise les jets récurrents du
D' Langlobert. Tout cela revient au même, et nous sommes
de l’avis de M. Gallard. « C’est trop simple pour mériter tant
de bruit ».
Dr L. Villeneuve Fils,
Chirurgien-adjoint des hôpitaux.
(A Continuer.)

COM PTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.

SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. — Conférence clinique: ovariotomie; pré­
sentation de la pièce pathologique. — Suite de la discussion sur la vacci­
nation animale.
Séance du 3 avril 18G9. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : De l'Athéisme du XIX* siècle, par
M. Bertulus.— Journal de médecine de Toulouse.— Bulletin médical
du nord de la France. — Sud médical.
Correspondance manuscrite: Une lettre de M. Bertulus : Sur un
point capital de la pathologie paludéenne (Envoi au comité de publi­
cation. — (V. n° d’avril, p. 350).
Conférence clinique.
M. le Président annonce que M. Isnard a pratiqué une ovarioto­
mie le 1er avril et le prie de donner des détails sur son opération.

�438

ISNÀRD.

M. Isnard rend compte de cette ovariotomie et des circonstances
qui l’ont précédée et suivie. Il présente ensuite à l’examen de la
société la pièce pathologique, le kyste qu'il a retiré.
(Cette conférence est supprimée ici,l’observation complète étant
reproduite plus haut p. 399).
Séance du 17 avril. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Bulletin de l'Académie royale de méde­
cine de Belgique. — Bulletin médical du nord de la France. — Revue
de thérapeutique médico-chirugicale. — El Genio medico quirurgico.
— Journal de médecine de l'Ouest.
Correspondance manuscrite : — Communication de la lettre officielle
par laquelle M. Rougier est nommé vaccinateur et conservateur du
vaccin dans le département.
Ordre du jour : — Suite de la discussion sur la vaccination animale.
M. Villard. — M. Rougier voudrait substituer la vaccination
animale à la vaccination humaine, parce que celle-ci peut trans­
mettre diverses maladies, surtout avec l’habitude adoptée de
demander du vaccin à la maternité. Notre collègue a été trop
affirmatif en ne fournissant aucun exemple d'enfants contaminés.
—Suivant lui, le vaccin, en passant par l’organisme humain, peut
lui emprunter ses maladies, d’où transmission, par la vaccination
de bras à bras, de la syphilis, de la scrofule, peut-être de la
tuberculose et d’autres diathèses. J’admets la syphilis vaccinale,
mais je repousse la possibilité de la transmission pour la scrofule
et les autres affections. Dans la scrofule, par exemple, quel est le
virus, l’élément de contagion? — Avec M. Danet, vous dites:
En passant par l’organisme, le vaccin s’imprègne de tous ses
principes constitutionnels. Les sécrétions étant le produit de
l’économie* si l’on inocule une de ces sécrétions, les germes
divers contenus dans l’économie pourront se développer chez le
sujet inoculé... Mais est-ce que vous inoculez la syphilis par la
salive, par le lait? Vous parlez de pustules vaccinales jaunâtres
chez l’ictérique ; boursoufiiées chez le lymphatique, le scrofuleux;
décolorées chez le chloro-anémique. Mais, chez l’ictérique tout
n’est-il pas jaune, peau, conjonctive? chez les autres, la pustule
vaccinale ne participe-t-elle pas des attributs de la constitution ?
J’ai vacciné dernièrement un enfant fort, avec un vaccin pris sur
un enfant lymphatique, à pustules pâles. Le premier n’en a pas
moins eu des pustules à auréole inflammatoire.différentes des autres.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.
L’organisation individuelle peut modifier la forme de la vaccine,
mais elle n’altère en rien la marche, l’évolution, la vigueur, la
nature, en un mot l’unité du vaccin. Ici la vérité est avec
MM. Taupin et Bousquet.— La vaccination de bras à bras est une
loterie, dites-vous encore. On a beaucoup exagéré les dangers
de la vaccination humaine, depuis les malheureux faits de
Rival ta. Ils sont la très rare exception. Je ne me souviens pas
d’avoir rencontré, dans ma pratique, des enfants syphilisés,
issus de parents syphilitiques. Avec des précautions vous éviterez
les périls que vous signalez. Vous connaissez vos clients, vous
pouvez empêcher la transmission des maladies contagieuses.
D’ailleurs, en général, il n’y a pas urgence à vacciner les enfants
avant 2, 3, 4 mois. A moins de nécessités accidentelles, attendez
l’âge de 5, 6, 7, 8 mois, laissez ainsi passer l’époque où l’enfant
infecté peut offrir la syphilis héréditaire. — Le vaccin dégénère
parce que les individus vaccinés s’affaiblissent eux-mêmes. Il
se retrempe, au contraire, si vous le reportez sur des enfants forts.
Le vaccin de génisse, lui-même, est-il à l’abri de cette dégéné­
ration? Je réponds non, avec Trousseau et Bousquet.
M. Chapplain. — Plus je réfléchis, plus je suis convaincu de
l’unité du vaccin. Prenez du virus sur un individu atteint ac­
tuellement de varoloïde et jadis de variole, portez ce virus dégénéré
sur un sujet non vacciné et il se régénérera. Ce fait prouve, par
analogie, l’unité du vaccin.— Ce dernier, dites-vous, s’affaiblit en
le puisant indéfiniment sur un enfant vacciné. Prouvez-le. Faites
ce que l’on a fait pour la syphilis : quelle que soit la quantité de pus
tiré d’un chancre, l’individu n’en est pas moins resté également
vérolé. Prouvez de même la transmission de la scrofule et de la tuber­
culose. — Nous ne pouvons pas encore avoir de conclusion défini­
tive sur la vaccination animale: elle n’a pas fait ses preuves devant
les épidémies, comme la vaccination humaine. L’enquête com­
mence à peine. Attendons. Ne combattez pas la vaccination de
bras a bras ; c’est l’espérance de la vaccine. Si vous nous réduisez
à la vaccination animale, dans 50 ans on ne vaccinera plus.
M. Rougier, pour dissiper les craintes relatives à l’extinction de
la vaccine, lit une note de M. Pallasciano, tendant à démontrer
qu’on peut avoir une source intarissable de vaccin animal, en
ayant soin de vacciner tous les veaux, avant de les livrer à la
boucherie.
M. Chapplain. — M. Pallasciano dit qu’à Naples, à côté de la
vaccination animale, on pratiquait pareillement la vaccination

�440

SEUX FILS.

de bras à bras ; dès lors, on prévoit la confusion jetée dans les sta­
tistiques et l’embarras déjuger les deux méthodes. Pour multiplier
le vaccin vous proposez la vaccination indéfinie sur les veaux
et les génisses. Mais comment ferez-vous dans les pays où,
comme dans le notre, vous n'avez ni veau ni vaches ?
Le Secrétaire-général,
Dr Ch . I snard (de Marseille.)

ACADÉMIE DES SCIENCES.
Séance du 5 avril. — M. Bouley, communique le résultat de
nouvelles expériences faites par M Chauveau, de Lyon. Dans les
virus ce sont les corpuscules du blastème qui sont actifs et non
le blastème lui même ; un liquide ayant servi à laver du pus pro­
venant d’un cheval morveux n’a point donné la morve — par
l’inoculation — tandis que les globules purulents recueillis sur
un filtre, séchés et inoculés ont amené la maladie.
La liqueur d’absinthe occasionne parfois des accès d’épilepsie.
Ces graves accidents doivent-ils être mis sur le compte de l'absin­
the elle même ou sur celui des substances nombreuses qui en­
trent dans la composition de cette liqueur? M. Magnan a entre­
pris , à ce sujet, des recherches sur divers animaux et il a
constaté que l’essence d’absinthe, soit ingérée, soit injectée dans
le tissu cellulaire ou les veines, détermine constamment des
accès d’épilepsie, tandis que l’alcool ou les diverses plantes con­
tenues dans la liqueur d’absinthe, administrées de la même façon,
ne produisent jamais ce résultat.
L’Académie,réunie en comité secret, décide que l’Observatoire
actuel doit être conservé tel qu’il est, mais qu’il est nécessaire
de créer aux environs de Paris un grand établissement d’obser­
vations astronomiques.
Dans la séance du 12 avril, M. Bouley présente, au nom de
M. de St-Cyr, vétérinaire à Lyon, une note sur la transmission
de la teigne faveuse des animaux à l'homme.
M. Gaston Moquin-Tandon envoie un mémoire sur un nouveau
cas d’hermaphrodisme chez les annélides.
Dans la séance du 19 avril, M. le Dr Pétrequin de Lyon, adresse
une note ayant pour but d’établir que le cérumen doit sa consis-

SOCIÉTÉS SAVANTES.

441

tance demi-fluide à des savons de potasse. Ces derniers consti­
tuent les 42 centièmes de la sécrétion auriculaire
La séance du 26 avril est occupée tout entière par la lecture
de la correspondance et une discussion peu intéressante sur les
étoiles filantes et les aurores boréales.
ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 6 avril. — M. le Dr Burdel, médecin de l’hospice de
Vierzon, lit un travail sur le cancer considéré comme cause du
tubercule. Sur plus de 100 familles cancéreuses observéespar notre
confrère, 75 au moins ont produit des générations de phthisiques.
11 y a dans ce fait plus qu’une coïncidence; M. Burdel y voit
une véritable relation de cause à effet, et il croit qu’à l’aide d’une
thérapeutique intelligente jointe à une bonne hygiène on pour­
rait atténuer le mal, sinon le détruire complètement.
M. Bardinet (de Limoges) lit un mémoire, dans lequel il établit
que l’amputation des membres en général et celle de la jambe
en particulier peut être avantageusement pratiquée à l’aide de
l’écraseur et sans l’emploi d’aucun instrument tranchant.
Séance du 13 avril. — M. Chassaignac met sous les yeux ne
l'Académie, la photographie d’une énorme tumeur enlevée à l’aide
de lecraseur linéaire par M. le professeur Pancoast, (de Phila­
delphie). Le produit morbide était, constitué par des débris de
fœtus; deux mains, deux pieds, un estomac, un rectum, un frag­
ment d’intestin grêle et diverses pièces osseuses purent être re­
connus. Le sujet porteur de cette singulière tumeur était un
enfant de 2 ans. La production morbide développée sur la partie
latérale gauche de la face et du cou fut enlevée sans peine. La
guérison a été parfaite.
L’Académié procède à l’élection d’un membre titulaire dans la
section d’hygiène et de médecine légale. M. Fauvel obtient la ma­
jorité des suffrages.
M. Chatin lit un rapport sur les travaux de M. Garrigou, mé­
decin consultant aux eaux d’Aix.
M. Durand-Fardel lit un mémoire sur le diabète. Les diathèses
sucrée, urique et graisseuse ont entre elles des rapports intimes
et fréquents. Ces trois états constitutionnels ont pour cause gé­
nérale et commune l’amoindrissement de l’une des grandes fonc29

�442

SEUX FILS.

lions de l’organisme. Aucun médicament spécial ne peut donc
être opposé à ces diathèses ; l'hygiène seule en activant et mo­
difiant, selon les cas, l’assimilation , peut être utile.
M. Villemin donne lecture d’un travail intitulé: De la Propaga­
tion de la phthisie. Le tubercule et les matières de l’expectoration
des phthisiques se comportent comme les virus; inoculés ou li­
vrés h l'absorption des voies naturelles ils reproduisent le tuber­
cule. La phthisie doit être transmissible et sa propagation doit
se faire par des produit émanés des individus malades.
Séance du 20 avril. — M. Gavarret présente un ouvrage du
père Secclii, intitulé, De l’Unité des forces physiques. Pour l’auteur
toutes les fonctions matérielles qui s’exécutent dans la nature peu­
vent se traduire par un seul mot, mouvement ; mouvement trans­
mis et modifié de diverses façons, mais ayant presque toujours
pour cause première le soleil, source principale de la force méca­
nique sur notre globe.
M. F. Voisin lit un travail dans lequel il s’efforce de prouver
que, placé en face des réalités de la terre, l'homme doit chercher
avant tout à s’harmoniser avec elles. Tout le reste — aspirations
vers l’idéal, espérance d’une vie meilleure — est affaire d’imagi­
nation.
Dans un mémoire fort intéressant intitulé : « De la Prostitution
dans la ville de Paris dans ses rapports avec la propagation des maladies
vénériennes.tsi. Le Fort démontre, par une statistique basée sur des
faits nombreux, que la prostitution clandestine est de beaucoup la plus
dangereuse. Cette triste et honteuse industrie est propagée par
les parents eux-mêmes qui, tirant profit des désordres cachés de
leur fille, s’opposent à l’inscription de celle-ci. M. Le Fort ne ver­
rait de remède au mal que dans une loi qui rendrait l’autorité
paternelle pécuniairement responsable.
Séance du 27 avril. — M. Devilliers présente un porte caustique
mobile. Cet instrument permet de diriger le caustique dans divers
sens sur les organes profondément situés.
M. Depaul met sous les yeux de l’Académie une tumeur enlevée
sur un enfant âgé de 48 heures.
Le produit morbide développé sur le coccyx était constitué par
des fragments d’embryon, (des os, un muscle, des artères, une
portion d’intestin). M. Depaul classe comme suit les tumeurs
ayant leur siège à la partie postérieure et inférieure du sacrum :
4° Tumeurs par inclusion, (c’est le fait actuel).
2e Tumeurs à myélocites, (par hypertrophie de la substance
médullaire).

SOCIÉTÉS SAVANTES.

443

3° Tumeurs formées par un tissu embryoplastique.
4° Tumeurs formées par l’hydropisie des enveloppes de la
moelle épinière.
5" Tumeurs formées par l’hypertrophie de la glande coccygienne.
M. Blot lit un rapport sur la mortalité des enfants du premier
âge.
SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 26 février. — Après la présentation de plusieurs livres
ou journaux et quelques observations sur le procès-verbal de la
dernière séance, M. Millard donne la relation complète d’un cas
dhydrophobie rabique.
A la suite de cette lecture, plusieurs faits relatifs à la rage
sont communiqués par MM. Bucquoy, Guérard, Blachez, Labbé
et Lailler. Il résulte de la discussion générale à laquelle prennent
part, en outre, MM. Dumontpallier, Millard, Ferréol et Raynaud,
que l’hydrophobie rabique ne se présente pas toujours avec
les caractères classiques qui lui sont propres : l’altération de la
voix peut manquer, la difficulté de la déglutition peut n’être
point extrême ; ce qui manque le moins c’est la sputation, la
terreur éprouvée par le malade et le délire. Les inoculations
de l’homme à l’homme ont toujours été négatives; la transmis­
sion de l’homme aux animaux est encore douteuse.
M. Reynaud lit une note sur une affection parasitaire de la
langue.
Séance du 12 mars. — Suite de la discussion sur la rage.
M. E. Besnier donne quelques détails sur un cas d'hydrophobie
rabique, relaté dans le Bulletin de la Société médicale d'observation de
la Dordogne : le malade, outre une abondante sputation et une al­
tération notable de la voix présentait une faiblesse paralytique de
tout le bras droit.
M. Feréol, dans un mémoire sur la rage, publié par lui en
1857, avait insisté sur Hyperesthésie générale dont sont atteints
souvent les enragés.
Cette exaltation de la sensibilité peut aller parfois jusqu’à la
névralgie et M. Ferréol se demande si la prétendue paralysie notée
par quelques médecins n’est pas simplement une paresse occa­
sionnée par la douleur.

�SEUX FILS.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

MM. Bouclier de la Ville-Jossy, Bergeron et Gubler émettent,
sur ce dernier point, une opinion conforme à celle de M. Feréol.
M. Parrot met sous les yeux de la Société plusieurs pièces
pathologiques provenant d’un cochon d’inde auquel il avait fait
avaler de la matière tuberculeuse. Trois mois après la première
ingestion, l’animal succombe ; des granulations grises, nombreu­
ses, sont trouvées dans les poumons, les ganglions mésentéri­
ques, la rate, le foie et l’intestin. Cette expérience a donné des
résultats analogues à ceux obtenus par M. Villemin et par
M.Chauveau, mais elle ne peut autoriser à conclure que l’homme
en mangeant du tubercule peut devenir tuberculeux.

— après l’avivement de l’os intermaxillaire et des deux maxil­
laires — la suture de ces diverses pièces osseuses, suture exécu­
tée à l’aide d’un poinçon et d’un gros fil d’argent. L’enfant a
guéri.
MM. Paulet et Panas présentent plusieurs calculs salivaires en­
levés soit dans le conduit de Warthon, soit dans la glande sousmaxillaire elle-même..
M. Desprès présente un uréthroscope imaginé par lui et permet­
tant de voir, chez la femme, l’urèthre et la vessie.
M. Demarquay met sous les yeux de ses collègues une tumeur
fibro-plastique enlevée à la partie interne et inférieure de la
cuisse chez un individu âgé de 44 ans. Le produit pathologique
adhérent à la gaîne des vaisseaux fémoraux n’a pu être extrait
en entier.
M. Chassaignac présente une tumeur chondroïde de la parotide,
tumeur enlevée sans hémorrhagie au moyen de l’écraseur linéaire.
Séafice du 14 avril. — M. Yerneuil lit une note sur les tumeurs
qui prennent naissance dans la gaîne des gros vaisseaux. D’après
M. Langenbeck (de Berlin) il faut distinguer deux cas: 1° la tu­
meur est simplement adhérente aux vaisseaux ; 2° elle est déve­
loppée dans la gaîne elle-même. M. Yerneuil, dans des cas sem­
blables, a retranché sans accident 5 à 6 centimètres de la veine
axillaire ou de la veine fémorale; il croit même qu’au besoin, la
résection de l’artère entre deux ligatures pourrait être faite sans
que l’on eût à redouter la gangrène du membre.
M. Paulet lit un rapport sur un travail envoyé par un chirur­
gien militaire et relatif à l’emploi de l’alcool camphré dans le trai­
tement des plaies.
M. Trélat place sous les yeux de ses collègues le moule en plâtre
de la main d’un individu atteint d'ectromélie métacarpienne.
Cette main n’a que trois doigts.
Le même chirurgien lit une note dans laquelle il démontre qu’il
existe un grand nombre de laryngites chroniques qui se ratta­
chent à des manifestations de la syphilis tertiaire. Le laryngos­
cope permet alors de reconnaître sur la muqueuse du larynx des
ulcérations profondes, des gommes, des fistules, etc.
Séance du 21 avril. — M. Liégeois lit un intéressant mémoire
sur le Sperme dans les maladies. La conclusion la plus importante de
ce travail c’est que les épididymites bilatérales produisent presque
toujours l’infécondité, surtout lorsqu'elles sont blennorrhagiques : de

444

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 31 mars. — M. Léon Labbé communique une obser­
vation de fracture des deux os de la jambe avec plaie. Six ou
sept jours après l’accident, des phénomènes tétaniques se mon­
trent et prennent rapidement une très grande gravité. Le tétanos
faisant des progrès malgré l’administration de l’opium, le chirur­
gien se décide à recourir au chloroforme. Le malade succombe
après quelques inspirations de vapeurs anesthésiques.
MM. Le Fort, Demarquay et Maurice Perrin, considèrent comme
très dangereux l’emploi du chloroforme dans le tétanos.
MM. Panas et Chassaignac, tout en étant moins absolus, croient
que dans le cas actuel, le chloroforme a eu une certaine influence
sur la mort du sujet.
M. Maurice Perrin soutient que, dans le tétanos, les phénomè­
nes d’asphyxie sont dus au spasme des muscles laryngiens et
du diaphragme, et non au refoulement de la langue en arrière.
M. Liégeois partage la même opinion et croit que si l’attrac­
tion de la langue au dehors diminue l’asphyxie c’est en exerçant
sur le bulbe une action reflexe qui réveille les mouvements res­
piratoires.
MM. Giraldés, Trélat et Paulet soutiennent, au contraire, que
l’asphyxie est produite en grande partie par le refoulement et le
tassement de la langue en arrière.
Séance du 7 avril. — M. Alphonse Guérin communique une ob­
servation de bec-de-lièvre double, avec saillie de l’os intermaxil­
laire à l’extrémité du nez, opéré par lui sur un enfant de 7 mois.
L’habile chirurgien a dû faire la section de la cloison et pratiquer

445

�446

REVUE.

toutes les affections qui atteignent le parenchyme testiculaire luimême l’orchite chronique syphilitique est la moins grave au point
de vue de la stérilité.
M. Desprès cite un cas de rétrécissement syphilitique du larynx
occasionné par la présence de plaques muqueuses végétantes sur
les cordes vocales et les ventricules.
M. Marjolin communique une observation d’imperforation de
l'anus chez une petite fille âgée de 5 mois. L’enfant est bien por­
tant, mais le rectum se vide par l’urèthre.
MM. Demarquay, Trélat, Giraldès, Blot, et Verneuil opinent
pour que l’enfant soit opéré sans plus tarder. M. Verneuil pro­
pose de réséquer le coccyx dans sa moitié inférieure pour aller à
la recherche de l’extrémité rectale.
M. Tillaux présente un instrument destiné à la fois à inciser et
à dilater les rétrécissements fibreux du rectum.
M. le docteur Gripouilleau présente un bras artificiel de son
iuvention.
'
Dr Seux fils.

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Médecine proprement dite.)

Paris n’a plus aujourd’hui le monopole de la science fran­
çaise. On travaille en province, et on travaille bien ; le nom­
bre et la valeur des journaux de médecine que l’on y publie
en fait fqj. Quel recueil plus important, plus varié, plus riche
en travaux originaux, que Lyon médical? Il faudrait citer la
plupart de ses articles, si cette revue ne devait être extrême­
ment sommaire. Mentionnons seulement un travail de M. Cliassagny, qui a pour but de prouver la non identité, mais la
complète analogie, de la variole et. de la vaccine, puis, un rap­
port de M. Perroud sur la vaccine à Lyon en 18G8. 5,019 vac­
cinations ont été pratiquées dans le département du Rhône,
par les soins du comité lyonnais ; indépendamment de cette
question pratique, il a aussi étudié quelques problèmes scien­
tifiques. Citons entre autres, les expériences de M. Saint-Cyr.

JOURNAUX FRANÇAIS.

447

Une jumontest atteinte de horse-pox; on inocule un jeune
poulain, l’affection se transmet, le virus est ensuite trans­
planté à une génisse, succès complet; au moyen de cette gé­
nisse, quinze élèves do l’école vétérinaire sont ensuite revacci­
nés ; chez quatre d’entre eux, une magnifique éruption se
développe; le virus est ensuite reporté sur le taureau, puis sur
le cheval. Il y a donc bien identité entre le horse-pox et le
cowpox ; c’est là une vérité de mieux en mieux démontrée.
Mais, remontant à l’origine première du horse-pox, qui a été le
point de départ de ses expériences, M. Saint-Cyr est porté à
croire que l’exanthème coïtai ne serait qu’une des formes jus­
qu’ici méconnues du horse-pox. Examinant sous un autre
aspect ce meme problème des conséquences qu’entraîne la trans­
mission à l’organisme humain des virus puisés chez les ani­
maux, M. Gayet étudie un fait d’inoculation de sang de rate
du mouton à l’homme. Dans ce cas, la maladie n’a pas revêtu
l’aspect habituel de la pustule maligne. L'incubation adurdsix
jours au lieu de trois ; il n’y a pas eu sur la plaie de bouton
spécial, mais peu à peu sur la main blessée on vit apparaître
un œdème qui gagna l’avant bras et d’où des mouchetures fi­
rent écouler une grande quantité de sérosité, puis un ganglion
de l’aisselle s’engorge et une don leur atroce se déclare ; cepen­
dant l’état général est bon jusqu’à la période ultime où des
vomissements surviennent, puis, une demi heure après, la mort
foudroyante. D’après M. Chauveau, les faits de cette nature,
quelque différents qu’ils soient, en apparence, de la pustule
maligne, ne sont pas rares. Il s’agirait de les grouper et d’en
déterminer la nature exacte. M. Gayet croit à un empoisonne­
ment par les bactéridies et recommande, en conséquence, poul­
ies cas analogues, l’essai de l’acide phonique.
Encore une altération du sang, celle-ci toute spontanée, et
dont il n’est pas facile de triompher. Dans son numéro d’avril.
l'Union médicale de la Gironde renferme un article de M. Dalmas sur un cas de leucocythémie mortelle à formes lympha­
tique et hépatique. Il y eut ici coïncidence de fièvre intermit­
tente. Les leucocytes étaient pourvus de deux à trois petits
noyaux ; les leucocytes à trois noyaux ne peuvent donc être

�448

REVUE.

considérés comme caractéristiques de la leucocythémie splé­
nique. Le malade a présenté des sueurs profuses et une insom­
nie rebelle, symptômes dont la fréquence dans les affections
de cette nature mérite d’être mise en relief. Comme méthode
de traitement, M. Dalmas propose, pour les cas moins défavo­
rables, d’essayer l’hydrothérapie.
C’est l’hydrothérapie que, dans la Revue médicale de Tou­
louse,, M. Louis Desclaux préconise pour combattre une mala­
die non moins rebelle, l’ataxie locomotrice progressive. Sur
trois observations, une seule est favorable à la méthode, mais
c’est beaucoup.
Il vaut mieux avoir affaire à l’accident que M. Ridreau
étudie dans la Gazette médicale de TAlgérie. Les sangsues in­
troduites dans les voies aériennes sont, l’auteur en convient,
gênantes, inquiétantes, mais non pas dangereuses, elles pro­
voquent des hémorrhagies un peu débilitantes, et des cha­
touillement très-incommodes, mais, même dans le larynx, la
dyspnée qu’elles produisent n’est ordinairement pas assez
grave pour nécessiter la trachéotomie. Elles se détachent au
bout de quelques jours.
Nous venons de mentionner une lésion accidentelle du la­
rynx ; voici des altérations morbides du même organe qui pré­
sentent une bien autre fréquence et une bien autre gravité.
Les Archives de médecine publient dans leur numéro d’avril un
travail du Dr Otto Peinz sur les lésions laryngées dans la tu­
berculose. D’après cet observateur, on peut rencontrer, sous
l’influence de la même diathèse, des lésions fort variées, hy­
perémie, anémie, inflammation catharrale ou parenchyma­
teuse, œdème, périchondrite, carie ou nécrose des cartilages,
érosions, ulcérations ; il n’a jamais vu de granulations. Les
ulcérations laryngées précèdent souvent les granulations pul­
monaires et peuvent servir au diagnostic.
Ce moyen de diagnostic serait sans doute moins utile que
celui dont on a fait tant de bruit ces derniers temps et qui
a la prétention défaire reconnaître, par l’application du ther­
momètre, la tuberculose et les fièvres. Le Bulletin de thérapeu­
tique, la Gazette des Hôpitaux, la Gazette hebdomadaire ont re­

JOURNAUX FRANÇAIS.
449
produit les leçons de M. Séesurla thermométrie. D’après le
professeur, les maladies fébriles peuvent être classées en trois
groupes. Dans le premier, il y a un frisson plus ou moins in­
tense, puis, augmentation brutale de la température, et bien­
tôt une rémission rapide ; c’est ce qu’on observe dans la fièvre
intermittente, la fièvre purulente et la tuberculose aiguë.
Dans le second, le frisson n’est plus indispensable, après
une période d’accroissement assez rapide, le plateau se main­
tient plusieurs jours ; telles sont l’amygdalite, la pneumonie,
la plupart des fièvres éruptives.
Dans le troisième, réchauffement n’est plus aigu ni rapide,
mais graduel, il met deux ou troisjours pour atteindre son
maximum, les rémissions sont très-marquées du soir au
matin ; la fièvre typhoïde est le type de cette catégorie, dans
laquelle se trouvent encore la grippe, le rhumatisme articu­
laire et certaines tuberculoses.
Vient ensuite le diagnostic différentiel des espèces qui en­
trent dans chaque groupe; la marche de la température est à
noter surtout pour les fièvres éruptives : dans l’érysipèle, à
chaque poussée correspond une nouvelle ascension thermo­
métrique ; dans la scarlatine, le maximum apparait au qua­
trième ou au cinquième jour, la chute est lente ; dans la va­
riole, la défervescence est complète quand l’éruption apparaît,
mais le thermomètre remonte à la période de suppuration ;
dans la rougeole, l’éruption est suivie d’une nouvelle montée,
et la défervescence s’opère du septième au huitième jour.
Ce n’est plus un exanthème, mais c’est encore une affection
cutanée, le pempliigus, qui a fourni à M. Malherbe le sujet
d’un travail intéressant inséré dans l'Union médicale. Des deux
observations publiées par l’auteur, l’une est un cas aigu ter­
miné par la mort, ce qui n’est pas fréquent; la seconde, un
cas chronique terminé par une perforation intestinale, acci­
dent extrêmement grave.
M. Malherbe pose les conclusions suivantes :
1° Le pempliigus aigu, ordinairement très-bénin, peut, lors­
qu’il est généralisé, devenir assez grave pour entraîner la
mort.
«5

�160

TRAVAUX ALLEMANDS.

2° Il ne faut employer les frictions irritantes sur une peau
déjà malade, qu’avec précaution, car elles peuvent développer
une éruption grave et môme le sphacèle.
3° Le pemphigus chronique, même peu étendu, est tou­
jours très-grave, à cause des lésions viscérales qui l’accompa­
gnent le plus souvent.

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
TRAVAUX ALLEMANDS.
A sthm e avec em physèm e p u lm o naire. — H eu reu x effets
du tra ite m e n t p a r l’A rsenic.

Le D' Le Viseur, conseiller médical delà régence de Posen,
vient de traduire en allemand le travail que le Dr Isnard, de
Marseille, a publié, l’année dernière, dans Y Union Médicale de
la Provence, sur l'emphysème pulmonaire et son traitement
par l’arsenic. Pour confirmer les opinions de notre confrère,
M. Le Viseur a inséré à la suite de sa traduction l’observation
suivante dont nous donnons seulement le résumé.
M“* B .. . âgée de 46 ans, mère de 11 enfants qu’elle a tous
nourris, se présente le 12 février 1868, au cabinet, de M. Le
Viseur.
Cette femme gère une buvette où elle est constamment ex­
posée aux vapeurs alcooliques. Elle dit être malade depuis
l’année 1846, époque à laquelle, après une attaque de rhuma­
tisme qui dura plusieurs mois, un accès d’asthme se déclara.
Depuis lors, à de très fréquentes reprises, elle éprouva pendant
la nuit de violentes crises de dyspnée avec toux pénibleet qui
se terminaient par l’expectoration de mucosités. Survint un tri—
chôme, et pendant que dura la plique, les accès d’asthme de­
vinrent beaucoup plus rares. Enfin, en octobre 1867, M"° B...
lit couper ses cheveux, et dès que la plique polonaise eut. dis­
paru, l’asthme sévit de nouveau avec force ; les accès de

CAUSERIES.

461

dyspnée nocturne acquirent une grande fréquence et une
grande intensité ; les troubles respiratoires persistèrent aussi
pendant le jour.
Au moment où M. le Viseur vit. sa malade pour la première
fois, elle éprouvait une oppression très-forte, bien que le trajet
qu’elle avait parcouru pour venir le consulter fût à peine de
deux cents mètres. L’emphysème, très-prononcé du côté gau­
che y était accusé surtout par une sonorité très-forte à la
percussion, et par une diminution notable du murmure vési­
culaire à l’auscultation. M. le Viseur a recours à la solution
arsenicale de Fowler, remède dont, en passant, il vante les
effets dans l’asthme nerveux, la coqueluche et la chorée. Au
bout de quelques jours seulement, ce moyen avait diminué
les accès d’oppression nocturne. Après quelques semaines, les
intervalles de repos se prolongèrent jusqu’à huit jours. Il
fallut suspendre la médication à cause d’un commencement
de conjonctivite palpébrale, seul symptôme d’intolérance qui
se soit produit. Enfin, au mois d’aoùt, après six mois de
traitement, les accès d’asthme et la dyspnée habituelle avaient
complètement cédé, et le 2 décembre 1868, aucun phénomène
morbide n’avait reparu.

CAUSERIESNous avons un devoir à remplir, une vieille dette à acquitter.
L’association générale a tenu, il y a plus d’un mois, ses grandes
assises confraternelles. L’indisposition d’un de nos collabora­
teurs chargé de la relation de cette touchante fête de famille,
a pu seule nous empêcher d’envoyer plus tôt à nos confrères
de Paris et de Bordeaux l’expression de nos cordiales sympathies
pour l’œuvre, et. de pieuse gratitude pour les hommes de cœur
qui sc sont voués à sa propagation. Trois noms brilleront entre
tous dans les annales de l’association , Jeannel, A. Latour,
Rayer, et leurs titres scientifiques, qu’elle qu’en soit la valeur,
ne peut leur assurer une gloire aussi durable que la part qu’ils
ont prise à la fondation de l’œuvre commune. Le très-lionorable
président actuel a dignement associé son nom à ceux de ces

�BONHOMME.

VARIÉTÉS.

hommes de bien, et il a su marquer très-distinctement la place
qu’il venait occuper et la tâche, aussi difficile que celle de son
illustre prédécesseur, qui lui incombait.
« Pour moi, a-t-il dit, Rayer n’est ni mort 'ni remplacé parmi
nous : » je veux que sa place reste à jamais marquée, comme sa
mémoire restera vivante dans nos assemblées.............................. ,
Mais en toute chose il est moins aisé de durer que de naître.
Prenons garde que la prospérité même de notre œuvre ne nous
conduise à une sorte de satisfaction paresseuse, d’où naîtraient
la tiédeur et le relâchement. Puis, après avoir parlé des intérêts
matériels de l’association, M. Tardieu considère le but moral
qu’il faut atteindre comme bien plus élevé encore qu’une assis­
tance purement matérielle ; nous devons nous donner les uns aux
autres aide et protection, exercer sur la pratique de notre art, sur la
dignité de notre profession une influence moralisatrice et cela, nonseulement pour nous-mêmes, mais aussi pour le bien public. Ces nobles
accents ont trouvé dans l’assistance un assentiment unanime.
Que dire maintenant du discours de l’honorable secrétaire-gé­
néral de l’association, de cet écrivain inimitable qui se présente
au jugement de ses confrères sous des aspects nombreux et si
variés? Lui aussi, comme l’illustre et cher défunt que M. Tardieu
a si simplement et si noblement loué, lui aussi a mis au service
de la grande cause, tout ce qu’il a de force, d’ardeur juvénile,
et son âme entière. Voyez avec quelle joie toute paternelle il
constate l’état de fraîcheur, de santé, de vigueur, de ce robuste
enfant dont il avait prédit la venue, 25 ans avant sa naissance ;
avec qu’elle tendre sollicitude il prévoit, il écarte les dangors
qui peuvent menacer son existence. Sensible et touchant envers
les protecteurs que le temps a ravis à son affection, il devient
pressant, topique avec ses adversaires. Ce n’est pas lui qu’on
accusera de fuir la discussion et, dans plus d’un passage, on sent
se réveiller le journaliste, le vieux lutteur, toujours sûr de luimême, toujours modéré, pour qu’on lui pardonne d’avoir raison.
Il passe tout en revue, il n’oublie rien, ni les démissions dont
il combat les motifs, ni les tentatives de sécession, et il repousse
les arguments de ceux qui l’ont demandée, ni les plaintes de
quelques sociétés locales, ni les récriminations ni les blâmes
individuels à l’adresse du conseil général qu’il disculpe et jus­
tifie en prouvant que récriminations et blâmes se fussent égale­
ment reproduits, s’il avait fait le contraire de ce qu’on lui
reproche.

Voilà sincèrement indiqués les points noirs qui assombrissent
l’horizon ; puis le ciel s’éclaircit et l’orateur fait connaître à l’as­
semblée l’état de plus en plus prospère des finances de l’asso­
ciation.
Ce discours, malgré sa longueur, est écouté avec une attention
religieuse et plusieurs fois interrompu par des applaudissements
chaleureux et unanimes.
Le soir un splendide banquet réunissait 200 convives à la
même table ; des toasts nombreux y étaient portés; celui du
savant professeur Jeannel,de Bordeaux, à M. le président Tardieu,
fut sans doute le plus remarqué et c’est celui-là que, pour notre
part, nous attendions avec impatience. Une de nos chères es-’
pérances devait encore se réaliser. M. Seux, qui, au banquet,
avait reçu mission de parler au nom des présidents des sociétés
locales, fut, le lendemain réélu à l’unanimité membre du conseil
général,et ce nouveau témoignage de la haute estime dont jouit à
si juste titre notre président nous avivement touchés. La corpora­
tion Marseillaise est heureuse de cette réélection,parce qu’elle cor­
robore et sanctionne le nouveau mandat présidentiel qu’elle lui
confiait il y a quelques mois, et parce que c’était un acte de jus­
tice qu’elle attendait des confrères éminents réunis à Paris.
Dr Bonhomme.

452

453

H y d ro th érap ie et H ygiène.

Les habitants de Marseille, dont le climat est si souvent sec
et poudreux, ont besoin, plus que d’autres, d’employer l’hy­
drothérapie, non-seulement comme un moyen thérapeutique,
mais encore, et surtout, comme moyen hygiénique des plus
efficaces, pour entretenir le corps dans un état de parfaite santé.
La pénurie d’eau dont notre pays souffrait, il y a peu d’années
encore, était au moins une sorte de justification du peu de
propreté de nos rues, de nos habitations, et, oserai-je le dire,
d’une partie notable de notre population. Mais, depuis que le

�454

ROUX.

canal nous fournit ce précieux liquide, sinon toujours d’une
limpidité irréprochable, du moins toujours en quantité abon­
dante, nos usages devraient plus vite changer, et l’emploi de
beau comme agent hygiénique et thérapeutique devrait se
répandre déplus en plus. C’est un des plus grands mérites de
l’industrie moderne de se préoccuper sérieusement des ques­
tions d’hygiène et de salubrité : la gymnastique, les fréquen­
tes ablutions, les bains reprennent faveur, et après avoir
longtemps négligé le corps, la civilisation occidentale revient
aux errements antiques et cherche de nouveau à réaliser cetto
belle parole latine : « Mens sana in corpore sa7io. »
On doit signaler à Marseille des progrès dans ce sens, mais
ces progrès sont lents et peu soutenus. Notre Hôtel-Dieu, qui
a été si magnifiquement restauré au point de vue artistique,
laisse encore beaucoup à désirer pour ce qui tient à la salu­
brité et surtout à la distribution des eaux. .Te ne viens point
ici inculper les habiles et dévoués administrateurs de nos
hospices, au contraire : L’année dernière, des travaux impor­
tants et tendant au but que je viens d’indiquer ont été entre­
pris, et dans la partie récemment achevée, aucun des moyens
qu’offrent la science et l’industrie réunies pour assainir ce pa­
lais des pauvres n’a été négligé par eux
C’est dans l’aile droite que ces remarquables installations
ont été exécutées. J’y ai remarqué de grands lavabos en mar­
bre et fonte aussi ingénieux que commodes et dont l’aspect est
d’une grande propreté. Les ivater-closet, cette chose si impor­
tante dans un hôpital où les émanations qui proviennent des
déjections sont toujours sérieusement à redouter, les watercloset, dis-je, sont réellement inodores. À l’aide d’un nouveau
procédé récemment imaginé par un industriel de notre ville,
l’orificedes cuvettes est constamment recouvert d'eau, et quand
même il se produirait une fuite, celle qui s’écoulerait étant
incessamment remplacée, il est absolument impossible qu’au­
cune émannation fâcheuse s’échappe et vienne vicier l’air
environnant, Voici à l’aide de quel moyen ce résultat est ob­
tenu : à côté de la cuvette, et caché sous le siège, est un petit
réservoir cylindrique dans lequel est placé un robinet-clapet

VARIÉTÉS.
455
mu par un flotteur. Ce réservoir est en communication cons­
tante avec la cuvette, et comme le llotteur y maintient. l'eau à
un niveau constant, il est nécessaire que ce même niveau se
maintienne aussi dans la cuvette, quand même la grande cap­
sule qui la ferme hermétiquement, par un accident quelcon­
que, viendrait à perdre.
Les autres installations de l’aile droite, réservoirs, déchar­
ges hydrauliques, etc... sont aussi bien entendues que celleci et l’on regrette vivement que l’établissement entier ne soit
pas aménagé de la même façon. On nous a fait espérer que
prochainement les travaux seraient repris et terminés; nous
ne pouvons que souhaiter vivement dans l’intérêt de la santé
publique, qu’il en soit effectivement ainsi. La ville de Mar­
seille, qui n’épargne guère lorsqu’il s’agit de ses embellisse­
ments, ne peut à plus forte raison rien négliger de ce qui peut
la rendre aussi salubre qu’elle est belle.
Ce qui est pour l’hygiène et pour la thérapeutique une
précieuse ressource, c’est l’installation excellente et le fonetionnementrégulier des deux établissements hydrothérapiques
dirigés par nos habiles confrères le Dr Gamel et le Dr Deblieu.
Exécuté sous l’œil d’un médecin spécial, ce traitement donne
ainsi des résultats plus complets et plus sûrs. Cependant,
l’usage de l’hydrothérapie se généralisant chez nous, il restait
encore une lacune à combler ; c’est, ce qu’a fait M. Dalmasen
créant dans notre ville un dépôt important d’appareils
d’hydrothérapie. Le médecin spécialiste et le praticien
qui se sert occasionnellement de ce procédé thérapeutique y
pourront trouver ou faire exécuter ce qui leur sera nécessaire
pour arriver au but qu’ils se proposent. J’y ai remarqué sur­
tout des chambres portatives en osier, au moyen desquelles le
malade qui a besoin de prendre fréquemment des bains de
vapeur ou des fumigations complètes peut posséder dans son
domicile, sans beaucoup de frais, tout ce qui est nécessaire
pour se les administrer. Ces appareils sont très -légers. Je re­
commanderai aussi une doucheuse de maison, pompe, trèscommode et très-ingénieuse. Enfin, pour terminer ce petit ar­
ticle, j’engage vivement mes confrères à visiter l’établissement,
assuré qu’ils y trouveront plus d’un appareil qui les intéres­
sera au triple point de vue de la physique, de l’hygiène et de
la thérapeutique.
Dr Roux d e B.

�456

SEUX FILS.

NOUVELLES DIVERSES.
Le Comité médical des Bouclies-du-Rhône, dans sa séance
annuelle tenue le 30 avril, a procédé au renouvellement de son
bureau. M. le docteur Perrin a été nommé président, M. le docteur
Cliaspoul vice-président, M. le docteur Brengues, trésorier.
— M. le docteur Seux, professeur à notre école de médecine,
reprendra le 20 de ce mois son cours de matière médicale et de
thérapeutique que faisait, depuis le commencement du deuxième
semestre, M. Seux fils professeur-suppléant.
— M. Chapplain, professeur-suppléant pour les chaires de chi­
rurgie, a été chargé cette année du cours de pathologie externe
de notre école, en remplacement de M. le docteur Roux (de
Brignoles), qui a obtenu un congé de convalescence.
— M. le docteur de Boissy-Dubois a fait, le 4 de ce mois, au
cercle Artistique une conférence fort élégante sur Hahnemahn et
sa doctrine. Nous savons de source certaine que plusieurs de nos
confrères se proposent de répondre à l’honorable homœopathe.
— Le libre exercice de la médecine vient d’être décrété dans
l'Allemagne du Nord. C’est là, dit-on, une vengeance de M. de
Bismarck ; le grand annexeur n’ayant pu obtenir de ses médecins
officiels un remède assez anodin pour calmer certaine agitation
nerveuse qui, depuis quelques années, le porte sans cesse à tout
bouleverser autour de lui.
— Un dispensaire municipal a été ouvert à Venise le 1" mars
pour le traitement gratuit des vénériens pauvres
— M. Claude Bernard, professeur au collège de France, mem­
bre de l’Académie des sciences et de l’Académie française, vient
d’être nommé sénateur.
— Quelques troubles ont eu lieu à la faculté de médecine de
Paris. M. le docteur Regnauld, professeur de pharmacologie,
accueilli par de tumultueuses vociférations des élèves, a du renon­
cer plusieurs fois à faire son cours.
— Le nouveau règlement pour le concours aux places de mé­
decins et de chirurgiens des hôpitaux de Paris vient d’être livré
à la connaissance du public. De nombreuses mesures ont été pri­
ses pour rendre les épreuves plus sérieuses et pour dégager
l’appréciation du jury de toute inlluence extra-scientifique.
— Nous publierons dans notre prochain numéro la liste des
prix proposes par le Comité médical.
D* S eux Fils.
A. Fabre.

( ancienne Union Médical© d© la Provence)

6mc Aimée.— N° 6. — 20 Juin 1869.

LE CHOLÉRA
A PROPOS DU LIVRE DE M. LE D'' FAUVEL,
INSPECTEUR GÉNÉRAL DES SERVICES SANITAIRES, e tc ., etc.,

Par le Dr SEUX Père.
( Suite.)
La troisième partie du livre de M. Fauvel est consacrée à
l’exposition de ce sujet capital. A cause de l’importance des
questions , trois commissions furent chargées d’élucider tout
ce qui se rattachait à la préservation ; elles eurent mission
d’étudier :
1° Les mesures d’hygiène ,
2° Les mesures de quarantaine,
3° Les mesures à prendre en Orient,
Au point, de vue des mesures hygiéniques, voici lesprinpales conclusions de la conférence :
Bien que nous ne connaissions pas encore de moyens capa­
bles d’éteindre sûrement les foyers endémiques du choléra
on peut espérer d’y parvenir par un ensemble de mesures
parmi lesquelles celles qui relèvent de l’hygiène proprement
dite auront le principal rôle.
La conférence insiste ensuite sur les résultats positifs et très
sérieux qu’on peut retirer de l’observation exacte des lois de
l’hygiène, en temps de choléra, soit à bord des navires, soit
dans les ports, soit dans les villes, et sur les précautions à
30

�SEUX.

CHOLÉRA.

prendre pour les déplacements et la dissémination des agglo­
mérations.
Elle croit aux avantages de la désinfection par tous les
moyens connus, moyens qui doivent varier suivant les cir­
constances et les localités.
A propos des mesures de quarantaine, dans un paragraphe
intitulé : Degré d'utilité des mesures quarantenaires, M. Fauvel fait toucher au doigt d’un côté les inconvénients, de l’autre
les avantages des quarantaines, et après avoir démontré que
dans certaines localités, les avantages sont bien supérieurs aux
inconvénients, il conclut à leur adoption et il termine par
cette phrase : en pareille matière, il semble bien que chaque
pays est le meilleur juge de son propre intérêt.
Il est impossible de mieux dire, et voilà pourquoi pour mieux
faire il faudrait que Marseille put diriger elle-même ses
mesures quarantenaires. Toutefois il serait à désirer que tous
les ports de la Méditerranée adoptassent les mêmes mesures; la
sécurité serait alors complète dans nos régions maritimes et le
commerce, soumis aux mêmes exigences, aurait moins à en
souffrir, par le fait d’une égalité commune pour tous les ports
de la même zone.
La conférence, après avoir pesé avec toute la maturité néces­
saire toutes les questions soit hygiéniques, soit commerciales,
soit politiques, se rattachant au choléra, a adopté comme les
meilleures, un certain nombre de mesures quarantenaires
que M. Fauvel nous fait connaître dans deux paragraphes
intitulés: De la Quarantaine contre le \choléra; Du Régime quaqnarantenaire applicable aux provenances du choléra.
Pour être très exact, il faudrait transcrire ici ces deux para­
graphes en entier, car ils constituent le résumé fidèle des tra­
vaux de la conférence sur ce point; et le résumé d’un résumé,
surtout lorsque celui-ci est bien fait, c’est-à-dire net et précis,
n’est pas chose facile en matière si grave. Toutefois, je vais
m’efforcer de faire ressortir l’esprit qui a présidé aux détermi­
nations de la conférence, relativement à l’application pra­
tique des quarantaines à établir contre le choléra.
Il est de la plus grande évidence, qu’on reconnaît dans les

délibérations de la conférence sur cette question, la double
préoccupation de garantir la santé publique et de ménager les
intérêts du commerce. Eh bien, j’ose le dire, cette double ten­
dance est fâcheuse et elle devait nécessairement faire proposer
des demi-mesures, c’est ce qui est arrivé. En effet, tout en
reconnaissant l’utilité des quarantaines, on cherche à établir,
dans la sévérité des mesures à employer, des différences
basées non sur l’état sanitaire des lieux d’où vient le navire,
mais sur les conditions dans lesquelles se présente ce dernier;
on tend à supprimer de fait toute quarantaine pour cer­
tains navires , puisque comptant comme telle le temps de la
traversée, vingt quatre heures d’observation constituent pour
eux toute mesure.
A mon avis, lorsqu’un navireporte patente nette, il doit être
admis en libre pratique, à moins qu’il n’y ait eu des malades
suspects durant la traversée, ou qu’on puisse soupçonner que
l’état sanitaire donnait quelques craintes au point de départ.
Tout navire portant patente brute doit être soumis à une
quarantaine dont la durée est en rapport avec celle de l’incu­
bation cholérique. La quarantaine doit être purgée dans un
lazaret, le navire déchargé, lavé et aéré.
Les catégories établies par la conférence me paraissent, en
pareil cas, des concessions fâcheuses faites aux clameurs des
gens qui ne veulent pas comprendre que le commerce, loin
de se plaindre des mesures de rigueur, les demande, car il a
plus à perdre par l’invasion du choléra, que par la sévérité des
mesures quarantenaires.
En fait de mesures semblables, il faut partir d’un principe
bien arrêté , et laisser le moins possible à l’arbitraire ; en
faisant des restrictions aux règles, vous ouvrez la porte à la
licence.
Du reste, je crois avoir d’autant plus de raisons de dire
que les mesures conditionnelles proposées par la conférence
laissent à désirer, que M. Fauvel lui-même, avec son juge­
ment droit et son esprit élevé, ne peut s’empêcher de dire :
La commission et, après elle, la conférence, se sont efforcées
de trouver une base d’appréciation qui répondit à la fois aux

458

459

�460

SEUX.

CHOLÉRA.

exigences de la santé publique et à celles du commerce, nous
n'osons pas affirmer qu'elles y aient entièrement réussi.
La conférence, s’occupant des lazarets, établit avec juste rai­
son que, pour que ces établissements donnent une garantie
sérieuse à l’égard des hommes et des choses, il faut qu'ils
réunissent un ensemble de conditions à l’examen desquelles
elle s’est livrée avec soin; on ne saurait trop méditer ses con­
seils à ce sujet.
Voici l’opinion de la conférence sur les cordons sanitaires,
et je partage entièrement cette manière de voir : Ces cordons
sanitaires établis au milieu dépopulations denses où les rela­
tions sont faciles et nombreuses, n’ont pas d’effet utile ; ils
peuvent au contraire rendre de grands services dans les pays
où la population est rare, où les communications sont diffi­
ciles, ou bien lorsqu’ils ont pour but de circonscrire et d’isoler
un foyer très limité de choléra.
Il est certain que rien n’est plus difficile que l’exécution
exacte des mesures de préservation à l’entrée des états Euro­
péens; cependant restez logiques. Si vous croyez les quaran­
taines bonnes lorsqu’il s’agit des ports de mer, ne les rendez
pas illusoires; si vous les croyez inutiles ou impossibles,
supprimez-les.
Cette difficulté, queje reconnais, mais qui n’est pas insur­
montable, malgré la rapidité des communications de mer et
les nécessités du commerce, rend les mesures généralement
incomplètes ; aussi le chapitre consacré à l’étude de celles qui
ont pour but de prévenir de nouvelles invasions du choléra
en Europe, est-il bien digne de fixer l’attention.
La nécessité de prendre des précautions dans les pays inter­
médiaires entre l’Inde et l’Europe, forme ce qu’il y a de réel­
lement neuf, de très logique, d’excellent dans les conclusions
de la conférence. Cette prophylaxie bien comprise par tous les
gouvernements qui séparent l’Inde de l’Europe, serait incon­
testablement supérieure à tout ce qui peut être fait à nos
portes.
M. le docteur Fauvel expose l’opinion de la conférence à cé
sujet, dans un chapitre divisé en deux paragraphes spéciaux.

Dans le premier, il est question des mesures de prophylaxie
dans l’Inde ; dans le second des mesures de prophylaxie dans
les pays intermédiaires entre l’Inde et l’Europe.
Que n’a-t-on pas dit sur la possibilité de faire cesser dans
l’Indoustan la cause qui donne naissance au choléra !
A entendre les auteurs des différentes théories émises à ce
sujet, rien de plus facile: encaisser le cours du Grange qui, en
inondant les terres, fait naître des marais source du miasme
cholérique, enterrer ou brûler les cadavres au lieu de les li­
vrer au fleuve, etc. On a beaucoup raisonné sur une cause
encore inconnue, car ainsi que le croit la conférence, la cause
de l'endémie cholérique dans l'Inde est encore à trouver. Aussi
le congrès sanitaire appelle-t-il fortement l’attention du gou­
vernement anglais, sur la nécessité de faire étudier avec soin,
loutesles questions relatives à cette endémie, tout en continuant
l'application persévérante des mesures d’hygiène déjà entre­
prises. Il croit que les conditions qui entretiennent ces foyers
permanents de choléra pourront être détruites; mais un tel
résultat ne saurait être que l’œuvre du temps, que la suite de
recherches et d’améliorations persévérantes.
Cette espérance me parait très fondée; en effet, n’est-on pas
arrivé par une meilleure observation des lois de l’hygiène, en
Egypte, à la suite des conseils donnés par l’Europe, et surtout
par la France depuis la nomination des médecins sanitaires
en Orient, à voir disparaître la peste, ce terrible fléau, dont
la cause égyptienne nous échappe, comme la cause indienne
du choléra? Pourquoi n’en serait-il pas ainsi du mal indien ?
On peut l’espérer, surtout si le gouvernement anglais conti­
nue à suivre la voie sanitaire dans laquelle il est entré, s’il
donne suite aux conseils de la conférence sur les points déjà
indiqués et sur les circonstances qui facilitent le développe­
ment et la propagation delà maladie, tels que les grands
rassemblements d’hommes, les pèlerinages et les embarque­
ments de pèlerins.
A cause de la nature des contrées à traverser, les mesures
de prophylaxie entre l’Inde et l’Europe soulevaient de grandes
difficultés. Cependant la conférence a hardiment et nettement

461

�SEUX.

CHOLÉRA.

posé les jalons qui doivent guider les gouvernements dans
cette voie, et elle a eu le bonheur de voir ses sages conseils
suivis en Arabie.
Pour arriver à des résultats aussi sérieux que possihle, la
conférence a tout d’abord examiné avec le plus grand soin
quelles étaient les voies suivies par le choléra pour péné­
trer en Europe ; c’était parfaitement logique.
L'étude exacte de la marche des premières invasions, la
voie suivie habituellement aujourd’hui par les voyageurs qui
viennent soit de l’Inde, soit de l’Arabie, ont fait reconnaître
à la conférence que pour la voie de terre, c’était la Perse et
le littoral sud de la mer Caspienne qui donnaient passage au
choléra, et pour la voie de mer, la mer Rouge et l’Egypte ;
partant de ces données, elle a émis l'opinion, que les mesures
à prendre contre l’importation du choléra en Europe, par la
mer Rouge, devaient être formulées de la manière suivante :
1° Etablissement sanitaire à l’entrée de la mer Rouge,
2° Service sanitaire sur le littoral de la mer Rouge,
3° Mesures recommandées pour le cas où le choléra écla­
terait parmi les pèlerins,
4° Mesures proposées pour le cas où le choléra, venant par
la mer Rouge, éclaterait en Egypte,
De plus la conférence a pensé qu’il y aurait des mesures à
prendre contre l’importation du choléra en Europe par la
voie de terre.
Quarantaines et création de médecins sanitaires, tels sont
les moyens proposés par la conférence pour remplir les dif­
férentes indications que je viens de signaler, en y ajoutant,
en cas d’épidémie de choléra parmi les pèlerins de la Mecque
ou bien en Egypte, dans le premier cas, interruption de toute
communication maritime entre les ports arabiques et le lit­
toral égyptien, et dans le second cas, même interruption entre
l’Egypte et le littoral de la Méditerranée,
Quant à la voie de terre, la conférence croit que c’est surtout
en Perse, puis à la frontière turque et à la frontière russe que
doivent être prises les mesures hygiéniques et quarantenaires.

Je ne puis entrer dans les détails donnés par M. Fauvel sur
ces différents points de la question de préservation, ils dépas­
seraient de beaucoup les limites de mon analyse déjà bien
longue ; les pages qui leur sont consacrées doivent, à cause
de l’importance du sujet, être lues et méditées. Je me con­
tenterai de faire observer que les mesures indiquées seraient
parfaites, si elles étaient employées dans toute leur sévérité,
et malgré leur sévérité, mais le seront-elles ? la tâche est dif­
ficile, pourtant elle n’est pas impossible si tous les gouver­
nements intéressés en comprennent bien l’importance.
La conférence a consacré à son œuvre huit mois de travail
et de discussions ; tout, esprit de système en a été banni ; toutes
les questions ont été traitées par elle avec le désir seul d’être
utile aux populations si souvent atteintes et toujours
menacées ; elle n'a pu résoudre des problèmes encore insolu­
bles. mais elle a indiqué plusieurs voies à suivre pour
arriver à leurs solutions ; elle a enrichi la science de documents
très importants ; en un mot, avec l'autorité d’une réunion
d’hommes sérieux et guidés seulement par leur conscience,
elle a indiqué les moyens , que, dans l’état de nos connaissan­
ces, il était possible d’employer pour arriver à 'éloigner de
nous le fléau indien.
Tout philanthrope doit s’incliner avec respect, et reconnais­
sance devant la conférence de Constantinople !
Sous la présidence de Son Exc. Salih-Effendi,la conférence a
siégé depuis le 13 février, jusqu’au 26 septembre 1866, épo­
que où ses travaux ont été solennellement clos comme ils
avaient été solennellement ouverts par son Altesse Aali-Pacha,
ministre des affaires étrangères de S. M. le Sultan.
M. le Dr Fauvel termine son travail original par une qua­
trième partie intitulée. : Faits accomplis depuis la clôture de
la conférence et conclusions, c’était un complément néces­
saire, qui éclaire d’une vive lumière par une expérience de
deux années, quelques points discutables et douteux des ques­
tions traitées par la conférence. De C6tte revue résultent en
effet quelques renseignements précieux: Le pèlerinage de la
Mecque s’étant effectué en 1867 et en 1868 sans aucune mani-

162

463

�SEUX.

CHOLÉRA.

festation de choléra, il est bien évident que la maladie n’est
pas endémique dans le pays; pourtant le dernier pèlerinage
a été très-considérable, puisque le chiffre des pèlerins a été
évalué à quatre-vingt-cinq mille, il est vrai que des mesures
hygiéniques ont été, sur l’avis de la conférence, prises par les
autorités locales, mais ces mesures n’auraient jamais pu faire
cesser en quelques heures une véritable endémie, si le cho­
léra en Arabie avait tenu à des causes identiques à celles qui
lui donnent naissance dans l’Inde.
Pleine justice doit être rendue au gouvernement ottoman ;
tout ce qui dépendait de lui, il l’a fait, dit M. Fauvel ; mesures
hygiéniques pour améliorer les conditions sanitaires du pèle­
rinage sous la direction de médecins chrétiens et musulmans ;
exploration du détroit de Bab-el-Mandeb et d’une partie du
littoral de la mer Rouge sur un navire à vapeur mis à la dis­
position de la Commission parle gouvernement ottoman;
extension donnée au service sanitaire sur le littoral arabique
de la mer rouge ; telles sont les différentes mesures prises avec
intelligence et fermeté par la Turquie :
Malheureusement il n’en a pas été ainsi pour le gouverne­
ment égyptien, celui-ci afait des règlements, a promis, mais
n’a rien tenu. Contraste complet, dit M. Fauvel, entre la
manière d’agir de l’administration ottomane et celle de l’ad­
ministration égyptienne. La première a eu des scrupules
d’abord, mais enfin elle a résolument agi ; la seconde a promis
beaucoup, mais, en définitive, elle n’a rien fait. Les bonnes
intentions du vice-roi ne sont pas douteuses; mais il est mal
obéi.
Alin de faire apprécier aussi exactement que possible la
pensée de M. Fauvel et l’opinion de la conférence, relativement
à l'importance des mesures à prendre dans la mer Rouge, je
crois devoir copier textuellement les lignes qui terminent le
travail de M. l’Inspecteur général des services sanitaires.
« Il importe donc au plus haut point, dit -il, à la sécurité de
l’Europe que l’Egypte soit bien gardée, et pour qu’il en soit
ainsi, le seul moyen, selon nous, est la mise à exécution du sys­
tème recommandé par la conférence ; ce système, on le sait,

c’estd’abord la surveillance du détroit de Bab-el-Mandeb; mais
comme il est possible que des difficultés insurmontables s’op­
posent à l’installation de cette surveillance, c’est ensuite,
comme principale barrière, l’organisation en Egypte et en
Arabie d’un service sanitaire dont les stations ont été fixées,
et qui fonctionnerait sous la direction d’un conseil interna­
tional siégeant à Suez. L’administration Egyptienne, telle
qu’elle fonctionne actuellement, a montré son impuissance en
présence des intérêts contraires à ceux de la santé publique,
qui l’assiègent et l’oppriment. Il faut un conseil de santé ayant
plus d’autorité et qui soit mieux placé que celui qui siège à
Alexandrie.
« Nous le disons avec conviction, si l’Europe ne veut pas
être surprise un jour ou l’autre par la répétition de ce qui
s’est passé en 18G5, il faut qu’elle avise sérieusement à com­
pléter dans la mer Rouge, ou tout au moins en Egypte, le sys­
tème de mesures recommandé par la conférence ; et au pre­
mier rang de ces mesures, nous plaçons l’institution à Suez,
d’un conseil sanitaire international. »
Très bien; mais j’ajoute, pour mon compte, que tout en
reconnaissant la grande supériorité de l’idée d’arrêter la
marche du choléra dans la mer .Rouge, il faut, en raison des
difficultés, des impossibilités même, avouées, que les mesures
sanitaires prises sur le littoral méditerranéen de l’Europe en
général et sur notre littoral français en particulier, soient
encore plus complètes et plus sévères; il faut que le lazaret
placé à l’entrée de Marseille, de la grande ville maritime, porte
méditerranéenne de la France , soit installé pour faire face à
toutes les exigences du confortable de notre siècle, et à toutes
les éventualités épidémiques, d’autant plus que cet établisse­
ment est appelé à nous garantir non-seulement du choléra,
mais de la fièvre jaune, de la peste, du typhus et de toutes les
contagiosités des cinq parties du monde.
Cette quatrième partie du livre de M. Fauvel contient en­
suite tous les documents officiels, procès-verbaux des séances
et rapports; c’est dans cette partie, la plus importante et la
plus longue de l’ouvrage, que le lecteur trouvera les détails les

464

4G5

�466

SEUX.

CHOLÉRA.

plus intéressants, et qu’il verra tout le soin consciencieux
avec lequel la conférence s’est livrée à son œuvre scientifique
et politique en même temps.
L’exposé des questions qui ont été traitées et discutées suf­
fira pour démontrer l’étendue des recherches auxquelles la
conférence s’est livrée avant de prendre ses conclusions.
1° Mesures à prendre dans le cas où le choléra se manifes­
terait cette année parmi les pèlerins réunis à la Mecque, pro­
position présentée par les délégués du gouvernement français,
13 février 1866.
2° Rapport sur cette même proposition, fait au nom d'une
commission, parM. le Dr Bartoletti, délégué de la Turquie.
26 février 1866.
3° Mesures adoptées par la conférence sanitaire internatio­
nale pour le cas où le choléra se manifesterait cette année
parmi les pèlerins réunis à la Mecque. lor et 3 mars 1866.
4° Projet de programme des travaux de la conférence, rap­
port fait au nom d’une commission par M. le Dr Mühlig, délé­
gué de la Prusse. 8 mars 1866.
5° Sur l’origine, l’endémie, la transmissibilité et la propa­
gation du choléra, rapport fait au nom d’une commission par
M. le Dr Fauvel, rappporteur général. 28 mai 1866.
Ce rapport, qui tient cent vingt pages dans le livre de
M. Fauvel, est à coup sûr non-seulement le plus étendu et le
plus savant, mais aussi le rapport capital, car des questions
difficiles qui y sont traitées avec parfaite connaissance du
sujet, érudition et sagesse, devraient dépendre les conclusions
pratiques les plus sérieuses de la conférence
6° Marche et mode de propagation du choléra en 1865, rap­
port présenté, au nom de la sixième sous-commission, par
M. le Dr Bartoletti. 5 juillet 1866.
T Révision des questions relatives à la préservation et pro­
position de la méthode à suivre pour leur étude, rapport fait
au nom d’une commission par M. le Dr Pelikan, rapporteur,
délégué de la Russie. 28 mai 1866.
8° Projet d’une nouvelle classification desquestions relatives
aux mesures prophylactiques applicables au choléra. 2 juin
1866.

9° Mesures d’hygiène applicables à la prophylaxie du cho­
léra, rapport fait au nom d’une commission par M. le Dr
Monlau, rapporteur, délégué de l’Espagne. 13 août. 1866.
10° La désinfection appliquée au choléra, appendice au rap­
port des mesures hygiéniques, par M. le D' Mühlig. 13 août
1866.
11° Mesures d’hygiène navale relatives à la prophylaxie du
choléra, note additionnelle au texte du chapitre i l du rapport
de la commission des mesures hygiéniques, par M. le Dr
Lenk, délégué de la Russie. 23 août 1866.
12° Mesures quarantenaires applicables aux provenances
cholériques, rapport présenté au nom d’une commission par
M. le DrBartoletti, rapporteur. 15 septembre 1866.
13° Mesures à prendre en Orient pour prévenir de nouvelles
invasions du choléra en Europe, rapport fait au nom d’une
commission, par M. le Dr Fauvel, rapporteur. 20 août 1866.
Rapport de 95 pages dont on peut juger l’importance par
l’entrée en matière qui, sous le titre de Questions ‘prélimi­
naires, consacre plusieurs pages à l’étude et à la discussion
du point suivant : Si Fon pèse d'un côté les inconvénients
qui résultent, pour le commerce et pour les relations inter­
nationales, des mesures restrictives, et, de Fautre, la per­
turbation qui frappe l’industrie et les transactions commer­
ciales à la suite d'une invasion de choléra, de quel côté
croit-on que pencherait la balance ? question à laquelle la
commission, puis la conférence ont répondu : La conférence
est d’avis que les mesures restrictives, connues d’avance et
appliquées convenablement, sont beaucoup moins préjudi­
ciables pour le commerce et les relations internationales que
la perturbation qui frappe l’industrie et les transactions
commerciales à la suite d’une invasion de choléra. Et. elle
ajoute, avec le rapporteur, que : plus les mesures de quaran­
taine et les autres moyens prophylactiques contre le choléra
serontappliqués près du foyer originel delà maladie, moins ces
mesures seront onéreuses et plus on pourra compter sur leur
efficacité (en supposant une application convenable) au point
de vue de la préservation de l’Europe.

467

�468

SEUX.

TRAITEMENT DU CHOLÉRA.

469

Les différentes solutions données par la conférence aux
nombreuses et importantes questions traitées sur ces différents
chefs, sont déjà connues du lecteur, par l’analyse que j’ai faite
du résumé présenté parM. Fauvel, au commencement de son
livre. Cependant, jenesaurais trop engager les médecins et les
administrateurs à lire avec la plus grande attention, dans l’ou­
vrage lui-même, ces rapports riches de faits et de sages
conclusions, ils y trouveront vif intérêt et grand profit.
J’ai encore à signaler dans les quatre-vingts dernières
pages du livre plusieurs chapitres qui, sous le nom d’annexes,
contiennent des sujets dignes de fixer l’attention, tels que :
Note sur les travaux d’assainissement entrepris dans les
grandes villes de l’Inde, sur les mesures d’hygiènes pratiquées
à Calcutta et sur les attributions des trois commissions sani­
taires permanentes ;
Règlement applicable aux navires et bateaux à vapeur des­
tinés au service des passagers indigènes qui partent des pos­
sessions Anglaises ;
Règlement applicable aux pèlerins des possessions Hollan­
daises ;
Rapport de la commission sanitaire ottomane chargée de l’ex­
ploration des ports de la mer Rouge en vue de l’organisation
d’un service quarantenaire ;
Enfin, M. le Dr Fauvel termine ce volume, si bien rempli,
par une annexe au procès-verbal de la séance de clôture,
intitulée :
Relevé des conclusions adoptées par la conférence sanitaire
internationale en réponse aux questions de son pro­
gramme.
11 faut lire ces conclusions, car non-seulement elles donnent
rapidement le résultat des travaux considérables auxquels
la conférence s’est livrée et font voir l’importance de ses re­
cherches ; mais elles indiquent, par le nombre des votes, et
leur direction, la valeur et le degré de véracité des con­
clusions.
Une carte très bien faite et très curieuse à consulter, in­
diquant la marche du choléra en 1865, complète l’ouvrage
de M. le D' Fauvel.

Je termine moi-même et je ne saurais mieux le faire qu’en
m écriant :
Honneur à M. l’Inspecteur général des services sanitaires
de France, qui a doté la science d’un ouvrage qui sera tou­
jours consulté; honneur au gouvernement français qui a eu
la glorieuse initiative du congrès le plus sérieux en ce genre ;
honneur aux gouvernements qui ont si dignement répondu à
l’appel de la France; honneur surtout à la Turquie, qui, en
dépit de sa religion, antipathique au progrès, fait des efforts
iiiouis pour se mettre à la hauteur de la civilisation la plus
avancée ; honneur à tous les membres de la conférence sani­
taire internationale de Constantinople, qui ont consacré leur
temps et leurs veilles à l’œuvre d’hygiène la plus impor­
tante de notre époque !

TRAITEMENT DU CHOLÉRA
Par L e Dr Le Viseur ,
Conseiller médical de la Régence, à Posen.

Les recherches exactes dont les maîtres de la science médi­
cale s’occupent assidûment pour pénétrer la pathogénie du
choléra, et dont les résultats actuels méritent certainement
l’admiration et la reconnaissance des praticiens, nous laissent
encore engagés dans une thérapeutique peu rationnelle qui ne
consiste qu’en un agrégat de mille médicaments également
loués et démentis.
« Occasio celeris, experimentum periculosum, judicium
difficile, — opportet autem nou modo se ipsum exliibere
quæ opportet facientem, sedetiam ægrumet præsentes,
et extern a. »
Ce fut bien le temps de me souvenir de cet aphorisme, lorsqu’en 1831 l’épidémie envahit la première fois nos con­
trées, car, nonobstant les nombreux mémoires qui nous

�LE VISEUR.

TRAITEMENT DU CHOLÉRA.

étaient déjà parvenus des Indes et de la Russie, je me trouvai,
en fait de choléra, dans l’état primitif de notre art conjectu­
ral. Il me fallait donc d’ahord recourir à nos anciens maîtres,
— là j’admirai le tableau parfait i^Arétée a peint du choléra,
mais ce qui me causa une grande satisfaction, ce fut le prin­
cipe curatif, mis à la tête de son chapitre « Curatio cholerœ : »

du choléra qui venait d’éclater avec une telle intensité qu'on
fut obligé d’arranger à la hâte un hôpital à part, où l’on pla­
çait les cholériques. Dirigé jusqu’à la fin dn mois d’aoùt par
des médecins supérieurs de l’armée, on y avait traité 661 cho­
lériques avec le résultat, généralement jugé assez favorable,*
de 42 pour 0/0 de décès, lorsque le gouvernement me confia la
direction médicale de cet établissement.
Là je fis traiter en 64 jours 213 malades suivant ma mé­
thode, toute contraire à celle qu’on venait d’y suivre, et la
mortalité est descendue à 12 pour 100.
J’ajoute :
1° Que chacun de mes malades avait été préalablement re­
connu cholérique dans le grand hôpital ;
2° Que mon traitement avait eu lieu sous les yeux d’une
commission composée d’un médecin en chef de la garnison et
de deux officiers ;
3° Que les chiffres que je viens d’indiquer sont tirés des re­
gistres officiels du bureau de l'hôpital.
Il me faut avouer que ces faits ne suffiront pas pour rendre
ma méthode généralement acceptable, mais ma longue prati­
que m’a appris qu’elle est préférable à toutes celles qu’on a
essayées jusqu’à présent.
D’ailleurs, il est nécessaire de donner à la population rurale,
trop souvent privée de secours médicaux, durant une épi­
démie de choléra, et abandonnée à l’ignorance et à lacharlatannerie, des instructions qui lui permettraient d’administrer
les premiers soins ; — aussi une brochure que j'ai publiée,
dans ce but, en 1866, et réimprimée en 1868 , a-t-elle reçu un
accueil flatteur non-seulement du public, mais particulière­
ment de la part des autorités supérieures de plusieurs provin­
ces prussiennes, qui n’ont pas hésité à en distribuer plus de
2,000 exemplaires allemands et polonais, aux personnes intel­
ligentes des villages et des petites villes.
Encouragé par cet accueil, je vais publier une brochure
semblable en français, quelque peu habile que je sois à me
servir correctement de cette langue ; on comprendra mes avis
suffisamment pour les suivre.

170

« In choiera prodcuntium suppressio inala est , quia cruda
sunt.Opportet itaque, si facile ac libenter exeant, permittere,
sin minus, ea incitare. »

Quoique probablement il ne parle que du choléra sporadi­
que, pourtant la symptomatogieet le pronostic qu’il en donne
diffèrent très peu de ce que nous observons dans nos épidé­
mies, et je jugeai ce principe assez plausible pour m’en servir
à la première occasion.
Enfin, au mois d’aoùt 1831, l’épidémie éclata dans l’arron­
dissement de Wirsitz, et s’étendit, durant deux mois, sur 43
villages et quelques villes éparses. Comme médecin praticien
et comme membre officiel de l’administration publique dans
cet arrondissement, je devais secourir les malades et en même
temps prendre et surveiller les mesures ordonnées par la loi
contre l’infection supposée alors partout. Le nombre des cho­
lériques était monté successivement à 1,095, et n’ayant à ma
disposition que deux médecins et trois chirurgiens, il fallait
nous disperser dans tout l’arrondissement. Cependant nous
convenions de garder un traitement uniforme, fondé sur le
principe cité d’Arétée. Ainsi le terrain était préparé pour une
observation exacte et collective.
Je n’ai pas l’intention de donner ici l’histoire de cette épi­
démie, ni de celles qui la suivirent chez nous jusqu’à la der­
nière de 1866, que j’ai observées et traitées sans exception par
une méthode évacuante, et je n’en détaillerai non plus les ré­
sultats les plus favorables, observés seulement dans ma prati­
que en ville et à la campagne.
A la fin du mois de j uin, en 1866, les salles du grand hôpi­
tal militaire de Posen, encombrées de malades et de blessés,
manquèrent de place pour recevoir aussi les soldats atteints

474

�LE VISEUR.

MENSTRUATION.

Quant aux détails de ma méthode, ils sont précisés dans la
dite brochure, qui cont ient non-seulement les règles de traiter
les cholériques, mais aussi un enseignement populaire sur
l’origine et le caractère du choléra, sur les symptômes qui le
font reconnaître, et sur les moyens de s’en préserver.
Quoiqu’on juge de l’usage des évacuants contre le choléra
et particulièrement de ma manière de les administrer, tou­
jours ou reconnaîtra qu’il convient d’éclairer le peuple
ignorant sur ces questions, afin de modérer du moins la ter­
reur panique qui l’accable à l’invasion de l’épidémie, et de le
soulager par des conseils utiles.
Les médicaments dont je me sers ne sont ni nouveaux ni
complexes; ils se réduisent à des lavements plus ou moins ir­
ritants et à des vomitifs plus ou moins forts et que je fais
répéter d’intervalle en intervalle jusqu’à l’effet énergique. —
Je soutiens qu’aucun remède administré par la bouche ne
produit l’effet souhaité, car le malade le rend de suite en plus
grande partie, et sinon, l'action serait trop lente ; — je
regarde les lavements comme un remède souverainement effi­
cace contre le choléra, éréthique ou paralytique, car, selon
mon expérience, c’est. « Vindicatio vitalis : » de délivrer le
plus tôt possible le bas ventre des matières fécales, solides ou
liquides, qu’il contient toujours— Déjà, en 1831, je pus consta­
ter, 1° que les cholériques sauvés étaient ceux dont les
déjections alvines avaient été les plus violentes et les plus
abondantes; 2* que ces déjections, d’abord blanchâtres, fibri­
neuses et inodores, avaient été suivies de diarrhée comme
féculente et fétide, et 3° qu’à la première visite des malades,
en palpant le bas ventre, j ’ai toujours trouvé le long du colon
ascendens et transversum plusieurs duretés mobiles et séparées
par des distances inégales. —
Quant aux vomitifs, je ne les fais administrer que dans la
forme — soit primitive ou secondaire — paralytique du
choléra, et je prescris des doses de l’ipecacuanha propor­
tionnées à l’inertie de l’estomac, et répétées jusqu’à l'effet. —
Enfin, je ne saurais pas préconiser le traitement évacuant
d’une manière plus sage et plus persuasive qu’en citant le

passage suivant, que j’ai lu avec la plus grande satisfaction
dans le Journal de Méd. et de Chir. prat., rédigé par M. le
Dr Chaillou (1866, art. 7142).
« Quant à la science, — dit l’auteur, — il est triste
d’avouer que ses progrès ne sont point à la hauteur de son
dévouement; la multiplicité des remèdes en cette matière ne
prouve que trop l’indigence de la thérapeutique du choléra
confirmé. — Quand les fonctions ne sont pas encore enchaî­
nées, quand l’estomac n’est pas réduit à l’état de sac inerte,
que l’absorption se fait, l’ipécacuanha et les purgatifs salins,
en produisant l’expulsion des matières qui enveloppent le poi­
son cholérique, constituent la médication la plus raisonnable
comme elle est enfin la plus efficace, aussi la croyons-nous
surtout applicable à la cholérine et à l’état de malaise qui si
souvent précède le choléra, et que caractérisent de l’inappé­
tence, une langue saburrale avec et sans nausées, des coli­
ques sourdes, la dyspnée gastrique et une dépression sensible
des forces. En pareil cas, au lieu d’enfermer le loup dans la
bergerie, il est plus prudent de le mettre dehors ; c’est pour
cela que nous n’hésitons pas à combattre le préjugé qui, dans
le cours des épidémies cholériques, frappe d’ostracisme ab­
solu l’administration des évacuants. »

m

473

Du rôle du systèm e nerveux
d an s les troubles m orbides de la m enstruation,

Par le Dx A.

F abre.

Dans sa revue de gynécologie, notre collaborateur M. Villeneuve fils s’exprimait dernièrement ainsi: « Les manifesta­
tions si mobiles et si variées du système nerveux de la femme,
tant central que périphérique, ne mériteraient-elles pas aussi
une étude particulière et approfondie ? »
M. Villeneuve fils a raison; la connaissance des phéno­
mènes nerveux du système utéro-ovarien en particulier doit
prochainement éclairer d’un jour nouveau la gynécologie
31

�474

A. FABRE.

en montrant notamment l’origine névrotique de maladies
que l’on a crues jusqu'ici de nature inllammatoire.
Pour ce'qui concerne la menstruation, la physiologie et la
clinique, se prêtant un mutuel appui, tendent à démontrer
l'une et l’autre que le système nerveux joue un rôle immense
et daus le jeu régulier de cette fonction et dans les troubles
morbides dont elle peut être affectée. — Etablir la réalité de
cette influence pathologique, en signaler les principaux as­
pects, tel est le but que je me propose aujourd’hui.
Pour que la menstruation s'opère régulièrement, il ne suffit
pas que l’organisme soit exempt de ces maladies graves qui
l’altèrent dans son ensemble ; il ne suffit, pas que l’utérus
intact laisse passer librement le sang qui coule de sa surface
interne ; ce qu’il faut avant tout, c’est que l'appareil qui a
pour mission de présider ù la fonction menstruelle possède
son énergie et son activité normales.
Or, cet appareil quel est-il? C’est le plexus nerveux utéroovarien. Ce qui n’était qu’une présomption il y a quelques
mois encore, est aujourd’hui, grâce aux recherches physiolo­
giques du professeur Rouget, une vérité démontrée.
Au moment où la vésicule de Graaf va se rompre et où la
flux menstruel va s’opérer, voici les principaux phénomènes
qui se passent dans le système génital de la femme :
Il y a d'abord dilatation des petits vaisseaux contenus dans
le bulbe de l’ovaire et dans le corps de l’utérus, dilatation qui
se produit sous lïnflence d'un état particulier des nerfs vaso­
moteurs.
A l’action directe des vaso-moteurs se joint l’action combi­
née de la tunique musculaire propre de l’utérus, des faisceaux
musculaires utéro-ovariens, des muscles des ligaments larges;
qui compriment les grosses veines sans porter obstacle à la
circulation des artères, plus petites, plus résistantes et plus
profondément situées.
Dans ces conditions, les capillaires veineux se rompent et le
sang menstruel s'écoule. Puis un mouvement en sens inverse
s’opère dans le système vaso-moteur; les capillaires dilatés se
contractent et l’hémorrhagie s’arrête. Dans son mécanisme

MENSTRUATION.

475

intime, dans ses actes essentiels et primitifs, la menstruation
est donc un phénomène érectile, où le système nerveux joue
le rôle principal, soit directement, soit par l’intermédiaire
des libres musculaires qu’il anime.
En même temps, et sous cette influence, se produisent des
phénomènes généraux ou sympathiques qui ont aussi leur si­
gnification. Il y a un changement notable dans l’humeur ha­
bituelle du sujet, une disposition aux larmes et à la tristesse,
une grande impressionnabilité, des tendances aux lipothy­
mies, des troubles digestifs, des caprices de l’appétit, parfois
de la diarrhée, un état de lassitude avec altération des traits,
un cercle bleuâtre autotir des paupières, une certaine agitation
du pouls : le travail de l’appareil utéro-ovarien a retenti
sur l’ensemble du système nerveux.
Ainsi donc, la physiologie contemporaine a reconnu que la
menstruation est un phénomène érectile, qu’elle est dans son
origine et dans ses éléments essentiels une fonction nerveuse ;
la cause principale d'une foule de troubles menstruels doit
donc être un trouble nerveux.
Devançant la physiologie, l’observation clinique aurait dû
depuis longtemps faire prévoir ce rôle du système nerveux, au­
quel, sauf de très-rares exceptions, parmi lesquellesil faut citer
surtout Raciborski, les médecins avaient jusqu’ici fort peu
songé. Quelles sont, en effet, les conditions qui influent le plus
sur la prompte apparition du premier flux menstruel? En
dehors et au-dessus des conditions de température*et de race,
ce sont le genre de vie et le tempérament. Les observations de
Brierre de Boismont établissent que, chez les filles des classes
élevées et en général chez celles dont le système nerveux
s’exerce sans cesse et se surexcite, les règles sont beaucoup
plus précoces que chez les filles pauvres et ignorantes ; les
documents rassemblés par Raciborski démontrent de leur côté
que le tempérament qui amène la précocité des règles, ce
n’est pas le tempérament sanguin, mais bien le tempérament
nerveux. L'observation journalière prouve également que, de
toutes les influences, celle qui supprime le plus sûrement le
flux menstruel, c’est une impression morale, c’est la frayeur.

�476

A. FABRE.

MENSTRUATION.

Enfin, si l’on étudie de près l’influence pathogéniquc de la
menstruation, l’on constate que cette fonction prédispose
surtout à deux maladies, dont l’une est l’hystérie, affection
nerveuse s il en fut, et l'autre la chlorose, qui a pour théâtre
le système nerveux autant que le système sanguin.
Ces préliminaires une fois posés, on ne trouvera pas, j ’es­
père, paradoxale cette proposition peut-être inattendue , mais
à coup sfir basée sur l’observation clinique, à savoir que des
troubles dans iinnervation peuvent produire des désordres mens­
truels de toutes catégories, aménorrhées, ménorrhagies, dys­
ménorrhées, déviations menstruelles.
Il ne faut pas d’ailleurs prêter à cette proposition un sens
exclusif qui serait bien loin de ma pensée ; nul ne saurait nier
l'influence des lésions locales et des maladies générales sur les
désordres de la menstruation, et, en présence de chaque
malade, le clinicien a toujours à décider s’il a affaire à un
phénomène consécutif ou bien à un état primitif. Ce sont ces
troubles primitifs, purement fonctionnels, dont la nature est
névrotique.
Chacun peut observer des aménorrhées qui n’ont pas d’autre
cause qu'une atonie du plexus utero-ovarien, qu’une faiblesse
radicale de ce plexus. La puissance des divers appareils du
système nerveux est, il faut qu’on le sache bien, inégalement
répartie chez un grand nombre d'individus. De même qu’entre
les divers systèmes il y a souvent ce défaut d’équilibre qui
constitue les tempéraments au profit de tel ou tel système,
nerveux, sanguin, etc., de même, entre les diverses parties
d’un même système, l’arbre nerveux, il y a parfois une iné­
galité de puissance qui crée en quelque sorte des tempéra­
ments partiels. Chacun a ses parties fortes et ses parties fai­
bles. Chez quelques uns, c’est l’innervation pulmonaire qui
est en défaut ; chez d’autres c’est celle de l’estomac ; chez d’au­
tres enfin, c’est celle des organes génitaux. Les facultés géné­
ratrices d’un homme ne se mesurent pas exactement à
l’ensemble de ses forces physiques. Chez les femmes, cette
inégalité, sous le rapport des fonctions génitales, est si frapfranle que plusieurs médecins, Puech et Court y entre autres,

ont. créé le mot de tempérament génital pour l’appliquer aux
femmes qui se font remarquer par l’abondance et la régularité
des fluxions menstruelles ainsi que par la longue durée de la
vie sexuelle. Mais, s’il y a des femmes qui sont douées du
tempérament génital, par contre il y en a d’autres qui en sont
dénuées. Ces dernières ont normalement une aménorrhée soit
complète, ce qui est très rare, soit incomplète, ce qui est
assez commun.
Chez elles, la vie sexuelle commence tard et finit tôt. Des
espaces assez longs séparent les fluxions menstruelles; elles
perdent pendant fort peu de temps et fort peu. On recon­
naît cette aménorrhée presque physiologique, d’un côté à ce
que l’exploration locale desorganesgénitaux ne révèle aucune
lésion apte à produire des troubles morbides et l’exploration
générale de l’organisme aucune maladie qu’on puisse
invoquer, d’autre part à ce que l’aménorrhée elle-même
n’amène aucun désordre dans l’économie.
Il y a une seconde variété d’aménorrhée par atonie ; c’est
celle où le travail utéro-ovarien qui s’opère chaque mois
s’arrête à la congestion, insuffisant qu’il est pour parvenir à
l’hémorrhagie, c’est-à-dire au flux menstruel. Cette variété est
assez commune chez les jeunes filles pendant les premières
années de la vie sexuelle. De temps en temps l'on constate une
fluxion ovarienne annoncée par le gonflement et la sensibilité
de l’organe à la palpation, par le ballonnement du ventre, la
douleurlombaire, la tension desseins, divers troubles nerveux
sympathiques, et même parfois un petit mouvement fébrile ;
puis, si ceseffortsimpuissantsse répètent,on verra se manifester
peu à peu la chlorose ou l'hystérie. Mais, même au bout d’un
certain temps, la chlorose sera souvent assez peu intense pour
qu’on puisse constater qu’elle est une conséquence et non pas
la cause de l’aménorrhée. De leur côté, les attaques d'hys­
térie coïncideront trop bien avec les fluxions incomplètes de
l’ovaire pour qu'elles n’en soient pas évidemment les con­
séquences.
A ces deux variétés d’aménorrhée, il faut en ajouter une
troisième qui a été signalée par Raciborski, sous le nom

477

�A. FABRE.

MENSTRUATION.

à'aménorrhée parcause psychique. Ici les règles étaient d’abord
normales, l’influx nerveux avait été primitivement suffisant,
mais des causes morales sont venues ensuite le troubler. Tan­
tôt c'est une violente émotion qui supprime brusquement le
flux menstruel, lequel, aux époques suivantes, ne se reproduit
plus, et alors peuvent apparaître l’hystérie, la chlorose, les
déviations menstruelles ou des névropathies diverses. Tantôt
c’cst le désir immodéré ou la crainte extrême d'une grossesse
qui empêche aussif, mais avec des conséquences morbides
moins évidentes, la fluxion cataméniale. Telle est l’histoire de
cette femme à qui un officier de marine fit pour une fois
oublier ses devoirs, et chez qui les règles supprimées reparu­
rent quelques jours après que son médecin lui eut assuré
qu’elle n’était point enceinte; tel est aussi le cas de cette
dame un peu mûre qui ne remplissait plus le devoir conjugal
pour ne pas avoir à restreindre la dot de sa fille et qui, s’étant
départie un jour de sa rigueur habituelle à l’égard de son mari,
fut affectée d’une aménorrhée qu’avait produite la peur d’une
grossesse et que guérit l’assurance donnée par le médecin que
la grossesse n’existait pas.
Molimen primitivement faible avec évacuation et sans con­
séquences morbides ; molimen trop faible, sans évacuation et
avec conséquences morbides; molimen et évacuation acci­
dentellement supprimés sous l'influence d’un état mental;
telles sont les trois variétés d’aménorrhée d’origine nerveuse
qui me paraissent dignes d'être signalées.
Il existe aussi des ménorrhagies primitives par trouble ner­
veux ; la physiologie les explique et la clinique les constate.
Puisque, au moment delà menstruation, deux mouvements
successifs s’exécutent dans le système vaso-moteur, l’un qui
a pour but d’expulser le sang et l’autre de le retenir, il est na­
turel de penser qu’un flux exagéré se produira chaque fois que
l’équilibre entre ces deux mouvements sera rompu au profit
du premier, soit que l’impulsion incitatrice soit exagérée,
soit que l'impulsion modératrice soit atténuée. Ce qui n’est
encore en physiologie pathologique qu’une présomption ra­
tionnelle, me paraît en clinique, d’après les faits qu’il m’a
été donné d’observer, une notion positive.

Bien que la métrite interne, à productions fongueuses, les
polypes intrà-ccrvicaux et lesinflammationspéri-utérines don­
nent la clé d'un grand nombre de métrorrhagies, on rencontre
cependant encore à chaque pas dans la pratique des mé­
norrhagies réellement, essentielles. Celles-ci, quand on y regarde
de près, se divisent en deux catégories dont les caractères
justifient une fois de plus la distinction clinique établie par
lesanciens entre les hémorrhagies actives et les hémorrhagies
passives. Dans la première, il v a des douleurs abdominales
sourdes ou sous forme de coliques, des douleurs lombaires, une
certaine tension desseins, un peu d’agitation du pouls et une
sorte d’inquiétude générale de l'organisme ; dans la seconde
il ne se produit aucune douleur locale , aucune réaction gé­
nérale, mais l’écoulement sanguin, plus continu et plus pro­
longé que dans le cas précédent, est d’une abondance souvent
plus grande encore. Un accident qui n ’est pas rare dans la pre­
mière forme, mais qui est exceptionnel dans la seconde, c'est
la production, à des degrés fort variés, d’hématocèles périutérines, affections qui. lorsqu’elles sont légères, passent sou­
vent inaperçues. Tandis q u e, dans la première forme, on
modère l’hémorrhagie par le repos au lit, quelques prépara­
tions calmantes telles que l’aconit, et, au besoin, une petite
saignée, j ’ai vu souvent, dans la seconde forme, l’hémorrhagie,
entretenue par le repos, s’arrêter sous l'influence de l'exercice ,
ce qui paraît tout-à-fait significatif, et, dans quelques cas,
céder à la cannelle ou à la sabine, qui sont des emménagogues
sans doute, mais qui sont surtout désexcitants. Ainsi donc
l’observation des symptômes morbides comme celle des effets
médicamenteux prouve qu’il existe des ménorrhagies ataxi­
ques et des ménorrhagies atoniques. Telles sont les données
cliniques qu’une physiologie insuffisante avait fait dernière­
ment oublier et dont une physiologie plus éclairée peut au­
jourd’hui nous fournir l’explication.
Si le système nerveux intervient d’une manière incontes­
table dans les ménorrhagies, à plus forte raison doit-il jouer
un rôle important dans la pathogénie des menstruations dou­
loureuses ou dysménorrhées. Sur cette question, deux ten-

478

�A. FA B R E.

MENSTRUATION.

dances tout à fait contraires ont successivement dominé les
esprits. En opposition à la doctrine ancienne qui ne voyait
dans la dysménorrhée qu'un phénomène purement nerveux,
s'est élevée une doctrine moderne, dont Marion Sims peut être
considéré comme le plus fervent adepte, et qui a voulu ici ré­
server toute influence aux obstacles purement mécaniques.
Deux ordres de causes mécaniques ont été successivement attri­
buées à la dysménorrhée : d’un côté les flexions utérines, d’au­
tre part l’étroitesse du conduit cervico-utérin.
Mais l’influence des flexions utérines ne peut être admise
d’une manière exclusive depuis qu’Aran a recueilli une obser­
vation avec autopsie où aucun trouble menstruel n’était ré­
sulté d’une antéflexion très prononcée; depuis que Valleix,
dans onze casd’antéflexion,a trouvé neuf fois la menstruation
normale ; depuis enfin que Scanzoni a été amené, par une
longue expérience, à rejeter cette hypothèse étiologique.
Quant à la théorie de Marion Sims, sur l’étroitesse du canal
utérin comme cause de dysménorrhée et partant sur l’efficacité
du débridement du col comme remède infaillible à cette mala­
die, elle ne repose guère que sur des faits personnels à l’au­
teur; d’ailleurs, j ’ai observé un cas où, à la suite de l'opération
de Sims, la sonde pénétrait avec la plus grande facilité dans
la cavité utérine, et où la dysménorrhée n’en a pas moins
persisté. C’est que, en dessus des causes mécaniques, qu’il ne
faudrait pas toutefois rejeter entièrement1, deux conditions
dominent l’étiologie de la dysménorrhée: ce sont Yétat inflam­
matoire avec tendance à l induration du parenchyme utérin et
l'état névropathique. Pour éviter des opérations inutiles, quand
elles ne sont pas dangereuses, et pour être en état d’instituer
un traitement rationnel, il faut savoir reconnaître les dysmé­
norrhées d’origine névrotique. Or, voici quels me paraissent
être les principaux caractères de cette variété morbide :
Le premier est la nature de la sensation qu’elle provoque ;
c’est une colique extrêmement intense; les traits se grippent ;
la malade se tord et se roule dans son lit en poussant des cris
de douleur.
Le second est son siège précis et son point de départ ; quand

les souffrances aiguës sont passées, on réveille une sensibilité
très vive à la pression de l’ovaire, qui reste douloureux pen­
dant quelques jours. Ces douleurs de l ovaireont des irradia­
tions dans le ventre, les reins et les cuisses.
Le troisième caractère distinctif du mal est sa marche. La
douleur n’est pas également violente à toutes les époques
menstruelles, ce qui devrait être si elle avait une cause orga­
nique ; il y a des malades qui ont alternativement une époque
très douloureuse et une autre très supportable.
Un quatrième signe à noter c’est un défaut de concordance,
comme date d’apparition et comme durée, entre la douleur et
le flux menstruel. La douleur précède souvent l’hémorrhagie,
quelquefois elle la suit, et d’autres fois elle survient au milieu
de son cours ; d’une durée ordinairement plus courte, on la
voit apparaître alors que l’abondance et la régularité de
l’évacuation sanguine témoignent contre l’existence de tout
obstacle mécanique.
Ledernier et le plus important peut-être des caractères deces
dysménorrhées c’est la nature de leurs conséquences. Lorsqu’ellesse répètent, elles laissent dans tout l’appareil génital
une sorte d’éréthisme mal éteint. L’ovaire surtout reste sensible
et tuméfié ; l’utérus légèrement congestionné devient le siège
d’écoulements leucorrhéiques à marche capricieuse qui
paraissent, tenir à un désordre des nerfs vaso-moteurs; enfin*
de temps en temps, la malade se plaint d’éprouver dans le
ventre, les cuisses et les reins, des sensations de tiraillement
et de pesanteur. Remarquons que l’ovaire joue ici le rôle prin­
cipal mais non pas exclusif, et que, par conséquent, il est
inutile de distraire de la classe des dysménorrhées nerveuses
les dysménorrhées ovariennes, comme l’a fait Simpson.
S’il est enfin un trouble de la menstruation dont l’origine
soit un désordre du système nerveux, c’est bien évidemment
le phénomène connu sous le nom de déviation des règles ou
règles supplémentaires.
L’hémorrhagie menstruelle ayant été, jusqu’à la doctrine
moderne de l’ovulation, considérée comme un phénomène
nécessaire chez la femme, les règles dites supplémentaires ont

480

481

�i8?

A. FABRE.

été attribuées à une précaution prise par la nature pour éviter
les conséquences fâcheuses de la suppression des menstrues.
Je ne repoussserai pas cette doctrine d’une façon absolue,
mais, fort de l’observation clinique, je soutiens qu’elle n’est
pas applicable â la majorité des cas.
La plupart des jeunes filles chez lesquelles j ’ai rencontré des
hémorrhagies sur divers points du corps, remplaçant le flux
menstruel ou alternant avec lui, étaient fortement anémiques
et avaient beaucoup plus besoin d’acquérir du sang que d’en
perdre. Presque toutes étaient réglées, et abondamment, à des
intervalles peu déterminés mais parfois assez rapprochés. J'ai
en ce moment encore sous les yeux une jeune fille chez la­
quelle des menstrues abondantes alternant avec des hématocèles et des hémoptysies ont produit une anémie alarmante.
Dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, l’évacuation
menstruelle n’avait pas besoin du supplément fourni par de
nouvelles hémorrhagies. Enfin ces malades sont invariable­
ment affectées d’hvstérie ou de nervosisme, et leurs prétendues
règles supplémentaires ne peuvent être autre chose que des
névroses du système vaso-moteur.
Le travail de l’ovulation, qu’il produise ou non sur le
plexus utéro-ovarien l’action réflexe qui aboutit au flux
menstruel, peut déterminer sur d’autres points du système
vaso-moteur des actions réflexes qui aboutissent également à
des hémorrhagies. Telle est l’explication physiologique la plus
naturelle de ces accidents morbides dont l’origine névro­
tique paraîtra incontestable à tous ceux qui les étudieront
en cliniciens.
En résumé, dans ce petit travail, je crois avoir démontré
que le système nerveux peut déterminer des troubles mens­
truels de toutes les catégories : aménorrhées, ménorrhagies,
dysménorrhées, déviations menstruelles. J'ai indiqué les
caractères que présentent les principaux troubles de la mens­
truation développés sous une influence nerveuse. La nature
du mal reconnue, ses signes constatés, la voie est ouverte à
une thérapeutique rationnelle, et partant efficace.

CLIMAT DE PALERME.

LE CLIMAT DE PALERME.
Extrait d’un rapport lu à la Société Impériale de médecine,
Par le DTHenri MÉti.

Messieurs ,

Si je prends la liberté de garder encore la parole, c’est dans
le but de vous signaler une erreur commise par M. Caire,
dans sa Topographie Médicale de Cannes ; erreur que je vais
combattre parce qu’elle pourrait être funeste à une bonne par­
tie de ces pauvres tuberculeux qui vont demander à un
climat propice, clément, et plus ou moins lointain, le rétablis­
sement de leur santé, ou le soulagement de leurs maux.
M. Caire, â la page huit de son ouvrage, parle du Climat sec
et vivifiant de Palerme et de Menton. Je ne connais pas Menton,
mais quant à Palerme, à cette antique cité d’origine phéni­
cienne , à cette capitale historique peuplée de deux cents
mille âmes, riche de la plus belle végétation, ornée des plus
beaux monuments, et dont le séjour pourrait par conséquent
Être désiré par une foule de malades, il est de mon devoir,
dirai-je même de ma conscience, de déclarer que M. Caire s’est
trompé. Non, le climat de Palerme et. de ses campagnes n’est
pas sec et vivifiant, il est, au contraire, humide et presque éner­
vant à force d’être doux.
Palerme l’heureuse (1) ainsi qu'on 1’ appelle depuis vingt
siècles, est couchée mollement dans une vallée demi-circu­
laire, et au bord d’un beau golfe, entre le Monte Pellegrino,
et une chaîne des hautes montagnes qui l’abritent complète­
ment des vents: Nord, Nord-Ouest, et Ouest : son front mari­
time regarde les régions Est et Nord-Est. Une grande partie
de cette vallée, et de la ville elle-même, repose sur un tuf
(1) Palerme. — Latitude Nord, 38° 6’ 44” ; longitude Est, 11* l ’.

�484

MÉLI.

calcaire recouvert de terrains d’alluvion très argileux, et
très profonds , et toutes les fois qu’il s’agit de construire
des maisons, il faut creuser le terrain jusqu’à la profondeur
de vingt ou trente mètres, aller à la rencontre du roc, et placer
là dessus d’énormes assises. Ce sont les travaux préliminaires
indispensables pour obtenir une bâtisse solide. Les maisons
sont, par conséquent, presque aussi profondes au dessous
qu'élevées au dessus du sol.
Le fleuve Orèthe, l’ancien Eleuthre de Ptolomé, qui coule à
proximité de la ville, et à l’endroit même ou se passèrent les
premières scènes de l’événement que Casimir Delavigne prit
pour sujet d’une de ses belles tragédies : le fleuve Orèthe
déborde souvent et remplit les faubourgs de marécages qui
augmentent l'humidité de l’air, et engendrent des fièvres
intermittentes bien souvent pernicieuses.
L’eau potable, saine et limpide d'ailleurs , foisonne pour
ainsi dire à Palerme ; partout des fontaines jaillissantes ; par­
tout des sources dont l’eau captée monte à travers de gros
tuyaux en terre cuite jusqu’au cinquième et au sixième étage
de toutes les habitations.
La température de Palerme descend très exceptionnellement
à zéro, et monte rarement au dessus de trente degrés centi­
grades ; ordinairement le thermomètre oscille entre six et
douze degrés en hiver, et entre dix-huit et vingt-cinq en été.
Les pluies et les averses sont fréquentes à Palerme, et dans
un tableau météorologique publié en 1866, je trouve que dans
une période de cent dix jours il y en a eu trente neuf de plu­
vieux. Ce qui approximativement donnerait un total de cent
vingt jours de pluie pour toute l’année.
Les vents qui régnent dans cette contrée sont l’Est-Sud-Est,
l’Ouest, le Sud-Ouest, l'Est et le Nord-Est. Tous ces vents, à
Pexceptiondu dernier, sont loin d’améliorer l’état hygrométri­
que de l’atmosphère, car même le Sirocco, ce terrible Simouu
des Arabes, qui est désigné dans la rose des vents comme un
Sud-Est, et qui, par le fait, est un Sud-Sud-Ouest : ce Sirocco,
qui visite souvent Palerme, tout en arrivant mêlé avec le sable
fin du Sahara, baisse de température et s’imprègne d'humidité

CLIMAT DE PALERME.

485

en traversant l’étendue de mer qui sépare la Sicile de la pénin­
sule de Carthage.
D’après le court aperçu que je viens de faire sur les éléments
qui constituent le climat de Palerme, aperçu dont je vous
garantis l’exactitude, parce qu’il est puisé dans mes propres
impressions locales, je me crois suffisamment autorisé pour
affirmer que ce pays est humide et ne peut pas convenir à
certaines catégories de malades.
J’ai quitté Palerme à l’âge de vingt-cinq ans et, pendant mes
dernières années de séjour dans mon pays natal, j’ai assisté
aux visites des médecins les plus renommés des hôpitaux et
de la ville. Eh bien, je puis vous affirmer qu’il n’est pas à ma
souvenance d’avoir vu un seul cas de phthisie à forme éréthique, et à marche galopante. Par contre, la scrofule et tout le
cortège des affections qu’elle entraîne — le catarrhe humide,
l’asthme , les fièvres lentes , les engorgements chroniques
d’emblée du foie et de la rate, les fièvres intermittentes béni­
gnes et pernicieuses, l’aménorrhée la dysménorrhée et la
phthisie à forme torpide se sont présentés en foule à mon
observation.
La phthisie est si fréquente à Palerme, que l’on y a créé, au
commencement de ce siècle, un vaste hospice destiné exclusi­
vement à ce genre d’affection. Cet établissement, situé près de
la Zisa, à un lx.il. et demi de la capitale, est bâtiau milieu d’une
fertile campagne plantée d’orangers et de citronniers. Au-des­
sous de ces arbres à épais feuillage semper virens, et qui
atteignent là bas une hauteur considérable, les malades vont
respirer un air embaumé. Cet asile impose de forts sacrifices
pécuniaires à la municipalité, car la population en est nom­
breuse et l’on s’efforce, par un régime réconfortant, de prolon­
ger, autant que possible, l’existence des pauvres tuberculeux.
Les consommés, la viande de bœuf, la volaille, le poisson fin
et un excellent vin ne leur font jamais défaut. Ces malades
jouissent pareillement de l’avantage de recevoir leurs parents
et de pouvoir sortir de temps eu temps, mais munis d’une
permission du médecin en chef. Ainsi les phthisiques ont, en
Italie, des hôpitaux à part, mais ils ne sont pas séquestrés dans

�*8(i

MELI.

la stricto acception du mot, comme l'a dit l’honorable M. Seux
dans notre dernière séance.
Envoyez donc, dirai-je à M. Caire, envoyez à Palerme les
personnes atteintes d une maladie à forme éréthique, car elles
jouiront, là-bas. d une température très douce qui ne subit
jamais de brusques variations ; un air embaumé par la sen­
teur des orangers, des citronniers, des myrthes et de toutes
les plantes balsamiques et odoriférantes du monde entier.
Car elles seront heureuses de voir un beau soleil, un ciel
bleu et radieux dans le jour, un magnifique clair de lune, ou
un ciel étincelant d’étoiles pendant la nuit, et de profiter d’un
golfe tranquille qui permet toujours des promenades en ba­
teau. Mais au nom de la saine pratique, ne confiez jamais à
ce pays humide, trop doux et presque énervant, les malades
atteints d'une affection lente ou d’une phthisie à forme tor­
pide , car leur état .s'aggraverait, et ils succomberaient
promptement. Hélas ! avec la fausse conviction d'avoir respiré
un air sec et vivifiant.
Oh l il y aurait des moyens pour rendre l’air de Palerme
sain et sec. Il suffirait pour cela de construire des digues dans le
fleuve Orèthe, afin d’empêcher la formation des marécages,
et d’abattre de fond en comble le Monte Pellegrino, qui fait
obstacle au passage des vents Nord et Nord-Ouest. Mais c’est
lorsque ces travaux, qui sont à l’état d’étude, qui présentent
d’énormes difficultés et qui exigent des dépenses considérables,
lorsque ces travaux, dis-je, seront achevés, que l’on pourra
diriger vers l’ancienne ville phénicienne, les malades qui
ont besoin de retremper leurs forces et de vivifier leur sang.
Avant de terminer ces quelques remarques, qu’il me soit,
permis de déclarer que, pour moi, et je crois pour vous tous,
Messieurs, l’erreur qui s’est glissée dans le livre de M. Caire,
n'efface en rien les mérites scientifiques de l’auteur. Et je prie
en conséquence mon honorable confrère de Cannes, de vou­
loir bien agréer mes plus sincères éloges sur les publications
dont il enrichit tous les jours la pratique et la science médi­
cale.

REV U E DE GYNECOLOGIE.

4*7

REVUE RE GYNÉCOLOGIE.
( Suite.)
Ovaires. — l . Traité des maladies des ovaires. Ovariotomie,
par Boinet, Paris, V. Masson 1807.
2. Etude sur UHydropisie de l’ovaire, par S. Lakowski, Paris
Delahaye, 1807.
3. Deux cas d Ovariotomie. Deux morts, par MM. A. Locke
et Rlebs. [Virchow’s Archivs, XL. 1" et 2“* cahiers.)
4. Ovariotomie double. Succès, par Mussey. (The Cincinnati
Lancet. Décembre 1807.)
5. Ovariotomie. Succès.— Péan — (Acad, de Méd. Séances
des 28 avril et 5 mai 1808/
6. Ovariotomie. Succès. — Dumenil, de Rouen. (Société de
chiruryie, 11 décembre 1807.,/
7. Ovariotomie. —Succès. — Liégeois. — (Société de chirur­
gie, 21 octobre 1808.)
8. Statistique des opérations de Spencer Wells, par Rocher.
(Centralbl. f. d. Médiz. Wiss. N° 11 1808.)
9. De UOvariotomie par A. de Krassowski. Saint-Pétersbourg
et Paris V. Masson. 1808.
10. Résultats statistiques des ovariotomies pratiquées par E.
Kæberlé, jusqu’au mois de juin 1808. Paris. Berger. Levrault.
11. Ovariotomie. Succès. R æberlé. 24 août 1808
12. Ovariotomie. Succès. Boinet. 11 octobre, 1808.
13. Cirrhose et ascite prise pour unkyste ovarien. —Ponction
—Mort. (Gazette Uebd. 17 avril 1808.)
14. Emploi du bichlorure de méthylène, comme anesthésique,
dans quatre ovariotomies, par Spencer Wels. (V. Gaz. hebd. 21
février 1868./
15. Mauvais résultats de l'ovariotomie en Italie. V. Gaz.
Med. 1808 n° 1.)
10. Ovariotomie. Succès. Isnard. Marseille Médical. Mai
1869.

�m

VILLEN EUV E FILS.

KEVUE DE GYNÉCOLOGIE.

On voit, par l'énumération qui précède, que la question de
l’ovariotomie continue à être à l’ordre du jour. Ou peut con­
sidérer cette opération comme ayant passé, en France, par
trois périodes. La première, que je nommerai période d’essai,
s’étend de l’opération de Laumonier, en 1781, jusqu’à celle de
Demarquay, 2 février 1862. Elle comprend un total de onze opé­
rations ayant donné seulement trois succès. Ce n ’était rien
moins qu’encourageant, et ces tristes résultats, ajoutés à la
réprobation que l’ovariotomie avait encourue à l’Académie,
dans la mémorable discussion de 1856, manquèrent faire
complètement, abandonner cette opération dans notre pays.
C'est alors que M. Kœberlé intervint dans le débat avec une
guérison (2 juin 1862) et deux nouveaux succès, remportés,
pour ainsi dire coup sur coup par M, Nélaton (17 juin et 9
juillet 1862), ranimèrent les espérances des opérateurs français.
C'est à partir de cette époque que commence la deuxième pé­
riode ; période d’étude, d’observation, d’expériences. Elle
s’étend jusqu’au mois de mars 1867. Pendant ce laps de temps,
on a pratiqué en France 84 ovariatomies qui ont procuré 41
succès, soit près de la moitié. — C’était là un progrès nota­
ble, et qui devait donner à cette opération ses droits de natu­
ralisation française. Ces résultats sont extraits de l’excellent
livre de M. Boinet, et des tableaux très-complets qui s’y trou­
vent. Ces tableaux ne comprennent pas seulement les observa­
tions publiées, mais encore 24 cas inédits, dont 21 avaient eu
(naturellement) la mort pour résultat.
Ces tableaux échappent donc, en partie, et autant qu’il a été
possible à l’auteur, au reproche de ne pas tenir compte des cas
mortels, que les opérateurs se gardent de publier.
Néanmoins, tout en acceptant largement cette cause d'er­
reur, on voit, qu’au mois de mars 1867, les résultats étaient
rassurants et légitimaient l’introduction de l’ovariotomie dans
la médecine opératoire, au moins au même titre que les
grandes opérations chirurgicales qui sont loin, dans les hôpi­
taux surtout, de se solder par une moitié de guérisons.
Mais c’est dans la période actuelle, le diagnostic étant mieux
fixé, les règles et les indications de l’opération nettement pré­

risées, que les résultats sont les plus brillants. Ainsi, depuis
le mois de mars 1867, M. Kœberlé a pratiqué 45 ovariotomies
sur lesquelles 29 guérisons. Il faut remarquer que M. Kœberlé
n’est pas de ces chirurgiens qui publient les succès et cachent
soigneusement les revers. Toutes ses opérations sont publiées
par ordre de date, et de nombreuses statistiques donnent tous
les renseignements désirables sur l'influence exercée sur
l’issue de l’opération par l’âge deT’opérée, la nature de la tu­
meur, les antécédents, la longueur de l’incision, la quantité
de sang perdue, etc., etc. Les résultats généraux de sa pratique,
depuis sa première opération en 1862, sont les suivants :
morts
24
opérées 69
soit 33 pour 100
guérisons 45
Si l’on compare la statistique du chirurgien français avec
celles des chirurgiens Anglais et Américains, l’avantage ne
parait pas d’abord devoir rester à notre compatriote. Ainsi l’on
trouve :

180

M. Atlee — 169 cas — Mortalité 30 pour 100.
M. Wells — 250 cas — Mortalité 28 pour 100.
Mais M. Wels opère sur des cas très-favorables, n’ayant, en
général, subi aucune ponction antérieure, et de plus ila laissé
inachevées un certain nombre d’opérations dont il n’est pas
tenu compte dans sa statistique. Sur les 69 cas de M. Kœberlé,
au contraire, 33 présentaient des adhérences graves, aucune
opération n’est restée inachevée ; 11 fois il a enlevé un ovaire
et fait l’excision partielle de l’ovaire opposé ; 11 fois il a prati­
qué l’ablation complète des deux ovaires ; 2 fois enfin il a en­
levé les deux ovaires et la matrice. Si l ’on veut bien tenir
compte de tous ces faits, la supériorité des résultats du chirur­
gien de Strasbourg ne paraîtra douteuse à personne.
De nouveaux succès, sont venus, depuis les publications de
MM. Boinet et Kœberlé, s’ajouter à ceux qu’ils avaient publiés.
(V. les n0’ 5, 6, 7, 11, 12 de la Bibliographie). Mais il y a eu
aussi des revers, et j ’ai cité comme instructifs ceux de MM.
Lucke et Klebs (v. n8 3), dans l’un desquels un cancer du pan­
créas fut pris pour une tumeur ovarienne. Mais le fait suivant
32

�490

VILLENEUVE FIL S.

prouve combien le diagnostic peut être parfois entouré de
difficultés.
Il s’agit d’une femme de 39 ans qui, au commence­
ment de l’année 1864, vit son abdomen augmenter rapidement
de volume, sans causes bien déterminées. M. Gosselin, dans
les salles duquel elle avait été admise, diagnostiqua un
kyste ovarien, et fit deux ponctions suivies d'injections
iodées à 19 jours de distance. La première de ces ponctions
fut seule suivie d’une légère péritonite. La malade sortit
se croyant guérie. En novembre 1867, elle se présente à
l’iiôpital Cochin, dans le service de M. Dolbeau. — Celui-ci
porte le môme diagnostic que M. Gosselin, diagnostic confirmé
par M. Léon Le Fort, qui, sur ces entrefaites, prit le service de
M. Dolbeau. La patiente subit, durant cet intervalle, trois nou­
velles ponctions ; puis une gangrène, consécutive à un œdème
de la jambe, emporta la malade.
À l’autopsie on trouve: ascite avec 10 litres de liquide et de
nombreuses fausses membranes. L’utérus et les ovaires étaient
parfaitement sains. Ce cas est remarquable, par suite de l’er­
reur de diagnostic des trois chirurgiens expérimentés qui ont
examiné la malade, et par la tolérance offerte par le péritoine
aux injections d’iode.
J’espère pouvoir, dans un des prochains numéros de ce
journal, raconter l’histoire d’une malade qui offrait tous les
signes d’un kyste ovarien, signes constatés par M. le professeur
Robertv, par mon père et par moi-même, et dont la tumeur
était formée par deux vastes poches pleines d’hydatides, et dé­
veloppées, selon toute probabilité, dans la paroi abdominale
antérieure.
L’ovariotomie, comme l’a remarqué M. Conrty, parait s’ac­
climater difficilement dans le midi de la France, et notamment
à Marseille. On est assez embarrassé de donner les causes de
cette réserve peut-être excessive. Aussi sommes-nous très heu­
reux de pouvoir signaler ici le succès remarquable que vient
de remporter un des rédacteurs du Marseille Médical, M. Isnard, et dont la relation a été publiée dans le dernier numéro
de ce journal. C’est là un résultat qui, ajouté à celui précé­

REVUE DE GYNÉCOLOGIE.

491

demment obtenu par M. Berrut, est bien fait, à notre avis,
pour encourager nos confrères méridionaux.
Si nous passons en Italie, les résultats publiés jusqu’à ce
jour ne sont rien moins que favorables. Les statistiques ita­
liennes, dit un journal de ce pays, sont, sur ce point, toutes
couvertes de deuil. Hâtons-nous d’ajouter que la cause de ces
insuccès est très facile à trouver. Les chirurgiens transalpins
ne se décident à intervenir avec le bistouri que lorsque la
maladie est tout à fait désespérée, la malade, épuisée par le
traitement antérieur, le kyste développé au point de menacer
prochainement la vie de la patiente. Dans de pareilles condi­
tions, mieux vaudrait s’abstenir et ne pas compromettre la
chirurgie par des tentatives plus que hasardeuses. Pourtant
les journaux viennent de nous apporter la nouvelle d’un
succès, obtenu le 4 mars dernier, par le Dr Peruzzi à l’hOpital
civil de Lugo. C'est seulement, croyons-nous, le second cas
heureux obtenu par les chirurgiens italiens (1).
Vagin-Valve. Nous terminerons cette revue, déjà longue, et
pourtant écourtée faute d’espace, par l’analyse sommaire d’un
cas très curieux d’hermaphrodisme , publié par Friedriech
dans les Archives de Virchow, vol. XLV, 1868.
Catherine Holiman, 43 ans, née en Bavière, domestique. Rien
du côté de l’hérédité. Elevée comme une fille, elle a été réglée
vers l’âge de 10 ans, après quelques troubles dysménorrheïques
qui se sont reproduits depuis à chaque époque menstruelle. A l’âge
de 26 ans, la voix qui était restée féminine jusqu’alors, changea
totalement de caractère, à la suite de douleurs de gorge et d’apho­
nie. Elle devint alors mâle et profonde. Catherine porte deshabits
de femme ; les cheveux longs. Le menton, la lèvre supérieure, les
membres inférieurs présentent un assez grand nombre de poils,
Les traits sont mâles, le larynx volumineux, le squelette, surtout
celui du bassin, est celui d’un homme.
D’autre p a rt, les mamelles et les mamelons sont développés
comme ceux d’une femme.
(1) Je réserve pour un article spécial, l’étude des amputations de la ma­
trice et des tumeurs utérines, par la gastrototomie.

�492

VILLEN EUV E FIL S.

Les organes génitaux, couverts de poils, oflVent d'abord une
verge de 3 pouces de long, munie d'un gland et d’un prépuce.
A la place du méat, existe une cavité, continuée par un sillon
qui suit la face inférieure du pénis et se continue avec le canal
uréthral situé à 6 millimètres de la racine de la verge. Sur la face
dorsale de celle-ci, on trouve deux replis cutanés qui paraissent
être les analogues des petites lèvres. Le scrotum, développé, pré­
sente deux moitiés inégales. Dans la droite, on trouve un testicule
normal avec tous ses caractères. Dans la gauche, racornie, ana­
logue à une grande lèvre, en sent un corps dur, comme cicatriciel.
Dans laine du même côté, on sent une tumeur aplatie, grosse
comme une fève, et qui est probablement un testicule atrophié.
Le cathétérisme conduit sans difficulté dans une vessie normale.
Mais en suivant la paroi postérieure de l’urèthre on tombe dans
une cavité, située un peu en arrière de l'orifice uréthral, séparée
de la vessie par une paroi d'un pouce d’épaisseur environ, et que
M. Friedriech regarde comme un utérus assez développé. Mais, ni
le toucher rectal , ni la palpation n’ont pu faire constater un
organe qui eût pu être considéré comme un ovaire, un second
testicule, ou une prostate.
Les goûts de Catherine la portent vers les femmes. Elle dit
n'avoir jamais éprouvé d’érection lorsqu’elle se trouvait avec des
hommes , et Quoiqu’elle avoue avoir eu avec eux des rapports
sexuels fréquents, elle n’a jamais éprouvé d'attachement pour
aucun d’eux. Les érections, au contraire , étaient fréquentes,
quand elle se trouvait dans la société des femmes, et elle dit avoir
ressenti un véritable amour pour une domestique avec laquelle
elle a entretenu pendant longtemps des rapports sexuels.
Catherine a eu des pollutions nocturnes à la suite de rêves
lascifs et avoue s'être adonnée à la masturbation.
M. Friedriech a eu l’ocasion d’examiner au microscope le liquide
éjaculé, et a pu constater, que, outre tous les caractères extérieurs
du sperme normal, il contenait une quantité innombrable de sper­
matozoïdes normaux, et doués de mouvements très-vifs.

Catherine Hohmann est évidemment un homme. Mais l’exis­
tence des mamelles, et surtout de l’écoulement menstruel, en
fout un cas véritablement exceptionnel, et probablement
unique.
D' L. Villeneuve Fils,
Chirurgien-adjoint des hôpitaux.

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

493

L’ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

Notre journal doit remplir une mission scientifique et une
mission professionnelle. Je puis donc, sans le faire dévier de
sun programme, emprunter ses pages hospitalières pour dire
sur ['Association médicale à Marseille ce que je crois être la
vérité.
Le principe éminemment chrétien de la mutualité a conquis,
dans nos sociétés modernes, une place considérable. Limité
d’abord aux classes ouvrières, il a. comme un Ilot montant,
envahi tous les rangs, tous les ordres de la société, notam­
ment les professions libérales. De là, les sociétés des gens de
lettres, des artistes, des savants, des médecins.
C’est en 1833, qu’a été formée, parla généreuse initiative
d’Orfila, la première association médicale Française, Associa­
tion de prévoyance des médecins de Paris, aujourd’hui de la
Seine.
En fondant leur première société de secours à Londres, dès
l’an 1778, les médecins anglais nous ont devancés de plus
d’un demi siècle dans la pratique de la bienfaisance. Voltaire
a dit avec raison: « les .Français arrivent tard à tout; mais
enfin ils y arrivent. »
‘Après l’association des médecins de Paris, et à sou exemple,
les médecins des départements essayèrent, avec la plus louable
émulation, d’élever ça et là des associations nouvelles. Ces
tentatives isolées demeurèrent trop souvent stériles. Leur
insuccès devait conduire à l’idée, aujourd’hui réalisée, de
fonder une Association générale des médecins de France.
Le corps médical de notre département a, l’un des premiers,
cherché dans la mutualité un remède à ses maux. Nous ver­
rons bientôt s’il y a réussi.

�GOÜZIAN.

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

L’Association médicale à Marseille est représentée par le
Comité médical et par la Société locale des Bouches-du-Rhône.

Le Comité médical est principalement une Association de
bienfaisance', son fondateur, le Dr P.-M. Roux,en est nommé
Président à vie. L’Association se compose de membres titulaires
et honoraires dont le nombre est illimité. Elle est administrée
par un conseil de 19 membres, renouvelable par tiers chaque
année. Sou bureau est formé du Président, d’un vice-prési­
dent, d’un secrétaire-général, de quatre secrétaires-rappor­
teurs, d’un inspecteur, d’un bibliothécaire-archiviste. Le
Conseil d’administration est assisté de quatre commissions
(de secours, scientifique, arbitrale, des finances). Le Comité
décerne à ses membres les plus anciens des récompenses con­
sistant en diplômes et en médailles. Il publie dans ses Actes
ses travaux administratifs et scientifiques.

491

Le 23 septembre 1842, le docteur Roux (Pierre-Martin), de
Marseille, fait accepter par la section médicale du congrès de
Strasbourg, représentée par MM. Hermann, Tourdes, Forget,
Aronssohn, Stœber, Oppermann, la nécessité de réorganiser
la médecine et la pharmacie et de créer, dans chaque dépar­
tement, des comités spéciaux appelés à favoriser l’union du
corps médical, à sauvegarder ses intérêts, ses droits et sa
dignité. Le 20 juillet 1843, il fonde le Comité médical des
Bouches-du-Rhône, Association de bienfaisance , institution
scientifique, destinée à grouper en un seul faisceau les méde­
cins et les pharmaciens du département.
L'œuvre est approuvée par le ministre de l’intérieur le 12
mars 1845. Dès ce jour, secondé par des collaborateurs dévoués,
le docteur Roux établit des sous-comités (Aix et Arles), choisit
des correspondants spéciaux dans les communes, fonde trois
commissions permanentes ( secours, réorganisation médicale,
police médicale et hygiène publique), sollicite des adhésions,
propage son œuvre par ses écrits, par sa parole au sein des
assemblées, organise des banquets fraternels, y prêche la
concorde, fait des collectes en faveur des confrères malheu­
reux. Les docteurs Giraud Saint-Rome p ère, A. Martin,
Trastour, Sollier père, Giraud, Aubanel, Fouillot, Magail
père, Barthélemy, Flavard, sont successivement appelés à pré­
sider le Comité ; le docteur Roux en est l’âme, sous le titre
modeste de secrétaire-trésorier. En parcourant les annales de
l’Association, on voit ce qu’il a dépensé de dévouement, de
persévérante abnégation pour lui imprimer le mouvement et
la vie, pour vaincre l’inertie des uns, les résistances des autres.
Que de combats à soutenir, que d’amertumes à dévorer !
Par décret impérial du 31 mars 1859 , — après quatorze ans
d'existence —le Comité est élevé au rang d’établissement d’u­
tilité publique. Il révise ses statuts pour les harmoniser avec
sa nouvelle organisation, qu’on peut résumer ainsi :

495

En appelant les pharmaciens à s’unir aux médecins sous
un seul et même drapeau, le docteur Roux a voulu non seu­
lement grossir le chiffre des adhésions, mais encore et sur­
tout sceller l’intimité de la médecine et de la pharmacie.
A-t-il été bien inspiré en provoquant cette association? Celle-ci,
admissible sur le terrain scientifique, serait-elle, ainsi qu’on
l’a dit, sans but comme sans utilité dans le domaine profes­
sionnel? Il est permis de poser ces questions ; il n’est plus
temps de les résoudre. Le Comité est l’œuvre et conséquem­
ment la propriété des médecins et des pharmaciens indisso­
lublement liés les uns aux autres. Pour cette raison et pour
d’autres non moins péremptoires, que j'ai relatées dans ses
Actes, il a dù, à l’exemple de l’association des médecins de la
Seine, ne pas s’agréger à l’Association générale des médecins
de France.
A cette heure, le Comité compte 150 adhérents et possède
57 mille francs ( 31 mille francs légués par ses bienfaiteurs,
26 mille francs produit des économies réalisées et des cotisa­
tions à six puis à dix francs par an).
Depuis le 1" décembre 1865, il a son siège au centre de la
cité, rue de l’arbre 25. C’est là qu’il tient ses réunions et qu’il
abrite ses archives.

�GOUZIAN.

ASSOCIATION M ÉDICALE A MARSEILLE.

Sa présidence, après le docteur Roux, mort en octobre 1864,
a été successivement confiée aux docteurs Gouzian, Sicard,
Perrin (actuellement en fonctions).

A un chirurgien de passage a Marseille.......................... F.
A un pharmacien................................................................
A un pharmacien........................................................ .
10
A un chirurgien.................................................................
10
A un officier de santé........................................................
10
A un docteur.......................................................... .........
10
A un étudiant en médecine.............................................
12
A la fille d’un pharmacien décédé membre du comité.......
15
Au docteur T. de passage à Marseille...............................
22
A un fils de médecin, sans ressources et chaudement recom­
mandé par plusieurs associés.............................................
20
AM. G., chirurgien............................................................
18
Au docteur Q......................................................................
15
A un officier de santé, pour l’aider dans un long voyage.......
50
A un docteur........................................................................
60
A un chirurgien octogénaire, atteint de cécité, 60 puis...
80
A un docteur, à Marseille, fondateur de l’œuvre, frappé par
150
l’infortune........................................................................

496

Le Comité, d'après ses statuts, est principalement une
Association de bienfaisance ; il est déplus une institution
scientifique. A-t-il répondu aux exigences de ce double pro­
gramme ?
L’œuvre, je me hâte de le constater, n’a jamais marchandé
son assistance morale. Pour le démontrer, il me sullira de
quelques exemples pris au hasard dans ses annales.
En 1850, le docteur X., interné à la suite d’une condamna­
tion politique, doit sa grâce aux démarches actives du Comité
auprès de Monsieur le Préfet Ouentin-Bauchart (1).
En 1855, sur la recommandation du Comité, M. J., père d’un
honorable médecin mort du choléra, est attaché à la biblio­
thèque de la ville.
En 1856, MU*G.., fille d’un médecin décédé sans fortune,
obtient par la même influence, un emploi dans les Messageries
Impériales.
En 1862, le Comité témoigne ses sympathies et offre son
appui moral au docteur A... impliqué dans un absurde procès
en responsabilité.
En 1865 , et c’est là son plus beau succès, il obtient de la
Municipalité marseillaise, pour la veuve du docteur H., mort
du choléra dans faccomplissement de ses devoirs profes­
sionnels, une pension annuelle et viagère de 1,200 francs.
L'assistance matérielle a-t-elle été à la hauteur de l’assis­
tance morale ? A-t-elle été ce qu’elle devait être, sérieuse et
partant efficace? Non. J’en appelle aux chiffres.

(1) Voir à ce sujet tome I, p. 225, une pétition destinée an Prince-Prési­
dent de ta République.

491

Ces citations que je pourrais multiplier sont empruntées
au Rapport sur les travaux du Comitéde 1844 à 1850 p.133 ; et
aux Actes du Comité, tome I, p. 204, 312, 315; tome II, p. 147;
tomeIV, p.28. Elles donnent la mesure des secours distribués
par l’œuvre avant sa réorganisation, à la suite du décret qui
lui reconnaît l'existence civile.
J’arrive à des temps plus rapprochés.
A partir de 1860, le Comité accorde 300 francs à un méde­
cin de Marseille ; 100 francs à un médecin étranger à la cité ;
il vient en aide à un pharmacien Polonais, à uu médecin Alle­
mand allant en Algérie; puis, voyant plusieurs années s’écouler
sans qu’on frappe sérieusement à sa caisse , il s’imagine que
ses adhérents sont dans la fortune et dans l’aisance (1).
En 1865-66, Madame veuve II. reçoit 400 francs. Le total
des secours alloués s’élève à 925 francs! Le ministre de l’in-

(t) Tujne IV. p. 112

�498

GOUZIAN.

térieur félicite le Comité d’avoir cette fois pris au sérieux
son rôle charitable (1).
L’œuvre affecte aux secours 250 francs en 1866-67 ; 515 fr,
en 1867-68.
D'après les Actes du Comité (2), les secours n’ont été accordés
qu’à partir de la 5* année. En huit années — de 1847-48 à
1855-56 — ils ont été de 1,551 francs; moyenne annuelle 193
francs 59 cent., moins une légère fraction.
De 1855-56 jusqu’à nos jours (1869) — 13 années — le total
des secours alloués échappe à une évaluation rigoureuse
par le fait d’une lacune dans les publications du Comité.
D’après mes recherches, ce total s’élève à peine à 2,500 francs,
donnant une moyenne annuelle qui ressemble fort à la
moyenne sus-mentionnée.
Le Comité a donc, en vingt-six ans, consacré à la mutualité
environ quatre mille francs (3).
Aux chiffres précités opposons les‘suivants extraits du rap­
port sur les travaux du Comité de 1843 à 1844 p. 99 ; et des
Actes du Comité, tomel, p. 315 ; tome II, p. 254, 258; tome IV,
p. 30; tome V p. 291.
A un graveur pour la médaille du comité....................... F. 250
Distribution de médailles d’argent en 1853—
54.............
749
—
de 50 médailles d’or en 1864.........................
2000
Impression de 600 brochures............................................
351
—
de 1,600 circulaires......................................
115
—
de brochures, diplômes, lettres de convoca­
tion
304

Je m’arrête : le total de ces quelques chiffres est presque
égal à celui des secours distribués en 26 ans. Que serait ce
total, si j ’avais le temps et le courage de rechercher et d’addi-1
(1) Lettre de M. le Sénateur de Maupas, 30 août 1866, tome VI, p. 342.
(2) Tome II, page 241.
(8) Depuis sa fondation (1833) l’Association des médecins de la Seine a
distribué en secours deux cent cinquante-huit mille soixante-quatre francs.—
La société fondée à Londres en 1778, distribue annuellement plus de trente- ’
quatre mille francs aux médecins, à leurs veuves, à leurs orphelins. (Dic­
tionnaire encyclopédique des sciences médicales, tome VT, p. 683, 689.

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

499

tionner toutes les sommes affectées, en 26 ans, aux frais d’im­
pression, à l’achat des médailles de bronze , d’argent, de
vermeil et d’or!
Considéré comme institution scientifique, le Comité adonné
le jour à d’intéressants travaux sur la pathologie, la clinique,
la thérapeutique, l’hygiène, la déontologie médicale. Je cite :
Marseille au point de vue hygiéni­
que .............................................. D” Flavard.
I Hubac, Flavard, Maurin,
Maladies régnantes.....................
\ Rougier,Mittre,Ménécier.
Moyens d’obvier à la propagation
de la syphilis à Marseille...........
P.-M. Roux.
Avantages de la gymnastique.......
Bally.
Le Typhus au Frioul en 1856........
Jubiot.
L’Amputation coxo-fémorale.......
id.
La Pyogénie.................................
Honnoraty, Ollive.
L’Ozène...........................................
Ménécier.
Le Succin............................ s ........
Philippon.
Le Mercure dans la syphilis.........
A. Fabre.
Jubiot.
Trachéotomie...............................
Ménécier.
La R age.........................................
Analyse du travail du Dr Seux,
Ollive.
intitulé le Céphalématome.......
Histoire de la Thérapeutique en
Maurin.
France depuis Broussais.........
Ménécier, Ollive.
Intoxication par le phosphore.. . .
Exostose syphilitique de la base
Nitard-Ricord.
du crâne...................................
Grossesse extra-utérine ; calcul
biliaire volumineux..................
Trabuc.
E. Guérin.
La Santé à la mer..........................
Ménécier.
Epidémie cholérique de 1865.......
S. Roux.
Observation de coxalgie..............
Analyse de divers mémoires sur le
Ch. Guès,Didiot, Ménécier
choléra.......................................
Coup de feu à l’épaule avec frac­
ture comminutive de l’humérus;
Didiot.
résection, guérison...................

�300

G OU ZI AN.

Quatre observations d'avortements
attribués à l’influence choléri­
que............................................. D" Brengues.
Analyse des publications scienti­
fiques échangées avec le Comité.
Court.
Pustule maligne...........................
Mérentié.
La Cautérisation pour la cure ra­
dicale des hémorrhoïdes.............
Didiot.
Les Eaux de Luchon dans l’amyg­
dalite chronique.......................
Gouzian.
L’Eau de mer................................
A. Sicard.
Les Procédés dépuration des eaux
du canal ; réponse au* conseil
d’hygiène.....................................
Mittre.
L’Infection et la Contagion...........
Dugas.
Le Climat de Marseille................
Didiot.
LesDépotoirs d’Arenc...................
Maurin.
Vaccine et vaccination animale.. .
Rougier.
Statistique médicale des Bouchesdu-Rhône, —l’Exercice de la mé­
decine et de la pharmacie dans
les Bouches-du-Rhône , depuis
les lois de Ventôse et Germinal,
an XI..........................................
Gouirand, pharmacien.
La Médecine des corporations__ D” Sue.
La Médecine cantonale..................
P.-M. Roux.
Les Bureaux de secours................
id.
Histoire statistique du corps de
santé militaire en France, de 18i8
à 1866........................................
Didiot.

Le concours a valu au Comité de remarquables mémoires
sur les associations médicales en France ; sur le service mé­
dical et pharmaceutique des Sociétés de prévoyance et de
secours mutuels; sur les droits et les devoirs des médecins ;
sur la réforme de la police sanitaire pour arriver à l’extinction
de lasyphilis ; sur les eaux du canal de Marseille ; sur la liberté
de renseignement médical. Ces mémoires, dont quelques uns
ont étés publiés in extenso, ont été savamment analysés par
les docteurs Maurin, Ch. Isnard, Mittre, Ch. Gués, Millou, et

ASSOCIATION MÉDICALE A M ARSEILLE.

oOt

ont mérité le titre de lauréat aux docteurs A. Simon, Lequoy,
Depautaine, Delfeau, Jeannel, Commaille, Dupré.
Le Comité a porté la main sur d'importantes questions
professionnelles.
Il a étudié la réorganisation médicale; la médecine des
sociétés; les questions d’honoraires (mode de recouvrement,
révision des tarifs).
Il a plus d’une fois provoqué la révision des diplômes.
Il a vainement sollicité la création d’un conseil de discipline,
l'affranchissement de la patente (1).
Il a voulu fonder une caisse de retraite, un cercle médical,
un asile à la campagne pour ses vieillards déshérités delà
fortune. Tentatives avortées.
Contre l’exercice illégal et le parasitisme, il a dirigé des
circulaires comminatoires, des rapports fulminants (2). Hélas!
Les charlatans ne s’en portent pas plus mal. Jamais, sur le
sol phocéen, ils ne brillèrent d’un plus vif éclat.
Je conclus :
Le comité médical des Bouches-du-Rhône comptait, à son
origine, 252 (3) adhérents; il en compte actuellement 150.
Sans les 31 mille francs légués par ses bienfaiteurs, il ne
posséderait aujourd’hui que 26 mille francs, représentant
26 ans d’économies et de cotisations dérisoires.
Le comité a plus dépensé pour l’impression de ses travaux et
l’achat de ses médailles que pour l’assistance de ses adhérents.
A ceux-ci il a prodigué son cœur, il n’a pas prodigué sa
bourse.
Dansle domaine scientifique, il a publié d’utiles travaux.
Dans le domaine professionnel, il a soulevé, sans les résou­
dre, les plus graves problèmes.
(1) Le Comité a été plus heureux quand, le 9 novembre 1832, sous la pré­
sidence du Dr Aubanel, il a demandé le rétablissement de l’Empire.
(2) Actes du Comité, 1860, tome IV, p. 128, 181.
(3) Actes du Comité, tome IV, p. 298.

�502

GOUZIÀN.

En présence de ces conclusions, basées sur des arguments et
des chiffres qui défient toute contradiction, osera-t-on dire
encore que tout est pour le mieux et qu’il n’y arien à changer
dans le mécanisme de l’institution ?
J’ai signalé le mal; en voici les moyens curatifs :
Suppression du droit d'admission.
Création, au seul bénéfice des adhérents, d’un arsenal de chi­
rurgie renfermantees instruments rares et coûteux que n ’exige
pas la pratique journalière.
Abonnement aux plus importants journaux de médecine, de
chimie et de pharmacie.
Suppression des médailles d’ancienneté, en respectant, si
l’on veut, les droits acquis.
Elévation notable de la cotisation annuelle.
Réduction des frais d’impression (1).
Fondation d’une caissse de retraite.
Par l’adoption de ces mesures, le comité encourage les adhé­
sions; il rattache à lui les amitiés défaillantes et mérite des
sympathies nouvelles ; il augmente ses ressources financières
pour le plus grand profit des infortunes confraternelles ; il
obéit à ses statuts qui font passer la science après la charité ;
il satisfait le présent et rassure l’avenir.
Mon programme s’impose aux méditations des confrères
distinguésqui président aujourd’hui aux destinées de l’œuvre.
A eux d’en poursuivre la réalisation, en dépit des oppositions
irréfléchies ou passionnées. Qu’ils marchent et le comité ne
verra plus, douloureux spectacle de l’an dernier, deux de ses
membres, privés de descendance, mourir millionnaires sans
lui léguer une obole ! Qu’ils marchent et l’œuvre du docteur
Roux ne périra pas 1
[La suite au prochain numéro.)
(1) Pour obtenir cette réduction, il faut : résumer en quelques pages les
actes administratifs du Comité ; se borner à une analyse de ses travaux
scientifiques, en réservant l'impression in-extenso aux travaux d'une impor­
tance exceptionnelle.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

503

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPERIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. — Fin de la discussion sur la la vaccination
animale. — Discussion sur la contagion de la phthisie.

Séance du l ïr mai 1869. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Etude sur les eaux de Vais, par
M. Bourgarel. — Médication antipyrétique, par M. Ferrand. — Can­
nes et son climat, par M. Caire. — Etudes gynécologiques, par M. L.
Gros. — Lettre de M. Scoutteten sur VAbsorption cutanée. — El Genio medico-quirurgico. — Annales de la Société de Médecine. — Anna­
les de la Société d’hydrologie médicale de Paris. — Bulletin de la
Société de médecine de la Sarthe. — Annales de la Société de médecine
d’Anvers.
Ordre du jour : Fin de la discussion sur la vaccination animale.
M. Rougier. — On m’a objecté : « Lé1vaccin n’a pas dégénéré ; la
vaccine d’aujourd’hui vaut celle d’autrefois. » La science est fixée
h cet égard, depuis le rapport de M. Serres à l’Académie des scien­
ces (Séance de mars 1845). Vertu temporaire de la vaccine et affai­
blissement du vaccin : voilà deux faits acquis définitivement et ne
rencontrant de jour en jour que de plus rares dissidents. — « Si le
vaccin humain dégénère, m’a-t-on dit, le vaccin animal dégénère
aussi. »Le vaccin animal ne dégénère pas ; voici pourquoi : la vac­
cine est une maladie naturelle à la vache. En passant de l’animal à
l’homme, elle subit, par ce seul fait, un affaiblissement d’autant
plus prononcé que les transmissions ont été plus nombreuses. —
Le contraire a lieu pour le virus-variolique. La variole est une
maladie de l’homme. Si on inocule son virus à la vache, celui-ci
s’affaiblit et finit par se perdre par des transmissions successives.
Comme le virus vaccin affaibli sur l’homme, porté sur la vache
reprend ses premières propriétés , le virus variolique affaibli sur
la vache reporté sur l'homme reprend ses propriétés délétères.
Les expériences de la Société des sciences médicales de Lyon,

�oO4

ISNARD.

dontM. Chauveau fut le rapporteur en 1860 , ont établi cette loi
Pour M. Chapplain, « un enfant auquel on a pris du vaccin n'en
reste pas moins parfaitement vacciné. » Les auteurs signalent
comme un trouble de la vaccine les écorchures des pustules.
Que fait-on quand on les déchire pour prendre du vaccin?
On diminue ainsi les symptômes locaux et généraux , regardés
comme les indices d’une bonne vaccine. Les revaccinations
réussissent mieux chez les personnes qui ont servi de vaccinifères. — Sur la génisse, lorsque la lièvre vaccinale est trop forte,
l'animal ne mange plus. Aussitôt le vaccin récolté, la fièvre cesse
et l’animal reprend sa nourriture.
« Le vaccin d’un enfant faible, dit encore M. Chapplain, 11’est pas
inférieur au vaccin d’un enfant fort. Le vaccin est un, quelles
que soient ses modifications secondaires, au fond, c’est toujours
du vaccin. Mais que penseriez-vous d’un agriculteur tenant ce
langage : une mauvaise terre produit un aussi bon grain qu’une
bonne terre ; au fond, c’est toujours du blé.
Depuis Hippocrate, on admet l’hérédité des diathèses. Une de
ces maladies hériditaires, la syphilis s’inocule. — M. Chapplain
le reconnaît, mais il repousse la scrofule vaccinale et ne voit,
dans les faits de ce genre, que simple coïncidence. Sovezlogique;
si vous croyez à la syphilis vaccinale, vous admettez le principe
et conséquemment la transmissibilité, par la vaccine, des autres
diathèses. — On objecte la rareté des faits. La science ne les en­
registre pas tous. L’observation trompe quelquefois. Les manifes­
tations de la syphilis sont diverses ; la maladie débute tantôt sous
une forme, tantôt sous une autre. Vidal (de Cassis) cite des exem­
ples de syphilis ayant commencé par des accidents secondaires ou
tertiaires. La vérole est un protée à mille formes, voilà pourquoi
lee accidents malheureux peuvent passer inaperçus. On prétend
que les manifestations de la syphilis ont toujours pour point de
départ un chancre, pouvant se transformer quelquefois, in situ,
en plaque muqueuse. Pour moi, peu m’importe le point de départ
de la vérole. Ce que je tiens à savoir c’est qu’elle prend des for­
mes susceptibles de la rendre méconnaissable et d’en faire perdre
les traces. Si les faits de contamination sont rares aux yeux des
médecins, je le déplore quand j ’entends de tous côtés les plaintes
du public contre la vaccination humaine.
Vous m’accusez d’être exagéré, de nuire à la propagation de la
vaccine, d’effrayer les populations en agitant le fantôme de la

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

b05

syphilis. Mais les témoignages que je reçois tous les jours me
prouvent le contraire, je ramène à la vaccine des personnes qui
s’en étaient éloignées ; je rends au public la confiance qu’il avait
perdue. Quant aux dangers de la vaccination de bras à bras dont
vous faites si bon marché, je répondrai avec M. Depaul : « Consen­
tiriez-vous à laisser vacciner vos enfants avec du vaccin pris sur
un individu syphilitique ? »
Est-il bien vrai, m’a-t-on dit, que la vaccination animale con­
fère une immunité plus grande ? MM. Palassiano, qui est une
autorité, le croit, et Lanoix dit qu’à Naples c’est l’opinion géné­
rale des médecins et la croyance populaire. Quand Jenner fit son
immortelle découverte, il était de tradition, en Angleterre et dans
le monde entier, que ceux qui avaient eu la picote des vaches
n’avaient pas à craindre la petite vérole. M. de Humboldt cite ce
nègre des Cordillières que l’on voulut vacciner : « Non, dit-il, j ’ai
eu la maladie des vaches qui préserve. »
M. Chapplain croit à l’utilité de la vaccination animale dans
les grandes villes pour éviter la syphilis. Mais étaient-ce
de grandes villes Rivalta, les localités infectées du Morbihan, le
pays d’Allemagne où pratiquait Hubner ?
« La vaccination animale, dites-vous, ne peut suffire à tous les
besoins. Elle n ’a pas fait ses preuves devant les épidémies » ....
Ses partisans ont la prétention de la propager facilement partout.
L’espèce bovine couvre la terre. M Chapplain dit qu’il n’y a pas
de vaches dans notre pays. Nos abattoirs sacrifient annuellement
14,000 veaux; avec de tels éléments on pourrait vacciner près de
3,000,000 d’individus, sans compter les nombreux tubes de cowpox qu’on expédierait partout ; il serait permis d’établir une
organisation vaccinale qui propagerait les bienfaits de la vaccine
non-seulement dans toutes les localités de la France, mais encore
dans les contrées les plus lointaines. — Quant à l’efficacité du
cowpox dans les épidémies, l’épreuve est faite et a démontré
toute la puissance de la vaccination animale.
M. Chapplain prétend qu’en 50 ans on ne vaccinera plus, si l’on
est réduit à la vaccination animale. Cette prédiction ne se réali­
sera pas; le plus sûr moyen, au contraire, de faire disparaître la
variole serait de généraliser la vaccination animale.
M. Queirel. — Je nie que la syphilis puisse commencer par des
accidents secondaires ou tertiaires. J ’ai interrogé toutes les
femmes de mon service atteintes de ces accidents, et toujours
33

�ISNARD.

SOCIÉTÉ D E MÉDECINE.

elles ont accuse un chancre initial, — A-t-on inoculé k une
vache du vaccin syphilisé? Ce vaccin communiqué k l'enfant
a-t-il donne la vérole ? s’est-il régénéré ? Tant que cette expé­
rience n’aura pas été faite (et je comprends qu’un médecin ne la
tente pas), je n’aurai pas la certitude de la régénération du vaccin
passant par l'animal. — D’ailleurs, les statistiques manquent
pour juger la valeur comparative des diverses espèces de vaccin.
Pour dresser une bonne statistique, il faudrait prendre, par
exemple, 60 enfants, sur ce nombre 20 seraient vaccines avec du
cowpox, 20 avec du vaccin humain, 20 resteraient non vaccinés.
On suivrait ce§ enfants toute leur vie et l’on noterait les résul­
tats.
J/. Rougier. — L’inoculation de la vérole k la vache, tentée par
MM. Ricord, Fournier et plusieurs autres, n’a pas eu de résultat,
parce que la vache est réfractaire au virus syphilitique, celuici ne peut donc pas se régénérer sur elle.
Pour juger la valeur comparative des diverses espèces de vaccin
je suis loin de repousser l’expérience de M. Queirel ; ce que je
repousse c’est de laisser exposer k la contagion variolique ces 20
enfants qui, s’ils n’étaient pas vacccinés, contracteraient presque
tous la variole.

AI. le Président. — L’anthrax accompagne souvent le diabète.
Celui qu’a observé M. Chapplain a-t-il précédé ou suivi cette
maladie? L’analyse des urines eût été indispensable avant l’ap­
parition de l’anthrax. Antérieurement n’y a-t-il pas un des trou­
bles fonctionnels propres au diabète?
M. Chapplain. — L'anthrax a été le symptôme initial, d’abord
il a été faible ; la polyurie est venue 20 jours après ; jusqu’alors,
la santé était bonne et le malade, d’une forte constitution, a pu
continuer une vie très active.

506

Séance du 15 mai. — Présideuce de M. Fabre.
Correspondance imprimée : De la Génération artificielle dans
l'espéee humaine, par M. Girault. — Bulletin de l’Académie royale de
médecine de Belgique. — Bulletin médical du Nord de la France. —
Revue de thérapeutique médico-chirurgicale.
Ordre du jour : — \* Discussion sur le diabète traumatique.
M. Chapplain cite le fait suivant comme exemple de diabete
traumatique : 11 s'agit d’un malade atteint k la nuque d’un
anthrax, d’abord peu grave. Une incision fut pratiquée. L’anthrax,
gagna les tissus intermusculaires et donna lieu k une plaie
étendue. Au bout de quelque temps survint de la polyurie ; les
urines coulaient sans cesse dans le lit ; le malade tomba dans
l'adynamie et mourut. — L’analyse des urines n’a pas été faite.
Malgré cette lacune, le fait n’en est pas moins, pour M. Chapplain,
un cas de diabète traumatique succédant k un anthrax siégeant
au voisinage du point des centres nerveux dont la lésion produit
le diabete.

507

2° Discussion sur la contagion de la phthisie (I).
M. Rougier. — Je partage les idées de M. Seux, père, sur la
contagion de la phthisie. Pourquoi notre collègue ne s’est-il pas
appuyé sur les faits d’inoculation? Une maladie héréditaire est
contagieuse. La phthisie par contagion est plus rapidement
mortelle que la phthisie spontanée : ce fait que j ’ai vérifié est
important pour le diagnostic.
AI. Seux, père. — En vous communiquant mon observation de
contagion de la phthisie, j ’ai voulu présenter une simple note et
non pas un travail complet. J’ai touché k divers points de la
question sans les résoudre. L’inoculation de la phthisie ne suffit
pas, k mon avis, pour amener la contagion. De même, je n’ad­
mets pas qu’une maladie héréditaire soit contagieuse. Les con­
ditions de l’hérédité et de la contagion sont différentes. L’héré­
dité commence k la naissance. Les virus sont contagieux et non
héréditaires. — En admettant la contagion de la phthisie je ne
prétends pas quelle soit constante, loin de là, elle constitue
l’exception et dans l'immense majorité des cas la maladie nait
spontanément sous l'influence de causes étrangères k la
contagion. La transmission ne se fait qu’en des circonstances
particulières, en certains moments, en certaines périodes de la
maladie, sous l’influence de la suppuration, des sueurs, de la
diarrhée, de l’expectoration, de la cohabitation. — La contagion
de la phthisie n’est pas généralement admise. Je comprends la
réserve avec laquelle l’Académie de médecine a accueilli les
remarquables travaux de M. Villeminsur l’inoculation de la
phthisie. Nous verrons plus tard les conclusions définitives de
l’auteur. En attendant, il y a là sans doute une erreur, et un
(1) Voir le n’ du mois d'avril dernier.

�508

SEUX FILS.

.SOCIÉTÉS SAVANTES.

étrange abus des expériences faites sur les animaux. Il faut que
la clinique le démontre, qu’elle vienne protester surtout au
point de vue de la frayeur des populations.
M. Cliaspoul, apporte deux exemples favorables à la contagion
de la phthisie. Voici le premier : il y a quelques années, dit-il,
je soignais une jeune phthisique; elle mourut. Son mari, très
dévoué pour elle, n’avait cesse de l’entourer de soins et de par­
tager son lit. A son tour il fut atteint et emporté par la forme
galopante de la maladie. Il avait 36 ans, était très vigoureux,
rien chez lui et dans sa famille ne laissait soupçonner la phthisie.
Sauf l âge un peu plus avancé des victimes, le second exemple
est en tout semblable au premier. — Ces faits, ajoute M. Chaspoul, m’avaient trouvé anti-contagioniste, ils m’ont ébranlé et
ont laissé dans mon esprit cette conviction que la phthisie est
contagieuse en certaines circonstances.
M. Chapplain. — Sans méconnaître les,faits exceptionnels cités
par MM. Seux et Cliaspoul, rappelons que dans la généralité des
cas la phthisie n’est pas contagieuse. Insistons sur ce point afin
de rassurer le public. Conseillons des précautions, mais sans
exagération. — Toutes les affections héréditaires ne sont pas
contagieuses ; c’est aussi mon avis. Exemple : le goitre est
héréditaire et non contagieux.
Le Secrétaire-général,

Séance du 10 mai. — Après une discussion dépourvue de tout
intérêt et relative à un incident suscité par l’éternelle question
des manuscrits Chasles , il est donné lecture d’une note de
M. Grimaud (de Caux), intitulée : Définition des principes qui
doivent régir les maladies pestilentielles.
M. Chmoulewitch adresse à l’Académie un travail sur certaines
propriétés physiques et physiologiques des muscles. Lorsque le
muscle a cessé de vivre il se comporte comme tous les corps de
la nature, c’est-à-dire qu’il se raccourcit par le froid et s’allonge
par la chaleur. Vivant, mais soumis à une température inférieure à
28 degrés centigrades il subit un mouvement inverse, devient plus
court lorsque la chaleur augmente, plus long lorsqu’elle diminue;
si l’on élève la température jusqu’à 40 ou il degrés le raccourcis­
sement devient beaucoup plus fort et le muscle perd alors son
irritabilité.

Dr Ch . I snari) (de Marseille.)

509

Dans la séance du 17 mai, M. Bouillaud émet le vœu que le
personnel médical du Jean-Bart étudie, dans les différents pays
visités par ce navire, les endémies propres à chacun d’eux ;
peste, fièvre jaune ou choléra.
Séance du 24 mai. — M. Cl. Bernard présente, au nom de M.
Neumann, une note dans laquelle l’auteur démontre que cer­
taines cellules de la moelle des os donnent naissance à de vérita­
bles cellules sanguines rouges destinées à réparer les pertes subies
par les éléments du sang.

ACADÉMIE DES SCIENCES.
ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Dans la séance du 3 mai, M. Dumas apprend à l’Académie que
lesdébris humain entrent pour une proportion de 50 million» de
kilogrammes dans le sol de Londres.
Le savant chimiste annonce ensuite qu’avec une très petite
quantité de sulfate d’alumine on peut rendre limpide une eau
aussi riche en matières azotées que celle des égouts de Paris.
M. le général Morin lit un rapport dans lequel il établit que
l’usage des poêles en fer — et surtout de ceux en fonte — est
dangereux pour la santé à cause du dégagement d’oxyde de car­
bone qui accompagne ce mode de chauffage.

Séance du 4 mai.—M. Huguier, revenant sur la communication
faite par M. Depaul, dans la dernière séance, signale le danger
auquel expose la ligature en masse du pédicule des tumeurs lors­
que ce pédicule dépasse le volume du petit doigt. La ligature peut
tomber et une hémorrhagie peut alors se produire. M. Huguier
préfère traverser le pédicule par un fil double, ce qui permet de
faire deux ligatures séparées et très solides.
M. Barth lit la première partie d’un rapport sur l’épidémie cholé­
rique de 1854.

�CIO

SEU X FIL S.

La commission pour l’élection d’un membre titulaire dans la
section d’anatomie et de physiologio présente à l’Académie la
liste suivante : MM, Yulpian, Marey, Luys, Armand Moreau,
et Larcher. M. Vulpian est nommé à une grande majorité.
Séance du H mai. — M. Béclard présente un nouveau laryn­
goscope imaginé par M. le Dr Ch. Fauvel.
M. Gobley lit un rapport sur un mémoire de MM. Carlotti et
Vauquelin, intitulé : Recherches cliniques sur l’Eucalyptus.
M. le D'Marchant lit un mémoire intitulé, Du forceps et du
levier. Pour l’auteur, le forceps est un instrument de traction pure.
Le levier, au contraire, employé d’après la méthode de M. Boddaert (de Gand), modifie profondément les présentations et les
positions en imprimant h la tête la direction normale. Le levier
est donc bien supérieur au forceps.
M. Barth lit la deuxieme partie de son rapport sur le choléra
de 1854.
Séance du 18 mat. — M. Alph. Guérin, communique une obsertion d’infection purulente survenue à la suite d’un écrasement
du pouce et guérie par le sulfate de quinine à la dose de 2, 3 et 4
grammes par jour. Cinq mois après 9a sortie de Thôpital, le ma­
lade se pendit; l’autopsie fut faite; on trouva sur le foie deux cica­
trices, traces d’abcès métastatiques développés dans cet organe.
M. Briquet croit que la guérison du malade de M. Guérin doit
être attribuée au sulfate de quinine.
MM. Gosselin, Verneuil, Broca et Hérard reconnaissent que
l’infection purulente peut guérir, mais c’est là une exception.
Ces honorables praticiens n’ont pas une très grande confiance dans
le sulfate de quinine. M. Gosselin préfère l’alcoolature d’aconit,
M. Broca, les alcooliques francs.
M. le D' Prat présente une malade guérie d’une perforation
traumatique du tympan par les injections d’eau tiède. Celles-ci
furent faites, une fois dans les vingt-quatre heures, pendant cinq
jours de suite ; chaque injection faisait passer par l’oreille plu­
sieurs litres de liquide.
Séance du 25 mai. — M. Barth lit la troisième et dernière partie
de son rapporteur le choléra de 1854.
M. Fauvel donne quelques intéressants détails sur les précau­
tions prises cette année, en vertu des conclusions de la confé­
rence sanitaire internationale, pendant le pèlerinage de la Mecque.
Sur 110,000 pèlerins il n’y a eu que 40 décès en trois jours. C’est

SOCIÉTÉS SAVANTES.

511

là un beau résultat ; mais il importe qu’à l’avenir le gouverne­
ment égyptien prenne de rigoureuses mesures pour empêcher
toute communication entre les pèlerins et les gens du pays. Le
choléra n’est pas endémique à la Mecque; là comme ailleurs il ne
se déclare que lorsqu’il a été apporté.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.

Séance du 26 mars. — M. le Dr Bazin (de Corbeilles-en-Gâtinais),
adresse une note dans laquelle il communique une observation
de rage. L’urine du malade contenait à la fois de l’albumine et
du sucre.
M. Simon fait connaître à ses collègues un beau cas de guéri­
son, par le sulfate de quinine, d’une diarrhée chronique durant
depuis 20 ans.
M. Féréol présente plusieurs pièces anatomiques relatives à un
cas de goutte, entre autres un poumon, que l’auteur dit atteint
de pneumonie goutteuse.
M. Guyot ne croit pas que cette lésion mérite une dénomina­
tion spéciale; il y a eu là une simple inflammation du parenchyme
pulmonaire terminée par suppuration.
MM. Hervez de Chégoin, Guérard et Bourdon reconnaissent
que le rhumatisme et la goutte peuvent exister simultanément,
mais pour eux les deux diathèses sont très différentes l’une de
l’autre.
MM. Dumontpallier et Féréol croient que le degré de parenté
qui relie les deux affections est très étroit.
Séance du 9 avril. — M. Féréol, communique une deuxième
observation de goutte articulaire.
M. Chauffard ne croit pas que la coïncidence des lésions démon­
tre la coïncidence des diathèses. Pour lui rhumatisme et goutte
sont deux maladies profondément différentes.
M. Guérard croit avec M. Féréol que les deux diathèses peuvent
coexister, mais il signale les différences nombreuses qui les sépa­
rent, et en particulier celle qui tient à la nature de l’altération
du sang.
M.Parrotlit une note sur l’Otite de l'oreille moyenne chez le nouveauné. Cette affection est très fréquente. Les lésions les plus impor-

�512

SEU X FIL S.

tantes sont celles qui siègent sur les osselets. Ceux-ci sont tantôt
simplement injectés ; tantôt au contraire ils sont dénudés, dis­
sociés et flottent dans un fluide puriforme. Examiné au micros­
cope, ce liquide paraît contenir des leucocytes, des cellules à un
ou plusieurs noyaux et des granulations protéiques. Cette ma­
ladie doit être classée parmi les inflamations catarrhales et elle
semble occasionnée, en partie, par une alimentation insuffisante
ou de mauvaise nature.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Séance du 28 avril. — M. le docteur Thomas (de Tours), adresse
une observation d’occlusion intestinale traitée avec un plein
succès par l’entérotomie. Le malade depuis trente trois jours
n’avait pas eu d’évacuations intestinales. Cinq jours après l’opé­
ration la perméabilité de l’intestin était complètement, rétablie.
M. Thomas fait suivre l’observation des deux conclusions sui­
vantes :
1° Dans les cas d’occlusion intestinale, en apparence les plus
désespérés, le chirurgien peut intervenir avec succès pourvu
qu’il n’y ait pas de péritonite.
2“En l’absence de renseignements capables de faire connaître le
siège de la lésion, le chirurgien doit pratiquer l’entérotomie tou­
jours à droite et rechercher le cæcum, dans le cas où l’obstacle
siège sur le gros intestin.
M. Legouest lit, au nom de M. le professeur Valette (de Lyon),
un travail intitulé, Des accidents liés à la migration imparfaite
de testicule. L’ectopie testiculaire, alors même que la glande n’est
plus engagée dans le canal, peut mettre la vie en danger en pro­
duisant, par action réflexe sur la moelle épiniere et réaction sur
les filets du grand sympathique, une paralysie intestinale ame­
nant de véritables symptômes d'étranglement. Dans les cas de
ce genre on est autorisé à pratiquer la castration. M. Valette rend
l’opération plus simple et moins dangereuse en resserrant le
cordon, avant de le sectionner, entre les mors d’une pince dont
chaque branche est creusée d’une gouttière garnie de pâte de chlo­
rure de zinc. Ce procédé prévient l’hémorrhagie et limite l'inflam­
mation consécutive.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

513

Séance du 5 mai. — M. Chassaignac fait connaître à ses collè­
gues un procédé pour le redressement de la cloison nasale déviée.
Cette méthode consiste a décoller la muqueuse recouvrant le
cartilage et a réséquer ce dernier jusqu’à ce qu’il soit assez mince
pour être rejeté vers la ligne médiane; une petite éponge coni­
que placée dans la narine le maintient dans cette position.
M. Paul Horteloup communique une observation de plaie de
l’artère utéro-ovarienne. Cet accident, survenu dans le cours
d’une opération de fistule vésico-vaginale, détermina une épou­
vantable hémorrhagie ; huit jours après la malade succombait
exsangue.
M. Panas fait un rapport sur un travail de M. le Dr GiraudTeulon. D’après cet oculiste, pour éviter les reflets de la cornée,
si gênants lorsqu’on pratique une opération sur le globe oculaire,
il suffit d’orienter convenablement l’œil ou de présenter à la lu­
mière celle des deux moitiés de la cornée qui ne doit pas être le
siège de l’opération.
M. Panas communique ensuite à la société deux faits intéres­
sants: l’un est un cas d’atrophie de toute une moitié de la face chez
un individu de 26 ans qui, à l'âge de 10 ans, eut. une fracture de
la mâchoire inférieure : l’autre est relatif à un kyste mélicérique
situé sous la patte d’oie chez une petite fille de 8 ans.
La séance est levée après plusieurs présentations de notes et
de brochures.
Séance du 12 mai. — Discussion sur les fractures de la jambe
au tiers inférieur. M. Le Fort pratique l’amputation immédiate
lorsqu’il a de fortes raisons de croire que la fracture pénètre dans
l’articulation ; dans le cas contraire, même lorsqu’il y a plaie
étendue et traumatisme considérable, il tente la conservation du
membre.
M. Panas croit qu’il faut amputer dans tous les cas de fracture
compliquée de plaie et siégeant près de l’articulation.
MM. Demarquay, Trélat et Marjolin sont d’avis que l’on ne
peut de prime abord donner des indications absolues. Il est quel­
quefois très difficile de reconnaître que la fracture pénètre dans
l’articulation ; en admettant que la lésion soit réellement intràarticulaire il est impossible d’en conclure d’une manière positive
que le malade succombera ou guérira.
M. Depaul met sous les yeux de ses collègues la pièce patho­
logique présentée par lui, dans la séance du 27 avril, à l'Académie
de médecine.

�51 i

JOURNAUX FRANÇAIS.

SEU X F IL S .

M. Dolbeau présente un malade qui, sans cause appréciable, est
en train de perdre, par une sorte d’élimination régressive, toute
la mâchoire supérieure.
M. Demarquav présente une pièce pathologique relative à un
cas de luxation sous-astragalienne antérieure externe. L’honora­
ble chirurgien croit qu’en présence d’une lésion semblable l’abla­
tion de l’os est la seule conduite à tenir.
M. Paulet fait un rapport sur une observation adressée par
Verderain et relative à un cas de congélation des deux pieds et
de la partie inférieure des deux jambes.
Séance du 19 mai. — MM. Léon Labbé, Tillaux, Maurice Perrin,
Trélat, Guyon, Le Fort, Guersant, Verneuil et Giraldès, poursui­
vent la discussion sur les fractures compliquées de la jambe au
tiers inférieur. Le fait qui domine, au milieu des diverses opinions
émises, c’est qu’entre les cas semblables il existe, au point de
vue du résultat final, de grandes différences ; cependant dans
les fractures dites spiroides, dans celles qui ont ouvert largement
l'articulation, l’amputation immédiate paraît réussir mieux que
l’irrigation continue ou la résection. L’âge, la constitution du
blessé, l’influence du milieu et celle résultant d’excès alcooliques
modifient d'ailleurs profondément le pronostic. Les fractures pro­
duites par des accidents de chemin de fer ont plus de gravité
que celles survenues sous l’influence d’autres causes ; ce fait
s’explique soit par la violence du traumatisme, soit par l’ébran­
lement nerveux qui accompagne ces sortes de fractures.
M. Desormeaux présente deux malades traités de fractures de la
cuisse, sans raccourcissement, à l’aide de l’appareil du docteur
Hennequin.
Dr S eux Fils.

515

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Section de chirurgie.)

SOMMAIRE : Sangsues considérées comme corps étranger dans les voies
aériennes et Larynx (Gazette Médicale de l’Algérie). —Emploi de la chaux
contre certaines tumeurs. — Injection de pepsine et de suc gastrique pour
la destruction des tumeurs. —Cure radicale de l’ongle incarné. —Trai­
tement abortif de l’érysipèle. —Traitement par la compression de l’angiolencite intense. —Emploi de l’écorce de chêne comme succédané de
l’écorce de quinquina pour l’usage externe. — Flexion forcée de l’avantbras sur le bras comme hémostase.

Sous le titre suivant : « Des Sangsues considérées comme corps
étranger vivant dans les voies aériennes et en particulier dans
le larynx », M. Ridreau, médecin major, a publié dans la
Gazette Médicale de l'Algérie, plusieurs observations qui ne
peuvent manquer d’intéresser ceux qui, comme nous, sont
exposés à trouver dans leur boisson ces annélides un peu trop
répandues dans les eaux potables. — M. Ridreau, ayant eu
plusieurs soldats atteints d’hémoptysies graves et ne trouvant
rien comme lésion interne qui pût expliquer ce phénomène
d’une façon satisfaisante, ce rappela fort heureusement que
chez les chevaux que l’on fait boire aux étangs d’Afrique et de
Crimée, l’on trouve très souvent des sangsues dans la bouche
et dans les fosses nasales, — il en conclut que la sangsue re­
cherche le courant d’air et que ne cédant pas tout à fait au
mouvement de déglutition, elle pouvaitse loger dans le larynx
et les voies aériennes. La médication et le résultat obtenu ont
donné raison à M. Ridreau. Il pratiqua des injections d’eau de
tabac et immédiatement il fut rendu des sangsues, causes des
hémoptysies qui se présentaient non-seulement à son obser­
vation, mais encore qui l’inquiétaient et le fatiguaient luimême.
L'Année scientifique et médicale publiée par les professeurs
agrégés de Montpellier, renferme un intéressant résumé d’une
méthode empirique de traitement des tumeurs fibreuses de

�516

OLLIVE.

rutérus par l’emploi de la chaux prise à l’intérieur. Le doc­
teur Spenser Wells, promoteur de la méthode dont nous par­
lons, a remarqué qu’à la suite de l’administration de la chaux
à l’intérieur, les tumeurs éprouvaient une atrophie sensible.
La modification survenue commence dans les tuniques arté­
rielles qui subissent une dégénération athéromateuse d’abord,
puis calcaire, avec diminution notable du calibre des vais­
seaux. D'après le docteur anglais, si l’usage de la chaux était
trop longtemps prolongé, non-seulement les vaisseaux de la
tumeur, mais encore toutes les artères commenceraient à dé­
générer, comme le prouve la formation de l’arc sénile autour
de la cornée. — La préparation calcaire est la suivante : on
laisse pendant trois jours des écailles d’huitre dans un four;
on racle et on pulvérise la partie blanche de l’écaille; on l’ad­
ministre à la dose de 1 à 2 grammes uue fois ou deux par jour
dans du thé.
Si, dans de certains cas, les tumeurs s’atrophient par suite
des défauts de circulation, il est aussi des cas où elles se dé­
truisent elles-mêmes, digérées, pour ainsi dire, artificielle­
ment. C’est ce qui ressort d’une publication du docteur Castro,
médecin en Egypte, qui a obtenu la destruction de tumeurs
cancéreuses et goitreuses au moyen d'injections de pepsine.
Ce chirurgien emploie la pepsine à la dose de un gramme pour
trois grammes d'eau, il injecte au moyen de la seringue de
Pravaz, il ne recommence les injections que tous les trente
jours environ. Il est à remarquer que cinq à six jours après
chaque opération, il se formait un abcès qui, une fois ouvert,
diminuait d’autant le volume de la tumeur. Nous devons
ajouter cependant que les observations publiées par le docteur
Castro, annoncent une amélioration mais non pas une gué­
rison .
Avant d’employer la pepsine, on avait déjà imaginé de
profiter de l’action spéciale du suc gastrique, et c’est le tra­
ducteur des œuvres de Spallanzani, le docteur Senebier, de
Genève qui, le premier, a employé le suc gastrique dans le
traitement des ulcères cancéreux. De nouvelles expériences
viennent d'être faites, et le docteur Lussana recommande les

JOURNAUX FRANÇAIS.

SI 7

précautions suivantes : 1° le cancer doit être dépouillé d’épi­
derme et d’épi thélmin, ces tissus n’étant pas attaqués par le
suc gastrique ; 2* le suc gastrique doit être fourni par un chien
robuste quelques semaines après l’établissement de la fistule
stomacale ; — il faut, en moyenne, pour digérer une quantité
de substance albuminoïde représentée par 1, par exemple, une
quantité de suc gastrique représente de 15 à 20. en d’autres
termes le suc gastrique digère 1/15 à 1,20 de substance albu­
minoïde.
Les deux méthodes de traitement des tumeurs que nous ve­
nons d’indiquer sont, certes, dignes de fixer l’attention des
chirurgiens. Il est difficile, sans doute, d’avoir du suc gastri­
que, mais on peut toujours se procurer de la pepsine et
essayer les injections hypodermiques du docteur de Castro.
Il est des cas où l’on peut suppléer par l’action physiologi­
que de certains liquides de l’économie, à l’action directe du
chirurgien, il en est d’autres où l’on peut remplacer le bis­
touri par les cautérisations qu'il est facile de limiter et de con­
duire ; — le docteur Werner (d’Angoulème) pratique d’une
manière toute spéciale la cautérisation pour arriver à guérir
l’ongle incarné, — il n’applique le caustique ni sur le bord
de l’ongle incarné, ni sur les chairs labourées par ce bord. 11
agit directement sur la partie correspondante de la matrice de
l’ongle. — M. Werner entoure l’ongle de diachylon dans
lequel il fait une ouverture correspondante au point sur
lequel il veut agir sur la matrice de l'ongle, et dont il déter­
mine la dimension suivant la quantité d’ongle qu’il veut
éliminer; sur cette ouverture, il applique de la pâte de
Vienne; au bout de douze à quatorze jours l’escharre tombe,
le travail générateur a été arrêté, et l'ongle réduit d’une lar­
geur déterminée d’avance par le chirurgien.
La Gazelle médicale de Strasbourg résume une très-intéres­
sante clinique de M. le professeur Schutzenberger, au sujet du
traitement abortif de l’érésipèle ; il emploie l’huile de téré­
benthine appliquée en onctions sur la surface de l’érysipèle.
— Presque toujours le mal s’est arrêté et la température fé­
brile est brusquement descendue du troisième au cinquième
jour de la maladie.

�ri 18

TRAVAUX ANGLAIS?.

OLLIYE.

M. Alling, interne dans le service de M. Guyon, à l’hôpital
Necker, a publié dans le Bulletin de thérapeutique quelques ob­
servations qui tendent à affirmer l’efficacité de la compression
dans l'angiolencite intense. Cette méthode de traitement, tom­
bée dans l'oubli depuis plusieurs années, a rendu de grands
services dans les quatre cas cités par M. Alling. Ce succès a
été des plus évidents, et la^ompression a paru singulièrement
efficace dans les cas où l’angiolencite est intense, accompagnée
de rougeur vive et de gonflement étendu.
Il est quelquefois difficile, dans les campagnes, de se pro­
curer les médicaments que l’on trouve en abondance dans les
villes; aussi devons-nous indiquer un travail publié dans la
Gazette des hôpitaux par le docteur Bourguet (de Graisessac).
Ce médecin ayant à panser plusieurs plaies pour lesquelles il
aurait dù employer de la poudre de quinquina, a imaginé de
remplacer cette poudre par l'écorce de chêne. Le succès a cou­
ronné sa tentative. Il est bon de faire connaître ce succédané
peu coûteux et sous la main de tous. Ajoutons que l’écorce de
chêne, contenant une certaine quantité de tannin, doit certai­
nement à la présence de ce corps les propriétés toniques et
styptiques reconnues par M. Bourguet.
M. Léon Tripier revient, dans la Gazette hebdomadaire, sur
une idée de Malgaigne, qui s’étant aperçu que dans la flexion
forcée de Lavant bras l’artère humérale ne devenait plus per­
méable au sang, en avait conclu que c’était un excellent
moyen d’hémostase dans les cas de piqûre de l’artère humé­
rale ou pli de coude. La suppression complète du pouls radial
n’a lieu, après la flexion forcée, que chez les sujets très vigou­
reux, car, dans ces cas; elle est puissamment aidée par la con­
traction musculaire. M. Léon Tripier repousse donc ce mode
de compression comme daugeureux et pouvant exposer à une
hémorrhagie secondaire qui peut devenir mortelle.
Df G. Ollive .

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
TRAVAUX ANGLAIS.
Conclusions du professeur Owen sur l’origine , les espèces
et la nature de la vie ,
Par le D' Raynaud , médecin des Messageries Impériales.

Dans le dernier chapitre de l’ouvrage qui vient de paraître,
(Anatomie des Vertébrés), le professeur Owen présente un
sommaire de ses conclusions sur toutes les grandes questions
de la science de la vie, qui ontété tant débattues dans ces qua­
rante dernières années. Nous nous proposons d’exposer briè­
vement ces conclusions, qui offriront au lecteur d’autant plus
d’intérêt qu’Owen nous les donne comme définitives. 11 nous
l’annonce très-clairement, c’est vraisemblablement le dernier
grand travail qu'il lui est donné de parachever. Puisse-t-il
vivre longtemps encore et consacrer au bénéfice de la science
la clarté, la vigueur et le courage dont il a fait preuve dans
son dernier ouvrage.
Le professeur Owen raconte qu’après la clôture de ses cours
au Jardin des plantes, en 1831, il se retira chez lui vivement
tourmenté du désir de trouver une nouvelle voie de recherches
pour élucider quelques-unes de ces questions générales de
biologie qui étaient déjà passées par plusieurs phases succes­
sives. L’opinion qui semblait prévaloir à cette époque était
celle deCuvier, son grand maître, ainsi qu’il l’appelle. Suivant
le naturaliste français, les espèces ne sont pas permanentes,
et c’était là un principe qu’il n'émettait point sous forme
dubitative ni hypothétique , mais comme un fait vigoureuse­
ment établi par l’induction. Cuvier avait aussi énoncé la loi
de subordination des différents caractères organiques aux con­
ditions d’existence de chaque animal, principe, dit Owen, qui

�TRAVAUX ANGLAIS.

peut être mis en parallèle avec celui des équivalents chimi­
ques. Mais quant au degré de parenté entre les espèces présen­
tes et les espèces disparues, Cuvier n'avait pas une base suffi­
sante de faits pour se faire une opinion ü cet égard. Cependant,
s’il n’osait pas affirmer la création d'espèces nouvelles, il pré­
tendait du moins que les espèces actuelles n’avaient pas tou­
jours existé. Geoffroy Saint-Hilaire, d'autre part, beaucoup
plus hardi, exprimait la croyance que les animaux de notre
époque descendaient en droite ligne pargénération non inter­
rompue des anciens monstres antédiluviens; il ne produisait,
il est vrai, aucun fait matériel à l’appui de son dire, mais il
ne doutait pas qu’avant peu les faits ne se présentassent
d’eux-mêmes.
Les principales questions de la science de la vie qui ressor­
taient des discussions des biologistes français, étaient les sui­
vantes :
Est-ce l’unité, le plan (homologie) ou bien la finalité (téléologie), qui préside au développement des organes ?
Les séries des espèces se sont-elles succédé avec ou sans
interruption?
L’extinction de quelques unes d’entre elles s’opère-t-elie par
l’effet d’un cataclysme ou suivant une règle lixe ?
Le développement se fait-il par épigènèse ou évolution ?
Est-ce à une loi ou à un miracle qu'il convient de rappor­
ter les premières manifestations de la vie sur la terre ?
Sur chacune de ces questions nous donnerons aussi briève­
ment que possible le dernier mot des conclusions du profes­
seur Owen.
Et d’abord, quelle est la condition qui préside au dévelop­
pement organique, est-ce l’unité, le plan ou la finalité ? Cuvier
maintient que c’est la finalité ; Geoffroy Saint-Hilaire n ’accède
pas à ce principe et se contente d’admettre celui de Yunité de
composition. Malheureusement le principe de l’unitéeut beau­
coup à souffrir de la phraséologie fantastique et exagérée adop­
tée par sesdéfenseursquieonstituaient ce qu’on a appelé l’école
transcendantale. Owen inclinait d’abord vers les idées de Cuvier;
mais à mesure qu’il avançait dans ses recherches originales et

521.

dans son œuvre déclassement du département ostoélogique
du musée Hunterien, il fut forcé de revenir sur les vues du
naturaliste français, et il adopta le plan d'un animal vertébré,
comme idéal archététype, dans le but de démontrer le principe
de l’unité d organisation. C'est ainsi qu’il embrassa la doctrine
de l’homologie, bien qu’étant, toujours dominé par celle de
l’adaptation pour une fin déterminée (téléologie).
Suivant donc les doctrines homologiques d’Owen, tout ani­
mal est composé d’une somme de segments successifs, connus
sous le nom de vertèbres, et développés sous deux influences
contraires, l'une, tendant à la répétition des parties simi­
laires, l’autre, à la spécialisation. Le principe de la répétition
caractérise les rangs inférieurs de l’animalité; les poissons
appelés raies, dont les nageoires pectorales présentent des ar­
ticulations si nombreuses et toutes semblables entre elles,
nous en offrent un exemple. On peut en dire autant de la
multiplicité des dents semblables chez les derniers vertébrés,
et des nombreux segments vertébraux des serpents et des an­
guilles.
Voulons-nous avoir une idée de la spécialisation ? Il nous
suffit de comparer les cinq doigts et les dents de l'homme avec
les parties correspondantes des animaux inférieurs. Nous nous
rendrons ainsi compte de la marche progressive de la création,
depuis les dernière des vertébrés, qui présentent un si grand
nombre de parties semblables, jusqu’aux plus élevés dans
l'échelle animale, qui ne présentent guère que des parties trèsdissemblables entre elles et chez lesquels un anatomiste com­
pétent peut distinguer chaque doigt, chaque dent, chaque ver­
tèbre, et les désigner par ses caractères et ses noms propres.
Or donc, puisque tout vertébré a été créé d’après un modèle
unique et par le développement spécial de segments sembla­
bles, il nous est permis de conclure :
1° Que tous les animaux peuvent avoir des parties qui se
correspondent bien qu'ils n’aient point des fonctions corres­
pondantes à accomplir;
2° Qu’un animal peut avoir des organes ou des vestiges d’or­
ganes non point en vue d’une fin voulue et déterminée (télco3i

�*522

RAYNAUD.

gical ttse) , mais bien parce qu'il appartient à un modèle
général ;
3* Qu’en un mot, toutes les différences que présentent entre
eux les divers êtres vivants se sont produites par degré et par
suite du développement progressif des parties communes.
Quant à la cause de ces différences, Owen nous trace les
manifestations successives de la vie et des formes vertébrées ■
il n’invoque point une création miraculeuse, mais il rapporte
tout à une loi naturelle ou à u ne cause secondaire opéran t dans la
production des espèces suivant un ordre et une progression
régulières. « Cette cause, d it-il, n’est que l’exécution des
volontés d’une intelligence ordonnatrice. »
La seconde question est celle-ci :
Les espèces animales se sont-elles succédé avec ou sans in­
terruption ?
Des précédentes conclusions, il nous est déjà permis de tenir
pour certain que Owen considère les espèces existantes comme
reliées aux espèces éteintes par dérivation ou filiation, en
vertu d’une loi constante. Comme exemple des liens qui unis­
sent le présent au passé, Owen choisit cet intermédiaire entre
le palœotherium et nos quadrupèdes solipèdes, animal inconnu
du temps de Cuvier et dont la découverte a projeté la lumière
sur cette question. Les espèces, en avançant en âge, sembla­
bles au fœtus dans les diverses périodes de son développement,
se dépouillent de plus en plus des formes générales, pour en
revêtir de spéciales. C’est là un principe mis en évidence parla
découverte de l’hipparion qui sert d’anneau de transition entre
le palœotherium et le cheval moderne. La filiation qui relie
ces espèces est démontrée par le fait même de la présence des
ossements de cet animal à trois doigts (hipparion) dans ces
couches de terrain tertiaire comprises entre les couches plus
anciennes dans lesquelles on trouve le palœothérium et celles
plus récentes où se montre à nous pour la première fois le
cheval moderne dépourvu de ses deux doigts latéraux.
Le passage du palœothérium au cheval par l’intermédiaire
de l'hipparion ne saurait être mis en doute après l’examen
des dents et des pieds. Le palœothérium a deux doigts latéraux

TRAVAUX ANGLAIS.

523

bien développés ; l'hipparion également, mais ces deux doigts
plus petits pendillent de chaque côté ; le cheval a simplement
deux péronés sans doigts latéraux. Pareillement , dans le cheval
la première molaire de devant est petite et tombe vite, c’est
un rudiment de la structure originelle; chez le paloeotherium
c’est une dent typique, fonctionnelle et permanente; chez
l’hipparion elle est plus petite et intermédiaire.
Ainsi les espèces vivantes dérivent des espèces éteintes par
filiation. Mais par quel mécanisme? Comment le palœothérium
à trois doigts s’est-il changé en cheval solipède?
On peut répondre, suivant l’hypothèse de Lamarck, qu’à
mesure que la croûte terrestre durcissait, le doigt moyen
fatiguait davantage, recevait par conséquent un afflux de sang
plus considérable et se développait tandis que les autres doigts
latéraux s'atrophiaient; ou bien encore, suivant l’hypothèse
de Darwin, que quelques palœothériums étant nés par hasard
avec un seul doigt et un seul sabot se trouvèrent ainsi mieux
conformés pour la vie (,struggle for life) et en vertu de la
sélection naturelle constituèrent le type qui prévalut désor­
mais.
Expliquer ces modifications par l’effet d’une appétence de
ces animaux et d’un acte de volonté de leur part, serait en
vérité chose déplacée. Mais (soit dit en répondant à la pre­
mière hypothèse), pourquoi le cheval aurait-il perdu ses deux
doigts latéraux plus facilement que le rhinocéros qui prospère
maintenant à côté du zèbre dans l’intérieur de l’Afrique,
comme le cheval lui-même à côté du tapir dans l’Amérique du
Sud? S'il faut attribuer la transformation du pied aux con­
ditions extérieures, d’où provient la modification survenue
dans le système dentaire de ces animaux? Rien, dit Owen, si
ce n’est la confusion des idées, ne peut naître de ce vieux pro­
cédé métaphysique qui consiste à personnifier l’ensemble des
divers états des êtres animés, en disant, par exemple, que la
nature a opéré la sélection du doigt moyen et a rejeté les deux
autres.
Mais y a-t-il dans l’histoire de la tribu des chevaux quel­
que fait sur lequel on puisse baser une conception raisonnable

�524

RAYNAUD.

du mode d'opération de la grande loi do succession des es­
pèces? La-naissance accidentelle d'un animal ayant le pied
de ses ancêtres, tel qu’était par exemple le fameux Bucéphale,
nous prouverait que le changement est subit et considérable,
ce qui s’opposerait à l'idée que les espèces se transforment peu
à peu et par degré. Nous pourrions également conclure de là
qu'une espèce peut naître indépendamment de l’action des in­
fluences extérieures ; que le changement de structure précède
le changement d’habitudes et de mœurs; qu’une appétence
particulière de l’animal, une impulsion quelconque, le milieu,
le concours fortuit des circonstances environnantes, ou bien
même encore cette nature personnifiée qui opère des solutions,
n’ont aucune part dans l'acte de transformation des espèces.
Mais, ajoute Owen, le développement successif d’une espèce
après uue autre par différentiation et spécialisation, par diver­
gence de la forme commune est une chose ; transmutation en
est une autre, et supposer que le cheval peut se changer en
rhinocéros, est, dit-il, une niée aussi anti-scientifique et
aussi absurde que celle qui a été soutenue par quelques sa­
vants d'un mérite très-contestable, que l’homme descend du
Gorille.
Suit un généreux et éloquent passage oh le professeur Owen
exprime sa ferme conviction que la production des espèces
nouvelles est sous la dépendance d’une volonté intelligente et
bonne qui, en adaptant l’organisation de chacune d’elles aux
conditions dans lesquelles elles étaient appelées à vivre, a su
créer ainsi un tout harmonique.
Ou le voit, le professeur Owen n’est point un sectateur du
dieu Hasard. Bien au contraire, suivant lui, de même que tout
individu passe par une succession de formes (embryon , en­
fant, adulte, vieillard), de même chaque groupe d’animaux
semblables descendus de parents communs, ce que nous appe­
lons espèce, a une tendance innée et préordonnée à dévier du
type original pour produire de nouvelles formes d’un caractère
de plus en plus spécial.
11 est aussi facile de reconnaître dans la succession des races
que dans 1organisation et le développement de l’individu,

TRAVAUX ANGLAIS.

525

l'existence d’une règle déterminée de développement et de
transformation, de corrélation et de dépendance réciproque,
manifestant une volonté intell gente. Les générations ne va­
rient point accidentellement ni dans une direction quelconque,
mais toujours dans un sens préordonné, défini, corrélatif.
Si l’apparition d’espèces nouvelles n’est pas un phénomène
qu’il faille attribuer à de nouveaux effets de création miracu­
leuse , pas davantage ne doit-on considérer l’extinction des
anciennes comme l’effet d’un cataclysme ou d'une convulsion,
mais bien comme l’opération d’une loi permanente. Une des
causes de l’extinction de certaines espèces est leur défaite dans
la grande bataille de la vie. Owen le reconnaît et l’a démontré
en 18.0, quand ildisait que dans les saisons sèches les grands
mammifères souffrent plus vite de la soif que les petits ; que
si la nourriture devient rare, les plus grands meurent de faim
les premiers, de même que si de nouveaux ennemis survien­
nent, ce sont encore les plus grands et les plus en évidence qui
sont les premières victimes ; et enfin que, règle générale, les
plus petits animaux sont les plus prolifiques.
Ces vues sur la règle qui préside à l’extinction des espèces
ont été largement développées par les curieux et instructifs
travaux de Charles Darwin. Autant que nous pouvons nous en
assurer, c’est bien celte même règle formulée par Owen que
Darwin a subséquemment proposée. Mais gardons-nous de
croire un seul instant qu’Ovven adhère en tous points à la
théorie Darwinienne. Ce qu'il reconnaît de fondé dans celte
théorie c’est la doctrine de l’extinction d’après une loi. Mais
en ceci il réclame la priorité et répudie hautement les efforts
de Darwin pour expliquer l’origine des espèces par la sélection
naturelle.
Le professeur Owen présente en peu de mots un résumé,
que nous essayerons d’abréger encore, du contraste qui existe
entre sa propre théorie de la dérivation et celle de Darwin, de
la sélection naturelle. Dérivation implique l’idée d’un change­
ment s’opérantchez toutes les espèces avec le temps et en vertu
de tendances inhérentes; sélection, 1idée d'un changement
produit par 1 influence des circonstances extérieures. La déri­

�526

RAYNAUD.

TRAVAUX ANGLAIS.

vation voit le but du créateur dans la beauté et la variété de la
création et principalement dans la création de l’homme capa­
ble d'apprécier cette beauté ; la sélection naturelle donne à
eutendre que si par hypothèse la beauté en elle-même est un.
but dans la création, il n’y a là rien qui ne soit absolument
fatal. La sélection naturelle abandonne l’origine et la succes­
sion des espèces au concours fortuit des circonstances exté­
rieures, la dérivation reconnaît une intention.
Le professeur Owen entre ensuite dans quelques considéra­
tions sur l’origine de la vie elle-même, et discute d’abord la
doctrine de l'évolution, suivant laquelle les organes du nouvel
être qui résulte de Lacté de la génération préexistent à cet acte,
lequel ne fait que les tirer de la torpeur dans laquelle ils sont
plongés, leur donne une vie plus active, leur imprime assez
d’énergie pour qu’ils puissent croître et parcourir les phases
de leur nouvelle existence.
Owen arrive enfin à la doctrine qui affirme que omne vivum
ex ovo, omnis cellula e celluld et qui suppose que la vie ayant
été primitivement soufflée par Dieu dans certaines formes or­
ganiques, tous les êtres qui naissent depuis sont le résultat de
la proligération ; c’est-à-dire de la division d’une cellule vi­
vante en une autre, laquelle se multiplie à son tour par pro­
ligération et en produit une nouvelle semblable à la cellulemère.
Owen considère toutes ces doctrines comme des fantômes
qui hantent encore quelques appartements du domaine phy­
siologique ; mais ils lui fournissent très à propos l’occasion
d’étouffer sous ses pieds les derniers efTorts du Darwinisme.
S’il repousse, en effet, les vieilles doctrines comme absurdes,
plus absurde encore est. dit-il, cette hypothèse provisoire de
Darwin, la Pangenèse. Quant à lui il croit à ce qu’on a appelé
les générations spontanées, c’est-à-dire à l’incessant développe­
ment de nouveux êtres vivants à l’aide et aux dépens de maté­
riaux non vivants. Il combat donc avec Pouchet et Child con­
tre Pasteur. Il ne croit pas davantage au Panspermisme, sys­
tème suivant lequel les germes sont disséminés dans toutes les
parties de la terre et de l’espace qui l’environne, et ledévelop-

pent quand ils rencontrent des corps disposés à les retenir et
à les faire croître ; il aime mieux admettre qu’en présence de
certains matériaux requis, se trouvant placés dans certaines
conditions déterminées, les diverses forces de la nature se
transforment en force vitale ; enfin il reconnaît la grandeur de
la puissance créatrice, non point dans le miracle exceptionnel
de l’apparition d’une ou d’un petit nombre de formes origi­
nales, mais bien dans cet appel incessant à la vie terrestre de
tant de formes variées, opération qui s’accomplit par suite de
la conversion des modes de force physique et chimique eu
mode de force vitale.
Owen rejette la notion d’un principe vital comme entité dis­
tincte du corps; l’àme n'est, suivant lui, que la personnifica­
tion de l’ensemble des manifestations physiologiques ; elle
n’est pas plus indépendante du cerveau que l’étincelle d’une
batterie électrique. « Si le physiologiste, dit-il, peut rejeter
« le sens théologique du mot vie, sans encourir l’accusation
« d’irréligion, pourquoi s’expose-t-il davantage à cette impu« tation en repoussant également la signification des mots
« esprit, âme, intelligence, et, pouvons-nous ajouter péché et
« mort ? » Si nous comprenons bien la pensée de l’auteur,
l’âme n’existe pas d’une façon absolue, si ce n’est comme con­
ception abstraite, et il est aussi peu rationnel de considérer
l’une comme un être réel que la marche d’une montre comme
chose pouvant exister indépendamment de la montre ellemême.
Bien qu’on puisse avec raison taxer ces idées de matérialis­
tes, rien n ’est plus éloigné de la pensée d’Owen que ce bas
matérialisme qui voit une loi sans voir un législateur, une
force sans un ouvrier, et il n’a jamais songé à séparer Dieu de
la matière. Il est bon de rappeler en premier lieu que les idées
d’Owen sur la vie nécessitent la croyance en un Dieu person­
nel, le Lord, le Créateur, toujours présent, toujours à l'ou­
vrage. Owen croit à la vie future, à la résurrection et au juge­
ment après la mort, vérités qu'il considère comme constituant
une partie du domaine de la Révélation divine , et il dé­
montre en rappelant l’histoire de la Pvthonisse d’Endor et du

627

�528

GUINIER.

DÉGLUTITION.

sceptique apôtre Thomas, que nous ne sommes réellement,
point en état de dire ce qui est matériel et ce qui est immaté­
riel. Des forces et de leurs effets nous ne pouvons savoir, dit-il,
avec Faraday, qu’une seule chose, à quelle cause il faut attri­
buer cet effet, et il n’y a aucun profit pour nous à définir ce3
effets par l’expression de matériel ou d’immatériel.
Quant à nous, nous ne voulons aucunement nous engager
dans le domaine de la foi, mais nous croyons émettre une
opinion raisonnable en disant que les doctrines d’Owen sem­
blent tout aussi bien admettre que rejeter l'existence d’une
âme immortelle. S’il est vrai que les résultats d’une force sont
aussi indestructibles que la matière, filme, qui n’est qu’un
mode de force, est également impérissable. Mais dans le casoù
il y aurait doute à cet égard, nous ne rougissons point
d'avouer que nous nous abandonnons à nos instincts spiri­
tuels d’homme universel en disant avec le philosophe païen :
« Si in hoc erro, quod animos hominum imrnortales esse crea dam, libenter erro, nec mihi hune errorem quo delector dum
« vivo extorqueri volo. »

texte môme de Guinier? Il n’en est rien cependant, comme
on va s'en assurer.
L’auto-laryngoscopie m’a démontré, continueen effet le dic­
tionnaire, et je le fais voir très facilement sur moi-môme, que,
dans ce movement successif et décomposé de la déglutition, le
bol alimentaire passe directement, sans renversement préalable
de l’épiglotte, sur le plancher formé par la contraction de la
glotte ; de même, les liquides, employés sous forme de garga­
risme, séjournent au dessous de l’épiglotte, et sont en contact
direct avec les replis muqueux inti’cï-pharyngiens (sic) et les
cordes vocales. D’où il suit que la simple contraction des cor­
des vocales suffit pour s’opposer au passage des corps étrangers
dans la trachée.
Jusque là, le texte est pris à peu près, sauf le mot intrà-pharyngiens pour intrà laryngiens, dans le texte môme de Guinier.
Aussi, n’y voit-on autre chose que ceci : sous le laryngoscope,
c’est-à-dire à bouche ouvei'te, et dans un mouvement successif et
décomposé de déglutition, un bol alimentaire solide ou liquide
peut séjourner sans accident de suffocation ni inconvénient de
sensibilité dans la cavité vestibulaire du larynx (fait nouveau);
par conséquent, les cordes vocales, par leur contraction, peu­
vent constituer une barrière suffisante de protection pour les
voies respiratoires. Conclure de ce texte quelque chose de re­
latif à la déglutition normale, ou qui lui soit immédiatement
applicable, n’est-ce pas aller au delà du fait?
Voici du reste, continue le dictionnaire, comment procède
Guinier, et au lieu de suivre le texte de ce dernier, comme le
lecteur doit s’y attendre d’après le guillemet initial, il décrit
une expérience imaginaire et il affirme que le bol de pain est
amené en partie par son propre poids et en partie par des
mouvements (ïaspiration sur le bord de l’épiglotte. Celle-ci
étantdans la profonde inspiration qu’a faite l’expérimentateur,
très nettement appliquée sur la base de la langue, n’oppose
aucun obstacle à la progression du bol alimentaire.
Or, le texte de Guinier, publié dès le 2 juin 1865 dans la
Gazette hebdomadaire (1865, p, 3i4) reproduit le 20 juin 1865,
dans ['Union médicale (nouvelle série, tome XXVI, p. 571),

DÉGLUTITION-

Le n o u v e a u D ic tio n n a ire d e M é d ec in e e t le s e x p é r ie n c e s
a u to - la ry n g o s c o p iq u e s d e G u in ie r , d e M o n tp e llie r. —
N o te r e c tific a tiv e .

A la page 773 du tome 10* du Nouveau dictionnaire de mé­
decine et de chirurgie pratiques, deJaccond (Paris 18(39), article
Déglutition, on lit :
Au mois de mai 18G5, Guinier communique à l’Académie des
sciences la note suivante au sujet des expériences sur la déglu­
tition faites au moyen de l’auto-laryngoscopie.
Les mots la note suivante ne semblent-ils pas indiquer que
l’alinéa guillemeté qui suit immédiatement est pris dans le

B2S

�GUINIER.

DÉGLUTITION.

et réédité avec des longs commentaires dans la brochure de
Guinier : Le laryngoscope à Cautercts étude du gargarisme
laryngien (Paris 1869), est celui-ci.

une profonde inspiration, dont le moindre inconvénient serait
de maintenir la glotte largement ouverte (elle s’est fermée par
le contact absolu des cordes vocales, dans l’expérience vraie),
et d’y précipiter vivement le bol solide (qui ne marche que
lentement, dans l’expérience vraie), en provoquant tous les acci­
dents de la déglutition de travers. Cette difficulté et ces incon­
vénients de la respiration (ouvrant la glotte) pendant l’expé­
rience, devient une impossibilité pour les liquides qui s’écou­
leraient ainsi sans obstacle et directement dans les voies
aériennes.
2* Que l’épiglotte, dans l’expérience de Guinier, est le prin­
cipal obstacle contre lequel sont uniquement employés les
mouvements incomplets de déglutition destinés à faire culbuter'
le bol solide par dessus ce ressaut membraneux et flottant, sur
lequel il se trouve accumulé et comme blotti.
L’auteur de l’article du Dictionnaire continue cependant :
J’ai lu et relu avec attention l'expérience précédente et je
m ’étonnais que l’on put conclure de ce qui arrive dans la
position étrange où se place Guinier pour déglutir à ce qui
doit se passer dans la déglutition normale, lorsque la lettre
de K iushader, adressée à l'Union médicale (n* du 30 mai 1865,
page 428), est tombée sous mes yeux. Je partage si bien l'opi­
nion de cet honorable médecin sur l’expérience de Guinier,
que je ne crois pas pouvoir mieux faire que de citer un passage
de cette lettre. On y trouve une juste appréciation des faits
précédemment signalés.
Ges lignes, soulignées à dessein, ne signifient-elles pas: j ’ai
lu et relu le texte de Guinier, et je restais sans comprendre ,
lorsque la lettre de Krishaber, en tombant sous mes yeux, a fixé
ma critique sur Yexpérience précédente et les faits précédemment
signalés? Or, qui croirait après cela, qufe, ces faits précédem­
ment signalés—, que — cette expérience précédente — ont
été pris, non pas dans le texte de Guinier, mais dans le texte
môme de la lettre de Krishaber ? Rien n'est cependant plus
exact.
Il y a là évidemment une confusion regrettable, qui ne peut
(lue nuire à l’élucidation du problème physiologique de la dé­
glutition.

530

TEXTE

DE G C IX IE n .

Par des mouvements incomplets
de déglutition, consistant principale­
ment en des mouvements de repta­
tion de la langue ( mouvements i|ui
m’obligent à des etlorts volontaires
énergiques pour empêcher le con­
cours aes muscles du pharynx ten­
dant à fermer l’isthme du gosier, et
dont je ne parviens qu’a retenir
incomplètement les contractions sy­
nergiques ), le bol saute par dessus
l’épiglotte, qui reste inerte et à peu
près immobile. Dans cette culbute,
par dessus l’épiglotte, le bol passe
]&gt;ar dessus le bord libre de cet appen­
dice membraneux, qui semble s’in­
cliner vers la langue, à la manière
d’une pelle pour le recevoir et il
chemine plus ou moins lentement
sur la face postérieure ou laryngée,
lisse et creusée en demi-gouttière de
l’épiglotte. De là, le bol, paraissant
entraîné par son propre poids, tombe
et se répand sur les bords et au
centre même du vestibule de la
glotte, de laquelle il recouvre ainsi
l’ouverture; là, il se trouve arrêté à
la fois parla contraction automatique
aes replis aryténo-épiglottiques, et
des ligaments thyro-aryténoïdiens
supérieurs,mais surtout par celle des
ligaments vocaux ou vraies cordes
vocales, qui ferment par leur con­
tact absolu, toute communication
avec la trachée.
Et plus loin, à propos de la même
expérience avec les liquides :
— Cette expérience très facile ne
fait, pas plus que les précédentes,
éprouver aucune sensation pénible
et elle peut également se prolonger
pendant tout Te temps d’un” longue
expiration, ou bien autant de temps
que l’on peut retenir sa respiration.

TEXTE

DU

D IC T IO N N A IR E .

Voici du rest' comment procède
Guinier : il mâche une petite bouchée
de pain, il la triture et l’imprègne
de salive au point de la rendre glu­
ante et glissante; par un mouvement
de la langue, il la fait arriver jus­
qu’à l’isthme du gosier; alors il ou-,
vre largement la bouche éclairée par
une lampe munie d’uine lentille; il
applique le miroir laryngien, et il
fait voir le pharynx, l’épiglotte et le
larynx. Dans cette position, il con­
tinue tranquillement à respirer. Le
bol de pain est amené en partie par
son propre poids ( car la tète do
l'expérimentateur ost fortement ren­
versée en arrière 1 et en partie par
des mouvements d aspiration sur le
bord de l’épiglotte. Celle-ci, étant
dans la profonde inspiration qu'a
faite l’expérimentateur, très-nette­
ment appliquée sous la base de la
langue, n’oppose aucun obstacle à la
nrogre?sion du bol alimenlaire. Le
bol franchit, par conséquent, son
bord et arrive sur sa face postérieure
quiolTreun plan vertical; le bol che­
mine ainsi jusque dans l’intérieur du
larynx ; mais quand il aiTive sur les
cordes vocales, l'expérimentateur fait
un mouvement de déglutition à bou­
che ouverte, et le Loi retombe en
arrière dans l’œsophage.
(Ce texte est emprunté en entier à
la lettre de Krishaber à YUnion Mé­
dicale dont il va é^re question.)

11 suffit de comparer ces deux textes pour voir avec évi­
dence :
1* Que Guinier ne respire pas, qu’il peut tout au plus expi­
rer lentement, et qu’il ne saurait, par conséquent, agir sur le
bol solide ni par des mouvements d’aspiration, ni surtout par

531

�GUINIER

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE.

Ou l'auteur do 1article connaissait les expériences et les pu­
blications de Guinier, et il devait les citer et les discuter sur
son texte ;
Ou il ne les connaissait pas, et alors il devait se garder de
reproduire une critique qui pouvait être peu légitime puisquelle ne citait elle-même aucun texte formel de Guinier; mais
surtout il ne devait pas attribuer à ce dernier des détails d’expé­
riences qu’il empruntait à son contradicteur et sur lesquels se
fondait uniquement sa contradiction.
Que devient, en effet, cette critique, après la discussion si
détaillée publiée l'année dernière par Guinierdans sa brochure:
Le laryngoscope à Cauterets— Etude du gargarisme laryngien
(Paris —Adrien Delahaye, éditeur)? Peut-elle même se soute­
nir en présence de l’article déjà publié par Guinier, le 4 août
1865, dans la Gazette hebdomadaire (1865, page 486), dont le
Dictionnaire cite lui-même les conclusions et qui commence
par ces mots :
Une première série d’expériences m’avait démontré , par
^introduction dans le larynx de corps solides ou liquides au
moyen d’une déglutition artificielle et incomplète, mais pou­
vant aussi se terminer et devenir complète, que l’occlusion de
la glotte, par la contraction des ligaments vocaux ou vraies
cordes, suffirait seule pour la protection des voies aériennes ,
et que le renversement préalable de l’épiglotte n’était pas
indispensable pour le passage d’un corps solide ou liquide de
la bouche dans l’œsophage.
Il restait à déterminer le rôle de ces mêmes organes dans
la déglutition normale ; c’est ce que j ’ai cherché dans les nou­
velles expériences suivantes.
Il est à remarquer que l’article du Dictionnaire, en voulant;
à propos des expériences de Guinier, critiquer l’utilité du la­
ryngoscope dans l’étude delà déglutition, s'étend avec une cer­
taine complaisance sur des expériences qui n’ont, avec la dé­
glutition normale , au dire de Guinier lui-même, que des
rapports éloignés; qu’il les défigure, en leur attribuant des
détails imaginaires et en leur donnant une portée physiolo­
gique à laquelle elles ne prétendent pas ; et qu’enûn il néglige
précisément les expériences directement afférentes au sujet.

En effet, au lieu d’exposer, d’analyser et de critiquer les expé­
riences de Guinier sur la déglutition normale, il en cite tout
juste les conclusions pour y chercher une apparente contradition.
Les lecteurs de la brochure de Guinier peuvent faire jus­
tice des allégations de l’article du Dictionnaire.
Cette rectification prouve une fois de plus combien les au­
teurs qui écrivent dans les recueils destinés à indiquer l’heure
actuelle des travaux et des progrès de l’esprit humain, dans
les sciences expérimentales et particulièrement en physiologie,
devraient mettre de soin à s’entourer de tous les documents
originaux avant de formuler un jugement, et combien facile­
ment, sans cette précaution indispensable, ils peuvent obscur­
cir, de bonne foi, les problèmes déjà si ardus delà physiologie
expérimentale et par suite retarder leur solution.
(Extrait des Comptes-Rendus de l’Académie des sciences et
lettres de Montpellier).

832

533

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE.

Marseille Médical rendra compte prochainement des ouvrages
suivants :
Étude critique de l’embolie dans les vaisseaux veineux et artériels,
par Émile Bertin, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de
Montpellier ;
Des Luxations coxo-fémorales soit congénitales, soit spontanées au
point de vue des accouchements, par le Dr Guéniot, chirurgien des
hôpitaux, agrégé de la Faculté de Paris ;
De iHydrothérapie à domicile, par le Dr Paul Delmas , de
Bordeaux ;
Du Traitement des maladies de la peau par les eaux minérales et en
particulier par les eaux d’Uriage, par le D' Doyon, médecin inspec­
teur des eaux d’Uriage ;
Démarqués sur les ectocardies, à propos d'une variété encore «ou
décrite, la trochocardie, par le Dr Alvarenga, traduit du portugais
par le D' A. Marchand, de Bruxelles.

�53Ô

SEUX FILS.

NOUVELLES DIVERSES.

NÉCROLOGIE.

NOUVELLES DIVERSES.

Une triste nouvelle nous est parvenue à la fin du mois der­
nier. M. le Dr Pirondi père, ancien membre du parlement italien,
venait de succomber à Reggio, à la suite d'une maladie qui
l’avait enlevé en quelques jours à l’affection de sa famille et de
ses nombreux amis.
Agé de 84 ans, l’honorable praticien avait conservé cet amour
de la science, cette activité pour le bien, cette intelligence des
idées larges et généreuses, qui n’appartiennent d’ordinaire qu’à
la jeunesse ou à l’âge mûr.
Fidèle dès son enfance à un culte qui devient de plus en plus
incompris dans notre siècle de scepticisme et de mollesse, celui
de la patrie, Pirondi fut un des martyrs de cette noble cause; il
connut les douloureuses amertumes de l’exil. Éloigné de son pays
pendant une longue période de trente-neuf ans, il se fixa d'abord
en Espagne, puis à Marseille. Le jeune praticien avait fait à
l’Université de Pavie d’excellentes, études ; élève préféré de
l’illustre Rasori, il n’avait point oublié les féconds enseignements
du maître ; aussi fut-il bientôt, dans notre ville, à la tête d’une
nombreuse clientèle.
Pendant les trente-deux années qu’il passa parmi nous, Pirondi
vit ses efforts couronnés d’un plein succès. Il sut faire mieux
encore ; il s'attira l’estime de ses confrères et du public, en même
temps qu’il enrichit la science d’utiles travaux, écrits pour la
plupart — malheureusement pour nous — en langue italienne.
Marseille attachée aux Pirondi par des liens qui se fortifient
chaque jour, ne pouvait rester indifférente devant la mort d’un
homme qu’elle s’était habituée peu à peu à considérer comme un
de ses fils ; le public médical devait un dernier souvenir, une
suprême marque de sympathie et de respect à celui qui vient de
s’étendre au champ du repos, fort par la vue du passé, calme
dans l’attente du (jvand lendemain.

Le Comité Médical des Bouches-du-Uhônc, reconnu par décret
Impérial comme Établissement d’utilité publique, décernera
dans sa Séance Générale d’Avril 1S70:
1° Une Médaille d’or à l’auteur du meilleur mémoire sur la
question suivante :
Des Bains de mer de l'Océan et de la Méditerranée, au double point
de vue de la balnéation et du climat.
2° Une Médaille d’or à l’auteur du meilleur Mémoire sur ce sujet:
Des Maladies du Sternum chez les vieillards.
3° Une Médaille d'or pour le travail le plus complet sur cette
question :
De l'Analyse organique végétale. Les candidats choisiront au
moins trois végétaux qui jouent un rôle important en thérapeu­
tique et donneront la description des nouveaux procédés simples et
surs qu’ils auront employés.
Les Mémoires, écrits en français, devront être parvenus au
siège du Comité Médical, à Marseille, rue de l’Arbre, 25, avant
le \°TMars 1870, terme de rigueur.
Les auteurs qui se feraientconnaîtreseraientexclusduconcours.
— Par délibération de la Commission administrative des Hos­
pices civils de Marseille, MM. les Dr* Roux ( de Brignoles ) et
Villard ont été promus médecins en chef des hôpitaux. Par la
même délibération, M. le Dr Van-Gaver est chargé du service de
l’Hospice de la Charité en remplacement de M. Roux ( de Brigno­
les). Ces trois médecins avaient été nommés au concours, médecins
adjoints des hospices, le premier en 1850, les deux autres en 1837.
— M. le Dr Pujol, ancien professeur agrégé à la Faculté de
Médecine de Montpellier, vient de mourir à Marseille, à l’âge de
60 ans, Ce confrère, attaché depuis plusieurs années au service
médical des Messagerieslmpériales, s’était fait remarquer par son
zèle dans l’accomplissement de ces fonctions modestes mais si
utiles.
— Pendant le mois qui vient de s’écouler, MM. les Dra Mittre
et Villard ont répondu, dans deux brillantes et spirituelles confé­
rences, à notre confrère homœopathe M. de Boissy-Dubois. Nous

334

Dr S eux fils.

�536

SEUX FILS.

ne ferions, pour notre part, aucune objection à ce tournoi héroïcomique si le bon public ne riait pas dans sa barbe en marmot­
tant d'un air narquois ... O Molière !
— Parmi les médailles distribuées aux médecins qui se sont
distingués par leurs travaux ou leurs services en matière d’épi­
démie, pendant l’année 1867, il en est une qui a été décernée à
M. leDTDauvergne (de Manosque). Cette distinction ne surpren­
dra aucun de ceux qui connaissent le zèle de notre savant
confrère.
— Le concours d’agrégation près la Faculté de Médecine de
Paris s’est terminé par la nomination de MM. Lannelongue,
Ledentu, Dubrueil et Cocteau pour la section de chirurgie, de
M. Guéniot pour la section d’accouchements.
— Le concours ouvert à la Faculté de Médecine de Strasbourg
pour deux places d’agrégé stagiaire s’est terminé par la présen­
tation de MM. Fée et Schlagdenhauffen.
— M. Georges Hayem, docteur en médecine, vient detre nommé
préparateur d'anatomie pathologique à la Faculté de Médecine
de Paris.
— La réception de M. Cl. Bernard a l’Académie Française a eu
lieu le jeudi 27 mai. L’illustre physiologiste a prononcé YÉloge de
Flourens.
— On annonce que la Faculté de Médecine de Paris va deman­
der la suppression du 3™ examen du doctorat. Cette épreuve,
assurément fort peu médicale, serait remplacée par un examen
clinique de pathologie interne avec interrogations sur la théra­
peutique et l'art de formuler.
— La Société Météorologique de France vient d'être reconnue
comme établissement d’utilité publique.
— Dans une discussion qui vient d’avoir lieu au Parlement
anglais il a été constaté que nos voisins d’Outre-Manche dépen­
sent par an en spiritueux, près de 2 milliards 1/2 de francs.
— Une Faculté de médecine pour les femmes, va, dit-on, être
prochainement instituée en Suède....... ! Quand songera-t-on à
édifier quelque part en Europe une faculté pour la conservation
du bon sens public ?
Dr Seux, fils.

A. F abre.

�(A N C IE N N E U N IO N M É D IC A L E D E L A P R O V E N C E )

Journal public par MM. les Docteurs
d ’A stros , C. B lanchard , C happlain , C oste , D espine , A. F abre ,
C. F lavard, G ouzian, C. I snard, Magail, A. Martin , Métaxas,
Mireur , E. N icolas , C. O llive , S irus-P irondi , Q ueirel ,
L. R ampal , R eynès , R oberty, J. Roux (de Brignoles), S auvet,
S eux père, S eux fils, V an-G aver, V illard , V illeneuve père,
V illeneuve fils.

Directeur: A. F abre.

6 me A n n é e .

♦

MARSEILLE.

TYP. ET LITH. BARLATIER-FEISSAT PERE ET FILS ,
R u© V e n t u r e , 19.

1860*

�(euxoie rira© Union Médicale de la. Provence)

6 " Auuce. — N ° 7 . — 20 Juillcl 186!).

ÉTUDE SUR LA THORACENTÈSE
DANS LES ÉPANCHEMENTS SÉREUX O
Dr VILLARD,
Médecin en chef des hôpitaux, professeur suppléant « l'école de mèdecene.
P ar le

Plus nous avons réuni d'observations sur chaque
cas particulier , plus nous sommes en état de voir
avec justesse et de nous déterminer à prendre un
parti.
Z immermann. Traité de l 'Expérience. Chap. 111.

CHAPITRE I“.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — HISTORIQUE. — OBSERVATIONS.

La question de la thoracentèse a été bien souvent dans le
cours de ces dernières années portée à l’ordre du jour des dé­
bats scientifiques. Il est peu de sociétés médicales, en effet,
qui iraient eu à s’occuper de cet important sujet, peu de
journaux de médecine qui n’ait eu à enregistrer des observa­
tions pleines d’intérêt suivies de remarquables succès. Tout
récemment encore M. le professeur Dupré, de Montpellier, appe­
lait l’attention de l’Académie de médecine sur 76 cas de thora(1) Ce travail est extrait d'un ouvrage complet sur la pleurésie, lu devant
la Société Impériale de Médecine de Marseille. ( Bulletin des travaux. —
Annéo 1868,) et qui paraîtra prochainement. .
3o

�538
VILLARD.
centèse qui lui sont pcrsoimels. À la date du 13 mai der­
nier, M. le professeur Fonssagrives donnait à cette opération
la sanction de son profond savoir et de sa vaste expérience (l).
A la fin de l'année dernière, la Société médicale des hôpitaux
de Paris revint sur cette question, à propos d’une communi­
cation de M. Blackez intitulée : Tribut à l histoire des épan­
chements pleurétiques.
Sans pousser plus loin l’énumération des nombreux arti­
cles que j’ai pu recueillir dans les journaux scientifiques, je
dirai que, pour tous les médecins qui ont écritsur cette matière,
la ponction thoracique pratiquée dans les épanchements séroalbumineux est le moyen le plus sur, le plus rapide, et le plus
efficace pour en amener la guérison.
Plusieurs fois, depuis une dizaine d’années, j’ai eu l’occa­
sion de porter moi même cette question devant la Société Im­
périale de médecine de Marseille, soumettant ainsi à l’appré­
ciation de cette savante compagnie, non seulement mes
opinions, mais encore la plupart des malades que j’avais
opérés. J'ai hâte d’ajouter que les encouragements qui
m’ont été donnés par mes distingués collègues n'ont pas
été pour peu de chose dans la publication de ce modeste
travail.
J’ai pratiqué quarante fois la thoracentèse. L’on verra plus
loin que si les succès que j’ai obtenus ne sont pas suffisants
pour entraîner la conviction au premier abord, ils n’en sont
pas moins assez respectables pour permettre de soutenir une
thèse et de discuter les opinions qui ont dirigé et qui di­
rigent encore les praticiens dans le traitement des épanche­
ments pleurétiques.
Il en est, du reste, des collections pleurales comme de beau­
coup d'autres maladies auxquelles rien ne manque en appa­
rence, si ce n’est l interprétation exacte des phénomènes
pathologiques, basée sur les notions les plus vraies et les plus
indispensables de l’anatomie et de la physiologie; ce qui
m’amène à ajouter que bien souvent les indications thérapeu(1) Gazette Hebdomadaire n920.—1869.

3 .

:

THORACENTESE

530

tiques se trouvent formulées sans une trop grande connais­
sance de cause. La routine et quelquefois les dehors d’un
empirisme raisonné font seuls les frais de la médication dans
un grand nombre de maladies. Il est vrai que nous ne pou­
vons pas prétendre à vaincre tout de suite les difficultés qui
surgissent à chaque pas dans la pratique de notre art; des
milliers de problèmes restent toujours à résoudre et la science
ne dira pas de sitôt son dernier mot. Mais la loi du progrès
nous pousse à chaque instant dans des voies inconnues pour
mieux nous faire apprécier : d’une part les causes qui produi­
sent les maladies; de l’autre, les variétés infinies d’aspect et de
forme que revêtent ces dernières. De là résulte forcément
la même progression dans l’application des moyens que nous
opposons à leur marche, en raison de leur siège, de leur
nature et de leurs manifestations.
Loin de moi toutefois la pensée de vouloir soutenir que
toute innovation dans notre art constitue un véritable pro­
grès : trop souvent la pratique se trouve en désaccord avec la
théorie. Mais les faits définitivement acquis à la science peu­
vent s’imposer comme des vérités. La physiologie expérimen­
tale, appuyée sur l’anatomie pathologique, armée du micros­
cope, empruntant à la physique ses lois, à la chimie ses réactifs,
a élargi le cadre nosologique dans des proportions dont cha­
cun de nous a pu mesurer maintes fois l’étendue et l’im­
portance.
On l’a dit depuis bien longtemps : il n’est pas de petite
question en médecine; toutes, en effet, ont leur valeur relative
en raison du but auxquelles elles se rattachent. Démontrer la
supériorité de tel moyen thérapeutique sur tel autre; l’étayer
sur des preuves qui peuvent être sérieusement discutées avant
d’être adoptées, c’est marcher dans la voie du perfectionne­
ment.
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si nous voyons tous les
jours surgir des opinions nouvelles qui viennent renverser
celles qui la veille encore étaient acceptées par tout le monde.
C’est ainsi que dans cette étude de médecine pratique, ne vou­
lant pas me borner à présenter les indications pures et simples

�510

YILLARD.

THORACENTÈSE.

de la thoracentèse, j’ai cherché à en justifier l’opportunité et
mieux encore la supériorité, tout en montrant les avantages
ouïe peu de valeur des diverses médications journellement
employées. Je ne me fais pas illusion sur la manière dont mes
opinions pourront être accueillies; mais, ce n’est pas en étant
toujours d’un avis conforme à celui des autres que l’on peut
faire progresser la science. Plusieurs fois l’on m’a adressé des
objections qui m’ont paru plus sérieuses en apparence qu’en
réalité; à cesobjections,j’ai répondu par des faits et des argu­
ments scientifiques, bien que je n’aie pas la prétention de
refuser à l ’expérience de chacun ce qu’il peut y avoir,
comme dans la mienne, de précis dans les observations, de
logique dans la théorie, et surtout de positif dans les résultats.
Si donc, je viens aujourd’hui présenter le fruit de mes étu­
des et de mes observations, c’est moins dans le but de faire le
procès à une thérapeutique accréditée depuis longues années,
que dans l'intention de soumettre au j ugement de mes confrères
les succès que j'ai pu obtenir. Ces succès, on le verra plus
tard, basés sur une appréciation aussi exacte que possible d’une
maladie que nous observons tous les jours, portent avec eux
un enseignement qui ne sera contesté par personne. Dn reste,
comme beaucoup d’autres médecins, j’ai été poussé dans cette
voie par les savantes leçons d’un homme qui a enrichi la
science de nombreux et importants travaux, de M. Trousseau
dont le nom jette un si brillant éclat sur la médecine con­
temporaine.
Quelles que soient les lacunes et les imperfections de ce
travail, j'ose espérer que mes elforts trouveront au moins
auprès de mes confrères les sentiments de la plus bienveil­
lante sympathie.

d’hui une signification plus large, et quelle que soit la nature
du liquide épanché, il sert, à désigner, comme le mot thora­
centèse, l’opération au moyen de laquelle pn donne issue aux
liquides contenus dans la cavité pleurale.
J’avais entrepris déjà des recherches minutieuses sur l’his­
toire de la ponction thoracique, lorsque je fus chargé, par la
Société Impériale de Médecine de Marseille, de faire un rap­
port sur une intéressante observation et un remarquable tra­
vail de M. Guinier, de Montpellier, relatifs à un cas de thora­
centèse pratiquée avec succès sur un enfant de douze mois,
accompagnés de réflexions sur l’utilité de cette opération
chez les enfants à la mamelle. Dès les premières pages de cette
monographie, je mis la main sur ce que je cherchais, c’est-àdire sur une relation historique complète, résumant toutes
les phases de cette opération depuis les temps les plus reculés
jusqu’à nos jours. Il m’eût été difficile, assurément, de trou­
ver et de réunir des documents aussi nombreux et aussi
instructifs que ceux qui servent de préface à l’observation du
savant professeur agrégé de Montpellier. J’ai donc pensé que
le meilleur moyen de rendre hommage au talent et à l’érudi­
tion de mon excellent confrère et ami, le DrGuinier, c'était de
puiser librement dans sa revue bibliographique et d’utiliser
ses recherches pour la description historique qui va suivre.
L’opération de.la thoracentèse, que nous pouvons aujour­
d’hui considérer comme une conquête définitivement acquise
à la science et à la pratique médicales, a passé par de nom­
breuses vicissitudes depuis Hippocrate jusqu’à l’époque
actuelle. Exclusivement réservée dans le principe aux collec­
tions purulentes, surtout à celles de cause traumatique, elle
n’a été que très tard employée dans le traitement de Fhydropisie de poitrine. Pour pénétrer dans la plèvre et amener
l’évacuation du liquide épanché, on ouvrit d’abord l’espace
intercostal à l’aide du cautère actuel; plus tard on employa
l’instrument tranchant. Il est même question dans les écrits
d’IIippocrate des injections détersives avec l’huile ou le vin
tiède, afin que le poumon ne se desséchât pas trop vite.
Quel que fût le procédé choisi, la plaie ne devait pas être fer

On donne le nom de thoracentèse, de thoracotomie, de para­
centèse thorancique à une opération quiapourbut l’évacuation
de toute collection séreuse, purulente ou sanguine contenue
dans la cavité des plèvres. Quant au mot empyème,que les
anciens réservaient aux collections purulentes, il a aujour-

541

�VTLLARD,
mée de suite; plusieurs fois par jour l’on donnait issue à la
matière purulente.
Galien, qui n’ajoute rien aux indications d’Hippocrate,
perforait le sternum, bien que déjà l’on eût indiqué et pra­
tiqué la perforation des côtes.
Fabrice d'Aquapendente, et. après lui Jérôme Goulu (1624),
Zacutus Lusitanus , (1649), revenant à la perforation de
l’espace intercostal, recommandent l’ouverture du thorax
non-seulement dans les collections purulentes, mais encore
dans les épanchements séreux ou muqueux. Déjà les craintes
de l’opération ne sont plus un obstacle sérieux pour ceux qui
tentent de la pratiquer; on la regarde aussi peu dangereuse
que la ponction abdominale.
Le choix du lieu d’élection d’une part, et de l’autre des ins­
truments spéciaux tels que le trocart, donnent à l’opérateur
des assurances plus grandes encore. C’est ainsi qu’en 1634
Denis-Vincent Drouin, rejetant les procédés anciens, c’est-àdire la cautérisation, l'incision, ou la térébration costale, se
sert avec succès d’un trocart, qu'il plonge entre la troisième et la
quatrième côte pour évacuer un empyème. Ce ne fut qu’à partir
du XV? siècle que l’on commença à se préoccuper de l’intro­
duction de l’air dans la plèvre. Bontius, en 1658, affirma que
les injections suffisaient à prévenir les conséquences que l’on
paraissait craindre de cet accident. Bartholin, au contraire,
insistait pour que l’on fermât la plaie le plus tôt possible, en
évitant à tout prix le contact de ce fluide. Henri Bass, le pre­
mier, opère dans ce but par la méthode sous-cutanée. Lurde,
en 1765, conseille le trocart déjà proposé par Drouin ; Chopart
et Desault repoussent ce conseil et préfèrent l'incision. Au
XVI? siècle, Corvisart ne mentionne l’opération que pour la
proscrire; Huilier la considère comme un moyen dangereux;
Broussais la qualifie de chimérique.
Mais la grande découverte de Laënnec vient enfin mettre un
terme à toutes ces incertitudes, et avec des notions diagnosti­
ques précises, l’on ne tarde pas à entrevoir les immenses avan­
tages de la ponction thoracique. Plus accréditée en Angleterre
et en Allemagne qu’en France, cette opération suscite encoreau
542

THORACENTÈSE.

543

sein de l’Académie de médecine (1836),une discussion dans la­
quelle MM. Rochoux, Louis, Barthélemy, Chomel se montrè­
rent opposés à la thoracentèse, tandis que les plus grands
chirurgiens de l’époque se prononçaient en sa faveur, entreautres Chopart, Richter, Boyer, Larrey, Delpech, Sanson^
Lisfranc, Blandin.
Heister, Dupuytren et Roux furent peut-être les seuls qui
ne partagèrent pas cette manière de voir. MM. Velpeau et
Cruveilhier appelèrent vivement l'attention sur cette opé­
ration.
A Montpellier, Séneaux, Faure, M. Michel Lévy se mon­
trent très partisans de la paracentèse du thorax. En 1841,
M. Reybard fait connaître, dans un mémoire présenté à
l’Académie, un procédé pour empêcher la pénétration de l’air
dans la plèvre, alors que déjà Récamier avait cherché à éviter
cet accident par l’emploi d’une canule munie d’une soupape
dont le jeu était assuré par un ressort. MM. Schuh, Bouvier,
Stanski font ausssi, dans ce but, des essais plus ou moins
pratiques et certains.
Enfin, à cette époque (1841), M. Sédillot, dans sa thèse du
concours pour l’agrégation, publie des faits assez nombreux
et favorables à la ponction thoracique.
Mais il faut arriver en 1843, et aux premières communi­
cations de M. Trousseau, pour voir la thoracentèse prendre
définitivement, sa place dans la thérapeutique des épanche­
ments pleurétiques. Ce îFestplus dès-lors une opération chirur­
gicale qu’il s’agit de pratiquer, c’est une indication médicale
qu’il faut remplir; non plus seulement pour des épanche­
ments purulents , mais pour des pleurésies aiguës, des
collections séreuses abondantes. Aussi, grâce aux remarqua­
bles observations de M. Trousseau, communiquées à l’Aca­
démie de médecine, grâces à ses savantes leçons cliniques
faites à l’Hôtel-Dieu, grâces enfin à l’intelligente initiative
de ses élèves ou de ses imitateurs, la paracentèse du thorax
s’est-elle introduite partout. Elle peut bien encore rencontrer,
comme autrefois, des adversaires systématiques ou bien des
dissidents timorés; mais chaque jour ses partisans deviennent

�5i i

VTLTARD.

TTIORACENTÈSE.

plus nombreux; et tôt ou tard, j’en ai la conviction, elle
occupera le premier rang dans les indications médicales des
épanchements pleurétiques.
J’ignore si à Marseille la thoracentèse a jamais rencontré de
nombreux approbateurs. Si je dois m’en rapporter à l’appré­
ciation de plusieurs de mes confrères, je suis porté à admettre
que cette opération n’a pas été accueillie en principe dans
notre corps médical avec la môme faveur que dans plusieurs
villes du Midi, à Montpellier entre autres, où M. le professeur
Dupré a été un des premiersa en vulgariser rusage.Sansdoute,
plusieurs médecins doivent l’avoir pratiquée pour des épan­
chements purulents; mais je n’hésite pas à croire que pour les
épanchements séreux ils n’ont eu recours à ce moyen que dans
des cas graves, alors que le malade, aux prises avec l’asphyxie,
pouvait être menacé de mort. A part ces cas urgents, je ne
pense pas que la thoracentèse ait jamais été considérée
parmi nos devanciers comme un agent thérapeutique plus effi­
cace que les nombreux moyens journellement employés. 11
est plus que probable même qu’aux yeux de nos pères, cette
opération a dù passer pour être sinon difficile mais au moins
dangereuse. Aujourd’hui cependant, je suis heureux de le
dire, quelques uns de mes collègues des hôpitaux n’hésitent
pas à ouvrir la poitrine pour des épanchements aqueux, sans
que la vie du malade soit en péril. Mais je ne pense pas que
les raisons qui les dirigent soient aussi fondées que les mien­
nes, et que leur manière de voir soit aussi absolue que mon
opinion, lorsqu’ils ont à traiter des épanchements qui n’occu­
pent pas la totalité de la plèvre. Si les détails dans lesquels
je vais entrer peuvent entraîner la conviction de mes confrè­
res, je m’estimerai heureux d’avoir contribué pour une faible
part à l’adoption d’un moyen qui m’a toujours réussi et qui
s’offre avec des avantages incontestables.
La pleurésie est une maladie assez commune dans nos con­
trées, pour que j’aie pu, comme bien d’autres, en observer et
traiter un grand nombre. Jusqu’à l’époque où je pratiquai
pour la première fois la thoracentèse, j’avais toujours demandé
à la médecine ordinaire la guérison de mes malades. Cette

guérison, je l’obtenais, aussi bien que tous les médecins, après
une durée indéterminée, mais toujours fort longue, en pui­
sant dans les ressources infinies de la thérapeutique les
moyens qui me paraissaient les plus utiles et les plus ration­
nels. C’est ainsi que je passais alternativement , suivant
les indications, des antiphlogistiques aux révulsifs, des diuré­
tiques aux purgatifs, des altérants aux sudorifiques. Mais
j’avoue que, malgré les résultats plus ou moins heureux que
pouvait me donner la médecine traditionnelle, telle qu’elle est
enseignée dans les livres, j’étais peu satisfait en voyant mes
malades rester pour la plupart des semaines et des mois sou­
mis à des médications qui mettaient singulièrement à l’épreuve
leur courage et leur bonne volonté. Ce fut alors que je me
décidai à recourir à la thoraceutèse dans la presque totalité des
cas. Je pratiquai ma première opération en 1857, à l’HôtelDieu où je prenais le service en remplacement démon distin­
gué confrère M. Romulus Boyer.
En terminant cet article préliminaire, je relaterai ici mes
deux premières observations.
Elles renferment des particularités sur lesquelles j’insisterai
en temps et lieu, et qui montreront de prime abord tous les
avantages que l’on peut ou que l’on doit retirer de la ponction
thoracique lorsque le diagnostic a permis d’établir nettement
la nature et la quantité approximative d’un épanchement dans
la plèvre.

545

O bservation I. — L’opération fut faite sur une jeune fille
couchée dans la salle Sainte-Elisabeth. La malade portait un
épanchement considérable du côté droit, remontant à un mois
environ. Diverses médications avaient été employées sans le moin­
dre résultat. Il n’y avait chez cette jeune fille ni fièvre, ni compli­
cation. Je la ponctionnai, et je retirai de la poitrine 1500 grammes
d’un liquide transparent, séro-albumineux, sans traces de pus.
Quinze jours après la malade quittait l’hôpital complètement
guérie. Je ne dois pas oublier de mentionner ici, comme je le
ferai dans les observations suivantes, une particularité dont il
sera question plus loin, c’est que pendant l’évacuation du
liquide je laissai l’air pénétrer dans la plèvre sans chercher à
l’en empêcher. Cette circonstance ne produisit aucun accident

�VILLARD.
fâcheux; nu bout de quelques jours le fluide atmosphérique avait
été décomposé et absorbé. Depuis cette époque, j ’ai revu bien
souvent cette jeune malade, qui n'a jamais plus rien ressenti et
qui, chose importante à signaler dès à présent, n’a jamais pré­
senté le moindre signe de tuberculisation.
Observation II. — Au mois de novembre 1858, je reçus, dans
mon service à l'Hutel-Dieu, salle Aillaud, lit n° IG, un jeune
homme, ouvrier maçon , âgé de 25 ans. Malade depuis une
dizaine de jours, ce garçon avait reçu, dans une auberge où il
demeurait, les premiers soins que réclamait son état : Sangsues
sur le côté droit, vésicatoires, purgatifs avaient été ordonnés sans
amener la plus légère amélioration. Lorsque je vis le malade, je le
trouvai couché sur le côté droit, présentant une grande suffocation
avec symptômes asphyxiques ; pouls petit et fréquent ; matité
dans toute l’étendue du côté droit en arrière ; son clair exagéré
sous-claviculaire ; respiration complètement abolie ; immobilité
du côté malade; point de vibrations de la voix; égophonie des
mieux caractérisées ; cœur et gros vaisseaux déviés légèrement à
gauche. Le diagnostic était des plus faciles : J ’avais évidemment
sous les yeux un épanchement considérable dans la plèvre droite.
Je résolus de ponctionner le malade, et je le lis séance tenante,
avec la certitude que l’issue du liquide ferait disparaître immé­
diatement la suffocation.
Je retirai de la plèvre trois litres environ d’un liquide lim­
pide et transparent. Le trocart n’étant pas garni de baudruche,
l’air entrait dans la séreuse à chaque inspiration et en ressortait
lorsque je recommandais au malade de tousser. Ce jeune homme
fut tellement soulagé, qu’avant la fin de la visite il se croyait
guéri et me demandait à manger. Je l’auscultai de nouveau ; la
respiration un peu soufflante s’entendait de haut en bas ; la per­
cussion donnait une matité encore sensible k la base ; mais au
dessus le ton était clair, tvmpanique même, k cause sans doute
de l’air qui était emprisonné dans la séreuse. Le lendemain la
scène avait changé : matité dans les deux tiers inférieurs, voie
chevrotante au niveau de l’angle de l’omoplate, mais pas de suf­
focation ; pouls 96. Vingt-quatre heures après, la cavité pleu­
rale était de nouveau remplie par une exhalation abondante :
matité complète de haut en bas ; suppression de tout bruit res­
piratoire jusqu’à la fosse sus-épineuse où la respiration était
soufflante; mais pas de dyspnée trop forte. Ne jugeant pas une
54G

THORACENTESE,
547
seconde ponction urgente ; ne trouvant pas du reste des symp­
tômes asphyxiques sérieux, je prescrivis deux larges vésicatoires,
deux pilules hydragogues de Bontius, et pour le soir une potion
avec la digitate et l’aconit. Sur ces entrefaites, un orage formi­
dable avec éclairs et coups de tonnerre se déclare pendant la
nuit. Le malade est pris d’une gêne excessive de la respiration,
k tel point qu’on fait appeler l’interne de garde qui prescrivit
une potion calmante. Sur le matin, le malade qui s’était plaint
plusieurs fois la veille de difficultés pour uriner, sans doute k
cause des vésicatoires que j’avais ordonnés, se lève, mais en se
remettant au lit. il pousse un cri et expire subitement. Le corps
ayant été réclamé, l’autopsie ne put être faite.

Cette observation est assez remarquable pour que je doive
m’y arrêter quelques instants: le malade qui en fait lesujet était
manifestement atteint d’une pleurésie aiguë. Malgré les
moyens employés avant son entrée à l’hôpital, l’épanchement
avait suivi sa marche progressive et ascendante. Je pratiquai
donc la ponction dans la période aiguë de la maladie ; mais
personne ne voudra soutenir que l’indication n’en était pas
desplusimpérieuses. L’épanchement s’est reproduit, ilestvrai;
mais il fallaits’yattendre. Malgré cela la mort est survenue su­
bitement. Cette terminaison brusque m’a surpris, je dois le dire;
car si j’avais pu la prévoir je n’aurais pas attendu le lende­
main pour ponctionner ce jeune homme une seconde fois,
d’autant plus que la suffocation n’était pas très considérable.
C’est là pour moi une preuve évidente que dans des collections
abondantes l’expectation est dangereuse et que les indications
ordinaires doivent passer en seconde ligne En pareille cir­
constance, je ne craindrai jamais de ponctionner le malade
autant de fois que le liquide atteindra les mêmes proportions;
car au lieu de laisser la situation s’aggraver, je donnerai le
temps à la période inflammatoire d’arriver à son terme sans
accidents ; et en enlevant ainsi la plus grande partie de la
masse du liquide, je préviendrai une terminaison qui peut
surprendre d’une manière regrettable le médecin et le ma­
lade. Quelle a été la cause de la mort de cet homme? Je
l’ignore , puisque l’autopsie n’a pas été faite , mais l’idée

�548

SIRUS-PIRONDI.

d’une embolie paraîtra des plus vraisemblables. Je ne pense
pas qu’on puisse l’attribuer à l'introduction de l’air dans la
séreuse; ce serait avancer un fait manquant de preuves soute­
nables. Quant aux phénomènes stéthoscopiques, ils ne m’ont
rien offert de particulier, sauf l’absence complète de tout bruit
respiratoire avant l’opération, puis le retour du murmure vési­
culaire exagéré et même soufflant à mesure que le liquide s'é­
coulait, indice certain que le poumon n’était pas retenu par
des brides ou des fausses-membranes. La percussion, mate
d'abord, a donné lieu ensuite à une résonnance manifeste, en
raison de l’air qui avait pénétré dans la plèvre et qui n’en
était pas sorti en totalité.
( A Continuer. )

TROISIÈME SÉRIE

D’OBSERVATIONS DE CHIRURGIE USUELLE.
FRACTURES.
I
Lorsque, par suite d’un accident quelconque, on constate
une solution de continuité dans un os, on dit qu’il y a frac­
ture ; et, par cela même que ce diagnostic est rendu parfois
difficile, soit parla profondeur de l’os brisé, soit par l’immo­
bilisation de ses fragments, soit par beaucoup d’autres causes
que nous n’avons pas à énumérer, on s’est, trop souvent peutêtre, laissé persuader que la fracture une fois reconnue, il
n’y avait plus qu’à se préoccuper des chances favorables ou

FRACTURES.

549

contraires à une bonne consolidation, et laisser ensuite aux
sympathies et aux préférences individuelles, le soin de dicter
le choix d’un appareil.
Qu’il nous soit permis d'émettre à cet égard une réflexion
que nous aurons souvent occasion de répéter en regrettant
qu’elle soit trop motivée : les appareils imaginés pour le trai­
tement des fractures sont, à l'heure qu’il est, beaucoup trop
nombreux, et, si chaque praticien consacrait à l’application
méthodique d’un seul le temps qu’il met à les essayer tous,
il en perfectionnerait au moins un, et il en obtiendrait ( fûtil le moins bon) des résultats inespérés, grâce à la parfaite
connaissance qu’il acquerrait des qualités et des défauts de cet
appareil ; l’habitude doublant la dextérité, les avantages seuls
restent, et l'on finit par éviter les inconvénients.
Quel est en définitive le but final de tout appareil ? C’est de
maintenir dans un contact normal les fragments osseux
préalablement ramenés à la position qu’ils occupaient avant
la solution de continuité. Que cherche le chirurgien? Un
moyen mécanique qui remplace ses mains et celles des aides
qui 11e pourraient évidemment rester immobiles autour delà
fracture jusqu’à complète formation du cal. Que chacun donc
s’exerce à faire la meilleure substitution possible, et ce but sera
atteint lorsqu'il saura apprécier toutes les causes de déplace­
ment et les diverses directions que les fragments peuvent
prendre. O11 modifie aisément un appareil, 011 le corrige sur
place sans trop de difficulté, et on sait l'adapter à chaque cas
spécial, lorsque, encore une fois, on a l’habitude de s’en servir,
et qu’on a su reconnaître depuis longtemps les nombreux
avantages et les quelques inconvénients qu’il présente.
Est-ce à dire pour cela qu’il y a, selon l’expression vulgaire*
une selle à tous les chevaux, et que le même mode de traite­
ment sera applicable à une fracture de la jambe, comme à
celle du poignet ou du col fémoral ? Assurément tel ne peut
être l’avis d’aucun chirurgien ; et il est des modifications
qu’on est forcément conduit à admettre lorsque, sans idée pré­
conçue, 0 1111e doit avoir qu’un but, la guérison du malade.
Notre intention ne vise qu’à prouver que ces modifications

�550

SIRUS-PIRONDI.

ne sauraient varier à l’infini qu’au détriment du but que l’on
vent atteindre ; et c’est animé d’une pareille conviction que
nous divisons, au point de vue thérapeutique, les fractures en
trois catégories.
1° Celles auxquelles on peut appliquer l’appareil amovo-inamovible, et ce sont les plus nombreuses ;
2° Celles qui doivent être maintenues par un mécanisme un
peu plus compliqué, tel, par exemple, que la gouttière do
Bonnet.
3’ Celles qui n’ont besoin que d’une position favorable, et
pour lesquelles aucun appareil spécial n’est indiqué ; car on
ne saurait donner ce nom au double plan incliné formé à
l’aide de coussins ou à la simple gouttière en carton mouillé.
Il est enfin des cas compliqués que bon ne peut ranger dans
une catégorie spéciale, et qui réclament simultanément l’em­
ploi des deux premiers moyens, comme nous aurons occasion
d’en fournir des exemples.
Ces trois systèmes de contention ou appareils sont assez
conuus pour qu’à la rigueur on put se dispenser d’en faire la
description ; cependant, l’idée première étant admise, il faut
convenir que chaque chirurgien modifie un peu à son gré le
procédé de l’inventeur, et tout en déclarant, pour ce qui me
concerne, que je me suis toujours fait un devoir de me confor­
mer aux savantes instructions du regrettable Seutin, je crois
utile de formuler, aussi brièvement que possible, quelles sont
les indications qui nous guident en façonnant nos appa­
reils.
II
Appareil amidoné. — En général, nous aimons mieux nous
servir de bandes coupées comme pour l’appareil de Scultet
que de longues bandes roulées. Le motif de cette préférence
est que, dans le premier cas, on ébranle beaucoup moins que
dans le second le membre lésé. Il n’y a d’exception pour nous
à cette manière de procéder que pour les fractures de l’avantbras ou du bras chez les jeunes sujets surtout où, l’effortmus-

FRAQTURES.

culaire étant limité, ilest par cela même facilede manier sans
douleur le membre lésé et de maintenir sans peine les frag­
ments dans une certaine immobilisation.
Le nombre des plans adopté dépend moins de l’àge du sujet
que du développement musculaire que l’on constate, de la gra­
vité du déplacement et de la difficulté éprouvée pour la réduc­
tion. Nous avons renoncé depuis longtemps au ruban de fil
écru que Seutin qualifiait de compressimètre ; la meilleure
mesure du degré de compression est fournie par le blessé luimôme, par suite de l’augmentation ou de la diminution du
gonflement. Dans le premier cas, une douleur vive accusée par
le malade indique un excès de compression ; dans le second,
trop de facilité dans les mouvements du membre, et par cela
même une sensation très-douloureuse accusée par le malade
et produite par le frottement des fragments l’un sur l’autre,
indique une constrictien insuffisante.
Nous mouillons le premier plan appliqué sur la peau avec
de l’eau vinaigrée au tiers ou à mi-partie.
A part la facilité d’appliquer plus exactement les diverses
pièces autour du membre lésé, il y a là une action antiphlo­
gistique incontestable, quelque limitée qu’on la suppose.
Si la fracture est comminutive, si la partie est déjà atteinte
d’nn commencement de gonflement, nous appliquons le second
plan sur le premier sans amidon ; dans le cas contraire, une
première couche est légèrement passée avec le pinceau sur la
face interne de ce second plan.
L’amidon doit, en général, être plus particulièrement ap­
pliqué sur le plan le plus superficiel. La colle, épaisse et froide,
est étendue avec un pinceau, d’abord sur le plan sous-jacent
déjà appliqué, et puis sur la face interne et sur la face externe
du plan le plus superficiel. Lorsque le dernier plan est exacte­
ment appliqué, mieux encore qu’avec le pinceau, il ne faut
pas craindre, suivant l’éxpression pittoresque du chirurgien
belge, de mettre la main à la pâte, et d’étendre partout, aussi
exactement que possible, une épaisse couche de colle.
Dans les inégalités offertes par les membres, ce qu’on appelle
un déblai avoisinant un remblai, par exemple, les deuxfosset-

�SIRUS-PIRONDI.
tes placées de chaque côté du tendon Achille et en arrière des
malléoles, dans ces enfoncements si difficiles à bien remplir,
nons n’aimons pas en général à placer du coton, surtout s’il y
a plaie dans le voisinage, car ce coton s’imprégnant de mias­
mes devient, pour ainsi dire, un foyer d’infection. 11 est préfé­
rable de se servir de tout petits morceaux de vieux linge de
batiste repliés sur eux-mêmes en long'ou en carré, suiyant les
circonstances ; car le linge a l’avantage aussi de s’affaisser
moins vite que le coton.
Le même système de bandelettes pliées en compresses gra­
duées ou allongées, placées en long ou en travers, peuvent et
doivent servir pour maintenir des fragments ayant trop de
tendance au déplacement , et il va sans dire que ces bandelettes
ou ces compresses doivent se trouver immédiatement sur la
peau et au-dessous du premier plan.
Entre le premier et le second plan, lorsqu’il n’y en a que
deux, entre le second et le troisième, lorsqu’il y en a trois,
nous plaçons aussi des attelles de carton plus ou moins épais,
et toujours préalablement ramolli dans l’eau tiède pour qu’il
s’adapte mieux à la forme du membre. Sauf à l’avant-bras,
ces attelles sont au nombre de trois et parfois de quatre. Elles
doivent laisser entre elles un espace d’au moins un centimètre,
et l’on doit s’arranger de façon à ce que un de ces espaces se
trouve le plus éloigné possible du côté où le déplacement des
fragments avait eu lieu et où l’on peut craindre de le voir se
reproduire ; car c’est cet intervalle qu’on doit suivre lorsqu’on
coupe l’appareil.
Si la fracture est compliquée de plaie, nous plaçons immé­
diatement sur celle-ci une petite compresse fenêtrée recou­
verte d’un mince plumasseau de charpie vierge ou de lent.
D’abord je me contentais de tremper la compresse fenêtrée
dans l’eau fraîche, je préfère aujourd’hui remplacer l’eau par
de la glycérine bien pure.
Lorsqu’on est appelé auprès du blessé immédiatement après
l’accident, que la fracture soit ou non compliquée de plaie,
si la réduction a été facile, je préfère appliquer de suite l’ap­
pareil. Car en agissant ainsi, et en maintenant les fragments
552

553

FRACTURES.

dans leur rapport normal, on élimine une des causes princi­
pales de l'inflammation consécutive, qui gît dans l’irritation
déterminée sur la plaie par les aspérités de l’os brisé ; et d’ail­
leurs cette compression metliodique et modérée agit elle-même
à la façon des antiphlogistiques en s’opposant à la fluxion.
Si l’on arrive auprès du blessé lorsque l’inflammation est à
sa période ascendante ainsi que le gonflement qui l’accom­
pagne, il est préférable d’attendre que la période de déclin ar­
rive en prenant les précautions que nous indiquerons plus
loin.
Lorsque l'on applique l’appareil immédiatement après
l’accident, que le malade se plaigne ou non d’une vive dou­
leur, l’appareil doit être incisé vingt-quatre heures après sa
pose, afin d'examiner avec soin ce qui se passe autour de la
région lésée. Si, au contraire, on ne pose le bandage que
lorsque les symptômes inflammatoires ont complètement
disparu ou considérablement diminué, ou peut attendre
pour le couper que le blessé se trouve trop à l’aise.
Nous ne faisons exception à ce dernier précepte que lors­
qu’il y a plaie, car, au début du traitement surtout, on né
doit pas rester plus de viugt-quatre heures sans examiner ce
qui se passe.
Une fois l’appareil incisé, il ne faut pas écarter une des
valves sans la remplacer par les deux mains .d’un aide intel­
ligent qui tient les pouces fortement appliqués sur la valve
qui reste en place. En renfermant l’appareil, on le maintient
réuni par des liens espacés ou mieux encore par une bande
roulée que l’on amidonne seulement sur les bords.
Ici il lUy a plus le même inconvénient que pour le premier
plan, attendu que le membre fracturé, une fois enfermé dans
un bandage bien appliqué, peut être facilement remué dans
la manœuvre nécessaire à l'enroulement de la bande, sans
occasionner aucune douleur au blessé.
Si le bandage devient trop large, on coupe les bords de
l’incision ou l’on fait chevaucher les deux valves l’une sur
l’autre; s’il devient trop étroit par suite d’un gonflement
’ considérable, on remplit facilement l’intervalle par des com36

�SIRUS-PIRONDI.
5-ï i
presses allongées. Lorsqu’il s’est sali dans les fractures compli­

quées, et qu’on hésite à imposer à une région aussi doulou­
reuse l’ébranlement inséparable de la construction d’un
nouvel appareil, nous avons adopté un système dont l’appli­
cation est des plus faciles dans un service nosocomial et
moins difficile qu'on ne pourrait le croire dans la pratique
privée. On choisit une personne de bonne volonté dont le
membre similaire offre à peu près les mêmes dimensions ; on
applique l’appareil sur ce membre sain et on le coupe au bout
de trente ou trente-six heures pour l’appliquer au membre
malade. A l'aide de ce système nous avons pu changer d’ap­
pareil tous les six ou huit jours à l’occasion d’une des frac­
tures tibio-tarsiennes les plus graves que nous ayons eu à
traiter, et cela avec un succès complet.
De la gouttière enfilde fer recuit. — On saitqu on doit au savant
chirurgien Bonnet, de Lyon, je ne dirai pas l’invention, mais
au moins le perfectionnement des appareils construits avec des
tiges flexibles, permettant par cela même de graduer à volonté
la constriction apportée à la partie lésée. Si ce système a
1 avantage d’immobiliser promptement un membre et de
permettre que des pansements soient fréquemment renou­
velés sans imprimer à une fracture de dangereux mouve­
ments, en revanche, avec eux le malade est forcément
condamné au lit, et il s’en faut, quelle que soit la flexibilité
offerte par le métal, qu’on puisse l’appliquer de façon à
modeler en quelque sorte le membre, ce qui est un désavan­
tage notoire en présence de la qualité prédominante offerte
par le bandage amovo-inamovible.
11 est cependant des cas où la gouttière doit obtenir la pré­
férence, c'est dans les fractures du fémur près du col, et dans
celles de ce même os où le déplacement des fragments est
difficile à éviter, quelle que soit la hauteur de la fracture. En
effet, dans divers cas, l’extension permanente est indispen­
sable, et grâce à la bottine et à la courroie à écrou qui la
maintient, aucun appareil (1) n’offre à notre avis l’avantage de
(1) Nous ne pouvons encore nous prononcer sur l’appareil Hennequin, .
donl les essais n’ont commencé que tout récemment. Il paraît pourtant
donner des résultats très-remarquables.

FRACTURES.

uoh

cette gouttière qui, eu immobilisant d’un autre côté le bassin,
est censé permettre du môme coup la contre-extension à l’aide
du sous-cuisse ou du lien quelconque qui du pli crural se lixe
à la partie supérieure delà gouttière.
J'ai dit que cet appareil est censé permettre la contre-exten­
sion, et j’ai employé ce mot ;i dessein, car si l’on se fie uni­
quement à l’action de la courroie ou du lien au quel ou
confie le retrait du bassin, et si l’on suppose que cela suffit
pour éloigner le fragment supérieur de l'inférieur, on pourra
souvent se convaincre que cette confiance est illusoire. Il
arrive en effet de deux choses l’une : ou ce lien est trop serré
et la compression qu’il exerce n’est pas sans inconvénients
sérieux, ou il se relâche promptement et dès lors son effet est
nul. Nous ne dirons pas pour cela qu’il faille y renoncer,
mais nous nous sommes bien trouvé de mettre fréquemment
en jeu l’intelligence du malade, et il nous parait utile d’indi­
quer le procédé qui nous a réussi. Le pied étant solidement
fixé par la bottine, et par cela même le fragment inférieur ne
pouvant pas remonter, c’est d’ordinaire, le fragment supérieur
qui en quelque sorte se baisse à la rencontre de l’autre. Eh
bien, après avoir fait comprendre au malade qu'il dépend de
lui d'être ou de ne pas être boiteux, nous rengageons à por­
ter le haut du corps vers le côté non fracturé et à s’exercer à
maintenir l’épaule du côté de la fracture plus relevée que
l’autre.
J’affirme que cette précaution bien simple a souvent donné
d'excellents résultats, même à l’hôpital, où l’on n’a pas
toujours affaire à des malades capables de secouderle chirur­
gien.
Il est d'autres circonstances aussi qui peuvent faire adopter
la gouttière lors même qu’il ne s’agit pas de fracture de la
cuisse. C’est lorsque l’application de l’appareil amovo-inamo­
vible est contre-indiquée par des fractures comminutivesde la
jambe, accompagnées d’abcès multiples ou de fusées puru­
lentes sans cesse renouvelées, et où, par conséquent, le gonfle­
ment du membre lésé suit des phases incessantes d'augmen­
tation et de diminution. Dans ces cas les pansements multiples

�SIRIS-LTRONDI.

el la nécessité de la fréquente intervention du chirurgien, l'ont
apprécier l’utilité de la gouttière qui, tout en immobilisant
suffisamment les divers fragments du membre blessé, permet
pourtant qu’on donne à la lésion tous les soins nécessaires,
sans avoir sans cesse à imprimer de nouvelles secousses au
membre et susciter de nouvelles souffrances au malade.
Dans quelques cas enfin la gouttière peut aider l’appareil
amovo-iuamovible etvicc-versà. Ainsi lorsque, à la suite d'une
fracture comminutive très grave, les accidents inflammatoires et de suppuration ayant cédé, on peut et on doit viser à
la consolidation, si après avoir appliqué un appareil aniovoinamovible, ou place le membre dans une gouttière en fil de
fer, on a une double immobilisation, directe et indirecte, se
prêtant un mutuel appui, et permettant ainsi d’arriver plus
facilement au but désiré.
Il est des fractures, avons-nous dit, aux quelles ou ne doit
appliquer ni l’appareil amovo-iuamovible, ni la gouttière en
fil de fer, et qui ne réclament qu’une position convenable pour
les mettre à l'abri d'un déplacement consécutif à un accident
quelconque. Des coussins, des draps roulés, de petites gout­
tières en carton suffisent à remplir les diverses indications
qui peuvent se présenter. Il est pourtant des circonstances qui
réclament des appareils spéciaux et en quelque sorte excep­
tionnels, soit par la direction à donner aux coussins, soit par
d'autres mesures insolites à prendre. Telles sont, par exemple,
les fractures du maxillaire inférieur, celles de la rotule, et
celles du col fémoral. Nous en citerons quelques exemples
dans le cours de ce travail.
III
Le nombre des fractures que nous avons eu à traiter dans
les divers services hospitaliers successivement confiés à nos
soins depuis 1851, joint à celui qui concerne les malades
joignés en dehors des hôpitaux dans l’espace de vingt-cinq
ans, s’élève aujourd’hui (août 18G8), à 494 ainsi réparties :

FRACTURES.

Fractures du poignet.....................................................
— de l’avant-bras..............................................
— du bras..........................................................
— de la clavicule..............................................
de l’omoplate................................................
— du maxillaire inférieur..............................
— du pied (tibio tarsienne)..........................
— de la jambe...................................................
— de la rotule..................................................
— de la cuisse..................................................
— du col fémoral..............................................
— de l'os iliaque..............................................
— des côtes........................................................
— des phalanges, métacarpe ou métatarse..
— des os carrés du nez....................................

■ j'M

39
47
53
58
3
3
9
82
4
G9
5
4
G7
40
2
494
Cette énumération permet d'abord de constater que si nous
avons été peu favorisés pour quelques espèces, il n’y a eu en
revanche que trop ample moisson pour d’autres, et ajoutons
ici que plusieurs de ces fractures ont été produites à la fois
chez le même individu.
Le cas le plus grave et le plus remarquable en ce genre a
été observé par nous à b Hôtel-Dieu en 1852.
Observation.—Un ouvrier terrassier âgé de vingt-trois ans et
doué, très heureusement pour lui, d’une vigoureuse constitution,
travaillait à un fossé creusé au pied d’un mur élevé de deux à
trois mètres, lorsque ce mur s’écroule et ensevelit sous ses
décombres toute la partie gauche du corps de l’ouvrier. La
tête avait été épargnée, sauf une déchirure assez étendue du
pavillon de l'oreille gauche.
Porté à l’hôpital quelques heures après l’accident et couché
dans l’ancienne salle St-Louis, nous le trouvâmes le lendemain
sous l'influence d’une très légère commotion cérébrale qui
avait promptement cédé aux moyens ordinaires et nous pûmes
successivement constater les lésions suivantes : fracture de la
clavicule vers son tiers externe ; — fracture comminutive du

�558

SIRüS-PIRONDI.

FRACTTJRES.

bras à sa partie moyenne; fracture du radius, du second méta­
carpien et écrasement des deux dernières phalanges de l’in­
dex; — fracture du fémur, à la réunion du tiers moyen avec
le tiers supérieur ; — fracture comminutive avec plaie des
deux os de la jambe; — écrasement incomplet du gros
orteil.
Malgré la multiplicité de ces lésions et la gravité relative de
deux d’entre elles, la guérison a eu lieu sans difformité
aucune, et sans être momentanément entravée par un des
nombreux accidents que l’on a tant à redouter, même dans
les cas les plus simples.

damment prouvé que l’entorse tibio-tarsienne négligée peut
occasionner l’ensemble des symptùmes qui caractérisent la
tumeur blanche du coude-pied. Or nous ne craignons pas
d’affirmer que la même négligence dans le traitement de
l’entorse du poignet peut aboutir à des suites non moins
regrettables.
Lorsqu’on peut examiner le blessé au momenlmême de l’ac­
cident, il est rare qu’une crépitation suffisamment prononcée
n’affirme pas immédiatement le diagnostic. Le mot crépita­
tion est peut être ici mal employé, car on ne saurait compa­
rer celle produite par le glissement ou le déplacement de
l’épiphyse radiale à celle qu’on perçoit, par exemple, dans
une fracture de la partie moyenne du tibia. Mais nous ferons
observer qu’à notre avis, le mot crépitation est, en général,
inexactement employé lorsqu’on le rapporte à la sensation
qu’on éprouve en faisant glisser deux fragments osseux l’un
sur l’autre. Je n’ai peut être pas trouvé dix fractures où ce
déplacement procurât la véritable sensation d’un bruit de
crépitation. C’est le plus souvent un soubresaut, un glisse­
ment, un clapotement, tout, excepté une crépitation, mais
enfin le mot étant généralement adopté, il faut l’employer,
faute d’en avoir un meilleur, d’autant plus que l’on s’accorde
généralement sur sa signification, et c’est l’essentiel.
Mais lorsque le gonflement et tout le cortège inflammatoire
ont déjà envahi l’article, la fracture n’est pas facilement
appréciable, et l’on peut aisément faire fausse route.
Dans cette seconde hypothèse, l'erreur n’est pas innocente
si l’on se hâte trop d’appliquer un appareil ; et, à plus forte
raison, si bon néglige de s’assurer définitivement de l’état des
choses lorsque la disparition du gonflement et la diminution
de la douleur permettent de mieux apprécier la nature de la
lésion à laquelle on a affaire.
En effet, tout appareil contentif, quel qu’il soit, entraîne
après lui une gêne temporaire des mouvements de la main
par suite de raideur musculaire. Cette gêne, disons-nous, est
temporaire, il est vrai; il ne sera pourtant pas indifférent de
l’éviter à ceux pour qui le travail est une question d'existence.

rv
Fractures du poignet. — S’il fut un temps où on ne les
voyait jamais et où tout accident amenant une certaine défor­
mation dans le poignet était censé produire une luxation radiocarpienne, il faut avouer aussi qu’une exagération en sens
inverse a trop souvent fait voir des fractures là où il n’exis­
tait qu’un déplacement articulaire et, plus fréquemment
encore, une simple entorse du poignet ainsi que nous pour­
rons en citer ailleurs quelques exemples.
Il nous parait toutefois incontestable qu’une chute sur la
main ou sur le poignet détermine beaucoup plus souvent la
fracture de l’extrémité inférieure du radius que toute autre
lésion.
Dans les faits que nous avons recueillis, la disproportion
est considérable : deux luxations et onze entorses pour trenteneuf fractures! Qu’il nous soit seulement permis d’ajouter,
en passant, que c’est à tort que bon accorde en général peu
d’importance aux entorses du poignet, ou , pour mieux
dire, aux violentes contusions de l’articulation radio-carpienne.
Nous citerons dans une autre série de faits, quelques obser­
vations propres à conseiller plus d’énergie qu’on n’en met
parfois dans le traitement des accidents de cette nature. Des
observations recueillies par Baudens et autres ont surabon­

559

�i&gt;60

SIRUS-PIRONDI

Vers la fin de 1863, nous fûmes appelés à renouveler un
appareil dextriné qu’on avait appliqué, nous dit-on, pour une
fracture de l’extrémité carpienne du radius.
L’accident datait de dix jours. Nous dûmes constater avec
regret qu’il n’y avait pas eu fracture ; que l’on avait par cela
même inutilement soumis le malade à un appareil trop serré
qui l’avait fait beaucoup souffrir, et qui fut cause d'une rai­
deur qu’on a eu quelque peine à combattre.
L’erreur avait été occasionnée sans doute par l’épanchement
intrà-articulaire qui suit immédiatement certaines entorses
dn poignet, et. dont l’effet immédiat est de produire une
déviation de la main et une difformité du poignet qui
peut en imposer pour une fracdtnre:
Toutes les fractures du poignet ne réclament pas des
moyens contentifs trop strictement appliqués. S’il n’y a, en
quelque sorte, que décollement de l'épiphyse chez les enfants,
ou chez les adolescents, ou même chez certains adultes à
tempérament mou et à ossification lente, il suffit d’immobi­
liser l’avant bras et la main dans une gouttière en fer
recuit, et à défaut dans une gouttière en carton qu’on impro­
vise facilement, que l’on remplit de ouate, et que l’on main­
tient ensuite avec plusieurs liens. Si le jeune malade se lève,
on fixe par quelques points la gouttière dans une écharpe
nouée autour du cou. Si le malade reste couché, nous la fixons
par une serviette sur un coussin placé de telle façon que le
coude soit plus bas que la main.
Si la fracture a lieu sur un sujet plus avancé en âge, ou au
dessus de l’épiphyse, j'applique de préférence l’appareil ami­
donné depuis les secondes phalanges jusqu’à la réunion du
tiers moyen avec le tiers supérieur de l'avant bras. La constriction doit être très modérée et tous les deux ou trois jours,
il faut faire exécuter aux doigts quelques mouvements de
flexion ; précaution qui n’est pas inutile chez ceux qui, encore
une fois, ont besoin de se servir le plus tôt possible de leur
main, afin de pourvoir à leur existence.
Du reste, je crois devoir faire observer ici que, quel que soit
l’appareil que nous appliquons, et quelquesoil celui que j’ai

FRACTURES.

ÎS64

vu appliquer par d’autres, malgré toutes les précautions pri­
ses. la consolidation se fait sans doute avec promptitude, mais
elle laisse pendant longtemps à la face palmaire de l’os un
petit gonflement ou remblai, qui n’est pas dépendant du cal,
et qui nous paraît formé par l’hypertrophie et l’induration du
tissu cellulaire sous-cutané, et qui s’étend autour et au milieu
des tendons et des vaisseaux de cette région. Ce gonflement
est parfois très-long à disparaître, et est assez disgracieux sur­
tout sur le poignet d’une femme, mais il n’apporte aucune
gêne dans les fonctions de la main et des doigts.
V
Fractures de l’avant-bras. — Sur les 47 cas de fractures de
l’avant-bras que j’ai eu à traiter, trois étaient incomplètes, et
deux n’avaient atteint que Je radius.
Les trois fractures incomplètes ont eu lieu chez des sujets
dont le plus âgé ne dépassait pas 7 ans. Les deux os présen­
taient. une voussure très-considérable vers leur partie moyenne,
et chez tous les trois la voussure en arc de cercle existait à la
région dorsale; il y avait eu, par conséquent, rupture des
libres osseuses d'arrière en avant, ne laissant intact que le
tiers ou le quart de l’épaisseur de l’os vers la région antérieure.
La voussure ne paraissait pas occuper la môme hauteur dans
les deux os. Elle était oblique de dehors en dedans, et par
conséquent occupait une ligne supérieure sur le radius, et
inférieure sur le cubitus. Chez un de ces trois enfants, l’acci­
dent avait eu lieu en essayant de retenir la roue d’une petite
voiture lancée avec une certaine vitesse. Les deux autres sont
arrivés par un mécanisme à peu près analogue, ùpeu de jours
de distance l'un de l’autre. Chez chacun de ces deux enfants
la voussure se produisit lorsque, en tombant d’un arbre, ils
avaient cherché à se retenir par l’avant-bras. Chez deux de ces
petits malades le redressement a été très-facile, et on a pu le
maintenir non moins aisément par deux attelles de carton
superposées à la face palmaire, s’étendant delà main au coude

�562

SIRUS-PIRONDÏ.

et maintenues par un bandage circulaire. Chez le troisième,
le redressement ayant été impossible par les manœuvres or­
dinaires, je proposai sans hésitation aux parents de compléter
la fracture, ce à quoi on ne voulut pas consentir. J’appliquai
alors le simple bandage indiqué tout l'heure, en exerçant,
à l’aide d’une compresse graduée, une certaine pression sur le
sommet de la voussure qui ne céda que médiocrement. La
consolidation se ût promptement, mais en laissant l’avantbras arqué ; et il l’était encore un an après l’accident, sans
occasionner pourtant une gène notable dans les fonctions du
membre. Je n’ai plus revu le malade.
Parmi les fractures complètes de l’avant-bras, le plus grand
nombre n’offrait aucune complication, et présentait seulement
cette particularité digne d’être notée, que les deux os ne se sont
jamais cassés exactement à la même hauteur. A de très-rares
exceptions près, la fracture du radius est un peu plus élevée
que celle du cubitus. Cette circonstance est-elle due au ha­
sard, ou serait-ce un eflet de la différence qui existe entre la
grosseur des deux os ? Toute affirmation à cet égard serait
pour nous une hypothèse.
Parmi les fractures graves, compliquées de l’avant-bras,
j’en citerai surtout deux comme ayant donné un résultat trèsremarquable, si l’on a égard à la gravité de la lésion et aux
craintes quelle avait dù inspirer.
Observation. — Un jeune garçon, âgé de dix ans, jouant avec
un de ses camarades, le poursuivait dans un escalier qu’il
descendait rapidement une lampe à la main. Il manque une
marche, tombe en avant, ne veut pas lâcher la lampe, qu’il
tenait de la main gauche, dans la crainte de blesser son ca­
marade, et se trouve accroché par le poignet droit au milieu
des contours d’une rampe en fer. Si l’on tient compte du poids
du corps et de l’impulsion acquise, on comprendra comment
la main retenue en arrière et dans l’extension forcée, deux
fragments osseux ont traversé la face palmaire de l’avant-bras :
l’un dépassait à peine cette surface d’un demi-centimètre, tan­
dis que l’autre débordait la peau de deux centimètres et demi.
Du reste, le radius était fracturé comminutivement, tandis

NITRATE D’ARGENT.

563

que le cubitus présentait une cassure simplo. Ni l’artère radi­
cale, ni la cubitale n’avaient été lésées; cependant trois ra­
meaux provenant de ces deux branches principales donnaient
encore un assez fort écoulement, lorsque je lus appelé peu
d’instants après l’accident. Une légère torsion et la compres­
sion firent cesser l’écoulement de deux de ces rameaux, mais
je fus obligé de jeter un fil autour du troisième.
(A Continuer.)

SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE DE LA VILLE.
P ro testatio n en fav eu r de l’em ploi du cray o n de n itra te
d ’a rg e n t— d an s l’angine couenneuse — basée su r dix
années de rigo ureuse ob serv atio n, par le D'C. B lanchard.

Je me sers à dessein d’un mot bien significatif. Il me parait
nécessaire, pour résumer nettement mes convictions ; sur une
anssi grave question de pratique, d’ailleurs, il n’est pas per­
mis de rester indécis.
Il va sans dire que je dégage mon expression de toutes
préoccupations blessantes à l’égard des personnes de mes ho­
norables confrères que je me crois autorisé à contredire.
Pour simplifier le problème, je ne veux pas essayer, aujour­
d’hui, de porter la question sur le terrain de la pathologie
générale, malgré mes aspirations naturelles. Restant sur le
sol fertile, hélas! des faits, je dirai : faut-il avoir recours à
l’action caustique du nitrate d’argent — en crayon — dans
l’angine couenneuse ? Suivant moi : oui !___
Quand ? — Combien de fois ? —Quand ? — Le plutôt possi­
ble ; alors que la maladie apparaît à peine, sans doute, mais
est déjà caractérisée pour le médecin.
Manié par une main légère et sûre, alors que le patient —
un enfant le plus souvent — est soigneusement maintenu dans

�564

BLANCHARD.

NITRATE D’ARGENT.

l’immobilité nécessaire, le nitrate d'argent fondu me parait
d’une application sinon facile, du moins loujours réalisable
et sans aucun danger. Par lui, les surfaces affectées m’ont paru
constamment se dépouiller de leurs enduits morbides, pour
reprendre, plus ou moins tôt, leur aspect normal, après être
revenues à leurs proportions naturelles, aussi bien que les
lissus sous-jacents ; en môme temps, les ganglions sous-maxil­
laires, tuméfiés, douloureux au moindre contact, se résolvent
et s effacent entièrement. — Mômes modifications favorables,
dans l’état général : la maladie n’existe plus après trois ou
quatre jours !

faire connaître intégralement les données de mon expérience
personnelle, je me fais un devoir d’ajouter que, malgré toute
ma confiance dans la cautérisation pratiquée activement dès
le début., il m’est arrivé, dans plusieurs cas à marche insi­
dieuse par les phénomènes généraux concomitants, d’avoir
recours, suivant Yindication rationnelle — aux divers agents
pharmaceutiques, plus ou moins trop systématiquement prô­
nés, à mon avis, dans ces derniers temps : alcalins, tartre
stibié, perchlorure de fer liquide, à 30°, etc.

La maladie résiste ! — Combien de fois faudra-t-il cautéri­
ser ? On doit, visitant son malade, deux et trois lois même,
chaque jour, durant les périodes d’invasion et d’augment,
cautériser les diverses néoplasies à leur naissance ; quant aux
premières pseudo-membranes, après les avoir bien touchées
dans toute leur étendue, il ne m’a pas paru opportun d’y re­
venir, tant que la teinte blanchâtre de l’eschàrre médicatrice
s’y maintenait, c’est-à-dire de 24, 36 et même 48 heures.
Passé ce délai, pour peu qu’il y ait la moindre trace de réap­
paritions couenneuses ; à défaut de celles-ci, pour peu que
les surfaces aient une teinte érythémateuse et semblent encore
dépouillées de leur épithélium, revenir à une seconde, à une
troisième cautérisation, aux intervalles précités.
Bien que retardé, le succès n’en a pas moins été certain,
en ayant les mêmes soins minutieux d'exploration, et les
mêmes déterminations à agir vite, par cet héroïque moyen,
durant la période d’état et même celle de déclin.
Les considérations qui précèdent, ne sont pas seulement le
résultat de quelques cas isolés, — à l’état sporadique — mais
bien lefruit d’une rigoureuse et patiente observation, durant
une influence morbide, prolongée, sujette à de fréquentes
exacerbations, possédant même un certain degré de malignité :
son quid ignotum, caractérisant l’épidémicité, — telle que
celle qui sévit à Marseille, depuis une dizaine d’années. Pour

565

Conclusions. — La cautérisation avec le crayon de nitrate
d'argent, pratiquée dès le début de l’angine coueniieuse, me
parait non-seulement sans danger et toujours réalisable, mais
souverainement efficace pour enrayer son évolution meur­
trière, et — conséquemment — prévenir le croup. C’est à ce
dernier point de vue que la cautérisation m’inspire une con­
fiance absolue : depuis dix ans, je n’ai plus eu la douleur de
voir naître un seul cas de croup, sous mes yeux ! ! Un médira,
peut être, série heureuse !... c’est possible. Te n’en suis pas
moins très-satisfait, et n’en resterai pas moins très-scrupulêusement observateur des règles favorables ci-dessus men­
tionnées, — tout en m’associant aux nouvelles conqnêtes du
progrès.
Note complémentaire. — Je me fais üu devoir de déclarer
que c’est sur les indications du docteur Àubrun — de Paris —
publiées, il y a dix ou onze ans, dans YUnion Médicale, que
j’ai adopté la médication ci-dessus énoncée, en face de l’an­
gine couenncuse, — après avoir mis à contribution, sans suc­
cès, soit les divers caustiques tout autres que le crayon de
nitrate d’argent, soit, dans les cas l’exigeant, la trachéotomie
si difficilement acceptée par l’opinion publique, sauf in
extremis.

�MÉTÉOROLOGIE.

M É D IC A L E .

CONSTITUTION

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Moyenne des observations météorologiques faites à l'Hôpital Militaire de Marseille dans les mois d’A vril, Mai et Juin 1869.

üb6

REVUE DE L’HOTEL-DIEü.

n67

REVUE CHIRURGICALE DE L’HOTEL-DIËU
P a r le Dr FLAVARD ,

Chirurgien Chef interne.

Fractures de la rotule.— Fracture du col chirurgical de l'h umcrus compliquée
de la luxation de la tète humérale. — Calculs de la vessie.
Depuis le premier janvier jusqu'à ce jour six malades
atteints de fracture de la rotule ont été soignés à l’HôtelDieu.
Ce chiffre serait évidemment capable d’en imposer pour
une très grande fréquence de la fracture de cet os, s'il était
possible d’y voir autre chose qu’une simple coïncidence. Et,
en effet, dans le courant de l’année précédente, nous n’avions
observé que deux cas de la même lésion.
Chez tous nos blessés, la fracture a été produite dans une
chute sur le genou, la rotule ayant frappé par sa face anté­
rieure contre un corps résistant et anguleux tel qu’une pierre,
une marche d’escalier, etc. — Il est facile de voir que dans
une pareille chute les conditions les plus favorables existent
pour que la solution de continuité ait lieu. En effet, à l’ins­
tant de l’accident, la jambe se fléchit sur la cuissse à angle
presque droit, et dans cette position la rotule se trouve n’ap­
puyer sur le fémur que par son extrémité supérieure, et sur
le tibia que par son extrémité inférieure, de telle sorte que sa
partie moyenne est libre en arrière et répond à l’écartement
des deux os qui concourent à former l’articulation : en d’au­
tres termes la rotule est jetée comme un pont entre le fémur
et le tibia
Dans cette situation, la rotule rencontrant une surface irré­
gulière, le poids du corps suffira aisément à surmonter la
résistance du tissu osseux et la fracture se produira dans la
partie moyenne dépourvue de point d'appui en arrière.

�REVUE DE LTIOTEL-DIEU.

11 est rare que dans une chute sur le genou, la jambe soit
complètement lléchie sur la cuisse; il est plus rare encore
qu'elle se trouve dans l’extension complète —Dans le premier
cas, la rotule étant débordée par les condyles du fémur sera
soustraite à la violence : on aura plutôt alors une fracture de
la diaphysefémorale; dans le second cas, la rotule, appuyant
par sa face postérieure, sera déviée en dedans ou en dehors
en glissant sur le plan osseux sous-jacent ; ou bien, si la con­
traction musculaire l’empêche de se déplacer, il y aura un
véritable écrasement, phénomène rarement observé.
Les auteurs classiques admettent la contraction musculaire
comme pouvant produire à elle seule la fracture de l’os du ge­
nou. Sans nier la possibilitéde celte cause, mais dans le cas seu­
lement d’un état morbide de la rotule ou d’un état semblable
de l’ensemble des os, nous ne pouvons la considérer que comme
adjuvante à la violence extérieure et non point capable de la
remplacer: car on comprend difficilement comment un os
court et aussi compacte peut céder à la traction d'un muscle,
si puissant qu’on le suppose, qui agit dans le sens de la lon­
gueur de l’os. Les faits qui ont été cités à l’appui de l’opinion
que je combats peuvent s’expliquer soit par un état morbide
de l'os, soit par un récit infidèle du blessé. Je me souviens, à
ce propos, d’un malade qui expliquait le mode de production
d’une fracture de la rotule dont il était porteur par un méca­
nisme tel qu’on pouvait tout d’abord croire à l’action exclu­
sive de la contraction musculaire. Cet homme était à table
lorsque dans un mouvement exagéré en arrière il perdit l’équi­
libre. S'arc-boutant alors par les pieds et les genoux contre la
table il prévint la chute. Mais dans ce mouvement brusque et
instantané un de ses genoux heurta contre le rebord de la
table.
N’est-on pas autorisé à admettre que dans ce fait la contrac­
tion musculaire a été puissamment aidée par le choc subi par
la rotule.
Après cette courte disgression sur le mécanisme des frac­
tures de la rotule revenons à nos malades.
Chez tous, la solution de continuité était transversale, et

569

portait sur la partie moyenne de l’os chez cinq d’entre eux.
Seule, une femme ne présentait qu’une séparation de la pointe
de l’os au point d’insertion du ligament rotulien. Chez cette
dernière aussi l’écartement était à peine appréciable), sans
doute parce que toutes les fibres d’insertion du ligament rotulien n’avaient pas été divisées.
Un autre malade, en cours de traitement, présente un
écartement si minime que la fracture a été méconnue dans
l’hôpital d’une petite ville voisine où il avait été admis après
l’accident. — Les autres fracturés ont offert un écartement
de plus d’un travers de doigt.
Le diagnostic de tous ces cas a été facile à l’exception de la
femme dont j’ai parlé plus haut et pour la raison que j’ai
indiquée. Une exploration attentive a permis de percevoir la
crépitation.
Quatre de nos malades ont été traités par la simple posi­
tion : le membre a été mis dans l’extension et le pied
relevé aussi haut que possible. Le cinquième, encore dans
nos salles, porte en outre un bandage en huit de chiffre. —
Sur le sixième, qui avait le déplacement le plus considéra­
ble, les griffes de Malgaigne ont été appliquées dès le début ;
mais on adù au bout de quatre jours renoncer à leur emploi
et avoir recours, comme pour les autres, à la simple exten­
sion.
Les griffes de Malgaigne nous ont paru avoir divers incon­
vénients, entr’autres celui de produire, malgré toutes les pré­
cautions pour l'éviter, un froncement de la peau, un pli cutané
qui va se loger entre les deux fragments : ces derniers n’ont jamaispu arriver au contact. Nous avons remarqué aussi que les
fragments ont de la tendance à basculer en arrière, et en
supposant q u’on pût les rapprocher suffisamment ils ne s’affron­
teraient que par lebordautérieur de leur surface de section. —
Enûnles griffes de Malgaine sontd’une application douloureuse
et nécessitent, autant que tout autre mode de traitement, le
repos absolu du membre dans l’extension. Tous ces incon­
vénients n’étantpas rachetés par la formation d’un cal osseux,
qui n’a été que très rarement obtenu, nous pensons que l’ins37

�570

FLAYARD.

trument de Malgaigne est beaucoup plus théorique que pra­
tique.
A l’exception de la femme dont, j’ai parlé déjà et qui
était guérie dans un mois, le traitement en moyenne a été de
deux mois au bout desquels les blessés ont marché d’abord avec
des béquilles puis avec des bâtons. Nous n’avons paseu l’occa­
sion de revoir ceux qui sont sortis pour être fixé sur leur état.
Mais d’après ce qui se passe pour les blessés de cette catégorie
nous pensons qu’ils finiront par recouvrer le libre exercice de
leurs membres et que la marche ne sera nullement gênée.
Il n’en est plus de même après une fracture double. Ici
la déambulation reste toujours défectueuse et conserve une
physionomie particulière que se rappelleront tous ceux qui
ont connu un de nos distingués confrères, le docteur. . .
— Les fractures de l’extrémité supérieure de l’humérus et
surtout les luxations de cet os s’observent fréquemment ; mais
une fracture du col compliquée de luxation est un fait assez
rare pour que nous en donnions ici un exemple.
Le nommé Jacquin, Charles, âgée de 61 ans, est entré à l’HôtelDieu le 8 mars 1869.
La veille il avait fait une chute en descendant un escalier et
tout ce dont il se souvient de cette chute, c’est qu’il est tombé
sur le moignon de l’épaule gauche.
A la première inspection, on reconnaît sans difficulté l’exis­
tence d’une luxation de l’humérus, luxation caractérisée par
l’aplatissement du moignon de l’épaule et l’effacement du creux
sous-claviculaire.
En explorant, à la visite du soir, la région axillaire pour recon­
naître la variété du déplacement, nous perçûmes une crépitation
très-manifeste qui se renouvelait toutes les fois que nous fai­
sions exécuter des mouvements au membre lésé. Ces mouvements
ne se communiquaient pas a la tête humérale qui restait immobile,
logée en arrière du muscle grand pectoral. Dans le creux de
l’aisselle, les doigts s’arrêtaient sur une saillie irrégulière, qui
faisait corps svec la diaphyse de l’humérus. Ces divers signes
suffisaient pour indiquer qu’il existait chez notre blessé une frac­
ture du col chirurgical de l’humérus en même temps qu’une
luxation de l’épaule. Le lendemain, à la visite de la clinique,

REVUE DE L’HOTEL-DIEU.

571

M. le professeur Coste confirma notre diagnostic. Après avoir vai­
nement tenté de ramener, par des pressions directes, la tête dans
la cavité articulaire, il fit appliquer une ecliarpe do Mayor dans
le but d’immobiliser le membre et d’aider à la consolidation de
la fracture.
Aujourd’hui, quatre mois après l’accident, la fracture est com­
plètement consolidée, mais elle l’est dans une direction vicieuse :
la diaphyse de l’humérus fait, avec la tête et son col, un angle
obtus ouvert en bas.
Les fonctions du membre sont fortement compromises: lebras
est appliqué contre le tronc et ne peut se mouvoir que dans des
limites très restreintes.
Réflexions. — Une première question se présente à l'esprit!
Par quel mécanisme s’est produite cette double lésion: la
fracture a-t-elle précédé ou suivi la luxation? Les renseigne­
ments fournis par le malade étant insuffisants, nous en som­
mes réduits à des conjectures. Néanmoins, nous croyons être
plus près de la vérité en supposant que la fracture a précédé la
luxation. Car, dans le cas contraire, la tête humérale déplacée,
appuyant contre les côtes, la résistance de ces dernières ne
contrebalançait pas la résistance normaleducol de l’humérus,
et alors la côte aurait dû céder plutôt que l’os du bras. Il est
donc probable qu'il n’en a pasété ainsi. Voici comment noussupposons que les choses se sont passées : Dans une chute en avant,
faite en descendant un escalier, le blessé a été instinctivement
porté à se retenir au moyen de ses mains. Dans ce mouvement
la fracture a pu se produire par contre-coup. Puis le point d’ap­
pui fourni par la main gauche ne suffisant plus, le blessé est
retombé sur le moignon de l’épaule de ce côté, et la tête a été
directement chassée de sa cavité.
En présence de cette lésion complexe, la conduite du chi­
rurgien a été telle qu’elle devait être: les pressions directes
exercées sur la tête ayant été impuissantes à la ramener dans
sa position normale, il fallait nécessairement s’attacher à ob­
tenir la consolidation des fragments. Mais aujourd’hui que le
col a acquis une solidité parfaite, ne reste-t-il rien à tenter en
faveur de ce malheureux ? Faut-il l’abandonner à lui-même?
Ou bien, est-on autorisé à essayer la réduction d’une luxation
qui date de 4 mois ?

�Quoiqu’il soit bien fâcheux de laisser ainsi un ouvrier privé
de bexercice d’un de ses membres, et quoique nous possédions
dans l’anesthésie un moyen assuré de supprimer la douleur
et d’annihiler la contraction musculaire, diverses considéra­
tions me paraissent commander l’inaction.
En premier lieu, c’est l'ancienneté de la lésion, qui ne laisse
que peu d'espoir de succès, en supposant même que des trac­
tions très modérées ne puissent pas déterminer quelque acci­
dent fâcheux.
En second lieu, la consolidation vicieuse des fragments ne
permettrait pas d’opérer des tractions directes sur la tête dé­
placée, et de plus, en supposant la réduction opérée, il reste­
rait un membre difforme, et par suite peu utile.
Enfin, l’âge du blessé doit encore être pris en considération.
Par ces divers motifs, je crois qu’il convient de ne pas in­
tervenir. — Il se formera là une fausse articulation, à la faveur
de laquelle les fonctions des muscles s’exerceront encore dans
de certaines limites.
— Voici trois cas de calculs de la vessie qu’il suffit de rap­
procher pour en faire ressortir les différences.
Le nommé Thomas Félix, âgé de 25 ans, d'une constitution vi­
goureuse, est entré à l’hôpital le 20 mai.
Depuis son enfance, il souffre de la pierre, puisqu’à l’âge de 7
ans, un de ses oncles, médecin, avait voulu le tailler. Les parents
et le malade se refusèrent à l’opération, et ce jeune homme con­
tinua à souffrir jusqu’à l’âge de 22 ans. Il était alors militaire et
en garnison à Lyon. Ne pouvant continuer son service, il se fit
admettre à l’hôpital militaire où huit séances de lithotritie lui fu­
rent faites chaque fois avec l’aide de l’anesthésie.
Déclaré guéri, il obtint de rentrer dans sa famille. Cepen­
dant il souffrait encore en urinant et trois ans après le traitement
subi à Lyon, il se décida à entrer à l’Hôtel-Dieu de Marseille.
M. Broquier ayant reconnu l’existence d’un calcul l’en débar­
rassa par la taille bilatérale. La guérison fut complète au bout
de quinze jours.
Le malade aurait déjà quitté l’hôpital, s’il n’était survenu der­
nièrement une orchite qui paraît reconnaître pour cause des
érections très fréquentes.

BEVUE DE L’HOTEL-DIEU.
573
Le calcul examiné après l’opération présentait une surface de
section irrégulière et il fut facile de reconaître que ce n’était là
qu’une partie du calcul que l’on avait incomplètement broyé par
la lithotritie. Aucune nouvelle couche ne s’était déposée à la sur­
face de ce fragment de pierre.
2" Gandolfe, Jacques, âgé de 66 ans, est entré àlTIôtel-Dieu le 6
juin, salle Cauvière 23. Depuis longtemps, nous dit-il, il souffre de
la pierre, mais depuis quelquesjours ses souffrances ont considé­
rablement augmenté et de plus il n’urine pas.
En le découvrant pour explorer sa vessie, je constatai à la ré­
gion hypogastrique l’existence d’une tumeur, mate à la percus­
sion, qui remontait jusqu’à l’ombilic en s’étendant vers les fosses
iliaques.
Je supposai tout d’abord que la tumeur était formée par la
vessie d’istendue outre mesure par l’urine. Mais le cathétérisme
ne donna issue qu’à environ une cuillerée d’urine sanguinolente.
J ’avais cependant la certitude d’être dans la vessie puisque je
percevais nettement la sensation du choc de la sonde contre un
calcul ; ayant retiré l’instrument pour m’assurer que les yeux
n’étaient pas bouchés par un caillot, je renouvelai le cathétérisme
qui ne donna que quelques gouttes d’un liquide sanguinolent. Il
était évident dès lors que le malade n’avait pas de rétention
d’urine.
Quelles pouvaient être la nature et l’origine de cette tumeur?
En examinant plus attentivement l’état du blessé etla forme de la
tumeur, je reconnus qu’il avait de la fièvre, que son faciès était
grippé et que de temps à autre il avait le hoquet.
Les garderobes étaient supprimées depuis quatre ou cinq jours.
La tumeur,au lieu de proéminer sur la ligne médiane, bombait sur
les côtés et envahissait les fosses iliaques. La matité était absolue.
En outre, le malade nous racontait que depuis quatre ou cinq
jours son état s’était rapidement aggravé. Tout indiquait que quel­
que chose d’anormal se passait du côté des voies urinaires.
Néanmoins je m’arrêtai à l’idée la plus simple, celle de supposer
une péritonite circonscrite avec épanchement abondant. Un trai­
tement approprié fut institué. Le lendemain matin même état:
le malade n’â pas eu de selles malgré l’administration de quel­
ques paquets de calomel et d’un lavement avec l’huile de ricin.
Quelques gouttes d’urine se sont écoulées involontairement. Vers
le soir vomissements de matières jaunâtres, faciès plus altéré, le
pouls a faibli.

�FL A.YARD.

REVUE DE L’HOTEL-DIEU.

Le 8, à la visite clinique M. le professeur Pirondi renouvelle
le cathétérisme et s’assure de la vacuité de la vessie, L'état du
blessé ne permet pas de tenter une opération de taille. Les vomis­
sements continuent les jours suivants; le malade faiblit de jour
en jour et il succombe le 11juin.
Autopsie faite trente-six heures après la mort. Les opérations
do cystotomie étant assez rares à l’Hôtel-Dieu, je profitai de cette
occasion pour pratiquer, devant les élèves présents à l'autopsie,
la taille bilatérale, celle qui donne la plus grande ouverture, parce
que le calcul à extraire avait paru très volumineux. La pierre fut
facile à charger ; il n’en fut pas de même pour l’extraire. A cause
du volume du calcul (environ la grosseur d’un œuf de poule), et
quoique j’eusse donné aux lames du lithotome double tout leur
développement, je dus agrandir l’incision du côté gauche au
moyen du bistouri. Après l’opération, j’incisai crucialementlaparoi abdominale et voici ce que nous pûmes observer. La cavité
de l'abdomen était divisée en deux cavités secondaires par une
sorte de membrane étendue de l’ombilic obliquement en arrière
et en bas vers le sacrum. Toute la cavité située au dessus servait
à loger les intestins et l’épiploon. Les anses intestinales étaient
réunies les unes aux autres par des fausses membranes indiquant
une péritonite récente; il n’y avait pas de liquide dans cette cavité.Au contraire, la cavité inférieure limitée en haut par la mem­
brane dont j’ai parlé précédemment, en bas, parle plancher pel­
vien, en avant et sur les côtés par la paroi abdominale antérieure,
et par les parois correspondantes de l’excavation, toute cette cavité
dis-je, était occupée par un épanchement d’un liquide noirâtre qui
me parût composé d’urine altérée et colorée par du sang. La quan­
tité de ce liquide pouvait être évaluée à deux litres environ. Des
brides cellulaires cloisonnaient très incomplètement cette poche ;
la vessie très petite était comme perdue dans la masse du liquide.
Après avoir bien détergé cette cavité, je n’eus pas de peine à
reconnaître que la membrane qui divisait ainsi l’abdomen en
deux parties n’était autre que le feuillet du péritoine qui, de la
paroi abdominale antérieure, se jette sur le sommet de la vessie
pour tapisser sa face postérieure. Ce feuillet, dans l’épaisseur du­
quel je retrouvai l’ouraque, avait été refoulé en arrière et en haut
par le liquide épanché, dont il me restait à déterminer la source.
En explorant, dans ce but, le réservoir urinaire je rencontrai
une ouverture arrondie siégeant sur sa face antérieure, très près

du sommet, immédiatement au dessous [de l’ouraque. Par cette
ouverture, dont les bords étaient ulcérés, j’introduisis un gros
cathéter dans la vessie et j’incisai la paroi antérieure de l’organe
dans toute sa hauteur. La cavité vésicale était réduite à des di­
mensions si minimes que le calcul devait la remplir presque en
entier. Ses parois étaient considérablement épaissies et la mem­
brane muqueuse ramollie et grisâtre.

674

575

Ainsi voilà une perforation de la vessie qui est suivie d’un
épanchement extra-péritonéal simulant une tumeur due à la
plénitude excessive de l’organe. Resterait à déterminer le mode
de production de cette perforation. Deux hypothèses seules
sont possibles : 1” ou bien le calcula ulcéré les parois vésicales;
2° ou bien, dans un cathétérisme trop brusque, la vessie a été
perforée par le bec de la sonde. Dans l’impossibilité où nous
sommes, faute de renseignements, de savoir si le malade a été
sondé avant son entrée à l’Hôtel-Dieu et comment il a été sondé;
certain, d’autrepart, que cette perforation n’a pu être produite à
l’Hôtel-Dieu puisque la tumeur urinaire existait au moment
où nous avons vu le malade pour la première fois, nous pen­
sons que le calcul par son conctat a produit une ulcération de
la paroi vésicale.
3° Viennamina, âgé de 33 ans, entré à l’Hôtel-Dieu le 16 juin, salle
Cauvière, 26, ne nous donne que des renseignements très-vagues
sur son état antérieur. Nous parvenons seulement à comprendre
que depuis un mois et demi il souffre de la vessie et qu’il éprouve
des douleurs violentes dans tout l’abdomen ; depuis quatre ou
cinq jours il n’urine presque plus.
Son état général est très mauvais : il a de la fièvre, sa langue
est sèche et râpeuse ; il est mouillé de sueur. L’appétit est perdu
et la soif très-vive. Le ventre n’est pas ballonné; niais la plus
légère pression provoque de la douleur. Depuis trois jours il vo­
mit et ne va pas du corps.
En le sondant, nous constatons l’existence d’un calcul qui pa­
raît volumineux et par la sonde s’échappe un flot de pus dont la
quantité peut être évaluée à un verre.
Le soir le malade est dans le même état; le cathétérisme ne
donne encore que du pus, mais en moins grande quantité. —

�516

F IA YARD.

Prescription: Potion à l'extrait mou de quinquina. Eau vineuse à
la glace. Fomentations émollientes sur le ventre.
Le lendemain, à la visite de la clinique, M. le professeur Piroudi décide qu’il y a lieu, malgré la gravité des symptômes
observés chez le malade, de procéder à l’extraction du calcul,
car, dit-il, en enlevant le calcul on fait disparaître une des causes
sinon la cause unique de la maladie, et l’opération par elle-même
ne peut aggraver beaucoup la position du blessé. — Bien au con­
traire, l’incision faite au périnée permettra un écoulement facile
du pus (dont l’origine n’était pas encore connue) et permettra de
pratiquer des injections détersives utiles pour modifier l’état de
la vessie, qu’on soupçonnaitatteinte d’une violente inflammation.
L’opération, confiée au chef-interne, ne présente d’autre parti­
cularité que la nécessité d’agrandir l’incision du col vésical ren­
due insuffisante par le mauvais fonctionnement du lithotome
double (taille bilatérale). Le calcul était d’un gros volume.
Une heure après l’opération, une légère hémorrhagie se déclara:
un artériole donnait avec assez de force. N’ayant pu la lier nous
ne craignîmes pas d’avoir recours au perclilorure de fer, bien per­
suadé que l’application de ce caustique ne retarderait pas la cica­
trisation de la plaie, qui devait être nécessairement tardive h
cause de l’état dans lequel se trouvait la vessie.
Le blessé resta dans la même situation jusqu’au soir.
A ce moment là, il survint du délire et la mort arriva dans
le courant de la nuit.
Autopsie 30 heures après la mort. — Les incisions faites à
l’urèthre et au col vésical sont régulières : les limites de la pros­
tate n’ont pas été dépassées et le canal est ouvert en arrière du
bulbe. L’escharre produite par le perchlorure de fer ne nous a pas
permis de retrouver le vaisseau qui avait fourni le sang après
l’opération.
La cavité de la vessie est très anfractueuse, et sa capacité sen­
siblement diminuée; les parois sont épaissies et la muqueuse
tombe en détritus. Des lambeaux de cette muqueuse avaient été
entraînés par le liquide injecté immédiatement après l’extraction
de la pierre.
Les uretères ont la grosseur du doigt et laissent couler des flots
de pus.
Les reins présentent cette altération décrite par Rayer sous le
nom de pyélite calculeuse.—Ce sont de véritables poches de pus
Il n’existait aucune trace de péritonite.

BIBLIOGRAPHIE.

577

Comme je le disais plus haut, il suffit de jeter les yeux sili­
ces trois observations pour saisir ce que chacune d'elles
présente de particulier :
La première est la relation d’un cas simple, terminé par
une guérison rapide. Elle démontre seulement qu’un fragment
de calcul a pu séjourner pendant 3 ans dans la vessie sans
s’accroître de couches nouvelles.
La seconde démontre l'influence désastreuse du séjour d’un
calcul dans la vessie pendant un temps indéterminé mais né­
cessairement très-long; la vessie irritée incesamment a d’abord
diminué de capacité: ses parois se sont épaissies et à un mo­
ment donné le réservoir urinaire ne suffisait plus qu’à con­
tenir la pierre; enfin décompté, il s’est produit une ulcération
de sa paroi antérieure suivie d’un épanchement urinaire
en dehors du péritoine.
Dans le troisième fait, la présence du calcul coïncide avec
une lésion mortelle du rein. La lésion rénale est-elle primi­
tive ou secondaire? Nous ne pouvons nous prononcer, faute
de renseignements précis sur l’état du blessé avant son entrée
à l’hôpital.

BIBLIOGRAPHIE.
DE L HYDROTHÉRAPIE A DOMICILE
Par le Dr Paul DELMAS, de Bordeaux.

La maladie est un fait, dit une école de médecine.
La maladie est un acte, dit une autre école.
Ce n’est pas moins qu’un abime qui sépare ces deux écoles
représentant, dansl’artdeguérir, les deux idées philosophiques
qui depuis que le monde est monde se partagent l'esprit hu­
main: le matérialisme et le spiritualisme. Comme toutes les

�878

COMANDRÉ.

BIBLIOGRAPHIE.

hypothèses qui font le fond des doctrines, ces deux idées, en
se passionnant par la controverse, en sont arrivées chacune à
un exclusivisme réciproque qui suffit pour les condamner et
ramener tout, esprit judicieux à se tenir en garde autant con­
tre les minuties histologiques que contre les principes im­
palpables considérés comme causes des phénomènes physio­
logiques.
Cependant, pour tant qu’on veuille éviter de se jeter dans
l'un ou l’autre de ces deux extrêmes, les phénomènes vitaux
vous jettent encore en présence de deux études distinotes ,
quoique bien liées ensemble ; celle des tissus et celle des fonc­
tions des organes.
L’hydrothérapie n’est point, on peut dire, une médication
altérante directe. Elle ne prétend point modaliser les tissus.
Elle porte toute son action et concentre sa puissance sur les
fonctions qu’elle réveille, active, modère, selon les indications
que lui fournissent les états morbides. C’est la voie quelle
suit pour arriver à les résoudre et on peut dire que c’est la
voie puissante et vraie. C’est depuis que l’on s’est attaché à
l’étude du dynamisme que les sciences physiques ont fait des
progrès. C’est l’étude des fonctions ou des actes des organes
qui doit surtout fixer l’attention en médecine. L’étude des
fonctions de l’organisme a conduit à plus de cures médicales
que toutes les discussions et analyses microscopiques.
Ce sont ces principes qui font la base philosophique du
travail de M. le DrDelmas. « C’est, comme il dit, la théorie
expérimentale du fonctionausme pathologique et thérapeu­
tique. »
L’œuvre de M. Delmas se recommande par son titre môme ;
De l’Hydrothérapie à domicile.
Cette question dans la bouche d’un directeur-propriétaire
d’un établissement hydrothérapique modèle, semblerait devoir
entraîner une réponse entièrement négative. Il n’en est
rien. Loyalement, l’auteur recherche et recommande, en les
précisant, tous les moyens hydrothérapiques dont on peut
faire usage chez soi. Un rival des établissements en questions,
tant soit peu consciencieux, n’aurait pu mieux dire.

Cette justice rend uo à M. P. Delmas, examinons le fond de
son œuvre.
« Nous nous sommes proposé, dit-il, dans le présent mé­
moire, de poser les règles de Yhydrothérapie à domicile; c’està-dire, les bases de l’emploi médical de Veau commune en
dehors des établissements et de toute installation hydrothé­
rapique. »
Il y a dans ce but deux choses louables. Un agrandissement
à donner par la voie scientifique au cercle qu’embrasse l’hy­
drothérapie, et un acte d’humanité en cherchant à mettre à
la portée de tous, dans la mesure du possible, les moyens de
guérison auxquels on a foi.
On comprendra notre approbation personnelle à une œuvre
qui est l’analogue de celle que nous poursuivons pour les
eaux minérales. Dire l’utilité des eaux minérales transportées
afin de vulgariser une médication si précieuse aux stations,
tel est notre but. Celui de M. Delmas a été de vulgariser aussi
la médication hydrothérapique qui lui fournit de si belles
cures dans son splendide établissement de Longchamp, à
Bordeaux.
Citant les paroles de son collègue le Dr Andrieux (de Brioude),
l’auteur s’écrie : « Laissez le public se laver à l’eau froide,
« et il n’hésitera plus à s’adresser à elle pour se guérir, lors« que le besoin se présentera. Laissez le public employer
« hygiéniquement l’oau froide, et vous le verrez à l’abri d’une
« foule de maladies qu’il traîne plus tard dans le cabinet du
&lt;i médecin et aux stations thermales. Laissez la mère donner à
« ses enfants la bonne habitude des lavages à l’eau froide, et
« ses enfants seront plus forts et plus capables de résister aux
« vicissitudes de l’atmosphère ; ils seront à l'abri d’une foule
« de maladies qui les déciment. »
Rien de plus vrai assurément; mais nous permettrons de
ne plus être de l’avis deM. Delmas quand il ajoute lui même:
« laissez enfin se vulgariser ce médicament du pauvre, car il
est appelé dans un avenir peu éloigné, à tenir lieu, dans bien
des cas, des eaux minérales les plus en renom... » Nous res­
tons persuadé que les cas dans lesquels Thydrothérapie

579

�580

COMANDRÉ.

pourra remplacer les eaux minérales resteront toujours fort
rares. L'hydrothérapie, comme nous l’expose très bienM. Del­
mas lui-même, prend toute sa puissance dans le fonction­
nalisme', c’est-à-dire en réveillant, activant, modérant les
diverses fonctions de l'organisme, et ce, par le mode, la forme,
l’intelligence de l’emploi de l’eau commune. Les établisse­
ments thermaux s’enrichissent tous les jours de ces précieux
appareils de l’hydrothérapie, conséquemment de ce que nous
appellerons leur science du fonctionnalisme; mais ce dont
l’hydrothérapie ne pourra jamais s’enrichir, c’est de cette
vertu curative spéciale qui distingue les diverses stations et
même les diverses sources d'une même station. Ceci est une
réalité, un fait devant lequel le consensus unus, ce voxpopuli.
étayé des cures obtenues chaque année, force à courber la tête.
Au lieu de prétendre à se substituer aux eaux minérales,
nous croyons que l'hydrothérapie agira plus sagement en
appelant à son aide les eaux minérales elles-mêmes. Pourquoi
les établissements hydrothérapiques n’auraient-ils pas des
buvettes d’eau minérales? C’est alors qu'ils pourraient réelle­
ment rivaliser avec les stations-thermales, car ils compense­
raient par l’ensemble de toutes les eaux ce que ces dernières
pourraient avoir perdu en particulier de leurs vertus par le
transport.
L’œuvre qui nous occupe a été composée en réponse aux
diverses questions suivantes posées à l’auteur par l’association
médicale de la Dordogne.
\ * Quelle est la base physiologique de la doctrine hydrothé­
rapique,
2° A quelles médications thérapeut iques donne-t-elle naissance?
3“ Dans quelle mesure une ou plusieurs de ces médications
peuvent-elles être appliquées en dehors des établissements et de
toutes installations hydrothérapiques ?
4° Quels sont les cas pathologiques qui nécessitent l'inter­
vention de ces derniers ?
5° Quelles sont les précautions à prendre pour habituer un
malade au traitement hydrothérapique?

BIBLIOGRAPHIE.

581

(P Quelles sont les indications [et contre-indications de cette
méthode de traitement ?
L’auteur a su répondre en quatre-vingts pages à toutes ces
questions qui « renferment l’histoire entière de l’hydrothé­
rapie, » comme il le dit lui même. Il a su y répondre en
appréciant l’importance de chacune d'elles.
Relativement à la première : le mouvement est considéré
aujourd’hui comme le principe de toutes choses. La physi­
que et la chimie tendent à y reporter tous leurs éléments di­
vers et expliquer parlui tous les phénomènes dont ces sciences
frappent nos regards. En physiologie, nous dit M. Delmas,
c’est le mouvement organique ou les fonctions qui dominent
tout l’être humain. « C’est par des altérations dans l’ordre,
la forme et l'intensité des mouvements que les maladies se
produisent ; c’est donc par le rétablissement des mouvements
fonctionnels normaux qu’on peut espérer de les guérir.....»
Si donc on a un agent qui puisse artificiellement reproduire
ces mouvements, on arrivera à la guérison.
Cette doctrine toute vitaliste se recommande par les réflexions
suivantes que peut faire tout esprit judicieux :
1° Il est reconnu que les lésions organiques avancées sont
incurables. Que lorsque les mouvements fonctionnels en sont
venus à produire des tissus anormaux, l’activité qu’on donne
à ces mouvements augmente le mal et précipite la lin ; c’est
ce que l’on voit aux établissements hydrothérapiques, comme
aux stations minérales.
2° Qu’en physiologie il faut bien reconnaître que la forma­
tion des organes est une conséquence d’une organisation qui
n’existe pas encore.
3° Que c’est par des fonctions organiques plus ou moins
latentes ou apparentes que notre organisme se débarrasse des
maladies. Vomissements bilieux, sécrétions abondantes, ou
sueurs halitueuses presque imperceptibles; phénomènes
d’assimiliation plus insensibles encore.
C’est par la voie des fonctions elles-mêmes que l’hydrothérapie
arrive à la cure des maladies. Léinnervation, la circulation et
la nutrition, voilà les trois fonctions dominantes sur lesquelles
agit spécialement la médication.

�COMANDRÉ.

BIBLIOGRAPHIE.

Celle théorie est déduite du fait expérimental de M. C. Ber­
nard sur le grand sympathique. On sait que ce physiologiste
a démontré que lorsque l’on « coupe un tilet de ce nerf, les
parois des vaisseaux auxquels il se rend se relâchent, le sang
arrive en plus grande abondance dans la partie ; celle-ci de­
vient rouge, chaude et se couvre d’une légère moiteur; un
degré de plus, et de cette congestion va naître, de toute pièce,
l’ensemble des symptômes auxquels on a donné le nom
à'inflammation ; être de raison qui n’existerait plus aujour­
d'hui d’après les théories nouvelles. »
Si au lieu d’anéantir l’influence du nerf sympathique par la
section, ou la ravive en l’excitant par un moyen quelconque,
à l aide d’un courant galvanique, par exemple, les parois des
vaisseaux se contractent et la quantité de sang qu’ils rece­
vaient diminue. La conséquence est la diminution et même
l’arrêt des fonctions de cette partie.
Sanguis moderator nervorum, a dit Hippocrate, nervi moderatores sanguis, il faudrait dire aujourd’hui : c'est là le fond
de doctrine qui guide l’auteur dans son œuvre et le conduit à
reconnaître dans la seconde question :
Ie Une action déprimante obtenue au moyen du froid, et
donnant lieu aux médications hémostatique, antiphlogistique,
sédative ou hyposthénisante.
Ie L'eau froide excite le grand sympathique et l’excitation
de celui-ci entraîne la contraction des vaisseaux sanguins ;
d'où la médication hémostatique et antiphlogistique. D’autre
part la diminution de l’intensité de la circulation entraîne la
diminution de l’action nerveuse générale ; de là la sédation.
2° Une action excitante basée sur la réaction qui se produit
après que l’application d’eau froide a été faite convenablement.
D'où les médications excitatrices, révulvive, résolutive.
reconstitutive et tonique, sudorifique, altérante, dépurative,
aiitipériodique ; enfin, prophylactique, ou hygiénique.
Par des plus ou des moins , dans le temps , la forme , le
mode d’emploi de ce même agent, Veau froide, le médecin ,
arrive à produire sur son sujet telle de ces médications qu’il
juge opportune. — C’est ce que l’auteur développe avec une

très grande lucidité ; mais nous ne saurions le suivre dans
ces détails.
Ces notions fondamentales indispensables à quiconque veut
oser l’emploi de l’hydrothérapie bien établies, l’auteur en
vient à la troisième question, question qui a motivé son
œuvre.
Dans quelles mesures une ou plusieurs de ces médications
peuvent-elles être appliquées en dehors des établissements et de
toute installation hydrothérapique.
L’action déprimante de l’eau froide est celle qui peut le
plus facilement être obtenue à domicile, parce que c’est celle
qui ne réclame pas d’appareils spéciaux.
Pour l’obtenir on a recours à cinq procédés :
A, les bains froids ; B, l'affusion froide ; C, le drap mouille
froid; D, les compresses froides et Virrigation froide ou
tempérée; E, le bain ou l'immersion tempérée ou tiède,
partielle ou générale.
Chacun de ces moyens est examiné en détail et apprécié
sous le rapport de son importance thérapeutique et des pré­
cautions à prendre dans son emploi, afin d’en retirer les résul­
tats désirables.—Dans une vingtaine de pages l’auteur, donne
un véritable traité d'hydrothérapie de famille. Il sera con­
sulté avec fruit et pourra servir de guide à tout patricien,
même étranger à cette méthode curative, qui sera désireux
d’en faire une application intelligente et utile. — Toutefois le
praticien ne doit point se faire illusion. Il ne pourra retirer
fruit de ces moyens hydrothérapiques, même les plus
simples, qu’à la condition de se bien pénétrer de la doctrine
qui dirige leur mise en action. « Nous croyons donc, dit fau­
te teur, que l’hydrothérapie ne peut se développer, se propager
« et prospérer médicalement, que tout autant que vous vou« drez bien lui consacrer quelques loisirs. Il faut, pour attein­
te dre ce but, digne à tous égards de vos efforts, il faut que
« vous interveniez le plus directement possible. Si vous vous
« bornez à de vagues prescriptions, dont l’exécution reste
« confiée à des mains inhabiles, toujours prêtes à exagérer ;
« si vous ne vous rendez pas compte par vous même, de visu,

582

583

�o8i

COMANDRE

« de l’effet immédiat de votre prescription ; si vous ne scrutez
« pas attentivement, pendant l’opération elle-même ou
« immédiatement après, l’état du pouls, de la peau, de la res­
te piration du sujet; — sa physionomie surtout, si prompte à
« refléter les sensations auxquelles il est soumis, — soyez
« bien certains que vous n’aurez le plus souvent que des
« insuccès, et quelquefois même des revers. »
On ne saurait mieux exprimer la vérité. — La médication
hydrothérapique a tout son génie dans le mode, la forme de
l’emploi d'une substance d’une simplicité proverbiale dans sa
nature — de l’eau claire. — Nulle propriété spécifique agis­
sant virtute suà, comme pour les eaux minérales par exemple.
N’est-il donc pas évident que celui qui en use doit en connaî­
tre toute la portée, en suivre pas à pas les moindres effets.
S'il nous était permis une comparaison, peut être un peu
banale, nous dirions que c’est une machine délicate dans ses
mouvements, sévère dans ses effets. On ne saurait donc la
confier qu’à une main expérimentée, à un esprit judicieux.
Par cela même que toute la puissance de la médication qui
nous occupe réside dans le mode d’emploi, il s’en suit évi­
demment que les appareils sont, après l’esprit qui dirige, la
partie la plus importante. — C’est encore ce qui est très bien
exposé aux pages trente-six et suivantes.
Aussi rien ne saurait, à domicile, remplacer les établisse­
ments spéciaux. Les appareils portatifs sont ou incomplets
ou faciles à se déranger. Ils exigent la présence continue du
médecin pendant leur fonctionnement, et comme ce dernier
est loin de pouvoir y sacrifier les heures nécessaires, des mains
inhabiles, malgré tout leur bon vouloir, n’entralnent que
déceptions et déboires.
A la quatrième question : Quels sont les cas pathologiques
qui nécessitent l'intervention des établissements hydrothéra­
piques? M. Delmas répond par une longue citation emprun­
tée à M. Fleury disant que les établissements offrent les avan­
tages incontestables: de l’éloignement des affaires; d’un
changement dans le genre de vie dans lequel souvent la
maladie a pris germe et s’est évoluée ; d’être à l’abri des

BIBLIOGRAPHIE.

o8d

écarts de régime de toute sorte; de la régularité dans les
heures des médications et l’harmonie dans le traitement.
Tous les cas pathologiques auront profita retirer dans les
établissements; mais dans le cas où le malade ne peut quitter
le domicile, on pourra compenser par la durée du traitement
ce que celui-ci perdra en énergie. — En résumé la médication
ne doit être entreprise à domicile que lorsque il y a impossi­
bilité d’aller aux établissements.
Dans la cinquième question : Quelles sont les précautions
à prendre pour habituer un malade au traitement hydrothéra­
pique? Ces précautions, au dire de M. Delmas, varient suivant
le tempérament et la sensibilité des sujets. On peut les classer
en trois catégories basées sur cette irritabilité plus ou moins
grande des sujets et qui commande de débuter par des tem­
pératures d’autant plus élevées 18° et 30° que l’individu est
plus impressionnable, sauf à diminuer successivement au fur
et mesure qu’il s’y habitue.
Ce sont de sages avis fondés sur les faits. « Il y a des idiosyn« crasies particulières aux actions médicamenteuses comme
« aux actions morbides. » Cette vérité s’applique à toutes les
médications, à tous les remèdes.
C'est toujours la question de savoir et de tact qui revient
quand il s’agit d'hydrothérapie comme quand il s’agit de toute
autre médication. — Tout nouveau malade est un nouveau
problème à résoudre, et pour sa solution le médecin a son
savoir et son tact. — Les détails exposés initient à toutes ces
précautions.
Enfin la sixième question relative aux Indications et contr'in­
dications de cette méthode de traitement, a été, de la part de
l’auteur, l’objet d’une attention grande. Il lui a consacré le
tiers du volume. — C’est en effet une question capitale.
M. Delmas en discute tous les élémens d’une manière claire
et nette. Il cite parmi les maladies chroniques et par ordre de
l’utilité de la médication : Les fièvres intermittentes , la chlo­
rose, la chloro-anémie, le lymphatisme, les affections rhu­
matismales, les névralgies, les maladies des voies génito-urinai­
res chez l'homme et chez la femme ; les névropathies, les mala­
is

�586

COMANDRK.

ilies cutanées simples et syphilitiques, les affections des voies
digestives et de leurs annexes, les névroses, les maladies des
voies respiratoires, les maladies des centres nerveux (encé­
phale,, moelle).
Parmi les maladies aiguës : les fièvres éruptives eu été,
la lièvre typhoïde, période ataxo-adynamique.
Les coütr’iudications se tirent surtout de toutes les affec­
tions organiques avancées dans leurs périodes d’évolution.
Cette conclusion est tout à fait logique; l’hydrothérapie,
avons nous dit, ne peut agir qu'en réveillant, surexcitant les
fonctions ; or appeler de vive force en quelque sorte des or­
ganes qui ne sont déjà plus dans les conditions histologiques
voulues pour pouvoir fonctionner, n’est-ce pas vouloir les rom­
pre en les provoquant à un effort?
Nous le répéterons encore : c’est ce que nous ne voyons que
trop aux stations des eaux thermales lorsque les malades
nous y arrivent à des périodes trop avancées des maladies.
Ce qui devrait être un remède, n’est qu’une cause de précipi­
tation fatale. Aussi aux sources minérales sommes-nous sobres
dans ces cas, des bains, des douches, de tous ces moyens qui
provoquent des réactions énergiques. On tient son malade à
la simple boisson ou à quelques aspirations d’eau poudroyée
On est même avare de l’un et de l’autre. On cherche à le faire
profiter de la vertu curative spécifique de la source en évitant
tout autre mode qui se rapprocherait des moyens de l’hydro­
thérapie. Combien peu de malades, entraînés par de fatales
illusions, savent se tenir dans ces sages mesures?
Le livre de M. Delmas est un traité pratique dont tous les
préceptes sont étayés sur des principes théoriques de saine
physiologie pathologique.
Il traite d’une spécialité, il est vrai, et les spécialistes n’ontpas toujours mérité les sympathies. Les spécialistes ont deux
origines. Les uns naissent de la médiocrité intellectuelle
qui, ne pouvant embrasser la science dans son ensemble, s’ac­
croche à une de ses parties à laquelle elle réclame intérêts
et profils qui lui viennent quelquefois, mais de laquelle
elle ne peut extraire honneur et distinction — Les autres sont

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

587

entraînés vers les spécialités par le seul fait de cette loi d’éco­
nomie sociale qui commande la division du travail. En eux
sont d’avance les notions des principes métaphysiques de la
science, les connaissances de pathologie et de thérapeutique
générales qui doivent éclairer toutes les médications sans
exception aucune. — Ceux qui liront le livre de M. Delmas,
auront-ils besoin de se demander à laquelle de ces deux
catégories appartient fauteur ?
Dr Comandré,
Médecin aux eaux de Caulerets.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.

SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. — Rapport. — Conférences cliniques. —
Discussions. — Climat de Palerme. — Considérations sur le diagnostic
et le pronostic de l’albuminurie. — Constitution médicale régnante :
rougeole. — Tuberculisation mesentérique ; terminaison par péritonite
et abcès.

Séance du 29 mai 18(19. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Mémoires de ta Société médicale des
hôpitaux de Paris. — Journal de médecine de l'Ouest. — El Geniomédico-quirurgico. — Traité élémentaire des maladies des femmes, par
M. Elleaume.
Correspondance manuscrite : Réclamation de M. Guinier, de
Montpellier, à propos de l’article Déglutition du nouveau diction­
naire de médecine et de chirurgie.
ORDRE DU JOUR :

M. Mcli lit un rapport sur le livre de M. Caire, intitulé : Topographie médicalede Cannes. (Envoi au Comité de publication. Voir
plus haut n° du juin 1869).
M. Rougier demande ce que l’on doit entendre par ces mots :
malaria ? Il a-t-il une différence entre la malaria produisant les

�588
ISNARD.
fièvres pernicieuses et la malaria produisant d'autres maladies?
A quelles causes faut-il rapporter l'humidité de Païenne ? Ne
doit-on pas l’attribuer simplement aux influences générales qui,
le soir, engendrent 1 humidité dans les pays chauds?
M. Meli — Malaria veut dire mauvais air. Mais en Italie, ce mot
s'applique spécialement aux émanations paludéennes, A Palerme,
l'humidité règne non seulement le soir, mais encore tout, le jour.
En voici les motifs: la ville est bâtie sur un terrain calcaire et
d'alluvion ; l’eau y très abondante et largement distribuée à cha­
que maison ; le pays, [exposé au Nord, est privé des vents qui
pourraient sécher et assainir le sol.
M. Rougier. — Malte est un rocher aride, sans marais, sans eau,
pourquoi la malaria y sévit-elle sous forme de fièvres pernicieuses?
M. Villard. — M. Rougier me .semble apporter une confusion:
l'élément pernicieux peut exister sans malaria ; à Malte, comme
en d’autres pays, il y a des fièvres pernicieuses, sans fièvres
intermittentes, sans malaria; celle-ci n’est pas indispensable à la
production de la fièvre pernicieuse,
CONFÉRENCE CLINIQUE.

M. Villard signale un exemple intéressant d’urémie ou d’urinémie. J’en ai observé, dit-il, deux cas: l’un récent, l’autre remon­
tant a trois ans. On admet généralement, avec Jaccoud, Behier,
Trousseau, Sée que l’urémie ne se développe qu’après les symptô­
mes ordinaires l’albuminurie. Le fait suivant est contraire à cette
opinion : dernièrement, je fus consulté par un jeune homme en
proie à une céphalalgie violente, sans autre particularité saillante.
Il y a quinze jours, je fus appelé chez lui ; il accusait toujours la
même céphalalgie. Prescriptions : bromure de potassium ; mouches
de Milan. Le lendemain, parut au cou de l’œdème que j’attribuai
aux vésicatoires. Malgré des recherches attentives, mon diagnos­
tic resta quelques jours en suspens. J’eus ensuitel’idée d’examiner
les urines; j’y trouvai une très notable quantité d’albumine. J ’eus
ainsi la clef de la situation et des accidents qui suivirent, tels
que: troubles de la vision, embarras de la parole, paralysie,
œdème.
M. Isnard. — M. Villard a raison ; l’examen des urines ne doit
jamais être négligé; en cas d’incertitude,il devient fréquemment
le seul moyen de diagnostic. J’en pourrais citer des exemples, en
voici un tout récent: il y a quelque temps, je suis appelé pour
un malade atteint d’urticaire discrète, bénigne et sans fièvre. Nou-

589
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.
vel appel, une quinzaine de jours après. L’urticaire était passée.
Cette fois le malade se plaignait surtout de dyspnée et d’angoisse
respiratoire; il avait pâli, perdu le sommeil, l’appétit et les forces;
inspirations et pulsations normales ; pas de polydipsie, ni de po­
lyurie, 'ni d’œdème, ni de troubles visuels, ni de douleurs aux
reins. Pendant plusieurs jours j ’enterrogeai attentivementtousles
organes, toutes les fonctions, les antécédents du malade, je n’ob­
tins que des signes négatifs. J’examinai les urines; elles conte­
naient de l’albumine en abondance. Le diagnostic ainsi éclairé,
fut bientôt confirmé par l’apparition d’autres symptômes carac­
téristiques, tels que l’œdème de la face et des mains, infiltration
des membres inférieurs, paraplégie. Ici la maladie n’eut pas
d’issue funeste. Au bout d’un mois et demi l’albumine des urines
avait disparu avec tout le cortège des accidents.
M. Villard. — Non seulement l’examen des urines est utile
pour fixer le diagnostic, mais, aidé du microscope, il sert encore
à établir le degré de gravité de l’affection, suivant les divers élé­
ments renfermés dans les urines, suivant la présence ou l’absence
des globules sanguins, des cellules épithéliales, ou des tubes
urinifères.
M. Nicolas. — Les recherches microscopiques donnent des résul­
tats très différents. Il faut distinguer les cas. Dans l’urémie, avec
dégénérescence des reins, l’examen des urines est très insuffisant
pour le diagnostic ; quand l'évolution du mal est très rapide, les
tubuli peuvent manquer dans les urines. Un jour, j ’eus à soi­
gner un jeune homme; il accusait (de la migraine. Il fut successi­
vement pris de symptômes qui me laissèrent longtemps dans
l’incertitude ; il offrit très rapidement des accidents cérébraux,
des palpitations, du bruit de souffle d’abord léger, puis très mar­
qué au cœur, de l’hémiplégie, du délire, de la diplopie, avec obs­
curcissement de la vue, des urines albumineuses, bientôt suppri­
mées, l’haleine ammoniacale; au bout de quelques jours le délire céda
et l’individu mourut. Avec le microscope, je n’ai jamais constaté,
dans l’urine, que des cellules épithéliales, des globules sanguins,
de l’albumine. En somme, j ’avais eu affaire à une urémie aiguë.
M. Villard. — J ’ai surtout voulu parler des applications du
microscope, dans l’albuminurie chronique. M. Nicolas a signalé,
avec raison, une forme d’albuminurie qui exclue la lésion réelle
des reins. L’albuminurie de la grossesse est encore dans ce cas.
M. le Président. — Des trois communications de MM. Villard ,
Isnard et Nicolas, il résulte que l’albuminurie peut se traduire par

�590

ISNARD.

des troubles fonctionnels, avant l’apparition de l’œdème, et qu’il
faut examiner les urines quand un trouble de cette nature existe
sans lésion organique appréciable. De même, on recherchera l’état
diathésique d’un individu, lorsqu’apparattront une de ces pertur­
bations fonctionnelles : dyspnée , céphalalgie , névralgie , para­
lysie, etc.
M. Villard s’est servi du mot urémie; mieux vaudrait dire
albuminurie, pour les cas dont il a parlé. Les expressions urémie,
ammoniémie n’ont pas encore de valeur précise; réservons-les
jusqu’à nouvel ordre ; en attendant, contentons-nous du mot
albuminurie.
»

Séance du 12 juin. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Bulletin médical du nord de la France.
— Union médicale de Paris. — El genio medico-quirurgico. — Journal
de médecine de l'Ouest. — Annales de la Société d’hydrologie médicale
de Paris

CONFÉRENCE CLINIQUE.

M. le Président. — Il y a beaucoup de rougeoles en ville. Je veux
signaler un fait; il aurait de l’importance, s’il s’était répété : der­
nièrement, j’ai soigné un enfant de dix-huit mois; sa bonne
ayant été prise de rougeole, il en fut séparé immédiatement;
une demi heure à peine s’était écoulée depuis le commencement
de l’éruption. Douze jours après, il était lui-même atteint. Cet
exemple prouve que la rougeole est transmissible au début comme
dans la période de desquamation ; et que l’incubation serait de
douze jours, conformément à l’opinion déjà formulée par
M. Girard.
M. Méli a beaucoup vu de rougeoles boutonneuses. Au début,
les papules tiennent un moment le diagnostic en suspens et en
imposent pour des varioles. Ces rougeoles sont fréquemment
suivies d’ophthalmies et de bronchites opiniâtres.
M. Rougier, sur un enfant qu’il avait vacciné, l’éruption vacci­
nale se fit d’abord lentement, puis s’arrêta au moment de l’appa­
rition d’une rougeole ; plus tard, elle reprit sa marche, lorsque la
seconde affection se fut dissipée.
M. le Président. — En général, dans la rougeole, on s’est occupé
du coryza, de la bronchite et on a négligé la plilegmasie du la­
rynx. Cependant l’éruption se montre assez fréquemment au gosier

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

591

avant de paraître à la peau. J’en ai fait la remarque dans l’épi­
démie actuelle. Comme il existe une angine scarlatineuse, on
peut signaler l’angine rubéolique. J’ai vu aussi l’angine se com­
muniquer à la trompe d’Eustache, 'puis aboutir au catarrhe de
l’oreille et à la surdité
AI. Gouzian a noté également cette espèce d’angine.
M. Méli. — Dans la rougeole, l’inflammation des muqueuses
n’est-elle pas de même nature que l’éruption cutanée?
M. le Président. — C’est là précisément l’opinion classique ;
d’où les mots anthême et exanthème, en signifiant éruption inté­
rieure et éruption extérieure.
M. Méli. — Y a-t-il des rougeoles avec coryza , bronchite ,
ophthalmie, sans éruption, en un mot des rougeoles frustes,
comme il existe des scarlatines frustes?
M. le Président. — Le fuit est certain pour celle-ci, il n’est pas
démontré pour celle-là.
M. Seux fils. — Dans ces derniers temps, j’ai soigné un enfant
de onze ans atteint de tubercules pulmonaires avec carreau. Pen­
dant que je l'observais, survint une péritonite localisée et de plus
en plus concentrée vers l’ombilic. Un abcès se forma en ce point;
il s’ouvrit, donna issue d’abord à du pus, ensuite à des matières
stercorales et laissa finalement un anus contre nature. Le malade
mourut; je pus faire l’autopsie. En incisant le ventre au niveau
de l’ombilic, je tombai sur un énorme cloaque au fond duquel
une vingtaine de pertuis, laissaient pénétrer un stylet, dans une
série d'anses intestinales. Au dessous, se trouvaient une grande
quantité de ganglions mésentériques malades. Les poumons
étaient remplis de tubercules. Depuis, j’ai observé deux autres
cas semblables. Ainsi, en cinq mois, par une coïncidence extra­
ordinaire, j'ai rencontré trois exemples de tuberculisation mésen­
térique, aboutissant autour de l’ombilic, à une péritonite locali­
sée se terminant par un abcès.
Le Secrétaire-général,

Dr C h . I snard (de Marseille.)

�592

SEUX FILS.

ACADEMIE DES SCIENCES.
Séance du 31 mai. — M. le général Morin fait savoir à l’Aca­
démie que dans un vaste atelier, où une bonne ventilation a été
établie il y a quelques mois, la vigueur des ouvriers — mesurée
sur la quantité d’aliments consommée par eux — a augmenté,
depuis cette époque, dans la proportion de 25 p. 0/0.
M. Daubrée présente, au nom de M. Garrigou, une note sur
l’aménagement des sources thermales.
M. Rayet annonce que depuis l’arrivée de la mer dans les
lacs de Suez les pluies sont beaucoup plus fréquentes dans
l’isthme.
Une note adressée d’Utrecht par M. Buys-Ballot, apprend que
depuis le dessèchement des 19,000 hectares qui constituaient la
mer d’Harlem, la température de ce pays s’est élevée d’un 1[2
degré en été et abaissée d’un 1[2 degré en hiver.
Séance du 1 juin — M. Giannuzzi, adresse une note sur le
pancréas. Cet organe n’a point, comme on le croit généralement
une structure identique a celle des glandes salivaires ; ses excré­
teurs munis d’un épithélium cylindrique forment autour des
véhicules sécrétoires un réseau analogue à celui des conduits
biliaires du foie.Quant aux vésicules elles-mêmes, elles possèdent
un épithélium pavimenteux ; M. Giannuzy n’a pas trouvé dans
l’intérieur de celles du chien , le corps semi-lunaire qu’il a
découvert dans la glande sous-maxillaire du même animal.
D’après MM. Jolyet et Cahours, l’étain en nature, à peu près
inoffensif à cause de son peu de solubilité dans les liquides de
l’organisme, devient très vénéneux lorsqu’il est combiné avec les
radicaux alcooliques ; il stupéfie alors fortement les centres
nerveux.
M. E. Leudet envoie une note sur une variété de bruit objec­
tif de l’oreille causé par la contraction involontaire du muscle
interne du marteau.
M. Bouchut présente l’ensemble de ses recherches sur la céré­
broscopie ; elles se résument dans les conclusions suivantes :
« Les maladies de la moelle épinière, telles que la myélyte
aiguë, la sclérose spinale, l’atoxie locomotrice, etc., déterminent

SOCIÉTÉS SAVANTES.
593
souvent une lésion congestive et plus tard atrophique de la
papille du nerf optique.
a Les lésions du nerf optique produites par les maladies de la
moelle sont le résultat d’une action réflexe ascendante conges­
tive et qui se fait par l'intermédiaire du nerf grand sympathique.
« La présence d'une hypérémie du nerf optique, de la diffusion
rougeâtre de la pupille et d’une atrophie partielle ou totale de
cette partie, coïncidant avec l'affaiblissement et l’engourdisse­
ment des membres inférieurs, indique l’existence d’une maladie
aiguë ou chronique de la moelle épinière. »
Dans la séance du 14 juin, M. Becquerel communique un sep­
tième mémoire sur l’action des forces électro-capillaires dans l’or­
ganisme, sur l’état électrique du sang artériel et du sang vei­
neux. C’est le courant électro-capillaire qui fait sortir des
vaisseaux l ’oxygène et y fait rentrer l’acide carbonique; c’est
lui également qui chez les végétaux donne naissance aux phé­
nomènes de la vie de nutrition.
Séance du 21 juin. — Séance publique annuelle. M. Elie de
Beaumont, secrétaire perpétuel, prononce l’éloge de Louis Puis­
sant, membre de l’Institut. M. Dumas proclame les prix décernés
pour 1868 et les sujets de prix proposés pour 1869 ( Voir les
nouvelles diverses).

ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 1"juin. — MM. Barth et Fauvel présentent quelques
observations ayant pour but de rectifier certaines idées émises
par eux relativement à la question du choléra, idées qui ne parais­
sent pas avoir été suffisamment comprises.
M. Briquet craint que le percement de l’istlmie de Suez ne
facilite la propagation du choléra en Europe.
M. Fauvel affirme que depuis vingt ans aucun navire venant de
l’Inde à Suez n’a importé le choléra en Egypte.
L’état actuel des choses ne peut changer par le fait de l’ouver­
ture de l’isthme.
M. le docteur Bailly, professeur agrégé à la Faculté de Paris
lit une observation intéressante de rétrécissement pelvien con-

�SEUX FILS.
594
sidérable et siégeant exclusivement sur l’orifice inférieur du
bassin.
•
La cause de cette lésion paraît être une énorme gibbosité de la
région lombaire ; aussi l’auteur désigne-t-il ce nouveau type
d'angustie pelvienne sous le nom de bassin cyphotique.
L’accouchemeut prématuré artificiel fut pratiqué entre le sep­
tième et le huitième mois de la grossesse.
M. Gobley lit une série de rapports sur des remèdes secrets.
Les conclusions du rapporteur sont adoptées.
M. le docteur Gairal présente un appareil pour remédier à la
descente de la matrice, M. le docteur Lefebvre un nouvel appareil
vaporifère.
Séance du 8 juin. — M. Devergie annonce que des cadavres
injectés à l’aide d’un mélange de glycérine et d’acide phénique
ont pu être conservés pendant plusieurs mois sans répandre la
plus petite odeur.
Discussion sur l’infection purulente. — M. Alphonse Guérin
croit que cette maladie est de même nature que la fièvre palu­
déenne ; seulement l'empoisonnement du sang, au lieu d’être
occasionné par le miasme des marais, est produit, dans la pyémie,
par un agent miasmatique de nature animale. C’est ce qui expli­
que comment le sulfate de quinine, — remède qui n’est d’ailleurs
nullement infaillible — réussit dans un grand nombre de cas.
M. Yerneuil croit que l’infection purulente peut guérir ; mais
dans quelle proportion ? Si les auteurs ne sont point d’accord sur
ce dernier point, c’est qu’ils confondent en général la septicémie
avec l’infection purulente. Ces deux états sont différents. La sep­
ticémie consiste dans la pénétration, dans le torrent circulatoire,
d’une substance toxique engendrée spontanément il la surface des
plaies et que l’on pourrait appeler virus traumatique. Si la quantité
de poison est faible, la septicémie guérit ; Si la dose, trop faible
pour tuer d’un seul coup, est trop forte pour être éliminée, la
maladie se prolonge et c’est alors que surviennent les nouvelles
lésions (embolies capillaires, infarctus, abcès multiples, etc.),
qui constituent l’infection purulente classique. Cette dernière est
donc une terminaison de la septicémie.
M. Landrin lit une note dans laquelle, se basant sur de nom­
breuses expériences, il affirme que la coralline n’est point toxique
même à des doses élevées, et qu’elle peut être impunément
employée dans la teinture pourvu qu’elle ne soit point mélangée
avec d’autres corps toxiques.

595
SOCIÉTÉS SAVANTES.
Séance du 15 juin. — M. Tardieu établit que la coralline
employée dans la teinture des bas de soie rouge — objets dont
les efïets pernicieux sont incontestables, — n’est mélangée à
aucun poison de nature minérale.
Suite delà discussion sur l’infection purulente. — M. Legouest
croit à la curabilité de la maladie. Il est peu disposé à admettre
le virus traumatique deM.Verneuil ; il reconnaît, avec M. Alphonse
Guérn, l’influence exercée par les miasmes dans l’étiologie de l’in­
fection purulente, mais il attribue de plus une grande importance
aux conditions locales et surtout à la phlébite. L’honorable aca­
démicien conseille de laver la plaie avec le perchlorure de fer et
de donner à l’intérieur le quinquina.
M. Bouillaud ne voit rien de nouveau dans la théorie de
M. Guérin. Toutes les idées émises dans la discussion actuelle
sont anciennes, françaises pour la plupart; les mots seuls ont
changé. Comme M. Legouest, le savant professeur préfère donner
le quinquina plutôt que le sulfate de quinine, mais il ne consi­
dère pas ce remède comme infaillible.
M. Demarquay présente un malade chez lequel Blandin pra­
tiqua, il y a vingt-cinq ans, une restauration autoplastique du
nez et de la paupière inférieure gauche Le lambeau nasal est doué
d’une très vive sensibilité.
Séance du 22 juin. — M. Béclard lit une note adressée par M. le
Dr Shrimpton, dans laquelle l’auteur prouve par une statistique
imposante les résultats immenses obtenus par les chirurgiens An­
glais, à la suite des grandes opérations, depuis l’établissement
dans le» campagnes des petits hôpitaux désignés sous le nom
de Cottage hospitals.
M. Depaul dépose une brochure sur le Dilatateur à vis pour
les slrictures de l’urètre. Cet instrument a été inventé par M. le pro­
fesseur Dittel (devienne).
M. Broca lit un rapport sur Le bras artificiel agricole de M. Gripouilleau médecin à Mont-Louis. Cet appareil, dont le prix ne dé­
passe pas 20 francs, permet aux manchots de se livrer à tous les
travaux de la vie agricole.
Suite delà discussion sur l’infection purulente. M. Chassaignac considère la guérison de cette maladie comme un fait excep­
tionnel ; mais il a quelque confiance dans l’emploi de l’alcoolature d’aconit, à la dose de 3 à 5 grammes par jour, comme trai­
tement préventif. Quant à la théorie du miasme et à celle du virus,

�590
SEUX FILS.
ce sont deux hypothèses de meme nature qui peuvent expliquer
l'infection purulente. Cette dernière maladie est cause manifeste
et suffisante des accidents.
M. le Dr Prat lit une note dans laquelle il établit que le stéthos­
cope a pour but, non seulement de conduire le son, mais encore
de le renforcer et de le rendre plus distinct ; Finstrument principe
devrait ressembler au résonnateur à coulisse d’Helmholtz.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 22 avril. — Présentation de diverses pièces anatomi­
ques par MM. Féréol, H. Roger et Vallin.
M. Parrot met sous les yeux de la Société un cobaye vivant
rendu tuberculeux par l'ingestion de crachats provenant de
phthisiques. L’animal est près de succomber ; on peut sentir
dans l’abdomen et la région trachéale de nombreusés masses tu­
berculeuses.
M. Simon communique une observation de goutte viscérale.
M. Guérard a vu récemment à Paris un malade qui a succombé
en quelques heures après deux accès de fièvre algide pernicieuse
sans cyanose ni déjections.
Séance du 14 mai. — M. E. Besnier lit un rapport sur les mala­
dies régnantes pour les mois de mars et avril 1869.
MM. Empis, Hérard, Blacliez, Guérard et Chauffard présentent
quelques observations générales sur la fièvre puerpérale.
M. Isambert cite un cas de variole rashi suivi d'avortement et
accompagné d’hémorrhagies violentes, chez une dame enceinte
qui avait été vaccinée et revaccinée deux fois.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 26 mai. — Suite de la discussion sur les fractures
compliquées de la jambe au tiers inférieur, MM. Alph. Guérin,
Legouest, Demarquay et Le Fort prennent la parole. A moins de
se trouver on présence d’une fracture s’étendantjusquu l’articula­
tion et faisant communiquer celle-ci avec l'extérieur par la plaie

597
SOCIÉTÉS SAVANTES.
des téguments, on doit tenter la conservation du membre; si d'ail­
leurs la cause traumatique a agi avec une grande violence, il
vaut mieux amputer, même en présence de désordres locaux peu
graves en apparence; dans certains cas, on peut sauver la vie
du malade en pratiquant l’amputation secondaire ; la gravité des
fractures dites spiroïdes paraît tenir à l'inflammation du canal
médullaire largement ouvert.
M. Demarquay présente un individu attaint d’une luxation
intrà-coracoïdienne de l’épaules datant de 117 jours; l'état du
malade a été considérablement amélioré par des tentatives de
réduction pratiquées à l’aide de l’appareil de M. Mathieu.
M. Le Fort présente de la part deM. le Dr Guillarcl (de Barthenay), un calcul provenant de la glande vulvo-vaginale.
M. Guyon communique, au nom de M. le Dr Joün (de Nantes),
une observation d’ovariotomie pratiquée avec un plein succès
chez une petite fille de 12 ans 1/2 non encore menstruée.
Séance du 2 juin. — M. le Dr Liégeois, chirurgien à l’hôpital du
Midi, apprend à ces collègues que depuis le mois d’octobre 1867
il traite ses syphilitiques par le moyen des injections sous-cu­
tanées de sublimé. Sa formule est la suivante:
Eau distillée.................................. 90 grammes
Sublimé............................................ 0 20 centigr.
Chlorhydrate de morphine........... 0 10
»
Ce qui fait un peu plus de 0, gr. 004 de sublimé pour une se­
ringue de Pravaz.
Pendant l’année 1868, M. Liégeois a traité de cette façon 196
malades, dont 193 atteints d’accidents secondaires et 3 d’accidents
tertiaires. Tous les matinsil pratiquait deux injections successives
dans le tissu cellulaire du dos. Sur ces 196 malades, 172 ont guéri
complètement ; chez 69 il y a eu amélioration notable. Le trai­
tement a duré en moyenne 37 jours.
M. Devalz médecin aux Eaux-Bonnes, lit une observation de
plaie avec lésion de l’artère fessière et hémorrhagies secondaires
considérables. Une simple compression exercée au moyen de
bourdonnets de charpie imbibés de perchlorure de fer et re­
nouvelée à deux reprises a suffi pour arrêter l’écoulement san­
guin.
Séance des 9 et 16 juin. — M. Giraud-Teulon est élu membre
titulaire de la Société.

�REVUE.

.1OURNAUX FRANÇAIS.

M. Liégeois dit que les injections de sublimé ont la propriété
de faire engraisser; il présente, pour appuyer son dire, deux la­
pins qu’il a soumis à sa méthode et qui se sont notablement dé­
veloppés depuis le début du traitement. M. Liégeois en conclut
que le mercure n’agit point comme spécifique, mais comme
tonique.
M. Desprès déclare que pour lui le mercure est au moins inutile,
sinon nuisible, dans le traitera eut de la syphilis. La méthode de
M. Liégeois n’est point d'ailleurs supérieure aux autres modes
d’administration du mercure : en tout cas elle donne des résultats
moins avantageux que celle préconisée par lui Desprès et qui con­
siste à traiter les syphilitiques par un régime tonique et répa­
rateur.
A la suite de cette discussion, a lieu entre MM. Depaul et Des­
près un échange de paroles qui dégénère bientôt en altercation
violente. M. le Président, après avoir inutilement prononcé le
rappel à l'ordre, est contraint de lever brusquement la séance.
Dr S eux Fils.

riable. Entre Azéma, qui, à l’ilc de la Réunion, a observé deux
cas où cette période n’aurait pas duré plus de trois à quatre
jours, et Ililliet et Barthez, qui ont observé un fait où elle a
paru se prolonger 40 jours, il y a place pour l’opinion de Stoll,
qui Fa circonscrite entre 8 et 10 jours, Williams et Gregory
qui l’ont limitée entre 10 et 10 jours, Rayer, qui lui attribue
une durée de 10 à 20 jours, Gintrac, qui lui a donné pour li­
mites 9 et 27 jours. Laboulbène, dans un travail que YUnion
Medicale publiait en novembre 1808, lui assignait 12 à 15
jours ; une note du docteur Pellarin, insérée au mois de mai
dans le même journal, fixe également, d’après des faits récem­
ment observés à Montrouge, le chiffre de douze jours comme
temps moyen de l’incubation. Voilà donc onfin deux médecins
d’accord; peut-être à l’avenir finira-t-on par s’entendre sur
celte question.
Mais un problème qui, selon toute apparence, attendra
longtemps encore sa solution, c’est celui des rapports de la
goutte et du rhumatisme, soulevé de nouveau par M. Féréol,
à propos de deux autopsies de goutteux. Ces deux malades
présentaient réunies les altérations anatomiques qui caractétérisent, les unes, la goutte , les autres, le rhumatisme; si, fait
observer l’auteur, à cette considération qu’on voit souvent les
deux diathèses se mélanger dans les races et dans Fhérédité,
vient s'ajouter cette considération importante qu'on les trouve
mélangées assez souvent chez le même individu, et cela sur la
table d’autopsie, il parait difficile de ne pas en conclure
qu’elles sont plus voisines l’une de Fautre qu’on n’a voulu
l’admettre dans ces derniers temps. Sans aller jusqu’à l’iden­
tité, ne pourrrait-on du moins accepter qu’elles constituent
deux branches distinctes émanant d’une même souche ?
Ainsi parle, dans VUnion Médicale, M. le docteur Féréol. De
plus, profitant de cette occasion si rare qui lui a été offerte de
pratiquer l’autopsie de goutteux, l’auteur a essayé de voir
comment les dépôts d’urate de soude se comportent vis-à-vis
du tissu osseux. C’est le tissu spongieux de l’os qui parait seul
capable de s’infiltrer d’urate de soude ; il ne subit cette altéra­
tion qu’en se laissant envahir par le tissu fibreux qui semble

598

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Pathologie médicale.)
Quelle est la durée de l'invasion variolique? tout le monde
croit le savoir: deux à quatre jours, suivant que l’éruption
sera confluente ou qu’elle devra rester discrète ; mais en estil toujours ainsi ? non, et aux faits déjà publiés de Dehaën,
Sydenham, Gubler, Durosiez, où cette période a duré dix et
douze jours, la Gazette des Hôpitaux vient d’en ajouter un
nouveau, recueilli dans le service de M. Constantin Paul, où
l’invasion s’est prolongée pendant quinze jours. L’auteur croit,
comme M. Durosiez, que l’éruption peut être retardée par une
fièvre continue coexistante ; mais on a le droit de se deman­
der si, en pareil cas, il s’agit d’une coexistence plutôt que
d’une succession.
Quelle est la durée de l’incubation variolique ? personne ne
le sait bien, sans doute parce qu’il n’y a pas ici de règle inva­

599

�REVUE.
lui apporte!' la matière morbide, et devant lequel ü se résorbe
lui-même eu présentant l’aspect décrit sous le nom d’ostéite
raréfiante ; au contraire, le tissu compacte s’épaissit, s’éburne
et présente des ostéopliytes irrégulières, sans trace de dépôts
uratés.
En firtt d'affections articulaires pouvant très-bien simuler
les affections rhumatismales, mais qui, cette fois, en diffèrent
bien parleur nature, il importe de signaler les arthropathies
consécutives à l'ataxie locomotrice progressive, sur lesquelles
M. Benjamin Bail vient de publier un bon travail dans la Ga­
zette des Hôpitaux. La tuméfaction du genou, siège assez ordi­
naire de cette affection, devrait faire penser à l'invasion du
rhumatisme, mais l’absence habituelle (14 fois sur 16) de
rougeur, de fièvre et de douleur, jointe à une légère infiltra­
tion du membre correspondant, éclairera le praticien sur l’ori­
gine du mal.
C'est encore un problème de diagnostic que, dans le même
journal. M. Bouchut cherche à résoudre. L’embolie cérébrale
produit souvent une hémiplégie subite ; comment la distin­
guer de l’apoplexie ? Par l’examen ophthalmoscopique. Dans
le premier cas, il n'y qu’œdème papillaire ; dans le second, on
observe une forte hypérémiedela papille et de la choroïde avec
phlebectasie rétinienne.
Un autre procédé d’investigation, qui ne peut se dire
moderne puisqu’il remonte à Sanctorius ou tout au moins à
De Haën, mais qui, en revanche, n’a plus besoin de faire ses
preuves, la thermométrie a réclamé par la voix de M. Charcot,
dans les colonnes de la Gazette Hebdomadaire (n° du 21 mai),
une place importante dans la clinique des vieillards. Le ther­
momètre apprécie non-seulement l’excès de chaleur, mais
encore, signe précieux, l’algidité centrale. Placé dans le rectum
il donne des résultats plus exacts que par l’exploration axil­
laire. Les températures élevées sont très-dangereuses quand
elles se maintiennent ; ainsi, tandis qu’une chaleur de 45 de­
grés peut n’être pas mortelle, une courbe thermographique
qui, dans la pneumonie, dépasse plusieurs fois 40°, 5, aboutit
presque fatalement à la mort.
600

JOURNAUX FRANÇAIS.
601
Dans Je même ordre de recherches, nous devons signaler
aussi les études de Ileubner sur la marche de la fièvre dans
les affections pyohémiques, traduites par llénocque et pu­
bliées dans la Gazette hebdomadaire. Ce qui domine dans la
marche de ces affections, c’est le, type irrégulièrement inter­
mittent. Jusques-là, l’auteur allemand tombe d’accord avec
le professeur Sée. Mais, tandis que M. Sée nous enseignait na­
guère que, dans l’intervalle des accès, les rémissions ne sont
pas complètes, que la ligne d’ascension et la défervescence sont
l’une et l'autre notablement plus lentes que dans la fièvre des
marais, Heubner nous apprend, au contraire, que l’ascension
et la défervescence sont ici très-brusques et que les rémissions
peuvent-être complètes ; seulement il est rare qu’elles durent
plus de deux heures.
C’est moins sous le rapport pratique qu'au point de vue de
la science pure que M. Soulier examine le mouvement fébrile
dans un remarquable article intitulé : Le Physiologisme mo­
derne et la fièvre (Lyon medical, 9 mai 1869.) Partant de trèshaut, l’auteur montre l’importance qu’aurait en physiologie
pathologique la solution du double problème de l’assimila­
tion des forces physiologiques aux forces physico-chimiques,
et de la réduction des forces physico-chimiques en une seule.
La théorie aujourd’hui à peu près officielle, qui considère
les phénomènes fébriles comme les résultats d’une combustion
exagérée, parait à M. Soulier passible de plus d’une objection,
l'absence d’un excès bien démontré d’exhalation d’acide car­
bonique par les poumons chez les fébricitants, et les recher­
ches récentes de Bouchardat, qui tendent à prouver que
l’urée, dont la quantité est, on le sait, augmentée chez ces
malades, provient non pas d’une oxydation mais d’un dédou­
blement des principes immédiats azotés ; voilà, en effet, deux
arguments sérieux contre cette doctrine. Le savant médecin
de Lyon constate enfin la tendance actuelle, la plus jeune et
on peut bien dire aussi la plus vieille des théories, qui con­
siste à considérer comme cause prochaine delà fièvre une al­
tération du sang par des substances diverses, matières régres­
sives, éléments septiques, bactéries, etc.
39

�602

REVUUE.

Parmi les travaux qui ont paru récemment dans les .jour­
naux de province, nous devons signaler encore la description
d’un cas de crampe des écrivains recueilli avec la plus parlaite exactitude, puisque le sujet était médecin ; à cette obser­
vation, le docteur Desclaux ajoute quelques remarques sur la
crampe des artistes. (Revue Médicale de Toulouse, juin 1869.)
Ce qui est non moins intéressant, c’est l’observation d’une
forme particulière de dyssenterie recueillie chez un malade
venant de Cochincliine et présentée à la Société de médecine
de Bordeaux par le docteur Bonnal (Union Médicale de la Gi­
ronde, mai 1869J La dyssenterie, ou plutôt le flux diarrhéi­
que, alternait ici avec la fièvre, et les préparations quiuiques
associées à l’application du drap mouillé eurent un résultat
favorable. Cette observation cependant est moins concluante
que celle d’un cas de diarrhée qui, après avoir résisté à tous
les traitements, céda au sulfate de quinine prescrit par M. Jules
Simon, qui a communiqué, il y a deux mois, le fait à la So­
ciété médicale des hôpitaux.
Puisque nous sommes sur les limites de la pathologie et de
la thérapeutique, qu’il nous soit permis de faire une courte
excursion sur le champ de cette dernière, pour annoncer
quhm élève de notre école, M. Lavergne. qui a du continuer
ses études à Grenoble, vient d’insérer dans le Journal de mé­
decine du Dauphiné et de la Savoie, la première partie d’un
mémoire sur l’emploi du sang chaud dans le traitement des
maladies consomptives. Puisque la viande crue rend de si im­
portants services, pourquoi le sang, lui aussi, ne serait-il pas
utilisé ? Telle est la pensée qui a inspiré ce travail dont nous
attendons la suite avec une impatience légitimée par le sujet
lui-même et par l’intérêt que mérite l’auteur.
Un mémoire qui n’est pas non plus terminé mais dont une
partie importante a paru dans deux numéros des A rchives gé­
nérales, c’est l’étude du professeur Lasègue sur l’alcoolisme
subaigu. Ce titre n’est pas d’une parfaite exactitude, car l’au­
teur traite seulement des troubles intellectuels à marche su­
baiguë qui se produisent dans l’alcoolisme ; il y a là une
analyse minutieuse de symptômes qu’il est impossible de
résumer mais que nous devons signaler à nos lecteurs.

.JOURNAUX ESPAGNOLS.
603
Nous leur indiquerons aussi, dans le même recueil, une
étude du docteur Foville sur la morl instantanée causée par
le passage de matières alimentaires, en voie de digcstion.de
l’estomac dans les voies aériennes ; il est possible que cet acci­
dent soit dn à un mouvement d’inspiration survenu pendant
l’acte du vomissement, mais souvent, d’après M. Foville, les
matières alimentaires, trouvant les orifices de la bouche et des
fosses nasales fermés parla contraction spasmodique des mus­
cles de la déglutition, sont refoulées dans l’arbre aérien. Gettc
occlusion musculaire des orifices postérieurs de la bouche et
des forces nasales, peut se trouver réalisée dans les efforts
volontaires énergiques et dans la période initiale des accès
d’épilepsie. Aussi plusieurs des sujets chez lesquels la mort
subite est survenue de celte manière étaient-ils dans l’une
ou l’autre de ces deux conditions au moment où ils ont suc­
combé.

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
JOURNAUX ESPAGNOLS.
E l siglo miîdico. — Ce recueil contient dans ses numéros
de mai et de juin, une série de bons articles du DT Nielo
Serrano sur la liberté morale. L’auteur conclut, des considéra­
tions psychiques et métaphysiques auxquelles il s’est livré,
que l’homme est nécessairement libre ; que le sentiment de sa
conscience se confond et s’identifie avec la liberté de déter­
mination intérieure indispensable à la vie : qu’il est toujours
libre de vouloir ou de ne pas vouloir ; qu’il est inviolable dans
le sanctuaire de sa conscience; c’est pour cela et cela seul
qu'il est responsable de ses actes.
Pleurésie latente avec épanchement séreux, accompagnée de
gastrite cl d’ascite — thoraccnlèse — prompte guérison. — Le

�60 i

SAU V ET.

sujet de cette intéressante observatiun est un garçon de 13 ans,
entré le 24 avril 1838 dans le service de Don JoséSeco Baldor,
professeur de clinique à la faculté de Madrid. Cet enfant fut
ponctionné le 23 mai suivant, avec un trocart garni de
baudruches, dans le 7'“' espace intercostal, à quelques centi­
mètres au-delà du niveau du grand pectoral. La guérison fut
très rapide et en quelques jours tous les symptômes thoraci­
ques et abdominaux disparurent (20 et 27 juin).
E l compiladou medico — de Barcelone. — Kgste séreux
déroulé dans le rein (fauche. — Une malade de la clinique du
Dr Loca était atteinte d’une pneumonie chronique qui se
termina par suppuration : Elle portait sur la région épigas­
trique une tumeur volumineuse dont il était difficile de pré­
ciser la nature ; à l’autopsie , on constate que l’estomac
occupe dans l’hypocondre droit la place du foie. Celui-ci, du
volume ordinaire, était placé derrière l’estomac,de manière que
le poumon droit était atrophié dans la partie antérieure et
refoulé en haut par les organes abdominaux et la résistance
des parois thoraciques — L’auteur en conclut qu’un kyste
séreux peut exister sur un des deux reins sans troubler les
fonctions propres à cet organe... et que la région épigastrique
peut présenter une tumeur semblable, quant à sa forme et à sa
résistance, à un kyste.hydatique du foie, dont le rein est ce­
pendant le siège. — Nous regrettons qu’il n’ait pas indiqué
si la pneumonie à laquelle la maladie a succombé, affectait le
poumon droit ou gauche, ce qui nous parait important à
déterminer, relativement à la position anormale qu’occupait
le poumon droit à l’état d’atrophie dans lequel on l’a trouvé.
— Dr Robert. — 26 avril.
El progriîsso medico de cadix . — Quelques considérations
sur la constitution médicale régnante. Bonne appréciation d’une
espèce de grippe, avec des caractères particuliers, et surtout
des prodromes graves, peu en rapport avec la-bénignité réelle
de la maladie qui a régné épidémiquement à Cadix et ses en­
virons, depuis la lin de janvier jusqu’à la lin de mars dernier,
par le Dr Fernandez de Ilaro. — 15 avril.

60.7
JOURNAUX ESPAGNOLS.
• Blessure avec séparation complète d'un lambeau — cicatrisa­
tion immédiate. Un garçon de 16 ans se présente le 6 février
dans le service de la clinique du professeur Melendez,— il
porte au pouce de la main gauche une blessure par incision
qu’il s’était faite avec un instrument de charpentier ; un lam­
beau ovale, formant la moitié postérieure de la dernière
phalange, en avait été détaché ; la mère du blessé l’apporta
bientôt dans du papier et l’interne de garde l’ayant recollé et
pansé avec soin, la cicatrisation fut complète le 6me jour.—
l*r mai.
Deux cas d'épilepsie guéris par le bromure de potassium. Une
jeune fille de 18 ans, dont l’affection remontait à un an, et un
enfant de 11 ans épileptique depuis 3 années ont été guéris par
l’administration du bromure de potassium.— Dr Melendez. —
1" mai.
Observations très abrégées, trop écourtées pour l’importance
d’une médication dont l’efficacité est contestée.
Tumeur sanguine de la langue — ablation par Vécraseur
de Chassaignac— guérison. Une femme de 28 ans, épileptique,
portait sur la partie inférieure de la langue, vers la pointe,
une tumeur qui d’abord se forma rapidement, se développa
ensuite lentement et finit par acquérir le volume d’un haricot.
Elle était molle, indolente, de couleur foncée, fourrée de
petites veines variqueuses, sans pulsations manifestes, mais
susceptible d’augmentation ou de diminution par la compres­
sion des vaisseaux placés au-dessus du cœur, pas de douleurs
pulsatives, pas de fluctuation ; pas de symptômes généraux
d’une diathèse quelconque. La malade ayant été chloroformisée, fut opérée par MM. les D' Hontanon et Dacarrete. La
plaie fut pansée avec une solution de perchlorure de fer, au­
cun accident ne se manifesta pendant les trois premiers jours,
puis survint une inflammation considérable de la langue,
accompagnée d’une suppuration fétide abondante, de pus
sanguinolent, de vives douleurs s’irradiant dans tous les
organes.voisins et d’un sentiment très prononcé de constriction et de suffocation. Enfin, tous ces symptômes se calmèrent
peu à peu, la guérison fut complète au bout d’un mois,

�I,. JUBTOT.
époque à laquelle la langue avait repris toutes ses fondions
physiologiques.
DTHontanon. — 15 mai.
Obsei'vation très intéressante de tétanos guéri par l'hydrothé­
rapie du Z)r Juan Coll. — 15 juin.
G aceta medica de granada . — Le Dr Rodriguez Mondez vient
de créer à Grenade une revue de quinzaine sous le titre de
Gazette médicale, — dans ce recueil, dont nous n'avons reçu que
quelques fascicules, nous remarquons déjà deux articles très
intéressants : 1° une observation d’irodo-coroïditis, d’origine
traumatique, guérie promptement par l’énucléation de l’œil, du
Dr Creus ; 2° Quelques considérations sur la Métrite chronique
parenchymenteuse, traitée par la teinture d’iode; du D’ Gorner
Torres. Nous souhaitons volontiers la bienvenue à cette nou­
velle revue médicale et nous applaudissons de tout cœur aux
généreux efforts de nos confrères espagnols, qu’anime en ce
moment l’ardeur toute juvénile d’une rénovation scienti­
fique (1).
GOG

Dr S a uv et .

BULLETIN THÉRAPEUTIQUE

Brùlnre au 4e degré.—Guérison par l'emplâtre Maure du Dr Moulaud,
( Observation recueillie dans le service de M. le professeur Cosle par L. Jubiol.)

Le o décembre 1868 est entré dans le service de la clinique
chirurgicale, un enfant atteint d’une brûlure au 4e degré de tout
le pied droit. Cette brûlure s’étendait jusqu’aux malléoles et
faisait le tour du coude-pied : — Tout fut employé pendant
quatre mois sans aucun résultat, et cette blessure, qui paraissait,
inguérissable, commençait même à altérer visiblement la santé
générale de ce jeune malade. Dans les premiers jours de mars 18G9,
le professeur de clinique songea enlin, comme dernière chance
(1) Nous publierons très-prochainement l’analyse des journaux Portugais

BULLETIN THÉRAPEUTIQUE.
607
do salut pour ce pauvro enfant, à recourir à un topique qu’il
avait vu autrefois employer avec succès par le Dr Moulaud, c'est
Lemplàtre connu à LHôtel-Dieu de Marseille sous la dénomination
« (Vemplâtre maure du D’ Moulaud. »
On s’en servit pour panser le pied, et au bout de dix à quinze
jours, on observait deux ilôts de cicatrisation, l’un immédiate­
ment au dessus de la naissance des orteils, l’autre sur le coudepied. Ces deux points s’étendirent de jour en jour et formèrent
ainsi une très large surface de cicatrisation, sur laquelle on
n’osait à peine compter. Le pansement fait chaque jour avec soin
a été couronné d’un plein succès, et l’enfant, dont l’état général
était devenu satisfaisant, a demandé a sortir, et à emporter un
morceau de cet emplâtre bienfaisant, pour le placer lui-même
sur un point, au dessus de la malléole interne, dont la cicatri­
sation n’était pas encore complète. (Fin mars).
Un sçul fait regrettable dans cette guérison, et qui se produit
souvent à la suite de pareilles blessures, c’est que la puissance
rétractile du tissu cicatriciel a été assez considérable pour amener
le renversement des orteils sur la face dorsale du pied. Mais
quand on pense aux suites désastreuses que pouvait occasionner
une brûlure si étendue et si rebelle, ce n’est là qu’un détail
fâcheux à la vérité, mais que le temps et l’exercice du pied, pour­
ront atténuer et même faire disparaître.
FORMULE DE L’EMPLATRE MAURE DU DOCTEUR MOULAUD.

Emplâtre diachylon............................. 3000 Grammes.
Cire jaune............................................ 125 »
Poix résine............................
125 »
Encens pulvérisé................................ 150 »
Stiran.................................................... 375 »
Mercure coulant.................................. 750 »
(Avoir soin de diviser entièrement le mercure à l’aide du
stirax).
Nous avons pensé qu’un tel résultat, obtenu par une médica­
tion qui n’est peut être pas assez connue au dehors de l’hôpital,
méritait d’être signalé ; car il nous paraît une preuve bien
évidente de la puissance de l’emplâtre maure et de la possibi­
lité de guérir, et même rapidement, les brûlures du quatrième
degré.

�608

BONHOMME.

CAUSERIESComprenez-vous l’embarras d’un homme que sa nature a fait
paresseux, que ses habitudes ont rendu flâneur, qui déteste toute
occupation sérieuse qu'on lui impose, qui repousse, comme pou­
vant troubler sa douce quiétude , toute idée d’ordre, de régularité,
de méthode et autres vieilleries si chères a nos savants, et auquel,
un beau jour, on vient dire; voilà 50 journaux qu'il faut parcou­
rir; il y en a de tous les pa}rs, de Paris, de Rouen, de Lille, de
Strasbourg, de Lyon de Montpellier, de Toulouse, de Bordeaux,
dites-nous ce qui se passe d’intéressant dans ces localités, vous
serez désormais le chroniqueur mensuel de notre recueil et comme
vous êtes incapable de traduire l’Anglais, le Danois, le Suédois,
le Hollandais, l’Allemand, le Russe, le Grec, l'Hébreu, l ’Arabe,
le Sanscrit, l’Italien, le Portugais ou l'Espagnol, nous vous fai­
sons grâce des feuilles étrangères, soyez donc heureux de votre
ignorance, cher ami, et mettez-vous gaîment à cette facile beso­
gne. Eh bien franchement, c'est là le plus vilain tour que l’on
pût jouer à l’humble auteur de ces causeries, et j ’estime que votre
amitié, Messieurs, pouvait se traduire d’une autre façon que par
ce trait de perfidie. Eh quoi, j ’aime la belle nature et je me com­
plais dans l’admiration de ses magnificences et vous voulez faire
de moi un chroniqueur ; mais il faut lire, compulser, travailler et
cette idée seule suffit pour me donner la chair de poule.
Je fuis comme la peste les discussions politiques, parce qu’elles
dérangent ma digestion. Les controverses religieuses me sont
antipathiques, parce que je ne crois pas à la théologie et que
récitant avec conviction mon credo, je me sens plus fort que
tous les Molinistes et Jansénistes ensemble, dont les subtilités me
crispent et m’agacent. Je n’ai jamais lu Saint-Thomas d’Aquin
que pour m’endormir, et je dois avouer que cela m’a toujours
réussi. Je juge, sur le nom de leur auteur, et sans en parcourir une
seule page, les Parfums de Rome, les Odeurs de Paris ; je n’ai pas
encore avalé une seule des innombrables Couleuvres de M. Veuillot,
y comprises celles qu’il a publiées récemment, et vous voulez que,
de gaîté de coeur, sans y être contraint par voie d’huissier, je
plonge mon pauvre cerveau dans ce fatras de journaux de mé­
decine accumulés depuis un mois sur mon bureau. Mais vous ne

669
CAUSERIES.
savez donc pas que les sciences médicales surtout me font peur
et qu’à force de réfléchir, je ne suis plus bien sûr d’interpréter
sainement ce que je vois et ce que j’entends. Je finis ainsi par
me persuader que le microscope, dont l’usage a toujours fatigué
mon nerf optique, quand j’ai voulu prendre pour objectif une
goutte de sperme, de sang, de pus ou de tout autre liquide ani­
mal, n'a été inventé que pour me faire connaître la structure
intime des fleurs ouïes couleurs chatoyantes des brillants Lépi­
doptères qui viennent s’y poser, ce qui réellement m’intéresse,
me récrée, m’amuse et me charme ; au lieu que la recherche de
cette vilaine cellule génératrice des agrégats atomiques et imper­
ceptibles du corps de l’homme, ne m’offre qu'une étude stérile et
fastidieuse qui peut nous conduire au bouleversement de toutes
les doctrines médicales et nous prouver que nous ne savons à peu
près rien de ce que nous devrions connaître. Le laryngoscope et
l’ophthalmoscope ne sont pour moi que des instruments révolu­
tionnaires à l’aide desquels on a voulu refaire la nosographie du
larynx et de l’œil. Avec le premier, je vois trouble, et notre ami
Nicolas, qui a traduit de l’anglais un beau livre sur la laryngoscopie, n’a jamais pu me faire distinguer la plus petite corde vocale.
Avec le second, je vois double, et l’habile Métaxas, qui sait si
bien s’en servir , n’est pas parvenu, malgré sa patience, à me
montrer distinctement les différentes parties qui constituent
l’organe de la vision. Ce sont là à coup sûr des inventions de spé­
culateurs aux abois qui fatigués de ne vendre que des verres bleus
et blancs ou des pince-nez à l’usage des petits crevés ont imaginé
ces lunettes d’un nouveau modèle ad usum médicorum\ ce qui leur
a permis de les vendre vingt ou trente fois plus qu’elles ne va­
lent , c’est une couleuvre médicale qu’ils ont fait avaler à nos
confrères de Paris.
Je ne crois pas plus aux effets thérapeutiques de l’électrisation
localisée qui donne la trembloltc, qu’à ceux du magnétisme qui,
si souvent, laisse après lui le nervosisme, mais je signale en
passant cette cause fréquente des névropathies au savant
M. Bouchut, qui s’en est occupé avec tant de succès. Je ne crains
pas de convenir également de mon peu de foi dans les résultats si
vantés de la pulvérisation des liquides et j ’avoue naïvement que
ce que j’admire le plus dans cette affaire, ce n’est pas l'inven­
tion de l’eau pulvérisée, découverte dont je ne contesterai certes
pas l’utilité, mais celle de l'annonce que le fabricant de pulvé­
risateurs étale aux yeux du lecteur à la dernière page des jour-

�BONHOMME.
naux de médecine. On y voit le buste d'un homme bien coiffé,
bien attiffé qui, dans sa bouche béante reçoit un flot de liquide
noir pour représenter la colonne blanche de l'eau pulvérisée. Cette
image est parfaite, elle vous saisit, captive, et il faut vraiment
ne pas avoir 30 francs dans sa poche pour résister au désir d’ache­
ter cet ingénieux instrument, à moins qu’après l’avoir vu, revu et
retourné, l’acheteur ne se retire, répétant, avec une variante, le
vers que murmurait le vieux rat de Lafontaine , devant son bloc
enfariné.
Et c’est dans ces conditions d’incrédulité pour les bons effets
des découvertes récentes que l’on nous choisit pour chroniqueur !
Mais nous sommes inhabile à déguiser notre pensée et notre
chronique ne manquera pas d’apprécier, avec impartialité tou­
jours, mais quelquefois avec sévérité, se qui se passe autour de
nous. Ce que nous voyons en ce moment, par exemple, n’est pas
de nature à nous satisfaire. La médecine tombe de plus en plus
dans la spécialité; de scientifique elle devient industrieuse ; c’est
un reproche que l’on adresse seulement depuis quelques années
à quelques grands praticiens de l’époque, mais du moins le corps
enseignant, Yofficiel surtout, devait se maintenir dans des sphères
plus élevées. En d'autre temps, il faisait l’admiration du monde
scientifique, et de nos jours, il ne sait pas même se faire estimer
de ceux auxquels il est chargé d’enseigner et d’apprendre. A qui
la faute cependant? Faut-il s’en prendre à la génération actuelle
des étudiants? Non sans doute, s’ils ne sont pas meilleurs que
nous, ils valent à coup sûr autant que nous ; ils sont frondeurs,
je le veux bien, mais tout français l’est bien un peu, et nous
l’étions autant qu’eux à leur âge, ce qui ne nous empêchait pas
d’aimer nos maîtres, de les admirer et d’écouter leurs leçons
comme des oracles. Quand la médecine nous était enseignée par
Fouquier, Rostan , Andral ou Chomel, quand nous faisions de
la chirurgie avec Roux, Velpeau, Lisfranc, Malgaigne et Ricord,
nous savions qu'à l’école de ces maîtres aimés, nous devien­
drions de bons médecins et d’habiles chirurgiens , et nous
laissions à la porte de l'amphithéâtre toute réminiscence de la
soirée passée, la veille, à la chaumière ou aux concerts Musard.
Ce n’est pas non plus, je veux le croire, la faute individuelle des
honorables titulaires actuels des chaires de la Faculté de Paris ;
mais c’est, à coup sûr, la faute et la très grande faute de la haute
direction imprimée à l’enseignement médical en France. — l)e
6! 0

C11
CAUSERIES.
notre temps, avec les noms illustres que nous avons cités, cet
enseignement n’était pas déjà trop vitaliste; l’organe et ses fonc­
tions nous préoccupaient et nous apprenions à apprécier saine­
ment le rôle important qu’il jouait dans les phénomènes morbides
qui se déroulaient sous nos yeux, mais on n’affichait pas publi­
quement le profond mépris qu’on affecte de nos jours pour tout
ce qui tient au spiritualisme. Sans doute on le considérait comme
une doctrine insuffisante en médecine, mais on ne le répudiait
pas comme une vieillerie qui n’a plus sa raison d’être, comme si
l’homme avait dégénéré au point de ne plus constituer cet être
tout à la fois moral et physique que nous connaissons, qu’il n’y
eût plus en lui que des organes, des agrégats et des cellules, et
que son corps ne fût plus qu’un laboratoire où les phénomènes
chimiques et physiques s’accomplissent avec plus de régularité
et de précision qu’ailleurs.
Dirigée par ces croyances, la Faculté, chargée du reste de se
recruter elle-même, accorde ses préférences à des histologistes,
des chimistes, des physiciens, des botanistes. Les élèves, qui sont
venus à Paris pour étudier la médecine et la chirurgie, fatigués
de dépenser leur patrimoine et les plus belles années de la vie
sans profit pour leur véritable instruction, vexés, humiliés dans
leur amour propre d’être jugés par des professeurs qui souvent
du médecin n’ont que le diplôme, se prennent un beau jour à
maudire leurs maîtres et se révoltent contre les règlements uni­
versitaires.
Il y avait certainement bien mieux à faire : bon nombre de ré­
formes eussent été plus opportunes que le développement exagéré
accordé aux études des sciences accessoires. Il fallait d’abord
maintenir cette grande institution du concours pour les chaires
des facultés. Rien n’inspire aux élèves le respect des maîtres,
comme ces magnifiques épreuves par lesquelles les professeurs
de l’avenir viennent prouver leur haute capacité devant un im­
mense auditoire: vaincus, ils emportent presque toujours la sym­
pathie et l’estime de leurs confrères de tout âge ; vainqueurs, ils
s’imposent à leur respect par cette solennelle consécration; im­
pression vive, mais durable, qui ne s'efface jamais, se transmet
et se perpétue des étudiants anciens aux nouveaux venus, et que
conservent religieusement ceux qui l'ont éprouvée. Dites s’il esrt
une manière plus digne et plus noble de pénétrer dans ce sanc­
tuaire de l’enseignement supérieur et si, par comparaison, l’élec­
tion à huis clos du titulaire, ne vous paraît pas une chose piètre

�BONHOMME.
et mesquine. Il fallait ensuite disséminer sur une vaste échelle
ces foyers d'instruction ; il fallait les multiplier, non pas en créant
par ci, par là, après les tâtonnements administratifs d’usage, de
nombreuses hésitations, une chaire sollicitée depuis dix ou quinze
ans, mais en organisant un enseignement complet partout où le
besoin s’en faisait sentir, je veux dire partout où se rencontrent
les ressources nécessaires à l’enseignement, partout où se trou­
vent des élèves prêts à le recevoir. On a beau faire et beau dire ,
Paris ne conservera pas toujours les nombreux privilèges dont il
jouit et s’il veut se maintenirà la tète du mouvement intellectuel,
il faut qu’il se décide à marcher à pas de géant et surtout à ne pas
faire comme les écrevisses, car voilà que la province se met au
pas accéléré et chacune de nos grandes villes aspire à devenir un
centre scientifique. Cette prétention n’est-elle pas suffisamment
justifiée? Lyon et Marseille n'offrent-ils pas aux élèves des res­
sources anatomiques très supérieures à celles de la capitale où
l'on paye si cher le droit de disséquer un cadavre ; à celles de
Montpellier, où l’on ne peut pas disséquer du tout ? Les études
cliniques peuvent-elles rencontrer des sujets morbides plus nom­
breux , plus variés que ceux que nous avons ici sous les yeux
et qui désertent les quatre parties du monde. Et cependant on
croit faire à Marseille une grande faveur en lui accordant une
école tronquée où l'on n’enseigne pas les premiers éléments de
l’hygiène, qui devrait être de toutes les sciences médicales la plus
répandue et la plus populaire, où le professeur d’anatomie a dû
se charger , par surcroît, d’enseigner la médecine légale, comme
si l’art de conserver la santé et la mission d’aider la justice dans
ses investigations, ne devaient profiter qu’aux seuls habitants
de Paris, de Strasbourg et de Montpellier, et que ceux d’une ville
de 300,000 âmes ne fussent pas dignes d'une aussi sérieuse atten­
tion. Il est vrai, qu’en revanche, on nous a prodigué les moyens
d’apprendre la chimie ; notre école est sous ce rapport, mais sous
celui là seul, extrêmement privilégiée, elle jouit d’une chaire de
pharmacie et de toxicologie , puis d’une autre dite de chimie médi­
cale sans compter celle de matière médicale et de thérapeutique
dans laquelle on fait bien encore un peu de chimie. Ce que de­
mandent les élèves des écoles secondaires et qu’il serait juste
d’accorder, c’est la suppression de cette servitude universitaire
Mui fait payer presque deux fois les inscriptions qu’ils doivent
prendre, c’est un monopole pécuniaire conservé aux facultés et
qui, depuis longtemps, n’est plus en harmonie avec notre svs512

613
NECROLOGIK.
terne politique; il disparaîtra comme les autres, mais ne l ’oublions
pas, ce n’est pas avec le bruit et l’agitation que l’on obtient la
réforme des abus, ce n’est pas en se mêlant aux manifestations
tumultueuses de la politique que les élèves mériteront la bien­
veillance des chefs de l'Université. Qu’ils laissent agir les profes­
seurs; avant eux et mieux qu'eux, ils connaissent, ils sentent les
véritables besoins de lecole ; leur intervention est toute naturelle,
leur dévouement et le zèle de l’honorable directeur sauront bien
triompher de tous les obstacles que les élèves contribueront eux
mêmes à applanir par une conduite prudente et réservée.
I)r Bonhomme.

NÉCROLOGIE.
LE DOCTEUR BROQUIER.
Dans notre dernier numéro nous rendions à la mémoire de
l'un des plus anciens membres du corps médical un respectueux
et dernier hommage. Nous avons aujourd’hui un devoir plus dou­
loureux encore à remplir Celui dont nous déplorons la mort
subite et prématurée n'était point un vieillard parvenu au terme
de sa carrière, c’était un homme dans toute la force de l’âge ,
un praticien non encore pervenu au faîte de la profession médi­
cale, un fonctionnaire dont ses concitoyens étaient en droit
d’attendre encore de longs et dévoués services. En présence d'un
malheur aussi peu prévu nous nous demandons si nous ne faisons
pas un rêve, si ce confrère jeune, actif, aimé de tous, qui nous
saluait il y a peu de jours encore de son bon et doux sourire,
a disparu pour jamais. Le doute malheureusement n’est point
possible , et le chagrin que nous éprouvons s’accroît encore
lorsque nous songeons aux précieuses qualités que possédait no­
tre bien regretté confrère.
Broquier était fils de ses œuvres. Doué d’une intelligence
prompte, d'un esprit lucide, d’une facilité de travail prodigieuse,
il avait su de bonne heure se distinguer au milieu de ses cama­
rades. Successivement élève de nos hôpitaux, externe à l'Hôtel-

�SEUX FILS.
Dieu de Paris, chef interne puis chirurgien-adjoint, il Marseille,
il avait obtenu tous ces titres au concours et chacune de ces
circonstances avait mis en relief les brillantes qualités qui fai­
saient do lui l’homme des luttes scientifiques. Nommé plus tard
chirurgien en chef des hôpitaux, puis professeur suppléant à
l’école de médecine; chargé à plusieurs reprises de faire des
cours d’anatomie, il avait su attirer autour de lui les élèves par
son élocution claire et facile, par ses manières empreintes tou­
jours de la plus cordiale aménité.
L'affabilité et la bienveillance qui faisaient le fond du caractère
de Broquier avait rendu ce dernier sympathique à tous. Aimé de
ses confrères, bien vu du public, qui avait su apprécier le talent
réel du jeune chirurgien, il se trouvait à la tète d’une clientelle
qui tous les jours s’accroissait.
C'est dans ces conditions de bonheur que la mort apparut: sans
ce soucier de liens de famille, ni de ceux de l’amitié, elle a frappé
impitoyablement. Il n’est pas en notre pouvoir de soulager les pei­
nes de ceux qui pleurent, qu’il nous soit permis du moins de leur
présenter nos paroles comme un gage de douloureuse sympathie,
d'estime universelle et d’éternel souvenir.
D* S eux fils.
514

NOUVELLES DIVERSES.
Depuis près de deux mois, de nombreux cas de fièvre typhoïde
se sont déclarés dans notre ville, lesenfants surtout sontatteints.
La maladie présente en général une tendance adynamique très
accentuée.
— On nous assure qu’un concours pour deux places de chirur­
gien adjoint des hôpitaux aura lieu dans notre ville au commen­
cement du mois du novembre. Ce premier concours serait immé­
diatement suivi d’un second pour deux places de médecin-adjoint.
— La Société médicale homœopathique de France vient de dé­
cider la fondation à Paris d’un hôpital et d’une clinique homœopathiques. Cette fondation doit se faire au moyen d'une souscription
publique. La nomination des médecins attachés à l’établissement,

NOUVELLES DIVERSES.
515
soit, comme professeurs, soit comme praticiens sera , dit-on ,
exclusivement réservée à la décision de tous les médecins sous­
cripteurs convoqués ad hoc en assemblée générale.
— Pendant le mois qui vient de s’écouler, M. le professeur
Bérard, ancien doyen de la faculté de médecine de Montpellier,
est mort dans cette ville, emportant l’estime et les regrets de
tous ceux qui l’avaient connu. Un concours considérable de fonc­
tionnaires, d’élcves et d’amis assistaient a ses obsèques, M. le
recteur de l’Académie, MM. les professeurs Béchamp et Planehon
ont prononcé des discours sur sa tombe.
— Dans sa séance publique du 21 juin, l'Académie des sciences
a décerné trois prix de 2,500 francs : à M. Villemin, pour les re­
cherches sur l’inoculation du tubercule, à M. Lorain pour d’in­
téressantes études de médecine clinique et de physiologie pa­
thologique, et à M. Viguier, pour l'appareil imaginé afin de pré­
venir les collisions de train de chemin de fer aux bifurcations.
Divers autres prix ont été accordés à MM. Berigny (de Versailles),
Bréliant, Nicaise, Fraser et Rabuteau. MM. Ebrard, Charpillon,
Rambosson, Feltz, Flint et Raciborski ont obtenu des mentions
honorables.
— Le concours d’agrégation ouvert à la faculté de médecine de
Montpellier s’est terminé par la nomination de M. Masse dans la
section d’anatomie et de physiologie, de M. Sicard, dans la sec­
tion d’histoire naturelle.
— La ville de Leyde va ériger une statue au célèbre Boerhaave.
— La faculté de médecine de Montpellier vient de décider la
création d’une salle particulière pour ses archives. M. le doyen
BouiSson a fait don à la faculté, comme noyau de cette bibliothè­
que spéciale, de 500 volumes parmi lesquels quelques uns sont
du plus haut intérêt par leur rareté ou leur origine.
— Un concours pour la place de chef des travaux anatomiques
sera ouvert à la faculté de médecine de Montpellier le 26 août
prochain.
— Une assemblée médico-farntaceutica vient de s’organiser en
Espagne pour discuter les questions d'intérêt professionnel et pu­
blic, de salubrité et de bienfaisance.
— L’Académie de médecine de Grenade a mis au concours les
deux questions suivantes : Identité ou dualité du virus syphilitique ;

�SEI X FILS.
prophylaxie delà phthisie pulmonaire. Une médaille d'or et le titre
de membre correspondant seront la récompense des lauréats. Les
mémoires pourront être écrits en espagnol, en latin, en français
et en portugais; ils devront être adressés au secrétariat de l’Aca­
démie avant le 30 octobre prochain.
— On nous annonce que les Etats-Unis viennent de déclarer
incompatibles l une a l’autre les professions de médecin et de
pharmacien.
— A la date du 31 mai, le choléra faisait encore de grands ra­
vages au Sénégal, principalement sur les bords de la rivière de
Gambie et à Sainte-Marie de Bathurst. Gorce n’avait pas encore
été atteinte.
— Ou nous prie d'insérer la note suivant: Poste médical à
prendre de suite aux conditions de 2,000 francs, plus 200 francs
de gratification, logement, chaulfage et éclairage, sur le rivage
méditerranéen de France. [S'adresser à ( archiviste de l'état-major
de la place, « Marseille, par écrit ou verbalement).
616

(ancienne Union Médicale de la Provence)

0n,c Aunéc. — N° 8 ,- 2 0 Août I8G(J.

FRACTURES.
( Suite.)

A. F abre.

J’examinai alors attentivement la plaie et j ’enlevai deux
petites esquilles dont la plus longue mesurait douze millimè­
tres sur quatre de largeur, et tenait encore à un pdtit lambeau
de périoste qui ne fut pas conservé. Je procédai ensuite à la
réduction des os, commençant par le radius qui offrait le plus
de saillie : cette réduction fut très difficile. Je dus agrandir la
plaie, débrider quelques fibres musculo-aponévrotiques qui
avaient en quelque sorte incarcéré l’os, après quoi la réduc­
tion complète put être obtenue, ainsi que celle du cubitus qui
n’offrit aucune difficulté.
Je dois le déclarer, sans l’indocilité connue de cet enfant,
j’aurais peut-être hésité à lui appliquer immédiatement l’appa­
reil amidonné ; mais en présence d’un caractère fort difficile
à gouverner, aussi bien sous le rapport physique que sous le
rapport moral, je me décidai à appliquer l’appareil après
avoir recouvert la plaie d’un plumasseau de charpie légère­
ment imbibé d’eau froide et assoupli de façon à ce qu’il ne
put pas s’opposer à l’écoulement des liquides. Dès le lende40

�SIRUS-PIRONDI.
main, j’incisai l’appareil, et deux fois par jour il nous fut
permis de panser la plaie sans cesser de maintenir la main et
l’avant-bras dans une immobilisation à peu près complète. La
fièvre de réaction fut très forte. Dès le troisième jour il y eut
un peu de délire, et comme dans la chute le front avait égale­
ment frappé et portait en haut et à droite, au dessus de l’ar­
cade sus-orbitaire, une ecchymose assez étendue, à laquelle
nous n’avions pas prêté d’abord grande attention, nous crai­
gnîmes quelque grave complication du côté de l’encéphale.
Heureusement il n’en fut rien, Malgré l'âge du blessé, une
forte saignée générale fut pratiquée, et l’on administra le tar­
tre stibié, non pas en lavage, mais à doses croissantes; et,
chose remarquable, sous l'influence de ce traitement, nonseulement tous les symptômes généraux s’amendèrent, mais
d’incessantes envies de vomir qu’éprouvait le malade, depuis
l’invasion de la fièvre, cédèrent dès les premières cuillerées
de la solution stibiée.
J’ai depuis lors observé bien d’autres faits de ce genre, et
mon père m’a souvent répété que cette pratique lui avait d’or­
dinaire réussi dans les hôpitaux militaires où il avait été à
même de l’appliquer sur une large échelle.
La plaie, «menacée d’abord d’une poussée érysipélateuse,
commença à bourgeonner dès le huitième jour, Vu la nature
du tempérament de l’enfant, après voir lavé la plaie avec de
l’eau de quina, je la pansai avec de la charpie enduite de
pommade au chlorure d’argent. Dès le seizième jour, je com­
mençai à imprimer un très léger mouvement de pronation et
de supination à l’avant-bras ; la consolidation complète pou­
vait être constatée au trente-huitième jour et l’intégrité des
fonctions du membre fut si parfaitement récupérée que,
quelques années plus lard, ce jeune homme a pu être admis à
l’Ecole Navale. Je n’affirmerais pas que la portion d’os repro­
duite fut parfaitement semblable à celle qu'elle remplaçait, et
je l’affirmerais d’autant moins qu’à cette époque la question
chirurgicale du périoste n’était pas encore née ; mais ce qu’il
y a de positif c’est que la longueur des deux avant-bras était
identique, que le mouvement de rotation des deux os l’un sur
l’autre était facile, et le jeu des fléchisseurs nullement gêné.
618

FRACTURES.
6)9
Le second fait de ce genre a été recueilli à l’Hôtel-Dieu en
185G par un de nos anciens internes, aujourd’hui notre distin­
gué confrère M. leDrLebas.
Observation. — Victor R" ', âgé de 12 ans, fait le vingtquatre septembre une chute du haut d’un deuxième étage.
Transporté à l’IIôtel—Dieu le même jour, il est placé dans la
salle exclusivement destinée aux enfants.
On constate une fracture complète de l’avant-bras gauche
dans son quart inférieur. Le fragment supérieur du cubitus
faisait issue à travers les parties molles.
Vu l’état de broiement de la surface traumatique de l’os, la
saillie empêchant d’ailleurs la réduction de la fracture, son.
extrémité est réséquée au moyen d’une petite scie à main.
La plaie est pansée et maintenue dans de bons rapports au
moyen d’un appareil contentif provisoire. Dès le lendemain
apparaît de l’empâtement accompagné de gonflement et de
douleurs très vives. On enlève l’appareil ; on place le membre
sur un coussin déclive entouré d’une alèse roulée de chaque
côté et on l’enveloppe de larges cataplasmes arrosés d’eau arniquée, et souvent renouvelés.
Au bout de deux jours, érysipèle phlegmoneux manifeste.
Il occupe tout l’avant-bras et tend à se propager vers le bas.
Tartre stibié à l’intérieur. — Frictions avec l’onguent gris sur
toute la partie enflammée, et applications de cataplasmes
entre deux linges.
Du 28 au 30, l’érysipèle gagne le bras, et les ganglions sous
auxiliaires sont engorgés. Un œdème peu considérable occupe
même la région pectorale gauche; les frictions mercurielles
sont continuées et les cataplasmes remplacés par des fomenta­
tions de mauve et de pavot.
Le 30, on constate qu’il s’est formé un abcès dans la région
du coude au devant de l’extrémité supérieure du radius; il est
ouvert avec le bistouri; une assez grande quantité de pus
mélangé d’air s’échappe de l’incision, et un examen attentif
fait reconnaître une fracture commiuutive voisine de l’arliculation du coude; la peau est décollée depuis l’incision jusqu’à
la première blessure au quart inférieur de l’avant-bras.

�SIRUS-PIRONDI.
Les fomentations à l’extérieur et le tartre stibié à l’intérieur
sont continués les jours suivants, et le 3 octobre on ouvre un
nouvel abcès-situé à la partie inférieure et postérieure du bras
au devant du triceps brachial. L’incision est suivie d’une
légère hémorrhagie bientôt arrêtée.
Depuis l’ouverture des abcès, l’érysipèle a suivi une marche
rétrograde ; il abandonne le bras, puis l’avant-bras ; du pus
de bonne nature s’écoule des plaies qui bourgeonnent très
bien. Ces plaies sont pansées à plat à l’aide de charpie imbibée
d’eau froide. On juge alors le moment venu d’appliquer
l’appareil amovo-inamovible ; mais afin d’éviter les douleurs
causées par le moindre mouvement imprimé au membre
blessé, craignant d’ailleurs que l’hémorrhagie et les autres
accidents ne fussent rappelés par ces manœuvres, on choisit
un autre enfant du même âge et à peu près de même taille,
contraint de garder le lit pour une blessure au talon, et on lui
applique l’appareil amidonné pour former une coque qui sert
à envelopper le membre fracturé du jeune R***.
Cet appareil maintient la coaptation des fragments et pré­
serve le blessé contre tout accident extérieur. Les plaies sont
pansées tous les cinq ou six jours. L’enfant, affaibli par les
hémorrhagies, prend des toniques, du sirop de lactate de
fer et du quina, et marche de plus en plus vite vers la guéri­
son. Au bout d’un mois et demi, l’appareil amidonné est rem­
placé par une bande roulée. Le cal est formé et assez résis­
tant. L’enfant sort de l’hôpital à la fin de décembre. Les plaies
sont cicatrisées ; il conserve seulement un peu de difficulté
dans les mouvements de pronation et de supination.
Les fractures de l’avant-bras ne sont pas toujours et fort heu­
reusement aussi graves que celles que nous venons de citer.
J’en ai vu guérir avec une promptitude et une facilité éton­
nantes et je relaterai comme exemple le fait suivant :
620

Observation. — Au mois d’octobre 186G, un jardinier de
Saint-Barnabe voulant changer de place un oranger en caisse,
fait une fausse manœuvre dont le résultat final est une chute
pendant laquelle un des bords de la caisse fracture les deux

621
FRACTURES.
os de Lavant bras gauche un peu au dessous de leur partie
moyenne: la fracture était tellement nette qu’on l’aurait dite
faite par un fort sécateur.
L’accident étant arrivé à 7 heures et demie du soir, je n’ai
jamais pu savoir par quelle suite de circonstances le malade
ne m’avait été adressé par le propriétaire de la campagne
qu’à minuit moins un#quart. Toujours est-il qu’à pareille
heure, n’ayant sous la main ni appareil quelconque, ni aide
intelligent, après avoir constaté la nature de la lésion, je dus
improviser un petit appareil contentif avec des morceaux de
carton fort peu malléables provenant de vieux calendriers,
quelques compresses et des petites bandes autour desquelles je
passai une espèce de colle instantanément préparée avec de la
farine et de l’eau tiède. Le bras fut ensuite maintenu par un
mouchoir plié en écharpe. Cet appareil ne pouvant être, à
mon avis, que provisoire, j’engageai le blessé à revenir me
voir le surlendemain à l’Hôtel-Dieu, où je me proposais d’appli­
quer un appareil définitif mieux conditionné. Mais pendant
plus de vingt jours je n’entendis plus parler du dit jardinier
ni de son maitre, ce qui, soit dit en passant ne m’étonna que
fort médiocrement. Au bout de trois semaines, je vis enfin
reparaître mon homme qui avait enlevé l’appareil depuis trois
jours, attendu, dit-il, que cela le gênait pour son travail. Je
pus constater, en effet, que sauf les huit premiers jours, qui
suivirent l’accident, cet homme n’avait jamais complètement
cessé de travailler; et cependant je trouvai la fracture complè­
tement consolidée sans difformité aucune et sans la moindre
gêne dans les divers mouvements que l’avant bras doit
opérer.

VI
Fractures du bras. — En général, je lésai vues d’autant plus
sérieuses, par rapport au résultat final, qu’elles siègent plus
près des extrémités articulaires, et plus particulièrement de
l’articulation huméro-cubitale. Si la fracture se rapproche
beaucoup de la tête humérale, les moyens contentifs portent

�622

SIRU S-PIRO N D I.

FRACTURES.

un peu trop sur le creux axillaire ; il y a là une gêne d’abord,
et ensuite une souffrance si intolérable qu’on est obligé de
relâcher l’appareil et de compromettre ainsi la consolidation.
Aussi est-il important, dans ces cas, de laisser les malades levés
le plus tôt et le plus longtemps possible pour que le poids du
bras, exerçant une utile extension, maintienne les fragments
dans des rapports convenables, alors même que le bandage
serait trop relâché du côté de l’épaule.
Quant à la fracture située trop près de l’articulation du
coude, alors même qu’elle n ’est pas compliquée de quelque
fêlure s’étendant vers la trochlée ou le condyle, tous les chi­
rurgiens savent la difficulté qu’il y a à maintenir les fragments
en place sans déterminer du côté du coude une gène circula­
toire des plus considérables suivie d’engorgement péri-articulaire douloureux, et pouvant contribuer, en se prolongeant, à
la pseudo-ankylose du coude.
En somme, si le raccourcissement du bras, par suite de la
fracture de l'humérus, est infiniment moins à craindre que le
raccourcissement de la cuisse par suite de la fracture du fé­
mur, il n’est pas moins vrai que les accidents de cette nature
ont trop sonvent des suites plus sérieuses qu’on ne le croit
vulgairement, et il est utile que le médecin soit très prudent
dans son pronostic.
Parmi les fractures du bras que j ’ai observées, je n ’en cite­
rai que deux: une, extrêmement simple et d’une consolida­
tion facile ; l’autre d’une gravité telle que jusqu’au dernier
moment l'amputation paraissait la seule ressource possible.

ment aux premiers degrés de l’échelle, il glissse, tombe et va
frapper de l’épaule gauche contre le bord tranchant d’une
seconde pierre qui devait, à son tour, être transportée à l’étage
en construction ; dans cette chute le bras gauche a été brisé,
pendant que la pierre portée sur le dos tombait ou roulait
sur le bras droit et le fracturait. Cet accident présenta en
outre ceci de particulier : c’est que les deux fragments, des
deux côtés, se trouvaient maintenus dans une immobilité par­
faite, sans que le moindre effort musculaire occasionnât le
plus léger déplacement.
J’avoue que, quelque peu pressé comme nous l’étions tous
à pareille époque, même dans les services de chirurgie, je
voulus en quelque sorte bénéficier de l’immobilisation des
fragments, et je me contentai d’appliquer autour du bras une
double valve en carton mouillé, que j ’entourai d’une bande
roulée amidonnée, me proposant de consolider plus tard
l’appareil par un bandage plus complet.
Cependant le jeune blessé ne se plaignant d'aucune douleur
et les valves paraissant tenir ferme et parfaitement fixées au­
tour du bras, je ne touchai pas au premier bandage et j ’atten­
dis. Au bout de trois semaines, le bras droit commençait à
jouer dans l’appareil, j ’enlevai les valves des deux côtés et je
pus constater une consolidation complète sans difformité au­
cune. 11 ne restait au blessé qu’un peu de gêne dans certains
mouvements des bras sur l’épaule, surtout du côté droit où
le volume du deltoïde paraissait considérablement diminué
par rapport à celui du côté gauche. Je me hâtai pourtant de
renvoyer ce jeune homme de l’Hôtel-Dieu, ne voulant pas le
laisser, sans cause majeure, sous la fâcheuse influence épidé­
mique qui existait dans nos salles, et qni, nous le verrons
plus loin, produisait déjà de trop regrettables résultats.

Observation. — Pendant l’épidémie cholérique de 1854, on
apporta dans notre service de l'Hôtel-Dieu, un jeune maçon
atteint de fractures aux deux humérus, et très exactement
placées à la partie moyenne de l’os, un peu au dessous de la
double insertion de l’angle inférieur du deltoïde et de l’extré­
mité supérieure du brachial antérieur. Cette double lésion
s'était opérée d’une façon assez singulière. Cet homme, âgé
de 17 ans, devait monter une pierre ford lourde, placée sur
son dos, à la hauteur d’un premier étage: parvenu seule-

623

Observation.—Le second exemple de fracture du bras que
je tiens à citer a présenté les complications les plus graves
qu’on ait à combattre.
Dans le mois de janvier 18G7 un cheval conduisant un
lourd tombereau s’emporte. L’aîné de deux enfants qui se

�62 i

SIRUS-PIRONDT.

trouvaient dans ce tombereau, quoique Agé seulement de 14
ans, comprend le danger, mais calcule malheureusement
trop mal la manière d’y obvier, et voulant sauter sur le
cheval pour l’arrêter, tombe sous la roue et on le relève dans
un état déplorable.
La principale lésion existe au bras droit; et, ayant été appelé
a donner des soins au blessé conjointement avec MM. les
D" Colas et Lebas , nous pûmes constater l’état suivant :
1° fracture comminutive de l’humérus vers son tiers inférieur;
2' issue considérable du principal fragment inférieur, à travers
les parties molles; 3° contusions et déchirures graves des
téguments s’étendant jusqu’au dessous du coude; 4° plaies à
la tête, à la face, et autres plaies contuses disséminées sur
diverses parties du corps et dont nous n’avons pas à nous
occuper.
Un appareil contentif provisoire est appliqué , après avoir
enlevé quelques esquilles, et obtenu une réduction qui n’a
été possible qu’à la condition de réséquer près de deux
centimètres du fragment inférieur.
Pendant les premiers jours qui suivirent l’accident, l’état
général du malade offrait une telle gravité que l’on ne dut
pas même discuter si l’amputation du bras était une mesure
extrême indiquée en vue de la lésion huméro-cubitale.
Cependant l’usage de la teinture d’aconit administrée à la
dose de 20 à 30 gouttes dans les 24 heures, semble ralentir
momentanément la fièvre qui reprend au bout de 24 heures
avec une nouvelle intensité et s’accompagne de frissons trèsinquiétants. Un abcès énorme se présente bientôt un peu en
dehors du coude vers le bord latéral externe du radius en
remontant jusqu’à l’épicondyle; nous ouvrons cet abcès, d’où
s’écoule une énorme quantité de pus, et nous pouvons cons­
tater avec regret qu’il pénétre dans l’articulation. Des plu­
masseaux de charpie constamment imbibés d’eau phéniquée
sont maintenus au dessus et autour des plaies.
L’appareil provisoire est remplacé par des attelles en carton,
et pendant ce changement nous nous apercevons que le
fragment inférieur de l’humérus s’est recouvert d’un cham­

FRACTURES.

625

pignon charnu que nous enlevons pour replacer les bouts
osseux dans de meilleures conditions de rapprochement.
D’un autre côté , l’état général s’étant amélioré depuis
l’ouverture de l’abcès, l’espoir nous revient de conserver le
blessé et de sauver le bras. Il s’agit ici de trouver un moyen
qui permette de panser la plaie peri-articulaire sans impri­
mer de mouvement à l’articulation, et d’immobiliser com­
plètement les fragments de l’humérus pour en obtenir la
consolidation.
Quant à l’abcès pénétrant du coude, dut-il aboutir à une
ankylosé, ce ne serait pas acheter trop chèrement la guérison,
pourvu que la flexion de l’avant bras sur le bras put conser­
ver à la main les fonctions indispensables auxquelles elle
est incessamment appelée.—Dans ce double but, nous finies
construire une gouttière coudée en fil de fer et pliée de façon
à ce que l’avant bras fut immobilisé sur le bras dans une
flexion n’arrivant pas complètement à l’angle droit ; elle fut
garnie de taffetas gommé pour que l’écoulement du pus et les
lavages continus pussent s’opérer sans déplacer le membre ;
le tout était d’ailleurs disposé de telle façon que les fragments
de la fracture humérale se trouvaient suffisamment immobi­
lisés quoiqu’il fut assez facile de laver la plaie plusieurs fois
par jour, de nettoyer l’abcès et de renouveler les pièces du
pansement, sans obliger le jeune malade à garder le lit.
Des soins minutieux prolongés pendant plusieurs mois ont
amené un résultat des plus satisfaisants. Un dernier fragment
osseux ayant été expulsé- à travers un point resté flstuleux ,
toute suppuration a disparu, et même l’ankylose n’a pas été
complète; les mouvements d’extension et de flexion de l’avantbras , de pronation et de supination de la m ain , bien que
lim ités, sont cependant plus que suffisants pour les besoins
ordinaires de la vie. Dans la dernière période du traitement,
la gouttière avait été remplacé* par un brassard en cuir,
consolidé au moyen de légères tiges d’acier, qui nous a rendu
de très grands services et sur lequel nous reviendrons à pro­
pos des fractures du fémur.
J’ajouterai comme complément à ce qui précède et en

�626

SIRU S-PIRO N D I.

FRACTURES.

quelquç sorte entre deux parenthèses que, contrairement à
l’opinion commune, ce n ’est pas la première fois qu’il m’est
donné de voir un abcès péri-articulaire pénétrant se terminer
par la guérison et sans ankylosé ou du moins très-incom­
plète, Nous pourrions rapporter ici le fait consigné dans notre
deuxième série d’observations, où il s’agit d’un corps mobile
occupant l’articulation du genou et enlevé par le procédé de
Goyrand. Il y eut, quelques jours après l’opération, abcès et
abcès pénétrant dans l’articulation ; malgré cela la guérison
a été obtenue sans autre suite fâcheuse et tout en conservant
à l’articulation fémoro-tibiale ses mouvements norm aux,
sauf une certaine linite dans la flexion de la jambe sur la
cuisse.

mieux entendu serait appliqué par les mains les plus habiles
et les mieux exercées. La différence tient à des causes multi­
ples et contre lesquelles il est à peu près impossible au chi­
rurgien de pouvoir lutter avec succès; et ces causes se trouvent
plus particulière ment dans la force respective des faisceaux
musculaires appartenant au deltoïde, au sternocleido-mastoïdien et aux scalènes; et surtout dans les limites de leurs di­
verses insertions ou implantations. Quelques millimètres de
plus en dedans ou en dehors peuvent suffire pour changer du
tout au tout la possibilité et la facilité du maintien des frag­
ments en place.
Quelques essais sur le cadavre, aidés du galvanisme, peuvent
parfaitement démontrer le fait, dont la conclusion forcée serait
que, pour bien maintenir, dans quelques cas, les rapports
normaux entre les fragments d’une clavicule brisée, il ne
faudrait pas reculer devant l’incision sous-cutanée de quelques
fibres musculaires placées au dessus ou au dessous des frag­
ments; mais c’est là une thérapeutique que nous n’avons ja­
mais suivie et que nous n’oserions conseiller, le remède
pouvant offrir plus d’inconvénients que le mal lui même.
Du reste, le temps, à l’aide de l’incessant glissement des par­
ties molles sur le cal osseux, se charge de corriger bien des
imperfections de ce genre et j’en donnerai comme preuve le
fait suivant.

t

vu
Fractures de la clavicule. — La fracture de la clavicule chez
l’homme comme chez la femme ne peut certainement pas être
envisagée comme une lésion sérieuse. 11 y a toutefois cette
différence à noter ; c’est que chez l’homme la consolidation du
cal amenant le retour à peu près intégral des fonctions du
bras, on se console vite de la légère difformité qui peut rester;
mais il n’en est pas de même chez la femme, surtout si elle
appartient à une classe un peu élevée de la société. On a
donc cherché de tout temps à confectionner des appareils
propres à maintenir les fragments dans un rapport parfait, et
Dieu sait si l’imagination des chirurgiens a parcouru un vaste
champ dans le domaine des écharpes, des coussins, des cui­
rasses, des pelotes, des ressorts, etc., etc.
J’ai fait comme bien d’autres: j ’ai essayé beaucoup de ces
appareils, j ’ai varié les bandages et modifié le tout selon la
direction et l’étendue des déplacements, et je suis arrivé à la
conclusion suivante : il est des fractures de la clavicule dont
les fragments peuvent être maintenus en place et dans un
rapport parfait par une simple écharpe convenablement pla­
cée, et il en est d’autres dont il est absolument impossible de
venir à bout, alors même que le bandage ou l'appareil le

627

Observation. — Une femme de 45 ans, grande, robuste,
vigoureusement constituée, est adonnée à la boisson d’une
manière dégoûtante puisqu’elle mendie sans cesse dans la
rue pour assouvir sa passion chez le liquoriste, et quelle se
fait ramasser ensuite ivre-morte dans le ruisseau. Plusieurs
fois déjà elle nous avait été amenée à l’Hôtel-Dieu atteinte de
contusions plus ou moins considérables, lorsqu’elle est appor­
tée, au mois d’août 1864, dans le service delà clinique en état
complet d’ivresse, ayant la figure ensanglantée par deux petites
plaies de tête et une écorchure au milieu du front. Elle offre
en outre une fracture de la clavicule gauche dans des condi­
tions assez sérieuses, puisqu’il y a un petit fragment moyen

�628

SIRUS-PIRONDI.

de deux centimètres environ d’épaisseur, enclavé entre le
fragment sternal et le fragment scapulaire. Le déplacement
est très considérable; on pose un appareil et l’on maintient
les fragments en place à l'aide de compresses graduées assujéties par un bandage en huit de chiffre, le tout entouré d'une
couche d’amidon.
Quinze jours après son admission à l ’hôpital, les plaies de
la tête se trouvant cicatrisées, cette femme déclare n ’avoir pas
assez de vin à sa disposition, défait, sans qu’on puisse l’en em­
pêcher, l’appareil qu’elle porte ù l’épaule, et demande à quitter
immédiatement l ’Hôtel-Dieu. La fracture est en très bonne
voie de consolidation ; mais quoique cette femme consente à
garder au moins le bras en écharpe, il est facile de prévoir ce
qui se passera.
Au bout de quelques semaines nous retrouvons la blessée
dans le service de la clinique, remplie de contusions et sen­
tant l’eau de la vie à distance. La clavicule est consolidée, mais
avec une élevure très sensible formée par le fragment moyen.
Dix-huit mois après cette saillie avait diminué de moitié,
lorsque nous avons pu revoir cette malheureuse femme à
l’une des trop fréquentes visites que son déplorable vice
l’oblige de faire à l ’Hôtel-Dieu.

VIII

Fractures de l'omoplate. — Je n’ai vu que trois exemples
de cette fracture.
Dans le premier cas, l’os avait été comme écrasé comminutivement par suite d'une chute du haut d’un monument encore
inachevé, et l’écrasement portant aussi sur l’os du bras et la
clavicule, je dus tenter l’ablation complète de l’épaule. Le
malade succomba peu de temps après l’opération par suite
d’hémorrhagie intra-thoracique consécutive à une fracture
de côtes passée d’abord inaperçue. Nous reviendrons plus loin
sur ce fait.

FRACTURES.

629

Des deux autres fractures du scapulum , l’une occupait
l’extrémité acromiale et probablement aussi l ’apophyse cora­
coïde; l’autre siégeait au dessous de l’apophyse épineuse qui
paraissait avoir été séparée transversalement du reste de l’os
par un trait de scie. Dans les deux cas, le déplacement était
fort peu sensible. Cependant si un bandage de corps super­
posé à des plaques de diachylon a suffi, dans le second cas
pour obtenir une utile consolidation, une coque et le relève­
ment du bras n’ont pas donné uu résultat parfait dans le pre­
mier. Quelques mouvements du bras sur l’épaule sont restés
gênés, notamment ceux d’abduction et de rotation.

IX

Fractures du maxillaire inférieur. — J’ai rencontré cette
lésion traumatique cinq fois seulement, et je vais brièvement
relater trois de ces faits, car ils me semblent mériter une
mention spéciale.
Observation. — C’est presque au début de ma carrière de
praticien que j’ai observé la première fracture du maxillaire
inférieur. Le récit du blessé m’impressionna vivement. Il
s’agissait d’un jeune homme, paraissant très bien constitué
et fortement musclé, qui, dans un bâillement trop prononcé,
s’était luxé le maxillaire inférieur. Un camarade eût la mal­
heureuse idée du vouloir faire rentrer l’os en place en con­
seillant au patient d’appuyer le menton sur une cheminée de
marbre pendant qu'on presserait fortement sur la tête. Le ré­
sultat final fut le suivant : du côté droit le condyle rentra à sa
place, mais du côté gauche une fracture se produisit au collet
même avec impossibilité de réduction consécutive. Les fonc­
tions du maxillaire reprirent leur cours ordinaire, mais il
subsista une gêne notable dans la mastication et un bruit
particulier, très ennuyeux pour le patient, produit par la
pseudarthose qui avait suivi l’accident.

�630

SIRUS-PIRO N DI

ADHÉNITES PERIM AXILLAIRES.

Observation. — Le deuxième fait a été recueilli à l’HôtelDieu en 1865 et dans les conditions suivantes.
Un homme fort et Lien musclé âgé de 32 ans, employé
dans une de nos premières maisons de contlserie, se prend de
querelle avec un autre ouvrier, et reçoit, dans la bagarre, un
si vigoureux coup de poing que la mâchoire inférieure en est
complètement fracturée à cinq centimètres en avant de l’an­
gle, du côté gauche. La fracture oblique d’avant en arrière,
passe au niveau de la première molaire.
Conduit immédiatement à l’hôpital, le blessé reçoit les soins
que son état réclame et grâce au bon état de ses dents, nous
pouvons à l’aide de quelques fils métalliques et d’un bandage
en fronde , rétablir les deux fragments dans leurs rapports
normaux.
Pendant quelques jours tout semble marcher pour le
mieux ; mais bientôt un engorgement sus-hyoïdien considé­
rable se présente, les fragments se déplacent à chaque instant
malgré toutes les précautions dont on peut entourer le blessé;
une sanie infecte s’écoule par la bouche, et un abcès sushyoïdien donne issue à un pus non moins fétide. Bientôt les
gencives sont séparées de l’os, de la diarrhée et des vomisse­
ments accompagnés de fièvre continue apparaissent et le
blessé succombe le vingt-troisième jour, sans qu’on puisse
constater à l’autopsie les lésions caractéristiques de l’infection
purulente.

sant entre la P* et la 2“' incisive droite qui est aux trois quarts
séparée de son alvéole et que l’on enlève. On établit d’abord
une suture métallique entre la première incisive et la canine,
puis pour plus de solidité le fil est passé une fois entre les
deux molaires de droite et la première incisive gauche. À la
première apparition d’empâtement au dessous du menton et
sans attendre que la suppuration y soit bien manifeste, j ’incise
profondément et j ’établis un drain qui traverse le plancher
buccal. Des injections avec l’eau phéniquée sont régulière­
ment pratiquées matin et soir à travers le tube à drainage.
Des lotions buccales avec le môme liquide sont fréquemment
répétées et une active surveillance permet d’enlever, à l’aide
de bourdonnets de charpie, tous les liquides qui s'accu­
mulent si facilement autour des dents et au fond du cul de
sac labio-dentaire.
La consolidation des fragments s’est opérée avec un très lé­
ger chevauchement, et leblesséapu quitterl’Hôtel-Dieu le 10
décembre.
Je crois que dans des cas semblables, les incisions préventi­
ves et le drainage peuvent empêcher cette dangereuse com­
plication de l’infection putride si bien décrite par M. Richet
et dont la deuxième observation est un fâcheux exemple.
(A Continuer.)
SIRUS-PIRONDI.

Observation. — La troisième observation que je tiens à
mentionner concerne un matelot reçu à l’Hôtel-Dieu, salle
Cauviëre, en octobre 1867.
Agé de 23 ans, petit, mais très vigoureux, ce matelot était
occupé sur une vergue, lorsque, par suite d’un faux mouve­
ment, il tombe sur le pont de la hauteur d’un premier étage.
Il frappe du menton contre l’extrémité d’une pièce de bois
qui le retient en quelque sorte suspendu avant qu’il ne tombe
complètement. On constate à la région mentonnière l’exis­
tence d’une plaie fortement contuse et une fracture du maxil­
laire inférieur obliquement dirigée d’avant en arrière et pas­

Par le Dr Roux (de Brignoles) fils,

631

Des adénites perim axillaire s chez les vieillards
Médecin des hôpitaux.

Lorsque chez un vieillard, le plus souvent catarrheux ou
chez lequel la scrofulose a marqué ses différentes étapes par
des empreintes indéniables, on voit survenir à la partie supé­
rieure du cou des tumeurs ganglionnaires à développement
rapide, on doit sans hésiter porter un pronostic des plus
graves. Quel que soit le traitement de ces adénites aiguës, la
mort en est le résultat fatal.

�ROUX.

ADHÉNITES PERIM AXILLAIRES.

Plusieurs praticiens se sont occupés d’une partie de cette
question à propos des parotidites graves qui surviennent dans
le décours des pneumonies chez les vieillards. Nous étudie­
rons l’ensemble des faits, en montrant que l’adénite des gan­
glions cervicaux supérieurs, quel qu’en soit le siège, amène
constamment les mêmes résultats.
A. — Les ganglions lymphatiques forment au cou, sur les
régions latérales, parotidienne et sous-maxillaire, une sorte
de collier autour de la moitié inférieure de la face. Les uns
sont superficiels séparés par un fascia des profonds beaucoup
plus abondants qui font suite à ceux du médiastin et de
l’aisselle.
Plusieurs ganglions cervicaux se rencontrent en dehors et
en avant des carotides, d’autres entourent la glande sousmaxillaire et peuvent donner le change en faisant croire à
une altération de cet organe. Quelques uns sont appliqués sur
la parotide, serrés en avant contre l’os maxillaire inférieur
par l’aponévrose : d’autres, semés entre les acinni de cette
glande, à quelques millimètres de sa surface, s’en distinguent
par leur couleur rouge et sont d’autant plus nombreux que l’on
se rapproche de l’angle de la mâchoire et du conduit auditif.
G. — La plupart des adénites cervicales sont symptoma­
tiques, mais la cause déterminante est souvent difficile à sai­
sir, elle a disparu quelquefois avant le développement gan­
glionnaire. Nous avons constaté le plus souvent la concommitance d’un catarrhe bronchique, d’une pneumonie, d’une
hépatite suppurée, d’un érysipèle, d’un eczéma du cuir che­
velu.
Difficile à déterminer, le point de départ de l’inflammation
peut être quelque part sur la surface du derme, dans les cas
d'érysipèle, d’eczéma, d’ulcères et se diriger de la circonfé­
rence au centre ; mais le plus fréquemment elle rayonne du
centre à la circonférence, dans les cas de bronchite, pneumo­
nie, cancer, de proche en proche par son extension progres­
sive par les vaisseaux lymphatiques qui relient les ganglions
bronchiques des scissures interlobaires aux ganglions cervi­
caux carotidiens, ou directement par le transport dans les
cellules ganglionnaires d’un liquide altéré.

Les causes prédisposantes sont la scrofulose, le diabète,
l’habitat dans un hospice, une alimentation insuffisante, l’ac­
tion du froid humide, amenant souvent des fluxions dentaires
qui aggravent des excoriations préexistantes et provoquent
des adénites; mais ces derniers faits sont exceptionnels. Dans
tous les cas observés par nous, la muqueuse buccale était saine,
les gencives lisses et dépourvues de molaires.
S. — Les symptômes des tumeurs ganglionnaires du cou
diffèrent suivant qu'elles occupent les régions parotidiennes,
sous-maxillaires, sous-mastoidiennes.
En général, l’adénite aiguë s’annonce par de la gêne dans
les mouvements de mastication, de déglutition, de rotation
du cou ; par des douleurs profondes, lancinantes, augmentées
par la pression et le mouvement des parties. La peau est
chaude, rouge, tuméfiée. Le tissu cellulaire participe ordi­
nairement à rinflainmation, ce qui donne à l'adénite quelques
traits de ressemblance avec le phlegmon. Au milieu de cet
engorgement, on sent çà et là quelques bosselures dues à la
présence des ganglions et indiquant le siège primitif de la
phlegmasie. Après quelques jours, la peau s’amincit, devient
livide, la tumeur se ramollit, la fluctuation est étendue, obs­
cure, profonde, le pus enveloppe et baigne les ganglions ra­
mollis.
Comme symptômes généraux notons le frisson précédant la
fièvre ou signalant l’invasion pyohémique, le délire à formes
variables, le coma avant coureur de la mort.
Parotidite. — Par ordre de fréquence, ce sont les ganglions
parotidiens qui sont le plus fréquemment envahis : leur dé­
veloppement peut devenir considérable. Dans cette région,
c’est bien comme l’indique Bichat, les ganglions lymphatiques
et le tissu cellulaire environnant qui sont le siège de la phleg­
masie, et si l’on trouve quelquefois les conduits salivaires gor­
gés de pus jusque dans leur petites ramifications, ce n’est pas
à dire pour cela que la glande elle-même soit primitivement
malade. L’acinus, l’élément glandulaire, comme tous les tissus
de l’économie peut certainement être le siège d’un travail
phlegmasique, d’une prolifération homæo on hétéromorphe,

632

633

44

�634

ROUX.

ADHÉNITES PERIM AXILLAIRES.

mais ce n ’est, jamais que secondairement qu’il est atteint. Ce
tissu, considéré dans ses éléments histologiques, ne s’enflamme
jamais primitivement. Les prolifération de néo-cellules, de
néo-plasmes, ne peut se produire qu’aux dépens des cel­
lules plasmatiques qui enveloppent les ganglions comme
d’une espèce de gangue. Aussi le plus souvent, c’est bien réel­
lement le tissu connectif interlobulaire qui est le siège de
l'intumescence. La suppuration en est toujours la conséquence
déplorable et souvent des taches gangréneuses apparaissent.
La tumeur devient bosselée, inégale, se colore d’un rouge
sombre, la fluctuation semble se manifester sur plusieurs
points.
De légers frissons, une exacerbation de fièvre précèdent
quelquefois le développement de la tumeur. La douleur s’ex­
plique par l’obstacle qu’oppose l’aponévrose cervicale super­
ficielle à la tuméfaction des ganglions et par la compression
des troncs nerveux qui abondent dans cette partie.
Ces engorgements, que l’on voit survenir dans le cours d’af­
fections aiguës ou chroniques, sont désignés à tort sous le nom
de parotides: c’est souvent au déclin d’une pneumonie, dans
le décours d’un catarrhe peu grave en apparence, d’une colite
dyssentérique, d’une hépatite, que surviennent ces complica­
tions jugées si graves par Hippocrate lui-même. Le dévelop­
pement s’opère avec rapidité, l’état du malade s'aggrave, la
respiration devient difficile, le délire, quelquefois, le stertor,
la sécheresse de la langue, indiquent la période typhique de
l’affection et la mort arrive au bout de 5 à 7 jours. Quelque­
fois le pus s’écoule par des crevasses spontanées, soit du côté
de l’oreille, soit sur les bords du maxillaire, mais le malade
succombe presque toujours. Manifestation d’un état très
grave, c’est le résultat d’une affection générale et non une
cause efficiente de gravité. Lorsque les deux côtés sont envahis
en même temps, la mort est encore plus certaine, mais
ordinairement la tuméfaction reste limitée à un seul côté.
La glande et le tissu connectif am biant, paraissent consi­
dérablement tuméfiés, hypérémiés, ramollis, infiltrés; si
bien que le tissu de la glande devient difficile à distinguer.

Sur le vivant, la coupe offre une surface sèche, tomenteuse:
quand la tumeur entre en suppuration, on découvre, en l’in­
cisant, un très grand nombre de foyers plus ou moins grands,
soit dans la glande elle-même, soit dans le tissu cellulaire,
hypérémié et infiltré, qui forme l’enveloppe générale de l’or­
gane entier et fournit une gaine particulière à chacun des
lobules.
Au milieu d’un grand nombre d’observations, choisissons
les plus récemment recueillies dans notre service de la Cha­
rité de Marseille par M. le docteur Justinesy, interne de cet
hospice.

63b

Le 25 février 1869, la nommée Bruissant veuve Drogon, âgée
de 74 ans, est amenée à l’infirmerie des femmes. On constate chez
elle un catarrhe aigu et un point pneumonique dans le lobe
inférieur gauche, un traitement convenable est institué et, mal­
gré la gravité de la maladie, les phénomènes thoraciques s’amen­
dent au bout de quelques jours, la pneumonie disparaît progres­
sivement et le catarrhe seul persiste à l’état chronique. C’est
pour la troisième fois, depuis les quelques années que cette
femme habite la Charité, qu’elle vient réclamer des soins pour
une pneumonie grave.
Comme antécédent, elle n’accuse rien qui puisse faire soupçon­
ner un état diathésique quelconque.
Le 11 mars, alors que notre malade commençait à aller beaucoup
mieux, nous voyons apparaître une tumeur au niveau de la ré­
gion parotidienne gauche. Cette tumeur, d’un volume médiocre,
ne cause que peu de gène et de douleurs dans les mouvements
des maxillaires.
Frictions avec l’axonge et purgatif.
Le 12 mars, l’inflammation a envahi la joue et la région sousmaxillaire gauche ; la chaleur et la rougeur sont aussi plus ma­
nifestes: grande difficulté pour écarter les mâchoires; peu de
fièvre.
Huit sangsues à la région parodienne; frictions avec l’onguent
napolitain sur les parties environnantes, cataplasmes ; — potion
au quinquina; — limon , vineuse; bouillon.
•13 mars. — Sensation de fluctuation à la joue vers le bord de
la branche montante du maxillaire inférieur.

�G36

ROUX.

A D HÉN ITES PERIM AX ILLA IRES,

L’état général s’cst aggravé ; la nuit a été mauvaise. Pouls à
104, chaleur sèche de la peau. La déglutition est devenue presque
impossible.
Une incision verticale est pratiquée (de 4 à 5 centimètres en­
viron) parallèle à la branche montante du maxillaire inférieurécoulement de quelques gouttes de pus.
11mars. — Pouls faible et régulier a 96, peau chaude ; — accès
de suffocation imminente; agitation continuelle ; — respiration
bruyante : l’ædème a envahi le bras correspondant au côté malade
et l’inflammation occupe de plus toute la région sous-maxillaire:
empâtemment considérable des régions parotidienne , sousmaxillaire et de la joue.
L’incision pratiquée la veille ne donne lieu à aucun écoulement:
elle est agrandie sans donner du pus. À trois heures du même
jour, cautérisation ponctuée; cinq pointes de fer sont appliquées
sur la partie la plus indurée et la plus saillante de la région malade.

pie. C’est ainsi que V. Corail dit avoir observé, dans le service
deM. Charcot, à la Salpétrière, deux cas de pneumonies aiguës
fibrineuses qui avaient causé, dans ces deux cas, un phlegmon
de la glande sous-maxillaire d’un seul côté. Dans une de ces
observations, la tumeur phlegmoneuse sous-maxillaire parut
le 7ejour de la pneumonie, qui se termina par la mort au 9*
jour. La pneumonie était arrivée au degré de l’hépatisation
grise et la glande sous-maxillaire était aussi en pleine sup­
puration. Dans le 2* fait, la pneumonie se termina également
par l’hépatisation et la mort, mais beaucoup plus tard, au 25&lt;&gt;
jour.
A la région sous-maxillaire, l’engorgement est rarement
très considérable, la douleur moins grande, vu l’extensibilité
des parties au milieu desquelles se trouvent égrenés les gan­
glions. On l’observe dans l’anse du digastrique, en avant du
mylo-hyoïdien, où les tumeurs sont faciles à reconnaître.
Mais il en est de profondes qui ne se révèlent que par la gêne
de la déglutition, de la respiration, par la douleur, et encore
faut-il de la part du clinicien la plus sérieuse attention.

Cataplasmes excitants.
Potion alcoolique; —tisane vineuse; —vin de quinquina; —
bouillons.
■15 mars. — Nuit bonne, diminution de l’oedème de la face, état
général meilleur, concentration de l’inflammation en un point
sur la ligne d'incision au niveau du ganglion angulaire très déve­
loppé. Rougeur vineuse du pharynx; — respiration plus facile et
moins bruyante que la veille et les jours précédents.
Même régime et même traitement.
16 mars. — La nuit a été bonne; le mieux sensible, dans
l’état général. La déglutition est plus facile et moins doulou­
reuse.
Le soir, la malade tombe dans un état de faiblesse considérable;
un refroidissement général s’empare de tous ses membres et, mal­
gré l’application de sinapismes, malgré les excitants à l’intérieur,
la malade succombe vers les dix heures du soir.
Autopsie. —Infiltration purulente de la région sous-maxillaire,
des parois de joue et de la région parotidienne, destruction com­
plète de la parotide autour de laquelle se trouve un foyer puru­
lent ; destruction de la glande sous-maxillaire.
Sous-maxillaire. — La glande sous-maxillaire peut tout
aussi bien que la parotide être le siège d’inflammations puru­
lentes métastatiques dans le cours des pneumonies, par exem-

337

Observation. — Le 12 février 1869, le vieillard Jacquet, Joseph,
âgé de 76 ans, entre à l’infirmerie de la Charité pour y recevoir
les soins qu’il a négligé de demander jusqu’à ce jour pour une
diarrhée à marche progressive.
La constitution a toujours été bonne, pas de traces de scrofu­
les. Depuis quelques mois seulement, il est atteint de catarrhe
pulmonaire dont il ne s’est jamais plaint à cause de son peu d’in­
tensité.

L’appétit est conservé, mais avec la diarrhée coïncide, depuis
quelques jours avant son entrée, de l’incontinence d’urine ainsi
qu’une faiblesse considérable.
Sous l’influence de lavements émollients et de quelques toni­
ques, la diarrhée s’amende, et au bout de cinq ou six jours le
malade accuse lui même une amélioration sensible.
Le 19 février il se plaint d’une glande considérable qui s’est déve­
loppée subitement, depuis la visite de la veille, à la région sousmaxillaire gauche, au niveau de l'angle formé par les deux bran­
ches de cet os. Douleur vive à la pression, tuméfaction sans rou­
geur bien marquée de la région sous-maxillaire, chaleur naturelle.

�€38

ROUX.

Impossibilité au malado d’ouvrir la bouche pour parler, pour
prendre de la nourriture. Aucuns symptômes généraux d’inflam­
mation.—Frictions résolutives avec onguent mercuriel et cata­
plasmes émollients sur la tumeur.; à l’intérieur vin de quinquina,
tisane vineuse, potion avec l’extrait de kina, bouillons et soupes.
22 février. — Tuméfaction plus étendue ; douleurs très vives
soit dans la région, soit dans la tête. Insomnie, impossibilité
absolue d’écarter la mâchoire pour avaler même les liquides;
pas de réaction générale. Un examen attentif permet d’assurer
que la tumeur n’a pu se développer sous l’influence d’une carie
dentaire, puisque les alvéoles en sont complètement dépourvues.
Six sangsues sont appliquées sur la partie la plus dure de la
région.
23 et 24 février. — Diminution sensible de la tum eur, douleur
moins vive ; le malade peut écarter les mâchoires et prendre
quelques aliments, état général satisfaisant.
23 février. — La douleur du côté gauche a disparu; mais la
tumeur, quoique ayant diminué en apparence de volume, s’est
développée en étendue et est devenue molle et fluctuante.
Une nouvelle tumeur de même nature se développe subitement
de l’autre côté du maxillaire et prend en un jour un volume con­
sidérable.
Frictions mercurielles et cataplasmes émollients;— Six sang­
sues sur la tumeur, amélioration rapide.
5 mars. — Incisions du côté gauche étroites, pour donner pas­
sage à un seton filiforme écoulement considérable de pus louable.
6 mars, — Incision simple du côté droit donnant issue à une
grande quantité de pus de bonne nature ; — état de faiblesse gé­
nérale, — aconit, quinquina, alcooliques.
Le 8 marsàquatre heures du matin, mort presque subite. L’état
de la veille ne permettait pas de prévoir une fin aussi prochaine,
bien que M. Roux eût dès le début porté le plus fâcheux pronostic.
Autopsie. —29 heures après la mort.
Infiltration de pus dans toute la région sous-maxillaire gauche
s’étendant en haut jusqu’à l'oreille et ayant envahi et détruit en
partie la glande parotide et les ganglions transverses de la joue
elle même infiltrée de pus ; en bas, le pus a fusé profondément
le long du mont sterno-cleide-mastoïdien et les artères carotides
sont entourées de détritus.
A droite, la lésion est à peu près la même avec cette seule diffé­
rence que le pus n’a pas dépassé la région sous-maxillaire. Des

ADHÉNITES PERIM AXILLAIRES.

639

deux côtés les glandes de ce nom ont été détruites par la suppu­
ration.
A la région sous-mastôtdiennè, l’adénite est située au devant
ou en arrière du muscle sterno-mastoïdien. La première peut
envoyer des prolongements jusqu’aux régions parotidiennes
et sous-parotidiennes ; les secondes, jusque sous les muscles
de la région cervicale postérieure.
Une vieille femme de 80 ans me fit appeler dans le courant
du mois de janvier 1869 à la caserne des douanes de Montredon.
Cette femme avait toute sa vie été tourmentée par diverses ma­
nifestations de la diathèse scrofuleuse. Elle était atteinte de bron­
chite et de blépharite catarrhales. Dans le courant de janvier,
elle accusa une vive douleur derrière l’oreille gauche. La région
occipito-mastoïdienne présentait un gonflement dû à deux gan­
glions engorgés mais encore très distincts. Malgré les antiphlo­
gistiques, les révulsifs énergiques employés, un véritable phleg­
mon se développa autour des ganglions. Une incision donna
passage à un jet de pus, café au lait, dont la quantité fut évaluée à
un quart de litre.
Le lendemain, dixième jour depuis l’apparition de la tumeur,
la malade avait du délire et succombait.
D. — 11 est en général facile de diagnostiquer au début ces
tumeurs ganglionnaires. Le toucher donne la sensation d’un
noyau spongieux et résistant. Souvent on peut reconnaître
comme un chapelet de grains irréguliers. Les abcès profonds,
suite de phlegmons, n ’offrent point au début ces signes dis­
tinctifs; du reste l’erreur n’offrirait aucun inconvénient.
M. — Les tumeurs ganglionnaires du cou, dont il est ques­
tion ici ont toujours une marche très rapide, semblable à celle
des abcès chauds. Elles se terminent par suppuration, quel­
quefois par gangrène. Tandis que la résolution est commune
chez l’enfant et l’adulte, elle n ’est jamais observée chez le
vieillard, et la phlegmasie se propage rapidement dans le
tissu cellulo graisseux environnant. La peau devient rouge et
les couches sous-jacentes fortement engorgées; le pus s’y
forme, soit au dépens du ganglion lui-même, soit au dépens

�GiO

ROUX.

SYPHILIDE GOMMEUSE.

des tissus ambiants. La collection est toujours irrégulière et
très abondante : le pus est infiltré à travers les mailles cellulovasculaires, les acini des glandes salivaires, les brides, les cel­
lules ramifiées du tissus connectifs, et forme des clapiers.
P. — Le pronostic des adénites peri-maxillaires est tou­
jours fâcheux par la tendance à l’infiltration purulente et la
résistance de ces tumeurs à toutes nos ressources thérapeu­
tiques. Suivant le nombre des ganglions atteints, il survient
rapidement une suppuration considérable qni décolle la peau
et produit de grands trajets fistuleux.
En général les ganglions et le tissu connectif qui les enve­
loppe, disséminés entre les acini, paraissent enflammés sans
que la salivaire soit primitivement envahie. Les ganglions
rouges, tuméfiées, infiltrés d’exsudat sont ramollis. Cet exsu­
dât, accumulé sur divers points ou distribué d’une manière
égale est séreux ou dégénéré en foyer purulent et le ganglion
forme alors comme une sorte de bouillie semblable à celle que
Ton observe dans l'inflammation des ganglions mésentériques
avec altérations typhoïques de l’intestin.
Le plus souvent, les abcès miliaires se réunissent et de leur
confluence résultent des abcès volumineux.
Le pus fuse alors au loin dans le tissu cellulaire voisin, sur­
tout dans la région sous-maxillaire, où nous avons vu qu’ils
suivent les chapelets ganglionnaires et les gaines caroti­
diennes.
T.—Il n’existe aucun moyen thérapeutique sur l’action du­
quel on puisse compter. L’art demeure impuissant pour
enrayer la marche de la suppuration.
Il est difficile de prévoir sous quelle influence délétère va se
développer une tumeur ganglionnaire du cou.
Les vésicatoires limitent quelquefois l'inflammation mais
accélèrent la suppuration. Le cautère actuel, que nous avons
employé hardiment sous l’inspiration du professeur Roux, de
Brignoles, mon père, a seul donné quelques résultats.
Les dernières lignes de cet article étaient tracées lorsque M.
Trélat fit paraître, dans la Gazette des hôpitaux, un article sur
les formes graves des phlegmons de la région sus-hyoïdienne :

nous voyons dans les deux observations de M. Trélat, la forme
gangréneuse, la phlébite des veines voisines du foyer, des
caillots, emboliques amener, comme chez les vieillards que
nous avons observés, une terminaison rapide et funeste.

641

CLINIQUE DE LA VILLE.
Syphilide gommeuse du voile du palais ; perforation.
—Prompte guérison, par le Dr H. Mireur.

La syphilis, parmi toutes les affections constitutionnelles,
se distingue par la multiplicité et par la variété de ses mani­
festations. En effet, s’il est admis que l’évolution de cette ma­
ladie suit le plus souvent une marche fixe et à peu près ma­
thématique, il convient aussi de reconnaître qu’aucun organe
de l’économie, qu'aucun point de l’organisme n’est à l’abri de
ses coups. Durant la période secondaire, les manifestations ne
sont qu’extérieures : mais dès que cette période est franchie,
et si un traitement énergique n’est pas parvenu â arrêter les
progrès du mal, alors se développent les lésions des organes
profonds. Les os, les muscles, les testicules, le foie, les pou­
mons, le cœur,etCx, deviennent le siège de ce produit morbide,
le tubercule gommeux, qui constitue les périodes du troisième
et du quatrième degré.
Nous avions besoin de cet exposé rapide pour rappeler la
grande variété de forme, d’aspect et de siège qui appartient
aux accidents syphilitiques, et qui en est, à vrai dire, un des
caractères distinctifs.
Mais après avoir émis ces principes, si profondément vrais
au point de vue de la pathologie générale, il nous est permis
de constater que certaines régions du corps sont plus souvent
atteintes que les autres, et que plusieurs d’entr’elles pour­

�H. MIREUR.

SYPH ILIDE GOMMEUSE.

raient, à bon droit, être considérées comme le siège d'élection
de la vérole. Aucune cependant ne nous semble subir des
atteintes plus fréquentes que la gorge : c'est là, du reste, un
fait reconnu et parfaitement fondé, puisqu’il faut considérer
comme extrêmement rares les syphilis qui, durant le cours de
leurs manifestations, respectent d’une manière absolue la ca­
vité buccale. À ce sujet, notre excellent maître, M. Langlebert,
a émis des idées très-précises, quand il a dit, dans la onzième
section de ses Aphorismes sur les maladies vénériennes :
« 4. La syphilis constitutionnelle peut, chez certains sujets,
ne produire aucune lésion de la peau ; mais il n ’arrive jamais
que le tégument muqueux reste complètement à l’abri de ses
atteintes.
« 5. Chez l’homme, les lésions secondaires du tégument
muqueux ont pour siège le plus ordinairement les amygdales,
le voile du palais, la langue et la face interne des lèvres.
« 6. Rarement, un homme atteint de syphilis constitution­
nelle parvient au quatrième mois de sa maladie, sans présen­
ter quelque lésion spécifique de la gorge, des lèvres ou de la
langue. »
Les accidents tertiaires de la gorge sont loin d'être aussi
fréquents que les plaques muqueuses de cette région : ce serait
cependant commettre une grande erreur que de les considérer
comme rares. Maintes fois les exemples de syphilide gommeuse
du voile du palais ont été consignés dans les annales de la
science : Naguère encore, M. Alfred Fournier faisait à la clini­
que médicale de l’Hôtel-Dieu de Paris une remarquable leçon
sur les lésions de ce genre. Si, nous-mêmenous apportons au­
jourd’hui le récit d’un nouveau fait à l’étude de cette question,
t uniquement dans l’espérance de démontrer une fois de
plus les effets surprenants, les résultats presque merveilleux
qu’on est en droit d’attendre d’une médication active et éner­
gique.

constitution robuste, et jusqu’à présent il n’a jamais été malade.
Son tempérament est lymphathique, mais peu prononcé.
Le motif, qui l’amène à mon cabinet, est un certain embarras
que depuis quelque temps il éprouve à la gorge. Comme déjà,
par suite d’une cause dont il ne se dissimule point la gravité, il
a éprouvé vers les mêmes points et à diverses reprises une gène
semblable, il désire connaître mon avis et savoir ce qu’il doit
faire.
Il me raconte alors qu’à la suite d’un chancre, contracté en
1866, il eut des taches disséminées sur le corps et des ulcérations
sur les amygdales. A cette époque il ne suivit pas régulièrement
le traitement qui lui fut indiqué, et il évalue à une cinquantaine
le nombre des pilules Ricord qu’il absorba.
En 1867, M. X'*** dut recourir de nouveau aux soins de son
médecin, et cette fois pour des accidents qui, paraît-il, lui inspi­
rèrent des craintes plus sérieuses que toutes celles qu’il avait
conçues auparavant. Il s’agissait de plusieurs vastes ulcérations
ecthymateuses , situées à la partie interne des jambes, oh elles
ont laissé des cicatrices indélébiles. Effrayé par ces symptômes le
malade exécuta d’abord, avec une scrupuleuse exactitude , les
prescriptions qui lui furent faites. Bientôt les plaies se cicatri­
sèrent ; et comme il ne constatait plus sur lui aucun symptôme
appréciable, M. X*** crut sa guérison definitive; pour la seconde
fois il abandonna sont traitement. Il avait pris, cette seconde
fois, soixante pilules environ et 25 grammes d’iodure de potas­
sium.
Depuis lors, M. X***, n’ayant plus éprouvé aucun accident,
s’était tellement convaincu de sa guérison qu’il n’avait pas hésité
à franchir le seuil de l’hymen. Mais à peine eut-il pénétré dans ce
sanctuaire sacré, qu’il éprouvait une cruelle déception, puisqu’il
fallait reconnaître qu’il avait compté sans son hôte, et que sa
guérison n’avait été qu’apparente.
A l’examen de la cavité buccale, je ne tardai pas à me convain­
cre que le virus syphilitique, chez ce malade, était encore en
pleine activité. Sa langue présentait cet aspect spécifique qu’on
observe assez souvent en pareil cas, et qui, je crois, n’a jamais
été décrit. Une rainure étroite mais profonde s’étendait de la
base de la langue jusqu’à sa pointe. A cette rainure médiane
venaient aboutir plusieurs ramifications secondaires, et du même
genre, qui avaient pris naissance sur les bords. On eût dit l'im­
pression d’une feuille d’arbre, à nervures très saillantes. — La

642

M. X***, maître serrurier, se présente à moi le 15 février 1869.
Son père et sa mère, me d it-il, ont toujours joui d’une excel­
lente santé : lui même, âgé de trente deux ans, est doué d’une

643

�644

H, MIREUR.

SYPH ILID E GOMMEUSE.

muqueuse pharyngienne était d’une couleur rouge foncé.—Enfin,
il existait, au voile du palais et immédiatement au dessus de la
luette, une petite tumeur du volume d'une aveline. La muqueuse
qui recouvrait cette saillie avait perdu sa coloration normale ;
elle était blanchâtre, et amincie à un tel point qu'il était facile de
constater au dessous d’elle l’accumulation d’un liquide purulent:
d’ailleurs une fluctuation très superficielle ne laissait aucun
doute à cet égard.
J ’annonçai à M. X*** que l’accident, pour lequel il venait me
consulter, quoique produit par la même cause, n'était point de la
même nature que ceux qu’il avait éprouvés autrefois. Je le pré­
vins aussi que la petite tumeur ne tarderait pas à s’ouvrir, et
qu’infailliblement nous aurions à sa place ou une ulcération assez
profonde ou même une perforation du voile du palais.
Mes prévisions se réalisèrent bientôt. Le lendemain matin
M. X*** revenait chez moi. Dès les premières paroles qu’il pro­
nonça, je compris que la perforation avait eu lieu : sa voix avait
pris un timbre confus et nasonné ; et l’articulation de certains
mots était devenue extrêmement pénible.
C’était la veille, à son repas du soir, que le malade, à la suite
d’un mouvement de déglutition à peine douloureux, s’était aperçu
tout à coup du changement survenu à sa voix et de la grande
difficulté qu’il avait à avaler les liquides, sans les voir refluer
par le nez.
Je l’examinai de nouveau. A la place de la tumeur de la veille,
il existait aujourd'hui une ouverture bien délimitée, dans laquelle
pénétrait aisément l’étui de mon nitrate d’argent : par cette per­
foration s’était établie une communication directe entre la ca­
vité buccale et la partie postérieure des fosses nasales. La luette
ne tenait plus au voile du palais que par deux pédicules étroits,
dont la destruction paraissait imminente. En un m ot, je ne
saurais mieux faire pour donner une Mée bien précise de la
lésion qu’il m’était donné de constater que de renvoyer à la
planche XXXIV de la Clinique iconographique de M. Ricord. La
gorge de mon malade était la reproduction parfaitement exacte
de cette gravure, si ce n’est que, chez lu i, la perforation était
complète.
Mon examen était à peine terminé , que M. X*** me supplia
de le traiter énergiquement. « Je suis fort et robuste, me répétat-il plusieurs fois, ne craignez donc pas d’employer les remèdes

violents, s’ils doivent hâter la guérison. » De mon côté, je com­
pris qu’il ne fallait pas perdre de temps, et je formulai le traite­
ment que voici :
4° Le matin, à midi, et le soir, prendre, dans un demi verre de
tisane de gentiane une cuillerée à bouche de la solution sui­
vante :
Iodure de potassium................... 20 grammes.
Sirop d’écorces d’oranges amères. 50
»
Eau distillée............................... 350
»
2° Cinq fois par jour faire usage du gargafisme composé avec :
Eau distillée............................... 400 grammes
Sirop de mûres............................ 60
»
Teinture d’iode............................
6
»
Iodure de potassium...................
2
»
Séance tenante, je touchai les bords de l’ulcération avec le
crayon de nitrate d’argent.
Je recommandai au malade de revenir me voir très régulière­
ment tous les deux jours, car il était indispensable que sa plaie
fut surveillée avec soin. Je crus aussi devoir l’avertir que, puis­
qu’il désirait être traité vigoureusement, il devait s’attendre à
éprouver certains troubles fonctionnels, provoqués par la haute
dose du médicament.
Le 18 février. — M. X*** a exécuté fidèlement mes prescrip­
tions; mais il a passé une mauvaise nuit. Depuis la veille, il
est en proie à une violente agitation, a une excitation indescrip­
tible. Il éprouve dans la tête des élancements qui viennent reten­
tir jusque dans les yeux : il lui semble, dit-il, que son crâne va
s’ouvrir. Ses oreilles sont le siège de bourdonnements étranges,
et il éprouve à la gorge une sécheresse desagréable. Le coryza
et le larmoiement existent avec une grande intensité : les conjonc­
tives sont injectées, et sur la face se dessinent plusieurs plaques
érythémateuses.
Cet ensemble de symptômes caractérise suffisamment l’iodisme
pour ne point m’inquiéter: mon malade lui même persiste dans sa
confiante énergie. Je lui promets néanmoins de faire disparaître
au plus tôt tous ces accidents désagréables.
Déjà, la gorge présente une amélioration sensible: l’ouverture
semble s’être rétrécie; ses bords laissent entrevoir de vigoureux
bourgeons. Cautérisation légère ; suppression d’une cuillerée de
la solution d’iodurej

645

�646

H. MIREUR.

OCCLUSION INTESTINALE.

Le 20 février. — Les symptômes d’iodisme, sauf le coryza, se
sont dissipés en grande partie : il ne reste plus qu’une certaine
pesanteur de tête, qui n’a pas empêché le sommeil. La perfora­
tion se rétrécit de plus en plus : nouvelle cautérisation.
Le 22 février. — Plus le moindre symptôme d’iodisme : le
malade réclame la troisième cuillerée de la solution. Cautérisa­
tion.
Le 24 février. — Les trois cuillerées de la solution d’iodure ont
été parfaitement supportées. Mon crayon de nitrate d’argent ne
peut plus pénétrer dans la perforation: je dois, pour cautériser,
employer un crayon taillé en pointe.
Le 26 février. — Il ne reste plus qu’un petit trou à peine visi­
ble : l’oblitération ne peut tarder à se produire. La voix a repris
un timbre presque normal : la déglutition des liquides est plus
facile. Sixième cautérisation ; passer à quatre cuillerées par jour
de la solution d’iodure.
Le 28 février. — Les quatre cuillerées n ’ont produit aucun
trouble; l’oblitération est complète ; à peine s'il existe une depres.
sion sur les points malades.
Le 5 mars. — Le traitement a été suivi très minutieusement;
on ne voit plus traces du mal ; la dépression elle-même est deve­
nue insensible.
Le traitement par l’iodure fut continuée jusqu’au 15 mars.
A cette époque, je remplaçai la solution iodurée par le sirop de
Gibert, et je cautérisai deux fois par semaine les ulcérations de
la langue avec le nitrate acide de mercure. L’amélioration de
ces derniers accidents fut rapide , et la guérison eut lieu vers
le 20 avril, non pas cette fois sans donner lieu à de profondes
cicatrices.
M. X*** vient me voir de temps en temps : il a suivi mes pres­
criptions jusqu’à ce jour, et depuis le 20 avril aucun accident
nouveau n’est venu troubler sa santé.

« N’hésitez pas, nous disait M. Ricord, dans ses cliniques ;
donnez l’iodure immédiatement, séance tenante, et donnez le
largà-manu ; car, toute hésitation, tout retard, toute inter­
vention timide peut conduire à une perforation irréparable. »
« Si l’on procède par petites doses, si l’on se contente de
trente, quarante, cinquante centigrammes par jour, le remède
n’agit pas, ou du moins il n’agit pas assez, ni assez vite pour
prévenir un danger imminent. »
Il m’est agréable de voir les résultats presque inespérés de
mon observation, corroborer des enseignements si justes et
si précis. Déjà, il est vrai, l’expérience s’est plusieurs fois
prononcée sur la vérité de ces principes : m ais, puisque la
base fondamentale des lois thérapeutiques est d’aqtant plus
solide qu’elle repose sur un plus grand nombre de faits, j ’ai
pensé que la relation de celui que je viens de rapporter ne
serait point inutile.

M. Alfred Fournier disait dans son cours sur la Syphilide
gommeuse du voile du palais : « Ce n’est pas tout que de donner
l’iodure, il faut encore l’administrer à sa dose, à la dose con­
venable contre une lésion de cet ordre.
« Il est indispensable dans les cas de ce genre, surtout dans
ceux où le mal est déjà avancé, de frapper immédiatement un
grand coup et d’administrer d’emblée l’iodure à forte dose :

647

Dr H. Mireur.

CLINIQUE DES HOPITAUX.
D eu x cas d ’o cclu sion in te stin a le
par M. Garcin , interne des hôpitaux.

Première observation. — Le 15 mars 1868, entrait à l’hôpital de
la Conception, salle Saint-Joseph, lit 28, service de M. Yan Gaver,
le nommé Davin Joseph, 62 ans, tonnelier.
Cet homme, de haute taille, d’une forte constitution, estmalheureusement atteint de surdité et de plus d’une intelligence obluse :
aussi est-il très-difficile d’avoir des renseignements précis. Il
nous dit seulement que depuis leunercredi (nous sommes au lundi)
il n’est point venu du corps ; il a eu quelques vomissements, mais
il nous est impossible de lui faire préciser la nature de ces vo­
missements. C’est la première fois que pareil accident lui arrive ;
il a toujours été très-bien portant.

�618

GARCIN.

L’interne de garde lui a donné, le dimanche, à la visite du soir,
un purgatif huileux qui n’a produit aucun effet.
16 mars au matin, lundi. Le faciès est légèrement grippé, mais
ne nous offre cependant rien de particulier, le pouls est petit, mou,
dépressible, très-fréquent, 110pulsations. La langue est allongée,
rouge sur les bords, recouverte d'un enduit épais d’une couleur
jaunâtre trés-inarquée. L'abdomen présente un développement
considérable ; la peau en est tendue, luisante, sans lacis veineux;
les parois du ventre ne se laissent pas déprimer, il n’y a pas de
douleur spontanée, ni provoquée même par une forte pression ;
il n’y a pas de bosselures apparentes, mais les régions ombilicale
et hypogastrique sont soulevées comme par une énorme tumeur,
tandis que les flancs, et surtout le flanc droit, présentent un léger
enfoncement ; à la percussion, sonorité exagérée correspondant à
la partie distendue et soulevée, matité assez prononcée sur les
côtés.
Les appareils respiratoire et de l’innervation n’offrent rien
d’appréciable.
On diagnostique une occlusion intestinale ; mais il est impos­
sible de préciser le siège de la lésion, on se contente de la fixer
au petit intestin.
Traitement : 60 grammes huile de riccin, à prendre par cuille­
rées dans la journée, 2 pots de limonade, 2 bouillons et 2 potages
pour soutenir les forces.
Les substances ordonnées sont administrées dans la journée,
sans produire aucun effet. A la visite du soir, il n’y a pas eu en­
core de selles, ni de vomissements. L’état local est loin de s’amé­
liorer; la distension de l’abdomen et le ballonnement sont encore
considérables. La prostration est certaine ; le pouls est filiforme,
incalculable ; les traits sont excessivements tirés, la langue ne
peut être tirée hors de la bouche.
Dans la nuit du 16 au 17, à 2 heures, la mort est survenue, sans
qu’on ait constaté aucun changement dans les phénomènes que
nous avons décrits
L’autopsie a été faite 54 heures après la mort, avec le concours
de mes excellents amis et collègues, MM. Coste et Poucel.
La putréfaction est avancée ; l’abdomen seul a été ouvert.
Le développement extérieur de l’abdomen est moins considéra­
ble que pendant la vie et nous percevons, vers les parties déclives;
une sensation manifeste de liquide.

OCCLUSION INTESTINALE.

649

L’ouverture de la cavité abdominale donne issue à une quantité
considérable de sérosité sanguinolente, de couleur noirâtre, pro­
venant sans doute, en grande partie, de l’imbibition cadavérique.
Les anses intestinales, distendues par des gaz, s’échappent et se
développent en dehors de l’abdomen, elles ont une coloration
rouge vineuse et sont sillonnées de vaisseaux gorgés de sang et
disséminés sur toute l’étendue du tube intestinal,nous constatons
que ces altérations ont pour siège unique l’intestin grêle ; le gros
intestin est revenu sur lui-même, diminué de volume et se trouve
pour ainsi dire refoulé sur les côtés : le cæcum seul présente dans
ses adhérences les plus inférieures des déchirures manifestes. En
cherchant la cause de ces lésions, nous trouvons, au niveau de
l'insertion du mésentère, au-dessous du duodénum, une sorte de
tresse, que je ne puis mieux comparer qu’au cordon ombilical,
formée par le mésentère lui-même, l’artère mésentérique supé­
rieure et la veine correspondante, une partie chi tube intestinal :
toutes ces parties étant trois fois enroulées sur elles-mêmes. De
plus, deux anses intestinales, passant au-dessous de cette espèce
de pont, sont comprimées de telle façon que leur calibre est im­
perméable. La partie de l’intestin grêle qui rentre dans le cordon
que je viens de mentionner est comprise dans le dernier pied de
l’intestin grêle ; les anses comprimées sont des anses comprises
dans le reste de la longueur de l’intestin. De l’intestin ouvert
s’échappent du gaz et une quantité considérable de liquide café
au lait et brun chocolat, dont on devine facilement la nature.
Les autres organes abdominaux ne présentent rien de particu­
lier à noter.
Deuxième observation. — À la clinique chirurgicale de M. le pro­
fesseur Pirondi est entrée le 4 juillet 1868, Montjardin Marianne,
73 ans, revendeuse, d’un tempérament robuste.
Cette femme nous raconte que depuis longtemps elle portait
une hernie peu volumineuse au pli de l ’aine ; lorsque, trois jours
avant son entrée à l’hôpital, elle fut prise tout-à-coup, sans cause
appréciable, de vomissements et de constipation. Un médecin
appelé se livra immédiatement à des tentatives de réduction, et
après quelques manœuvres appliqua un bandage contentif vers le
point où siégeait la hernie qui avait disparu à la suite de ces ma­
nœuvres. Mais les accidents déjà éprouvés revinrent bientôt,
l’amélioration fut de courte durée.
A son arrivée, nous la trouvons dans un état algide très-pro­
noncé : extrémités et langue froides, faciès grippé, pouls petit,
42

�650

GARCIN.

dépressible, à 130. Los vomissements persistent, les matières re­
jetées sont jaunes, d’un aspect féealoïde ; il n’y a pas eu de selles
depuis le début des accidents. La langue est rouge à la pointe et
vers les bords, sèche, recouverte d’un enduit bleuâtre très-épais,
et fendillé à la base. A la région crurale droite, siège ordinaire
de la hernie que portait cette femme, on ne trouve aucune tumeur,
aucune saillie appréciable ; et en enfonçant le doigt on ne pénè­
tre dans aucun orifice pouvant faire supposer l’existence d’une
ouverture herniaire ancienne : on a, au contraire, la sensation
d’un empâtement profond. Le ventre est fortement tendu, avec
météorisme et douleur spontanée et provoquée.
Les symptômes que nous venons d’énumérer ne devaient pas
s’amender ; et, malgré les purgatifs répétés, malgré l’emploi de
la glace et des boissons gazeuses et acidulées, malgré de nom­
breuses applications résolutives, la douleur, le ballonnement, la
constipation et les vomissements persistèrent. La maladie eut
une marche progressivement croissante jusqu’au moment de la
mort, qui arriva le 6 juillet à 4 heures du matin.
L'autopsie fût faite le 7, à 10 heures du matin, en présence de
MM. Frèze et Terris, élèves du service, la température étant trèsélevée.
La décomposition est avancée. L’abdomen est énormément
ballonné, et la percussion donne une sonorité exagérée dans toute
son étendue.
Tous les organes viscéraux, thoraciques et abdominaux, à
l’exception de la masse intestinale dont nous allons parler, sont
le siège d’une congestion très-prononcée, probablement cadavéri­
que, et d’une putréfaction commençante.
Le tube intestinal déroulé avec précaution, nous voyons une
anse intestinale de 0“ 15 environ de longueur enfermée dans le
pli de l’aine. Après avoir sectionné les deux bouts de l’intestin
hernié de façon â la laisser en place, nous constatons que la por­
tion herniée est comprise dans la fin de l’intestin grêle ; car, en
dehors de cette portion, 0m05 seulement mesurent la distance qui
sépare le bout inférieur de l’insertion du cæcum. La partie de
l’intestin grêle, située au-dessus de la hernie, est distendue par
des gaz, légèrement injectée et contient des matières liquides,
jaunâtres, en grande abondance. La petite portion restée libre est
revenue sur elle-même ; le gros intestin, complètement vide, est
flasque et aplati au point que le calibre en semble presque effacé.
Mais la portion herniée présente une disposition remarquable.

OCCLUSION INTESTINALE.

651

La hernie était entéro-épiploi'que et s’était produite à travers
un des trous du fascia cribriformis, de telle sorte que, séparée
de la peau par une quantité considérable du tissu adipeux, et du
reste disposée de façon que l’anse intestinale en contact avec cet
orifice était plutôt pincée que véritablement étranglée, on com­
prenait parfaitement qu’elle ne fit aucune saillie à l’extérieur.
De plus, à l ’orifice du bout supérieur de l’intestin hernié, se trou­
vaient deux petites valves de coquillage appelé vulgairement clo­
visse (appartenant au genre came), lesquelles étaient placées de
champ à travers du canal intestinal, leur concavité regardant en
haut, et l’une des deux, plus petite, dans l’autre plus grande ; le
canal intestinal était ainsi bouché complètement. La portion
herniée était donc complètement vide de toute matière liquide
ou gazeuse, et par suite de l'obstruction de son canal, revenue
sur elle-même. De plus, cette portion de l’intestin était enroulée
de façon qu’elle était pincée à la fois par l’épiploon qui l’accom­
pagnait et qui formait ainsi un premier étranglement, et en
second lieu, par l’ouverture de la lame criblée à travers laquelle
s’était, sans aucun doute, produite la hernie.

Quelques mots seulement au sujet de ces observations.
Nous nous trouvons en présence de deux lésions très com­
plexes qui ontpour résultat défaire disparaître complètement
la perméabilité du canal intestinal et qui sont disposées de
telle sorte que toute intervention thérapeutique devait être
inutile , que la terminaison fatale devait nécessairement
arriver.
Tout d’abord, le diagnostic présentait de grandes difficultés.
Il est vrai que, dans le premier cas, se basant sur le déve­
loppement de l’abdomen et, conformément aux données de
M. le professeur Laugier, sur l’étendue et le siège du mé­
téorisme, on avait reconnu une occlusion intestinale sirgeant
probablement dans le petit intestin ; mais, dans le second cas,
préciser le diagnostic eût été, nous osons le dire, chose cu­
rieuse, à moins toutefois que la malade nous eût parlé de
coquilles avalées, ce qu’elle n’a jamais mentionné ni même
fait soupçonner Aussi avouons-nous de bon Cœur que l'au­
topsie seule nous a permis de reconnaître la véritable nature
de la lésion, A la première visite, les opinions se partagèrent:

�652

GARCIN.

les uns émirent l’idée d’une péritonite, consécutive à l’étran­
glement ou aux manœuvres du taxis ; les autres reconnurent
un étranglement interne; d’autres enfin, se hasardèrent à dire
que l’intestin hernié n’avait pas repris son calibre primitif
et que le cours des matières ne pouvait pas se faire. Quoiqu’il
en soit, ces deux faits ne m’en ont pas moins paru fort inté­
ressants, tant au point de vue de ces difficultés du diagnostic
qu’au point de vue des lésions anatomiques. Le cas de la
première observation se rattache en partie à la variété d’étran­
glement décrite par Rokitansky sous le nom d’étranglement
rotatoire ; en partie, aux étranglements par nature diverticulaire sur lesquels Parise , de Lille, a appelé l’attention de
l’Académie de médecine en 1852. Dans le second cas, on avait
certainement affaire à une hernie de longue date, qui n'était
sans doute, pas étrangère à la diminution du calibre intesti­
nal, mais la lésion principale était sans contredit, la fermeture
du canal par le corps étranger parfaitement disposé pour ce
résultat et placé là comme une écluse.
En présence de ces lésions, une intervention chirurgicale
était-elle possible? Dans le premier cas, la main du chirur­
gien eût été inutile, nuisible même , comme a été inutile
l’action des agents thérapeutiques. Toute opération, avec un
nombre si restreint d'éléments de diagnostic, etd’un diagnos­
tic aussi précis que possible (ce qui nous parait la principale
indication de la gastrotomie) eût été imprudente et téméraire.
Le second était plus accessible aux moyens chirurgicaux; mais
on manquait encore d’éléments favorables pour établir un
bon diagnostic, et on ne pouvait tenter une entérotomie,
seule opération rationnelle en pareille occurrence, sans
s’exposer à manœuvrer à l’aventure.
En terminant, disons que nous avons cru utile, avec
l’assentiment de nos maîtres, de faire connaître ces deux cas,
que nous avons appelés, pour ne rien préjuger, et conformé­
ment à la dénomination si juste proposée par M. Masson,
occlusions intestinales, quoique l’autopsie soit venue nous
éclairer sur la vraie cause de cette imperméabilité du tube
intestinal. Nous regrettons seulement que l’historique de ces
deux malades ne soit pas plus riche en détails.

REVUE.

653

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.
S O M M A IR E *.

Collodion dans la pleurésie et les épanchements pleuraux. — Arsenic contre
l’ictère. — Action reconstituante du sublimé. — Fièvre typhoïde, créosote.
— Acide phénique dans la lièvre typhoïde; les fièvres intermittentes; le
charbon; la scarlatine, la rougeole, la variole; la coqueluche. — Phénol
sodique dans la péritonite puerpérale,, — Empoisonnement par l’acide phé­
nique; traitement. — Métrorrhagies, injections et bains chauds. — Fièvre
typhoïde , hydrothérapie. — Trochisques contre la coqueluche. — Fièvres
palustres, buxine. — Taches de la cornée, iodure de potassium.

Collodion dans la pleurésie et les épanchements pleu­
raux. — M. de Robert de Latour poursuit avec une cou­
rageuse persévérance les applications de la méthode isolante.
Après avoir démontré son efficacité contre l’inflammation en
général, il nous fait connaître tout le parti qu’on en peut
tirer contre les produits de l’inflammation épanchés dans les
cavités closes.
D’après ce médecin, l’enduit imperméable, en déterminant
la suppression du contact de l’air, a pour effet du même coup
de paralyser, dans l’épaisseur de la région malade, la faculté
colorisatrice et l’aptitude à l’inflammation et de réveiller avec
énergie le pouvoir absorbant ; quel que soit alors le liquide à
éliminer, pus ou sérosité , l’absorption s’en empare aussitôt
et le livre aux excrétions urinaires et cutanées. Telle est la
théorie. Dans l’ordre des faits, l'auteur rapporte plusieurs
exemples de péritonite et de pleurésie, avec épanchements
séreux ou purulents rapidement guéris par l’application d’une
large couche de collodion, sur le ventre ou le thorax.
La question s’offre si souvent à la pratique, elle est si facile
à vérifier, elle a une telle importance que nous retracerons
en deux mots la dernière et si remarquable observation de
M. de Robert de Latour. Unir ainsi le précepte et l’exemple
n’est-ce pas faire un appel plus efficace à l’expérimentation?

�654

ISNARD.

Il s’agit d’un homme de 40 ans, convalescent d’une fièvre
typhoïde et profondément affaibli. Voici son état : Adroite,
pleurésie aigüe ; épanchement considérable. Symptômes
rapidement alarmants : dypsnée arrivée à la dernière limite;
asphyxie menaçante; GOinspirations par minute; 140 pulsa­
tions. Température du corps 38°,5. Matité dans tout le côté
droit. ; absence de murmure vésiculaire ; au sommet du
poumon seulement, souffle et chevrotement de la voix. A
gauche, absence de lésion, mais compression du poumon
par l'ampliation du côté malade. — En ce moment que
faire? Deux voies s’offraient à la thérapeutique : ou réta­
blir le jeu de la respiration par la tlioracentèse; ”ou bien
éteindre sur le champ l’inflammation pour rendre à l’absorp­
tion toute sa puissance et obtenir ainsi la prompte résolution
de l’épanchement. Dans le premier cas, le danger immédiat
d’asphyxie était éloigné, mais l’inflammation de la plèvre n’en
subsistait pas moins, et il fallait dès lors s’attendre A la
reproduction de la collection séreuse. Dans le second, on
attaquait le mal dans son principe, dans son phénomène
initial, mais alors il fallait pouvoir compter sur un prompt
résultat, car le temps pressait et chaque minute ajoutait au
péril. M. de Latour prit ce dernier parti, sauf à ponctionner
le thorax si l’effet salutaire de la médication isolante se faisait
attendre. En conséquence, une couche de collodion élastique
fut appliquée sur tout le côté droit de la poitrine, sur l’épaule
et sur une partie du côté gauche, en avant et en arrière. Trois
heures après, la gêne respiratoire était déjà moins grande. Peu
à peu l’inflammation et f épanchement se réduisirent. Le mur­
mure vésiculaire se rétablit, d’abord au sommet du poumon,
puis à la partie moyenne et finalement partout. Dix jours suf­
firent pour une guérison complète.
En clinicien sagace, M. de Robert de Latour fait observer
que, si l’on peut compter sur l’enduit imperméable pour domp­
ter l’inflammation de la plèvre, on s’exposerait à de tristes
déceptions si, pas une fausse analogie, on prétendait en obte­
nir les mêmes effets contre l’inflammation du poumon ou des
bronches. Ici le résultat sera nul ou incomplet, parce que

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

655

l'isolement étant imparfait, la médication restera elle-même
incomplète. En pénétrant dans la poitrine, Pair exerce, par
son contact avec la muqueuse bronchique, la même action
colorisatrice qu’il exerce ailleurs par son contact avec la peau.
Il en est de même pour l’érysipèle de la face. Tandis que, par
le collodion, cette phlegmasie se dissipe en quelques heures
quand elle siège au tronc ou aux membres,.il lui faut quel­
ques jours quand elle atteint le visage, précisément parce
que l’air pénètre dans l’intérieur par une série d’orifices, dis­
position en vertu de laquelle la calorification se soustrait, par­
tiellement au moins, à l’action médicale. En un mot, telle est
la loi : là où le contact de Pair, élément de calorification, peut
être complètement supprimé, là s’éteint immédiatement l’in­
flammation ; là où ce contact ne peut être supprimé que dans
certains points, l’inflammation se modère, mais ne s’éteint
que progressivement, et dans un temps d’autant plus long,
que les tissus restés accessibles à l’air sont plus étendus.
(Union médicale 4 mars 1869).
Arsenic contre l'ictère. — Le docteur H. Aimés, qui a
déjà publié d’utiles travaux sur la médication arsenicale, vient
d’en étendre l’emploi aux maladies du foie et plus particu­
lièrement à l’ictère aigu et chronique. Dans une série d’obser­
vations, il démontre que, en pareil cas, non seulement l’arse­
nic n’est pas dangereux, mais qu’il exerce encore une influence
curative des plus remarquables. Voici en deux mots son trai­
tement : au début un émétique; aussitôt après une préparation
arsenicale ; il donne la préférence à l’arséniate d’antimoine, à
la dose de deux centigrammes par jour. La guérison est ordi­
nairement rapide et durable. (France Médicale, 31 mars 1869).
—L'arsenic est, en général, proscrit dans les maladies du foie.
On lui a reproché son élimination lente et son accumulation
dans les organes parenchymateux, le foie, les poumons, etc. ;
conséquemment, on lui a attribué la production d’accidents
redoutables. Ces assertions, formulées surtout par Aran, par
MM. Moutard-Martin et Wahu, trouvent une réfutation
nouvelle dans les intéressantes observations de M. Aimés,

�REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

Action reconstituante du sublimé. — Notons encore les
recherches du même auteur sur les propriétés reconstituantes
du deuto-chlorure de mercure. Dès 1856, vivement frappé
des effets reconstituants obtenus dans diverses maladies au
moyen des préparations arsenicales qui, à cette époque
n ’avaient guère plus la réputation de reconstituantes que ne
l’ont aujourd’hui les préparations mercurielles, le docteur
Aimés eut l'idée d’expérimenter, sous le même point de vue,
divers toxiques minéraux et végétaux, tels que le tartre stibié,
le deuto-chlorure de mercure, le bi-chromate de potasse, la
noix vomique, etc. De ces essais, il est résulté que tous ces
poisons sont, à petites doses, d’excellents reconstituants qui
agissent d’une manière lente et graduelle sur la nutrition,
augmentent l’appétit, d'abord, les forces ensuite, et plus tard
l’embonpoint, raffermissent la résistance vitale contre l’at­
teinte des causes morbides, et exercent, en vertu de ce dernier
fait, outre leur action corroborante immédiate, une autre
influence à plus longue portée qui se traduit par une préser­
vation plus ou moins efficace contre un certain nombre de
maladies.
Quant au sublimé, M. Aimés l’a souvent employé, comme
reconstituant, sur plusieurs sujets, et surtout sur des enfants
de 2 à 5 ans qui ne pouvaient être suspectés de syphilis.
Il en a fait continuer l’usage pendant des demi-années et des
années entières, et à peu près toujours il a constaté chez ses
malades une amélioration de leur santé caractérisée par le
développement de l’appétit, l’engraissement, la coloration du
teint, la vigueur musculaire et tous les signes extérieurs du
bien être physique.
Ces résultats paraîtront peu orthodoxes en face de l’opinion
généralement acceptée qui qualifie de dénutritive, l’action du
mercure. Mais il faut s’incliner devant la puissance des faits.

657

D’ailleurs, ne retrouvons-nous pas ici une application de cette
loi formulée par M. Claude Bernard, loi si profondément vraie
en thérapeutique : Toute substance qui,- à haute dose, éteint
les propriétés d’un élément organique, à petite dose les excite ?
La quantité du sublimé donné comme reconstituant est de
un à deux milligrammes par jour: Il est prescrit dissout dans
de l’eau distillée et en propoptions telles qu’une cuillerée de
ce soluté représente la dose quotidienne du médicament.
Cette cuillerée doit être mêlée à un verre d’eau sucrée destiné
à être partagé en trois ou quatre fois, dans la journée, et pris
dans les intervalles des repas. Ici, comme en d’autres écrits,
l’auteur attache une grande importance, pour les médications
toxiques, à ce mode d’administration qui consiste à n’ingérer
les substances énergiques qu’au moment où l’estomac est
occupé par le travail de digestion : ainsi la muqueuse diges­
tive est préservée d’un contact immédiat, contact atténué sans
doute, mais susceptible encore d’être hostile ou tout.au moins
antipathique.
Comment l’auteur est-il arrivé à constater et à mettre à
profit l’action reconstituante du sublimé? Conformément à des
faits connus dans la science, il avait primitivement essayé le
médicament sur de très jeunes enfants sujets aux convul­
sions et prédisposés aux affections cérébrales. L’effet du traite­
ment a été d’abord la modification de cette tendance patholo­
gique, l’éloignement, l’atténuation et progressivement la dis­
parition finale des attaques convulsives, ensuite la révélation
de propriétés reconstituantes certaines. Et ces derniers résul­
tats ont été constatés non-seulement dans le jeune âge, mais
aussi dans l'âge adulte, et dans des cas sans parenté avec les
affections convulsives de l’enfance. Pour les obtenir, il faut
continuer la médication régulièrement et longtemps, c’est-àdire vingt-cinq jours par mois, avec un intervalle d’une
semaine entre chaque reprise ,, et pendant six mois, un an,
deux ans. (Union Médicale, juillet 1869,).
Créosote dans la fièvre typhoïde. — Pour M. Pécholier,
les lésions multiples de la fièvre typhoïde sont dues à une

�658

ISNARD.

altération du sang. Celle-ci dépend de l’action d’un ferment
organisé, lequel se comporte dans le sang, comme tous les
ferments organisés, ainsi que l’a démontré M. Béchamp. Ce
ferment puise dans le sangles matériaux de sa nutrition ; il y
exhale ceux de sa décomposition et l’altère ainsi radicalement.
Partant de cette idée, et profitant des travaux de M.Béchamp,
sur les effets de la créosote contre le développement des fer­
ments organisés, M. Pécholier a pensé que la créosote pour­
rait empêcher l’apparition ou la multiplication des ferments
typhoïdes et devenir ainsi un puissant remède contre une
affection si rebelle à la thérapeutique.
En conséquence, il a soumis à ce traitement une soixan­
taine de malades atteints de fièvre typhoïde. Tous les jours, il
faisait prendre, par cuillerée, une potion contenant 3 gouttes
de créosote, 2 gouttes d’essence de citron, 90 grammes d’eau
commune et 30 grammes d’eau de fleurs d’oranger. L’essence
de citron était là comme correctif et peut-être comme adju­
vant. En même temps, on administrait, par jour, deux lave­
ments'renfermant chacun de 3 à 5 gouttes de créosote.
Cette médication était adoptée sans difficultés par tous les
malades; jamais elle n’a été suivie d’accidents, ni même
d’inconvénients. D’ailleurs, elle n ’empêchait pas de remplir
toutes les autres indications thérapeutiques.
Voici quels ont été les résultats obtenus; dans les cas où
l’on n’a pu agir qu’à une période avancée do la maladie, les
effets thérapeutiques ont été absolument nuis. Cela se com­
prend: car, on intervient alors que tous les ferments orga­
nisés sont développés, et la créosote, très diluée, est tout à
fait impuissante contre eux dans de telles conditions.
Au contraire, dans les cas nombreux où les malades étaient
soumis de bonne heure au traitement, la médication a eu
une action très efficace pour diminuer l’intensité et la lon­
gueur de la fièvre typhoïde.
En résumé, d’après M. Pécholier, la créosote administrée à
faibles doses, en potion et en lavement, et probablement aussi
en vapeurs, au début de la fièvre typhoïde et dans les premiers
jours de son invasion, a des effets puissants pour atténuer la

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

659

gravité de la maladie et abréger sa durée. En raison de son
efficacité, ce remède pourrait rendre des services, comme pro­
phylactique, en temps d’épidémie, dans les hôpitaux, les ca­
sernes et les collèges. (Acaclcmie des sciences).
Acide phénique. *—La créosote nous conduit naturellement
à son congénère, l'acide phénique, dont l’usage se répand
chaque jour davantage. En France, en Allemagne, en Angle­
terre et partout, il est devenu l’objet d’expérimentations acti­
ves à la fois dans le domaine de l’hygiène, de la médecine et
de la chirurgie. Quelle en sera la destinée? Souhaitons-lui plus
de chance que n’en a eu la créosote, aujourd’hui bien délaissée
après avoir été accueillie, à son entrée dans la thérapeutique,
avec tant d’engouement contre les maladies les plus diverses,
y compris le scrofule, la phthisie, le cancer, etc.
Dans la fièvre typhoïde. — Souvent mises à profit dans nos
dernières épidémies de choléra, les propriétés désinfectantes
de l’acide phénique ont été utilisées, à l’ile Maurice, vers la
fin de 1867 et au commencement de 1868, dans un village
cruellement éprouvé par une épidémie de fièvre typhoïde.
Sur 900 habitants, 300 furent atteints, 41 succombèrent. On
employa l’acide phénique pour désinfecter les égouts, les
fosses d’aisance, etc., et pour arroser, chaque jour, avec une
dissolution faible, les cours, les passages, etc. La fièvre dis­
parut rapidement, et l’on constatait qu’à partir du 17 février,
jour où Fon avait commencé l’usage de l’acide phénique, jus­
qu’au 1er avril, il n’y avait eu que deux décès produits par
la maladie.
Dans les fièvres intermittentes. — Encore à Maurice, les doc­
teurs Barrault et Jessier guérissent les fièvres intermittentes
par le même agent qu’ils regardent comme supérieur aux
préparations de quinquina.
M. Barrault a expérimenté sur plus de vingt cas, à types
quotidien, tierce, quarte. La dose était généralement de 5 à 7
centigrammes, administrés trois fois par jour. Elle arrêta
complètement les paroxysmes, et les rechutes furent moins
nombreuses qu’avec le sulfate de quinine.

�660

1SNARD.

Le docteur Jessier applique l’acide phénique en injections
hypodermiques^ Après avoir donné, le 7 juin, à un créole
atteint de fièvre intermittente, la quinine, pendant sept jours,
les accès furent arrêtés, mais ils reparurent le 1" juillet; et
malgré l’association, au traitement, du fer et de l’extrait de
quassia,onn’obtintaucunbon résultat. Alors, M. Jessier injecta
sous la peau trois quarts de grain d’acide phénique pur, dis­
sout dans vingt gouttes d’eau ; la fièvre cessa définitivement.
Le 12, une seconde injection fut faite, mais comme mesure de
précaution. 27 malades soumis au même traitement ont ob­
tenu des effets également heureux.
Pour MM. Barrault et Jessier, ces résultats démontreraient
que les fièvres intermittentes sont dues à la présence, dans le
sang, de ferments microscopiques végétaux et animaux. Ce
serait donc là une confirmation nouvelle des théories de MM.
Béchamp et Pécholier. (Académie des sciences. — Annales de
la Société de médecine d'Anvers, avril, 1869.)
S’il est bon de faire connaître les succès d’un médicament,
il est juste d’enregister ses revers. C’est ainsi, qu’un grand
partisan de l’acide phénique, le docteur Paluel de Marmon,
médecin à New-York, a constamment échoué, avec cet agent,
contre les fièvres intermittentes. Il l’a employé sur dix malades
à la dose de 50 centigrammes, dans 90 grammes d’eau, à pren­
dre en trois fois, pendant l’apyrexie. Huit fois la fièvre avait
été prise au début, deux fois elle s’était montrée rebelle à la
quinine. Dans tous les cas, résultat nul. (Gazette hebdomadaire,
8 avril 1869.) — Sur le terrain de l’expérimentation, la ques­
tion des propriétés fébrifuges de l’acide phénique reste donc à
peu près indécise. Et, sans dédaigner les faits acquis, ajoutons
qu'ils sont en nombre beaucoup trop faible pour permettre
sérieusement le parallèle avec le quinquina.
Dans le charbon. — Dans une épidémie de charbon qui sé­
vissait dernièrement en Auvergne, M. Sanson, amené à con­
clure que charbon et putridité étaient synonymes, a eu l’idée
de combattre la maladie par l’acide phénique à l’intérieur et
les essais tentés dans ce sens ont été des plus heureux. Àus
animaux de l’espèce bovine, l’acide phénique a été donné à la

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

661

dose quotidienne de 10 grammes par 1000 grammes d’eau ; la
dose était de 3 grammes seulement, pour la même quantité
d’eau, chez les animaux de l’espèce ovine. L’acide phénique a
été administré également à l’intérieur, avec pareil succès, à
des malades de l’espèce humaine atteints de pustule maligne.
Un homme et son fils ont été traités ainsi et guéris rapide­
ment. (.Académie des sciences. — Journal de médecine et de
chirurgie pratiques février, 1869).
Dans la scarlatine, la rougeole et la variole. — Le docteur
Alexandre Keith a prescrit l’acide phénique à l’intérieur à 600
malades et ne compte que 5 décès, dans l’espace de six mois.
Voici sa formule :
Acide phénique..
aa
Acide acétique...
1 drachme 1/2 (grammes 5, 82).
Teinture d’opium
Ether chlorique..
Eau......................
8 onces (250 grammes).
Une cuillerée de cette mixture , toutes les quatre heures,
jusqu’à cessation de la fièvre.
Effets physiologiques. — L’acide phénique produit une
abondante transpiration dans ces fièvres éruptives. Sous son
influence, le pouls descend de 120 à 60 pulsations dans les 24
heures, la peau devient fraîche et moite, la fièvre tombe, la
langue s’humecte et se nettoie; le mal de gorge diminue et
l’appétit revient. Dans quelques cas, l’urine a paru fumeuse,
comme si on y avait délayé du charbon finement pulvérisé.
(The Lancet, janvier. — Montpellier médical, mai 1869).
Dans la coqueluche. — En se plaçant au point de vue des ’
bactéries existant dans l’air expiré par les individus atteints
de coqueluche, le docteur Blake, de Birmingham, a fait usage
des vapeurs d’acide phénique. Le docteur de Keghel, de Gand,
adoptant la même pratique, s’est borné à faire verser quelques
grammes d’acide phénique sur une assiette et à le laisser éva­
porer dans la chambre occupée par l’enfant. Or, malgré l’im­
perfection de ce procédé, on a vu, dans la généralité des cas,
une amélioration prompte en être la conséquence. Dans quel­
ques cas où la coqueluche était compliquée d’inflammation

�662

ISNARD.

aiguë du côté des voies respiratoires, l’acide phénique , sans
nuire au malade, n ’a pas paru amender son état.
Cette application de l’acide phénique appelle évidemment .
des recherches sérieuses. Il serait à désirer aussi que des expé­
riences fussent tentées avec d’autres médicaments, sous forme
d’inhalations,' comme on la fait pour les vapeurs des usines à
gaz, pour l’ammoniaque, pour le gazéol. Peut-être l’appareil
vaporisateur ne serait-il pas inutile dans cette circonstance?
Quoiqu’il en soit, en face d’une maladie aussi rebelle que la
coqueluche , l’inhalation des médicaments nous offre un
champ des plus vastes. (Journal de médecine et de chirurgie
pratiques. — Abeille médicale, juin 1868).
Phénol sodique dans la péritonite puerpérale. — Ter­
minons cet exposé des récentes applications de l’acide phé­
nique, en disant un mot sur le phénol sodique, employé par
le docteur T. P. Desmartis, de Bordeaux, à titre de désinfec­
tant, de spécifique contre la péritonite puerpérale. — Les re­
cherches microscopiques de ce médecin lui ont prouvé que,
pendant les épidémies puerpérales, les lochies sont chargées
d’animalcules. La théorie venait donc confirmer l’utilité pra­
tique des désinfectants. Le médicament est administré en
injections vaginales, d’après cette formule : huile d;œillette,
une demi-bouteille; phénol sodique 75 à 100 grammes. Cette
quantité est divisée en 4 ou 5 injections que l’on introduit
profondément dans le vagin, toutes les trois ou quatre heures.
Avec ce même liquide, on donne un lavement, matin et soir,
pour nettoyer l’intestin et pour produire un effet antiseptique
plus complet. Les injections sont continues pendant douze ou
quinze jours; on en diminue graduellement le nombre sui­
vant l’état d’amélioration des malades. — De plus, M. Des­
martis dit avoir toujours enrayé la fièvre typhoïde par les
lavements de phénol et d’huile, et obtenu des guérisons ines­
pérées. (Académie des seienccs.— Abeille médicale. Avril, 18b(J).
Empoisonnement par l’acide phénique. — Traitement. —
Administré à l’intérieur ou à l’extérieur, l’acide phénique,

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

663

même dilué, îVest pas absolument inoffensif. Il convient donc
de se tenir sursesgardes puisque tous les jours il tend à pren­
dre plus d’extension.
Il y a quelques mois, le British médical journal a rapporté
trois cas d’intoxication par l’acide phénique appliqué à l’exté­
rieur. Il s’agissait de trois femmes atteintes de gale et friction­
nées, par méprise, avec une solution phéniquée, au lieu de
l’être avec une solution sulfureuse. Deux de ces malades mou­
rurent, l’une dgée de GOans, après cinq heures de souffrances,
l’autre ûgée de 23 ans, au bout de quarante-huit heures. La
troisième qui survécut avait 68 ans; elle racontait qu’on
l’avait frictionnée loin du feu avec une solution froide, tandis
que ses compagnes avaient subi leur traitement près du feu et
avec solution chaude que Ton étendait sur tout le corps avec
une éponge. — On estima à 180 grammes la quantité d’acide
phénique employée chez les trois femmes.
Les symptômes éprouvés à l’intérieur avaient été un serre­
ment de tête, des étourdissements, un sentiment d’ivresse
intense, puis de l’insensibilité et un affaissement général,
sans convulsions. La malade qu’on a sauvée resta quatre
heures sans connaissance. Chez les trois, l’haleine était forte­
ment phéniquée.
Depuis ce triple accident, il y en a eu d’autres moins graves
qui ont été le résultat de l’ingestion dans l’estomac d'une
certaine quantité d’acide phénique, soit par erreur, soit par
excès dans la dose thérapeutique de cet agent.
Du reste, voici ce qu’il conviendrait de faire en cas d’intoxi­
cation par l’acide phénique:Donner surtout aux malades un
air très pur. Si l’acide a été appliqué à l’extérieur, l’enlever
rapidement par des lotions savonneuses tièdes; puis combat­
tre l’état général par des stimulants : alcool, ammoniaque,
éther, thé, café, etc.
D’après Galvert, le meilleur antidote serait un mélange, à
haute dose, d’huiles d’olives, d’amandes douces et de ricin.
Après avoir employé, au besoin, la pompe stomacale, on ad­
ministre ce mélange, qui, non-seulement s’oppose à l’action
corrosive de l’acide, mais constitue à celui-ci un agent de

�664

ISNÀRD.

dilution susceptible de l'affaiblir et de l’empêcher d’exercer
sur la muqueuse stomacale une influence délétère. (Revue mé­
dicale de Toulouse, mai, 1869.)
Injections et bains chauds dans les hémorrhagies uté­
rines. — La métrorrhagie est un accident commun dans la
pratique. En pareil cas, le docteur L. Hamon préconise les
injections d’eau chaude déjà conseillées par M. Desprès. Le
moyen est d’une extrême simplicité. On peut se servir du
clyso-pompe ou de tout autre instrument analogue. M. Hamon
préfère un petit appareil ainsi composé: un tube en caout­
chouc vulcanisé de la grosseur du doigt, long de 1 mètre et
demi, terminé à une de ses extrémités par une canule vaginale,
à l’autre par un ajutage en bois creux s’adaptant à la partie
inférieure d’un seau, d’un réservoir quelconque. — Voici
comment on fait usage de cet appareil : le réservoir, posé sur
une table un peu élevée, est rempli du liquide à injecter. Non
loin de l’appareil, est disposé à terre un récipient de grandeur
convenable, muni de deux planchettes parallèles, sur cha­
cune desquelles doivent reposer l'un et l’autre ischions de la
malade. Cette dernière s’installe commodément sur ce siège
improvisé et introduit la canule dans le vagin. Par le seul fait
de la pression atmosphérique, le liquide s’y précipite immé­
diatement pour retomber ensuite dans le récipient.
Depuis cinq ans, M. Hamon emploie les douches vaginales
contre diverses affections utérines, particulièrement contre les
pertes les plus graves ; constamment, elle lui ont fourni les
plus brillants résultats. Comme exemple de leur puissance, il
cite, au hasard, au milieu d’un grand nombre d’observations,
d’abord celle d’une femme de trente ans, atteinte de polypes
multiples de l’utérus, éprouvée, depuis deux ans, par des
pertes utérines très abondantes; celles-ci, se renouvelant
plusieurs fois par mois, avaient abouti à la cachexie et à un
épuisement extrême. Appelé au milieu d’une métrorrhagie
redoutable, M. Hamon conseilla pour unique traitement les
irrigations utéro-vaginales à grande eau tiède, de 15 à 30
litres chacune et répétées trois fois par jours. Dès la première

665

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

douche l’hémorrhagie s’arrêta. Ce traitement a été continué
avec persévérance pendant six à huit semaines. Depuis, au­
cune autre métrorrhagie ne s’est reproduite. Les règles sont
naturelles. La santé est parfaite. — Viennent ensuite trois cas
de cancer utérin ayant donné lieu à des pertes utérines con­
sidérables, répétées et réfractaires aux divers moyens usuels.
Les douches vaginales ont, ici encore, fait cesser tout écou­
lement sanguin pathologique (Bulletin général de thérap, juin,
1869.)
Les injections d’eau chaude nous rappellent les grands
bains tièdes employés contre les métrorrhagies de diverses na­
tures, d’abord par le docteur Salgues de Dijon et par Malgaigne,
plus récemment encore par le docteur de Chilly. La durée du
bain est de une heure. L’effet est immédiat. Ce moyen est con­
tinué pendant plusieurs jours; généralement il vient à bout
des hémorrhagies les plus graves et les plus réfractaires à
d’autres traitements. — Voici l’explication donnée par M. de
Chilly à cette pratique en apparence irrationnelle : en cas de
métrorrhagie, le sang se porte vers l’utérus par une excitation,
un stimulus siégeant dans le corps de l’organe ou dans ses
annexes. Le bain, par son effet essentiellement sédatif, éteint
ce stimulus et prévient l’appel du sang. 11 y a un autre effet
que l’on pourrait regarder comme purement physique. Lors­
que tout le corps est plongé dans l’eau tiède, la peau rougit,
les capillaires se dilatent, une plus grande quantité de sang
s’accumule à la périphérie ; les organes intérieurs en sont
d’autant déchargés et l’utérus doit par conséquent être moins
congestionné. (Journal de médecine et de chirurgie pratiques,
mars, 1869.)
Hydrothérapie dans la fièvre typhoïde. — Dans un excel­
lent travail intitulé: Traitement InjdrothSrapique du typhus
abdominal, le docteur C. Gerhardt, professeur de clinique
médicale à l’université d’Iéna, vient, après Brand, Jürgensen ,
Mosler et Liebermeister, faire ressortir une fois de plus les
avantages de l’hydrothérapie dans la lièvre typhoïde. Les ré­
sultats qu’il présente méritent de fixer l’attention. Sur 769
43

�666

1SNARD.

malades traités par lui-mêmes et par divers médecins au
moyen de l’eau froide, il y a eu 36 morts, c’est à dire 4,4 poiu
100. Si par le traitement expectant, la moyenne de la mor­
talité est évaluée à 20 pour 100, ou arrive à cette conclusion
que les malades atteints de fièvre typoïde, traités par l’eau
froide, courent un danger quatre fois moindre que les autres.
Les mêmes résultats ont été obtenus en Angleterre; de 1850
à 1859, il est mort annuellement dans ce pays 17,482 per­
sonnes de diverses formes de typhus. Depuis qu’on traite les
malades d’une manière rationnelle par l’eau froide, cette mor­
talité n’est plus que le quart de ce qu’elle était précédemment.
Depuis Jurgensen surtout, il est admis que l’élément cha­
leur constitue, dans la fièvre, le dauger le plus sérieux et le
plus fréquent des affections typhoïdes. Wachsmuth a cherché
à combattre et à faire disparaitre la fièvre dans le typhus par
l’emploi de la quinine à hautes doses. On y arrive beaucoup
plus facilement et plus complètement par l’emploi de bains
froids, d’arrosements, de compresses, de lavages, etc.
Sous l’influence du traitement hydrothérapique, les cas de
mort dus, soit à l’élévation excessive de la température, soit
à divers accidents, ont considérablement diminué, les com­
plications sont généralement moins fréquentes et moins in­
tenses ; et, si la maladie n'en conserve pas moins sa durée
moyenne, le temps de la convalescence est sensiblement
abrégé; en un mot, le processus typhoïde se développe d’une
manière plus bénigne et entraîne avec lui de bien moindres
dangers.
Les diarrhées sont si peu abondantes qu’il n’est presque
plus nécessaire de recourir aux antidiarrhéiques. La perte de
poids du corps devient moins considérable; elle est propor­
tionnelle à l’apaisement de la fièvre. Les affections du larynx
ne sont survenues chez aucun des malades de M. Gerhardt.
Qu’ils soient graves ou non, dans la plupart des cas, les sym­
ptômes nerveux cèdent au lendemain des premiers bains.
Retirés de l’eau, les malades s’endorment volontiers d’un
sommeil tranquille ; à leur aspect calme, on croirait avoir sous
les yeux des convalescents, et non point des typhiques, arrivés
à une période grave de la maladie.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

667

Malgré l’usage constant de bains d’une durée de trois heures,
malgré l’emploi continu de compresses froides appliquées sur
la tête, la poitrine et le ventre, on a constaté tour à tour dans
les cas réellement les plus graves, un assoupissement prolongé,
un affaissement du corps, quelques tremblotements, et enfin
un léger délire dont on tirait facilement les malades, en leur
adressant la parole.
Les hypostases sont généralement rares et sans gravité.
C’est là un des résultats essentiels du traitement hydrothé­
rapique. Conservant plus de force musculaire, les malades se
meuvent avec plus de facilité ; l’atonie du cœur ne se déve­
loppe pas non plus chez eux à un haut degré, de sorte que
deux des causes qui favorisent les hypostases demeurent sans
effets. La troisième cause, le catarrhe des bronches, ne dimi­
nue pas, mais il est supporté d’autant plus facilement que le
cœur et les muscles respiratoires conservent leur puissance
fonctionnelle.
Trois symptômes, l’exanthème typhique, l’augmentation
du volume de la rate et le catarrhe se montrent aussi fréquem­
ment. Le premier d’entr’eux prend parfois un assez grand déve­
loppement et parait ne pas être influencé par le traitement.
Quanta l’augmentation du volume de la rate, elle ne fait jamais
défaut, mais elle est moins considérable.
Les hémorrhagies intestinales ont en général peu de durée ;
elles sont arrêtées par les applications sur le bas-ventre de
compresses glacées, combinées avec l’usage interne du perchlorure de fer. De même, les perforations intestinales et les
péritonites ne font plus qu’un nombre très restreint de vic­
times.
Tels sont les résultats annoncés par M. Gerhardt; ils mé­
ritent assurément d’être étudiés. Ils ont une telle importance
aux yeux du professeur d’Iéna que, dans sa conviction pro­
fonde, il n’hésite pas à assimiler l’hydrothérapie dans les
affections typhoïdes à la vaccine comme moyen prophylac­
tique de la variole. Dans l’un et l’autre cas, l’évolution de la
maladie se fait dans des limites plus restreintes; le tableau se
tranforme et devient en quelque sorte une miniature. (Wiener

�668

ISNARD.

medizinische presse, 1869. — Gazette médicale de Paris, 10
avril 1869, page 201.)
Trochisques contre la coqueluche.—Nous parlions tantôt
des services que semblent appelées à rendre les exhalations
médicamenteuses dans la coqueluche. Voici encore un moyen
d’une facile application pour combattre cette maladie à la fois
si commune et si rebelle. Il s’agit des trochisques Vicliot pré­
parés d’après la formule suivante, donnée par l’auteur :
Charbon de bois très légèrement pulvérisé 750
Azotate dépotasse............................ : . . . . 20
Naphtaline................................................... 100
Créosote....................................................... 80
Acide phénique.............................................. 40
Goudron de houille...................................... 100
Feuilles d’aconit pulvérisées.....................
7,50
Mucilage de gomme adragante.................
9,50
F. S. A. des trochisques de 4 grammes.
Mode d’emploi : Tous les appartements n’ayant pas les
mômes dimensions, il sera utile de varier le nombre des tro­
chisques suivant les proportions des chambres affectées aux
fumigations.
Comme base, un trochisque suffit pour saturer l’atmos-1
plière d’une pièce mesurant 10 mètres cubes. Ainsi : il faudra
deux trochisques pour 20 mètres cubes, trois trochisques pour
30 mètres cubes, etc.
On devra enfermer le malade dans une pièce parfaitement
close, et autant que possible, de petite dimension, puis y allu­
mer la quantité de trochisques nécessaires ; l'opération devra
être faite deux fois par jour et durer chaque fois une heure
au moins.
Cette médication a été expérimentée, avec avantages, par
plusieurs médecins de Lyon, et des environs, par MM. les D"
Meynet, Berne, Gubian, Faivre, Clermont, Drou, Diday. Le
nombre des enfants dont on a recueilli les observations com­
plètes est de vingt-quatre : quelques uns d’entre eux étaient
atteints de coqueluche depuis 30, 60, et même 90 jours. Le

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

669

minimum de la durée du traitement est de trois jours , lo
maximum de vingt. La moyenne est de sept. Ces résultats
sont très encourageants. Dans le cas où la coqueluche est com­
pliquée d’un état inflammatoire des bronches, les fumigations
ne pourraient qu’être nuisibles. Par contre, les observations
de M. Diday, et de M. Dron doivent engager à étudier leur
action dans toute les affections nerveuses des poumons. (Revue
de thérapeutique médico-chirurgicale, juillet 1869).
Buxine contre les fièvres palustres. — Signalons les récen­
tes expériences faites en Italie, et tendant à confirmer les re­
cherches déjà entreprises en France, par MM. Fauré, de Bor­
deaux, Cazin, Bazoche et Thomas, sur la bassine ou mieux la
buxine, alcoïde extrait des feuilles et des racines du buis
(buxus sempervirens). Ce produit a été retiré de nouveau par
M. Pavia, chimiste italien et expérimenté, dans les fièvres pa­
lustres de tous les types, par les D” Tibaldi, Buzzoni, Vitali,
Tiraboschi, Anelli, Senna, Albani, Mazzolini. Sur un total de
308 cas, la buxine adonné 231 succès contre 73 insuccès,
c’est-à-dire une proportion déplus de75 pour 100 de guérisons,
presque celle de la quinine évaluée à 80 pour 100. On ne sau­
rait se montrer plus exigeant pour un succédané, d’autant moins
que plusieurs cas rebelles à la buxine l’on tété ensuite au sulfate
de quinine, et que d’autres, réfractaires à celui-ci, ont cédé à
la buxine. Il convient donc, en France, de ne pas négliger ce
produit chimique. — A la dose de un gramme, pendant l’apyrexie, le sulfate de buxine a le plus souvent prévenu l’accès
suivant, ou au moins diminué son intensité et sa durée ; rare­
ment, il s’en manifestait d’autres quand le remède devait agir,
et très exceptionnellement une seconde dose, divisée en pilules,
a été donnée consécutivementparM. Mazzolini. M. Albani, après
l’avoir vu réussir dans une décoction de racine de Colombo,
croit qu’il serait plus actif sous cette forme, mais l’amertume
extrême du médicament ne permet guère de l’adopter.
Aucun accident sérieux n’est résulté de ces tentavives. On a
noté cependant des troubles digestifs, pesanteur d’estomac,
pyrosis, soif ardente, quelquefois vomissements et diarrhée;

�670

ISNARD.

BIBLIOGRAPHIE.

des bourdonnements d’oreille, des vertiges et une sorte d’exci­
tation, d'insomnie, analogues à celle du café et du thé. Ces
effets prouvent que l’emploi du médicament doit être prudent
et réservé. ( Union médicale, S juin, 10 juillet 1869. — Bulletin
gen. de thérap. 30 juin).

et de glycérine etc. La première notamment a paru à ce mé­
decin rendre de grands services dans les ulcères de la cor­
née, l’action de ce collyre s’apaisant tout de su ite, tandis
que les autres maintiennent plus longtemps leur action irri­
tative. [Gaz. des hôp. — Revue méd. de Toulouse).

Taches de la cornée, iodure de potassium. — D'après
M. Castorani, l’iodure de potassium, suivant le degré de con­
centration auquel on l’emploie, le mode et la fréquence de ses
applications, agit tantôt comme caustique, tantôt seulement
comme dissolvant. On peut donc l’utiliser dans le traitement
des taches de la cornée à ces deux titres, eu l’appliquant diffé­
remment, suivant celui de ces deux modes d’action que l’on
veut produire. Dans le premier cas, par exemple, si l’on veut
qu’il agisse comme caustique, on touche la tache avec un
petit pinceau pendant un quart de minute, afin de la rem­
placer par une plaie; dans l’autre cas, si l’on ne veut avoir
q’une action dissolvante; on touche trois fois par semaine la
conjonctive palpébrale supérieure et inférieure et l’on agit
alors comme lorsqu’on touche cette membrane avec la pierre
de sulfate de cuivre dans le traitement des ulcères de la cor­
née. On arrive plus promptement à la guérison des taches en
employant l’iodure de potassium comme caustique.
Employé comme dissolvant dans la kératite primitive dissé­
minée au 1er et au
degré, il a donné également des succès
remarquables.
Enfin, M. Castorani a expérimenté lïodure de potassium
contre les granulations de la conjonctive, pourvu qu’il n ’exci­
tât pas de vaisseaux sur la cornée, et il lui a paru qu’il agissait
alors comme un topique supérieur à tous les autres.
11 est une circonstance inhérente à l’emploi de ce moyen
qu’il importe de ne pas passer sous silence, c’est la douleur
qu’il provoque, douleur assez vive, mais rapide.
Avec la solution saturée d’iodure de potassium, M. Casto­
rani a formé divers collyres plus doux. Telles sont : une solu­
tion saturée d’iodure de potassium et de glycérine, parties
égales ; une solution saturée d’iodure de potassium, de tannin

671

Dr Ch. I snard (de Marseille).

BIBLIOGRAPHIE.
R em arq ue su r le s s to c a r d ie s , à propos d’u ne v a riété encore
non d écr ite, la T rochocardie , p a r l e Dr A lvarenga , traduit du
Portugais par le Dr A. Marchant , de Bruxelles.
Du tr a ite m e n t d es m a la d ies d e la p ea u par le s ea u x m in é ­
r a le s et en p a rticu lier par le s ea u x d ’U riage, p a r l e DT D oyon.
S o ciété p ro tectrice de l ’en fa n ce de L yon ; compte-rendu de la
séance générale de 1869.

Membre correspondant de la Société Impériale de médecine
de Marseille, le professeur Alvarenga mérite à tous égards que
Marseille médical signale d’une manière spéciale ses excellents
travaux.
Un mémoire sur les maladies du cœur, en général, et sur
l’insuffisance aortique, en particulier, avait déjà valu à M. Al­
varenga de chaudes félicitations de la part de Bouillaud. Con­
tinuant ses études sur la pathologie cardiaque, le médecin de
Lisbonne a traité, dans son nouvel ouvrage, d’un sujet jus­
qu’ici très-négligé, les déplacements de l’organe ou ectocardies.
Sous ce nom sont compris à la fois et les transpositions con­
génitales et les déplacements accidentels. C’est au XVIm"siècle,
comme le prouvent les faits recueillis par Cardan, et non pas
seulement au temps de Molière, qu’on s’est, pour la première
fois, occupé des transpositions. Quant aux déplacements acci­
dentels, leur étude, beaucoup plus moderne, a été commencée

�672

A. FA B RE.

par Sénac et continuée surtout par Breschet, dont la classifica­
tion publiée en 1826, a été remaniée parM. Alvarenga.
Sans tenir compte de leur origine, M. Alvarenga divise les
ectocardies en intrà-thoraciques et extrà-thoraciques, suivant
que le cœur reste ou non contenu dans la cavité du thorax ;
celles de la seconde catégorie sont nécessairement et toujours
congénitales.
Voici d’ailleurs le tableau de cette classification :

Ectocardie.

( Dexiocardie.
Latérale. &lt; Aristrocardie.
( Trochocardie.
Intrà thoracique. (
( Mésocardie.
Centrale. &lt; Epicardie.
( Hypocardie.
Extrà thoracique ]
( Thoracique.
ou
) Abdominale.
Cardiocèles. ]
( Cervicale.

Le professeur portugais s’est attaché à démontrer par tous
les moyens d’exploration clinique, et particulièrement par
l’étude sphygmagraphique, que l’existence des ectocardies
m'apporte ordinairement aucun trouble dans la circulation.
Cette thèse, qui est précisément l’inverse de celle qu’avait
soutenue Sénac, est évidemment trop absolue. Ne voit-on pas
trop souvent, par exemple, les épanchements pleurétiques du
côté gauche, quand ils sont considérables et.qu’ils dévient le
cœur, amener la mort subite par syncope ? Ne constate-t-on
pas aussi, chez les bossus dont le cœur est dévié, des conges­
tions pulmonaires qui ne peuvent tenir à autre chose qu’à
une gêne circulatoire ? L’intensité et la régularité de l’im­
pulsion cardiaque ne constituent pas à elles seules toute la
circulation.
Quant à la variété nouvelle de déplacement cardiaque dé­
crite par M. Alvarenga, elle emprunte son nom au mot grec,
Tpoyeiv, qui signifie tourner. Elle comprend deux changements :
l’un qui consiste dans la descente de la base du cœur, de sorte
que cet organe se place horizontalement snr la base de la poi­

BIBLIOGR APHTE.

673

trine, et l’autre qui dépend de la rotation du cœur sur son
axe devenu horizontal ; dans ce deuxième changement, qui
seul est caractéristique, car le premier est très-commun, la
face antérieure de l’organe devient supérieure, le bord droit
et une partie de la face intérieure regardent en avant.
Nous remercions le docteur A. Marchant, d’avoir, par une
traduction claire et correcte, permis à tous les médecins Belges
et Français, de lire l’œuvre intéressante et originale du pro­
fesseur Alvarenga.
— Nous devons à un autre membre correspondant de la
Société de médecine de Marseille un ouvrage moins impor­
tant que le précédent au point de vue purement scientifique,
mais bien plus utile au point de vue pratique. M. Doyon s’est
proposé d’étudier le traitement des maladies de la peau par les
eaux minérales et en particulier par les eaux d’Uriage.
D’après les faits observés par notre savant collègue, les dartreux qu’Uriage guérit le mieux sont ceux qui, outre l’herpétisme, présentent les attributs du lymphatisme ou de l’anémie.
A un point de vue plus général, les formes de dermatoses sur
lesquelles Uriage exerce la plus heureuse iufluence sont celles
que cause ou entretient un état de débilitation.
Appuyé sur ces faits d’observation, M. Doyon arrive à des
conclusions doctrinales. Pour lui l’herpétisme est un état
diathésique, et, comme tel, de nature essentiellement persis­
tante. — Mais l’herpétisme a comme causes actives de renfor­
cement, comme auxiliaires, plusieurs dyscrasies, scrofules,
chlorose, plusieurs états soit semi-pathologiques, (grossesse,
allaitement, puberté, dentition,) soit pathologiques (maladies
utérines, cirrhose, albuminurie). Ces divers états ont un ca­
ractère commun, ils déterminent une asthénie plus ou moins
prononcée qui produit l’opiniâtreté des dartres. Il suffit de
soustraire le dartreux à ces conditions débilitantes pour le
voir guérir, et c’est ainsi qu’opèrent les eaux d’Uriage. En
somme, ces eaux n’ont pas d’action spécifique contre l’herpé­
tisme ; mais elles placent l’organisme dans des conditions favo­
rables où les manifestations diathésiques ne peuvent ni durer
ni même prendre naissance.

�674

A. FA BRE.

M. Doyon, comme on le voit, n ’a pas fait une œuvre banale,
mais il a su enrichir la médecine thermale d’utiles observa­
tions cliniques et de vues théoriques qui ne manquent pas
d’originalité.
— Nous avons aussi sous les yeux une œuvre qui, n’en
déplaise à M. Doyon, est encore plus utile que la sienne, mais
qui, disons le vite, présente un caractère tout différent. La So­
ciété protectrice de l’enfance de Lyon nous a envoyé le compte­
rendu de la séance générale tenue le 19 février 1869, sous la
présidence du docteur Rodet. Dans cette séance, M. Rodet a pro­
noncé un élégant discours qui contient un compte-rendu des
honneurs accomplis par la Société, et un chaleureux appel en
faveur de l’œuvre confiée à sa direction. M. Lacour a lu un
rapport sur le concours ouvert par la Société, et M. Platon a
été l’organe de la commission des récompenses à donner aux
nourrices les plus méritantes.
La Société décernera, en janvier-1870, u n p rix à l’auteurdu
meilleur mémoire sur la question suivante :
De l’influence de l’allaitement sur le physique et sur le
moral de la mère. Des accidents et des maladies qui peuvent,
survenir lorsque les mères ne remplissent pas cette fonction.
Nous faisons des vœux pour que la Société protectrice de
l’enfance prospère à Lyon, et pour qu’elle trouve dans d’autres
grandes villes des émules dignes d'elle.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

675

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. — Vaccination pendant la période d’incu

bation de la variole ; lecture; discussion. — Nécrologie. — Conférence
clinique : ovariotomie ; présentation de la pièce pathologique.

Séance du 26 juin. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Relation humoristique d’une excur­
sion médicale à Schinznach. par le docteur Putégnat. — Examen du
manuel du retroceps de M. Ilamon, par le même. — Bulletin de la
Société Médicale d’émulation de Paris. — Compte-rendu des travaux
de la Société de médecine de Nancy.
M. Rougier lit l’observation suivante intitulée ; Vaccination
pendant la période d’incubation de la variole :
La femme Barrai et sa fille Emilie, âgée de 8 ans , non vac­
cinée, étaient malades à l’infirmerie protestante. Une jeune fille
atteinte de variole fut, en ce temps là, admise dans leur salle.
Le 6 mai, Emilie prit la variole et en mourut le 21.
La mère Barrai avait une autre fille, Louise, âgée de 44 ans,
elle-même non vaccinée. Celle-ci, restée en ville , allait fré­
quemment voir sa mère, mais n’entrait pas dans la salle habitée
par sa sœur, Sa dernière visite à l’infirmerie eut lieu le 20. La
mère sortit alors et vint habiter avec Louise un appartement, rue
de Turenne, 2.
Le 27 mai, elle m’amena sa fille. Instruit de ce qui se passait,
je m’empressai de vacciner celle-ci avec du vaccin de génisse
conservé, à défaut de vaccin frais. Le 2 juin, je constatai cinq
belles pustules, trois à un bras, deux à l’autre.
Déjà, lorsque je la vaccinai, la jeune fille éprouvait de la pesan­
teur de tête et des étourdissements. Sept jours après, céphalalgie,
et douleurs lombaires très prononcées. D’après le commémoratif
la variole allait donc faire explosion. En effet, le 4, les premières

�676

ISNARD.

papules se montraient à la face et au sommet de la poitrine. Le
-II, les pustules varioloïques étaient arrivées à la période d’état,
et le 14, elles commençaient à sécher à la face. Elles étaient très
confluentes; sur diverses régions, plusieurs pustules étaient con­
fondues en une seule. Quant aux pustules vaccinales, elles avaient
suivi leur marche régulière, étaient recouvertes par les autres et,
au centre, on n’apercevait qu’un point brunâtre de leurs croûtes.
Malgré l'excessive confluence des pustules varioloïques, la fièvre
et la chaleur de la peau avaient toujours été modérées. Le 21, la
dessication était complète sur tout le corps ; il ne restait plus de
croûtes de variole. Trois croûtes vaccinales venaient de tomber et
les deux dernières allaient se détacher.
La chute des croûtes vaccinales s’est opérée le 26m0 et le 27”*
jours de l’inocculation vaccinale ; la chute des croûtes varioloï­
ques a eu lieu le 17“° et le 18m° jours de leur apparition. La variole
et la vaccine ont donc parcouru leur marche sans s’influencer.
Dans son Mémoire sur la petite vérole et la vaccine, page 107,
Fodéré dit que, si la vaccine et la variole sont en présence : « les
deux virus vaccin et variolique continuent à produire leurs effets respec­
tifs, sans être amoindris l’un par Vautre.
Mon observation suggère plusieurs remarques :
1° Comment Louise Barrai a-t-elle été infectée ? Est-ce par l’air
respiré à l'infirmerie? ou bien sa mère, par ses propres hardes,
a-t-elle communiqué à sa fille les miasmes varioloïques?
La période d’incubation et de prodromes a été bien longue,
l’éruption n ’ayant apparu que le I6n,'&gt; jour, après la dernière
visite à l ’infirmerie, le 20 mai. Cela n’a rien d’étonnant : dans la
discussion de la société médicale des hôpitaux de Paris, sur l’in­
cubation de la variole, on a cité des exemples d’une incubation
plus prolongée.
2° Comment se fait-il que la variole n’ait pas été enrayée par
la vaccine qui a précédé de neuf jours l'éruption varioloïque?
C’est parce que l’inoculation du virus vaccin s’est opérée pen­
dant la période d’incubation de la variole : car, il est reconnu
que les deux virus, mis en présence, produisent respectivement
tous leurs effets.
Cela est une contradiction avec la loi suivante émise par
Hunter : « L'économie ne peut être en même temps le siège de deux
actions spécifiques. Deux actions ne peuvent exister simultanément dans
la même partie, ou la même constitution. »

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

677

Pour que la vaccine soit préservatrice, il faut encore qu’elle ait
parcouru ses périodes d’une manière régulière et parfaite, et que
le sujet vacciné ne soit pas en puissance de variole, soit à l’état
d’incubation, soit à l’état d’éruption.
Fodéré fixe à vingt jours, depuis le moment de la vaccination,
la limite nécessaire pour que la vaccine devienne préservatrice de
la variole (/oc. cit. p. 109).
D’après cet auteur, il serait inutile de vacciner les personnes
qui auraient communiqué avec des varioleux, parce que, s’ils ont
subi la contagion, la vaccine n’aura aucun effet prophylactique.
À cela je réponds : sait-on si ces personnes sont en puissance
de variole ? si elles sont déjà contaminées, si elles le seront plus
tard. — Questions encore indécises ; dans le doute, il faut agir.
Il y a un autre avantage à vacciner, car, la vaccine possède une
action adjuvante vis-à-vis des exanthèmes fibriles, variole, rou­
geole, scarlatine. Gela ressort de mon observation, où l’on a vu
une variole confluente parcourir ses périodes d’une manière si
bénigne. Dans ce cas, la vaccine n’a pas d’action prophylactique
puisque la variole suit sa marche régulière, mais elle possédé une
action physiologique , susceptible de favoriser les fonctions de
l’économie, particulièrement celles de la peau.
11 faut donc toujours vacciner les personnes qui fréquentent ou
ont fréquenté des varioleux, sans crainte de voir la vaccine aider
au développement de la variole, comme il est admis dans le
monde et par quelques médecins.
Yoici le fait qui m’a engagé à porter devant la Société la ques­
tion suivante : « Faut-il vacciner les familles qui ont un ou plusieurs
membres atteints de maladies varioleuses, la variole étant épidémique ou
endémique dans le pays ?
M. M ...., ayant un membre de sa nombreuse famille atteint
de variole, vint un jour me prier de vacciner, avec ma génissse,
sa famille tout entière. C’était le lundi. Je n ’étais pas prêt. Je
demandai jusqu’au mercredi. « C’est trop tard, répondit M. M....,
la vaccine pourrait favoriser le développement de la petite vérole.
Le conseil de mon médecin est formel. » Devant ce dernier
argument je m’inclinai.
Ailleurs, j'ai insisté sur la nécessité de vacciner en temps
d'épidémie. Je n’y reviendrai pas ici. Je rechercherai simplement
les raisons que l’on donne pour s’abstenir.

�ISNARD.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

A l’époque où l’on inoculait la variole , on admettait que par
cette méthode on multipliait les foyers d’infection et l’on augmen­
tait le nombre des varioleux, dans les épidémies. Aujourd’hui, on
continue la tradition, seulement on intervertit le rôle des virus
vaccin et varioleux et l’on charge le premier des méfaits du
second.
A ceux qui rejettent les vaccinations en temps d’épidémie
variolique, je rappellerai, suivant mon observation, que : la variole
survient pendant la période vaccinale, chez les individus vac­
cinés, mais déjà, en puissance de la maladie. Et Fodéré, nous
l’avons vu, a démontré que les deux virus vaccin et variolique
peuvaient se développer simultanément sur le même individu ;
qu’une personne vaccinée était susceptible de contracter [la
variole pendant tout le temps de l’éruption vaccinale ; qu’elle ne
devait être regardée comme préservée qu’au 20“° jour de la vacci­
nation, c’est&gt;'a-dire au moment où la croûte est tombée ou près
de tomber.
Beaucoup d’auteurs ne partagent pas cet avis. Pour M. Bous­
quet, la vertu préservatrice de la vaccine commence le
jour de
l’éruption. Steinbrunner fixe à terme 8 ou 9 jours.
Mon observation donne raison à Fodéré, sur Bousquet, Stein­
brunner et la plupart des auteurs qui donnent pour limite de la
prophylaxie vaccinale les8D0, 9mo, toujours, c’est-à-dire le moment
où les symptômes locaux et généraux de la vaccine se sont mani­
festés.
Cette dernière opinion nous semble arbitraire. Et s’il est dif­
ficile de préciser cet instant mystérieux où la vaccine a acquisses
vertus préservatrices, n’est-il pas plus logique de le fixer au
vingtième jour, c’est-à-dire à l’époque ou l ’éruption vaccinale a
achevé sa complète évolution.

M. Villard. — M. Rougier confond la période d’incubation de
la variole, avec la période prodromique. La première n’a pas de
signes révélateurs, la dernière seule en possède. Les symptômes
énumérés par notre collègue sont communs à diverses affections,
ils ne peuvent caractériser la[variole. Les signes thermométriques,
ont au contraire une signification réelle. Ainsi, que le thermomè­
tre dépassé 40°, en temps d’épidémie, vous pouvez affirmer l’inva­
sion d’une variole.
M. le Président. — Dans la variole, comme dans la scarlatine,
la constatation de la température s’élevant à 40°, est d’une grande
utilité. On trouve également un signe précieux dans le frisson
initial qui manque rarement dans cette maladie et qui diffère
du frisson particulier au rhumatisme.
M. Villard. — Pour M. Rougier la vaccine n’a acquis sa vertu
proplylactique que vers le 20mo ou le 2om! jour. Je ne partage pas
cette opinion. Avec M. Bousquet, il faut fixer cette époque au 5“°
ou 6mojour, c’est-à-dire au moment de la supuration. La vaccine
me semble déjà préserver au 5“° jour, quand se sont montrés les
symptômes caractéristiques de l’éruption.
M. Seux fds. — Faut-il vacciner en temps d'épidémie de va­
riole ?
Je distingue deux cas: 1° L’individu est bien portant. On ne peut
affirmer alors qu’on provoque la variole en vaccinant : je n’hési­
terai pas à vacciner. 2° L’individu est déjà dans la période d’in­
vasion. Vacciner, en ce moment, est-ce aggraver oui ou non la
variole ? Les faits n’ont pas encore parlé, ils sont contraditoires.
Ici je comprends l’hésitation. Quant à moi, je ne vaccinerai pas.
En somme, je serai toujours disposé à vacciner les individus
bien portants, jamais les malades. Si la vaccine n’est pas un
préservatif absolu, au moins elle offre beaucoup de chances de
garantie de la petite vérole.—Pour les enfants, je voudrais que
l’on ne revaccinât pas avant l’âge de 8, 9, 10 ans parce que la
première vaccination confère une immunité plus prolongée.
M. Rougier. — Je vaccinerais non seulement les individus sains,
mais encore les individus arrivés à la période d’invasion Car,
selon moi, la fièvre légère produite par la vaccine est capable
d’amortir la fièvre grave due à la variole confluente. En outre,
par son impulsion vers la peau, la vaccine favorise l'éruption
varioleuse , aussi conseille-t-on les bains chauds, l’hydrothé­
rapie, quand la variole sort mal.

678

M. Mèli demande à M. Rougier, si une variole près d’éclater
s’annonce par des signes certains d’incubation ? Pour lui, les
symptômes prodromiques qu’on a l ’habitude d’observer, n’ont
rien de spécial, ils peuvent appartenir à la fois à la variole et au
rhumatisme.
M. Rougier. — S'il n’y a pas de signes positifs, il existe au
moins un ensemble de symptômes dont la valeur ne saurait être
mise en doute, tels sont: la céphalalgie, la fièvre, la douleur lom­
baire, surtout la rachialgie, enfin le commémoratif et la coïnci­
dence de la variole dans la famille.

679

�680

ISNARD.

M. Villard. — Pendant une épidémie de petite vérole, un enfant
est atteint; vaccinez-vous tous les autres enfants de la même
maison? Pour moi, je ne vaccinerai pas ces derniers de peur de
les prédisposer à la maladie en troublant leur santé.
M. Seux fils, après avoir éloigné ces enfants, les vaccinerait,
afin de tenter de les préserver ; il comprendrait seulement l'hé­
sitation si déjà existaient, chez eux, des signes prodromiques.
M. le Président. — On s’appuye sur une hypothèse, en disant
que vacciner un individu malade c’est le rendre plus apte à con­
tracter la variole. L’observation de M. Rougier est un fait : à ce
titre elle a plus d’importance qu’une hypothèse.
De ce débat, on peut tirer cette conclusion générale : En temps
d’épidémie, vacciner tout le monde, sauf les individus en puis­
sance de variole.

Séance du 10 juillet. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Bulletin de l’Académie royale de mé­
decine de Belgique. — Journal de médecine de l'Ouest. — Annales de
la Société d’hydrologie médicale de Paris.
En ouvrant la séance, M. le Président annonce la mort du Dr
Broquier, et rend hommage a la mémoire de ce distingué collogue prématurément enlevé aux sympathies de tous ses amis.
CONFÉRENCE CLINIQUE.

M. Rampai a pratiqué une ovariotomie dans la matinée. Il rend
compte de cette opération et des faits qui s’y rapportent. Il pré­
sente ensuite à la Société le kyste qu’il a retiré.
Cette conférence n’est pas reproduite ici, l’observation complète
de M. Rampai devant être publiée dans le prochain numéro de
ce journal.
Le Secrétaire-général,
Dr Ch . I snard (de Marseille.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

681

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 28 juin. — M. Ranvier adresse un mémoire sur le
tissu conjonctif. Il résulte de ce travail que le tissu cellulaire
est composé essentiellement de faisceaux connectifs, de fibres
élastiques et de cellules. Ces dernières, plates ou globuleuses,
sont disséminées au milieu des faisceaux connectifs. Les mots de
tissu lamilieux, de tissu cribleux, employés pour désigner le tissu
cellulaire, sont impropres, car, on n’observe ni lames, ni trous
dans les couches conjonctives.
M. Cl. Bernard déclare qu’il a reçu de M. Duméril des flèches
empoisonnées avec le venin de la grenouille rainette de la Nou­
velle-Grenade. Il se propose de faire prochainement des expé­
riences à l’aide de ce venin, qui est secrété par la peau de rani­
mai et dont les effets paraissent être analogues à ceux du curare.
Séance du 5 juillet. — M. le docteur Larrey présente un ouvrage
intitulé : Etude sur la trépanation du crâne dans les lésions trauma­
tiques de la tête. L'illustre chirurgien croit que l’opération du tré­
pan doit être pratiquée seulement dans des cas bien définis et
jamais dans des conditions douteuses. Dans un très grand nom­
bre de circonstances, la thérapeutique peut substituer au trépan
des moyens moins dangereux et qui secondent merveilleusement
les efforts conservateurs de la nature.
M. le docteur Landrin communique une note sur la coralline,
travail lu déjà dans la séance du 8 juin de l’Académie de médecine.
M. Chevreul apprend, à ce propos, que l’un des préparateurs
des Gobelins a fait avec le nouveau poison une expérience qui a
donné des résultats complètement négatifs.
M. Tardieu fait remarquer que ces conclusions ne contredisent
en rien les observations très positives qu’il a eu l’occasion de
relever.
La séance du 12 juillet est tout entière occupée par la lecture
d’un mémoire de M. Charles Cros, sur les moyens de communica­
tion avec les planètes et par une argumentation de M. Le Verrier
sur l’éternelle question des manuscrits Chasles.
Séance du 49 juillet. — M. Paul Bérard fait connaître à l’Acadé­
mie la mort de M. Bérard, ancien doyen de la faculté de Mont­
44

�G82

SEU X F IL S.

pellier et le plus ancien des membres correspondants de l’Acadé­
mie des sciences.
M. Goubaux adresse un mémoire sur un monstre double, autositaire, monomphalien, de l’espèce bovine.
M. Decaisne communique les résultats obtenus par lui dans le
traitement de l’épilepsie intermittente à l’aide de l’eau froide. Sur
douze cas de cette maladie, il y a eu quatre guérisons complètes
et cinq améliorations notables.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 29 juin. — Plusieurs ouvrages, mémoires ou travaux,
sont présentés à l’Académie, entr’autres, la relation de l’opéra­
tion d’ovariotomie pratiquée par notre confrère de Marseille, M. le
docteur Ch. Isnard.
M. Marrotte lit un rapport sur un travail de M. le docteur Des­
claux (de Toulouse), concernant l'ascite rhumatismale. Se basant
sur l’existence d’attaques de rhumatisme, avant l’apparition de
l’ascite ou pendant la durée de celle-ci, l’auteur conclut à l’ori­
gine rhumatismale de l’épanchement péritonéal.
Reprise de la discussion sur la vaccination anim ale.----- M. J.
Guérin ne croit pas à la dégénérescence absolue de la vaccine ; il
pense qu’il est possible de faire retrouver à l’inoculation jenné­
rienne les propriétés qu’elle avait à l’origine. Le savant acadé­
micien ne considère comme nullement démontré le fait de la pro­
duction de la syphilis vaccinale par la vaccination humaine ; les
expériences instituées pour démontrer ce point sont restées sans
résultat; bon nombre des faits allégués de syphilis-vaccinale
étaient de simples cas de pemphigus épidémique.
Séance du Gjuillet. — M. Gubler présente, au nom de M. Dcrlon,
interne des hôpitaux, une note dans laquelle l’auteur affirme que
le réactif de Schüenbein se colore en bleu, non-seulement au con­
tact de l’acide cyanhydrique, mais encore avec diverses subs­
tances, entr’autres l’ammoniaque, le chlore et l’iode.
M. Gavarret met sous les yeux de ses collègues un petit appa­
reil électrique destiné à découvrir les corps métalliques enfoncés
dans les tissus. Cet appareil, inventé par M. Trouvé, n’est qu’une
modification de celui du docteur Favre, professeur de chimie a la
faculté des sciences de Marseille.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

683

M. Gavarret lit ensuite un rapport sur le nouvel optomètre de
MM. Perrin et Mascart. Cet instrument permet de mesurer d’une
manière très exacte les vices de réfraction de l’œil.
M. J. Guérin continue le remarquable discours commencé dans
la dernière séance. Il soutient que la vaccine animale, par son
origine, sa marche, ses manifestations, ses résultats physiologi­
ques, diffère complètement de la vaccine humaine. De plus, l’ac­
tion préservatrice de la première n’est point encore démontrée
tandis que personne ne met en doute la puissance réelle de
l’inoculation jennérienne.
Séance du \ S juillet. — M. Vendenhaut donne quelques détails
sur un procédé particulier employé par lui pour plâtrer les ban­
des des appareils amovo-inamovibles.
M. J. Guérin termine son discours sur la syphilis vaccinale et
le résume en dix propositions distinctes. Les deux conclusions
les plus importantes posées par l’honorable académicien sont
les suivantes ;
Cinquième proposition. — La vaccine régulièrement développée
ne peut, dans la sphère de son évolution physiologique, produire
que du virus vaccinal. La vaccine ne donne et ne peut donner
que du vaccin. Si le contraire avait lieu, la vaccine rencontrerait
dans le typhus, dans le charbon, dans la tuberculose, des éléments
de contamination et de transmissibilité morbide équivalant à
celle de la syphilis chez l’homme.
Sixième proposition. — La théorie de la vaccine humaine qui
répond le mieux aux faits, conduit il la considérer comme une
manifestation réduite et localisée de l’élément varioleux de
l’homme modifié et atténué dans sa virulence par l’élément
varioleux des animaux, l’un et l’autre fondus dans un produit
spécifique, différent de ses deux principes isolés, lesquels se
combinent pour donner naissance à la vaccine, et cette combi­
naison ne s’effectue complètement que par la succession de scs
transmissions.
M. Alphonse Guérin présente un enfant âgé de deux ou trois
ans chez lequel une pustule vaccinale s’est transformée, neuf
jours après la vaccination, en une ulcération tout-â-fait sem­
blable à un chancre syphilitique.
La nature spécifique de la plaie ne paraît point évidente à plu­
sieurs académiciens qui examinent attentivement le jeune malade.

�684

SEU X F IL S . '

Séante du 20juillet. — M. Cerise présente, au nom de M. le doc­
teur Huguet (de Vars), un opuscule intitulé : Exposé de médecine
homœodynamiquc.
Dans ec travail, louable essai de systématisation scientifique et
médicale, l'auteur, se rapprochant le plus possible des causes
premières, s’efforce de réunir dans une loi fondamentale l'homœopatliic et l'allopathie.
M. Robinet présente, une note de M. Magncs-Lahens (de Tou­
louse), dans laquelle l'auteur indique une nouvelle méthode pour
la préparation de l’eau de goudron. Agité avec du sable fin et
bien lavé le goudron est réduit a un état de division extrême et
se mélange parfaitement à l’eau. C’est très simple, comme on
peut le voir.
M. Robinet indique ensuite un procédé pour conserver les eaux
sulfureuses.. On recouvre l’eau d’une couche d’huile ; par ce
moyen on supprime l’action de l’air et l’on prévient l’oxydation,
c'est-à-dire l’altération de l’eau minérale.
Dans une note sur l’action thérapeutique de l’acide arsénieux,
M. Devergie insiste sur la nécessité d’administrer ce remède d’une
manière progressive; les liqueurs de Fowlcr et de Pearson, solu­
tions que l’on peut doser exactement, lui paraissent devoir être
préférées à toutes les autres préparations arsénicales.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 28 mai. — M. Gallard communique une observation
de chorée guérie par le bromure de potassium.
MM. Empis et Simon déclarent avoir employé sans succès le
même remède dans cette maladie.
MM. Féréol, Isambert, Gallard et Moutard-Martin attribuent les
irrégularités d’action du bromure de potassium aux diverses
altérations subies par ce remède.
M. Labbé lit, au nom de M. Hervez de Chégoin, une note sur le
rhumatisme et la goutte.
M. Féréol croit, contrairement à l’opinion émise par l’auteur de
ce travail, que l’hérédité ne suffit pas à elle seule pour produire
la goutte et que le point de départ des concrétions tophacées se
trouve dans les cartilages au lieu d’être dans les tissus fibreux.
M. Isambert donne quelques détails sur la malade atteinte de
variole rash, dont il a parlé dans la dernière séance.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

685

M. Siredey émet quelques doutos sur l’existence d’une variole
chez cette malade.
MM. Labbé et Bourdon admettent l’existence des, rashs ; ils les
considèrent comme des manifestations propres du virus varioleux
et non comme des scarlatines compliquant la variole.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 23.juin. — Discussion sur le traitement de la syphilis
par les injections hypodermiques de sublimé. — M. Le Fort atta­
que les statistiques de M. Desprès qui lui paraissent pécher par
la base.
M. Liégeois s’associe à cette remarque de son collègue. Il ajoute
que le traitement par les toniques ne raccourcit nullement
comme le prétend M. Desprès, la durée du séjour des syphiliti­
ques dans les hôpitaux. Quant au mercure, si, donné à hautes
doses, il exerce une action dénutritive sur l’organisme, administré
en petite quantité il paraît être un reconstituant puissant.
M. Desprès assimile la syphilis à la variole ; c’est un tort. Le
mercure et l’iodure de potassium guérissent les accidents syphili­
tiques non pas en agissant contre le virus mais en modifiant les
actes de la vie nutritive.
M. Le Fort fait un rapport très favorable sur le bras artificiel
inventé par M. Gripouilleau.
M. Verneuil a pratiqué une opération d’autoplastie chez un
enfant de dix ans atteint d’épispadias. Le lambeau de peau s’est
sphacélé, mais à l’aide de quelques applications du galvano-caustique, M. Verneuil a pu améliorer sensiblement la situation du
malade. L’enfant peut aujourd’hui conserver ses urines pendant
trois heures.
M. Broca présente un instrument, inventé par lui et construit
par M. Mathieu, pour opérer la dilatation forcée dans les rétrécis­
sements spasmodiques de l’œsophage et du rectum. Cet instru­
ment est une pince dont les branches conservent le parallélisme
dans un écartement de deux à six centimètres.
Séance du 30 juin. — Suite de la discussion sur le traitement de
la syphilis par les injections hypodermiques de sublimé. —
MM. Desprcs, Trélat, Liégeois, Panas, 1.0 Fort, Larrey et Forget
prennent la parole. La statistique de M. Desprès et celle de

�€86

S E U X F IL S .

M. Liégeois — quoiqu’habilement défendues par leurs auteurs —
ne paraissent point aux membres de la Société assez complète
pour pouvoir servir de bases à une nouvelle méthode de traite­
ment. Rien de plus difficile d’ailleurs à dresser, en raison du laps
de temps considérable pendant lequel peuvent survenir les réci­
dives, qu’une bonne statistique de maladies syphilitiques. Quant
à la doctrine du traitement de la syphilis sans mercure, théorie
soutenue par M. Desprès, la Société proclame par la bouche de
plusieurs de ses membres qu’elle lui paraît dangereuse et peu
pratique.
M. le docteur Krishaber lit une observation de polype laryn­
gien extrait par la trachéotomie thyroïdienne.
Séance du 7 juillet. — M. Prestat (de Pontoise) communiqué une
observation de plaie transversale du larynx guérie par la suture.
La plaie produite par un rasoir s’étendait d’un muscle sternomastoïdien à l'autre, au niveau du tiers supérieur du cartilago
thyroïde. La suture du larynx fut pratiquée une heure et demie
après l’accident. Au bout d’un mois la cicatrice était, complète et
la guérison définitive ; la voix était conservée mais légèrement
altérée dans son timbre.
MM. Guyon, Yerneuil et Demarquay considèrent ce résultat
comme une exception heureuse que l’on ne peut espérer rencon­
trer souvent dans la pratique. La suture du larynx amène pres­
que toujours des accidents graves: suffocation subite parfois
suivie de mort, emphysèmes, phlegmons, œdème. Le succès
obtenu par M. Prestat ne doit donc pas engager les chirurgiens à
imiter la conduite de cet habile opérateur.
M. Guyon présente une malade chez laquelle il a réduit, sans
peine, à l’aide de l’appareil de MM. Robert et Colin, une luxation
sous-coracoïdienne datant de plus de trois mois.
‘Suivant M. Demarquay, la facilité de la réduction tient ici au
peu de force musculaire du sujet. M. Forget l’explique par une
condition propre à la nature de la femme : chez cette dernière, qui
est soumise à des travaux moins durs que ceux de l’homme, les
muscles s’atrophient quelque temps après l’accident; les tissus
résistent moins ; aussi les luxations anciennes sont-elle réduites
plus facilement chez la femme que chez l’homme.
M. Giraldès rejette l’explication donnée par M. Forget. Les
données anatomiques, d’après lui, manquent complètement pour
résoudre le point en litige.

JOURNAUX PORTUGAIS.

687

Séance du 14 juillet. — Un chirurgien do province, M. le docteur
Augé, adresse à la Société une note—a peu près semblable à celle
communiquée récemment à l’Académie de médecine par le doc­
teur Shrimpton — dans laquelle il démontre par de nombreux faits
que la mortalité est infiniment plus considérable dans les grands
hôpitaux que dans les petits. •
Après cette communication, MM. Blot et Yerneuil proposent
d’adresser aux chirurgiens de province l’invitation de commu­
niquer a la Société de chirurgie tous les documents relatifs au
fait considérable mentionné dans la note de M. Augé et dans celle
de M. Shrimpton.
MM. Liégeois, Trélat, Larrey, Boinet et Le Fort appuyent cette
proposition.
M. Giraldès voudrait que les statistiques tinssent compte de
l'âge des blessés, de leur constitution, de la nature du trauma­
tisme et de plusieurs autres conditions fort importantes.
M. le président présente, au nom de M. le docteur Ollier (de
Lyon), une brochure sur les résections sous-périostées des mem­
bres.
M. Houel lit un rapport sur une observation de M. Bonnes (de
Nîmes), relative à l’extirpation d’un polype naso-pharingien du
poids de 20 grammes. Le produit morbide, qui était de nature
tibro-vésiculeuse, a été enlevé par la rugination pratiquée à l’aide
d’un anneau métallique armé d’un ongle en acier.
M. Demarquay présente un malade sur lequel il a pratiqué, il y
a trois mois, l’ablation presque complète de la langue. Cet homme
était porteur d’un épitlielioma datant de vingt ans. L’opéré parle
d’une façon très nette. Le mal, jusqu’à présent, ne paraît pas
vouloir récidiver.
Dr S eux Fils.

REVUE BES TRAVAUX ÉTRANGERS.
JOURNAUX PORTUGAIS.
Gazetta medica de Lisboa de M. le Dr Alvarenga. — Les
travaux du savant professeur de clinique médicale de l’école
de Lisbonne méritent une mention toute spéciale, on y trouve
réunies les qualités qui distinguent les œuvres des grands

�688

S AU VET.

cliniciens. L’observation minutieuse à laquelle rien n’échappe,
la sûreté du dagnostic, un talent d'exposition remarquable
par sa simplicité et sa clarté, et la connaissance approfondie
de tout ce qui a été fait sur le sujet dont il s’occupe.
Les considérations sur la statistique des hôpitaux de S. José,
S. Lazaro et du Desterro pour Vannée 18G5, nous montrent ce
talent d’observateur dans toute son étendue, soit par les dé­
tails nombreux et très variés dont l’auteur tient grand compte
clans la formation des tableaux destinés aux commémoratifs
des malades, comme il se fait dans les premiers chapitres de
son travail, soit dans la constatation de la mortalité dans ces
établissements, et des conditions hygiéniques qui semblent
contribuer à son augmentation. Dans ces derniers chapitres
surtout, les causes d’insalubrité propres à chaque salle sont
indiquées avec soin ; il les fait connaître avec la précision des
chiffres, dans une série de tableaux bien conçus, nous y voyons
la proportion de la mortalité varier dans les salles de méde­
cine et de chirurgie, dans chaque saison, dans chaque salle,
et le contingent que chacune d’elles vient apporter à la mor­
talité générale et annuelle. Des colonnes spéciales nous indi­
quent l’exposition topographique de chaque salle, la prove­
nance des vents qui peuvent y pénétrer, la surface qu’elle
occupe en mètres carrés, la capacité totale en mètres cubes,
le nombre des fenêtres dont elle est percée, celui des lits
qu’elle contient, celui plus considérable des malades qu’elle
renferme et la quantité d’air atmosphérique affectée à cha­
cun d’eux. Et comme, inévitablement, il arrive à cette conclu­
sion fatale que partout où règne l’insuffisance d’aération et de
ventilation, l’auteur rencontre une proportion de décès plus
grande que dans les salles placées dans des conditions hygié­
niques meilleures, il s’empresse d’indiquer les moyens pro­
pres à l’assainissement de ces hôpitaux par le désencombre­
ment et l’adoption des autres mesures prescrites par la science,
les considérations statistiques et les réflexions qui les accom­
pagnent sont publiées dans les derniers numéros de la Gazette,
dont M. Alvarenga est le rédacteur principal, et à laquelle il
sait imprimer une vigueur scientifique qui en fait un desorga-

JOURNAUX PORLUGAIS.

G89

ncs scientifiques les plus importants de la presse médicale
étrangère.
— En 1868, le même auteur lut devant l’Académie royale
des sciences de Lisbonne un travail fort remarquable sur les
perforations cardiaques, et en particulier sur les communica­
tions entre les cavités droite et gauche du cœur, à propos d'un
cas nouveau de teratocardie. Cette étude, comme il l’appelle
modestement, est un véritable traité des diverses anomalies
que peut présenter le cœur : il y passe en revue les principaux
ouvrages écrits sur ce sujet, il analyse avec le plus grand soin
tous les faits de même nature consignés dans la science, il les
compare avec le nouveau cas qu’il présente à ses collègues et
il donne le nom d'Ectocardie à l’espèce morbide dans laquelle
il classe le fait clinique dont il va donner la description, fait
nouveau que personne n’a rencontré, ni décrit avant lui, et
qu’il désigne sous le nom de Trochocardie.
— Le malade, sujet de l’observation, est un jeune homme
de 16 ans, entré à l’hôpital S. José, le 21 décembre 1864,ayant
succombé le 30 du même mois, et à l’autopsie duquel furent
constatées les lésions suivantes se rapportant à des altérations
de structure et surtout à un déplacement extraordinaire du
cœur. Cet organe était volumineux, couché transversalement
sur le diaphragme, sa hase dirigée vers le côté droit, comme s'il
s’était tordu et retourné sur son grand axe, page 12. Il pré­
sente une ouverture extraordinaire de Vorifice pulmonaire par
la réunion des valvules sygmoïdes respectives ; hypertrophie
concentrique du ventricule droit ; grande dilatation hypertro­
phique de Voreillette droite, communication interauriculaire,
par le trou ovale — de Dotal — interventriculaire par une ou­
verture garnie duvalvule dans la partie supérieure de la cloison ,
et intérartérielle, par le canal artériel.
La description des symptômes présentés par le malade faite
jour par jour avec une fidélité à laquelle l’application du
sphygmographe a donné plus de précision en signalant les
divers états de la circulation ; les détails nécropsiques sont
très-minutieux, et il paraît impossible de s’appliquer avec
plus de soin et de patience aux investigations cadavériques.

�690

VARIÉTÉS.

VARIÉTÉS.

691

— Les articles sur la cyanose publiés en ce moment clans le
même recueil, et dont nous avons mentionné la première
partie dans notre fascicule du mois d’avril, forment une suite
naturelle à l’excellent travail du professeur portugais ; ils
compléteront, comme l’auteur l’annonce à la fin de son mé­
moire, ce qu’il n’a pas pu dire à ses auditeurs de l’Académie,
royale de Vienne.
— Nous tiendrons, désormais, nos lecteurs au courant des
productions scientifiques de M. Alvarenga, car nous y trou­
verons toujours quelque chose dont ils pourront faire leur
profit.
Dr S a u v e t .

et qui a incontestablement une grande valeur morale. Ce ne sont
pas ces travaux antérieurs de pathologie médicale et d’hygiène
publique, ni ses services dans la médecine navale, ni ces titres
et décorations, ni la chaire qu’il occupe à l’Ecole de médecine
de Marseille, qui nous rendent recommandable le Dr Bertulus.
Ce que nous aimons et admirons sincèrement en lui, c’est son
courage et sa droiture.
Il est beau de se distinguer du commun par des vertus deve­
nues si rares, et qui relèveraient au besoin un talent médiocre.
Nos savants devraient prendre modèle sur ces hommes naïvevement bons et honnêtes, qui se cachent au fond de la province,
et qui passeraient pour des raretés à Paris, où la science et le
caractère semblent souvent divorcer. Rien n’est plus monstrueux
que l’intelligence sans moralité ; le sens moral, plus précieux que
le sens commun, et infiniment plus rare; mais qui s’inquiète au­
jourd’hui des mœurs ?
M. Bertulus, qui pourrait prendre pour devise l’hémistiche de
Perse :

Un auteur Marseillais et un critique Parisien.

n’est peut-être pas un grand philosophe ni un penseur origi­
nal ; mais il a cette force morale qui fait les hommes, et qui
vaut mieux, selon nous, que les dons les plus rares de l’intelli­
gence et les plus brillantes facultés. Il n’est pas de ceux qui ont
toujours en poche deux professions de foi, une pour leurs amis
et compères, l’autre pour l’autorité qui les paye : il ne connaît point
de pareils compromis, qui ont pour but de concilier le dévergon­
dage des doctrines avec les intérêts de la position acquise.
M. Bertulus est un croyant, il fait la guerre au matérialisme et
à l’athéisme avec une grande ardeur; il est convaincu, fort de
son droit, pénétré de son devoir, et comme il est doué d’un grand
courage et d’un tempérament belliqueux, il ne ménage point ses
adyersaires. Son symbole est assez net, bien qu’un peu surchargé
d’articles.
M. Bertulus, qui a fait de son livre une espèce d’encyclopédie,
ne s’est pas toujours astreint ît la rigueur du raisonnement; il
obéit moins à la logique inflexible qu’il ne s’inspire de ses propres
souvenirs, de ses sentiments personnels, de ses impressions vi­
ves et mobiles. Aussi est-il sujet a se contredire quelquefois ;
mais ses contradictions font honneur à sa sincérité.
Peut-être n’est-il pas donné à ces esprits fougueux et de pre­
mier mouvement de faire brèche dans les grandes questions
philosophiques ; car si le cœur a ses raisons que la raison ne con­
naît point, ainsi que l’a dit Pascal, il est des problèmes auxquels
le sentiment n’entend absolument rien, et qu’il ne peut que

El aperlo vivero voto,

Comme il est difficile de bien juger ses compatriotes et ses
amis, nous croyons devoir reproduire, sur l’auteur du livre
intitulé YAthéisme du XIX*siècle, l’appréciation du Dr Guardia,
le terrible critique de la Gazette médicale :
Les docteurs qui enseignent sous le régime de la protection et
du monopole, et qui ont le privilège de faire les médecins, sans
coucurrenee, sans contrôle, assument, malgré la garantie de
l’Etat, une responsabilité formidable. Ils exercent une espèce de
sacerdoce, par cela même qu’ils forment une caste. Le public ne
peut rester indifférent à l’enseignement des corporations qui for­
ment les médecins. Le public a droit de savoir tout ce qui
peut l’intéresser. Aussi ne blâmerons-nous pas le Dr Bcrtulus
d’avoir publié un volume que les gens du monde liront aveè plus
de profit que les médecins, et qui a ce mérite peu commun de
représenter avec franchise et vérité le rôle de la médecine dans la
société contemporaine (I).
Il y a un peu de tout dans ce volume, que nous prisons surtout
a cause de la fermeté et de la sincérité de l’homme qui l’a écrit,
(1)

J j'A th é is m e d u X I X e sièc le d e v a n t ï h i s t o i r e , l a p h i l o s o p h i e m é d ic a l e et

par le Dr Evariste Berlulus.—Paris, veuve Jule Renouard, 18G9,
in—
8°, X-520 pages.

l ’h u m a n ité ,

•

�692

VARIÉTÉS.

brouiller en intervenant en meme temps que la raison, ou, qui
pis est, en empêchant le plus souvent la raison d’intervenir.
M. Bertulus est un de ces braves qui se jettent résolument et a
corps perdu dans la mêlée des opinions scientifiques, et dont la
bravoure seule est admirable. Pour ce qui est des armes et de la
tactique, il y aurait beaucoup à dire, si la confiance que font
paraître ces chevaliers d’un autre âge ne désarmait la critique.
Ecoutons l’auteur :
« Quelque reproche que l’on puisse adresser h mon livre, dit-il
clans l’avant-propos, on ne l’accusera pas du moins de manquer
d’opportunité; il n’arrive en vérité ni trop tôt ni trop tard, caria
question de l’athéisme, de ces dangers sociaux est à l’ordre du
jour de l’opinion publique ; une lutte, qui promet d’être longue
et ardente, vient de s’engager entre les positivistes, les détermi­
nistes, dont les écarts, les prétentieuses aspirations compromettent
la science moderne, et les gens honnêtes de toutes les catégories
intellectuelles, de tous les cultes en vigueur qui se scandalisent
de leurs discours et de leurs écrits. Partisans sincères et éclairés
de la libre pensée, ces derniers ne veulent pas, avec juste raison,
qu’elle puisse aller jusqu’à permettre la cynique propagande des
principes du mal , à préparer pour l’impiété un nouveau ré­
gime de la terreur, et le toile général qu’il crient en ce moment
porte avec lui une haute signification. »
Ces quelques lignes disent clairement ce que l’auteur se pro­
pose: une apologie des doctrines spiritualistes contre le maté­
rialisme.
Cette apologie est singulière et se distingue, non pas tant par
la forme familière que l’auteur a prise, et qui est peut-être la
meilleure pour ces sortes d’écrits, que par la préoccupation cons­
tante qu’il ne peut dissimuler de défendre la médecine et les mé­
decins contre les bonnes âmes qui les accusent de mener la so­
ciété aux abîmes, parce que le positivisme et le déterminisme siè­
gent à l’Institut et trônent dans nos écoles.
M. Bertulus n’oublie rien pour mettre à néant l’accusation des
dévots, bigots, jésuites et autres gens ejusidem farinas ( je lui
emprunte son vocabulaire ) avec lesquels on voit bien qu’il ne
tient pas du tout à être confondu, pour laver ses confrères, et
même ceux de Paris, d’un reproche qu’il regarde comme une
injure. De sorte que cette apologie du spiritualisme, du vita­
lisme et de toutes les doctrines orthodoxes, ayant cours parmi les
bonnes gens, devient un plaidoyer en faveur des médecins dont
la plupart, convenons-en entre nous, puisque nous sommes en
famille, n’entendent rien ou presque rien à ccs hautes questions,
dont ils ne s’inquiètent que médiocrement.

VARIÉTÉS.

693

C'est égal, il faut sauver la société qui est en péril, et l'auteur,
qui voit partout la contagion et qui n’est pas homme à reculer
devant la peste, le choléra et la fièvre jaune, qu’il a combattus
maintes fois avec une bravoure pour le moins égale à celle qu’il
déploie dans sa croisade contre les athées, matérialiste, déter­
ministes, positivistes et autres mécréants, nous dit encore:
« C’est donc avec la conviction profonde de son utilité et de
son opportunité que je lance ce travail sur la mer orageuse de la
publicité, comme un solide et robuste vaisseau capable de résister
à ses tempêtes, et dont la bannière éclatante, toute vieille qu’elle
est (celle du théisme, base première de toute religion), sera saluée
avec sympathie (j’en ai le ferme espoir) par les vrais savants et
par les gens de cœur. Puisse-il remettre en lumière cette belle
doctrine, maintenant trop oubliée, qu’enseignait, il y a déjà
près de trente ans, à l'Ecole normale, un des plus illustres pro­
fesseurs de l’Université ! »
Vient ensuite une tirade de cet admirable charlatan de la Sor­
bonne, qu’un de ses disciples de l’Académie des sciences mora­
les et politiques, tout émancipé qu’il paraisse, nous représentait
naguère comme le premier des philosophes français de ce siècle,
que dis-je ? comme la clé de voûte de la philosophie française.
Nous disions bien que M. Bertulus n’est point un homme de no­
tre temps. Invoquer M. Cousin et croire encore à la prétendue
philosophie normalienne !
Felices gentes quibus hæc nascuntur In hortls
Numina 1

On voit que les aptitudes philosophiques de M. Bertulus ne
sont pas des plus extraordinaires. Au fait, il n’a pas eu pour maî­
tres des docteurs très-ferrés sur la philosophie. M. Rostan était
sans doute un esprit aimable et un élégant professeur; feu Bally,
que nous avons tous connu, et qui était par son âge le plus véné­
rable des médecins de France, fut un brave homme ; le profes­
seur Jaumes (de Montpellier) aimait platoniquement la philoso­
phie; et M. Lordat donnait envie de la connaître. Mais Mont­
pellier a-t-il eu un seul philosophe depuis Barthez? Non, pas
plus que Paris depuis Cabanis. Frédéric Bérard philosophait un
peu, et Ribes faisait semblant; or ni l’un ni l’autre n’a eu la
moindre influence sur M. Bertulus, qui ne dit pas un mot de
F. Bérard, et qui malmène Ribes, sur lequel il partage les opi­
nions et peut-être les rancunes de ce bon M. Kühnoltz, son con­
frère en magnétisme.
M. Bertulus, qui ne s’en doute guère, est un esprit mystique ; il
aime le mystère, la pénombre et les recoins obscure de la science^

�694

VARIÉTÉS.

Il a beau s'insurger au nom de la raison, ses sentiments, ses im­
pressions, ses souvenirs et ses tendances l’emportent ; il montre
plus d’une fois le bout de l’oreille, et c’est avec enthousiasme,
avec délices qu’il parle des visions de Swedenborg, du livre sin­
gulier de M. de Merville, des spirites anciens et modernes. Il a
même sa théorie sur les esprits, et elle ferait honneur à un Père
de l’Église.
M. Bertulus est un vitaliste orthodoxe ; mais il ne se sert point
des termes en usage dans la petite école dont M. Lordat est le ré­
gent. Il appelle sa doctrine à lui, qui n’est autre que le vitalisme
vulgaire, psycho-matérialisme. En autres termes, il est partisan
de la vieille doctrine du dualisme. L’âme et le corps forment un
composé qui se maintient parle principe vital, lequel est dans le
sang, qui tire lui-même toutes ses vertus ou qualités du monde
extérieur.
Cette doctrine, qui revient à dire que l’homme pense et végète,
et qu’il ne peut penser et végéter qu’en se nourrissant d’air, de
lumière, d’aliments et de boissons, est exposée d’une manière
intéressante au chapitre XVII, le seul peut-être de cette curieuse
compilation qui se distingue par une véritable originalité, et dont
la lecture plaira à tous les médecins qui pensent.
Quant aux autres chapitres, ils ne sont que curieux et agréa­
bles, et ils s’adressent plus particulièrement aux gens du monde.
M. Bertulus dit lui-même que son livre est à la fois historique,
philosophique et médical. Il est de fait qu’il y a mis de l’histoire
autant qu’il a pu, de la philosophie autant qu’il en sait, et qu’il
s’est montré discret en n’abusant pas de ses connaissances médi­
cales et de son expérience de praticien, qui sont très-grandes.
Nous avons rendu justice pleine et entière aux rares qualités
morales de notre auteur. Il n’est pas possible de montrer plus de
candeur, de si ncérité, de droiture, de véritable amour du bien et
des hommes ; et nous devons ajouter, pour achever l’éloge, que
tous ces sentiments excellents sont relevés par une forme vive et
naturelle qui tient le lecteur en haleine, malgré les longueurs et
les redites. Il y a des souvenirs piquants, des anecdotes neuves,
des impressions personnelles très-heureusement exprimées, bref,
un charme qui n’est pas du tout un effet de l’art ; et une force de
conviction qu’on trouve parfois excessive quand M. Bertulus,
qui est un esprit libéral et tolérant, s’oublie jusqu’à souffler sur
le feu qui mit en cendres le fameux livre d’Helvétius par ordre
du Parlement, et demande inconsidérément que l’État exerce la
surveillance la plus active sur les professeurs qui enseignent la
jeunesse, et au besoin une répression sévère sur les contrevenants
aux doctrines reçues. Ii propose même un projet de code pénal

N OUVELLES DIVERSES.

695

et, nous devons le dire, des pénalités puériles encore plus qu’hu­
miliantes pour ceux qui ne seraient pas décidés à mettre leur
conscience d’accord avec leurs fonctions.
Ce qui peut paraître étonnant, c’est que M. Bertulus admette
en même temps la liberté de l’enseignement et l’enseignement
libre. Il y a là une contradiction flagrante ; car ou vous êtes par­
tisan d’une science officielle, d’une doctrine de l’État, et dans ce
cas vous êtes logique en demandant l’inquisition, c'est-à-dire la
responsabilité de la part du professeur et le contrôle de la part de
l’Etat, ce qui serait un anachronisme ; ou vous admettez , avec
tous les hommes de sens et d’avenir, que la science doit être aussi
libre que la conscience ; et dans ce cas vous tombez dans l’incon­
séquence, et votre logique est en défaut.
M. Bertulus est trop contagioniste en tout; il a une peur terri­
ble, lui qui n’a jamais tremblé devant l’ennemi, que mille fléaux
imaginaires n’envaliissent la société ; et, en homme prudent, il
conseille la quarantaine. Il est de ceux qui ne craignent pas de
s’adresser au sénat conservateur pour sauver la société menacée
parles déterministes, les positivistes, matérialistes, athées et au­
tres vampires, qui ne feront pas grand mal, si mal il y a, le jour
où la liberté d’enseignement sera consacrée par la loi, ainsi que
l’a été la liberté des cultes.
Ce n’est pas tout d’être psycho-matérialiste et de démontrer
l’existence du principe vital ; il faut de plus, pour être parfait,
prêcher et pratiquer la tolérance la plus absolue, car nous ne
sommes pas infaillibles.

NOUVELLES DIVERSES.
Le lundi 8 novembre 1869, à trois heures, un concours public
sera ouvert à l’Hôtel-Dieu de notre ville, pour deux places de
chirurgiens-adjoints des hôpitaux.
Le lundi suivant, 15 novembre 1869, à la même heure, un au­
tre concours public sera ouvert au même lieu, pour deux places
de médecins-adjoints des hôpitaux.
ÉPREUVES DU PREMIER CONCOURS :

1° Question d’Anatomie. — Question de Physiologie
Ces deux questions seront traitées oralement après un temps
de préparation, à huis-clos et sans livres, qui sera déterminé par
le Jury.
1° Question de Pathologie Chirurgicale.
Les concurrents auront cinq heures pour traiter cette question
par écrit, à huis-clos et sans livres.
3° Examen clinique de trois malades atteints d’affections chirur­
gicales.
L’examen des trois malades ne durera pas plus de trois quarts
d’heure.

�696

SEUX FILS.

Après l'interrogatoire, les concurrents auront vingt minutes
pour donner leur avis développé sur le diagnostic , le pronostic
et les indications thérapeutiques ressortissant à deux des mala­
des, il leur choix.
Le compte-rendu du troisième malade formera le sujet d’une
consultation écrite, pour la composition de laquelle il sera
accordé une heure.
4° Deux operations de grande Chirurgie à pratiquer sur le
cadavre.
Les candidats auront vingt minutes pour ces deux opérations

(a n c ie n n e

U n io n

M é d ic a le d e la P r o v e n c e )

(imo Année. — N ° 9 , - 2 0 Septembre 1869.

ÉPREUVES DU DEUXIÈME CONCOURS 1

1° Question d’Anatomie et question de Physiologie.
2° Question de Pathologie médicale avec les applications hygiéni­
ques qu'elle comporte.
3° Examen Clinique de trois malades atteints de maladies internes.
Les deux premières questions seront traitées oralement, après
un temps de préparation, il huis-clos et sans livres, qui sera dé­
terminé par le Jury.
Les candidats auront cinq heures pour traiter par écrit la ques­
tion de pathologie, il huis-clos et sans livres.
L’examen clinique des trois malades aura lieu comme dans
l’épreuve de la chirurgie.
— La Faculté de médecine de Paris a tenu le samedi 14 août,
sa séance annuelle pour la distribution des prix. M. le professeur
Lasègue a prononcé YEloge de Trousseau.
— Ont été institués agrégés stagiaires près la Faculté de mé­
decine de Paris (section de médecine), par suite du concoure ou­
vert le 3 novembres 1868, MM. les D" Bouchard, Ollivier, Clialvet, Lecorché, Brouardel et Cornil.
— Un concours pour les médecins-majors de 2° classe doit être
ouvert ii l’hôpital militaire du Yal-de-Grâce, au mois de novem­
bre 1869. Un deuxieme concours pour les médecins-majors de I”
classe aura lieu au mois de janvier 1870. Le but de ces deux con­
cours est de nommer à un certain nombre de places de médecins
traitants dans les- hôpitaux militaires.
—Le dernier courrier des Antilles a apporté de bonnes nouvelles
de nos colonies. L’état sanitaire s'est sensiblement amélioré; les
cas de lièvre jaune deviennent plus rares.
— Par décret en date du 11 août 1869, M. le Dr Louis Cazalas
a été promu au grade de commandeur dans l'ordre de la légion
d’honneur.
— Par décret en date du même jour, M. Humann, médecin
aide-major de 1re classe a l’hôpital militaire de Marseille, a éto
nommé chevalier du même ordre.
ERRATUM. — Dans le dernier numéro, page 5S8, ligne 10, au lieu de!
exposé au Nord, lises : exposé à l’Est et au Nord-Est.
A. F abius.

DANS LES ÉPANCHEMENTS SÉREUX
P ar

le

Dr YILLARD,

M é d e cin en c h e f d e s h ô p i t a u x , p r o f e s s e u r s u p p l é a n t

à

l'é co le d e m é d e c in e .

DEUXIÈME ARTICLE (I).

CHAPITRE II.
MODE DE FORMATION ET DE RÉSORPTION DES ÉPANCHEMENTS
PLEURÉTIQUES.

Avant de traiter dans ce travail la partie relative aux indica­
tions de la thoracentèse, je crois utile d’aborder une question
pleine d’intérêt au double point de vue de l’anatomie et de la
physiologie pathologiques; je veux parler du mode de forma­
tion et de résorption des épanchements pleurétiques.
Une pareille étude eût été bien difficile, il y a quelques
années, alors que la physiologie expérimentale n’avait pas
encore trouvé le secret de battre en brèche les théories ou les
hypothèses qui avaient cours dans la science. Le microscope,
en faisant table rase d’une infinité de doctrines anatomophysiologiques, a dirigé les esprits vers un positivisme, trop
absolu peut-être, mais qui s’impose chaque jour davantage
(1) Voir le numéro do juillet dernier.
45

�698

VILLARD.

aux méditations et aux recherches de ceux qu'un pénible la­
beur ne rebute jamais.
Il suffit, du reste, de jeter un coup d’œil sur les ouvrages de •
pathologie qui sont accrédités dans nos écoles , pour se con­
vaincre sans peine de leur insuffisance et de leur obscurité
mises en regard de l’étendue et de la clarté des découvertes
modernes. Que l’on ouvre, par exemple, les traités didacti­
ques de Grisolle’, de Valleix et autres et l’on verra bien vite
combien ces ouvrages, quelle que soit la maladie qu'ils décri­
vent, laissent à désirer surtout pour ce qui concerne la patho­
génie et l’anatomie pathologique. Il en est une, entre autres,
la pleurésie, dont la description est toute à refaire. C’est là
précisément la tâche que j ’ai entreprise, il y a quelques
années, tâche qui ;touche actuellement à sa fin , et qui, je
l’espère, comblera les lacunes les plus importantes que je
signale.
Le mode de formation des épanchements pleurétiques est
tellement lié à l’anatomie pathologique do la pleurésie que la
connaissance du premier entraînera forcément la description
de la seconde. Si je me vois dans l’obligation d’entrer dans
des généralités à propos de l’inflammation de la plèvre, je n’ai
pas la prétention, on le pense bien, de faire ici une discussion
détaillée des diverses doctrines qui divisent aujourd’hui les
physiologistes et les histologistes au sujet de l’inflammation
eu général. Il me suffira d’en donner un simple aperçu pour
montrer qu’elle peut être, suivant chacune d’elles, la manière
dont se produisent et se résorbent les épanchements pleu­
rétiques.
Trois théories rivales se disputent l’honneur d’avoir décou­
vert les phénomènes intimes, essentiels de l’inflammation :■
la première, personnifiée, en France surtout, parM. Robin (1),
attribue le principal rôle des actes inflammatoires à un trouble
primitif de la circulation capillaire. C’est la théorie du blas(l) Leçons sur les vaisseaux capillaires et l’inflammation, 1867.

TH OR AOENTESE

699

terne qui admet la génération spontanée des produits patholo­
giques aux dépens des exsudations vasculaires. La deuxième
ou théorie allemande, par opposition sans doute à la précé­
dente, quiporte encore le nom de théorie française, appartient
à M. Virchow (1) qui est, chacun le sait, un des plue illustres
représentants des écoles d'Outre-Rhin : j ’ai nommé la théorie
cellulaire qui est basée sur le développement continu des tis­
sus et qui fait dériver les phénomènes inflammatoires de la
prolifération de cellules embryoplastiques produites par une
irritation soit nutritive soit formatrice. Quant à la troisième,
de date plus récente, elle a pour auteur M. Cohnheim (2) qui
n’admet ni l’une ni l’autre des théories précédentes, du moins
pour expliquer la formation des globules de pus. D’après cette
nouvelle théorie, basée sur des expériences encore trop peu
concluantes, les leucocytes ne seraient autres que les globules
blancs du sang qui auraient traversé les parois capillaires en
vertu de mouvements amiboïdes dont ils seraient doués. La
connaissance de ce fait, quelque positif qu’il puisse être, ne
résoud nullement la question du blastème ou de la proliféra­
tion cellulaire ; ce ne serait donc qu’une phase de l ’inflamma­
tion relative seulement à la pyogénie.
En faisant maintenant à la pleurésie l ’application de ces
trois théories, nous sommes naturellement conduits à recher­
cher la part qui revient à chacune d’elles dans l’évolution com­
plexe des actes inflammatoires de la plèvre.
La première, il faut le dire, se présente avec une simplicité
que n’ont pas les deux autres. Basée sur les mémorables expé­
riences de M. Claude Bernard relatives aux paralysies vascu­
laires, elle peut se résumer dans la proposition suivante:
resserrement, contraction puis dilatation des vaisseaux ,
oscillations et stase progressive du sang, puis épanchement
de liquide albumino-flbrineux dans la plèvre ; enfin, organi­
sation de cette dernière exsudation. Des éléments de génération
nouvelle, des leucocytes puis des libres lumineuses naissent
(1) Virchow, P a t h o lo g ie c e l l u l a i r e . Trad. par Paul Picard, 1861.
(2) Virchow, A r c h i v . , t. XL, p. 1, 1867.

�700

VILLARD.

dans ce liquide amorphe qui, dès le début, ne présente au­
cune trace d’organisation. Les altérations qui surviennent en­
suite dans la séreuse pleurale résultent évidemment du trou­
ble apporté à la rénovation moléculaire des éléments anato­
miques de cette enveloppe par l’arrêt de la circulation capil­
laire, les produits nouveaux qui naissent de ce blastème sont
donc le pus et les fausses membranes. Le premier, dit M. Lebert,
se forme par exsudation de la partie liquide du sang altérée par
la stase capillaire phlegmasique , mélangée probablement de
quelques uns des éléments des parties plus solides du sang, à en
juger par la proportion de substance fibro-albuminewse plus
forte dans le pus que dans le sérum du sang seul. Tous ces élé­
ments sortent de la circulation à l'état de parfaite dissolution
sous forme d’un liquide qui constitue le véritable pyoblastème
dans lequel se forment les globules de toutes pièces, par une
tranfonnation particulière des corps de protéine et surtout des
diverses nuances de fibrine.....Plus loin M. Lebert ajoute qu'il
n’a pas examiné une seule fois le produit d'un épanchement de
la plèvre, même récent, sans y rencontrer du pus. Nous revien­
drons plus tard sur cette dernière proposition.
Quant aux fausses membranes, d’après cette théorie, il est
facile de comprendre qu’elles doivent être le résultat de l’or­
ganisation progressive des divers éléments qui se trouvent
dans le liquide exhalé dans la plèvre, ou coagulés sur les pa­
rois de la séreuse, de la fibrine entre-autres qui joue le plus
grand rôle dans ces néo-formations.
Pour la théorie allemande, le phénomène initial ne réside
plus, avons nous dit, dans la lésion du système capillaire.
Celle-ci serait précédée par la génération cellulaire, c’est-àdire, par la prolifération des cellules embryoplastiques. L'exsu­
dation ne serait donc que consécutive. Eu effet, les premières
modifications qui se produisent dans la pleurésie atteignent la
couche épithéliale dont les cellules sc gonflent, s’hypertrophient, perdent leur forme habituelle, en même temps que
leur noyau grossit et se divise ; finalement cellules et noyaux
viennent s’ajouter à l’exsudation qui ne tarde pas à se faire
dans la plèvre. Ces premiers changements dans la structure

THORACENTÈSE.

701

de la séreuse se retrouvent dans toutes les formes de la pleu­
résie, qu’il se fasse ou non un épanchement dans la cavité.
Mais, àmesureque l’inflammation s’étend, l’on voit apparaître
la prolifération du tissu conjonctif sous-épithélial. La surface
de la séreuse, ordinairement lisse et luisante, perd alors son
brillant pour revêtir un aspect rugueux, feutré, remarqua­
ble par des granulations papilliformes, qui ne seraient autres
que des cellules fusiformes de nouvelle formation, des fais­
ceaux de tissu conjonctif ondulé dont les capillaires, consi­
dérablement allongés, se recourbent sous forme d’anses dans
les granulations (Forstër-Niemeyer ) ( 1).
C’est, là, en somme, la série des phénomènes pathologiques
qui précèdent et qui accompagnent l’épanchement de liquide
dans la plèvre. Nous verrons dans quelques instants la dis­
tinction qu’il importe d’établir entre les divers degrés de
ces inflammations exsudatives, suivant l’étendue des altéra­
tions qui en résultent. Mais, en attendant, voyons de quelle
manière, d’après cette théorie, se produit l’épanchement :
est-ce par une dilatation paralytique, comme dans la théorie
précédente, ou bien, par une altération consécutive des parois
vasculaires, ou bien enfin par une attraction exosmotique
sous l'influence de laquelle la plèvre irritée appelle une certaine
quantité de liquide qu'elle emprunte au système vasculaire qui
l'environne (2) ? Cette dernière hypothèse est précisément
celle qui fait le fond de la doctrine allemande. C’est bien
de la sorte, en effet, que se produirait, suivant cette théorie,
l’exhalation plasmatique dans la pleurésie; et, comme le dit
Virchow lui-même, cette interprétation est jusqu’à un certain
point d’accord avec la théorie du blastème qui regarde l’ex­
sudât comme la conséquence immédiate de l’hypérémie;
seulement cette hypérémie primitive aurait besoin, pour être
acceptée, de preuves solides, et ces pieuves, suivant l’auteur
de la pathologie cellulaire, n’existeraient pas. Comment, en
effet, expliquer la succession des actes inflammatoires, là où
(I) Éléments (le patho'.ojie interne,
.2) Virchow, op. oit., p. 320.

t. I , p. 258.

�702

VILLARD.

les tissus sont, dépourvus de vaisseaux, tels qne la cornée,
les tendons, les cartilages ? et cependant ces organes s’enflam­
ment comme les autres.
Dès l’instant que cette hypérémie active n’est plus qu'une
conception gratuite, il ne faut plus chercher dans l’action para­
lytique du système nerveux la cause de l'épanchement, l’une
étant la conséquence de l ’autre. Le système vaso-moteur perd
ici toute l’importance que l’Ecole française lui attribue ; la
cessation de la contractilité vasculaire n'est plus l ’acte capital
de l’inflammation, elle est le résultat du processus patholo­
gique qui, dans sa sphère d’action, modifie la structure des
parois vasculaires aussi bien que des autres tissus. En tenant
compte, en effet, des éléments anatomiques des vaisseaux ca­
pillaires que l’on considère comme formés par une sorte d’im­
brication de cellules endothéliales actives, c’est-à-dire ayant
chacune un noyau bien développé (1), l’on comprend que
ces cellules, en se gonflant et en se ramollissant sous l'in­
fluence de l’inflammation environnante, puissent non-seule­
ment, diminuer la rapidité du cours du sang et môme l’arrê­
ter, mais encore se laisser distendre au point de subir des
déchirures qui donnent lieu secondairement aux phénomènes
locaux qui caractérisent l’inflammation hémorrhagique.
Les différences que nous venons de signaler ne sont pas les
seules qui existent entre la théorie du blastème et la théorie
cellulaire appliquées au développement de l ’épancliement
pleurétique. Elles sont plus tranchées encore dans la manière
dont se forment les globules de pus dans la séreuse enflammée.
Nous savons que, pour la première, les leucocytes naissent
spontanément dans le plasma exhalé aux dépens, sans doute,
de la fibrine que les vaisseaux ont laissé échapper. Ce blastème
serait donc le point de départ de toutes les modifications qui
peuvent se produire dans la plèvre depuis la formation plus
ou moins complète des fausses membranes jusqu’aux restau­
rations et aux dégénérescences dont la séreuse peut devenir
0 ) Chalvet. — Thèse pour l’agrégation. — Physiologie pathologique de
l'inflammation.

THORACENTÈSE.

703

ultérieurement le siégo. Pour la théorie cellulaire, la géuèse
du pus dans une pleurite aiguë résulterait de la prolifération
du tissu épithélial et conjointement du tissu conjonctif dont les
cellules s’hypertrophient et dont, les noyaux prolifèrent à leur
tour avec une extrême abondance. Une seule cellule de tissu
conjonctif peut, suivant Virchow, dans un temps très court,
donner naissance à plusieurs douzaines do cellules de pus,
tant la marche de ce dernier est rapide.
Je ne connais les expériences de M. Cohnheim que d’une
manière trop incomplète pour me permettre de les juger au­
trement que par les appréciations qui en ont été faites, en
dernier lieu surtout, par M. Chalvet. Abstraction faite des
actes primordiaux de l’inflammation dont M. Cohnheim ne
dit rien, il résulterait de ces actes môme que, non-seulement
les globules du pus sont analogues aux leucocytes du sang,
mais qu’ils ne sont autre chose que ces mômes leucocytes
sortis du torrent circulatoire en traversant les parois vascu­
laires.
Si ce fait était exact, la question de la génèse du pus serait
bien simplifiée, et l’on concevrait sans peine le mode de for­
mation d’un épanchement pleurétique purulent. Mais les
assertions de M. Cohnheim n'ont pas été confirmées par les
expérimentateurs qui ont cherché à les vérifier.
Nous laisserons donc de côté cette théorie, qui pourrait bien
n'être, dit avec raison M. Chalvet, qu’une hypothèse, et nous
nous demanderons tout de suite quelle est celle des deux
théories précédentes qui nous parait, le mieux répondre aux
besoins de la thèse que nous cherchons à résoudre.
La théorie du blastème, récemment, défendue et soutenue
avec talent dans le Montpellier médical, par le Dr Castan,
professeur agrégé, rend compte, nous l ’avons déjà dit, des
actes phlegmasiques avec une simplicité qui ne laisse rien à
désirer. Mais, par cette simplicité môme, elle est loin de ré­
pondre à tous les desiderata du problème. S’il était possible,
en effet, de lui reconnaître un caractère d’unité applicable
à tous les tissus sans exception, elle n’aurait pas vu s’élever à
côté d’elle des théories nouvelles qui ébranlent tous les jours

�704

VILLARD.

davantage les bases sur lesquelles elle est assise. Par contre,
si la théorie cellulaire présente parfois dans ses détails, el
plus encore dans son ensemble, des difficultés que l’esprit ne
parvient pas toujours à surmonter, elle a du moins pour elle
la sanction non équivoque des expériences sans nombre aux­
quelles elle a donné lieu partout, expériences qui lui ont
donné une valeur et une supériorité incontestables. À l’épo­
que où j'entrepris mon travail sur la pleurésie, j’adoptai plei­
nement la théorie névro-paralytique pour l’explication des
phénomènes inflammatoires quej’étudie en ce moment ; mais,
à la suite de longues et savantes discussions, qui eurent lieu à
ce sujet au sein de la Société impériale de médecine de Mar­
seille, je compris que cette doctrine ne pouvait pas suffire
pour l’interprétation de tous les faits de physiologie pa­
thologique relatifs à l’inflammation en général et de la
plèvre en particulier. A dater de ce jour, je revins sur celte
importante et difficile question que j’avais à peine entrevue,
et je finis par reconnaître que la vraie doctrine, celle que la
physiologie expérimentale doit accréditer*partout, ne pouvait
être que la théorie du développement continu.
Après avoir indiqué ci-dessus le mode de formation des
épanchements pleurétiques suivant les deux théories rivales;
après avoir exprimé notre préférence pour celle qui repose
sur la prolifération cellulaire, il ne me reste plus qu’à suivre
les phénomènes qui dérivent de cette prolifération.
L’endothélium pleural, ai-je dit, prolifère tout d’abord
avec une extrême rapidité : ses cellules se gonflent, se divi­
sent, se détachent enfin pour se mêler à l’exsudation claire et
limpide qui se produit dans la séreuse ; d’autres fois, leur
protoplasma se dessèche, et, devenues moins lisses, inégales
et déformées, elles restent adhérentes «\ la plèvre, frottent les
unes contre les autres dans les mouvements respiratoires el
produisent ces bruits de frottements que l’oreille constate
quelquefois au début des pleurésies. Dans ce dernier cas,
l’épanchement peut être très léger, et même 11 e pas exister du
tout; les symptômes révélés par la percussion ou l’ausculta­
tion sont nuis ou à peine sensibles. J’ajouterai cependant qu’i*

THORACENTÊSE.

705

n‘est pas rare d’observer alors l’existence d’une douleur sousmammaire plus ou moins intense, douleur qui peut en
imposer pour une myo-dermie thoracique et occasionner ainsi
une erreur de diagnostic. Cette forme de pleurile guérit avec
une extrême rapidité ; mais elle récidive souvent surtout chez
les individus qui sont atteints de tubercules pulmonaires ou
pleuraux.
A un degré plus avancé, le tissu conjonctif participe à l’hy­
perplasie pathologique. Le système capillaire concourt dès
lors aux phénomènes locaux de l’inflammation, d’où forma­
tion dans la plèvre d’un exsudât plus ou moins abondani et
plus ou moins riche en fibrine, suivant l’étendue de la plilegmasie. Tantôt le coagulum albuinino-fibrineux forme une
couche mince et semblable à une membrane ; au-dessous la
plèvre est injectée et ecchymosée; tantôt la séreuse se recou­
vre de dépôts blancs, épais de plusieurs millimètres, assez
mous et très analogues à des membranes croupales ; d’autres
lois enfin l’exsudât, dont les proportions sont très variables
(de 1 à 2 et même 5 kilog. et plus), prend l’aspect d’un liquide
tout à fait purulent, dans lequel on trouve des flocons et des
masses fibrineuses coagulées; les deux parois de la séreuse
sont tapissées d’une néo-membrane qui devient d'autant plus
épaisse et d’autant plus adhérente que l'inflammation a été
plus aiguë et que l’épanchement est [tins ancien. Au-dessous
de cette production membraniforme, les végétations pleurales
se généralisent et occupent à la fois le feuillet viscéral et le
feuillet pariétal de la plèvre. C’est alors que I on peut observer
ces brides plus ou moins nombreuses et plus ou moins résis­
tantes qui cloisonnent la cavité en divers sens et qui enkystent
parfois le liquide épanché. Ces brides s’organisent enfin par le
développement embryonnaire des cellules endothéliales des
vaisseaux capillaires. C’est encore dans ces circonstances que
peuvent se produire ces épanchements avec exsudais hémor­
rhagiques par la déchirure des vaisseaux nouvellement
formés. En dernière analyse, l ’inflammation très aiguë1de la
plèvre amène ces désordres considérables que tout médecin a
pu observer sur le cadavre : ici le poumon, n’offrant plus rien

�706

VILLARD.

THORACENTÈSE.

de son aspect primitif, est fortement tassé et bridé dans la
gouttière costo-vertébrale; là les espaces intercostaux sont
devenus plus grands, tandis que le diaphragme reste abaissé
dans la cavité abdominale ; plus loin enfin le cœur et les gros
vaisseaux subissent des déplacements dont l’étendue peut
entraîner subitement la mort du malade (1).
Telle est. d’après la théorie cellulaire, le mode de formation
et la marche d’un épanchement pleurétique.
Virchow a émis une proposition q u i, toute hasardée
qu’elle puisse paraître, mérite de nous arrêter quelques ins­
tants : lorsqu'une inflammation se produit quelque part, la quan­
tité plus considérable de fibrine qui se forme dans le sang, ne
provient pas du sang, mais bien du tissu dans lequel elle se
trouve, les vaisseaux lymphatiques de ce dernier, résorbant le
liquide épanché, la quantité de fibrine augmenterait proportion­
nellement dans le sang, il y aurait hypérinose. Cette opinion, on
le v o it, renverse de fond en comble les croyances admises
jusqu’à ce jour, puisque l’on regardait autrefois la modifica­
tion du sang dans l'inflammation comme une lésion préexis­
tante et dépendant surtout de l’augmentation dans la proportion
normale contenue dans le sang. Il est juste de dire cependant
que MM. Andral et Gfavaret avaient déjà établi que l’augmen­
tation de fibrine était le résultat de la résorption de l’exsudât
inflammatoire. Virchow, généralisant sa pensée, la traduit
par l’assertion suivante : il n'existe point d'exsudât inflamma­
toire. Celui-ci résulte d’un changement dans la manière d'être
des parties enflammées, substances qui se mêlent avec le liquide
transsudant à travers les parois vasculaires ; et il ajoute que
ce qui transsude est toujours un liquide séreux.
Ce qui est certain, c’est que l'augmentation que subit la
fibrine du sang (fibrine concrescible) se remarque surtout
lorsque l’inflammation envahit un organe abondamment
pourvu de vaisseaux et de ganglions lymphatiques. Par eon-1

tre, ce fait rt’a pas lieu lorsque la phlegmasio atteint un
organe qui ne contient que peu ou point de lymphatiques,
le cerveau, par exemple. Ce qui n’est pas moins positif, c’est
que si on lave une surface ulcérée pour la débarrasser du pus
qu’elle peut contenir et que Ton recueille ce qui s’échappe de
la plaie, ce sera un liquide séreux ou du pus, mais jamais la
plaie ne se recouvrira d’une couche défibriné. (Virchow)
d’un autre côté, ajoute l'auteur de la Pathologie cellulaire,
il n’existe aucun fait, prouvant la possibilité de l}épanchement
de substances fibrineuses du sang, d’exsudation dans le paren­
chyme ou à la surface des organes, lorsque la tension du sang
est augmentée... on peut produire les troubles les plus notables
de la circulation, provoquer expérimentalement la transsuda­
tion d'une énorme quantité de liquide séreux, mais jamais on ne
produira cette exsudation particulière que Virritation de certains
tissus provoque si aisément.
Si l’opinion de Virchow est juste, et disons-le tout de suite,
elle me parait avoir de fortes raisons pour entraîner la con­
viction du plus grand nombre (1), l’augmentation de la fibrine
dans le sang n’aurait été jusqu’ici qu’un fait essentiellement
hypothétique. Si dans la pneumonie, la pleurésie, le rhuma­
tisme, etc., .maladies dans lesquelles le chiffre de la fibrine peut
atteindre de très grandes proportions, il se produit une hypé­
rinose considérable, ce n’est qu’en raison de l’intensité des
phénomènes inflammatoires qui ont pour siège le tissu con­
jonctif du poumon, de la plèvre, et des tissus fibro-séreux des
articulations, et non pas par un accroissement spontané de
la fibrine dans le sang. Les produits de nouvelle formation,
résultant alors de la prolifération cellulaire et formant la
masse fibrineuse pathologique, seraient ensuite déversés dans
le torrent circulatoire par les vaisseaux lymphatiques. A cela

(1) Voir la thèse de M. Oulmont sur la Pleurésie chronique ( Paris, 48M),
ou bien le traité des Maladies chroniques de l’appareil respiratoire de
M. Bricheteau (Paris, 1852.)

707

(1) Je viens de lire l’article inflammation dans le premier volume de Patho­
logie interne de M. Jaccoud. Le jeune et savant agrégé de Paris accepte et
reproduit les idées de Virchow sur le mode de formation de la fibrine. Cet
ouvrage, qui n’est qu’à son début, comblera, j’en ai la certitude, une in­
finité de lacunes qui existent dans les ouvrages classiques, lacunes que
je signalais en commençant ce second article.

�708

VILLARD.

l’on a objecté que dans un tissu enflammé, une séreuse par
exemple, l’absorption ne se fait plus (Chalvet-Cornil et Ranvier), par cette raison que les lympathiqucs sont profondé­
ment. modifiés par le travail inflammatoire, et que l'on ne
comprend pas qu’ils puissent concourir activement à l’absorp­
tion de l ’exsudât, au moment, où l’hypérinose est à son maxi­
mum (Chalvet).
Cela peut être vrai pour les lympathiques qui sont, en­
globés dans la partie enflammée ou qui l’entourent immédia­
tement.; mais au delà, l’absorption n’est pas abolie ; elle peut
donc donner lieu à cette augmentation fibrineuse dont je parle,
en déversant dans le sang les produits absorbés localement.
Il est de toute évidence qu’en raisonnant sur un pareil su­
jet, nous ne devons émettre que des probabilités; mais le rai­
sonnement par induction est ici le seul, à défaut de preuves
expérimentales précises, qui puisse nous servir pour élucider
des questions aussi complexes et aussi difficiles.
Dans le nombre des inflammations qui amènent la produc­
tion d’un exsudât fibrineux, la pleurésie est une des plus in­
téressantes au double point de vue de l’anatomie et de la
physiologie pathologiques. En adoptant les idées allemandes,
nous avons vu comment se produisent les épanchements pleu­
rétiques. Pour compléter cette partie de notre travail, nous
n'avons plus qu’à rechercher les causes particulières qui mo­
difient la nature de l’épanchement, et qui font que, dans un
grand nombre de cas, celui-ci est remarquable par sa trans­
parence et sa limpidité ; que quelquefois, tout en étant clair
et aqueux, il se prend en masse gélatineuse par le refroidis­
sement; que chez certains malades, il devient trouble et lac­
tescent, tandis que chez d’autres ilest complètement purulent,
et qu’enfin, dans certaines circontances, rares d’ailleurs, il
devient sanguinolent ou tout-à-fait sanglant.
Les épanchements séreux ou séro-albumineux que j’appel­
lerai aussi simples se présentent toujours sous l’aspect d’un
liquide citrin, avant la couleur d’un beau jaune d’ambre,
suivant l’expression de M. Trousseau. Ils contiennent une
grande quantité d’albumine, sans traces de fibrine apprécia-

THORACENTESE.

709

blés. M. Lebert, nous l’avons dit, prétend qu’il n’a pas exa­
miné une seule fois le produit d'un épanchement de la plèvre,
même récent, sans y rencontrer dupas. Ce savant micrographe
me parait avoir pleinement raison, la pleurésie étant, comme
il le dit fort bien, une maladie essentiellement suppurative.
Toutefois, l’on se tromperait étrangement si l’on voulait dé­
duire de cette assertion que dans les collections séreuses il
existe de nombreux corpuscules purulents. L’évolution épi­
théliale peut bien donner lieu à la formation de quelques
globules pyoïdes ; mais ce que l’on doit y rencontrer, cela me
parait probable, ce sont surtout des cellules épithéliales, les
unes intactes, les autres ayant déjà subi diverses transforma­
tions régressives. Je crois donc que les leucocytes doivent être
rares dans la pleurite superficielle. Ils augmentent, au con­
traire, dans des proportions considérables à mesure que la
phlegmasie devient plus intense, qu’elle se généralise davan­
tage et qu’elle gagne surtout en profondeur.
Ces épanchements, très-variables par leur quantité qui,
dans certains cas, est très-minime, et dans d’autres très-con­
sidérable, ne donnent heu qu’à des symptômes réactionnels
tantôt nuis, ou à peine apparents, d’autres fois plus accentués,
mais cédant toujours après une durée qui dépasse parfois le
premier septénaire mais rarement le second.
Produits par l’inflammation du revêtement épithélial, sans
participation du type conjonctif, ils tendent généralement, à
la chronicité pour peu qu’ils occupent une certaine étendue
de la séreuse ; par le défaut de résorption, ils résistent presque
toujours aux traitements ordinaires, et. ne guérissent d’une
manière certaine et rapide, comme nous le verrons bientôt,
que lorsqu’on a recours à la thoracenthèse.
Je me suis demandé souvent si le système lymphatique
restait étranger à la formation de ces collections séreuses, ou
bien s’il ne fallait pas le considérer comme l’agent princi­
pal de leur production. Dans l’état normal, les séreuses sont
constamment lubrifiées par un liquide qui leur est propre, de
telle façon que l’absorption reste dans une sorte d’équilibre
avec l’exhalation. Les deux feuillets de ces membranes ont-ils

�YILLARD.

THORAC EN TES E.

des fonctions différentes ? le feuillet viscéral est-il, comme le
pense M. Sappey (1), chargé.de l ’absorption, tandis &lt;jue le pa­
riétal serait chargé de l’exhalation ? M. Sappey voit dans cette
distinction une vérité physiologique de la plus haute impor­
tance. Si cette distinction était fondée, l’on comprendrait sans
peine comment dans une pleurésie lorsque le premier feuillet
s’enflamme, tous les conduits absorbants s’oblitèrent, et le
liquide séreux, étant constamment versé et jamais puisé, se
collectionne dans la cavité pleurale ; de même, lorsque le se­
cond est pris d’inflammation, les sources de l’exhalation doi­
vent se tarir, le feuillet viscéral s’enflamme à son tour et donne
lieu, comme dans le cas précédent ,à l'exsudation séro-albumineuse. Mais je ne pense pas que l’opinion de M. Sappey ait été
acceptée avec une confiance aveugle par les physiologistes. La
différence que ce savant anatomiste a signalée entre les lym­
phatiques absorbants et exhalants n’a pas, que je sache, la
moindre preuve en sa faveur. La propriété essentielle du sys­
tème lymphatique réside exclusivement dans l’état 'normal et,
par tous les points de l'organisme, dans l'absorption des ma­
tières qui doivent être déversées dans le sang. Ce n’est que
dans l’état pathologique que cette fonction peut être troublée
il des degrés très-variables, et qu’elle peut concourir jusqu'à
un Certain point à la formation d’éléments nouveaux. Dans la
pleurésie, par exemple, lorsque l’inflammation est superfi­
cielle et qu’elle n’atteint pas encore le tissu conjonctif, le
réseau lymphatique peut, aussi bien que le réseau capil­
laire , à l’exhalation pleurale, et peut-être môme dans
certains cas, la constituer par lui seul. La prolifération épithé­
liale doit suffire pour favoriser cette exhalation lymphatique,
au même titre qu'elle donne lieu à un degré plus avancé à
l’exhalation vasculaire. C’est ainsi que se produiraient suivant
moi ces épanchements simples, clairs et limpides, tantôt peu
abondants, d’autres fois très-considérables. J’irai même plus
loin en disant que lorsque l’inflammation est plus profonde
et plus étendue, la purulence de l’épanchement n’exclut nulle-1

ment en principe cette participation du système lymphatique
à l’inflammation ; seulement, cette pyogénie résultant de la
prolifération du tissu conjonctif sous épithélial, modifie trèsrapidement l’épanchement et donne lieu alors à la formation
de l’empyéme. En d'autres termes, la phlegmasie peut rester
limitée k la couche épithéliale de la séreuse, tandis que, sui­
vant l’étendue du processus pathologique, elle peut s’étendre
derme séreux et donner lieu alors au développement d’une
au pleurésie suppurative.
Il y aurait donc, suivant m o i, deux sortes de pleurites
différentes par l’étendue de l’inflammation: l’une, que j’ap­
pellerai lymphatique ou épithéliale, caractérisée par une
exhalation séro-albumineuse ; l’autre, que j ’appellerai con­
jonctivale ou phlegmoncuse, caractérisée par un épanchement
séro-albumineux au début, devenant ensuite fibrineux et
purulent.
Une circonstance assez rare, mais que je considère comme
très-importante, donne à ma manière de voir sur le rôle des
lymphatiques un appui considérable : c’est l’existence dans
le liquide épanché d’une substance particulière qui a la pro­
priété de se prendre en masse gélatiniforme lorsqu'après la
thoracentèse elle est mise au contact de l’air extérieur. Six
fois au moins sur quarante deux ponctions (1) j’ai observé la
particularité que je signale ; et, chose importante à noter,
c’est que chaque fois le fait en question s’est produit lorsque
je pratiquai la ponction à une époque peu éloignée du début
de la maladie, dès que les symptômes fébriles étaient tom­
bés. J’ajouterai que cette coagulation s’est de nouveau for­
mée lorsque le premier coagulum avait été séparé du liquide
au milieu duquel il était tenu en suspension. A la suite
d’une thoracentèse que je pratiquai, il y a quelque mois, as­
sisté de mes distingués confrères MM. Fabre et Emile Nicolas,
je fus frappé par la rapidité de la coagulation de cette subs­
tance à laquelle Virchow a donné le nom de fibrinogène.

710

(1) Traité d'Anatomie descriptive, 1 .1, p. 615,

711

(1) Depuis mou précédent article j’ai pratiqué deux nouvelles thoracentèses, ce qui porte à 42 le total de mes opérations.

�VILLARD.

THORACENTÈSE.

La lymphe normale, dit le savant professeur -de Berlin,
contient, une substance qui se transforme très-aisément en fi­
brine ; qui, coagulée, se distingue à peine de la fibrine, mais qui
ne peut être considérée comme de la fibrine complètement formel.!
tant quelle se trouve contenue dans les vaisseaux lymphatiques.
Bien avant d’avoir vu celle substance dans la lymphe, je Bavais
trouvée dans diverses exsudations et surtout dans les épanche­
ments pleurétiques..... Il serait logique de supposer que l’ac­
tion de l’air atmosphérique transforme en fibrine une subs­
tance très-rapprochée de la fibrine ordinaire, mais qui nen est
pourtant pas. Je proposai de séparer cette substance sous le
nom de fibrinogène ; et plus tard, quand je vis que cette même
substance se trouvait aussi dans la lymphe, j'en vins à conclure
que la lymphe ne contenait pas de fibrine complètement formée.
Ce passage, reproduit textuellement, jette à mon avis une
vive lumière sur le rôle des lymphatiques dans les exhalations
pleurales dont je parle; et, si on ne rencontre pas toujours
cette matière fibrinogène, cela ne peut exclure dans aucun cas
la participation du système lymphatique aux actes inflam­
matoires. Je irai pas, du reste, à rechercher ici les causes par
ticulières qui influent sur la production de cette substance. II
m’a suffi d’en tirer les conséquences propres à éclairer mon
sujet, et de déterminer surtout la part active qui doit revenir
aux vaisseaux lymphatiques dans la formation des collections
pleurales.
Quant aux épanchements sanguinolents ou sanglants sponslanès, il est extrêmement rare de les rencontrer dans les
pleurésies simples. Je n’en ai observé qu’un seul cas, et encore
dois-je me hâter d’ajouter que le malade était atteint d’un can­
cer du poumon et de la plèvre. M. Trousseau insiste avec raison
sur l’importance diagnostique de cette coloration rouge du
liquide, qu’il considère comme un signe presque certain de
l’existence d’une tumeur cancéreuse. Néanmoins, en dehors
de tout état diathésique, l’on a pu observer des collections
séro-sanguines dans la plèvre. J’ai dit, en effet, en parlant des
exsudats pleurétiques, comment dans certains cas les vais­
seaux capillaires de nouvelle formation pouvaient donner

lieu à un mélange de sang avec le liquide épanché; c’est par
la déchirure des parois vasculaires que ces pertes* de sang
colorent plus ou moins l’exhalation pleurale. Mais remarquons
tout de suite que ce phénomène pathologique est tout-à-fait
spécial à lapleurite chronique alors que des néo-membranes,
plus ou moins vascularisées, tapissent les feuilles de la séreuse.
M. Cornil, dans ses annotations à la pathologie interne de
Niemeyer, mentionne comme cause de ces hémorrhagies,
la préexistence de néo-membranes vascularisées, absolument
comme dans les hémorrhagies méningées. Plusieurs fois ce
savant micrographe a rencontré à la surface pariétale ou vis­
cérale de la plèvre de larges membranes rouges imbibées de
sang, minces, qu’on aurait pu prendre au premier abord pour
des ecchymoses et qui se détachaient très facilement. Dans ces
cas, le liquide épanché dans la plèvre était rouge et riche en
globules. L’examen microscopique des membranes y montrait
un très beau lacis de capillaires à parois minces au milieu
d’un tissu conjonctif imbibé de matière colorante du sang.
Parfois ces néo-membranes présentent plusieurs couches su­
perposées, et l’on peut voir se développer en grand nombre
dans leurs tissus, soit des granulations tuberculeuses, soit des
granulations cancéreuses. (Niemeyer, 1.1, p. 260.)

713

Je ne dirai que peu de mots du mode de résorption des
épanchements pleurétiques. Les deux formes depleurites que
nous venons d’admettre ne doivent pas se terminer de la
même manière. Disons tout d’abord qu’il n’est pas de médecin
qui n’ait été frappé de la lenteur excessive de la guérison de
certains épanchements séreux qui occupent la totalité ou la
plus grande partie de la plèvre. Tout en tenant compte de la
constitution des individus, il est incontestable que ces exha­
lations résistent souvent aux médications les plus variées, et
qu’elles restent un temps infini sans présenter la moindre
diminution. Développées parfois d’une manière latente, sans
donner lieu aux plus légers symptômes réactionnels, elles
peuvent, par leur abondance d’abord et leur chronicité en­
suite, entraîner les plus graves dangers.
46

�71 i

V1LLA.HU.

THORA.CENTÈSE.

Quelles sont donc les raisons qui s'opposent à la résorption
de ces épanchements ? Nous nous trouvons encore ici en pré­
sence des deux théories que nous avons examinées plus haut :
suivant la théorie du blastème, le liquide ne peut disparaitre
que par la cessation plus ou moins rapide de la paralysie
vaso-motrice et par conséquent par le retour de la contrac­
tilité vasculaire. Si l’épanchement est purulent, les dépôts
albumino-übrineux se liquéfient ; la seule voie ouverte à
l'absorption réside alors dans la formation des nouveaux vais­
seaux développés dans l’épaisseur des fausses membranes,
lesquels vaisseaux, d’après M. Lebert, se formeraient par une
force centrifuge qui, d'une p a rt. rend dilatables les capillaires
existants à l’état normal, mais trop fins pour laisser passer des
globules sanguins, et qui, de l’autre, produit des arcs capillaires
par la seule impulsion du sang contre les vaisseaux existants.
Quoiqu'il en soit de cette explication, la partie liquide
de l'épanchement purulent commence à se résorber; les
globules purulents s’altèrent et se liquéfient et enfin ils dis­
paraissent. Que reste-t-il alors dans l’intérieur d’une plèvre
qui a été le siège de pareilles altérations? Des fausses mem­
branes et des brides qui revêtent des formes et des aspects
différents, qui peuvent devenir fibreuses et même cartilagi­
neuses.
Les choses se passent bien différemment d’après la théorie
que nous avons adoptée. Ici, nous l’avons dit plusieurs fois,
k dilatation paralytique perd son rôle actif, le défaut de
contractilité vasculaire résulte de l’altération progressive et
envahissante des tissus voisins, et non plus de la paralysie
elle-même. Les éléments pathologiques constituant l’exsudât
devienneut le point de départ d’altérations spéciales qui faci­
litent leur résorption. Si la pleurésie est superficielle, c’est-àdire qu’elle soit, comme nous l’avons établi, seulement lym­
phatique ou épithéliale ; si, de plus, l’épanchement n’est pas
très abondant, il peut se faire que les lymphatiques restés
sains ainsi que les capillaires voisins suffisent à la dispari­
tion du liquide épanché ; mais, si l’inflammation occupe la
plus grande partie de la séreuse et que, d'autre part, l’exha-

laliou soit abondante, l’absorption se trouve entravée d’un
côté par l’oblitération probable des lymphatiques, et de l'autre
par la compression que l'épanchement lui-même exerce sur
tous les vaisseaux capillaires ou lymphatiques. C’est alors
que la thoraeentèse se présente avec toutes ses indications ;
car les inconvénients que je signale disparaissent dès que le
liquide a été évacué. Les lymphatiques, primitivement altérés,
peuvent bien encore rester passifs dans ces résultats de la
ponction thoracique ; mais les vaisseaux capillaires environ­
nants ne tardent pas à .reprendre leur contractilité à mesure
que l’élasticité du poumon reparaît et que la circulation
se rétablit. Quant aux cellules épithéliales qui ont évolué
sans le concours direct des vaisseaux, formées seulement
d'un protoplasma mou, et nageant dans le liquide, elles
viennent s’appliquer à la surface de la séreuse à mesure que
ce dernier se résorbe. Là, elles perdent peu à peu leur proto­
plasma, s’aplatissent et reprennent leur type primitif. D’au­
tres subissent la dégénérescence graisseuse et sont résorbées
comme tous les produits de cette nature. (Chalvet.)
Lorsque l’inflammation a atteint le tissu conjonctif et que
du pus existe dans la plèvre, la résorption ne se fait qu’à la
condition que les dépôts fibrineux, les cellules et le pus subis­
sent la métamorphose graisseuse ; devenus liquides, tous
ces produits se liquéfient et se résorbent, grâce aux nombreux
vaisseaux de nouvelle formation qui se sont développés dans
les néo-membranes. Le liquide une fois résorbé, les surfaces
pleurales restent recouvertes de ces précipités fibrineux plus ou
moins organisés ; ces précipités deviennent progressivement le
siège de la métamorphose graisseuse, se liquéfient à leur tour
et finissent par être résorbés. C’est à ce moment que se pro­
duisent les adhérences entre les deux feuillets, devenus géné­
ralement fort épais, de la séreuse. Au milieu de ces adhé­
rences persistent encore, pendant un certain temps, des dépôts
jaunes caséeux qui sont les résidus des masses fibrineuses
non encore résorbées et plus ou moins riches en globules de
pus. (Niemeyer.)
il est très rare que la disparition de ces épanchements se

�716

SIRl'S-PIKONDI.

FRACTURES.

fasse d'une manière rapide ; la chronicité en est le caractère
fondamental; aussi, entrainenl-ils presque toujours des
conséquences très graves; et s’il arrive parfois que le malade
soit assez heureux pour guérir par les seuls efforts de la
nature, aidée avec plus ou moins de succès par les moyens
médicaux, il arrive plus souvent encore qu’il achète sa gué­
rison au prix des plus graves désordres, dont les uns résultent
de l’évacuation de l’empyème par les bronches et dont les
autres sont amenés par l'évacuation du liquide à travers les
espèces intercostaux.
Je viens d’esquisser à grands traits le mode de formation et
de résorption des épanchements pleurétiques. Dans les articles
suivants, nous aurons plus d'une fois l’occasion de revenir
sur les considérations qui précèdent.
( A Continuer. )

Aujourd’hui la chirurgie conservatrice peut revendiquer de
nombreux succès, précisément à l’occasion des fractures de ce
genre. Parmi les neuf observations recueillies à l’Hôtel-Dieu,
nous comptons un décès sans amputation, un décès après am­
putation et sept guérisons sans trop de difformité, et laissant
au membre pelvien l’intégrité à peu près complète de ses
fonctions.
Parmi les guérisons obtenues, il nous semble utile de rela­
ter plus particulièrement deux faits qui auront une grande
valeur pour ceux qui tiennent essentiellement à faire de la
chirurgie conservatrice.

TROISIÈME SÉRIE

FRACTURES.

( S u ite.)

X
Fractures du pied. (Tibio-tarsienne). — On sait que celle
lésion est d’autant plus grave qu elle empiète davantage sur
l’arliculation. Les accidents qui en sont la conséquence peu­
vent être suivis de suppuration dans l’article, et il fut un
temps où ces sortes de fractures étaient considérées comme
devant conduire fatalement à l'amputation.

717

Observation. — Un charretier, conduisant une charrette
chargée de plomb, a la malheureuse idée de s’approcher du
tiroir qui se trouve habituellement placé sous le brancard du
côté gauche: le pied est pris sous la roue et il en résulte
mie fracture comminutive ouvrant en plein l ’articulation
tibio-tarsien ne avec écrasement du scaphoïde, fracture de
l’astragale et fracture des deux malléoles. Ce blessé nous fut
envoyé à l'iïùtel-Dieu, quelques heures après l’accident, et
l’honorable confrère qui nous l'adressait, nous donnait dans
sa lettre le conseil bien motivé de pratiquer l’amputation le
plus promptement possible. Le blessé nous supplia au con­
traire d'attendre encore; nous acquiesçâmes à sa prière et
n’eùmes pas lieu de le regretter.
Ayant immobilisé la jambe et le pied dans une gouttière
en fil de fer et placé le membre dans une certaine déclivité,
des irrigations à la température ordinaire furent pratiquées
sans discontinuité pendant plusieurs jours de suite; le
malade fut soumis à l’usage du tartre stibié en lavage
d’abord, puis à doses croissantes, alternant son adminis­
tration avec 1 alcoolature d’aconit. La plaie , malgré les irri­
gations , était couverte de plumasseaux de charpie imbibés
d’eau froide et fréquemment renouvelés. Quelques fragments
du scaphoïde , l’extrémité inférieure de la malléole interne
divisée en deux parties, durent être enlevés; ceux de l'astra­
gale se réunirent sur place.

�SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES.

Cependant l'inflammation locale paraissant trop vive, deux
applications do sangsues, douze la première fois, et huit, la
seconde , eurent lieu le huitième et le douzième jour, et cha­
que application fut faite à la partie moyenne latérale externe
du mollet. A dater du 15* jour après l’accident, tout symptôme
inflammatoire ayant cessé, et la plaie péri-articulaire bour­
geonnant d’une manière normale ; voulant d’ailleurs éviter
les douleurs intolérables causées par des mouvements invo­
lontaires imprimés au pied pendant le sommeil et que la
gouttière ne pouvait suffire â empêcher, nous nous décidâmes
à appliquer l'appareil amovo-inamovible. Pour la première
fois nous eûmes 1 idée de confectionner cet appareil avec une
jambe similaire d’un autre malade.
La suppuration étant très abondante, nous dûmes changer
très souvent l’appareil qui fut toujours confectionné de la
même façon, et au bout de 75 jours non seulement la cicatri­
sation était complète, mais môme la marche était possible
l’aide de béquilles. Au bout de deux mois encore, le pied,
légèrement dévié en dedans et un peu déformé vers la région
interne, dans le sens de la flexion, pouvaitpermettre la mar­
che sans aucun secours mécanique. Il a fallu seulement faire
confectionner des souliers à semelles un peu obliques, pour
que toute la plante du pied pût prendre un point d’appui sur
le sol.

de quatre centimètres et demi. Il existe en outre quelques
écorchures insignifiantes autour de la plaie principale, de
fortes traces de contusion â la région interne du pied. La
plaie contourne la malléole externe et permet de toucher un
petit fragment qui tient par quelques légères brides ligamen­
teuses et qu’on enlève facilement. Les bords de cette plaie
sont fortement contusionnés, comme déchiquetés, et les
doigts n’arrivent que trop aisément dans l’articulation.
En présence d’une pareille lésion , la première idée qui se
présentait, était de pratiquer l’amputation sus-malléolaire ,
et j’y fus encouragé par un de mes collègues des hôpitaux que
j’avais invité à examiner le blessé avec moi. Mais le père de
ce jeune homme, présent à la visite, s’opposa formellement à
l’opération et le résultat n’a pas donné tort à cette opposition.
L’articulation tibio-tarsienne étant mollement immobilisée
dans une gouttière qui s’étend jusqu’au genou , on pratique
des irrigations d’eau froide arniquée pendant six jours; des
plumasseaux de charpie et des bandelettes de linge souvent
renouvelées, et constamment imbibées d’eau froide arniquée
et légèrement laudanisée, constituent le seul pansement local
employé pendant les douze premiers jours; intérieurement
une potion avec 15 gouttes teinture d’aconit à renouveler
dans les 24 heures.
Deux jours après l’accident et malgré les irrigations, des
souffrances intolérables et une fièvre ardente motivent une
première application de vingt sangsues à mi-jambe ; conti­
nuation de l’aconit., amendement général.
Deux nouvelles poussées inflammatoires réclament deux
nouvelles saignées locales huit et douze jours après l’accident;
puis tous les symptômes inflammatoires tombent pour ne plus
reparaître.
Une seconde esquille appartenant à la malléole péronière
et deux petits fragments paraissant appartenir à l’astragale
sont bientôt éliminés. A dater de ce moment la guérison
marche régulièrement, et ce jeune homme, en évitant l’ampu­
tation , a conservé la faculté de se servir de son pied sans
trop de claudication.

718

Observation.—Un jeune maçon, âgé de 15 ans, tombe de la
hauteur d’un entresol avec une pierre d’assez forte dimension
que l’on posait sur un mur en construction. La chute porte
sur le siège et aurait pu n’avoir par elle-même aucune suite
fâcheuse. Malheureusement la pierre frappe en plein sur la
région latérale externe du pied, qu’elle écrase pour ainsi dire
en l'aplatissant.
Porté à l’Hôtel Dieu au moment où nous commençons notre
visite, nous constatons chez ce pauvre enfant les lésions sui­
vantes : fracture comminutive des deux malléoles , fracture
du calcanéum et de l’astragale, déplacement en masse de la
deuxième rangée du tarse et plaie pénétrante dans l’étendue

719

�720

SIRUS-PIRONDI.

Le piecl est sans doute un peu déformé; il y a ankylosé
incomplète de l’articulation tibio-tarsienne , mais ;i tout
prendre, on ne peut mettre en parallèle l’usage et l’utilité de
ce membre avec le secours, toujours très incomplet, d’un
appareil de prothèse si parfait qu’on le suppose.
J’ajouterai ici qu'il est parfois des fractures tibio-tarsiennes
sans plaie, mais compliquées de luxation, qui peuvent donner
lieu à des accidents graves et à des résultats bien différents
sans qu’on puisse s'expliquer la différence de ces résultats
autrement que par l’indocilité des malades. A l’appui de celle
remarque citons les deux faits suivants.
Observation.—Une femme âgée de 5G ans, très grosse, et par
cela même peu leste, se trouvait hissée sur une chaise assez
élevée lorsqu’elle tombe et s’embarrasse la jambe gauche dans
les barreaux de cette chaise d’une façon si malheureuse qu’il
en résulte une fracture de la malléole tibiale gauche, une
fracture du péroné, immédiatement au dessus de la malléole
externe et une luxation du pied en dehors avec déplacement
complet de l’astragale. Je parvins non-sans peine , aidé par
deux de mes honorables confrères, MM. Garcin et Bourgarel, à réduire la luxation, une heure après l’accident, et
à replacer les parties fracturées dans leur position normale.
Je maintins ensuite le membre dans une gouttière ordinaire,
après un pansement fait avec des bandelettes de linge trempées
dans de l’eau arniquée.
Pendant quelques jours tout marcha bien; mais il fallut
bientôt sacrifier le repos du membre à l’inquiétude de la ma­
lade, exigeant tantôt un déplacement délit, tantôt un chan­
gement de linge, tantôt un relâchement de l’appareil. Chaque
nouveau mouvement était suivi de poussées inflammatoires
accompagnées de phlyctènes et de douleurs extrêmement vi­
ves; pendant un mois il fallut lutter contre les accidents in­
flammatoires les plus redoutables. La guérison a fini par
être obtenue, mais la difficulté de laisser quelque temps en
place une contention suffisante a permis à la luxation de se

FRACTURES.

721

reproduire en partie , et il est resté une déviation du pied qui
a rendu la marche difficile, malgré la confection de souliers à
semelles appropriées.
Observation. — Le fait suivant peut servir de contre-poids
au précédent.
Un jeune homme de 27 ans a la malheureuse idée, en allant
se promener en voiture, de livrer les rênes à des mains qui
jadis tenaient l’aiguille broder ou un crayon à dessiner, et
qui aujourd’hui manient plus volontiers la bride d’un che­
v a l, si ce n’est le tabac d’une cigarette. Le résultat de celte
interversion des rôles a été un renversement complet de la
voiture, d’où est résultée une contusion des côtes de la jeune
femme et une fracture de la jambe droite du jeune homme.
Les contusions ont été peu de chose: mais le jeune homme
a présenté une fracture tibio-tarsienne avec déplacement de la
malléole tibiale tout à fait en avant et en haut où l’on sentait
très distinctement deux fragments ; il y avait de plus une
fracture du péroné à huit centimètres au dessus de la malléole
externe. Le pied avait en outre éprouvé une luxation en de­
dans. J’ai pu réduire cette luxation sur le lieu même de
l’accident, tout en ramenant les fragments delà malléole
tibiale aussi près que possible de leur position normale.
Deux heures plus tard, aidé par mon collègue M. le profes­
seur Magail, et par M. le Dr Lebas, un appareil en carton
et non amidonné a pu être placé, le tout étant contenu par
une gouttière en fil de fer. Des lotions continues d’eau
froide arniquée et une immobilisation complète, maintenue
avec une exactitude et une persévérance rares, ont calmé dès
les premiers jours les craintes trop fondées que nous avions sur
la formation d’un abcès péri-articulaire. L’appareil amovoinamovible a pu être appliqué un peu plus tard ; et à pari
une petite escharre (qui n’a pas eu de suites) du côté du talon,
au bout de 6Gjours, ce jeune homme a pu marcher sans canne,
ne conservant d’autre souvenir d’un accident si sérieux qu’un
peu de gêne dans les mouvements d’adduction et d’abduction
du pied, l’extension el la flexion restant d’ailleurs parfaite­
ment libres.

�722

SIRUS-PÏRONDI.

Les fractures tibio-tarsiennes que nous venons (le citer
pourraient être comprises parmi celles dont, nous allons par­
ler ; car s’il est vrai que les fractures des os du tarse existent
sans lésion du tibia et du péroné, il l’est tout autant que les
fractures de l'extrémité inférieure de la jambe puissent avoir
lieu sans empiéter plus ou moins sur l'articulation, et léser
d’une façon quelconque les premiers os du tarse.
J'avouerai même à cet égard que la fracture à laquelle on
a donné le nom de spiroïdc, me parait aussi mal définie que
possible, et peut induire en erreur des chirurgiens peu habi­
tués à ces sortes de traumatismes.
Le mot spire en effet, suppose une fracture contournée et
formant une espèce de tire-bouchon. Or, quelque déviée que
soit de la ligne droite, La direction d’une brisure d’os long, elle
n’offre pas ce contournement spécial qui pourrait lui mériter
le nom de spiroïde.
Ce qu’il il y a de certain, c’est, que les fractures de l’extré­
mité inférieure de la jambe peuvent être divisées en deux
catégories selon qu’elles pénètrent ou ne pénètrent pas dans
l'articulation; et assurément cette différence aggrave de beau­
coup la situation. Toutefois cette aggravation réelle, incon­
testable, ne peut pas, dans l’état actuel de la science, permettre
de formuler à priori la conduite qu’il s’agit de tenir en
pareille circonstance. Que s’il me fallait conclure d’après
les faits que j'ai observés et dont je viens de rappeler les
principaux, je dirais volontiers que non seulement, les frac­
tures improprement appelées spiroïdes ne fournissent pas
une indication précise d’amputation immédiate, mais qu’il
faut au contraire, à de très rares exceptions près, tenter tou­
jours la conservation du membre. Et. c’est précisément dans ce
but que j'ai voulu réunir quelques cas de ce genre sous la dé­
nomination peut être peu exacte de fractures tibio-tarsiennes.
Toujoui-s est-il que malgré une lésion articulaire grave, la
guérison a été obtenue, de même qu'on l’a obtenue dans le
fait de cette lésion si grave du coude citée parmi les fractures
du bras. Maintenant et comme corollaire de la pratique
de temporisation , il faudrait traiter la question de savoir

FRACTURES.

723

si l’amputation médiate offre moins de dangers que l’im­
médiate.
Mais c’est là un ordre d’idées que nous aborderons dans
une autre série d’observations.
XI
Fractures de la jambe. — M ’inverse de ce que nous avons
dit, à propos des fractures du bras, il s’en faut, que celles de
la jambe soient d’autant plus bénignes qu’elles se rapprochent
davantage delà partie moyenne, c’est-à-dire de la masse
musculaire qui forme ce que l’on appelle vulgairement le gras
de la jambe. C’est presque l’opinion contraire qu’il serait per­
mis de soutenir, si je m’en rapporte uniquement aux faits
que j ’ai recueillis. Du reste, la gravité de ces lésions dépend
d’abord de la multiplicité des fragments, de leur position
respective et surtout de l'issue d’un ou de plusieurs de ces
fragments à traversla peau ; évidemment ces diverses causes
etplus particulièrement l’issue des os, ont une influence
considérable sur la réduction de la fracture et, partant, sur
la formation facile et. normale du cal osseux. Une réduction
difficile et. incomplète peut laisser entre les fragments des
fibres musculaires, voire même des cordons nerveux, pou­
vant donner lieu plus tard à des conséquences très graves ; et
certes, quels que soient les brillants résultats obtenus par
M. Ollier, (le Lyon , lorsqu’il a pu remédier à l’incarcération
inter-osseuse du nerf médian, on n’a pas toujours la possi­
bilité de pouvoir établir un diagnostic aussi perspicace que
l’a été celui de notre savant collègue, ni la chance d’y remé­
dier d’une manière aussi complète.
Mais il est un autre accident bien plus commun encore, ré­
sultant de la difficulté de réduire les fractures avec issue des
os, alors même que l’on facilite la manœuvre par la résection
des bouts osseux, comme nous l’avons fait dans la fracture de
l’humérus citée plus haut.
Le tiraillement occasionné par les fragments osseux, la dé­
chirure et màchure produites par les aspérités osseuses, peu­

�724

SIRUS-PIRONDI.

vent amener la mortification des tissus; et alors des érysipèles
et phlegmons gangreneux ne tardent pas à se manifester avec
tous les autres prodromes d’une funeste terminaison.
Observation. — Une femme âgée de 52 ou 53 ans, physique­
ment bien constituée, mais atteinte d'idiotisme avec hémiplégie
incomplète, tombe de la hauteur d’un canapé et d’une ma­
nière si malheureuse, qu’elle se fracture comminutivement
la jambe au dessus du tiers inférieur, avec issue des fragments
tibial et péronéen supérieure à travers les parties molles.
Mes honorables confrères, MM. Mittre et Méli, ayant bien voulu
m’appeler auprès de cette blessée pour joindre mon avis à
celui qu’ils avaient donné à la famille, nous pûmes assez faci­
lement faire rentrer les fragments et les replacer dans leur
position respective et normale; mais étant impossible de faire
comprendre à cette pauvre femme la nécessité d’un repos
complet, des mouvements intempestifs et désordonnés dépla­
cèrent encore les fragments qui furent de nouveau réduits
sans difficulté, mais non sans occasionner un sphacèle du
membre promptement suivi de mort.
Heureusement on n’a pas toujours à faire à des intelligences
obtuses et toutes les fractures comminutives avec issue des os
à travers les parties molles ne sont pas fatalement suivies
d'insuccès. En voici des exemples.
Observation. — Un matelot espagnol, Agé de IG ans 1/2,
d’une force musculaire au dessus de son âge, tombe du haut
d’un mât et, dans cette chute, tout le poids du corps porte sur
la jambe droite qui heurte le bord d’une caisse d'une manière
si violente que la fracture des deux os de la jambe droite, au
tiers inférieur, fut immédiatement suivie de l’issue d’une
pointe du tibia de la longueur de trois centimètres. Ce blessé
fut apporté dans nos salles à cinq heures du m atin, et je le
visitai à huit.
A part la fracture de la jambe, qui est très grave, et sur
laquelle nous allons revenir, nous constatons encore une
plaie du cuir chevelu, contournant l’oreille, ave^ décollement

FRACTURES.

72o

considérable, à laquelle l’interne de garde a déjà appliqué,
avant notre arrivée, quelques points de suture. D'autres contu­
sions assez fortes existent sur diverses parties du corps, parti­
culièrement au devant de la jambe gauche.
Du coté droit les os se sont fracturés presque au même point,
à un centimètre près; le pied est fortement porté en dedans ;
le fragment tibial supérieur déborde la plaie de plusieurs
centimètres; plus en dehors et eu bas. c’est le fragment infé­
rieur du péroné qui dépasse la plaie de la longueur de 8 à 10
millimètres.
Après avoir enlevé plusieurs esquilles perdues au milieu
des parties molles déchirées, nous procédons à la réduction de
la fracture, qui n’est possible qu’à la condition d’inciser plu­
sieurs brides fibro-musculaires interposées entre les frag­
ments; le membre est immobilisé ensuite dans une gouttière
en fil de fer, et des compresses d’eau froide arniquée, sans
cesse renouvelées, sont soigneusement maintenues sur la face
antérieure du membre lésé; on prescrit en outre une potion
avec tartre stibié à la dose de 0,05 sur 160 grammes de véhi­
cule , dont l'administration sera alternée avec la teinture
d’aconit à la dose de 15 à 20 gouttes dans les 24 heures.
Avant d’aller plus loin nous devons faire remarquer ici qu'en
thèse générale nous avons trouvé plus d'avantages à mainte­
nir et à renouveler des compresses d’eau froide sur les parties
fracturées, que de soumettre ces lésions aux irrigations con­
tinues.
A part, en effet, la difficulté d’éviter avec les irrigations le
mouillage de toute la literie (ce qui n'est pas sans inconvé­
nients dans la saison froide et très désavantageux aussi, au
point de vue économique, dans un service nosocomial) il est
positif, pour nous du moins, que ce choc continu d’un filet
d’eau, quelque mince qu’il soit, finit par surexciter certains
organismes, et peut donner lieu à tout autre résultat qu’à
celui qu’on espère atteindre.
Cependant, dans la nuit, un peu de délire se manifeste chez
notre jeune blessé, et ce symptôme , toujours grave, se pro­
longe pendant deux jours et ne cède que le troisième pour

�72lî

SIR US-PI ROND I .

FRACTURES.

être remplacé par des frissons prolongés, qui purent fort heu­
reusement être attribués à la présence d'un vaste abcès, au
devant du tibia de la jambe gauche; on suspend l’usage du
tartre stibié, on donne quelques cuillerées de vin de kina, et
l’on continue la potion avec la teinture d'aconit.
Les choses paraissent suivre leur cours régulier pendant
deux ou trois jours encore, puis une rougeur érysipélateuse
apparaît autour de la fracture, accompagnée de l’empâtement
particulier au phlegmon diffus. Nous appliquons la cau­
térisation ponctuée pendant trois jours de suite ; l’érysipèle
cède enfin, et tout rentre dans l'ordre des fractures ordinaires
sans complication. Nous faisons alors confectionner un appa­
reil amidonné sur une jambe similaire, nous y plaçons la
jambe de notre fracturé, et maintenons le tout dans la gout­
tière en fil de fer.
La consolidation a marché avec rapidité, et rien n’entrave
plus la guérison, qui s’effectue ne laissant d’autre suite de
l’accident qu'une arête osseuse proéminant sous la peau, et
n’apportant du reste aucune gêne dans la marche, grâce à
l’application du bourrelet ou bracelet dont nous allons parler
tout à l’heure.
Au surplus, constatons en passant que ces arêtes tibiales
diminuent peu à peu par le même mécanisme que celui que
nous avons indiqué à l’occasion des fractures de la clavicule ;
le tout est, par conséquent, de protéger convenablement la
peau pendant les premiers mois qui suivent la consolidation
de la fracture.
Dans l'observation qui précède, l’appareil amovo-inamovible n'a pas été appliqué immédiatement, mais il s’en faut que
telle soit habituellement la meilleure pratique à suivre, et
c’est précisément à l’occasion des traumatismes les plus gra­
ves delà jambe que la méthode Seutin a fourni ses plus'bril­
lants résultats. C’est en effet par l’application immédiate de
l’appareil, comme nous l’avons dit, qu’on peut se promettre
de diminuer au moins, si on ne peut conjurer complètement,
les accidents inflammatoires les plus redoutables.
Les deux observations suivantes en fournissent une preuve

incontestable. Elles ont ôté recueillies à l’Hôtel-Dieu par un
de nos chers élèves, M. le docteur Ànt. Aubin, et publiées
dans sa thèse inaugurale.

727

Observation. — Un homme de 4ü ans, d’un tempérament
nervoso-sanguin, très-irritable, s’emportant par suite d une
dispute au jeu, a la singulière idée, non pas de jeter son ad­
versaire par la fenêtre, mais de se précipiter lui-même d’un
premier étage dans la rue ; et dans cette chute il se fractura
la jambe droite à la partie moyenne.
Transporté au milieu delà nuit à l’IIôtel-Dieu, l’interne de
garde constata une fracture comminulive avec issue du
fragment tibial supérieur ; mobilité extrême et déformation
de la partie inférieure de la jambe, qui forme un angle droit
avec la partie sous-rotulienne. Le pied est fortement dévié en
dedans et en bas, et comme contourné autour de l’axe de l’ar­
ticulation tibio-tarsienne. On place le membre fracturé dans
une position convenable, et on l’arrose avec de l’eau froide
en attendant l’arrivée du chef de service.
Après voir reconnu les lésions sus-mentionnées, je débride
largement la plaie pour pouvoir réduire la fracture, l ’appa­
reil amidonné est immédiatement appliqué avec toutes les
précautions ordinaires, et le blessé, qui avait cruellement souf­
fert depuis le moment de son accident, se sent instantané­
ment soulagé.
Pendant deux jours l’état général est satisfaisant ; mais au
troisième, le malade se plaint de douleurs assez fortes ; le gon­
flement a gagné du coté de l’articulation tibio-tarsienne, et
l’on voit autour de la plaie une teinte bleuâtre de mauvais
augure. Toute la région est de suite soumise à la cautérisa­
tion ponctuée, d’après les règles formulées par M. Sédillot,
et cette manœuvre est renouvelée pendant deux fois, à deux
jours d’intervalle ; dès lors une notable amélioration se pro­
duit, la plaie devient le siège d’une abondante suppuration,
et malgré la perte d’une partie de la crête tibiale (8 centimè­
tres environ), la consolidation s’opère en moins de deux mois,
et après s’être aidé d’abord par des béquilles, le blessé peut

�728

SIRUS-PIRONDI

FRACTURES.

729

bientôt s'en passer, marche facilement sans claudication, et.
ne conserve qu’un peu de raideur dans les mouvements du
pied.

raccourcissement du membre, et conservant seulement une
forte déviation du pied en dehors, qui ne portait, du reste,
nul obstacle à la solidité delà marche.

Observation. — Un jeune journalier (15 ans) employé aux
travaux de la Joliette, tombe de la hauteur d'un second étage,
et se fracture la jambe comminutivement avec issue des os au
tiers inférieur. A part la fracture du tibia et du péroné, qui est,
pour ainsi dire, broyé , on constate encore la fracture de la
malléole interne complètement détachée de la diaphyse ti­
biale ; luxation du pied en dehors ; à la face externe de la
jambe une plaie communiquant avec le foyer de la fracture;
à la face interne, une plaie plus large encore, pénétrant elle
aussi jusqu’aux fragments osseux.
Après avoir opéré la double réduction de la fracture et de la
luxation, nous étant assuré d’ailleurs qu’il n’y a aucune es­
quille qui puisse être enlevée même du côté du péroné, nous
appliquons immédiatement l'appareil amovo-inamovible, qui
est incisé 24 heures après.
Les plaies sont pansées tous les jours avec des plumasseaux
de charpie imbibés d’eau froide, et la suppuration abondante
qui s’était d’abord établie, diminue graduellement ainsi que
l'inflammation et le gonflement de toute la région lésée.
Cependant, au 17* jour de l’accident, une poussée inflam­
matoire accompagnée de douleurs très-vives, avec rougeur
foncée très-suspecte , nous engage à pratiquer une large
cautérisation ponctuée. La consolidation de la fracture
marche, dès ce moment, d’une manière régulière, les plaies
bourgeonnent et leur cicatrisation est à peu près achevée
(42* joui-), lorsque le malade, qui se levait pendant quelques
heures dans la journée, fait une nouvelle chute sur la jambe
malade. Heureusement le cal résiste, et il n’y a eu d’autre
suites que la réouverture des plaies suivie d’un décollement
assez limité et qui a promptement cédé à la compression mé­
thodique que nous avons l ’habitude d’employer en pareil cas.
En résumé, ce jeune homme, qui était entré à l’Hôtel-Dieu
le 24 mars, en est sorti le 3 juillet, parfaitement guéri, sans

Cependant, malgré toutes les précautions possibles, on évite
difficilement que la consolidation de la fracture ne laisse après
elle, ainsi que nous l’avons déjà dit, une irrégularité plus ou
moins saillante, consistant en une élévation de l’extrémité du
fragment supérieur qui fait saillie sous la peau; nous en avons
vu un exemple dans l’observation précédente. Ce petit promon­
toire osseux n’a évidemment aucune influence fâcheuse sur
la solidité du membre ; mais pour les hommes soumis à de
pénibles travaux, il y a à craindre que {'usure et partant l’ulcéralion de la peau ne se produise avant que le glissement de la
peau elle-même ne parvienne à user la pointe de l’os ; d’où le
début d’accidents plus ou moins sérieux, avec incapacité de
travail.
C’est pour remédier à cet état de choses que depuis long­
temps nous faisons construire, par le mécanicien orthopédiste
de l’Hôtel-Dieu (1), des bracelets protecteurs, dont la partie
correspondante à la pointe osseuse forme une espèce de dé qui
emboîte cette pointe, et qui se termine de façon à déterminer
un remblai transformant l’escalier osseux (qu’on me passe cette
expression) en une surface lisse, unie. Grâce à ce système méca­
nique fort simple et peu coûteux, la peau se trouve suffisam­
ment protégée contre tout frottement extérieur et la pointe
osseuse finit par s’émousser avec le temps, comme nous
l’avons déjà indiqué.
Il est presque inutile d’ajouter que la forme, le volume et
l ’épaisseur de ces petits bracelets, construits en peau de daim
très souple, varient d’après le volume de la jambe et l’impor­
tance de la saillie osseuse.
Il nous semble encore utile de signaler ici que, d’après nos
observations, la fracture isolée du tibia ou du péroné est rare,
(1) M. Silvy, homme aussi intelligent qu’habile.

47

�'730

S1RUS-PIRONDI.

FRACTURES.

sauf qu’il y ait eu coup ou violence directe. La fracture nette
et transversale du tibia est plus rare encore ; il y a d’ordinaire
une pointe qui le plus fréquemment appartient au fragment
supérieur et qui, par rang de fréquence, est prise sur le bord
antérieur, sur la face interne, ou sur la face externe du tibia;
fait dû sans doute à ce que ce sont les points les plus exposés
de l’os aux violences extérieures, et les moins pourvues de
protection musculaire.
Le déplacement des fragments s’observe surtout d’arrière
en avant pour le supérieur, et d’avant en arrière pour l’infé­
rieur, particulièrement quand la fracture est consécutive ;\
une chute ; et cela se comprend facilement.
Toutes choses égales d’ailleurs, j’ai trouvé les fragments
d’autant plus difficiles à maintenir en place que la brisure des
deux os se trouve plus rapprochée du môme plan ; dans quel­
ques cas, il semble impossible de pouvoir maintenir la pointe
supérieure du tibia en contact assez exact avec le fragment
inférieur pour pouvoir faciliter la prompte formation du cal,
et des chirurgiens très distingués n’ont pas craint de proposer,
comme pour les fragments rotuliens dont nous allons parler,
l’application de moyens mécaniques , ayant une action vulnérante directe sur Los lui-même.
J’avoue n’avoir jamais pu me décider à l’application de ces
tuteurs.à pointes ; le tissu osseux et son périoste ont une telle
propension à l ’inflammation suppurative; et cette propension
augmente si démesurément, lorsqu’il y a déjà, comme dans
les fractures, tant de causes inflammatoires disséminées au­
tour de la lésion osseuse, que nous n’avons jamais eu le cou­
rage d'augmenter le nombre de ces causqs par une irritation
nouvelle, mécaniquement maintenue sur la région lésée.
Du reste, s’il n’est x)as facile de ramener et de maintenir le
fragment supérieur en arrière, rien n'empêche de porterie
fragment inférieur en avant; le déplacement du pied n’est
jamais bien difficile, et à l ’aide de compresses, de coussinets
ou, pour ainsi-dire, de tous petits plans inclinés, on parvient
à maintenir les fragments dans un rapprochement suffisant
pour obtenir un bon cal.

Je ne puis eniln quitter le chapitre des fractures de lajambe,
sans mentionner encore un fait qui s’est représenté une
deuxième fois à mon observation, à l’occasion d’une fracture
de la cuisse que nous citerons plus loin, et à propos desquels
je ne veux tirer aucune conclusion, laissant à des observa­
tions ultérieures le soin de nous dire s’il s’est agi pendant
deux fois d’une coïncidence fortuite, ou si une opinion aussi
ancienne que générale sur la fâcheuse influence do la diathèse
syphilitique est un peu exagérée.

731

Observation. — Une femme de 25 ans est reçue à l’HôtelDieu avec tous les symptômes les plus positifs de la syphilis
confirmée ; soumise à la médication anti-syphilitique ordi­
naire, elle suivaitee traitement depuis une vingtaine de jours,
lorsque ne pouvant obtenir l ’autorisation de sortir, elle se
précipite du 1"' étage, et en est quitte fort heureusement pour
une fracture de la jambe sans complication aucune. Rappor­
tée immédiatement dans la salle des blessées, un appareil
amidonné fut appliqué sur le champ, et la fracture se trouvait
complètement consolidée au 17“jour de l'accident.
Une semaine après, cette femme, qui n’avait pas disconti­
nué son traitement général, se promenait dans la salle sans
béquilles et sans aide, et ni la diathèse syphilitique, ni le
traitement mercuriel n’ont paru entraver en quoi que ce soit
la rapidité exceptionnelle de la cicatrisation osseuse.

1

.
1

�732

SIRUS-l’IRONDI

concourt à la consolidation do colle fracture, sc transformer
en tissu osseux, et c'est cependant ce que nous avons constaté
deux fois sur un aussi petit nombre de faits.
Parmi ces fractures, ■une a été uniquement produite par
effort musculaire. J’ai déjà publié cette observation dans la
Revue thérapeutique du Midi (1) et je vais la rappeler sommai­
rement.
Observation. — À. AT " , âgé de 32 ans et n’ayant jamais
été antérieurement atteint d’aucune maladie diathésique, se
promenait à pas lents au milieu de la rue, lorsque voulant
monter sur le trottoir, il ne s’appuya d’abord que sur la pointe
du pied gauche et faillit tomber en arrière; un effort ins­
tinctif et instantané ramena aussitôt le corps en avant et
M“ ‘ se trouve debout sur le trottoir; mais au môme instant
il sentit un fort craquement dans le genou gauche et il tomba
assis sur les talons. 11 essaya de se relever, n’y parvint qu’à
moitié, retomba aussitôt et dut être transporté chez lui. Deux
heures après l’accident, nous constatâmes une fracture trans­
versale de la rotule, un peu au dessous de la moitié infé­
rieure et laissant, entre les segments rotuliens, un écartement
de 48 millimètres.
La cause la plus commune de ces fractures est, dit-on, la
chute sur le genou, la jambe étant fléchie sur la cuisse, et
nous tenons les faits comme suffisamment prouvés par de
nombreux exemples. Toutefois, comme les chutes sur legenon
sont fréquentes et que la fracture de la rotule en est rarement
la conséquence, il ne m ’est pas bien prouvé qu’à côté de la
cause directe l’effort musculaire ne joue un rôle habituel au­
quel on n’a peut-être pas accordé assez d’importance ; qu’on
interroge les blessés et probablement confirmeront-ils ce qui
m’a été dit à inoi-même à savoir : qu’au moment de l’accident
ils ont ressenti une douleur très vive et comme une crampe
des plus violentes à la région crurale antérieure. Les sujets
que nous avons observés présentaient en outre une rotule un1
(1) Montpellier, 1852, p .289.

FRACTURES.

733

peu petite et assez mobile sous un tendon épais vigoureuse­
ment soutenu par le triceps; et il nous semble que cette épais­
seur du tendon, si la cause directe était toujours uniquement
enjeu, devrait être un moyen de protection contraire plutôt
que favorable à la fracture.
Je n’ai rencontré qu’une seule fracture en éclat, les autres
étaient transversales mais à segments inégaux, l’inférieur étant
le plus petit, et à direction légèrement oblique de dehors en
dedans ou vice-versâ. L’éloignement des fragments a atteint
une fois et même un peu dépassé la distance de 5 centimètres,
et le fait que j ’ai observé m’autorise à dire que la difficulté
d’une bonne consolidation n’est pas en raison inverse de cette
distance segmentaire.
S’il nous était permis de conclure d’après un aussi petit
nombre de faits, j ’ajouterais, à ce qui précède, que la circons­
tance la plus fâcheuse, au point de vue d'une bonne consoli­
dation, est le défaut de parallélisme dans les deux lignes limi­
tant l’écart des deux segments rotuliens, ou, pour parler avec
plus de justesse, l ’ascension du fragment supérieur. Une fois
encore j’ai vu ce fragment renversé en avant et en haut, de
manière à placer la surface fracturée immédiatement sous la
peau, et cette condition, en apparence fâcheuse, n’a nullement
entravé, une solide guérison.
La direction des fragments nous semble due uniquement
au mode d’implantation de la rotule au milieu de son tendon
protecteur; quelques libres de plus en avant, à droite ou à
gauche, facilitent la disjonction dans un sens plutôt que dans
un autre, il arrive ici quelque chose d’analogue à ce que l’on
observe à l ’occasion du déplacement et de la difficulté de
réduction des fragments de la clavicule.
Gomment peut-on obvier au déplacement des segments rotnliens? L’appareil amovo-inamovible peut-il être appliqué avec
succès? Y a-t-il quelque appareil spécial sur lequel on puisse
mieux compter? A mon avis, l'appareil amidonné n’offre pas,
dans ce cas spécial, de grands avantages, et je n’en connais au­
cun autre, y compris les griffes de Malgaigne et la gouttière
de Bonnet, sur lequel on puisse mieux compter. J’ai moi-

�731

SIRUS-PIRONDT.

FRACTURES.

môme commis un do ces appareils à l’occasion du fait que je
viens de rappeler. Voulant maintenir la jambe dans une exten­
sion complète, pour rapprocher autant que possible le fragment
inférieur du supérieur, et, d’un autre côté, maintenir dans un
état de relâchement le triceps pour ne pas éloigner le fragment
supérieur de l’inférieur, je fis construire à cet effet une plan­
che qui dépassait le membre en longueur et en largeur, et sur
laquelle furent fixées trois fourches ou béquilles à coulisses
correspondant, la plus haute au talon, la seconde à la partie
inférieure du creux poplité, et la plus basse à la partie moyenne
de la cuisse. Des liens très simples retenaient le membre en
place sans exercer la moindre compression, et je donnais aux
béquilles une hauteur propre à maintenir la jambe dans une
extension commode, naturelle, tout en laissant, je le répète,
le muscle crural dans un relâchement complet.
Cet appareil fort simple permettait au blessé de se mainte­
nir parfois assis sur une chaise sans rien changer à la position
du membre, et de continuer autour du genou soit des applica­
tions résolutives , en cas d’infiammation avec épanchement,
soit quelques liens compressifs pour mieux maintenir les
fragments en place.
Au bout de quelque temps, j’enlevais l’appareil tous les
soirs pour le remettre le lendemain matin, et tous les deux
ou trois jours j’imprimais quelques mouvements à l’articula­
tion tibio-fémorale pour éviter l’ankylose.
Au bout de deux mois de ce traitement, la consolidation des
fragmentsrotuliens par un tissu fibreux, ayant 15 millimètres
de largeur, parut assez forte pour permettre de supprimer com­
plètement l’appareil, qui fut remplacé par un bandage roulé.
La marche de M*** fut d’abord pénible; pour peu que la
jambe fléchit sur la cuisse, les fragments rotuliens s’écartaient
encore de 6 â 8 millimètres en sus des 15 déjà signalés, et re­
prenaient ensuite cette môme distance de 15 millimètres dès
que la jambe se replaçait dans l’extension. Le tissu fibreux
inter-rotulien était par conséquent encore très élastique. Huit
mois après l’accident, ce tissu intermédiaire parut enfin com­
plètement ossifié, et M' ' put dès lors descendre les escaliers,

soulever des poids et agir tout comme si pareil accident ne
lui fut jamais arrivé.
Croyant devoir attribuer pareil résultat aux bons effets do
l’appareil que je viens de décrire, je me hâtais de l’appliquer
aux deux cas suivants qui se présentèrent quelques temps
après à mon observation; mais, je dois le dire avec regret,
mon illusion ne fut pas de longue durée.

738

Observation. — Il s’agissait d’une fracture de la rotule en
éclats.
Adulte de 35 ans, de constitution délicate et sujet aux fiè­
vres intermittentes. La rotule est partagée en trois fragments
dont un petit triangulaire à sommet central, à base en de­
dans et un peu en bas au dépens du fragment inférieur et
externe; le fragment supérieur, le plus considérable des trois,
se trouve séparé des deux autres par une ligne oblique de
dedans en dehors et de haut en bas. L’écartement mesure une
distance inégale de 12 a 14 millimètres. En présence de l’af­
frontement exact que conservent entre eux les deux fragments
inférieurs, j’applique mon appareil avec l’espoir d’une seconde
réussite, mais il n’en est rien ; le fragment supérieur se re­
lève davantage ; le malade se plaint d’une douleur très-vive
occasionnée, dit-il, à la région poplitée par la fourche moyenne;
bref, je renonce à cette planche à béquilles, et j’applique une
genouillère amidonnée ; mais elle n’est pas mieux supportée
que le reste, et, après d’autres essais infructueux nous avons
enfin recours au plan très-oblique à l’aide de la chaise ren­
versée.
11 a fallu près de trois mois pour obtenir un résultat satis­
faisant, soit une consolidation fibreuse qui n’était pas ossifiée
deux ans après l’accident (nous n’avons plus revu le blessé
depuis cette époque) et qui rendait la marche gênée, fatigante,
incertaine.
Ces deux faits d’un résultat si différent, ont été suivis, à
quelques années de distance, par un troisième qui, en vérité,
m’a rendu quelque peu sceptique sur la valeur des appareils
appliqués aux fractures de la rotule.
Voici le fait :

�736

SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES.

Observation, — Je reçois à l’Hôtel-Dieu, dans le service de
la clinique, un homme de 43 ans (ayant fait quelque peu tous
les métiers et en dernier lieu celui de colporteur), qui s’est
fracturé transversalement la rotule en roulant, dit-il, d’un
escalier ; la distance des deux fragments est de 26 millimè­
tres et le bord du supérieur est fortement tourné en avant.
Il est difficile de ramener ce fragment en arrière et en bas et
de le maintenir à un centimètre de distance du fragment in­
férieur. Nous essayons cependant d’un bandage unissant, aidé
des courroies de Boyer, et toutes les précautions sont prises
pour maintenir la jambe dans l’extension et le talon très-élevé
à l’aide d’un plan oblique. Mais, au bout de quelques heures
et pendant le sommeil, à ce qu’on affirme, tout l ’appareil s’est
défait, et à la visite du matin, le malade nous raconte que, ne
pouvant de lui-même replacer les bandes et les courroies dans
la position où nous les avions mises lors du premier panse­
ment, et comprenant cependant l’utilité de ne point laisser trop
longtemps la moitié de sa rotule en l’air, il avait essayé luimême d’y remédier de son mieux ; et, en effet, nous constatons
que cet homme, fort intelligent et non moins adroit, a pu avec
ses bretelles et une cravate en soie, longue et mince, réduite
presque à l’état de ficelle, replacer et maintenir les fragments
rotuliens dans une position si près de la normale, que nous re­
commandons au malade et aux assistants de ne plus toucher
à ce pansement tout informe qu’il soit, sans nous en prévenir.
Au bout de32jours délit, lajambeayant été tout simplement
soutenue sur un petit coussin par une alèze pliée en doubles
rouleaux , la consolidation était complète, et le sillon inter­
segmentaire à peine sensible. La flexion modérée de la jambe
n’élargit pas notablement ce sillon , preuve manifeste que la
soudure s’est opérée ici par un cal à ossification hâtive.
Nous avons gardé le malade 10 jours encore dans le service
et avons ensuite accordé Vexeat, la marche étant d’ailleurs
facile, assurée et sans la moindre gêne apparente.
Faut-il attribuer, dans ce cas, la promptitude de la guérison
et l’excellence du résultat à la vigueur de ce que l’on appelait
jadis le suc osseux? ou bien le succès est-il dû à l’exactitude

de la coaptation obtenue par un appareil informe si l’on veut,
mais où le malade sentait mieux que personne à quel degré de
striction il devait se soumettre pour maintenir les fragments
rotuliens parfaitement rapprochés l’un de l’autre? Probable­
ment à toutes ces causes réunies.
Toujours est-il qu’à propos de ces fractures, il est un double
écueil qu’il n’est pas facile d’éviter. Si on immobilise l’articu­
lation femoro-tibiale aussi longtemps qu’il le faudrait pour
unir solidement les fragments rotuliens, il est à craindre, si la
consolidation est tardive, qu’il y ait production d’ankylose. Si,
par des mouvements imprimés de temps à autre à cette articu­
lation, on veut s’opposer à son ankylosé, à chaque flexion de la
jambe sur la cuisse, le tissu fibreux inter-osseux est distendu,
allongé ; les fragments rotuliens sont éloignés de plus en plus
et, en retardant de toute manière la solidification de ce tissu
intermédiaire, on le maintient dans un état d’élasticité qui,
par la suite, gêne considérablement la marche.
Nous avons pu constater le fait chez un de nos distingués
confrères, autrefois notre collègue dans les hôpitaux.
Des deux inconvénients, toutefois, nous estimonsqu’ilfaut,
avant tout, éviter l’ankylose ; et si on veut bien se borner à
imprimer quelques légers mouvements de flexion à la jambe
tous les cinq ou six jours, en ayant la précaution de faire
maintenir par des aides les fragments rotuliens aussi rappro­
chés que possible l’un de l’autre, pendant ces mouvements, on
peut obvier à l’un des inconvénients signalés sans trop s’ex­
poser à l’autre.
Quant au choix de l’appareil, encore une fois et par les rai­
sons susmentionnées, nous ne saurions en recommander aucun
d’une manière spéciale ; c’est au chirurgien à improviser ce
qu’il juge utile, suivant le cas particulier qu’il a sous les yeux,
et c’est ce que nous faisons, même en ce moment, avec un
blessé dernièrement reçu à l’Hôtel-Dieu.

737

XIII
Fractures de la cuisse. — Parmi les nombreuses fractures
fémorales que j ’ai observées, j ’en ai vu fort peu occuper le

�738

SIRUS-PIRONDI.

centre du fémur ; la plupart siégeaient au tiers supérieur do
la cuisse, et cette circonstance est due probablement à ce que
vers la réunion du tiers moyen avec le tiers supérieur et in­
férieur, l'os est plus aplati et par cela même moins résistant
qu’au centre où il est parfaitement cylindrique.
J'ai rarement rencontré des fractures fémorales corn mi nutives, et plus rarement encore avec issue des os à travers les
parties molles, double conséquence de l’épaisseur de l’enve­
loppe musculaire. Gel avantage ne compense peut-être pas
complètement l’inconvénient attribué avec raison h la force
de ces mêmes muscles, c’est-à-dire la difficulté d’empêcher
par leur contraction le chevauchement des fragments fémo­
raux et par cela même la consolidation de la fracture avec
raccourcissement du membre.
Ce raccourcissement est d’autant plus à craindre que la lé­
sion s’approche davantage de l'extrémité supérieure du fémur,
et nous verrons plus loin qu’il est à peu près inévitable lors­
que la fracture a lieu en dedans de l’enveloppe fibreuse coxofémorale.
Pour éviter cette conséquence regrettable d’une consolida­
tion avec raccourcissement, plus particulièrement, regrettable
chez les jeunes sujets, il faut trouver réunies trois conditions
qui ne sont ni communes, ni faciles : 1° Que la brisure pré­
sente deux surfaces planes ou pas trop en biseau pour que les
bouts des fragments, en arc-boutant l’un contre l’autre, puis­
sent se maintenir dans cette position : 2° Que le bandage ou
appareil appliqué puisse protéger cet affrontement des extré­
mités brisées en neutralisant autant que possible les efforts
musculaires qui tendent à faire remonter le fragment infé­
rieur ; 3° que l’on parvienne, au besoin, à contrebalancer
cet effort musculaire par une extension permanente portée, à
l’aide du pied et de la jambe, sur le fragment inférieur.
De ces trois conditions principales, la première se soustrait
évidemment à la volonté du chirurgien ; il n’en est pas de
même des deux autres, et c’est exclusivement au chirurgien
qu’il revient de répondre aux indications qu’elles fournissent.
Si le sujet est jeune, au-dessous do l’âge de 12 ou 14 ans. et

FRACTURES.

739

plus particulièrement s’il ne s’agit que d’un enfant n’ayant
1 pas encore atteint sa 8m0 année, l'appareil amidonné réussit
parfaitement et remplit, avec un incontestable succès, les desi­
derata sus-indiqués; mais il faut entourer de précautions spé­
ciales, minutieuses, et qui pourraient paraître presque pué­
riles à qui n’a pas l’habitude de ces sortes de lésions, le point
par oh les fragments affrontés tendent à se disjoindre et à pro­
duire le chevauchement.
Observation. — Le jeune enfant (7 ans) d'un tanneur, oublie
en jouant que le plancher du premier étage est en réparation,
tombe au rez-de-chaussée et se fracture la cuisse un peu audessus de la réunion du tiers moyen avec le tiers supérieur.
Le fémur parait brisé presque transversalement ou légère­
ment en biseau; on sent, en effet, une petite saillie en dedans
et en avant appartenant au fragment supérieur, tandis que
l’extrémité du fragment inférieur est en dehors, et en arrière.
La réduction est facile, mais il est aisé de prévoir que le
déplacement pourra se reproduire dans le sens ci-dessus
indiqué. Or, dans le but de le prévenir, l’extension et la contreextension étant faites et maintenues par des aides intelligents,
nous avons soin d’établir une compression graduée autour des
fragments de manière à entourer la fracture d’une sorte d’an­
neau assez souple pour ne pas gêner et encore moins léser les
parties molles, et assez résistant pour s’opposer à un déplace­
ment des deux bouts osseux, une fois que l’appareil aura
remplacé les mains du chirurgien. Cet appareil fut appliqué
ensuite trois plans avec quatre attelles en carton formant
cage autour de Ja fracture.
Dès les premiers jours, après l’incision de l’appareil, nous
étant aperçu que le fragment supérieur avait une forte ten­
dance à se porter en avant, nous augmentâmes la compression
en renforçant l’anneau sus mentionné par une petite plaque
en carton mouillé et doublé de ouate, une deuxième plaque
également doublée de ouate fut placée en arrière et au-dessus
du fragment inférieur, après quoi les deux valves amovo-inamovibles furent de nouveau serrées et maintenues par un
tour de bandes.

�740

SIRÜS-PIRONDI.
FRACTURES.

Ces plaques en carton et l’anneau de compresses graduées
ont été renouvelés trois fois dans l’espace de 42 jours, et le
résultat final a été une consolidation parfaite sans le moindre
raccourcissemen t.
Les mêmes précautions ont parfaitement réussi sur trois
autres enfants à peu près 'de l’;\ge de celui dont nous venons
de transcrire l’observation.
Lorsque le fracturé est plus avancé en âge et qu’on a affaire
à des sujets vigoureux, fortement musclés, l’appareil amovoiinamovible n’offre pas assez de garanties contre les probabi­
lités d’une consolidation avec raccourcissement, et la gouttière
de Bonnet présente des avantages incontestables, soit qu’on
l’applique seule ou avec le concours d’une cuirasse cartonnée
et amidonnée. Le succès est d’autant plus probable que le
malade peut mieux supporter la contre-extension à l’aide de
la bottine, ou d’un poids quelconque qu’on suspend au pied
du lit avec une poulie de renvoi ; mais il ne faut pas se le dis­
simuler, si la contre-extension ainsi pratiquée est trop active,
le malade accuse, au bout de 48 heures, des douleurs insup­
portables, et on ne peut en user alors que d’une manière inter­
mittente, ce qui est fâcheux, ou l’appliquer avec moins de vi­
gueur, et dès lors son effet est manqué. Aussi, ne saurionsnous trop insister sur l’appel qu’il faut faire à l’intelligence
des malades, en leur faisant bien comprendre l’utilité de cette
position oblique des épaules que nous avons déjà décrite et à
l’aide de laquelle on pourra encore parvenir à de très-bons ré­
sultats en attendant le dernier mot des essais que l ’on fait au­
jourd’hui avec l’appareil du D' Hennequin , qu’il ne s’agira
ensuite que de bien vulgariser, s’il tient tout ce qu’il promet.
Je ne saurais, du reste , mieux prouver ce qu’on peut
encore attendre de Xobliquité des épaules , bien comprise et
maintenue avec persévérance, qu’en citant le double fait
suivant :
Observation. — A deux jours d’intervalle, on reçoit à l’HùtclDieu deux jeunes blessés, matelots âgés de 20 et 23 ans, ayant

741

toutes les apparences d’un bon tempérament. L’un était
Génois, très-vif et très-intelligent; l’autre. Sicilien, paraissant
d’une nature indolente, à esprit aussi borné qu’inculte; et
tous deux atteints de fracture fémorale près du tiers moyen,
et sans complication.
Ces deux blessés furent couchés, toutprès l’un de l ’autre, au
bout du premier rang de la salle Gauvière ; et quoique les
deux, fractures eussent été facilement réduites et parussent
devoir être tout aussi facilement maintenues, j’annonçai
d’avance que le résultat ne serait pas le môme chez les deux
malades, quoique soumis tous deux aux mêmes conditions.
Effectivement, le matelot Génois ayant bien compris l’im­
portance de la direction du haut du corps, par rapport à la
position des fragments, a obtenu une consolidation sans rac­
courcissement ; chez le Sicilien, au contraire, tous nos soins
et nos recommandations n’ont pu empêcher trois centimè­
tres de raccourcissement.
D’où l’on peut conclure que , l’intelligence n’étant pas
chose commune, on ne doit pas trop compter sur le concours
des malades pour corriger ou atténuer les imperfections d’un
appareil.
Nous avons vu précédemment plusieurs fractures comminulivesdela jambe, du bras, et de l'avant-bras, présenter un
ensemble de symptômes extrêmement graves, et cependant
donner à la chirurgie conservatrice, la satisfaction trèsgrande d’obtenir une guérison complète sans difformité
notable et sans atteinte aux fonctions essentielles que les
membres pelviens et thoraciques sont appelés à remplir.
Il ne faudrait pourtant pas croire que, grâces à tel appareil
ou à telle médication, on puisse triompher toujours de tou­
tes les complications que présentent les traumatismes de cette
nature. Cette croyance exposerait le chirurgien à des mé­
comptes qu’il doit éviter pour prévenir des erreurs de pro­
nostic, celles entre toutes que l ’on pardonne peut-être le plus
difficilement.

�712

SIRUS-PIRONDI.

Les fractures comminutives de la cuisse, à l'exemple de
celles implantées au milieu des muscles de la jambe et par
suite probablement d’un môme mécanisme pathologique,
peuvent donc donner lieu à des accidents très-graves qui
surgissent parfois lorsque, les premiers jours de l'accident
passés, le malade et ceux qui le soignent, s’applaudissent d’un
calme trompeur ; et cela sans qu’on puisse trop souvent, at­
tribuer l’apparition soudaine de symptômes inquiétants à
autre chose qu’à un mouvement malheureux qui a de nou­
veau déplacé un ou plusieurs fragments. Mais ce déplacement
a tiraillé ou déchiré de nouvelles fibres musculaires ; le ré­
veil d’une vive douleur a ramené une nouvelle poussée fluxionnaire dans une région déjà trop congestionnée ; et parfois
aussi de petits vaisseaux épargnés au moment de la fracture,
sont complètement déchirés par le récent mouvement d’une
pointe ou dentelure osseuse, un nouvel épanchement se sur­
ajoute à celui qui existait déjà et c’est un redoutable appoint
au phlegmon qui se prépare.
Observation. — Un jeune maçon, âgé de 18 ans, d'une cons­
titution plutôt délicate, tombe delà hauteur d’un 2"e étage
et se fracture comminutivement le fémur vers sa partie in­
férieure, à cinq travers de doigt au-dessus des condyles. On
sent parfaitement un petit fragment intermédiaire entre les
deux principaux, mais il n’y a pas de plaie. L’épanchement est
très-modéré, et le membre, maintenu d’abord dans une cui­
rasse légèrement, amidonnée, est placé ensuite dans la gout­
tière de Bonnet. Tout se maintient pendant les premiers six
jours dans les meilleures conditions possibles, mais dans la
nuit du 7"', à la suite d’un mouvement brusque, aussi fâcheux
qu'intempestif, le malade ressent une très-vive douleur sur la
région fracturée, une violente fièvre, précédée de quelques
frissons, se déclare, et peu de temps après on constate l’exis­
tance d’un vaste phlegmon, qui s’étend de la cuisse au tiers
supérieur de la jambe. Une suppuration très-abondante ne
peut être arrêtée ni même diminuée par la compression mé­
thodique, par la cautérisation ponctuée, ni par le drainage.

FRACTURES.

743

Celle suppuration épuise le blessé et nous détermine à pra­
tiquer l'amputation sous-trochantérienne, neuf semaines
après l’accident.
Un fait analogue et plus malheureux encore (puisque l’am­
putation n’a pu sauver le blessé ) s’est présenté chez un pau­
vre enfant de 14 ans, à qui l’on avait confié deux chevaux
traînant une charrette lourdement chargée. Une fausse ma­
nœuvre ayant engagé l’attelage sur une des pentes les plus
raides de la ville ( Cours Devi Hiers ), tous les efforts de cet cnfanl pour arrêter ses chevaux, n’aboutirent qu’à lui faire
passer une roue de la charrette sur la cuisse gauche ; d’où
fracture comminutive du fémur avec plaie, mais sans issue
des os. Au bout de dix jours, pendant lesquels la plaie fut
régulièrement pansée, apparurent les mêmes accidents si­
gnalés dans l’observation précédente; et chose doublement
regrettable, ce fut encore par suite d'un mouvement désor­
donné exécuté avec le concours d'un infirmier d'emprunt et
fort maladroit.
Heureusement les faits de ce genre ne sont pas communs, et
dans la plupart des cas, la consolidation delà fracture fémo­
rale s’opère facilement avec ou sans le chevauchement des
bouts osseux.
On voit pourtant dans ces fractures plus fréquemment que
dans d’autres, la consolidation marcher lentement, les bouts
osseux se cicatriser isolément, à distance, sans formation de
cal et s’organiser plus tard en pseudo-articulation. Inutile
d’insister sur les inconvénients graves inhérents aux fractu­
res non-consolidées. On comprend, dans l’espèce, le peu de
solidité que doit offrir à la marche une lésion de ce genre.
En pareille circonstance, les chirurgiens ont recours à di­
vers procédés thérapeutiques ; les uns se contentent d'irriter
les bouts osseux en les frottant avec peu de ménagementl’un
contre l’autre; d’autres visent à produire une inflammation
plus vive en passant un seton entre les fragments; d'autres
enfin, ont eu recours à la résection des bouts osseux, voire
même à leur suture ; et, au fait, quelques sérieuses que soient

�SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES.

ces dernières tentatives, ce ne sont pas ici des opérations de
complaisance, puisqu’il s’agit de redonner à un membre pel­
vien la force et la solidité nécessaires aux fonctions qu’il doit
remplir.
Mais l’inflammation des bouts osseux, leur résection môme,
à part les conséquences immédiates de l’acte opératif, donnentelles au moins des résultats assurés? Sur ce point, comme dans
bien d’autres questions importantes, la statistique se tait ; et
sans préjuger ce qu’elle pourra dire plus tard, il nous parait
utile d’introduire ici une remarque qui probablement a dû
être faite déjà par tout chirurgien attaché à un service hospi­
talier, en supposant meme que tous ne lui aient pas accordé
l’importance qu’elle nous semble avoir.
En dehors des hôpitaux, la non consolidation des fractu­
res constitue un fait rare, et pour ma part je n’en ai jamais
rencontré; il n’en est pas de même dans les hôpitaux où le
fait se renouvelle assez pour qu’il ne soit ignoré d’aucun chef
de service. Abstraction faite, bien entendu, de toute diathèse ci
tergô,et en ne raisonnant qu’à propros de sujets sains et vigou­
reux et n’ayant jamais eu antérieurement aucune maladie ca­
pable de modifier intérieurement la constitution, cette diffé­
rence que nous venons de rappeler et que personne ne peut
contester alors même qu’on ne l’admettrait pas aussi pronon­
cée qu’elle nous le parait, à quoi donc tient-elle? A une cause
qui les résume toutes, à l ’influence nosocomiale.
L’action morbigène du séjour dans les hôpitaux se compose
de plusieurs facteurs dont les uns agissent fatalement sur
tous les malades, tandis que les autres peuvent s’attaquer de
préférence à une catégorie de pensionnaires.
L’air et la nourriture sont les deux éléments qui directe­
ment ou indirectement contribuent le plus à débiliter les ma­
lades ; le premier, en introduisant sans cesse dans l’économie
des miasmes qui portent une atteinte fâcheuse à l’hématose;
l’autre, en ne donnant que d’une manière incomplète, à un
organisme plus ou moins débilité, un nutriment qui ne peut
être réellement réparateur qu’autant qu’il est accepté avec
goût et une certaine satisfaction sensuelle; et qu’on nous

permette ici quelques explications nécessaires pour bien pré­
ciser notre pensée à cet égard. Quel que soit le système d’aéra­
tion et de chauffage employé dans nos hôpitaux ; quelles
que soient les améliorations incessantes qu’on y introduit,
on ne peut lutter avec avantage contre un inconvénient
majeur inhérent à l’agglomération d’organismes malades,
envoyant sans cesse dans l’atmosphère ambiant des mias­
mes délétères. On sait quelle est l’action de ces miasmes sur
les plaies; on ne peut ignorer que cette action ne s’arrête
pas à la surface du corps, et que ces miasmes une fois absor­
bés dans l’acte respiratoire, ne peuvent pas être d’une inno­
cente bénignité sur l’organisme. Mais quelque connu qu’il
soit, le mal est sans remède, du moins dans l’état actuel des
choses.
Quant à la nourriture, personne n’est mieux à même et plus
disposé que nous à rendre pleine et entière justice au bon
vouloir des administrateurs et à la générosité de ceux à qui
incombe le devoir de fournir à la population hospitalière tout
ce dont elle a besoin. Mais il y a dans le mode de fournitures
par soumission, il y a dans le mode de préparations en masse,
il y a, enfin, dans l'ensemble des mesures économiques aux­
quelles on est forcé de s’astreindre quand il s’agit de veiller
sur tant d’intérêts à la fois, il y a là une foule de difficultés
peut-être iusurmontables qui arrêtent les meilleures inten­
tions et qui transforment, comme l’on dit vulgairement, le
jus de la meilleure viande en eau trouble.
A côté de ces deux principales causes agissant à peu près
indistinctement sur toute la population hospitalière—et je dis
à peu près à dessein , attendu qu’au milieu de ces malades il
en est sans doute qui, étant privés de tout chez eux, ont rela­
tivement dans l’hospice un régime succulent — au milieu,
disons-nous, des deux causes sus-mentionnées, il en est aussi
d’autres qui se font sentir plus particulièrement sur certaines
catégories de malades. Ainsi tandis qu’un ouvrier de grande
ville, ordinairement mal logé, se trouvera assez commodé­
ment installé dans une salle d’hôpital, un habitant de la cam­
pagne s’habituera plus difficilement à être privé du grand air

744

743

48

�117

SIRl.S-PIRONDI.

FRACTl :RLSS.

el de la vue des champs ; et quant aux gens de 111 er, eux logés
à bord d'une manière souvent impossible el nourris d'une
faeon plus incroyable encore, les gens de mer ne se résignent
pas facilement à l'immobilité d’un horizon par trop limité et
leur caractère s’attriste, leur corps souffre de ne pas parcou­
rir des yeux l'immense espace qu'ils ont l’habitude de voir
devant eux.
11 est une autre catégorie de malades q u i, d’un caractère
doux et un peu pusillanime, ne peuvent assister aux souffran­
ces et à l’agonie d'un voisin de lit sans en être profondément
émotionnés; d’autres sont plus sérieusement affligés qu’on ne
le suppose de se voir séparés de leur famille ; il en est enfin,
q u i, bien à tort, assurément, souffrent de l’idée que les soins
qu’on leur donne sont peut-être moins empressés par cela seul
qu’ils sont gratuits; et tous, en un mot, par les divers motifs
que nous venons d'esquisser, tous se ressentent fâcheusement,
quoique h des degrés divers, de cette iniluence nosocomiale.
Et qu’on ne nous objecte pas que la population des hôpi­
taux est composée en général de natures peu impressionnables;
1 ignorance ou le manque d'une éducation quelconque ne sont
jamais incompatibles avec la sensibilité du cœur. Mais il y a
plus et mieux ; et si pendant, plus de vingt ans passés au mi­
lieu de cette population, nous avons trouvé quelques natures,
pour ainsi dire sauvages, nous en avons rencontré un bien
plus grand nombre douées de sentiments délicats, qui se sont
traduits en maintes circonstances par les expressions les plus
touchantes.
Eh bien, pour en revenir à notre point de départ, cette
influence nosocomiale peut arrêter la formation du cal indé­
pendamment de toute autre cause diathésique a lergà ; elle
laisse l’économie dans un état de langueur qui s’oppose à un
bon travail déconsolidation osseuse; et, en pareil cas, il est.
inutile d’attendre du temps ce qu'il ne ferait qu’aggraver, et
de procédés opératoires plus ou moins sérieux des résultats
souvent promis et rarement obtenus (1).

La part de l’influence nosocomiale dans la non consolida­
tion des fractures étant, croyons-nous, suffisamment motivée
par les quelques considérations qui précédent, le meilleur
moyen, le plus rationnel au moins, de placer un fracturé de
cette catégorie dans des coudi lions capables de faciliter la
consolidation attardée, c'est évidemment de le soustraire à
cette influence. El comme il peut paraître étrange, de premier
abord, de renvoyer d'un service hospitalier un blessé dont la
plaie osseuse n’est pas suffisamment guérie pour offrir la soli­
dité nécessaire au membre qui en est atteint, nous allons
rapporter le fait qui est venu, pour la première fois, sanction­
ner le précepte par l’exemple.

74G

;l) Puisque j’ai dû parler de l’influence nosocomiale à propos des fractures
non consolidées, je crois devoir ajouter ici quelques mots sur les effets de

cette influence considérée dans scs rapports avec les grandes opérations de
chirurgie. Celte question grave préoccupe dans ce moment et avec juste
raison tout le corps médical.
La Société Impériale de chirurgie, voulant concourir à la solution de cet
important problème et pouvant le faire avec une incontestable autorité, a
demandé aux chirurgiens, comme pièces indispensables du procès qui
s’instruit, de lui fournir le résultat statistique de leurs opérations. On
s’empressera sans doute de répondre à l’appel de la docte compagnie ; mais
il y a lieu de croire que si l’on parvient à une statistique générale, aussi
exacte que complète (ce qui ne sera pas chose facile), la conclusion finale
ne sera peut-être pas conforme aux idées de ceux qui balLcnt en brèche,
l’existence des hôpitaux ; el certes, je ue puis être suspect de partialité
d’après ce que je viens d’écrire à propos do leur fâcheuse influence sur
les fractures non consolidées.
Que les opérations réussissent en général mieux en \ il le que dans les
hôpitaux, cela n’est douteux pour personne; mais il n’en est pas moins avéré
qu’il J a en ville comme dans los hôpitaux de bonnes et de mauvaises séries,
c’est à dire des passes pendant lesquelles la bonne influence disparait eu
ville, tandis que la mauvaise semble s’amoindrir clans les hôpitaux. sans que
l’on sache pour le moment à quoi tient celte intermittence.
Lorsqu'on est dans une période où tout réussit à l'hôpital, l'inÜuencc
nosocomiale existe sans cloute encore mais amoindrie, disions-nous plus
haut, et clans ce cas, ce qui assure le succès des opérations, c’est que cet
amoindrissement est amplement compensé par les soins ponctuels dont
on entoure les opérés. Celte ponctualité réglementaire avec laquelle on
exécute clans scs moindres détails les prescriptions des chefs de servico
est un fuit capital dont on semble ne vouloir pas tenir assez compte ; il n'a
jamais cependant échappé à l'observation des médecins eL des chirurgiens
des hôpitaux, qui souvent ont pu regretter que des malades très-graves de

�748

SIRUS-P1R0NDI.

FRACTURES.

Observation.— lin matelot breton nommé Durand, parvenu
à l'àge de 40 sans que sa robuste constitution eût jamais
éprouvé l’atteinte d’une maladie sérieuse et de nature à laisser
des traces dans l’organisme, se fracture le fémur gauche à
son tiers supérieur, alors que son navire était encore éloigné
des côtes. Arrivé au port des Martigues quatre jours après
l’accident, on le reçoit à l’hôpital et on lui applique un ap­
pareil contentif ordinaire. Quarante jours après, pas de tra­
ces de consolidation, on applique un nouvel appareil de Scultet : même insuccès.
11 y avait déjà quatre mois que ce blessé se trouvait dans le
même état, lorsque le consignataire du navire sur lequel le
matelot se trouvait embarqué, se décida à le faire transpor­
ter par mer à Marseille, où il fut admis à I Hôtel-Dieu, le 11
mai 1857.

Ayant examiné attentivement cette fracture et reconnu la
non consolidation des fragments, nous cherchons pendant
deux jours, à irriter les bouts osseux en les frottants vivement
l’un contre l'autre, et nous appliquons ensuite l’appareil ami­
donné. L’état général de ce blessé laissant d’ailleurs beau­
coup à désirer, nous recommandons pour lui un régime to­
nique avec vin de Bordeauxet quinquina, et prescrivons encore
l’usage interne de la rapure d’os ( phosphate de chaux) ; pré­
paration qui avait déjà donné de bons résultats à M. Gosselin
et qui nous a quelquefois réussi.
Les dispositions parurent avoir d’abord un plein succès, la
consolidation se faisait lentement, mais progressivement, et
M. Demarquay, de passage à Marseille en ce moment, crut
pouvoir constater avec nous un exemple des heureux suc­
cès du phosphate de chaux. Mais, bientôt le malade se plai­
gnit d’un manque complet d’appétit et de sommeil, son
caractère ordinairement gai, devint triste, morose et cette
disposition de son moral nous lit mal augurer de l ’état local ;
en effet, au bout de quelques jours, il se plaignit d’avoir
ressentit un craquement assez prononcé sur le point lésé et
nous pûmes constater que- le-travail de consolidation était à
refaire.
N’ayant pas trop de confiance dans la pratique du séton et
reculant devant les conséquences de la résection des bouts os­
seux, nous voulûmes tenter de soustraire d’abord le blessé à
l’atmosphère nosocomiale, et de le soumettre au contraire, à
l’heureuse influence de l’air natal en le renvoyant en Bre­
tagne auprès de sa famille. Mais il fallait pour cela remplacer
l'appareil amidonné , comprimant tout le membre depuis le
pied jusqu’à l’arliculation coxo-fémorale, par un simple
tuteur capable de maintenir les fragments fémoraux en rap­
port assez intime, et qui donnant à la cuisse un point d’appui
suffisamment solide, permettrait à tout le membre, considé­
rablement amaigri, de reprendre une activité nutritive toute
à l’avantage de la lésion osseuse, une fois débarrassé d’une
compression trop énergique.
Dans ce but, nous fîmes construire un bracelet-cuissard

la ville, ne fussent pas soumis, dans l'intérêt de leur guérison, à la discipline
hospitalière plutôt qu’à la dangereuse faiblesse de leurs alentours.
Certes, l'intelligence , le savoir et. l'adresse ne sont l'apanage exclusif
d’aucune partie du corps médical, et dans le plus petit village, de France
on trouve parfois des praticiens qui étonnent par leur instruction autant
que par leur hardiesse et habileté opératoires ; personne aussi ne pourra
mettre en doute que les soins dictés par le cœur ne puissent avoir une portée
aussi considérable, si ce n’est plus , que ceux qui sont dictés par un dévoue­
ment rétribué: mais encore une Ibis la tendresse et l'affection sont parfois de
mauvaises conseillères ; et la ponctualité dont nous parlions tout à l’heure,
cette discipline réglementaire inflexible dans ce quelle croit utile si ce n'est
indispensable à la guérison du malade, ne peut réellement s’établir nulle
part mieux ni même si bien que dans les hôpitaux.
Sans donc vouloir entrer maintenant dans des considérations d’un ordre
plus élevé à propos d’une question dans laquelle sont engagés des intérêts
majeurs que personne ne peut ignorer, nous dirons franchement qu’il ne
faut pas se laisser entraîner trop loin et dépasser le but au risque de
tomber dans des inconvénients plus graves encore que ceux qui existent.
Il y a plus qu utilité mais nécessité de conserver les hôpitaux; mais aussi
il est urgent d’apporter à leur construction, à leur emménagement, à leur
position, ù leur division, atout leur engencement enlin pris en masse et
en détail, de profondes et radicales modifications. Tout le monde comprend
aujourd’hui l'opportunité d’une transformation de ces établissements; mais
cette transformation ne deviendra fait accompli que lorsque, à l'exemple de
ce qui se passe dans d’autres pays, on se décidera en France à faire un
appel plus fréquent et plus considérable à l’élément médical toutes les fois
qu’il s’agira de résoudre des questions où le médecin et surtout le médecin
hygiéniste devrait, pour ainsi dire, avoir seul voix au chapitre.

719

�750

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

SIRUS-PIRONDI.

armé de quatre tiges en acier, pouvant se lacer comme une
guêtre et embrasser la cuisse dans une étendue suffisante
pour suppléer autant que possible la solidité de l’os non con­
solidé. C’était, si l'on veut, un appareil amovo-inamovible,
mais circonscrit, limité, et laissant au blessé la faculté de le
serrer un peu plus ou un peu moins, selon qu’il se trouvait
debout ou couché, selon par conséquent le plus ou moins
d’engorgement présenté par les parties molles. Grâce à cet
appareil, le malade, aidé d’abord par les infirmiers, pût se
lever et sortir de la salle pour respirer un air meilleur; dès le
second ou le troisième jour, il pût, à l'aide de béquilles, faire
quelques pas sans le secours de personne; et comme je lui
avais promis de le renvoyer en Bretagne, auprès de sa famille,
dès qu’il pourrait avoir quelques bonnes nuits et reprendre
des forces, cette dernière prescription produisit son effet et
quelque temps après, grâce au généreux concours de son
consignataire, cet homme put retourner en Bretagne par lo
chemin de fer sans être accompagné par personne, et pouvanl
avec ses béquilles se suffire à lui-même. Nous avons eu la
satisfaction d'apprendre plus tard que la guérison était telle­
ment complète, que Durand a pn renoncer à son état de marin,
se faire maçon et monter au haut des échafaudages avec
autant de facilité que qui que ce fut.
A côté du premier en date des faits de ce genre, je placerai
le plus récent recueilli i’Hôtel-Dieu pendant le semestre d’été
de 18G8.
(A Continuer.)

SIRUS-PÏRONDI.

75 I

L’ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

( Suite cl pn, )

La Société locale des Bouches-du-Rhône est agrégée â l’Asso­
ciation générale des médecins de France. Elle ouvre ses rangs
â tous les médecins du département. Constituée par arrêté
préfectoral du 14 juillet 18G0. et par décret impérial du 2G
octobre de la même année, d’abord présidée par le docteur
Bartoli, puis, par le docteur Seux, elle est administrée par un
bureau et une commission dont les membres sont nommés en
assemblée générale et pour cinq ans. Elle a ses statuts, son rè­
glement d’ordre intérieur. Elle administre ses fonds de secours,
ses fonds de réserve, e t , comme toutes les sociétés locales, af­
fecte à l’Association générale le dixième de ses revenus. Elle
possède aujourd’hui près de G,000 francs et réunit 150 adhé­
rents. A ceux-ci elle n’a jamais manqué de donner aide, pro­
tection, appui moral.
Depuis sa fondation jusqu’à nos jours — huit années — elle
a distribué en secours 1,747 francs ( 947 francs pris sur ses
ressources propres, 800 francs puisés dans la caisse de l’As­
sociation générale). N’ayantpas ou souvent à s’affirmer comme
institution de bienfaisance, elle a pu, chaque fois, donner des
sommes importantes, sans dépasser sensiblement les moyennes
annuelles du Comité médical.
Elle a, de bonne heure, compris les avantages d’une caisse
locale de retraites (1). En décembre 18GG, le docteur Seux en
a posé les bases par un premier don de 525 francs. Je ne sache
pas que notre généreux confrère ait eu des imitateurs.

(.1) La Société locale vont, non la simple njilUiide. mais lo droit à lu rolrnito.
J&lt;&gt; r&lt;‘viMn«li* ii sur cct important sujet.

�732

GOU ZI AN.

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

La Société locale a eu son journal scientifique et profes­
sionnel, Y Union médicale de la Provence. Ce journal, fondé eu
1864, faisait peser sur l’association une charge trop lourde.
Supprimé en 1868, il a fait place au Marseille médical. On lui
doit les travaux suivants :

A n gin e cou en n eu se et cro u p .................... D ” Seux fils.
R ésection du m axillaire in férieu r— A m ­
putation totale du m axillaire infé­
rieur ................................................................
C oste.
Du concours que les scien ces p h ysiq u es
p rêtent à la m éd e c in e .............................
Pirondi.

Lésions rénales dans l'album inurie.. . . D” A. Fabre.
Maladie des trichines..............................
Chapplain.
Dysménorrhée membraneuse...............
E. Bourgarel.
Les étapes de la question du diabète..
A. Fabre.
Médication topique dans le traitement
E. Nicolas.
de la laryngite chronique..................
Catarrhe du sac lacrym al, injections
A. Pélissier.
iodées, guérison...................................
Leucorrhée...............................................
Mérentié.
Vaccine etVaccination............................
Pirondi.
Rôle du grand sympathique dans certai­
nes maladies.........................................
A. Fabre.
Les procédés d’amputation de la verge.
Broquier.
Accouchement trip le ..............................
Mérentié.
Coup d’oéîl sur quelques progrès récents
de la Chirurgie......................................
Pirondi.
Traitement des abcès par le drain ag e...
Mérentié.
Affusions froides dans les pyrexies —
Maladie kystique du Testicule...........
Seux fils.
Enduits imperméables en Médecine.
Ch. Isnard.
Progrès récents et tendances nou­
velles de la pathologie cardiaque___
A. Fabre.
Maladies de la protubérance annulaire.
Seux fils.
Mouvement progressif de la Chirurgie
pendant l’année \ 865-66.......................
Pirondi.
Prophjdaxie de la douleur au point de
Coste.
vue chirurgical.....................................
Injections forcées dans l'occlusion intes­
tinale......................................................
Ch. Isnard.
Extraction de la cataracte par le pro­
cédé linéaire combiné avec l’iridecto­
mie..........................................................
Pirondi.
L’ongle incarné.........................................
Didiot.
Endocardite ulcéreuse chez un homme
atteint de syphilis constitutionnelle.
Villard.

L’arséniate d ’an tim oin e dans l ’em p h y­
sèm e vésicu laire d es p o u m o n s ...........
La c h lo ro se.......................................................
F onction im portante d es S in u s de la
d u re-m ère......................................................
P h ysiologie p ath ologiq u e de l ’em barras
g a s t r iq u e .......................................................
E m p oison n em ent par le p h osp h ore___

753

Ch. Isnard.
A. Fabre.
D espine.
A. Fabre.
S eu x père.

A ce b ila n s c ie n tifiq u e , il fa u t a jo u te r d iv e r s a r tic le s b ib lio ­
g r a p h iq u e s, le s le ç o n s c lin iq u e s et o b serv a tio n s r e c u e illie s
d an s n o s h ô p ita u x , en fin le s é tu d e s p r o fe s sio n n e lle s c i-a p r è s :
Les m éd ecin s et les S o ciétés de SecoursM u tu els...........................................................
A ssociation u n iv erselle d es M édecins et
de son im portance n a tio n a le ...............
A pplication aux a sso cia tio n s m édicales,
des p rin cip es économ iques m odernes.
F usion de la S ociété locale avec le com ité

D" Chapplain.
Rondard (de Salon).
C happlain.

m éd ica l...........................................................
R évision de la lég isla tio n m é d ic a le .. . .
Le concoure pour l ’ob ten tion des fonc­

L aurens.
..................

tion s m é d ic a le s............................................
M arseille et la création de n o u v elles F a­

C happlain.

cu ltés de M éd ecine....................................
L’avenir du c h ef-in tern a t à M a r s e ille ..
A ssista n ce m édicale gratu ite des in d i­
g en ts dans les c a m p a g n e s......................
A ssistan ce m éd icale des In d ig en ts dans
la v ille de M arseille.................................
Les m éd ecin s d ev a n t le C onseil M unici­

Comité de Rédaction
S eu x fils, Rampai.

pal de M arseille...........................................
H onoraires — Jurisprudence M édicale.

S eu x père.
Mittre.
Comité de Rédaction.
...................

Un m o t su r q u e lq u e s -u n s de ces p ro b lèm es p r o fe ssio n n e ls.

�7oi

G O rZ IA N .

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

La Société locale n'a pas cessé de protester contre l ’immorale
exploitation du corps médical par les sociétés de secours mu­
tuels. Elle eût mieux fait de rappeler au respect de la dignité
professionnelle les médecins qui courbent leur front devant le
despotisme des associations ouvrières. Le croira-t-on? Il y a
dans notre département des médecins rétribués à raison de
1 franc 25 centimes par trimestre et par famille ! 11 en est qui,
pour des visites rapportant en moyenne 12 centimes, sillon­
nent les chemins, en été par des chaleurs tropicales, en hiver
par les vents et la pluie ! (I).
La Société locale a accueilli avec intérêt : 1° la brochure du
docteur Rondard (de Salon), promettant l'aisance à tous à l aide
d'un prélèvement sur les bénéfices réalisés par les vingt mille
médecins fiançais unis en Société ; 2° le mémoire du docteur
Chapplain proposant de transformer l’Association médicaleen
une institution d’assurances sur la vie avec primes annuelles.
Ce mémoire, recommandé à l'attention du Conseil général do
l’Association générale, a eu les honneurs............ de l’inhuma­
tion. Il méritait mieux.
La Société locale a longtemps caressé l’idée d’une fusion
avec le Comité médical. Cette fusion étant aujourd’hui tenue
pour impossible, à Paris comme ù. Marseille, les deux associa­
tions doivent marcher parallèlement, paisiblement, l’une à
côté de l’autre. L'avenir est à celle qui offrira à ses adhérents
les avantages les plus sérieux.
En ce qui touche la révision de la législation médicale, la
société locale a formulé les vœux suivants :
Un seul ordre de médecins.
Une pénalité sévère contre toute espèce d’exercice illégal de
la médecine.
Incompatibilité, avec sanction pénale, entre l’exercice simul­
tané de la médecine et de la pharmacie.
,i)

(ni)» mélicah delà Provence,

1808, p. 02-63.

705

Preuves d’aptitude demandées aux médecins étrangers qui
veulent exercer en France.
Vente et annonce des remèdes secrets prohibées et sévère­
ment punies.
Médecins communaux substitués aux médecins cantonaux,
Conseils de discipline ayant une juridiction légale.
Je crains que ces vœux ne soient pour longtemps encore
dans le domaine platonique de la théorie. Je redoute le même
sort pour le travail du docteur Seux, relatif A l’assistance mé­
dicale gratuite des indigents dans les campagnes, et celui du
docteur Miltre sur l’assistancq médicale des indigents dans la
ville de Marseille.
La Société locale a poursuivi avec énergie l’exercice
illégal et le charlatanisme. Dès le lendemain de sa créa­
tion, nous la voyons ouvrir le feu contre ce fléau obstiné
de la Société, ce parasite insatiable de la profession (I). Pour
terrasser le puissant Protée, l’hydre à cent télés (2), elle inter­
vient directement, elle s’adresse à l’autorité judiciaire, à l’au­
torité administrative, à la juridiction ecclésiastique. Elle ob­
tient de nombreuses condamnations (amende, prison, domma­
ges-intérêts). Eh bien! le charlatanisme a résisté aux poursuites
de la société locale comme aux circulaires du Comi té médical.
Marseille a toujours « ses médecins-charlatans, faux bons­
hommes, faux savants, vrais ballons gonflés d’orgueil et de
prétentieuses convoitises » (3). Elle a toujours ses Fontanaroses, ses chevaliers de la réclame, ses usurpateurs de titres,
ses pharmaciens-docteurs, ses docteurs-pharmaciens, ses mé­
decins non diplômés des deux sexes, ses empiriques, ses
rebouteurs, ses marchands d'orviétan. Elle a toujours ses jour­
naux pour célébrer les guérisseurs de cancers, les magnéti­
seurs, les somnambules extra-lucides; pour chanter la tùu ine
Mexicaine et la Douce Révalescière.
(1) Dr Broquier, Union médicale de la Provence, 1864, p. 149.
(2) DrSeux. Union médicale de la Provence, 1866 , p. 285.
(3) Actes du Comité médical, 1860, tome IV, p, 129 et suiv.

�75G

GOÜZTAN.

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

Aujourd'hui la Société locale parait avoir le sentiment de
son impuissance (I) contre le charlatanisme « cette plaie de
tous les âges » (2). Désormais, peut être, à l’exemple de l’As­
sociation des médecins de la Seine et du Comité médical des
Bouches-du-Rhône, préfèrera-t-elle le silence aux plaintes
inutiles, l’abstention aux poursuites inefficaces.

au docteur Rayer, secondé par des médecins distingués, des
administrateurs habiles, des jurisconsultes éminents.
Du 31 août 1858, jour desa constitution, à l’heure présente,
l’Association générale a conquis près de 7,000 adhérents et un
fonds social qui dépasse 000,000 francs. Il n’est pas demédecin
qui ne connaisse son organisation administrative et finan­
cière; je n’en dirai donc rien.
L’association générale a-t-elle, conformément à ses statuts,
assisté, protégé, moralisé la famille médicale? Pour répondre
à cette question, négligeons les discours, les banquets; n’exa­
minons que les actes.

En résumé :
La Société locale, par ses travaux, a fait avancer la science
plus que les questions professionnelles.
Elle a dignement répondu à de rares demandes de secours.
Elle a fondé une caisse locale de retraites. C'est ce qu’elle a
fait de mieux ; mais pour que cette fondation ne reste pas
à l’état de lettre morte, il faut à la caisse précitée d’autres
aliments que les dons, les legs, les cotisations supplémentaires
facultatives, recettes aléatoires, s'il en fût ; il lui faut les coti­
sations supplémentaires obligatoires.
L’avenir du Comité médical dépend du Comité seul.
L’avenir de la Société locale dépend d’elle-même et de
l'Association générale des médecins de France, association
sur laquelle je veux dire ici ma pensée tout entière, en me
tenant également éloigné des critiques injustes et des enthou­
siasmes naïfs (3).
Issue de ce congrès médical de 1845, dont la place est mar­
quée dans l’histoire des naufrages; vaillamment reprise par
les médecins de la Gironde (Comité de Bordeaux); repoussée
par l'Association de la Seine, l’idée de fonder une Association
générale des médecins de France a dû sa complète réalisation123
(1) Voir l'Union medicale de la Provence, 1867, ]). 187.
(2) Dr Seux , Union médicale de la Provence , 1864 , p. 136.
(3) Los uns regardent l'association générale comme la route qui doit con­
duire la médecine vers la terre promise. D’autres voient en ceux qui s'em­
brigadent sous ses enseignes « une sort'1 de bande noire, une troupe de
charlatans de la santé publique, respirant au plus loin la défiance , l'hor­
reur, le dégoût. » Abeille medicale 1867, p. 414 , d’après un journal de
médecine chaud partisan de la liberté de l'enseignement et de la profession.

757

Voici le tableau, année par année, des secours accordés.
I*' distribution........................... F.
3,374 65
2e
»
6,232 75
3*
»
10,391 »
4*
»
18,903 »
5*
«
17,107 70
6*
»
27,332 35
7*
»
19,159 »
8*
»
(dernier exercice)
32,609 »
Total.......... F. 135,109 45
Ces chiffres sont éloquents. Ils ont permis de soulager bien
des misères.
Par les bienfaits dus à son appui moral, à l ’influence de ses
dignitaires, Passociation générale a plus d’une fois consolé la
veuve et l’orphelin.
C’est surtout en fondant sa caisse des pensions viagères d’as­
sistance qu’elle est entrée dans une voie féconde.
Créée le 2 novembre 1863, cette caisse est alimentée par les
dons et legs, par les versements annuels de la caisse générale
qui lui abandonne l’excédant des 50 mille francs constituant
le maximum de son fonds de réserve, enfin, par les intérêts du
capital accumulé. Elle possède aujourd’hui 200,000 francs.
Rappelons ses principales dispositions statutaires :

�7oS

corziAX.

A dater du l'r ja n v ier I STS , il pourra être accordé, dans la li­
m ite des revenus de la c a is s e , d es p en sio n s v ia g ère s aux socié­
taires faisant partie de l ’a sso cia tio n d ep u is 10 a n s au m o in s, qui
se trouveront dans u n e des ca tég o ries su iv a n te s: 1“ le s octogé­
naires; 2° les sociétaires a ttein ts de m a la d ies ou d ’in firm ités in­
curables qui le s m etten t dans l ’im p o ssib ilité ab solu e de se livrer
à l’exercice de la m édecine ; 3" le s so c ié ta ir e s â g é s de 60 ans au
m oins a ttein ts d ’in lirm ités g r a v e s.— Le tau x de la p en sio n sera
de 600 francs au m oin s et de 1,200 francs au p lu s. — L es pensions
ne seront accordées, par le con seil général, q ue su r la dem ande du
bureau et de la com m ission a d m in istra tiv e de la so ciété à la­
quelle appartient le sociétaire qui la réclam e et su r l ’a v is de la
com m ission de su rv eilla n ce de la ca isse d es p e n sio n s. — Eu aucun
cas, l'aptitude a l ’obtention d ’une p ension v ia g ère ne p eu t cons­
tituer un droit ; c ’est au co n seil général q u ’il ap p a rtien t de déci­
der, selon les circonstan ces q u ’il apprécie, s ’il y a lie u ou non de
l ’accorder.

Ces statuts ont été justement critiqués. En n'accordant la
pension qu'aux octogénaires, ils reculent outre mesure le
temps du repos (1) ; ils donnent au conseil général un pouvoir
exorbitant, au détriment des sociétés locales, réduites à lin
simple droit de présentation. Repoussant le droit à la pension,
ils ne consacrent que le droit à l’aumône.
Je voudrais :
Poux-tout sociétaire ayant soixante ans d’âge et trente ans
de vie sociale, quelle que soit sa position et son état de for­
tune, le droit absolu à une honorable retraite (au minimum
1,200 francs};
Une pension proportionnelle dans le cas d’infirmités préma­
turées ;
Pour les veuves, le droit à la demf-pension.
Je suis de ceux qui voient dans la retraite obligatoire,
acquise par les cotisations supplémentaires obligatoires, le1
(1) Sur les 73 sociétaires morts eu 1863. le Dr A. Latour a relevé : 1 seul
nonagénaire. 2 octogénaires, 3 septuagénaires, 5 sexagénaires. Tous les
autres sont compris entre 30 et GO ans (Annuaire de l'Association générale.
1863, p. 45).

ASSOCIATION* MÉDICALE A MARSEILLE.

739

palladium de l'association médicale. « La retraite obligatoire!
C’est un beau rêve, mais un rêve, » dit le D'A. Latour (1). Par
de sages combinaisons linancières, par la modification de la
loi qui fixe les pensions des sociétés de secours mutuels au
décuple de la cotisation, ce qui serait dérisoire pour des mé­
decins, le rêve ne peut-il devenir une réalité? Ah ! qu’il en
soit ainsi ! que le médecin civil, à 1égal de ses confrères des
armées de terre et de mer, puisse compter pour ses vieux jours
sur une véritable caisse de retraites . et l’Association générale,
au lieu des cinquante-une démissions qu’elle vient d’enre­
gistrer en une seule année (2). recevra les bénédictions et les
adhésions reconnaissantes du corps médical tout entier !
L’Association générale a porté devant les tribunaux d'im­
portantes questions de jurisprudence professionnelle.
Dès la 2° année de son existence, elle a déclaré la guerre à
l’exercice illégal et au charlatanisme dont les savants rapports
du Dr Tardieu et de M° Andral lui ont fait connaître les ra­
vages. Impitoyable pour les profanes, indulgente pour ceux
« que leur diplôme attache à notre profession comme la robe
de Déjanire aux flancs d’Herculc (3), » clic a obtenu des con­
damnations; elle n ’a rien réprimé (4).
(1) Annuaire de l’Association generale, 1866, p. 61.
(2) Annuaire de l’Association générale , 1868, p. 35.
(3) J)r. Armand R e y , Journal de médecine du Dauphiné et de la Sdvoié,
1868, p. 545.
(4) Avant do s’armer contre les guérisseurs de carrefour, ne conviendrait-il
pas de définir le charlatanisme médical, trop souvent insaisissable, indé­
montrable? Ne conviendraih-il pas d’établir la limite entre ce qui est
permis et ce qui est défendu par la morale professionnelle ?
Le charlatanisme est-il I industrie dans la médecine, comme le veut
l’auteur dc La Médecine et les Médecins (Louis Peise, tome II, p. 179, 180)7
Est il l’application à la médecine de ce grand art qu’on nomme le Savoirfaire, art dont le Dr A. Guien. de Marseille, a réglé l’emploi dans une
brochure publiée en 1832, et que le Dr. A. Latour a réduit en formules
dans ses Aphorismes professionnels ? (Union médicale, 1852). Aujourd’hui,
le charlatanisme est tout celd: le savoir-faire et l’industrie coulent à pleius
bords dans la médecine et rien n’arrêtera celle double invasion.

�760

GOUZIAN.

Sur les rapports des médecins avec les sociétés de secours
mutuels, l’Association générale a traduit sa pensée par le
travail de M. Davenne, directeur honoraire de l’assistance
publique. Ce travail est certainement fort remarquable ; mais
il n'a pas fait avancer d’un pas un problème qui reste tou­
jours dans le domaine de la conscience et de la dignité profes­
sionnelle.
L'Association générale a demandé la révision du tarif des
honoraires des médecins appelés en justice. Au rapport con­
cluant du Dr Tardieu, aux démarches laites par des hommes
qui sont l'honneur de la médecine contemporaine, M. le
Ministre de la Justice a daigné répondre... par des promesses,
et tout récemment par une note émanant des bureaux du
ministère et tout à fait hostile à tios légitimes réclamations (1).
11 faut en faire son deuil; qu'il soit expert, qu'il soit simple
témoin, le médecin subira longtemps encore l’humiliant tarif
de 1811, comme l'impôt inique delà patente.
L’Association générale désire, pour la législation médicale :
La suppression des officiers de santé.
La répression de l'exercice illégal par une pénalité plus
sévère.
Le statu quo en ce qui concerne les annonces médicales et
les remèdes secrets qu'elle ne croit pas possible d’interdire
absolument et de réglementer.
Pour intervenir' auprès des pouvoirs publics, elle attendra
que ceux-ci aient préparé un travail de révision, et cette cir­
conspection, elle en tait les motifs « pour ne pas entrer dans
un sujet délicat et scabreux. Au milieu des préoccupations
politiques et sociales dans lesquelles nous vivons, elle n'ose pas
espérer l’entente de tous les pouvoirs publics pour réaliser l'idéal
professionnel révé par quelques esprits plus généreux que pra­
tiques (2). »
(1) Annuaire de l’Association générale, 1868 , p. 96.
(2) Annuaire de l'Association générale, 1866, p. 113, 1868 p, 41, 44.

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

761

Nous aurons peut-être un jour des lois protectrices de la
profession ; mais ce que les lois ne nous donneront jamais,
si nous ne savons l’acquérir par nous-mêmes, c’est la dignité
du caractère et l’estime publique qui en est la récompense.
« Ce que l’on peut obtenir par les mœurs, dit Montesquieu, il
ne faut pas chercher à l’obtenir par des lois (1). »
L’Association générale a-t-elle réformé les mœurs médi­
cales? A-t-elle apporté au corps médical de nouveaux élé­
ments de concorde et d’union? A-t-elle fait taire l’envie, l’in­
trigue, les prétentions extravagantes, les médiocrités ambi­
tieuses? A-t-elle fait disparaître les défaillances morales, la
soif des places, des honneurs, le monopole, le népotisme,
l’esprit de concurrence ? Les médecins ont-ils abjuré les vaines
disputes? Ont-ils sacrifié l’intérêt personnel aux grands inté­
rêts d’une corporation qui n’existe plus qu’à l’état de souve­
nir historique?
Répondre par l'affirmative, c’est obéir à une étrange illu­
sion.
Notre éminent confrère, le Dr A. Latour, disait récemment :
« Des deux grandes visées de l’Association, l ’assistance et la
protection, nous avons atteint la première. L’assistance est
désormais assurée et par le secours immédiat et par lafondation de la caisse des pensions. Quant à la protection, oui, il
faut le reconnaître et l’avouer, il nous reste beaucoup à
faire (2). »
J’ai signalé plus haut ce que l’Association générale doit faire
encore pour garantir à tous l’assistance dans le présent et
dans l’avenir. Par le secours éventuel, par la fondation d’une
véritable caisse de retraites, elle assurera du pain aux confrères
malheureux, à leurs veuves, à leurs orphelins; mais ses
ressources financières, limitées par l'insuffisance des cotisa­
tions. ne lui permettront probablement jamais de donner
(1) Esprit des lois, tome I I , chap. Xvi.
(2) Annuaire de l’Association générale , 1868, p. 42.

49

�762

GOl'ZIAK.

autre chose que du pain. Aussi, au médecin dépourvu d'ai­
sance patrimoniale, à celui qui n’a que la santé pour capital
et le travail pour revenu, je dis : Voulez-vous, au jour de
votre mort, épargner à un entourage aimé l’humiliation de
la pauvreté? ne vous contentez pas de l’association médicale;
adressez-vous aux Compagnies d'assurances ; soyez double­
ment prévoyants, et restez convaincus que l'assurance est
destinée à devenir la sauvegarde tutélaire de la famille du
médecin (1).
L’Association générale n'a pas réussi a protéger le corps
médical.
Pouvait-il en être autrement? Qu’on en juge :
Veut-elle attaquer l’exercice illégal et le charlatanisme ? Elle
se heurte à une loi insuffisante qui punit le délit comme une
simple contravention, à des parquets peu disposés à l’initia­
tive, à des juges tolérants; elle se heurte aux imbéciles, et
l'Ecriture a dit : Numéros stultorum est infinitus.
Veut-elle modifier l'organisation du service médical des
sociétés ouvrières? Elle se heurte aux médecins, véritables
artisans de leur malaise (2).
Veut-elle une réforme médicale? Elle rencontre l ’indiffé­
rence des uns, le scepticisme des autres, un véritable chaos
de projets, d opinions et d’idées ; auprès des pouvoirs publics,
une hostilité avec laquelle elle a trop tard appris à comp­
ter (3).
(1) Voir la remarquable leçon professée à l'école pratique par le Dr
Legrand du Saulle sur cette question : le médecin doit^il s’assurer? Abeille
médicale, 1868 , p. 241.
(2) On lit dans le supplément au Dictionnaire de Médecine de Fabre, p, 351.
« A Toulouse, une société de secours composée de mille membres offrait
1000 francs par an au médecin pour soigner tous les malades de la société.
Un jeune confrère accepta: ce que voyant, un autre confrère alla offrir
ses services pour 500 francs; ce qu’apprenant, un autre confrère s’empressa
d’aller les offrir pour 250 francs. » Signalé au congrès médical par le Dr
A. de Clausade, ce fait se reproduit tous les jours et partout. Avec la pra­
tique au rabais, le service médical des associations ouvrières échappe à
toute amélioration.

(3) Le Président Tardieu triomphera-l-il de celte hostilité? Comme le

ASSOCIATION MÉDICALE A MARSEILLE.

763

CONCLUSION.

Impuissante t\ moraliser la famille médicale, impuissante à
la protéger, l’Association générale doit, en attendant des
jours meilleurs pour la réalisation de son programme, s’ap­
pliquer à résoudre, plus complètement qu’elle ne l’a fait, le
grand problème de l’assistance. Depuis dix ans, elle dit à ses
adhérents: Patience, modération, discipline! le bien vient à
qui sait attendre; vous travaillez pour vos survivants ; le gland
deviendra chêne ; vos arrière-neveux vous devront ces om­
brages (1).
Il y a, dans ces déclamations banales et périodiques, de
quoi désespérer l’associe le plus patient et le plus orthodoxe.
lié! mon am i, tire moi du danger.

Tu feras après ta harangue (2).

I\ S. — Le Dr A. Latour écrit dans VUnion médicale du 14 sep­
tembre 1869, p. 386 : « Le jour viendra, et il dépend du corps
médical qu’il soit proche, où la pension viagère sera un droit ; où
tout médecin, après 30 ans d ’exercice et de vie sociétaire, jouira,
comme tout serviteur de l’État, d’une honorable retraite — indé­
pendante des événements et du pouvoir. »
J ’applaudis et souhaite qu’on hâte, par de sérieuses réformes sta~
tutaires, la venue de cet heureux jour.

docteur Rayer, son illustre prédécesseur, ne dira-t-il pas bientôt. « L'asso­
ciation a usé mon crédit. Quand on me voit entrer dans une administraiion
publique, les figures s'assombrissent et les portes sc ferment? » (Annuaire
de l’association générale, 1867 , p. 101.)
(1) Voir les Annuaires de l'association générale.
(2) Lafonlainc , liv. I, f. xxn.

�761

AIDE.

CLINIQUE DE LA VILLE.
De l ’acid e g a lliq u e co n tre le c a r r e a u
Par le Dr A idé.

J ’ai été appelé le 5 juin 1868 chez M. J. R. qui m 'a montré une
jeune tille que sa mère m'a dit avoir 32 mois.
Cette enfant était si maigre quelle faisait pitié à voir. — Voici
ce qui m’a été raconté :
A l’âge de 14 mois, cette petite fille commençait à se conduire
assez bien en s’aidant de ses mains. Pour des motifs à moi incon­
nus, on la sevra. Depuis cet instant, une fièvre continue s’est
emparée de cette malheureuse enfant. Sa famille a attribué cette
fièvre au travail de la dentition et n ’en a tenu aucun compte;
son ventre commença dès lors à se développer et ses muscles à
s'atrophier. Ce développement de l'abdomen a progressé au point
que, lorsque je l’ai vue pour la première fois, la peau était telle­
ment tendue qu’en percutant dans tous les sens, on entendait
un son semblable à celui que donne un tambour. La diarrhée
n ’a cessé d’accompagner la fièvre et le ballonnement du ventre.
Il faut ajouter à ces symptômes une oppression continue et
des souffrances que la petite malade ne savait expliquer, mais
qui pourtant lui avaient enlevé le sommeil,, surtout celui delà
nuit; sa poitrine était même entièrement déformée; il existait
des gibbosités, en avant et en arrière, assez développées.
Deux confrères l'avaient soignée avant moi et lui avaient fait
subir plusieurs traitements restés infructueux. L'état de la jeune
malade était d’autant plus alarmant pour ses parents qu’ils
avaient perdu deux de ses aînées à l’âge de celle-ci et à peu près
dans les mêmes circonstances.
Connaissant les effets de l’acide gallique dans les affections de
nature anémique, j ’ai résolu, vu l ’état de tuméfaction des gan­
glions lymphatiques du mesentère, de soumettre ma jeune
malade à l ’usage de ce médicament. J ’ai fait la prescription sui­
vante : trois paquets par jour de un décigramme l'un d’acide

ACIDE GALLIQUE.

768

gallique ; et le régime alimentaire a été de la viande rôtie sai­
gnante, deux fois par jour. Une chose à noter c’est qu’à mesure
que son état s’aggravait, l’appétit redoublait.
Du 5 juin au 20 juillet suivant, l’enfant n ’a cessé de prendre
30 centigrammes d'acide gallique par 2i heures; l'abdomen
avait diminué et était devenu un peu moins dur après sa diges­
tion faite ; la peau était moins tendue, elle cédait tant soit peu
sous la pression des doigts ; la diarrhée était non-seulement moins
fréquente, mais encore elle avait disparu complètement plusieurs
jours de suite ; le sommeil de la nuit était assez bon et la respi­
ration moins difficile ; le pouls beaucoup moins fréquent et les
deux gibbosités moins volumineuses. Cette diminution, dans les
gibbosités, a surpris la famille plus que tout le reste.
Du 20 juillet au 19 août, il m’a fallu faire suspendre l’acide
gallique, car la jeune fille a été atteinte d’une bronchite à carac­
tère aigu, avec fièvre. Il y avait chez elle oppression, toux sèche
d’abord, grasse ensuite, et chaque fois qu’elle respirait pendant
ces cours instants de sommeil, on entendait un bruit qui déno­
tait que la muqueuse bronchique avait abondamment secrété.
La diète, les infusions pectorales et les vomissements provo­
qués par l’ipéca ont fait justice de cette affection des bronches
et lui ont permis de recommencer l'usage de l’acide gallique,
pour donner aux muscles leur ancienne vigueur; quant au ventre,
il a conservé, pendant ce temps, la souplesse que lui avait don­
née l’acide gallique. J ’ai été appelé le 24 ; ma malade, du matin
7 heures à midi, avait rendu, sept selles de nature dissentérique ;
le ventre était douloureux au toucher, la fièvre avait reparu, la
langue était un peu rouge vers la pointe. Prescription : décoction
blanche de Sydenham pour boisson, 5 centigrammes poudre de
Dover, de trois en trois heures, suppression de l’acide gallique ;
sous l’influence de cette médication, les symptômes que je viens
d’énumérer ont disparu dans les quarante-huit heures et la
malade a poussé une selle bilieuse liquide. Dans les vingt-quatre
heures suivantes, elle a poussé deux autres gardes-robes, ayant
le même caractère que celle survenue après la disparition de
la dyssenterie. — Prescription : eau de riz gommeuse, pour
boisson, et riz à l'eau pour aliment.
Le 12 septembre, ma jeune malade conservait une très grande
souplesse dans le ventre ; elle poussait deux selles naturelles par
jour, elle avait seulement un peu de toux grasse sans fièvre. 15
grammes de sirop d’ipéca, à prendre en deux fois, élévation de

�7Gfi

SAU VET.

l’acide gallique à 45 centigrammes par vingt-quatre heures ; les
gibbosités de la poitrine avaient bien diminué, quoique encore
volumineuses, du 24 août au 12 septembre.
Le 25 septembre, j ’ai revu la jeune lille ; je lui ai trouvé une
très grande souplesse dans le ventre ; elle poussait deux garderobes naturelles et dormait très bien la nuit. Prescription :
2 paquets par jour de 25 centigrammes l'un d’acide gallique. J'ai
été porté à croire, d’après l’amélioration déjh notable obtenue,
que ce médicament finirait par rendre les jambes à l’enfant, en
développant ses muscles.
Pendant le mois d’octobre, l’enfant a constamment conservé la
souplesse du ventre, a été à la garde-robe naturellement et,
s’appuyant de ses mains, pouvait se tenir droite sur ses jambes.
Le 29 novembre, pas de changement. 11 y avait l’atrophie des
muscles des membres inférieurs qui persistait encore, ainsi que les
gibbosités, quoique moins volumineuses. Continuation de l’acide
gallique k la dose de 25 centigrammes par vingt-quatre heures.
Je fus très surpris, longtemps après ma dernière visite, lors­
qu’on vint me demander le certificat de décès de cette enfant. Elle
a eu un muguet qui a marché si rapidement, que la famille ne
s’en est aperçue que lorsque la malade est tombée en agonie,

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.
Annales médico-psychologiques.—Journal de médecine
mentale.
L’étude de la médecine mentale ne fut jamais plus utile et
plus opportune qu’aujourd’hui. Elle puise un attrait particu­
lier dans les attaques injustes que, depuis quelque temps, on
a dirigées contre les dispositions légales qui régissent les éta­
blissements d’aliénés.
Les travaux des grands spécialistes de l’école moderne, et
les sentiments généreux qui les inspiraient avaient préparé la
loi du 30 juin 1838. Complétée, plus tard, par diverses ordon­
nances royales . spécialement par celle du 18 novembre
1839. elles forment ensemble une législation homogène qui

REVUE MKDTCO-PSYOHOLOUTQUE.

767

respecte la liberté de l’individu, tant qu’elle n'est nuisible ni
à la société, ni à lui môme, qui sauvegarde ses intérêts maté­
riels et les défend, au besoin, contre l’avidité des membres de
sa propre famille, qui réglemente et surveille les moindres
détails de sa séquestration, quant elle est devenue nécessaire,
l’abrite sous la responsabilité qu’elle impose au médecin
traitant, au directeur, aux représentants des autorités locale,
judiciaire, départementale et sous le contrôle do l’autorité
supérieure représentée par ses inspecteurs généraux.
Ces précieuses garanties sont désormais insuffisantes, au
dire de cerlains novateurs qui, prenant au sérieux les récri­
minations île quelques échappés des petites maisons, se sont
l'ait, devant le public, leur porte parole et ne demandent rien
moins que l’abrogation de la loi de 1838. II est difficile de
comprendre comment des gens sensés, des écrivains distin­
gués, des journalistes de la presse politique ont pu se laisser
entraîner sur u n terrain qui Leur était si peu connu, où ils
s’aventuraient en aveugles. B ientôt, en effet, battus de toutes
les manières, dans l'insertion de prétendus faits de séquestra­
tion arbitraire qui n ’existaient pas — Indépendance Belge du
18 décembre 1800; Débats, 22 décembre 1868 — dans les procès
auxquels ils s’etaient intéressés, dans les pétitions au Sénat
qu’ils avaient provoquées, ils se réfugiaient dans le persiflage,
qui peut être quelquefois l’arme d’un homme d’esprit, mais
avec laquelle on peut aussi blesser celui qui s’en sort mal
à propos.
On pense bien que la législation sur les aliénés n ’a pas été
seule en butte aux coups de plume de ces singuliers réforma­
teurs , le corps médical ne devait pas être épargné et les
médecins aliénistes surtout ont été daubés d’importance;
toutefois nous apprenons do source certaine qu’aucun de nos
confrères ne s’est senti piqué par ces terribles adversaires ;
que M. Tardieu, l'éminent médecin légiste, acclamé l’an der­
nier, comme président de Y.Association générale des médecins
de France, par six mille de ses confrères, ne s’est pas ému
des traits que lui décochait récemment le Journal de Paris ;
.et enfin, que la grande ombre du grand Molière n’en a pas
même tressailli.

�'68

SAUVET.

Puisque nous en sommes à des billevesées, qu'il importe de
ne pas traiter plus sérieusement , citons textuellement la
fin de l’article dont nous venons de parler, c’est un petit chef
d’œuvre qui donne la mesure de la judiciaire de son auteur. Il
s’agit d'un détenu politique que l’amnistie du 15 août va ren­
dre à la liberté ; mais il parait atteint de folie et les jugesvont le
confier à l’examen des médecins spécialistes. Chose naturelle,
dira-ton, l’homme de l’art est seul compétent pour juger del’état
de santé ou de maladie; mais l ’auteur saisi d’une indignation
burlesque s’écrie : Quoi ! Voilà quatre personnages éclairés et
constitués en dignité ; ils sont habitués à la pratique des hom­
mes.... et ils ne sauraient décider à eux seuls, avec les lumières
de leur bon sens et de leur expérience, si un prévenu jouit de sa
raison ou s’il est fou à lier ! Il faut, pour se faire une opinion,
qu’ils le renvoient par devant un homme à diplôme, un manda­
taire de l'ordre cérébral, un expert ès-facultés humaines!
Quelle chinoiserie ! Quelle abominable chinoiserie, où le bouffon
le dispute au tragique ! Chinoiserie, en effet, pure chinoiserie
que ces phrases fantastiques venues en ligne directe du céleste
empire, écrites par un habitant de la lune pour les lunatiques
de la terre et dont le signataire s’est fait, dans un moment
d humour, l’éditeur responsable.
Mais ces fantaisies des journa ux politiques renferment un
enseignement dont nous devons profiter. La rédaction du
Marseille Médical a sagement compris qu'il fallait chercher à
répandre les résultats des travaux sur l’aliénation mentale,
dont l’étude chez nous a été le signal des réformes qui ont
créé le traitement physique et moral de la folie, dont chaque
progrès se traduit par une amélioration matérielle dans le
sort des aliénés, progrès que, pour notre part, nous serons
toujours heureux de connaître et de propager.
Les Annales médico-psychologiques de Paris , fondées en
4842, par MM. Baillarger, Cerise et Longet sont destinées à re­
cueillir tous les travaux relatifs à l’aliénation mentale, aux
névroses et à la médecine légale des aliénés. Ce recueil compte
dans le comité de sa rédaction et parmi ses collaborateurs,
des membres de l’Institut, de l’Académie impériale de méde­

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

769

cine, des philosophes, et la plupart des médecins des asiles.
Ses nombreux correspondants, ses savants traducteurs lui
permettent de publier ou de faire connaître les œuvres des
médecins français et étrangers : c’est dire que sa rédaction est
des plus variées, qu’elle offre au lecteur le double attrait de
la théorie et de l’enseignement clinique. C’est à cette source
féconde que nous puiserons d’abord les matériaux de notre
revue.
M. Brierre de Boismont continue cette année une série
d’études psychologiques sur les hommes célèbres qu'il avait
commencée l’année dernière. Mittermaier, célèbre juriscon­
sulte de l’Allemagne, ancien président des parlements de Franc­
fort et de Bade, mort en 1867, forme le sujet du D'article.
L’illustre professeur de droit de l’Université de Heidelberg ne
partageait guère vis-à-vis des médecins aliénistes l’opinion des
écrivains dont nous avons parlé ; il indique la nécessité de
leur intervention dans toutes les questions de médecine légale,
il invoque leur appui dans les questions judiciaires, il pro­
clame les services considérables qu’ils ont rendus à la cause
de l’humanité et pour corroborer par des actes la haute es­
time qu’il professait pour la psychiatrie, il consacrait les vingt
dernières années de sa vie à l’étude de la médecine légale des
aliénés.
Une des quest ions dont Mittermaier s’est le plus occupé est,
sans contredit, celle de la peine de mort. Son ouvrage, qui sera
toujours consulté par les savants et les moralistes, conclut
résolument à l’abolition de cette peine, il réfute d’abord les
principes sur lesquels on s’est appuyé pour enlever à autrui
un bien qu’on ne lui a pas donné, le talion, l’intimidation,
l'expiation, les idées de justice, de légitimité et d'utilité so­
ciale : il leur oppose ce qu’il appelle les vrais principes qui
doivent diriger la législation en matière pénale, qu’il rencontre
dans les enseignements donnés par une statistique bien faite
des crimes, des condamnations, des actes coupables qui ont
cessé d’être puni de mort, des grâces accordées, des résultats
de ces mesures, de l'application de la peine, de l’impression
produite par les condamnations à mort et leur exécution, de

�770

S AUVET.

la conduite des coupables graciés, et ce qui mérite toute con­
sidération, des innocents exécutés. Cotte méthode n’a rien de
transcendant, dit M. Brierre de Boismont, mais elle est émi­
nemment rationnelle et pratique. Nous ne sommes pas de cet
avis. Elle n'est, suivant nous, ni rationnelle, ni pratique :
il n’est pas rationnel de grouper dans une môme statistique
des faits accomplis dans des pays différents, chez des peuples
qui n’ont rien de commun entre eux, ni mœurs, ni lois, ni
religion: autant vaudrait appliquera tous les peuples delà
terre une législation pénale uniforme. 11 n’est pas plus ration­
nel de réunir le nombre des crimes qui ont cessé d’être punis
de la peine capitale, des grâces accordées, du nombre d’exécu­
tions, de l’influence de ces mesures, sans tenir compte des
milieux physiques et moraux dans lesquels vivent les popu­
lations sur lesquelles on opère. Une semblable statistique
relevée chez les paisibles habitants du Val-d’Andorre, sera-telle de la moindre utilité si on l’applique aux populations
de Londres, de Paris, de Marseille et autres grandes villes où
les mœurs sont dépravées, où l’envie de s’enrichir fait, recher­
cher , pour y parvenir, les moyens les plus illicites, où se
rendent les évadés ou repris de justice de tous les pays, où
l’intelligence et l’instruction ne servent que trop souvent au
criminel à calculer, ù préciser le degré de pénalité qui peut
l’atteindre ; ne ferez-vous non plus aucune différence entre
les états où la culpabilité est constatée par un jury ou direc­
tement par les juges eux-mêmes? Le ju ry chez nous, n’est-il
pas une garantie suffisante contre l’application irréfléchie de
la peine capitale ? Oseriez-vous dire qu’il pêche par trop de
sévérité? Une statistique qui ne tiendrait pas compte de toutes
ces conditions, n’est ni rationnelle ni praticable, parce qu’elle
ne repose pas sur des éléments homogènes sans lesquels il ne
saurait y avoir de bonne statistique. Que fera-t-on des indi­
vidus grâciés? ils seront forcément assimilés aux criminels
qui n’ont, pas mérité la mort ; mais alors, pour être juste, il
faut abaisser d’un degré toute notre législation pénale, et l’on
sait, grâces aux circonstances atténuantes, combien déjà elle est
adoucie dans son application. Nous aurions bien d’autres

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

771

considérations à faire valoir en faveur de notre opinion, si la
nature de cet article nous le permettait ; nous saurions
prouver que l’influence de la commutation de peine sur le
gràcié est nulle au point de vue de sa moralité, et que compter
sur le remords des grands criminels est une utopie que peuvent
concevoir des hommes généreux, mais que jamais ne com­
prendront ceux qui, par devoir professionnel, connaissent et
fréquentent les détenus.
Nous serons beaucoup mieux en communauté d’idées avec
l’illustre jurisconsulte de Heidelberg et l’honorable M. Brierre
de Boismont, en nous occupant de la deuxième partie de son
travail : Sur les aliénés dans les prisons et devant les tribunaux.
Oui, il est malheureusement vrai que des aliénés ont été plu­
sieurs fois condamnés comme délinquants on criminels ; que
plus d’une fois les magistrats les plus éclairés n’ont pas hésité
à appliquer les dispositions du code pénal à de prétendus
coupables parce qu’ils s'écriaient à l’audience , qu'ils n’étaient
pas fous, pendant que leurs défenseurs plaidaient leur étal
d’inconscience et d’irresponsabilité qu’il eût été facile de dé­
montrer en recourant à l’expérience des médecins spécialistes.
Il suffit, en effet, de connaître les aliénés et les asiles qui les
renferment, pour savoir que ces établissements sont peuplés
d’individus qui ne veulent pas être fous, qui ne conviendront
jamais de leur état mental, parce qu’ils ne le connaissent pas.
Capables, quelquefois, d’apprécier les actes de ceux qui les en­
tourent, ils le sont rarement de juger sainement leurs propres
actions; tandis qu’au contraire, il estprudentde se méfier d’un
criminel qui cherche à vous persuader qu’il est fou ; le plus
souventalors, excepté chez quelques monomanes, on doit s’at­
tendre à la simulation plus ou moins adroite de l’aliénation
mentale. Mais le temps est passé où la magistrature, voyant
des criminels dans tous les prévenus, reprochait au corps mé­
dical de ne voir que des fousdansles accusés qu’on soumettait
à son examen; jam ais les médecins aliénistes ne furent plus
souvent consultés par Messieurs les membres du parquet ou
les juges instructeurs, et l’on peut affirmer que le nombre
des aliénés détenus dans les établissements pénitentiaires

�SAUVET.

REVUE MÉ DIC O- 1\S YC PI OL OGIQ UE .

dont l’état mental passe inaperçu, devient ions les jours plus
rare, grâces aux instructions ministérielles très-précises à ce
sujet, à la haute intelligence des magistrats français et à la
sollicitude des médecins chargés du service des prisons.
Cette étude sur Mittermaier est suivie de deux articles consa­
crés à Shakespeare et à ses principales créations dramatiques,
dans lesquelles M. Brierre de Boismont fait encore preuve
d’un grand talent d’observateur. 11 nous présente le célèbre
poète sous un aspect peu connu. Nous admirions Shakespeare
au théâtre et dans ses livres, mais nous ne le connaissions
pas comme psychologiste. Il a cependant étudié l’aliéna­
tion mentale et les caractères qu’il a donnés à ses héros,
prouvent qu’il en avait observé les différentes formes. Macbeth
est un halluciné qui croit aux sorcières : Constance nous fait
comprendre que, quand le jugement et la faculté de compa­
rer ne corrigent pas les excès de l'imagination, la folie peut
en être la conséquence; Jacques, le mélancolique, et Timon
d’Athènes, ont quelques points de ressemblance avec Ilamlet.
Celui-ci, tel que l’a conçu Shakespeare, est un mélancolique,
dégoûté delà vie, porté au suicide et qui ne voit que le triste
côté des choses humaines. Il a parfois conscience de son état,
« je suis seulement fou , dit-il. lorsque souffle le vent du
Nord, tandis que ma raison est saine avec le vent du Sud. » 11
a juré de venger son père ; il sent qu’il n’a pas assez d’énergie
pour atteindre son b u t , pour conjurer les dangers qui le me­
nacent ; il a recours à la ruse et veut simuler la folie : situa­
tion analogue à celle de plusieurs aliénés qui simulent des
idées délirantes qu’ils n’ont, pas, pour cacher le véritable sujet
de leur délire. Dans son fameux monologue sur le suicide:
« Être ou ne pas être » le poète nous peint admirablement la
triste position de l’infortuné que des idées maladives pous­
sent au suicide et que sa foi dans l’existence de Dieu et d’une
autre vie, retient sur les bords de l’abime. Ilamlet nous re­
présente surtout ces mélancoliques, qui n’ont pas tout à fait
perdu la raison, qui restent dans le monde, y vivent de la
vie commune, pour leur plus grand malheur et pour celui
des personnes qui les entourent, jusqu’à ce qu’une catastrophe

vienne éclairer les parents sur leur véritable état et sur les
mesures préservatrices qu’ils auraient dû prendre.
La conception psychique du roi Lear affecte une toute au­
tre forme. Ce n'est plus un état maladif pouvant se traduire
d’un moment à l’autre par les actes qui caractérisent l’alié­
nation mentale, mais l’histoire réelle et complète d’un véri­
table accès de délire maniaque. Nous y trouvons les condi­
tions de causalité, matérielle et morale, prédisposante et
occasionnelle, les prodromes qui passent inaperçus, quand
le médecin n’est pas là, pour donner l’éveil, la période d’exci­
tation dans laquelle la folie éclate et se manifeste aux yeux
desmoins clairvoyants, un traitement judicieux, des intermit­
tences d’accalmie, une guérison partielle qui fait croire à une
guérison radicale, puis, aux approches de la mort, nous
voyons le malheureux roi recouvrer la raison, comme cela
arrive souvent aux aliénés.
William Shakespeare, était donc bien un aliéniste, car cette
observation complète et fidèle de Lear, écrite depuis 200 ans,
pourrait être signée par un de nos spécialistes modernes. Son
génie avait deviné ce que les investigations scientifiques ont
confirmé. M. Brierre de Boismont a finement analysé les
œuvres du grand poète anglais, comme il l’a fait pour celles de
Mittermaier et antérieurem ent pour les ouvrages de Guislain,
le célèbre aliéniste deGand. Nous souhaitons qu’il persiste dans
cette voie, qui sera toujours féconde; les grands hommes, les
hommes de génie surtout, ont avec les aliénés plus d’un point
de contact et souvent ce que nous admirons le plus dans
leurs œuvres, n'est que le produit d’une organisation mala­
dive ; cela est vrai pour le théâtre, la musique, la peinture,
et pour toutes les conceptions où l ’imaginationjoue un grand
rôle. L’enthousiasme, l'inspiration et la folie, proviennent des
mêmes sources organiques, comme l’a dit notre excellent maî­
tre, M. Moreau (de Tours), 1 histoire de la folie est d’ailleurs
celle de l'humanité tout entière.
Il nous reste à mentionner deux articles de psychologie :
l’un de M. Fournet, écrit à propos de l’ouvrage de M. Tissot
sur TImagination , ses bienfaits et ses égarements, surtout dans

772

773

�774

SAU VET.

le domaine du merveilleux; 1autre, du docteur de Harlsen
Sur les Principes de la psychologie experimentale el les princi­
paux apôtres de cette science. Ces travaux ont leur impor­
tance et nous regrettons de ne pas pouvoir leur consacrer
quelques mots d'analyse.
P athologie . — M. le Dr Lunier publie, au nom du congrès
aliéniste international de 18C7, un projet de statistique appli­
cable à l'étude des maladies mentales. Ce projet comprend
deux parties distinctes, la statistique médicale et la statistique
administrative; Tune et l’autre nous paraissent complètes el
il serait difficile de citer quelque chose d'utile qui ne fut pas
mentionné dans une des colonnes des tableaux que nous
avons sous les yeux. Ce travail, adopté par les délégués étran­
gers présents au congrès, tient compte des conditions ma­
térielles et morales de chaque localité : il faut espérer qu'il
sera bientôt entre les mains de tous les directeurs et médecins
des établissements d’aliénés, afin d’arriver îi connaître tout
ce qui peut intéresser le sort de ces malheureux. M. Luriier,
est un des plus anciens rédacteurs du recueil dont nous nous
occupons ; à l’époque de sa fondation et sous les auspices du
savant médecin de la Salpétrière, M. Baillarger, il était du
nombre de ses jeunes collaborateurs qui. par leur travail et
leur intelligence, se préparaient une place distinguée parmi
les aliénistes de notre époque. Bon observateur et bon écrivain,
M. Lunier a beaucoup écrit sur l’administration des asiles, et
sur les diverses branches de l’aliénation mentale ; ses travaux
jouissent à juste titre, d ’une grande autorité, et nous saurons
les analyser avec soin. Nous avons encore du même auteur
une excellente monographie sur les Crétins et le Crétinisme,
et un article très remarquable de M. Achille Foville sur la
physiologie pathologique des convulsions ; on peut les lire in
extenso dans le nouveau Dictionnaire de chirurgie et de médecine
pmtiqiies de M. Jacoud, d’où ils sont extraits.
M. le Dr Christian (de Bischwiller) consacre quelques pages
à l’étude de la Rage et de l'hydrophobie dans leurs rapports avec
Valiénation mentale I Les réflexions de l’auteur peuvent se ré­
sumer, à notre avis, de la manière suivante : l’hydrophobie est

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

775

un symptôme commun à beaucoup de maladies, il n’existe
qu'accidentellement dans la rage; 1 hydrophobie nerveuse,
non rabique est une variété du délire hypocondriaque; la
rage est toujours produite par l’inoculation d’un virus spécillque, elle n ’est pas une variété de la folie, tandis que l’hypo­
condrie rabique est une maladie mentale.
Cinq observations de folie épileptique présentées par M. Bécoulet, médecin-adjoint de l’asile d’Auxerre, dans lesquelles le
bromure de potassium a guéri un malade et amélioré l’état
des quatre autres, permettent à ce médecin d’affirmer que ce
médicament a im e action réelle et utile sur l’épilepsie. EL
adhuc subjudice lis est.
La folie goutteuse, sur laquelle M. Berthiev, médecin rési­
dant. de l’hospice de Bicêtre, a publié un excellent article,
n’a pas été adoptée par tous les médecins , quoique tous
s’accordent à reconnaître son influence sur le moral des
malades, erumpente podagrâ, solvitur ntelancholia. Dans la
période des cent dernières années, l’auteur peut citer à peine
neuf écrivains qui ont affirmé et constaté son existence; il
rassemble tous les exemples qu’il a pu découvrir dans les livres
anciens et modernes, et parvient à réunir 22 observations de
folie goutteuse, dont 8 lui sont personnelles: les formes du
délire étaient les suivantes: 1 stupeur, 1 délire mélancolique,
2 mélancolies suicides, 3 démences sim ples, 4 aliénations
mal définies, 5 démences paralytiques, G délires généraux.
Parmi les 8 malades qui lui appartiennent, M. Berthier a
constaté six fois l’influence héréditaire.
Le J ournal de médecine mentale a été créé à Paris, il y a
bientôt neuf ans, par M. Delassiauve, médecin en chef de la
3* section des aliénées de la Salpétrière. Le savant aliéniste
occupait antérieurement une position analogue à l'hospice de
Bicèlreoù il avait remplacé Leuret. La feuille qu’il dirige avec
un incontestable talent, est un résumé de toutes les questions
relatives à la folie, aux névroses convulsives et aux défectuo­
sités intellectuelles et. morales, au point de vue médico-psycho­
logique, hygiénique, thérapeutique et légal. On y trouve une
analyse critique de toutes les productions nouvelles qui y

�777

SAU VET.

BIBLIOGRAPHIE.

sont soumises au contrôle d une discussion doctrinale. Pour
servir de base à ses travaux, M. Delassiauve a d’abord exposé
ses idées sur la psychologie et donné une classification logique,
d’où il a déduit les solutions qui découlent des principes qu’il
a posés ; son œuvre est essentiellement originale ; nous y trou­
verons souvent des aperçus nouveaux, plus souvent encore
des faits intéressants à connaître.
Considérations sur un cas type de stupidité par M. le D' Berthier.—L’état décrit sous le nom de stupidité a été l'objet d’une
appréciation et d’une dénomination différentes suivant les au­
teurs. Nous ne rappelérons que les opinions le plus récem­
ment émises. Pour M. Baillarger, la stupidité est une variété
suractive de la mélancolie comparable au rêve, où, loin d'être
inerte, l’imagination intervient d’une m anière puissante ; les
conceptions délirantes, les scènes fantastiques, les visions ter­
ribles du stupide prouvent ce travail cérébral; M. Delassiauve
pense au contraire que cette affection est caractérisée par une
torpeur intellectuelle, une absence absolue des idées, une dis­
position dans laquelle les fonctions cérébrales semblent inertes,
comme paralysées. Chez le Lypémane dit-il, tout est calculé,
médité, les hallucinations exercent un empire qui fortifie le
délire; chez le stupide, tout est saccadé, accidentel, machi­
nal et les hallucinations ne s’y rencontrent que comme com­
plication. Depuis l’époque où ces idées furent exposées dans
les deux recueils qui font aujourd’hui le sujet de notre revue,
M. Delassiauve a été conduit à considérer la stupidité et la plu­
part des variétés lypémaniaques comme appartenant au cadre
des folies générales ; il en a fait une série comprenant tous les
degrés, depuis l’hébétude légère jusqu’à la plus complète
atonie psychique qu’il a décrit dans son journal, sous la tri­
ple dénomination de stupidité profonde, moyenne, et légère.
C’est à propos de ces considérations que M. Berthier cite l’ob­
servation très curieuse d’un de ses malades de Bicêtre qui,
après avoir été agité, bruyant et loquace, est tombé dans le
mutisme et l’inertie la plus complète. Alité pendant seize
mois ; ses excrétions, urines, fèces, salive, deviennent invo­
lontaires; il mange en cachette et souvent l ’emploi de la sonde

œsophagienne devient nécessaire pour le nourrir. A celte
inertie, se joint une roideur cataleptiforme ; l ’anesthésie
augmente tous les jours, une épingle enfoncée dans les chairs
ne provoque aucun tressaillement, et il est insensible à l’élec­
tricité. Plus tard, guéri de cette longue affection, le malade a
l’ail* de sortir d’un rêve, il ne sait pas ce qui s’est passé, dit-il,
il ne pensait à rien, il aurait voulu travailler, et, quand on
s’étonne qu’il soit resté un an et demi comme une statue, il
avoue ne rien y comprendre lui-même : l’auteur a donc bien
raison de le présenter comme un cas-type de stupidité.
En terminant celte analyse, trop longue peut-être pour
quelques uns de nos lecteurs qui ne s’intéressent pas assez
aux maladies mentales, trop courte à notre avis, par rapport
à l’importance et au nombre des travaux qu’il afallu négliger,
nous devons mentionner un excellent article deM. Brierre de
Boismont. publié en feuilleton par Y Union médicale de Paris
dv 14 septembre, que nous avons sous les yeux. C’est une nou­
velle réponse, après tant d'autres, aux injustes attaques des
journaux politiques contre les médecins aliénistes et la loi de
1838. Mais, comme les autres, elle ne sortira pas du domainedes
feuilles médicales et MAI. les journalistes de la grande presse,
si prompts et si acerbes dans leurs récriminations, n ’auront pas
le courage de la reproduire.
Dr SAUVET.

T76

BIBLIOGRAPHIE.
L iv re t m a t e r n e l p o u r p r e n d r e d e s n o te s s u r la s a n t é d e s
e n fa n ts , par le professeur J.-B . Eo^ ssagrives ; Paris, 1S69 ; librairies
L. Hachette, boulevard Saint-Germain et Victor Masson, place de l'Ècolodc-Médecine.

L’auteur de ce petit livre se propose de réaliser une idée
éminemment utile; il veut mettre à profit, pour la médecine
des enfants et pour la médecine en général, l’observation ma­
ternelle conduite avec méthode et intelligence. Son but est
clairement indiqué dans les lignes suivantes de sa préface :
50

�77*

ISNAKD.

« . . . Il faut, dit-il, que l’observation Je la mère commence
dès les première jours de la vio et. se continue sans interrup­
tion, de façon à ce qu elle ait en main les annales de la saiil"
de chacun de ses enfants, et n’ait qu’à les mettre sous les yeux
du médecin quand il est appelé.
« Comme notre tâche serait plus simple et notre interven­
tion plus efficace, si nous avions une pareille ressource 1 Mais
il est évident que la mémoire serait inhabile à tant de de­
tails; il faut les écrire, et je recommande expressément ce
soin aux mères. Elles tiennent, avec une régularité qui leur
fait honneur, un cahier de comptes et de dépenses ; pourquoi
n’inscriraient-elles pas les incidents de développement ou de
maladie au fur et à mesure qu'ils se produisent : ici l'époque
de la sortie des dents, là une rougeole, ailleurs un rhume,
une varicelle "? Le médecin, interrogé par elles après une ma­
ladie, leur fournirait des désignations, et elles les noteraient
soigneusement. Pas de théories, pas d'hypothèses : des faits
précis avec leurs dates et rien de p lu s ... Il ne s’agit pas ici
d’une comptabilité hygide ou morbide difficile à tenir ; un
mot tous les trois ou quatre mois, et l’on a des notes en règle,
susceptibles d’éclairer utilement le médecin, et dont le profit
peut s’étendre de l’enfance à toute la v ie ... Il y a plus, des
lumières singulièrement profitables pour tous les membres
d’une même famille peuvent surgir, à un moment donné, du
rapprochement de ces notes, quand elles ont été convenable­
ment et périodiquement tenues. »
Le Livret maternel est la réalisation de cette idee pratique,
le moyen très simple pour la mère de prendre ses notes avec
exactitude.
11 est divisé en vingt tableaux dont on aura vite saisi la
portée, si l'on veut bien y jeter un coup d'œil. En voici d’ail­
leurs les principaux titres : Hérédité et consanr/uinilé, Nais­
sance. Allaitement, Sevrage, Vaccine, Dentition, Indispositions,
Eruptions, Maladies diverses de Venfance, Habitudes physiolo­
giques et médicamenteuses, Habitudes hygiéniques, Susceptibilité
et ressemblance, Accidents et opérations, etc.
Chaque tableau présente, afférente à son titre, une série
de questions en regard desquelles la inère, suivant les cir­
constances, inscrit ses notes, tantôt quelques lignes, tantôt
un mot, une date.

MBLIOÜH.U’HIE.

77‘J

L’auteur a fait deux Livrets séparés, l'un pour les enfants
du sexe masculin, l’autre pour les enfants du sexe féminin.
Les différences portent, dans le premier cas. sur les exercices
physiques et le travail de l’esprit, dans le second, sur la pu­
berté et les époques mensuelles. Très naturelles, en principe^
elles nous semblent avoir été exagérées dans quelques-unes
de leurs conséquences. Ainsi, pourquoi ne pas tenir compte,
chez les petites tilles, comme chez les petits garçons, du tra­
vail de l'esprit, des aptitudes intellectuelles? Pourquoi ne pas
noter l’influence des études sur la santé, les interruptions
causées par la maladie ? Pourquoi ces distinctions que les
mères, en particulier, ne voudront pas toujours ratifier?
Encore une remarque : le JJvrct materne! finit à l’adoles­
cence. Doit-il s’arrêter là ? Evidemment non, el, pour former
un journal complet, il doit s’étendre à tous les âges de la vie.
Mais comment et par qui sera-t-il continué? Logiquement,
on peut supposer qu'il le sera longtemps encore par la mère,
et plus tard par les enfants eux-mêmes, c’est-à-dire par
chaque individu intéressé. Déjà, par l'intelligence et la ten­
dresse maternelles, le culte de la santé s’est établi dans la
famille ; n’est-ce pas aux enfants de suivre ce pieux et salu­
taire exemple, à eux de perpétuer la tradition ? Au lieu de
laisser ce point dans l ’ombre, l’auteur, avec son autorité
habituelle, aurait dû s’y arrêter un instant, donner ses vues,
ses conseils. C'était nécessaire ; car, du jour où ses idées ces­
seront d’avoir pour auxiliaire l'amour maternel, elles seront
en bulle à P indifférence, cet écueil où viennent échouer tant
d’excellentes choses.
Quoiqu’il en soit, le Livret maternel, surtout avec des notes
additionnelles, pourra fournir, sous lu contrôle du médecin,
de véritables tableaux cliniques à la fois très sommaires, très
exacts et très complets. Ainsi seront fondées et continuées,
dans chaque famille, les Archives de leur santé, archives
d’une extrême importance, non-seulement pour la médecine
de l’individu, mais pour la médecine de la famille.
Dans une courte analyse, nous ne pouvons pas développer
tous les avantages matériels et moraux de ces annales. On les
comprend sans peine; du reste, nous renvoyons le lecteur au
polit livre de M. Fonssagrives. Nous nous bornerons ici à
appeler l’attention sur un seul point, sur le profit qu’en reti-

�780

ISNARD.

rera l'étude des maladies chroniques, appelées avec raison
maladies delà famille. Supposons, en etVct. un médecin,
esprit généralisateur, ayant à sa disposition les archives de
plusieurs familles. Duels riches matériaux entre ses mains !
Prenant les maladies chroniques à leur origine, suivant, à
travers les générations, leur évolution et leurs transformations
diverses, leurs périodes d'atténuation ou d’aggravatiop, de
dégénérescence ou d'abâtardissement, il arriverait à la solu­
tion des problèmes les plus difficiles et les plus intéressants de
la pathologie, et pourrait établir, sur des bases solides, l'étude
encore si obscure et si controversée des maladies chroniques.
Tel est. en deux mots et dans sa pensée fondamentale, le
Livret maternel. Il continue une série, non encore terminée,
de publications sur l’hygiène de la famille, œuvre féconde à
laquelle le nom de M. Fonssagrivcs donne une très grande
valeur. Nous signalons volontiers ce petit livre à la sollicitude
des mères et des médecins, et nous lui souhaitons bien sincè­
rement tout le succès qu'il mérite.
I)r Ch . I snard (de Marseille).

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALEIIE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Varioloïde apparaissant quelques heures après une vacci­
nation. —Lecture. — Discussion.

Scauce du 21 juillet. — Présidence de II. Fabre.
,1/. Rouyier fait la lecture suivante :
En mai 1X68, Marie Blanc, 3 ans 1/2, fut amenée chez moi. Je
la vaccinai à 3 heures de l'aprcs midi. Dans la nuit suivante, elle
fut prise de lièvre avec éruption de boutons. Deux jours après,
en examinant la vaccine déjà apparente de cette enfant, je vis,
sur diverses parties du corps, des pustules acuminées dont quel­
ques unes s’ombiliquaieut. Trois jours après, c’est-à-dire le 6"
de la maladie, ces pustules commençaient à sécher; le 10'“' des­
sication complète.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

781

Pendant cette varioloïde, l’évolution de la vaccine avait été
régulière.
Si, au lieu de paraître à peu près en même temps que l'inocu­
lation vaccinale, cette varioloïde se fut montrée plus tard, le
neuvième jour, par exemple, comme dans l’observation commu­
niquée par moi, le 26 juillet dernier, ceux qui font partir la
vertu préservatrice de la vaccine du 5BM
&gt;au 9me jour, pourraient
objecter que cette varioloïde est une variole amoindrie par l’action
de la vaccine. Il en n’est rien. Par ces deuxfaits, par ceux de Fodéré et d’autres observateurs, il est prouvé que la variole et la
vaccine étant en présence, celle-ci n’a aucune action sur celle-là.
Il faut donc conclure, avec Fodéré, que la vaccine détruit la dis­
position à contracter la variole, mais non pas cette maladie ellemême, si elle existe déjà. Conséquemment, il importe pour
l’hygiène publique et privée de connaître exactement l’époque
où l’on peut faire communiquer un vacciné avec un varioleux.
Fodéré, avec le Dr Krauss, médecin bavarois, fixe cette époque
au 20“° jour.
J’ai voulu également rechercher pourquoi le public et certains
médecins s’opposent à la vaccination en temps d’épidémie. Pour
moi, en voici la raison : c’est que, suivant mes deux observations,
la variole peut survenir après la vaccine. Le public et les méde­
cins ne voient pas qu’alors l’individu vacciné était déjà en puis­
sance de variole. Puisse-je dissiper ce préjuger.
M. Méli demande si la variole et la varioloïde sont deux maladies
essentiellement différentes ?
M. Rougier — Elles sont au fond identiques. Au contraire, la
varioloïde et la varicelle sont différentes et parfois difficiles à
distinguer. L'ombilication est le signe caractéristique.Toute érup­
tion ombiliquée appartient à la variole ou à toute autre maladie
congénère.
M. Méli. — J ’ai vu un enfant atteint de varicelle ayant des bou­
tons ombiliqués. Il avait communiqué la varioloïde il d’autres
enfants. A mon avis, la varicelle peut produire la varioloïde;
il y a identité de nature entre ces deux affections et la variole.
M. Nicolas. — La varioloïde est une variole amoindrie, plus
courte et sans fièvre secondaire. Suivant Trousseau, la varicelle
est une maladie distincte. Dans celle-ci, la fièvre plus modérée,
manque parfois au début; l’éruption peut se montrer avant la fiè­
vre. Les boutons sont différents. La varicelle présente des vésicu­
les d’emblée, sans être précédés de papules; la marche en est plus
rapide; la terminaison a lieu sans suppuration.
M. le. Président. — Quels sont les rapports de la variole et de
la varioloïde? Il v identité de nature entre ces deux maladies. La

�’82

SELX FILS.

vnrioloïde est une variole tronquée, ne parcourant pas toutes ses
périodes par l’effet d'une vaccination antérieure ou de toute autre
cause. L’une et l'autre se reproduisent réciproquement. Le signe
distinctif est surtout la lièvre secondaire pour la variole. — Quels
sont les rapports delà varicelle et de la varioloïde? M. Méli admet,
MM. Rougier et Nicolas contestent l’identité des deux maladies.
Je ne partage pas l'opinion de M. Méli ; mais je ne regarde pas,
avec M. Rougier, l’ombilication comme un signe distinctif cer­
tain. L'aspect des boutons est souvent très difficile à caractériser.
La principale différence réside surtout dans la marche du mal.
La varicelle offre plusieurs poussées, survenant d'ordinaire la
nuit et aboutissant le matin à des boutons formés. Le siège doit
également être pris en considération : la varicelle atteint plus
spécialement les reins et le dos ; les affections varioleuses se
montrent de préférence au visage.
Le Secrétaire-général,
l)r Ch . Isnard (de Marseille.)

SOCIÉTÉS SAVANTES.

783

M. de Quatrefages, analysant un travail de M. Dareste, signale
ce fait mentionné par l’auteur, à savoir qu’une température
moyenne de i0° est indispensable pour que le développement de
l’œuf de poule se fasse dans des conditions normales.
Séance du 9 août. — M. P. Bert communique une note sur la
visibilité des divers rayons du spectre par les animaux. De re­
cherches intéressantes faites sur les Daphnies puces, l’auteur con­
clut que les animaux perçoivent comme nous tous les rayons à
l’état lumineux ; de plus les régions du spectre qui sont pour nous
les plus éclairantes, sont aussi celles qui les impressionnent le
plus vivement.
Séance du 16 août. — M. Dareste lit une note sur le développe­
ment de l’embryon. Tous les changements introduits dans les pro­
cédés ordinaires d’incubation (élévation ou abaissement delà tem­
pérature, application d’un enduit imperméable sur la coquille de
l’œuf etc.) se traduisent par des arrêts de développement, par­
tiels ou généraux.
M. Prillieux adresse une note dans laquelle est exposé le résul­
tat d’expériences faites par lui sur la réduction de l'acidc carbo­
nique par les plantes. L’auteur croit que la lumière deDrummond,
la lumière électrique et même celle du gaz d’éclairage donnent
à la chlorophylle le pouvoir de décomposer l'acide carbonique et
de produire de l'oxygène.

ACADÉMIE DES SCIENCES.
ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 26 juillet. — M. Damour adresse une note sur une
espèce minérale rapportée de Jakobsbery (Suède) par M. Des Cloizeaux. Ce produit nouveau, désigné sous le nom de jakobsite est
composé d’oxyde ferrique, d’oxyde manganeux et de magnésie.
Dans un long travail sur l’étiologie du choléra, travail déposé
au secrétariat pour le concours du prix Bréant, M. Proeschel s'ef­
force de.démontrer :
4 Que le choléra est endémique dans l’Hindoustan de même
que dans presque toutes les parties de l'Asie et de l’Océanie com­
prises dans les zones torrides et équatoriales.
2“ Que les miasmes cholériques sont fournis par les marécages
et aussi par les ail avions en contact avec l’eau de mer et exposés
à une haute température.
3UQue la transmission du fléau asiatique peut se faire à la fois
par l'atmosphère et par le véhicule de l’homme.
M. Dessaignes est nommé membre correspondant dans la section
de chimie.
L’Académie présente au ministre de l’Instruction publique,
comme candidats pour la chaire d ’histoire naturelle du collège
de France, en première ligne, M. Marey ; en deuxième ligne,
M. Moreau.
Dans la séance du 2 août, M. Deherain étudie l’évaporation de
l'eau par les feuilles et démontre qu’elle est surtout déterminée
par la lumière.

Séance du 27 juillet. — Suite de la discussion sur la vaccination
animale. — M. Depaul, s’appuyant sur de nombreux témoignages,
affirme que le vaccin, en se perpétuant de bras a bras, a dégénéré.
Le meilleur moyen de rendre au virus ses qualités premières est
de remonter à la source en inoculant le vaccin à l’animal. Le
liquide obtenu par ce procédé n ’est, nullement, quoi qu’en ait dit
M. .T. Guérin, un liquide nouveau.
Séance du 3 août. — Après le dépouillement, de la correspon­
dance et la présentation de divers ouvrages, M. Eugène Caventoulit une note faite en collaboration avec M. Willm, et relative
à l’action du permanganate de potasse sur la cinchonine. Il ré­
sulte des recherches de ces auteurs, que la réaction ainsi produite
donne une base nouvelle existant à 1 état de mélange avec la cin­
chonine.
M. Fauvel annonce à l’Académie queM. le Dr Proust, professeur
agrégé a la faculté de médecine de Paris, et médecin des hôpitaux,
vient d’être chargé par le gouvernement d'une importante mis­
sion en Perse, et sur le littoral de la mer Caspienne. L’objet de
cette mission est double: étudier les circonstances locales qui
font que le choléra régnant en Perse a constamment suivi, pour
pénétrer en Europe, la voie du littoral par Redit et Astrakan ;
obtenir du gouvernement persan qu’il s’associe à nos efforts en
prenant les mesures nécessaires pour faire cesser , oii du moins
pour atténuer , les ravages produits en Perse par le choléra.

�781

S EUX FILS.

M. Depaul continue son discours sur la vaccine animale. Pas­
sant en revue les faits observés dans le Morbihan, dans le Lot et à
l’Académie de médecine, il conclut de cet examen, que M. Guérin,
s’est livré, à leur égard, à une interprétation tout a fait erronée.
Depuis peu de temps la science a pu enregistrer 40 ou 50 obser­
vations parfaitement concluantes de transmission de la syphilis
par le vaccin. Quant aux accidents inflammatoires ou autres
(phlegmons, ulcérations, pemphigus etc.) développés localement
à la suite de la vaccination, ce sont la des phénomènes que l ’on
observe quelquefois, mais qui n’ont rien de commun avec les acci­
dents produits par la syphilis vaccinale.
M. Richet présente une jeune fille de 21 ans chez laquelle il a
enlevé la rotule, une partie des condyles du fémur et la partie
supérieure du tibia. Cette résection, nécessitée par une tumeur
blanche suppurée qui datait de huit ans, a réussi au-delà de
toute espérance. La malade est très-bien ; elle marche aujour­
d’hui sans le moindre appui.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX

Séance du 11 juin. — A l'occasion du procès-verbal, une discus­
sion relative à la nature et au pronostic de l’éruption désignée
sous le nom de rash est soulevée par M. Isambert.
Cet exanthème, qui présente deux variétés— scarlatiniforme et
morbilliforme— s’observe dans certains cas de variole; presque
toujours, il indique un pronostic favorable. Telle est l’opinion
soutenue par MM. Isambert, Lailler, Gallard et Gubler.
MM. Chauffard et Colin croient que le rash ne se distingue par
aucun caractère tranché des varioles dites hémorrhagiques ; en
tout cas, ils le considèrent comme uni! grave complication.
M. Dumontpallier est d'avis que les faits ne sont point encore
assez nombreux pour permettre d’établir les conditions de béni­
gnité ou de gravité de cette éruption.
M. Blachez présente à la Société plusieurs calculs bronchiques,
rendus dans des efforts de toux par une jeune tille arrivée à ln
troisième période delà phthisie. Ces concrétions, dont la plus vo­
lumineuse a la grosseur d’un noyau de cerise, sont constituées
par de la matière tuberculeuse, ayant subi la transformation cré­
tacée.
M. Blachez lit ensuite une observation de méningite présumée
alcoolique et survenue chez un homme de 42 ans. Au moment où
les accidents cérébraux présentaient le plus de violence, une
amélioration subite se présenta et le malade se rétablit en quel­
ques jours.
M. Bourdon se demande si, outre la méningite, il n’y a pas eu
chez cet homme une hémorrhagie cérébrale de peu d’étendue.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

785

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 24 juillet. — M. Trélat communique une observation
d’anévrysme du creux poplité. Sous l’influence de la compression
mécanique pratiquée pendant quinze jours, une amélioration im­
portante se produit; elle augmente encore après quinze jours de
flexion assez incomplète de la jambe sur la cuisse; deux séances
de compression digitale, Tune de quatorze heures, l’autre de qua­
tre heures et demie, achèvent la guérison.
Une discussion soutenue au sujet de ce fait par MM. Giraldès,
Le Fort, Blot, Boinet, Verneuil et Trélat, met en relief les points
suivants : la flexion forcée et la compression digitale jouissent
d’une efficacité à peu près égale dans le traitement de l'anévrysme
poplité ; mais la première de ces méthodes est difficilement sup­
portée par le malade, et la seconde exige des aides intelligents
qui ne se rencontrent pas partout; cette dernière demande de plus
à être précédée d’une compression incomplète de manière à déter­
miner dans le sac la formation de caillots fibrineux.
M. Panas présente un homme de 35 à 10 ans guéri d’un ané­
vrysme poplité. La tumeur avait le volume d'un gros œuf de
poule. La méthode employée a été la suivante : compression digi­
tale exercée incomplètement pendant dix heures, puis complète­
ment pendant quatorze heures ; le lendemain et le surlendemain
compression digitale complète pratiquée chaque fois pendant trois
quarts d’heure seulement.
M. Verneuil a eu récemment l'occasion d’observer chez une
jeune fille âgée de 15 ans, une tumeur lymphatique (adénolymphocèle) assez volumineuse et située dans le pli de l’aine. Il s’est pro­
noncé contre toute opération et a conseillé l'usage habituel d’un
caleçon élastique doublé au niveau de la tumeur, d’une pelotte
compressive.
Séance du 28 juillet. — M. Liégeois fait un rapport oral sur la
thèse île M. Stopin, intitulée : Traitement de l'anévrysme poplité par
lu flexion de la jambe sur la cuisse. Sur 49 cas, cette méthode n'a
donné que 25 guérisons. Elle a produit parfois des accidents sé­
rieux. En tout cas, lorqu’elle ne réussit pas, elle paraît aggraver
les anévrysmes. M. Liégeois préfère la compression digitale.
M. Giraldès se range à cette dernière opinion.
M. Trélat insiste sur l’avantage que l'on trouve à faire précé­
der la compression digitale de la compression mécanique ou de
la flexion. Cette méthode mixte favorise singulièrement la for­
mation lente et graduelle des caillots.
Pour M. Le Fort, le fait important, dans la guérison des ané­
vrysmes, n’est point la production de caillots stratifiés, mais la
formation d’un premier caillot capable d’arrêter le cours du sang.
Cet honorable chirurgien ne voit pas pour quelle raison la com­
pression digitale serait préférée à la flexion.
Séance du 4 août. — M. Gueniot lit une note sur les Caractères
analomo-palholoc/iques des tumeurs blanches à leur début. Il résulte de
ce travail que dans l’arthrite simple il y a prolifération des cel-

�786

REVUE.

JOURNAUX FRANÇAIS.

Iules mêmes du cartilage, tandis que dans la tumeur blanche
celles-ci ont, au début, subi la dégénérescence graisseuse ; ce n’est
que plus tard que l’inflammation se développe.
M. Guersant. présente un individu sur lequel il a pratiqué avec
succès, pour un écrasement des orteils, l’amputation tarso-métatarsienne.
M. Guyon lit un rapport sur un travail de M. le Dr Krishaber,
relatif à un polype laryngien enlevé après section des cartilages.
L'incision a porte seulement sur le cartilage thyroïde sans toucher
aux espaces sus et sous-thyroïdiens. Le malade a guéri ; l’émis­
sion de la voix est restée complète et juste, mais le ton a baissé.
M. Le Fort présente un malade qu’il croit atteint d’un ané­
vrysme de l’artère fessière ou sciatique.
M. Alph. Guérin met sous les yeux des membres de la Société
un cristallin enlevé chez un vieillard. L’opacité de la capsule,
plus prononcée que celle du cristallin, indique que la cataracte a
dû débuter par la capsule.
M. Guyon montre à ses collègues un corps étranger qu’il a re­
tiré de la vessie d’un paysan. C’est un fragment de tige d’oignon
long de 15 centimètres et couvert d’incrustations calcaires.

Dr S eux Fils.

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Pathologie médicale.)

Un excellent journal, que nous aimons à citer bien qu’il ne
nous cite guère, ce dont nous dédommagent les meilleurs
journaux de Paris, Lyon médical, vient de publier une série
d’articles très intéressants du Dr Soulier, sur la fièvre ty­
phoïde. — Cette définition galénique : la fièvre est une cha­
leur contre nature, ne parait pas exacte à l ’auteur. Le fébrici­
tant se dénourrit plus qu’il ne brûle. La cause de ce processus
de dénutrition parait être la présence dans le sang d’un prin­
cipe pyrogène (miasme, bio-ferment, microeoccus, bactéries),
venant directement du dehors ou déversé dans le torrent
circulatoire par les organes hématopoïétiques. La fièvre ty­
phoïde est septicémique et spécifique; elle diffère du typhus
exanthématique.
Il n’existe jusqu’ici aucun fait avéré de fièvre typhoïde
sans plaques de Peyer ; cependant il n ’est pas certain que la
lésion intestinale soit la condition, sine quà non, de la dothinentérie. Dans cette maladie, le système lymphatique abdo­
minal est atteint d’un processus inflammatoire aboutissant
rapidement à la régression. Les matières extractives sont,
dans le sang du typhique, en proportion beaucoup plus consi-

787

durable qu ’à l’état normal. Les morts subites dans la période
de convalescence de la fièvre typhoïde, même légère, ne sont
pas très rares. La fièvre dite muqueuse n ’est qu’une forme
légère de dothinentérie. Les alcooliques donnés à haute dose
dans cette maladie, s'ils ne sont pas capables de beaucoup de
bien, paraissent cependant incapables de nuire; ils seraient
même des agents antifébriles. Telles sont les principales opi­
nions formulées par le savant médecin de Lyon.
Si M. Soulier pose des conclusions, M. Daniel Mollière,
dans le même journal, avance des faits. Il s’agit de la patho­
logie du sympathique cervical et de son influence sur la pu­
pille et sur les vaso-moteurs de la face. Dans les cas publiés
jusqu’ici, on avait noté l ’atrésie pupillaire et la rougeur de la
face du côté même de la lésion nerveuse. Dans les deux cas
rapportés par notre jeune confrère, les effets ont été croisés ;
de plus la pupille resserrée pendant la vie s'est, dilatée après la
mort.
De ce travail nous devons rapprocher un petit mémoire de
M. Rendu, publié dans les Archives, sur les troubles fonction­
nels du grand sympathique observés dans les plaies de la
moelle épinière. L’excitation de ce centre nerveux entraîne
la dilatation des pupilles et la contracture des capillaires de
la face; l’inverse a lieu quand il existe une solution de conti­
nuité dans la portion cervicale de la moelle.
Une affection, celle-ci tout-à-fait médicale, où le système
nerveux joue un rôle important, non pas d’une manière évi­
dente, mais par le mécanisme occulte des actions réflexes,
c’est l’arthrite blennorrhagique, étudiée dans le même re­
cueil par le Dr Muette, de Montargis. Cette arthrite ne parait
que dans quelques épidémies; une idiosyncrasie spéciale en
favorise le développement. Elle présente une grande analogie
avec le rhumatisme blennorrhagique. Presque toujours poly­
articulaire, elle a une durée variable entre plusieurs semaines
et plusieurs mois. Elle se termine par résolution dans la
grande majorité des cas; elle peut, dans certaines circons­
tances rares, se terminer par suppuration et par ankylosé.
Cette lésion-, bien qu’elle soit articulaire, n ’est cependant
pas du rhumatisme. C’est d’ailleurs une tâche bien difficile
que de tracer les limites du rhumatisme. Quelles sont ses
relations avec la goutte ? Tel est le problème que M. Hervez
deChégoin aborde dans l’Union médicale, et, contrairement à
l’école de M. Bazin, il se prononce pour la non-identité des
deux maladies.
Dans le même journal, M. Béhier aborde une question
aussi neuve qu’intéressante, celle de la leucémie intestinale.
C’est ici la physiologie qui a guidé la clinique. Comme la
rate et les ganglions lymphatiques, les follicules intestinaux
produisent des globules blancs. C’est probablement sous l’in­

�REVUE.

JOURNAUX ALLEMANDS.

fluence de l’irritation des follicules que se manifeste dans la
dothinentérie une leucocytose momentanée ; leur irritation
prolongée et leur développement exagéré doivent déterminer
une véritable leucémie, variété nouvelle dont M. Béhier a
observé un bel exemple et qu’il décrit sous le nom de leucé­
mie intestinale.
Un autre médecin de la Pitié, professeur libre de clinique
médicale, M. Gallard, dans la Gazette des hôpitaux, s’occupe
longuement de l’ovarite, maladie commune mais encore assez
mal connue, parce qu’on englobe l’inflammation de l’ovaire
dans les inflammations péri-utérines, sans chercher plus de
précision dans le diagnostic; parce que aussi l'on confond les
phlegmasies franches avec les phlegmasies puerpérales. Le
siège et la nature de la douleur ont, pour M. Grallard, une
grande importance au point de vue du diagnostic. L’influence
de la phthisie pulmonaire et celle des machines à coudre sont
ajoutées par l’auteur à Pétiologie de cette affection. L’ovarite
trouble fortement la menstruation qu’elle peut tantôt sup­
primer, tantôt rendre plus abondante et surtout plus doulou­
reuse. Quelquefois elle détermine la stérilité en provoquant
des adhérences péritonéales qui entravent le jeu de la trompe.
Plusieurs de ces résultats me paraissent appartenir à des trou­
bles fluxionnaires tenant à une altération dans l’éréthisme
menstruel, plutôt qu’à une inflammation proprement dite.
Dans la Gazette des hôpitaux, nous trouvons encore, entre
autres travaux intéressants, la relation d’un cas d’embolies
chez une rhumatisante, par M. Canuet. Ce fait est remar­
quable par la multiplicité des manifestations. Mais dans un
travail de M. A. Laveran. publié par la Gazelle hebdomadaire,
on voit les conséquences morbides de l’embolie s’accroître
encore et un cancer encéphaloïde se généraliser par la voie
d'embolies capillaires.
La Gazette hebdomadaire a encore ouvert ses colonnes à une
histoire chronologique, topographique et étymologique du
choléra, depuis la plus haute antiquité jusqu à son invasion
en France en 1832. Nous signalons ce mémoire, extrêmement
érudit, du docteur Scoutetten, à ceux que la question du
choléra peut intéresser.

seur Langenbeck sur les injections hypodermiques d ergotine
(Berliner Klinische Wochenschrift) ; d’autre part, le mémoire
de Koch sur les anévrysmes de l’artère sous-clavière et la li­
gature de ce vaisseau (Arch. fur Klin, Chie).
Le seigle ergoté rendant de grands services en obstétrique,
pour exciter les libres utérines et arrêter les hémorrhagies, Lan­
genbeck a cru pouvoir en induire que ce médicament doit
posséder une action spéciale sur les libres musculaires lisses
et favoriser par là le retrait des tumeurs anévrysmales. 11 eut
recours à des injections quotidiennes de 0 gr.. 03 d’extrait
aqueux de seigle ergoté pratiquées sous le tégument qui recou­
vrait l’anévrysme. Deux résultats encourageants ont été ob­
tenus par cette méthode, mais ils sont de date encore trop ré­
cente pour en démontrer d’une manière absolue l’efficacité.
Le travail de Koch porte non plus sur 2, mais sur 250 ob­
servations. La ligature de la sous-clavière en dedans des scalènes, pratiquée 14 fois dans des maladies diverses, n'a pas
donné un seul succès. La même opération pratiquée en dehors
des scalènes, a donné 100 cas de mort sur 183 cas. Enfin, pra­
tiquée au-dessous de la clavicule, elle a été 23 fois suivie de
mort et 17 fois suivie de guérison.
Réunissant dans un tableau général les résultats des divers
traitements de l’anévrysme de la sous-clavière, Koch a trouvé
que sur 32 cas où il n’y eut aucune tentative chirurgicale, on
a observé 3 cas de guérison spontanée et 20 cas de mort; les
autres malades furent perdus de vue. Sur 23 malades chez
lesquels ont. fit des tentatives chirurgicales non sanglantes
(compression, galvano-puncture, injections de perchlorure de
fer ), il y eut 11 guérisons, Gmorts, Grésultats à peu près nuis.
De la pathologie des grands vaisseaux si nous passons à celle
des petits . nous nous trouvons aussitôt en présence du rôle
pathogénique du grand lymphatique, sur lesquels les tra­
vaux de l’Allemagne contemporaine n’ont guère fait que
confirmer les vues de 01. Bernard. S’occupant spécialement
des troubles morbide de la portion cervicale du grand sympa­
thique, Eulenburg et Guttmam, ( Arch. fur psychiat. a. Nervenkr.) divisent ces affections en trois catégories: 1° alté­
rations du ganglion cervical par traumatisme; 2° hémicranie ;
3° maladie de Basedow. La compression par une tumeur,
rangée par les auteurs parmi les lésions traumatiques, pro­
duit le rétrécissement de la pupille, la congestion des capil­
laires et l'augmentation de la transpiration du côté affecté,
effets paralytiques qui sont, exceptionnellement remplacés pai­
lles effets d’irritation. La blessure du même nerf pourrait en
outre déterminer la forme angulaire de la pupille, l’injeclion
de la conjonctive et le larmoiement. Il est intéressant de com­
parer ces résultats de l’observation allemande avec ceux que
nous avons signalés dans la revue des journaux français.

788

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
JOURNAUX ALLEMANDS.
Le traitement des anévrysmes a été ces derniers temps, en
Allemagne, l'objet de divers travaux dontdeux méritent d’être
spécialement signalés; d’un côté, les recherches du profes­

1SÎ)

�790

REVUE.

A Uexemple de Dubois-Raymond, Eulenburg et Gullermanu
considèrenl la migraine comme une affection du grand sym­
pathique ; les douleurs qu’elle provoque auraient pour cause
l'anémie de la moitié correspondante de la tête, laquelle pro­
viendrait de la contraction spasmodique des petits vaisseaux.
Conformément à ces idées, les auteurs ont essayé avec succès
le traitement de Benedikt qui consiste dans la galvanisation
du grand sympathique.
Si, pour les affections que nous venons de citer, le système
vaso-moteur est confirmé par les travaux allemands dans son
rôle de cause pathogénique, on tend par contre, de l’autre
côté du Rhin, à le dépouiller de l’influence que la théorie
française lui attribuait naguère dans la production de la liè­
vre. Ainsi Baërensprung, Zimmermann et Traube ont voulu
faire dépendre la chaleur fébrile d’une exagération dans les
oxydations organiques, tandis que, plus récemment, Billroth,
0. Weber, Bergmann et Panum se sont préoccupés surtout du
rôle étiologique des substances putrides. Au milieu de toutes
ces discussions théoriques et des obscurités que doit présenter
longtemps encore le côté pathogénique de la question, Leyden
a pensé qu’il était sage de concentrer ses efforts sur les re­
cherches exactes de la clinique pure ; il a étudié, au moyen
de la calorimétrie et des pesées, d’un côté la production de
chaleur et la perte de chaleur dans la fièvre ; d’autre part l’in­
fluence de la fièvre sur le poids du corps (Deut. Arch. fur
Klin, médic.)
Daus la fièvre la plus intense, la perte de calorique et par­
tant la production du calorique, peut, être deux fois plus forte
qu’à l’état normal. Après la crise, la perte de calorique
s’abaisse au-dessous de la normale. Leyden l'ait en passant
une remarque bien digne d’intérêt, c’est que, pendant la pé­
riode d'accroissement de la fièvre, il n ’y a aucune production
de vapeur d’eau, môme lorsque le membre est entouré d'une
enveloppe imperméable ; ce qui, à notre sens, démontre l’uti­
lité des substances diaphorétiques, telles que l’aconit.
Liebermeister avait avancé que la consomption qui provient
de l’exagération des combustions organiques est un des dan­
gers de la fièvre ; uneopiniou contradictoire à cet égard ayanl
été soutenue par Senator, il convenait d’entreprendre de nou­
velles recherches sur ce point ; c'est ce qu’a fait Leyden. Les
pertes insensibles sont augmentées pendant la fièvre; elles
sont, comparées à celles qui s’effectuent à l’état norm al, dans
la proportion de 10 à 7. La perte en poids du corps entier
varie beaucoup dans les fièvres, mais ne manque presque
jamais ; faible au début, plus manifeste dans le stade
fébrile, elle se prolonge pendant la convalescence. En
moyenne, cette perte est chaque jour dans les affections fé­
briles, de 7 grammes par kilogramme, elle équivaut à peu

NÉCROLOGIE

791

près à la moitié de la quantité perdue pendant 1 inanition.
Mais il faut se méfier des moyennes. Ce qui nous frappe dans
ces recherches, c’est leur concordance avec ce qui nous parait
une loi clinique, à savoir qu’au début des maladies fébriles
l’organisme no doit pas être nourri, et qu'à la fin des mêmes
affections, on ne peut priver d’aliments son malade, sans le
condamner à l’autophagie.
NÉCROLOGIE.
LE DOCTEUR ROUX (d e B rignoles.)
Notre corps médical vient de perdre un des hommes qui l honoraient le plus. Le professeur Roux, de Brignoles, a succombé
le !j septembre a la maladie qui, depuis plusieurs mois, le tenait
éloigne de ses malades et de son enseignement. Cette nouvelle ne
nous était pas encore parvenue que déjà M. Roux, mort à la cam­
pagne, était inhumé à Pelissane, dans son tombeau de famille. Il
n’a donc pas été possible aux médecins de Marseille de faire à
leur éminent confrère des funérailles dignes de lu i, mais la So­
ciété Impériale de médecine doit consacrer à sa mémoire un Eloge
qui sera inséré de droit dans les colonnes de notre journal. En
attendant que cet hommage lui soit rendu, nous devons nous
faire ici l’éclio des sympathies qu’il s’était acquises et des regrets
qu’il a laissés. Travailleur infatigable et chercheur ingénieux, il
a enrichi la thérapeutique chirurgicale, éclairé la tératologie, et,
par ses travaux de chirurgie réparatrice, uni son nom à celui de
Delpech. Aussi l’Académie de médecine l’avait-elle depuis long­
temps nommé membre correspondant.
Professeur pendant plus de trente ans à l’école de médecine
de Marseille, M. Roux fut dans l’enseignement le modèle du zèle
le plus scrupuleux et du dévouement le plus absolu. Plus d’une
fois il lui est arrivé de faire deux cours daus une année. Non
content d’exposer avec soin, il interrogeait avec sollicitude, sti­
mulant ainsi l’émulation des élèves et se rendant un compte exact
de leurs progrès.
Comme praticien, notre éminent confrère eut une grande répu­
tation, inférieure encore à son mérite. Il soignait ses malades avec
dévouement, mais il ne cherchait pas à leur plaire, et encore
moins à se.faire valoir. Il ne savait pas non plus courtiser les grands;
aussi, malgré ses longs et brillants services, est-il mort sans avoir
vu briller sur sa poitrine ce qu'on appelle la Croix d’honneur.
Mais, la Société Impériale de médecine, plus apte que les profa­
nes à apprécier la valeur d ’un médecin, avait souvent donné à
M. Roux des preuves de déférence et de sympathie en l’appelant
plusieurs fois à la présidence et, dernièrement encore, en le met­
tant à la tête de son Conseil de discipline.
M. Roux, de Brignoles, laisse dans son fils, médecin en chef des
hôpitaux, un héritier qui soutient dignement la réputation de
son nom.
A. F.

�792

SEÜX FILS.

MARSEILLE MÉDICAL

NOUVELLES DIVERSES.
Au moment où notre maître regretté, M. le professeur Remx,
terminait une longue existence entièrement consacrée au bien et
àla science, un autre médecin de Marseille, M. le Dr Barailler, était
emporté , à Bagnères-de-Luchon , par une maladie qui, depuis
longtemps déjà, l’empêchait de se livrer a l’exercice de notre art.
Tous ceux qui approchaient cet estimable confrère étaient tou­
chés de la douceur de son esprit, de l'aménité de ses manières,
du calme qui l'aidait à supporter des souffrances sut le compte
desquelles il s’illusionnait moins que personne. Ses amis avaient
espéré pour son état quelque amélioration d’un séjour dans l'une
des stations thermales des Pyrénées. Leur espoir a été cruellement
déçu. Tout le corps médical marseillais s'associera à leur deuil et
regrettera sincèrement la perte de cet honnête homme qui fut
aussi un bon et dévoué confrère.
— M. Piétri, étudiant en médecine, a succombé a l’hôpital de
la Conception. Un de ses camarades, M. Léon Jubiot, a parfaite­
ment exprimé sur sa tombe les regrets que la mort prématurée de
cet excellent jeune homme fait éprouver à tous ceux qui l’ont
connu.
— Le congrès médical international s’ouvrira à Florence le 20
de ce mois. M. le ministre des travaux publics d’Italie a décidé
que tous les membres du congrès venus de l’étranger jouiraient,
pour leur retour, sur les chemins de fer, de billets entièrement
gratuits. Mous ne pouvons qu’applaudir à cette mesure généreuse.
— M. le D' Marey vient d’etre nommé professeur d’histoire
naturelle au Collège de France, en remplacement de M. Flourens
décédé.
— Pendant son passage à Lyon, S. M. l’Impératrice a nommé
chevaliers de la Légion d’honneur, MM. les D1' Duviard, Rollet,
Tavernier (de Lyon) et Guillot (de Villefranche).
— Le système décimal a été adopté récemment en Autriche
dans la rédaction de la nouvelle pharmacopée.
— M. le professeur Boelim (de Berlin) vient de mourir. Ce con­
frère a succombé àla suite d'accidents déterminés par une piqûre
anatomique. Encore un nouveau nom à inscrire sur la trop longue
liste des victimes de la science !
— Le grand hôpital maritime de Bcrck, près de Montreuil
(Pas de Calais) a été inauguré dans les derniers jours du mois
de juillet. Ce vaste établissement est destiné au traitement des
enfants pauvres, lymphatiques, rachitiques et scrofuleux, de la capi­
tale. Il a été fondé par la ville de Paris, qui a consacré plus de
trois millions à ce but spécial. Une grande part, dans la mise à
exécution de cette idée généreuse et vraiment, médicale, doit être
attribuée à l’initiative du directeur actuel de l’assistance publique,
M. Husson.
— A la suite d’un brillant concours, M. Pizot a été nommé
prosecteur de la Faculté de médecine de Montpellier.
— L’illustre professeur Purkinje, de Prague, bien connu du
monde savant par ses recherches sur le développement de l’œuf,
est mort le 28 juillet dernier, âgé de 82 ans.

( a n c i e n n e U n i o n M é d ic a l© d e l a P r o v e n c e )

6n,c Année. — N° 10. — 20 Octobre 1869.

TRO ISIÈM E SÉ R IE

D’OBSERVATIONS DE CHIRURGIE ESEELLE.
FRACTURES.

(Suite et fin.)

Observation. — Un matelot du port de Palma (îles Baléares),
âgé de 19 ans et solidement bâti, venait d’entrer en rade de
Marseille, lorsqu’il tombe d’une vergue, et se casse la cuisse
gauche à la réunion du tiers moyen et du tiers inférieur du
fémur. Apporté daus nos salles au moment môme de notre vi­
site, nous constatons une fracture simple, exempte de toute
complication, et faisons appliquer la gouttière de Bonnet
après avoir maintenu la réduction des fragments par un ban­
dage crural amidonné.
Rien ne semble devoir entraver la marche d’une bonne con­
solidation ; cependant l’examen minutieux de la fracture fait
detempsà autre jusqu’au 63° jour de l’accident, nous démontre
que, contrairement à toutes nos prévisions, la consolidation
ne s’est pas effectuée. J’attends encore une huitaine de jours et
voyant ensuite que ce jeune homme pâlit et perd tout, à la fois
l’appétit et le sommeil, j ’engage son capitaine à le faire sortir
de l’Hùtel-Dieu après avoir fait confectionner par M. Silvy le
bracelet-cuissard sus-mentionné.
61

A. F abre .

�794

SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES.

Dès que ce blessé fut transporté dans une maison donnant
sur le port, d’où il pouvait voir la mer et ses navires, tout en
parlant sa langue avec quelques compatriotes, l’appétit et le
sommeil revinrent complètement.
Si pendant les premiers jours il ne pouvait marcher que sou­
tenu par d’autres, il ne tarda pas à se soutenir seul à l’aide
de béquilles; il put être par conséquent embarqué et ramené
chez lui trois semaines après sa sortie de l’Hôtel-Dieu ; et les
nouvelles reçues un mois après son départ constataient une
guérison complète.

tures, il ne faudra pas attendre que cette influence ait trop
longtemps pesé sur l’organisme, alors qu’il s’en ressent déjà
d’une façon regrettable.
D’après ce que j'ai vu, la consolidation des fractures 'noncompliquées de l’avant-bras (radius seul ou radius et cubitus)
s’opère à de rares exceptions près, du 25° au 35° jour ; celles
du bras, du 28' au 40° ; celles de la jambe (tibia seul ou tibia
et péroné), du 30* au 45” ; celles du fémur, du 40* au 60e. Il ré­
sulte par conséquent de ce relevé, que toutes les fois que la con­
solidation paraîtra vouloir retarder son accomplissement jus­
qu’à dépasser les limites que nous venons de poser pour cha­
que espèce de fracture—lorsque aucune complication ne peut
d’ailleurs expliquer ce retard — on devra se méfier du résul­
tat final. Que si à ce retard viennent encore s’ajouter quelques
symptômes généraux tels que manque d’appétit et de som­
meil, un peu de pâleur et de la tristesse chez le blessé, il faut
immédiatement (si on le peut) soustraire le malade à l’in­
fluence nosocomiale et ne pas attendre que la diarrhée, des
sueurs abondantes et d’autres symptômes très-graves com­
pliquent une situation déjà bien menacée. C’est en considéra­
tion des besoins de cet ordre qu’on peut regretter à Marseille
un asile destiné aux convalescents, et placé, comme à Lyon,
au milieu des champs. Que de tempéraments raffermis! que
de rechutes évitées I que de victimes peut-être enlevées à la
chronicité ! Et qu'on ne pense pas que nous commettions une
erreur involontaire en classant, parmi les convalescents, des
blessés dont la fracture n ’est pas consolidée.
Précédemment, et à dessein, nous avons qualifié la frac­
ture, arrivée à cette période, de plaie osseuse pas suffisam­
ment guérie. Et, en effet, lorsque, dans les cas de ce genre, la
cicatrisation des bouts osseux s’opère séparément, les acci­
dents primitifs de la lésion, les plus dangereux, sont'déjà
passés ; le traumatisme est entré dans une voie de réparation,
mauvaise sans doute, mais qui ne réclame plus la môme na­
ture de soins, ni le môme repos, ni, en un mot, aucune des
minutieuses précautions exigées au début du traitement. On
peut donc déplacer ces malades, leur imposer un certain exer­

De 1857 à 1868 j ’ai eu sept fois l’occasion d’appliquer ce
mode de traitement à des fractures non-consolidées du fémur,
et sept fois j ’ai réussi. On pourrait môme, et à toute rigueur,
rappeler ici deux autres observations analogues ou du moins
admissibles dans cette catégorie de faits: celle que j ’ai citée à
la page 26 de ce travail, et l’observation de l’enfant Belleudi,
dont parle M. Aubin à la page 57 de sa thèse. Dans ces deux
derniers cas, il s’agissait, en effet, de consolidations tardives
où un brassard et un bracelet à tuteurs, ont pu maintenir les
fragments osseux dans une réduction suffisante sans gêner la
circulation du membre lésé, tout en lui permettant un
exercice réparateur.
D’après ce nombre de faits, si limité, peut-on espérer que
dans des circonstances semblables on réussira toujours ? Non,
assurément (1); mais il est utile de bien préciser dans quelles
conditions il faut se placer pour avoir le plus de chances pos­
sibles de son côté.
Evidemment, si l’on adopte notre manière de voir au sujet
de l’influence nosocomiale sur la non-consolidation des frac-1
(1) Au moment où l’on imprime ees lignes, je lis dans la Gazette hebdo­
madaire de médecine et de chirurgie (27 août 1869, page 548) une très-belle
observation recueillie par M. le f)r Mignot, où l’on voit un nouvel exemple
de fracture non consolidée du fémur guéiue par la marche et l’exercice du
membre. Les réflexions par lesquelles M. Mignot termine son observation

sont fort justes, et j ’y trouve avec plaisir un nouvel argument en faveur
des idées que je professe à ce sujet depuis plus de dix ans.

795

�796

SIRUS-P1K0NDI.

FRACTURES.

cice journalier, et surtout les soumettre à l’heureuse action
d’uu changement d'air; mais tous ne peuvent pas rentrer
chez eux, et moins encore avec l’espoir de s’y trouver mieux
logés et mieux nourris qu’à l’hôpital !

vingt-six jours après l’accident, la consolidation était complète.
Cet homme, malgré toutes nos instances, voulut se lever, mar­
cher et sortir immédiatement de l’Hôtel-Dieu, sous prétexte
d’assister aux fêtes données par la ville, à l’occasion de l’arrivée
de l’Empereur (septembre 18G0 ).
Cependant cet homme, à son entrée à l’hôpital, présentait
tous les symptômes de la syphilis dite secondaire; pas un ne
faisait défaut, et tout en donnant à la fracture les soins qu’elle
réclamait, nous dûmes prescrire le traitement hydrargirique
qui fut continué pendant les vingt-six jours sus-énoncés, au
bout desquels il s’en fallait que l’amélioration constatée sous
ce rapport équivalut à une guérison. Le malade n’en per­
sista pas moins à exiger son exeat, et il est probable que la
frayeur habituelle du mercure eut sa part dans cette demande.
En résumé, voilà un second exemple déconsolidation hâtive
chez un fracturé syphilitique soumis au traitement mercu­
riel. Encore une fois, est-ce effet du hasard ou doit-on mo­
difier à ce sujet une bien ancienne opinion? ou bien encore,
pour qu’il y ait dans des cas semblables — retard dans la
consolidation osseuse, faut-il que la maladie soit arrivée à la
période dite tertiaire? Ce serait-on trompé enfin sur l’action
a/faiblissante du mercure, qui est au moins douteuse , si on
en juge d’après les travaux les plus récemment publiés sur les
effets de ce médicament employé par la méthode hypoder­
mique? Je pose la question et laisse à d’autres le soin de la
résoudre.

Nous terminerons ce chapitre par un second exemple de
consolidation de fracture extrêmement hâtive, chez un sujet
atteint de syphilis confirmée.
Observation. Quelques ouvriers étaient occupés à relever un
poids considérable à l’aide d’un mécanisme auquel je 11e sauraisdonnerun nom, mais qui consisteà tourner un cylindreen
bois avec des bras de levier, tandis qu’autour de ce cylindre
est enroulé un câble correspondant à des poulies de renvoi ;
deux de ces hommes ayant lâché prise, le cylindre rebroussa
chemin avec précipitation , et un des leviers vint frapper vio­
lemment la cuisse droite d'un des ouvrière qui, en se reti­
rant, avait malheureusement glissé sous la machine.
Le blessé ne fut porté à l’Hôtel-Dieu que deux jours après
l’accident ; une large ecchymose s’étendait comme un trait
au-devant et tout au long de la région crurale antérieure, mais
le gonflement était peu considérable ; le coup aussi violent
que sec et instantané, avait surtout porté sur le fémur. Cet os
présentait en effet une variété de fracture que je n’ai rencon­
tré d’une manière évidente que cette fois seulement : le par­
tage en long de la diaphyse, genre de lésion si bien décrit dans
l’intéressant mémoire de M. Bouisson (1). En relisant ce mé­
moire, on sera frappé comme nous de l’analogie qui existe en­
tre la 3“' expérience faite par M. Bouisson et la manière dont
l’accident s’est produit chez notre blessé ; c’est ce qui m’a en­
gagé à entrer dans des détails qui ont pu d’abord paraître
inutiles.
En pareil cas, le raccourcissement n’étant guère à redouter,
l’appareil amidonné ordinaire fut appliqué comme d’habi­
tude, mais sans le concours de la gouttière en fil de fer ; et
(1) Tribut a la chirurgie, tome I , p, 22.

797

XIV

Fractures du col du fémur. — Je n’ai rencontré que cinq
fois cette variété de fracture ; trois fois à l’Hôtel-Dieu et deux
en ville. A la vérité, je crois avoir classé parmi les fractures
de la cuisse plusieurs cas de fractures sous-trochantériennes,
qui eussent été probablement considérées par d’autres chi­
rurgiens, comme des fractures du col extrà-capsulaires.

�798

STRUS-PIRONDI.

J’avoue, du reste, ne pas trop comprendre, au point de vue
pratique, l’utilité d’une division dont l’anatomie pathologi­
que peut seule bénéficier. Cliniquement p a rla n t, il n’est pas
facile, peut-être même peut-on dire, avecM. Nélaton. qu’à de
rares exceptions près, il est impossible de reconnaître, sur un
blessé, s’il s’agit d'une fracture appelée intrà ou catfrà-capsulaire, abstraction faite même de cette troisième variété de
fracture appelée mixte, et dans laquelle la brisure de l’os se
trouverait, pour ainsi dire, à cheval sur le ligament capsu­
laire. Pour le praticien, ces variétés ne peuvent être qu’un
objet de curiosité. Le traitement des lésions de ce genre ne
peut réellement varier qu’autant qu’il s’agit d’une fracture
au dessus ou au dessous du trochanter, et par cela même,
il serait peut-être utile de simplifier la classification des frac­
tures de l’extrémité supérieure du fémur, et de n'en admettre
au point de vue clinique, que deux espèces, selon que le grand
trochanter restera avec le fragment supérieur ou avec le frag­
ment inférieur.
Je ne parle pas de la fracture du grand trochanter, isolé
ainsi du reste de l'os, que je n’ai pas rencontrée et qui cons­
titue évidemment une variété indépendante de celles qui nous
occupent en ce moment .
Quoiqu’il en soit, les cinq observations que j ’ai recueillies
appartiennent à des femmes dont la plus âgée avait 73 ans, et
la plus jeune 54. Gomme prédispositions individuelles, deux
s’étaient antérieurement cassé le poignet ; et dans leurs lamilles, les fractures ne se présentaient pas comme accident
rare. Quant, à la manière dont la lésion s’est produite, je n’ai
pu avoir des renseignements précis et positifs que pour trois
de ces malades.
Observation. — Une blanchisseuse, âgée de 54 ans, un peu
petite et assez grosse, veut sauter en bas d’une charrette, cal­
cule maison mouvement et tout le poids du corps se porte vio­
lemment sur le talon gauche. Elle ressent une douleur trèsvive à la hanche, tombe sans pouvoir se relever et on l’apporte
à l’Hôtel-Dieu pour y faire réduire une luxation de la cuisse.

FRACTURES.

799

Heureusement l’interne de garde, Broquier — devenu plus
tard notre aimé collègue et enlevé si jeune encore à la ten­
dresse de sa famille et à l’estime de ses confrères — ne s’y
trompa point, refusa de faire aucune tentative de réduction,
et, se contentant déplacer le membre dans une position conve­
nable, voulut attendre l’arrivée du chef de service. La malade
se plaignait de douleurs assez vives au pli de l’aine ; il y avait
peu de gonflement ; la rotation de la jambe en dehors était
complète, puisque le bord externe du pied touchait le lit ; im­
possibilité chez la blessée de soulever la jambe et de lui im­
primer le moindre mouvement ; le raccourcissement, qua­
torze heures après l’accident, était encore peu notable, il n’at­
teignait. pas deux centimètres.
Me rappelant les faits intéressants contenus dans l’excel­
lent travail de M. Rodet, je diagnostisquai une fracture sustrochantérienne, je félicitai l’interne de n’avoir pas aggravé
la position de la blessée par des tentatives aussi inutiles que
dangereuses, et nous appliquâmes immédiatement le double
plan incliné, si bien décrit et, en quelque sorte, perfectionné
par Malgaigne.
Le raccourcissement n’augmenta pas sensiblement ; du
moins il ne parut, jamais dépasser vingt-deux ou vingt-trois
millimètres. La guérison fut obtenue en troismois de temps ;
et la marche, quoique un peu gênée dans le début, n’était
pas accompagnée d’une claudication trop fatigante.
Nous reviendrons plus loin sur quelques précautions prises
pendant ces trois mois de traitement.
Dans l’observation qui précède, la chute sur le pied ou ce
qui est plus probable sur le talon, parait avoir été la cause prin­
cipale, sinon unique, de la fracture, en supposant qu’il faille
ajouter à la puissance du choc celle de la contraction muscu­
laire comme le veut Malgaigne. Dans le cas suivant il n’y a
eu ni choc, ni contraction, et la fracture a été évidemment
produite parla raréfaction du tissu osseux du col fémoral qui
peut, d’après Follin, être réduit à l’état de coque fragile.

�801

SIRUS-PIRONDI.

FRAÇTURES.

Observation. — Une dame âgée de73 ans et jouissant encore
d'une excellente santé, se lève pour aller ouvrir la fenêtre de
sa chambre et en revenant vers son lit sent que la jambe
droite faiblit et se dérobe sous elle; elle tombe et ne peut se
relever.
L’accident ayant eu lieu hors la ville, je ne vois la malade
que huit heuresaprès, et lorsqu’un médecin, moins bien avisé
que l’interne de l’Hôtel-Dieu, avait déjà fait de violents efforts
pour réduire une luxation.
Je trouvai un gonflement notable autour de l’articulation ;
rotation du pied en dehors, avec un raccourcissement de trois
centimètres ; impossibilité absolue, chez la blessée, de faire
bouger la jambe de place; elle accuse en outre de vives dou­
leurs au pli de l’aine dès qu’on veut imprimer à cette jambe
un mouvement quelconque.
Nous redressons cependant le pied, et sans chercher, par
aucune traction inutile et douloureuse, à ramener le membre
lésé au niveau de l’a u tre , nous appliquons le double plan
incliné et prescrivons les moyens généraux et locaux générale­
ment usités, pour calmer les symptômes inflammatoires qui
existaient déjà et menaçaient de s’aggraver.
Au bout de quatre mois , la guérison ( ce qui n’est pas en
ce cas synonyme de consolidation ) n’était pas encore assez
avancée pour permettre facilement la marche à l’aide de bé­
quilles; et aujourd’hui — neuf ans après l ’accident — une
canne suffit, mais la marche est difficile et très fatigante.
La différence d’âge de ces deux blessées peut expliquer, jusqu’àuncertain point, la différence étiologique du traumatisme;
chez l’une, le choc consécutif à la chute sur le talon a précédé
la fracture du col fémoral, et l’os pouvait être parfaitement
sain ; chez l’autre, la brisure du col a précédé certainement la
chute, donc le col de l’os était déjà malade. La différence du
résultat pouvait être prévue par le pronostic.
Cependant, les tentatives de réduction faites en vue d’une
luxation qui n’existait pas, peuvent-elles aussi avoir aggravé
la position? C’est possible, mais je n’oserais pas l’affirmer en
présence du fait suivant qui n ’a pas fourni non plus un résul-

tatdes plus brillants, quoique aucune manœuvre intempestive
11e puisse être invoquée comme circonstance atténuante d’une
guérison tardive et non exempte de difformité.

800

Observation. — Une dame âgée de 5G ans, maigre, élancée,
très active et n’ayant jamais eu de maladies graves, à l’exceplion d’un énorme anthrax à la nuque —deux ans avant l’acci­
dent actuel — glisse sur des dalles de marbre et tombe sur le
flanc droit.
La chute ayant porté sur la saillie formée par le grand tro­
chanter— saillie d’autant plus prononcée que la personne est
plus maigre— la fracture du col fémoral en est la conséquence,
et je constate, en outre, un très léger renversement du pied
en dehors, et un centimètre environ de raccourcissement. Du
rez-de-chaussée, où l’accident avait eu lieu, je fis immédiate­
ment transporter la blessée au premier étage et, dans ce court
trajet, je pris toutes les précautions possibles pour qu’aucun
mouvement violent ne vint compliquer l’état des choses.
Après avoir ramené le pied dans sa position normale, j ’appli­
quai le double plan incliné, et je dois ajouter que la réduction
et la pose de l’appareil ne réveillèrent ancune douleur in­
solite.
Tout marcha bien pendant les premiers jours ; puis, sans
cause appréciable et sans la moindre souffrance accusée par
la malade, la jambe se raccourcit encore de plus d’un centi­
mètre, et le pied se renversa un peu plus en dehors. Trois
mois après, cette dame pouvait marcher très péniblement,
soutenue par des béquilles ; plus tard, la marche lui a été pos­
sible en s’aidant tout simplement d’une canne; mais depuis
huit ans les conditions de cette marche ne se sont guère amé­
liorées ; la gêne et la fatigue sont presque aussi prononcées
aujourd’hui qu’aux premiers jours.
Faut-il voir, dans la seconde phase de cette observation, un
nouvel exemple de la pénétration tardive d’un fragment dans
l’autre? C;est encore possible. Mais il faudrait admettre alors
la raréfaction du col de l’os comme existant antérieurement à

�802

SIRUS-PIRONDI

la chute, supposition à laquelle l’âge de la blessée ne donne pas
une grande probabilité. Ce qu’on peut le mieux déduire de tout
cela, c’est que les fractures in trà-capsulaires ne se consolident
pas ; que la réunion des fragments s’opère d’une manière aussi
incomplète qu’anormale; et qu’il se passe là quelque chose
d’analogue à ce qui a lieu pour les fragments de la rotule ; avec
une différence aggravante du côté de la fracture du col fémo­
ral. Ici, en effet, on ne trouve pas d'appareil de prothèse assez
efficace pour donner au membre pelvien la solidité qui lui
manque; tandis qu’une genouillère, capable de maintenir la
jambe suffisament étendue sur la cuisse, peut encore permet­
tre à la marche une facilité relative et assez de solidité dans la
station.
Lorsque le raccourcissement du membre est très prononcé
et que le renversement du pied en dehors n ’est pas complet,
il y a de grandes présomptions pour que la fracture ait eu lieu
au dessous du trochanter, Et cette circonstance, jointe à un
autre signe, que je ne donne certainement pas comme infail­
lible, peuvent aider beaucoup lé diagnostic et permettre, par
conséquent, l’application d’appareils mieux appropriés à la
fracture de Yextrémité supérieure de la diaphyse. Ce signe est
fourni par la facilité ou la difficulté, de la part des blessés, de
supporter une traction quelque peu continue sur le membre
lésé. Dans la fracture intrà-capsulaire la moindre traction
occasionne des douleurs parfois intolérables; dans les fractu­
res sous-trochantériennes , les tractions sont assez facilement
supportées et l’on peut remplacer le double plan incliné par
un système capable de mieux immobiliser tout le membre et
d’obtenir-si possible—une véritable consolidation osseuse.
Dans le cas où l ’os est réellement raréfié, les malades pour­
raient assurément rester des années couchés et assujétis à un
appareil quelconque, que la guérison n ’avancerait pas davan­
tage, bien au contraire. — Il s’agit donc d’appliquer ici le
même procédé curatif recommandé pour d ’au très fractures nonconsolidées, quoiqu’il ne soit pas permis d’en attendre un ré­
sultat identique. Nous l’avons dit déjà, la pseudarthrose est,
à des rares exceptions près, inévitable dans ces cas; et quoiqu’il

FRACTURES.

803

soit difficile de reconnaître d’avance s’il y a ou s’il n’y a pas
raréfaction du tissu osseux avec pénétration des fragments
l’un dans l’autre, et qu’il ne soit pas plus aisé de prévoir s’il
faut cinquante plutôt que quatre-vingt jours pour que les
désordres locaux aient achevé tant bien que mal leur évolu­
tion, on a eu quelque raison de fixer à une soixantaine de
jours l’époque au delà de laquelle il ne convient pas de laisser
les malades plus longtemps couchés.
Il ne faudrait pas croire pourtant que tel blessé pour lequel
on jugera utile de prolonger la position sur l’appareil, sera
fatalement exposé à l’apparition d’escharres, soit au siège, soit
au dos, là en un mot où la surface du corps est le plus long­
temps soumise à une certaine compression. Que de pareils
accidents locaux arrivent plus souvent qu’on ne le vou­
drait, et qu’ils soient suivis trop souvent encore d’accidents
généraux graves, cela est incontestable. Mais puisque l'occa­
sion s’en présente, qu'il nous soit permis d’ajouter que si
la compression prolongée est une des causes de la mortifica­
tion des tissus, il s’en faut que ce soit la seule et, peut-être,
pas toujours la principale.
J’ai, pour ma part, vu des malades demeurer longtemps et
forcément dans une même position sans être atteints d’eschar­
res, quoique peu favorisés du côté de l’embonpoint; j ’en ai vu
d’autres chez lesquels peu de jours ont suffi pour déterminer
des accidents de cette nature ; et cependant tous avaient été
entourés des mêmes soins, tendant à donner aux parties un
repos temporaire, intermittent. Il faut évidemment faire ici la
part des prédispositions individuelles et se rappeler, comme
disaient les anciens, qu’on a beaucoup plus à faire aux mala­
des qu’aux maladies.Ainsi, par exemple, on voit, toutes choses
égales d’ailleurs, ( dans ce qui est du moins cliniquement
appréciable) on voit des individus chez lesquels la suppura­
tion se produit presque instantanément , tandis que chez
d’autres elle est très lente à se produire, très rare même; et cela,
pas une fois, exceptionnellement, mais en toutes circonstan­
ces; c’est au point qu'on croirait les uns atteints de diathèse
suppurative et qu’on accorderait volontiers aux autres, une

�SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES.

plasticité de sucs toute particulière. Môme observation et
même raisonnement s’appliquent aux prédispositions des tis­
sus à la mortification, aux eschai'res; parfois la vie des tissus
est arrêtée par la plus légère pression, et ailleurs cette pression
peut-être longtemps continuée sans nul danger. Il est certain
que des dispositions anatomiques et biologiques spéciales doi­
vent engendrer des différences de cette nature; et si on ne vise
pas à les expliquer, il est du moins utile de se les rappeler au
profit des exigences individuelles, et pour éviter une régle­
mentation clinique invariable et par cela même fâcheuse.
J'avoue, du reste, que ces dernières reflexions me sont suggé­
rées par les expériences deM. Richet. (1) tendant à prouver que
la non-consolidation osseuse de la fracture intrà-capsulaire
du col fémoral n’est pas due k \ insuffisance de nutrition du
fragment supérieur, mais à la difficulté de maintenir les deux
fragments dans un rapport exact. Jusqu’à présent je ne pense
pas que les appareils mis à la disposition des chirurgiens, tels
que l ’appareil amidonné, la gouttière de Bonnet, le double
plan incliné etc., donnent une garantie suffisante de rapport
exact entre les fragments, pour risquer de compromettre l’état
général du blessé en lui conseillant de rester de longs mois
immobilisé dans un appareil quelconque. Mais qu’un progrès
réel se réalise sous ce dernier rapport, et l’on pourra alors, et
alors seulement, examiner plus minutieusement quels sont les
malades qui peuvent, sans danger, se soumettre à un long dé­
cubitus, en vue d’une consolidation osseuse possible.

est plus ou moins endommagé et qui ne permettent au chi­
rurgien aucune intervention utile.
Des quatre observations que j ’ai recueillies, il en est deux
qui ne méritent pas de mention spéciale; il s’agissait de
petites portions de la crête iliaque complètement détachées
du reste de l’os, qu’il ne fut pas facile de maintenir en place
et dont la consolidation finit cependant par s’opérer. Les deux
autres faits doivent fixer un peu plus notre attention ; l’un,
à cause de la gravité de la lésion; et l’autre, parce que le
diagnostic n’a pas été facile à établir.

SOI

XV

Fractures de l'os iliaque. — Les fractures isolées du bassin
sont rares. Pour qu’elles se produisent, il faut un concours de
circonstances peu ordinaires ; on ne les rencontre guère que
dans ces affreux traumatismes généraux où tout le squelette
(1) Anatomie médico-chirurgicale, 3“' édit., p. 1018.

80ü

Observation. — Un jeune homme, ayant la dangereuse ha­
bitude de se lancer à fond de train dans un de ces petits
boguets qui semblent créés dans le seul but de tuer ceux qu’ils
charrient ou d’estropier ceux qu’ils rencontrent, descendait à
toute vitesse la montée dite de la Viste, lorsque, se trouvant
en face de deux charrettes, il a la malheureuse idée de passer
au milieu, au moment même où elles convergeaient pour lui
faire place sur les côtés de la route. Le choc fut terrible;
serré des deux côtés, le petit boguet fut aplati, et dans cet
aplatissement le siège du jeune homme resta pris comme
entre les cartons d’un livre.
Dans le premier moment on crut à plus de mal encore qu’il
n’y en avait ; le bassin seul avait souffert, et l’on constata une
double fracture de l'os iliaque paraissant comprendre, à
gauche, la portion d’os supérieure à un trait qui, partant audessous de l’épine iliaque antéro-supérieure, s’étendrait jus­
qu’à l’articulation sacro-iliaque; à droite, un fragment trian­
gulaire à base antérieure et à sommet arrivant, en arrière,
aux deux tiers de la crête iliaque. Je n’affirmerai pas, du
reste, que ces fractures suivissent exactement et uniquement
le tracé sus-indiqué; mais c’est probable, d'après la mobilité
des fragments, accompagnée d’une crépitation parfaitement
sensible, surtout à gauche. Le déplacement était très peu
prononcé à droite et à peu près nul à gauche ; le blessé accu­
sait en outre des douleurs extrêmement vives, intolérables,
et manifestait de petits mouvements convulsifs, légers mais

�806

SIRUS-PIRONDI.

de fort mauvais augure. Je m’attendais vraiment à voir bien­
tôt apparaître des symptômes de plus en plus graves par suite
de désordres sérieux que Ton pouvait redouter du côté des
viscères abdominaux. Mais il n’en fut rien ; aucune fonction,
dépendante de ces viscères, n ’a éprouvé de dérangement
notable, et la fièvre, très forte pendant les cinq premiers
jours, a cédé facilement à la diète, aux boissons rafraîchis­
santes et à quelques doses de teinture d’aconit, qui n’ont pas
dépassé vingt gouttes par jour.
Nous reviendrons tout à l’heure sur les soins locaux récla­
més par la lésion osseuse ; pour le moment, je tiens à signaler
un petit incident se rattachant à cette observation et qui m’a
assez utilement servi dans d’autres circonstances. Au moment
même où je visitai le blessé (six heures après l'accident), la
contusion avait produit, des deux côtés, un épanchement plus
modéré à droite qu’à gauche, où il avait pris, le lendemain,
des proportions énormes. La peau était extrêmement tendue;
pas d’emphysème. Je me décide à ponctionner l’épanchement
plus considérable — celui du côté gauche — à l’aide d’un
petit trocart construit d’après le système de M. J. Guérin, et
je prends les précautions voulues pour empêcher la pénétratration de l’air dans ce vaste foyer. Plus de deux verres de
sang noir et assez épais s’écoulèrent, et l’on eut après cela
une perception beaucoup plus distincte de la crépitation sousjacente. Des cataplasmes tièdes et fortement vinaigrés furent
ensuite appliqués et maintenus des deux côtés, en exerçant
en outre, sur ces régions, une compression méthodique mo­
dérée.
A droite, résolution lente mais progressive de Pépanche­
ment; à gauche, l’épanchement se reproduit dans l’espace de
cinq jours et prend des proportions à peu près aussi considé­
rables qu’avant la ponction. Le gonflement et la tension cuta­
née s'étendent jusqu’au dessous des trochanters ; toute la ré­
gion est de plus en plus douloureuse au toucher et môme
sans qu’on y touche ; la fièvre a un peu augmenté, mais sans
frisson. Je fais une deuxième ponction, sans omettre les pré­
cautions précédemment suivies, et il s’en écoule encore près

FRACTURES.

807

de deux verres de liquide séro-sanguinolent, moins rouge et
moins épais qu’à la première ponction. On continue les appli­
cations résolutives et la compression.
Dix-sept jours après l’accident, il ne reste plus trace d’épan­
chement ni à gauche ni à droite. Je ne regrette pourtant pas
les ponctions pratiquées à gauche, car on ne pouvait compter
raisonnablement sur la résorption d’une aussi grande quan­
tité de liquide. Sans doute, cette résorption s’est facilement
opérée à droite ; mais il n’y avait, de ce côté, qu’un épanche­
ment très-limité. Depuis le fait dont je parle et qui date de
dix années, j ’ai eu plusieurs occasions, à l’Hôtel-Dieu et en
ville, d’appliquer ces ponctions dans des épanchements con­
sidérables, et je crois avoir ainsi évité le développement ulté­
rieur de vastes et dangereux abcès.
La mobilité des fragments n'ayant pas varié, il fallait main­
tenant songer à maintenir ces fragments dans un affronte­
ment convenable ; et la chose n’était pas facile avec un
malade peu disposé à supporter la moindre gêne. Prenant
une longue et large bande à deux chefs, j ’en appliquai le cen­
tre à la hauteur de l’articulation sacro-vertébrale, et fis un
double bandage en spica, de façon à ce que chaque 8 de chiffre
crural prit son point d’appui en arrière du bassin, et, viceversâ, que les tours de bande passant en arrière et sur les cô­
tés du bassin eussent une attache fixe autour des cuisses.
Après m’être assuré que ce bandage remplissait le but désiré,
je passai une couche d’amidon, et permis — au bout de quel­
ques jours — au blessé de se faire transporter sur une terrasse
donnant à côté de sa chambre, et d’où il pouvait respirer un
air pur et se distraire de son immobilité.
Dans l’espace de deux mois et demi j ’ai dù renouveler trois
fois ce bandage pour le serrer toujours un peu plus, et la
consolidation a paru aussi complète qu’on pouvait le désirer.
Je signalerai seulement un peu de gêne éprouvée par ce jeune
homme, dans les premiers temps de sa guérison, lorsqu’il
voulait s’asseoir ou se relever lentement.
Le second fait que je tiens à rappeler ici concerne un cas de
fracture incomplète, (je ne saurais l ’appeler autrement) de
l’ischion.

�SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES.

Observation. — Une dame âgée de 62 ans, maigre et d’une
constitution délicate, verse de voiture en traversant un pont,
et tombe, de la hauteur de deux ou trois mètres, dans un fossé.
La voiture étant découverte, les deux personnes qui se trou­
vaient dedans furent lancées à distance et purent encore es­
pérer, dans le premier moment, en être quitte pour des contu­
sions multiples mais sans gravité. C’est, en effet, ce qui eût
lieu pour la plus jeuue qui fut bientôt en état de retournera
ses affaires ou à ses plaisirs ; mais la dame, plus âgée, ressentit
des douleurs si vives autour de la hanche et près du pubis qu’il
lui fut impossible de quitter le lit, et encore moins de mar­
cher.
L’accident étant arrivé dans une campagne assez éloignée
de Marseille, je n’ai visité la blessée que trois semaines après,
et j ’ai dù constater que l'on avait cru n’avoir d’abord affaire
qu’à une forte contusion de la hanche, contre laquelle on avait
usé toutes sortes d’applications émollientes. Toutefois la gêne
dans la marche et la douleur prè-coxale persistaient toujours,
et la malade me fit part d’une remarque qui me mit promp­
tement sur la trace de la lésion dont-il s’agissait. Dans quel­
ques mouvements de la cuisse sur le bassin et plus particuliè­
rement dans celui d’abduction, cette dame ressentait un cra­
quement près d e là région crurale interne, suivi d’une vive
donleur s'irradiant vers le pubis. La symphise pubienne pa­
raissant intacte ainsi que la branche montante du pubis, et
l’articulation coxo-fémorale n’offrant absolument rien d’anor­
mal, il fallait chercher ailleurs la cause de ce craquement;
après un examen minutieux accompagné de quelques explo­
rations intus et extrà, je trouvai l’ischion fracturé au milieu
de sa tubérosité et par un trait vertical et net, si l’on pouvait
en juger ainsi par la facilité avec laquelle on lui imprimait
quelques faibles mouvements de latéralité. Le fragment
antérieur était seul susceptible d’un léger déplacement en
dehors, et c’est en revenant brusquement sur lui-même qu’il
produisait le petit craquement sus-mentionné.
La consolidation ne s’était donc pas encore opérée et je crus
devoir suivre le sage conseil donné par Malgaigne, c’est-à-

dire, de confier la guérison, en pareil cas, au décubitus dor­
sal avec le bassin un peu élevé et les jambes fléchies. Mais il
fut impossible d’obtenir de la malade une pareille docilité;
elle n’en tendait pas garder le lit, quoi qu’il advint. Sachant que
toute insistance serait inutile , considérant d'ailleurs que l’is­
chion n’était fracturé que sur un point et se maintenait en
place par son extrémité pubienne, je ne m’opposai plus à ce
qu’on quittât le lit et j 'essayai d’immobiliser complètement l ischion en le maintenant serré sur place à l’aide de longues et
larges bandes de dyacliilun. Mais ce bandage ne fut pas sup­
porté plus de 48 heures. — Je me bornai dès lors à recomman­
der l’usage d’un caleçon un peu juste, de marcher très modé­
rément et de conserver, aussi fréquemment qu’on le pourrait,
les genoux rapprochés Fun de l’autre.
Faute de m ieux, l’emploi de cette méthode quelque peu
expectante a réussi; mais il n’a pas fallu moins de cinq mois
pour voir disparaître complètement cette sensation doulou­
reuse dont la blessée se plaignait, et pour acquérir la certitude
que la consolidation était enfin obtenue.

808

809

XVI
Fractures des côtes. — Après les fractures de la jambe et de
la cuisse, celles des côtes présentent, sur notre tableau, une
fréquence relative qui confirme l’observation faite depuis
longtemps par tous les chirurgiens attachés à des services hos­
pitaliers. Cette lésion est, en effet, commune dans les hôpi­
taux, et plus particulièrement dans ceux des grandes villes où
le commerce, l’industrie et de grands travaux de construction
multiplient les accidents de cette nature. En dehors de l’HôtelDieu, je n ’ai vu que trois fois la fracture des côtes, et toutes
les fois produites par des chutes de voiture.
Par rapport au sexe, nos 67 observations se partagent entre
56 hommes et 11 femmes. Le plus âgé, parmi les hommes,
avait 69 ans, le plus jeune 16: parmi les femmes, la plus jeune

�810

SIRUS-PIRONDI.

avait 15 ans et la plus âgée 5G. J'ai trouvé 42 fois une seule
côte fracturée ; 19 fois, deux du même côté ; 1 fois trois, deux
à gauche et une à droite ; 4 fois, trois du même côté, et à
gauche ; 1 fois cinq, également à gauche. Du reste, sur 67 cas,
la lésion existait 4G fois à gauche et 21 à droite. Est-ce uni­
quement dù au hasard ? ou est-ce qu’en général on parvient
à se mieux garantir d’un coup, d’une chute ou d’une agres­
sion quelconque avec le bras droit qu’avec le bras gauche ?
La statistique peut seule répondre à cette question, d’une im­
portance fort minime.
Les côtes les plus longues, et les moins bien protégées par
les parties molles sont les plus exposées aux fractures, sur­
tout si elles sont en môme temps très-arquées, comme dans
les poitrines bombées. Sur les 42 fractures d’une seule côte,
25 se trouvaient sur la sixième, et 17 sur la cinquième;
11 fois la sixième et septième ont été brisées en même
temps ; 5 fois la cinquième et sixième ; dans la fracture de
trois côtes, dont deux à gauche, la quatrième et cinquième, et
une à droite, la sixième, et dans celle de cinq côtes, de la qua­
trième à la huitième, il a été impossible de reconnaître s’il
n'y avait pas en môme temps luxation du cartilage intercostal,
qui se trouvait très-enfoncé et recouvert d’un épanchement
ecchymotique très-considérable. Quant au siège de toutes ces
fractures, je ne l'ai pas vu s’éloigner beaucoup de la partie
moyenne. S'il y a pourtant une tendance à s’éloigner de cette
direction, elle serait en faveur de l’opinion de Malgaigne,
qui place bon nombre de ces fractures plus près du sternum
que de la colonne vertébrale.
On a, depuis longtemps, divisé les causes de cette solution
de continuité en directes ou indirectes selon qu’elles agissent
sur l’extrémité de l’arc pour en exagérer la courbure, ou vers
le centre de cette courbure en enfonçant la côte de la circon­
férence au centre. J’avoue qu’il m’a été impossible, dans la
plupart des cas, de faire clairement expliquer par les blessés
comment les choses s’étaient passées. Soit qu'en dehors môme
d’accidents graves du côté des organes inter-thoraciques, la
brisure d’une portion de la cage osseuse entraîne passagère-

FRACTliRES.

811

ment quelques troubles du côté de la circulation et delà res­
piration,— d’où quelques troubles, toujours passagers mais
non moins positifs du côté du cerveau — soit que la frayeur
inhérente à l’accident lui-même ait momentanément produit
une perte plus ou moins complète de la mémoire, la consé­
quence a été toujours la même, à savoir : absence de renseigne­
ments précis. Du reste, si l’on réfléchit à l’obstacle présenté
à la fracture par l’élasticité et la mobilité de cet os, on com­
prend que le plus souvent l’accident ne peut arriver soudaine­
ment mais graduellement en laissant, pour ainsi dire, au blessé
le temps d’une siuistre prévision qui ne peut, à son tour,
qu’augmenter les effets de la terreur, et, par cela même, dimi­
nuer temporairement la lucidité de l’intelligence.
Du reste, je dois ajouter ici que je n’ai rencontré qu’une
seule fois ce que l’on peut véritablement appeler un enfonce­
ment des côtes ; c’était sur ce malheureux ouvrier auquel
j’avais dù pratiquer l’ablation complète de l’épaule. (Voyez
page 628). Il succomba, avons-nous dit, peu de temps après
l’opération par suite d'hémorrhagie intrà-thoracique consé­
cutive à une fracture de côtes passée d’abord inaperçue. Dans
le premier moment, on ne fit d’abord attention qu’à l’effroya­
ble désordre traumatique que cet homme offrait à l’épaule et
au bras. Mais l'autopsie montra une fracture des cinquième
et sixième côtes ; la première présentait une fracture, pour
ainsi dire incomplète, le périoste maintenait les deux frag­
ments osseux réunis, mais avec une légère dépresssion sur sa
face convexe, correspondant à une saillie sur la face concave.
La sixième côte était complètement fracturée, les deux frag­
ments étaient courbés en dedans, et les bords de la brisure
présentaient inférieurement deux dentelures encore engre­
nées, et dont la plus longue avait traversé — en la déchirant
— l’artère intercostale. L’épanchement de sang était énorme
et a dù se produire très-probablemént pendant les mouve­
ments imprimés au blessé pour le reporter dans son lit, après
l’opération.
Parmi les complications quej ai encore observées, à la suite

�8i:t

SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES.

de la fracture des eùles, je signalerai la pleurésie et la pleuro­
pneumonie. T’ai vu survenir 12 fois la première et 7 luis la
seconde, et clans ces 19 cas d’inllanmiationsintrà-thoraciques
la guérison a été facilement obtenue. Je ne puis donc dire
comment et dans quelle limite les poumons et la plèvre avaient
été atteints; mais je ne puis omettre de faire observer, à ce
sujet, que dans aucun de ces dix-neuf cas et malgré l’examen
le plus attentif, il n ’a pas été possible de constater le moindre
déplacement des bouts fracturés. Dans ces fractures, comme
dans bien d’autres exemples de complication inflammatoire,
l’affrontement des bouts osseux était ou du moins paraissait
identique. Assurément cela ne peut pas infirmer qu’au mo­
ment même de l’accident, il n'y ait eu un déplacement en
dedans, plus ou moins considérable, sans lequel la plèvre et
le poumon n ’auraient pas été compromis ; mais ce déplace­
ment n’a pas persisté ; la côte, grâce à son élasticité, a prompte­
ment repris sa position normale ; et si le fait prouve qu’on se
donne parfois une peine inutile pour maintenir les fragments
costaux eu place, alors que rien ne menace leur déplacement,
ce même fait peut avoir son importance, dans une circons­
tance donnée. au point de vue médico-légal.

outre des faits où cette douleur locale et d’autres accidents sé­
rieux n’ont paru que tardivement, et parfois même la fracture
a pu se produire et se consolider sans occasionner la moindre
souffrance locale.

812

A propos de ce grave blessé dont l’artère intercostale était
déchirée, et dont nous venons d’esquisser l’observation, j ’ai
dit qu’on n ’avait pas fait d’abord grande attention à l’état des
côtes, préoccupé qu’on était de la lésion de l’épaule et de l'opé­
ration immédiate qu’elle réclamait. Il est de fait que lors­
qu’on se trouve en présence d’une lésion grave du côté de la
tète, je suppose, ou du côté des membres, on ne songe pas tou­
jours à examiner le thorax, à moins que le blessé n’y ressente
de la douleur ou n’éprouve quelque gêne en respirant. Or, il
n'est pas inutile de noter que si une douleur vive ressentie
sur un point quelconque du thorax et exaspérée par la pres­
sion et par les mouvements respiratoires, peut faire présumer
l’existence d’une fracture costale, ces mêmes symptômes peu­
vent d’abord être fournis par une forte contusion suivie
d’ecchymose, et même par une pleurodynie; ou peut citer en

Observation. — Nous trouvons à l'Hôtel-Dieu un homme âgé
de 38 ans qui venait de tomber d’une hauteur considérable,
et qui présentait une luxation coxo-fémorale, trois plaies à la
tête, dont une empiétait sur la région faciale gauche, et pas
traces de cont usion nulle autre part. Pour réduire la luxation,
on dut forcément tourner et retourner le malade dans son lit
et maintenir le tronc immobile avec une certaine vigueur ;
eh bien ! ni pendant ces manœuvres, ni durant huit jours con­
sécutifs ce blessé n'a accusé quelques douleurs qu’à la tète,
réclamant sans cesse une augmentation dans le régime alimen­
taire. Mais au neuvième jour, une vive douleur apparaît à la
région sous-mammaire gauche, suivie bientôt de gêne dans la
respiration, toux fréquente et crachats légèrement teintés.
En cherchant à nous rendre compte de ce qui se passe du
côté de la poitrine, nous constatons la fracture des sixième et
septième côtes, qui serait passée probablement inaperçue sans
les conséquences qui se sont tardivement manifestées sur la
plèvre et le poumon. Les fragments costaux étaient parfaite­
ment détachés P un de l’autre et jouaient facilement bout à
bout. Mais il n ’y avait plus de déplacement appréciable dès
qu’on les abandonnait à leur impulsion propre.
D’autres fois, avons-nous dit, aucune souffrance locale n’est
accusée par le blessé ni immédiatement ni quelque temps
après l’accident. En voici la preuve.
Observation. — Un jeune homme de 17 ans se trouve pris
derrière une charrette au moment où elle tournait un coin de
rue en serrant de trop près le trottoir. On le releva évanoui et
on le porta à Ehôpital avec la crainte de le voir expirer en
route.
Tout le corps était en effet meurtri et couvert d’ecchymo­
ses; mais le squelette n’avait élé entamé qu’à la poitrine; les

�SIRUS-PIRONDI.

FRACTURES,

G* et 7' côtes gauches, et la 6° du côté droit étaient fracturées
un peu en arrière de leur partie moyenne ; il n’y avait point
de déplacement ni en dehors ni en dedans; et pendant les
deux mois que ce jeune malade est resté dans nos salles, non
seulement aucun symptôme morbide notable ne s’est pré­
senté du côté de la poitrine, mais la consolidation de la triple
fracture s’est opérée sans que le blessé ait jamais accusé au­
cune douleur, ni à droite ni à gauche du thorax, alors même
que la main y pressait dessus avec une certaine vigueur.

les, et deux petits rouleaux ou tubes placés en sous- cuisses,
se fixant en arrière et on avant du bord inférieur du bandage,
le tendent et le maintiennent parfaitement en place, sans
occasionner ni gêne ni fatigue au malade, grâce à la souplesse
et à l’élasticité du tissu.

811

Ayant déjà constaté l’absence de déplacement des bouts
osseux dans ces diverses solutions de continuité, je n’ai ja­
mais mis à contribution d'autre appareil que le bandage de
corps. N’eùt-il que l'avantage d’empêcher, par une compres­
sion modérée,une trop grande ampliation du thorax et délimi­
ter ainsi l’écartement des bouts osseux, ce serait déjà assez pour
s'imposer à la pratique usuelle. Toutefois, pour que son em­
ploi soit vraiment utile, il faut veiller à ce qu’il soit assez
large pour embrasser une bonne partie du thorax, les trois
quarts à peu près de sa hauteur, etle fixer de manière à ce qu’il
ne puisse se déplacer ni en haut ni en bas. 11 est aisé de com­
prendre que si le bandage roule au dessus ou au dessous de
la fracture, son effet est diamétralement opposé au but auquel
on vise; et comme il est à peu près impossible à un malade qui
garde le lit de s’astreindre à une immobilité complète lorsqu’il
a les membres parfaitement libres, tout chirurgien a pu cons­
tater que rarement un bandage de corps, modérément serré,
reste en place au-delà de quelques heures, d’où la nécessité de
le serrer d’avantage, ce qui n’est pas sans inconvénients, ou de
le replacer sans cesse, ce qui ne favorise guère l ’immobilité
nécessaire à une bonne consolidation.
Pour obvier à cette difficulté et maintenir le bandage de
corps suffisamment tendu en haut et en bas, j ’ai recours à
l’emploi du caoutchouc et je pense que beaucoup d’autres
chirurgiens doivent avoir eu la même idée, depuis que
l’usage du caoutchouc s’est vulgarisé dans la pratique chirur­
gicale. Deux bretelles de ce tissu, s’unissant derrière les épau­

81 ri

XVII
Fractures des phalanges, du métacarpe et du métatarse. —
Les fractures des phalanges de la main et du pied n’offrent
pas d’indications spéciales, ni une grande gravité par ellesmêmes, et occupent en général une très petite place dans la
plupart de nos traités de chirurgie. En regardant de près
cependant aux conséquences désastreuses que peut entraîner
après elle la suppression d’un ou de plusieurs doigts, nonseulement des mains, mais encore des pieds, chez des ou­
vriers, d’abord, dont l’unique revenu dépend de l’adresse des
unes et de la solidité des autres, et chez bon nombre de per­
sonnes qui, sans appartenir à la classe ouvrière, ne vivent pas
moins tributaires d’un travail quelconque; en regardant de
près les conséquences graves que peuvent avoir ces tontes
petites fractures, on peut regretter qu’on ne leur accorde pas,
en général, un peu plus d'importance.
C’est d’ordinaire par écrasement que cette fracture a lieu, et
il est rare Que la lésion s’arrête à une seule phalange; plus
rare encore que, s'il n'y a qu’une seule phalange fracturée,
ce ne soit pas l’onguéale. Toutefois nous avons vu, par suite
de coups de marteaux, la phalange ou la phalangine être
seule atteinte, et la phalangette rester intacte. Il est rare éga­
lement que la fracture des phalanges soit suivie de complica­
tions graves, à part les inconvénients de la mutilation que
nous venons de rappeler.—Mais il ne faut pas trop se fier non
plus à leur apparente bénignité. J’ai vu l’écrasement du gros
orteil suivi de tétanos grave, et l’écrasement des deux der­
niers doigts de la main, donner lieu à un phlegmon diffus de
l’avant-bras et du bras. Du reste le pronostic doit toujours

�8 lfi

SIRUS-PIRONDI.

être réservé par rapport à la liberté de fonctions consécutives
ù. la consolidation de ces fractures, qu’elles atteignent une
ou plusieurs phalanges, et a fortiori, un ou plusieurs doigts.
Lorsque la fracture est simple et que les parties molles ne
paraissent pas trop mâchées, tout le monde est d’accord, et
l’on ne vise qu’à choisir un mode de pansement ou à appli­
quer un petit appareil qui facilite la consolidation, et nous
reviendrons plus loin sur ces pansements et ces appareils.
Mais lorsque autour des os brisés cemminutivement les par­
ties sont pour ainsi dire hachées et pendent en lambeaux,
l’amputation de la phalange ou du doigt est promptement
décidée, pour peu que le blessé s’y prête.
Assurément si l’articulation de la phalange est largement
ouverte et s’il ne reste pas trace intacte des téguments qui la
recouvrent, la chirurgie conservatrice n ’a rien à espérer, et
l’amputation peut être pratiquée immédiatement, si on veut,
et si le malade la désire. Dans le cas contraire, lorsque l’arti­
culation n’est que peu ou point entamée, si les parties molles
— malgré la gravité des contusions et dilacérations subies —
conservent quelques ilôts en bon état, sous lesquels le périoste
peut encore se trouver assez exactement collé aux fragments
osseux, il ne faut pas amputer et l’on doit attendre, quel que
soit d’ailleurs le degré d’écrasement supporté par les pha­
langes. On dirait ces petits os doués, dans de semblables
circonstances, d’une vitalité exceptionnelle, eux qui, dans les
panaris profonds, se mortifient si promptement !
La première fois — et cela date de loin — où, mis en pré­
sence d’une de ces fractures, j ’essayai l’expectation prolongée,
j ’eus de très grandes appréhensions et je craignais à chaque
instant de voir surgir quelque complication grave. Plus tard,
j ’ai pu me convaincre qu’on peut pousser ici l’expectation
jusqu’à ses dernières limites, et si ce n ’est pas toujours avec
succès, c’est du moins sans danger. Prouvons-le par des
faits.
Observation. — Un jeune mécanicien, qui est. devenu plus
tard un habile horloger, et qui était attaché — il y a plus de

FRACTURES.

817

vingt ans — aux anciens ateliers Taylor, s’occupait à ajuster
diverses pièces d'une locomotive lorsqu’une plaque de cuivre,
d’un poids considérable, tombe sur le bout des pieds et lui
écrase les dix orteils. Les phalanges étaient fracturées comminutivement, à l’exception de la première du gros orteil qui,
seule avait un peu mieux résisté au choc ; les parties molles
déchirées, avec de petits lambeaux ne tenant que par de fai­
bles pédicules ; plusieurs ongles étaient soulevés à leur base et
presque détachés complètement du phanère ; et, chose bien
plus grave encore, la plupart des articulations, excepté celle
du gros orteil droit, étaient entamées ou du moins compro­
mises. On avait déjà proposé l’amputation de six orteils sur
les neuf plus gravement atteints, mais je m’y opposai, et.,
encouragé par la bonne constitution du blessé, je tentai d’ob­
tenir la guérison de ces nombreuses fractures sans sacrifier
une seule phalange.
Je ferai d’abord observer que les chirurgiens, en parlant de
cette lésion traumatique, se servent du mot écrasement pour
mieux caractériser tout à la fois ce genre particulier de frac­
ture et le mode dont elle s’est produite. L’expression employée
est certainement très exacte; dans quelques cas cependant
elle parait encore insuffisante à bien rendre l’impression
qu'on éprouve lorsqu’on examine ces traumatismes peu de
temps après l’accident. C’est ainsique, dans le fait dont je
trace en ce moment l’histoire, les orteils n’étaient pas seule­
ment écrasés mais littéralement aplatis, et un des dangers
que puisse courir le blessé en pareil cas, c’est que parmi les
personnes qui l’entourent il s’en trouve de très charitables
sans doute mais mal avisées, qui veulent pétrir ces orteils
pour leur redonner leur forme primitive, absolument comme
certaines matrones veulent pétrir le crâne des enfants qui,
dans la primiparité surtout, naissent avec la tête en pain de
sucre. — Si, en présence de doigts écrasés, voire même aplatis
par suite d’accident, on veut faire de la chirurgie conserva­
trice, il faut s’abstenir d’une intervention inopportune et
laisser à la nature le soin de reprendre son équilibre. Sous ce
rapport elle ne faillit pas à son œuvre, et an bout de quelques

�SIRUS-PIRONDI.

FRA.CTURES,

jours on est surpris de revoir les doigts ou les orteils reprendre
leur forme normale; c’est presque de l’élasticité dans les
tissus qui ne passent pas pour être élastiques.
En disant qu’il faut laissera la nature sa part d’action dans
la réduction de ces fractures, il ne faut pas amoindrir pour
cela et encore moins annuler celle du chirurgien ; il faut aider
la nature dans son œuvre réparatrice en éloignant de la lésion
tout ce qui peut augmenter les causes d’inflammation suppu­
rative et empêcher la marche progressive d’une cicatrisation
des os et des parties molles par des mouvements intempestifs
imprimés â des organes qui ont avant tout besoin, d’une im­
mobilisation complète.
Pour en revenir à notre observation, et conformément aux
réflexions qui précèdent, nous emmaillotâmes lâchement cha­
que orteil, sans nous préoccuper de leur aplatissement, par
des bandelettes de linge très fin et très souple, trempé dans de
l’eau fraîche arniquée, avec recommandation de maintenir
le linge incessamment mouillé; les jambes furent légèrement
fléchies sur un double plan incliné et la plante des pieds put
s’appuyer sur une semelle de bois fortement fixée et recou­
verte de taffetas ciré. Les doigts eurent bientôt repris leur
forme ordinaire; à chaque renouvellement de bandelettes, on
avait soin de les couper d’un trait, et en masse, à l’aide de
petits ciseaux passant sur une sonde cannelée, et permettant
ainsi d'énucléer l'orteil de son enveloppe, comme une châ­
taigne de sa coque, et sans occasionner à la phalange le moin­
dre ébranlement ; et lorsque au bout de quelque temps nous
pûmes supprimer les irrigations d’eau froide et remplacer
les bandelettes de linge par du sparadrap également Un et
souple, chaque orteil fut immobilisé dans une espèce de dé à
coudre ou de casque qui prenait son point d’appui par quatre
prolongements sur l’os du métatarse, deux à la face palmaire
et deux à la face dorsale. Ce pansement n’était renouvelé que
tous les cinq ou six jours et avec les précautions sus-indi­
quées, et en six semaines de temps la guérison était obtenue
et très complète.
Dans d’autres circonstances on a été sans doute moins heu-

roux et il a fallu en venir à l’amputation du doigt ou delà
phalange ; mais j ’affirme que, dans la très grande majorité des
cas, on a évité la mutilation, et dans aucun on n’a eu à regret­
ter que l’opération eût. été pratiquée tardivement.
Si l’accident a pour siège la main, la chirurgie conservatrice
acquiert bien plus d’importance encore. Quelques orteils de
moins peuvent sans doute gêner la marche, mais le travail
des mains reste ; quelques doigts de la main venant à man­
quer, le travail est souvent difficile, parfois impossible, et
l’existence de toute une famille peut en souffrir. Et quand il
s’agit de fractures aux doigts de la main, s’il faut absolument
se décider à l’amputation, je ne discuterai pas si elle est
plus bénigne lorsqu’on la pratique dans la contiguité que
dans la continuité des os, mais je ferai observer que même la
moitié d’une phalange peut rendre de très grands services, et
qu’il est utile de conserver le plus qu’on peut. Je rappellerai,
«i ce sujet, le fait suivant :

818

8ta

Observation. — Un garçon boucher, en coupant à coups de
hache et sur un billot un quartier de bœuf, a la maladresse
de briser du même coup le bout des quatre derniers doigts de
la main gauche ; ce fut particulièrement la face palmaire que
le couteau entama obliquement de manière à ce que, tout en
fracturant une portion de la phalange onguéale, l’ongle de
l’index, du médius et de l’annulaire furent épargnés aux deux
tiers, et celui du petit doigt ne fut pas touché du tout. Toute
la moitié palmaire de la phalange est partagée en deux ou
trois petits fragments qui pendent avec des lambeaux de tégumens;etses articulations de la seconde avec la troisième
phalange sont largement ouvertes, sauf celle du petit doigt.
On désarticule immédiatement la phalange onguéale de l’in­
dex et du médius, mais le blessé refuse de se soumettre à la
désarticulation"de la phalangette de l’annulaire; on se borne
par conséquent à enlever les petits fragments osseux au trois
quarts détachés du reste de la phalange, on régularise les
lambeaux formés par les parties molles, et on panse la plaie
par occlusion.

�820

SIRUS-PIRONDI.

Nous avons déjà dit que les deux tiers de l’ongle tenaient
encore à une portion de phalange et nous devons ajouter que.
contrairement à, nos craintes, la cicatrisation s’est opérée très
régulièrement, et quoique le doigt lit un peu crochet, il était
beaucoup plus utile que s’il eût, été privé de sa dernière pha­
lange.
Depuis lors nous faisons cliniquement une grande différence
entre l'écrasement partiel de la face onguéale de la phalan­
gette et celui de sa face palmaire. Dans le premier cas, il con­
vient de désarticuler, car ce qui reste de la phalange ne.sert
qu’à embarrasser le travail des autres doigts ; dans le second
cas, il faut tâcher de conserver tout ce qu’on peut, car même
amoindrie de moitié, la phalangette est d’une grande utilité
pour celui qui travaille.
Je crois inutile d’ajouter d’autres observations à celles qui
précèdent; elles traduisent suffisamment notre pensée. Mais
qu’on nous permette encore quelques détails sur l’appareil
appliqué aux fractures des doigts de la main, les seuls qui,
par leur longueur et leur importance, aient vraiment besoin
d’un appareil.
Quelafractureaffecteuneou plusieurs phalanges, c’est toujours
la totalité du doigt, on le sait, qu’il faut entourer de tuteurs,
et ici comme ailleurs chaque chirurgien a ses préférences et
ses habitudes auxquelles on a souvent tort de renoncer. Pour
nous, le moyen qui nous a le mieux réussi est le suivant :
une petite attelle en carton, préalablement mouillée et for­
mant. gouttière, est placée sous le doigt lésé, après avoir été
garnie d’une fine couche de ouate, modérément glycérinée;
le bord postérieur de cette gouttière doit s’adapter au sillon
palmaire qui sépare le doigt du métacarpe, ou, en cas de frac­
ture de la première phalange, dépasser l’articulation et
s’étendre vers la région palmaire par une languette plus ou
moins longue et large ; le bord antérieur doit dépasser la pha­
langette d’un centimètre; enfin ses bords latéraux.n’arrivent
pas au-dessus d’une ligne, qui séparerait l’épaisseur du doigt,
en deux tiers palmaires et un tiers dorsal. Autant de doigts
fracturés autant d’attelles-gouttièivs; autour de chacune on

FRACTURES.

8il

passe une bande de deux centimètres de hauteur, après avoir
recouvert la face dorsale du doigt d’une légère couche de
ouate glycérinée, et le bout de cette bande est fixé au poignet.
Une large gouttière, également en carton et toujours ouatée,
sert d’appui à la main et à l’avant-bras, et fixe suffisamment
le membre dans une écharpe passée autour du cou ; ce qui
permet au blessé de se livrer à tout l’exercice qu’il peut dé­
sirer.
Les pansements peuvent être renouvelés aussi souvent que
les circonstances l’exigent; rien déplus facile que de changer
les gouttières-attelles en coupant la petite bande sur une
sonde cannelée et en faisant couler un mince filet d’eau sur
la ouate. Seulement on ne doit pas négliger, à chaque panse­
ment, d’imprimer quelques légers mouvements aux articula­
tions, pour éviter l’ankylose ; et lorsque ces articulations son t
assez endommagées pour qu’on ne puisse conserver aucun
espoir d’en prévenir la soudure, mieux vaut imprimer de
bonne heure aux doigts une direction curviligne, que de les
laisser dans une rectitude qui les rendraient d’un usage à peu
près inutile.
Les fractures isolées du métacarpe et du métatarse sont
assez rares ; on ne rencontre d’ordinaire cette solution de con­
tinuité que dans les traumatismes graves qui atteignent la
plupart des os de la main ou du pied.
J’ai vu deux fois la fracture isolée du quatrième métacar­
pien de la main gauche, à 15 et IG millimètres au-dessus de
son articulation avec la phalange, et une fois celle du troi­
sième métacarpien de la main droite, vers sa partie moyenne.
Quant à la fracture isolée du métatarse, je l’ai rencontrée une
seule fois, sur le premier métatarsien du pied droit et plus
près de son articulation avec la phalange qu’avec lé scaphoïde.
Quelques chirurgiens ont pensé que, de prime-abord, on
pouvait confondre la fracture d’un seul métacarpien avec la
luxation du doigt, mais j ’avoue que l’erreur me semble im­
possible dès qu’on y regarde de près. Dans la luxation de la
première phalange, la dépression pré-articulaire existe seule­
ment sur une des deux surfaces qui constituent l’articulation,

�S22

SIRUS-R1R0NDI

dans la fracture d’un métacarpien, toute l'articulation méta­
carpo-phalangienne tombe au-dessous du plan ou de la ligne
formée par les articulations similaires, fait qui a été parfai­
tement signalé par A. Gooper ; le doigt paraît n ’avoir plus la
force de se maintenir au niveau des autres, et il conserve une
extension permanente dans une direction oblique d’arrière en
avant et de haut en bas. Du reste, la mobilité des fragments
est distinctement perçue, même si la main est grasse, et cette
mobilité jointe à l'absence de déformation articulaire et an
défaut d’un même niveau du plan métacarpo-phalangien,
suffisent à'éclairer le diagnostic. A ces signes, on pourrait,
joindre encore celui tiré des causes productrices de l’accident,
,car c'est toujours une cause directe et presque spéciale cpii
parvient à briser un seul des cinq os du métacarpe.
La lésion étant reconnue, la réduction n’est pas difficile,
mais il est moins aisé de maintenir en place le fragment digi­
tal. Cependant on parvient à un résultat satisfaisant si l’on
fait servir d attelles latérales les deux doigts au milieu des­
quels se trouve celui qui correspond à la fracture; des com­
presses graduées placées longitudinalement sous le doigt et
l’os métacarpien, un coussinet de ouate remplissant le creux
palmaire, et une attelle en carton s’étendant du bout des
doigts jusqu’au poignet, le tout entouré de quelques tours de
bande, constituent un bandage qui suffit au but qu’on veut
atteindre.
Dans la fracture du premier métatarsien, nous n'avons cons­
taté aucun déplacement et nous nous sommes contenté d’en­
tourer le pied d’une bande en 8 de chiffre sur laquelle on a passé
ensuite une légère couche d’amidon. La consolidation s’opère
plus lentement qu’on ne le supposerait, si l’on ne calculait le
temps qu’il faut à la soudure des os que d’après la surface
d'affrontement des points fracturés.

FRACTUREE.

S23

XV1I1
Fractures des os carrés du nez. — Ces petits os, placés dans
l’enfoncement naso-frontal et protégés ainsi par la saillie du
nez et par celle du front, sont difficilement atteints dans les
chutes ou par les violences extérieures, sans que d’autres lé­
sions plus graves ne se montrent à la partie antérieure du
crâne et à la face. Cependant, par suite de conditions excep­
tionnellement réunies, ces os peuvent être isolément fracturés,
et quelque petite que soit la place qu’ils occupent, leur
solution de continuité a parfois donné lieu à des accidents
sérieux : c’est ce qui m’engage à joindre aux faits déjà connus
les deux suivants.
Observation. — Un enfant de huit ans, s’approchant un peu
trop d’un maladroit qui coupait des bouts de sarments avec une
petite hachette, reçoit, en travers de la racine du nez, un
coup violent. Immédiatement le sang coule avec abondance
par les narines ; une large ecchymose apparaît autour du nez
et s’étend vers les paupières, qui se gonflent rapidement au
point de fermer complètement l’orbite, et l’enfant tombe en
syncope. On peut aisément se figurer la terreur des parents,
qui ne pouvaient croire à une déformation si instantanée de la
face sans de graves désordres à l’intérieur. La syncope fut de
courte durée, mais je trouvai l’enfant très pâle, le pouls petit,
fuyant sous le doigt, et je constatai que l’épistaxis se renouve­
lait sans cesse, seulement au lieu de sortir par les narines, le
sang coulait en nappe dans l’arrière-bouche.
Tous les moyens ordinairement usités en pareille circons­
tance n ’ayant pas arrêté l’hémorrhagie avant mon arrivée,
je jugeai dangereux de laisser perdre à cet enfant une plus
grande quantité de sang et je tamponnai les fosses nasales à
l’aide de la sonde dcBelloc; j ’examinai ensuite quelle était, la
principale lésion à laquelle on avait affaire. Sous l’ecchymose
et l’épanchement qui l’entourait, il ne fut pas facile d’abord

�82 i

SIRUS-P1R0SDI.

de recomiaitre la fracture des os carrés du nez; toutefois,
tous les autres os de la face étant intacts, et la racine du liez
devenant le centre d’un emphysème considérable qui s’éten­
dait aux paupières, boursouflées au point de clore complète­
ment l'orbite, l’hémorrhagie enfin pouvant s’expliquer surtout
par la déchirure de la muqueuse nasale, le diagnostic nous
parut suffisamment éclairé. Et, en effet, au fur et à mesure
que le gonflement et l’emphysème commencèrent à diminuer
pour disparaître ensuite, nous trouvâmes les os carrés com­
plètement fracturés ; ils avaient subi en outre un mouvement
de bascule, représenté par un enfoncement du centre, empié­
tant sur leur extrémité inférieure.
Pendant vingt-quatre heures le petit blessé fat en proie à
un sub-délire très prononcé, et une fois rentré dans le calme
il commença à se plaindre de sentir des odeurs intolérables
alors que, ni dans l’appartement, ni dans les fosses nasales
(déjà débarrassées des tampons) il n’existait aucune cause
capable d’affecter désagréablement l’odorat, et cette singulière
disposition s’est prolongée pendant deux mois, la consolida­
tion osseuse étant déjà achevée depuis cinq semaines.
On peut aisément s’expliquer l’hémorrhagie et l’emphysème
par la déchirure de la muqueuse traversée par un des frag­
ments osseux, et on peut attribuer le délire soit à l’ébranlement
cérébral produit par le coup qui a fracturé les os, soit par
l ’hémorrhagie consécutive à l ’accident ; mais je n’ai pas pu
me rendre un compte exact de la perversion de l’odorat, à
moins de la rapporter à une lésion de l’éthmoïde, amenant à
son tour une modification dans les branches terminales du
nerf olfactif. On a déjà remarqué que cette lésion peut par­
fois supprimer l’odorat, précisément à l’occasion de frac­
tures des os du nez; cette lésion, à un degré moindre, pour­
rait-elle pervertir temporairement la fonction olfactive? C’est
probable, et ce qui me le ferait croire, du moins pour le
fait que je relate, c’est que l’enfant , dont la guérison s’est
opérée sans laisser aucune trace, n ’a été débarrassé de cette
désagréable impression de mauvaises odeurs, que lentement
et graduellement.

FRACTURES.

825

Dans le fait, qui précède, quoique la fracture ait été produite
avec enfoncement des os dans les fosses nasales, les fragments
ont repris d’eux-mêmes — aidés peut-être par le tamponne­
ment — leur place respective au fur et à mesure que le gon­
flement et l’emphysème ont disparu. Dans le fait suivant, il a
fallu, à trois différentes reprises, remettre les fragments en
place, ce qui n’a pas offert de difficulté et ce qui n’a pas re­
tardé la guérison.
Observation. — 11 s'agit encore d’un jeune enfant de huit
ans, qui montait quatre à quatre un escalier très rapide ; il
tombe et frappe du nez contre le rebord tranchant d’une
marche. Te vis cet enfant au moment même dé la chute ; il
était resté d’abord un peu étourdi par le coup, et quelques
gouttes de sang s’échappaient parles narines. Mais, à la hau­
teur des os carrés du nez, un aplatissement transversal for­
mant gouttière, marquait sur ce point l’enfoncement de l’ex­
trémité inférieure des os carrés du nez, tandis que supérieu­
rement ils s’étaient séparés de l’épine nasale et se trouvaient
un peu relevés sous la peau. Si l’on n’avait pas perçu, en
même temps, la sensation distincte de petits fragments osseux
sous la portion de peau formant gouttière, on aurait pu croire
à un déplacement en masse, à une véritable luxation de ces
petits os plutôt qu’à une fracture. Je tâchai de les réduire
immédiatement à l’aide de pinces à anneau passées successi­
vement dans les deux narines, et-je ne pus y parvenir; je
songeai alors à me servir d’une sonde de femme, dont la
légère courbure donnait au levier la direction voulue, et cela
réussit parfaitement bien. Mais dans la nuit le déplacement des
os se reproduit ; je les réduis encore le lendemain à l’aide du
même procédé et j ’espérais que pour cette fois il n’y aurait
plus à y revenir. Je me trompai, car deux jours après les petits
os se déplacèrent encore et toujours pendant le sommeil, ce
qui est facile à comprendre. Je pris alors le parti, un peu tar­
dif, de pousser dans les narines, et aussi haut que possible,
deux cônes de lent, et cette fois — à part un peu de gêne dont
se plaignait le petit blessé, obligé de demeurer bouche béante
53

�826

SIRUS-PIUONDI.

— tout marcha régulièrement vers une prompte consolida­
tion.
A propos du procédé de réduction, je croyais naïvement
avoir eu une idée assez originale en employant une sonde de
femme pour remédier au déplacement des os carrés du nez;
mais je ne faisais là que du vieux neuf, attendu que Vidal
(de Cassis) — et il n'est peut-être pas le premier — indique ce
même moyen dans son livre, où aucun détail ne fait défaut,
surtout s'il est bon.
XIX
Parmi les diverses espèces de fracture dont je viens de rap­
peler de nombreux exemples, je n'ai pas cru devoir compren­
dre celles du crâne. Ces dernières lésions embrassent tout un
ordre de questions aussi graves qu’intéressantes ; chacune
d’elles réclame, poyir ainsi dire, une étude spéciale ; et l’on
peut juger du temps et des recherches qu’il faudrait consacrer
à pareille œuvre par le magnifique spécimen présenté à la So­
ciété impériale de chirurgie par le baron H. Larrey (1). Je n'a­
jouterai donc nulle autre observation à celles déjà citées dans
les précédents chapitres et je résumerai brièvement quelques
remarques pratiques qui se rapportent à toutes les fractures
en général et qui ont leur importance dans le résultat qu’on
poursuit.
1* Les deux complications que j ’ai toujours le plus redou­
tées, et qui ne sont pas aussi rares qu’on le voudrait, ce sont
la congestion pulmonaire par hypostase et l’hémoptysie con­
sécutive à la débilitation générale. Même chez les constitu­
tions robustes, ces deux accidents sont graves et leur gravité
augmente en raison de la débilité des tempéraments. Mainte­
nant, si l’on veut bien se souvenir de ce qui a été dit sur l’in­
fluence nosocomiale et de son action essentiellement débili­
tante, on comprendra pourquoi la congestion pulmonaire et
(l) Étude sur la trépanation du crâne dans les lésions traumatiques de la
fête. Tome VII , p. 49 . 1869.

FRACTURES.

827

l’hémoptysie, sans être très-rares dans la pratique de ville,
sont bien plus fréquemment observées dans les hôpitaux ; la
déglobulisation du sang favorise son extravasation.
Il n’est sans doute pas facile de remédier à l’exigence de
certaines fractures par rapport à la position des malades; le
décubitus est de rigueur, et personne n’ignore que si on laisse
aux malades un centimètre de latitude , ils en prennent bien­
tôt cinquante, sans trop se soucier du retard ou de l’irrégula­
rité de la consolidation.
Pour obvier autant que possible au danger d’une prolonga­
tion de décubitus dorsal, nous avons eu à nous louer des pré­
cautions suivantes, tout insignifiantes qu’elles peuvent
paraître : a. faire souvent retourner et môme changer les cous­
sins que l’on m aintient derrière le dos des malades ; quand la
laine s’échauffe elle apporte un contingent d’hypérémie à la
région qui en est déjà le plus menacée; b. s’il s’agit d’une frac­
ture aux côtes et surtout aux membres pelviens, à l’occasion
desquelles il est à peu près impossible aux malades de se lever,
du moins pendant les premiers temps, il faut les faire souvent
asseoir sur les lits, en ayant soin — pendant qu’on relève le
tronc — de m aintenir les pieds dans une extension un peu
prononcée, et d’exercer une contre-extension autour du bassin,
à l'aide d’un drap d’alèze ; c. évitera des malades, qui ne peu­
vent bouger, des refroidissements aussi faciles que dangereux,
tout en leur facilitant les moyens de respirer un air fréquem­
ment renouvelé.
2° Les escharres sont beaucoup moins à redouter que la
congestion pulmonaire ; toutes les précautions usitées en pa­
reil cas sont utiles, mais il en est une à laquelle on ne songe
pas assez, et c'est de faire changer de lit, aux fracturés, le plus
souvent qu’on le peut. Tous les appareils dont on se sert
aujourd’hui facilitent ces changements sans exposer le mem­
bre lésé à un ballotement fâcheux.
3{ Je n’ai vu qu'une seule fois la desquamation épidermi­
que prendre des proportions sérieuses ; on l évite facilement
aujourd’hui en aérant fréquemment les fractures, lorsqu’on
écarte les valves de l’appareil amidonné , et en passant nue

�828

SIRTJS.-PIRONDI.

couche de glycéré d'amidon dès que la peau est menacée
d’érythème.
4° La nourriture de cette catégorie de malades doit être
soigneusement surveillée, et sauf indication spéciale, il ne
convient guère de les priver d’une alimentation fortiüante
sous prétexte qu’ils 11 e se livrent à aucun exercice fatigant.
L’ouvrier qui, étendu dans un lit pendant des semaines songe
qu'il a chez lui une famille à laquelle son incapacité de travail
impose peut-être de grandes privations, retire de cette pensée
plus de débilitation que ne peuvent lui en donner de fortes
journées de travail, lorsqu’il se livre à ce travail avec le
cœur content. Il faut donc bien nourrir les fractures; c’est le
meilleur moyen, du reste, de hâter la formation du cal osseux
puisqu'on augmente ainsi la plasticité du sang.
5° C’est- pour obéir à la même préoccupation que j ’ai eu ra­
rement recours aux évacuations sanguines. Les préparations
d’aconit et de digitale, le quinquina, parfois le tartre stibié,
plus souvent le fer et quelques légers laxatifs, tels sont les mé­
dicaments auxquels nous avons fait appel, quand l’indication
se présentait et encore en avons-nous usé avec quelque par­
cimonie.
6* La constatation d’une fracture impose parfois au chirur­
gien un examen long, minutieux, douloureux pour le malade,
et d’autant plus douloureux qu’on a affaire à un tempérament
nerveux et impressionable. Dans ce cas, il est utile de ne pas
trop prolonger cet examen, dùt-on renvoyer à plus tard le
diagnostic précis de la lésion. Toute douleur vive et prolongée
peut devenir ici un appoint regrettable à des accidents con­
vulsifs ou tétaniques et il faut l’éviter à tout prix. C’est déjà
bien assez qu’on ne puisse éviter celle forcément inséparable
de tous les déplaments fragmentaires dus à la pose des appa­
reils ou aux mouvements involontaires du blessé. Les ma­
nœuvres prolongées et douloureuses ne sont réellement légij
times que s’il s’agit de réduire des os passés à travers les par­
ties molles, ou de dégager les parties molles pressées et lacé­
rées entre des fragments mal réduits.

MOGADOR ET SON CLIMAT.

829

XX
Parvenu au terme de la tâche très-limitée que je m’étais
d’abord imposée, je ne regarde pas d’un œil bien tranquille
le chemin parcouru. Je crains, en effet, d’avoir abusé de la
bonne volonté du lecteur en citant une grande quantité de
faits qui n ’ont pas et ne peuvent avoir la prétention d’être
rares. Pourtant mon excuse est précisément dans la fréquence
des occasions où ces mêmes faits peuvent se reproduire.
Les cas rares et difficiles ne sont pas l’apanage ordinaire du
plus grand nombre de médecins; nos jeunes confrères, sur­
tout, se trouvent beaucoup plus souvent en présence de cas de
chirurgie usuelle que de ceux aptes à exciter l’imagination et
l’initiative nécessaires à ce que l'on nomme la grande chi­
rurgie.
Or, je ne croirai pas ma troisième série d’observations ni
tout-à-fait inutile ni même trop longue si un seul de ces jeu­
nes confrères, encouragé par les observations qui précèdent, et
toujours plus confiant- dans les forces médicatrices de la na­
ture bien secondée, obtient un succès de plus en pratiquant
une opération de moins.
SIRUS-PIRONDI.

MOGADOR ET SON CLIMAT
Par le Dr SEUX Père.

Mon ami et très-honoré confrère, le docteur Prosper Despine, fit en 1840 un séjour de treize mois à Mogador. A son re­
tour à Marseille, j ’eus souvent l’occasion de m ’entretenir avec
lui de cette ville dont le plus grand mérite, aux yeux de l’hy­
giéniste, est la douceur et l’égalité du climat : pas de phthisi-

�830

SEUX.

MOGADOR ET SON CLIMAT.

ques dans ce pays là, me disait, mon ami. Do fréquents entre­
tiens avec un des négociants les plus honorables de Marseille,
M. Auguste Grawitz , mon beau-frère, dont le principal com­
merce se fait avec le Maroc, et qui a habité Mogador pendant
six ans, m’avaient fait penser que si ce point du littoral afri­
cain n’était pas si éloigné, si la ville otErait plus de ressources,
on pourrait faire profiter certains malades des bienfaits de ce
pays fortuné. Enfin, les nombreuses conversations que j ’ai
eues avec M. Beaumier, consul de France à Mogador, l’hiver
dernier pendant son séjour à Marseille, presque au milieu de
ma famille, m’ont démontré de la manière la plus évidente
que le climat de Mogador pourrait être d’une grande utilité h
une certaine catégorie de malades.
Je me suis assuré de plus que la facilité des communications
rendait aujourd’hui le voyage vers ces contrées, on peut dire
facile (1), qu’un médecin français très-éclairé était établi de­
puis plusieurs années dans le pays, et qu’il n ’était pas diffi­
cile d’y vivre d’une manière fort convenable.
Dès lors, convaincu que Mogador offrait un climat qui
n’avait peut être pas son égal dans le monde, j ’ai cru devoir
écrire ce que je savais sur ce pays, comme je l’ai fait pour
d’autres sujets, chaque fois que j ’ai entrevu la possibilité
d’être utile à mes semblables; utile si je puis, telle a toujours
été ma devise
Mogador, port de mer de l’Empire du Maroc, est située par
31° 30’ 30” lat. N. et 12* 4’ 21” long. 0. du méridien de Paris.
Cette ville, de dix à douze mille âmes, occupe une superficie de
279,300 mètres carrés; elle est bâtie sur des récifs formant
une presqu’île fort basse et découverte de tous côtés ; elle est
quelquefois entièrement entourée d’eau par les grandes ma­
rées ou par les gros temps d’hiver. La ville, bâtie sur un ter-

rain plat, présente à l’océan ses faces nord-ouest, et sud-ouest,
et au continent africain ses côtés est et sud-est ; elle est abri­
tée sur loute sa ligne nord-ouest par des rochers sur lesquels
viennent so briser des lames quelquefois gigantesques qui,
sans cette barrière naturelle, seraient poussées sur la ville par
le vent du nord. Elle est entourée de fortifications, excepté du
côté de terre où il n ’existe qu’une simple muraille élevée
contre les invasions des Arabes.
Au sud-ouest, se trouve la marine ; à un quart de lieue en­
viron, on rencontre Pile de Mogador qui a, à peu près, une
lieue de circonférence et qui ne sert qu’à loger les prisonniers
d’Etat. C'est entre cette île et la marine que mouillent les na­
vires qui sont là parfaitement abrités des vents du nord et
nord-ouest.
La ville, entourée de murs, est percée de trois portes : une
au nord, une à l’est, et la troisième au sud ; elle est divisée
en trois parties par des murailles. Les trois villes communi­
quent entre elles au moyen de portes qui se ferment le soir.
De ces trois villes, la plus importante est la Casbah, elle est
au sud, sud-ouest, c’est là qu’est la marine, par conséquent
le commerce ; c’est là aussi que se trouve le palais habité par
l’Empereur, lorsqu’il vient à Mogador, c’est la ville des négo­
ciants juifs ou maures et des Européens. Les rues en sont
étroites, mais propres, les maisons sont élevées d’un à deux
étages, construites à la mauresque, cour intérieure, galeries et
chambres autour.
La ville maure, située au nord de la Casbah, est fort spa­
cieuse, plusieurs rues sont très-larges et très-propres; les mai­
sons, généralement d’un seul étage, sont d’un aspect pauvre,
mais d’une blancheur éclatante, tant dehors que dedans, par
conséquent d’une grande propreté ; les maures blanchissent
leurs maisons uno fois par semaine. Au centre de la ville
maure, se trouve le marché ou soc, c’est ce qu’il y a de plus
remarquable à Mogador.
Au nord de la ville maure, se trouve la ville juive ou Melluhh ; elle est petite par rapport au nombre de ses habitants ;
les rues en sont très-étroites, les maisons élevées et occupées

(t) Les paquebots qui font le service de la côte du Maroc, partent de
Marseille, en moyenne deux (ois par mois; le voyage de cette ville ûMoga­
dor s’effectue en neuf jours, dont six passés à la mer et les trois autres
pouvant être passés à terre, dans les stations de Gibraltar, Tanger, Casa­
blanca et Mazagan.
On pourrait aussi traverser l’Espagne et ne prendre le paquebot qu'à
Gibraltar ; on n'aurait ainsi que quarante-quatre heures de mer.

831

�SEUX.

MOGADOR ET SON CLIMAT.

par de nombreuses familles ; les chambres soûl petites, sales
et mal éclairées.
Il y a une trentaine d’années, Mogador était encore une
ville très-sale et mal tenue, la partie juive était surtout remar­
quable par la malpropreté de ses rues, qui n’avaient, pour les
débarrasser des immondices qu’on y laissait croupir, que le
vent constant qui y règne à cause de la proximité de la mer
du côté du nord.
Aujourd’hui, grâce au passage à Mogador de médecins éclai­
rés, tels que le docteur P. Despine, grâce surtout au docteur
Thévenin, qui y réside depuis dix ans, les lois de l’hygiène
sout exactement observées ; un conseil de santé a été institué,
et tous les jours les rues de la ville sont débarrassées des im­
mondices que les habitants sont tenus, sous peine d’amendes
sévères, d’y déposer à des heures déterminées, tout étant im­
médiatement enlevé par des sortes d’employés de la voirie.
Mogador a été de tout temps d’une salubrité remarquable,
quoique les lois les plus élémentaires de l’hygiène fussent
constamment foulées aux pieds ; aujourd’hui que des règle­
ments de voirie ont été faits et qu’ils sont exécutés, cette im­
munité au point de vue de certaines maladies, sera probable­
ment plus complète encore.
Tout-à-fait à l’est, la ville fait face à une plage de sable,
sur laquelle on aperçoit quelques jardins potagers peu pro­
ductifs qui, dans le mois de février, saison des hautes marées
et des pluies sont quelquefois envahis par l’eau, circonstance
qui convertit la presqu’île en île. De ce côté, par conséquent
du côté de la terre, on ne découvre que du sable s’élevant en
collines qui changent de place et de forme selon la direction
des vents ; toutefois, jamais le sable ne vient du côté de la ville
à cause de l’absence du vent d’est.
On ne trouve un peu de verdure qu’à une lieue environ;
des genêts et une espèce d’olivier sauvage, qu’en arabe on
appelle argan, la constituent.
A une demi-heure au sud de la ville, se jette dans la mer,
une petite rivière qui, au moyen d’un aqueduc, fournit à
Mogador une eau de fort bonne qualité. On trouve aussi quel -

ques puits dans l’intérieur de la ville. L’eau de la rivière est
très limpide et coule sur un fond de sable, mais ce lit varie
à l’embouchure selon les vents, comme le font les collines de
sable.
Il y a dans cette direction de jolies promenades à faire, tou­
tefois pour peu qu’on s’éloigne de la ville, surtout pendant
l’été, on est exposé au vent du nord-ouest. L’hiver on n’a pas
cet inconvénient à redouter parce que ce vent ne souffle que ra­
rement à cette époque de l’année. On va se promener vers le sudestsur les bords de la rivière ; enla traversant à cheval l’on trouve
immédiatement un petit village arabe qu’on appelle Diabet, et
demi heure au-delà du village, on va admirer un argan, oli­
vier séculaire, qui peut abriter sous son ombrage toute une
société de promeneurs. Eu remontant la rivière, qui se dirige
vers le nord, on trouve des terres assez verdoyantes et même
des ombrages fournis par des arbres de haute futaie, on peut
y faire des promenades fort agréables â l’abri du vent du
nord-ouest.
On ne va pas au nord-est de la ville, qui est beaucoup plus
exposé aux vents; du reste, d’une part, pours’y rendre, il faut
traverser tout Mogador, d’autre part, on ne trouve dans cette
direction qu’une plage de sable, des rochers et les cimetières
des chrétiens et des juifs ; celui des Maures est à l’est.
À Mogador, le thermomètre ne s’élève jamais au-dessus de -f27 degrés centigrade, et ne descend jamais au-dessous de-t-14.
M. le Dr P. Despine indique pour moyenne de l’année 1841,
14* réaumur à l’ombre, 11° degrés ayant été le minimum et
20° le maximum.
M. Beaumier, consul de France, a fait pendant un an le
relevé très exact de ses observations thermométriques et ba­
rométriques, en tenant compte aussi de la direction des vents
et de l’état du ciel; je ne puis mieux faire que d’extraire de
ce travail très précis et très consciencieux, les documents sui­
vants, qui donneront une idée très exacte de la météorologie
de Mogador (1).

832

833

(1) Description sommaire du Maroc par M. Beaumier. Consul de France
à Mogador. 1868.

�834

SEUX.

« Los observations ont été faites au consulat de France
chaque jour ù huit heures du matin, à deux heures et à dix
heures du soir, depuis le 16 août 1866, jusqu’au 15 août 1867
inclusivement, le thermomètre (centigrade de Leja) exposé à
l’air übre et à l’ombre sur la galerie intérieure de la maison
consulaire.
« Le baromètre (holostérique de Leja), corrigé très approxi­
mativement, l’aiguille à 76“ indique généralement, temps
variable ou incertain: au-dessus, vents d’E, N-E, N, N-0:
temps clair, quelquefois brumeux; au-dessous, vents d’O,
S-0, S. S-E; ciel couvert ou nuageux, h 75° pluie et vent; plus
bas, gros temps, variation diurne très sensible, baisse de I à 2
millimètres à partir de dix heures avant midi, jusqu’à quatre
ou cinq heures du soir, minimum, à la suite duquel l’ai­
guille remonte et se retrouve à onze heures du soir au môme
point que le matin à neuf heures ; tout cela, bien entendu, en
règle générale, et non absolue. »
Il résulte de ces observations, que le thermomètre ne s’est
élevé à 27° que les 16, 17, 18 19, 22 et 29 juin, et qu’il n’est
descendu à 14* que les 15 et 16 janvier. La moyenne de l'an­
née a été de 20°,358.
Ce qui est bien digne de remarque dans ces chiffres, c’est
que le maximum ayant été 27 et le m inimum 14, la diffé­
rence entre les saisons extrêmes n’est que de 13 degrés, or,
aucune des localités fréquentées par les malades n ’offre un
pareil avantage. Il est bon d’observer que l’année qui a
fourni ces chiffres a été considérée comme ordinaire ou com­
mune à Mogador. Du reste, comme on peut s’en assurer par la
comparaison des thermomètres centigrade et réaumur, les ob­
servations de M. le consul de France, concordent parfaitement
avec celles de M. le Dr Despine, faites 25 ans avant.
M. Beaumier a obtenu pour la température moyenne de
chaque mois, les chiffres suivants:
Septembre...............................................
21,37;
Octobre..................................................... 20,70;
Novembre................................................. 19,17;
Décembre.................................................
17,72;

MOGADOR ET SON CLIMAT.

s:i:;

Janvier....................................................
17,80
Février....................................................
18,82
Mars........................................................
20,34
Avril........................................................
20,36
Mai..........................................................
21,16
Ju in .........................................................
23,05
Ju ille t....................................................
21,61
Août........................................................
21,57-.
Pour les observations barométriques et pour moyenne de
chaque mois, M. le consul de France a obtenu :
Septembre............................................
760,95;
Octobre.................................................
761,38
Novembre.............................................
763,05
Décembre.............................................
765,02
Jan v ier.................................................
762,50
Février..................................................
766,40
Mars......................................................
759,40
A vril.....................................................
762,38
Mai........................................................
760,50
Ju in ......................................................
761,81
Ju ille t...................................................
761,61
Août.......................................................
760,91.
A Mogador, l’hiver est caractérisé par des pluies abondantes
mais de courte durée, elles se produisent sous l’influence des
vents d’ouest et sud-ouest, de la fin de novembre au commen­
cement d’avril ; c’est alors que le thermomètre peut s’abaisser
jusqu’à 14 degrés, tantôt la pluie se montre sous forme d’aver­
ses, tantôt elle dure trois à quatre jours, puisque le vent du
nord ramène la pureté du ciel et le soleil, M. Beaumier a noté
26 jours de pluie ou averses, du 23 septembre au 6 mai ; sauf
ces jours de pluie, l’hiver est sans contredit la saison la plus
agréable de l’année, ainsi qu’on a pu le voir par la température
moyenne de celte saison, la pluie a surtout lieu en février et
en mars, c’est alors que le vent du sud souffle quelquefois avec
une violence telle que les navires en rade peuvent courir des
dangers ; c’est aussi dans ces circonstances qu’on observe des
phénomènes électriques.

�836

SEUX.

MOGADOR ET SON CLIMAT.
Il est très rare de voir la pluie dans le reste de l'année ; la
température est alors d’une uniformité excessivement remar­
quable; le vent souffle du nord-est, il court la côte d’Afrique
et redouble de force à partir du cap Cantin jusqu’à Mogador ;
de mai en septembre, lèvent, arrive sur la ville saturé d’éma­
nations salines et s’y introduit sous la forme d’une poussière
humide, tamisée par les rochers, sur lesquels les vagues vien­
nent se briser avec fracas. C’est quelquefois une sorte de pluie
fine qui tombe particulièrement sur la villejuive, point le plus
rapproché des récifs placés au nord de Mogador. Dans ces cas,
une poussière humide imprègne les vêtements, la barbe et les
cheveux, sur lesquels on retrouve ensuite des particules salines
en très grande quantité. M. le D'Despine pense que cette humi­
dité, par sa nature marine, n ’est nullement défavorable aux ha­
bitants, qu’elle leur est plutôt avantageuse. Ce vent est un vé­
ritable bienfait, car il souffle avec d’autant, plus de force, que la
température tend à s’élever, on a vu que ju in n’avait donné
pour moyenne àM. Beaumier, que 23,05, et juillet 2 f ,61; c’est
en effet dans ces mois que le vent frais sefaitsentir de telle ma­
nière, qu'on peut avoir besoin de se vêtir un peu plus chaude­
ment. Cette brise, si favorable au maintien de la santé, se fait
sentir d'une façon très régulière, ainsi il fait généralement
calme la nuit et le matin jusqu’à neuf heures, c’est, alors que
s’établit la brise, elle augmente jusqu’à trois heures après
midi, puis décroit insensiblement et cesse vers le milieu delà
nuit. Nulle part l’été ne présente des avantages aussi marqués
même su r le littoral du Maroc ; Saffi. par exemple, qui est à peu
de distance au nord, est très chaud pendant l’été à cause de sa
situation au fond d'une baie profonde abritée des vents du nord
par une langue de terre élevée et d’une assez grande étendue.
A Mazagan, le vent du nord, qui est le vent d’été, est aussi
moins sensible, et souffle avec moins de constance qu’à Mo­
gador, car il ne commence à se faire sentir qu’au travers du
cap Cantin.
De temps en temps, on rencontre à Mogador, un calme com­
plet qui ne dure pas plus d’un à deux jours; c’est, alors que
le thermomètre s’élève de quelques degrés au-dessus de cette

837

température si douce et si constante pour monter à 27°. Alors
le ciel, qui est ordinairement d’une remarquable pureté, à tel
point i{ue mon ami le Dr Despine m’écrivait à ce sujet ; « c’est
de Mogador qu’il faut dire ce qu’on disait delà Provence,
il ne faut regarder que le ciel et non la terre, » le ciel, dis-je,
paraît couvert d’un léger nuage. Toutefois les brouillards pro­
prement dits sont fort rares. Ce calme, auquel les habitants ne
sont pas habitués, produit sur eux les effets du veut du dé­
sert; lassitudes, somnolences etc. Cependant il faut remar­
quer que le scirocco (S.-E.), ce vent, africain, qui inspire la
terreur à ceux qui se trouvent sur son brûlant passage, ne se
fait jamais sentir à Mogador, bien qu’on puisse en ressentir
l’influence sur d’autres points du Maroc. Ainsi M. Despine
m’a raconté que, se trouvant au mois de juillet près delà
ville de Maroc, il eut l'occasion de ressentir ce terrible simoun,
qui lit périr non loin de lui une caravane de vingt-cinq
hommes et cent chameaux. Les villes du littoral, au nord du
cap Cantin, et celles de l’intérieur en éprouvèrent les effets,
à Mogador, on ne s’en douta pas. Ou peut expliquer cette im­
munité par la situation de cette dernière ville qui, d'une part,
est sur la même latitude que le grand désert, et de l’autre,
s’avançant dans la mer vers l’ouest, ne se trouve pas placée
dans la direction du scirocco ; celui-ci, en effet, poussé rapi­
dement vers le nord ne peut faire sentir son influence à l’ouest
que sur les pays dont la latitude est un peu plus septentrio­
nale.
Comme je l’ai dit, les nuits à Mogador, sont très calmes *
le ciel est alors d’une pureté exceptionnelle et on n ’y sent pas
cette fraîcheur qu’on rencontre dans le nord de l’Afrique ,
aussi la terre n’y est point baignée par la rosée; beaucoup de
maures couchent en plein air, étendus sur une natte et enve­
loppés d’un haik.
Ou voit par ce qui précède, que Mogador jouit d’un climat
hors ligne ; air d’une grande douceur, d’une rare pureté et
d’une égalité parfaite, c’est ainsi qu’on peut le caractériser.
L’expose succinct des maladies qu’on observe habituelle­
ment à Mogador et surtout celui des maladies qu'on n’y ren­

�MOGADOR ET SON CLIMAT.
contre pas, compléteront le tableau que je viens de tracer el
seront loin de l’assombrir.
Dans la première catégorie, se trouvent les ophthalmies dues,
d’après M. le D' Despine, à l’éclatante blancheur des murailles,
l’angine tousillaire, l’embarras gastrique chronique attribué
par* mon honorable ami à la mauvaise diététique des habi­
tants, la rougeole, la variole contre laquelle aucune précau­
tion n ’était prise.
Dans la deuxième catégorie se trouvent la scrofule, le rhu­
matisme, le cancer, les névroses, le croup, la bronchite aigue
chez l’adulte, les affections du cœur el des gros vaisseaux san­
guins, enfin la phthisie pulmonaire, toutes maladies excessi­
vement rares, pour ne pas dire inconnues à Mogador.
De plus, les lésions traumatiques, qui y sont peu communes
à cause de la tranquillité de l’existence, et les plaies faites par
le bistouri guérissent avec une merveilleuse rapidité ; la réu­
nion par première intention réussit admirablement.
Cette notice étant écrite spécialement en vue de la thérapeu­
tique des affections de poitrine, je vais insister spécialement
sur cette classe de maladies.
Les bronchites aiguës sont communes chez les enfants à la
suite de la rougeole, parce que cette maladie éruptive est mal
soignée. Les bronchites chroniques avec emphysème ne sont
pas rares chez les vieillards ; les catarrhes pulmonaires aigus
sont très rares chez l ’adulte, ainsi que la pneumonie; quant
à la phthisie, je ne crois pas pouvoir mieux faire que de don­
ner à ce sujet l’analyse d’une noie que M. Despine a eu la
bonté de me communiquer.
Pendant son séjour de treize mois à Mogador, cet excellent
praticien n’a observé que cinq cas de tuberculisation pulmo­
naire, non-seulement sur les habitants de la ville, mais sur
les nombreux malades qui venaient de l’intérieur du pays à
sa consultation, et il est bon de rem arquer que cette clientèle
était très nombreuse, car nou-seulement mon honorable ami
était seul médecin dans cette région, mais depuis de nom­
breuses années aucun médecin ne s’y étant établi, tout ce qui
était malade venait de fort loin pour demander des remèdes.

83'J

Sur ces cinq cas de phthisie, le premier fut fourni par un
ancien négociant juif, qui avait demeuré longtemps à Lon­
dres où il ne menait pas une vie des plus régulières; il y res­
sentit les premières atteintes de son mal; il vint alors dans le
midi de la France, particulièrement à Montpellier, et ne
retourna définitivement à Mogador que dans un état de ma­
ladie avancé. Après une amélioration marquée, l’affection
s’aggrava de nouveau et M. Despine fut appelé dans les der­
niers jours de la vie.
Le second cas fut observé sur un jeune nègre, âgé de treize
ans, natif de Tombouctou, à Mogador depuis trois ans.
Le troisième avait pour sujet une jeune femme mauresque,
arrivée au troisième degré de la maladie ; il n;y avait pas
chez elle d’antécédents héréditaires appréciables.
Le quatrième cas fut fourni par une jeune fille juive, ma­
lade depuis quinze mois, aussi au troisième degré. Dans ce
cas, la mère, deux frères et une sœur avaient succombé à la
même maladie.
Le cinquième cas se rapportait à un jeune homme de
vingt-cinq ans, arabe de la montagne, ce jeune homme faisait
de fréquents voyages, pendant lesquels il couchait en plein
air et en rase campagne. M. Despine constata chez lui tous les
signes d’une tuberculisation, siégeant au sommet du poumon
droit, passant du premier au second degré. Le malade fut
retenu à Mogador, où M. Despine le soumit à un régime doux
et régulier, au lait d’ûnesse et quelques cuillerées de décoc­
tion de quinquina. Au bout de trois mois, le malade ne tous­
sait plus, avait beaucoup engraissé et se sentait si bien, qu’il
voulut retourner chez lui, malgré la persistance des signes
physiques constatés à droite et le désir de M. Despine de le
retenir jusqu'à son entière guérison.
Il est digne de remarque que, sur ces cinq cas, deux seu­
lement se sont développés à Mogador, et que pour l’un des
deux, l'hérédité a dù exercer sa fâcheuse influence; quant
aux trois autres, l’un s’est produit chez un nègre arrivé d’un
pays très chaud, sous le climat tempéré de Mogador, circons­
tance si favorable au développement des maladies de poitrine;

�SiO

SEUX.

MOGADOR ET SON CLIMAT.

le second s est déclaré à Londres, et le troisième a pris aussi
naissance loin de Mogador où le malade était venu chercher sa
guérison, qu’il était sur le point d’obtenir lorsqu’il quitta le
pays.
Pour juger l’influence d’un pays sur l’homme, tout devant
être pris en considération, je crois devoir faire observer, avant
de continuer mon récit, que rien dans les mœurs et le régime
des habitants de Mogador ne peut expliquer l’heureuse im­
munité de cette ville pour plusieurs maladies, si communes
parmi nous. En effet, ce régime est détestable ; ils ne boivent
pas de vin, mangent beaucoup de légumes et de fruits, usent
de peu de viande, mouton ou volaille, pas de bœuf, et abu­
sent du thé. Leurs habitudes sont très vicieuses et encore plus
débilitantes que leur régime; la'propreté de la ville a laissé
longtemps à désirer ; cependant le cadre pathologique y est
restreint, l’influence du climat peut seule être invoquée
comme cause d’une situation si heureuse.
M. Despiue cite de plus trois cas de phthisie pulmonaire que
le climat de Mogador semble avoir guéris. Le premier a trait
à un Anglais qui, à l’âge de douze ans, commença à maigrir
et à tousser ; jusqu’à seize ans, il fut entre les mains des mé­
decins, qui le déclarèrent atteint d’une phthisie pulmonaire.
Ses parents eurent alors la pensée de l’envoyer à Mogador ;
au bout de deux mois il s’y était complètement rétabli. Cet
Anglais, par un sentiment de reconnaissance facile à com­
prendre, n’a plus cessé d’habiter Mogador, et s’v porte très
bien encore aujourd’hui, malgré ses soixante-un ans. Tout
porte à croire que le diagnostic avait été exact.
Le second cas a été fourni par un jeune Français, dont le
frère était mort phthisique en Europe, et qui présenta luimême aux médecins de sa famille les symptômes les plus
nets de cette maladie. Au bout d’un an de séjour à Mogador
il s’était rétabli.
Le troisième cas a eu pour sujet un jeune Anglais de dixsept ans, dont la mère était morte phthisique.Dans l’espace d’un
an et demi, la maladie avait fait chez lui de tels progrès que
les médecins de Londres, qui avaient diagnostiqué une luber-

culisation pulmonaire, conseillèrent au père du jeune homme
do recourir à un voyage dans le sud. M. Despine vit le malade
peu de temps après son arrivée à Mogador; il constata tous
les symptômes généraux de la phthisie et les signes locaux
d’une tuberculisation au second degré. Le malade était d’une
maigreur extrême et sans appétit; ce jeune homme, auquel
les médecins avaient conseillé de laisser tout traitement et de
vivre comme il pourrait, fut en état, au bout de vingt jours
de séjour à Mogador, de monter à cheval et même de chasser.
Lorsque M. Despine quitta le pays, trois mois après l’arrivée
du malade, l’amélioration marchait avec une grande rapi­
dité, à tel point qu’au bout d'un an, se considérant comme
guéri, il retourna en Angleterre où il fut repris de nouveaux
accidents qui déterminèrent la mort au bout de trois ans.
Ces faits démontrent évidemment que, si d’un côté la
phthisie pulmonaire est rare à Mogador, de l’autre elle y
trouve les meilleures conditions climatériques pour s'arrêter
dans son évolution, circonstance facile à prévoir, caria rareté
d'une maladie dans un lieu doit entraîner la curabilité par
l’habitation dans ce même lieu, lorsque la maladie n’est pas
arrivée à une période avancée.
Un observateur aussi habile que M. Despine, en présence
de pareils faits, ne pouvait s’empêcher d’en tirer des conclu­
sions pratiques importantes. Voici comment il s’exprime dans
la note qu’il m ’a communiquée à ce sujet :
« Les conditions qui, dans ce pays favorisé, s'opposent au
développement de la phthisie sont le résultat des circonstances
suivantes : la température douce et égale de cette région dans
toutes les saisons de l'année, un ciel d’une pureté parfaite,
le vent du nord qui pendant l’été tempère la chaleur relative
de l’atmosphère, un air humide, il est vrai, mais doux et sa­
turé de sel marin, conditions qui ont été recherchées dans la
thérapeutique des maladies de poitrine (1). Tout concourt à

811

(1) Los recherches ingénieuses de M. le Dr Gillebcrl Dhercourt sur la
présence du sel marin dans l’atmosphère maritime, ne laissent aucun doule
sur l’existence plus ou moins accusée de ce sel dans l’air qu’on respire au
bord de la mer. (Union Médical# de Paris du 23 septembre et du 2 octobre
1869).

54

�SEUX.

MOGADOR ET SON CLIMAT.

rendre à Mogador les circonstances favorables à la guérison
des phthisiques; on conçoit de plus combien un Européen
habitué aux grandes variations de température, à tous les mo­
tifs de dérangement qu’on trouve surtout dans les grandes
villes, serait avantageusement influencé par l’uniformité et la
douceur de la température, parla tranquillité dans laquelle il
serait obligé de vivre, ne pouvant prendre de plaisir, hors de
sa demeure, que dans l’équitation, la chasse et la pêche. Quant
à la nourriture, sans être variée, elle est très saine ; du reste,
il est aisé de se procurer d’Europe ce qui manque dans le
pays, par les navires qui y arrivent soit de Londres, soit de
Marseille. Toutes ces circonstances m’ont souvent fait penser
qu'il serait très avantageux d'envoyer à Mogador les personnes
affectées de tubercules, car cette contrée réunit bien plus d'avan­
tages pour elles que tous les endroits où Ton a Thabitude de les
envoyer. Mais il serait nécessaire pour cela qu’un médecin
dévoué voulut y établir une maison propre à recevoir ces ma­
lades. »
Cette note date de l’année 1841, or, le vœu de mon excel­
lent ami a été, ou peut le dire, exaucé non seulement pour le
médecin dévoué, mais aussi pour la maison qui, grâce aux
soins éclairés de M. le consul de France, est prête à recevoir
les malades.
Le médecin, je l’ai déjà nommé, est le D' Thévenin, prati­
cien sérieux et digne de toute confiance, qui, plus de vingt
ans après M. Despine, manifeste la même opinion que lui
dans l’ouvrage de M. le consul Beaumier déjà cité.
Voici le passage qui a trait à la phthisie :
« En étudiant les causes de la phthisie pulmonaire spécia­
lement sous le rapport de l’influence des climats et des sai­
sons, on s’accorde généralement à regarder comme produisant
cette maladie, l’habitation dans les lieux bas, mal aérés, dans
les climats froids et humides, et surtout dans les stations su-^
jettes à de grandes et brusques variations de température.
L’automne et l’hiver principalement sont regardés comme
exerçant la plus fâcheuse influence. Aussi de tout temps, on
a vanté les climats chauds comme propres non-seulement à

préserver de la phthisie pulmonaire, mais à guérir cette ma­
ladie lorsqu’elle existe.
« Cette opinion, qui règne encore trop généralement, est
formellement contraire à l’observation de nos médecins de
marine, parmi lesquels je citerai surtout M. Rouland, qui a
démontré, par des statistiques bien étudiées, la fausseté d’une
pareille assertion. D’après leurs travaux, on doitconclure, en
premier lieu, que les voyages sur mer accélèrent la marche de
la tuberculisation pulmonaire beaucoup plus souvent qu’ils
ne la ralentissent ; en second lieu, que cette maladie, loin
d’élfé rare parmi les marins, est, au contraire, bien plus fré­
quente chez eux que dans l’armée de terre, et qu’à part de
rares exceptions, la maladie marche à bord des navires avec
plus de rapidité qu’à terre, on doit principalement attribuer ce
fait aux vicissitudes atmosphériques que subit un équipage en
navigation de long cours. »
J’ai souligné moi-même cet le dernière phrase, ce qui n’avait
pas été fait par l’auteur, parce que, dans mon opinion, un
voyage sur mer, l’habitation des bords de mer peuvent être
d'une très grande utilité dans certaines formes de phthisie
pulmonaire; comme M. le Dr Thévenin, je m’explique la fré­
quence de cette maladie chez les marins par l'influence des
vicissit udes atmosphériques qu'ils sont obligés de subir à cha­
que instant du jour et de la nuit.
« Les pays chauds envisagés dans leur ensemble, exercent
une mauvaise influence sur la marche de la phthisie et en
précipitent le cours ; ceux qui sont situés sur la zone torride
partagent à un haut degré cette fâcheuse prérogative .
« La plupart des pays chauds situés en dehors de la zone
équatoriale sont également préjudiciables aux tuberculeux ;
quelques points placés sur les confins de cette région et con­
centrés dans un étroit espace jouissent delà réputation d’être
très favorables aux phthisiques, telles sont les stations d’Hyères, de Nice, Menton, Venise, l’Egypte, Alger, Madère, etc, ;
mais il est certain qu’on les conseille sans trop se rendre
compte des résultats, et M. Champollion, dans un remarqua­
ble travail. me parait avoir détruit, à ce sujet, bien des répu­
tations usurpées.

842

843

�844

SEUX.

« J ai constaté moi-môme que clans les hôpitaux de Rome,
la phthisie pulmonaire est aussi fréquente que clans les hôpi­
taux de Paris.
« Le Dr Glot-Bey, avec lequel j ’ai eu l’avantage de m'entre­
tenir souvent, m 'a affirmé que le climat de l’Egypte, celui du
Caire en particulier, est très défavorable aux phthisiques, et
M.Aubert-Roche, que j'a i vu à Alexandrie, m’aeontirmô dans
cette opinion.
« Que conclure de ces faits, c'est que s’il se rencontrait une
station exempte de maladies endémiques, où la température
fut toujours égale et. modérée, on aurait rencontré la station
la plus favorable aux phthisiques, et la ville de Mogador jouit,
clu privilège que je viens d’énoncer.
« Les résultats des observations météorologiques faites au
consulat de France pendant la période d’août 18G6 à aoiit
1867, qui peut être considérée comme une année commune ou
ordinaire sur ce point du littoral, démontrent cette unifor­
mité de température moyenne.
« Le tableau de ces observations constate que le vent du
nord-est règne pendant la plus grande partie cle l’année; il
souffle souvent avec beaucoup cle violence pendant plusieurs
jours de suite, surtout dans la saison d’été, mais sans in­
fluence sensible sur le thermomètre, en automne et en hi­
ver le temps est calme, et constitue dès lors le climat le plus
agréable.
« Les gens du pays attribuent, avec raison sans doute, à
cette persistance des vents de nord-est la salubrité remarqua­
ble dont jouit la ville de Mogador. En étudiant son influence
sur les affections de poitrine, on est porté à croire qu’elle est
très heureuse, en effet, ce vent un peu humide rend, chez les
phthisiques, la respiration plus facile, favorise l'hématose et
tend à dissiper les congestions pulmonaires, cardiaques et
hépatiques; cl'où il résulte que, dans son ensemble, le climat
de Mogador me parait des plus favorables aux affections de
poitrine.
« En terminant cette note, nous dirons que la phthisie tu­
berculeuse est inconnue à Mogador, et quelques faits que nous

MOGADOR ET SON CLIMAT.

845

pourrions signaler, mais trop peu nombreux encore sans
doute pour en tirer une conclusion, nous font penser que le
séjour de cette ville peut procurer aux phthisiques une amé­
lioration telle qu’on pourrait la regarder comme une gué­
rison. »
Voici de plus l’extrait d’une lettre que M. Je Dr Thévenin a
bien voulu m ’écrire sur ce sujet dans le courant du mois
d’avril dernier :
« La phthisie n’existe point à Mogador chez les indigènes,
et les quelques faits que j ’ai été à même d’observer chez les
étrangers confirment en tous points ces prévisions. Entre au­
tres, je me bornerai à citer un cas très remarquable, en ce
qne la phthisie pulmonaire a été reconnue par plusieurs mé­
decins d’Europe, et la guérison constatée par ces mômes mé­
decins.
« M. C..,officier dans la marine de Danemark, âgé d’environ
35 ans, fut obligé de quitter le service par suite d’une affection
de poitrine, déclarée par les médecins, phthisie tuberculeuse.
En 1865, il lui fut conseillé de changer de climat; il se rendit
en France, aux Eaux Bonnes et. à Alger. M. C... y séjourna jus­
qu’en 1867; mais l’amélioration était peu notable. Alors cé­
dant aux instances de son frère, vice-consul d’Angleterre à
Mogador, il se rendit dans cette ville dans le courant de sep­
tembre 1867. Son état s’améliora rapidement ; il rentra en Eu­
rope sur la fin d’avril 1868, et ses médecins le regardèrent
comme guéri, et déclarèrent miraculeux, le résultat obtenu
pendant son séjour à Mogador. Cet officier a repris son ser­
vice ; sa guérison se maintient, ainsi que le constatent des
lettres qui tout dernièrement encore m’ont été communiquées
par M. le consul anglais.
« La phthisie pulmonaire est inconnue dans le pays, et les
affections des voies respiratoires sont tellement rares que je
n’ai pas vu un seul cas de pneumonie.
« Les saisons à Mogador n’étant, pas marquées par de brus­
ques transitions ni des différences sensibles de température,
je pense que les malades peuvent venir ici en tout temps... »
11 résulte évidemment des détails dans lesquels je viens

�846

SEUX.

(l’entrer sur la topographie et le climat deMogador, il résulte
delà manière la plus claire des observations faites par deux
médecins éclairés, qui ont observé à la distance de plus de
vingt ans, et sans avoir jamais pu se communiquer leurs pen­
sées, que cette région privilégiée se trouve dans les conditions
les plus propices au traitement efficace de la tuberculisation
pulmonaire.
En effet, on y trouve réunies toutes les conditions les plus
recherchées aujourd’hui dans les climats propres au traite­
ment des maladies de poitrine : situation au niveau de la mer,
en conséquence forte pression atmosphérique, circonstance
favorable d’après un certain nombre d’auteurs; température
douce toute l’année, puis qu’elle est au moins de 14° pendant
la saison la plus froide, avec des écarts de peu d’importance;
ciel d’une grande pureté permettant de vivre presque toujours
au grand air ; atmosphère marine chargée d’émanations chloro-iodo-bromurées, situation favorable, à mon avis, en dépit
de certaines statistiques.
Une remarque fort juste faite par notre vénéré maître, M. le
professeur Andral, trouve ici naturellement sa place, c’est que
la phthisie n’est pas en raison de l’élévation et de l’abaisse­
ment habituel de la température, m aisdesa variabilité. Obser­
vation qui prouve combien il faut se méfier, dans le traitement
de cette maladie, des pays où les écarts entre les degrés extrê­
mes de température peuvent être considérables.
Ces conditions, que je viens de signaler et qui sont si con­
venables au traitement des affections de poitrine à forme tor­
pide, à marche lente, ne seraient-elles pas aussi très favora­
bles aux enfants atteints de scrofules à un degré très élevé,
dans ces cas assez nombreux où les caries se multiplient et
laissent ensuite, lorsqu’elles guérissent à l’âge de la puberté,
ces mutilations et ces difformités incurables? L’immunité de
Mogador, observée par M. le Dr Despine, relativement aux
affections strumeuses, et les conditions climatériques sur les­
quelles je viens d’insister me portent à le croire.
La réflexion donne encore plus de force à mon opinion,
lorsque ma pensée se porte sur l’excellent parti, qu’on pour-

Le 21 juin dernier, un enfant de cinq ans, habitant la rue du Mu­
guet, jouait avec un jeune homme de vingt ans environ, l’en­
fant était debout, le jeune homme debout aussi devant lui le
tenait par les deux avant bras au dessus du poignet et lui impri­
mait un mouvement de va et viens ; cet exercice durait depuis
quelques instants lorsque, l’attirant brusquement alors que son
corps était penché en arrière, le jeune homme sentit le bras droit
de l’enfant s’allonger puis se plier en arrière.
Une heure après l ’accident, le membre présentait les caractères
suivants : l'avant-bras était dans l’extension et la supination ; un
gonflement considérable occupait sa face antérieure et interne de­
puis le pli du coude jusqu’à six centimètres au dessous et se ter­
minait sur les mêmes faces par gradation insensible. La saillie
musculaire formée par les radiaux et le supinateur un peu plus
prononcée supérieurement se déprimait bientôt sur le bord
externe du radius déjeté en dedans. La face postérieure continue
supérieurement la face postérieure du bras, puis l’avant-bras se
dévie pour se porter en arrière et former comme un angle rentrant
dont le sommet correspond à trois centimètres au dessous de
l’olécrane.
Les doigts sont fléchis, et la main inclinée en dedans.
Bien que le gonflement ne nous permît le premier jour qu’une
exploration incomplète, il nous fut possible de reconnaître ce­
pendant que l’épitrochlée, l’épicondyle et l’olécrane avaient con­
servé leurs rapports.

�POUCEL.

DISJONCTIONS EPIPHYSAIRES.

En faisant glisser le doigt le long du bord postérieur du cubi­
tus on arrive à trois centimètres au dessous de l'olécrane, sur un
point douloureux correspondant au sommet de l’angle dont nous
avons parlé et au dessous de ce point une dépression indique une
solution de continuité de l’os ; le fragment inférieur, peu mobile,
forme le deuxième côté de l’angle et produit une crépitation avec
le fragment supérieur lorsqu’on exerce quelques tractions sur
l’avant-bras. Le fragment supérieur est mobile latéralement avec
l'olécrane.
En portant l’exploration sur l’extrémité supérieure du radius,
entre les masses musculaires postérieures externes, dans le point
où cette partie de l'os est seulement accessible, on trouve la euppule a sa place puis le col fortement incliné en bas et en dedans
se perdant dans les chairs ; plus bas, le corps du radius plus mo­
bile qu’à l’état normal.
Les tractions exercées sur le membre ne produisent pas de
crépitation entre les fragments radiaux.
L’apophyse stvloïde du cubitus est sensiblement plus élevée
qu’à l'état normal au dessus de celle du radius ; c’est à cette as­
cension du fragment inférieur du cubitus qu’il faut attribuer la
déviation indiquée de la main.
Les mouvements des doigts étaient conservés mais ceux de
l’avant-bras complètement perdus.
Dès le surlendemain, le gonflement ayant bien diminué, il
nous fut possible de compléter l’observation.
La disposition des fragments osseux était la même, seulement
le diamètre antéro-postérieur.de l’extrémité supérieure du cubitus
paraissait augmenté.
Si j ’engagele malade à fléchir l’avant-bras, ma main appliquée
au dessous du pli du coude et un doigt sur le col du radius me
permettent de sentir cette partie de l ’os s’élever pendant les efforts
tandis que le membre reste en place. Si, au contraire, on soulève
doucement l’avant-bras bien soutenu, il est possible de le fléchir
et cela sans trop de douleur; il en est de même des mouvements
de pronation, ces derniers cependant paraissent plus douloureux.
La crépitation du cubitus est parfaitement manifeste, elle est
rugueuse, sèche. Si, l’avant bras étant fléchi, on le ramène de la
pronation dans la supination, en maintenant fixe l’extrémité su­
périeure du radius, il est possible de percevoir la crépitation pro­
duite parles fragments radiaux. Cette crépitation m’a paru moins
rugueuse, moins saccadée, moins sèche que celle produite par

les fragments du cubitus, c’est plutôt un frottement de deux sur­
faces cartilagineuses.

848

849

Si l’on tient compte du mode de production et des caractères
de la lésion que je viens de décrire, il y a bien lieu d’hésiter
avant de lui donner un nom, avant de la classer: c’est incon­
testablement une solution de continuité des os de l’avant-bras,
mais où siège cette solution de continuité ? là est toute la dif­
ficulté. Du côté du cubitus: la mobilité anormale et la nature
de la crépitation ; l’augmentation du diamètre antéro-pos­
térieur de son extrémité supérieure ; l’ascension de l’hapophyse styloïde du cubitus et l‘entraînement de la main dans
fadduction ; la direction des deux fragments et la dépression
qu’elle produit au dessous du fragment supérieur; la mobilité
latérale de ce fragment avec l’olécrane, nous font penser :
1° Qu’il y a fracture de l’extrémité supérieure de cet os ;
2° Que le fragment inférieur chevauche par glissement le
fragment supérieur et, entraîné par l’action musculaire, tend à
passer devant la trochlée humérale ;
3° Que le fragment supérieur, formé par l'olécrane et une
arête détachée du corps du cubitus, obéit à l’action à peu près
exclusive du triceps ;
4” Que la fracture communique avec l’articulation et que sa
direction est donc oblique de haut en bas et d'avant en ar­
rière; que c'est, en un mot, une fracture de la base de l'olé­
crane.
Pour le radius, la direction en avant et au dedans du frag­
ment supérieur; l’exagération de cette flexion pendant que le
malade essaye de fléchir l’avant-bras; le peu de saillie que
forme antérieurement le fragment supérieur ; l’absence de
chevauchement, l’absence de tuméfaction (par épanchement
sanguin ou séreux) à la partie texterne au niveau même delà
fracture; le frottement doux que l’on perçoit en imprimant à
l’avant-bras fléchi des mouvements de supination, nous font
penser :
P Que la fracture siège immédiatement au-dessous de l’in­
sertion biciptéale;

�850

POUCEL.

2° Que le fragment supérieur retenu, dans une certaine me­
sure, par lesmassesmusculaires antérieures de l’avant-bras et le
ligament de Weitbrecht, obéit à l ’action du court supinateur
et du biceps ; ce dernier muscle surtout, n'ayant, point d’anta­
goniste, a entraîné ce fragment suivant la résultante de ses for­
ces, c'est-à-dire suivant une ligne qui croiserait l’axe du bras
de bas en haut et du dehors en dedans ;
3‘ Que la solution de continuité est probablement transver­
sale;
4° Qu’enûn, loin d’être hérissée d’aspérités osseuses, elle pa­
raît. au contraire, mousse et recouverte de cartilage.
Nous aurions donc affaire d’après cela à une fracture du
cubitus avec disjonction de l’épiphyse supérieure du radius.
On serait certainement fort peu encouragé à porter un sem­
blable diagnostic, si l’on s’en tenait à ce que pense Malgaigne de cette affection. « Je range, dit-il. la disjonction des
épiphyses parmi les fractures, que quelques modernes ont
voulu en distinguer, parce qu’elle reconnaît les mêmes cau­
ses, présente les mêmes symptômes, réclame le même traite­
ment. » Il est vrai que, dans le corps de son travail, cet esprit
remarquable se sent sollicité par les faits à retirer cette asser­
tion ; mais ce n'est qu’à grand peine qu’on le voit accepter la
possibilité des disjonctions épiphysairesjusqu’à l’âge de quinze
ans et de plus il ne parait pas redouter la fâcheuse influence
de cette lésion sur l’accroissement de l’os en longueur.
Ce n’estqu’enm ’appuyantsur les données anatomiques et sur
l’observation d’hommes d’une autorité bien connue que j’ose­
rai émettre une manière de voir distincte de celle formulée par
l’auteur des Fractures et luxations dans le passage que je viens
de citer.
Des travaux si nombreux et si consciencieux ont été faits sur
la disjonction de l’épiphyse radicale inférieure ; des observa­
tions, confirmées par l’autopsie, ont été publiées en si grand
nombre, que cette lésion est aujourd’hui à l’abri de toute dis­
cussion. Je citerai seulement celles qui sont réunies dans la
thèse de Galand (Paris 1834), une de Johnston (1839), d’autres
appartenant à Reichel, Rognetta, Labadie-Lagrave, Goirand
(d’Aix). Marjolin, etc.

DISJONCTIONS EPIPHYSAIRES.

851

La loi n ’est, pas distincte pour l’épiphyse inférieure et pour
l’épiphyse supérieure, parce que la ressemblance anatomique
entraîne la ressemble pathologique.
Le point d’ossification de l’épiphyse inférieure apparaît, dit
Cruveilhier, à l’âge de deux ans; celui de l’épiphyse supé­
rieure, à neuf ans ; cependant l’extrémité supérieure se soude
à la diaphyse vers la douzième année, tandis que l’inférieure
ne se soude qu’à vingt ans environ.
Cette variété d’époque à laquelle se fait l’ossification du
cartilage de conjugaison dépend de la direction qu’affectent
dans l'os les vaisseaux nourriciers ; l’épiphyse vers laquelle ils
se dirigent s’unit la première à la diaphyse, telle est la loi
découverte par Bérard. Cette ossification s’accomplit par trans­
formation lente des couches de cartilage les plus voisines de
la diaphyse et du noyau épipliysaire. Ces deux couches, que
Broca appelle chondroïdes, sont formées par du tissu cartila­
gineux, bleuâtre et ramolli ; c’est là que s’accomplit le mer­
veilleux phénomène de la prolifération osseuse dont l’effet est
de transformer insensiblement ce tissu chondroïde en tissu
spongoïde lequel constituera bientôt le tissu spongieux lorsqu’apparaitront les trabécules osseux.
Cette couche de cartilage ramolli est incontestablement le
point d’union le plus faible entre les deux portions de l’os;
aussi, est-ce peut-être, jusqu’à un certain point, pour suppléer
à cette insuffisance d’union que le périoste acquiert à cet
âge une si grande épaisseur au niveau des extrémités articu­
laires.
Lorsque le cartilage de conjugaison a subi en totalité les
transformations dont nous avons parlé, les cellules osseuses
de l’épiphyse sont soudées à celles de la diaphyse et le dia­
mètre longitudinal de l’os cesse de s’accroître.
Après les considérations anatomiques que je viens de pré­
senter sommairement, il est aisé de comprendre comment cer­
taines altérations pathologiques du cartilage de conjugaison,
certaines altérations du périoste peuvent produire le décolle­
ment spontané d’une épiphyse et comment aussi une pu is­
su nre extérieure agissant sur l’une des deux portions de l’os

�POUCEL.

DISJONCTIONS EPIPHYSAIRES.

peut produire leur séparation an niveau du point de jonction
dont nous avons parlé.
Billroth cite desexemples de disjonction spontanée consé­
cutive à une fonte purulente des cartilages épiphysaires, Cette
lésion peut être la conséquence d’une ostéomyélite, d’une pé­
riostite chronique ou suivre encore ces vastes collections puru­
lentes sous-périostées dont Chassaignac a si bien tracé l’évo­
lution.
Il existe une autre lésion, peu commune il est vrai, dont
J. Cloquet a publié une remarquable observat ion : c’est l'hydropisie du périoste avec disjonction des épiphyses. Cette hydropisie produit :
1* Un arrêt de développement de l’os en épaisseur à cause
du décollement du périoste.
2° Une gêne dans le développement de l’os en longueur à
cause de la compression des vaisseaux nourriciers.
Il suit de là que les éléments osseux ne prenant pas organi­
sation dans la couche spongoïde et le ramollissement de la
couche chondroïde continuant à se faire le lien d’union de­
vient insuffisant et les fragments osseux demeurent abandon­
nés aux puissances musculaires.
Tout le monde connaît aussi la dégénérescence osseuse carac­
téristique de la consomption rachitique qui existe déjà, quoi­
que à un degré moindre, dans les deux premières périodes de
cette affection. Cette dégénérescence accusée extérieurement
par un gonflement des os et principalement des extrémités
articulaires des os longs se retrouve aussi, avec des caractères
un peu distincts, il est vrai, dans certaines formes de la scro­
fule osseuse. Ce gonflement indolentde l’épiphyse paraît appor­
ter dans la vitalité du cartilage de conjugaison un trouble qui
dispose aux disjonctions spontanées.
Si, dans une observation de disjonction traumatique, j ’in­
siste peut-être un peu trop sur le mode de production des dis­
jonctions spontanées, c’est à la seule fin de faire ressortir la
séparation naturelle qui-existe dans les premiers Ages de la vie
entre les diverses parties d’un os long.
Nous venons de voir comment se produissenl les disjonctions

sponlanées; les diverses observations de disjonction traumamatique des éphiphyses que l’on connaît sont le résultat de
chocs, de coups directs, de chutes, principalement celles qui
occupent l’extrémité inférieure du radius; la plupart cepen­
dant sont produites par des torsions exagérées ou des tractions
exercées suivant l’axe de l’os, c’est-à-dire que, ainsi que l’a
observé boucher, par le mécanisme de leur production elles se
rattachent aux luxations. Et l’on comprend bien en effet le
mode d’action de ces deux dernières causes. L’épiphyse est
reliée à l’os avec lequel elle s’articule par un manchon aponévrotique et des ligaments tellement puissants dans les premiè­
res années de la vie que si l’on exerçait sur un membre des
tractions, des mouvements extrêmes, ou produirait bien plutôt
une fracture ou une disjonction épiphysaire qu’une luxation.
Mais s’il est possible de produire une fracture en exerçant sur
un membre une force perpendiculaire ou oblique à son axe,
je 11 e pense pas que des tractions, dépassant même de beau­
coup la force moyenne d’un homme, faites parallèlement à
cet axe, puissent produire le même résultat.
Lorsque Guéretin, Wilson, etc, faisaient des expériences sur
les disjonctions épiphysaires ils n’ont jamais pu produire une
fracture en exerçant une traction parallèle à l’axe de l’os. Je
retrouve dans mes notes quelques essais, dont j ’ai d’ailleurs
parfaitement conservé le souvenir, faits en 1867, sur des ca­
davres d’adultes et de tout jeunes enfants alors que notre col­
lègue et ami M. Caussidou préparait sa thèse sur les Fractures
de l’extrémité carpienne du radius.
Voici les résultats obtenus:
Si après avoir désarticulé le coude, scié l’olécrane, je plaçais,
comme il est d’usage, l’avant-bras verticalement, la paume de
la main appuyant sur un plan résistant, un coup violent porté
su rl’extrémité supérieure produisait toujours une fracture de
l’extrémité inférieure chez l’adulte; le plus souvent une dis­
jonction de l’épiphyse chez l’enfant.
Je n’ai essayé que sur l’adulte de produire une fracture en
appuyant l’avant-bras sur le dos de la main.
Les tractions qui chez ces derniers produisent toujours ou

S52

Xo3

�854

POUCEL.

une déchirure des portions aponévrotiques ou plus souvent
un arrachement de l’apophyse styloïde donnent toujours lieu
sur l’enfant à une disjonction épiphysaire.
.le suis heureux de transcrire ici une observation de disjonc­
tion de l’épiphyse radiale supérieur produite par ce dernier
mécanisme et empruntée au remarquable travail de M. Foucher.
« Le 21 mai I8t&gt;2, on m’apporta à l’Hôtel-Dieu un jeune en­
fant de dix-huit mois.
« Il y a quelques jours, cet enfant faisant une chute, la mère le
saisit parla main gauche et depuis ce moment il accuse, dans ses
mouvements ou quand on lui prend la main, des vives douleurs.
« En examinant le membre, je ne trouve à l'extérieur ni gonfle­
ment ni déformation ; je puis lui imprimer des mouvements en
tous les sens, mais avec précaution sans déterminer de vives
douleurs, sans constater de mobilité anormale ni de crépitation.
L’enfant me donne avec la même facilité la main du côté supposé
malade que celle de l’autre côté. Je crois avoir affaire à une sim­
ple contusion du coude.
« ÇependaDt, la douleur persiste, et le lendemain je procède à
un nouvel examen : il n’y a, comme la veille, ni difformité ni
gonflement du membre. J'imprime des mouvements sans déter­
miner de douleur, mais en saisissant et fixant avec la main droite
l’extrémité supérieure du radius et en imprimant, avec la gauche,
des mouvements de rotation à l’extrémité inférieure, je puis me
convaincre que ces mouvements ne sont point communiqués à
l’extrémité supérieure, qu'ils se passent à quelques centimètres
au dessous et qu’au point où ils ont lieu existe une crépitation
obeure ou mieux un frottement présentant les caractères de deux
surfaces cartilagineuses frottant l’une contre l’autre. »
Cette considération du mode de production de la solution de
continuité me parait donc être d’un grand poids dans les cas
ou le diagnostic est douteux. Aussi est-ce au point de mon ob­
servation sur lequel j ’insiste : la solution de continuité s’est faite
par des tractions parallèles à l'axe de l'os, mais dira-t-on,
comment alors le cubitus s’est-il fracturé ? Le radius 11 e résistautplus, l’olécrane aurait bien pu se séparer dans le point où
elle se réunit au corps de 1os ! c’est vrai. — Mais une traction

DISJONCTIONS EPIPIIYSAIREG.

exercée sur l’extrémité inférieure du cubitus trouve dans les
parties antérieure et interne de l'extrémité supérieure une
résistance dans les ligaments, ( c’est-à-dire, dans des liens
quelque peu extensibles surtout à cet âge), et une résistance
osseuse seulement à la partie postérieure dans le crochet de
l’olécrane ; de plus, le jeune homme dit avoir senti le bras de
l’enlant s’allonger, puis, se fléchir en arrière ; il y a eu donc,
indépendamment de la traction, un peu d’extension forcée
après la disjonction de l’épiphyse radiale. Cette force, ayant
pour effet de redresser la grande cavité ou courbure sygmoïde, était oblique et non parallèle à l’axe de l’os. Rien 11 ’est
plus naturel, par conséquent, que cette force produise à la
base de l’olécrane une fracture dirigée de haut eu bas et
d’avant en arrière. — Cette observation est d’ailleurs conforme
avec les expériences de Wilson, Guéretin, Malgaigne, Cruveilhier.
Je crois avoir suffisamment insisté sur le mode de produc­
tion de cette lésion, sur son siège, sur les signes que l’on dé­
couvre par l'exploration pour baser son diagnostic.
Une question bien importante pour le chirurgien, est de
savoir maintenant ce qui va se passer au niveau de ces deux
solutions de continuité. Pour nous éclairer sur ce point, con­
sultons les résultats obtenus par M. Ollier, sur les animaux,
les observations de Goyrand, de Guéretin, etc.
Si la disjonction est souspériostée, la réunion se fait en bien
peu de temps, elle est encore plus rapide que dans les frac­
tures.
Si le périoste est déchiré et que la disjonction existe dans
l’épaisseur de la couche chondroïde, ou bien encore au niveau
de la réunion de la couche chondroïde à la diaphyse ( ce que
M. Ollier obtient en incisant le périoste dans le point où il
veut produire la disjonction ) la réunion se fait aussi mais
plus lentement.
Pas plus que les surfaces osseuses, les surfaces chondroïdes
n’adhèrent l’une à l'autre par réunion immédiate. Ici encore
nous voyons les surfaces de section être le siège d’une pro­
lifération active de bourgeons charnus qui, pour me servir de

�POCCKL.

DISJONCTIONS EPIPHYSA1RES.

l’expression de Richet, tendent la main aux bourgeons voi­
sins et sont bientôt pénétrés île corpuscules osseux. Cette ossi­
fication de la couche chondroïde n ’empêche pas le reste de
cette couche de continuer son évolution physiologique ; seu­
lement la partie qui s’est ossifiée trop tôt ne pouvant plus
proliférer des éléments osseux, il en résulte un arrêt de dé­
veloppement peu considérable de l'os en longueur.
Si, au contraire, la couche chondroïde a été divisée suivant
l'axe de l’os, et si, ce qui arrive souvent dans ces cas, il y a eu
fracture de l’épiphyse, le cal qui réunit les fragments épiphysaires se soude à la substance osseuse épanchée dans la couche
chondroïde jusqu’au corps de l’os et il résulte de cette soudure
trop hâtive de l’épiphyse à la diaphyse un arrêt complet de
développement de l’os dans cette extrémité.
Je rappellerai seulement ce que fait observer M. Ollier et
qui complète l’analogie des surfaces chondroïdes avec les sur­
faces osseuses, c'est que, dans les cas où les surfaces chondroï­
des ont été imparfaitement maintenues dans l’immobilité, elles
peuvent aussi se réunir à l’aide d’une pseudarthrose ou plus
souvent à l’aide de tractus fibreux, mais ceux-ci comme les
ossifications, sont incapable de proliférer des éléments osseux.
En résumé donc :
1“ Une solution de continuité perpendiculaire à l’axe de l’os
occupant la couche chondroïde produit un arrêt faible de dé­
veloppement de l’os en longueur
2* Une solution de cette couche dans le sens de l’axe de l’os,
de façon à ce que la soudure osseuse relie prématurément
l’épiphyse à la diaphyse produit un arrêt complet de dévelop­
pement de l’os eu longueur.
C’est, je me permettrai de le dire, pour n’avoir pas suffisam­
ment distingué ces deux modes de terminaison l’un de l’autre
que Goyrand, après avoir cru à l’arrêt complet de développe­
ment de los en longueur, dans certains cas, a soutenu plus
tard qu’il ne pouvait se produire qu’un raccourcissement
presque insignifiant.
Pour le cas présent, si nous supposons le diagnostic exact,
la solution de continuité paraissant siéger dans la couche

chondroïde, il est permis d’espérer qu'il restera seulement un
raccourcissement faible lorsque la croissance de l’enfant sera
achevée. Pour le cubitus, le pronostic inspire quelques hési­
tations. Si, comme tout porte à le croire, il y a seulement frac­
ture communiquant avec l’articulation, si cette arête a pour
hase toute la surface d’union de l’olécrane au cubitus, cer­
tainement la grande échancrure sygmoïde continuera de s’ac­
croître en même temps que se fera la soudure osseuse et les
mouvements de l’articulation ne seront pas gênés. Mais le
pronostic serait bien différent si, indépendamment de la frac­
ture, nous avions un décollement partiel du cartilage de con­
jugaison, à cause des dangers d’une disjonction épiphvsaire
intrà-articulaire.
Les mouvements de flexion et d’extension seront donc pro­
bablement toujours conservés; ceux de pronation et de supi­
nation au contraireseront limités, pendant quelques temps du
moins, et cela par l’effet d'un mécanisme fort simple.
Il est incontestable que, dans les cas surtout où la fracture
de l’avant-bras siège au même niveau ou à peu près, le cal
remplit facilement l’espace inter-osseux, même quand les frag­
ments du cubitus ne sont pas en contact avec ceux radius,
Ce cal suffirait donc, par son volume et par les adhérences
qu’il contracte avec les tissus environnants, pour empêcher ou
limiter tout au moins un mouvement qui ne se produit que
par l’effacement presque complet de l’espace inter-osseux.
Mais il est une autre disposition très propre à amoindrir les
mouvements de supination et qui doit exister nécessairement
dans ce cas. C’est que le fragment supérieur, abandonné exclu­
sivement à la double action du court supinateur et du bi­
ceps, le plus puissant des supinateurs, se trouve en rotation
forcée en dehors; sa tubérosité bicipitale sera devenue anté­
rieure ; or, comme il est impossible d’avoir d’action sur ce
fragment; pour contrebalancer l'influence de ces deux mus­
cles, la consolidation se fera de la façon suivante : le fragment
inférieur, dans la position qui lui aura été donnée; le fragment
suqérieur dans la supination extrême. C’est-à-dire qu’il y aura
déplacement par rotation du fragment supérieur parce qu'il est

856

857

55

�858

POUCEL

BIBLIOGRAPHIE.

bien difficile de maintenir l’avant-bras en supination extrême
pendant tout le temps nécessaire une consolidation osseuse.
Or, dans cette position, leligam entde Weitbrecht est tiraillé,
le court supinateur est arrivé au dernier degré de son rac­
courcissement normal, la synoviale éprouve une torsion qui
11 e pourrait être portée plus loin sans déterminer de vives
douleurs ; il faut donc un certain temps pour que tous ces or­
ganes se soient accommodés à la nouvelle position de l’os,
alors seulement les mouvements de supination retrouveront
toute leur étendue.’
Le traitement a été fort simple : après avoir mis les os en
place le membre a été placé dans l’appareil amidonné et main­
tenu à angle droit et dans la supination. Le dix-huitième
jour, j ’ai ouvert l’appareil pour imprimer quelques mouve­
ments de flexion et d’extension, ces mouvements ont été répétés
^es jours suivants afin d’empêcher l ’envahissement de l’article
par des productions qui, a cet âge surtout et dans désarticula­
tions trochléennes, se développent avec tant d’activité. Le vingttroisième jour la consolidation était parfaite, l’appareil a été
définitivement enlevé.
Il n ’y avait pas de déformation apparente, seulement, à tra­
vers les tissus amaigris, il était facile de reconnaître que le
diamètre antéro-postérieur de l ’extrémité supérieure du cu­
bitus était un peu augmenté et que le radius formait un an­
gle légèrement saillant en avant an niveau de la tubérosité
bicipitale.
Les mouvements de flexion et d’extension sont conservés
dans toute leur étendue; ceux de pïonation et de supination
réduits à peu près de moitié. D'après ce qui a été dit précé­
demment, il y a lieu d’espérer que le malade les recouvrera
bientôt en totalité.
PorcEL.

859

BIBLIOGRAPHIE.
N o u v eau x élé m e n ts d ’A natom ie C h iru rg icale,

par Benjamin A nger. — Paris, J.-B. Baillère et fils, 1809.
11 serait, aujourd’hui, hors de propos de démontrer l’impor­
tance de l’anatomie chirurgicale. Les nécessités de l’étude ont
fait naître l’anatomie descriptive, la première; mais s’il a été
indispensable de disséquer, de morceller la machine humaine
pour en examiner toutes les parties qui la composent, son
action, son fonctionnement ne peuvent être expliqués que
par la reconstitution d'un tout, dans lequel chaque élément
va fournir sa quote-part d’activité. Cette nécessité, révélée
par les progrès de la chirurgie et de la physiologie, donna
naissanceà l’anatomie synthétique, chirurgicale, dont l’origine
remonte à une époque qui n’est pas très éloignée du commen­
cement de notre siècle.
Entre les mains de Blandin, de Velpeau, cette anatomie
synthétique fut surtout topographique. Ces illustres maîtres,
reconstituaient les régions que le scalpel avait fractionnées. Ils
venaient satisfaire aux besoins que réclamaient les progrès
immenses que la chirurgie venait d'accomplir.
Malgaigne, en s’engageant dans la voie que ses prédéces­
seurs avaient ouverte, put, avec plus de raison, donner à sou
livre le nom d'Anatomie Chirurgicale. Il montra, non-seule­
ment toutes les déductions pratiques que comportait l’ana­
tomie mise en rapport avec les indications chirurgicales, mais
il chercha par l’expérimentation, à expliquer un grand nom­
bre de faits qui paraissaient obscurs et qu’il rendit clairs et
précis.
M. Richet a pu dire, bon droit, qu’il y avait pour lui une
place à prendre entre ses illustres prédécesseurs. « Il m’a
« paru, dit-il, que ces deux grands maîtres (Velpeau et Mal« gaigne), n'avaicnl pas lire loül le parti possible des récentes

�860

CHAPPLAIN.

BIBLIOGRAPHIE.

« découvertes de la physiologie cl de leur application immé« diate à la pathologie, soit médicale, soit chirurgicale. » Le
public lui a donné raison et en quelques années son ouvrage
a atteint sa troisième édition.
Un nouveau traité d'anatomie chirurgicale vient d'être pu­
blié par M. Anger et édité parla maison J.-IL Baillière et fils.
C’est un magnifique volume de plus de mille pages, illustré
d’un nombre plus considérable encore de gravures explicatives
du texte. 11 appelle à lui le lecteur, par la belle disposition du
volume, la netteté du texte, le Uni des gravures. Habitués que
nous sommes de voir chaque ouvrage d’anatomie chirurgicale,
marquer une étape dans la voie du progrès, nous nous sommes
demandé immédiatement. Quelle est la place que doit occu­
per l’ouvrage de M. Anger ?
Dès les premières lignes nous le voyons dévier des voies or­
dinaires de l'anatomie chirurgicale. Cette anatomie qui paraît
devoir être synthétique dans son essence, il la transporte dans
le champ du microscope. « Avant de commencer l ’étude aua« tom iquedu corps de l'homme, quelques mots sur son ori« gine et sur les phases principales de son développement. »
Tel est son point de départ. Pourquoi cette digression qui
nous ramène, non pas à l’anatomie descriptive, mais à l’ana­
tomie de structure, aux investigations du microscope? Nous
en trouvons la raison légitime dans les voies nouvelles dans
lesquelles se sont engagées les sciences chirurgicales.
Combien nous sommes loin des données qui ont servi de
pointdedépart aux ouvrages de Blandin, de Velpeau, de Malgaigne ! L’action du chirurgien tendait, alors, à se développer
sans cesse; l’auteur trace au bistouri le sillon qu'il doit par­
courir à travers les tissus ; les lignes desquelles il ne doit pas
dévier, sont indiquées d une manière mathématique.Où s'arrê­
tera l’instrument du chirurgien ? Après la ligature de l’iliaque
externe, vient le tour de l'iliaque primitive, enfin celle de
l’aorte! Et c’est alors que le manuel opératoire semble arriver
à la perfection, que ces ligatures d'artères, ce triomphe de
l’opérateur d’amphithéâtre, 11 e trouvent plus leur indication
dans la science ! Cette science si fière de ses progrès, recule

devant l’action de l’instrument tranchant, elle a peur du
sang, elle se transforme, elle devient conservatrice.
Parmi les opérations, il en est qu’elle abandonne, parce
qu’elle peut arrivera la guérison sans agir sur les tissus à l’aide
de l’instrument tranchant. 11 en est d’autres, dont elle est
épouvantée, qu’elle 11e pratique qu’à regret, parce qu’elle con­
naît leur impuissance.
C’est alors que sous la direction première de M. Lebert, une
phalange de jeunes chirurgiens s’est livrée à de nouvelles
investigations. Ne pouvant combattre avec succès l’ennemi
quand il se présente dans toute la force de son développement,
elle l’a étudié à son origine. Armée du microscope, elle a
recherché comment les tumeurs se forment, espérant trouver,
dans cette étude, des moyens plus efficaces pour les détruire,
pour empêcher, peut-être, leur formation dans l'organisme.
M. Anger ne pouvait méconnaître le mouvement chirurgi­
cal de son époque! 11 ne s’agit plus seulement de reconstituer
la région pour diriger l’instrument qui doit la diviser; il faut
faire la part du microscope. Il étudie d’abord le développe­
ment de l’œuf ; puis la constitution des cellules, leur origine,
leur multiplication, la valeur de la cellule elle-même, du
noyau, des nucléoles ; la membrane amorphe, les libres, le
sang enfin, d’où émanent tous les principes de la nutrition
normale ou déviée de sa marche régulière pour la formation
des tumeurs.
Cet exposé simple, concis, fera connaître l'état de la science
à ceux qui 11 e peuvent se livrer eux-mêmes aux études micros­
copiques ; elle sera un point de départ utile à ceux qui vou­
dront contrôler les travaux actuels de la pathologie microsco­
pique.
Ces premiers chapitres sont la partie réellement neuve de
l'ouvrage de M. Anger. Il aborde ensuite l’étude de l'anatomie
chirurgicale , telle qu’elle est acceptée par tous les auteurs,
et la divise en ses deux grandes sections ; anatomie des tissus,
anatomie des régions.
Il serait difficile de suivre notre auteur à travers toutes ses
descriptions; constatons seulement, qu’il 11 ’accepte pas la des-

861

�862

CHAPPLAIN.

BIBLIOGRAPHIE.

cription de Virchow po\ir le tissu cellulaire ot que les prétendites cellules ne sont produites que par les tiraillements que l'ou
exerce sur ce tissu. Notons encore une nouvelle classification
des articulations, dont nous ne pouvons ici discuter la valeur.
Les descriptions anatomiques sont claires, précises; elles ne
sont nullement surchargées de détails; le lecteur y trouve une
méthode sûre, qui lui rappelle, avec la précision la plus stricte,
ses études de l’amphithéâtre Après avoir étudié la forme exté­
rieure de la région, il la subdivise en ses divers plans, en ses
divers étages. Mais tous les organes ne se prêtent pas également
â cette distribution; si les muscles, les aponévroses sont les élé­
ments principaux d’une sorte d’imbrication des organes, les
vaisseaux et les nerfs appartiennent A tous les points d’une
même région et, dans la continuité de leur trajet, en occupent
tous les plans. Aussi, trouve-t-on un chapitre spécial dans
lequel les nerfs et les vaisseaux de chaque région sout étudiés
avec tous les détails que comporte l’importance de ces organes.
M. Anger n ’oublie pas que les subdivisions connues sous
le nom de régions, quelque naturelles qu’elles soient, ne
sont qu’un artifice pour aider à l’étude ; aussi complète-t-il
chaque région spéciale en la reliant Acelles qui la limitent.
Après les études anatomiques, se trouvent les applications
chirurgicales. Là, le cadre embrassé par notre auteur est
immense, et il se meut dans un cercle trop étroit pour être
complet. Vouloir indiquer toutes les affections chirurgicales
qui peuvent se présenter, dans chacune des régions de l’éco­
nomie, c’est embrasser une tâche trop grande. On reconnaît
l’auteur du Traité des luxations et des fractures dans plu­
sieurs descriptions de ces affections, il a pour elles une préféférence marquée et leur donne une étendue plus grande
qu’aux autres lésions.
Après les maladies chirurgicales, vient l’étude du déve­
loppement, et, comme corollaire, l’étude des difformités.
Nous avons du énoncer les différents chapitres, à l’aide
desquels M. Anger divise le texte de son ouvrage ; il nous reste
A parler delà partie qui donne un cachet toul particulier A
son livre. L’anatomie chirurgicale de cet auteur est une véri­
table illustration.

Toujours les planches, en anatomie, ont été le complément
obligé de l’étude du corps hum ain. Cloquet, Cruveilhier,
Bourgerie et Jacob, ont élevé des monuments admirables, de
véritables oeuvres d’art, complétant leur enseignement anato­
mique. Mais combien d’étudiants d’alors, il y a quelque
vingt ans. pouvaient trouver dans leur bourse, si modeste, la
somme nécéssaire pour placer dans leur bibliothèque ces ou­
vrages si enviés, et si difficiles A atteindre ! Ouvrez aujour­
d’hui l’ouvrage de M. Anger et vous serez ébloui, par la beauté,
l'exactitude de ces belles gravures sur bois et la profusion
avec laquelle elles sont distribuées dans ce volume d’anatomie.
Il n’est pas de point d’une région qui 11 e se trouve avoir son
image; les planches sont multipliées, autant de fois qu’il le
faut, pour que la démonstration ne laisse rien dans l’ombre.
Voyez, par exemple, la région du périnée, si difficile dans son
exposition, elle devient claire et complète A l’aide de ses dix
gravures, qui la représentent sous ses différents aspects.
Pour la chirurgie, les planches , par cela seul peut-être
qu’on s’attend moins A les trouver aussi complètes, nous pa­
raissent encore plus remarquables. Elles parlent aux yeux ,
c’est un magnifique atlas d’anatomie pathologique, avec
lequel on semble pouvoir se passer de texte. Examinez la mul­
tiplicité des vues dans les hernies, les fractures, les luxations
des diverses parties du corps, les vices de conformation des
lèvres, du rectum , de l’anus, des organes de la généra­
tion, etc.
Nous n’en finirions pas si nous voulions citer tout ce qui
nous parait utile et remarquable dans cet ouvrage.
M. Anger date d’hier, car en parcourant la liste des ouvrages
qu’il adéjA publiés, nous voyons que sa thèse inaugurale est
de 18G5. C'est donc un docteur de quatre ans et déjA il est
pour nous une vieille connaissance. Qui n’a parcouru l’élude
des luxations et des fractures, première partie de son traité
iconographique des maladies chirurgicales? L’ouvrage que
nous analysons aujourd’hui est certainement destiné A un
très-grand succès.
Nous ne croyons pas qu’il fasse oublier le savant traité

ar.3

�864

ISNARD,

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

d’anatomie chirurgicale de M. R ichet, mais l’anatomie de
M. Anger sera utile à tous les praticiens qui, établis dans de
petits centres de population, ont à retrouver dans leurs livres
des notions anatomiques, pathologiques, que l’on oublie avec
tant de facilité. Ils trouveront dans l’ouvrage de M. Anger un
utile auxiliaire à leur mémoire défaillante. Un simple coupd’œil jeté sur ces magnifiques gravures leur rappelera ce qu’ils
ont trop rapidement oublié.
L’anatomie de M. Anger est le vade-mecum du chirurgien
et nous conseillons à nos élèves de lui réserver une place dans
leur bibliothèque.
Dr Ciiapplain.

puis il établit ce qu’est à ses yeux le croup : Une maladie géné­
rale se localisant au larynx, ayant de la tendance à gagner les
autres parties des voies aériennes, et caractérisée matérielle­
ment par l’existence de fausses membranes.
Le terrain étant ainsi préparé, l’auteur arrive à poser la ques­
tion suivante, dont l’examen constituera le fond même de son
mémoire :
Quelle est la médication, soit rationnelle, soit empirique, qui a
donné les meilleurs résultats dans le traitement du croup?
Ce traitement est étudié par M. Ribell sous trois aspects :
1° moyens généraux; 2° moyens locaux; 3* moyens chirurgicaux.
Après un historique fort bien fait des fortunes diverses qu'ont
subies les émissions sanguines, M. Ribell repousse cette méthode
à moins qu'il s’agisse d’un enfant robuste, présentant un grand
embarras de la respiration avec fréquence et forte résistance du
pouls. A mon sens, le croup vraiment diphthéritique contreindique d’une manière absolue la saignée, a cause de la tendance
foncièrement adynamique du mal. Mais, dans cette espèce mor­
bide, il n’y a jamais d’appareil fébrile bien intense. On voit
aussi, a Marseille plus qu’à Paris, des cas d’inflammation intense
avec exsudât fibrineux dans le pharynx et dans le larynx, qui
surviennent brusquement chez des enfants vigoureux et qui
s’accompagnent d’une réaction vive. Dans ees cas, j ’ai observé
que de larges applications de sangsues, faites par d’autres que
par moi, avaient eu quelques résultats utiles. Je m’en tiens alors
à l’alcoolature d’aconit et à la diète, et je reconnais qu’en pareille
occurence le tartre stibié à haute dose, suivant la méthode Bouchut, peut rendre des services.
Partisan de la méthode vomitive, M. Ribell regrette que cette
méthode ait été rarement appliquée d une manière exclusive, ce
qui ne permet pas d’apprécier exactement son efficacité. Les vo­
mitifs sont utiles par leur effet mécanique, qui peut aboutir à
l’expulsion de fausses membranes ; ils sont quelquefois nuisibles
par l’adynamie qu'ils produisent; telle est, en deux mots, l’opi­
nion de notre confrère à leur égard. J’ajouterai qu’il est fort rare
de trouver des fausses membranes expulsées dans les matières
vomies; que le vomissement Aide l’estomac, secoue les poumons
et les petites bronches, mais n'a qu’une action expulsive extrê­
mement modérée sur le larynx; que le mouvement expulsifle
meilleur sous ce rapport c’est, non pas le vomissement, mais la

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. — Rapport : Des diverses méthodes
de traitement du croup. — Nomination.

Séance du l i août. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance manuscrite. : Uue lettre et un travail du Dr Schœnenberg, sollicitant le titre de membre titulaire. (Rapporteur:
M. Peyron).
Correspondance imprimée: Bulletin médical de l’Aisne.—Journal
de médecine de l’Ouest — Congrès des Sociétés de pharmacie de
France. — Bulletin médical du nord de la France.
Ordre du jour : Rapport de M. Fabre sur un travail de M. Ribell,
de Toulouse , intitulé: Des Diverses méthodes de traitement du croup.
M. le Président cède son fauteuil à M. Sicard et s ’exprime en ces
termes :
Dans le mémoire que je vous présente en son nom, M. Ribell
commence par quelques considérations générales sur l'empirisme
et le rationalisme, louant le premier et critiquant le dernier;

86.)

�iG6

ISNARD.

toux, et que, pour cette raison, je préfère à 1administration de
l'ipéca, les inhalations mitigées d'ammoniaque.
Le mercure, qui rend le sang moins plastique, devait être
naturellement essayé contre une maladie où l’on a longtemps
soupçonné un excès de plasticité du sang. AL Ribell, qui repousse
le calomel employé h doses massives, à cause de la diarrhée
parfois colliquative qu'il peut provoquer, et le calomel à doses
fractionnées, a cause de la salivation, des ulcérations buccales et
de la dépression générale qu’il peut entraîner, se déclare par
contre partisan de son application topique, suivant la méthode
Miquel. C’est aussi l’opinion des médecins de la Touraine, de
Guersant, de Trousseau, de Bouchut et de Blache.
Il y a encore, de par le monde, s’écrie M. Ribell, des médecins
qui appliquent des vésicatoires dans le traitement du croup ;
méthode absurde et dangereuse, puisqu’elle multiplie les foyers
dipthéritiques, et contre laquelle notre auteur fulmine avec raison,
Mais je ne partage pas son dédain pour les antispasmodiques,
qu’il réserve seulement pour la toux nerveuse qui succède quel­
quefois au croup proprement dit. M. Ribell, et, avec lui, la plu­
part des médecins, sont trop sévères pour les antispasmodiques
dans le traitement du croup. Un ancien interne de l’hôpital des
Enfants, le docteur Lallement, a eu l’heureuse idée d’écrire une
thèse sur l'élément nerveux dans le croup. Bien que la lésion soit
permanente, la suffocation, remarquez-le, pendant une assez
longue période, ne vient que par accès; il y a donc un élément
nerveux, élément important et redoutable, cause très sérieuse
d’aggravation considérable dans la dyspnée, et contre lequel les
lavements d’assa fœtida, n’en déplaise à M. Ribell, agissent quel­
quefois avec efficacité.
Les sudorifiques, l'hydrothérapie, les narcotiques sont écartés
du traitement du croup par notre confrère, qui leur reproche,
avec raison, de ne s’appuyer sur aucune donnée rationnelle et sur
aucun résultat expérimental.
Quant aux alcalins, M. Ribell considéré leur administration
comme logique, parce qu'ils rendent le sang moins plastique;
mais, malgré les résultats obtenus par Bouchut et par Marchai
(de Calvi), leur efficacité lui paraît plus que problématique,
parce qu’il ne croit pas qu’en quelques heures ces agents puis­
sent modifier assez profondément le liquide sanguin pour en
altérer la plasticité. Le chlorate de potasse, simple modificateur

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

■S1)7

de la muqueuse buccale, lui paraît aussi peu efficace que les
autres alcalins, et je crois, pour ma part, que le chlorate de
potasse n’aurait jamais fait fortune dans le traitement du croup,
s’il n’avait eu AI. Blache pour parrain.
Parmi les alcalins, il en est un dont AI. Ribell n’a point parlé
et que je considère comme infiniment meilleur que les autres :
c’est l’acétate d’ammoniaque, au moyen duquel j’ai obtenu déjà
plusieurs guérisons, dont deux cas vous ont été déjà communi­
qués. Alais, si j'ai eu recours à cet agent, ce n’est pas à cause de
son alcalinité. C’est d’abord parce que c’est un stimulant qui,
en vertu de l’excitation générale qu’il produit, doit réussir dans
les croups où prédomine l’adynamie, comme il réussit dans les
exanthèmes à forme maligne et à réaction insuffisante. C’est
aussi parce qu’il possède une action spéciale sur le larynx,
comme le prouve son efficacité sur les chanteurs que surprend
une aphonie accidentelle. Eliminé par la muqueuse respiratoire,
il en rend les sécrétions plus abondantes et plus liquides, avan­
tage précieux en cas de diphthérie ; enfin, il active la respiration,
comme le prouvent les succès que AI. Ararotte en a obtenus dans la
dyspnée des phthisiques, et il facilite l’expectoration, ce qui lui
a permis de rendre des services signalés dans le traitement de
l’asthme catarrhal des vieillards.
Quant à l’obstacle que, par son action dissolvante sur le sang,
l’acétate d’ammoniaque opposerait à l’exsudation diphthéritique,
nous ne savons au juste s’il existe. Toujours est-il que le sang
des diphthéritiques n’off’re pas un excès de plasticité ; il est noi­
râtre et plutôt diffluent, comme le prouvent les recherches de
Millard et de Peter; et c’est précisément dans l’idée théorique
d’augmenter sa plasticité que le perchlorure de fer a été préco­
nisé surtout par MM. Aubrun père et fils. AI. Ribell glisse un peu
rapidement sur le perchlorure de fer; il lui fait une simple objec­
tion théorique, c’est qu’on ne peut si facilement et si rapidement
modifier les qualités physiques du sang. D’ailleurs, le perchlo­
rure de fer est, il faut le reconnaître, un médicament sérieux dans
le traitement du croup, ainsi que le prouve, entre autres faits,
un beau cas de guérison qui a été publié dans ïUnion médicale de
lu Provence, par notre collègue, le Dr Seux fils. Cette réserve faite
à l’égard du perchlorure de fer, j ’abandonne volontiers au scep­
ticisme de AI. Ribell le médicament à la mode, le bromure de
potassium, le brome, si chaudement recommandé cependant par

�SOCIÉTÉS SAVANTES.

M. Ozanam, et le foie Je soufre, sur lequel cepenJaut je me rap­
pelle avoir lu, il y a quelques années, dans la Gazette hebdomadaire,
un mémoire assez encourageant du DTBienfait, de Reims.
Des remèdes généraux, passons, avecM. Ribell, à l’examen du
traitement local, dont l'étude constitue le deuxième chapitre du
mémoire dont j ’ai à vous rendre compte.
Ici se présentent en première ligne les cautérisations pharyn­
gées, en faveur desquelles vous avez lu dernièrement une pro­
testation énergique de notre confrère, le I)' Blanchard. M. Ri­
bell en est, lui aussi, partisan convaincu, mais il exige qu’on
abaisse énergiquement la langue du malade, et qu’on promène le
pinceau bien au-delà des produits morbides, précautions que nous
ne saurions que trop approuver.
M. Ribell examine ensuite la méthode Loiseau, c’est-à-dire le
cathétérisme du larynx, et, comme la commission académique à
laquelle ce procédé a été soumis, il l’approuve, mais il n’apporte
aucun fait qui en démontre l’utilité. Quant au tubage de la
glotte, inventé par M. Bouchut, notre auteur croit, comme
Trousseau, qu’il n'est pas appelé à détrôner la trachéotomie.
Cette dernière opération, qui constitue le traitement chirur­
gical du croup, est l’objet du troisième et dernier chapitre du
mémoire dont je vous donne la très succincte analyse. Trois
questions y sont examinées :
1" Doit-on pratiquer la trachéotomie chez les enfants atteints
de croup '?
2a A quelle époque faut-il opérer ?
3* Quelle est l’influence du traitement antérieur sur le succès
de l’opération?
Sur le premier point, pas de doute. Absoudre la trachéotomie
des pneumonies qu'on l’a accusée de produire, c’est, très bien ;
mais, considérer cette opération comme absolument inoffensive,
c'est aller trop loin; l’hémorrhagie veineuse est un accident
sérieux qui s’oppose à l’ouverture de la trachée, seul moyen de
l’arrêter; l'emphysème, les abcès du cou, les ulcérations tra­
chéales. voilà autant d'accidents sérieux qui peuvent compliquer
cette opération , qu’il convient cependant de pratiquer à la période
d’asphyxie commençante, comme le veut M. Ribell, et non pas,
autant que possible, à la période terminale, où elle échoue le plus
souvent, bien que notre collègue. M. Jubiot, nous ait donné un
exemple du contraire. Parmi les traitements antérieurs, les

861)

émissions sanguines, les débilitants, les vésicatoires ont eu une
influence fâcheuse sur les résultats de la trachéotomie.
En résumé, les vomitifs, le traitement do Miquel, les topiques
et la trachéotomie, tels sont les meilleurs agents thérapeutiques
à opposer au croup, d’après M. Ribell, dont les conclusions s’ap­
puient sur des tableaux statistiques, fruits d’un immense labeur,
qui reposent sur le dépouillement de U00 observations. Vous le
voyez, Messieurs, par cc travail important joint à ses autres
litres, M. Ribell a bien mérité d’être nommé membre correspon­
dant de notre Société.
(Election de M. Ribell.)
Le Secrétaire-gènevaI.
Dt Ch . Isnard (de Marseille.)

ACADEMIE DES SCIENCES.

Séance du 23 août. — MM. Aug. Waller et J.-L. Prévost, adres­
sent une note, résumé de nombreuses expériences faites par eux
sur le lapin. D’après ces auteurs, le nerf glosso-pharyngien ne
contribue pour rien aux fonctions réflexes de la déglutition ; les
seuls cordons nerveux qui président à cet acte physiologique
sont le trijumeau, le laryngé supérieur et le nerf récurrent.
M. O. Liebreich envoie une intéressante note concernant l’ac­
tion du cliloral sur l'économie. Ce produit, soluble dans l’eau, se
place comme anesthésique entre le chloroforme et l’éther. Il dé­
termine un sommeil calme et prolongé. Donné à haute dose, il
détermine la paralysie du cœur et la mort.
M. le Dr Bonnafont lit un mémoire relatif à certaines maladies
de l’appareil de l’audition. L’inflammation aiguë de la membrane
du tympan donne lieu à des phénomènes nerveux ressemblant
beaucoup à ceux que détermine la méningite, tandis qu’une
compression, même très légère, exercée sur cette membrane, fait
naître toujours des vertiges plus ou moins forts. Dans les chutes
sur la tête, les déchirures du tympan peuvent déterminer la
sortie, par l’oreille, d'un liquide séro-purulent, sans que le crâne
soit fracturé ; mais il est important de noter que ces déchirures,
comme toutes les plaies qui atteignent le tympan, se cicatrisent
d’ellcs-mêmes avec la plus grande rapidité.

�SEÜX l-'lLS.

SOCIETES .SAVANTLS.

M. Saiut-Cvi' (de Lyon) lit un travail dans lequel il démontre,
en l’appuyant sur des faits incontestables, la transmissibilité de
la teigne faveuse des animaux à l’homme.
Il résulte des recherches de M. Van Tieghem, que les plantes
plongées dans un liquide saturé d’acide carbonique produisent,
lorsqu’elles sont soumises à la lumière d’une simple bougie, un
dégagement très marqué de bulles d’oxygène.
Séance du 30 août. —M. Cl. Bernard présente, au nom de M.
Bert, une note relative a quelques phénomènes physiologiques
de la respiration. D’après l’auteur, la respiration peut être arrêtée
par l’excitation du nerf pneumo-gastrique, du nerf laryngé supé­
rieur et de la branche nasale du nerf sous-orbitaire.
Ce fait pourrait expliquer certains cas de mort subite, ceux
entre autres qui se produisent a la suite d’une forte excitation
des voies laryngiennes.
Séance du 6 septembre. — Dans une note adressée à l’Académie,
M. Charrière propose diverses modifications a faire subir aux
moyens employés dans le sauvetage des incendiés.
M. Armand considère le cresson de fontaine comme un excel­
lent antidote de la nicotine. Le tabac, humecté à l’aide d'une
liqueur dont la base serait formée par du cresson, conserve son
arôme et perd toute propriété vénéneuse.
M. Duméril présente au nom de M. le D' Braillard (de Chicago),
un ouvrage sur les crotales et les serpents en général. La mort
par les morsures venimeuses de ces animaux est assez fréquente.
L’iode et l'iodure de potassium ne peuvent détruire l'effet du
venin ; le fer rouge seul est efficace.
M. Cvon adresse une note relative aux actions réflexes des
nerfs sensibles sur les nerfs vaso-moteurs. Un fait domine
tout ce travail : tandis que dans l'état normal l'irritation d'un
nerf sensible produit tantôt un rétrécissement, tantôt une dilata­
tion des vaisseaux, après l'extirpation des lobes cérébraux la même
irritation produit constamment une paralysie des nerfs vaso-moteurs
et par conséquent une dilatation des ruisseaux.
M. Deinarquay présente une note sur le chloral. Contrairement
à la théorie allemande, l’auteur ne croit pas que cet agent se
décompose au contact du sang et produise, par ce fait, du chlo­
roforme. Le chloral n’est point un anesthésique; il a au contraire
une action hyperesthésique très marquée ; mais c’est un agent
hypnotique des plus puissants et il produit une résolution mus­
culaire complète.

■Dans la séance du 13 septembre, M. Naudin lit un intéressant
travail sur les conditions dans lesquelles se pratique, dans nos
climats, la culture de la vigne. Ces conditions sont déplorables.
Pour (pie la vigne pût atteindre tout son développement, il
faudrait que le sol fût couvert, pendant un an ou deux, de plantes
qui enrichissent la terre de nombreux détritus - organiques.
L'auteur propose, dans ce but, les fourrages légumineux où,
mieux encore, les plantes de la famille des crucifères.
M. Chasles apprend à ses collègues l'origine apocryphe des
documents qui portent son nom et ajoute (pie le vendeur de la
collection est actuellement sous la main de Injustice.

870

*71

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 10 août.— M. le Dr üoyrand (d'Aix) envoie un mé­
moire sur 75 observations de hernie étranglée.
M. André Sanson adresse une note dans laquelle il conseille de
nourrir les opérés, a la suite des résections osseuses, à l’aide de
substances contenant une proportion raisonnable (le phosphate
calcaire. Les légumineuses (fèves, haricots, lentilles, etc.) et sur­
tout le pain de son doivent figurer largement dans l'alimentation
do ces malades.
M. Mathieu présente une nouvelle pince à ligatures d’artères.
M. Bozeman (de New-York) adresse un travail sur l’opération
de la fistule vésico-vaginale. Ce chirurgien, grâce à un appareil
de son invention, pratique sans aide cette opération délicate.
M. le Dr Dubuisson lit une note dans laquelle sont exposés les
résultats de nombreuses expériences relatives a l’ingestion ou il
l'inoculation, chez les animaux, de substances organiques di­
verses et de produits tuberculeux. L’auteur résume son travail en
cinq conclusions :
I* Les matières inoculées sont le plus souvent inoffensives, la
nature des produits employés n’influant en rien sur le résultat.
2* Elles produisent quelquefois des accidents rapides et occa­
sionnent la mort par une espèce d’empoisonnement.
3* Il se produit, dans quelques cas, des pneumonies lobulaires
qui sont peut-être consécutives aux inoculations et qui peinent
être confondues avec des tubercules.

�87 2

SEUX El LS.
SOCIÉTÉS SAVANTES.

Y Los matières tuberculeuses données comme aliments occa­
sionnent quelquefois la mort de l'animal empoisonné comme par
les produits sceptiques.
o* Le plus souvent, les animaux qui mangent du poumon tu­
berculeux éprouvent un malaise résultant de cette mauvaise ali­
mentation, mais ne deviennent pas tuberculeux.
D'après les expériences de l’auteur, la tuberculose ne serait
donc ni virulente, ni contagieuse.
M. Depaul continue son discours sur la vaccine animale. Con­
trairement à l’opinion de M. Guérin, il ne croit pas que le vaccin
emprunte rien à l’espèce humaine-, pour lui, le précieux virus
n’est pas autre chose que la variole de certains animaux— cowpox ou horse-pox— inoculée a l’homme. Le vaccin jennérien ayant
dégénéré, deux moyens existent de lui rendre sa vertu primi­
tive: \accincr avec du cow-pox, en entretenant sur l’espèce bo­
vine ce dernier virus, qui se conserve dans toute son intégrité
pendant de nombreuses générations ; revivifier le vaccin en l’ino­
culant à l’espèce bovine et le prenant ensuite sur l’animal pour
le rendre a l’homme. Ces deux méthodes nous mettent à l’abri de
la syphilis vaccinale.
Séance du i7 août.— Plusieurs communications orales, relatives
a divers ouvrages,«ont faites à l’Académie. Parmi celles-ci, nous
signalerons une lettre de M. le Dr Danet et un opuscule du D’
La issus.
M. Danet affirme que le vaccin pris sur un sujet vacciné pour
la première fois donne 90 pour 100 de bons résultats, tandis que
le virus recueilli sur un sujet revacciné ne donne que 5 pour 10.
Le travail de M. Laissus est relatif aux eaux de Salins, près de
Moutiers, enïarentaise (Savoie). Ces eaux ont une thermalité de
35 à 36“ centigrades ; elles contiennent par litre, entre autres sels,
10 grammes de chlorure de sodium, 15 centigrammes de carbonate
de fer, plus une forte proportion d’acide carbonique.
Suite de la discussion sur la vaccination animale.
M. Bourchardat, depuis les expériences de la Société des sciences
médicales de Lyon, n’admet plus l’hypothèse de l’unicité du virus
vaccin et variolique. La variole et le cow-pox sont pour lui deux
virus présentant les plus grandes analogies, mais distincts. L’ho­
norable académicien reproche a M. Guérin d'avoir nié absolument
l’existence de la syphilis vaccinale, a M. Depaul d’avoir consi­
dérablement exagéré l’importance de cette dernière. Quant aux

873

avantages présentés par la vaccine animale, ils sont incontesta­
bles.
M. Béclard lit, au nom de M. Bousquet, un discours dans le­
quel ce dernier s’efforce de prouver que la vaccine préserve de nos
jours aussi bien qu’au temps de Jenner. Quoique le vaccin n’ait
pas dégénéré, au dire de l’auteur, il est prudent de s’efforcer de le
renouveler. La vaccine animale permet-elle d’atteindre ce but ?
M. Bousquet ne le pense pas. Il ne croit pas davantage—jusqu’à
nouvel ordre — à la transmission de la syphilis par le vaccin pur
et non mélangé au sang.
Séance du 24 août.— M. le Dr Chassagny (de Lyon), lit un
travail dans lequel il prouve que les effets du forceps varient
suivant la forme de l’instrument et la manière dont celui-ci est
employé.
M. le Dr Chauvin, professeur de physiologie à l’école de méde­
cine de Lyon, lit un mémoire composé en collaboration avec
M. Morat, interne des hôpitaux de Lyon. Ce travail est relatif à
l’action physiologique et clinique du suc pancréatique. D’après les
auteurs ce liquide n’est annihilé ni par le suc gastrique ni par l’acide
chlorhydrique et il peut commencer dans l’intérieur de l’estomac
la digestion des trois espèces de substances alimentaires.
MM. O. Henry, Duguet et Perret, exposent, dans une lettre
adressée à l’Académie, le résultat de leurs recherches sur l’acidepicrique. Ce produit s’obtient en unissant à l’acide picrique les
alcaloïdes du quinquina autres que la quinine; il possède les
propriétés fébrifuges du sulfate de quinine et revient moins cher
que ce dernier sel.
Suite de la discussion sur la vaccination animale.— M. Hérard
croit à l’efficacité de la vaccine animale ; il admet une analogie
parfaite entre celle-ci et la vaccine humaine, et lui reconnaît, en
outre, le grand avantage d’augmenter la source du vaccin tout
en nous mettant à l’abri d’un mal trop réel, la syphilis vaccinale.
L’orateur ne considère point comme démontré le fait de la dégé­
nérescence du vaccin.
Séance du 31 août. — Suite de la discussion sur la vaccination
animale.— M. Yernois est d’avis que le virus jennérien n’a pas
dégénéré, mais qu’il est neutralisé dans l’économie au bout d’un
temps plus ou moins long, suivant les individus, par les mala­
dies qui altèrent les qualités et la quantité du sang. Les revacci56

�874

SEUX FILS.

nations sont rationnelles. On peut user, dans la pratique, du
virus jennérien ou de la vaccine animale.
M. Ricord pense également que nous pouvons puiser le virus
préservateur soit à la source animale, soit a la source humaine,
car elles sont toutes les deux bonnes et puissantes. L’honorable
académicien croit à la syphilis vaccinale, mais il la considère
comme très rare, excessivement rare.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.

Séance du 25 juin. — M. Isambert lit une note relative à un cas
fort intéressant de leucocythémie adénoïde. Il s’agit d’un homme
de 55 ans qui succomba, au bout de cinq semaines de maladie,
après avoir présenté une hypertrophie de la rate , des tumeurs
ganglionnaires considérables au cou, aux aiselles, et aux aines,
plus une notable augmentation dans la proportion des globules
blancs. M. Isambert considère cette maladie comme un cas mixte,
tenant a la fois de l’adénie et de la leucocythémie.
A la suite de cette intéressante communication une discussion
s’engage.
MM. Dumontpalier et Ollivier croient que le malade de M. Isam­
bert était atteint d’une adénie simple ; les observations publiées
jusqu’à ce jour ne sont point suffisantes pour établir de véritables
rapports de parenté entre l’adénie et la leucocythémie. Ces deux
maladies ne peuvent être confondues; cependant M. Ollivier
ajoute que dans l’une comme dans l’autre de ces deux affections
les ganglions présentent une simple hyperplasie des éléments
lymphoïdes, tandis que dans l’adénopathie scrofuleuse ils con­
tiennent de la matière caséeuse.
MM. Isambert, Bergeron et Archambault sont d’avis qu’au
point de vue de l’anatomie pathologique, de la clinique, du dé­
but, de la durée et de la terminaison, l’adénie et la leucémie ne
peuvent être séparées l’une de l’autre.
M. Reynaud n’est point éloigné de partager l’opinion deM. Isam­
bert relative à l’idendité de nature de ces deux affections, mais
il croit que dans le cas actuel, le malade a succombé à une adé­
nie simple.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

875

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 11 août. — M. Broca présente une malade qu’il a opé­
rée d'un anévrysme cirsoï'de très volumineux du cuir chevelu. La
poche dont la formation remonte à 12 ou 15 ans et paraît avoir
été occasionnée par un coup de pierre, communiquait avec quatre
branches artérielles qui circonscrivaient entre elles un véritable
lac central. M. Broca, en serrant pendant vingt-quatre heures les
artères à l’aide de l’aiguille à acupressure de Simpson , parvint à
les oblitérer ; deux injections de perchlorure de fer—de 3 à 5
gouttes chacune—suivies quelques jours après de deux autres ont
amélioré la situation du malade au point de faire espérer sous peu
la guérison complète.
A la suite de cette communication si intéressante , quelques
observations sont présentées par MM. Le Fort, Houel et Dernarquay.
M. Chassaignac, prenant à son tour la parole, se déclare opposé
aux injections de perchlorure de fer dans les vaisseaux à cause des
dangers qu’elles font courir aux malades. Le résultat le plus beau
obtenu par M. Broca, dans le fait cité par lui, est d’avoir pu arrê­
ter un processus pathologique qui se serait étendu fatalement à
toutes les artères du crâne.
M. Broca répond que les injections de perchlorure de fer sont
inoflensives lorsqu’on emploie une solution à 20 degrés et qu’on a
soin d’isoler complètement — à l’aide de petits anneaux de plomb
ou d’autres moyens—le vaisseau dans lequel on pratique l’injec­
tion.
M. Guéniot fait observer qu'il a enlevé l’année dernière une
tumeur cirsoïde du cuir chevelu. L’opération présenta de très
grandes difficultés en raison de l’épouvantable hémorrhagie qui
survint. Le malade a guéri.
M. Guéniot montre ensuite à ses collègues plusieurs crânes
assez singulièrement déformés et ayant appartenu à des enfants
dont le plus âgé ne dépassait pas 18 mois. La déformation con­
siste surtout en un aplatissement de la bosse occipito-pariétale
d’un côté, et une saillie en avant de la bosse frontale correspon­
dante. Cette disposition résulte, pour M. Guéniot, de l'habitude
qu’ont généralement les nourrices de coucher les enfants toujours
sur le même côté, et de préférence sur le côté droit.
Dr Seux Fils.

�CAUSERIES.

MÉTÉOROLOGIE

877

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Eh bien oui, décidément, la folie l’emporte sur la raison ; rions,
chantons et dansons ; vivent la joie et la gaîté et la farce. Enfants,
cueillez des fleurs, tressez une couronne pour le roi du jour ;
voici ses grelots, voici sa marotte, Triboulet s’avance en vain­
queur ; il monte au Capitole, le peuple en liesse le suit, la foule
agitant des lauriers célèbre ce joyeux événement et remercie les
dieux immortels. Bon sens, prudence, sagesse , vieux mots d’une
époque vieillie jusqu’à la décrépitude! Equité, justice, morale,
religion, niaiseries et superstition à l’usage des bonnes gens ! La
vérité brise son miroir et se retire précipitamment au fond de son
puits.
Combien de temps cela va-t-il durer ? Ce n’est pas la première
fois, que nous observons une surexcitation aussi générale de
l’esprit français. La maladie démagogique est la maladie de l’or­
gueil; c’est la fièvre de la révolte contre tout principe d’autorité,
révolte religieuse, révolte politique, révolte sociale; ces maladies
sont très anciennes, aussi anciennes que le monde : Adam et Eve
furent les premiers insurgés ; le serpent tentateur fut le premier
irréconciliable et depuis quatre mille ans il conspire : c’est rassu­
rant.
Les mots sont aujourd’hui changés, non les choses. On veut
tout renverser, tout détruire ; c’est encore l’orgueil. On veut la
liquidation de l’ancienne société, l’égalité des fortunes, le par­
tage des terres, c’est encore le fruit défendu : mais il n’est pas
toujours facile de renverser un trône, de dépouiller ceux qui
possèdent ; la peur n’est pas toujours une mauvaise conseillère et
l’on a parfois raison d’ouvrir pour elle les deux oreilles. En
attendant, on écrivaille, on pérore, on crie, on hurle. Que de
variétés de fous à compter dans ce monde de petites gens ! Les
orgueilleux, les Monomanes ambitieux y tiennent le haut du
pavé ; ils dirigent tout le mouvement ; ils retiennent ou lâchent
les maniaques, furieux qui veulent tout briser ; ils inspirent les
prophètes, les fanatiques, les hallucinés qui parlent, qui discou­
rent emphatiquement dans les congrès. D’autres pérorent dans les

�BONHOMME.

CAUSERIES.

clubs ; quelquefois éloquents, toujours pathétiques, le soir après
souper, souvent demi-muets quand ils se sont trop bien restaurés
et que la langue épaissie tourne et retourne sans rien dire; ils
descendent alors de la tribune plus vite qu’ils n’y sont montés;
avides du grand air, ils vont sur les boulevards cheminer en
zigzag, puis rosser leurs femmes en rentrant au logis ; plusieurs
sont atteints de delirium tremens , c'est la folie des ivrognes.
Parmi les auditeurs, nous rencontrons les Misanthropes, les Mé­
lancoliques, les Lypémaniaques qui ont pris en horreur le genre
humain et qui voudraient l’abattre d’un seul coup de bâche, les
Imbéciles qui n’ont jamais pu faire leur chemin et s’efforcent de
barrer celui des autres, les Déments qui ne comprennent pas ce
qu’ils entendent, qui applaudissent, rient et pleurent sans le
vouloir et sans le savoir : c’est une collection complète. En vé­
rité, nous sommes en plein progrès ; jadis, on séquestrait les alié­
nés par ce qu’ils étaient les moins nombreux; ils sont aujourd'hui
complètement libres et bientôt on ne pourra plus les compter ;
c’est une épidémie. Mais les épidémies sont passagères et quand
aux résultats sérieux que peut produire la folie, nous n’en con­
naissons pas d'autres que la destruction de l’organisme qui sou­
vent suit de près l’altération des facultés mentales.

quinze jours que la veille plus de cent mille individus de toutes
les classes et de toutes les conditions s’étaient rendus en pèleri­
nage ( sic ) sur le champ du crime. Quel était donc le mobile
qui conduisait à Pantin un nombre aussi considérable d’individus?
c’était tout simplement le désir de faire comme tout le monde.
La curiosité avait d’abord poussé les masses ; on s’y rendait en
foule comme on court à un spectacle nouveau, puis d’autres sont
venus à leur tour sachant bien que le spectacle était fini, qu’il n’y
avaitplus rien àvoiretils y sont venus comme ceux de la veille et
ceux de l’avant-veille, attirés par l’exemple et cédant au désir de
les imiter. La plupart de nos actions n’ont souvent pas d’autre
mobile : l’honnête homme imite ce que font les honnêtes gens ; le
coquin, ce que font les fripons ; mais chacun de nous imite quel­
qu’un, suivant que par les prédispositions qui sont en lui ,
il recherche et fréquente de bons ou mauvais compagnons : voilà
pourquoi l’influence des milieux dans lesquels nous vivons
réagit si fortement sur notre esprit et sur notre caractère : vous
perdrez votre gaîté si vous vous entourez des mélancoliques ;
votre sagesse, si vous vivez avec des débauchés; et la vertu de la
plus honnête femme trébuchera si elle vit avec une dévergondée.
L’imitation est innée dans l’homme comme les instincts, comme
les autres facultés intellectuelles et affectives; elle a son principe
dans l’exemple et on a dit avec raison qu’elle constitue une vérita­
ble contagion à laquelle souvent on ne résiste qu’avec peine :
tous les médecins ont vu de nombreuses névroses se manifester
sous la seule influence de l’imitation ; les affections convulsives
plus que les autres sont ses tributaires.
Pour comprendre toute l’importance de l’imitation au double
point de vue philosophique et médical, il faut l’observer aux
diverses époques de la vie, dans l’ordre physique et moral, dans
la vie privée et la vie commune, dans les sciences, les arts et les
lettres, dans les conditions de santé et de maladie ; tel est le
plan qu’a suivi M. Jolly, de l’Académie Impériale de Médecine,
dans un excellent travail qu’il a lu l’an dernier aux membres de
cette illustre assemblée. L’imitation est une des bases essen­
tielles de toute éducation ; l’enfant cherche à imiter les gestes
et les signes de ceux qui l’entourent, le mouvement des lèvres
de ceux qui lui parlent; c’est par elle surtout qu’il apprend l’ar­
ticulation des mots, la marche, le saut, la course et tous les
exercices delà gymnastique; plus tard, il copie la tenue, le
maintien des autres enfants et il les imite si bien que l’homme

878

Quos x'ult perdere Jupiter, dementat prius.
Vous êtes vous bien rendu compte, chers lecteurs, des causes
de l’empressement que pendant plusieurs semaines la popula­
tion parisienne a mis à visiter en masse les champs ensanglantés
de Pantin. Quel diable poussait ainsi ces braves gens à quitter
leurs ateliers, leurs magasins de vente, les cabinets d’étude, les
jeux du cercle, les tripotages de la bourse, en un mot les affaires,
ou les plaisirs pour aller à trois ou quatre kilomètres de distance
voir des lieux qui n’offraient plus d’attrait à leur curiosité. Car
enfin , précisons les choses : le lendemain après la triste décou­
verte qu’en fit un cultivateur, les six premières victimes de cet hor­
rible assassinat avaient été enlevées et transportées à la morgue.
Que restait-il donc dans la propriété de Langlois ? nn commis­
saire de police et des agents; une vingtaine d’ouvriers boulever­
sant la terre, à la recherche d’un septième corps ; une croix noire
qui indiquait le lieu de la première exhumation, il n’y avait pas
là de quoi faire courir ce monde que les journalistes appellent
Tout Paris et cependant les gazettes nous ont fait savoir pendant

879

�sso

BONHOMME.

conserve presque toujours dans sa manière d’être les habitudes
de ses premières années. La mode n'est elle-même qu’un acte
servile et souvent ridicule d’imitation. Que de choses il y
aurait à dire sur ces excentricités modernes auxquelles la
plus belle moitié du genre humain se soumet sans mur­
mure ; que de détails absurdes dans la toilette d’une femme
à la mode, depuis cet affreux chignon de cheveux d’emprunt
et ces minuscules couvre-chef qui ne couvrent et n'abritent
ni du soleil, ni de la pluie, ni du vent, jusqu’à ces longues
jupes traînant dans les ruisseaux et ces talons pointus si
bien faits pour produire une entorse ; sans parler du blanc du
rouge, du noir que nos élégantes étalent sur leur visage. Si du
moins les vénérables seules se fardaient ; on trouverait à cela
quelque bon prétexte : mais non, les jeunes et les jolies veulent
aussi les imiter ; dédaigneuses de leur beauté naturelle, elles
ont recours aux ressources de l’art ; comme si l’art pouvait ja­
mais remplacer la nature. L’imitation est tellement contagieuse
que ces modes extravagantes, suivies d’abord par les dames
interlopes, le sont plus que jamais par les dames du plus grand
monde et horresco referrens, par les cordons bleus eux-mêmes.
Oui, cher lecteur, j ’ose le dire, je connais un de nos bons con­
frères dont la cuisinière met du rouge sur ses pommettes et du
blanc sur ses joues et du noir sur ces sourcils ; qui porte talons,
chignon et robe à queue, et je vous laisse à penser combien elle
doit rogner sur la table du maître pour se livrer à un tel déver­
gondage d’imitation. Mais laissons aux moralistes le soin de
morigéner les autres et tâchons de parler plus sérieusement.
Est-ce bien sérieux ce que je vais vous dire ? je l’emprunte à
l’un des journaux de médecine de la capitale qui passe pour l’un
des plus graves, qui d’ordinaire n’aime pas les plaisanteries,
à l’exemple, sans doute, de son honorable rédacteur en chef ;
encore un effet de l’imitation. Donc, la Gazette médicale, du 2
octobre, rapporte un fait dQsphygmographie télégraphique que lui
envoie John Bull, lequel l’a reçu de son frère Jonathan ; mais les
canards qui nous viennent d’outre-Manche et d’Amérique sont
d’une si grosse espèce que notre plume se refusait à le trans­
crire sans un peu de précaution.
« Nous avons lu dans un journal de Londres les détails
les plus intéressants sur les résultats que l’on peut obtenir
par l’opération combinée du sphygmographe et du télégraphe.

• CAUSERIES.

881

Lors de la dernière session de l’association scientifique améri­
caine, qui a eu lieu à Salem, le docteur Upliam ( de Boston )
a fait une conférence sur le cœur et son action, et à la fin
de sa leçon, il a pu faire voir, dans la salle de réunion , les
pulsations de plusieurs malades et médecins du City-hospital
de Boston, qui se trouve à 14 milles de Salem. Voici comment il
s’y est pris pour opérer ce fait vraiment curieux et nouveau. La
Franklin télégraph company avait concédé l’usage d’unfil électri­
que entre les deux localités. On s’arrangea de manière à ce que
les battements du cœur pussent transmettre automatiquement
des courants à travers le fil, et ces battements devinrent visibles
au moyen d’un rayon de lumière de magnésium qui vibrait sur le
mur de la salle plongée dans l’obscurité, en parfaite sympathie
avec le pouls éloigné. Pour commencer, on appliqua à l’appareil
l’artère d’un homme bien portant, et l’endroit éclairé vibra
soixante fois à la minute. La personne qui lui succéda était un in­
dividu bien portant mais très excitable ; les vibrations se répétè­
rent 90 fois dans la minute ; puis le pouls spectral fit voir que 118
battements arrivaient de l’hôpital dans l’espace d’une minute ;
bientôt enfin le rayon se mit à osciller d’une manière tout-à-fait
irrégulière ; dans le premier cas, il s’agissait d’un malade atteint
de pneumonie ; dans le second, les battements provenaient d’un
individu atteint d’une maladie organique du cœur. »
Dans le même numéro de ce journal nous lisons encore
le fait suivant : « Voici un cas intéressant rapporté par le
Britisli medical journal. La chose se passa dans la prison de Pentonville, en Angleterre, et a été consignée dans le rapport du
médecin chargé du service sanitaire. Un des prisonniers fut pris
tout-à-coup de vomissements de sang, et au bout de quelques
heures mourut par suite de ces hémorrhagies répétées. A l’au­
topsie, on trouva une fausse pièce d’une demi-couronne logée
dans une poche formée dans l’œsophage et qui avait entraîné
l’ulcération et la perforation de l’aorte. Le prisonnier s’était oc­
cupé à faire passer de fausses pièces de monnaie, et un jour, afin
de ne pas être découvert, avait avalé cette demi-couronne. Ce
fait remontait à dix ou onze mois avant sa mort. Ce qui est re­
marquable dans cette observation, c’est l’absence complète de
toute difficulté dans la déglutition ou de tout autre symptôme
qui put indiquer la présence d’un corps étranger dans l’œso­
phage. »

�882

SEUX FILS. '

NOUVELLES DIVERSES.

A ce propos, nous raconterons a notre tour un fait plus curieux
par son résultat, qui s’est passé, il y a quelques années, dans une
de nos prisons de Marseille. Un détenu entré la veille avait con­
servé dans ses poches cinq pièces d'or de vingt francs, il s’aper­
çoit le lendemain quelles lui ont été volées ; il accuse un de ses
co-détenus. On visite, on fouille, on ne trouve rien ; on acquiert
cependant la certitude que la soustraction a été opérée par
celui que l’on soupçonne. Le médecin arrive, on lui demande s’il
est possible qu'un individu avale cinq pièces de 20 francs ; pour
toute réponse, il fait prendre à l’accusé 60 grammes de sulfate
de magnésie, et quelques heures après, les cinq pièces avalées
sont rendues dans les selles : le voleur n’a pas été un seul ins­
tant malade. Le fait est authentique, nous le tenons du médecin
lui-même qui est un de nos meilleurs amis. Voilà, en vérité, une
purge bien productive, il est certain que si les médecines de
Monsieur Purgon avaient eu des résultats aussi brillants et aussi
solides, le Malade imaginaire aurait moins marchandé les clystères
de Monsieur Fleurant.
D ’ B onhomme.

NOUVELLES DIVERSES.

Le jury d’examen pour les aspirants au titre d’officier de santé
vient de clore la session ouverte à Marseille depuis quelques
jours. Les épreuves ont été excellentes : pas un seul des treize
candidats inscrits n’a échoué. Le jury était présidé par M. le
D' René, professeur de médecine légale à la faculté de Mont­
pellier.
— La session d’examen pour l’obtention du diplôme de phar­
macien de 2* classe s’ouvrira à notre école, le 22 de ce mois, sous
la présidence de M. le professeur Cauvy.
— Le 5 décembre 1869, un concours pour deux places d’élèves
internes aura lieu à l’Hôtel-Dieu de notre ville.
Le 20 du même mois sera ouvert un deuxième concours pour
deux places d’élèves externes.

883

— Les journaux de la capitale nous ont annoncé, il y a quel­
ques jours, la mort du Dr Cerise. Quoique étranger, cet hono­
rable praticien s’était fait, à Paris, par sa clientèle, par l’étendue
de ses relations, par ses nombreux rapports avec le monde sa­
vant, une situation considérable. Attaché depuis deux ans à
l’Académie de médecine en qualité d’associé libre, Cerise faisait
partie, à titre de membre titulaire, de la Société médico-psycho­
logique et de la Société des gens de lettres. Ses travaux sur le
système nerveux et sur l’hygiène, son active collaboration aux
Annales médico-psychologiques, dont il fut l’un des fondateurs,
l’avaient rendu célèbre. Sa mort est une perte pour la science,
non moins que pour les nombreux amis que charmaient son es­
prit fin et délicat, son caractère franc, honnête, sympathique à
tous.
— Un concours pour deux places de médecins à l'Hôtel-Dieu
de Saint-Etienne (Loire), sera ouvert au commencement du mois
de mars. Les épreuves porteront sur les matières suivantes : ana­
tomie et physiologie, pathologie interne, thérapeutique et hy­
giène, clinique.
— Un concours pour une place de chirurgien-adjoint des hô­
pitaux et hospices civils de Bordeaux s’ouvrira, dans cette ville,
le lundi 13 décembre 1869.
— L’inauguration de la statue de Dupuytren a eu lieu, le 17
de ce mois, à Pierrebuffière (Haute-Vienne), patrie de l’illustre
chirurgien. M. le sénateur de la Guéronnière présidait la céré­
monie. L’Association générale des médecins de France était
représentée par M. le Dr Brierre de Boismont.
— M. le Dr Fleury vient d’être nommé professeur de thérapeu­
tique et de matière médicale à l’Ecole préparatoire de médecine
et de pharmacie de Bordeaux, en remplacement de M. le D'
Jeannel, démissionnaire.
— M. le Dr Quadri, connu du monde savant par de remarqua­
bles travaux d’ophthalmologie, a succombé récemment à Naples.
— Le Dr juif Mauthner, vient d’être nommé professeur de chi­
rurgie ophthalmologique à l’Université d’Inspruck. Félicitons le
gouvernement autrichien d’avoir enfin détruit l’injuste préjugé
qui interdisait aux juifs toute fonction universitaire.

�884

SEUX FILS.

— Quelques cas de choléra ont été observés à Madras. La ma­
ladie paraît avoir été importée par des voyageurs venant d’un
district où elle règne actuellement.
— Le Dr Baissade vient de fonder à Gémenos une maison de
santé affectée au traitement des aliénés.

(a n c ie n n e

U n io n

M é d ic a le d e la

P ro v e n ce)

Gm0 Année. — N ° 1 1 . — 20 Novembre 18(59.

Dr S eux fils.

M0GAD0R ET SON CLIMAT
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE.
Par le D' SEUX Père.
Marseille Medical rendra compte prochainement des ouvrages
suivants :
Essai sur l'Endocardite puerpérale par A. Decornière ; prix : 2 fr.
chez Camoin, libraire, à Marseille.
La Sclérose en plaques disséminées, par Bourneville et Guérard,
prix ; 4 francs, chez Camoin, libraire, à Marseille.
Compendium des Maladies de la peau et de la Syphilis, par le D'
Alphée Cazenave, 2°" livraison, prix : 3 fr. à la librairie Camoin.
Crétinisme et Goitre, exposé sur l’extinction progressive du créti­
nisme et du goître endémiques dans l’arrondissement de Grenoble,
par le Dr Alexandre Charvet.
De l'Importation de la statistique en médecine, par le professeur
Alvarengo, traduit par le Dr Lucien Papillaud.
Les Médecins de Vichy en face de la Compagnie fermière des eaux,
par le Dr Durand, de Lunel.
A. F abre.

( Suite et fin.)

J;ai cherché dans les pages précédentes à faire apprécier les
avantages que les malades atteints d’affections de poitrine
pourraient trouver dans le climat de Mogador; une étude
comparative des lieux dans lesquels ces malades sont habi­
tuellement envoyés, complétera la démonstration. Toutefois,
les limites que je çlois donner à mon travail ne me permettant
qu’une simple revue climatérique, je me contenterai d’indi­
quer les données les plus importantes, en priant le lecteur
qui aurait besoin de détails plus complets, de vouloir bien
consulter les nombreux et intéressants ouvrages dans lesquels
j ’ai puisé la majeure partie des documents qui vont suivre.
Je citerai, parmi les plus instructifs de ces ouvrages :
Le Climat de l’Egypte, par M. le Dr Schnepp.
Influence du climat d’Alger sur les affections chroniques de la
poitrine, rapporta S.E xc. le Ministre de l’Algérie et des colo­
nies, etc., parle Dr Prosper de Pietra Santa. Annales d'hygiène
publique et de médecine légale, tome XIV et tome XV.
Alger, son climat et sa valeur curative, etc., par M. le Dr
Mitchell.
57

�SEUX.

MOGADOR ET SON CLIMAT.

Hygiène de l’Algérie, par M. le Dr Marit.
Topographie médicale de Cannes, par M. le Dr Caire.
Notice sur le climat de Nice, par M. le Dr Niepce.
Notice topographique et médicale sur la ville d’IIyères, par
M. le Dr Barth.
Le Climat de l’Italie, par M. le Dr Carrière.
L’Indicateur medical et topographique d’A mélie-les-Bains,
par M. le D' Géniëys.
Les Stations médicales des Pyrénées et des Alpes comparées
entre elles, par M. le Dr Lombard, de Genève.
Du Climat de Madère, par le Dr Mourao-Pitta.
Noticia sobre o clima do Funchal e sua influencia no tratamento da tisica pulmonar. Rr Barrai.
Thérapeutique de la phthisie pulmonaire, basée sur des indica­
tions, ou l’art de prolonger la vie des phthisiques par les res­
sources combinées de l’hygiène et de la matière médicale, par
M. le Pr Fonssagrives.

Pise, située au-dessus du 43° degré de latitude nord, à peu
près comme Nice, est une bonne station d’hiver, parce que la
température y est remarquable par son égalité, cependant sa
moyenne annuelle est à peu près celle de Rome, 15°,89, et sa
moyenne pour les mois d'hiver seulement 7°,79.

886

Les stations les plus fréquentées par les malades se trouvent
situées entre le 4G° et le 30° de latitude nord ; ce sont, en
allant du nord au sud : Venise, Pise, Menton , Nice, Cannes,
Pau, Hyères, Amélie-les-Bains, le Vernet, Rome, Naples,
Païenne, Malaga, Alger, l’Egypte, Madère.
Je vais successivement passer en revue ces principales sta­
tions d’hiver.
Toutes les températures ont été fournies par le thermo­
mètre centigrade.
Venise est située au-dessus du 45* degré de latitude nord;
la moyenne annuelle de la température est de 13° ; la moyenne
des mois d’hiver est de 2 à 3°, son plus grand froid ayant été
— 6°,90°; la moyenne de l’été est de 22*,88. Transitions brus­
ques à redouter dans les saisons intermédiaires. En somme,
station d’hiver peu favorable; station d’été qui peut être utile
à quelques tuberculeux, à cause de l’atmosphère marine, tou­
tefois journées très chaudes à craindre.

887

Menton, Nice et Cannes sont trois sœurs qu'il est difficile
de séparer ; car elles se donnent la main sur notre splendide
littoral méditerranéen, et constituent des stations hivernales
justement renommées.
Toutes trois sont situées au-dessus du 43* degré de latitude
nord, Cannes étant un peu plus vers le sud.
M. le Dr Niepce s’exprime de la manière suivante dans sa
Notice sur Nice :
« La température de Nice se modifie à chaque saison d'une
manière graduelle, sans subir cette grande différence que l’on
observe ailleurs. Pendant les six mois qui composent la saison
d’hiver, les moyennes thermométriques sont les suivantes :
en octobre, 1G°,8 ; en novembre, 12°,6; en décembre, 9°,2; en
janvier, 8°,1 ; en février, 9°,5; en mars, 13*, 1...........................
« La température de Nice est supérieure à celle de Florence;
de plusieurs degrés, à celle de Rome et égale à celle de Naples,
avec cette différence importante, c’est qu’à Nice la tempéra­
ture est plus uniforme que dans cette ville.............................
« Elle est la même pour Cannes ; mais à Menton elle est
supérieure d’un degré et demi à cause de la proximité des ro­
chers auxquels est adossée la ville. »
C’est en effet, cette dernière condition qui rend la station de
Menton supérieure à celle de Nice. Les malades étant incontes­
tablement plus à l’abri à Menton, cette ville fournit à Nice
une excellente annexe où les personnes qui ont besoin de plus
grandes précautions peuvent passer l’époque où les vents du
nord soufflent à Nice avec le plus d’intensité, car il est des
jours où ce vent, dont j ’ai ressenti moi-même la vivacitédans
le courant de novembre, peut être une cause de véritable souf­
france pour les malades.
Voici les chiffres donnés par M. le docteur Schnepp, dans

�S88

SEUX.

son ouvrage, ils démontrent qu’à Nice les écarts de tempéra­
ture peuvent être considérables. La moyenne annuelle de la
température est de 14,75 d’après les uns , de 15,30 d’après les
autres ; la moyenne des mois de décembre, janvier, février et
mars donne pour minima : 7,03; 6,13; 7,63 et 9,50 ; les
différences de température sont, suivant divers observateurs,
de 25 à 30 degrés, de 34°,40 et même de 36°,30. Le thermomè­
tre descend l’hiver, le matin et le soir, souvent à zéro; sous
rinfluence des brises de mer, il monte dans la journée à six
et à dix degrés, parfois môme jusqu’à près de 14°.
Nice n’en est pas moins une splendide station d’hiver où
incontestablement on rencontre de nombreux avantages,
parmi lesquels il faut placer le bord de mer ; mais il ne faut
pas se dissimuler qu’on y rencontre aussi des inconvénients
qui peuvent, il est vrai, être amoindris par l’observation sé­
vère des lois de l’hygiène et par certaines précautions.
Les observations que je viens de faire ne s’appliquent
qu’aux malades atteints d’affections des voies respiratoires, et
surtout de phthisie pulmonaire, car il est un grand nombre
de valétudinaires et de malades auxquels le beau ciel et les
belles campagnes de Nice conviennent sans restriction pen­
dant l’hiver.
Cannes est sans contredit un des points les plus remarqua­
bles de notre littoral ; la ville et sa campagne sont abritées
des vents du nord par les Alpes, de ceux du nord-ouest et
d’ouest parla montagne d e l’Esterel ; le ciel y est beau, le ter­
ritoire gracieux et fertile, les promenades sont multipliées et
faciles.
Voici, d’après M. le docteur Caire, la température dans
chaque saison : « pendant les mois les plus froids de l’année
(décembre, janvier et février), le thermomètre, placé au nord
et à l’ombre, ne dépasse pas inférieurement, vers le milieu du
jour, 7 degrés au-dessus de zéro, tandis qu'il s’élève quelque­
fois à 12 et 15°, et atteint même 18 et 20” ; au soleil, au con­
traire, il ne s’abaisse pas au-dessous de 17°, et il remonte quel­
quefois jusqu’à 30 et 36° ; mais le plus souvent la chaleur varie
de 9 à 12° et 13’ à l’ombre, et de 25 à 30“ au soleil. On peut

MOGADOR ET SON CLIMAT.

889

dire que la température moyenne de l’hiver est de 9”, celle du
printemps 17°, celle de l’été 23°, de l’automne 18° et de l’année
entière 16°. Les jours pluvieux s’élèvent au maximum à 75 et
au minimum à 41 ; leur moyenne est de 60. Le nombremoyen
des jours desoleil est de 180, celui des jours nuageux et voilés
de 125. Les jours desoleil pur, qui présentent une atmosphère
uniformément transparente, sont de 40 pour l’automne, 40
pour Fhi ver, 44 pour le printemps et 56 pour l’été. Les rapports
entre les belles et les mauvaises journées sont caractéristiques,
ils placent le ciel de la station de Cannes sur la ligne des plus
favorisées. »
Cependant à Cannes, l’été le thermomètre s’élève à 32° dans
les grandes chaleurs et les transitions de température, quoique
moins fortes que dans d’autres stations, sont encore assez sen­
sibles le matin et le soir.
« Lorsque le temps est beau pendant le règne d’un vent
septentrional, ditM. Caire, il fait froid à l ’ombre; tandis qu’il
fait chaud au soleil. »
Ces conditions évidemment pourraient être, et ont été funes­
tes à quelques malades imprudents.
Pau, situé aussi au-dessus du 43° degré de latitude nord, est
complètement à l’abri des vents du nord-ouest qui soufflent
avec tant d’impétuosité dans le Languedoc et la Provence;
quoique cette station ne soit pas chaude pendant l’hiver, Fabsence de vents y rend le froid plus tolérable.
La température moyenne annuelle est de 13,40; voici la
moyenne des mois d’octobre à mai : octobre 13,61 ; novembre
8,28 ; décembre 5,83 ; janvier 4,71 ; février 6,22 ; mars, 8,83 ;
avril 11,33; mai 14,17. Les écarts de température peuvent
atteindre à Pau plus de 42° ; le froid de l’hiver est allé quel­
quefois jusqu’à 10° au-dessous de zéro ; il y tombe souvent de
la neige.
L’on compte à Pau, annuellement, 125 jours de pluie, dont
98 dans les huit mois ci-dessus.
Venise, Pise et Rome se rapprochent beaucoup du climat de
Pau, d’abord par la quantité annuelle de pluie et le nombre
de jours pluvieux, puis parla moyenne de la température.

�890

SETJX.

Pau est surtout recommandable par l’absence de brusques
transitions atmosphériques.
Hyères est située à peu près sous la môme latitude que Pau,
mais plus au sud que Nice et môme que Cannes. Soit par cette
raison, soit parce qu’elle est plus rapprochée de la chaîne de
montagnes qui l’abrite au nord, de manière à en faire une
sorte de serre chaude, la ville d’Hyères est, à mon avis, une
station d’hiver de premier ordre. En effet, non-seulement
dans les mois les plus froids de l’année, la température y est
douce, mais les variations atmosphériques n’y sont pas brus­
ques ; les vents n’y sont pas froids comme à Nice.
La température moyenne de l’année est de 15°,26 ; la
moyenne des minima en décembre, janvier, février et mars est
de 8,90; 8,00 ; 10,60 ; 6,50.
D’après M. le docteur Barth, en décembre, janvier et février
le thermomètre ne descend pas, au milieu du jour, à plus de
7 degrés au-dessus de zéro, il peut s’élever jusqu’à 18 et 20
degrés, et la moyenne varie entre 10 et 15 degrés à l’ombre, et
entre 25 et 30° au soleil.
M. le Dr Carrière expose, il est vrai, que dans l’hiver de
1820, funeste aux orangers, le thermomètre est descendu à
11°,25 au-dessous de zéro, dans le bassin d’Hyères; mais,
d’une part, cet hiver fut exceptionnellement glacial, et, d’au­
tre part, il faut établir une différence entre la campagne
d’Hyères et la ville elle-même, lieu du séjour habituel des
malades, qui durant certains jours ne doivent s’en écarter
qu’avec précaution.
Amélie-les-Bains. Voici sur cette localité quelques détails
puisés dans l’ouvrage de M. le Dr Génieys, médecin-inspecteur
de cet établissement :
« Amélie-les-Bains est située dans le département des Pyré­
nées-Orientales, sur le versant méridional du Canigou, et au
pied des montagnes qui. se terminant à Port-Vendres, servent
de frontière entre la France et l’Espagne.
« Cette localité est sous le 42* degré de latitude; la moyenne
de sa température prise chaque jour à l’ombre et à dix heures

MOGADOR ET SON CLIMAT.

891

du matin est : pour janvier, 11°; février, 11°; mars, 16°; avril,
19°; mai, 19°; juin, 24°; juillet, 29°; août, 27°; septembre,
23°; octobre, 17°; novembre, 12°; décembre, 10°; toutefois, il
importe de distinguer deux parties dans la journée de vingtquatre heures. La première partie, de quatre heures du soir à
neuf heures du matin, donne souvent + 6, 4, 2 et rarement
— 1,2, 3. Les malades doivent donc garder soigneusement la
chambre matin et soir et ne se croire habitants du Midi qu ’aprèsleur déjeuner. La seconde partie, celle où le soleil brille
et où les malades se promènent (de neuf heures du matin à
quatre heures du soir), présente les moyennes notées plus
haut.
« La différence de l’atmosphère d’Amélie-les-Bains, compa­
rativement à celle de Paris, de Lyon, des climats du nord en
général, c’est une sécheresse douce, moins rude que sur les
bords de la mer.
« La plus belle saison d’Amélie, par l’égalité de la tempé­
rature et par l’absence des vents, est l’automne, du l°r sep­
tembre au 15 décembre, et parfois jusqu’au 15 et 25 janvier.
« J’admets, dit encore M. le Dr Génieys, que dans toutes les
stations du Midi, depuis Pau, Amélie, Montpellier, jusqu’à
Hyères, Cannes, Nice et Menton, la chaleur est à peu près la
même, quand le soleil brille. La grande différence de ces
climats, au point de vue de leur influence sur les tempéra­
ments des malades, consiste dans la fréquence de certains
vents, dans le voisinage de la mer et dans une certaine éléva­
tion des m ontagnes...
« Je recommande Pau pour les sujets sanguins, nerveux,
disposés aux fluxions actives;
« Amélie-les-Bains pour les sujets lymphatiques et affaiblis
qui veulent se tonifier sans excitation;
« Menton et Yillefranche, pour les sujets qui ont besoin de
respirer un air chaud et salin;
« Nice, Cannes, Hyères et Montpellier pour les sujets qui
peuvent subir sans danger une réaction tonique et vive. »
J’ai tenu à transcrire, mot pour mot, ces quelques détails,
soit à cause de l’importance qu’a prise aujourd’hui Amélie-

�892

SEUX.

les-Bains, comme station thermale d’hiver, dans laquelle j’ai
moi-même la plus grande confiance, soit à cause de la préci­
sion consciencieuse avec laquelle ces détails sont donnés par
le Dr Génieys.
Le Vernet peut être placé à cédé d’Amélie-les-Bains ; il est
en effet situé dans la même contrée, il offre aussi aux malades
des thermes sulfureux.
Je crois cependant Amélie préférable au Vernet pour les
poitrinaires, ce dernier étant beaucoup plus élevé au-dessus
du niveau de la mer et à l’ouest du Canigou, par conséquent
plus froid l'hiver. La moyenne delà température est de 15°,3
pour octobre; de 8°,G pour novembre ; et de 10°,7 pour dé­
cembre.
Rome est un peu au-dessous du 42' degré de latitude; elle
a pour température moyenne de l’année 15,75, et pour
moyenne minima dans les mois de décembre, janvier, février
et mars G,25; 4,88; 5,38; et 8,00. Le froid est quelquefois
très vif 5 Rome, et le thermomètre s’élève l’été à 38 degrés.
En somme, ville chaude en été, et assez froide en hiver, à
cause des vents du nord qui y soufflent souvent pendant cette
saison, tandis que durant l’été ce sont des vents d’ouest et de
sud-ouest qui sont chauds.
Naples est située à un degré plus au sud que Rome, et ses
moyennes de température, pour l’hiver, donnent environ un
degré de plus que cette dernière. Toutefois sa température
moyenne de l’année est aussi 15,75, et son maximum de cha­
leur 38°. L’hiver il y gèle, il y neige assez souvent ; on y a vu,
rarement il est vrai, le thermomètre descendre à — 5°. On y
observe de brusques variations atmosphériques dont il faut
se méfier, j ’en ai été témoin moi-même.
Palerme est située par 38°,6’44” de latitude nord, 11°,lde
longitude est; elle est abritée des vents nord, nord-ouest et
ouest; sa température descend très exceptionnellement à zéro,
et monte rarement au-dessus de 30 degrés centigrades; ordi­

MOGADOR ET SON CLIMAT.

893

nairement le thermomètre oscille entre six et douze degrés
en hiver, et entre dix-liuit et vingt-cinq en été.
Les pluies et les averses sont fréquentes à Palerme ; dans
un tableau météorologique publié en 18GG, on trouve trenteneuf jours pluvieux dans une période de cent dix jours, ce qui
donnerait approximativement un total de cent vingt jours de
pluie pour toute l’année.
J’ai extrait ces détails de l’article fort intéressant publié dans
le Marseille médical de juin, sur le climat de Palerme, par
notre excellent confrère M. le Dr Méli, natif de cette ville.
Ces données s’accordent avec celles qui se trouvent indi­
quées sur le tableau comparatif de la température des princi­
pales stations hibernales, contenu dans l’excellent ouvrage de
M. le Dr Schnepp, sur le climat de l’Egypte. Eu effet, la
moyenne annuelle, d’après cet auteur, serait à Palerme de
17,50, et les moyennes minima, pour décembre, janvier, fé­
vrier et mars seraient : 11,38; 10,13 ; 9,75, et 10,50. Cepen­
dant il y gèle, il y neige quelquefois; mais la température y
est uniforme, les écarts sont peu considérables, surtout en
hiver, quoique les écarts extrêmes de la température d’une
année puissent aller jusqu’à 37°,50.
En somme, climat tempéré, uniforme mais humide, se rap­
prochant, surtout par ces deux derniers points, du climat de
Pau, telles sont mes conclusions sur Palerme.
Malaga, placée entre 36 et 37° de latitude, a pour moyenne
de l'année 18,97, et présente de nombreux points de contact
avec les stations africaines dont je vais m ’occuper. La
moyenne des mois d’hiver, qui est de 12,70 à 15,00, y est
cependant inférieure à ces stations. Contrairement à l’opi­
nion du Dr Francis, qui assure que la moyenne des variations
annuelles est, à Malaga, de plusieurs degrés inférieure à celle
de tous les points connus du continent, cette moyenne est
supérieure de deux degrés à celle d’Alger, et la différence est
bien plus grande pour Madère et Mogador à l’avantage de ces
deux derniers points.

�SEUX.

MOGADOR ET SON CLIMAT.

Alger est situé à 36°,47’,20” de latitude nord, et à 3°,2R de
longitude est; sa température moyenne de l'année est 20°, 03 ;
les moyennes des minima pour les mois de décembre, jan­
vier, février et mars sont 14,90; 12,40; 12,G0 et 13,80. Voici
les résultats obtenus pendant un certain nombre d’années,
par différents observateurs, tels qu’ils sont consignés dans le
très important mémoire du I)r Mitchell, déjà cité.
Moyenne de la température d’Alger, calculée pour une pé­
riode de treize ans :

de ces vingt-deux années, en 18G1, par exception, il est vrai,
le thermomètre est descendu, à Alger, à 0,40 le 8 janvier, et
le maximum a varié de 24,G0 à 40,00. L’année où le thermo­
mètre s’est élevé dans l’été à ce dernier chiffre, il était des­
cendu l’hiver à 4,50, ce qui fait dans l ’année un écart de 36®.
Voici, déplus, d’après M. Mitchell, la moyenne des hauteurs
barométriques d’Alger, pour douze années :

894

Janvier.......................
Février.......................
M ars...........................
Avril...........................
Mai.............................
Juin.............................
Juillet.........................
Août...........................
Septembre.................
Octobre.......................
Novembre..................
. Décembre...................

15°, 10
15°,00
15®,58
17®,81
20®,97
23®,96
26®,89
27®,71
2G®,03
23®,25
19®, 11
16°,01

Il me semble important, pour arriver à une appréciation
exacte du climat d’Alger, de faire connaître aussi les varia­
tions extrêmes de la température; les voici, d’après le même
auteur, pour les années 1852 et 1853 :
1852 minim. févr. 7®,0. Maxim, août 31®,5.
1853 id.
id. 8",0. Id.
sept. 33°,0.
M oyennes...

7°,5.

32®,25.

La différence est, pour 1852, 24°,3 ; pour 1853, 25®.0, et la
moyenne, 24®,65.
Je trouve aussi dans l’ouvrage de M. le Dr Marit, déjà cité,
des détails très importants à ce sujet. C’est le Bulletin de lu
Société d’Agriculture d'Alger qui a fourni à l ’auteur les docu­
ments suivants : En vingt-deux ans, le minimum des oscilla­
tions thermométriques a varié de 12,00 à 2,00, et en dehors

Jan v ier.....................
Février.......................
Mars...........................
A v ril.........................
Mai.............................
J u in ...........................
J u i l l e t . . . . . ..............
Août...........................
Septembre.................
Octobre.....................
Novembre..................
Décembre.................

893

763,13
763,00
762,44
762,26
762,21
761,36
761,89
760,69
762,64
764,41
762,11
764,21

A Alger, la température est d’une grande uniformité, con­
dition bien précieuse pour les malades.
L’Egypte reçoit aujourd’hui un grand nombre d’Européens,
qui y viennent pour leur santé ; puis-je mieux faire que d’en­
gager le lecteur à prendre connaissance de tous les détails que
M. le Dr Schnepp donne sur ce sujet important, dans son
ouvrage si instructif? Je dois me contenter dans mon travail,
purement analytique, d’indiquer les différents degrés de tem­
pérature observés soit à Alexandrie, soit au Caire, soit sur le
haut Nil, car les malades sont dirigés d’Europe sur ces diffé­
rents points.
A Alexandrie, la moyenne annuelle de la température est
de 21,75; la moyenne des mois de décembre, janvier, février
et mars donne pour minima : 13,63; 10,90; 12,42; 13,95 ; la
différence dans les variations annuelles est de 27,30 , le
maxima étant 35,00 et le minima 7,70.

�MOGADOR ET SON CLIMAT.
s%

SEUX.

Au Caire, la moyenne annuelleest de 22,13; lamoyenne des
mois de décembre, janvier, février et mars donne pour mi­
ni ma 11,25; 7,75; 8,75; 15,75 ; l’écart annuel peut être de
37,50, le maxima étant 40,00, le minima 2,50.
Suivie haut-Nil l’écart est de 29,50, le maxima étant 32,00
le minima 2,50, la moyenne des mois de décembre, janvier,
février et mars donne pour m inim a: 14,25; 19,13; 14,38;
17,63.
Ces différentes contrées de l’Egypte sont situées de 31°,37’
à 24°’, 25,! de latitude nord, et entre le 27“' et 32"° degré de
longitude est du méridien de Paris.
Je termine par Madère, station médicale la plus rapprochée
de Mogador, et qui, depuis quelques années, a été choisie par
les Anglais comme une des positions les plus propices à la gué­
rison de la phthisie.
Cette île est à peu près d’un degré plus au nord que Moga­
dor, ce qui ne fait pas une grande différence pour la latitude ,
aussi l’hiver y est doux, à peu près comme h Mogador. La
température moyenne annuelle est à Funchal, capitale de l’ile,
de 19,56; le maxima des variations annuelles donnant 29,44,
le minima 8,89, l’écart, pouvant donc être de 20,55.La moyenne
des mois de décembre, janvier, février et mars donne pour mi­
nima 10,00 ; 8,89 ; 9,64 ; et 8,80 suivant les uns ; 14,6; 13,4,
12,5 ; 14,1 d’après les autres. Donc grandes analogies avec
Mogador pendant l’hiver, mais d’après M. le Dr Schnepp, et je
crois devoircopier textuellement le passage suivant de la page
204 de son ouvrage : « il règne parfois à Funchal, en hiver
et en été, un ventd’E-S-E que les habitants de l’ile appellent
le L e ste ........................................................................................
Heineken a vu le thermomètre monter jusqu’à 35 degrés sous
l’influence du leste, et Mason jusqu’à 36 degrés, en même
temps qu’il n'a plus trouvé dans l’air que 18 pour 100 d’hu­
midité.
II est certain que le leste véritable de Funchal est aussi

S97

nuisible aux malades prédisposés aux congestions viscérales
que le khamsin de l’Egypte, »
Une pareille disposition établit une différence notable entre
Madère et Mogador, dont la température ne s’élève jamais au
dessus de 27°; un autre avantage considérable de cette der­
nière ville pour le traitement des tuberculeux, c’est qu’à Mo­
gador les vents alisés, nord-ouest, arrivent directement sur
la ville tout imprégnés dçs émanations salines de l’Océan
qu’ils viennent de traverser, tandis que Funchal regardant le
sud-est, ne reçoit ces vents qu’après leur passage sur File de
Madère et ses montagues.
Il n’est pas douteux, le choix ayant été bien fait par le méde­
cin, que toute les-localités que je viens de passer successive­
ment en revue, célèbres par la douceur relative de leur tem­
pérature en hiver, ont rendu et rendront encore de très grands
services à une foule de malades, que grand nombre d’entre-eux
leur doivent la prolongation de leur existence, et un certain
nombre, leur guérison. Mais il n ’en est pas moins vrai
qu’aucune, au point de vue de l’égalité, de la douceur de la
température et du peu de différence entre les jours les plus
froids de l’hiver et les plus chauds de l'été , ne peut valoir
Mogador qui ne donne qu’un écart de treize degrés.
Or, la phthisie pulmonaire étant une maladie à longue por­
tée, il serait important que les malades séjournassent long­
temps dans les lieux où ils ont obtenu une amélioration
marquée. Cependant, il n ’en est jamais ainsi, parce que, dans
les localités où l’on a l’habitude de les envoyer passer l’hiver,
l’été est d’une chaleur telle, que s’ils y restaient pendant cette
saison, ils perdraient tout le profit obtenu par eux, surtout
par l’heureuse inlluence delà vie en plein air, ce pabulum vitee
des anciens.
Je ne connais que Mogador qui, en cas de nécessité, offrirait
la possibilité d’un séjour non interrompu de plusieurs années
dans de pareilles conditions.
On peut d’autant plus présumer que ce point du littoral
africain doit être supérieur aux stations déjà connues, que la

�898

SEUX.

phthisie pulmonaire y est très rare, peut-on en dire autant des
diverses stations dont je viens de m’occuper? Pour être édifié
à ce sujet, on n’a qu’à lire attentivement les deux derniers
paragraphes de l'ouvrage de M. le Dr Schnepp sur le climat
de l'Egypte, sans oublier les tableaux statistiques qui en aug­
mentent l’importance. Je dois me contenter de transcrire ici la
phrase dans laquelle l’auteur résume son opinion; «il ressort
pour nous de ce long parallèle, dit M. Schnepp, que de toutes
les stations hibernales, recommandées aux phthisiques celles
de l’Afrique française présentent à la fois la plus faible
proportion de maladie de poitrine et le chiffre le plus minime
des décès par phthisie ; que ni Madère ni l'Egypte, ne peu­
vent être comparées, sous ce rapport, à la station d’Alger et
surtout à celle de Bône. »
Je dois dire aussi, que mon expérience personnelle m’a
fourni un certain nombre d'observations de tuberculeux voués
à une mort certaine et rapide à Marseille, qui, dirigés par moi
sur l’Algérie, s’y sont définitivement fixés d’après mes conseils,
et y vivent depuis plusieurs années, s’occupant activement de
leurs affaires, dans un état de santé fort tolérable.
Depuis notre conquête, il a été en effet reconnu parles
médecins du plus grand mérite qui ont habité l’Afrique,
MM. Bonnafont, Guyon, Bertherand et Boudin entre autres,
que la phthisie pulmonaire était plus rare dans cette contrée
qu’en Europe, et que lors que l’affection tuberculeuse n’était
pas encore à une période avancée, généralement elle s’arrêtait
dans sa marche chez les Européens qui venaient habiter l’Al­
gérie. Du reste, cette opinion avait cours dans la science de­
puis fort longtemps, toutefois je dois direque des médecinsqui
ont habité notre colonie africaine, ne sont pas si optimistes,
qu’ils ont vu des cas de phthisie se produire chez des indivi­
dus qui n’avaient jamais quitté l’Afrique, et des phthisiques
venus d’Europe qui ont quitté l’Algérie sans avoir obtenu
d’amélioration dans leur état.
Voici les conclusions générales du remarquable travail de
M. de Pietra Santa, sur l’intluence du climat d’Alger, etc.
« 1° Les conditions climatériques de la ville d’Alger sont

MOGADOR ET SON CLIMAT.

899

très favorables pour les affections de la poitrine en général,
et pour la phthisie en particulier;
« 2° La phthisie existe à Alger chez les émigrants comme
chez les indigènes, mais la maladie y est beaucoup plus rare
qu’en France et sur les côtes de la Méditerranée;
« 3° L’augmentation de la phthisie chez les indigènes (Ara­
bes, Nègres, Musulmans, Israélites) tient à des circonstances
exceptionnelles, à des causes indépendantes de la climatologie;
« 4° L’heureuse influence du climat d’Alger est très appré­
ciable dans les cas où il s’agit, soit de conjurer les prédisposi­
tions, soit de combattre les symptômes qui constituent le pre­
mier degré de la phthisie;
« 5° Cette influence est contestable dans le deuxième degré
de la tuberculose, alors surtout que les symptômes généraux
prédominent sur les lésions locales ;
« 6° Elle est fatale au troisième degré, dès qu’apparaissent
les phénomènes de ramollissement et de désorganisation. »
Du reste , il y a un fait bien positif, c’est que les points
du globe totalement à l’abri de la tuberculisation pulmonaire
sont très peu nombreux, il y en a un autre qui ne l’est pas
moins, c’est que les climats qui conviennent le mieux aux
personnes en proie à cette maladie sont ceux où les écarts de
température sont les moins fréquents et les moins prononcés ;
or, il me semble qu’à ce point de vue, Mogador l’emporte sur
toutes les stations connues.
J’ajouterai à cette remarque , que dans aucune station
maritime l’air ne peut être saturé d’émenations salines,
comme il l’est à Mogador, d’une part à cause de la situation
particulière de cette ville au milieu de la mer, d’autre part à
cause de la direction des vents qui y soufflent.
Toutefois, je reconnais que les questions relatives à l’in­
fluence des climats sur le développement et sur la marche des
maladies sont hérissées de difficultés provenant de la race,
des habitudes, de l'hygiène et surtout du régime, difficultés
de nuances dans la topographie de point divers dans le même
pays etc. etc., difficultés provenant des points de vue differents
auxquels se place l’observateur et de son genre d’esprit ; aussi,

�000

SEU X .

THORACENTESE.

que de divergences d’opinion sur les localités les plus fréquen­
tées depuis des siècles, et qui passent pour être bien connues 1
C’est pourquoi, tout en ayant confiance dans le climat de
Mogador pour le traitement prolongé de la phthisie pulmo­
naire. je termine en disant : l’avenir et l’expérience peu­
vent seuls trancher magistralement cette question délicate
d’hygiène et de thérapeutique.
J’ai cru accomplir un devoir en appelant l’attention des
médecins sur un pays encore peu exploré, 'et qui cependant
présente en sa faveur les plus grandes présomptions; je serai
amplement dédommagé de mon labeur si je contribue , par
mes efforts, à conserver quelques existences précieuses.
Dr Seux ,
Professeur de thérapeutique et de matière médicale
à l'école de Médecine de Marseille.

901

ETUDE SUR LA THORACENTÈSE
DANS LES ÉPANCHEMENTS SÉREUX
P a r l e D ' VILLA.RD,
Médecin en chef des hôpitaux, professeur suppléant à l'ccole de médecine.
TROISIÈME ARTICLE (1).

CHAPITRE III
UES INDICATIONS DE LA THORACENTESE.

Dans une annotation à mon dernier article (p. 7 1 1), j ’ai dit
que j ’ai pratiqué 42 fois la thoracentèse. Ces 42 opérations
peuvent être classées de la manière suivante :
Nombre N a tu re de l'É p a n c h e m e n t.
N om bre. H om m es. Fcm m os. G uérisons.
T o ta l.

Épanchements sim­
ples ou séro-albul 37
mineux.

27

10

36

Épanchements sim­
ples ayant subi la
transformation pu­ 1 2
42 rulente
après une
première ponction

))

o

»

O

»

»

1

»

))

Épanchements pu­
rulents.

2

Épanchements san­
guinolents.

Thoraccnlôses pratiquées
en ville
13
Thoracenlèses pratiquées
dans les hôpitaux... 29

d o 16

S 76 a n s .

9 &lt;0 o n v

3

................................................

'

i&gt;

1—A la suite
d'une synco­
pe mortelle.
V o i r l ’o b s . n,
art. I, p. 54C.
2—Etat puer­
péral , pleu­
résies phlegmoneuses se­
condaires.
2—Pleurésies
phlegmoneuses primitivc,j
1—Cancer du
poumon et de
la plèvre.

S iège de l'É p a n c h e m e n t.

A ges.
" d t 60 "

H o rts.

i S ads.

c ô ld d r o i t .

fô ld

g r o r h i- .

9

1

5

8

29

))

11

18

(1) Voir les; numéros de juillet et septembre derniers.
58

�902

V ILLARD.

Aux données générales comprises dans les deux tableaux
qui précèdent j’ajouterai que les guérisons ont été obtenues
après une durée quia varié entre cinq et dix jours, sans que
les malades aient été soumis, après la tkoracentèse (sauf quel­
ques rares exceptions), à toute autre médication, soit à l’inté­
rieur, soit à l’extérieur.
Si l’on compare dès maintenant les résultats obtenus à l’aide
de la ponction avec ceux que fournit la médication ordinaire,
l ’on sera forcé de convenir que la paracentèse thoracique offre
des avantages incontestables, tant au point de vue de la durée
totale de la maladie, qu’au point de vue de l’efficacité relative
des divers moyens thérapeutiques employés journellement
contre les épanchements de la plèvre. Du reste, ainsi que je l’ai
dit dans mon premier article, je fournis des faits concluants
en faveur de l’opinion que je soutiens; et ces faits, observés
par la généralité des élèves de nos hôpitaux d'une part, contrô­
lés de l’autre par mes collègues de la Société Impériale de méde­
cine auxquels je les ai présentés toutes les fois que la chose
m’a été possible, ces faits, dis-je, ont une valeur qui ne sera
contestée par personne. Nous discuterons par la suite les di­
verses médications auxquelles l’on a généralement recours
pour combattre les exsudations pleurales ; nous verrons ce
qu’elles peuvent offrir de réellement efficace dans certains cas,
de douteux ou de nul dans d’autres circonstances, de dange­
reux enfin lorsqu’elles sont appliquées d’une manière empi­
rique, en dehors d’une sage et rigoureuse observation. Mais
établissons au préalable les indications de la thoracentèse.
Les cas qui nécessitent la ponction de la plèvre peuvent être
rangés sous trois chefs principaux : 1° ceux où la vie du ma­
lade est gravement compromise par une collection abondante
produisant des symptômes asphyxiques, quelle que soit la
nature du liquide épanché et le degré d’acuité fébrile ; 2° ceux
où les phénomènes locaux et réactionnels étant nuis ou peu
intenses, il y a lieu de pratiquer l’opération de préférence à
tous les autres moyens médicaux, alors que l’épanchement
est simple et de nature séreuse; 3° ceux enfin où le liquide
contenu dans la plèvre est purulent.

THORACENTÈSE.

903

Dans le premier cas l’opération est dite de nécessité; dans
les deux autres elle peut être appelée, avec raison, opération
thérapeutique.
Beaucoup de médecins pensent encore aujourd’hui que la
ponction de la plèvre ne doit être faite que lorsqu’il existe
chez le malade des accidents de suffocation. Assurément il ne
viendra à l’esprit de personne de rejeter la paracentèse du
thorax lorsque la vie du sujet est en danger, et je ne serai
jamais le dernier à reconnaître que la gravité des accidents
constitue, dans ce cas, une indication urgente d’ouvrir la poi­
trine. En 1861, cette question fut portée devant la Société de
médecine de Constantinople par le Dr Marielli. La discussion à
laquelle elle donna lieu démontra que presque toujours la,
thoracentèse est pratiquée trop tard. On attend que le sujet
soit, presque asphyxié, que le poumon soit refoulé, recouvert de
fausses membranes et ait perdu par ces deux causes tout son
ressort.
En conséquence, quel que soit l’état général du sujet. quelle
que soit la cause récente ou ancienne delà maladie, que
l’épanchement soit constitué par de la sérosité, du sang ou du'
pus, s’il existe de la suffocation ou des symptômes asphyxi­
ques, il y a lieu de pratiquer au plus tôt la thoracentèse.
L’opération est ici d’autant plus pressante que, même chez
certains malades atteints d’épanchement avec tuberculisation,
cancer, pneumothorax, etc., elle trouve des indications non
moins urgentes et non moins rigoureuses. Dans tous les cas,
sans exception, elle a pour résultat immédiat de conjurer le
danger qui menace le malade. Quant au résultat définitif, il
doit être subordonné aux conditions pathologiques qui ont
amené l’exhalation pleurale; et alors, la reproduction plus ou
moins rapide du liquide, le retour des accidents qui ont dis­
paru une première fois par l’opération, peuvent être facilement
prévus suivant la lésion primitive qui les a déjà déterminés.
La ponction, dans les circonstances dont je parle, n’est et ne
peut être, cela se comprend, que palliative; mais dans une
infinité d’autres elle peut devenir curative, s’il n’v a pas de
lésions organiques soit des poumons, soit delà plèvre, soit du
cœur.

�‘JO l

Y ILLARD.

Abstraction faite de ces cas urgents, il on est plusieurs,
avons-nous dit, où la paraqenthèse du thorax peut ou doit être
employée de préférence à tous les autres moyens. En première
ligne je noterai ces épanchements abondants, ces fluxions
pleurales que M. le professeur Dupré, de Montpellier, consi­
dère, bien à tort selon moi, comme rhumatismales, fluxions
plutôt catarrhales sur lesquelles MM. Rostan, en 1833, et
Trousseau, en 186*2, ont particulièrement insisté dans leurs
leçons cliniques. Ces sortes de pleurésies, que l’on a justement
appelées latentes, donnent lieu à des épanchements qui ne
s'accompagnent que d’un mouvement fébrile à peine appa­
rent, ou à des symptômes généraux presque nuis; ces épan­
chements à leur tourne déterminent que peu ou point de
dyspnée. Mais par leur marche rapide, leur tendance aux
lipothymies, ils peuvent brusquement occasionner la mort.
C’est là un accident que le médecin doit toujours avoir pré­
sent à l’esprit, quelle que soit du veste l'intensité ou la fai­
blesse des phénomènes réactionnels. « Il suffit, dit M. Ar­
chambault [Union medicale, 9 février 1864), que répanche■ment remplisse à peu près complètement la plèvre pour que
l’individu qui le porte soit exposé à périr subitement. »
Personne n’ignore qu’à la suite de grandes opérations, il
peut se former des collections abondantes dans la plèvre; or,
ces épanchements énormes, développés d’une manière la­
tente, sans que le plus léger accident ait pu les faire présu­
mer, amènent rapidement une terminaison fatale. Ledran,
qui fut un des chirurgiens les plus distingués du xviii*siècle,
Panarolle et Léveillé ont observé des faits de ce genre. L'im­
portance qui se rattache à une pareille éventualité est trop
grande pour que je n’en dise pas quelques mots ici :
Certains malades, rares d’ailleurs, éprouvent au début
d’une pleurésie des lipothymies ou des syncopes. Mais ce
symptôme, que tous les auteurs ne mentionnent pas, n’a rien
de grave à cette première période de la maladie. Il n’en est
plus de même lorsque l’épanchement est complètement formé
et qu’il est devenu très considérable. Dès que, par le fait
d’une collection excessive, le poumon, le cœur et les gros vais­

THORACENTÈSE.

00-5

seaux subissent des changements dans leur position normale,
leurs fonctions ne s’exécutent plus que d'une manière insuffi­
sante ou irrégulière; ces déplacements secondaires plus ou
moins étendus occasionnent dès lors, dans de certaines
limites, des accidents qui, sans être toujours redoutables,
péuvont cependant le devenir. La mort subite, dans ces cir­
constances, a été observée par bon nombre de médecins ;
elle a été particulièrement signalée par MM. Chomel ,
Grisolle, Trousseau, Qulmont, Tibierge, Aran et autres. J’en
ai donné moi-même une remarquable observation dans la
première partie de ce travail. L’on connaît actuellement plus
de trente cas d’une pareille terminaison, et l’on peut en trou­
ver l’énumération presque complète dans les actes de la So­
ciété de médecine de Paris (24 février 1864).
L’on comprend sans peine que la syncope pleurétique ne
soit nullement en rapport avec le degré d’inflammation de la
plèvre, ni avec l’intensité de la réaction fébrile. Elle peut en
outre se renouveler plusieurs fois sans que le sujet paraisse
éprouver une suffocation plus grande. J’ajouterai que sa durée
devient progressivement plus longue et qu’elle laisse à chaque
accès le malade dans un état de prostration qui peut avoir des
suites très fâcheuses, et même amener subitement la mort.
Elle se produit surtout lorsque l’épanchement est complète­
ment formé, quand bien même l’état général ne présente rien
de grave en apparence. Elle est enfin à redouter dans les
épanchements du côté gauche, à cause de la présence et de la
compression du cœur et des gros vaisseaux. La formation de
caillots dans ces derniers organes, véritables thromboses des
centres circulatoires, doit être considérée comme une des
causes de ia terminaison soudaine de la maladie. Cette opi­
nion, parfaitement admissible, a été soutenue par M. Pagett
(Société Médicale des hôpitaux, 15 novembre 1861) et par
M. Gouraud (Société Anatomique, année 1862). M. Goupil a
fait le relevé de douze cas de mort subite dans le cours de
pleurésies ; sur ce nombre, neuf ont présenté des caillots dans
le cœur ou l’artère pulmonaire : les uns étaient simples,
d’autres étaient ramifiés, quelques-uns enroulés. Les trois

�906

VILLARD.

autres sujets étaient atteints de péricardite avec épanche­
ment compliquant la collection pleurale.
Ces épanchements considérables peuvent cependant être
liés ii l’existence d’une inflammation franchement caracté­
risée de la plèvre; doit-on dans ce cas même rejeter la ponc­
tion d’une manière absolue par la crainte seule do voir le
liquide se reproduire? Mais les dangers que je signalais il n’y
a qu'un instant n’en existent pas moins alors avec toute
leur gravité; il faut donc ponctionner le malade sans se
laisser arrêter par des craintes qui n’ont d’autre but que de
compromettre la vie du sujet. Evidemment le liquide aura
une tendance toujours très grande à se reproduire tant que
la phlegmasie ne se sera pa.s arrêtée ; mais malgré cette con­
sidération, l’ouverture du thorax prévient tout d’abord les con­
séquences d’une collection excessive ; elle laisse ensuite au
médecin tous les avantages qu’il peut retirer des autres
médications convenablement appliquées et sagement dirigées.
Bien plus , M. Moutard Martin , dans une pleurésie très
aiguë, pratiqua la thoracentèse au cinquième jour. Il re­
tira 2,800 grammes d’un liquide très fibrineux. Le pouls,
qui était à 132. descendit à 92 le lendemain, et l’épanchement
ne se reproduisit plus. Dans un autre cas, ce médecin, malgré
la persistance de l’état fébrile et à cause de l'oppression qui
devenait considérable, se décida à ponctionner le malade au
sixième jour. Il sortit 3,800 grammes d’un liquide encore
très fibrineux, et le malade sortit guéri huit jours après.
L’on ne doit donc jamais perdre de vue les conséquences
que peut entraîner un épanchement qui occupe la plus grande
partie ou la totalité de la séreuse. Que celui-ci je le répète,
soit aigu ou chronique, qu’il soit constitué par de la sérosité,
du sang ou du pus; que la réaction générale soit intense ou
nulle, l’hématose ne se fait plus que d’une manière insuffi­
sante, l’asphyxie ne tarde pas à apparaître et le malade peut
rapidement succomber si par la thoracentèse l’on ne donne
pas issue au liquide.
A ceux qui pourront m’objecter qu’en l’absence de symp­
tômes asphyxiques graves, les moyens ordinaires offrent,
dans la généralité des cas, des chances non moins certaines de

THORACENTÈSE.

907

guérison que la thoracentèse, sans exposer comme cette der­
nière à des résultats qui, d’après eux, ne seraient passons
dangers, je répondrai 1° que ces dangers n’existent pas ; 2° que
les révulsifs à l’extérieur ou à l’intérieur sont généralement
sans action sur ces épanchements abondants; 3“ que par leur
action lente et toujours incomplète, ils peuvent favoriser la
transformation d’un épanchement séreux en épanchement
purulent ; 4° que la ponction thoracique est le seul moyen
non-seulement de prévenir une terminaison brusque, mais
encore de guérir rapidement le malade, dès le moment où la
période réactionnelle n'existe plus. Nous discuterons bientôt
l’exactitude de ces propositions.
La thoracentèse, considérée comme opération thérapeu­
tique, n'est pas seulement applicable aux cas qui précèdent :
elle l’est encore lorsque l’épanchement, sans atteindre des
proportions considérables, s’étend au minimum jusqu’à l’épine
de l’omoplate, qu’il détermine une compression partielle du
poumon, alors que les moyens ordinaires, révulsifs ou déri­
vatifs, n ’ont, eu qu’un effet lent ou incomplet pendant la pé­
riode aiguë ou sub-aiguë et que la quantité de liquide ne
paraît pas se résorber assez vite. Dans ces cas, qui sont les plus
ordinaires assurément, il n’y a, selon moi, que la thoracen­
tèse qui amène rapidement la guérison et diminue de beau­
coup la durée de la maladie.
Cette dernière assertion que j ’ai émise bien souvent et que
j’ai soutenue plusieurs fois devant la Société Impériale de
médecine de Marseille, demande à être étayée de preuves et
de faits positifs. Les faits sont énoncés en chiffres dans les
tableaux que j ’ai dressés ci-dessus et qui résument fidèlement
l’ensemble des opérations que j ’ai pratiquées. Voyons les
preuves : et d’abord, à quel moment de ces pleurésies accom­
pagnées d’épanchement moyen, la thoracentèse doit-elle être
faite? Ce moment existe, je l’ai déjà dit, dès que tout état aigu
ou fébrile a disparu. Pratiquée avant la cessation de la période
réactionnelle, elle n’empêcherait pas, sauf quelques rares
exceptions, le retour d’une nouvelle exhalation. Nous venons
d’exposer dans quelles circonstances on est autorisé à l’em­

�908

YILLARD.

THORACENTÈSE.

ployer d'urgence pendant cette période. Ces cas ne sont pas
ceux dont je parle en ce moment, puisque ici l’indication n’a
rien de rigoureux. Cependant quelques médecins, partisans
trop zélés peut être delà thoracentèse, pensent que la ponc­
tion doit toujours être faite dès que l’épanchement dure plus
de quelques jours sans tendance à la résolution, attendu que
la transformation purulente se produisant très vite expose à des
conséquences d’une gravité considérable. C’est là, entre autres,
une des conclusions du travail de M. Guinier, de Montpellier,
travail dont il a été fait mention précédemment.
Je ne crains pas de dire que cette assertion n ’est pas seule­
ment trop vague et trop absolue, mais qu’elle est de plus
inexacte. Pour ceux qui admettent encore aujourd’hui la
théorie française du blastème telle que nous l’avons examinée
dans notre second article, et qui font dériver la pyogénie de
la quantité plus ou moins abondante de fibrine exhalée dans
la plèvre, il est évident que la ponction hâtive de la poitrine
doit diminuer les tendances à la formation du pus et des
fausses membranes. Mais le fait fût—il vrai, il ne justifierait
en rien la conduite du médecin qui doit toujours prévoir les
suites probables d’une opération. De deux choses l’une, en
effet, ou la période fébrile n’est pas encore terminée, et alors
la ponction ne donne que des résultats généralement négatifs;
ou bien les symptômes réactionnels n’existent plus, et alors
l'opération n’est ni urgente ni indispensable, bien qu’elle soit
le moyen le plus certain et le plus efficace. Si l’on veut bien se
rappeler ce que j ’ai dit en parlant du mode de formation des
épanchements pleurétiques l’on verra au contraire que les
indications de la thoracentèse sont basées sur le degré d’in­
flammation de la plèvre, laquelle, suivant son étendue, sui­
vant qu’elle atteint la couche épithéliale de la séreuse, ou le
tissu conjonctif sous-séreux, produit soit un épanchement
simple, soit un épanchement purulent. Dans le premier cas,
la ponction sera presque toujours suivie de succès si elle est
pratiquée après la cessation de la phlegmasie; or, cette der­
nière n’ayant pas de limite précise, l’épanchement n’aura
jamais de tendance à la résolution tant que l’état fébrile per­

sistera. Il n’y a donc pas lieu de ponctionner le malade dès que
l}épanchement dure plus de quelques jours sans tendance à la
résolution. De plus, la crainte de voir le liquide devenir pu­
rulent par la raison que nous avons reproduite, n’est pas
fondée, attendu que si l’inflammation reste limitée à la
couche épithéliale, cette transformation n’est nullement à
redouter, puisque l’exhalation restera toujours et quand
même séro-albumineuse. Si, au contraire, la phlegmasie tend
à envahir le tissu conjonctif, la ponction n’arrêtera pas la
transformation dont je parle ; le liquide d’abord séreux se
reproduira forcément et deviendra purulent quel que soit le
moment où l’on pratiquera la thoracentèse, surtout si l'in ­
flammation est portée à un haut degré. Je crois donc pouvoir
établir cette vérité pratique que, si la thoracentèse est faite
après la période réactionnelle, que ce soit un peu plus tôt ou
un peu plus tard, l’on a rarement à craindre des change­
ments dans la composition du liquide épanché.
L’on se tromperait étrangement si l’on voulait déduire de
mon appréciation que je ne tiens aucun compte des effets
d’une trop longue chronicité, même avec une collection sé­
reuse. M. Trousseau a parfaitement raison lorsqu'il dit à ce
sujet qu’un épanchement ne reste pas impunément dans la
cavité pleurale sans déterminer une certaine réaction fébrile
et sans subir lui-même des changements dans sa composition :
« Les fonctions nutritives, dit-il, finissent par être troublées,
« car ainsi que l’ont parfaitement établi les expériences de
« M. Claude Bernard, il suffit de donner la fièvre à un ani« mal pour qu’aussitôt les fonctions digestives s’exécutent
« mal, pour que les sucs gastriques perdent leurs qualités
« physiologiques et ne soient plus aptes aux opérations de la
« chimie vivante dont ils sont chargés dans le travail de la
« chymification. Cette fièvre continue, liée à la présence d'un
« épanchement dans la plèvre, épuisera l’individu et le fera
« tomber dans un état analogue à la fièvre hectique. «
Ce passage, que je viens d’extraire des savantes leçons clini­
ques de M. Trousseau, donne une valeur plus grande à mon
opinion. C’est précisément dans le but de prévenir de pareilles

909

�VILLARD.

THORACENTÈSE.

conséquences qu’il importe de ne pas laisser indéfiniment
dans la plèvre un épanchement qui résiste à toutes les res­
sources thérapeutiques. Or, chez le plus grand nombre de ma­
lades, les moyens que Ton emploie d’ordinaire ne triomphent de
la maladie qu’avec une extrême lenteur. C’est donc pour obvier
à tous ces inconvénients qu’il importe de pratiquer la thoracentèse dès qu’il existe les plus grandes chances de guérison.
Je trouve encore un témoignage puissant en faveur de
l’opinion que je défends, dans le passage suivant que j ’em­
prunte à M. Landouzy (Gazette hebdomadaire, 1856, p. 670 •'
« Dès que les efforts de la nature et de l’art ont été reconnus
« impuissants à amener la diminution d’un épanchement
« qui n’est symptomatique ni d’une affection du cœur, ni du
« sang, ni d’une affection du poumon, ni d'une affection des
« reins, ni d’une cachexie incurables, il faut recourir à la
« thoracentèse. »
Je ne suis donc partisan de la thoracentèse hâtive, comme
l’appelle mon savant confrère et ami le Dr Pécholier, professeur
agrégé à, la Faculté de Montpellier (1), qu’à la condition
qu’elle sera pratiquée après la période aiguë. Les avantages
qu’elle donne sont alors les suivants : 1° le malade n’a pas à
supporter les inconvénients et mêmes les souffrances des vési­
catoires répétés ; 2* les révulsifs intestinaux, les diurétiques
et tous les autres moyens peuvent être abandonnés; 3° le
liquide n ’existant plus dans la plèvre, le poumon reprend
aussitôt son élasticité ; il en est de même des parois thoraci­
ques ; 4* le sujet se trouve instantanément soulagé; il peut se
coucher sans peine sur les deux côtés ; rapidement guéri, il
n’est plus exposé à séjourner dans les salles d’un hôpital où
fermentent, d’une manière presque constante, les germes des
maladies contagieuses et infectieuses ; 5’Si une nouvelle quan­
tité de liquide se reproduit, elle est très vite résorbée, grâce à
la contractilité vasculaire, qui ne tarde pas à reparaître après
la ponction ; 6° les exsudations membraneuses lorsqu’elles
existent, sont facilement détruites, parce qu’elles n ’ont pas

le temps de subir une organisation plus avancée; 7* enfin , le
malade sent ses forces renaître ; son état général indique une
guérison prochaine. Bref, tous ces avantages sont immenses ,
et je ne vois pas ceux qu’on peut leur opposer en ayant re­
cours aux agents thérapeutiques ordinaires.
Les adversaires de la thoracentèse m’objecteront peut-être
que la ponction intercostale peut développer une inflamma­
tion consécutive et transformer ainsi une pleurésie simple ou
séreuse en pleurésie purulente. Cette crainte a été exprimée
très justement, à mon avis, par M. Gosselin, dans la discussion
qui eut lieu au sein de l’Académie de médecine en 1865 [Gaz.
des Hôpitaux 1865.— n° 94). Je reconnais en effet que cet argu­
ment est vrai ; mais dans quelle limite Fest-il ? Ne peut- on pas
le réduire à sa juste valeur, en lui enlevant l’importance que
l’on pourrait lui attribuer ? Je ne crains pas d’affirmer qu’une
pareille transformation est un fait tellement rare qu’il a été
à peine signalé par quelques observateurs. M. Moutard Mar­
tin, sur 38 cas de thora lentèse prétend en avoir observé deux
exemples; mais ajoutons tout de suite que cet accident était
sans doute prévu, puisqu’à la fin de la première ponction,
le liquide s’était montré louche et opalin; donc il contenait
déjà du pus; preuve évidente que l’évolution inflammatoire
n’était pas terminée au moment de l’opération. M. Emile
Chauffard, un de mes premiers maîtres, a également commu­
niqué à la Société médicale des Hôpitaux une observation
pleine d’intérêt qui parait confirmer la possibilité de cette
transformation (séance du 13 avril 1864. — Union médicale
21 mai 1864). C’est là, si je ne me trompe, le bilan des
faits de ce genre consignés dans les recueils scientifiques. Il
est bien mince, comme on le voit, et peu capable de justifier
les appréhensions que l’ont peut opposer aux chances bien
plus nombreuses de guérison qu’offre presque toujours la tho­
racentèse. Une pleurésie épithéliale peut devenir ultérieure­
ment phlégmoneuse, cela est certain; mais la ponction seule
peut-elle suffire à amener ce résultat? Je le crois ; cepen­
dant, hâtons-nous d’ajouter qu’une pareille modification ne
peut se produire qu’à la condition que la phlegmasie pleurale,

910

(1)

Montpellier Médical, août 1SG5 (chr. mensuelle).

911

�912

f

VILLA.RD.

sous l’influence d’une cause efficiente directe, s’étende du
revêtement épithélial au tissu conjonctif; delà prolifératiou
cellulaire du tissus sous-séreux, et pyogénie consécutive.
Une cause dont on n’a peut-être pas suffisamment tenu
compte dans l’évolution des actes pathologiques dont je parle,
réside dans le concours que l’état général du malade peut
prêter à ces transformations. .T'ai cité textuellement l’opinion
deM. Trousseau cet égard, et personne, je le suppose, n’en
contestera la justesse et l’exactitude. Parmi ces causes qui
dépendent de l’état général, il en est une'qui n’a pas été notée
dans les cas qui m'occupent , et qui cependant exerce une
influence considérable sur les actes inflammatoires en géné­
ral, je veux parler de la puerpéralité. Or la pleurésie n’échappe
nullementà cette influence qui se traduit, en dernière analyse,
par une pyogénie plus ou moins rapide et plus ou moins
considérable. Je n’ai jamais observé de pleurésies simples et
dégagées de toute influence générale , transformées par la
ponction en pleurésies purulentes. Mais deux tlioracentèses
récentes pratiquées pendant la période puerpérale, m’ont per­
mis de constater le rôle que peuvent exercer soit la grossesse,
soit l'accouchement sur une collection primitivement séreuse.
Il est plus que probable que dans ces circonstances le trauma­
tisme résultant d’une première ponction a dû suffire pour
faire passer la pleurésie du premier au second degré; mais,
dans ces faits exceptionnels, la plus grande part doit être attri­
buée, je le répète, à l’influence puerpérale qui, d’une cause
presque toujours insignifiante, en a fait une cause détermi­
nante de la plus grande gravité. Voici, en deux mots, ces deux
observations que je livre sans commentaires à l’appréciation
de mes confrères.
Observation III. — Mœ*J., âgée de 20 ans, demeurant cours Lieutaud 99, accouche heureusement d’un premier enfanta la fin du mois
de mars dernier; quinze jours après je fus appelé auprès d’elle : je
constatai un épanchement pleurétique gauche occupant la plus grande
partie de la séreuse. Après avoir inutilement essayé quelques dériva­
tifs, je proposai la thoracentèse, qui fut acceptée sans difficultés.
Assisté de mes excellents confrères, MM. Fabre et Emile Nicolas, je

THORACENTÈSE.

913

relirai par la ponction 1700 grammes d’un liquide clair, remarqua­
ble par sa belle couleur jaune ; par le refroidissement, ce liquide se
prit en massegélatiniforme, véritable matière fibrinogène sur laquelle
j’ai insisté dans un précédent chapitre. Après l'opération, la ma­
lade fut prise d’une syncope qui nous inspira un moment des craintes
sérieuses. Nous reviendrons plus loin sur cet accident. Mm*J. fut très
bien pendant une semaine, mais dix jours après l’opération, la fièvre
reparut, la toux devint péniblcct. fréquente, bref l’épanchement sc re­
produisit avec une très grande rapidité,à tel pointque jedus songera
en débarrasser la malade. Le I)r Camille Blanchard voulut bien m’ai­
der dans cette nouvelle opération, qui donna issue à deux litres de
pus environ. A dater de ce moment, l’état de cette jeune femme
empira à vue d’œil. La mort survint quelques mois après.
Observation VI. — Madame B., demeurant rue Canonge, 2, âgée
de 41 ans, douée d’une robuste constitution, me fait appeler le
28 juillet dernier ; à peine débarrassée d’un embarras gastrique
fébrile qui avait duré une huitaine de jours, cette dame se plaignait
d’une douleur sous-mammaire du côté droit. Bientôt tous les signes
d’un épanchement pleurétique se manifestèrent accompagnés d’une
fièvre modérée. Quelques vésicatoires appliqués pendant cette
période étant restés sans effets, je proposai la ponction, qui fu t,
comme dans le cas précédent, acceptée sans la moindre appré­
hension. Assisté de mes confrères, MM. Bertuluset Emile Nicolas,
je retirai de la plèvre plus de 2000 grammes d’un liquide transparent
sans traces apparentes de pus. Dix jours environ après cette ponction,
la malade éprouva des frissons accompagnés de fièvre qui, de rémit­
tente d’abord devint ensuite continue. Le liquide reparut et atteignit
bientôt des proportions plus grandes que la première fois. Je fis une
seconde ponction qui ne donna issue qu’à 200 grammes environ d’un
liquide colloïde épais et blanchâtre. Certain de n ’avoir pas retiré la
totalité de l’épanchement, je dus attendre quelques jours pour opérer
ma malade pour la troisième fois ; la raison de ce retard n’était autre
que l’étroitesse de la canule ordinaire qui empêchait le liqnide de
sortir, tant ce dernier était épais. Une seconde consultation, composée
de MM. Girard, Magail et Nicolas, décida quelques jours après qu’il
fallait au plus tôt évacuer la séreuse, à cause de la suffocation et de
quelques syncopes qui s’étaient manifestées. Je me servis alors d’un
fort trocart, la ponction amena la sortie de 2800 grammes d’un li­
quide épais, séro-purulent au début, franchement purulent à la fin
de l’opération. La matière fibrinogène dont j ’ai parlé dans le cha-

�914

VILLARL).

pilro. II existait en quantité dans celte exhalation qui, séreuse cl
transparente clans la première période de la maladie, était devenue
plus tard complètement purulente. Un tuyau de drainage laissé dans
la plèvre me permit de faire chaque jour des injections tièdes, puis
des injections iodées. La malade n’ayant plus d’accès de suffocation
éprouva pendant une semaine une amélioration notable; mais peu
à peu la fièvre de suppuration devint plus intense, les fonctions
gastriques participèrent au trouble général ; tout en un mot faisait
pressentir une terminaison funeste, lorsque dans la nuit du 26
septembre madame D. fut prise d’une hémorrhagie utérine bientôt
suivie de l’expulsion d’un fœtus de cinq mois. La mort arriva 24
heures après. J’ajouterai que jusque là rien chez celte personne
n’avait porté l’attention sur un état de grossesse ; la menstruation
était supprimée depuis huit ans, époque à laquelle, si je ne me
rompe, Madame B. avait accouché de son quatrième ou de son
cinquième enfant.

Dans cette observation et celle qui la précède, j'avais eu
soin d’entourer Tinstrument d’un morceau de baudruche ;
cette précaution, dont je n’ai pas tenu compte dans une
infinité de circonstances, enlève ici toute valeur aux objections
que l’on pourrait m’adresser si j ’avais laissé l’air pénétrer
librement dans la plèvre. Or c’est là précisément, comme nous
allons le voir, l’argument le plus sérieux sur lequel s’appuient
les adversaires de la thoracentèse.
De tout temps, cela est vrai, les médecins qui ont traité ce
sujet, se sont préoccupés des dangers qui peuvent résulter de
cette complication. Mais tandis que les uns l’ont redoutée à
1excès, au point de reculer devant les indications les plus ur­
gentes, les autres n’y ont attaché qu’une très-médiocre impor­
tance.
Dans la partie historique de ce travail, nous avons fourni
des documents pleins d’intérêt à cet égard. Toutefois, il faut
arriver à notre époque pour voir cette question prendre une
réelle importance au point de vue scientifique et clinique.
M. Spencer Wells, en 1854, à la suite de plusieurs obser­
vations de thoracentèse, avait exprimé formellement l’opinion
que la pénétration de l’air dans la plèvre n'est aucunement
nuisible et peut même être utile [Médical Times, 8 juillet 1854).

THORACENTÈSE.

915

Lorsquo cette question fut portée en 18G5 devant l’Acadé­
mie Impériale de médecine, M. Bouley établit que l’air confiné
dans les tissus et ne se renouvelant pas était inoffensif, se
basant sur ce fait que le lluide atmosphérique introduit dans
le tissu cellulaire donne lieu à la formation de l’acide carbo­
nique, et que c’est à ce changement rapide que l’air injecté en
petite quantité devait son innocuité. Ce qui constitue le véri­
table danger, c’est le renouvellement du fluide dans une cavité
organique.
M. Poggiale, réfutant les assertions de M. Bouley, soutient
contrairement à ce dernier, que le renouvellement de l’air
était moins nuisible que le séjour d’une quantité de gaz dans
une cavité close, De là à proclamer la supérioité des larges
ouvertures de la poitrine sur les simples ponctions faites avec
le trocart, il n’y avait qu’un pas; mais M. Poggiale ne l’a
pas franchi.
M. Velpeau déclara qu’il craignait médiocrement l’influence
de l’air dans les cavités closes. Lorsque, dit-il, j ’ai injecté de
l’iode dans les articulations, avant ou en même temps que Bonnet
de Lyon, j ’ai introduit de l’air dans les séreuses articulaires, et
je n'ai pas vu d'accidents.
Al. Gosselin faisant une différence capitale entre les épan­
chements séreux et ceux qui sont purulents, affirma l’innocuité
complète de l’air sur les premiers, tandis que pour les seconds
il reconnut l’action fâcheuse du fluide atmosphérique.
Enfin, M. Guérin, après avoir établi que l’air qui a pénétré
en petite quantité dans les plèvres n’est pas nuisible et qu’il
peut facilement se résorber, trouva exagérée cette dernière opi­
nion lorsque l’accès de l’air est laissé libre dans les épanche­
ments séreux. Il importe donc, dans ce dernier cas, de prendre
des mesures pour empêcher la décomposition du liquide con­
tenu dans la séreuse thoracique.
D’une manière générale, cette discussion a donc prouvé que
la pénétration de l’air dans la plèvre contenant de la sérosité
était à peu près inoffensive. Au point de vue pratique, toute
la question est là; au point de vue chimique, elle peut bien
résider dans l’action de l’air chargé des germes de la fermenta-

�'.U6

VILLARD.

1ion ; mais à cesujot la science manque de données précises; nous
n'avons pas, du reste, à nous occuper de cette fermentation.
Le plus grand nombre de mes observations, dans lesquelles
je n’ai mis aucun obstacle à l’introduction de l’air dans la
plèvre, viennent confirmer l'opinion de M. Velpeau et de M.
Gosselin. Aussi puis-je dire avec ce dernier que la pénétration
du lluide atmosphérique dans un épanchement séreux n’est
pas dangereuse; si elle est au pis aller un inconvénient, cet
inconvénient est léger et peu important. Dès lors, songer trop
aux accidents qni peuvent résulter de cette complication, c’est
éloigner les praticiens d’une opération qui a moins de dangers
que la maladie pour laquelle elle est la seule ressource.
Morand, Duverney, Bégin, Boyer. Bergeret, Gendrin, Lcgroux, et beaucoup d’autres ont vu le fluide atmosphérique
entrer librement dans la poitrine; ils n’ont jamais observé
d’accidents immédiats ou consécutifs. Du reste, est on bien
fondé d’invoquer, comme l'a dit M.Bouley, l’action du lluide,
alors que l'air ne reste pas constamment de l’air , ainsi que
Font constaté MM. Demarquay et Leçon te?
Cètte longue discussion académique, dans laquelle le béné­
fice de 1opération était moins en cause que la manière de la
pratiquer, a encore prouvé, ainsi que l’a sagement dit M.
Pécholier, de Montpellier, que nous ne sommes pas compara­
bles à un ballon de verre et que nos tissus sont soumis à
l’influence d’une force mystérieuse qu’on appelle la vie. L’air
ne pénètre-t-il pas dans les recoins les plus profonds de nos
organes? Il parcourt nos vaisseaux, nos poumons, nos intestins,
et, cependant, les germes qu’il contient restent sans effets.
Quand cette force mystérieuse cesse, la nature reprend sur
notre corps son empire, et les germes de putréfaction jusque
là inertes se multiplient à l’infini et remplissent leur rôle
providentiel, de rendre au monde inorganique les matériaux
que nous leur avions momentanément empruntés (Montpel­
lier médical.— loc. cit.).
Il me serait difficile d’accepter comme une considération
sérieuse l’argument suivant : Si vous n’empêchez pas, m’a-ton dit, l'introduction de l'air, pendant que vous faites la tho-

THORACENTESE

917

racenthèse, il peut arriver que ce lluide, en s'accumulant dans
la séreuse, finisse par faire équilibre à la colonne atmosphéri­
que qui pénètre par les voies respiratoires; dès lors le poumon
restera tassé contre la colonne vertébrale ou les parois thora­
ciques, et l’expansion vésiculaire ne se fera pas.
Je pose d’abord en fait que la colonne d’air qui pénètre par
la canule pendant l’inspiration n’est jamais égale à celle qui
pénètre par les bronches. En second lieu, il est toujours facile,
à défaut de soupape ou de chemise, d’empêcher le passage du
lluide atmosphérique, en appliquant pendant l’inspiration la
pulpe du doigt sur le pavillon de l’instrument. C’est ce que
j ’ai pu constater toutes les fois que j ’ai ponctionné un malade
sans faire usage de la baudruche. Pendant l’expiration, au
contraire, l’écoulement du liquide recommence; or, si à ce
moment l’on recommande au malade de tousser, l’air est rejeté
avec bruit à chaque secousse produite par la toux; de cette
façon l’équilibre entre les deux colonnes atmosphériques ne
peut pas exister. Le seul inconvénient qui peut résulter de cette
complication, c’est que la plèvre contenant encore une cer­
taine quantité d’air, l’on voit apparaître et persister pendant
quelques jours des symptômes de pneumo-thorax qui n’ont,
il est vrai, aucune gravité, mais qui, néanmoins, peuvent
masquer ou altérer les bruits normaux.
Après ma vingtième thoracentèse, je pris la résolution d'en­
tourer d’un morceau de baudruche le pavillon de mon instru­
ment. Pourquoi cette précaution, me dira-t-on, si vous
n’admettez pas que Pair puisse avoir des résultats mauvais ?
A celà, je répondrai d’abord que si j’ai pris cette mesure aussi
tard, ce n'a été que pour éviter la manifestation des derniers
symptômes dont je viens de parler, symptômes propres au
pneumo-thorax. Plusieurs fois, en effet, j ’avais pu constater
après la sortie du liquide, et pendant une durée de quelques
jours, un son tympanique exagéré, avec respiration amphori­
que très-nette , accompagnée du bruit de fluctuation. Or,
comme ces symptômes accidentels peuvent, jusqu'à un cerpoint et jusqu’à résorption complète de l’air contenu dans la
plèvre, modifier le retour des bruits physiologiques, il importe
que le diagnostic soit dégagé de toute espèce de complication.
59

�GARCIN.

CHALEUR.

D’autre p a rt, j’ai pu me convaincre que le procédé de
Reybard était un moyen aussi sur que simple et ingé­
nieux; qu’en l’employant, il était toujours facile de pré­
venir l’entrée de l'air dans la séreuse, et la production des
symptômes que je viens de signaler; et qu'après tout, il n’en
coûtait pas davantage de rendre l’opération exempte de tout
inconvénient plutôt que de toute crainte et de tout danger
consécutif.
( A Continuer. )

grâce à une transpiration considérable, la température exté­
rieure n’a aucune prise sur l’homme. C’est ainsi que Tillet
nous montre une jeune fille résister pendant dix minutes à
l’action d’une étuve échauffée à 112e R ; c’est ainsi que l’on
peut voir des individus se placer un fer rouge avec la langue
ou couper avec la main delà fonte liquide. Il est vrai que dans
ces cas intervient un phénomène particulier qui a une action
pour ainsi dire défensive : je veux parler de la transformation
des liquides (c’est ici le liquide de la transpiration, la sueur)
sous l'influence de la chaleur, décrite par Boutigny sous le
nom d'état sphénoïdal. Mais un autre fait nous enseigne que
l’action prolongée de la chaleur a des effets bien différents :
en Chine, le thermomètre se maintient pendant neuf jours audessus de 40°, et 11.000 personnes sont frappées de mort dans
le seule ville de Pékin. Ce fait nous montre donc qu’une tem­
pérature élevée et de longue durée peut produire des efiéls
considérables; l'influence de la chaleur sur les maladies est
incontestable, et cette influence a des résultats multiples.
Cette diversité des effets trace la marche que nous avons à
suivre ; car, étudier l'influence de la chaleur sur les
maladies, nous parait être la même chose qu’étudier les
diverses manifestations d’une maladie générale, c’est-à-dire
qu’il nous faudra passer en revue les divers appareils de l’éco­
nomie, voir quelles altérations anatomiques ou fonctionnelles
de ces appareils la chaleur engendre, quelles modifications
elle apporte aux troubles déjà existant.
À tout seigneur, tout honneur : le premier rang appartient
sans contredit au tube digestif et à ses annexes ; ce sont cer­
tainement les organes qui sont le plus souvent touchés.
Cependant, dès le début, nous devons dire que, si la chaleur
est le point de départ d’un grand nombre de maladies, elle
n’agit pas seule ; les infractions aux règles de l’hygiène aident
et facilitent son action, mais de telle sorte que ces deux actions
se combinent, s’enchaînent et se compliquent mutuellement.
Prenons l’effet le plus commun d’une température élevée et
prolongée.
Ce qui sc produit tout d’abord, c’est un défaut de sécrétion
gastrique et intestinale provenant de ce que l’activité sécré-

918

De l’iniluence pathogénique de la chaleur,
Par M. G arcin , interne des hôpitaux.

Le titre de ce modeste travail est celui que M. le professeur
Fabre donnait à ses leçons cliniques des 20 et 28 juillet 1860 :
aussi nous hâtons-nous de déclarer que ce mémoire est écrit
sous son inspiration et d’après les faits q u il a bien voulu nous
faire observer et approfondir dans le service de la clinique,
pendant le trimestre qui vient de s’écouler. Nous avons cru
devoir confier au Marseille Médical le résultat de ces obser­
vations et de cet enseignement, pensant ainsi être utile non
moins qu’agréable à nos condisciples aussi bien qu’aux méde­
cins plus expérimentés qui, je l'espère, accueilleront favora­
blement cet essai médical.
Il est de notion vulgaire que l’homme et les animaux du
même genre peuvent résister avantageusement à une tempé­
rature de beaucoup inférieure à 0°, tandis qu’il leur est diffi­
cile de lutter contre une chaleur excessive : — la nourriture,
les vêtements nous abritent contre le froid ; ni l’un ni l'autre
de ces moyens ne nous permettent de résister à la chaleur.
Mais pour que la lutte soit difficile, sinon impossible, il faut
que cette élévation de température soit de longue durée. En
effet. la physiologie nous enseigne que. grâce à l’évaporation,

919

�920

GARCIN.

loires’est concentrée sur la peau, d’où la dyspepsie et la cons­
tipation.
Mais, le malade ayant l'instinct qu’il ne digère pas bien, la
faim, qui est un sentiment instinctif, sommeille, tandis que
la soif, un autre sentiment instinctif, est excitée par suite des
déperditions abondantes qui s’opèrent du côté de la peau.
De plus, dans les voies digestives, il y a, comme l’a fait ob­
server Ch. Robin, une loi de balancement entre l’activité delà
sécrétion glandulaire et celle delà formation des cellules épi­
théliales et du mucus; la secrétion glandulaire diminuant ici,
celle du mucus augmente, et, des sympathies étroites unissant
la langue à l’estomac, un enduit muqueux recouvre la langue
comme il recouvre l’estomac.
Mais, pour vaincre son inappétence, l’homme, pendant les
chaleurs, a recours à des condiments excitants qui provoquent
dessubinllammations de l’estomac, révélées par un pointillé lin­
gual, tandis que, pour satisfaire sa soif, il boit de l’eau glacée
qui impressionne vivement la muqueuse intestinale et y pro­
voque des réactions plus ou moins inflammatoires , les­
quelles se traduisent par des coliques et delà diarrhée.
Cet état complexe peut n ’être que momentané, mais il peut
aussi se prolonger ; et alors, si les troubles portent surtout sur
les sécrétions, nous aurons une diarrhée aqueuse, assez abon­
dante, ou bien une sécrétion plus pervertie encore ; chez lesenfants, par exemple, des évacuations fréquentes de matières
verdâtres ; ou bien encore, la maladie passant de l’état catar­
rhal à l’état inflammatoire, lise développe une entérite portant
sur le gros intestin, et caractérisée par des évacuations sou­
vent répétées, mélangées de matières sanguinolentes avec
diarrhée ; c’est la dyssenterie sporadique. Poussons plus loin
l’analyse et aux éléments précités ajoutons un élément in­
connu, soit l’élément miasmatique, au lieu d’une maladie
sporadique, curable, peu grave, nous aurons une maladie épi­
démique : la dyssenterie des pays chauds. Associons mainte­
nant ces trois états : dyspepsie, diarrhée, dyssenterie, nous
aurons un premier groupe morbide.
Nous verrons plus loin l’influence de la chaleur sur les

' CHALEUR.

921

fonctions du système nerveux; mais, actuellement,, posons en
fait les troubles du grand sympathique sous l’influence de la
chaleur. Qu’A des troubles fonctionnels de l’estomac s’ajoute
l’action morbigène du grand sympathique, au lieu d’une di­
gestion difficile, nous aurons des indigestions persistantes.
Les vomissements continuerontabondants, aqueux, riziformes;
la diarrhée persistera, et si ces troubles sont poussés trop loin,
nous verrons certaines parties du corps se refroidir et surtout
les extrémités. Qui ne reconnaît là le tableau du choléra spo­
radique, dans sa forme la plus commune? Nous avons eu, au
mois de juillet, un malade que M. Fabre nous a signalé
comme présentant la forme de choléra décrit par Arétée, et
connu sous le nom de choléra des anciens; ici on trouve
des vomissements, des selles peu abondantes, jaunâtres et bi­
lieuses, avec tendance à l’adynamie, petitesse du pouls et
refroidissement des extrémités. Cette forme est plus grave
que la précédente, et notre malade a succombé; il est vrai
qu’un alcoolisme , franchement avoué, rendait la situation
plus dangereuse. Si nous ajoutons à cette première influence,
comme nous l’avons fait plus haut, une action inconnue, pro­
bablement miasmatique, nous aurons le choléra asiatique,
épidémique. Mais, disons-le en passant, cette forme de cho­
léra a le pouvoir de se propager loin de son point de départ,
en dehors de toute influence de température: c’est là, du
reste, une propriété commune à toutes les maladies épidémi­
ques, dont la loi est encore à trouver.
Le choléra sporadique, tel que nous venons de l’établir, se
rencontre particulièrement chez lesadultes; mais il sévit aussi
chez les enfants et le choléra infantile, chaque été, fait à Mar­
seille de nombreuses victimes. Indépendammentde l’influence
des chaleurs, nous disait M. Fabre, coexistent souvent deux
conditions pathologiques qui rendent cette maladie plus fré­
quente et plus grave; je veux parler de l’action du sevrage
sur le tube digestif, et en second lieu, de l’influence de la
dentition sur le système nerveux. — Dans ces cas, apparaissent fréquemment des troubles digestifs caractérisés par des
vomissements fréquents et des selles abondantes, troubles di­

�GARCIN.

CHALEUR.

gestifs correspondant à un état général très grave. Les yeux
sont excavés, le faciès est tiré, et, phénomène remarquable,
il se fait un amaigrissement si rapide, qu’au bout de quel­
ques heures le moindre pincement dessine des plis nombreux
sur la peau ; enfin, les extrémités se refroidissent et prennent
une teinte cyanique. Mais si la mort ne survient pas, après
quelques heures éclate une réaction franche, vive, réaction
typhique, aussi redoutable que la maladie qui l’a engendrée,
et qui simule quelque peu la méningite tuberculeuse.
11 est encore des cas où les phénomènes morbides sont mal
définis, où il est difficile de rattacher les symptômes à une
entité morbide. C'est un malaise général, une sensation de
brisement ou affaissement de tout l’organisme, avec troubles
digestifs. Du côté des voies digestives, nous avons la rougeur
et le pointillé de la langue, l’enduit saburral, la dyspepsie, la
soif, l’inappétence, les alternatives de constipation et de diar­
rhée; du côté du système nerveux, il y a céphalalgie et ten­
dance à l'insomnie ; l’individu est faible, brisé ; les membres
sont le siège de douleurs permanentes, et ces douleurs sont
surtout agaçantes, si l’on peut ainsi dire. Il se développe en­
core un petit mouvement fébrile, une légère élévation de la
température et, particularité assez notable, la température est
irrégulièrement distribuée, plus élevée au centre qu’à la péri­
phérie ; c’est ainsi qu’à une peau fraîche à la main, correspond
une peau de l’abdomen chaude et àcre. Dans la plupart de ces
cas, les éléments du diagnostic sont insuffisamment définis,
et il est difficile de se prononcer dans un sens ou dans l’autre;
c’est ce que nous voyons tous les jours appeler, trop facile­
ment peut-être, fièvre muqueuse, dothinenterie légère, fièvre
continue, mais qui certainement ne se rapporte à aucune de
ces dénominations. À notre avis, il serait plus simple d’indi­
quer par un néologisme (chose tant à la mode du jour) l’ori­
gine et partant la nature de cet état morbide.
Cet état n’est que l’atténuation d’un troisième groupe où les
phénomènes morbides sont plus prononcés. Au commence­
ment des chaleurs, et chez des individus vigoureux, se mani­
feste un état particulier caractérisé par un enduit jaunâtre de

la langue, une soif vive, de la douleur épigastrique, une cé­
phalalgie intense, une chaleur vive à la peau, un mouvement
fébrile rémittent. Cette affection est Yétat bilieux. Nous voyons
aussi se produire, sous l’influence prolongée de la chaleur et
surtout chez les individus faibles, débilités, chez les enfants
surtout, un état morbide que l’on appelle état muqueux. Ici
l’inappétence est persistante, mais les aliments semblent passer
plus facilement que dans l’état bilieux , l’enduit de la langue
est blanchâtre et moins épais, les gardes-robes sont aqueuses,
plus ou moins abondantes, le pouls est mou, l’affaissement est
général^
Supposons que les conditions pathogéniques du.premier de
ces états morbides s’aggravent, franchissons un degré de plus,
nous aurons la fièvre bilieuse, affection qui semble intermé­
diaire à la fièvre typhoïde d’une part, à la fièvre paludéenne
de l’autre, et qu’il est quelquefois difficile de distinguer de
l’une ou bien de l’autre de ces maladies.' En effet, à l’état
bilieux s’ajoutent des phénomènes généraux quelquefois assez
graves : langue brunâtre et sèche, hémorrhagies diverses et
particulièrement des épistaxis, faciès à teinte sub-ictérique ;
troubles nerveux, délire, [soubresauts des tendons. — Recon­
naître la fièvre bilieuse, nous a fait observer M. Fabre, est
quelquefois chose difficile, si difficile, qu’en France (excepté
à Montpellier où peut-être on la trouve trop souvent), on la
confond avec l’embarras gastrique si elle est. légère, avec la
fièvre typhoïde si elle est. grave ; tandis que dans les
pays paludéens, à Rome, par exemple, on la confond vo­
lontiers avec la maladie des marais, et cette erreur est d'au­
tant plus facile que les accès revêtent quelquefois le type
quotidien et même le type rémittent. Cependant la fièvre
bilieuse doit être maintenue dans le cadre nosologique
et voici les signes sur lesquels M. Fabre a fixé notre at­
tention pour établir le diagnostic. L’exploration de l’abdomen
peut être très utile pour distinguer une fièvre typhoïde d’une
bileuse. Dans la fièvre bilieuse, les taches lenticulaires man­
quent, le gargouillement iléo-cæcal est rare, la tympanite
et la diarrhée ne sont pas constants, les vomissements par

922

#

923

�924

GARCIN.

CHALEUR.

contre, sont beaucoup plus fréquents que dans la fièvre typhoï­
de. En outre, du côté du système circulatoire, on a des rémis­
sions irrégulières de température, beaucoup plus multipliées
et plus accusées dans la fièvre bilieuse que dans la fièvre
typhoïde, où les oscillations sont moindres et régulières ; les
hémorrhagies, eten particulier les épistaxis, qui se rencontrent
dans les deux affections, sont plus communes dans la fièvre
typhoïde et s’y montrent surtout au début. De plus, dans la
fièvre typhoïde, on a toujours une congestion broncho-pul­
monaire qui occupe les deux poumons et est surtout marquée
â la base; cette congestion se rencontre quelquefois dans la
fièvre bilieuse, mais elle est beaucoup moins accusée et man­
que souvent. Du côté du système nerveux, la lièvre typhoïde
nous présente un délire nocturne caractérisé par la divaga­
tion et des rêvasseries, tranquille, doux, monotone, avec
marmottement ; il est moins nocturne et plus agité dans la
fièvre bilieuse, où il est toujours accompagné d’une très vive
céphalalgie. — L’intoxication paludéenne à marche subcon­
tinue, qui n’est pas rare pendant les fortes chaleurs, offre
aussi de nombreux points de ressemblance avec la fièvre bi­
lieuse. Mais dans la maladie des marais, les oscillations de
température sont plus espacées: par contre, les ascensions du
thermomètre sont fortes et revêtent un caractère périodique,
comme nous avons pu le constater sur plus d'un malade.
À cet élément de diagnostic considérable que nous donne
le thermomètre s’ajoute quelquefois le développement de
la rate; hypermégalie qui, il est vrai, manque souvent
dans les formes sub-conlinues de l’intoxication. Notons
encore le retour périodique de certains phénomènes, tels
que coma et vomissements. — Enfin, il est un degré d’al­
coolisme où un examen superficiel pourrait faire croire à
une fièvre bilieuse. Nous avons eu dans le service trois
alcooliques dont la surface cutanée était d une belle couleur
canari et qui avaient en même temps un développement
fébrile du pouls nettement accentué; mais leur langue était
dépouillée, sèche, fendillée , et les phénomènes nerveux,
tremblement, hallucinations, nous mettaient facilement sur
la voie du diagnostic.

C’est d’après les remarques et les observations deM. Fabre,
que nous avons insisté sur le diagnostic différentiel de la fiè­
vre bilieuse etdesmaladies qui peuvent la simuler; mais nous
nous hâtons de dire qu’en faisant ce parallèle, notre but
a été principalement et seulement d’établir l’existence de la
fièvre bilieuse : étudier ou affirmer la nature de cette entité
morbide eut été au dessus de nos forces, et nous n’avions pas
si haute prétention.
En dernier lieu, nous trouvons encore, dans ce groupe
morbide, une maladie née sous l’influence miasmatique,
corroborante des états que nous venons de signaler; c’est la
fièvre jaune, dont le tableau pathologique n’est que celui de
la fièvre bilieuse porté â un degré de plus. La teinte sub-ictérique est ici plus prononcée, mais diffère de celle de l'ictère; les
douleurs sont extrêmement vives, très-aiguës ; les hémorrha­
gies ont pour siège de prédilection le tube digestif et surtout
l’estomac.
Telles sont les principales modifications morbides que subit
le tube digestif sous l’influence prolongée de la chaleur. En
se basant sur les notions précédentes, on peut classer ces ma­
ladies en trois groupes principaux. — Dans le premier groupe,
nous avons rangé des phénomènes inflammatoires aboutissant
à la dyssenterie dite sporadique, et ayant comme corollaire
une maladie née nous l’influence combinée de la chaleur et
de l'influence miasmatique, la dyssenterie des pays chauds.
— Au second groupe appartiennent des affections caractéri­
sées par un trouble dans les sécrétions avec altération fonc­
tionnelle du grand sympathique : c’est, en dernière analyse,
le choléra sporadique, rare chez l’adulte, commun chez l’en­
fant, et ayant pour maladie épidémique correspondante, le
choléra asiatique. — Le troisième groupe comprend un cer­
tain nombre d’états morbides que l’on peut ranger sous deux
degrés principaux ; embarras gastriques, fièvre bilieuse ; leur
congénère étant la fièvre jaune.
(A suivre.)

925

�920,

H. MIREUR.

REVUE SYPHILI06RAPIIIQUE
Par le Dr H. MIREUR.

L’Académie de médecine et la Société de chirurgie ont dis­
cuté il y a peu de temps, deux points importants de syphilio­
graphie. Nous croyons utile de déroger aujourd’hui à nos
habitudes pour faire de cette revue un résumé critique des
débats, qui se sont produits au sein de ces assemblées savan­
tes. Dans notre prochain article, nous reviendrons aux ouvra­
ges spéciaux, et nous donnerons une analyse détaillée de tous
ceux qui ont été publiés dans le courant de cette année.

Parmi les nombreuses questions que comprend l’étude de la
syphilis, il n’en est aucune qui présente à la fois plus d'inté­
rêt et plus de gravité que celle de la contagion. N’est-ce pas
en effet sur la connaissance des différents modes de la trans­
mission syphilitique que reposent toutes les lois de la pro­
phylaxie publique et de la prophylaxie privée ?
Cependant, malgré son extrême importance, le chapitre de
la contagion était resté méconnu pendant plusieurs siècles : à
peine si depuis une trentaine d’années, l’observation rigou­
reuse et attentive des faits est parvenue à dégager la vérité de
toutes les conceptions imaginaires, inventées par les anciens
syphiliographes. La contagiosité des accidents secondaires, pu­
bliquement démontrée. en 1835, par les expériences téméraires
de Walace, porta un coup fatal aux vieilles doctrines et fut le
point de départ de nombreuses découvertes. Quelques années
plus tard, les résultats positifs obtenus par Waler de Prague,
par Gibert, par l’anonyme du Palatinat et surtout par Pellizzari. de Florence, ne laissèrent plus aucun doute sur le pou­

SYPHILIOGRAPHIE.

927

voir contagieux du sang syphilitique. Ces deux sources de
contagion une fois connues, il était facile de préciser les dif­
férents moyens de transmission.
Un des modes de contagion, qui fut le plus étudié et en
même temps le plus discuté, parce qu’il devint un des points
les plus importants de l’hygiène sociale, fut celui de la trans­
mission de la syphilis par la vaccine. Déjà quelques faits re­
grettables avaient été signalés en Angleterre et en Italie,
lorsque deux procès célèbres intentés en Allemagne au vété­
rinaire IT ’* et au docteur Hnbner éveillèrent sur ce sujet
l’attention du monde médical. En 1859, M. Rollet fit à la cli­
nique de l’Antiquaille une première leçon sur la transmission
de la syphilis par la vaccine : mais c’est à son interne,
M. Viennois, que revient l’honneur d’avoir donnéà cette ques­
tion un grand retentissement par plusieurs mémoires remar­
quables. Après avoir réuni et contrôlé tous les faits cités avant
lui, cet auteur arriva à cette conclusion : « Si, avec le vaccin
d’un syphilitique porteur ou non d’accidents constitutionnels,
on vaccine un sujet sain, et que la pointe de la lancette ait
été chargée d’un peu de sang, en môme temps que du liquide
vaccinal, on peut transmettre par la même piqûre les deux
maladies : la vaccine avec l’humeur vaccinale, et la syphilis
avec le sang syphilitique. »
A dater de cette époque, cette question prit, une telle impor­
tance que, devenue l’objet d’un rapport deM. Depaul, elle fut
soumise à l’Académie de médecine (séanco du 29 novembre
1864). Une discussion mémorable s’engagea, et on se souvient
encore des vivacités de cette lutte scientifique. Les avis, trèspartagésau début, ne tardèrent pas à se rallier ; et les savantes
argumentations de MM. Depaul, Trousseau, Bouvier, Blot et
Devergie établirent d’une manière éclatante la possibilité de
la transmission syphilitique par la vaccine : déplus, à l’exem­
ple de MM. Rollet et Viennois, on plaça la source delasyphilis
vaccinale, non point dans le vaccin lui-même, mais dans le
globule sanguin peri-vaccinal.
La question de la syphilis vaccinale en était restée à ce point,
sauf le récit de quelques nouveaux faits, lorsque, il y a deux

�H. MIREUR.

SYPHILIOGRAPHIE.

mois, elle fut incidemment remise à l’ordre du jour. Dans son
rapport de 1807 sur la vaccine, M. Depaul avait posé des con­
clusions favorables à la vaccination animalé au détriment de
la vaccination humaine : mais M. Jules Guérin qui, sur ce
sujet, ne professe point les mêmes idées que le savant rappor­
teur, a attaqué énergiquement ces conclusions et en a appelé
au jugement de l’Académie. Loin de nous, la pensée de vouloir
donner de cette discussion un compte-rendu très complet :
nous nous bornerons à résumer brièvement, au seul point de
vue de la syphilis, les divers arguments fournis par les ora­
teurs.
C’est M. Jules Guérin qui commence l’attaque. A son avis,
les faits de syphilis vaccinale observés jusqu’à ce jour 11e sont
pas encore suffisants pour démontrer d’une manière bien évi­
dente l’existence réelle de ce genre de contamination et surtout
pour ébranler la confiance qu ’011 doit accorder à la vaccine
jennérienne. Examinant ensuite toutes les observations re­
cueillies depuis la dernière discussion de l’Académie, ilneleur
trouve pas un caractère assez précis pour 11e pas les discuter.
De même que M. Blot, lors de la discussion de 48G5, affirmait
qu’il ne s'était pas encore produit un seul fait bien détaillé et
bien 'probant capable de démontrer que le virus vaccin, à lui
seul, ait pu communiquer la vérole, de même il ne voit pas,
lui aussi, dans les faits ultérieurs des cas bien évidents de
syphilis : en effet, les enfants contaminés n’ont-ils pas guéri,
et la plupart sans traitement ? M. Guérin trouve à ces acci­
dents une explication beaucoup plus naturelle en les attri­
buant à l'influence de plusieurs états pathologiques, tels que
l’érysipèle, la scrofule, le pemphigus, etc., bien plutôt qu’à la
syphilis. Du reste, toutes les expériences tentées en vue de dé­
montrer l’inoculation possible de la syphilis par la vaccine
sont restées infructueuses, et les nombreuses observations
négatives de M. Delzenne apportent à son opinion un puissant
appui. M. Guérin se trouve donc en droit de formuler la pro­
position suivante : « La vaccine est susceptible de subir cer­
taines influences morbigènes qui en altèrent la physionomie
et substituent à son évolution normale un travail ulcératif

plus ou moins compliqué et dont l’aspect offre parfois les ap­
parences de la syphilis, Mais les cas de cette sorte, outre qu’ils
ne peuvent être rapportés à l’origine syphilitique, ne se com­
portent, ni dans leur évolution, ni dans leur traitement sui­
vant les lois de la pathogénie et du traitement de la syphilis.»
En réponse au discours de M. Guérin, M. Depaul examine
et discute tour à tour les divers arguments fournis par son
habile contradicteur. Et d’abord l’opinion de M. blot a été fort
mal interprétée : M. Blot croit à la syphilis vaccinale, mais il
ne croit pas à la contagiosité du vaccin parfaitement pur, sans
mélange de sang syphilitique. Quant aux expériences de
M. Delzenne, il ne faut pas non plus leur attribuer la signifi­
cation que leur attache M. Guérin, puisque l’expérimentateur
lui-même, qui croit à l’existence de la syphilis vaccinale, a
cherché à démontrer que c’était le sang syphilitique et non
le vaccin qui donnait la syphilis. D’ailleurs, la plupart des
faits mentionnés, et entre autres ceux d’Auray, ceux du Lot,
et ceux de l’Académie, qui sont aussi ceux qu’il a lui-même
observés et dont il garantit le diagnostic, sont suffisamment
établis, malgré les dénégations de M. Guérin, pour ne laisser
aucun doute sur l’existence de la syphilis vaccinale, cette
triste et terrible réalité que tout le monde admet aujourd’hui,
et qu’il importe de détruire.
Après M. Depaul , M. Bouchardat, prenant la parole «
cherche à démontrer les exagérations des deux orateurs qui
l’ont précédé à la tribune : M. Guérin a trop nié et M. Depaul
trop affirmé. La syphilis vaccinale existe, mais elle est une
exception d’une immense rareté : il 11e convient donc pas
d’exagérer la portée des faits et surtout de répandre l’alarme.
Du reste, et d’après une thèse deM. Eugène Bourdais, la sy­
philis vaccinale ne présenterait qu’une gravité relative, puis­
que sur 70 enfants contaminés par la vaccination et très im­
parfaitement traités, il 11e s’est produit, après trois ans, aucun
accident tertiaire : de plus, on n’a constaté, sur ce même nom­
bre et pendant la même période, que deux décès par autre
cause que par la syphilis. Ces chiffres ne pourraient assuré­
ment pas être plus rassurants, puisqu'ils restent en dessous de

92S

929

�030

H. MIREUR.

la mortalité moyenne à cet üge ! Que les pusillanimes ne se
livrent donc plus à des craintes chimériques !
A l'exemple de M. Guérin, ÏI. Bousquet nie d’une manière
absolue l’existence de la syphilis vaccinale. «Ouest, dit-il,
le fait qui nous montre la syphilis transmise en môme
temps que la vaccine ? . . . . Si la syphilis vaccinale existait en
réalité, comment donc aurait-elle échappé si longtemps à
l’observation attentive des vaccinateurs, des mères, des famil­
les, de leurs médecins ordinaires?.... Vous demandiez à
M. Guérin si, ayant des enfants, il les inoculerait avec du vac­
cin de syphilitique?__ A mon tour, je vous interroge : Je
suis en pleine épidémie de variole et n’ai sous la main qu’un
vaccinifère manifestement syphilitique : devrai-je m’abstenir
de vacciner et laisserai-je faire la variole ? »
M. Hérai'd, ayant la parole, s’étonne que la question de la
syphilis vaccinale ne soit pas jugée après la savante argumen­
tation de M. Depaul. La transmission de la syphilis par la vac­
cine n’est point douteuse ; elle est démontrée par plusieurs
faits incontestables, e t. « il doit suffire de rappeler cette
malheureuse série de syphilis vaccinales, qui ont pris leur
origine dans cette académie même. » Si, en outre, on réfléchit
aux profondes différences qui existent entre la syphilis congé­
nitale et la syphilis inoculée, on ne trouvera pas étonnant que
quelques-uns des enfants contagionnés aient guéri sans trai­
tement et sans jamais présenter d’accidents tertiaires. Quant
aux expériences de M. Delzenne, quelle est la véritable cause
des résultats négatifs qu'elles ont produits? elle réside tout
entière dans cette double précaution, à laquelle cet expéri­
mentateur n’a jamais manqué : « prendre du vaccin pur sans
mélange de sang, et laver sa lancette après chaque vaccina­
tion. — C’est une confirmation expérimentale des opinions de
MM. Yiennois et Rollet sur la transmission de la syphilis par
le sang, non par le vaccin. »
Après quelques hésitations, M. Ricord s’est décidé à monter
à la tribune. Son intervention était attendue avec une curio­
sité d’autant plus grande que l’illustre sypliiliographe avait
conservé, en 1865, une plus prudente réserve. On n’avait pas

SYPHILIOGRAPHIE.

931

oublié, en effet, les dernières paroles prononcées à cette épo­
que par M. Depaul : « Quant àM. Ricord, avait dit cet orateur,
il n’a pas voulu arborer son drapeau, et ses nombreuses réti­
cences île me permettent pas de le classer. Il a bien laissé voir
qu’il était profondément ébranlé ; plus d’une fois il a été sur
le point de passer dans mon camp, mais il n’a pas été plus
loin, et si dans quelques années l’Académie est appelée à s’occu­
per du même sujet, il lui sera loisible d’intervenir comme un
homme qui n’a rien abandonné de ses anciennes doctrines. »
M. Ricord croit à l’existence de la syphilis vaccinale, dont
il s’est vu forcé d’admettre la réalité, malgré toute sa répu­
gnance : mais il la considère comme « très-rare, excessive­
ment ra re , très-difficile à reproduire alors mémo qu’on
inocule le vaccin de sujets notoirement syphilitiques. » Si on
a multiplié à l’infini les faits de syphilis vaccinale, c’est qu’on
a considérablement exagéré, « c’est qu’on a rassemblé un grand
nombre d’observations qui n’avaient pas trait à la syphilis. »
Comme M. Guérin, M. Ricord est étonné du grand nombre
d’enfants guéris sans traitement ; il est d’autant plus surpris
de pareils résultats, que sa grande pratique lui fait considérer
la syphilis infantile, môme inoculée, comme très-grave et
très-difficile à guérir. Mais, d’un autre côté, M. Guérin à un
peu exagéré, quand il a dit que le diagnostic absolu de la sy­
philis était vague et incertain ? M. Ricord, au contraire, « ne
connaît rien, en médecine ou en chirurgie, de plus facile à
diagnostiquer que la syphilis dans l’immense majorité des
cas. » Si donc, dans quelques circonstances on a, sans raison,
attribué à la syphilis certains accidents consécutifs à la vac­
cine, c’est qu’on s’était mépris par trop de précipitation : qu’on
observe les caractères des faits avec attention et avec calme, et
de semblables méprises ne se produiront plus !
La syphilis vaccinale étant admise, quelles en sont les con­
ditions pathogéniques ? il faut prendre garde d’accepter avec
une trop facile confiance les théories imaginaires; et cette dis­
tinction séduisante établie entre le sang et le vaccin ne seraitelle pas le fruit d’une conception trop fantaisiste? Comme
preuve, M. Ricord ajoute : « J’avais demandé ici, à l’Académie,

�932

H. MIREUR.

du virus vaccin le plus pur possible : Je l’ai remis à M. Robin ;
il contenait des globules sanguins en quantité. — Disons-le
donc, si la syphilis peut venir du bouton vaccinal, elle peut y
être puiscc dans le vaccin aussi bien que dans le sang. »
Après M. Ricord, M. Chassaignac, sans vouloir prendre une
part directe aux débats, vient insister sur un document capa­
ble de dissiper les incertitudes exprimées par plusieurs de ses
collègues. Il s’agit du premier exemple de syphilis vaccinale
qui ait été observé dans les hôpitaux de Paris, en date de 1803.
Ce fait, qui avait été soumis à l’appréciation de tous les mé­
decins de Lariboisière et de la Société de chirurgie, est -d'une
authenticité et d’une précision inattaquables.
M. Guérin ayant manifesté le désir de ne répondre que sur
.texte à l'argumentation de M. Depaul, la discussion sur la vac­
cine et sur la syphilis vaccinale est provisoirement inter­
rompue.
Si nous voulions dès à présent apprécier cette discussion au
point de vue des résultats qu’elle doit produire, il nous serait
diffiieile de dissimuler nos inquiétudes, nous pourrions même
dire nos regrets, à la vue du trouble et de la confusion que
vont faire naître dans les idées de certains esprits des avis si
différents, des opinions si opposées, des contradictions si for­
melles. En effet, après les efforts et les affirmations de M. De­
paul, après les doutes et les dénégations de M. Guérin, est-il
encore permis de poser une seule conclusion bien précise sur
la syphilis vaccinale?.... nous n’oserions pas l’affirmer.
Peut-être avant le discours de M. Ricord, aurions-nous pu dire
que cette question si délicate en était restée au point où l’avait
laissée l’Académie en 18G5, c’est-à-dire au même point où eüe
avait été placée, dès 18G0, par MM. Rollet et Viennois; mais
aujourd’hui que le célèbre syphiliographe nous a appris que
le vaccin le plus pur contient toujours quelques globules san­
guins, pouvons-nous encore considérer la transmission de la
syphilis par la vaccine comme la conséquence naturelle de la
contagiosité du sang syphilitique?... Cette théorie était
cependant bien séduisante et surtout bien rationnelle : exa­

SYPHUROGRAPHIE.

933

minons au moins, avant de l’abandonner, si les arguments
élevés contre elle sont assez sérieux et assez logiques pour
ébranler et pour détruire les convictions qui nous l’avaient
fait accepter.
• Nous venons de dire : après les deux discussions successives
de l’Académie, il n ’est plus possible de donner sur la syphilis
vaccinale une seule conclusion bien précise. Cette réflexion,
qui paraît exagérée au premier abord, est au contraire d’une
très grande exactitude. En effet, après avoir admis l’existence
de la syphilis vaccinale, qui ne peut plus aujourd’hui être
raisonnablement contestée, puisque des faits multiples, dé­
taillés et authentiques, en attestent la triste réalité, quelle
autre affirmation oserons-nous avancer? Dans quelles condi­
tions, par quel mécanisme, quand et comment se produit cette
syphilis? Est-ce le sang, est-ce le vaccin qui sert d’agent de
transmission? Quelles sont les précautions que doit prendre
le vaccinateur pour mettre le vacciné à l’abri de tout danger?
A quel âge l’enfant peut-il être considéré comme un vaccinifère irréprochable, c’est-à-dire jusqu’à quel âge la syphilis
congénitale peut-elle rester latente?... Ce sont là autant de
questions soulevées par l’Académie, mais qui ne sont pas
résolues. Or, en présence de ces doutes, de ces hésitations de
la savante Assemblée, la plus haut placée dans la hiérarchie
médicale, quelle sera l’opinion, quelle devra être la conduite
du médecin? À son tour, il ne pourra que craindre et hésiter.
Mais, si au lieu de subir l’influence de ces incertitudes, nous
continuons, jusqu’à preuves meilleures, à accepter les doc­
trines de l'Ecole Lyonnaise, nos hésitations disparaissent et
notre ligne de conduite est parfaitement tracée. D’ailleurs,
l’opinion de MM. Rollet et Viennois, ne l’oublions pas, fondée
naguère sur la seule puissance du raisonnement, repose désor­
mais sur une base plus solide et presque immuable, celle de
l’expérience. Les nombreuses inoculations de M. Delzenne
sont pour nous une garantie suffisante : elles ont dissipé nos
craintes, pourquoi ne nous inspireraient-elles pas une légi­
time confiance? Croyons à l’existence de la syphilis vaccinale,
mais n ’en exagérons ni la gravité, ni la fréquence ; et tant
60

�m

H. MIREUR.

qu’un jour nouveau ne viendra pas éclairer celle question si
controversée, regardons la transmission de la syphilis par la
vaccine comme le simple corollaire de la virulence du sang
syphilitique. Les sources de contagion, démontrées par la
pratique, sont déjà trop nombreuses ; il ne faut pas qu’une
théorie arbitraire vienne imprudemment en grossir le
nombre !
§H.
En même temps que l’Académie de médecine consacrait ses
séances à l’étude de la syphilis vaccinale, M. Liégeois présen­
tait à la Société de Chirurgie le relevé statistique de ses obser­
vations sur le traitement de la syphilis par les injections
hypodermiques de deuto-chlorure ' de mercure. Déjà, dans
notre dernière Revue, nous avions dit quelques mots de cette
méthode : ajoutons aujourd’hui les principaux développe­
ments que nous offre la communication détaillée de l’expéri­
mentateur.
Après avoir suivi pendant quelque temps la pratique de
Lewin, et malgré les bons effets qu’il en obtint, M. Liégeois
crut devoir renoncer à ce procédé à cause des phénomènes
inflammatoires, qui se produisaient souvent sur la piqûre.
Pour obvier à cet inconvénient, il composa une solution
moins concentrée, dont nous avons déjà donné la formule
exacte (environ 2 milligrammes de sublimé pour 1 gramme
d’eau), et grâce à laquelle il évita toute réaction locale. Cette
solution, injectée avec la seringue de Pravas, est employée
tous les matins en deux injections successives faites sur cha­
que malade dans le tissu cellulaire du dos : l’une à droite, et
l’autre à gauche. Telle a été, pendant toute la durée de ses
recherches, c’est-à-dire depuis le mois d’octobre 18G7, date de
ses premiers essais, la pratique du chirurgien du Midi. Ses
observations portent sur une série de 19G sujets traités depuis
le 15 janvier jusqu’au 1" décembre 18G8. Sur ce nombre:
« 127 ont été notésguéris à leur sortie ; G9 ont été notés amé­

SYPH1LIOGRAPHIE.

933

liorés. Pour les guéris, le nombre moyen d’injections a été
de G8 ; pour les améliorés, de 50. Le nombre des récidives a
été, pour les guéris, de 12 (9.45 %) ; pour les améliorés, de 14
(20.30 7.). »
Ces chiffres sont sans doute imposants, mais convient-il de
les accepter avec une confiance absolue, c’est-à-dire n’avonsnous pas à craindre que ce relevé si précis ne soit un peu pré­
maturé? Jusqu’à présent la véritable signification de ces ré­
sultats ne se rapporte qu’aux premiers accidents de véroles
récentes, mais qu’adviendra-t-il plus tard? Il suffit, en effet,
d’avoir suivi attentivement l’évolution insidieuse de la syphi­
lis pour ne pas se dissimuler les grandes déceptions aux­
quelles peut exposer une trop précoce assurance. N’oublions
pas que le sommeil du virus, si bien entrevu par les premiers
syphiliograplies, reçoit souvent encore de tristes démonstra­
tions : souvenons-nous aussi que ce n’est point sans raison
si la syphilis a été quelquefois comparée à ce monstre sans
cesse renaissant de la mythologie grecque ! Et certes, si nous
faisons ces restrictions, ce n’est pas que nous refusions de
croire au mérite et à la valeur des observations présentées
par M. Liégeois : nous les croyons au contraire appelées à
rendre impuissant service à la thérapeutique; mais nous
voudrions prévenir un trop rapide enthousiasme, aûn que si
plus tard quelques déceptions se produisaient, cet engoue­
ment lui-même, comme il arrive parfois, ne devint pas pour
celte méthode la principale cause d’abandon.
Après la communication de M. Liégeois, M. Desprès s’est im­
médiatement emparé de la statistique qu’il venait d'entendre,
et il l’a discutée avec une ardeur d’autant plus grande qu’il
avait entrevu la possibilité d’une nouvelle croisade contre le
mercure. Cette attaque n’a pas manqué, mais elle n’a pas été
plus heureuse que celle de 1867. A la statistique du chirur­
gien du Midi, le chirurgien deLourcine a opposé la statistique
de son service: et cependant, malgré les nombreux succès
qu’il a fait valoir, le traitement tonique etréparateur est resté
sans adeptes. D’ailleurs la Société de chirurgie, déjà édifiée
sur les arguments de M. Desprès, est trop convaincue de l’ac­

�936

H. MIREÜR.

SYPHILIOGRAPHIE.

tion et de la puissance des mercuriaux dans le traitement de
la syphilis pour se laisser ébranler : aussi M. Forget a-t-il
très heureusement résumé l’opinion générale en disant: «Il
faut une foi bien robuste pour rompre ainsi avec la tradition
des Maîtres, qui ont puisé dans une observation prolongée
l’enseignement qu’ils nous ont transmis.
« C’est à mon sens une chose bien grave que de remettre
ainsi en question des vérités thérapeutiques universellement
acceptées, surtout quand il s’agit d’une affection qui, mal at­
taquée à son début, peut avoir les conséquences les plus fu­
nestes, non-seulement pour l’individu, mais encore pour
l’espèce.
« Avant de chercher à démolir un système de traitement
mercuriel q u i, sagement conduit, est, dans ma conviction,
d’une efficacité incontestable , démontrez-nous son impuis­
sance préservatrice, et faites au même point de vue la preuve
de la supériorité curative du traitement que vous proposez.
« Tant que vous ne l’aurez pas faite, la Société de chirurgie,
dont les faits et gestes fixent au plus hautpoiut l’attention des
praticiens, trouvera dans son sein des voix autorisées pour
repousser la thérapeutique que l’on propose, et que, pour ma
part, je considère comme l’inspiration d’une témérité dange­
reuse. »
Ces paroles n'ont besoin d’aucun commentaire, puisqu’elles
sont l’expression fidèle de sentiments à peu près unanimes.
Disons cependant que de tout temps le mercure a été en butte
aux persécutions de quelques détracteurs, et q u e, malgré
ces attaques incessantes, il a toujours été considéré sinon
comme le spécifique de la vérole, du moins comme le remède
le plus efficace qu'on puisse opposer à cette cruelle maladie.
Autrefois, c'est-à-dire à l’époque où ce médicament était
employé sans discernement et sans réserve, quelques prati­
ciens d’élite, tels que Fergusson, Itose, Guthrie etc., durent
parleur exemple aussi bien que par leurs écrits réagir contre
les funestes abus qui se commettaient journellement. Mais
aujourd’hui que l'action physiologique du mercure est si
bien connue, aujourd’hui que son usage est indiqué avec

tant de précision, aujourd’hui surtout que ses effets sont écla­
tants pour tous les yeux qui ne refusent pas la lumière, est-on
encore en droit de suspecter son action?
M. Liégeois, dans la partie théorique de sa communication,
que le manque d’espace m’a empêché d’analyser, nous a dit :
« Le sublimé, et probablement tous les sels mercuriels, peu­
vent agir sur l’organisme sain de trois façons, suivant les
doses données : à petite dose, il est reconstituant : à dose plus
forte, il débilite; à dose plus forte encore, il est toxique, p
Cette loi, qui est en parfaite harmonie avec les expériences
du Dr H. Aimés, est pour nous une source d’indications pré­
cises : elle seule suffirait à guider notre pratique, s’il nous
restait quelques doutes sur l’emploi de ce médicament pré­
cieux. Mais, à notre avis, il en est du mercure comme de tous
les agents les plus actifs de la thérapeutique, la digitale, l'ar­
senic,.JTopium, la belladone, etc., qui, suivant les doses et
suivant l’opportunité de leur administration, produisent des
effets différents, salutaires ou pernicieux. Cependant hésite-ton à les prescrire, lorsqu’une indication en réclame l’emploi?
Employons donc le mercure, puisque la longue expérience des
maîtres nous le recommande comme l’agent le plus favorable
à l’élimination du virus syphilitique : mais ne le donnons
qu’avec une sage réserve, puisque nous savons que son usage
immodéré est nuisible à l’organisme. Que ceux qui doutent
encore cherchent à s’éclairer! mais qu’ils se souviennent au
moins qu’il est toujours blâmable de flatter sans raison les
préjugés populaires, au détriment de la santé publique !
Dr H. Mireur.

937

�938

A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.
Étude critique de l’embolie dans les vaisseaux veineux
et a rté rie ls, par le DT Emile Bertin.

On ne pourra plus dire désormais que l’Ecole de Montpellier,
absorbée dans la méditation de ses doctrines et dans la con­
templation du passé, néglige d’examiner les travaux de la
science contemporaine. La question toute récente de l’embolie
avait été en France, en Allemagne et en Angleterre l’objet de
recherches nombreuses : le moment était venu de réunir dans
un traité dogmatique et critique les résultats de toutes les
éludes cliniques et expérimentales entreprises sur ce sujet :
telle est la tâche que vient d'accomplir un agrégé de la Faculté
de Montpellier, le docteur Emile Bertin.
Un historique très-détaillé constitue le chapitre premier de
l’ouvrage. Ecartant les prétentions émises par nos compatrio­
tes, M. Bertin accorde sans partage à Virchow la découverte
de l’embolie. C’est le 2 août 1845, à une séance solennelle de
l’Institut médico-chirurgical de Frédéric Guillaume, que Vir­
chow Fit sa première communication, bientôt suivie de nou­
veaux mémoires qui, contrairement à ce qui se passe le plus
souvent en France, ne soulevèrent en Allemagne ni objections
jalouses ni mesquines réclamations. Mais M. Bertin se montre
bien sévère envers Legroux qui, par ses recherches sur les
concrétions cardiaques et vasculaires, fut certainement, pour
ce qui concerne l’embolie, le précurseur de Virchow. On ne
saurait, par contre, lui en vouloir de n’avoir pas cité les ob­
servations de Lenoir, publiées dès 1837, et où le ramollisse­
ment du cerveau coïncidait avec la gangrène des extrémités :
Lenoir avait eu réellement affaire à des cas d’embolie ; il les
avait observés, mais il ne les avait pas expliqués.

BIBLIOGRAPHIE.

939

Idée générale de l’embolie, formation des caillots, leurs ca­
ractères anatomiques, les moyens de les distinguer des caillots
autochtones et des caillots d'agonie, tel est l’objet d’un second
chapitre, où, entre autres questions préliminaires, estexaminée
celle de la vitesse relative du sang dans les artères et les veines ;
M. Bertin se livre, à cet égard, à une discussion qui tend à
établir la rapidité plus grande du courant dans le système ar­
tériel; il arrive ainsi à nier, conformément aux données de
la théorie, la possibilité de la coagulation spontanée du sang
dans les artères ; à cette règle, ne ferait pas exception l’artère
pulmonaire, d’après notre auteur, qui combat sur ce point les
opinions de Ballet de Lancereaux.
Diverses sont les origines de l’embolie ; aussi, M. Bertin
consacre-t-il un chapitre important à la pathogénie de cette
affection. Des corps étrangers au sang peuvent pénétrer dans
les vaisseaux et y jouer un rôle analogue à celui des caillots
sanguins ; l’auteur les passe tout d’abord en revue et déploie,
dans cette énumération, une érudition remarquable. Opposé
à la théorie de Wagner sur les embolies graisseuses, il est,
par contre, assez disposé à ranger l’air atmosphérique dans la
catégorie des emboles venus du dehors ; les expériences de
Panum, celles de Virchow, de Perroud, de Chauveau, de
Marey, lui paraissent démontrer que le cœur n’est pour rien
dans les phénomènes morbides observés dans ces circonstances,
et l’hypothèse d’un obstacle à la circulation pulmonaire, déjà
soutenue par Oppolzer et par Bail, puis combattue par Oré et
Vergely, et enfin adoptée par Feltz, lui paraît beaucoup plus
vraisemblable.
Ces détails une fois donnés sur les causes exceptionnelles
de l'embolie, notre savant auteur arrive à la cause dominante
de ce phénomène morbide, c’est-à-dire à la thrombose vascu­
laire. Il faut lire ces pages intéressantes et instructives où la
coagulation du sang est parfaitement étudiée dans son pro­
cessus intime et dans ses divers mécanismes.
Après avoir réfuté les théories de Richardson, de Lister et
de Brücke, et prouvé que le mouvement du sang n’agit pas
pour en empêcher la solidification, M. Berlin, étudiant le rôle

�910

A. FABRE.

et les métamorphoses de la fibrine dans l’économie, question
qui touche aux plus graves problèmes de la physiologie nor­
male et pathologique, se livre à une dissertation aussi belle
que bien conduite. Sans cesse transformée par les lois de la
désassimilation, la fibrine normale ne peut se coaguler qu’à
la condition d’être soustraite aux réactions oxydantes qui en
modifient perpétuellement la constitution moléculaire. Les
obstacles à ces réactions peuvent être de deux catégories :
mécaniques et chimiques. Telle est la théorie fondamentale
de notre auteur ; telle est la base de sa division des phénomè­
nes emboliques:
Sont, étudiées ensuite, et toujours avec le plus grand soin,
la forme des coagulums, les conditions qui amènent leur
détachement et les circonstances qui président à la distribu­
tion des caillots migrateurs ; des tableaux statistiques font
connaître les principaux points de départ et les principaux
points d’arrivée des emboles.
Dans ces tableaux, la rareté de la thrombose artérielle s’af­
firme par le rôle effacé que joue cette source assez inactive
d’emboles périphériques.
On y voit aussi que les cavités du cœur fournissent un con­
tingent minime, et que c’est aux valvules qu’il faut placer les
foyers les plus productifs. Entre les cavités du cœur, l’avan­
tage reste manifestement aux ventricules. Enfin la valvule
mitrale a fourni deux fois plus d’embolies que les valvules
aortiques. La règle établie par Colin, que les embolies cardia­
ques vont toujours du côté gauche, et principalement dans
l’artère sylvienne, n’est erronée que par son absolutisme.
Après l’histoire des causes et des principaux sièges de l’em­
bolie, devait naturellement arriver l’étude des effets produits
par les emboles. M. Berlin examine d’abord les phénomènes
communs aux emboles de diverses régions. Cherchant dans
les parenchymes obstrués les motifs d’une inconstance de ré­
sultats que Panum et Virchow ont vainement poursuivie dans
la constitution propre de l’embole, le médecin de Mont­
pellier est d’abord frappé par un fait remarquable : c’est
que les poumons et le foie sont les seuls organes où les caillots

BIBLIOGRAPHIE.

941

migrateurs possèdent réellement des propriétés irritantes. Or,
ces organes ont le privilège exclusif d’une double circulation.
Bien plus, le poumon et le foie obéissent diversement euxmémes aux provocations identiques des caillots étrangers, sui­
vant que ces derniers arrivent dans les ramifications des artères
hépatiques et bronchiques ou dans les subdivisions de la
veine-porte et de l’aorte pulmonaire : l’obstruction de ces
derniers vaisseaux congestionne, au lieu de les anémier, les
tissus auxquels ils se rendent ; ce qui les prédispose à un tra­
vail inflammatoire. Voilà, en résumé, une autre discussion,
toujours habilement conduite par l’auteur. Ce n’est d’ailleurs
pas seulement à la discussion qu’il se livre. Une expérience
ingénieuse et qui concorde en tous points avec celle que
Prévost et Cottard imaginaient simultanément, lui permet
d’établir que, lorsqu’une branche artérielle est obstruée, la
pression qui s’économise en ce point se répartit, mais inéga­
lement, sur tout le reste du système. Les branches qui dépen­
dent du même tronc principal sont considérablement favorisées
dans la nouvelle distribution.
Les embolies capillaires sont-elles soumises aux mêmes lois
que les autres? Feltz ne l’a point pensé, M. Bertin, par contre,
le soutient, mais en reconnaissant que les dernières ramifica­
tions vasculaires résistent peu à la distension embolique et peu­
vent, en se déchirant, produire des infarctus hémorrhagiques.
Sur la question des rapports de l'embolie avec l’infection
purulente, notre auteur ne s’accorde complètement non plus
ni avec Feltz ni avec Virchow. D’après Virchow, l’embolie ne
détermine de processus phlegmasique que lorsque les caillots
sont imbibés des sucs provenant d’un pus putride. L’infection
purulente ne peut réaliser et localiser ses provocations inflam­
matoires que par le secours des caillots erratiques, fixant dans
les régions où la petitesse des vaisseaux les maintient enclavés,
les menaces trop superficielles de lasepticémie; par conséquent,
à son tour, la métastase ne subsiste que par la théorie des
migrations vasculaires.
Après avoir combattu l’opinion qui limite au cas d’infec­
tion purulente les manifestations phlegmasiques de l’embolie,

�942

A. FABRE.

M. Berlin concède à Virchow que l’infection purulente utilise
l’embolie pour réaliser ses localisations multiples. Il est moins
conciliant envers l’opinion de Feltz, qui tendrait à faire passe
l’infection purulente dans le cadre de l’embolie.
De l’ensemble passant aux détails, notre savant collègue
étudie les phénomènes particuliers de l’embolie dans les divers
organes. Après avoir réfuté la théorie de Virchow et celle de
Panum sur le mécanisme de la mort par embolie pulmonaire,
il nous donne son interprétation. C’est l’interruption de l’oxy­
génation sanguine qui lui paraît ici la cause de la mort. A
côté de ces discussions pathogéniques, le tableau dés symptô­
mes est tracé d’une manière exacte, mais relativement écourtée;
on voit que l’auteur sacrifie un peu aux tendances actuelles
qui préfèrent les attrayants mais obscurs problèmes de la phy­
siologie pathologique aux saines données de la clinique.
L’Allemand Gerhardt, queM. Bertin ne cite pas, est le médecin
qui a poussé le plus loin l’étude clinique de l'embolie pulmo­
naire.
L’embolie encéphalique, la plus importante, à mon sens, de
toutes les embolies, a été, dans le beau livre de M. Bertin,
l’objet d’un chapitre relativement écourté, sans doute parce
qu’elle présente aujourd’hui peu de problèmes à résoudre.
Au point de vue du diagnostic, cependant, son histoire est loin
d’ôtre achevée car, dès le moment où, contrairement aux re­
cherches de Senhouse Kirkes et de Huglings Jakson, que notre
auteur n’a pas cités, l’on refuse de la valeur au symptôme
aphasie, l’hémiplégie droite ne suffit certainement pas à elle
seule pour guider le praticien. Ajoutons que moins exclusif
queTurckwel, M. Bertin apprécie sainement le rôle des embo­
lies dans les chorées graves. Il se laisse un peu plus facilement
communiquer l’enthousiasme de Liebreich, qui voit dans les
phénomènes de l’embolie oplithalmique un moyen puissant
de diagnostic dans les maladies du cœur.
Les phénomènes particuliers à l’embolie des membres parais­
sent, au premier abord, moins susceptibles que les autres de
fournir matière à des recherches originales. Cependant l’ingé­
nieux médecin de Montpellier a institué des expériences qui

BIBLIOGRAPHIE.

913

prouvent que la paralysie, bien qu’étant un résultat terminal
de l’embolie des membres, n’en est pas cependant la suite
immédiate.
Un résumé très-érudit des phénomènes produits par les emboles viscéraux et en particulier ceux des intestins et des reins,
termine cette étude des effets de l’embolie dans les diverses
parties du corps. Enfin un aperçu thérapeutique, courageux
mais infructueux effort où la science moderne ne fournit à
l’auteur qu'un point d’appui insuffisant, termine le bel ouvrage
de l’agrégé de Montpellier.
Nous n’avons pu donner de ce livre qu’une analyse fort
incomplète, insuffisante pour le résumer et permettre d’en
apprécier la valeur, suffisante pour faire soupçonner le nombre
et l'importance des questions qui y sont examinées. Cet ou­
vrage a un caractère spécial qui lui donne, mon sens, une
grande valeur, c’est qu’il unit, dans de justes mesures, deux
procédés de la méthode qu’on isole trop souvent, l’expérience
et le raisonnement. Ecrit dans un style quelquefois pompeux
mais toujours agréable, il nous présente le trop rare mérite
de joindre à sa valeur scientifique un véritable cachet litté­
raire. Que l’auteur en reçoive nos sincères félicitations.

�911

ISNARD.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MEDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance imprimée. — Nécrologie.—
Rapport : Du Meilleur procédé pour guérir la cataracte sénile.—Nomination.

Séance du 9 Octobre 1S69. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée. —Bulletin de l’Académie royale demédecine de Belgique. — Bulletin médical du nord de la France. —Collezione
dellernemorie chirurgicheedostetriche del profcssoreF. Piizzoli, Bolo­
gne 1869. —Bulletin de lasociété médicale du Haut-Rhin. — Bulletin
de la Société des Sciences médicales du grand-duché de Luxembourg.
— Bulletin des séances de la Société royale des sciences médicales et
naturelles de Bruxelles. — Journal de médecine mentale. — Journal
de médecine de l’Ouest. — Bulletin de l’Association française contre
l'abus du tabac. — Séances de la société locale de la Charente. —
Annales de la Société de médecine d’Anvers.
En ouvrant la séance, M. le Président annonce la mort de M.
Roux, de Brignoles, et dans une chaleureuse allocution, il retrace
la vie, les travaux de ce vénéré confrère, les services qu’il a rendus
à l’enseignement et les regrets unanimes qu’il laisse après lui.
Ordre du jour. Première partie. — M. Peyron lit le rapport suivant
sur la candidature de M. Schœnenberg au titre de membre titulaire:
A l’appui de sa candidature, M. Schœnenberg vous a adressé un
mémoire intitulé : Du Meilleur procédé pour guérir la cataracte sénile.
Il était naturel que notre confrère, qui est venu se fixer dans notre
ville pour y exercer d’une manière spéciale l’ophthalmologie, choisit
un sujet qui lui était familier, et dont le but est de vulgariser un
procédé opératoire qui depuis quelques années est venu apporter un
perfectionnement immense dans l’opération de la cataracte. Je veux
parler de l’extraction linéaire combinée de M. de Grœfe, procédé que
notre confrère préconise à l’exclusion de tout autre.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

945

Dès le début de son travail, le Dr Schœnenberg exprime le regret do
voir encore de nos jours, quelques chirurgiens avoir une préférence
marquée pour l’abaissement, procédé qui a été, pendant des siècles, le
seul usité. Je partage, à ce sujet, entièrement sa manière de voir.
Car aujourd’hui, Messieurs, quede nouveaux procédés opératoires
ont rendu l’extraction si facile et si sûre, on ne doit plus parler de
l’abaissement que comme une de ces vieilles erreurs que nous ont
léguées les âges précédents.
Vous savez tous, comme moi, que de nombreux accidents compro­
mettent souvent ce mode opératoire; ou bien l’opération ne réussit
pas, et le cristallin remonte en arrière de la pupille; ou bien il se
déclare une inflammation des membranes profondes de l’œil, qui
entraîne l’amaurose. En un mot, par ce procédé, peu de malades re­
couvrent complètement et pour toujours l’exercice de la vision. Aussi,
on ne doit pas s'étonner que l’abaissement soit tombé dans une juste
désuétude.
Tout en rejetant l’abaissement, notre confrère établit une grande
différence entre les procédés d’extraction qui sont actuellement pra­
tiqués. Quoique le jugement ne puisse pas être encore définitif,ditil, entre ces divers procédés, je n’hésite pas à donner la préférence
à l’extraction linéaire combinée.
Elève de de Grœfe, il est tout naturel que le Dr Schœnenberg ait une
préférence marquée pour le procédé de son maître.
Frappés des accidents qui résultent souvent d’une large plaie de
la cornée, les auteurs ont compris de bonne heure les avantages
qu’il y aurait à restreindre l’incision. Saint-Yves, en 1722, Palucci,
en 1750, Fred. Jœger en 1812, avaient extrait par une section linéaire
des cataractes siliqueuses de peu d’étenduô, et avaient été frappés
de la rapidité de la cicatrisation. Plus tard, en 1818, Wardroy
s’appuyant sur les succès de ses devanciers, érigea ce procédé en
méthode générale et l’appliqua à toute espèce de cataractes. Cette
exagération fut funeste à la méthode, de nombreux revers la firent bien­
tôt abandonner. En Allemagne, Friedrich Jœger est considéré comme
l’inventeur de l ’extraction linéaire, c’est à lui qu’on doit cette déno­
mination; et si à cette époque la méthode fit peu de progrès, on ne
doit l’attribuer qu’aux moyens insuffisants de diagnostic dont on dis­
posait. Ce n’est donc pas, comme le prétend notre confrère, à Mooren
qu’il faut attribuer les premières tentatives de l’extraction linéaire.
Passant ensuite en revue les diverses phases et les perfectionnements
qui ont été apportés à cette méthode, M. le D' Schœnemberg fait

�946

ISNARD.

l’histoi'ique des travaux qui ont été publiés soit en Angleterre, soit
en Allemagne, et qui ont préparé la découverte de M. de Grœfe.
Pendant celte période de révolution qu’a eu à traverser l’ophthalmologie moderne, celui qui a le plus contribué, à notre avis, au per­
fectionnement de l’extraction, c'est Jacobson. C’est lui qui a principa­
lement insisté sur l’utilité de recourir à l’extraction combinée et qui
en a inspiré les travaux. Les résultats remarquables obtenus par
l’extraction linéaire avaient frappé tous les chirurgiens; aussi ne tar­
dèrent-ils pas à se demander s’il ne serait pas possible d’étendre les
bénéfices de l’opération aux cataractes à noyau. De là, naquirent un
grand nombre de procédés qui eurent tous pour but l’application de
cette méthode à toutes les cataractes; tels sont les procédés de Waldau,
de Critchett, de Bowman, de de Grœfe. Le procédé de ce dernier, vous
le savez, consiste dans une section linéaire scléroticale, accompagnée
d’une large iridectomie.
Je n’entrerai donc pas dans la description de ces divers procédés opé­
ratoires, que notre confrère passe rapidement en revue. Mais voyons
s’il n’y aurait pas quelques reproches à adresser au nouveau procédé,
et si les résultats obtenus sont plus favorables que ceux donnés par
l’extraction à lambeau. Vous n ’ignorez pas que le principal repro­
che que l’on adresse à cette dernière, c’est la suppura lion du lambeau
et la difficulté d’obtenir rapidement la cicatrisation. Les accidents
qui peuvent compliquer l’extraction linéaire combinée sont le pro­
lapsus de l’iris et du corps vitré. Le premier accident peut facilement
être évité en excisant l’iris avec un soin tout particulier jusque dans
les angles de la plaie.
Mais l’accident qui se présente le pl us souvent dans cette opération,
et qui peut avoir les conséquences les plus fâcheuses, c’est le pro­
lapsus du corps vitré. M. de Grœfe l’attribue, soit à une incision
trop périphérique, soit à un tiraillement de la zone de zinn, soit à
une contraction trop forte des muscles de l’œil ; il donne à cet égard
les indications à remplir et affirme que si la plaie contient de la
substance vitrée, la cicatrisation se fait quand même à l’aide du
bandeau compressif.
Enfin, pour faire voir les avantages de l’extraction linéaire combi­
née sur celle à lambeau, le Dr Schœnenberg nous dit que ces avanta­
ges sont basés, en partie, sur une plus grande facilité à la sortie de
la cataracte; en partie, en enlevant toute cause d’inflammation de
l’œil, en empêchant les cataractes secondaires, en évitant la suppu­
ration de la cornée, en obtenant une cicatrisation beaucoup plus
rapide,et en donnant à l’opéré une acuité visuelle plus prompte.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

947

Messieurs, un procédé opératoire ne s’affirme que par les résultats
obtenus. Jo n’ai pas par devers moi, un nombre suffisant d’opérations
pour juger personnellement de la valeur du procédé; mais si l’on
cousulto les statistiques fournies par les ophtamologistes le6 plus
distingués,on voit que de Grœfe a obtenu 94 succès pour 100.
Mooren ne cite que 3 insuccès sur 102 cas.
Meyer, la perte de deux yeux sur 63 cas.
Wecker, Arlt( et Critchett obtiennent les mêmes résultats.
Notre confrère, snr 12 opérations de cataractes qn’il a pratiquées
depuis qu’il est établi à Marseille n'a pas eu d’insuccès. 11 est donc
permis de dire, en présence de résultats semblables, que l’extraction
linéaire combinée ne tardera pas à passer dans la pratique générale.
Le mémoire de notre confrère, malgré les desiderata laissés au
point de vue du style, et facilement excusables en sa qualité
d’étranger, n ’en présente pas moins un grand intérêt; on y voit le
médecin instruit et ayant des connaissances approfondies sur l’ophthalmologie, cette branche si importante et si difficile de l’art de
guérir.
En conséquence, je vous propose, Messieurs, d’accorder à M. le
Dr Schœnenberg le titre de membre titulaire, ce sera pour notre com­
pagnie un très utile collaborateur.
M. Schœnenberg est élu membre titulaire.
Ordre du jour. — Deuxième partie. — Electionsannuelles.
Le nombre des membres présents n’étant pas réglementaire, les
élections sont renvoyées à la séance suivante.

Séance du 23 octobre. — Présidence de M. Fabre.

SOMMAIRE. — Correspondance. — Elections pour 1870.

Correspondance manuscrite.— I» Une lettre deM. Chervin sollicitant
le titre de membre correspondant (Rapporteur M. Méli). — 2° Une
lettre de M. le Maire de Marseille accompagnée du rapport de la
Commission chargée d’étudier les causes des exhalations insalubres
des égouts.

�918

SOCIÉTÉS SAVANTES.

SEUX F IL S.

Correspondance imprimée. — Mémoires de la Société d’agriculture
delà Marne. — Journal de médecine du Dauphiné. — Rapport sur la
bioscopie électrique du Dr Crimstel.—Journal de médecine de l’Ouest.
— Mémoires de la Société d’agriculture d’Orléans. — Exposé des tra­
vaux de la Société des sciences médicales de la Moselle, 1SG8.— El
genio medico-quirurgico.
Ordre du jour : Elections pour 1870. Président : M. Villard.— VicePrésident : M. Gouzian. — Secrétaire-général : M. Isnard. — Seci'étaireannucl : M. Seux fils. — Conseillers : MM. Dugas; Seux père; Fabre.
— Comité de publication : MM. Isnard; Seux fils; Gouzian; Roux.
Dr Ch .

Le Secrétaire-général,
(de Marseille.)

I sn a rd

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 20 septembre.—M. Demarquay adresse une deuxième note
sur le chloral. L’auteur conclut de ses expériences sur l’homme
malade que cet agent est bien réellement un hypnotique et non un
anesthésique. Le'chloral donné à la dose de 1 à 5 grammes ne
détermine aucun accident ; il provoque un sommeil généralement,
calme.
Séance du ZI septembre. — M. Milne Edwards présente au nom de
M. Lartet une note sur les elïets physiologiques occasionnés par les
grandes ascensions. L’auteur, qui a fait deux fois cette année l’ascen­
sion du Mont Blanc, explique de la manière suivante la réfrigération
qui se produit dans ces circonstances; en plaine, la chaleur du corps
se transforme en force mécanique et elle est assez abondante pour
subvenir à celle dépense; snr les hauteurs, le travail de l’ascension
nécessite une force musculaire considérable et l’individu use alors
plus de chaleur que l ’organisme n’en peut fournir; d’où le refroidis­
sement.
M. Dumas fait hommage à l’Académie, au nom de M. le docteur
Cyr, d’un ouvrage intitulé: Traité de l’Alimentation dans ses rapports
avec la physiologie, la pathologie et la thérapeutique. M. Dumasapprend
à l’Académie la mort d’un membre correspondant, M. Thomas
Graham (de Glascow), bien connu du monde savant par ses impor­
tants travaux sur la dialyse.

949

Séance du 4 octobre.—M. le Secrétaire perpétuel donne lecture d’uno
lettre adressée par M. Trouessart et relative à l'opportunité d’introduire
l’histoire des sciences et des méthodes scientifiques dans l'enseignement.
M. le Dr Burcq adresse, pour le concours du legs Bréant, un
ouvrage sur l’influence, prophylactique et curative du cuivre contro
le choléra. Les ouvriers travaillant, à Paris, le cuivre sont au nombre
de 37,000 ; pendant le choléra de 18Go, 29 cas de choléra ont été
constatés parmi eux, ce qui donne la proportion de I sur 1270.
Pour les ouvriers mis en contact avec d’autres métaux, la proportion
a été de I sur 209 et meme de I sur 178.
M. Raiïard indique, dans une note, un procédé pour rendre plus
rare l’explosion du feu grisou. Il suffirait, d’après l'auteur, de faire
dans la mine un vide partiel pendant l'interruption du travail.
M. Crestin envoie la description d’un hygromètre fondé sur l’ac­
croissement de poids du sel marin dans l’air humide.
Séance du 11 octobre.— M. Camille Dareste envoie un deuxième
mémoire sur le mode de formation des monstres à double poitrine.
Cette monstruosité est produite par la rencontre des lames ventrales
de deux embryons au moment où ces deux lames se replient.
MM. Dieulafoy et Krishaber adressent à l’Académie une note sur
l ’action physiologique du chloral hydraté. D’après ces auteurs, les
injections sous-cutanées pratiquées à l’aide de cet agent sur des
lapins ont donné les résultats suivants :
1° Au dessous de 60 centigrammes, effet nul.
2° Au dessous de 1 gr. 50 c., sommeil.
3° Au dessus de 2 gr. 50 c., anesthésie.
4° Au dessus de 3 gr. 50 c , anesthésie et mort„
M. Bussy présente au nom de M. Personne un travail sur l’action
physiologique de l’acide pyrogallique. Ce corps est un poison éner­
gique ; il .tue, comme le phosphore, en absorbant l’oxygène du sang.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 7septembre. — M. Desprès communique un fait de variole
survenue huit ou dix jours après la vaccination et coïncidant avec
cette dernière.
M. Bergeron présente au nom de M. le docteur Lecadre une bro­
chure intitulée: Étude statistique, hygiénique et médicale relative au
n ouvimcnt de la population du Havre en 1868.
61

�951

SEUX FIL S.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

M. lo docteur Cbairou lit un travail intitulé : Étude clinique sur
la nature et la coordination des phénomènes hystériques. D'après l’auteur,
l ’hystérie est produite par la paralysie réflexe de l’épiglotte, para­
lysie survenue sympathiquement à la suite de la compression ou de
l’inflammation des ovaires.
Suite de la discussion sur la vaccination animale. — M. Marotte,
ne voudrait pas que la vaccine animale détrônât la vaccine humai­
ne; il importe que les deux méthodes vivent en bonne intelligence
jusqu’au moment où leur valeur réciproque sera bien et dûment
appréciée.
M. Bonnafont ne croit pas que la vaccination animale parvienne
à remplacer le vaccin humain. Le virus jennérien ne paraît pas avoir
dégénéré; en tous cas, s’il est réellement moins puissant aujourd’hui
qu’autrefois, ce fait doit être attribué à la manière dont se font les
vaccinations.
M. Auzias-Turenne lit un mémoire intitulé: Esquisse historique et
critique sur l'origine de la syphilis en Europe. L’auteur croit que la
syphilis est venue d'Amérique. Il ajoute qu’il faut renoncer à traiter
cette maladie par le mercure; c’est le mal lui-même qui doit devenir
son propre remède.

M. Bonnafont. adresse à l’Académie une lettre dans laquelle il fait
connaître qu’à Lorient le vaccin de génisse inoculé à six enfants a
donné des résultats complètement négatifs, tandis que chez les mê­
mes sujets, le vaccin jennérien a produit de superbes pustules.
Suite de la discussion sur la vaccination animale. — M. J. Guérin
croit, avec tous les orateurs qui l’ont précédé, — à l’exception de
M. Üepaul — que le vaccin jennérien n’a pas dégénéré. L’honorable
académicien ajoute que la vaccine animale s'appuie sur des faits
incomplets et que, d’ailleurs, par son origine, par sa marche, par son
évolution elle se révèle comme étant tout à fait différente de la
vaccine humaine.

950

Séance du 28 septembre.—M. Henri Boger donne lecture d’une lettre
de M. le D' de Closmadeuc (de Vannes) dans laquelle l’auteur affirme
que les symptômes présentés par les jeunes vaccinés d’Auray ont
été manifestement des accidents syphilitiques secondaires.
M. Delpech lit un rapport sur l’hygiène des crèches. Ces établis­
sements constituent, pour la classe ouvrière, un bienfait et un progrès
réel mais il importe que l’allaitement des enfants soit surveillé avec
une grande exactitude.
M. Boudet est d’avis que le rapport présenté par M. Blot ne con­
tient pas des faits assez nombreux et assez détaillés pour permettre
à l’Académie de résoudre, d’une manière utile et pratique, la grave
question de la mortalité des enfants du premier âge.
M. Boinet présente une malade qu’il a opérée deux fois, en dix
mois, de l’ovariotomie.

Séance du 14 septembre. —M. Chassaignac communique un fait de
syphilis vaccinale observé, en 1863, sur un enfant âgé de 2 ans.
M. Gosselin lit un rapport sur un travail de M. le Dr Dechaux (de
Montluçon), intitulé: De la Conservation des membres dans des cas
désespérés. L’auteur a obtenu 57 guérisons à l’aide de lavages fréquents
avec l’eau de vie camphrée, et d’applications d’une poudre antisep­
tique (charbon, quinquina, camphre et benjoin).
M. Devilliers lit un rapport sur un mémoire envoyé par M. Martinelli et relatif au rôle des symphises du bassin dans le mécanisme de
l’accouchement. D’après l’auteur, ces parties subissent, pendant la
grossesse, une transformation dartoïque qui permet un faible degré
de mobilité.
M. Devilliers lit un discours sur l ’organisation du service des
enfants en nourrice. L’honorable académicien propose, entre autres
mesures, la création de médecins inspecteurs départementaux du
service des nourrices. Il émet en outre le vœu que ces dernières
soient réparties dans des bureaux de placement relevant du minis­
tère de l’intérieur par l’intermédiaire des préfets.

Séance du 5 octobre. — M. Hlache, complètement rétabli, reprend
sa place au fauteuil de la présidence.
Après le dépouillement de la correspondance et la présentation de
divers ouvrages, la discussion sur la mortalité des enfants en bas âge
est reprise. — M. Husson complète par d’intéressants détails le rap­
port de la Commission. La France n’est pas plus mal partagée que les
autres pays, au point de vue de la mortalité des jeunes enfants. Par­
tout et toujours ces derniers succomberont en grand nombre ; ce fuit
général lient à des causes que les meilleurs règlements ne pourront
faire disparaître. La Commission espère toutefois que les mesures pro­
posées par elle et basées principalement sur l’institution d’une sur­
veillance à la fois locale, administrative et médicale, diminueront
letendue du mal.

Séance du 21 septembre.—M. le Président annonce la mort de M. le
Dr Itoux (de Brignoles), membre correspondant.

Séance du 12 octobre. — M. Tardieu offre, au nom de M. Decaisne,
la traduction d’un ouvrage de Virchow sur 1 Hygiène scolaire.

�952

SEUX FILS.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

M. Léon Lahbé lit un travail fait en collaboration avec M. Goujon,
et intitulé : Expériences physiologiques sur le chloral. Cet agent anes­
thésique ne paraît pas agir en se transformant en chloroforme.
Suite de la discussion sur la mortalité des nourrissons. — M. Fauvcl
ne croit pas que l’Académie doive sanctionner le travail de la Com­
mission. Cette dernière, d’après l'orateur, n'a pas compris le sens
vrai de la question. Elle aurait dû, au lieu d’un projet do réglement,
étudier scientifiquement les causes du mal, et déduire de cette base
première les mesures nécessaires à leur disparition.

étudié avec soin la filiation des faits et acquis la conviction qu’il n’y
a pas eu de contact ;
3° La période qui sépare le moment où le contact a eu lieu et le
jour où l'éruption se montre, a été, dans l’immence majorité des cas
de quatorze jours ;
4* Danstous les cas où l’observation pu être faite, il existait comme
symptôme initial avant la fièvre, un pointillé rouge ayant son siège
sur le voile du palais.
MM. Bourdon, Bucquoy, Champouillon, Bergeron etDumontpallier
reconnaissent l’importance de ce dernier signe surtout au point de
vue du moment où il apparait.
MM. Blachez, Bucquoy, Archambault et Colin croient, contraire­
ment à l’opinion émise par M. Girard, que la rougeole peutse trans­
mettre à une période plus ou moins éloignée du début et dans le
déclin même de la maladie.
M. Isambert est d’avis que le pointillé rouge précédant l’éruption
n’est pas constant. Il croit aussi que la rougeole se transmet quelques
fois assez longtemps après l’invasion éruptive.
M. Girard ajoute aux intéressants détails donnés par lui que la
durée de l’incubation pour la varicelle est identiquement la même
que pour la rougeole.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.

Séance du 9 juillet. — M. llesnier lit un rapport sur les maladies
régnantes pour les mois de mai et de juin 1869.
MM. Raynaud, Dumontpallier, Chuinpouillon et Labbé échangent
quelques observations sur l'infection purulente puerpérale. Cette ma­
ladie ne se montre presque jamais à l'hôpital de la Pitié, et elle règne
à Lariboisière moins souvent qu’autrefois.
MM. Isambert et Moutard-Martin observent en ce moment de nom­
breux cas de variole.
Séance du23 juillet. — M. Gallard présente deux mémoires relatifs à
la ventilation et au chauffage. Aucun appareil ne vaut une cheminée
bien installée ; c’est là un meuble dont on ne peut se passer, à cause
des services qu’il rend plus encore comme moyen de ventilation
que comme appareil de chauffage.
M. le docteur Girard, professeur ù notre école de médecine, lait
une intéressante communication sur divers point de l'histoi re de la rou­
geole. Du mois de février au mois de juin, notre honorable confrère
a vu en ville 108 cas de rougeole. Ces nombreux malades observés
par lui avec le plus grand soin lui ont révélé des faits assez curieux,
qui peuvent se résumer dans les conclusions suivantes :
1° L'influence épidémique sans contact n'a pas l’action qu'on lui
attribue généralement, circonstance qui permet d’étudier d’une ma­
nière plus complète l’action de la transmission parle rapprochement;
t * La rougeole peut se transmettre au début et môme pendant l’in­
cubation. Sans nier la transmission à une époque plus avancée de la
maladie, elle doit être rare et ne peut être admise que quand on a

953

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Séance du 6 octobre. — Reprise des travaux de la Société.
M. Le l’ortannonce que l’appel fait à tous les chirurgiens de France,
relativement à la communication de documents propres à éclairer la
question difficile de la mortalité à la suite des opérations, n'a pas
donné jusqu’à présent des résultats merveilleux. Deux chirurgiens
seulement ont envoyé des notes indiquant les résultats de leur pra­
tique chirurgicale.
M. Desgranges (de Lyon) adresse une observation d’anévrisme po­
plité guéri par l’emploi simultané des quatre méthodes suivantes:
compression digitale, compression mécanique, flexion, réfrigération.
M. Trélat a eu récemment l’occasion d’observer une petite lille âgée
d’un mois qui était atteinte d’une division du voile du palais et delà
voûte palatine. Chose étonnante, ces parties étaient saines au mo­
ment où l’enfant vint au monde. Quatre jours après la naissance,

�955

SEUX FILS.

NOMINATIONS.

un pertuis de la grosseur d'une tète d'épingle apparut sur lo voile
du palais. Cet orifice s’agrandit et so transforma en fente. Le père de
la petite fille est atïccté du vico de prononciation propre aux individus
atteints de perforation du palais. Cependant cette lésion n ’existe pas
chez lui ; la voûte osseuse est seulement d’une brièveté manifeste.

M. Hervez do Chégoin excite l ’hilarité générale en racontant avec
beaucoup d’esprit et d'humour les diverses péripéties d’une opération
de cataracte pratiquée par lui sur un âne âgé de 21 ans. L’abaissement
a été exécuté avec un plein succès. Soit douleur, soit émotion, soit
reconnaissance, le patient, dit M. Hervez de Chégoin, a versé d’abon­
dantes larmes.
Dr S e u x Fils.

954

Séance du 13 octobre. — M. Giraldés lit un travail relatif au chloral
et à son emploi en chirurgie. Cette substance ne peut rivaliser avec
le chloroforme, car elle laisse subsister les actions réflexes; mais elle
parait utile pour combattre les accidents nerveux d’origine trauma­
tique.
M. Le Fort présente un malade qu’il a guéri d'une fracture de la
cuisse dans la partie moyenne de l’os. Le raccourcissement est de
moins de 1 centimètre. La méthode employée a été l’extension pra­
tiquée d’une manière permanente au-dessus du genou à l’aide de
nombreuses bandelettes de diachylon.
M. Forget comunique, au nom de M. Bracbet, un cas de tétanos
traumatique et rhumatismal guéri à l’aide des douches chaudes et du
massage.
M. Verneuil présente deux calculs— dont l'un ayant une lon­
gueur de 3 centimètres — qu’il a extraits de la vessie d’un malade
au moyen de la taille médiane. L’opération a bien marché ; les suites
en ont été excellentes.
Séance du 20 octobre. — M. Trélat donne lecture du discours qu’il
a prononcé sur la tombe de Gucrsant.
M. Notta (de Lisieux) adresse une note relative à un vice de pro­
nonciation existant, chez une petite fille, avec les caractères que dé­
terminent les perforations de la voûte palatine, sans que cette lésion
existe.
M. Giraldés présente plusieurs calculs volumineux extraits à l’aide
de la taille latéralisée et par des incisions relativement petites.
M. De Saint-Germain lit un intéréssant mémoire sur les appli­
cations de l’électricité au travail de l’accouchement et à la délivrance.
Le travail une fois commencé s’accélère sous l’influence du courant
électrique; l’expulsion du placenta se fait très-rapidement.
M. Desprès fait un rapport sur une observation de plaie de l’artère
fessière, plaie guérie par le tamponnement. Ce fait avait été commu­
niqué à la Société par M. le docteur Devalz (de Bordeaux). M. Desprès
croit qu’il s’agit simplement delà division d’une artériole ; la gué­
rison paraît avoir été déterminée par l’inflammation survenue dans
la plaie.

N O M IN A T IO N S A T /É C O L E D E M É D E C IN E .

Par arrêté ministériel, M. Combalat, chef des travaux ana­
tomiques, a été nommé professeur suppléant pour les chaires
d’anatomie et de physiologie à l’Ecole de médecine de Marseille;
M. Henri Nicolas, prosecteur, a été nommé chef des travaux
anatomiques, en remplacement de M. Comhalat.
Cette nouvelle, déjà vieille de près d'un mois, ne nous est
parvenue qu’au moment où l'impression de notre dernier nu­
méro était terminée.
Quelque sympathiques que fussent les personnes de MM. Com­
halat et Henri Nicolas, quelque incontestés que fussent les ser­
vices rendus par eux à l'Ecole, cette double nomination a pro­
duit dans notre corps médical une impression pénible. II y a
quelques mois ù. peine que, grâce à l’initiative persévérante du
Directeur de notre Ecole et à l’attitude des professeurs officieu­
sement consultés, le concours avait été institué pour les places
de professeurs suppléants : une première application en avait
été faite, elle avait donné de magnifiques résultats. Après cet te
épreuve, le retour û l’ancien système semblait illogique et
moralement impossible, aussi la nomination sans concours
d’un professeur suppléant et de son inférieur, le chef des tra­
vaux anatomiques, devait-elle provoquer un mouvement de
douloureuse surprise, en même temps qu’elle faisait naître
l’inquiétude et le découragement au sujet de l’avenir.

�056

NOMINATIONS.

957

VARIÉTÉS.

Des renseignements ultérieurs ont atténué cette première
impression. La nomination de M. Combalat s’est, faite dans des
conditions exceptionnelles qui expliquent et, aux yeux de
quelques-uns, justifient la mesure prise en sa laveur. Appelé
à l’emploi de chef des travaux anatomiques à une époque où
ces fonctions difficiles et fatigantes conduisaient de droit à la
suppléance d’anatomie, notre confrère avait, dans son cours,
donné amplement et mieux que par l’épreuve éphémère du
concours, d’où il était sorti, du reste, plusieurs fois vainqueur
dans d’autres occasions, la mesure de ses aptitudes à l’ensei­
gnement. Quant à la place de chef des travaux anatomiques,
devenue vacante par la promotion de M. Combalat, dès le mo­
ment où s'arrêtant dans la voie de la logique et du progrès, l’ad­
ministration usait de son vieux droit d’en disposer à son gré,
elle aurait pu se souvenir qu’indépendamment du prosecteur
actuel, il y avait le prosecteur sorti d’exercice et des docteurs
qui,dans le concours pour la suppléance, avaient prouvé leurs
connaissances anatomiques en même temps que leur aptitude
à l'enseignement; le moyen le plus sùr de faire un bon choix
était de mettre la place au concours.
Voilà pour les agitations du moment; elles se calment, mais
la question de principe persiste pour l’avenir. L’administra­
tion, cela se voit, n’est pas enthousiaste du concours. Elle ne
l’a, ces derniers temps, accordé qu’une fois, et encore vient-elle
de prouver que cette concession de sa part n’est ni absolue ni
définitive. Cependant, M. le Directeur de notre Ecole a, paraitil, demandé, depuis quelque temps déjà, qu’un concours eût
lieu, vers le mois d’Avril, pour la suppléance vacante en chi­
rurgie. De leur côté, nos professeurs, persuadés qu’en vertu de
l’ordonnance de 1840 l’Ecole a le droit de présenter ses can­
didats, ont, à ce qu’on nous assure, pris en assemblée générale
l’engagement formel de réclamer, sans exception aucune, le
concours pour chaque place de professeur suppléant, de chef
des travaux anatomiques, de prosecteur et d’aide d’anatomie.
Qu’ils persévèrent dans cette voie; ils peuvent compter sur
l’appui de la presse médicale et sur l’approbation unanime
du corps médical.
(La Rédaction.)

VARIÉTÉS.
Tableau comparatif des naissances et des décès à Marseille et à Lyon.

NAISSANCES.

Janvier...........
F é v rie r.........
Mars...............
A v ril.............
M ai.................
J u in ...............
J u ille t...........
Août...............
Septembre__

Lyon.
736
701
737
677
613
729
722
720
668
6,303

Qlarseille.
828
826
872
765
711
753
745
867
854
7,252

DÉCÈS.

Lyon.
798
750
841
833
816
721
885
842
702
7,188

Marseille.
671
646
729
681
766
828
1125
889
645
6,980

Il résulte de ce tableau que, pendant les neuf premiers mois
de l’année 1869, le total des naissances a été à Marseille de 7,252
et, à Lyon, de 6303. Lyon a eu, par contre, la supériorité
pour le nombre des décès, qui s’y sont élevés à 7.188, tandis
qu’à Marseille ils n’ont, atteint que le chiffre, toujours trop
considérable, de 6,980. Ce tableau isolé n’autorise encore au­
cune conclusion scientifique, mais il témoigne en faveur de
la salubrité du climat de Marseille, qui parait avoir sur celui
de Lyon une supériorité constante, excepté pendant les trois
mois les plus chauds de l’année.

�958

BARDINET.

A C T U A L IT É .

Nous lisons dans la Revue médicale de Limoges :
Figaro, oubliant qu’il n'est qu'un barbier, perd le respect à l’égard
du chirurgien auquel on vient de dresser une statue. Derrière le
masque de Blasius, il manque à la justice et à la vérité. La lettre sui­
vante vient de lui être envoyée. Nous la mettons sous les yeux de
nos lecteurs, pensant que tout ce qui concerne Dupuytren ne saurait
être indifférent au corps médical.
A Monsieur le Rédacteur en chef du Figaro.
Limoges, le 31 octobre 1869.
• Monsieur,

Voulez-vous me faire l’honneur d’accueillir une rectiûcation au
sujet de Dupuytren? — Vous dites: oui, n ’est-ce pas? — Je vous en
remercie, et j ’en profite pour y joindre un mot de protestation.
J’ai été élève de Dupuytren, et, comme tous ses anciens élèves, j ’ai
conservé un souvenir plein d’admiration et de reconnaissance pour le
grand chirurgien de l’Hôtel-Dieu. Il y a trente-cinq ans qu’il estmort,
et nous sommes encore tous sous la fascination du maître. Aujourd’hui
qu’on oublie si vite, cherchez donc un autre professeur, un autre chef
dont la mémoire soit l’objet d’un pareil culte!
C’est vous dire que j’ai lu — que nous avons tous lu — avec douleur
l’article que contient un de vos derniers numéros, au sujet de la statue
qu'on vient d’inaugurer à Pierrebuffière.
On attaque Dupuytren comme chirurgien ; on l’attaque comme
homme ; et votre rédacteur se fait l’écho de ces injustes appréciations.
Permettez-moi de vous dire qu’il a été mal renseigné.
Je n’ai pas à discuter, en ce moment, les titres scientifiques de Du­
puytren-, mais je puis bien rappeler qu’il s’était fait, et qu’il a occupé
pendant plus de vingt ans, la plus grande position chirurgicale de
notre époque.
Est-ce donc par la faveur qu’il y était parvenu? Est-ce dans l’om­
bre qu’il avait fait son chemin ?

ACTUALITÉ

959

Non ! — il dut ses premiers succès au concours, il lutta à ciel ou­
vert avec les plus habiles compétiteurs de son temps, et il déploya
contr’eux tant d’énergie et de puissance, qu’on parle encore, à l’Ecole,
do ses épreuves comme de luttes homériques.
C’est à l’Ildtel-Dieu, ensuite, qu’il établit sa renommée. Pendant
vingt ans on l’y a vu sur la brèche ; pendant vingt ans, il a fait des
preuves au grand jour, devant l’assistance la plus nombreuse et la
plusimposante que jamais professeur de chirurgie ait attirée dans son
amphithéâtre.
Et jamais on ne le vit faiblir; jamais il ne cessa de se montrer à
la hauteur de sa célébrité.
Quand il mourut, M. Bouillaud put dire, aux applaudissements de
tous : « Pendant vingt ans, il a porté d'une main ferme le sceptre de
la chirurgie française. »
Et M. Nélaton n’était que juste en écrivant, il y a peu de jours, ces
quelques lignes qui n’étaient pas faites pour la publicité, mais qui se
sont échappées tout naturellement de sa plume, parce que l’opinion
qu’elles expriment était depuis longtemps dans son esprit à l’état de
vérité démontrée : « Les grands maîtres du commencement de ce
siècle ont donné à la chirurgie française la légitime renommée dont
elle jouit dans le monde entier, et Dupuytren est toujours le plus
glorieux d’entr’eux. »
Qu’on ne vienne donc pas nous parler de réputation usurpée :
il n’en fut jamais de plus légitime et de mieux établie.
Mais, au moral, Dupuytren eût-il donc toutes les défectuosités
qo’on n’a pas craint de lui attribuer?
Il n’avait pas un heureux caractère, c’est vrai, et il en fut la
première victime. Il n’était pas d’habitudes gracieuses, et ne se
recommandait pas par cette amabilité banale qu’on recherche trop
en France, mais que prisent si peu les étrangers.
Mais en dehors de ces imperfections, quelle fière nature!
Sa jeunesse avait été des plus honorables: toute au devoir et à
l’étude.
Il eut, dit-on, des moments difficiles: nul ne l’entendit s’en
plaindre. — Saint-Simon, qui l’aimait, ayant cru comprendre un
jour qu’il éprouvait quelque embarras, glissa discrètement et sans
mot dire un rouleau de 200 fr. entre ses livres.
Dupuytren ne s’en aperçut qu’au bout d’un instant. Il prend lo
rouleau et court après Saint-Simon: « Vous avez oublié chez moi
cet argent ! » lui dit-il avec une dignité froide. C’est vrai, répond
Saint-Simon, et il reprend son argent sans insister, comme un

�960

BARDINET.

homme qui comprend tout ce qu’il y a de noble fierté dans le refus
de Dupuytren.
Mais s’il refusait l'argent, des autres, sut-il au moins, plus tard,
luire un généreux usage de sa fortune.
Il donna 50,000 fr. à Pierrebuffiêre, sa ville natale, pour l’établis­
sement d'une fontaine.
11 créa, par un don de 200,000 fr. la chaire et le musée d’anato­
mie pathologique.
Il n’avait pas attendu la fin de sa vie pour offrir un million à
Charles X exilé, et lui écrire la noble lettre que vous avez
reproduite.
Ne pensez-vous pas que bien des gens sont réputés généreux,
qui gardaient leurs millions quaud il offrait le sien?
Mais la malveillance ne veut pas admettre qu'il ait tenu une si
noble conduite.
« Dupuytren, a-t-on dit, agissait par ostentation. » — Il y avait si
peu d'ostentation dans son offre que, en dehors de la personne
qui servait d’intermédiaire et du roi, il n'en instruisit que sa fille.
Pendant longtemps sa proposition resta secrète. C’est Charles X
lui-même qui, par sentiment de reconnaissance, crut devoir la
divulguer.
« Dupuytren savait bien que sa proposition ne serait pas accep­
tée. » — Elle était faite en des termes si respecteueux pour le
vieux roi qu’il s'en fallut de peu qu’elle ne fût acceptée.
« Enfin, dit-on (et c’est là surtout ce que je veux rectifier),
Dupuytren avouait trois millions... mais en avait sept.» — Rien
déplus inexact! La fortune laissée par Dupuytren ne s’élevait pas
tout à fait à trois millions. Ce chiffre est établi de la manière la
plus formelle et par le testament de Dupuytren, et par l’inventaire
qui fut fait après sa mort; je puis personnellement vous donner
l’assurance de son exactitude absolue.
La lettre à Charles X échappe donc à toutes les insinuations
malveillantes qu’on a dirigées contr’elle, et elle fera toujours
honneur à Dupuytren.
Que d’autres faits à sa louange n’aurions-nous pas à relever !
Le Dr Marx, qui l’a vu de si près, a raconté de lui « des traits
de charité qui auraient suffi à la popularité de son nom , s’ils
avaient été divulgués. »
Ceux qui l’ont vu à l’Hôtel-Dieu savent qu’il était avec les
petits enfants d’une bonté infinie; mais je puis ajouter que son

NOUVELLES DIVERSES.

961

intérêt pour eux ne s’arrêtait pas à la porte de l'hôpital. Je sais
qu'il lui est souvent arrivé de conduire et d’installer à sa propriété
de Courbevoie, près de sa fille, alors toute jeune, de pauvres enfants
qu’il avait opérés, et dont il pensait qu’un air pur et un bon
régime pouvaient seul achever la guérison.
Ses allures, habituellement rudes, devenaient douces pour les
pauvres et pour les malades de l’Hôtel-Dieu. A sa consultation
publique, dit M. Larrey, « il allait au-devant des vieillards, faisait
asseoir les femmes, caressait les enfants, et d'un signe écartant les
élèves, il examinait à part les pauvres honteux qui l’en priaient.»
Il ne s’était jamais fait le courtisan des élèves. Toujours, au
contraire, il s’était montré avec eux d'une dignité sévère.
Mais les élèves admiraient son talent; ils se sentaient aussi
pénétrés de respect pour cet homme qui, tous les matins, pendant
cinq heures, semblait oublier qu’il avait la plus belle clientèle de
Paris, et se donnait tout à l’Hôtel-Dieu, sans que les réclamations
et les prières de ses plus riches clients pussent l’en détourner.
Ils l’entourèrent, à sa mort, de leurs plus profonds regrets, et
lui firent de magnifiques funérailles.
Ne craignons pas, Monsieur, d ’accepter le jugement de celte
généreuse jeunesse : elle ne se serait pas attelée au char funèbre de
Dupuytren, si elle n ’avait reconnu tout à la fois en lui et l’illus­
tration du maître et la dignité de l’homme.
Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance do mes sentiments les
plus distingués.
D r B a r d in e t ,
Directeur de l'Ecole de Médecine de Limoges,
Membre correspondant de l'Académie de Médecine.

N O U V E L L E S D IV E R S E S .

M. Reynès, docteur en médecine et docteur ès sciences, vient d'être
nommé directeur de notre Muséum, en remplacement de M. Barthé­
lemy décédé. Des études longues et spéciales, d’importants travaux
scientifiques désignaient naturellement, pour occuper ce poste élevé,
le savant modeste et consciencieux que le Marseille médical a l’hon-

�963

SEUX FILS.

NOUVELLES DIVERSES.

neur décompter parmi ses membres fondateurs. Nous sommes heu­
reux de pouvoir nous joindre aux nombreux amis de M. le docteur
Reynès et de lui présenter, au sujet de cette nomination si méritée,
nos tardives mais bien sincères félicitations.

— Les prix de l’Ecole de Médecine ont été distribués dans l’ordre
suivant :
3”“ Année. — 1" Prix, ex œquo : MM. Laget, Bonnet et Goy. 2“®
Prix, ex œquo : MM. Long et Bousquet.
2"c Année. — 1*r Prix : M. Foëx. 2“° Prix, ex œquo : MM. Livon et

962

— M. le docteur Méli a été nommé chevalier de la couronne d’Italie.
Le corps médical de Marseille ne peut qu'applaudir à la distinction
flatteuse accordée à l’un de ses membres les plus honorables, les plus
justement entourés de l’estime universelle.
— M. le docteur Pirondi, professeur adjoint de clinique chirur­
gicale à notre école, a été nommé professeur de pathologie externe en
remplacement de M. le professeur Roux (de Brignoles) décédé.
M. le docteur Chapplain, professeur soppléant, a été nommé pro­
fesseur adjoint de clinique chirurgicale en remplacement de M. Pi­
rondi.
La nomination de nos deux distingués confrères est la récompense
légitime des services que l’un et l’autre rendent depuis longtemps
aux élèves de notre école en les initiant aux préceptes de notre art.
Le choix du ministre a été pleinement ratilié par l’opinion publique.
Nous ne pouvons faire, des deux savants professeurs, un plus bel
éloge.
— Le concours de chirurgie ouvert le 8 novembre à l’Hôtel-Dieu
de Marseille s’est terminé par la nomination, comme chirurgiens
adjoints des hôpitaux, de MM. Picard et Flavard. Les candidats ont été
classés dans l’ordre suivant :
En lr* ligne M. Picard ;
En 2“* ligne M. Flavard.
Le concours de médecine ouvert le 1b novembre s’est terminé par
la nomination, comme médecins adjoints des hôpitaux, de MM. Trastour, Nicolas et Seux (ils. Le candidats ont été classés dans l’ordre
suivant :
En 4" ligne M. Trastour ;
En 2" ligne, ex œquo et par lettre alphabétique, MM. Nicolas et
Seux lils.
— La rentrée solennelle des Facultés des lettres, de droit et de théo­
logie d’Aix, de la Faculté des sciences et de l'École de médecine de
Marseille, aeu lieu le mardi 16 novembre danslegrand amphithéâtre
de notre Faculté des sciences, sous la présidence de M. Vieille* rec­
teur de l’Académie d’Aix. Le discours d’usage a été prononcé par M.
Carie, professeur ù la Faculté de droit.

Mélizan.
4™Année. — 1" Prix : M. Brescbot. 2°'* Prix : M. Fallût. 4" Men­
tion honorable: M. Augier. 2“° Mention honorable: M. Ilagon.
Etudiants en Pharmacie. — 1" Prix, ex œquo : MM. Flaugeat et
Terras. 2m* Prix, ex œquo : MM. Ploet et Savournin.
— L’administration des hospices de notre ville vient de mettre au
concours, par une heureuse innovation, la place de maîtresse sagefemme. Le concours sera ouvert à l’hôpital de laConceptiou le mardi
30 novembre, à 3 heures.
— L’inauguration de la statue de Dupuylren a eu lieu à Pierrcbuffière, le 47 octobre, sous la présidence du professeur Cruveilhier.
D’intéressants discours ont été prononcés par le préfet de la HauteVienne, par le maire de Picrrebuffière et par MM. les docteurs Bardinet, directeur de l’école de médecine de Limoges, Larrey, repré­
sentant de l’Institut, Brierre de Boismont, représentant de l’Association
des médecins de France, Deperet-Muret, professeur à l’École de mé­
decine de Limoges et président de la Société médicale de la HauteVienne.
— M. le docteur Ricord vient d’étre nommé chirurgien consultant
de l’Empereur.
— Une nourrice vient d’être condamnée pour mauvais soins
donnés à l’enfant qui lui était confié. L’arrêt suivant fait con­
naître dans quelles circonstances la Cour impériale de Paris a été
appelée à statuer sur une question qui intéresse au plus haut degré
les familles habitant les grandes villes :
La Cour,
Statuant sur l’appel interjeté par M. le procureur impérial près
le tribunal de Chartres du jugement du i août 4869, qui a renvoyé
la femme Faustin de la poursuite dirigée contre elle,
Considérant que de l’instruction et des débats résulte lapreuve que la
iemmeFaustin, après avoir pris dans sa maison l’enfant delà femme
Hauss, qu’elle était chargée do nourrir , a négligé les soins de pro­
preté, d’entretien, d’alimentation, que nécessitait 1âge de cet enfant;
Considérant, que la femme Faustin, devenue enceinte, hors d’état
de continuer à nourrir l’enfant de la femme Hauss, n’a pas averti
la mère et, cessant d’allaiter son nourrisson, a eu constamment et
uniquement recours au lait de chèvre en quantité insullisante ;

�iÿEUX FILS.

'.164

Considérant qu’il est sullisammenl établi que celte imprudence
et celle négligence, de la part de la femme Faustin, ont été la
cause involontaire de la mort de la lillc Hauss, âgée de quatre mois
seulement ;
Considérant que la femme Faustin s'est ainsi rendue coupable
du délit d’homicide par imprudence, prévu et puni par l'article 319
du Code pénal ;
Par ces motifs,
Met l’appellation et le jugement dont est appel à néant :
Emendant, et faisant ceque les premiers juges auraientdù faire;
Déclare la femme Faustin coupable du délit d’homicide commis
par imprudence, prévu, et puni par l’article 319 du Code pénal ;
Mais, considérant qu’il existe des circonstances atténuantes,
Condamne la femme. Faustin à quinze jours de prison, et la
condamne aux frais de première instance et d’appel.[Union Médicale).

PROGRAMME DES COURS
qui seront faits

à l’Ecole préparatoire «le Médecine et de Pharmacie de Marseille,
Pendant le semestre d’hiver de l’année 1869—1870.
M. Giraud, Professeur.
M. F abre, Professeur-adjoint.
Les Lundis, Mercredis et Vendredis à 8 heures.
M. Coste, Professeur.
CLINIQUE CHIRURGICALE :
M. Chapplain , Professeur-adjoint.
Les Mardis, Jeudis et Samedis à 8 heures.
PATHOLOC1E INTERNE : M. Bertülus, Professeur.
Leçons : les Lundis, Mercredis et Vendredis à i h.
Conférence : le Samedi à 4 heures.
CHIMIE MÉDICALE . M. F avre, Professeur.
Les Mardis, Jeudis et Vendredis à 10 heures.
ANATOMIE (Mgologie et Névrologie) : M. Rampai., Professeur.
Les Lundis, Mardis, Jeudis et Samedis à 1 heure et demie.
ANATOMIE [Splanchnologic et Organes des Sens) : M. Combalat, Pro­
fesseur suppléant.
Les Lundis, Mercredis et Vendredis à 2 heures.
ANATOMIE (Ostéologie, Syndesmologic et Angeiologie) : M. Nicolas,
Chef des travaux anatomiques.
Les Mardis, Jeudis et Samedis à 11 heures.

(a n c ie n n e

U n io n M é d ic a le d e la P r o v e n c e )

0mc Année. — N ° 1 2 , - 2 0 Décembre 1869.

MÉMOIRE
SUR LE

RAPPORT EXISTANT ENTRE LE VOLUME DES ENFANTS
el leur résistance vitale dans l'accouchement normal
PAR

M. le D&gt; V IL L E N E U V E ,

Professeur d’accouchement à l’Ecole préparatoire de Médecine
et Chirurgien en chef de l'Iiuspice de la Maternité de Marseille.

CLINIQUE MÉDICALE :

A . F abre.

En lisant dans la Gazette médicale de Paris de l’année.1845,
page 90, le mémoire de M. Simpson sur UInfluence du sexe
masculin de l’enfant considéré comme cause des difficultés et
des dangers dans Paccouchement , l’intérêt que j ’ai pris sa
lecture augmentait en raison directe de la réputation que
s’était acquise 1 illustre professeur d’Edimbourg, mais plus
encore par les recherches patientes qu’il avait dù faire et par
les sources imposantes où il avait recueilli les documents in­
téressants qu’il présentait à ses lecteurs.
Après avoir lu et relu ce mémoire si substantiel qui m’avait
d’abord séduit, la conviction qu’il m’avait communiquée fut
fortement ébranlée en méditant les conséquences qu’il tirait,
au dernier alinéa, des faits qu’il venait de citer, relativement
à l’économie sociale. Je n’ai jamais pu être convaincu que, du
62

�966

V ILLEN EUV E.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

1" juillet 1837 au mois de septembre 1844, celle seule cause (le
plus grand volume des garçons) ait pu, dans la grande Breta­
gne, coûter la vie à environ 50,000 individus dont 40 ou 47,000
enfants et à 3 ou 4,000 mères ! (Page 91, dernier alinéa.)
Fatigué des réflexions que m’avait suggérées ce mémoire, je
ne pouvais me résigner à croire que le Créateur exposât sa
créature privilégiée à des dangers d’autant plus grands et plus
nombreux qu’il la douait d’une somme de forces et d’un dé­
veloppement plus considérables. Cette pensée conçue à priori,
cette sorte d’intuition, si l’on veut lui donner ce nom, me for­
tifiait de plus en plus dans l’opinion que les chances de résis­
tance vitale devaient être en raison directe du développement
du produit de la conception. Mais en présence d’une autorité
aussi imposante, qui s’appuyait elle-même sur des autorités
non moins respectables, je me gardai bien d’émettre publique­
ment mon opinion, qui n’aurait été acceptée que comme un
préjugé sans valeur et sans preuves. Aussi me suis-je résigné à
attendre patiemment le moment où des faits assez nombreux
et examinés avec tout le soin que comportait une pareille
question, pourraient être présentés à l’appui de ma théorie
préconçue.
Après 29 ans d’attente et d’observations soutenues, j ’ai pensé
qu’un nombre d’accouchements moins colossal que celui
qu’exige M. Simpson me permettrait d’examiner avec plus de
soins et plus de détails tous les phénomènes relatifs à la mère,
à l'enfant et même aux mauvaises manœuvres qui pouvaient
apporter leur contingent dans les diverses causes de la mort
des enfants de l’un et de l’autre sexe ainsi que de la mort des
mères. J’ai pensé que plus de 4,000 accouchements étaient
suffisants pour établir des lois assez fixes, pour apprécier avec
justesse la part contributive que chaque phénomène bien ob­
servé pouvait apporter dans les résultats fâcheux dont la mère
et l’enfant auraient été victimes.
Ainsi pour vérifier si le sexe masculin et le plus grand déve­
loppement des garçons étaient une cause plus fréquente de la
mort des garçons et de leurs mères , j ’ai recueilli 3,9G8 accou­
chements, qui ont donné 4,011 enfants, dont 2,079 garçons et

1,932 filles. Sur ce nombre j ’ai colligé et mis à part toutes les
observations des enfants du poids de 4,000 grammes et audessus, et j ’ai dressé les tableaux suivants que j ’ai divisés en
catégories de 100 grammes, depuis 4,000 à 5,100 grammes.
La première catégorie comprend tous les enfants volumi­
neux, garçons et filles du poids de 4,000 à 4,070 grammes.
Elle fournit :
59 vivants.
5 morts-nés.
2 morts le 2*jour.

1

69 garçons.
94 enfants.
23 vivantes.

1

2 m ortes...

.

2 morts le 3”jour.
mort lele13*
jour.
11 morte
2° jour.
1 morte le 3*jour.

967

�l rc c a té g o rie . — T a b le a u d&lt;s=%.
diam i : t h e
b i-p n rié ta l.

107 m il .
»
100
»
100
96
»
95
»
95
1)
95
»
94
»
94
92
»
90

ï&gt;

!« • g ro s. : 11&lt;

1—

99

2&gt;

12—

96

»

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k — 9yo
5
»»
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Garçoits : 56(2'" gros oi \1—
)&gt;
»
V — 993
3
»
13— 9 2
II— 91 »
3— 90
1— 8 5
\ l — 80

»
»
»

:*r^00 à 4070 g ra m m e s.

t r a v a il

ÉTAT DE L ’ENPAXT.

le raccoathemtnt.
42
45
22
25
58
15
9
72
12
13
16

h.
h.
h.
h.
l t.
h.
l i.
l i.
h.
h.
h.

(1 — 10 h .
( 1 — 9 l i.
9 h.
(
17 h .
1
7 h.
le S h. h i l h.
5 h.
le S li HO Ii
4 h.
le î h. !i s b.
3 h.
11 h .

M o rt lo 3 "”’ j o u r . — C o n v u ls io n s . — 13 a v r il 1850.
MorL lo 13””'' j o u r . — P n e u m o n i e .
B ie n p o r t a n t .
M o r l- n é - p c lv is . — 21 s e p t e m b r e 18G7.
B ie n p o r t a n t .

»
#

M o r t - u é - c h o v n u c h c m o n t .— B a s s in , 93 m il.— 17 s o p te m b . 1858.
B ie n p o r t a n t .

B ie n p o r t a n t .

Mort-né-cordon. —Forceps. — 4 août 18G8.
üh.iîi 8 — Bien portants.
5 h.
»
3 —

»

3 —

»

»

VILLENEUVE.

[2 — 100

o

1-

lGl
4000 g r . : 7G.

1
O

Mort lo 2'1"’ jour. — Choléra. — 24 juillet 1854.
Bien portant.
( 3'gros.( 1— 3 11.
Bien portant.
»
[ 2 — 100
io 'jrto . ( 1— 3 j ”
Mort-né-hydrocéphale. — Epaule. — 15 décembre 1868.
y
&gt;
I2— 98
de 5 b . 1 7 h . 2 — Bien portants.
»
|2 — 9 7
»
— 1 — hémorrhagieaprès l’accouchement
de il b. b U h. 2 —
( 1 — 31 11. tl — Mort lo 3mojour.—Fistule vésico-vagiriale.—22janv.l849
&gt;
'8 — 9 5
(7-de6h.Sï4 b |7 — Bien portants.—1— hémorrhagie après l’accouchement.
»
def. h. i l h. 2 —
»
..
( 1 — l ü h . il — Mort lo 2"' jour.—Mère morte, péritonite le 3“0.-î* a&gt;arsis«7
[5 — 90
4 gros. J. . . . .
(4-dc j h.il 3 h (4 — Bien portant.
\1 — in c o n n u
5 h.
Bien portant.

Avec un poids do 4000 grammes, nous Irouvons 4 garçons morls sur 11 i " ’ grossesses : soit 1 mort sur 2 3/4.
2
id.
sur 23 2” grossesses : soit 1 mort sur II 1/2.
3
îd.
sur 22 grossess. div. : soit 1 mort sur 7 1/3.
En fondant les 2“ grossesses avec les suivantes ......................... sur 45 grossesses . . . soit 1 mort sur 9.
L’intluenco dos 1'** grossesses sur la mort des garçons est indiscutable. Nous examinerons ensuite quelle est la part d'iniluenco
exercée par le volume et le sexe de l'enfant.
! 1--- 105 m il.

II—
H—
l r'* g r o s . : 6 \ l —
/[—
(l—
F ilie s : 20

2" g ro s.

98
94
93
92
90

»
7&gt;
))
1)

»

y
40
15
38

n.
h.
h.
h.
8 h.
11 11.

V i v a i t t . o . -----N 6 o a s p l i

B ie n p o r t a n t e .

»

11— 97
)3— 95
(3 — 90

r&gt;

8 h.
12 h .

»
»

d e 8 h . 4 24 h
d e 3 h . à 13 h

»
»
»
D
»

1 /2 h .
10 h .

[ 1—
\1 —
i 2—
1 1—
(l—

100

95
92
90
89

M o r te le 2 m0 j o u r . — P n e u m o n i e .
M o r te le S é j o u r . — S y p h i l i ti q u e .
B ie n p o r t a n t e .

B ie n p o r t a n t e .

d e 7 h . à 21 h .
3 h.
14 h .

Dans les G premières grossesses nous trouvons deux filles mortes — 1 sur 3. C'est à peu près la même proportion que chez
les garçons.— Si nous considérons le nombre de morts sur la totalité des sexes, nous trouvons 9 garçons morls sur 56 — 1 sur
G 2/9 — 2 filles mortes sur 20 : 1 sur 10
102 m il.

( G arço n s : 1
4020 g r a m .: 3 j
i F ille s : 1
*
G arço n : 1
4025 g r a m .: 1
•

!

|l« * g r o s . 3 : |

95
90

4050 g r . . 12 i
[

l i° g r o s . d i v . 4: |

2

F ille s :

4m
&lt;” g r o s

:

j

13 h .
17 h .
7 h.

G a r ç o n b i e n p o r t a n t . — 3m“ g r o s s e s s e .
F ille b i e n p o r t a n t e . — 3°’” g r o s e s s e .
»
G"”
»

95

»

8 h.

105

»
»
»

43 h .
18 h .
17 h .

95
92

»
»
»

4 h . 1/2 V iv a n t. — N é a s p h y x ié . — P o l v i s . — 10 m a r s 1S4G.
5 li. B ie n p o r t a n t .
8 h.
»

1— 95
3— 90

»
v

100

95

»
»

100

95
r G a r ç o n s : 1 0 ,‘)x&gt;e. gros&gt; 3 : j

»
»

100

11 h .
d e 4 h . à 17 h .
3 j r*
17 11.

G a r ç o n b i e n p o r t a n t . — 2 mo g r o s s e s s e .
M o r t - n é . — M e u l o - p o s t e r . — M è re m o r te . — 25 m a r s 1849. .
V iv a n t. — N é a s p liv x ié .
»

B ie n p o r t a n t .
3 — B ie n p o r t a n t d o n t 1 a p o p le c t.
B ie n p o r t a n t e . — E p a u l e - c o r d o n . — 18 a o û t 1S42.
»

4060 g r . : 1

F ille : 1

l r&lt;” g r o s . :

100

»

38 h .

B ie n p o r t a n t e .

4070 g r . : 1

G arço n : 1

S010’ g r o s . :

95

»

20 h .

B ie n p o r t a n t .

f G a r ç o n s : 69 — 59 v i v a n t s — 10 m o r ts : s o it 1 g a r ç o n m o r t s u r G 9/10 p r è s d e 7 .
[ F ille s :
25 — 23 v iv a n te s . — 2 m o r t e s : s o it 1 iilie m o r te s u r 12 1/ 2 .

E N F A N T S : 94

&lt; E n f a n t s : 94 — 82 v i v a n t s — 12 m o r ts : s o it 1 e n f a n t m o r t s u r 7 — p r è s d o 8 .
G9 g a r ç o n s v o lu m in e u x s o n t à 94 e n f a n t s v o lu m in e u x
25 lillo s v o l u m i n e u s e s s o n t à 94
»
»

1 1/ 2 .
3 5/6.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

11 - 1 0 0

B ie n p o r t a n t e .

�970

VILLENEUVE.

Ainsi il est. facile de constater que si, dans cette catégorie de
4,000 il 4,070 grammes, on trouve parmi les 94 enfants volu­
mineux quatre fois plus de garçons environ que de filles, on
ne rencontre pourtant qu’un peu plus de la moitié de garçons
morts comparativement au nombre de filles mortes.
Cette seule comparaison pourrait bien suffire pour expliquer
la plus grande fréquence de la mort parmi les garçojns sans
avoir recours à l’influence de leur volume et de leur sexe.
Mais, avant d’examiner en détail les causes réelles de la mort
des garçons, tâchons de voir la part d’influence que peut avoir
exercé sur elle l’étendue des diamètres céphaliques.
Dans les tableaux que nous venons de tracer nous avons plus
particulièrement insisté sur le poids des enfants compris dans
la première catégorie de 4,000 à 4,070 grammes.
Par l’exposé des observations d'accouchements qui vont être
relatées il sera facile d’apprécier la part d’influence réelle ou
négative que le volume de la tête a pu exercer sur la mort des
enfants et principalement sur celle des garçons.
Parmi les 10 garçons morts nous trouvons 5 morts-nés dont
3 sont le produit d’un premier accouchement, 1 d’un second
et le dernier d’un sixième.
PREM IÈRE OBSERVATION.

1" Grosses.ee. — Pelris-Pieds. — Garçon mort-né. — i ,000 grammes. —
lii-pariétal : 96 millimètres. — 21 septembre 1867.
Le premier a présenté le pelvis. La mère a eu 25 heures de
travail. Les eaux s’étaient écoulées 12 heures avant l’expulsion
du fœtus né mort. Il pesait 4,000 grammes et avait un diamètre
bi-pariétal de 96 millimètres.
La présentation du pelvis avec procidence des pieds; l’état de
primiparité de la mère et le laps de temps qui s’est écoulé entre
la rupture des membranes et la naissance de l’enfant nous don­
nent une explication suffisante de la mort de l’enfant. Les diffi­
cultés de son extraction ont pjutôt été dues à la résistance des
parties génitales qu’au volume de l’enfant qui avait une longueur
de 55 centimètres et un diamètre bi-pariétal signalé au commen­
cement de l’observation (96 mil ).

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

971

DEUXIÈME OBSERVATION.

Diamètre sacro-pubien, 93 millimètres. — 1" Grossesse. — Pi-pariétal :
91 millimètres. — Garçon mort-né. — Dassin 93 millimètres. —
Travail 73 heures. — 13 Septembre 1858. — 4,000 grammes. —
2“° du vertex.
Le 13 septembre 1858, une primipare, âgée de 30 ans, d’une pe­
tite stature est admise à la Maternité, éprouvant les douleurs de
l’enfantement depuis le 10 à 8 heures du matin. Sa dernière épo­
que menstruelle a eu lieu le 28 octobre 1857. En supposant que
cette fille soit devenue enceinte la veilledes réglés, supprimées au
mois de novembre suivant, cette grossesse aurait parcouru une
période de plus de 9 mois et demi.
Après 12 heures de travail, la sage-femme lui avait administré
en ville 60 centigrammes de seigle ergoté ; mais voyant que la di­
latation de l’orifice utérin n ’avançait pas , elle conseille à sa
cliente d’entrer à la Maternité. A son arrivée, on a pu constater
un rétrécissement du pelvis, mais les angoisses de cette patiente
n ’ont pas permis d ’en apprécier l’étendue. La tête se présentait
en occipito-postérieure droite. Elle était très-élevée; une tumeur
se formait. L’orifice avait à peine 3 centimètres de dilatation. La
circulation fœtale s'entendait très-profondément à droite. Onbaptise l ’enfant par injection. Deux heures après, la mère ne sent
plus les mouvements de son enfant. On la plonge dans un bain où
elle reste deux heures. Au sortir du bain, l’orifice avait gagné un
centimètre de dilatation. Ce n’est que 12 heures après le bain que
la tète a opéré sa rotation, que la dilatation a été complète et que
l’expulsion de la tête a eu lieu spontanément. Le dégagement
des épaules a été très-difficile. L’épiderme commençait a s ’enlever.
C’était un garçon du poids de 4,000 grammes, d’une longueur
de 55 centimètres. La tête présentait 138 millimètres dans son
diamètre occipito-mcntonnier ; 124 dans l’occipito-frontal ; 100
dans le diamètre sous-occipito bregmatique et 94 dans le diamè­
tre bi-pariétal qui présentait un très-grand chevauchement.
Le travail a duré 73 heures, les eaux écoulées depuis 37 heures.
Cette fille est sortie le 1er octobre, le 18e jour après son accouche­
ment dans un bon état. Avant sa sortie, nous avons mesuré son
bassin dont nous n’avons pu atteindre la saillie sacro-vertébrale, au­
tant à cause de la grande obliquité du plan du détroit supérieur
que de l’abaissement du col utérin. La mensuration externe nous

�VILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

a donné 173 millimètres. Il restait donc 93 millimètres au diamè­
tre sacro-pubien supérieur et c’est grâces au grand chevauche­
ment qni a fortement, réduit le diamètre bi-pariétal et à la patience
que la lenteur de la dilatation nous a imposée que le travail a pu
transformer en position avantageuse (occipito-antérieure) une po­
sition défavorable (occipito-postérieure). L’intervention de l’art,
si elle avait eu lieu plus tôt ; aurait, sans contredit, été plus nui­
sible a la mère à laquelle l’action seule de la nature a épargné des
désordres incalculables.

le col ; on pratique une saignée après laquelle on la plonge dans
un bain. La dilatation avait gagné un centimètre d’étendue. Il
s’écoulait toujours un peu d’eau au commencement de chaque
contraction Ce n'est que 20 heures après des douleurs conquassantes que la dilatation devient complète; que la rotation s’exé­
cute de manière à ce que le menton vient se placer sous le
symphyse du p u b is, après avoir corrigé l’inclinaison frontale,
qui jusque la ne permettait pas à la tête de descendre. La circu­
lation fœtale était devenue si obscure qu’on prit la précaution de
baptiser l’enfant par injection, après la rupture inférieure de la
poche amniotique.
Après le dégagement spontané de la tête, on a eu de la peine à
dégager les épaules. La face était très-tuméfiée. Une cloche rem­
plie de sérosité recouvrait chaque paupière supérieure. C'était
un garçon mort pesant 4,050 grammes, ayant 47 centimètres de
longueur et un diamètre bi-pariétal de 105 millimètres; le dia­
mètre occipito-mentonnier de 135, le diamètre occipito-frontal de
125 et le sous-occipito bregmatique de 105 comme le bi-pariétal.
La mère a succombé le 4° jour de ses couches a une fièvre ty­
phoïde. La muqueuse vaginale avait la consistance de la pour­
riture d’hôpital.

972

Les détails de cette intéressante observation suffiront, je
pense, pour ne pas rapporter exclusivement au volume de
l’enfant, qui avait dépassé le terme normal de la grossesse, la
mort à laquelle l’a bien plus sûrement condamné le rétrécisse­
ment pelvien de sa mère. Nous verrons plus tard que des gar­
çons et même des filles plus volumineux sont venus dans le
plus parfait état de santé.
Ainsi, dans cette observation, le volume de l’enfant a été
plutôt une coïncidence qu’une cause de mort, qui résidait dans
le rétrécissement du bassin. Il en eût été de môme si c’eût été
une fille dont le volume aurait pu être môme supérieur à celui
de ce garçon ; ce que l’on pourra constater plus tard.
TROISIÈM E OBSERVATION.

U* Grossesse. — Mento-postérieure droite, inclinaison frontale.— 1030
grammes. — bi-pariétal, \ 05 millimètres, travail 45 heures.—
26 mars 1849. — Garçon-mort-né.
Le 25 mars 1849, une fille de 24 ans accouche à la Maternité à la
suite d’une première grossesse. Les membranes se rompent préma­
turément â la partie supérieure, trois heures avant le commence­
ment du travail, qui s’est terminé 45 heures après. Une heure avant
l’accouchement la poche des eaux se rompt une 2“° fois, mais au
centre de l’orifice. Avant cette dernière rupture, dans l’intervalle
des contractions, on avait apprécié le rebord sourcilier et le globe
de l’œil. C’était une mento-sacro-iliaque droite avec inclinaison
frontale. On entendait la circulation fœtale à droite. La dilatation
ayant à peine 2 centimètres de diamètre, 24 heures après le com­
mencement du travail, on applique de l’extrait de belladone sur

973

Malgré le poids et les diamètres céphaliques de cet enfant,
il est évident que c’est à la fois à la primiparité de la mère et
surtout
la position mento-postérieure malheureusement
compliquée d’une inclinaison frontale qui mettait le diamètre
occipito-mentonnier. d’une étendue tout à fait, normale, en
rapport avec les diamètres pelviens au lieu d’être parallèle aux
axes du bassin, il est évident, dis-je, que c’est à ces deux causes
que ce résultat doublement fâcheux doit être attribué et nul­
lement au volume et encore moins au sexe de l’enfant.
QUATRIÈME OBSERVATION.

Procidence du cordon. —2&lt;n" grossesse. — 7 heures de travail. — Biperiétal, 96 millimètre.— Garçon mort-né, 4 août 1868.— 4,000
grammes.— Forceps.
Le 4 août 1868, Louise Courbet, âgée de 34 ans, accouche à la
Maternité, après 7 heures de travail, à latin de sa seconde grossesse,
au moyen du forceps qu’une chute du cordon ombilical rend indis-

�V ILLEN EU V E.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

pensable. La tête a été saisie avec, le forceps au-dessus du détroit
supérieur, au moment de la dilatation presque complète, 5 heures
après l’évacuation des eaux. Cette persistance de la tête au-des­
sus du détroit supérieur a fait supposer un rétrécisement pel­
vien ; ce qui a fait donner la préférence au forceps sur la version.
Garçon extrait mort, pesant 4,000 grammes, ayant une longueur
de 60 centimètres. Les diamètres céphaliques présentaient l'éten­
due suivante:
Diamètre bi-pariétal.........
96 millimètres.
Occipito-frontal...................... 132
»
Sous-occipito-bregmatique
98
»
Occipito-mentonnier.........
140
»
La mère est sortie le 10° jour de ses couches.

Est-il besoin de prouver que le volume et le sexe de l’enfant
n’ont eu aucune influence sur le sort de ce garçon. Nous croi­
rions faire injure à nos lecteurs si nous insistions davantage.
La mère est sortie Lien portante le treizième jour.

974

Il est inutile d’insister davantage pour démontrer que le seul
fait de la procidence du cordon est plus que suffisant pour
expliquer la mort de l’enfant.
CINQUIÈM E OBSERVATION.

Hydrocéphale. — 2™ de l'épaule gauche.— 6ra&lt;&gt; grossesse. — 15 décem­
bre 1868, garçon mort-né. — 4,000 grammes. — Bi-pariétal: 100
millimètres.

975

SIXIÈME OBSERVATION.

Choléra de 1854. — Bi-pariétal; 85 millimètres, — garçon mort le 2reo
jour, diarrhée cholérique. — 4,000 grammes. —24 juillet 1854.
La veuve Teallier est accouchée de son 2m- enfant le 24 juillet
1854, après 3 heures de travail. L’enfant meurt le second jour
après sa naissance, a la suite d’une diarrhée couleur d’eau de riz,
pendant l’épidemie cholérique qui régnait à cette époque. L’en­
fant, du sexe masculin, pesait 4,000 grammes. Diamètre bi-pariétal
85 millimètres ; occipito-frontal 110; sous-occipito bregmatique
95; occipito-mentonnier 135.

Nous nous abstenons de toutes réflexions. Nous laissons nos
lecteurs juges de la cause de la mort de ce garçon.
La mère a évité les atteintes de l’épidémie etestsortie en bon
état le neuvième jour de ses couches.
SEPTIÈME OBSERVATION.

Le 15 décembre 1868. la femme Prat, âgée de 34 ans, enceinte
pour la 6mo fois, ayant subi une version à son 4reo accouchement,
entre à la Maternité en proie à des contractions spasmodiques
depuis deux jours. Les membranes s’étaient rompues le 14 à 9
heures du soir ; le bras sortait hors la vulve; la dilatation était
complète ; à son arrivée, on constate une 2° position de l’épaule
gauche. Les contractions spasmodiques permanentes ont rendu la
version laborieuse. Néanmoins, M“" la sage-femme en chef est
parvenue à saisir les pieds et a rencontré assez de résistance en
dégageant l'abdomen de l’enfant, distendu par une hydropisie
ascite. Les épaules et la tête ont été dégagées plus facilement,
quoique la tête fût le siège d’un commencement d’hydropisie.
Garçon né m o rt— 4,000 grammes— 50 centimètres de longueur.
Diamètre bi-pariétal............ 100 millimètres
»
Occipito-frontal................. . 130
»
Sous-occipito bregm at.. . ..
92
»
Occipito-mentonnier........., . 140

4“* Grossesse. — 10 heures de travail. — garçon mort le 2“*jour. —
Mère morte le S™jour de péritonite. — Bi-pariétal, 90 millimè­
tres. — Poids : 4,000 grammes. — 22 Mars 1867.
Un garçon est également mort le second jour de sa naissance,
sans cause connue, à la suite d’un quatrième accouchement, qui a
eu lieu le 22 mars 1867, à la Maternité, après 10 heures de travail
et une heure seulement après l’écoulement des eaux. Ce garçon
pesait 4,000 grammes, avait un diamètre bi-pariétal de 90 milli­
mètres, un sous-occipito-bregmatique de 95, un occipito-frontal
de 120 et un occipito-mentonnier de 131.

Chez cet enfant, les diamètres céphaliques étaient loin d’être
en rapport, comme le précédent, avec le poids de l’un et de
l’autre.
La mère est affectée d’une péritonite à laquelle elle succombe
le cinquième jour. Dira-t-on que le volume de ce garçon et

�976

VILLENEUVE.

surtout les dimensions céphaliques qui étaient môme au-des­
sous de la plupart de celles des enfants à terme ont contribué
en quoi que ce soit â la mort de la mère et de l’enfant, après
un travail tout à fait normal et dans un quatrième accouche­
ment? Je ne pense pas qu'aucun praticien puisse avoir cette
opinion, et M. Simpson moins que tout autre.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

977

application de forceps faite peu après la dilatation complète
de l’orifice, ou bien pratiquée dès l’instant que l’occiput s’est
trouvé en rapport avec la symphyse pubienne, aurait pu sau­
ver l’enfant et lui éviter les convulsions auxquelles quatre heu­
res inutiles de contractions utérines ne l’ont que trop disposé.
Il est heureux que la mère ait été aussitôt rétablie.

H U ITIÈM E OBSERVATION.

NEUVIÈME OBSERVATION.

1" Gi'ossesse. — Rupture des membranes 53 heures auparavant. — Tra­
vail 42 heures; convulsions le 2“*jour, garçon mort le 3mt&gt;jour. —
Ri-périétal, 107 millimètres. — Poids ; 4,000 grammes— 13 avril
4859.

Garçon mort le 13“° jour de pneumonie. — Poids : 4,000 grammes. —
Bi-pariétal : 100 millimètres.— lr0 Grossesse. — Travail 45 heu­
res. — 16 Mars 1864.

Le 13 avril 1S59, un garçon naît d’une primipare âgée de 2Sans,
douée d’un tempérament fort, après 42 heures de travail et 53
heures après la rupture de la poche amniotique, qui a eu lieu
au-dessus du cercle utérin. Il pesait 4,000 grammes, avait 51 cen­
timètres de longueur et les diamètres céphaliques suivants :
Bi-pariétal........................... 107 millimètres.
Occipito-frontal................. 136
»
Sous-occipito-bregmatique 105
»
Occipito-mentonnier......... 141
»
L’enfant est né dans un état d’asphyxie tel que le cordon ne
pouvait pas donner du sang. Néanmoins, des soins intelligents
l’ont rappelé â la vie au point qu’ou est parvenu à le faire boire.
Mais le second jour a 10 heures du matin, l’enfant ne voulait plus
boire; il plaignait beaucoup. Malgré les soins dont on l’a en­
touré, il a été saisi de convulsions à 2 heures du soir et a fini par
succomber le troisième jour. La mère est sortie bien portante le
7e jour.

On ne saurait nier dans ce cas une certaine influence du
développement des diamètres céphaliques. Néanmoins les
exemples nombreux que nous donnerons ultérieurement de
garçons plus volumineux qui ont surmonté toutes les difficul­
tés de l’accouchement nous autorisent à établir que l’état de
primiparité de la mère, la longueur du travail causé autant
par la rigidité des parties génitales que par le volume de l’en­
fant ont plus de part dans ce résultat fâcheux que les dimen­
sions céphaliques. Nous sommes obligés de convenir qu’une

Que dirons-nous d’un garçon né bien portant a la suite d ’un
premier accouchement dont le travail a duré 45 heures, les mem­
branes rompues artificiellement une heure avant la parturition?
Sa mère âgée de 22 ans, l’avait mis au monde le 16 mars 1864,
dans un premier accouchement. Il pesait 4,000 grammes, avait
une longueur de 52 centimètres. Les diamètres céphaliques
présentaient 100 millimètres dans le bi-pariétal ; 120 dans l’occipito-frontal ; 99 dans le sous-occipito-bregmatique et 136 dans
l ’occipito-mentonnier.
Le 1 R jour après sa naissance, l'enfant devient pâle et ne tête
presque plus. Il succombe deux jours après, c’est-â-dire, le l3'jour
de l’accouchement à une pneumonie.

Il est impossible de voir dans le sexe et le volume de l’enfant
la cause d’une mort aussi tardive.
*

DIXIÈM E OBSERVATION.

Forceps. Irc vertex avec inclinaison auriculaire droite.— 6“' Grossesse.—
3i heures de travail. — Bi-pariétal, 95 millimètres. —*Garçon mort
le 3™jour, 4,000 grammes.— 23 janvier 1849.
Un garçon extrait avec le forceps du sein d’une femme âgée de
43 ans , à la suite d’un 6me accouchement, les précédents ac­
couchements ayant été naturels à 1 exception du
qui a exigé
l’intervention de l’a rt, se présentait en première position du
vertex avec inclinaison du pariétal droit. Cette femme entrée à la
Maternité le 22 janvier 1849, â 10 heures du soir, était en travail
depuis deux heures du matin (20 heures). La dilatation avait en­

�978

VILLENEUVE.

viron 6 centimètres. On n’a pu connaître tout d’abord la position
parce qu’il y avait une forte tumeur qui dérobait les sutures et
les fontanelles et que la tête était haute. La circulation fœtale
s'entendait. Les eaux s’étaient écoulées deux heures après l’in­
vasion des douleurs. Trois paquets de seigle ergoté avaient été
administrés à cette femme quatre heures avant son admission à
l'hospice. À onze heures la tête commence à descendre. On sent
distinctement l’oreille droite. Les contractions étant subintrantes; on la met dans un bain où elle a pu rester une heure. Les
douleurs se réveillent pour se ralentir ensuite. C’était un état
d’inertie par épuisement spasmodique (pilule de 5 centigrammes
d'opium). Elle reste dans un état de calme jusqu’au lendemain
matin à 9 heures. On se décide alors à appliquer le forceps après
lui avoir fait respirer du chloroforme. Garçon aspliixié et apo­
plectique. On l’a fait difficilement revenir à la vie. Il ne poussait
aucun cri. Il a été ondoyé. Des linges très-chauds, un lavement
purgatif qui lui a fait rendre du méconium, ont fini par le rani­
mer au point qu’il s’est mis à crier et à respirer assez bien. Mais
il continue à plaindre et ne peut ni boire ni avaler. Il meurt enfin
le 3e jour après son extraction.
Légère excoriation sur la bosse frontale gauche et l’apophyse
mastoïde droite produite par le forceps.
Diamètres de la tête.
Bi-pariétal............................
95 millimètres.
Occipito-frontal.................
125
»
Sous-occipito-bregmatique
105
»
Occipito-mentonnier.........
134
»
La mère est sortie avec une fistule vésico-vaginale.

11 est fâcheux qu’on n’ait pas songé à mesurer le bassin de
cette femme. Les quatre accouchements précédents qui avaient
été naturels avaient inspiré assez de sécurité pour la croire
bien conformée. L’un des cinq accouchements précédents avait
nécessité l’intervention de l’art. Celui-ci (Gme) présentait des
difficultés telles, malgré une bonne présentation, que la sagefemme crut devoir lui faire prendre du seigle ergoté. De plus
l’inclinaison auriculo-pariétale droite devait faire supposer un
certain degré de rétrécissement. Ce qui devait nous fortifier
dans cette supposition, après l'accouchement, c’était, l’étendue
à peu près normale du diamètre bi-pariétal (95 millimètres),

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

979

diamètre, qui, pour un bassin bien conformé, n’aurait pas op­
posé le moindre obstacle à l’expulsion de l’enfant, tandis qu’il
devenait un obstacle insurmontable avec un rétrécissement
môme léger. Quoique le travail n’ait pas été très-long (31 heu­
res), l’état permanent et spasmodique des contractions a suffi,
le forceps aidant, à déterminer des escarres dans le vagin et de
plus une fistule vésico-vaginale qui n’a pas empêché cette
femme de sortir le dix-septième jour de ses couches.
Sur ces dix garçons morts, deux seulement pourraient re­
vendiquer une part de l’action funeste pour eux , exercée par
l’excès de volume de la tête. Ce sont les 8Œ
4(p. 976) et 10"6obser­
vations (p. 977-978), La 8“”, d’une manière absolue par rapport
au volume de la tête, tout en tenant compte de la primiparité
et du laps de temps écoulé entre le moment de la rupture des
membranes et le moment de l’accouchement ; la 10rao, d’une
manière relative au rétrécissement probable du bassin, les
diamètres céphaliques étant presque à l’état normal, car il
faut toujours avoir constamment présente à l’esprit l’étendue
normale du diamètre sacro-pubien supérieur qui est de 110
millimètres. Or, dans la 8,n“ observation nous voyons un dia­
mètre bi-pariétal de 107 millimètres, ayant 3 millimètres de
moins que le diamètre sacro-pubien normal, et dans la ÎO™0
nous voyons un diamètre bi-pariétal de 95 millimètres c’est-àdire 15 millimètres de moins. A côté delà lûm0 observation
pourrait se grouper la 2m&lt;&gt;avec plus de raison parce que, dans
cette dernière, le bassin ayant été mesuré après l’état de cou­
ches, on.a pu constater 93 millimètres dans le diamètre sacropubien en rapport avec un diamètre bi-pariétal de 94 que le
chevauchement a fait traverser malgré la dimension inférieure
du diamètre pelvien. Ainsi, il manquait 17 millimètres au
bassin. Est-ce que le diamètre céphalique de l’enfant (94 mil.)
n’aurait pas traversé sans danger un diamètre pelvien nor­
mal de 110 millimètres ? C’est donc plutôt à la mauvaise con­
formation de la mère qu’il faut rapporter la mort de ces gar­
çons qu’au volume absolu de ceux-ci.
Tarmi ces dix garçons morts il en est deux dont le diamètre
bi-pariétal est de 100 millimètres, un de 105 et un de 107, en

�V ILLEN EUV E.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

tout ; quatre, tandis qu’à côté de ces quatre garçons, il en est
Unit, nés en parfaite santé, dont sept ont un diamètre de 1Û0
millimètres et un de 102.
C’est prouver d’une manière assez concluante qu’il naît plus
de garçons vivants avec de grands diamètres céphaliques que
de garçons morts, et que, parmi ces derniers, les diamètres
d’une étendue moindre sont plus nombreux que les grands
diamètres : 4 de 100 millimètres, sur 10 enfants morts et G do
85 à 96 millimètres.
Voyons maintenant ce qui se passe du côté des filles. Nous
en comptons 25 dans la catégorie des enfants qui pèsent de
4.000 à 4,060 grammes; et sur ce nombre il y a deux filles
dont l’une meurt trois jours après sa naissance, affectée de
syphilis, n’ayant qu’un diamètre bi-pariétal de 92 millimètres,
à la suite d’une première grossesse et après huit heures seule­
ment de travail. L’autre succombe le deuxième jour à la suite
d une pneumonie après 38 heures de travail dans un premier
accouchement. Diamètre bi-pariétal 93 millimètres, poids :
4.000 grammes.
Les 23 autres filles sont toutes nées vivantes. Une seule, celle
dont la tête était la plus volumineuse est née un peu asphyxiée,
dans un premier accouchement, et après un travail de 9 heu­
res. Son diamètre bi-pariétal avait 105 millimètres et ce dia­
mètre a la même étendue que celle du diamètre bi-pariétal du
garçon (3“* observation, page 972) qui a succombé par le fait
d’une position mento-postérieure avec inclinaison frontale.
Si le volume de ce garçon eût été une cause prépondérante do
mort pour lui, il faudrait conclure par cet exemple que les filles
d’un égal volume à celui de ce garçon résistent davantage aux
causes qui pourraient leur nuire, ce qui équivaudrait à un
paradoxe.
Ce qui prouve que ce n’est pas toujours au volume des en­
fants qu’il faut attribuer leur mort, c’est que, parmi les 69 gar­
çons de la catégorie que nous examinons, nous trouvons ceux
des 6“' et 7m* observations {page 975), dont les diamètres bi­
pariétaux ont 85 et 90 millimètres, sont inférieurs aux dia­
mètres bi-pariétaux (92et93 millimètres) des deux filles mortes;

D’autre part, exclusion faite de cette fille née asphyxiée dont
le diamètre bi-pariétal avait 105 millimètres et qui s’est remise
en bon état, nous trouvons 11 filles sur 25 dont les diamètres
céphaliques l’emportent sur ceux des deux filles mortes. Il en
est même quatre dont le diamètre bi-pariétal avait 100 milli­
mètres, qui sont nées bien portantes. L’une d’elles a été expul­
sée du sein de sa mère une demi-heure seulement après le
commencement du travail, à la suite d’un sixième accouche­
ment. Une autre nous a offert un phénomène plus extraor­
dinaire, c’est celui d’une présentation d’épaule avec une pro­
cidence du cordon qui, après trois jours de travail, ne l’a pas
empêchée de naître vivante. Son diamètre bi-pariétal avait 100
millimètres. Elle pesait 4,050 grammes. Nous ne pouvons
résister au besoin de donner cette observation.

980

981

ONZIÈME OBSERVATION.

4e' Grossesse. — 1” Je Vépaule gauche. — Chute du cordon. — Version—
Bi-pariétal : 100 millimètres. — 4050 grammes. — 18 août 1842.
Enfant du sexe féminin vivante. — Travail 3 jours.
La nommée Marianne Truffier, âgée de 40 ans, enceinte pour la
quatrième fois, est toujours accouchée heureusement d’enfants
parvenus à terme. Dans cette dernière grossesse, il lui est survenu
depuis le commencement du huitième mois, une infiltration assez
considérable aux membres inférieurs, qui a diminué au moment
où les douleurs de l'accouchement ont commencé à se déclarer.
Sa dernière époque menstruelle date du 23 novembre dernier.
Entrée le 14 août 1842, cette femme se plaint, dès son arrivée
(6 heures 1/2 du soir), de douleurs dans la région hypogastri­
que. L'orifice externe était très entrouvert,m ais l’interne fermé.
On n’a pu s’assurer de la présentation. La circulation fœtale s’en­
tendait à droite et en haut, au milieu et en avant de la région
ombilicale. — Souffle utérin à gauche.
A minuit, les douleurs étaient plus fortes ; elles portaient sur
la région lombaire et le bas-ventre ; elles étaient plus éloignées.
L’orifice était très-élevé. On n’a pu apprécier aucune partie.
Le 15 août, a deux heures du matin, les contractions devien­
nent plus vigoureuses. L’orifice a un centimètre et demi environ
de dilatation dans le sens transversal. On ne peut rien apprécier.
63

�983

VILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

A trois heures, les contractions sont plus fréquentes. Cependant
la poche des eaux ne bombe pas. I/orifice a plus de 2 centimè­
tres ; il était souple et dilatable. On sentait alors une partie qui
fuyait sous la moindre pression du doigt.
A 5 heures, la dilatation était la même, l’orifice était très en
arrière. On sentait au-dessus du pubis une partie assez volumi­
neuse trop élevée pour la distinguer. Les contractions cessent.
Cette femme se plaint de maux de tète, de nausées. La face est
rouge. On lui fait prendre un bouillon qu’elle garde. Cet état
d’angoisse dure jusqu'à 10 heures 1/2 du matin, qu’elle se plaint
d’étourdissement, On lui pratique une saignée qui la soulage. A
2 heures du soir, les choses sont toujours dans le même état.
Le 16, à 9 heures du matin, les deux orifices sont entrouverts.
La saillie du ventre est oblique du bas en haut et de gauche à
droite. On soupçonne une présentation d’épaule. C’est à peine si
dans le courant de la journée cette femme éprouve quelques dou­
leurs.
Le 17, à 8 heures du matin, l ’orifice était revenu sur lui-même.
On n’a pu atteindre aucune partie. Aucun changement notable
n’était survenu pendant toute la journée. A 10 heures du soir, on
a senti au-dessus du pubis une partie saillante qu’on a présumé
être un coude. Les douleurs se raniment. La patiente-a des maux
de cœur, est très-altérée. A 11 heures et demie, les contrac­
tions deviennent violentes. La poche fait saillie, mais bombe
très-peu.
Le 18, à 6 heures du matin, on distingue des doigts qui fuient
au toucher. A 9 heures et demie, la dilatation est d ’environ 4 cen­
timètres. L’orifice était bien au centre, souple et aminci. On sen­
tait une partie mobile au-dessus du pubis et adroite. On a cru
distinguer le bras; mais il a été impossible de caractériser la po­
sition. Les contractions sont éloignées. A 11 heures et demie,
elles deviennent plus énergiques. La poche des eaux bombe da­
vantage pendant la contraction. La dilatation a 5 centimètres et
demi environ. A 1 heure après-midi, on met cette femme dans
un bain dans lequel les douleurs deviennent plus intenses. A 2
heures, la rupture des membranes s’opère dans le bain. On retire
la femme aussitôt. Placée sur le lit de misère, on sent le bras en­
gagé dans le vagin. Il était replié sur lui-même Le coude regar­
dait à gauche. En longeant le membre du côté droit, on a senti
le creux de l’aisselle et les élèves ont alors présumé une deuxième

position de l ’épaule droite, A 2 heures et demie, la dilatation est
complète ; le coude est presque à l’entrée de la vulve.
Nous procédons à la version. Moignon de l’épaule à gauche, dos
en arrière. Nous constatons une première position de l’épaule
gauche ; mais en même temps nous sentons au détroit supérieur
une anse du cordon. Après avoir fixé un lacs sur le poignet du
bras gauche développé au dehors, nous parvenons à saisir, non
sans peine, le pied gauche au-dssus duquel nous plaçons un autre
lacs confié à un aide. Grâce à l’existence de quelques gouttes
d’eau, nous entraînons le pied droit. L’enfant rend le méconium.
Les fesses dégagées, nous constatons les pulsations du cordon :
mais nous rencontrons une décussation inférieure du bras droit
que nous corrigeons par un mouvement de rotation imprimé au
tronc. Après avoir placé la face dans la courbure du sacrum,
l ’index placé dans la bouche ; le tronc de l’enfant fortement relevé
sur le ventre de la mère, l’extraction de l’enfant a eu lieu assez
promptement ; car les élèves ont noté que l'opération avait duré
10 minutes. L’enfant du sexe féminin est né dans un état d’as­
phyxie apoplectique qui s’est dissipé après une petite saignée du
cordon ombilical et après quelques soins qui lui ont été donnés.
Poids : 4,050 grammes. Diamètre bi-pariétal : 100 millimètres. La
mère n’a pas poussé un seul cri. Elle est sortie avec son enfant
le 29 août, onzième jour de couches.

982

Quoique celte observation soit relative à un enfant du sexe
féminin, sexe auquel M. Simpson n’attache pas une grande
importance par rapport aux difficultés et aux dangers de l'ac­
couchement, il nous suffit, à nous, de relever cette importance
parle fait authentique que nous présento ns à la méditation de
nos lecteurs, pour leur prouver que, malgré le poids assez fort
pour une fille (4,050 grammes), un diamètre bi-pariétal peu
commun pour son sexe (100 millimètres) et surtout après un
travail de 52 heures et une version nécessitée par une présen­
tation du tronc, un enfant du sexe féminin peut survivre,
quoique ayant un volume plus fort que celui de garçons qui
ont succombé avec un poids et un volume inférieurs, offrant
des présentations et des positions bien plus favorables que
celle qui, dans cette circonstance, pouvait donner la mort à
Un enfant de tout sexe et de toute dimension.

�984

VILLENEUVE.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau de la catégorie
que nous présentons pour s’assurer que six sur dix garçons
morts avaient un poids et un diamètre bi-pariétal inférieurs à
ceuxde la tille qui fait l’objet de cette observation. (2 : 96 mil­
limètres, voyez 1” et 4“'’ observations, pages 970 et 973);
1.95 mil. voy. 10°'’ obson p. 977 et 978.—1. 93 mil. voy. 2°“, obs0°
p. 971. 1. 90 mil. voyez 7“* obs0" p. 975,et 1. 85 mil. voy. Gm*
obs,n p. 975, pesant tous 4,000 grammes, 50 grammes de moins
que l’enfant du sexe féminin de cette dernière observation.
Il y a plus que cela. On dirait que le sexe féminin porte un
déü au sexe masculin pour prouver l’immunité dont le pre­
mier jouit au détriment du second, puisque la troisième ob­
servation, page 972, à laquelle nous renvoyons, nous fournit
l’exemple d’un garçon mort-né ayant un diamètre bi-pariétal
de 105 millimètres, un poids de 4,050 grammes, tandis qu’une
fille qui ne pèse que 50grammesde moins (4,000 grammes) mais
ayant un diamètre bi-pariétal égal à celui du garçon mort-né
(105 millimètres)nait à la vérité dans un état d’asphyxie apo­
plectique, mais échappe à la mort par les soins adaptés à cet
accident qui s’est facilement dissipé. La mère, affectée d’entérité diarrhoïque, n’ayant pu continuer à nourrir son enfant,
celle-ci a été confiée à une autre nourrice le dixième jour après
sa naissance et a continué à se bien porter.
Le garçon et la fille provenaient tous deux d’une première
grossesse. Le garçon riait mort après 45 heures de travail.
Dans l’un et l’autre cas, les membranes sont rompues, sponta­
nément pour le garçon, artificiellement pour la fille, une
heure seulement avant la parturition. Aquoi tient donc la dif­
férence du résultat ? Le garçon présente la face en mentopostérieure droite avec inclinaison frontale, subit 45 heures
de contractions utérines vigoureuses, tandis que la fille pré­
sentait le vertex en première position, et que sa naissance
n’avait, du côté des garçons, été précédée que par neuf heu­
res du travail (11 mars 1850).
Du côté des garçons, si les 3B* et 8"' observations (pages 972 et
976) nous montrent des garçons morts avec les plus forts dia­
mètres qui existent parmi ceux de cette catégorie, ces deux

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

985

faits pris isolément (105 et 107 millimètres) nous autorise­
raient Acroire que c’est A l’excès de leur volume que la mort
a été due. Ce que nous venons de dire relativement A la fille
(105 millimètres) qui est née vivante, détruit ce raisonnement
relativement au garçon de la 3”' observation, qui avait un
diamètre égal (105 millimètres). Nous verrons plus tard que
la mort du garçon de la 8™'observation n’est pas plus lerésultat de l’excès de son volume (107 millimètres) que celle des
autres garçons, puisque nous trouvons des garçons nés bien
portants avec un diamètre bi-pariétal de 110 millimètres, ce
qui sera démontré dans la seconde catégorie.
Ce parallèle suffira-t-il pour prouver AM. Simpson que c’est
moins au volume et au sexe de l’enfant qu’il faut rapporter la
mort plus fréquente des garçons qu’A des circonstances tout-Afait différentes de la cause qu’il signale ?
Nous pouvons donc conclure, d’après les faits que nous ve­
nons d’examiner, qu’aucun des dix garçons morts sur les 69
garçons que nous fournit la catégorie que nous venons de
présenter n'a du sa mort A l’excès de son volume, pas même
celui qui, ayant succombé aux convulsions le troisième jour
après sa naissance, présente un diamètre bi-pariétal de 107
millimètres, C’est ce qu’il nous sera facile de démontrer dans
la catégorie suivante de 4,100 grammes A 4,150.
En terminant cette première partie de notre travail, il ne
sera pas sans intérêt d’exposer un tableau concis des enfants
morts et vivants, et de mettre en parallèle le nombre de ceux
qui, avec les plus grands diamètres, ont succombé avant,
pendant ou après l’accouchement et le nombre de ceux qui ont
survécu. Il sera plus facile au lecteur de distinguer la vérita­
ble cause de leur mort ainsi que la cause qui a permis de sur­
vivre A ceux qui présentaient des diamètres égaux et même
supérieurs A ceux des enfants morts.

�VILLENEUVE.

986
Diamètre
bi-pariétal.

GARÇONS MORTS.

a0

M o r t- n é ...

105 m il.

M o r t- n é . .

Iioo

Le 3"* jour
Le ÎS®*®jou

1107
100

»

(M o rt-n é ..
) M o r t- n é . .
I L e 3“* j o u r
I M o rt-n é . .
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\L e 2 “®j o u r

96
96
95
94
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85

»

»
»

»

»
»
b
b

102 m il.

TRAVAIL.

45 h .
3 j"
42
45
25
7
31
72

h.
h.
h.
h.
I),

h.
10 h .
3 h.
13 h .
(2 2 h.

100

96
43
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95

1

94

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90

llO h .)
) 9 h. j
b
6
) 3 h.
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[ 4 h . 1/2.
b
7 h.
( 1— 58 11.
» Î15— d e 5 à 24 h .
( 7— do 6 à 31 11.
»
12 h .
[
16 h .
) 3— d e 2 il 8 ii.
»
4— d e 5 à 13 h .
3— d e 4 ù 17 h .

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

Causes
présumées.

Grossesses.

M e n to -p o s te r.l™ . M è re m o rte .
( E p a u le .
(H y d ro c é p h . i 6 "
C o n v u ls io n s . 1 " .
P n e u m o n ie . l r * .
P e lv is .
M.
C o rd o n .
2 " .
B a s é t r o i t.
6 m\
B a s s in 93 m il. l " .
In co n n u .
4®. M è re m . p é r i t .
C h o lé ra .

1

4020 g r a m .
4000
b
4000
4000
4030
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4000
4030

3 “ °.
1 ".

»

2 "®.

b

3m®.

»

l r* .

b

2 “ ’.

g r o s s e s , d iv e r s e s .

En ne prenant en considération que les garçons qui ont un
diamètre bi-pariétal de 100 millimètres et au-dessus, nous
voyons que sur onze garçons, il y en a six vivants et deux
morts présentant un diamètre bi-pariétal de 100 millimètres ;
un vivant de 102 millimètres : 2 morts : l'un de 105 millimè­
tres, et l’autre de 107, soit 4 garçons morts et 7 vivants sur 11.
Il y a donc plus de la moitié de garçons vivants et près d’un
tiers seulement de garçons morts. L’influence du volume cé­
phalique est facile à tirer pourles garçons puisqu’elle démon­
tre que le plus grand volume est plus avantageux que nuisible
à la vie des garçons.
Maintenant, si nous passons en revue les causes qui ont
donné la mortaux garçons, nous voyons trois premières gros­
sesses dont une seule parait avoir exclusivement déterminé ce
résultat fâcheux, c’est celle au terme de laquelle un garçon né
après 42 heures de travail est mort le troisième jour après
l’accouchement à la suite de convulsions : diamètre bi-parié-

987

tal, 107 millimètres. Huant aux deux autres premières
grossesses, la cause de la mort des garçons est bien moins due
au développement céphalique qu’à des causes tout-à-fait étran­
gères : 1° une position mento-postérieure qui n’a pu permettre
l’expulsion de l’enfant qu’après 45 heures de travail qui nonseulement a causé la mort de l’enfant mais encore celle de la
mère; et 2* une pneumonie qui ne s’est déclarée que onze
jours après la naissance et qui a fait succomber l’enfant, deux
jours après. La primiparitè qui avait été cause de la longueur
du travail (45 heures) n’avait eu ici aucune influence sur la
mort de ce garçon.
Quant aux six autres garçons morts présentant des diamè­
tres céphaliques inférieurs, cette constatation suffirait pour
exonérer le volume céphalique de l’influence mortelle que lui
attribue notre éminent collègue d'Edimbourg. Et si nous pas­
sons en revue les diverses causes de leur mort : 1° Une présen­
tation du pelvis chez une primipare ; 2° une procidence du
cordon ; 3* deux cas d’angustie pelvienne dont l’un nous pré­
sente un diamètre sacro-pubien de 93 millimètres qui a été
traversé par un diamètre bi-pariétal de 94 millimètres dans
un premier accouchement ; 4° un cas de choléra (diamètre bi­
pariétal 85 millimètres !) enfin, un dernier garçon dont la
cause de la mort est restée inconnue, dont le diamètre bi­
pariétal avait 90 millimètres, et dont la mère a succombé à
la péritonite. Peut-on de bonne foi rapporter au volume de
la tête et du corps de cet enfant la mort de celui-ci et celle de
sa mère ?
Mais si nous jetons un rapide coup d’reil sur le tableau des
filles qui, sur un nombre de 25, nous présente deux cas de
mort parmi celles d’entre elles qui ont les plus petits diamè­
tres céphaliques: 93 millimètres chez l’une et 92 chez l'autre ;
la première succombe à une pneumonie, et la seconde à la
syphilis, tandis que cinq d’entre elles dont quatre ont un dia­
mètre bi-pariétal de 100 millimètres et une de 105 naissent
toutes en parfaite santé et la dernière, la plus volumineuse,
provenant d’une primipare, et après neuf heures de travail

�988

CHALEUR.

VILLENEUVE.

seulement. Est-ce que les filles auraient un privilège d’immu­
nité sur les garçons avec îles diamètres céphaliques égaux ?
Nous n'insisterons pas davantage, après de pareilles preu­
ves, pour conclure que si quelques garçons nous présentent
des diamètres céphaliques étendus, c’est, moins à l’étendue de
ces diamètres qu'il faut attribuer leur mort qu’à des causes
tout-à-fait étrangères. Il nous serait difficile d’expliquer la
raison pour laquelle les filles ne présentent aucun cas de
mort parmi les plus volumineuses avec des diamètres cépha­
liques égaux et même supérieurs à ceux des garçons morts. Ce
qui nous confirme encore davantage dans la conviction ac­
quise par les faits, que le volume n’a pas une influence abso­
lue sur la mort des enfants de l’un et de l’autre sexe, et que
cet excès de volume n’aurait tout au plus qu’une influence re­
lative toujours dominée par une cause plus puissante. Nous
ajouterons même qu’un grand volume de l’enfant, en dehors
de tout développement morbide, loin d’être une cause de mort
est au contraire une condition de résistance vitale plus puis­
sante.
Lorsque nous aurons passé en revue les catégories subsé­
quentes, nous examinerons, avec tout le soin qu’exigent de
pareilles recherches, la prétendue influence qu’exerce le sexe
masculin de l’enfant par son plus grand volume sur les acci­
dents et les dangers auxquels la mère est plus exposée d'après
l’opinion de M. Simpson. Nous userons de la même réserve
quoique les prémisses que nous venons d'établir nous auto­
risent en quelque sorte à douter fortement de l’action réelle de
cette cause signalée par notre savant collègue.
Videbimus infrà.
(A suivre.)

989

De l’Influence pathogénique de la chaleur,
Pur M.

G a r c in

, interne des hôpitaux.

(Suite et fin.)

Des annexes du tube digestif, le plus fréquemment malade
pendant l étéet surtout dans les pays chauds, c’est le foie. —
A quoi attribuer celte fréquence des maladies delà glande
hépatique sous l’influence de la chaleur? — Demandons à la
physiologie, à la clinique, à la thérapeutique enfin le pourquoi
de ces altérations, nous verrons qu’il y a là toute une théorie
nouvelle à édifier, que la doctrine de l’état bilieux ne peut
plus exister avec sa vieille et imposante autorité. — La physio­
logie nous enseigne que le foie joue nn rôle important comme
régulateur de la température, et cela de deux façons : d’abord
par la production du sucre, qui se transformant en acide car­
bonique et en alcool, engendre une combustion qui entre­
tient la chaleur; secondement par la production de la bile,
dont les éléments principaux, le cholate et le choléate de
soude, sont les résidus de la combustion incomplète des subs­
tances grasses. Or, pendant l’été, les transformations chimi­
ques qui aboutissent à la formation des cholate et choléate
de soude se font incomplètement; il semble donc qu’il y ait
surexcitation de l’activité fonctionnelle du foie portant sur la
sécrétion biliaire, et que, par suite de ce fonctionnement
exagéré, se produisent ces troubles morbides. — La clinique
semble encore ajouter quelques arguments nouveaux à cette
théorie en nous montrant, dans cet état bilieux propre à l’été,
une suffusion sub-ictérique de la peau, des nausées, des vomis­
sements, une langue jaunâtre, une bouche amère. — La thé­
rapeutique enfin nous montre les bons effets de l’ipéca et des
évacuants qui, dit-on, débarrassent l’économie de la bile qui
lasurchage. — Cependant, en dépit de cet ensemble de preuves,
nous ne saurions admettre une pareille interprétation patho-

�GARCIN.

CHALEUR.

génique. L’observation clinique nous indique qu’il existe cer­
tainement une corrélation intime entre le foie et l’estomac,
que les douleurs et la réaction entre ces deux organes sont
proportionnelles, que si l’estomac fonctionne mal, le foie se
met à l’unisson. Nous savons, de plus, que, pendant l’été, il
y a une aversion instinctive pour les substances grasses : or
la digestion de ces aliments est confiée à la bile, et il serait
vraiment curieux que cette digestion ne pût s’opérer avec un
surcroît de bile; ne sait-on pas, au contraire, que le fiel de bœuf
est nécessaire â certains malades? La fréquence de la consti­
pation vient encore corroborer cette opinion; en effet s’il y
avait surcroit de bile, n’y aurait-il pas, au moins, des éva­
cuations bilieuses? — Les effets thérapeutiques si complets, si
utiles des acides et de l'ipéca prouvent encore contre la doc­
trine do l’état bilieux dù à une prédominance de la bile.
Claude Bernard nous a enseigné que l’ipéca avait cette pro­
priété merveilleuse de débarrasser l’économied’une surcharge
de bile, mais que, de même que les acides, cet agent excitait
la sécrétion biliaire. Si donc il y avait excès de bile, ces agents
thérapeutiques ne sauraient avoir qu’une influence nuisible.
Quant aux phénomènes généraux, céphalalgie, courbature,
mouvement fébrile rémittent, les attribuer à la choléine,
c’est émettre une hypothèse irrationnelle quand on voit que
dansl’ictère simple,où certainement cette choléine existe, il ne
se manifeste aucun deces phénomènes. Pour êtreplusprès delà
vérité, nous croyons que du côté du foie se passent des phé­
nomènes analogues à ceux qui se passent du côté de l’estomac
ou de l'intestin : altération sécrétoire et inertie de l’organe,
dyspepsie, diarrhée ou constipation d’une part, acholie de
l’autre. — Au reste, à cette inertie fonctionnelle correspond
une hypermégalie de la glande hépatique due à une conges­
tion passive de l’organe.
Est-ce à dire, cependant, qu’il ne puisse y avoir d’autre
état morbide que celui résultant de cette inertie fonctionnelle?
— Non, certainement. — Nous avons eu quelquefois l’occa­
sion de voir des malades atteints d’hépatite simple, et, à
la clinique même, une femme, couchée au n# 14 de la salle

Sainte-Catherine, pendant le mois de juillet, nous a offert un
beau type de cette affection. Ce que nous avons pu noter dans
ces cas, et ce que M. le professeur Fabre nous a fait observer
chez notre malade, c’est la dissemblance des symptômes qui
existe entre 1 hépatite simple légère et l’état bilieux. Dans
l’hépatite, nous n’avons ni le goût amer de la bouche, ni la
langue recouverte d’un enduit suburral fort épais, ni l’inappé­
tence, ni la douleur épigastrique, ni la céphalalgie; maisnous
avons l’augmentation du volume et la douleur du foie, et à
cette première différence de degré et de nature s’ajoute encore
le caractère tiré de la marche de la maladie. — L’hépatite
aigiie peut se terminer par suppuration ou devenir franche­
ment chronique avec tendance à l’induration et à la sclérose.
Mais, tandis que la chaleur produit la congestion passive
simple, il nous semble nécessaire qu’une nouvelle action
s’ajoute à celle de la chaleur pour amener ces deux formes
d’hépatite, induration ou suppuration. Dans les pays chauds,
par exemple, l'hépatite suppurée est très-fréquente et se trouve
le-plus souvent liée à la dyssenterie et à l’intoxication palu­
déenne. L’induration du foie est plus fréquente dans les pays
du nord et est surtout en rapport avec l’alcoolisme.
Cette tendance à la congestion passive , sous l’influence
de la chaleur, se rencontre encore dans d’autres organes
et on peut dire dans tous les autres organes.
Poursuivons notre revue et nous verrons, par exemple,
l’hématurie ou l’albuminerie dans la fièvre bilieuse des pays
chauds et dans la fièvre jaune, comme symptômes révélateurs
de la congestion qui se fait dans le parenchyme rénal.
L’arbre broncho-pulmonaire paie un tribut notable à
l’influence de la chaleur, et dans nos pays surtout il est
quelquefois affecté. — C’est une toux plus ou moins intense,
assez sèche, ne mûrissant pas, selon l’expression vulgaire,
mvec râles sous-crépitants et sonores, mais avec prédominence très-marquée de râles sonore secs. Nous avons en
plusieurs fois l’occasion d’observer cette congestion pulmo­
naire et nous l’avons vue particulièrement marquée chez un
malade couché au ir 9, de la salle Àillaud, pendant le mois

990

991

�992

G ARC IN.

d’août de cette année. On connaît aussi les descriptions de
cet état morbide appelé asthme d'été, signalé et étudié par
Heberden, Rostack, Gordon, Helliotson. Prater, Ay, Mackensie
en Angleterre, et plus récemment en Allemagne par le profes­
seur P. Plioebus, en France par Dechambre. C'est une sorte
d’état, catarrhal qui commence vers la fin de mai et se
maintient pendant les trois mois de grandes chaleurs. —
Cet état morbide est très-fréquent en Angleterre où il est
connu sous le nom de hay-fever (fièvre de foin), beaucoup
plus rare en France et n’a jamais été observé en Italie. Les
causes n’eu sont pas intégralement connues; la dénomination
d’asthme de foin montre qu’en l’attribue aux exhalations
du foin,mais cette opinion nous semble trop absolue, il serait
beaucoup plus juste de faire intervenir l'influence combinée
de la chaleur et de l’humidité. Deux ordres de symptômes,
selon les auteurs qui s’en sont occupés, caractérisent cet
état morbide. Ce sont d’abord des phénomènes catarrhaux qui
portent surtout sur la muqueuse respiratoire : coryza, éternue­
ment, fréquemment conjonctivit avec larmoiement, sensa­
tion de picotement an gosier avec difficulté de la déglutition,
avec dysphagie vraie; puis du côté du larynx et des bronches,
toux sèche , spasmodique , avec dyspnée et expectoration
muqueuse. A ces symptômes catarrhaux se joignent des trou­
bles nerveux tels que céphalalgie , courbature généralisée,
brisement des forces, douleurs rhumatoïdes assez vives.
Cette fièvre catarrhale nous montre ainsi que dans les pays
du nord la chaleur a la môme influence morbigène que
dans les pays chauds; mais, chose singulière, les phénomènes
congestifs se manifestent ici sur les voies respiratoires, tandisque là ils frappent l’appareil digestif ; l’un et l’autre se
compliquant, il est vrai, de phénomènes nerveux. — A quoi
tiennent ces variétés d’action ? — nous signalons le fait, en
nous gardant de toute hypothèse.
L’influence de la chaleur se traduit sur l’encéphale par
une congestion violente, subite, plus ou moins analogue à
l’attaque apoplectique. Nous devons dire cependant que nous
n’avons jamais observé ces phénomènes encéphaliques et que

CHALEUR.

993

nous sommes obligé, pour établir cette action pathogénique,
d’invoquer les faits consignés dans divers mémoires, faits
que M. Fabre a relatés dans ses leçons.
Un premier ordre de faits nous apprend que cette con­
gestion encéphalique apoplectiforme, ne doit pas tant être
attribuée à l’influence prolongée de la chaleur qu’à une
transition brusque de température. Ainsi, en 1694, Baglivi
signale à Rome des apoplexies nombreuses, un hiver rigou­
reux ayant fait place à un été brûlant. A Paris, en 1857,
à Turin, en Hollande, des phénomènes analogues ont été
observés. Indépendamment des ces phénomènes morbides ,
Payan a noté, à Tlemcem, en Algérie, chez les soldats en
marche, du délire avec hallucinations dans lesquelles les
malades entendaient des chants venus du ciel, poussaient
des cris ou des plaintes continuelles, etc.Dans certaines régions
du centre de l’Afrique, on a noté encore des hallucinations
diverses et surtout des hallucinations du sens de la vue. —
Il est encore une maladie, appelée calenture, qui n’a guère
été étudiée que par deux médecins anglais, Stubbes et Oliver
et par Beisner, de la marine française; maladie qui se déclare
surtout chez les matelots qui naviguent dans les régions
intertropicales et qui serait caractérisée par un mouvement
fébrile intense, et un délire furieux survenant d’une manière
subite au milieu de la nuit, avec désir irrésistible de se
précipiter à la mer. Mais l’existence de cette maladie a été
révoquée en doute par deux médecins des plus distingués
de notre marine, Fonssagrives et Leroy de Méricourt, qui ont
déclaré ne l’avoir jamais vue. — La chaleur parait encore
engendrer une maladie que l’on a appelée Colique sèche.
Mais ici encore les données scientifiques sont loin de prouver
en faveur d’une telle influence. Cette affection, eu effet, se
rencontre plus particulièrement sur la côte de Malabar, par
des variations de température de 18 à *20 degrés, sur le littoral
et jamais dans l’intérieur, sur les navires à vapeur et prin­
cipalement chez les chauffeurs. Elle est caractérisée par des
coliques abdominales violentes, de l’arthralgie, de la dyspnée,
de l’anxieté précordiale, des spasmes. — Parmi les médecins

�GARCIN.

CI-IALEUR.

de la marine, les uns attribuent cette maladie à l’influence
paludéenne; les autres, à l’intoxication saturnine.— Une
autre maladie, qui est attribuée surtout à une brusque
variation de température, c’est le tétanos spontané des pays
chauds, qui se manifeste principalement chez les enfants et les
adultes, et plus souvent encore chez les nouveau-nés ; mais
comme nous venons de le dire, on ne doit point invoquer
l’action continue delà chaleur, mais exclusivement les varia­
tions brusques de température.
Sur les centres nerveux, l’influence prolongée de la chaleur
se traduit véritablement par une action adynamique por­
tant sur les diverses fonctions intellectuelles et surtout sur
l’intelligence. Qui ne sait, en effet, que, pendant l’été, le
travail intellectuel ne peut durer longtemps, qu’il ne peut
être continué? — 11 y a en outre de l’insomnie, de la céphal­
algie, un malaise vague, un certain affaiblissement muscu­
laire s’exagérant par l’exercice, moindre dans le repos, de
l'engourdissement, de l’endolorissement des membres, une
sorte de courbature.
Cette influence si connue de la chaleur sur les centres ner­
veux n’entraine aucun danger quand aucune maladie grave
ne vient s'y joindre; mais s’il se manifeste quelqu’autre mala­
die, telle qu’une pneumonie ou une fièvre, alors apparaissent
des phénomènes adynamiques ou ataxo-adynamiques, ce qui
implique naturellement une gravité extrême des maladies
fébriles durant l’été.
Enfin, du côté de la peau, par suite de la suractivité fonc­
tionnelle, se produit une sorte d’excitation caractérisée par du
prurit, de l’erythème, des sudamina, une éruption miliaire,
des furoncles. Dans certains pays chauds, et sous l’influence
de certaines conditions hygiéniques, naissent la lèpre et l’éléphantiasis.
M. Fabre a encore bien voulu nous faire remarquer l’in­
fluence de la chaleur sur le système sanguin. D’après notre
maitre, lorsque la chaleur est intense et continue, il se produit
une anémie avec œdème et bouffissure, soit par l’action directe,
adynamique de la chaleur sur les glandes de l’hémopoïèse,

soit par une action indirecte produisant la dyspepsie, ou bien
enfin par la dilatation atmosphérique amenant l'insuffisance
de l’oxygène. De même, sous celte influence, la menstruation
est excitée, augmentée et dans nos pays elle est quelquefois
supprimée.
Après avoir ainsi passé en revue l’influence de la chaleur
sur les divers appareils de l’économie, résumons en quelques
mots les effets de cette influence. D’un côté, adynamie, inertie
fonctionnelle; de l’autre, suractivité fonctionnelle: la pre­
mière, plus générale, embrassant un plus grand nombre d’or­
ganes, la seconde, s’adressant particulièrement à la peau et
aux glandes sudoripases.
Pour terminer cette étude, qu’on nous permette de relater
les règles thérapeutiques préconisées par notre maître, soit
dans ses leçons, soit au lit du malade; règles thérapeutiques
que nous adoptons et conseillons d’adopter, ayant toujours vu
le succès couronner les médications employées à la clinique.
« Deux règles hygiéniques dominent toute la thérapeuti­
que. » En première ligne, il faut placer l’emploi des bains et
surtout des bains frais, principalement chez les enfants, bains
qui agissent par la soustraction de chaleur qu’ils opèrent et
par l’action tonique qu’ils possèdent. Cet emploi des bains, à
la fois hygiénique et utile, devrait être génélarisé et l’on ver­
rait peut-être alors, pendant l’été, le chiffre de la mortalité
chez les enfants beaucoup moins élevé.— La seconde règle
d’hygiène a trait à l’alimentation, qui comprend les aliments
solides et les aliments liquides. On doit se priver des boissons
froides en dehors des repas et ne faire usage de boissons alcoo­
liques qu’à doses très-modérées, car on doit toujours redouter
l’action de l’alcool sur le foie.
Des aliments solides, il faut éliminer les aliments gras qui
augmentent les secrétions cutanées et hépatiques, et provo­
quent en outre l’embarras gastrique ; il vaut mieux user, mais
avec modération, des aliments féculents qui entretiennent
simplement la combustion respiratoire. La meilleure alimen­
tation se composera d’aliments végétaux et de végétaux her­
bacés, et d’aliments azotés. Mais il faut distinguer deux cas^

99 i

99:3

�996

GARCIN.

D’abord, s’il y a une certaine susceptibilité intestinale ,
l'alimentation herbacée doit être modérée. En second lieu,
si la digestion est difficile (ce qui indique un défaut de
secrétion gastrique ) , il faut diminuer les aliments azotés
et suppléer à l’absence de ce suc gastrique indispensable :
employez alors, mais avec modération, quelques condiments,
des moyens stimulants, boissons gazeuses, par exemple, ou
mieux encore, la poudre ou l’élixir de pepsine. S’il y a enduit
saburral de la langue et constipation, la rhubarbe trouve son
application ; s'il y a de la diarrhée, la rhubarbe sera avanta­
geusement associée à la noix vomique. Si la diarrhée est sur­
venue brusquement, après l'ingestion de boissons froides, nous
donnerons du bismuth et nous ferons appliquer sur le ventre
des cataplasmes chauds, arrosés de laudanum. S’il y a des coli­
ques vives et si la langue est dépouillée, le bismuth doit être
donné concurremment avec l’ipéca et leur action sera aidée
par les lavements laudanisés. Si cet état se prolonge, on devra
recourir aux préparations astringentes : tannin, cachou, diascordium, ou bien encore noix vomique.
« Si. sous l’influence de la chaleur, se produisent des acci­
dents tels que le choléra d'été et la fièvre bilieuse, on devra ad­
ministrer l’ipéca à dose vomitive. S’il y a des vomissements et
de la diarrhée séreuse, l’éther, l’alcool de menthe et une bonne
révulsion cutanée seront indiqués; et, s’il se manifeste une
réaction typhoïde les boissons bicarbonatées et l’alcoolature
d’aconit. Il faut principalement insister sur l’hygiène diététi­
que, qui doit être très-sévère, surtout chez les enfants récem­
ment sevrés qui s’habituent difficilement au changement de
régime et qui devront être mis à l’usage du lait d’ânesse. S’il y
a un état muqueux, on donnera les laxatifs et les toniques,
rhubarbe et quinquina ; s’il y a état bilieux, l’ipéca et le calo­
mel. Dans les cas d’hépatite, le calomel et les onctions liydrargyriques ou révulsives seront très-utiles. Enfin, aux phéno­
mènes adynamiques on opposera les bains froids, le quinquina;
l'anémie sera avantageusement combattue par le quinquina,
les bains froids et les boissons ferrugineuses.
C. G a r c i n .

997

CARCINOME UTÉRIN.

CLINIQUE DE LA VILLE.
Observation remarquable par l’arrêt, manifestement
obtenu, dans l’évolution d’un carcinome utérin ,
alors que la malade semblait être parvenue au terme
de l’état cachectique.

La guérison, — ou plus modestement — l’amendement ines­
péré que j ’ai vu se réaliser, dans la maladie de la personne qui
est le sujet de ma communication de ce jour, se maintient de­
puis quatre mois environ. C’est peu, sans doute, mais c’est beau­
coup, cependant, quand on réfléchit qu’il s’agit d’une mala­
die réputée incurable, — à trop juste titre, liélasl —et parve­
nue, ainsi que l’ont constaté deux des honorables collabora­
teurs de ce journal, à la période ultime
L’étrangeté môme du fait me parait constituer, pour m oi,
l’obligation de le porter, dans le plus bref délai, à la connais­
sance de mes confrères. Je ne me dissimule pas toutes les objec­
tions sérieuses qui pourraient m’être faites quant au main­
tien définitif d’un pareil résultat. C’est pourquoi je me hâte
de répéter que mon opinion est corroborée par celle de deux
confrères dont personne ne récuserait le témoignage. D’ailleurs,
comme il s’agit d’une maladie qui ne nous trouve que trop dé­
sarmés, jo crois, tout au moins, remplir un devoir d’huma­
nité, en publiant aujourd’hui, quoique trop tôt, peut-être —
une observation essentiellement intéressante, parce qu’elle tend
à encourager le praticien dans une lutte honorable contre une
maladie des plus cruelles, — et, conséquemment, des plus di­
gnes de ses soinsl
Nous sommes il la fin avril 1809.
Ci

�CARCINOME UTÉRIN.

BLANCHARD.

998

M“ X... est âgée de 13 ans ; de taille et de complexion moyen­
nes ; son père et sa mère sont bien portants ; elle a une sœur,
plus jeune de 7 ou 8 ans, qui jouit d'une santé excellente.
11 y a très-longtemps — plusieurs années— que cette dame a
vu sa santé s’altérer : douleurs sourdes, à l’hypogastre, aux
lombes, etc., s'exaspérant par la marche, la moindre occupation
dans les soins du ménage ; apparition de llueurs blanches ; re­
tours fréquents de suintements sanguinolents, sans époques
régulières, (après le coït notamment) se transformant bientôt —
en dehors de cette dernière circonstance — en véritables mctrorrhagies ; lesquelles, après divers examens minutieux, au
toucher et au spéculum, ne firent que trop justement appréhender
une issue funeste pour l'infortunée patiente, au confrère distingué
qui m’a prié de le remplacer en cette pénible occurrence, et â qui,
à cause de notre amitié, je prendrai la liberté de dire : à titre de
revanche ! 1 Car, sauf la question d’humanité, le cas n’était pas
attrayant.
M“*X... est alitée actuellement, depuis deux mois : faciès pâle
et dénotant de longues souffrances ; amaigrissement général,
peau chaude, sèche, terreuse; pouls fréquent, petit, faible, teinte
subictérique des téguments ; éruption de muguet confluent;
œdème dur, très-douloureux, occupant tout le membre pelvien,
du côté gauche ; anorexie, soif vive, diarrhée persistante, voila
le lot de l’état général.
Passant à l’altération locale, il y a pire encore : col volumineux,
très-ouvert, dur, inégal, douloureux au toucher ; sa surface offre
une vaste et profonde ulcération, rougeâtre, saignant au moindre
attouchement et hérissée de fougosités formées d'un tissu putrilagineux, sous la pression du spéculum on en fait sourdre une
matière ichoreuse d une odeur sui generis.
C’est bien là, à n’en pas douter, l'expression la plus accentuée
d’un carcinome utérin ?
Voici ce qui fut prescrit et ponctuellement exécuté :
1° Contre le muguet. — Application, quatre fois par jour, à
l’aide d’un pinceau en poils de blaireau, du collutoire suivant :
Miel rosat :
60 grammes.
Borax :

4

—

2“Contre l’œdème du membre pelvien : fomentations continues
avec divers décoctés narcotiques, alternativement remplacés, par
l’enveloppement de tout le membre dans des couches d’ouate

999

épaisse et recouverte de toile cirée, pour solliciter et entretenir
une active diaphorèse, propre à dégorger les tissus sous-jacents,
par une dérivation normale et immédiate s’il en fut. Ces moyens
furent mis en pratique durant quinze jours environ, passé ce
temps il n’y eut plus qu'un œdème, non douloureux, essentielle­
ment passif et borné à la jambe.
3° Contre la lésion utérine : Injections intrà-vaginales, —Ceci
est la chose capitale, je crois pouvoir le dire,— six fois par jour,
du soluté suivant :
Acide phénique *
Eau distillée (et alcool, s.)

60 grammes.
1 litre.

N. — Chaque séance d’injections était composée de la pro­
jection, sur le col utérin, — à l’aide d'une irrigateur de la conte­
nance d’un litre et muni d’un bout en caoutchouc à cinq trous —
d’un décocté tiède de diverses espèces émollientes, mucilagineuses, plus tard aromatiques, et additionné d’acide phénique,
dans la proportion d’un millième. Dans ce cas-ci, par exemple, on
mettait une grosse cuillerée du soluté ci-dessus énoncé, pour
un litre du décocté servant de véhicule.
4° Régime analeptique, adapté, d’une manière progressive, aux
besoins de la patiente et secondé, avec prudence par les prépa­
rations toniques— gentiane, quinquina, fer— auxquelles, comme
anti-dgserasique, furent concurremment jointsles granules d’arséniate de soude.
Résumé de la marche de la maladie. — Le muguet céda trèspromptement après 8 ou 10 jours.
L’œdeme, après avoir cessé d etre douloureux, commença à dis­
paraître graduellement et se borna à la jambe, vers le troisième
septénaire. A cette époque, je fis faire des frictions, avec le liném entde Rozen, réitérées trois fois par jour, et suivies de l ’appli­
cation de bandes de flanelle imbibées du même liquide. Ou
continua ainsi durant un mois avec un plein succès.
En même temps, et cela dès les premières injections avec les
liquides chargés d’acide phénique, les modifications les plus
saisissantes s’opérèrent du côté de la lésion locale ; l’odeur infecte
des produits sortant de la vulve sembla disparaître comme par
enchantement; la sanie caractéristique, elle-mcme, diminua
très-rapidement, en quantité comme en qualité, dès la fin de la
premièro semaine du traitement.

�1000

BLANCHARD.
INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

Les tissas tombes en putrilage, dépouillés de toute odeur pu­
tride, ont été successivement éliminés et ramenés au dehors par
le retrait des liquides injectés. Un mois après, j ’eus le trop rare
bonheur de constater de visu une amélioration des plus surpre­
nantes: le col, quoique largement et profondément ulcéré encore,
offrait une surface rutilante et pourvue de granulations cicatri­
cielles du meilleur augure 1
Du côté de l'état général, l’appétit revenu, les forces se déve­
loppèrent avec une intensité soutenue, et, chaque trois ou quatre
jours, de plus en plus notable, durant les six premières semaines.
Du 15 juin au 30 juillet, je visitai la malade de huit en huit
jours ; mêmes prescriptions diététiques et médicamenteuses. 11
n ’est plus fait que deux injections par vingt-quatre heures.
Je revois la malade le 15 et le 30 août; mômes progrès constants
vers le mieux du côté de l’état général ; à cette dernière date, au
toucher et au spéculum, en explorant les voies génitales, le col,
bien que dur. bosselé, m’apparaît— chose surprenante ! — d’une
couleur rosée uniforme, cicatrisée dans toute sa surface etproeminant dans le vagin comme un gros œuf de poule. Suppression des
injections avec l’acide phénique; seules injections de toilette.
4 septembre. — Sauf une menstruation trop abondante, au
commencement du mois, rien de saillant à noter.
Octobre et novembre. — Etat satisfaisant ; pas de retours
menstruels.
La personne sera suivie avec soin.

se laisser aller à croire que, par suite «de ce premier bienfait,
de la soustraction delà patiente à la mort par infection pu­
tride, il s’est accompli dans toute l’économie de cette pauvre
femme, grâce aux médicaments employés, une modification
radicale produisant /'extinction de la diathèse, par suite de la­
quelle la santé est revenue? L’avenir seul nous éclairera.

Dn bien-être et de la sécurité de toutes les familles médicales,
Par le DTR o.ndard (de Salon).

«
«
«
«
«
«

« On a lo cœur navré et la réalité épouvante..........
Ah I Si je pouvais tout d ire ...! Car c'est ici, c’est
dans mon milieu que viennent retentir tous ces cris
de douleur et d'angoisse, que se révèlent ces infortunes cachées, qu’aboutissent tous ces malheurs
ignorés, toutes ces misères honteuses en habit noir
et en robes de soie........ ».

D' SniPLicE,
U n io n M é d ic a le ,

Réflexions. — Je ne me fais pas illusion, d’une manière ab­
solue, en portant ce fait extraordinaire à la connaissance de
mes honorables confrères. Cependant, je ne puis m'empêcher ,
en faisant ressortir les effets avantageux qui ont suivi l’emploi
des douches avec l’acide phénique, de poser les deux questions
suivantes : 1° Par son pouvoir anti-putride par excellence,
l’acide phénique n’a-t-il pas pu arrêter l'intoxication spéciale
— en outre de celle de l’influence diathésique primitive, —
à laquelle semblent plutôt succomber, alors qu'elles sont par­
venues au dernier terme de la cachexie, les intéressantes vic­
times du cancer et du cancer utérin en particulier?
2°. N’est-il pas logique d’admettre, dans ce cas ci, quelque
rare que puisse être l’exception qu’il constitue, ne peut-on pas

1001

feuilleton du 10 octobre 1808.

Ces paroles sont bien graves, et font pressentir dans le corps
médical la présence Je misères qui doivent être affreuses.
Malheureuse famille qui arrache aujourd’hui un cri de terreur
si déchirant au confrère le plus courageux, le plus dévoué, et
qui va retentir au loin dans d’autres âmes aussi épouvantées
que la sienne.
Qu’il me soit permis de lui témoigner ma plus vive, ma
plus sincère reconnaissance pour le dévouement que depuis tant
d ’années il met au service du bien-être et de l’honorabilité
médicale. Nous sommes tous témoins de ses généreux efforts et
de ses immenses soucis, dans l’accomplissement de la noble
tâche qu’il s’est imposée. Nous avons aussi bien souvent compris
de quelle amertume l’injustice des hommes abreuvait sa vie.
Mais il a grandi, il est devenu plus fort, et j ’ai la conviction

�1002

RON DA RD.

que par un moyen ou par l’autre il atteindra son but. Justum
et tenacem propositi virum.
Le sujet qui est imposé à notre attention depuis longtemps
déjà est si grave, si solennel, qu’on accusera de vaine témé­
rité l’insignifiante unité médicale qui veut le sonder aujourd’hui.
Cependant quand on apporte ce qu’on a, une bonne volonté
sincère et le désir d’être utile, on a peut-être droit à un peu
d’indulgence.
Quoi qu’il en soit, à la lueur de l'incendie, chacun doit courir,
c’est un devoir. On signale la présence d’un horrible fléau, nous
devons réunir promptement tous nos efforts pour l’écarter de
nous.
Le temps presse, l’hiver va commencer, il fera froid , il fera
nuit, bientôt la neige blanchira nos toits. Du sein de la famille
médicale s’élèvent des plaintes continuelles qui parviennent
jusqu’à nos foyers; et nous n’avons pas d’abri pour nos veuves
et nos orphelins, point de table pour les besoins les plus impé­
rieux de nos vieillards, point d’école pour nos enfants.
C’est avec une profonde émotion que je m ’avance sur un ter­
rain rempli des plus sombres mystères, attiré par les cris de
détresse qui s’élèvent de toutes parts. Je vais chercher et
donner s’il se peut la solution du terrible problème qui depuis
long-temps est debout devant nos yeux, menaçant, immobile,
et muet comme le Sphynx.
Pour toute donnée je vois écrit en gros caractères :
Dans l’intérêt (le l'humanité, de la science et de la profession, il ne
faut pas (pie la misère puisse aller s'asseoir au foyer du médecin.
Cette pensée était un axiome mis en pratique chezles Egyptiens
car ils représentaient la science par un roseau, de l’encre et un
crible; le roseau pour écrire, et le crible pour indiquer que celui
qui consacre sa vie à l’étude, doit être à l ’abri de tout besoin
matériel.
Tel est le problème, si je l ’ai bien compris :
Pensant accomplir un devoir, je viens vous offrir humble­
ment, très honorables confrères, l’unique solution qu’il m ’a été
possible de trouver. Je suis loin de prétendre qu’il n ’en existe
pas de meilleure, je désire, au contraire, vivement qu’il en soit
ainsi. La mienne est si simple, en effet ! Cependant telle qu’elle
est, elle me paraît capable de changer immédiatement la position
de fortune de toutes les familles médicales.

IN T É R Ê T S PROFESSIONNELS.

1003

La méthode que j ’ai suivie pour arriver au résultat cherché
est aussi vieille que les souffrances des hommes, elle a donc
pour elle la sanction du temps et de l’expérience.
Aujourd’hui, les exigences de la vie croissent dans une pro­
portion inconnue jusqu’ici, aussi, on multiplie partout avec de
grands efforts les moyens destinés à leur donner satisfaction.
On s’associe, on associe les efforts, les capitaux, les intelligen­
ces et on arrive par ce moyen à d’immenses résultats, qu’aucune
ressource isolée n ’aurait pu atteindre. Remarquons en passant
que toutes les créatures se comportent à peu près de la même
manière pour protéger leur existence. Cela n’est pas nouveau,
et nous savons depuis longtemps que l’association est la princi­
pale loi de conservation attachée à la vie.
Puisque nous sommes associés déjà, dira-t-on, à quoi bon
une nouvelle association.
Certes, j ’honore la grande association dont j ’ai l'honneur de
faire partie, et nul n ’est plus convainu de son influence bien­
faisante, mais elle 11e suffit pas.
Elle 11e suffit pas, M. Amédée Latour l’avoue lui-même , et
M. Gouzian, de Marseille, dans une merveilleuse analyse des
travaux du Comité médical des Bouches-du-Rhône, de l’Associa­
tion locale, de l’Association générale, M. Gouzian se livre à des
appréciations suggérées par une raison si élevée, dans un style
si clair, qu’il est impossible de conserver le moindre doute à
ce sujet. L’Association médicale ne suffit pas, chacun le sait
désormais.
À l’exemple de notre très-distingué confrère M. Gouzian, je
demande la permission de traduire quelques réflexions, que le
mode de notre association fait naitre malgré nous. Il serait pué­
ril, dangereux peut-être, de conserver, au sujet de notre Associa­
tion, un enthousiasme qui pourrait paralyser toute recherche en
dehors de cette voie.
On avait sans doute pensé, en rattachant chaque individualité
médicale à une magnifique existence collective, que chaque in­
dividualité se trouverait à l’abri au sein de cette grande vie nou­
velle. Malheureusement, cette puissante individualité collective,
ayant sa vie propre et ses besoins, s’est trouvée soumise à des
conditions où la vie paraît bien difficile.
L’Association médicale a décidé qu’elle se réunirait une fois par
an, pour accueillir les vœux, les plaintes, les cris de souffrance
des organes qui la composent, afin d’y faire droit s’il était pos­

�-1004

RONDARD.

sible. Un organe qui souffre pendant un an sans qu’on se préoc­
cupe de son état, doit réagir d’une manière bien fâcheuse sur le
corps auquel il appartient. L’organisme dont la tête ne peut porcevoir les sensations des organes qu’une fois l ’an, ne paraît pas
destiné à une existence bien longue.
Remarquez en effet quelle singulière filière doit suivre la ma­
nifestation d’un simple besoin, d ’un désir, d’un vœu, d’une prière,
d’une espérance, pour arriver au cerveau de notre Association.
Si quelqu’un de nous , par exemple, veut faire une proposition
dans l’intérêt de la profession, s’il est médecin de campagne, la
proposition sera présentée à la réunion préparatoire qui a lieu
chaque année au chef-lieu de son arrondissement. Là, si le destin
lui est favorable, elle sera transmise au chef-lieu du département,
non sans avoir été légèrement modifiée ; admettons qu’elle soit,
cette fois encore, accueillie avec faveur : on nommera une Com­
mission qui l'étudiera consiencieusement, et fera, à la prochaine
réunion de l’année suivante, un rapport à son sujet. Elle revient
donc à la réunion annuelle de l’Association locale, mais cette fois
passablement transformée. Voulant savoir le sort réservé à votre
dessein (fruit de réflexions consciencieuses), vous vous empressez
de vous rendre à la réunion départementale. C’est avec un véri­
table chagrin que vous constatez la difficulté que vous avez à re­
connaître votre pensée sous le nouveau costume qui lui a été fait,
costume d’ailleurs toujours beaucoup plus élégant que celui
qu’elle avait auparavant. On décide néanmoins qu’elle sera pré­
sentée un an apres, à la réunion de l’Association générale. Si cette
fois le sort, lui est de nouveau propice, si elle évite un nouveau rap­
port de l’Association générale et une nouvelle année d’attente pour
revenir à ce grand centre, elle sera adressée directement à toutes
les Associations locales de Franceavec rendez-vous à l ’Association
générale pour l’année suivante. Cette fois elle arrive avec toute
espèce de formes, d’habits, de maintiens ; la créature emplumée
d’Horace a des aspects moins variés. La seule consolation qui vous
reste, c’est de la voir unaniment repoussée.
Amincie, effilée, rabottée, laminée, votre proposition avait perdu
toute importance, son inutilité était flagrante. La bulle de savon
que le soleil colore un moment, a plus de valeur et plus de con­
sistance.
Voilà pourtant par quelle activité, quels mouvements on croit
pouvoir entretenir la vie et le bien-être dans notre Corporation
actuelle. J ’ignore s’il existe dans la nature quelque type d’orga­

IN T ÉR Ê TS PROFESSIONNELS.

1005

nisation qui puisse être comparé au nôtre, mais ce que je n’ignore
pas, c’est qu’il est tout-à-fait impossible, avec une pareille orga­
nisation sociale, d’entretenir longtemps la vie dans notre Asso­
ciation, et d’atteindre le but que nous nous sommes proposé.
Parallèlement à cette lenteur de perceptions, de combinaisons,
de mouvements, nous voyons s’accumuler des ressources propor­
tionnées à cette étrange activité.
Les dieux immortels peuvent à la rigueur se comporter ainsi.
Mais nous, pauvres créatures d’un jour, qui avons besoin de courir
sans cesse avec une précipitation qui paraît insensée, afin d’écar­
ter de nos familles les affreux dangers qui surgissent à chaque
pas, si nous attachions toute notre vie, toute notre activité à un
semblable corps, il nous faudrait mourir. Lasciate ogni speranza
voi che entrate.
Notre Association locale des Bouches-du-Rhône, qui passe pour
être prospère, possède en ce moment environ 6000 fr.; en parta­
geant cette somme entre cent cinquante membres qui forment
notre Société, on obtient un demi-centime de revenu par jour pour
chacun de nous. Depuis dix ans nous faisons chaque année quel­
ques discours, quelques rapports, quelques oraisons funèbres;
nous portons aussi à nos banquets annuels, dans des coupes an­
tiques, de magnifiques toasts à la fin des misères médicales, du
charlatanisme, à l’honorabilité de notre profession, à l’amitié.....
eh bien ! malgré tout ce grand enthousiasme, le charlatanisme
grandit, les haines deviennent plus vives, etia misère augmente.
Ce grand enthousiasme, en supposant qu’il dure, nous permettra
juste dans une siècle d'avoir un soit de revenu par jour. Voilà le
chêne destiné à abriter les enfants des enfants de nos enfants. ISi
au moins ils pouvaient, ces pauvres enfants, se permettre d’ache­
ter un cahier de papier à cigarettes pour fumer tranquillement en
pensant à nous. Mais pour arriver à ce résultat, il leur faudra at­
tendre encore un autre siècle. Tout cela ressemble à une plaisan­
terie bien mauvaise, et cependant cela est bien sérieux! (I).
Faut-il rester comme nous sommes ? N’avons-nous plus rien à
faire, rien à dire, rien à imaginer? Le champ de l’existence est
pourtant assez vaste, les déserts inconnus sont assez nombreux,

(1) Le chiffre de la caisse de l'Associafion générale est de 200,000 fr.,
nous sommes 7,000 associés; cela fait environ 1/3 de centime par jour pour
chaque associé. Il faut 130 ans pour avoir uu sou et 310 pour en avoir deux.

�RONDARD.

IN T É R Ê T S PROFESSIONNELS.

pour qu’on puisse tracer des nouveaux sillons innombrables avec
de nouvelles charrues.
Nous pouvons créer une, deux, trois, vingt sociétés nouvelles,
ayant le même but que la nôtre, mais des moyens et des allures
surtout différentes.
Chaque besoin de l’homme fait naître plus de vingt Sociétés.
Nous qui n’en avons qu'une, cela n ’est pas assez évidemment; il
faut tant de choses en ce moment à la vie, qu’on est obligé de
former de nombreuses et puissantes sociétés pour se procurer
les objets devenus indispensables ; la même personne est con­
trainte de s’attacher à plusieurs. Un grand nombre de ces sociétés
diffèrent par le but qu’ellesse proposent. Les unes sont destinées
à nourrir le sentiment des choses grandioses, et constituent un
des plus puissants moyens de bien-être et de civilisation. D’autres
moins importantes sont créées particulièrement pour fournir des
ressources à un groupe plus restreint d’individualités. Quelques
unes enfin sont purement religieuses.

une immense fortune, pour que la part de chacun suffise aux
besoins de la famille.
N’est-il pas étonnant que de nombreuses individualités possè­
dent à elles seules des richesses capables d’établir la sécurité
parmi toutes les familles des médecins, et que nous n’ayons pas
encore songé à mettre à contribution l’influence que nous avons
dans le monde par notre science, et le rôle que nous jouons, afin
de créer cette grande richesse dont je viens de parler ?
A force de demandes, de supplications, à droite et à gauche,
les présidents de nos sociétés locales nous annoncent quelquefois
avec joie qu’ils ont pu obtenir un bureau de tabac pour quelque
famille en détresse. Nous applaudissons du fond du cœur à
toutes les sollicitudes confraternelles, mais au nom de notre
dignité, de notre profession, de nos traditions de famille, plus de
mendicité. Notre association finirait par ressembler à une con­
frérie de pénitents ou de moines mendiants. En dehors, nous
mendions la protection du gouvernement, de la justice, de l’ad­
ministration, du clergé; parmi nous, c’est encore à l’aumône que
nous nous adressons pour alimenter notre caisse de retraite. Je
pense qu’il est grand temps d’abandonner ces funestes errements,
qui, loin d’améliorer notre position dans le monde, la rendraient
encore plus fâcheuse.
Au lieu de chercher à obtenir un bureau de tabac pour celles
de nos familles qui ont été frappées par le malheur, ne ferionsnous pas mieux, par exemple, de leur offrir tout simplement un
bureau de tabac quelconque ? il ne faut pas oublier que c’est le
gouvernement qui a créé ses bureaux de tabac et en dispose
seul, le nombre en est toujours très-limité, d’ailleurs ce n’est
pas aux médecins qu’ils sont habituellement destinés.
Le champ du travail au contraire est presque sans bornes, il
est aussi étendu que les besoins de la vie qui sont innombrables,
et toute l’activité humaine consacrée à la satisfaction de ces
besoins ne paraît pas suffisante. Il existe, en effet, une relation
mathématique entre le développement de la vie et la multiplica­
tion des richesses par le travail. Sur ce terrain, chacun peut
prendre la place qui lui plaît, qui convient à ses aptitudes, créer
une position honorable quelconque, et en disposer comme il l’en­
tend. Nous pouvons sans inquiétude créer tous les bureaux de
travail qu’il nous plaira, ils ne seront jamais assez nombreux.
Si nous avions besoin d’exemples pour éclaircir la route que
nous voulons suivre, nous n’aurions qu’à porter nos regards au­

4006

Quel que soit le but d’une Société,elle agit en même temps sur
l’élément moral et sur l'élément physique, parce que toute in­
dividualité se compose de l’union intime de ces deux éléments.
Le nombre de ces Sociétés va toujours croissant, et il est facile
de prévoir que ceux qui resteront dans l’isolement, seront bientôt
exposés aux plus cruelles souffrances.
Or, telle est notre position, nous sommes isolés malgré notre
association. C’est que les principaux points de contact qui nous
unissent sont d'un ordre moral, philosophique, je dirai presque
religieux. La plupart de nos réunions ont pour but d’accueillir
des vœux, des plaintes, des prières, des oraisons funèbres. Cela
est grand, il faut en convenir, mais cela ne suffit pas, il y a si
longtemps que nous invoquons tous les vents et toutes les
étoiles, que nous devrions bien être fixés définitivement sur la
valeur de nos moyens. C’est à nous seul qu’il faut s’adresser
pour résoudre toutes les questions professionnelles d’honorabilité,
de bien-être, de moralisation, de charlatanisme. Nous n’avons
qu’à porter attentivement nos investigations sur les misères
matérielles et morales du corps médical pour reconnaître qu’il
dépend de nous de tout changer, de tout améliorer.
C’est avec cette pensée que je viens vous proposer d’établir par­
mi nous une Société nouvelle, d’un ordre moins élevé que l’asso­
ciation actuelle, ayant principalement un but matériel, la fortune,

1007

�IN T É R Ê T S PROFESSIONNELS.
1008

R O N D A ED .

tour de nous, et il nous serait facile de constater avec quelle
hardiesse les capitaux sont confiés chaque jour aux entreprises
les plus incertaines. Nous n'avons pas à nous préoccuper ici des
conditions qui doivent être observées pour que ces entreprises
aient un heureux résultat. Nous pouvons dire seulement, que si
une société proposée, paraît, après un long et minutieux examen,
répondre à des besoins légitimes,- nombreux, elle offre les prin­
cipaux éléments de succès, pourvu qu’il n ’y ait aucune erreur
dans les procédés de l’entreprise elle-même.
Certes, il est juste, il est honorable d’écarter la misère de notre
profession, et de mettre le bien-être h la place.
Nous qui avons pour mission de conserver, améliorer, soulager,
faire cesser enfin les principales misères de la vie, comment pour­
rions-nous remplir notre rôle, si la souffrance est dans notre
famille et le trouble dans notre esprit ?
Pour tout revenu, toute ressource, nous avons les quelques
honoraires qui nous sont parcimonieusement accordés après les
soins de toute sorte que nous prenons pour conserver la vie.
Aujourd’hui la source destinée à apaiser les besoins les plus
absolus est trop faible, encore elle diminue chaque jour.
Les sociétés de secours-mutuels couvrent en ce moment toute
la surface de la France. Cela est juste, légitime, moral. Cepen­
dant il existe dans leur organisation une circonstance qui ne
saurait manquer d'apporter quelque trouble dans leur existence
k un moment donné. C'est que toutes ces sociétés paraissent re­
garder le médecin comme un risque, un danger, c’est contre le
médecin et le pharmacien que ces divers groupes paraissent se
former; aussi leur première pensée, leur premier effort, c’est de
diminuer autant que possible les honoraires des uns et des au­
tres. Comprenez-vous tout ce qu’il y a de fâcheux pour nous, pour
notre profession, pour ces sociétés elles-mêmes, tout ce qu’il y a
de fâcheux dans cette tendance k amoindrir, k annihiler nos
honoraires. Nous ne serons plus tout k l’heure que d’humbles
serviteurs k gages, et quels gages grand Dieu ! Ici, dans ma
petite ville, nous avons deux sociétés de secours-mutuels. Eh
bien ! savez-vous ce qui est alloué au médecin par famille ? Cinq
frans par an. La famille peut-être composée de 5, 6, 10 12 mem­
bres, voire même de quelques domestiques, le domicile peut être
k un, deux, trois kilomètres, tout cela n’y fait rien. Cinq francs
par an !

1009

Si quelqu’un de nous se décide un jour k tracer le lugubre ta­
bleau des misères de la profession, (et il faudra bien qu’on le
fasse pour arriver k la connaissance des causes qui, au dehors et
au dedans de nous, troublent si profondément nos destinées :
Ce jour-la nous ferons connaître la conduite des présidents ou
des administrateurs vis-k-vis de certains médecins.
Il faut donc chercher une autre source, puisque celle qui est
destinée k alimenter nos petits ménages tarit peu-a-peu. Je vous
ai proposé des bureaux de travail en aussi grand nombre qu'il
vous plaira. Sans nous écarter du rôle auquel nous sommes des­
tinés, remarquons que le principal élément de la vie, l’aliment,
est abandonné presque sans surveillance a toutes les classes de
la société. C’est elles qui se sont chargées de l’élaborer et de le
distribuer, presque sans garantie de capacité ou d’honorabilité.
Je ne veux pas dire qu’elles ne sont pas parfaitement capables et
honorables, je constate seulement qu'il n’v a aucune précaution
prise pour qu’il ne puisse pas en être autrement. Je ne crois pas
non plus qu’il soit bien téméraire d’affirmer que de graves dé­
sordres, irrémédiables même, sont parfois survenus dans l’or­
ganisme par négligence, ignorance ou calcul de ceux qui font
profession d’élaborer ou distribuer le fameux gâteau de la vie.
Singulier gâteau en effet dont il nous est bien permis je crois,
sans déclieoir, de surveiller la confection, pour savoir s’il n’y
entre pas trop de larmes, trop de sang, trop.de débris humains,
trop d’immondices de toute sorte.
Avec juste raison, ou n’accordequa un homme spécial,instruit,
la faculté de délivrer le médicament. Pourquoi n’en serait-il
pas ainsi pour l’aliment? Certes, je n’ai pas l’intention de vous
engager k porter de nouveaux vœux et de nouvelles prières
aux pieds des grands corps de l’Etat. Les prières sont boiteuses
et les vœux sont aveugles. Du reste, il y aurait autant de folie
que d’injustice k demander la création de diplômes pour la
fabrication et la distribution des aliments. Nous devons nous
placer sur le terrain de la plus franche liberté. Des fortunes
considérables sont créées chaque jour k l’occasion de la distri­
bution des denrées alimentaires, et la plupart du temps, ce sont
de simples individualités qui arrivent k des résultats aussi
considérables.
Ce n ’est pas sans étonnement qu’on voit quelquefois de
petites existences parmi celles qu’on nomme les pauvres, les

�1010

RONDARD.

simples, les faibles, se livrer, dépourvues presque de tout, à
diverses entreprises commerciales, puis vivre, prospérer et quel­
quefois faire fortune. Le travail a donc en lui une puissance
bien grande, puisque sans l’appui de l'intelligence et du capital,
il peut conduire à des résultats si heureux.
A quels résultats ne devrait pas aboutir, une entreprise fon­
dée uniquement sur le travail et soutenue par l'intelligence,
la probité, le capital, et le crédit?
C’est une entreprise de ce genre que je vous propose, en appe­
lant à notre aide tous ceux qui de loin ou de près appartiennent
à la famille médicale. Les médecins, les pharmaciens, les méde­
cins vétérinaires, les femmes et les hommes, afin de multiplier
nos eftorts pour atteindre et faire cesser partout le malaise
moral et physique, en deux mots, ce sera si vous voulez la
société hygiénique des denrées alimentaires, par les médecins, pharma­
ciens, etc__ Le nom ne fait rien à la chose.
Capital Social. — Ce que vous voudrez.
Bureaux de travail disponibles dans toutes les parties du
monde.
Un directeur pour chaque maison, où seront admis, sur leur
demande, nos veuves, nos orphelins, toutes les infortunes ca­
chées, toutes les misères honteuses en habit noir et en robes
de soie, qui deviendront ainsi nos auxiliaires, et auxquels nous
rendrons sans aumône, le courage, la dignité, le bien-être.
Nous aurons aussi nos inspecteurs des denrées, puis un conseil
supérieur nommé par nous et composé des plus hautes intel­
ligences, chargé de diriger et d ’administrer l’entreprise.
Les divers produits de chaque maison porteront notre cachet,
notre estampille, notre timbre médical.
Le travail, le mouvement, la vie commerciale, seront activés
par notre exemple.
Notre entreprise internationale par la force des choses devient •
un motif de paix et d’amitié.
Il ne faut pas croire que nous introduirons par la une nou­
veauté surprenante dans notre famille, et à laquelle pourront
manquer les aptitudes. Un grand nombre parmi nous sont
particulièrement adonnés aux opérations commerciales. Les
pharmaciens tous les jours vendent et achètent des médicaments.
Pourquoi ne placerait-on pas à côté de leur pharmacie, dans les
principales villes, maisons de denrées? En dirigeant leurs

IN T É R Ê T S PROFESSIONNELS.

1011

pharmacies , ils pourraient aussi diriger ces établissements.
Quoi de plus naturel que de placer le médicament et l’aliment
à côté l’un de l ’autre, sous la surveillance d’une même per­
sonne. Il ne paraît pas probable que le pharmacien qui accep­
terait ce rôle nouveau dût avoir lieu quelque jour de s’en
repentir.
En s’associant à notre entreprise, tous ceux qui appartien­
nent a l ’art de guérir, quelle que soit leur position, verront certai­
nement augmenter leur dignité, leur importance. En prenant
sous notre surveillance tous les éléments qui sont indispensables
à la vie du pauvre et à celle du riche, nous agrandissons sin­
gulièrement notre rôle dans le monde.
Des quantités prodigieuses de matières animales se décompo­
sent sans utilité pour la vie sur les rivages de toutes les mers,
le long des fleuves, sur le bord des grands lacs, au milieu des
savanes, partout enfin, dans les régions connues et inconnues,
faute de prévoyance, faute de recherches. Nous pourrons cer­
tainement, à l ’aide de procédés perfectionnés, emmagasiner une
partie de ces immenses richesses, tout—
à-fait perdues en ce
moment, les conserver, et les mettre 'a prix réduit, à la partie
du ménage du pauvre. Le pauvre ! Cette créature sacrée, si
douce, si inoffeusive, et sous le toit de laquelle tant de beaux
enfants aux yeux bleus, au teint pâle, aux chevelures blondes,
sont voués, au sein des grandes villes, comme dans les hameaux,
à la souffrance et à une mort anticipée. Combien nous en avons
vu mourir de ces frêles créatures ! —Si innocentes, si gracieuses,
dont les grands yeux fatigués s’ouvrent avec étonnement, sans
haine, sans envie, sans chagrin, sur les scènes, sur les jeux des
enfants de leur âge qui appartiennent aux familles fortunées !
Nous avons tous vu ces choses-là. Nous pouvons changer,
nous pouvons améliorer ces horribles positions, nous pouvons
enlever des milliers de créatures à d’affreuses souffrances, à la
mort. Nous n ’avons qu’à mettre à la portée de ces malheureuses
existences, l’élément qui manque chez elles au principe de la
vie, la matière animale.
Il n’est pas difficile de se figurer l’importance que peut avoir,
à tous les points de vue, une société formée de tous les méde­
cins et pharmaciens du monde, ayant pour but la création
d’une fortune commune, comme moyen la surveillance et la distri­
bution de toutes les denrees alimentaires.

�1012

RONDARD.

Il faut ajouter que ces bureaux d’aliments répartis dans toutes
les parties de la terre, ne tarderont pas à avoir une très-grande
valeur intrinsèque, de telle sorte que notre but une fois atteint,
la fortune médicale suffisante pour tous les besoins de la pro­
fession, créée, nous avons encore à notre disposition toutes nos
maisons, que nous pourrons selon certaines conditions, remet­
tre au public, tout en continuant notre surveillance pour les
matières de ce commerce. Il en résulterait pour les médecins
et tous ceux qui appartiennent à l’art de guérir, une exten­
sion considérable de leurs attributions et de leurs honoraires.
Les besoins matériels écartés de nos familles, notre influence
prendrait dans la société une extension qu’il est aisé de prévoir.
Nous pourrions créer nous-mêmes des médecins cantonnaux,
et des collèges internationaux pour nos enfants. Il nous serait
aussi loisible de rendre nos études plus longues, plus profondes,
parce que les intelligences d’élite se feraient un honneur d’entrer
dans une famille où aucun souci des choses matérielles n ’inter­
romprait les travaux scientifiques.
Le projet dont je vous entretiens, se présente à mon esprit sous
tant d’aspects à la fois, les points de vue en sont si variés et si
vastes en même temps, que je sens ma raison se troubler et ne
peux enchaîner mes idées sans quelque incohérence.
Tantôt ce projet s’offre sous la forme d’une grande institution
sociale capable d’unir tous les hommes dans les liens de l’amitié
et du travail. D’autres fois, ce sont les médecins eux-mêmes, dont
la figure n’est plus assombrie à l’aspect d’un confrère sur le front
duquel la présence d’un autre médecin faisait naître le pli de
l’odieuse haine. Le plus souvent, je me figure les infortunés de
notre famille, des veuves, des enfants, des malheureux de tout
rang qui vont disparaître dans le noir tourbillon, et qui, arrachés
au naufrage, viennent nous tendre la main, le sourire sur les lèvres
et des larmes dans les yeux. Oh bien certainement, cette entreprise
est irréprochable devant la morale, la religion, le commerce, la
paix, la science, le gouvernement, elle peut au contraire leur prê­
ter un point d'appui précieux.
A. Rondard (de Salon),
ilem bre de l'Association m édicale des Bouches-du-Rhône.

(La fin au prochain numéro.)

BIBLIOG RAPH IE.

1013

BIBLIOGRAPHIE.

Des lu x a tio n s coxo-fém orales au point de vue des accou
ch e m e n ts, par le D' Guéniot. —Essai su r l’endocardite puer,
p é r a le , par le Dr Decouniére.

La plupart des thèses de concours pour l’agrégation n’ont
pas, on peut Lien le dire, le mérite de l’originalité. Expres­
sion complète de la science du jour, elles la résument mais
ne lui ouvrent guère des horizons nouveaux. M. Guéniot,
a eu la bonne fortune d'être mis en présence d’un sujet
presque inexploré et le rare mérite de doter la gynécologie
d’une monographie qui lui manquait.
Mentionnées par Hippocrate, admises par Ambroise Paré,
reconnues par Kerkringius et par Palletta, les luxations con­
génitales de la hanche n ’avaient pas encore fixé l’attention
des chirurgiens lorsque Dupuytren, en 1826. lut à l'Acadé­
mie des sciences un mémoire qui fut le point de départ
de nombreux travaux, tous conçus à un point de vue pure­
ment chirurgical. En 1835, M. Sédillot étudia les déforma­
tions du bassin qui résultent de cette lésion, et les accou­
cheurs, dès cette époque, ont su la part qu’elle prend dans
l’étiologie du bassin oblique ovalaire. Mais, pour entrepren­
dre la solution du problème relatif aux accouchements,
il fallait envisager encore la question à un autre point
de vue, c’est-à-dire rechercher cliniquement l’influence que
les disjonctions du fémur peuvent exercer sur la grossesse
et sur la parturition. Cette influenee était jusqu’ici restée
méconnue ; à l’exception des docteurs Lefeuvre et Chanoine,
personne n'avait encore abordé sérieusement le problème.
Il appartenait à M. Guéniot de l’élucider.
6b

�1014

A. FABRE.

L’anleur s’applique d’abord à décrire les déformations
pelviennes qui sont le résultat d’une luxation fémorale soit
spontanée, soit congénitale, il examine d’un côté les bassins
ilio fémoraux à luxation simple et à luxation double, d’autre
part les bassins à viciation complexe.
Une seconde étude est celle des causes du mécanisme et
de l’évolution des déformations du bassin à type ilio fémoral;
c’est encore là une étude préparatoire.
Enfin, M. Guéniot recherche l’influence des luxations coxofémorales sur la grossesse et sur l’accouchement.
En thèse générale, ces altérations ne produisent pas de
conséquences bien graves. La grossesse, à part le fait trèsexceptionnel rapporté par Peu, et dans lequel mère et en­
fant moururent un mois avant le terme, suit généralement
son cours régulier, sans accidents pour l ’enfant. L’accou­
chement n ’en est pas non plus fortement entravé, puisque
six femmes sur sept accouchent à terme sans difficulté nota­
ble. Parfois même l’expulsion du fœtus est plus rapide que
dans l’état ordinaire de bonne conformation. Cependant toute
règle a ses exceptions et M. Guéniot signale avec soin les
inconvénients que peuvent entraîner surtout les luxations uni
latérales.
Deux chapitres devaient nécessairement couronner ce beau
travail. D’un côté celui des indications pratiques qui résul­
tent des connaissances acquises, d’autre part celui des faits
sur lesquels se basent les opinions jusq u ’ici formulées.
Parmi les préceptes donnés par l’auteur, signalons la préfé­
rence accordée à la version sur le forceps pour les cas de luxa­
tion unilatérale où l’extraction artificielle devient nécessaire.
Par la version, en effet, il sera permis de ram ener du côté le
plus large du bassin la portion la plus volumineuse de la tête
fœtale. Pour le bassin à double luxation, son inclinaison an­
térieure devient parfois une cause de difficultés pour l’accou­
cheur. La vulve est alors comme cachée en arrière, ce qui rend
les explorations plus difficiles et compromet le périnée au mo­
ment où la tête fœtale arrive au détrpit inférieur. De là l’uti­
lité de modifier la situation habituelle d e là femme; aussi

BIBLIOGRAPHIE.

1015

M. Guéniot recommande-t-il le décubitus latéral.S’il s’agit de
term iner artificiellement le travail, on devra pareillement mo­
difier, suivant les cas, les procédés usuels. Mais notre auteur,
en vrai clinicien qu’il est, recommande de restreindre avec un
soin scrupuleux l’emploi des manœuvres violentes.
Telle est, en résumé, la thèse remarquable quia terminé le
brillant concours où M. Guéniot a enfin forcé les portes de la
Faculté.
— Ce n’est pas une thèse d’agrégation, c’est une simple thèse
inaugurale que M. Decornièrea présentée à la Faculté de Paris.
Il s’agit ici d’une question relative non plus à l’élément chi­
rurgical, mais à l’élément médical de l’obstétrique.
L'endocardite puerpérale, voilà encore une question toute
neuve. Bouillaud n’avait pas reconnu l’influence de l’état puer­
péral sur l’endocardite, et Simpson est le premier qui,en 1854,
l’ait signalée. Deux ansaprès,en 1856, Virchow, faisant avec Reyher des recherches très-curieuses sur la production de l’endocar­
dite puerpérale, a démontré que la présence de l’acide lactique
dans le sang n’était pas suffisante pour expliquer les végétations
de l ’endocarde, ce qui renversait la théorie de Simpson, adoptée
par Prout, William Food et Richardson.
En France, c’est M. de Lolz (de Saint Flour), qui, en 1857, ale
premier communiqué à l’Académie de médecine une note sur
ce sujet dont Martineau et J. Simon se sont ensuite occupés
d’une manière accessoire. M. Decornière s’est donc avancé
presque sans guides dans une voie à peu-près inexplorée
D’après notre confrère, l’état puerpéral prédispose manifes­
tem ent à l’endocardite qui revêt le plus souvent alors soit la
forme typhoïde, soit la forme pyohémique. La lésion de
l’endocarde est ici beaucoup plus souvent végétante qu’ulcé­
reuse. Elle s'accompagne fréquemment d’embolies. Celles-ci
déterminent à leur tour la nécrobiose des parties auxquelles
se distribue l’artère oblitérée; de là quelquefois ramolisse­
ment du cerveau, hémiplégie, et autres accidents à la suite de
couches.
Cette prédisposition à l’endocardite serait due à l’augmen­
tation considérable de la fibrine pendant l’état puerpéral. La

�1016

1SNARD.

diathèse rhumatismale serait la cause ordinaire de cette ma­
ladie. Nous n'acceptons que sous bénéfice d’un examen ulté­
rieur ces deux propositions étiologiques de l'auteur, malgré
les 22 observations sur lesquelles il s’appuie. Inlluence patho­
génique de la fibrine en excès, influence nosologique du rhu­
matisme sur l'endocardite puerpérale ; voilà deux problèmes
que M. Decornière a eu le mérite de soulever, et sur lesquels
nous appelons les investigations de nos laborieux confrères.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. — Lecture: Traitement des ophthalmiespar

occlusion. — Conférences cliniques : Contagion de la phthisie.— Rapport :
Sur une cause mal appréciée de strabisme. — Discussions.— Un mot
sur l’urine des diabétiques.

Séance du G Novembre. — Présidence de fi. Fabre.
Correspondance imprimée: — Bulletin médical du nord de la
France. — De l ’absorption cutanée à l’aide du générateur Encausse. — Bulletin de l’Académie royale de médecine de Belgique.
— L’allaitement maternel, par le Dr Brochard. — Annales de la
Société de médecine d’Anvers. — Bulletin de la Société académi­
que du Var.
Correspondance manuscrite: — Un travail sur une cause mal ap­
préciée de strabisme, par M. de Capdeville, avec une lettre de l’au­
teur sollicitant le titre de membre titulaire delà Société. (M. Schœnemberg, rapporteur).
Ordre du jour: M. Rougier lit un mémoire intitulé: Traitement
des ophthalmies par occlusion. En voici le résumé:
Ce travail renferme une série d’observations d’oplithalmies di­
verses, simples, scrofuleuses, aiguës ou chroniques, souvent réfrac­
taires aux médications usuelles et toutes rapidement guéries pai*

SO C IÉT É DE MÉDECINE.

1017

l’occlusion. — Le procédé indiqué par M. Rougier consiste dans
l’application sur l’œil de deux plans de bandelettes de sparadrap
de diachylon, imbriquées et dirigées les unes verticalement, les
autres transversalement. Le pansement est renouvelé une ou deux
fois par jour, afin d’enlever les sécrétions pathologiques et de
surveiller l’organe malade. — Les observations de M. Rougier
sont suivies de réflexions tendant a faire ressortir les avantages
de la méthode.
M. Pirondi. — I/occlusion est depuis longtemps employée par les
chirurgiens et dans les hôpitaux de Marseille. Parmi sesavantages, M. Rougier signale, avec raisonna soustraction du contact
de l’air, comme puissante cause d’irritation. Mais il passe sous
silence une cause non moins importante, les mouvements inces­
sants de la paupière supérieure. L’occlusion est surtout utile dans
la conjonctivite granuleuse: en immobilisant les paupières, elle
diminue les frottements, l’irritation.—Elle ne doit pas être ap­
pliquée indistinctement à tous les cas. Dans les ophthalmies
purulente et blennorhagique, elle aurait l’inconvénient grave de
soustraire l’œil à la vigilance du chirurgien. Mieux vaudraient
les douches. Cependant elle peut être encore utile, mais il faut
alors surveiller attentivement l’organe, et se tenir en garde
contre la perforation des ulcères.
M. Peyron approuve les objections deM. Pirondi, et demande à
M. Rougier ce qu’il entend par ophthalmie, ce mot si général et
si vague? Dans un cas d’iritis, par exemple, l’occlusion n’auraitelle pas l’inconvénient de favoriser la formation d’adhérences fu­
nestes entre la pupille et la capsule ?
M. Chaspoul est frappé delà rapidité des guérisons obtenues par
M. Rougier. Il ne s’explique pas comment ont guéri, en huit jours,
des ophthalmies scrofuleuses, ordinairement si rebelles. Depuis
longtemps, il est partisan de l’occlusion que M. Rougier a cepen­
dant trop généralisée. Il appliquerait surtout cette méthode aux
ulcérations de la cornée, afin d’éviter le frottement dangereux des
paupières. Aux bandelettes de sparadrap, il préférerait.la ouate de
coton maintenue par une bande.
M. Rougier.—L’occlusion peut être employée dans nos hôpitaux,
mais elle ne l ’est pas en ville ; voilà pourquoi j ’ai attiré* sur elle
l’attention de la Société. Pour M. Pirondi, l’écueil de.la méthode
résiderait dans les difficultés d’exercer une surveillance conve­
nable ! Mais n’ai-je pas recommandé de visiter l’œil tous les jours,

�ISN A R D .

SO C IÉ T É DE MÉDECINE.

d’essuyer le pus, de vérifier 1 état, de la cornée, les ulcères? On me
reproche d’avoir trop généralisé la méthode ! Mais je n'ai cité que
des faits isolés! — A. mon avis, la première indication à remplir
dans les inflammations oculaires est do déterminer au plus tôt la
résolution, afin de prévenir la formation cl’exsudats funestes â la
vue. Or, l’occlusion est le meilleur moyen de résolution. —
M. Chaspoul est surpris de mes rapides succès ! J ’ai cité des
observations, soigneusement rédigées. Je me suis promptement
rendu maître de l’élément inflammatoire, sans avoir eu la préten­
tion, en si peu de temps, de guérir des ophthalmies scrofuleuses,
des maladies chroniques, spécifiques.
M. Pirondi. —L’occlusion n ’est pas seulement employée dans nos
hôpitaux; pour ma part, j ’y ai souvent recours en ville. Je regret­
terais qu'il restât à ce sujet un doute dans l’esprit de M. Rougier.
Je préfère le bandeau de Grœfe fait avec une pelote de charpie ou
de ouate, qu’on peut enlever sans craindre les tiraillements cau­
sés par les bandelettes. Les guérisons si rapides de M. Rougier,
dans l’ophthalmie scrofuleuse, ne doivent pas être exclusivement
attribuées à l’occlusion, car cette oplithalmie débute et disparaît
quelquefois brusquement.

cette époque, le mari a une nouvelle poussée de tubercules, avec
toux, expectoration purulente, fièvre, sueurs nocturnes. Les deux
époux ne cessent do coucher ensemble. La femme est bientôt
atteinte de phthisie aiguë et meurt en quelques mois, ses deux
poumons remplis de tubercules. Quoique maladif, le mari vit
encore.

lois

CONFÉRENCE CLINIQUE.

M. Pirondi communique deux observations de phthisie pulmo­
naire transmise par contagion. Elles ont été recueillies dans une
petite ville d’un département voisin.
Iro Observation. — M. X ..... est fils unique. Il est né d’une mère
phthisique et morte peu de temps après ses couches. Il se marie
à 25 ans. Avant cette époque, il avait eu fréquemment des catar­
rhes pulmonaires avec des hémoptysies, et l’examen delà poitrine
démontrait, dans un espace limité, l’existence de tubercules ra­
mollis. Au moment de son mariage, il portait une caverne et l’un
de ses poumons était farci de tubercules. Il a guéri plus tard. —
Il épouse une jeune fille de 20 ans, type parfait de la santé,
appartenant a une famille saine. Tous les ascendants, père, mère,
grands pères, grands mères, oncles, grands oncles, avaient atteint
une extrême vieillesse. D’abord bien réglée, la jeune femme ne
tarde pas à éprouver des signes qui, a tort, font supposer une
grossesse et un avortement. Un an après son mariage, trouble
menstruels et digestifs ; la santé générale commence à s’altérer. A

1019

I? Observation. — Jeune homme très-vigoureux. Il épouse une
demoiselle très-forte, issue d’une famille nombreuse, saine et
n’ayant jamais présenté de scrofuleux ni de tuberculeux. — Le
père du jeune homme est mort accidentellement; sa mère a suc­
combé à la phthisie dans un âge assez avancé. — La bru soigne
sa belle-mère avec dévoùment et couche toujours dans sa cham­
elle. — La malade morte, la jeune femme est prise de phthisie bi­
latérale qui l’emporte en quelque mois.
M. Isnard. — Les deux observations de M. Pirondi, celles que
nous ont communiquées MM. Seux, Rougier et Chaspoul en mars
et mai derniers, signalent un fait important: dans toutes, la
phthisie par contagion a revêtu la forme aiguë rapidement suivie
de mort. Dans l’exemple suivant, au contraire, nous allons voir
la maladie prendre la forme chronique et offrir, entrois ans envi­
ron, deux éruptions de tubercules sans être arrivée encore à une
terminaison fatale.
Le 6 juin 1866 s’éteignait dans la consomption tuberculeuse, à
43 ans, une de mes clientes, atteinte, depuis deux ans, de lésions
pulmonaires droites et gauches. Son père, sa mère et ses deux
sœurs avaient joui d’une bonne santé, Son fils unique, lui même
phthisique, était mort il 25 ans,’ en 1864. — Le mari, 54 ans, con­
stitution très-robuste, tempérament sanguin, n’avait jamais eu de
maladie antérieure. Vie régulière, active, entourée d’une certaine
aisance. Famille très-saine ; pas de tuberculeux ; pas de maladies
chroniques. De quatre sœurs, l’une fut rapidement enlevée a 28
ans par des accidents puerpéraux, quelques jours après son ac­
couchement ; les trois autres, encore survivantes et pleines de
santé, viennent d’atteindre 59, 64 et 71 ans. Le père et la mère,
très-vigoureux, ont succombé à des affections aiguës, l’un à un
accès pernicieux, âgé de 55 ans, l’autre â l’âge de 71 ans. Rien â
noter chez les grands pères, grands mères, oncles, tantes.— Notre
homme avait soigné sa femme, avec beaucoup de dévoùment,
pendant tout le temps de la maladie, et avait partagé son lit jus­
qu’au dernier moment. Deux ou trois mois avant sa mort, il com­

�1020

Ib'N ARD.

mence à tousser et h maigrir; dix jours après il a une hémoptysie ;
tubercules au sommet du poumon gauche. Vers le commencement
de 1867, nouvelles hémoptysies plus abondantes et plus fréquen­
tes. Los lésions pulmonaires s'étendent et s’aggravent, sans ja­
mais envahir le poumon droit; ramollissement, suppuration, ca­
vernes; crachats purulents, dyspnée, fièvre hectique, sueurs noc­
turnes, amaigrissement extrême. La vie est très-sérieusement
compromise. Cependant, vers la fin de l’année, le malade se réta­
blit lentement — En mars 1868, deuxième évolution de tubercules
à gauche, hémoptysies, mêmes signes locaux et généraux que
l’année précédente ; seulement, ils ont moins d ’étendue et de du­
rée. Nouveau rétablissement.— Aujourd'hui, loin d’avoir sa santé
primitive, le malade a retrouvé une grande partie de ses forces et
de son embonpoint ; il n’a pas eu d'hémoptysie depuis dix mois ;
il conserve de la toux, de l’oppression, avec expectoration ordi­
nairement muqueuse.
M. Mèli. — Voici encore un exemple de phthisie par contagion
à marche aiguë. Il s’agit d’un homme ayant une excellente santé.
Il se marie. Sa femme meurt phthisique dans le cours d’une pre­
mière grossesse. Quinze jours après, il est lui même pris de tu­
berculisation et succombe rapidement.
Pour M. Rougier l’évolution de la phthisie acquise serait plus
prompte que celle de la phthisie héréditaire.

Séance du 20 novembre. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : — Bulletin médical de l’Aisne. —Bul­
letin de la Société médico-pratique.— Utilité des eaux minérales
transportées. La Bauclie, par M. Comandré.
Correspondance manuscrite : — Une lettre de M. Poucel sollicitant
le titre de membre titulaire, accompagnée d ’un travail sur les
Fractures ouvertes du tiers supérieur de la jambe. (Rapporteur M. Pirondi.) — Une lettre de M. Armand Laurent, ancien médecin en
chef de l’asile des aliénés de Marseille, sollicitant l’échange de
son titre de membre titulaire, contre celui de membre correspon­
dant (accordé). — Une lettre de M. Comandré.
Ordre du jour : M. Schœnemberg lit un rapport sur un travail de
M. de Capdeville, intitulé : Sur une cause mal appréciée de strabisme.
(Ce mémoire sera publié dans le prochain numéro).

SO C IÉ T É S SAVANTES.

1021

CONFÉRENCE CLINIQUE.

M. Seux fils en examinant les urines d'un diabétique a constaté
un fait signalé nulle part. Ces urines ayant été chauffées, une
partie du liquide se répandit au dehors du tube, puis se vapo­
risa en exhalant une odeur de caramel et en laissant une traînée
de cendres.— M. Seux demande des explications sur ce fait que,
du reste, il n ’a plus vu se reproduire avec les urines du même
malade.
ilf. Dussau prouve que ce phénomène n’est pas un signe de dia­
bète.
Le Secrétaire-général,
Dr Ch . I snard (de Marseille )

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 18 octobre.— M. le docteur Raimbert (de Châteaudun)
adresse à l'Académie un mémoire intitulé: Recherches expérimen­
tales sur la transmission du charbon par les mouches. Il résulte des
intéressantes expériences pratiquées par l’auteur que les mouches
carnassières (celles qui piquent) évitent les tissus contenant les
bactéridies, c’est-à-dire les corpuscules filiformes propres au virus
charbonneux. Quant aux mouches qui ne piquent pas, elles se
gorgent des sucs provenant de ces tissus, et conséquemment
elles transportent sur la peau des animaux la matière vénéneuse.
Le simple dépôt des bactéridies sur le tégument externe suffit
pour que l’animal puisse contracter le charbon.
A l’occasion du travail de M. Virchow sur l’hygiène des écoles,
M. Larrey fait observer que l’auteur attribue le goitre scolaire, le
gros cou — qui disparait pendant les vacances — à la position
courbée des élèves pendant la classe.
M. le général Morin fait observer que le col réglementaire de
l’armée a exercé souvent une influence non douteuse sur la pro­
duction du goitre et des affections ganglionnaires du cou. C'est
donc avec raison que l ’uniforme a été modifié.
M. Emile Monnier débarrasse l’eau de Seine de la chaux qu’elle
contient, à l’aide de l’acide oxalique (20 grammes pour 100 litres
d’eau.)

�1022

S E U X F IL S .

M. Dumas fait observer qu'un excès d’acide oxalique serait dan­
gereux. L’emploi d’un lait de chaux donnerait de meilleurs ré­
sultats.
M. Landrin conclut d’expériences relatives à l'action physiolo­
gique du chloral, que cet agent administré chez le chien à la dose
de 4 grammes ne présente aucun danger et ne produit aucun
effet hypnotique, anesthésique ou hyperesthésique.
Séance du 25 octobre. — M. Larrey présente un travail de M. le
docteur Tliolozan, médecin principal de l'armée et premier mé­
decin du schah de Perse. Ce travail est relatif à la prophylaxie du
choléra, a la manière dont cette maladie se comporte en Perse et
au système de police sanitaire usité dans ce pays. Un conseil de
santé existe à Téhéran, et il exerce une active surveillance. La
Perse est beaucoup plus salubre qu’on ne croit : il est tout-à-fait
injuste de présenter ce pays comme un foyer d’émission de ma­
ladies contagieuses.
Séance du l“r novembre, — Il est fait mention à l ’Académie du
legs deM. Louis Lacaze, legs en vertu duquel trois prix de 10,000
frans chacun seront décernés tous les deux ans aux auteurs du
meilleur travail sur la physiologie, la physique et la chimie.
M. Halin adresse une note dans laquelle il signale la tension du
cou comme la cause productrice du goît-re.
M. Decaisne, sans nier l’influence exercée par cette cause, at­
tribue une grande importance au milieu et aux conditions hygié­
niques (alimentation, eau, constitution géologique du sol, etc.)
M. Bouchut adresse à l’Académie un travail sur le chloral.L’hy­
drate de chloral pur produit, d ’après l’auteur, un hypnotisme tran­
quille et une insensibilité absolue La dose ne doit pas dépasser 5
grammes chez l’adulte, 1 h 2 grammes chez l’enfant. Cet agent
doit être donné par la bouche ; il agit plus lentement mais plus
longtemps que le chloroforme; il est utile surtout pour combattre
l’élément douleur ; il convient aussi dans la chorée intense.
Séance du 8 novembre. — M. Bussy communique le résultat de
nouvelles expériences tentées par M. Personne, et relatives au
chloral. L’auteur croit que cet agent se tranforme en chloroforme
sousl influence de l’alcalinité du sang.
M. Landrin soutient, dans une note adressée à l’Académie, que
la coralline jaune n ’est pas plus dangereuse que la rouge.
Séance du 45 novembre. — M. Descloizeaux est nommé membre
titulaire dans la section de minéralogie.

SO C IÉ T É S SAVANTES.

•1023

M. Edmond Becquerel lit un mémoire sur la différence d’action
des rayons lumineux diversement colorés.
Un médecin dépose, pour le concours du prix Bréant, un travail
dans lequel il considère l’ozone comme la cause déterminante du
choléra.
M. Marès, membre correspondant de l’Académie, adresse une
note sur la transformation subie parle soufre projeté, depuis 1854,
sur la vigne, pour combattre Toïdium. L’auteur croit que le soufre
adonné naissance, non pas à de l’hydrogène sulfuré, mais à du
sulfate de chaux, lequel a pénétré assez profondément dans le sol.
Séance du 22 novembre. — M. Pringsheim est nommé membre
correspondant dans la section de botanique.
M. L. Collin présente un travail sur l’étiologie des fièvres in­
termittentes et leur prophylaxie. Parmi les moyens préventifs a
opposera l ’intoxication tellurique, l'auteur signale surtout l’éloi­
gnement du sol, le séjour au centre des grandes villes et les mo­
difications apportées dans la culture de la terre.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 19 octobre. — Suite de la discussion sur la mortalité
des nourrissons. — M. Devilliers, en répondant aux objections
présentées par MM. Husson et Fauvel, met en relief la nécessité
d’un inspectorat des nouveau-nés fait spécialement par des mé­
decins.
M. Fauvel prononce un long et intéressant discours dans lequel
la question qui occupe à si juste titre l’Académie est présentée par
lui comme un des plus importants problèmes d’économie sociale.
Pour l’orateur, une formule remarquable par sa concision peut
résumer l’état actuel des choses: Pénurie d'argent, pénurie de lait,
mortalité considérable. Le nombre des bonnes nourrices ne répond
pas au nombre des enfants à nourrir, car le lait maternel fait
défaut. Donc, il convient avant tout d’encourager par tous les
moyens possibles l’allaitement maternel. L’allaitement artificiel
peut, en second lieu, être employé à la condition d'être surveillé
avec la plus grande attention. Il importe enfin que la nourrice
reçoive, au lieu d'un salaire mesquin, une rémunération conve­
nable qui l’intéresse elle même à la conservation de l’enfant.

�S E ü X F IL S .

SO C IÉ T É S SAVANTES.

M. Béclard lit un travail de M. Dubois (d’Amiens), travail inti­
tulé : Recherches historiques sur la vie privée de l'empereur Auguste ,
ses maladies, ses infirmités et son genre de mort.

animale,— qui n’est en somme que la vaccination jennérienne
rendue inoffensive, — est le seul moyen qui puisse être opposé à
ce terrible m al.

Séance du 26 octobre.— Après le dépouillement de la correspon­
dance et la présentation de divers ouvrages, M. Iiusson prend la
parole. Répondant au discours de M. Fauvel, l'honorable acadé­
micien donne de longs détails relatifs au règlement qui régit, à
Paris, l ’industrie des nourrices. Le tableau paraît à M. Husson
moins sombre qu'à M. Fauvel; il contient cependant des points
obscurs au sujet desquels la Commission a proposé diverses ré­
formes. L’orateur se déclare grand partisan de l'allaitement mater­
nel, mais il considère l’allaitement artificiel comme un moyen le
plus souvent funeste. La mortalité des nourrissons diminuera
notablement si l’on apporte le plus grand soin dans le recru­
tement des nourrices et si l’on donne aux femmes pauvres des
ressources suffisantes pour qu’elles puissent allaiter leurs
enfants.
M. Fauvel répond en quelques mots au discours de M.
Husson.
Séance du 2 novembre.—M. Cliassagny (de Lyon) fait connaître
une nouvelle méthode pour pratiquer l'accouchement prématuré
artificiel. La dilatation est obtenue à l’aide de deux ampoules
de caoutchouc pouvant être gonflées isolément.
M. Gubler présente un aspirateur sous-cutané imaginé par M.
le docteur Dieulafoy et pouvant servir au diagnostic , voire
même au traitement,des collections liquides profondes.L’appareil
se compose d'une canule-trocard longue et très-mince dans la­
quelle le vide est fait à l’aide du piston d’une seringue vissée
sur la canule.
M .J. Guérin communique une note extraite d’un mémoire de
M. le docteur Widal et relative à des éruptions consécutives à la
vaccination.C'esdernières,quoi qu’on ne puisse les rattacher aune
origine syphilitique, présentent tous les caractères des affections
cutanées auxquelles ce virus donne naissance.
Reprise de la discussion sur la vaccine anim ale.— Après avoir
résumé en quelques mots les opinions émises par M.M.Bouchardat, Hérard, Ricord, Yernois, Marrotte, Bonnafont et Jules Gué­
rin, M. Depaul revient sur les faits a ’Auray, qui sont pour lui le
point essentiel du débat. Ces faits, parfaitement authentiques,
démontrent l’existence de la svpbilis vaccinale. La vaccination

Séance du 9 novembre.— Parmi les ouvrages présentés à l'Aca­
démie au début de la séance nous signalerons un Manuel de pa­
thologie et de clinique chirurgicales, de M. le docteur Fort, un tra­
vail deM. Gendrot sur l'ergot de seigle, et une brochure de notre
confrère de Marseille, M. le docteur Sirus-Pirondi, intitulée :
Trosièmc série d'observations de chirurgie usuelle; fractures.
M. le président annonce la mort de M. Boullay, doyen d’âge de
l’Académie.
Les rapporte sur les prix Portai, Lefebvre et Capuron sont lus
par M.M. Vigla, Marrotte et Devilliers. L’Académie adopte les
conclusions des rapporteurs.

1024

1023

Séance du 16 novembre.— M. Depaul signale un numéro de la
Revue médicale de Limoges dans lequel M. le professeur Bardinet
signale un fait de syphilis vaccinale. Le vaccinifère a donné du
vaccin à 8 personnes, sur ce nombre 4 ont été atteintes de
syphilis.
M. le docteur Bourdais, pris à partie dans le dernier discours
de M. Depaul, adresse à l’Académie une longue lettre en réponse
à cette argumentation.
Après quelques observations échangées au sujet de cette let­
tre, entre M.M. Depaul et J. Guérin, M. Marrotte annonce que
laquestion mise au concours pour le prix Lefebvre est ainsi posée:
De la Mélancolie ; -- faire l'histoire de la mélancolie désignée ordinaiinent sous le nom de nostalgie.
M. Demarquay lit un rapport sur le prix Àmussat.
M. Briquet lit la première partie du rapport sur le service
général des épidémies pour l'année 1868.
M. Desprès donne lecture d’un travail intitulé: Etude sur quel-*
ques points de l'anatomie et de la physiologie du col utérin et des
glandes de la muqueuse du col de l’utérus, et de la fonction du col en
dehors de l'accouchement. L’idée la plus neuve contenue dans ce
mémoire est que le liquide secrété par les glandes du col produit
une sorte d’éjaculation destinée à fournir un véhicule aux zoosper­
mes et àpermettre à ceux-ci d’arriver plus sûrement dans le corps
de l’utérus.

�SOCIÉTÉS SAVANTES.

Séance du 8 octobre.— M. Bouclnit. communique une note fort in­
téressante relative à un enfant de 8 ans qui depuis deux mois
dépérissait à vue d’œil. L’examen ophthalmoscopique fit reconnaî­
tre une double nevro-rétinite avec tubercules de la choroïde et per­
mit de diagnostiquer une méningo-encéplialite résultat d’une tu­
berculose générale, L’autopsie confirma le diagnostic.
M. Ernest Besnier lit un rapport sur les maladies régnantes
pour le troisième trimestre de l’année IS69.
M. Borgeron fait observer que depuis quelques mois, à la suite
de la scarlatine, le tissu cellulaire et les muqueuses suppurent
avec une singulière facilité.
M, Hervieuxlit une note sur l ’empoisonnement puerpéral. Dans
ce travail, l’auteur soutient que les maladies puerpérales si di­
verses d’allures et de forme (métrite, péritonite, phlébite, scarla­
tine,érysipèle, pneumonie, etc.) sont le résultat de la pénétration
dans le sang du poison puerpéral, produit de la viciation de l’air
ambiant par les sécrétions des femmes en couches.
Séance du 22 octobre — M. Féréol fait remarquer que depuis quel­
ques années les fièvres intermittentes contractées à Paris sont
plus fréquentes qu’autrefois.
MM. Guibout, Simon, Chauffard, Archambault,Guérard,Bergeron Paul etLabbé confirment le fait mentionné par M. Féréol et lui
reconnaissent, en général, pour cause les grands mouvements de
terrain auxquels la capitale est soumise depuis quelque temps.
Quelques observations sont échangées entre MM. Labbé, Moissenet, Lailler et Gullard relativement à l’opportunité d’une dis­
cussion sur la fièvre puerpérale, alors que l’Administration met
en pratique une mesure nouvelle, l’évacuation partielle des salles
des femmes en couches.

SOCIETE DE CHIRURGIE.
Séance du 27 octobre — M. le docteur Duboué (de Pau) communi­
que un nouveau procédé pour l’opération du phimosis. Cette mé­
thode, compliquée et fort douloureuse , permet de couper au
même niveau la peau et la muqueuse préputiales.

1027

M. Depaul place sous les yeux de ses collègues les poumons d’un
enfant mort dix heures après la naissance. Ces organes sont in­
filtrés de gommes syphilitiques.
M. Demarquay présente un ouvrage du docteur Bérenger-Féraud, intitulé ‘.Traité de l'immobilisation directe des fragments osseux
dans les fractures.
Séance du 3 novembre.— 'Si. Liégeois présente une tumeur enlevée
chez une jeune fille de 17 ans. C’est un kyste qui contient des
poils, un morceau de peau et un os complètement développé.
M. Legouest donne quelques détails sur une opération qu’il a
pratiquée récemment. Il s'agit d’un polype muqueux implanté sur
l’apophyse basilaire. La méthode employée a été la ligature.
M. Trélat montre à ses collègues une pièce de moulage repré­
sentant une dilatation du réseau lymphatique superficiel du dos
de la verge. Cette lésion s’est produite chez un maçon âgé de 2G
ans dont la verge heurta violemment l’angle d’une table.
Séance du 10 novembre. — M. Forget lit un rapport sur une ob­
servation adressée il la Société par M. Bouchard, interne à l’hôpi­
tal Necker. Le sujet de l’observation est une femme chez laquelle
se forma subitement’une tumeur sublinguale de la grosseur d’un
œuf de poule. Il s’agit là, selon toutes probabilités, d’une grenouilletc aiguë. M. Forget rapelle en quelques mots les diverses opi­
nions émises au sujet du siège de la grenouillette.
A la suite de ce rapport, une discussion s’engage entre MM,
Desprès, Giraldès, Guyon, Le Fort et Forget. Il convient de recon­
naître aux kystes salivaires deux origines distinctes. Les uns pro­
viennent de la glande sous-maxillaire; les autres, — et ce sont
ceux qui constituent la grenouillette proprement dite —sontfournis par la glande sub-linguale.Ces derniers se portent surtout en
haut vers la cavité buccale, mais ils peuvent aussi se diriger du
côté du cou; le liquide qu’ils contiennent est gluant et gélatineux.
L’existence de la grenouillette aigue, à invasion subite n’est point
encore démontrée.
M. le docteur Piachaud (de Genève) adresse une note relative à
une ostéomalacie développée entre le troisième et le quatrième
accouchement.
M. Guéniot rend compte d’un travail de M. Falin sur les défor­
mations crâniennes. L’auteur croit que ces lésions sont congéni­
tales et ne résultent pas de l’habitude que Ton a de coucher les
enfants sur le côté.

�1028

CORRESPONDANCE.

S E U X F IL S .

Séance du 17 novembre — M. Liégeois, après avoir donne quel­
ques détails sur une opération d’ovariotomie pratiquée par lui
avec un plein succès chez une femme de 65 ans, communique l’ob­
servation complète du kyste pileux qu'il a présenté à la Société
dans la Seance du 3 novembre. Cette tumeur volumineuse qui pa­
raît être une monstruosité par inclusion provenait directement de
l’ovaire. Elle fut extraite par l’incision de la paroi abdominale. La
malade succomba au bout de 18 heures, après avoir présenté des
symptômes de péritonite.
Cette intéressante communication amène à sa suite diverses
observations faites par plusieurs membres de la Société. M. Houel
croit qu’en comprenant le péritoine dans la suture abdominale,
M. Liégeois a exécuté une bonne manœuvre qui n ’a pu que favo­
riser la réunion rapide de la plaie. MM. Legouest, Guyon, Filiaux
et Le Fort sont d'un avis opposé ; pour eux, ce procédé est mau­
vais et prédispose à l’éventration; M, Kœberlé (de Strasbourg), si
renommé par ses succès en ovariotomie, ne le met jamais en pra­
tique. M. Blot ne croit pas que la question puisse être tranchée
dans un sens ou dans l’autre.
M. le Président annonce que Paul Guersant a légué à la Société
de Chirurgie un grand nombre de volumes.
Séance du 24 novembre, — M. le docteur Deroyer adresse à la So­
ciété une observation de mort subite survenue chez un homme
atteint de fracture de l’occipital avec enfoncement de Los , à la
suite d’une tentative de redressement du fragment déprimé.
M. le docteur Joüon’(de Nantes) présente, par l’intermédiaire
de M. Guyon, deux observations d’ovariotomie : un succès, un in­
succès.
M. Desprès présente deux femmes syphilitiques traitées par lui
sans mercure. Des plaques muqueuses, une syphilide papuleuse,
une psoriasis palmaire, tels avaient été les symptômes constatés
par le chirurgien. La guérison est aujourd’hui complète. L’une de
ces femmes est devenue enceinte ; son enfant a 4 mois; elle le
nourrit avec succès, et il se porte à merveille.
A la suite de cette présentation, quelques observations sont
échangées entre MM. Liégeois et Desprès.
M. Périer lit une note relative à un kyste de la région sous-1
hyoïdienne compliqué de grenouillette.
M. Legouest donne quelques détails sur une chéloïde dévelop­
pée spontanément a côté d’une ancienne cicatrice chez un oiïicier
revenant du Sénégal.

1029

M. Chassaignac croit que les climats chauds n’excrcent pas d’in­
fluence sur le développement des chéloïdes.
MM. Trélat et Giraldès établissent une différence importante
entre les tumeurs constituées par l’hypertrophie de tous les élé­
ments de la peau et celles formées par une hypertrophie simple du
tissu cicatriciel. Ces dernières seules constituent les chéloïdes.
MM. Demarquay et Forget insistent sur la tendance a la récidive,
caractère frappant de ces tumeurs; pour eux, les chéloïdes ont en
elles quelque chose de spécifique.
M. Panas a eu l’idée de raccourcir, en les rendant plus épaissés
et en changeant leur mode d’articulation, les branches de l’enterotome de Dupuvtren. Cette modification permet d’opérer les
anus contre nature à orifice très-petit.
M. Demarquay présente une pièce pathologique constituée par
un énorme cancroïde de la main etenlevée par lui chez une femme
de 60 ans. L ’amputation partielle de la main fut pratiquée. Les
os du carpe étaient dans un état de ramollissement très-avancé.
L’opération a parfaitement réussi.
Dr Sëux Fils.

CORRESPONDANCE.

Marseille le 9 décembre 1869.

Le Directeur de l’Ecole de médecine de Marseille ci Messieurs les
membres du Comité de rédaction du Marseille Médical.
Messieurs

bt trhs- iionorks confrères

L’article de votre journal de novembre intitulé : Nominations à
l’Ecole de Médecine, contient des inexactitudes et quelques erreurs
d’appréciation que je vous demande la permission de relever, en
vous priant d’accueillir dans le plus prochain numéro du journal
cette lettre de rectification.
Le ton général de votre article attribue à l’administration un
rôle qui n'a été nullement le sien; mon devoir me commande, tout
en rétablissant la vérité des faits, de vous en donner l’affirmation.
G6

�1030

C O M ITÉ D E R É D A C T IO N .

Vous représentez l’administration comme peu enthousiaste du
concours, c’est-à-dire comme indifférente pour l’institution. Elle
n ’a, dites-vous, accordé qu’une fois le concours, et encore vientelle de prouver que cette concession de sa part n’etait ni absolue
ni définitive.
Rien n’est moins vrai que cela; un simple résumé de la question
pourra aisément le démontrer.
Dans les derniers mois de l’an passé, le Directeur de l’Ecole pro­
pose le concours pour la nomination à trois places vacantes de
suppléants; la proposition immédiatement acceptée et vivement
appuyée par M. le Recteur, reçoit la sanction ministérielle; le
concours est fait au mois de décembre.
La présente année amène, par la mort, de nouvelles vacances.
Ce mouvement devait conduire, de plein droit, le chef des travaux
anatomiques à la suppléance de l’anatomie et le prosecteur au
poste, devenu libre, de chef des travaux anatomiques.
En faisant directement ces nom inations, l’administration ne
s’est point arrêtée, comme vous le dites, dans la voie du progrès,
et n ’a porté la moindre atteinte à la logique. Elle a tout simple­
ment consacré des aptitudes reconnues, et par un avancement in­
contestablement légitime, récompensé les services déjà rendus
par deux excellents fonctionnaires de l’Ecole.
Pour être juste on n’est par illogique ou rétrograde.
Le concours n ’a pas été fait ici parce qu’il ne devait pas être
fait, parce qu’il n’y avait ni justice ni convenance à le faire.
La promotion hiérarchique de MM. Combalat et Nicolas n’a
point été l’abandon d’un principe heureusement mis en pratique
une première fois et que nous voulons tous conserver, mais seule­
ment une dérogation à ce principe qui, malgré ses avantages,
n ’est pas, après tout, d’une application absolument immuable; dé­
rogation fondée sur le droit acquis, je veux dire sur ce qu’il y a
de plus respectable au monde, l’équité.
Mais le principe, que personne n’a voulu atteindre, subsiste
dans toute sa vigueur; rien chez nous ne le menace, car il va être
prochainement appliqué. Que les amis du concours se rassurent
donc et ne s’inquiètent point de l’avenir. Les désirs des profes­
seurs de l’Ecole seront bientôt satisfaits. L’honorable chef de
l’Académie et le Directeur se sont rencontrés dans une pensée com­
mune : le concours sera fait pour la nomination du prosecteur et

CORRESPONDANCE.

1031

pour celle du suppléant des chaires de chirurgie et d’accou­
chement.
Si l’application du concours, faite avec succès l’année dernière,
à la nomination des suppléants,- est due à l’initiative du Directeur,
il est parfaitement juste de dire que M. le Recteur s’est toujours
prononcé formellement en faveur de cette utile innovation.
Ainsi, vous le voyez, Messieurs et très-honorés Confrères, l’auto­
rité académique et l ’administration supérieure sont bien loin de
mériter, au sujet du concours, le reproche d’indifférence que vous
leur avez fait. J ’ai, au contraire, pour la réalisation de mes des­
seins, trouvé constamment en elles encouragement et appui.
Veuillez me permettre une dernière observation.
Vous d ite s , à la fin de votre article, que les professeurs de
l’Ecole sont persuadés qu’ils ont le droit, en vertu de l’ordon­
nance de 1840, de présenter des candidats aux places vacantes.
C’est une erreur.
L’ordonnance du 13 octobre 1810, depuis longtemps déjà tombée
en désuétude à notre Ecole, c’est-à-dire abrogée en fait, est aussi
aujourd’hui abrogée en droit.
Le décret-loi du 9 mars 1852, en réglant les dispositions orga­
niques qui concernent l ’instruction publique, maintient dans les
Facultés, pour la nomination des professeurs, les listes de présen­
tation, ainsi que le prescrivait l’ordonnance de 1810. Mais à l’ar­
ticle 3 du chapitre I, le silence gardé par le décret à'l’égard des
listes de présentation relatives aux professeurs à nommer dans
les Ecoles préparatoires de médecine implique manifestement la
suppression de ces listes. Pour les Facultés, au contraire, les listes
ayant été maintenues, il en est fait spécialement mention.
En outre, la Statistique de l'enseignement supérieur (1863-68 page
303), en rappelant que les suppléants et le chef des travaux ana­
tomiques étaient, d ’après les ordonnances des 13 octobre 1810 et
12mars 1811 .nommés par le Ministre sur la présentation de l’Ecole,
dit que le décret de 1852 a modifié ces dispositions en ce sens que
les listes de présentation sont supprimées, et que les professeurs
et fonctionnaires des écoles préparatoires sont nommés directe­
ment par le Ministre qui peut les révoquer.
Or, la Statistique de renseignement supérieur, qui donne en ces ter­
mes le commentaire du décret, est un document officiel puisqu’il
émane du Ministère.
R est donc de toute évidence que l'ordonnance de 1840 n’a plus

�1032

CORRESPONDANCE.

COM ITÉ D E R É D A C T IO N .

rien à faire dans la nomination des suppléants et que, depuis la
promulgation du décret de 1852, l’Ecole n ’a aucun droit de pré­
sentation.
Veuillez agréer, Messieurs et très-lionorés Confrères, l’assurance
de mes sentiments les plus distingués.
*

COSTE.

C’est avec le plus grand plaisir et sans le moindre étonnement
que nous lisons la profession de foi de M. le Directeur de l’Ecole
en faveur du concoure. M. Coste se trouve donc, sur cette grande
question, parfaitement d’accord avec ses collègues de l’Ecole et
ses collaborateurs du Marseille Médical. Nous sommes également
heureux de cette occasion qui nous est offerte de rendre hommage
aux tendances libérales de M. le Recteur de l’Académie d’Aix, qui
est parvenu à faire accepter en haut lieu le concours pour les places
de professeurs suppléants. En conformité complète de principes
avec ces deux éminents fonctionnaires, nous ne prolongerons pas
davantage le débat sur la double exception par laquelle ils ont
cru devoir confirmer la règle; c’est la, d’ailleurs, une question jugée
par l'opinion publique, dont nous nous efforçons d’ètre l ’expres­
sion toujours fidèle et parfois adoucie.
Mais M. le Directeur de l ’Ecole et M. le Recteur , quelque haut
placés qu’ils soient, ne constituent pas à eux seul s l’administration.
Depuis qu’un concours pour la suppléance a été établi a Marseille,
nous lisons, chaque semaine, dans nos journaux de médecine, des
nominations faites dans diverses Ecoles; pas une seule place n’a
été mise au concoure.
Si l’établissement du concours est un progrès, est-ce aussi un
progrès que le retour il la nomination directe? Si l ’on institue le
concours comme une chose utile, est-illogique d’y renoncer? Eston enthousiaste d’une institution que l’on pourrait développer et
qu’on se hâte de restreindre? Ayant apprécié les tendances, mais
neyoulant pas nous-mêmes discuter les actes de l ’administration,
nous ne demanderons à personne, pas même àM. le Directeur de
l’Ecolè, la réponse â ces trois questions que nous venons de poser.
Un mot enfin sur la question de droit.
M. le Directeur nous dit que l'ordonnance de 1840 était tombée
depuis longtemps en désuétude, c’est-a-dire abrogée en fait. Nous
ne contestons pas quelle fût tombée en désuétude, mais nous ne

10:33

pouvons pas admettre que le défaut do respect dont cette ordon­
nance a été l’objet implique son abrogation. Une ordonnance qui
a force de loi ne s’abroge pas aussi facilement.
Nous ne croyons pas davantage quelle ait été abrogée en droit,
comme le dit M. le Directeur de l’Ecole, en interprétant dans ce
sens le décret-loi du 9 mars 1852.
Ce décret qui, en attendant une loi sur l’organisation de l’ensei­
gnement public, a été motivé par l’urgence d’appliquer des prin­
cipes propres à rétablir l’ordre et la hiérarchie dans le corps en­
seignant, consacre les faits suivants :
1° D’une manière générale, la faculté, pour l’administration, de
prendre parmi tous les docteurs en médecine les membres chargés
de l’enseignement de la médecine.
2° La nomination et la révocation par le Chef de l’Etat des pro-*
fesseurs des Facultés de médecine.........(article l°r) pour lesquels
il substitue la liste de présentation au concours précédemment
en usage (article 2).
3° La nomination et la révocation (par délégation) par M. le Mi­
nistre de l’Instruction publique, des professeurs et fonctionnaires
des Ecoles préparatoires de médecine et de pharmacie, sans indi­
querai est vrai, le mode de présentation comme pour les Facultés.
Ce silence du décret à l’égard des listes de présentations pres­
crites par l’ordonnance de 1840 pour les Ecoles préparatoires, implique-t—
il, comme le dit M. le Directeur de l’Ecole, leur suppres­
sion? On ne supprime pas une loi par le silence. Les lois plus ré­
centes abrogent les lois antérieures avec cette formule : « Sont
abrogées les dispositions antérieures contraires à la présente loi. »
Or le décret du 9 mars ne contient aucune formule semblable.
Nous ne contestons pas le caractère du document statistique in­
voqué par M. le Directeur. Mais c’est là un document historique
résumant ce qui a été fait dans le ressort du ministère de l'Ins­
truction publique. A ce titre, il constate que des chefs de travaux
anatomiques, des professeurs suppléants et des professeurs titu­
laires ont été nommés, dans un grand nombre d'Eeoles prépara­
toires, sans avis préalable de ces Ecoles. Cela prouve que l’ordon­
nance de 1840 n ’a pas été suivie, mais non qu’elle ait été abrogée.
Aussi, nous la retrouvons inscrite dans le dernier Annuaire de
l’Instruction publique, à côté du décret-loi de 1852. L'Annuaire est
aussi un document du ministère de l'Instruction publique, peutêtre même est-il plus exact que la Statistique.

�MÉLI.

JOURNAUX ITALIENS.

Nous n’avons pas encore fait valoir toutes nos raisons, mais
M ne nous appartient pas d’entrer dans une discussion extra-m é­
dicale. Ces quelques explications auront suffi pour montrer à M.
le Directeur pourquoi, malgré toute notre déférence pour sa per­
sonne, nous ne pouvons, sur ce point spécial, partager ses opi­
nions.
(La Rédaction.)

M. Simi dit en terminant que, d’après les données de l'his­
tologie et de l’anatomie pathologique, il est illogique de
supposer qu’un médicament interne ou externe puisse guérir
l’altération atrophique du cristallin, appelée cataracte.

403 i

REVUE.

JOURNAUX ITALIENS.

Lo Spérimenlale
Florence reproduit une leçon du docteur
Puccianti. professeur de pathologie générale à l’Université de
Pise, et ancien élève du célébré Buffalini. La Patologia vecchia
e la nuova. voilà le titre de cette prolusion qui brille par une
riche érudition, parle tact pratique et par une grande finesse
d'appréciations cliniques.
Dans le même journal, M. le docteur Andrea Simi publie un
article sur le phosphore. L’auteur soutient que cet agent thé­
rapeutique, préconisé depuis quelque temps parM. Tavignot,
de Paris, comme moyen curatif de la cataracte, subira le sort
des autres substances employées dans le même but, telles que
la tormentille, la belladone, l’azotate d’argent, l’ammoniaque,
l’iodure de potassium, etc., médicaments essayés tour-à-tour,
mais inutilement, dans une affection qui exige forcément des
manœuvres chirurgicales.
De nombreuses expériences, dues à M. le docteur Groppi,
professeur de clinique à l’Université de Pavie, ainsi qu’à
M. Simi lui même, prouvent d’une manière très-positive que
le phosphore n ’exerce aucune action, ni sur les cataractes an­
ciennes ni sur le cataractes récentes.

■1035

Il Giornale délia Reale Accademia di mcdicina de Turin fait
une minutieuse description d’un nouvel instrument appelé
Aplanisseur (Spianatore) des granulations conjonctivales. — Il
parait que cet instrument, inventé par M. Fadda, a déjà rendu
et rend toujours de grands services dans le traitement de cette
affection de l’appareil oculaire.
Nous lisons dans Ylgea de Milan plusieurs dialogues pleins
de bon sens et très-instructifs, entre un curé de village et le
docteur Demeva; dialogues adressés aux pères et mères de fa­
mille. — Le digne ecclésiastique, curé dans un village de la
province de Port-Maurice (Italie), ne permet pas aux enfants
de sa paroisse de faire leur première communion s’ils n’ont
pas été préalablement vaccinés ou atteints de la variole.— Ces
idées salutaires, prêehées de la Chaire, ont déjà porté leur fruit.
Toutes les mères de famille s’empressent de faire profiter leurs
enfants de labelle découverte de Jenner, et la petite vérole tend
à disparaître de jour en jour de la localité.
Si tous les prêtres catholiques imitaient l’exemple de cet ex­
cellent curé, le fléau dévastateur de l’enfance et de la jeunesse
décroîtrait d’une manière sensible dans beaucoup de pays.
M. Cavagnis, chimiste très-distingué de Pavie, vient de dé­
couvrir dans l’air expiré une matière organique oxidable. On
peut constater la présence de cette matière par les procédés
chimiques que l’auteur indique, et surtout à l’aide d’une so­
lution de permanganate de potasse.
M. Longhi engage tousses confrères médecins eantonnaux
(medici condotti) à instituer des conférences hygiéniques par­
tout où ils exercent leur profession.
Cet honorable docteur prêche d’exemple, car il a ouvert
depuis longtemps un cours d’hygiène dans le lieu de sa rési­
dence (Cremeno in Valsassina).

�1036

M É L I.

M. Longhi est ainsi parvenu il tléraeiner dans son village plu­
sieurs préjugés populaires, et à détruire la funeste habitude
des boissons alcooliques et des aliments nuisibles.
La Gazzelta medica italiana publie une observation de dé­
placement et de mobilité du foie du docteur Piattelli, ce cas
est pareil à celui relaté, il n ’y a pas longtem ps, par le pro­
fesseur Cantani, de Naples.
M. Piattelli s’est assuré que la personne atteinte de cette
affection abdominale ne présentait ni une tum eur de l’ovaire,
ni un néoplasme de l’utérus, ni une altération quelconque de
la rate ou des glandes retro-péritonéales. C’était le foie, et
seulement le foie, qui offrait le déplacement et la mobilité.
M. le docteur Enrico Sertori a trouvé dans l’urine de l’homme
un corps spécial sulfuré. Ce qui n ’est point un hyposulfite, ni
un sulfite, ni un sulfure, ni un sulfo-cyanure ; c’est une sub­
stance organique qui brûle et ne laisse point de résidu.
M. Sertori ajoute qu’il ne peut désigner d’une manière pré­
cise la nature de cette substance, mais qu'il est porté à croire
qu’il s’agit ici d’un acide organique, car ses solutions donnent
toujours une réaction acide.
M. le docteur Pagello de Bellune a voulu essayer le suc gas­
trique de chiens dans les tumeurs cancéreuses. 11 a réussi à
guérir par ce moyen thérapeutique un jeune homme de dixneuf ans, porteur d’un cancer de la grosseur d’un œuf de
poule, mais.....après avoir enlevé la tum eur, après avoir placé
quatre trocliisques d’azotate d’argent sur la plaie saignante et
des compresses imbibées d'une solution de perchlorure de fer.
Dans un autre cas, M. Pagello a complètement échoué, et le
malade a succombé.
L’auteur a observé que le suc gastrique du chien enlève au
cancer son odeur infecte.
Ce cher animal, cet ami de l’homme sera-t-il encore torturé
pour fournir des remèdes aux malades incurables?

N O U V E L L E S DIVERSES.

1037

NOUVELLES DIVERSES.
Notre école de médecine a pris, dans une de ses dernières séan­
ces, une mesure à laquelle nous ne pouvons qu’applaudir. Afin
de rendre plus sérieuse l’obtention des prix de fin d’année, elle a
décidé qu'ii l’avenir une composition écrite sur un sujet déter­
miné serait ajoutée aux épreuves ordinaires.
— Le concours pour l’internat s'est terminé par la nomination
de MM. Mélizan èt Goy. Dix candidats ont pris part aux épreu­
ves. La lutte a été assez brillante pour que le jury ait témoigné
le désir de voir l ’administration donner quatre places au lieu des
deux qui avaient été primitivement annoncées.
— Le concours pour l’externat s’est ouvert aujourd’hui 20 dé­
cembre. Nous donnerons dans notre prochain numéro le nom des
vainqueurs.
— A la suite du concours ouvert le 30 novembre à l’hôpital de
la Conception, M110 Audibert (de Fontvieille) a été nommée maî­
tresse sage-femme.
— M. le docteur Gimbert (de Cannes) a été nommé membre
correspondant de la Société de thérapeutique.
— A Bordeaux, la rentrée solennelle des Facultés de théologie,
des sciences, des lettres et de l’école de médecine a eu lieu le 15
novembre. M. le recteur Zévort présidait la séance. L’école de
médecine, qui a l ’heureux privilège de pouvoir décerner tous les
trois ans un prix de 100 francs à la meilleure thèse soutenue par
un de ses anciens élèves, a partagé le prix, cette année, entre
M. le docteur Marc Girard etM. le docteur Louis Peyraud.
— La rentrée scolaire s’est faite à Lisbonne, dans le courant
du mois de novembre, avec une grande solennité. M. le profes­
seur Alvarenga, le zélé directeur de la Gazette médicale (de Lis­
bonne), a prononcé un remarquable discours dans lequel il a
montré l ’importance de l’histoire de la médecine et la nécessité
de cet enseignement spécial.
— Par décret impérial en date du 9 novembre 1869 ont été
nommés, président du comité consultatif d'hygiène publique,
M.Je docteur Tardieu ; secrétaire dudit comité, M.le docteur A.
Latour.

�1038

S E Ü X F IL S .

— Par décret en date du 5 décembre 1869, M. le docteur Paul
Bevt a été nommé professeur de physiologie àlaFaculté des scien­
ces de Paris, et M. Bouis, professeur de toxicologie à l’Ecole su­
périeure de pharmacie.
— Le conseil municipal de la ville de Bordeaux a pris récem­
ment une mesure dont nous le félicitons bien sincèrement. Il
vient de souscrire il 1,000 exemplaires de l'édition populaire de
l ’Allaitement maternel du docteur Brochard, exemplaires qui se­
ront distribués gratuitement à la population ouvrière de cette
ville.
— Les professeurs de la Faculté de médecine de Paris réunis
en conseil ont adopté, à la majorité de quatre voix seulement, la
création d’une chaire d’histoire de la médecine.
— On nous prie d’insérer la note suivante ;
Il y a une position médicale à prendre dans une petite localité
du rivage méditerranéen ; 750 francs sont alloués pour le ser­
vice de l'hôpital et de la Société de bienfaisance (s'adresser nu
docteur C. Blanchard, rue Moustiei' 2, à Marseille).
— La commune de Charleval, près La Roque d'Antheron,
(canton de Lambesc), est dépourvue de médecin. Nous savons de
source certaine qu’un praticien qui s’établirait dans cette localité
s’y créerait une position très-convenable et répondrait au vœu
des nombreuses familles établies dans cette commune.
— C’est par erreur que nous avons annoncé dans notre dernier
numéro que le cours de chimie médicale de notre école serait
fait cet hiver par M. le professeur Favre. C’est M. Roustan, pro­
fesseur suppléant, qui a été chargé, cette année encore, de cet
enseignement spécial.
— L’Assemblée générale de la Société locale des Bouches-duRhône a eu lieu le jeudi 16 décembre, à 2 heures, dans le local
de la Société de médecine. Après une allocution du président, M.
le docteur Seux père, et le compte-rendu du secrétaire et du tré­
sorier, M. le docteur Cîouzian a lu, sur les modifications à intro­
duire aux statuts de l’association générale (d’après le rapport de
M. Gallard), un intéressant travail dont les conclusions,’ après
discussion, ont été adoptées par l’assemblée. Le soir plusieurs
membres se réunissaient autour d’une table plantureusement ser­
vie et leurs gais racontars prolongeaient bien avant dans la nui
ce repas fraternel mais fort peu cénobitique.
A. F abre .

TABLE DES MATIÈRES.

Acide gallique contre le carreau (De 1’), par le Dr Aïdé, 764.
Actualité : Lettre du Dr Bardinet (de Limoges), sur Dupuy-

tren, 958.
Adénites périmaxillaires chez les vieillards (Des), par le Dr Roux

(de Brignoles), 631.
Angine couenneuse (Emploi du crayon de nitrate d’argent dansl’)

par le Dr C. Blanchard, 563.
Association médicale à Marseille (L’), par le DrGouzian, 493, 751.
Bibliographie :

Psychologie naturelle par le Dr Prosper Despine ; analyse par
le DrRoberty, 55. —Thèses soutenues par MM. Roustan, Revertégat, Guichard de Choisity, Poucel, Eyriès, Justinésv, H. Ni­
colas, Reynaud et Cat, élèves de l'école de Marseille, parle Dr A.
Fabre, 167. — Programme d’un cours de pharmacie (Ladrey);
Guide .médical aux eaux minérales de Vichy (Lavigerie);
Quelques réflexions sur les déviations latérales de la colonne
vertébrale (Dubreuil-Chambardel), par le Dr A. Fabre 264. —
L’athéisme du IX-10 siècle, par le professeur Bertulus. Analyse
par le Dr Villard, 346. — Etude sur les eaux de Vais (Bourgarel);
Des indications des eaux d’Enghien (Feugier); Topographie mé­
dicale de Cannes (Caire), par le Dr A. Fabre, 421. — Les mem­
bres de la commission administrative des hospices à leurs con­
citoyens, 427. — De l'hydrothérapie à domicile, par le Dr Paul
Delmas (de Bordeaux). Analyse par le Dr Comandré, 577. —
Remarques sur les ectocardies (Alvarenga) , Traitement des
maladies de la peau par les eaux minérales et en particulier par
les eaux d’Uriage (Doyon) ; Société protectrice de l’enfance il
Lyon (compte-rendu de la séance générale de 1869), par le Dr
A. Fabre, 671. — Livret maternel, par le professeur l'onssagrives. Analyse par le Dr Isnard (de Marseille), 777. — Anato­
mie chirurgicale, par B. Anger. Analyse par le Dr Chapplain,

�T A B L E DES MATIÈRES.

TA B L E D E S M A T IÈ R E S .

859.— Etude critique de l’embolie, par le Dr Bertin. Analyse
par le Dr A. Fabre, 938. — Luxations coxo-fémorales au point
de vue des accouchements (Guéniot) ; Essai sur l’endocardite
puerpérale (Decornière), parle Dr A. Fabre, 1013.
et de la sécurité de toutes les familles médicales (Du),
par le Dr Rondard (de Salon), 100!.

B ien

être

B rulure au 4e degré (Observation de) par L. Jubiot, GOfi.
B ulletins météorologiques, 343, 566, 87G.
B ulletins thérapeutiques, 202, 244, 29G, 372, GOG.
C au series , parle Dr Bonhomme, 98, 29G, 4SI, G08, 877.
C haleur (De l ’influence pathogénique de la), par M. Garcin in­

terne des hôpitaux, 918, 989.
C hirurgie pratique (Rapport sur trois mémoires de), par le Dr

Sirus-Pirondi, 313, 377.
C hirurgie usuelle (Troisième série d’observations de), par le Dr

Sirus-Pirondi, 548, 017, 71 G, 793.
Choléra à propos du livre de M. Fauvel (Le), par le Dr Seux père,

386, 457.
Chroniques mensuelles, par le Dr Seux fils, 87, 197, 287.
des h ô p it a u x :

Hydro-pneumo-Thorax, par M. Laget,externe des hôpitaux,51.
— Pneumonie adynamique, par M. Vidal (de Cassis), interne
des hôpitaux, 53.— Epulis du maxillaire inférieur,par M.Coste,
interne des hôpitaux, 147— Pneumonie ataxique, par M. Jaillieu, interne des hôpitaux, 216.— Abcès du foie, par M. Aidai
(de Cassis),interne des hôpitaux, 417. — Occlusion intestinale,
par M. Garcin, interne des hôpitaux, 617.
C linique

de la ville

rendus des Sociétés savantes (Académie des sciences,
Académie de médecine, Société médicale des hôpitaux, Société
de chirurgie), par le Dr Seux fils, 63, 178, 271, 353, 440, 508, 592,
681,782, 869, 948, 1021.

Comptes

Concours :

Concours a l’école de médecine, 103. — Réclamation : Lettre de
MM. Favre et Rousset, 195.—Nominations ii l'école de médecine
(La Rédaction) 955.— Lettre de M. le directeur de l’école de mé­
decine, 1029.
gras par le sulfure de carbone (De l’extraction des), par le
l)r Roux (de Briguoles), fils, 302.

Corps

Déglutition , 528.
D iabète tra u m a tiq u e (Un cas de), p a rle D' Lavigerie, 326.
D isjonctions épiphysaires (Considérations sur les), par le Dr Poucel, 847.
Douves (Des moyens de recherches h employer pour retrouver l’ori­

Choléra (Traitement du), par M. le Dr Le Viseur, 469.

C linique

rendus des séances de la Société Impériale de médecine
de Marseille, par le Dr Ch. Isnard, 58, 176,268, 351, 437,503,
587, 675, 780, 864, 944, 1016.

Comptes

:

Fièvres typhoïdes, par le Dr Seux père, 47. — Polype utérin ,
par le Dr Sirus-Pirondi, 138.—Suette miliaire, par le Dr C.Blan­
chard, 141. — Dyssenterie (Traitement de la), parle DrAidé, 244.
— Ozène, par le Dr C. Blanchard, 415.— Syphilide gommeuse,
par le Dr Mireur, 641. — Carreau, par le Dr Aidé, 764. — Carci­
nome utérin, par le Dr C. Blanchard, 997.

gine probable des), par le Dr Reynès, 30.
D yssenterie (Traitement de la), par le I)r Aidé, 244.
H ématocèles de la région du testicule (Des), par le D’ Chapplain,

41, 209.
H ernies étranglées (D’une méthode encore peu connue pour la ré­

duction des), parle Dr Chavernac, 37, 129.
I ndex bibliographiques, 533, 884.
Maladie des marais (De quelques manifestations de la), par le Dr

A. Fabre, 233.
Menstruation (Du rôle du système nerveux dans les troubles mor­

bides de la), par le Dr A. Fabre, 473.
Mogador et son climat, par le D' Seux père, 829, 885.
N écrologie :

Le Docteur Pirondi père, par le Dr Seux fils, 334.— Le Docteur
Broquier, par le Dr Seux fils, 613.— Le Docteur Roux (de Ilrignoles) père, par le Dr A. Fabre, 791.

�T A B LE D ES MATIÈRES.

TA B L E D E S M A T IÈ R E S .

N ominations à l'école de médecine (La Rédaction), 955.
N

diverses, par le Dr Seux fils, 107, 203, 299, 373, 456,
535, 614, 695, 792, 882, 961, 1037.

ouvelles

N ouvelles d’outre-mer, par le Dr Roux (de Brignoles), fils, 105,
202 .
O variotomie, par le Dr Ch. Isnard (de Marseille), 399.
P alerme (Le climat de), par le D'Méli, 483.

Variétés :

Hydrothérapie et hygiène, par le I)r Roux (de Brignoles), fils,
453. — Un auteur marseillais et un critique parisien, 690. —
Tableau comparatif des naissances et des décès ii Marseille et
à Lyon, 957.
Volume des enfants et leur résistance vitale dans Taecoucliement

normal (Rapport existant entre le), par le Dr Villeneuve, père,
965.

P athologie paludéenne (Sur un point capital de la), lettre de

M. le professeur Bertulus, 321.
P hthisie pulmonaire (Note sur la contagion de la), par le Dr Seux

père, 308.
P rogramme des cours de l’école de médecine, 964.
P ublication des travaux de la Société impériale de médecine

(Dr A. Fabre) 109.
R evue dermato-syphiliographique, par le Dr Mireur, 250.
FIN DE LA TABLE.

R evue de gynécologie, par le D r Villeneuve fils, 428,487.
R evues chirurgicales de l’Hôtel-Dieu, par le Dr Flavard, chirur­

gien chef-interne, 333,567.
R evue médico-psychologique, par le D1Sauvet, 766.
R evue syphiliographique, par le Dr Mireur, 926.
Revues de thérapeutique, par le Dr Isnard (de Marseille), 153,653.
R evues

des journaux

:

Français (médecine), par le Dr A. Fabre, 69, 278, 446, 598, 786.
— Français (chirurgie), par le Dr C. Ollive, 184, 360, 515.—
Italiens, parle D'Sirus-Pirondi, 72.—Italiens, par leD r..., 1034.
— Espagnols et portugais, par le Dr Sauvet, 190, 367, 603, 687.
— Anglais, parle Dr E. Nicolas, 82,283,365, 519. — Allemands,
193, 450, 788.
S uppression des services de vénériens dans les hôpitaux (La ré­

daction), 206.
T horacentèse (Étude sur la), par le Dr Villard, 537, 697, 901.

Tœnia (Traitement du), parle Dr Lacassagne, 372.
T ransformation (Une), par le Dr A. Fabre, 5.
V accine (De la), par le Dr Rougier, 111.

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Sensibilité

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                    <text>MARSEILLE MÉDICAL
(ANCIENNE UNION MÉDICALE DE LA PROVENCE)

ORGANE O FFICIEL

DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE
Journal publié par MM. les Docteurs
C. Blanchard, Chapplain , Coste, D espine , A. F abre ,
C. F lavard, Gouzian, C. I snard, Magail, A. Martin , Mireur ,

d’Astros ,

E. N icolas-D uranty , C. Ollive , P. P icard, S irus-P irondi ,
Q ueirel, L. R ampal, R eynès, Roberty, J. Roux (de Brignoles),
Sauvet, S eux père, S euxû Is , Yan-Gaver, Y illard, V illeneuve
père, V illeneuve fils;

Directeur : A. F abre.

VHé *

7 me A n n é e .

&amp;
MARSEILLE
TYP. ET LITil. BARLATIER-FEISSAT PÈRE ET FILS ,
Hue Venture, 19.
1870.

�(a n c i e n n e Union Médicale de la P r o v e n c e )

7mo Année. — N ° 1 , - 2 0 Janvier 1870.

Nous avons hésité longtemps avant d’écrire ces quelques
lignes. Pourquoi faire un appel à nos confrères quand nous
savons par expérience que nous pouvons compter sur eux ?
Leur demanderons-nous des mémoires ? Sans doute leurs
travaux seront toujours accueillis avec empressement, mais
déjà plusieurs manuscrits attendent avec une légitime impa­
tience le moment où ils sortiront de nos cartons.
Leur demanderons-nous le concours moral et matériel qui
les rend nos lecteurs? Rien sans doute ne saurait nous être
plus agréable et plus flatteur. Mais la plupart des médecins
de Marseille ont compris dès la première heure que Marseille
Médical est leur journal, et nous avons la certitude que tous
les autres, qui connaissent maintenant le vrai caractère et la
vitalité de notre œuvre, attendent pour se joindre à nous
l’occasion toute naturelle que leur offre la venue d’une nou­
velle année. De leur côté, les correspondants de notre Société
Impériale de médecine ont presque tous apprécié l’avantage
qu’il y a eu pour eux dans la fusion du Bulletin de la Société
avec un journal au cadre beaucoup plus vaste et à la périodi­
cité plus rapprochée.
Mais, si nous n’avons rien à demander à nos confrères, est-ce
une raison pour garder le silence ? Non, certes. Une communi­
cation des directeurs d’un journal à leurs lecteurs, en associant
les uns et les autres dans une pensée commune, a toujours
l’avantage de resserrer les liens qui les unissent, avantage que

�»&gt;

A. FABRE.

la direction de Marseille Médical apprécie par dessus tout.
Mais nous avons un devoir qui nous oblige à parler; c’est
celui de la reconnaissance.
Puisque notre œuvre marche , puisqu’elle est prospère,
rendons grâce publiquement à ceux qui l’ont comprise et
soutenue.
A nos collaborateurs tout d’abord, et sous ce titre nous ne
comprenons pas seulement les fondateurs du journal, mais
encore et surtoitt les laborieux confrères qui nous ont confié
leurs travaux, tels que MM. Aidé, BertuLus, Poucel, Rougier,
Lacassagne , Méli, Chavernac (d’Aix), Rondard (de Salon),
Comandré (de Gauterets), Lavigerie (de Vichy), Reynaud, méde­
cin des messageries Impériales, Le Viseur, (de Posen). Remer­
cions aussi les internes de nos hôpitaux et les élèves de notre
école, MM. Garcin , Vidal (de Cassis), Jaillieu , Laget, Goste ,
L. Jubiot, qui, réjjondant à notre appel, ont pris rang, eux
aussi, parmi nos collaborateurs.
Grâce au concours de tous ces hommes zélés, des questions
nombreuses et variées ont été déjà, pendant la seule année
1869, traitées dans 1e Marseille Médical.
En médecine, la vaccinatiou animale, la contagion de la
phthisie, la thoracentèse dans les épanchements séreux , le
traitement de la pneumonie ataxique par le musc, le traite­
ment de la pneumonie adynamique par le phosphore, l’hydropneumothorax par pneumonie, l’influence du climat de
Mogador et celle du climat de Palerme, l’action pathogénique
de la chaleur, la maladie des marais, la miliairé sporadique,
le choléra, le traitement de la dyssenterie, l’origine des douves
et le traitement du tcenia, l’obstruction intestinale, le traite­
ment du diabète traumatique, le traitement du carreau, le
carcinome utérin, l’ozène ; tels sont les principaux sujets
qui ont été étudiés, souvent à un point de vue tout à fait
nouveau.
En chirurgie, l’ovariotomie, dont nous avons publié une
belle observation , la réduction des hernies étranglées au
moyen de l’éther pulvérisé, les hématocèles de la région du
testicule, les adénites péri-maxilliaires des vieillards, les frac­

REMERCIMENTS.

tures examinées d’après un nombre imposant de faits, le décol­
lement des épiphyses, la destruction des épulis par la galvanocaustique ;
En syphiliographie, les syphilides gommeuses du voile du
palais ;
En gynécologie, le rapport existant entre le volume de la
tête et la mortalité des enfants pendant l’accouchement normal;
En hygiène enfin, l’extraction des corps gras par le sulfure
de carbone ;
Voilà les travaux originaux pour lesquels nous devons de
sincères remerciments à nos collaborateurs.
Grâce à eux aussi, pas un numéro de Marseille Médical n’a
paru qui ne contint un ou plusieurs articles bibliographiques.
Des livres assez nombreux ont été ainsi analysés, et ceux qui
ont lu le grand ouvrage du Dr Despine peuvent juger si notre
bibliographie a réservé la place dont elle dispose pour les
rédacteurs du journal au détriment des étrangers.
Grâce à eux encore nous avons publié régulièrement, non
seulement les comptes-rendus de la Société Impériale de
médecine de Marseille, dont notre journal est l’organe officiel,
mais encore le résumé des séances de l’Académie des sciences,
de l’Académie de médecine, de la Société Impériale de chirur­
gie et de la Société médicale des hôpitaux de Paris.
Il nous a été plus difficile, faute d’espace, de faire paraître
régulièrement une revue des journaux, cependant nous avons
pu insérer dans nos colonnes quelques analyses des travaux
qui ont paru non seulement dans les journaux de France, mais
encore dans ceux d’Espagne, de Portugal, d’Italie, d’Angleterre
et d’Allemagne. Nous pourrons désormais insister davantage
sur les travaux allemands, grâce au précieux concours qu’a
bien voulu nous offrir le Dr P. Picard, le traducteur de Virchow
et de Scanzoni.
Ce que les revues générales n’ont pas noté, nos revues spé­
ciales ont pu le recueillir; la thérapeutique, la gynécologie,
la dermatologie, la syphilographie, la médecine mentale, la
clinique des hôpitaux, telles sont les spécialités explorées par
des collaborateurs q u i, en acceptant l’expression de notre

�A. FABRE.

THORA CÊNTÈSE.

gratitude, nous permettront de compter toujours sur leur
dévouement.
Les questions professionnelles ont été, dans notre feuille,
approfondies par deux hommes généreux dont l’un a sondé les
plaies de nos associations afin de les guérir, tandis que l’autre
lançait hardiment une grande idée.
Les Variétés enfin et la Causerie ont eu ici leurs représen­
tants, et nous devons remercier, dans la bonne acception du
mot, le Dr Bonhomme, qui n’est pas mort, bien qu’il n’ait pas,
ces derniers temps, donné signe de vie.
Vous aussi, chers abonnés, vous avez droit à nos remerciments. Vos encouragements nous sont précieux, et votre con­
cours nous est plus utile encore que vous ne pouvez le penser.
Votre appui moral nous encourage et nous soutient. On
travaille avec plus d’ardeur et on écrit avec plus de soin
quand on doit paraître non seulement devant un public d’élite,
mais encore devant un public nombreux. Les auteurs confient
volontiers des communications importantes à un journal
qu’ils savent être répandu, et de bons travaux attirent à leur
tour des lecteurs empressés. Vous tous donc qui avez assez
l’esprit de corps pour tenir à ce que la médecine marseillaise
ait un organe digne d’elle; vous aussi qui avez assez l’amour
de la science pour vouloir qu’un journal de médecine prospère
au centre de la Provence, en face de l’Espagne et de l’Italie,
recevez l'expression de notre gratitude pour l’appui que vous
prêtez à notre œuvre.
Si votre appui moral nous est nécessaire, votre concours
matériel nous est utile. Nous l’avouons volontiers, parce que
notre journal n’est pas une affaire de spéculation mais bien
une œuvre de dévouement et de sacrifice. Nous avons des
ressources assurées pour vivre honorablement et longtemps,
mais notre plan est vaste, nos aspirations sont élevées, et, si
nous devenons plus riches, le journal, et par lui la science,
seront seuls à en profiter. Merci donc, encore une fois, bien
chers confrères.
Nous remercions enfin nos collègues de la presse médicale.
En résumant, citant ou reproduisant nos principaux travaux,

ils ont contribué largement A les faire connaître; ils se sont
ainsi créé des droits à une réciprocité que nous ne négligerons
pas.
Cependant nous ne remercierons pas tout le monde. Le Direc­
teur et les deux Sous-Directeurs se garderont bien d’exprimer
la moindre gratitude à leurs collègues, qui ont, pour l’année
1870, renouvelé leur mandat. Si, par déférence pour leur vote
unanime, nous avons accepté, personne n’oublie moins que
nous que Marseille Médical est une œuvre collective et non
pas personnelle, que les directeurs y doivent être non pas les
chefs mais les représentants de leurs sociétaires, et que le jour­
nal doit être l’organe non pas de quelques uns mais de notre
corps médical tout entier.
A. F abre.

8

9

*

ÉTUDE SUR LA THORACENTÈSE
DANS LES ÉPANCHEMENTS SÉREUX
P ar le

Dr VILLARD,

Médecin en chef des h ô p ita u x , professeur suppléant à l’école de médecine.

QUATRIÈME ARTICLE (1 ).

Plus d’une fois dans ce qui précède j’ai fait entrevoir,
comme conséquence ordinaire de la thoracentèse, la repro­
duction partielle du liquide. Est-ce là une raison suffisante
pour faire rejeter la ponction dans le cas dont je parle? Je
suis loin de l’admettre. Nous savons, en effet, et nous avons
suffisamment insisté sur ce fait, que la reproduction com­
plète du liquide a presque toujours liéu si la thoracentèse
est pratiquée avant la cessation de la période plilegmasique.
(1) Voir les numéros de juillet, septembre et octobre derniers.

�10

VILIiARD.

Au contraire, lorsque cette période est terminée l'exhalation
s'arrête. Mais à ce moment la résorption ne se produit pas
tout de suite ; elle ne commence que lorsque la contractilité
vasculaire ou lymphatique réparait. Si l’épanchement n ’est
pas abondant et que la pleurésie ne soit que partielle ou cir­
conscrite, le liquide ne tarde pas à être repris par les vaisseaux
qui lui ont donné passage, aussi bien que par les vaisseaux
restés sains. Ces sortes de pleurésies avec épanchement que
nous appellerons en nappe, ne déterminant que peu de com­
pression du poumon, sont toujours traitées avec succès par
les moyens ordinaires ; je dirai même plus, c’est qu’aban­
données aux seuls efforts de la nature, il n’est pas rare de
les voir guérir spontanément. Aussi dans ces cas simples n’au­
rai-je jamais la pensée de conseiller la ponction thoracique ;
mais les conditions ne sont plus les mêmes lorsque l'épanchement occupe une assez grande étendue de la cavité pleurale :
Comprimant à la fois les deux feuillets de la séreuse, il s’op­
pose par lui-même à la résorption vasculaire qui devient
d’autant plus difficile que l’arrêt de la contractilité est plus
persistant. Or, que se passe t-il après la ponction? Le
poumon, à mesure que le liquid s’écoule, reprend son expension
vésiculaire du sommet à la base ; la poitrine se dilate et
se resserre à son tour ; la respiration et la circulation se
rétablissent enfin dans le côté malade ; toutefois la con­
tractilité et l’élasticité des capillaires sanguins ou lympha­
tiques ne renaissent pas immédiatement d’une manière
uniforme et générale. Il faut encore un certain temps pour
que la circulation retrouve son jeu, et que la résorption se
fasse. Voilà pourquoi la thoracentèse est presque toujours
suivie d’une nouvelle exhalation ; mais celle-ci est à peine
sensible, et dès que la circulation capillaire se rétablit, le
liquide est résorbé et la guérison ne tarde pas à être com­
plète.
Ces détails de physiologie pathologique n’auront peut-être
pas le mérite de dissiper les doutes de beaucoup de médecins
au sujet de la reproduction de l’épanchement, circonstance qui,
d’après eux, serait une contre-indication des plus importantes.

THORACENTÈSE.

11

Mais, en supposant que le liquide se reproduise, où sera le
danger d’une seconde ponction ? J’ai ponctionné un malade
\ fois, et il n’est jamais rien résulté de ces quatre ponc­
tions. Le docteur Demouy a pratiqué 9 fois la thoracentèse
dans l’espace de trois mois et demi, dans une pleurésie tuber­
culeuse compliquée à la fin de pneumo-thorax; après chaque
opération, le malade éprouvait un grand soulagement (Gazette
des Hôpitaux 18G5, n° 84). M. Barth a vu un malade qui a été
ponctionné quatre fois. Legroux a pratiqué jusqu’à 23 ponc­
tions successives. A l'hôpitalCochin, M. Beau eut un malade
qui subit 5 fois la thoracentèse et qui la demandait chaque
fois. M. le professeur Dupré, de Montpellier, a pratiqué plus
de 70 fois la thoracentèse toujours avec succès et sans le
moindre accident.
Quel est, au surplus, le médecin qui hésite à renouveler la
paracentèse abdominale lorsque l’épanchement péritonéal se
reproduit? J’ai connu un individu qui a guéri après 22 ponc­
tions faites par mon père. M. le docteur Maurel, de Marseille,
m’a assuré qu’une maladeatteinted'ascite avait été ponctionnée
58 fois et qu’elle avait guéri. Pourquoi dès lors se laisser arrêter
lorsqu'il s’agit d’un épanchement pleurétique qui ne réclame
après tout qu’une simple ponction, c’est-à-dire une opération
d’une innocuité absolue, plus facile et moins dangereuse que la
saignée du bras ou l’ouverture du plus petit abcès. Ce sont là,
évidemment, tout autant de craintes exagérées qui doivent,
comme le dit très bien M. Trousseau, être laissées de côté de­
vant la masse imposante de faits cliniques qui viennent dé­
montrer à tous les vrais praticiens combien sont chimériques
les inconvénients dont on voudrait accuser l’opération que
nous défendons.
Parlerai-je des dangers qui pourraient résulter des blessures
de l’abdomen, de la piqûre du poumon ou de l'artère inter­
costale ? Signaler la possibilité de ces lésions, c’est en signaler
les conséquences. Mais ici encore je ne vois pas des objections
sérieuses. La première, je ne puis l’admettre, à moins d’une
maladresse inconcevable dont l’ignorance du médecin serait
seule responsable. Du reste, s’il y avait doute sur le point d’élec-

�_ — .

12

VILLAED.

THORACENTÈSE.

lion, il vaudrait mieux ponctionner plus haut que plus bas.
Quant à la seconde, elle ne peut être vraie que dans le cas où
la pointe du trocart serait trop profondément enfoncée; ou
bien, lorsque, par une erreur de diagnoslic, fort regrettable
sans doute, l’on aurait cru à un épanchement qui n’existerait
pas. J’ajouterai cependant que la lésion consécutive à cette
blessure, bien que fort peu rassurante, ne serait pas fatale­
ment mortelle. M. Woillez a rapporté un cas de piqûre du
poumon après la thoracentèse empruntée à la pratique de
Legroux et n’ayant déterminé d’autre accident que ceux qui
appartiennent au pneumo-thorax ordinaire. Quant à la lésion
de l’artère intercostale, il me paraît difficile de la considérer
comme un accident à redouter. Tout le monde connaît la
disposition anatomique de cette petite artère : située à la
partie moyenne des espaces intercostaux dans son tiers pos­
térieur, elle occupe dans son tiers moyen la gouttière de la
côte qui est au-dessus, et s’éloigne de cette côte dans sa partie
terminale pour reprendre sa situation primitive. Or, la ponc­
tion doit être pratiquée un peu en avant du tiers postérieur,
c’est-à-dire sur un point où l’on n ’a pas à craindre de léser
l’artère intercostale. Ce lieu d’élection a été diversement dé­
terminé par les auteurs. Il n'est aucune espace intercostal,
depuis le cinquième jusqu’au onzième, en comptant de bas
en haut, qui n’ait été proposé, et dans lequel l’ouverture de
la poitrine n’ait été pratiquée. En général, les uns ont voulu
qu’on opérât très-bas, afin que le thorax étant divisé près du
diaphragme, aucune partie du liquide ne put. rester au-dessous
de la plaie. Les autres ont fait observer, au contraire, que,
suivant cette manière de procéder, l’on s’exposait à blesser le
diaphragme, et que la partie moyenne de la poitrine, qui
correspond à la septième ou à la huitième côte, se trouve la
partie la plus déclive de cette cavité, et permet au liquide
qu’elle renferme de sortir aisément pendant tout le temps que
le sujet reste couché sur le côté affecte. M. Barth a fixé ce lieu
d’élection sur une ligne perpendiculaire à l’axe du corps,
dirigée suivant la rainure correspondant en avant au sixième
espace intercostal ; et, pinson s'éloigne du sternum plus on

est sur de faire la ponction dans uue espace intercostal situé
au-dessous du sixième. Ainsi, on pénètre dans les 6°’°, 7“*
8“’ et 9"° espaces, en ayant soin toujours de ponctionner là
où il y a toujours une matité absolue (Gazette des Hôpitaux,
1805, p. 351). N’est-il pas plus simple de dire que le lieu
d’élection existe à l’union du tiers postérieur avec les deux
tiers antérieurs de l’espace compris entre les apophyses épi­
neuses des vertèbres et le milieu du sternum ? L’opération
est pratiquée alors entre la quatrième et la cinquième côte
abdominales du côté droit, et à gauche entre la troisième et
la quatrième, en comptant de bas en haut. Ces endroits in­
diqués déjà par Sabatier, Pelletan, Lassus, Ilicherand, Boyer
et autres sont précisément ceux qui sont choisis par les mé­
decins qui pratiquent aujourd’hui la thoracentèse. C’est
toujours à ce point que j ’ai ponctionné mes malades sans
incision préalable de la peau. Le trocart a été plongé d’un
seul coup dans la plèvre, l’extrémité de l’index Axée à 3 cen­
timètres environ de la pointe, afin d’en calculer exactement
la pénétration.
11 est une dernière objection sur laquelle je ne m ’éten­
drai pas, mais que je dois cependant signaler ici, parce qu'elle
m’a été faite plusieurs fois. La thoracentèse, m’a-t-on dit,
estime opération; or, le seul mot, ou l’idée seule de l’opération
suffit pour éloigner radicalement les malades des avantages
de la paracentèse. De plus, dans le cas où une circonstance im­
prévue viendrait à amener la mort, rien n ’enlèverait de l’esprit
de la famille qu’une terminaison aussi malheureuse serait la
conséquence de l’opération. Ce ne sont pas là, il faut eu con­
venir, des arguments bien sérieux. Vouloir faire accepter la
ponction par tous les individus pleurétiques, ce serait, en vé­
rité, leur supposer à tous une confiance illimitée et un courage
à toute épreuve, d’autant plus que les paroles du médecin n’ont
pas toujours un très grand crédit auprès des malades, surtout
dans la pratique civile où les influences anti-médicales para­
lysent souvent les efforts de l’homme de l’art. Que certains in­
dividus reculent devant une opération simple et peu doulou­
reuse, qu’ils refusent de se laisser ouvrir la poitriue, cela n’est

13

�U

THORACENTÈSE.

VILLARD.

pas surprenant; il faut même s’attendre à un refus formel
de leur part. Mais quel inconvénient y a-t-il à revenir sur une
première proposition? Ne voyons-nous pas tous les jours des
malades qui se montrent d’abord rebelles à toute intervention
chirurgicale et qui se résignent ensuite aux nécessités des­
quelles dépend leur existence?
Plus d'une fois j ’ai dû renoncer à regret à la thoracentèse
chez dessujets que je soignais en ville ; 11e pouvant vaincre leur
opposition, je continuai à les traiter par les moyens ordinaires,
et cela pendant un temps toujours fort long. Mais dans les hô­
pitaux, je n’ai pas eu besoin d’insister sur les avantages de la
ponction, et de demander chaque fois l’assentiment de mes
malades. Je les ai ponctionnés sans la moindre difficulté, sur­
pris eux mêmes de la rapidité et du peu de douleur de l’opé­
ration qu’ils venaient de subir.
Quant à la prétendue responsabilité du médecin, je ne vois
pas en quoi elle peut résider, et quels sont les dangers imprévus
qui pourraient la compromettre. Bien plus, l’intérêt même de
ce dernier n’est-il pas de guérir son malade rapidement et
d’une manière brillante? Or, s’il-est une opération inoffensive
et brillante dans ses résultats, c’est bien assurément la thora­
centèse, dont le plus petit mérite est, disons-le en passant.,
de montrer à un malade ou aux personnes qui l’entourent,
toute la précision d’un diagnostic raisonné.
Je crois en avoir assez dit pour prouver que la thoracentèse
est, dans les épanchements séro-albumilieux en général et sans
complications, le moyen le plus sur, le plus rapide et le plus
rationnel. Ce n’est pas une raison cependant pour qu’on doive
réjeter l’emploi des autres agents thérapeutiques. Ce serait se
mettre en opposition trop radicale avec le plus grand nombre
de médecins, et surtout avec M. Piorry. q u ia, dans tous les
moyens propres à priver le sang de sa partie séreuse, une con­
fiance qui n'aurait jamais été trompée.
J'ai dit que dans les collections peu abondantes la ponction
devait être laissée de côté, parce que la guérison ne se faisait
pas long temps attendre, soit que la maladie fut traitée par les
moyens ordinaires, soit que la résorption se produisit par les

15

seuls efforts de la nature. Mais c’est surtout dans la période
aiguë ou fébrile d’une pleurésie que les ressources si variées et
si nombreuses de la thérapeutique trouvent leur application.
Ce serait, en eüèt, méconnaître les grandes lois de la révulsion
et de la dérivation que de vouloir leur refuser, dans de certai­
nes limites, une efficacité réelle. Un mot sur chacune de ces
diverses médications fera ressortir d’une manière plus nette les
avantages de la ponction, tels que je viens de les indiquer.
Les antiphlogistiques sont assez rarement applicables par
cette raison que les malades arrivent presque toujours dans
les hôpitaux lorsque la fièvre a cessé, et que l’épanchement est
produit. D’autre part si le médecin est appelé au début, il ne
trouve pas souvent dans les phénomènes généraux une inten­
sité telle qu’il doive recourir immédiatement à l’ouverture de
la veine ou aux saignées locales. Je n’ai eu, pour mon compte,
que très rarement l’occasion de tirer du sang à mes malades.
Je trouve néanmoins ce sujet trop sérieux pour 11e pas m’y
arrêter quelques instants, d’autant plus que quelques méde­
cins usent encore de ce moyen avec une confiance qui fait
plus d’honneur à leur témérité qu’à leur esprit scientifique.
Avec les données actuelles de la physiologie pathologique,
il est peu de questions qui soient plus controversées que l’em­
ploi des émissions sanguines dans le traitement des phlegmasies franches. La croûte inflammatoire à laquelle nos pères
attribuaient une importance si considérable ne compte plus
que quelques rares défenseurs, rationnalistes non expérimen­
tateurs, suivant l’expression de M. Chalvet(l). Cequi est certain
c’est que l’on saignait autrefois pour diminuer la plasticité du
sang ; mais ce qui est plus certain encore c’est que cette plas­
ticité n ’existe pas et que jamais, dans aucun cas, une inflam­
mation franche 11’a pu être enrayée dans sa marche par l’em­
ploi des saignées répétées.
Le dédoublement de la plasmine dans les phlegmasies
aiguës amène bien en réalité dans le sang un excès de fibrine
coucrescible ; mais cette hypérinose au lieu d’augmenter la
( 1) Loc. cit.

�IG

VILLAKD.

plasticité du liquide, c’est-à-dire sa puissance nutritive, la
diminue au contraire. Dans ces conditions, en effet, les émis­
sions sanguines, tout en diminuant la tension intrà-vasculaire
et en abaissant momentanément la température, ne se bornent
pas à soustraire la quantité de fibrine en excès ; elles produi­
sent aussi une aglobulie relative d’autant plus grande qu’elles
sont elles-mêmes plus abondantes ou plus souvent répétées.
Dans le traitement de la pleurésie à caractères réactionnels
intenses, l’ouverture de la veine ne peut, cela est certain, mo­
difier en rien le processus inflammatoire; et, dans aucun cas,
l’épanchement ne peut à son tour ni être arrêté, ni être dimi­
nué. La théorie du blastlième semblerait au premier abord
justifier l’opportunité delà médication anti-phlogistique, s’il
était vrai qu’en diminuant la quantité deplasmine concrescible, elle peut aussi limiter celle qui est exhalée dans la plè­
vre. Mais, la formation du pus et des néo-membranes reconnaît,
ainsi que nous llavons démontré ailleurs, une tout autre ori­
gine que l’exhalation d’une quantité plus ou moins considé­
rable de fibrine dans la séreuse pleurale.
Il est donc bien difficile, on le voit, d’accorder aux saignées
répétées la confiance aveugle qui a dirigé et qui dirige encore
aujourd’hui certains médecins dans le traitement de la pleu­
résie. Bien plus l’hydrohémie qui résulte des déperditions san­
guines ne peut que retarder la résorption des exsudais liquides
ou organisés consécutifs à la phlegmasie de la séreuse.
Toutefois, je ne voudrais pas m’attirer le reproche de vouloir
trop sacrifier à la théorie, et de méconnaître les résultats four­
nis par l’expérience. J’ai donc hâte d’ajouter que les considératisns qui précèdent se rapportent exclusivement à la lésion lo­
cale, c’est-à-dire à l’inflammation de la plèvre dans sa période
aiguë, et partant à l’exsudation qui en est la conséquence. 11
me parait incontestable, je le répète, que les émissions san­
guines, quelle que soit leur abondance, ne peuvent nullement
modifier la marche de la prolifération cellulaire et des exsudais
consécutifs. Mais d’un autre célé, je ne saurais nier l’influence
que la saignée peut exercer sur les troubles réactionnels. Si la
fièvre ne cède jamais d’une manière radicale à l’ouverture de

THORACENTÈSE.

17

la veine, elle peut cependant, lorsque le cas exige l’emploi de
ce moyen, perdre de son intensité relative, en raison, je le ré­
pète, de rabaissement de température d’une part, et de l’autre
de la diminution de la tension intrà-vasculaire. Du reste, ainsi
que je l’ai fait observer déjà, la saignée est loin de trouver de
fréquentes indications dans une pleurésie aiguë; l’abus qu’on
en a fait dans le traitement de la pneumonie, conduirait bien
vite le praticien, dans la maladie qui m’occupe, à des consé­
quences qu’il est facile de prévoir.
Quelques médecins n’ont pas craint cependant d’en étendre
l’application au traitement exclusif de l’épanchement pleuré­
tique, alors qu’il n’existe plus de réaction fébrile, dans le seul
but de favoriser la résorption du liquide épanché. Déjà en 1842
MM. Duparcque et Prus avaient préconisé cette méthode devant
la Société de médecine de Paris. Mais depuis cette époque, per­
sonne que je sache n’a repris cette idée; et certes, ce ne sera ja ­
mais moi qui chercherai à faire ressortir de nouveau les
avantages d’une méthode que je crois aussi peu physiologique
que peu pratique. Il peut être facile, sans doute, d’amaigrir un
malade en lui enlevant une partie de son sang, sous prétexte
que les vaisseaux capillaires reprendront bien vite dans la plè­
vre le liquide qu’ils auront laissé échapper. Mais il est moins
facile de se rendre à l’évidence des faits et d’admettre à priorique la contractilité vasculaire soit susceptible d’être réveillée
par ces saignées spoliatives, suivant l’expression de Lisfranc
(leçons cliniques 1838). C'est là, dit M. le professeur Sée, un
singulier procédé de spoliation ; vous voulez prendre à Vorganisme
un résidu inutile y et pour cela vous êtes obligés de lui enlever ses
principes constituants les plus utiles. A notre tour, nous ajoute­
rons que si les vaisseaux capillaires peuvent reprendre le
liquide qu’ils ont laissé échapper, ce n’est qu’à la condition
que leur contractilité puisse reparaître à un moment donné.
Mais ce moment doit-il dépendre d’une perte de sang plus ou
moins considérable, suffisante pour réveiller cette contractilité?
le ne le pense pas, bien que dans certaines circonstances, ana­
logues en apparence, mais bien différentes au fond , une
abondante spoliation naturelle ou artificielle ait pu déterminer
la résorption d’un épanchement.

�18

V1LLARD.

11 est à peine utile d'ajouter que les saignées sontsans action
sur la résorption des exsudats plastiques qui tapissent la plè­
vre, exsudais qui ne peuvent disparaître que par l’intermé­
diaire des vaisseaux de nouvelle formation, après avoir subi,
ainsi que je l’ai dit dans un précédent article, diverses modifications régressives.
Je terminerai ces courtes appréciations sur les antiphlogis­
tiques dans la pleurésie par le passage suivant et Valleix :
« Tout ce que nous savons sur la médication antiphlogis« tique c’est que, dans la période franchement aiguë, elle
« réussit à calmer les premiers symptômes et à abattre le
« mouvement fébrile ; c’est que les ventouses scarifiées, les
« sangsues appliquées sur la partie douloureuse, font souvent,
« dès la première application, disparaître le point de côté,
« voilà tout.... » Si Valleix avait pu écrire un chapitre sur ce
sujet, il aurait fini assurément par juger les émissions san­
guines pratiquées en dehors de la période réactionnelle ,
non-seulement inutiles, mais encore dangereuses, parce qu’el­
les abattent les forces, qu’elles sont sans influence sur la ré­
sorption de l’épanchement et qu’au lieu de diminuer la durée
delà maladie, elles ne peuvent que la prolonger.
A côté de la médication antiphlogistique , disons quelques
mots de la médication dérivative à l’extérieur et surtout du
vésicatoire, qui est le moyen le plus actif et le plus généra­
lement employé. Etablissons d’abord son utilité : il est incon­
testable que les dérivatifs cutanés, déterminant la vésication,
produisant une plaie superficielle , exercent une influence
favorable sur quelques uns des symptômes de la pleurésie.
C’est ainsi que la douleur, la gêne de la respiration cessent
ou diminuent dès que la vésication est produite. Mais rela­
tivement à la marche de la maladie, à quel moment con­
vient-il de les appliquer? Quels effets doit-on en attendre?
Valleix les rejette au début, parce que ce moyen, dit—il ,
apportant un nouvel élément fébrile, peut s'opposer aux avan­
tages qu’on retire ordinairement de la saignée. C’était aussi
l’opinion de Laënnec, de Bégin et autres. Il est hors de doute
que le vésicatoire occasionne quelquefois un certain degré

THORACENTÉSE.

19

d excitation générale, excitation à laquelle le tempérament
du malade peut ne pas être étranger. Mais augmente-t-il
réellement le mouvement fébrile au point d’apporter à la
phlegmasie pleurale un stimulus plus puissant et plus éner­
gique? Je ne le pense pas, en voici les raisons: 1° le vési­
catoire, par sou action substitutive irritante, agit d’abord ,
comme nous venons de le dire, sur l élémcnt douleur; 2° par
son action irritante spoliative, il congestionne rapidement les
vaisseaux superficiels, et tend ainsi, non pas à détourner, mais
du moins à limiter, l’intensité delà fluxion pleurale en voie
de développement ; 3° il détermine et entretient pendant toute
sa durée une irritation locale dont le but est de réveiller ou
de maintenir la contractilité vasculaire indispensable à la ré­
sorption de l'épanchement. De plus, si, comme le pense Val­
leix, cet agent thérapeutique devait activer le mouvement fé­
brile, je demanderais pourquoi on l’applique sans hésitation
dès le début d’une pneumonie, alors que dans cette dernière
l’excitation générale et la fièvre ont une intensité plus grande
que dans la pleurésie. Contrairement à cette opinion,j ’ai presque
toujours employé le vésicatoire dans la période initiale ou
ascendante de la phlegmasie pleurale, ePj’ai toujours remar­
qué que, loin d’alimenter l’élément fébrile, ce dérivatif sou­
lageait beaucoup le malade, et que même il diminuait l’inten­
sité des phénomènes généraux.
Quant à l'action du vésicatoire sur la marche de l'épanche­
ment, il me parait difficile de partager la confiance que beau­
coup de médecins accordent à cet agent thérapeutique. Je ne
crois pas, en effet, que la dérivation cutanée, dans les pleurésies
franchement aiguës, quelque énergique qu’elle soit, puisse en­
rayer l’exhalation consécutive à la prolifération cellulaire. Je
dirai même plus, c’est que l’épanchement une fois produit,
l’action des vésicatoires répétés me parait d’une efficacité trèscontestable. Sauf M.Chomel, M. Piorry et quelques autres, les
pathologistes modernes n’accordent pas une grande valeur à
ce moyen ; et si le plus grand nombre de médecins se croient
obligés de traiter leurs malades par la dérivation cutanée,
n’est-ce pus plutôt parce qu’ils sont dirigés par la routine, ou

�20

VI LIARD.

THORACENTÈSE.

bien, comme le dit Valleix, parce que le vésicatoire est géné­
ralement recommandé, et non parce qu’on est siii d’en re­
tirer de bons effets? Le même auteur ajoute : il est impossible
de dire si la résorption est réellement favorisée par ce moyen,
attendu que les observations rapportées à ce sujet sont peu
propres û résoudre cette question, car dans presque toutes, le
vésicatoire a été appliqué concurremment avec d’autres
moyens actifs.
Cependant, au point de vue physiologique, l’indication du
vésicatoire paraîtra à tout le monde aussi rationnelle dans la
seconde période d’une pleurésie que dans la première. Mais au
point de vue pratique, il faut le dire, les résultats sont loin de
confirmer les avantages que dans tous les cas la théorie parait
promettre au premier abord.
Dans les épanchements simples et peu abondants, par exem­
ple, la vésication hâte-t-elle la résolution de la maladie? Je
le pense, bien que par le concours d’autres moyens l’on puisse
arriver tout aussi sûrement à la guérison. Toutefois, il est rare
que la disparition du liquide soit obtenue par l’application
d’un seul vésicatoire. 11 est nécessaire d’y avoir recours un cer­
tain nombre de fois,*au risque de déterminer une cystite cantharidienne, ce qui n ’est pas un petit inconvénient pour le
malade. Mais enfin la guérison est obtenue après de fréquentes
oscillations et après une durée que je n’ai jamais vue moindre
de deux à trois semaines.
Si j ’accorde, comme on le voit, une certaine action aux
vésicatoires dans les collections peu considérables, je suis con­
vaincu que cette action est généralement impuissante lorsque
l’épanchement occupe la totalité ou la plus grande partie de la
séreuse. Ici, en effet, l’étendue de la phlegmasie récente ou an­
cienne, le défaut absolu de toute contractilité vasculaire pa­
raissent se jouer des efforts de la thérapeutique, et surtout du
vésicatoire qui est l’agent le plus actif et le plus énergique.
Personne ne contestera qu’il faut un témps quelquefois bien
long avant que le liquide et les fausses membranes disparais­
sent. J’ai vu plus d’une fois des malades qui n’avaient pas eu
moins de huit, dix, douze vésicatoires sur la poitrine; et en-

corc, après un pareil traitement pouvait-on reconnaître sans
peine que la plèvre contenait encore une assez grand quantité
de liquide. Enfin, dans les épanchements avec menace d’as­
phyxie, l’action de ce moyen est nulle ou insignifiante ; je
dirai plus, elle est irrationnelle, attendu qu’elle laisse le ma­
lade exposé à des dangers imminents, dangers que la thoracentèse seule peut prévenir et dissiper.
En conséquence, malgré l’opinion de ceux qui pensent que
les vésicatoires répétés ont une action toujours efficace sur les
épanchements abondants, je n’hésite pas à dire que la para­
centèse du thorax est, dans la grande majorité des cas, bien
autrement pratique et curative que tous les dérivatifs journel­
lement employés, moyens toujours lents on douloureux, qui
n’ont aucune influence sur la disparition des fausses mem­
branes, ou sur la résorption des produits épanchés, et qui,
suivant la judicieuse appréciation de M. Guinier, en couvrant
la responsabilité du médecin, retardent inutilement la gué­
rison.
Ces réflexions se rapportent sans distinction aucune à tous
les autres remèdes qui, sous les noms de diurétiques, de pur­
gatifs, de sudorifiques, agissent en enlevant à l’économie une
partie de ses principes aqueux. En d’autres termes, par leur
action altérante, ces divers agents sont prescrits dans le but de
faciliter la résorption de l’épanchement, en appelant les li­
quides soit sur les intestins, soit sur la peau, soit encore sui­
tes reins. Je me garderai bien de nier l’activité fonctionnelle
résultant de l’emploi de ces remèdes que l’on peut varier û
l’infini. Mais, si d’une manière générale, la médecine trouve
des adjuvants nombreux dans l’emploi des révulsifs et déri­
vatifs, je crois que, dans certaines circonstances, la pleurésie
entre-autres, il n’y a pas lieu de compter beaucoup sur l'action
hydragogue de ces médicaments que Laënnec qualifiait d'infi­
dèles, et auxquels, par conséquent, il n’ajoutait qu’une bien
minime confiance. (Pue dans un épanchement séreux et peu
abondant l’on ordonne du nitrate ou de l’acétate de potasse,
de la scille ou de la digitale, des laxatifs ou des drastiques,
l’on remplira sans doute des indications variées et qui, certes,

21

�22

VILIARD.

no seront pas antiphysiologiques, mais à coup sûr la maladie
n’en guérira ni mieux, ni plus vite dans la grande majorité
des cas. Plus d’une fois il m’est arrivé d’abandonner la ré­
sorption d’un épanchement léger aux efforts de la nature, et
celle ci a pris soin d’amener une guérison aussi radicale et
aussi complète que si j ’avais tourmenté mes malades par des
vésicatoires, des purgatifs ou autres moyens qui ne sont pas
sans inconvénients. Laënnec disait: « n ’emploierait-on aucun
médicament, ou bien ordonnerait-on les médications les plus
variées ou même les plus nuisibles, la pleurésie n’en guérirait
pas moins le plus souvent. »
Si donc, je mets en doute l’action des substances dont je parle
dans les collections séreuses peu abondantes, à plus forte raison
dois-je me montrer incrédule, lorsque l’épanchement occupe
la plus grande partie de la plèvre. Ic i, la multiplicité des
moyens, les doses que l’on ordonne , la persévérance qui
guide le médecin prouvent, combien tous ces agents théra­
peutiques sont peu actifs et peu efficaces. Il est facile assu­
rément de purger un malade , de lui donner même un flux
diarrhéique. Il est encore aisé d’augmenter la sécrétion uri­
naire, ou de faire fonctionner la peau ontre-mesure. Mais, je
le demande, si en insistant sur l’application isolée ou simul­
tanée de ces moyens, l’on parvient à réduiro la quantité de
liquide contenu dans la plèvre, dans combien de temps par­
viendra-t-on à le faire disparaitre d'une manière complète?
Combien de fois faudra-t-il recourir aux révulsifs intestinaux ?
Combien de diurétiques faudra-t-il introduire dans l’économie
avantd’arriver à une guérison définitive? Toutes ces objections
se présentent d’elles même dans le traitement de la maladie
qui nous occupe. C’est, qu’en effet, lorsque la plèvre contient
une grande quantité de liquide, toutes ces substances restent à
peu près sans résultats, ou du moins, si elles contribuent pour
quelque chose à la guérison du sujet, il n’y a pas lieu de fonder
sur elles de légitimes espérances.
[La fin au jtrochain numéro.)

STRABISME.

23

Sur une cause mal appréciée du Strabisme

Par M.

de

Capdeville.

(Travail envoyé par la Société Impériale de Médecine.)

On a depuis longtemps admis, dans letiologie du strabisme,
comme cause occasionnelle de cette difformité, la présence sur la
cornée ou dans les milieux transparents , d’une tache plus ou
moins opaque empiétant sur le champ de la pupille, et s’oppo­
sant d’une façon incomplète au passage des rayons lumineux.
Il suffit de parcourir les ouvrages de pathologie interne et la
plupart des traités spéciaux, ne remontant par bien loin derrière
nous, pour voir que les auteurs se répètent à l’envi ; les uns se
contentent d’émettre le fait sans en donner d’explication; c’est
ainsi que Velpeau dit, p. 526 de son Manuel des maladies des yeux:
« Le strabisme peut être le résultat de causes mécaniques.
« On a rangé avec raison dans cette classe les tumeurs infra orbia taires, les taches centrales de la cornée, une cataracte commen« çante, la pupille artificielle. Le mode d’action de chacune de
« ces causes est trop facile à saisir pour que je m’arrête ici à le
« décrire. »
Les autres cherchent à l’interpréter en donnant pour cause de
la déviation la nécessité pour l’œil, ainsi affecté, de se porter
dans une direction qui permette aux rayons lumineux, émanant
d'un point donné, d’aller former leur image sur la rétine; c’est ce
qui ressortdu passage suivant emprunté au Traité desmaladies des
yeux de Rognetta : « Les orbitocèles, les taches centrales de la corfl née, la cataracte commençante, la cataracte congénitale,lapupillc
a artificielle, produisent souvent le strabisme par les efforts conti« nuels que la pupille est obligée de faire pour recevoir lalumièro
« dans telle ou telle direction. On a vu, et j ’ai observé moi-même,
« à la suite de taches centrales de la cornée, la pupille se dépla&lt;« cer par ses efforts naturels et se rapprocher petit à petit de
« l’endroit diaphane de la cornée. L’iris peut être sous ce rapport
n comparé aux fleurs de certaines plantes qui se dirigent toujours

�24

DR CAPDEVILLE.

STRABISME.

« du côté du soleil, » comparaison plus poétique que réelle ; —
a de ces lignes extraites du grand traité de Makensic : « il n’est
« cependant nullement invraisemblable qu’une taie sur la cornée
« puisse amener le strabisme. En tournant son œil hors de l’axe
« delà vision, le malade voit mieux en dehors du champ de la
« taie. Il se trouve donc disposé a diriger son œil de cette façon,
« s’il arrive que la taie se trouve située sur le meilleur des deux
a yeux. » La même idée est exprimée dans le passage suivant de
Pathologie externe de Vidal, de Cassis, éd. 1847.
« Les maladies du cristallin , de la cornée , de l’iris obligent
« quelquefois l'œil à des efforts extraordinaires pour rencontrer
« la lumière ; de là des déviations de son axe ; ainsi la cataracte
« commençante, congénitale, des taches sur la cornée, etc... »
Mais nul, plus que M. Jules Guérin, n’est entré à l’égard de ce
qu’il appelle le strabisme optique, dans des détails analytiques
plus étendus pour en expliquer le mécanisme. D’après lui, dans
cette espèce de strabisme optique, (la seule que nous ayons en
vue maintenant), la condition nécessaire c’est que : l’opacité,
siégeant sur l’un quelconque des milieux transparents, envahisse
l’axe optique lui-même et laisse libre une partie périphérique.
Tout est basé sur l’obstruction de cet axe optique principal, et
sur la nécessité de le remplacer par un axe optique secondaire.
Voici comment: dans la situation qu’elle occupe, l’opacité s’oppose
à ce que les rayons venant d’un point quelconque, situé sur le
prolongement de l’axe principal obstrué, aillent former leur foyer
sur la rétine ; lors donc que cet axe sera dirigé sur l’objet de
l’attention, comme cela arrive pendant la fixation à l’état normal,
l’œil ne pourra recevoir l’image, et la vision binoculaire sera dé­
truite. Que fait l’œil (ou le sujet) pour la rétablir? Il se reporte
dans une direction qui permette aux rayons lumineux, venant
du point de l’attention, de pénétrer jusqu’aux parties profondes :
il leur présente la partie de ses milieux restée transparente, et
substitue ainsi à l’axe principal oblitéré un axe secondaire per­
méable. Or cette évolution n’a pu se faire sans une certaine dévia­
tion de sa position primitive, déviation qui porte la cornée en
dedans si l’opacité occupe sa partie interne, en dehors si l’opacité
est sur la partie externe. Ce strabisme, qui ne se révèle dans le
principe que pendant le regard attentif, finit par devenir perma­
nent.
Cette interprétation si rationnellement conçue, en apparence, a
été généralement admise ; on la trouve reproduite dans la Patlw-

logie chirurgicale do Nélaton, dans le Compendium de chirurgie,
et dans un ouvrage récent sur les maladies des yeux du docteur
Deval; elle est acceptée, aujourd’hui encore, par bon nombre de
praticiens. Cependant, M. le docteur Giraud-Teulon a démontré,
dans son Traité du strabisme, qu’elle est en désaccord avec les lois
de l’optique, lois auxquelles l’appareil de la vision est entière­
ment soumis, et il a fait voir que si le strabisme se rencontre
fréquemment avec les taies de la cornée, c’est à tout autre cause
que celle admise jusqu’alors qu’il faut attribuer cette coïncidence.
J ’ai l’intention de développer dans ce mémoire les raisons sur
lesquelles se fonde M. Giraud-Teulon, mon maître, pour combattre
l’explication de M. J. Guérin; bien que ces lignes ne renferment
rien do bien nouveau, j ’ai pensé qu’elles seraient favorablement
reçues puisqu’elles ont pour but de vulgariser un travail qui n’est
peut-être pas assez connu, et de détruire une erreur qui, par
contre, parait encore trop répandue.
Les faits sur lesquels s’appuie M. Giraud-Teulon pour refuser à
cette espèce de strabisme optique la place qu’elle occupe dans la
pathogénie de cette difformité sont de trois ordres :
Les uns, purement physiques, ont pour but de démontrer que
la présence d’une tache centrale de la cornée ne peut avoir le
résultat qu’on lui attribue, et ne peut, par conséquent, entraîner
une déviation correctrice d’un effet qui n’existe pas;
2° D’autres, physiologiques, prouvent que si cette déviation se
produisait dans les limites qu’on lui a assignées, la vision bino­
culaire, loin d’en être favorisée, serait au contraire détruite pour
être remplacée par une diplopie fort gênante;
3° Les derniers enfin, pathologiques, démontrent que. dans une
foule de cas où les causes de déviation, dans la théorie de M. J.
Guérin, devraient être autrement plus puissantes, cette déviation
ne se produit pas.
Je demande la permission, avant d’insister sur les preuves
d’ordre physique, de rappeler en peu de mots les lois de la ré­
fraction à travers les lentilles biconvexes, de la formation des
images, lois qui se rapportent à la question qui nous occupe.

25

Ce que nous venons de voir pour une lentille s’applique identi­
quement à l’appareil réfringent de l’œil. Qu’une opacité se déve­
loppe dans le champ de la pupille, sur la cornée ou plus profon­
dément, et les rayons qui émergent d’un point quelconque situé

�DR CAPDEVILLE.

STRABISME.

dans le champ visuel, n’en formeront pas moins leur image régu­
lièrement sur la rétine, du moment qu’un certain nombre d’entre
eux pourra pénétrer par la portion restée transparente ; cette opa­
cité, siégeant sur l ’axe principal lui-même, n’empêchera pas un
point lumineux, situé sur le prolongement de cet axe, d'aller for­
mer son image sur la macula, puisque les rayons excentriques
pourront toujours y concourir. C’est donc une erreur de croire
qu’un œil dont le centre de la pupille est oblitéré ne peut entrer
en fixation avec son axe optique principal; lorsque celui-ci sera
dirigé sur le point de l’attention, comme il l’est h l’état normal,
l’image de ce point venant se former sur la macula, l’œil n’aura
aucune raison pour chercher à se dévier. A la vérité, cette image
sera moins éclairée qu’elle le serait si tous les rayons utiles,
émergeant de ce point, pouvaient pénétrer dans l’œil; mais, à
cet égard, l’image de tout autre point situé sur un axe secondaire
ne sera pas plus favorisée, puisque l’intensité de l’éclairage dé­
pend, non de la qualité des rayons, mais de leur quantité.
Comme, d’autre part, en vertu de la structure spéciale de la
rétine au niveau de la nlacuîa, les images qui s’y forment im­
pressionnent plus vivement les centres nerveux et se prêtent par
conséquent mieux à l’acte de la fixation,— loin d’avoir une ten­
dance à substituer un axe secondaire à l’axe principal, l’œil de­
vra maintenir ce dernier dans la direction du point de mire pour
que son image vienne se peindre sur la macula.
Ainsi donc, au point de vue de la vision monoculaire, non-seu­
lement il n’y a aucune raison pour que l’œil se dévie, mais en­
core tout indique qu’il y a avantage à ce qu’il reste dans sa posi­
tion régulière.
Au point de vue de la vision binoculaire, cette déviation sup­
posée produirait un effet encore plus défavorable. En admettant,
en effet, que le sujet pût substituer d’un côté un axe optique se­
condaire à l’axe principal, qu’arriverait-il ? c’est que d’un côté
l’image du point de mire se joindrait sur la macula, et de l’autre
sur une région différente de la rétine.
En présence de la diplopie inévitable qui en résulterait, que
devrait-il se passer ? ou bien le sujet, avec cette tendance innée
que nous avons à fusionner des images doubles lorsque les mou­
vements associés le permettent, ramènerait son œil dans sa posi­
tion normale, et alors le strabisme disparaîtrait et avec lui le but
théorique auquel il devait répondre ; — ou bien le sujet ferait
abstraction de l’une des images, comme dans le cas de strabisme

concomitant, et naturellement l’image sacrifiée serait celle qui so
serait faite sur une région excentrique de la rétine, avec un éclai­
rage imparfait, c’est-à-dire celle de l’œil dévié ; — et ici encore
lo but auquel devait répondre la déviation serait complètement
annulé. — Nous verrons tout-à-l’heure que ce dernier mécanisme
peut quelquefois être utilisé, au dire des auteurs, mais alors, on
le voit bien, dans un but tout différent de celui admis par M. J.
Guérin, puisqu’il a pour résultat de permettre de négliger l’image
qui se forme dans l’œil malade.
Les lois de l’optique, celles de la vision monoculaire et binocu­
laire, démontrent donc l’impossibilité du strabisme optique, tel
qu’il a été conçu par M. J. Guérin et les auteurs qui l’on précédé ;
elles repoussent l’interprétation toute théorique qui a été donnée
de son mécanisme.
Aux preuves tirées des données physiques et physiologiques
de la vision , — il est facile d’ajouter celles empruntées aux faits
pathologiques nombreux dans lesquels, avec des conditions en
apparence favorables à la production de ce strabisme , celui-ci
ne s’établit pas.
Les cas ne manquent pas où une portion centrale plus ou moins
étendue du champ pupillaire se trouve obstruée, sans qu’il y ait
aucune tendance au strabisme. En laissant de côté les altérations
de la cornée sur lesquelles nous reviendrons tout-à-l’heure, on
trouve :
1° Les affections de l’iris, qui s’accompagnent de dépôts pig­
mentaires ou exsudatifs sur la membrane de Decemet, sur la cris­
talloïde antérieure, dépôts qui, par leur nombre et leur disposi­
tion, peuvent former un obstacle plus ou moins étendu au passage
des rayons lumineux ; celles qui s’accompagnent de synéchies
antérieures ou postérieures, le plus souvent suivies de rétrécis­
sement et de déplacement de la pupille , et c’est sans doute à des
déviations do cette nature qu’il faut attribuer lo prétendu rappro­
chement spontané de la pupille vers les parties saines de la cor­
née, que Rognetta rapporte dans son ouvrage.
2° Toutes les opacités limitées du cristallin, qu’elles siègent
sur la capsule ou dans ses couches profondes, et particulièrement
la cataracte congénitale, la cataracte zonulaire stratifiée, qui ont
précisément pour effet de ne fermer que les parties centrales de
la pupille.
Eh bien ! les méthodes opératoires destinées à combattre les ef­
fets de ces altérations, lorsqu’elles s’opposent presque complète­

2fi

27

�DE CAPDEVILLE.

STRABISME.

ment, ou tout-à-fait, au passage des rayons lumineux, ont préci­
sément pour but d’établir vers les parties périphériques du cris­
tallin une raie pour ces rayons ; l’iridisis, et mieux l’iridectomie,
sont fréquemment employées pour pallier aux inconvénients que
des opacités centrales de la cornée, ou des autres milieux, entraî­
nent dans l’étendue du champ visuel et dans l’intensité de l’éclai­
rage ; on ne voit cependant pas il la suite de ces opérations, le
strabisme optique se développer.
Bien plus, on peut dire que de telles opérations ont fréquem­
ment pour elfet de prévenir un strabisme en restituant à un œil,
affecté de cécité absolue ou relative, la faculté de la vision ; on
sait, en effet, qu’un œil qui ne concourt pas il l’acte de la vision
se met ordinairement en état de strabisme divergent.
On le voit, toutes les preuves concourent a faire rejeter de la
pathogénie du strabisme le mécanisme établi par M. J Guérin ;
toutes indiquent que si l’œil se dévie, dans le cas d’opacités par­
tielles des milieux transparents, ce n’est pas pour fournir un
accès plus facile à la lumière.
À quelle cause donc faut-il rapporter la déviation qui, en réa­
lité, comme on l’a depuis longtemps observé, se produit dans le
cas de taies de la cornée surtout ? Est-ce une simple coïncidence,
ou faut-il invoquer un autre mécanisme capable d’expliquer la
relation qui existe entre ces deux altérations '?
Nous allons d’abord exposer les opinions des auteurs qui se sont
occupés de la question.
Mackensie dit quelques lignes avant la citation que nous lui
avons déjà empruntée :
« L’ulcere de la cornée auquel succède une taie est une cause
« fréquente de strabisme, on a l’habitude d’attribuer le strabisme
« à la taie, mais je crois que c’est l’ulcere qui est la vraie cause,
a un enfant trouve que, par un elfort particulier de ses muscles,
« il peut tourner son œil de façon à éviter la douleur.. . ;
c Cet effort le fait loucher, et s’il le soutient ou le répète fré« quemment, il se produit un strabisme habituel, qu’on ne dé« couvre souvent que lorsque l’ulcère est guéri. »
C’est une explication analogue que donne Desmarres, dans le
passage suivant : « Les taches centrales sont une cause fréquente
« de strabisme ; pendant la durée d’une ophthalmic, s’il survient
« une opacité de la cornée, on remarque assez souvent, surtout
« chez les jeunes sujets, un certain degré de déviation dans le
« globe malade. La tache diminue peu à peu et finit par laisser

« parvenir sur la rétine une quantité suffisante de lumière ; mais
« comme la résorption des produits épanchés se fait avec lenteur,
« l’œil perd l’habitude d’être exercé, en sorte qu’au moment où
« l’œil devrait reprendre son intégrité première, il s’y trouve n’y
« plus pouvoir servir en aucune façon, à moins que le médecin,
« reconnaissant de bonne heure la cause de la déviation, n’ait
« prescrit l’exercice isolé de l’œil malade jusqu’à ce qu’il ait re« pris sa force ordinaire. »
C’est encore le même mécanisme qu'invoquent MM. Cunier et
Giraud-Teulon lorsqu’ils admettent qu’un simple état spasmodi­
que des muscles droits internes produits par la lésion locale de
la cornée, peut à la longue entraîner une déviation permanente.
Cependant, M. Giraud-Teulon inclinerait plutôt vers l’explica­
tion donnée par Ruete et Donders, d’après laquelle, pendant la
période aiguë de la maladie de la cornée, le processus inflamma­
toire se serait propagé par voie de contiguité au tissu du muscle
le plus voisin et à sa gaine, de façon à produire une rétraction,
spasmodique d’abord, puis organique de ce tissu ; ce qui semble­
rait donner raison à cette explication, c’est que la déviation pa­
raît se produire toujours du côté où siège l’opacité cornéenne ;
mais nous avons vu que M. J. Guérin avait trouvé dans le même
fait une preuve à l’appui de la théorie qu’il présentait.
M. Wecker repousse toutes ces explications, se fondant surce
qu’il n’aurait jamais été démontré qu’un strabisme convergent
se soit déclaré chez des sujets atteints d’affections inflammatoires
de l’œil, en l’absence de tout défaut de réfraction ; pour lui cette
déviation consécutive ne s’observe que chez les hypermétropes,
l’opacité n’ayant d’autre effet que favoriser une tendance exis­
tant par suite du défaut de réfraction. Dans des cas rares pour­
tant l ’opacité pourrait à elle seule suffire pour entraîner le stra­
bisme, si par sa position et sa forme, elle produit un grand trou­
ble dans la vision de cet œil ; il est reconnu, en effet, que les
taches centrales et semi-transparentes ont pour résultat d’activer
très-notablement l’éclairage et surtout la netteté de l’image, en
raison des phénomènes de diffusion des rayons lumineux à tra­
vers ces parties semi-transparentes ; cette image ainsi altérée,
au lieu de concourir à la vision binoculaire, ne ferait qu’y jeter
un trouble que le sujet chercherait à éviter en s’en débarrassant;
pour cela il n’aurait qu’à se dévier de façon à la porter sur une
partie plus ou moins périphérique de la rétine ; et c’est encore
' de préférence en dedans que s’opérerait cette déviation, attendu

28

29

�DE CAPDEVILLE.

STRABISME.

que le muscle droit interne est de tous les muscles de l’œil celui
dont l'action est prédominante.
Lucien Boyer avait déjà admis ce fait en disant que le globe
se détourne a pour éviter do percevoir les objets dont il no donne
« qu'une image imparfaite et qui altère la pureté de ccllo que
« perçoit son congénère. »
Enfin M. Javal se rallie à la doctrine de M. Wecker, lorsqu’il
dit « tous les défauts des milieux réfringents (astigmatimes, fa­
ce ches do la cornce, et) en diminuant l’acuité visuelle obligent le
« sujet à se mettre plus près, et s’il y a le moindre parésie de
a l'accommodation, la convergence exagérée qui se produit dans
&lt;■le but de surmonter cette parésie, peut produire le strabisme,
o même chez les emmétropes. »
Laquelle des explications que nous venons de passer en revue
est la vraie, ou du moins la plus vraisemblable?
Je crois qu'il serait prématuré d’etre exclusif et de vouloir
donner la même pour tous les cas ; sans doute celle avancée par
M. Wecker est une des plus séduisantes, mais il faudrait s’as­
surer si réellement il existe toujours un défaut de réfraction
capable de rendre compte du sens de la déviation, si d’autre
part, lorsque ce défaut n’existe pas, la déviation se fait toujours
en dedans.
Dans l’hypothèse de Ruète, émise par M. Giraud Teulon, i
faudrait qu’on pût constater aussi cotte altération inflammatoire
propagée au tissu musculaire, et donner des preuves évidentes
d’un fait qui a sans doute été émis un peu pour les besoins de la
cause ; il faudrait aussi qu'il fût bien constaté que les opacités
externes donnent lieu à une déviation en dehors.
Quant à la rétraction spasmodique d’abord, permanente ensuite,
produite par l’action réflexe de la douleur, ou par la tendance
instinctive que le malade a la lin en contractant ses droits in­
ternes, il est difficile d’admettre qu’elle puisse se produire ail­
leurs que chez les jeunes enfants et dans les cas qui durent un
temps fort long, car toute contraction musculaire n’est suivie do
rétraction définitive qu’après un temps qu’il est difficile do
mesurer, mais qui doit assurément dépasser celui que des auteurs
ont paru accepter avec un peu trop de facilité.
Si nous n’avons pu faire un choix dans les diverses théories
de la production du strabisme consécutif aux opacités centrales
de la cornée, nous pouvons du moins poser des indications
thérapeutiques précises, car quelle que soit lu théorie que l'on

admette, celle de M. J. Guérin à part, ces indications sont les
mêmes.
Dans la théorie de M. J. Guérin, le strabisme ayant pour but
de rétablir la vision binoculaire, l’opération n’aurait eu d’autre
ell'et que de priver le sujet de ce bénéfice, pour lui donner il est
vrai un résultat cosmétique agréable, mais qui n’est pas à mettre
en balance avec l’avantage de voir avec les deux yeux à la fois.
Actuellement il nous est permis de poursuivre un résultat
plus satisfaisant car nous savons qu’il est possible de restituer
au malade, dans la plupart des cas, la vision de l’œil afl'ecté,
ot dans tous les cas, la rectitude primitive de son axe; l ’iridcctomie en frayant une voie suffisante pour les rayons lumineux,
latinotomie en rétablissant l’équilibre musculaire répondent à
ces deux indications.
Par laquelle de ces deux opérations devra-t-on commencer,
lorsqu’on jugera qu’il est nécessaire d’avoir recours à elles?
Je crois qu’il y a tout avantage à commencer par l’iridectomie ;
en dehors des considérations générales de médecine opératoire
qui semblent autoriser à commencer par la plus difficile et la
plus grave des deux opérations; il y a, dans le cas particulier qui
nous occupe, d’autres raisons qui légitiment cette conduite : en
restituant d’abord à l’œil la possibilité de s’exercer à la vision, on
pourra peut-être espérer voir le redressement s'effectuer sponta­
nément, si le strabisme n’est encore qu’à l’état périodique ; cet
espoir fût-il défendu, on trouverait encore dans l’influence direc­
trice de la vision binoculaire un puissant adjuvant de l’effet cor­
recteur produit par la ténotomie consécutive. — Il va sans dire
que, dans le cas où le strabisme coïnciderait avec un défaut de
réfraction déterminé, on assurerait le résultat de cette double opé­
ration par la correction de l’amétropie à l’aide de verres appro­
priés.
Si l’iridectomie ne produisait aucun effet favorable, ou si on
jugeait à priori qu’il n’y aurait rien à attendre d’elle, il ne reste­
rait plus que la ressource de rechercher dans la ténotomie un
effet cosmétique, qui serait encore vivement apprécié par le
malade.

30

31

�32

POUCEL.

ESSAI SUR LES FRACTURES OUVERTES
du tiers supérieur de la jambe.

La Société Impériale de chirurgie a consacré, pendant le
mois de juillet dernier, un certain nombre de séances à la dis­
cussion sur les fractures compliquées du tiers inférieur de la
jambe.
Des opinions très différentes, je dirai môme opposées ont été
émises par des hommes également éminents relativement à la
conduite que devait tenir le chirurgien dans ce cas difficile de
pratique. Mais pouvait-il en être autrement dans un problème
si complexe où il faut tenir compte à la fois de tant de données
et de tant d:inconnues?
M. le Fort conseille l’amputation losque le foyer de la frac­
ture communique avec l’articulation, comme cela arrive ordi­
nairement dans les brisures très-obliques ou cuneennes, il
s’appuie sur trois observations : dans un cas, il a amputé et
guéri son malade ; les deux autres fois il a tenté la conserva­
tion, les demx malades sont morts.
M. Panas lui oppose cinq observations :
Deux amputations, deux morts. Trois conservations, deux
morts, et se déclare partisan de la conservation.
M. Demarquay accepte les conclusions pratiques de M. Le
Fort, mais il demande des signes certains pour reconnaître que
l’articulation est ouverte. La conservation a donné à M. Trélat
trois guérisons sur cinq blessés.
M. Labbé a vu une femme de soixante et quelques années
mourir épuisée par la suppuration au bout de sept semaines,—
il a guéri deux malades par la conservation et en a perdu deux
qu’il avait amputés sous l’influence des accidents secondaires
du traumatisme. Il se rallie, malgré cela, à l’opinion deM. Le
Fort et donne la préférence à l’amputation immédiate sur la
conservation.

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

33

M. Guersant rappelle la pratique de Dupuytreu qui insistait
sur la nécessité de pratiquer, dans ces cas, l’amputation immé­
diate.
M. Verneuil présente sept observations qui donnent cinq
guérisons et doux morts.
La guérison a été obtenue : une fois par l'expectation, deux
fois par l’amputation immédiate, une fois par l’amputation
secondaire, une fois par la résection secondaire.
La mort a suivi :
Une fois l’amputation immédiate, une fois la résection se­
condaire.
M. A. Guérin pense que l’on peut tenter la conservation
lorsque la fracture communique avec l’articulation par une
fente étroite.
M. Legouest ajoute que, à moins de désordres exceptionnels,
les fractures qui 11e communiquent pas avec l’articulation ne
réclament jamais l’amputation, et il croit sur ce point être
d’accord avec tous ces confrères.
Pour les fractures qui communiquent môme largement avec
l’articulation, il est encore conservateur, si les désordres ne
sont pas trop considérables.
Les observations que M. le professeur Pirondi a publiées dans
le Marseille Médical du mois de septembre sont également
très-concluantes en faveur de la conservation. La deuxième
surtout, celle du jeune maçon de quinze ans, atteint de frac­
ture comminutive de l’extrémité inférieure de la jambe, et
de la première rangée du tarse avec plaie pénétrante dans
l’étendue de quatre cent imètres et demi, guéri avec un peu de
déformation du pied et ankylosé incomplète de l’articulation
tibio-tarsienne, prouve ce que l’on peut obtenir dans ce genre
de lésion, lorsque des soinsbien dirigés sont donnés à un ma­
lade dont la constitution est bonne.
Je me dispenserai de rassembler des observations de frac­
tures compliquées du tiers moyen ; elles sont si communes,
qu’on en trouve dans tous les auteurs et qu’il est facile d’en
voir tous les jours de fort intéressantes dans les hôpitaux traitées
conformément aux conseils de Boyer, Malgaigne, Nélaton, etc.,
3

�31

POUCEL.

qui indiquent tous des moyens divers pour les maintenir ré­
duites.
Ici donc, comme pour les fractures du tiers inférieur, on
n’ampute pas primitivement à moins de désordres très-graves
qui rendent presque certaine la gangrène par dilacération des
parties molles, et l’amputation secondaire ne se fait que s’il
se développe des accidents ultérieurs, qui pourraient conduire
le malade à la mort par épuisement ou par infection.
J'ai insisté peut-être un peu trop sur la conduite que tien­
nent les chirurgiens dans les cas de fracture du tiers moyen
et du tiers inférieur ; cette question paraissant étrangère au
sujet ; cependant, comme il me parait exister quelques res­
semblances anatomiques, sur des point divers, il est vrai, en­
tre le tiers supérieur et les deux tiers inférieurs de la jambe ;
j ’espère, en faisant un rapprochement, éclairer le pronostic et
la thérapeutique de la lésion que je vais essayer de décrire.
Exposons tout d’abord les observations recueillies pendant
mon séjour dans les hôpitaux.

I" Observation. — Service de M. le professeur Pirondi. Nô13
salle Cauvière 1863
Un maçon reçoit sur le devant de la jambe, au dessous de la
tubérosité antérieure du tibia, une pierre volumineuse tombant
de la hauteur de quelques mètres: — Large déchirure des parties
molles, fracture comminutive de l'extrémité supérieure du
tibia, décollement du périoste de la face interne dans une hau­
teur de cinq à six centimètres au dessous de la fracture. — Le
membre est placé dans une gouttière, hémorrhagie abondante
se faisant en nappe principalement par la surface osseuse. — Réac­
tion vive pendant la nuit et le lendemain. — La suppuration
s’établit; elle s’altère, un abcès formé dans le creux poplité est
ouvert par la partie postérieure, quelques frissons annoncent la
formation d’un phlegmon profond de la jambe, une ponction stra­
tégique est faite a la partie interne et inférieure du tiers moyen
qui donne bientôt issue à du pus.
Malgré cela frissons nouveaux, diarrhée pendant quelques
jours réapparition du délire, mort 14 jours après l’accident.

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

33

IF O bservation . — Service do M. Bernard, 1864. N° 13 salle
Saint-Eugène.
Un homme de trente et quelques années, très-affaibli, tombe
de la hauteur d’un troisième étage, dans sa chute il heurte la
partie supérieure de la jambe contre un abat-jour, fracture du
tiers supérieur largement ouvert, communiquant avec l'articula­
tion fémoro-tibiale par une large fente en arrière d ’un fragment
prismatique triangulaire sur lequel s’insère le ligament rotulien.
Malgré toute la gravité de cette lésion, une chose inquiète par
dessus tout, c’est l’état général: le pouls est lent, faible et le
refroidissement augmente, le coma survient, puis la mort.
A l’autopsie nous constatâmes plus exactement les désordres,
l’extrémité supérieure du tibia était divisée en plusieurs frag­
ments, l’article ouvert, le péroné fracturé au dessous de sa tête
puis au tiers inférieur, les parties molles dans un état de
désorganisation profonde.
III0 O bservation. — Salle Saint-Augustin, n° 9. Service de M.
le professeur Chapplain.
Jeune maçon tombé à genoux de la hauteur de quelques mètres
sur un amas de pierres, fracture du tiers supérieur de la jambe
gauche ; large déchirure des chairs qui laisse voir le tissu spon­
gieux du tibia divisé en plusieurs fragments, une pierre trèsaiguë a fait un trou conique dans l’espace interosseux en divisant
les muscles, par ce trou on arrive près du péroné qui paraît
intact. — Le membre est immobilisé, irrigations, lorsque la suppu­
ration est établie on retire quelques fragments osseux nécrosés,
restent de vastes clapiers remplis de matière purulente et ichoreuse que l’on vide deux fois par jour; quelques frissons apparais­
sent, ils sont produits par l’extension de l’inflammation suppura­
tive, ouverture d’un abcès à la partie moyenne et interne de la
jambe (cet abcès est profond), quelques jours plus tard, ouverture
d’un autre abcès â la partie postérieure et externe à huit travers
de doigt au dessous du foyer de la fracture. Le malade maigrit,
la diarrhée survient, le délire et la mort le vingt-deuxième jour
après l’accident.
IV° O bservation. —Service de M. Bernard. N° 14. Salle SaintEugène. 1866.
Maçon tombé de la hauteur d'un premier étage ; sa jambe gau­
che fléchie rencontre le dernier ou avant dernier échelon d’une
échelle.

�POUCEL.

FBACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

Le malade est transporté à l'hôpital sur un brancard, la jambe
est fléchie sur la cuisse, il y a une fracture comminutive du
tiers supérieur communiquant très-largement avec l’articulation
par un écartement des fragments de plusieurs centimètres -, ces
fragments sont formés par la tubérosité antérieure et une portion
assez considérable de l’épiphyse entraînée en avant par le triceps
et le postérieur par le reste de l’épiphyse refoulé dans le creux po­
plité, le péroné est brisé aussi dans son tiers supérieur. — La frac­
ture réduite, le membre est placé dans une gouttière, extraction de
divers fragments libres, réaction, suppuration, trainées rougeâtres
sur la partie antero-interne de la cuisse, frissons avec lièvre queljours après; ils annoncent la formation de collections purulentes
auxquelles on donne dégagement par deux larges incisions, l’une à
la partie externe, l’autre en dedans du tiers moyen; quelques jours
après, nouvelle incision à la partie interne à l’union du tiers
moyen et du tiers supérieur, passage d’un tube à drainage faisant
communiquer les deux ouvertures internes. — Dans la plaie, pas
de bourgeonnement, la diarrhée survient, le malade meurt dans
le marasme vingt-un jour après son entrée à l'hôpital.

Un maçon reçoit sur la partie antérieure et externe du tiers
supérieur de la jambe une pierre volumineuse qui tombait de la
hauteur de quelques mètres. Il est transporté à l’hôpital et placé
dans une gouttière, une large plaie à bords très-irréguliers com­
munique avec la fracture qui occupe le tiers supérieur du tibia et
du péroné, le tibia présente indépendamment des deux fragments
principaux des esquilles nombreuses, les unes libres les autres
adhérentes : les premières furent enlevées. —Quelques jours après
l’accident, réaction vive ; la turgescence inflammatoire qui s’em­
para de la région fut tellement vive qu’elle entraîna la mortifica­
tion des lèvres de la plaie dan£ une étendue de deux à trois centi­
mètres (sans doute ces parties étaient préparées à la gangrène par
la contusion). Ce processus inflammatoire produisit une suppura­
tion très-abondante qui devint bientôt sainieuse, des frissons
violents et de courte durée se montrèrent sans que rien dans le
voisinage de la plaie pût les expliquer ; la diarrhée abondante et
fétide survint; un peu de délire, enfin tout annonçait une termi­
naison fatale lorsque, par un de ces retours si souvent inexpli­
cables, l’état général s’améliora peu à peu; la plaie prit un meil­
leur aspect ; l’organisme travailla à la réparation de tous ces
désordres et l’on vit retourner lentement le malade à la santé,
quatre mois après l’accident il commençait ix se servir de
béquilles.

V° Observation. —Service de M. Bernard à la Conception, salle
des femmes.
La malade est âgée de soixante ans environ ; elle vient d’être
renversé par un véhicule moyennement chargé, dans sa chute elle
se fracture l’extrémité carpienne du radius gauche et la jambe
droite s’engage sous la roue; transportée à l’hôpital nous recon­
naissons que l’extrémité supérieure du tibia est divisée au moins
en trois fragments et que la fracture communique probablement
avec l’articulation fémoro-tibiale. — Le péroné paraît intact. —
Ce diagnostic fut confirmé le lendemain par notre chef de service,
la malade est placée dans une gouttière. — Au bout de quelques
jours, les parties molles, qui avaient été comprimées entre la roue
et l’os, tombèrent en gangrène, aggravant ainsi considérablement
cette lésion en la convertissant en fracture compliquée. — Dès
lors la suppuration devint très-abondante, le périoste décollé et
épaissi laissa a découvert l'extrémité supérieure de la diaphyse. A
ces causes diverses d’épuisement s’ajoutèrent la diarrhée, un peu
de délire, puis la malade mourut.
VI* Observation. — Salle St-Eugène. Service de M. le profes­
seur Chapplain, 1868.

3’7

VII" Observation. — Salle Saint-Eugène. Service de M. Broquier à la Conception. 1868.
Un mineur, renversé par un éboulement, a la jambe prise sous
quelques pierres; il présente des contusions multiples, des plaies
peu profondes sur divers points du corps et une fracture compli­
quée du tiers supérieur de la jambe droite. — Le membre est
placé dans une gouttière, la suppuration s’établit, la plaie se
recouvre de bourgeons de mauvaise nature qui sont le siège
d’hémorrhagies fréquentes, les fragments osseux ne travaillent
pas à la consolidation, le membre s’œdématie, quelques frissons,
de la fièvre, diminution de la suppuration sans amélioration dans
l’état local ; la plaie au contraire prend une teinte blafarde;
délire intermittent, douleurs dans les reins et d’hypochondre
droit, m ort.—Autopsie, nécrose des extrémités des fragments
s’étendant à deux centimètres environ de chaque côté de la frac­
ture, (point de surface limitante). — Le péroné est fracturé au
dessous de sa tète, phlébite de la saphène interne, abcès multi-

�38

POUCE 1,

plos dans le foie et quelques points rougeâtres dans les reins et
les poumons.
Voila (Jonc sqpt observations de fractures traitées par la con­
servation (nous éliminerons la seconde puisque le malade est
mort de la commotion qui avait produit la fracture). Sur les
six autres nous avons :
Guérison 1
1 par infection purulente,
4 par infection putride et par épuisement.
C’est-à-dire 83 pour 100.
Recherchons, si c’est possible, la cause de cette gravité.
Les fractures compliquées du tiers inférieur sont dangereuses
parce qu’elles disposent à l’infection purulente, à cause de la
texture aréolairé du tissu osseux dans ce point, et c’est pour
cette raison que Dupuytren conseillait l’amputation immédiate
dans les cas surtout où l’article est ouvert.
Celles du tiers moyen sont dangereuses aussi parce quo le
foyer de la fracture est entouré départies molles considérables,
dans la profondeur desquelles il peut se former de vastes col­
lections purulentes qui menaceront de plusieurs manières la
vie du malade.
Le tiers supérieur réunit les dispositions anatomiques du
tiers moyen et du tiers inférieur ; il nous présente, en effet,
en avant et en dedans, un tissu cellulaire graisseux doué de
peu de vitalité et adhérent à l’aponévrose par des pannicules
fibreux très-courts; cette aponévrose à son tour adhérente au
périoste. A la partie antero-externe, un canal ostéo-flbreux,
profond, rempli par deux, plus bas, par trois muscles forte­
ment bridés par des aponévroses qui servent à la fois d’enve­
loppe et d’insertion. Le fond de ce canal est à peu de choses
près sur le môme plan que la face postérieure du tibia. En
arrière, au dessus et au dessous de la ligue oblique du tibia,
le poplité et le jambier postérieur, le premier sans épaisseur
et le second peu volumineux dans cette région, établissent une
séparation très faible entre l’os et le tissu cellulaire du creux
poplité. Ce tissu cellulaire se continue en arrière du jambier

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

39

postérieur et des autres muscles do la couche profonde en pas­
sant avec les vaisseaux et les nerfs qu’il entoure au dessous de
l’arcade du soléaire. En arrière de ce plan celluleux se trouve
une lame aponévrotique très résistante qui a pour origine supé­
rieure le pont fibreux dont nous avons parlé, et qui se perd
insensiblement au dessous de la partie moyenne de la jambe
en donnant insertion aux fibres inférieures du soléaire, tandis
que les fibres supérieures s’insèrent à sa face postérieure. Ce
dernier muscle est encore recouvert par du tissu cellulaire qui
le sépare supérieurement des jumeaux et communique aussi
avec le tissu cellulaire du creux poplité.
En dehors, la gaine péronière. Du côté du squelette, l’extré­
mité supérieure du tibia est recouverte d’un périoste fibreux
et peu vasculaire. Pour suppléer à cette insuffisance de vais­
seaux, elle reçoit une branche récurrente de l’artère qui a pé­
nétré par le trou nourricier; supérieurement, en avant, plu­
sieurs branches venues des articulaires supérieures, et en
arrière, par l’échancrure qui sépare les tubérosités latérales
pénètrent aussi des branches nombreuses fournies par les arti­
culaires moyennes. Ces vaisseaux, entourés d’une mince cou­
che de tissu conjonctif, s’accolent aux trabécules du tissu spon­
gieux, s’anastomosent avec les vaisseaux fournis par le périoste
et ceux contenus dans les canaux de Havers et vont se terminer
dans la moelle de la diaphyse après avoir nourri celle de
l’épiphyse.
Si l’on fait une coupe verticale du tiers supérieur du tibia,
on voit que le tissu compacte s’amincit graduellement jusqu’à
l’insertion du tendon rotulien où il devient lamelleux ; il pré­
sente donc un évasement supérieur. Cet évasement est rempli,
dans une hauteur de sept à huit centimètres, sur un homme
de taille moyenne, par le tissu spongieux dont les cellules,
d’autant plus grandes qu’on les examine dans la partie cen­
trale et supérieure, communiquent toutes entr’elles et avec le
canal médullaire de la diaphyse ; de telle sorte que la moelle
du corps du tibia et celle du tissu spongieux qui remplissent
les cavités de l’os ont une communauté de vie puisqu’il y a
entr’elles continuité de tissu et qu’elles reçoivent les mêmes
vaisseaux.

�10

POUCEL.

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

41

Il ressort de cet exposé anatomique un peu succinct:
1° Que toute fracture compliquée dans cette partie de la jambe
sera suivie d’hémorrhagie à cause de l’adhérence des vaisseaux
aux parois osseuses (adhérence qui n’est pas complète il est
vrai, puisqu’il existe une mince couche de tissu conjonctif au­
tour de chaque vaisseau);
2° Que la contusion des tissus de la partie antéro-interne
(périoste et tissu cellulaire sous-cutané) sera facilement suivie
de suppuration et même de gangrène à cause de leur peu de
vitalité et de leur attrition entre le corps contondant et le plan
osseux;
3* Que les tissus contenus dans la gaine ostéo-ühreuse antero-externe auront une grande tendance à suppurer parce que
la turgescence inflammatoire dont ils seront le siège dès les
premiers jours sera bridée par la résistance des parois;
4° Que l’inflammation suppurative envahira bientôt le tissu
cellulaire du creux poplité ou celui qui sépare les plans mus­
culaires postérieurs de la jambe, lequel aura été mis en com­
munication avec le foyer de la fracture à travers le poplité
ou le Jambier postérieur par la déchirure de ces muscles au
moment de l’accident ou leur destruction ultérieure par un
travail pathologique;
5° Qu’une ostéo-myelite se développera de bonne heure et
aura pour effet de désorganiser dans une étendue variable la
moelle de la diaphyse et celle du tissu spongieux.
Tels sont les accidents qui appartiennent en quelque sorte à
ce genre de lésion , voyons maintenant dans quoi ordre ils se
succèdent et quelles sont les complications auxquelles ils peu­
vent donner lieu ; mais avant cela comment se produisent ces
fractures?
( A Continuer. )

Du bien-être et de la sécurité de toutes les familles médicales,
Par le DTR oxdard (de Salon).
(Suite et fin.)

Je désire bien vivement que nos honorables confrères marseil­
lais, avec lesquels j'ai bu si souvent à l’honorabilité, au bien-être
de la profession, accueillent ma proposition avec faveur. Je fais
partie comme eux de l’Association médicale, c’est la qu’est ma fa­
mille. Puisse notre entreprise, en prenant naissance dans la ville
de Marseille, s’unir intimement au grand avenir de cette merveil­
leuse cité !
Permettez-moi de le dire, je crois que si vous le voulez vous
pourrez réaliser une entreprise qui représente ce qu’il y a de plus
noble dans l’humanité; la justice, le devoir, le dévoûment a ses
semblables. S’il en est ainsi, je crois que la pauvre caravane hu­
maine pourra faire une halte de quelque temps, se reposer un peu
avant de reprendre sa marche vers l'inconnu. Je crois aussi que
le souverain qui voudra protéger, encourager, soutenir un des­
sein aussi humanitaire, aura une longue et brillante existence
dans les annales les plus lontaines de l’histoire.
Certainement l’idée que je propose à mes confrères, à cause de
la valeur qu’ils peuvent lui donner, peut devenir aussi grande
que celles qui ont été réalisées jusqu’à ce jour, j ’ajouterai supé­
rieure. Elle diffère de celles que nous voyons naître de temps en
temps, par son principal but, le travail, l’honorabilité médicale,
la science, le dévoûment.
Capital social......ce que vous voudrez ai-je dit?
Cette question est certainement très-délicate. La classe d’hom­
mes à laquelle j ’ai l’honneur d’appartenir, pousse ordinairement
la prudence jusqu’à la limite la plus extrême. On dirait que les
médecins se désaltèrent habituellement dans les douces ondes du

�42

BONDARD.

Léthé. Ils vivent prudemment, silencieusement, dans l’horizon le
plus restreint uù il n’y a ni étoile, ni soleil , ni dévoûment ni
amitié, où la misère est sans espoir. Cet aifreux horizon, qui nous
étouffe en ce moment, ressemble à une cloche de plomb dont le
battant assourdit par un bruit monotone qui aurait du être in­
venté pour les enfants.
Cependant, pour respirer, pourvoir, pour entendre, pour vivre,
nous avons besoin d’air nous aussi, nous avons besoin d’écarter
les parois qui nous enferment pour aller chercher la lumière, la
vie, la paix de la famille. Qu’on me pardonne si je parle sans y
être autorisé, au nom de ceux qui souffrent et qui meurent sans
se plaindre, au nom de leurs veuves et de leurs orphelins, au nom
de tous les déshérités de notre famille pour qui l ’hiver est sans
foyer et le printemps sans fleurs.
Avant d’entrer dans les détails de l’entreprise que je viens vous
proposer, permettez-moi de jeter un coup d’œil rapide sur notre
position actuelle dans la grande société ; nous y trouverons peutêtre quelques unes des causes de l’affreux malaise qui tourmente
tant de familles honorables.
Nous remarquons d’abord que nous sommes disséminés sur la
surface de la terre dans un grand isolement, nulle part nous ne
sommes constituéspar groupes ayant un but et un intérêt commun.
Si l'observation me conduit à signaler des circonstances qui pa­
raîtront blessantes pour notre amour-propre, je pense qu’il ne fau­
dra pas par ce motif cacher la vérité. Je ne serais pas digne de
parler devant les hommes considérables auxquels je m’adresse en
ce moment.
Partout nous sommes isolés, enfermés dans des circonscriptions
médicales formées des divers éléments de la société. Nous appar­
tenons à un principe politique, religieux, à une coterie électorale,
à un groupe de travailleurs, à une usine, une communauté reli­
gieuse, une famille puissante, à l’administration, au gouverne­
ment, à tout le monde enfin. Ceux qui font partie de ces diverses
catégories ont souvent de grandes haines, des passions, des pré­
jugés. Vivant avec eux et par eux, nous sommes obligés de par­
tager leur manière de voir, de les soutenir et d’avoir comme eux
de l’aversion, du mépris pour les groupes d’individualités qui leur
sont hostiles.
La singulière fatalité de cette position nous soumet ixl’influence
d'une loi étrange qui paraît gouverner une multitude de créatures.

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

43

Ces êtres différents de nous se partagent aussi la terre, et ne sup­
portent point qu’un de leurs semblables vienne vivre dans un
certain rayon autour de leur demeure. Les carnassiers ne sont pas
les seuls. Les oiseaux, les insectes, les herbivores, se comportent
de la même manière. La terre et sans doute aussi la mer sont
partagées en une multitude innombrable de domaines ayant cha­
cun leur propriétaire. Il faut ajouter que la même propriété, selon
la saison, l’époque du jour et de la nuit, est possédée tour-à-tour
par un grand nombre d’autres propriétaires.
Au printemps le rossignol a sa haie où il est remplacé à son
départ par le rouge-gorge qu’on dit si farouche. Deux tigres,
deux rossignols, deux rouge-gorges, ne peuvent pas vivre en
famille à côté l’un de l’autre. Hélas ! cela est vrai aussi pour
deux médecins, et s’ils n’ont pas l’un pour l ’autre la férocité du
tigre, ils ont certainement celle du rouge-gorge.
Le fait est douloureux à constater, mais nous sommes bien
obligés d’avouer que notre position actuelle dans la société
nous pousse malgré nous à nous abriter sous la loi qui dirige les
actes des animaux les plus terribles. Heureusement que cette loi,
que nous venons de signaler, est une exception dans la vie, et ne
semble faite que pour des êtres exceptionnels. La loi la plus
puissante est celle qui fait de l’union, de l’amitié, du dévoûment
réciproque, la condition la plus impérieuse pour posséder les
domaines terrestres. Aussi, il a quelquefois été possible à
certaines familles, certaines sociétés, de partager la terre comme
elles l'entendaient. Du temps où les sociétés secrètes florissaient parmi les ouvriers, on a vu plus d’une fois, dans une ta­
verne enfumée, un loup ou un dévorant jouer avec des cartes
souillées, Londres, Paris ou Berlin. Celui qui perdait, n’avait
plus le droit d’aller travailler, d’aller vivre dans la ville qu’il
avait prise pour enjeu. Après une partie de ce genre, Lyon fut
perdu une fois pour cent ans.
Un simple commerçant qui a des relations dans toutes les par­
ties de la France, un marchand de fruits secs, d’eau de Cologne,
d’allumettes ou de toute autre chose, s’il a quatre enfants, divise
très-bien la France en quatre zones, donnant à chacun sa part,
et ce don peut être consacré par un acte sérieux. On comprend
qu’une grande maison peut partager aisément la terre et les mers,
donner à l’un l’Amérique, à l’autre les Indes. Véritablement les
rois et les empereurs ne sont pas aussi riches, et se donnent

�RONDARD.

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

beaucoup plus de mal pour augmenter leurs domaines. Sans
embrasser un aussi grand espace, no cédons-nous pas nous aussi
notre clientèle ? Il en résulte que le rayon dans lequel se meut
notre activité constitue une propriété dont nous sommes jaloux,
que nous voulons augmenter, conserver, léguer, ce qui amène
une guerre inévitable avec le propriétaire qui nous touche. De
toute nécessité, il faut nous soustraire au plus tôt à l’affreuse loi
qui nous domine, il faut créer sans retard pour tous ceux qui, de
loin ou de près, appartiennent à l’art de guérir, un but et un in­
térêt commun. Il faut que l’union et le dévoûment réciproques,
deviennent le principal moyen pour atteindre ce but. Il faut
enfin et avant tout que le résultat proposé à nos efforts communs
soit plus important pour chacun de nous que l’ensemble des ré­
sultats isolés que nous obtenons à l’heure qu'il est dans chacun
de nos petits domaines. De cette manière, les sentiments de
l’amitié, qui sont si naturels, remplaceront sans peine l’aversion
et la haine qui aggravent notre position actuelle déjà si fâcheuse.
En attachant à notre nature le plus vif désir de la propriété,
le législateur universel nous a abondamment pourvus de moyens
pour satisfaire ce désir. Seulement c’est contre l'union, l’amitié,
le travail du corps et de l’intelligence, qu’il a voulu échanger avec
nous ses plus vastes, ses plus riches domaines. Unissons donc
nos efforts et nos intelligences pour partager la terre aussi nous,
ou plutôt prenons la toute, elle ne sera pâs trop grande. Loin
detre nuisibles, nous créerons des richesses nouvelles dont
chacun aura sa part. Nous ne sommes pas dépourvus des princi­
paux instruments de travail. Pour mener à bonne tin l’entreprise
que je propose, les capitaux et l’intelligence ne nous manquent
pas. Quoi de plus simple en effet que de réunir quelques capi­
taux et d’en confier la direction aux plus capables, aux plus
honnêtes ?
Je répéterai encore une fois que l’entreprise proposée diffère
de celles que nous voyons naître chaque jour. La nôtre a princi­
palement pour but le travail, l’honorabilité médicale, la science,
la paix et la sécurité des hommes de l’art. Les bureaux d’aliment
que nous pourrons établir partout où cela paraîtra utile, à l’aide
des capitaux demandés, paraissent devoir être préférables aux
bureaux de tabac, à tous les points de vue.
Cette terrible question de la souffrance du corps médical, que
les faits douloureux qui retentissent de tous côtés imposent à

letudc de la presse médicale, de nos sociétés savantes et de toutes
les individualitéssi humbles qu’elles soient,a besoin d’être étudiée
activement, ardemment, car il importe que la solution soit pro­
chaine. Je n’en connais point qui soit plus importante. J’ajoute
qu’il m’est impossible de douter que les débats ouverts sur le
malaise de la profession ne conduisent pas promptement au
moyen qui devra les faire cesser.
L’entreprise proposée n’a rien qui doive répugner aux intelli­
gences les plus élevées, elle est unie aux questions sociales les
plus considérables et ses racines pénètrent dans les profondeurs
les plus intimes de la vie des nations et des individus. Quel que
soit l’aspect sous lequel on veuille la considérer, on reconnaîtra
qu’elle est digne des réflexions les plus sérieuses, soit qu’on
l’examine dans ses rapports, dans ses moyens, dans son but ou
dans son résultat.
Elle aura besoin d’être étudiée à des points divers. Il faudra
savoir quel est le capital nécessaire?
Quelle forme de société est préférable ?
Quel rôle sera attribué aux médecins, aux pharmaciens?
Comment les diverses tâches seront réparties?
Quel sera le bénéfice probable ?
Quel temps sera nécessaire à la création de la fortune médicale?
Toutes ces questions et bien d’autres ont besoin d’un organe où
elles puissent être élucidées.
Le Marseille médical en acceptant cette tâche, en accueillant
comme il le fait nos questions professionnelles, verrait sans doute
son importance grandir dans le sein de la famille médicale, et de
mensuel qu’il est en ce moment, ne tarderait pas à devenir heb­
domadaire et même quotidien. Il le faudrait bien, si l’entreprise
qui nous occupe arrivait rapidement à la prospérité qui pour moi
est rigoureusement démontrée.
Mon projet est à peine indiqué, et j ’ai dépassé de beaucoup la
limite permise. Qu’on le pardonne à cause de ma grande inexpé­
rience dans l’art d’écrire, et aussi à cause de la conviction pro­
fonde où je suis qu’on peut trouver immédiatement l’honorabilité
et le bien-être dans la voie que je signale.
Parmi les questions que nous aurons à examiner, il en est une
au sujet de laquelle je dois, avant de terminer, faire rapidement
quelques réflexions.
Quel sera le bénéfice probable?

44

i5

�HONDAHD.

INTÉRÊTS J’HOFES.SIONNELS.

Les chefs de maisons commerciales donnent ordinairement a
leurs employés une rétribution de 1500 fr. à 2000 fr. par an, sou­
vent plus, à ceux qui voyagent toute 1 année 8000 fr. à 10,000 fr.
en prélevant les frais de voyage sur cette somme.
Dans tous les cas, il est évident que le produit créé par la tâche
du commis devra dépasser la somme qui lui est allouée. Le patron
a besoin lui aussi que ses services, son intelligence, son entreprise,
ses risques et ses capitaux soient soldés par des bénéfices équi­
valents.
En France, le nombre de ceux qui pratiquent l’art de guérir,
s'élève au moins à 30 mille. Dans chaque famille il y a bien au
moins, terme moyen, quatre personnes qui ont besoin de l’appui
du médecin, beaucoup plus, si au père, à la mère, aux enfants,
aux frères et aux sœurs, vous ajoutez les parents du 1" et du 2“°
degré.
Supposons que chaque famille n’ait environ que trois personnes
dans le malaise, sinon dans la misère, cela forme un chiffre de
cent mille.
Si chacune de ces personnes est employée dans une vaste en­
treprise qui prospère, parce quelle est dirigée par les plus hautes
intelligences, chacune d’elles doit produire par son travail une
valeur de trois mille francs comme chez le simple commerçant.
Voilà déjà une valeur de 300 millions créée.
De plus, les 30 mille médecins, pharmaciens ou médecins vété­
rinaires peuvent être comparés à des voyageurs qui toute l’année
sont en route pour le patron. Mieux que les commis voyageurs,
ils peuvent à chaque heure du jour et de la nuit recommander les
produits de la maison à laquelle ils sont intéressés : 30 mille par
8 mille donnent 240 millions.
Ajoutez encore l’intérêt du capital crédit, car le crédit c’est de
l’argent, il est probable que de ce côté nous pourrions encore nous
créer des ressources considérables, mais je néglige cette source
de ricliessos puisque nous voilà déjà dans l’abondance, en effet,
300 millions d’un côté, 250 millions de l'autre, c’est un capital
de près de 12 milliards qui nous appartient, et dont nous ne re­
tirons pas deux sous, faute de l’organisation du travail, du ca­
pital et du crédit parmi nous.
Nous sommes riches comme des très-grands seigneurs, et nous
mourons de faim.
Toutes ces évaluations de prime abord, ressemblent à un
conte des Mille et une Nuits, ne reposant sur aucun fonde­

ment sérieux. Cependant si on les examine de plus près, si
on les soumet à l’analyse, à la critique, on reconnaît qu elles
supportent sans peine les plus minutieuses investigations, et
quelle que soit l’importance des soustractions opérées au résultat
indiqué, le reste est encore assez considérable pour étonner les
esprits les plus sévères.
Il n'y a rien d’extraordinaire dans le chiffre que j ’ai indiqué.
Je ne sais pas quelle est la valeur du produit créé par le
travail national, mais si, comme je suis porté à le penser,
20 millions de travailleurs créent un produit de 40 milliards,
ce qui fait environ 5 francs par jour et par travailleur, nous
nous trouvons posséder à peu près la même force productive.
Un million de travailleurs produisant 2 milliards, 200 mille,
qui est le nombre des ouvriers dont nous pouvons disposer,
doivent d’après les données précédentes créer une valeur de
400 millions. Si nous ajoutons que ces ouvriers, par la nature
de leur entreprise, par leur position exceptionnelle, par l’appui
et la direction qu’ils reçoivent, doivent l’emporter de beau­
coup sur les autres, on ne doit plus être étonné si on porte
à Kl milliards, le capital des richesses qu’ils pourraient faire
naitre chaque année.
Ce n’est pas une énormité que je viens de commettre.
Dans un sens opposé ce qui paraît-être une véritable énor­
mité, c'est la confiance aveugle avec laquelle nous nous sommes
attachés à un magnifique char, que nous avons orné avec les
précautions les plus minutieuses, pour le conduire, chargé de
nos économies, à notre postérité la plus reculée. Ce qui me
paraît une extraordinaire énormité, c’est que nous accompa­
gnions ce char avec solennité, en entonnant des chants de
fête de temps en temps, nous qui savons qu’il lui faudra être
relayé par dix générations, pour porter dans trois siècles, avec
le concours successif de chacun de nos descendants, pour
porter deux sous à chacun des membres de notre postérité de
cette époque. Voilà une singulière entreprise. Mais ce qu’il
y a de plus singulier encore, c’est la solennité que l’on met
à la diriger.
Autrefois, dans mon pays, un grand seigneur féodal faisait
conduire, chaque année à son manoir, par les fermiers, ses
vassaux, vêtus de leurs plus beaux habits, une charrette attelée
de huit bœufs blancs et qui portait, et qui portait avec pompe....
un roitelet. C’était un droit seigneurial auquel le maître tenait

46

47

�48

RONDARD.

beaucoup. C’estàpeuprèscc que nous faisonsen ccmoment, seule­
ment nous portons notre roitelet un peu trop loin.
Aujourd’h u i, toutes les créations semblent se mouvoir et
tourbillonner avec la rapidité des étoiles lilantes. Nous pouvons
causer en même temps avec les habitants des contrées les plus
éloignées, transporter dans moins d’une minute nos fortunes,
nos propriétés en Amérique, les échanger contre les propriétés
de ces contrées, vendre de nouveau, un moment après, ces nou­
velles propriétés à un habitant des Indes ou de l’Australie ;
enfin aujourd’hui il est possible de se ruiner deux fois et de
faire fortune deux fois dans un jour, après avoir promené son
patrimoine à travers toutes les terres et toutes les mers. J ’avoue
que l’activité que l’on peut remarquer dans notre association ne
ressemble point à la vie, au mouvement que nous voyons partout
autour de nous, ce qui fait paraître notre rôle assez excentrique.
Certainement ce n’est pas chez nous qu’on remarque en ce
moment la vie, la lumière,le bien-être.C’est dans le travail ardent,
dans le mouvement, dans l’activité sans fin qu’on trouve ces
éléments d’une vie heureuse.
Le dessein qui est conçu la veille doit être mis à exécution
le lendemain, afin qu’on en recueille les fruits le troisième
jour. Le passé c’est hier, l’avenir c’est demain.
Si ma proposition est accueillie, très-honorables confrères, la
joie et l’espérance renaîtront au sein de nombreuses familles
que la douleur et la misère accablent. Nous sommes engagés
d’honneur vis-à-vis d’elles, le serment d’Hippocrate nous lie.
Je l'aiderai à vivre et lui donnerai ce dont il aura besoin, je regar­
derai ses enfants comme mes propres frères, etc.
A ce serment, permettez-moi de joindre encore celui d’un
autre grand homme. Jurons de ne plus manger pain sur nappe,
tant que le bien-être et la sécurité n’auront pas été introduits
au sein de toutes les familles médicales.
A. Rondard (de Salon),
Membre de l’Association médicale des Bouches-du-Rhône.

HÉMORRHAGIE.

49

CLINIQUE DES HOPITAUX.
H O TE L -D IE U

DE M A R S E IL L E .

( Service de M. Pirondi).

Hémorrhagie g rav e, suite d’allrition musculaire sans lésion de la peau.
( Observation recueillie par M. Dousücet , interne des hôpitaux.)

La coutusion, affection extrêmement commune et le plus sou­
vent sans gravité, consiste dans l’écrasement des parties molles
sans solution de continuité de la peau.
La cause de la contusion réside au dehors de l’économie, elle
provient' de violences extérieures agissant de diverses manières :
tantôt le corps contondant produit des désordres à l'endroit même
qu’il a frappé et alors la contusion est directe ; tantôt,au contraire,
les parties molles cèdent à la pression et la communiquent aux
organes plus profondément situés. C’est la contusion indirecte
qu’on observe le plus souvent dans les grandes cavités du corps.
La contusion ne peut être produite que par la réunion de deux
éléments indispensables : une puissance et une résistance. Si une
puissance considérable exerce son action sur un organe et que la
résistance soit nulle, la lésion pourra être peu grande ; si, au con­
traire, une puissance relativement faible se trouve en présence
d’une résistance plus énergique, les désordres les plus grands
pourront en être la conséquence.
L’immense variété des effets produits par l’action des corps
contondants a poussé quelques chirurgiens à les classer suivant
l’étendue et l'intensité de leurs ravages.

Dupuytren, le premier, a proposé de diviser les contusions en
4 degrés :
1" degré — Caractérisé par la déchirure des petits vaisseaux et
des lamelles organiques ténues ;
1

�BOUSQUET.

HEMORRHAGIE.

2“* degré — Déchirure des vaisseaux plus considérables, infil­
trations et épanchements de sang.
3°* degré— déchirure du tissu cellulaire sous-cutané, rupture
des vaisseaux et des nerfs, épanchement abondant d’où peut
résulter la gangrène du tissu.
4“*degré — Ecrasement total des parties h ce point que la vie
en est totalement chassée et que l’organisme est impuissant à
réparer de tel désordres.
Yelpeau admet la même classification sauf quelques nuances
très-légères.
Les symptômes de la contusion sont presque toujours assez nets
pour ne pas laisser le moindre doute sur la nature de l’affection,
surtout si le malade est en état de fournir quelques commémo­
ratifs.
Quant au pronostic, favorable dans la très-grande majorité des
cas, il n’en est plus de même quand la lésion est très-étendue et
très-profonde, et quand des épanchements considérables se sont
formés a l’endroit blessé ; dans ce cas, on aura à redouter, soit la
gangrène, soit des accidents qui découlent immédiatement
des moyens employés pour mettre obstacle à la gangrène ellemême.
Nous avons vu dans le troisième degré de la classification de
Dupuytren, que souvent la contusion produisait des ruptures vas­
culaires d’où pouvait résulter la gangrène des tissus ; mais, sur
cette cause de lésion artérielle et surtout sur sa gravité il ne me
paraît pas que les auteurs aient donné assez de détails. En effet,
pas de fait observé, ou du moins rapporté, pas de règle spéciale
de traitement pour les cas exceptionnels, partout des généralités
bien souvent insuffisantes dans des circonstances qui, malheu­
reusement, peuvent se présenter.
Delpech ne considère les ruptures artérielles par suite de con­
tusion, que comme des faits assez rares ; il mentionne comme pos­
sible la lésion des artères mésentriques, hépatiques et spléniques,
mais sans parler des artères des membres qui sont sans aucun
doute beaucoup plus exposées que celles des organes splanch­
niques.
Boyer, dans son Traité des maladies chirurgicales, parle en ces
termes de la blessure des vaisseaux et des nerfs profonds :
« La contusion des grosses altères, dit-il, est quelquefois suivie
de leur rupture et d’un anévrisme faux primitif; si la percussion

n’est pas assez forte pour rompre les tuniques, elle peut les affai­
blir à un tel point que par la suite elles cèdent a l’effort latéral du
sang et qu’il se forme un anévrisme vrai. »
Dupuytren, dans son Traité sur les plaies par armes à feu, admet
que dans les contusions très-intenses il peut y avoir déchirure
de vaisseaux d’un ordre supérieur, d’où résulte la formation de
tumeurs et de poches remplies de sang, elles sont fluctuantes,
dit-il, et il n’est pas rare de sentir au centre des battements qui
proviennent de la rapidité avec laquelle le sang s’échappe des
vaisseaux divisés............ au bout de quelques heures les parties
distendues résistent à l’abord d’une nouvelle quantité de liquides
et les battements cessent de se faire sentir.
Yelpeau est le seul qui recommande à la plus sérieuse attention
les contusions des artères, et qui entre à ce sujet dans quelques
détails. On lit dans sa Clinique chirurgicale : « La contusion des
artères mérite une attention toute spéciale, b'ormé de canaux sans
cesse distendus par le sang, le système artériel se trouve, eu égard
à l’action des corps contondants dans des conditions qui le rap­
prochent des muscles.en contraction. Un vaisseau coupé par un
choc violent peut donner lieu à des collections sanguines d’un
volume énorme.
« Un étudiant en médecine, soigné par Fichet de Fléchy, en por­
tait une qui s’étendait de l’omoplate à la crête de l’os coxal. J ’en
ai observé une qui occupait toute la face externe de la cuisse droite
et qui contenait plusieurs livres de sang. »
Les divers auteurs que nous venons de citer conseillent comme
traitement: au début, les résolutifs, les astringents, l'irrigation
continue, la glace et quelques-uns la compression, l’incision est
indiquée dans les cas où l’épanchement par la distension qu’il fait
éprouver aux tissus peut faire craindre une gangrène prochaine.
C’est ici qu’un nouveau danger menace le malade au moment
même où la main du chirurgien lui vient en aide ; danger terrible,
l’hémorrhagie, qu’on ne peut éviter qu’en laissant la gangrène
priver le malade de son membre ou l’entraîner au tombeau.
Après ce qui vient d’être dit, il nous a semblé que l’observation
du cas suivant ne pouvait manquer de présenter quelque intérêt
et de renfermer un enseignement qui n’est jamais à dédaigner,
celui des faits.
Le nommé Garriba Joseph, âgé de 50 ans, journalier, entre a
l’Hotel-Dieule 8 novembre pour une contusion de la cuisse droite.

50

51

�î&gt;2

BOUSQUET.

L’examen de la partie malade révèle l’existence d'une tumeur vo­
lumineuse,dure et pourtant fluctuante; une coloration noire occupe
cette tumeur et s’étend assez loin sur les parties voisines ; appli­
cation de cataplasme résolutifs.
Le lendemain, la tumeur, loin de se résoudre, est, au contraire,
plus tendue et plus dure, la mortification des tissus est imminente
à tel point que M. le professeur Pirondi, encouragé d’ailleurs par
le souvenir d’un cas analogue d'épancliement qu'il avait observé
comme complication d’une fracture de l'os iliaque (1), n ’hésite
pas a pratiquer une incision qui donne issue à des caillots du vo­
lume d'une tète de fœtus. Au même instant, une artère volumineuse
laisse échapper du sang en abondance ; le foyer complètement
vidé, il fut aisé de reconnaître que l'hémorrhagie prenait nais­
sance au fond meme du foyer sanguin; impossibilité absolue de
saisir le vaisseau pour le lier, à cause de l’extrême friabilité des
tissus qui se déchirent il la plus légère traction.
Plusieurs cautères sont éteints dans le foyer qui est ensuite
bourré de charpie imbibée de perchlorure de fer, moyen qui
réunit le double avantage de lacompression et delà cautérisation.
La circulation est interceptée dans l’artère crurale au moyen du
compresseur de Dupuytren; l'hémorrhagie paraît arrêtée; le len­
demain elle se reproduit et cède aux mêmes moyens ; le malade
qui a perdu beaucoup de sang se trouve dans un état de faiblesse
inquiétant.
A la visite suivante, une hémorrhagie terrible se produit.M. Pi­
rondi ne voit de chance de salut que dans la ligature de la cru­
rale, qui est immédiatement pratiquée, mais le membre contus
par l’accident, marche avec une effrayante rapidité vers un spliacèle total, qui emporte le malade le lendemain.
L’autopsie est accordée.
Deux injections poussées dans le système artériel,l’une par l’aorte
abdominale et l’autre par la fémorale au-dessus de la ligature,
nous permettent de suivre la distribution des vaisseaux qui ne
présente aucune anomalie.
La fémorale profonde suit son trajet normal, elle donne nais­
sance aux artères musculaires, dont une des branches a donné lieu
à l’hémorrhagie, mais dont il est complètement impossible de re­
trouver les bouts au milieu du tissu qui l’entoure; la ligature est
(1) Voyez Troisième série d'observations, etc-, 1869, page 79.

BIBLIOGRAPHIE.

53

placée à 2 centimètres au-dessous de la naissance de la fémorale
profonde, ce qui rend surprenante la production si rapide du
sphacèle : au-dessous delà ligature, la séreuse de l’artère est riche
et parsemée de petits points athéromateux, ce qui peut aider à
expliquer la déchirure du vaisseau.
Le tissu cellulaire du bassin est infecté et enflammé surtout au
niveau de la fosse iliaque droite, dans laquelle se trouve un rein
unique entouré d’un tissu graisseux très-abondant, qui seul le
fixe dans ce point.
Toute la partie externe de la cuisse est le siège d’un épan­
chement sanguin énorme occupant une vaste cavité qui s’étend
jusque sur le fémur ; en outre, les muscles de cette région sont
triturés et réduits en bouillie.
Tel est le résumé de ce fait curieux à deux point de vue : d’abord
par le mode de production de l’hémorrhagie, c’est le point impor­
tant, ensuite sous le rapport de l ’autopsie qui, non-seulement
nous a fait connaître plus à fond les ravages du mal qui était à
combattre, mais encore nous a révélé un fait trèg-curieux, et que
aucun trouble fonctionnel n’avait révélé pendant la vie, la pré­
sence d’un seul rein à une aussi grande distance de la place que
la nature a assignée à ces organes.

BIBLIOGRAPHIE.
THÈSES DE NOS JEUNES DOCTEURS.

Nous avons à cœur d’encourager les débuts de nos jeunes
confrères dans la voie scientifique; ils trouveront toujours
chez nous bon accueil et cordial appui ; aussi leur réservonsnous la première place dans notre bibliographie de cette
année.
Etude sur la cystite et la néphrite blemon'hagiques, tel est le
titre de la première de ces thèses qui nous tombe sous la main;
elle a pour auteur M. Albert Jubiot. L’auteur a eu, à la cli­

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

nique de Strasbourg, occasion d’observer combien sont fré­
quentes les complications de lablennorrhagie. L’uréthriteblennorrhagique peut avoir des conséquences graves, elle mérite
d’être traitée et surveillée, ce qu’ignorent de trop nombreux
malades et dont ne se souviennent pas assez quelques méde­
cins. Les abcès péri-uréthraux, l’inflammation de la prostate,
l’inflammation des ganglions inguinaux, celle d e là tunique
vaginale, celle de l’épididyme, sont autant d’accidents possibles
et auxquels on ne songe pas beaucoup. Il en est de môme de
la cystite et de la néphrite, que M. Jubiot décrit d’après les
observations qu’il a recueillies.
Si la cystite survient quelquefois, la faute peut bien en être
au médecin, et nous devons approuver ces sages paroles du
jeune docteur.
« Il y a deux méthodes opposées pour traiter la blennor­
rhagie que je crois également dangereuses; celle qui brusque
le dénouement et Celle qui l'attend dans une inaction à peu
près complète; ces deux méthodes peuvent préparer la chro­
nicité, l’extension ou le déplacement de la blennorrhagie. »
M. Jubiot insiste sur ce fait que la cystite blennorrhagique
est ordinairement partielle ; le col est le siège le plus fréquent
de l’inflammation. Des sujets qu’il a observés, les uns se sont
plaints, pendant toute la durée de leur maladie, d’être obligés,
à peine dans le décubitus dorsal, de se relever pressés par des
envies fréquentes d’uriner, sensations qu’ils n ’éprouvaient
pas dans la station debout; pourd’autres, c’était l’inverse; c’est
que, chez les premiers, l’inflammation occupait le bas fonds
tandis que chez les derniers elle était concentrée sur le col;
c’est danscedemier cas que le cathétérisme peut devenir im­
possible et la défécation douloureuse. Si le gonflement inflam­
matoire oblitère l’orifice vésical des uretères, des accidents
graves de rétention d’urine peuvent survenir. Voilà quelques
points nouveaux ou peu connus dans l’histoire des cystites
partielles. Quant à la néphrite blennorrhagique, si l’auteur n ’en
a pas donné une description nouvelle, il a du moins apporté,
en faveur de son existence, deux observations inédites.
Une seule observation, voilà toute la thèse de M. Pau de

Saint-Martin; mais cette observation est si importante, elle a
été recueillie avec un soin si minutieux, elle a été accompa­
gnée d’une discussion si approfondie qu’elle a fini par prendre
les proportions d’un mémoire de plus de cent pages, dont la
longueur ne nuit pas à l’intérêt. L’étude d’un cas de catalepsie
compliquée traitée et guérie par l’hypnotisme, tel est le sujet
de ce travail.
Indépendamment des phénomènes cataleptiques présentés
par le système musculaire, il y avait, chez la malade, perte de
la sensibilité et de la mémoire, la nutrition était comme sus­
pendue, ainsi que le prouvait le ralentissement des sécrétions;
la transpiration cutanée, par exemple, et la salivation ne s’opé­
raient presque plus; jamais de larmes; la percussion de l’abdo­
men indiquait un état permanent de vacuité presque absolue
de la vessie; la respiration devenait plus rapide et plus pro­
fonde; la température du corps s’élevait, ainsi qu’en ont fait
foi de nombreux tracés thermométriques; le sphygmographe
révélait de son côté une certaine dilatation des artères.
A l’état de veille, dans l ’intervalle des accès, se montrèrent
des troubles divers des sens et des altérations dans la moti­
lité; il y eut successivement disparition du sens musculaire,
puis des mouvements réflexes et enfin paralysie ; l’aphonie et
une insomnie persistante vinrent s’ajouter à ce long cortège
de symptômes étudiés en détail par notre jeune confrère et
dont j ’ai indiqué seulement les principaux. L’action incon­
testable de l’hypnotisme alors que tous les moyens avaient
échoué prouve que ce procédé thérapeutique peut rendre d’importan ts services dans des cas de névroses opiniâtres.
C’est à Strasbourg que MM. A. Jubiot et Pau de Saint-Mar­
tin, en qualité de chirurgiens militaires, ont dû nécessaire­
ment passer leur thèse. Un ancien élève de nos hôpitaux, et
qui ne s’en est pas assez souvenu, M. Jules Gariel a choisi
Paris pour y terminer ses études. Sa thèse traite de la gan­
grène du poumon. L’historique et l’anatomie pathologique
fixent tout d’abord l’attention de l’auteur; nous lui ferons une
petite querelle au sujet de sa division du processus morbide
en quatre périodes, 1° mortification récente; 2° ramollissement;

54

oo

�66

A. FABRE.

3“ élimination de l’eschare; 4° réparation. Il n ’y a réellemont
que trois périodes, mortification, élimination, réparation. Mais
il faut reconnaître que, dans la première, l’aspect du mal se
modiûe de manière à ne plus être à la fin ce qu’il était au
début.
L’étiologie est traitée par M. Gariel d'une façon qui me
parait irréprochable et où les diverses causes du m al sont
sainement appréciées; la symptomatologie est également bonne.
Au sujet du diagnostic, nous aurions aimé lire l’opinion de
l’auteur sur la maladie que Laycock a décrite en 1857 sous le
nom de bronchite fétide, où l’acide butyrique a été rencontré
dans les matières expectorées et où l’emploi de la strychnine a
donné les meilleurs résultats. Au chapitre du traitement, nous
aurions voulu voir les sulfites de soude occuper la place qui
leur est due parmi les désinfectants ; quant aux inhalations
d’acide thymique, préconisées par Paquet en août 18G9, elles
sont probablement de date postérieure à la thèse de M. Gariel.
En résumé, M. Gariel nous adonné une bonne étude de la gan­
grène du poumon.
Le sujet auquel s’est attaqué M. Dussau dans sa thèse, sou­
tenue avec honneur devant la faculté de Montpellier, est im­
mense; il ne s’agit de rien moins que de la lièvre typhoïde
et de son traitement. L’auteur, dans sa description, a montré
qu’il est au courant des dernières acquisitions de la science.
Dans le chapitre du traitement, qui est le plus important du
mémoire, notre confrère fait preuve d’un sage éclectisme, sa­
chant par expérience qu'aucune méthode n’est constamment
efficace. Il montre comment on peut, dans des cas graves, ar­
river à d’heureux résultats par des moyens divers, appropriés
à des indications spéciales. Il apporte des observations qui té­
moignent en faveur de médications trop peu connues et trop
peu employées, telles que l’acide arsénieux et l’acide chlorhy­
drique: il donne enfin de sages conseils sur l’administration
de l’arsenic et le choix des préparations arsenicales. M. Dussau,
qui a déjà cultivé avec succès la pharmacie, les sciences natu­
relles et la médecine, parait avoir pris à tâche de donner un
démenti au proverbe: Qui trop embrasse, mal étreint.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

57

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance.—Présentation do malade: Abcès du larynx.

— Rapport : Fractures ouvertes du tiers supérieur de la jambe.—Com­
munication sur les hôpitaux maritimes. — Conférence clinique : Mutilé.
Colique sèche; paralysie. Electricité.—Discussion.—Nomination.—Instal­
lation du bureau.

Séance du 4 décembre. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée : Bulletin administratif du ministère
de l’instruction publique. — Société Ides sciences médicales de
Gannat l869.—Bulletin médical de l’Aisne. — Journal de méde­
cine de l’Ouest. — Revue médicale de Toulouse. — Bulletin de
la Société de médecine de Poitiers.
M. Nicolas présente un homme atteint depuis quelques jours,
dans le larynx, d’une tumeur ayant le caractère d’un abcès. Il de­
mande l’opinion de la Société relativement au diagnostic et au
traitement. Le malade est examiné par les différents membres
présents. Le diagnostic de M. Nicolas étant confirmé, notre col­
lègue procède à l’ouverture de l ’abcès laryngien.
Ordre du jour : 1° Rapport verbal de M. Pirondi sur un travail
de M. Poucel intitulé : Essai sur les fractures ouvertes du tiers supé­
rieur de la jambe.
D’après les conclusions du Rapporteur, M. Poucel est élu mem­
bre titulaire de la Société, et son mémoire est envoyé au Comité
de publication. (Voir page 32).
2° Communication de M. Pirondi : Il s’agirait, dit-il, de cons­
truire, à Marseille un hôpital pour les convalescents. La Société
doit prendre l’initiative d’une question de cette importance et de­
mander à appliquer, dans notre pays, l’idée si féconde du Dr Barellay, de Florence, qui a fait établir sur divers points de la côte

�58

1SNARD.

d’Italie, des hôpitaux pour les scrofuleux. Au lieu de bâtir notre
hôpital dans un quartier avancé dans les terres, on devrait l’éle­
ver sur le rivage de la mer, au fond d’un petite anse, exposée au
midi et abritée du mistral. On aurait ainsi un hôpital maritime
destiné à la fois aux convalescents, aux malades atteints d’affec­
tions chroniques et aux enfants scrofuleux.
En conséquence,M. Pirondi demande de nommer une Commis­
sion pour étudier la question et pour faire un rapport qui serait
discuté au sein de la Société, puis adressé à l’administration mu­
nicipale. — Adopté. (Membres de la Commission : MM. Pirondi,
Nicolas, de Capdeville.)

Séance du 18 décembre. — Présidence de M. Fabre.
Correspondance imprimée. — Bulletin de la Société académique
de Poitiers. —Journal de médecine de l’Ouest. — Bulletin médi­
cal du Nord de la France. — Thèse de M. Dussau sur la fièvre ty­
phoïde.
Correspondance manuscrite : Une lettre de M. Picard demandant
l’autorisation de faire, dansle local de la Société, un cours public
d’embryologie. (Adopté).
CONFÉRENCE CLINIQUE.

M. Jubiot rapporte l’observation suivante : Dernièrement on
m’adresse d’un orphelinat de Toulon une petite fille de M ans
atteinte de mutité complète depuis 18 mois. Tempéramment san­
guin, santé générale excellente, pas de lymphatisme, ni de scro­
fule. Il y a un an et demi, sans cause appréciable, elle se ré­
veilla un matin entièrement privée de la parole. En se couchant
elle était encore très-bien. Depuis ce moment elle avait perdu sa
vivacité habituelle, était devenue presqu’idiote, mangeait moins
et la pointe de sa langue setait recourbée en haut. Un médecin
pratiqua la section du filet et la langue reprit sa direction natu­
relle. — Après quatre mois d’idiotie, l’enfant regagna son intelli­
gence et son appétit. — Je l’examinai très-attentivement et je
diagnostiquai : mutité à la suite de convulsions nocturnes ayant
échappé à la vigilance des personnes chargées de l’enfant. —
J’essayai l’électricité, appliquant un réophore a la nuque, l ’autre
aux régions latérales et antérieures du cou, sur les deux con­

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

59

duits auditifs externes, l’introduction dans la bouche ayant tou­
jours été impossible. — Jusqu'alors, elle avait été incapabled’articuler un mot, de faire entendre le moindre son. Quand on la
faisait souffrir en la piquant, ou en la pinçant, ses larmes coulaient
on silence. Dès le deuxième jour de mes tentatives , j ’obtins
d’elle un bruit confus, à la suite de mes excitations douloureuses.
— Le quatrième mois après l’accident, en recouvrant son intelli­
gence, elle ne savait plus parler, elle avait même oublié qu’on pût
parler. Je me décidai à lui apprendre à parler. Après la huitième
ou la dixième séance, elle se m it à crier vivement ; après la
vingtième, elle put articuler quelques mots et le lendemain elle
disait très-nettement : « Bonjour, Monsieur; je suis bien; je suis
guérie. »
M. Nicolas. — Les lèvres et la langue de l’enfant remuaient-elles,
quand on l’engageait à. parler ? Avalait-elle? N’y avait-il pas si­
mulation de sa part? Quel était l’état du voile du palais?
M. Jubiot. — L’enfant entendait distinctement et sa physiono­
mie était très intelligente. Ses lèvres et sa langue exécutaient des
mouvements, mais sans articuler aucun son. Elle présentait une
résistance extrême toutes les fois que je voulais examiner le fond
de la bouche. Cependant j ’ai pu constater que le voile du palais
n’était pas paralysé et qu’il se contractait. Elle avalait très-bien.
Quant à la simulation, je me suis tenu sur mes gardes, et après
examen attentif, cette idée n ’a pu entrer dans mon esprit, ni être
partagée par personne. D’ailleurs l’enfant a été si heureuse le jour
où elle a parlé, qu’il eût été difficile de supposer la fraude.
M. Poucel. — L’observation suivante jettera peut-être quelque
lumière sur celle de M. Jubiot: Une malade fait une chute; d ’où
enfoncement de l’occipital. Pendant 25 jours, coma profond. Un
matin l’intelligence redevient nette, mais la parole reste abolie.
Le cri, impossible, n’est excité ni par les pincements, ni par les
piqûres. Que s’était-il passé? La dure-mère du cervelet s’était pro­
bablement décollée sur les os du crâne. La lésion avait eu lieu
précisément au niveau du trou occipital, lù où s’engagent deux
racines qui proviennent de deux paires cervicales et vont s'acco­
ler au spinal, pour se distribuer aux muscles du larynx. Dans
ce cas il existait une compression qui paralysait ces derniers mus­
cles. Ce fait peut être rapproché de celui de M. Jubiot. N’y au­
rait-il pas lieu également d’invoquer une cause rhumatismale?
M. Jubiot. — L’observation de M. Poucel et la mienne n ’ont pas

�CO

ISNARD.

d’analogie. Dans l’un il y a chute , traumatisme ; dans l’autre
l’étiologie est difficile à préciser. Rien ne faisait soupçonner l ’in­
fluence rhumatismale.
M.Seux fils. —On ne doit pas comparer la malade de M. Jubiot
avec celle de M. Poucel. Dans le premier cas, il y avait aphasie
hystérique sans lésion organique. L’enfant pensait, donc elle par­
lait intérieurement. Il y avait simplement interruption entre la
faculté de la parole et les organes d’exécution, interruption entre
le cerveau et le larynx. Aussi le traitement de M. Jubiot a-t-il pu
seul rétablir la parole.
M. Nicolas, assimile, au contraire, l’observation de M. Jubiot
à celle de M. Poucel; il s’agirait également dans la premièro
d’une lésion organique, dont on pourrait localiser le siège a la
partie postérieure des olives, vers l’origine des nerfs qui se dis­
tribuent à la langue et au larynx. Dans une pareille aphasie , on
ne saurait contester l’e fficacité de l’électricité.
M. Jubiot a, en ce moment, à l’hôpital militaire, deux malades
intéressants, l’un est un marin venant du Sénégal où il a été at­
teint de coliques sèches et de paralysie. Les eaux de Barèges et
d’Amélie les Bains lui ont été d’abord favorables, mais n ’ont pas
empêché la récidive. Malgré l’électricité, les extenseurs restent pa­
ralysés chez lui. L’autre est un commissaire de marine soumis au
même traitement pour une paralysie également consécutive à la
colique sèche. Tous deux affirment n’avoir jamais subi l’action
toxique du plomb; le commissaire de marine, en particulier, at­
taché aux colonies, a toujours vécu à terre en dehors d’une pa­
reille influence. — M. Jubiot se borne a parler très-sommaire­
ment de ces deux malades sans vouloir discuter le diagnostic de
la colique sèche et de la colique saturnine.
M. Nicolas pense que les deux paralytiques de M. Jubiot ont été
primitivement atteints de colique de plomb et non pas de coli­
que sèche.
M. de Capdeville. — Les médecins de la Marine diffèrent d’opi­
nion sur ces deux espèces de coliques. Pour moi je n’ai jamais pu
arriver aune solution positive; les symptômes de l’un et de l'au­
tre sont semblables; il y a fréquemment du plomb a bord des na­
vires: de là, facilité de tout attribuer à ce métal.
if. Gouzian regrette qu’on effleure incidemment une question
aussi importante que celle de la colique sèche et de la colique sa­
turnine. Il propose de la traiter à fond et de la porter à l’ordre
du jour. (Adopté).

SOCIÉTÉS SAVANTES.

(I

Séance du 2!) décembre. — Présidence de JI. Fabre.
Ordre du jour : Installation du bureau pour 1870.
Dans un discours très-écouté, M. Fabre rend compte des faits
qui ont signalé l'année 1869, et cède ensuite son fauteuil au nou­
veau président, M. Villard.
La Société vote la publication du discours de M. Fabre dans le
Marseille Médical.
Le Secrétaire-général,
Dr Ch . I s n a r d (de Marseille.)

ACADÉMIE D ES SCIENCES.
Séance du 29 novembre. — M. Dumas communique une lettre de
M. L. Colin dans laquelle l’auteur, tout en reconnaissant l’in­
fluence exercée par les marais souterrains sur la production des
lièvres palustres, attribue pourtant une action plus puissante et
plus directe aux marais à ciel ouvert.
M. Girardin conclut de nombreuses expériences que le meilleur
moyen de reconnaître si l’eau voisine d’une féculerie est restée po­
table, est de placer des poissons dans le liquide. Si les poissons
vivent dans cette eau, elle est restée bonne à boire. Veut-on ren­
dre salubres les eaux corrompues par une féculerie, il suffit de les
répandre à la surface de terrains perméables sur lesquels un drai­
nage régulier aura été pratiqué. L’eau se purifie et les matières
organiques restées sur le sol, brûlent au contact de l’air.
Une lettre adressée à l’Académie contient un fait curieux : ja­
mais le goitre ne serait survenu chez un individu variolé.
M. Dumas présente, au nom de M. Figuier, un ouvrage intitulé :
L'homme primitif.
M. le docteur Scoutetten (de Metz) adresse une note sur l ’amé­
lioration des vins par le passage continu et prolongé d’un cou­
rant électrique à travers la masse du liquide.
M. Becquerel présente un explorateur électrique imaginé par M.
Trouvé et destiné à révéler la présence des corps métalliques ou
autres enfoncés dans l’organisme humain. Le poids total de l’appa­
reil ne dépasse pas 70 à 75 grammes.

�62

SEUX FILS.

Séance du 6 décembre.—M. Sorret adresse une note relative à l’illu­
mination des veines liquides qui s’échappent —dans l’obscurité
— d’un récipient éclairé d'une certaine façon.
M. Robin présente, de la part de M. Sanson une note sur les es­
pèces des chevaux domestiques.
M. Àndral lit un intéressant travail qui peut se résumer dans
les conclusions suivantes :
\ 4 La température du corps s’élève lorsque le sang contient plus
de i millièmes de fibrine.
2* Elle ne s’abaisse point — elle s’élève meme parfois — a la
suite de la diminution des globules.
3° Lorsqu'il y a albuminurie l’auteur est porté à croire qu’il y a
diminution de la chaleur du corps.
4" En général, lorsque la quantité d’urée contenue dans l’urine
augmente, le degré de température augmente aussi.
A la suite de cette communication, M. Bouillaud rappelle que
l’augmentation de la fibrine est la différence fondamentale exis­
tant entre les inflammations et les pyrexies. Dans l’état dit inflam­
matoire l’excès de fibrine provient d’un néoplasme de la membrane
interne de l’appareil sanguin et c’est ce néoplasme qui constitue
la couenne.
Séance du 13 décembre. — A la suite d’une vive discussion sur­
venue entre deux géomètres, M. Bouillaud exprime le regret de
voir tomber une de ses plus chères croyances, la foi en la géomé­
trie, sciencequ’il avait toujours considérée commelalogique même.
M. Dumas présente h l’Académie un volume intitulé : Les Mer­
veilles delà science, ou description populaire des inventions modernes,
par M. Louis Figuier.
M. le professeur Favre (de Marseille) adresse une lettre dans la­
quelle il réclame la priorité de l’emploi de l’électricité pour la re­
cherche des corps métalliques enfoncés dans l’organisme humain.
Séance du 20 décembre — Une note de M. Lenormand soulève une
intéressante discussion, fort étrangère a la médecine, relative à
l’époque présumée qui vit apparaître en Egypte l’âne et le cheval.
M. Peligot lit une note sur la quantité de soude que contiennent
certaines plantes.
M. Boussingault présente un travail fait par un de ses élèves
et relatif à la peau en général. Les cellules de la peau sont sem­
blables, d’après l’auteur, aux cellules végétales et c’est en péné­
trant dans leur intérieur que le tan modifie l ’enveloppe cutanée.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

63

M. Claude Bernard annonce la publication prochaine d’un im­
portant travail sur l’œdème et sur l’influence exercée par le sys­
tème nerveux vaso-moteur dans la production de cet état patho­
logique.
Quelques observations présentées par M. Claude Bernard au
sujet de ce travail amènent une réplique de M. Bouillaud. L’ho­
norable académicien soutient que la ligature de la veine amène
toujours l’œdème à sa suite; mais il ne nie pas qu’une lésion des
nerfs vaso-moteurs puisse produire l’hydropisie.
Séance du 27 décembre. — Presque entièrement consacrée à des
questions extra médicales, cette séance nous fournit, cependant,
quelques faits bons à noter :
M. le général Morin annonce que le quinquina officinal est au­
jourd’hui parfaitement acclimaté à l ’île de la Réunion.
M. Personne adresse une note sur la préparation du chloral et
sur les moyens à prendre pour distinguer cet agent — qui est de
l’hydrate de chloral— du chloral avec excès d ’alcool.
Séance du 3 janvier 1870. — M. Coste est élu vice-président pour
l’année 1870.
M. Claude Bernard, président sortant, cède le fauteuil à M. Liouville.
M. Helmholtz est élu membre correspondant de la section de phy­
sique.
M. le docteur Decaisne adresse un travail sur l’allaitement ma­
ternel. Voici les conclusions de cet intéressant mémoire :
« 1° La grossesse, les couches, la lactation doivent être consi­
dérées comme une chaîne naturelle qu’on ne peut rompre sans
préjudice pour la mère et pour l’enfant.
2" Un grand nombre de faits prouvent que la mère qui ne nourrit
pas son enfant est plus exposée à la péritonite, à la métrite, aux
abcès de différentes natures, à certaines maladies chroniques, au
cancer du sein et de l’utérus.
3° Il est d’observation que certains états de l’économie que l’on
considère si facilement comme des obstacles à l’allaitement : la
chlorose, l’anémie, certaines affections de l’estomac, et cet état
qu’on désigne sous le nom vague de faiblesse de constitution, loin
d’être un motif pour le médecin de dissuader la femme de nour­
rir, doivent au contraire l’engager à conseiller la lactation, comme
un moyen de rétablir les fonctions de l’organisme.
i° Je suis bien obligé d ’admettre que certaines femmes ne peu­

�SEUX FILS.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

vent pas nourrir, mais on doit recommander l’allaitement maternel
dans tous les cas où la santé de la femme ne doit pas être compro­
mise, et les cas sont rares, même a la ville, où la femme ne peut
pas remplir ce devoir. (Il est bien entendu, en passant, que je n’ai
pas a m'occuper ici des conditions particulières de fortune, de
profession, d’habitation, etc.) Il ne faut pas se lasser dele répéter,
il n’est pas indispensable qu’une femme soit très-robuste et d’une
santé irréprochable pour nourrir son enfant, tandis qu'il faut être
plus exigeant pour les conditions que doit réunir la nourrice mer­
cenaire.
6° Je pense que ces réflexions doivent être prises en considéra­
tion dans cette grave question de la mortalité et de l’alimenta­
tion des nouveau-nés que tous les règlements administratifs ne
pourront jamais résoudre d’une manière satisfaisante avec les
conditions que nous ont faites les habitudes et les erreurs d'une
civilisation excessive. Mais je crois que si le problème qui s'im­
pose aujourd'hui aux méditations des médecins et des économistes
peut être simplifié en partie, il ne le sera que par le retour a
l’observation des lois de la nature que l’on ne transgresse jamais
en vain, d

était restée intacte : tout le reste de la paupière avait été rongé par le
mal. Il y a aujourd'hui un an que l’opération a été faite : le résul­
tat est complet; la cicatrice est plate et dénuée de tout bourrelet
disgracieux.
M. Guérard présente au nom de M. Seeligman une brochure sur
le bain turc.
M. Devilliers présente un nouvel appareil à fractures imaginé
par M. le docteur Lemaire (de Cosne).
M. J.Guérin présente une brochure de M. le docteur Luis MunoS
(de Mexico) dans lequel l’auteur nie que le vaccin humain ait dé­
généré. M. Guérin profite de l’occasion pour discuter les faits de
syphilis vaccinale présentés par M. Depaul dans la séance du 6
novembre, ce qui amène naturellement une réplique de ce dernier
et une contre-réplique de son adversaire, le tout en termes fort
courtois.
M. Larrey offre à l’Académie un ouvrage intitulé : Conférences
internationales des Sociétés de secours aux blessés militaires des armées
de terre et de mer.
M. le docteur Mignot adresse une observation de fracture non
consolidée du fémur.
M. Vigla, rapporteur, propose pour le prix de l ’Académie (con­
cours de 187li la question suivante: De l'Ictère grave. (Adopté).
M. Alph. Guérin lit un rapport sur le prix Godard.
M. Briquet lit la deuxième partie de son rapport sur le service
général des épidémies pour l’année 1868.

64

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 20 novembre — Suite de la discussion sur la mortalité
des nourrissons. — M. Bourdet signale ce fait effrayant que sur les
9500 enfants de Paris placés directement en nourrice par les parents
la mortalité estdc 71,64 pour 100. A Lyon, cependant, la propor­
tion n’est plus que de 17 ou 19 pour 100, et dans 30 départements
l’inspection médicale instituée par la Société protectrice de l'enfance
a réduit considérablement le nombre des décès. Il est donc possi­
ble d’opposer une digue au mal. Faire disparaître l'allaitement
artificiel, propager et encourager l’allaitement maternel, organiser
l’industrie nourricière, tels sont les piincipaux moyens a employer.
Pour les mettre en pratique utilement, une loi protectrice des en­
fants est indispensable.
Séance du 23 novembre — M. Denonvilliers présente une malade
sur laquelle il a pratiqué avec succès une opération d’autoplastie
pour un cancroïde de la paupière inférieure. La muqueuse seule

65

Séance du 27 novembre. — M. Personne lit une note sur la trans­
formation du chloral, dans l’économie, en acide formique et en
chloroforme.
M. Trélat lit sur l’ulcère tuberculeux de la bouche un intéressant
travail duquel il résulte que cette maladie, qui précède parfois
l’évolution de la tuberculose pulmonaire, est produite, dans cer­
tains cas au moins, par l’évolution de véritables tubercules.
M. Depaul lit les 32 conclusions du rapport rédigé par la Com­
mission de la vaccine animale.
M. J. Guérin lit à son tour des conclusions dans lesquelles l ’action
de la vaccine animale, sans être annihilée, est présentée comme
secondaire et non encore complètement démontrée.
L’Académie adopte les conclusions du rapport de M. Depaul.
A la suite de ce vote, plusieurs membres prennent ù la fois la

o

�66

SEUX FILS.

parole. Les reparties dégénèrent bientôt en un tumulte effroyable.
M. le Président est obligé de lever la séance.
Séance du 30 novembre — Après le dépouillement de la correspon­
dance, plusieurs ouvrages sont présentés à l’Académie, entre autres
la Relation medicale de l'épidémie de typhus exanthématique qui a régné
à Turin pendant l'hiver de 1868, par le docteur Giovanni Ferrini.
A l’occasion du procès-verbal de la dernière séance, M. Bouley
soutient que l’on ne peut inoculer le charbon avec la vaccine.
M. Roussin lit une note sur l'hydrate de chloral. L’auteur croit
que cet agent se transforme rapidement dans l’économie en for­
mante alcalin et en clrloroforme.
M. Devergie lit le rapport général sur les eaux minérales de la
France pour l’année 1868.
M. Baillarger lit un rapport sur le prix Civrieux et propose pour
le concours de 1870 la question suivante : De l’emploi du bromure
de potassium dans les maladies nerveuses. (Adopté).
M. Hardy lit un rapport sur le prix Barbier (Adopté).
L’Académie accorde un encouragement de 1000 francs à M. le
docteur Costallat pour ses travaux sur la pellagre.
Séance du 7 décembre. — M. Miallie donne lecture du discours
qu’il a prononcé sur la tombe de M. Robinet.
M. Depaul présente un travail intitulé : Résumé historique et sta­
tistique de la clinique obstétricale de Turin, par le docteur Francesco
Paventa.
M. le docteur Jeannel lit un travail sur le protoxyde d’azote. Cet
agent, d’après l’auteur, produit une anesthésie plus rapide et plus
courte que celle du chloroforme; de plus il expose moins que ce
dernier à des accidents mortels. Il exige seulement des appareils
d’un emploi peu commode.
M. Broca lit un rapport sur le prix d’Argenteuil. (Adopté).
M. le docteur Péan présente une femme sur laquelle il a prati­
qué, « travers la paroi abdominale, l’ablation d’un kyste de l’ovaire
suivie de l’extirpation complète de Vutérus M

SOCIÉTÉS SAVANTES.

le résultat de ses recherches statistiques sur la mortalité générale
des femmes en couches dans les hôpitaux de Paris. Tandis qu’en
1861 la mortalité était de 8,26 pour cent, elle est tombée, en 1868,
à 1,11. Quant à la mortalité particulière de chaque hôpital elle va­
rie beaucoup : pour l’ITôtel-Dieu, elle est de 0,95; pour l’hôpital des
cliniques, elle s’élève à 13,12 et pour la Maternité, à 28,85.
M. Lorain déclare une fois de plus que la seule mesure efficace
à prendre est la suppression des maternités actuelles et il pro­
pose à la Société de nommer une Commission chargée d’étudier
cette question capitale.
M.M. Lailler, Hervieux, Delasiauve et Moissenet partagent l’opi­
nion de M. Lorain.
La Société décide que la Commission sera nommée dans la pro­
chaine séance.
Séance du 26 novembre 1869. — M. le docteur Hervieux lit un
mémoire intitulé : Note complémentaire sur Vempoisonnement puerpé­
ral. Le poison puerpéral éliminé par la voie utérine, par la voie
hépato-intestinale (vomissements, diarrhée), par la peau, l’air
expiré , les voies urinaires et enfin par la sécrétion purulente , est
absorbé surtout par la voie respiratoire. Il atteint les femmes en
couches, les femmes grosses, les élèves sages-femmes et même les
enfants nouveau-nés. C’est lui — et non les constitutions régnan­
tes ou saisonnières — qu'il faut accuser des ravages produits par
les épidémies puerpérales. Le moyen le plus sûr d ’empêcher ce
poison d’être porté, par les intermédiaires, d’une femme à l’autre, c’est
la généralisation de l’accouchement à domicile ou chez les sagesfemmes et la dissémination des services d’accouchement considé­
rablement réduits en importance et en nombre.
La Commission nommée par la Société pour l ’étude des ques­
tions relatives aux affections puerpérales et aux maternités est
composée de MM. Moissenet, Bourdon, Lorain, Hervieux et Chauf­
fard.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 12 novembre 1869. — M. Besnier lit un rapport sur les
maladies régnantes,
Discussion sur la fièvre puerpérale. — M. Labbé communique

67

Séance du fordécembre 1869. M. Le Fort fait observer que les do­
cuments fournis par un certain nombre de chirurgiens de province
en réponse à l ’appel fait par la Société de chirurgie, ne sont pas
suffisants. Il serait très-important que les résultats statistiques

�CS

SEUX FILS.
JOURNAUX FRANÇAIS.

fournis par la pratique civile fussent nettement séparés de ceux
émanant de la pratique hospitalière.
Une discussion s'élève entre MM. Chassaignac, Guéniot, Blot,
Desprès, Larrey et Giraldès, au sujet des chéloïdes. M. Desprès
affirme sans hésiter que Virchow s’est trompé dans la descrip­
tion anatomo-pathologique de ces produits morbides. M. Giraldès
défend l’école Allemande.
M. Yerneuil communique une intéressante observation d'ané­
vrisme artérioso-veineux par cause traumatique. Il s'agit d’un
jeune homme chez lequel un coup de feu a produit, il y a un mois
environ, une lésion de la veine jugulaire interne et de la carotide
primitive. Jusqu’à ce jour l'abstention a réussi. Faut-il conti­
nuer à marcher dans cette voie?
MM. Le Fort, Guyon, Giraldès, Tillaux et Chassaignac se pro­
noncent pour l’affirmative et repoussent, dans le cas actuel, toute
intervention chirurgicale.
M. Letenneur (de Nantes) adresse deux nouvelles observations
d’ovariotomie : deux guérisons.
M. le docteur Jouon (de Nantes) envoie à la Société la relation
de plusieurs faits intéressants (ovariotomies : observation de té­
tanos chronique).
Séance du 8 décembre. — M. Dolbeau lit une note sur la lithotritie
périnéale. L’honorable chirurgien a pratiqué vingt-deux fois cette
opération : il n’a perdu qu’un seul malade.
M. Reverdin lit un travail sur la cicatrisation des plaies par
seconde intention. L’auteur croit qu’en transportant au milieu
d’une plaie un petit lambeau d’épiderme on produit une sorte de
greffe qui rend plus rapide la cicatrisation des plaies.
M. Demarquay communique une observation de kyste ovarique
détruit et expulsé à la suite de trois applications de chlorure de
zinc. Le caustique avait été placé dans une incision de 15 centi­
mètres pratiquée sur la ligne médiane. Le kyste, après s’ètrc
rompu, se présenta à l’orifice et put être facilement attiré au
dehors.
M. Depaul donne quelques détails sur un cas à peu-près sembable à celui-ci. Il s’agissait dune femme atteinte d’un kyste ren­
fermant un enfant presque à terme. La poche fut ouverte ù l’aide
de la pâte de Vienne.
Séance du Mj décembre. — M. Legouest communique deux ob­
servations de polypes naso-pharyngiens enlevés par le docteur

69

Letenneur (de Nantes.) Ce chirurgien distingué a pratiqué l’uno
de ces deux ablations à travers les os de la face, en défonçant
l'antre d’Highmore.
Une discussion s’engage sur la communication de M. Dolbeau,
relative à la lithotritie périnéale. MM. Trélat et Yerneuil, tout
en reconnaissant que M. Dolbeau pratique la dilatation d’une
manière spéciale et nouvelle, se demandent si l’incision ne doit
pas être préférée à cette méthode. Dans leur opinion, c’est à la
taille médiane, bien plus qu’au procédé de dilatation, qu’il faut
attribuer les succès obtenus par M. Dolbeau.
M. Dolbeau répond que par sa méthode, il laisse intact le bulbe
et évite les hémorrhagies. Ce qu’il croit lui appartenir en propre
c’est l’idée d’ouvrir au calcul une voie prérectale à l’aide d’un di­
latateur. Ce procédé est surtout utile pour les calculs dont les
dimensions dépassent 2 centimètres.
M. Guyon présente trois malades parfaitement guéris. Le prémier avait une plaie pénétrante du genoux, le second un écrase­
ment du pied, le troisième une luxation intrà-coracoïdienne,
vieille de deux mois, qui a été réduite à l ’aide d’une traction de
CO kilogrammes.
M. Verneuil présente un malade opéré d’un enchondrome des
fosses nasales.
M. Panas donne quelques détails relatifs à l’examen nécropsique
d’une luxation de la mâchoire inférieure.
Dr Seux Fils.

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Section de chirurgie.)

M. le professeur Tillaux, chirurgien h l’hôpital Saint-An­
toine, vient de publier dans le Bulletin de thérapeutique, sur la
taille périnéale, un mémoire dans lequel il se propose de bien
indiquer le point où cette opération se trouve aujourd’hui. —
Un exposé historique très-intéressant nous montre trois métho­
des bien distinctes de lithotomie : la méthode de Celse. lam éthode deJean-des-Romains, qui eut l’idée d’introduire un cathéter

�70

OLLIVE.

dans la vessie; la méthode do frère Jacques connue sous le nom
d’appareil latéral et qui n’est autre que la taille latéralisée.-—
Dupuytren pensa que si l’on pratiquait des deux côtés du pé­
rinée une incision à peu près semblable à celle que l’on prati­
quait seulement du côté gauche dans la méthode du frère Jac­
ques, on obtiendrait une voie plus large et on pourrait faire
sortir des calculs plus volumineux. Mais pour réaliser son idée,
Dupuytren eut besoin d’un instrument nouveau, le lithotome
double ; Charrière le construisit et alors fût pratiquée la taille
bi-latérale. Depuis quelques années, grâce aux travaux de
M. Dolbeau, la lithotomie est entrée dans une phase toute
nouvelle. Il a repris l’idée si ingénieuse de Jean-des-Romains,
c’est-â-diroqu'après avoir fait une section médiane sous-bul­
beuse, il fait au canal de l’urèthre une incision d’un centimè­
tre d’étendue, puis il introduit le dilatateur, il obtient ainsi
dans l’épaisseur du périnée un trajet qui commence en avant
de l’anus et finit au col de la vessie. Ce conduit permet l’intro­
duction du doigt sur lequel on fait glisser le lithoclaste pour
fragmenter la pierre et en faire sortir les débris — disons tout
de suite que M. Dolbeau a pratiqué 22 opérations sur des indi­
vidus de tout âge, et il n’a perdu que son dernier opéré,
vieillard de soixante-huit ans qui s’est pendu alors que la gué­
rison était certaine. — En résumé et en l’état actuel de la
science, il y a deux grandes méthodes de lithotomie en pré­
sence : 1* Quelle que soit la direction de l’incision extérieure, le
chirurgien se fraye une voie plus ou moins large en incisant
le col de la vessie et la prostate afin d’extraire la pierre d’un
seul coup ; 2° le col de la vessie et la prostate ne sont jamais
incisés mais dilatés sans déchirure, et la pierre est retirée par
fragments — c’est aux faits, à l’avenir, qu’il appartient de ju­
ger entre ces deux méthodes.
La science possède un certain nombre d’exemples de gué­
rison de la pierre par l’issue spontanée du corps étranger â
travers le périnée, le vagin ou le rectum, ces faits sont cepen­
dant assez rares. M. Amussat vient de publier l’observation
d’un malade chez lequel la pierre est sortie spontanément
après un phlegmon du fourreau de la verge et du tissu cel­
lulaire des bourses.

JOURNAUX FRANÇAIS.

71

h'Union médicale nous rapporte la relation d’une opération
fort grave, c’est la ligature temporaire de l’aorte abdominale.
Cette opération a été faite à l’hôpital de Dublin, sur un homme
de cinquante ans, atteint d’une tumeur pulsatile qui s’étendait
depuis le ligament de Poupart jusqu’à un pouce au dessous de
l’ombilic. — Cette tumeur occupait l’iliaque droite et la partie
supérieure de la fémorale. — La tumeur ayant été mise à dé­
couvert, M. Stockes reconnut qu'elle avait contracté des adhé­
rences avec l ’iliaque primitive et que la ligature de celle-ci
était impossible; il passa alors un fil d’argent autour de l’aorte
au-dessus de sa bifurcation et exerça des tractions jusqu’à ce
que tout battement eut cessé dans la tumeur. Nous devons ajou­
ter que, malgré les plus grands soins, l’opéré n ’a survécu que
treize heures à cette opération. — Cependant M. Stockes ter­
mine sa relation en disant que cette opération redoutable
peut être faite et faite avec succès.
Nous ne devons pas passer sous silence une méthode d’abla­
tion des tumeurs par le cautère actuel avec emploi du clamp.
Cette méthode, quipeut remplacer l’écrasement linéaire,est ap­
pliquée avec succès par MM. Pean et Maisonneuve. Elle consiste
dans l’emploi de cautères tranchants en forme de gouges de
différentes grandeurs. Un clamp saisit la tum eur par sa base
ou son pédicule et une fois étranglée, au moyen du cautère
chauffé au rouge, en opère l ’ablation en traversant la base ou
le pédicule. La tumeur est aussi enlevée avec une certaine cé­
lérité et sans faire courir aucun risque d’hémorrhagie.
L’idée d’employer l’électricité à la constatation de la pré­
sence dans nos tissus d’un corps étranger métallique appartient
à M. Favre professeur à notre école de médecine. S’appuyant
sur les idées énoncées par notre savant professeur de chimie,
M. Savarret vient de présenter un ingénieux instrum ent dont
nous trouvons la description dans la Gazette hebdomadaire. —
Tout le monde sait que les corps métalliques sout bons condu—
teurs de l’électricité. Si donc l’on enfonce dans l’épaisseur de
nos tissus, mais en empêchant leur contact, deux stylets atta­
chés à deux fils communiquant avec les réophores d’une pile
électrique, au moment où les deux stylets toucheront un corps

�72

OLLIVE.

métallique quelconque, le circuit sera complété et le galvano­
mètre accusera rétablissement du courant. — 11 existe cepen­
dant une difficulté. L’eau est bonne conductrice de l’élec­
tricité, et les tissus vivants étant plus ou moins imprégnés
de liquide peuvent favoriser le courant et devenir ainsi une
cause d’erreur. M. Favre n’employait pour éviter cet inconvé­
nient que des courants très-faibles ; M. Ouvré, au contraire,
s’est appuyé sur le principe démontré par M. C. Bernard, qui
est ainsi conçu : un courant, même assez énergique pour dé­
composer l’eau, ne peut trouver dans l’eau un assez bon con­
ducteur pour agir sur le trembleur des appareils d’induction,
et il faut, pour que le courant passe, le contact avec un corps
métallique. Puisque nous parlons maintenant des applications
de l’électricité à la chirurgie, qu’il me soit permis d’émettre
une idée que depuis 1858 j ’aurai voulu rendre pratique. Ayant
assisté pendant plusieurs séances à une cautérisation d’une fis­
tule vésico-vaginale, je fus frappé de la difficulté d’introduire
dans le pertuis de la fistule une petite tige métallique préala­
blement chauffée au rouge, cette opération était cependant
faite par un de nos chirurgiens les plus exercés et les plus ha­
biles, je pensais que l’on pourrait faire pénétrer deux'conducteurs métalliques, l’un par le vagin, l’autre par l’urèthre, et
après avoir préalablement introduit dans la fistule une pe­
tite tige très-mince de platine, la mettre en contact avec les
conducteurs, elle deviendrait rouge et même rouge-blanc et
l’on obtiendrait aussi sûrement la cautérisation que l’on veut
produire — il suffirait pour cela de posséder un multiplicateur
assez fort, et il en existe qui, sous un volume assez restreint,
fournissent des étincelles de un centimètre et demi. — Depuis
que je voulus faire cette application pratique de l’électricité,
j ’ai vu le couteau galvano-caustique, qui est fondé sur le vieux
principe. Je crois donc que pour faire une cautérisation dans
un pertuis très-étroit, le procédé que j ’indique serait parfaite­
ment applicable, à condition toutefois que l’on puisse établir le
courant électrique.
M. Lebert, de Nogent-le-Rotrou,adresse k VAbeille médicale
une lettre dans laquelle il constate une fois de plus les bons

JOURNAUX ESPAGNOLS ET PORTUGAIS.

73

effets du massage associé aux applications de laudanum pour
la guérison de l’entorse, pendant les 12 ou 24 premières heu­
res après la blessure ; il fait sur le membre des frictions avec
le laudanum et pendant l’intervalle des frictions il applique
des cataplasmes froids arrosés de laudanum .— Au bout de
vingt-quatre heures le gonflement et la douleur ont disparu ;
il applique un bandage roulé amidonné qui, une foissec, per­
met au malade de sortir et de vaquer à ses occupations. — Si
l’on pense combien est longue la cure de l’entorse dans cer­
tains cas. on ne peut qu’essayer la méthode de M. Lebert
qui promet de si prompts résultats.
Depuis quelques années on a employé la solution d’acide
phénique dans le pansement des plaies et l’on sait que ce
médicament a l’avantage de diminuer la suppuration, de
détruire les monades, les vibrions et partant d’empêcher la
fermentation.M. Giraldès a publié dans le Mouvement médical
une leçon dans laquelle il vante les bons effets de Facide
thymique. Il a constaté, dit-il ,1a supériorité de Facide thy­
mique sur Facide phénique — Facide thymique est retiré
du thym et possède l’odeur agréable de cette plante. Il peut
servir étant concentré à la cautérisation des nerfs dentaires ; à
la dose de un gramme pour un litre d’eau il constitue un excel­
lent désinfectant. Enfin pour le pansement des plaies, M. Gi­
raldès emploie la formule suivante :
Acide thym ique.
2 à 4 grammes.
Alcool ................ 100 grammes.
E a u .................... 900
»

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
JOURNAUX ESPAGNOLS ET PORTUGAIS.
Deux observations de tétanos guéri par le bromure de potas­
sium à la dose de 2, 4, 5 et 7 grammes par jour dans le pre­
mier cas et de 10 et 14 grammes par jour dans le deuxième —
Gazzeta medica de Lisboa— 28 Juin.

�71

SAUVET.

— Cas graves et non décrits jusqu’à ce jour de l’hypertrophie
générale de l'utérus.—M, le Dr Santiago Casas, de Madrid, déjà
connu par ses travaux de Gygnécologie et sur les maladies des
enfants, publie dans le Progrès médical, de Cadix, quatre obser­
vations d’hypertrophie générale et très-grave de l’utérus. Les
auteurs qui se sont occupés des maladies de cet organe, ont
attaché peu d’importance à cette affection. M. le professeur
Courty, de Montpellier, dont les travaux sont plus complets,
a seul décrit avec soin quelques cas analogues à ceux que
nous allons citer, il a su les distinguer de l’état inflamma­
toire ou congestionnaire, mais ses inductions pronostiques
indiquent qu’il n’a pas eu l’occasion d’observer des cas aussi
graves que ceux du médecin de Madrid.
La première malade était une femme de 40 ans ayant eu un
enfant et deux avorteménts. — Depuis deux ans les menstrues
étaient irrégulières et toujours précédées de fortes douleurs.
La tumeur était énorme et occupait tout l’espace compris en­
tre le pubis et l’ombilic. Avec des proportions monstrueu­
ses, elle représentait très-exactement un utérus normal. Au
toucher on sentait uue antéversion considérable; le col trèsincliné en arrière touchait presqu’au sacrum avec un abaisse­
ment considérable, il était volumineux, son orifice vaginal
très-irrégulier, comme déchiré, transversalement ovoïde, assez
dilaté pour laisser passer la moitié de la première phalange de
l’index, un peu fongeux; les autres parties présentaient une
dureté presque cartilagineuse. L’examen au spéculum confir­
mait ces données. Le vagin était très-dilaté, un peu injecté et
un peu humide. L’embonpoint de la malade avait diminué,
son appétit était à peu près nul, elle vomissait fréquemment
des matières séro-muqueuses, éprouvait des vertiges et des
troubles de la vue, quoique les organes de la vision fussent en
bon état. Tous ces symptômes joints au développement de la
tumeur, qui n’avait pas discontinué depuis deux ans, donnè­
rent à l’observateur la certitude qu’il avait affaire à une hy­
pertrophie générale de la matrice. Cette femme succomba peu
de temps après l’examen du D' Casas.
Le sujet de la deuxième observation était une couturière de
2G ans, non mariée, et dont la pureté de mœurs ne pouvait être
suspectée, qui d’ailleurs n’offrait aucun des signes ordinaires
de la grossesse; — mômes symptômes du côté du tube diges­

JOURNAUX ESPAGNOLS ET PORTUGAIS.

Tô

tif, môme troubles de la vue, môme aspect de la tumeur. Le
médecin n’a pas pu continuer à l’observer non plus que la
troisième malade dont l’iiistoire est identique à la précé­
dente.
Le quatrième cas se rapporte à une dame d’une trentaine
d’années, mariée depuis 8 ans, ayant eu une métrorhagie dans
les premiers mois de son mariage, et n ’ayant jam ais présenté
désignés de grossesse. Depuis deux à trois ans elle éprouvait
presque constamment des douleurs plus ou moins fortes dans
les régions lombaires et dans les cuisses. Les menstrues, de
plus en plus irrégulières et peu abondantes furent suppri­
mées en novembre 1867, à la môme époque des nausées et des
vomissements se manifestèrent, puis des vertiges qui ne ces­
saient que quand la malade gardait dans son lit, la position
horizontale ; plus tard des troubles dans la vision et des syn­
copes fréquentes. L’abdomen était le siège d’une énorme
tumeur semblable à celle que portait la première malade ; le
col utérin était très-volumineux, très-dur, sans inégalité ni
ulcération; il y avait également une antéversion de l’utérus
prononcée. Vers la fin de décembre, elle fut atteinte d une
hémorrhagie buccale qui fut prise d'abord pour une hém opthysie puis pour une hématémèse, ce qui contrastait avec
l’intégrité des poumons et de l’estomac constatée la veille et
que l’auteur de l’observation a attribuée à une simple exha­
lation par la lèvre inférieure vers la commissure gauche. La
malade succomba vers le milieu du mois de février 1868.
Le docteur Casas discute ensuite le diagnostic différentiel
de la tumeur que présentaient ces quatre malades et il établit,
avec beaucoup de discernement, qu’il n'a pu avoir affaire qu’à
une hypertrophie générale de l’utérus. Mais, dans ces cas,
ajoute-t-il, quels sont les tissus de l’utérus qui sont le siège
de l’hypertrophie ? quel est le véritable point de départ de
cette affection ? quel est le traitement le plus convenable et
quelles sont les chances de guérison ?
L’auteur pense qu’il n’est pas encore possible de répondre
exactement à ces questions, il est cependant porté à croire que
tous les tissus de l’utérus participent à l’hypertrophie; que son
point de départ est dans la dysménorrhée observée dans les
quatre cas, c’est-à-dire dans l’excès de l’afflux du liquide n u ­
tritif dans l’utérus qui n’était pas suffisamment expulsé; que

�70

TRIBUNAUX.

cette dysménorrhée ne dépendant pas d’u n obsl acle mécanique,
il faut en rechercher la cause dans les vaisseaux capillaires do
1!utérus lui-même et dans les tissus qui les renferment.
Quant au traitement, il pense que des applications de sang­
sues pourraient offrir quelques avantages dans les premiers
mois de la maladie, quand l’anémie générale n’est, pas bien
prononcée; que celle-ci doit être combattue par les ferrugineux
et le quinquina qui, en tonifiant l’état général, peuvent dimi­
nuer et même faire disparaître la fluxion locale, comme cela
arrive dans certains cas de congestion utérine grave; que l’ad­
ministration des toniques devrait être appuyée par celle du
sous-nitrate de Bismuth et des opiacés quand les phénomènes
gastriques l’exigeraient; enfin, il conseille par dessus tout
l'usage de l’hydrothérapie à laquelle il se propose de recourir
dans les cas analogues qui se présenteront désormais à son
observation.— El Progresse) médico 1" et 15 Julio 1869.

TRIBUNAUX.

Le Corps médical ne lira pas sans intérêt un jugement que
vient de rendre le tribunal de Marseille (2* chambre), statuant
sur le rang qui doit être assigné au privilège du médecin, pour
frais de dernière maladie, en concours sur le prix avec les pri­
vilèges spéciaux de l’art. 2102 et notamment avec le privilège
du bailleur pour les loyers à lui dus.
Malgré l’opinion des commentateurs les plus considérables,
et même de tous les jurisconsultes qui ont pris part h la ré­
daction du Code Civil ou à sa discussion devant le Tribunat
(Grenier, Tarrible, Malleville, Favard, Treilhard) quelques
auteurs ont soulevé une vive controverse sur cette question
pour faire accorder la primauté aux privilèges spéciaux sur
certains meubles. M. Troplong, dans son Commentaire sur le
titre des privilèges et hypothèques, tom. I, n° 74, s’élève for­
tement contre cette théorie et se résume ainsi :
« Tous les privilèges généraux énumérés dans l'article 2101
« reposent sur des services rendus à l’homme; tandis que les

TRIBUNAUX.

77

« privilèges spéciaux sont fondés sur la propriété ou sur la
« possession, sur des raisons de crédit particulier et de spé« culation, sur des services rendus à lachose. Or, ne serait-ce
« pas tomber dans un matérialisme dégradant, que d’attribuer
« à ces derniers privilèges une préférence sur ceux qui sont
« destinés ;ï encourager les devoirs de l'hum anité et les soins
« dus à la personne ? Autant, l’homme est au dessus de la chose,
« autant les droits énumérés dans l’article 2101 sont plus émi« nents que les privilèges de l’article 2102. C’est ce que le Code
« civil a senti, car il a été inspiré par une philosophie spiri­
te tualiste qui le place au plus haut rang parmi les œuvres de
« la codification. »
Ce sont de semblables motifs qui ont dicté au tribunal ce
jugement qui est devenu définitif, n ’ayant pas été frappé
d’appel et ayant été exécuté par les parties :
Ouï M. Négretti, juge-corumisaire, en son rapport,
Les défenseurs des parties,
Et M. Clappier, substitut de Monsieur le Procureur impérial, en
ses conclusions,
Vu le règlement provisoire de la distribution par contribution
ouverte sur le prix du mobilier du sieur de G ........, et le contredit
élevé par le sieur R ......... . réclamant pour son privilège de lo­
cateur, la priorité de rang avant les privilèges sur la généralité
des meubles,
Attendu que les privilèges généraux de l'article 2101 du Code
Napoléon dérivent de la nature de la créance ; qu’ils sont fondés
sardes raisons de justice, d’ordre public et d’humanité ; qu’en
effet, les frais de justice profitent a tous les créanciers, que les
frais funéraires, ceux de dernière maladie, les salaires des gens
de service, les fournitures de subsistances ont pour but de rendre
les dernière devoirs au débiteur, de le secourir a sa dernière
heure et dans les moments les plus critiques de son existence ;
qu’en un mot, tous ces privilèges reposent sur des idées de l’or­
dre le plus élevé ;
Que le privilège du bailleur, au contraire, comme tous les au­
tres privilèges spéciaux sur certains meubles, a sa cause et son
principe dans la convention des parties; qu’il dérive uniquement
de la nature du contrat ; que la préférence qui lui est accordée
est due non pas à la qualité de la créance, mais bien aux sû­
retés que crée en sa faveur, une sorte de constitution tacite
de gage;
Qu’à ce premier point de vue, les privilèges généraux de l ’ar­
ticle 2101, qui n’est qu’une application de l’article 2006, doivent
avoir le pas sur le privilège spécial du bailleur ;
Attendu que la prédominance du privilège général sur le privi­
lège spécial résulte encore de farticle 2105, d’après lequel les
privilèges généraux de l’article 2101, s’exerçant à défaut de mo-

�cl Fièvres typhoïdes.

—

A n g in e s

Bronchites.

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0,40
73.83
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!

Fièvres rémiltenles
et bronchites.

------------------------

MÉDICALE.

CONSTITUTION

,
&lt;=&gt;

s

9,40

Avocats : M" Aicard, pour le sieur R........., propriétaire.
PI. Racine, pour le D' C....... et autres créanciers.
Avoués : M'* Feautrier. — Larguier. — Lemée. — Mabily.

I
g / 'umumijH
a\
*a&gt;I
§ 1•umunxcj
E-*\

759,50 13,32

pier ^^iam^re’ Pr®sident, M. Gamel; ministère public, M. Clap-

10,33

Du dix août mil-huit cent soixante-neuf, Tribunal Civil de
Marseille.

13,50

Ordonne que le sieur de G.........sera subrogé aux droits de la
Regie des inhumations et colloqué à son lieu et place, condamne
le sieur R.........aux dépens de la contestation, distraits au profit
des avoués qui en ont fait les avances.

13,88

Ay...., qui est rejeté pour cette somme au rang des créan­
ciers ordinaires,

o/
-al -ouuoiopi

760,34 17,04

Maintient le règlement provisoire de distribution dressé par
Monsieur le Juge-Commissaire,
Ordonne qu’il sera exécuté selon sa forme et teneur, sauf en ce
qui concerne la collocation de 63 francs au profit du sieur

.1

HJ

^

II

bilier sur les immeubles, priment les privilèges spéciaux de 1 ar­
ticle 2103 ; qu’on ne saurait concevoir que les privilèges gene­
raux, préférables au privilège du vendeur impayé de 1immeuble,
fussent vaincus p arle privilège spécial du bailleur, alors que
c’est sur les meubles que s’exercent les privilèges ;
Attendu que la conséquence du système qui accorde la préfé­
rence au bailleur sur les privilèges généraux est de faire primer
les privilèges spéciaux sur les immeubles par le bailleur, puis­
que les créanciers qui tiennent de la loi un privilège general
viendront reprendre sur les immeubles tout ce que le bailleur
aura reçu avant ceux sur le mobilier aux termes de 1 arti­
cle 2105*, qui cependant n’accorde la préférence qu’aux privi­
lèges généraux ;
*
Attendu, enfin, qu’à la différence des hypothèques, dont 1 auto­
rité détermine le rang, despriviléges postérieurs en date sont pré­
férables aux autres , que sous ce rapport même le privilège
du sieur R........., né avant les privilèges généraux, doit venir
après ;
Qu’il y a donc lieu de maintenir le classement qni a été fait par
le Juge Commissaire ;
Attendu néanmoins, que la créance du sieur W __ _ marchand
tailleur, pour vêtements fournis au sieur de G....... , n ’a point le
caractère d’une fourniture de subsistance, qu’il y a lieu de la re­
jeter du rang des créances ordinaires, que les frais faits en son
nom doivent seuls être admis par privilège comme ayant pro­
curé la distribution ;
Attendu, en outre, que pendant le cours de l’iustance, le sieur
de G......., frère du dit sieur de G......... a remboursé à la régie
des inhumations le montant des frais funéraires, qu’il estjuste
de le colloquer aux lieu et place de cette dernière ;
Par ces motifs :
Le Tribunal,

l

fÉ )

m é t é o r o l o g ie

TRIBUNAUX.

des observations nrétéorologiqies faites à l'Hôpital Militaire de Marseille dans les mois d'Oclobre, novembre et Décembre 1869

78

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�( a n c i e n n e U n io n M édical© d e l a P r o v e n c e )

7mo Année. — N ° 2 , - 2 0 Février 1870.

ESSM SUR LES ERA.CTURES OUVERTES
du tiers supérieur de la jambe.

— On nous assure que, dans les premiers jours du mois de mai,
s’ouvrira à notre école un concours pour la place de professeur
suppléant (clinique chirurgicale et pathologie externe), laissée
vacante par la nomination de M. Chapplain comme professeur
adjoint de clinique chirurgicale.
— M. le docteur iMillou a été nommé officier du Nicliam Ifftikar.
— Dans le courant du mois dernier, M. le docteur Picard, chi­
rurgien adjoint des hôpitaux, avait demandé a la Société impé­
riale de medecine de Marseille l’autorisation de faire un cours
d’embryologie dans le local de la Société. Désireuse d’encourager
le zèle de notre confrère et jalouse de prendre part au mouvement
intellectuel qui s'accentue de plus en plus dans notre ville, la
Société s’est prononcée a l’unanimité en faveur de la demande.
Le cours du docteur Picard a été inauguré le 14 de ce mois ; il a
lieu le vendredi de chaque semaine, a M heures, dans la grande
salle de la Société de medecine.
— L’Académie de médecine, dans sa séance du 11 janvier, a
décerné un prix de 5000 francs à M. le docteur Joseph Corradi,
chef de clinique chirurgicale à l’institut supérieur des études
pratiques de Florence (Italie) ; un prix de 2000 francs à MM. Mallez et Tripier, et un prix de 1200 fr. aM. Corlieu. MM. Guerder, Foville, Pize, Costallat, Chauvel, Baudon et Reliquet ont obtenu cha­
cun un prix de 1000 fr.; M.Peon, un prix de 800 fr.; M. Mauny un prix
de 500 fr. Des mentions honorable sont, en outre, été accordées à M.
le docteur O. Larcher, à M. Cornillon, interne de l'hôpital SaintAntoine, et à M. le docteur Rotta, médécin à Varallo-Sesie (Italie).
Dans la même séance, des médailles d’or, d’argent et de bronze
ont été distribuées à un certain nombre de médecins des épidémies,
et à quelques médécins inspecteurs des eaux minérales.
Dr Seux, fils.
A. F abre.

(Suite et fin.)

De toutes les fractures de jambe, celles des tiers supérieurs
sont de beaucoup les plus rares. Malgaigne n ’en compte que
deux dans un relevé de 07 fractures de ce segment du membre
inférieur.
Elles sont produites, on pourrait dire toujours par cause
directe, attendu que les fractures par contre-coup ont ailleurs
un lieu d’élection et de p lu s, celles dont parlent Boyer ,
À. Coopcr, Dupuytren, Boyer fils, Malgaigne, correspondent
foutes au point d’application de la violence extérieure ; aussi
peuvent-elles siéger au dessus ou au dessous de rarticulation
tibio-péronière supérieure.
La cause fracturante agit à peu-près toujours sur la partie
antérieure ou interne du tibia, parce qu’elle est la plus exposée;
et si, d’un autre coté, la même force était appliquée à la partie
postérieure, les masses musculaires qui s’y trouvent et la flexion
du genou empêcheraient probablement la fracture.
Lorsque la fracture siège au dessus de l'articulation tibiopéronière, elle peut-être transversale ou oblique en haut et
en arrière (obs. II et IV), le fragment supérieur peut être di­
visé en deux (obs. V) ou plusieurs fragments et l’articulation
du genou est ouverte.
0

�82

POUCEL.

Lorsqu’elle siège au dessous de ce point, l’extrémité supé­
rieure de l’os est divisée en plusieurs fragments dont les dispo­
sitions varient pour chaque fracture. — Le péroné, protégé par
les chairs et devenu plus mobile par la fracture du tibia, reste
souvent intact (obs. III) excepté toutefois lorsque la violence
extérieure a été trop considérable (obs. II et IV).
L’intégrité du péroné qui sert d’atelle aux fragments du
tibia, explique fort bien, lorsqu’elle existe, pourquoi on n’ob­
serve ordinairement pas de déplacement ; cependant il est in­
contestable aussi qu’on ne l’observe pas davantage dans les cas
où la solution de continuité porte sur les deux os. À. Cooper
parle de fractures obliques de l’extrémité supérieure du tibia
et du péroné qui ne furent suivies d’aucun déplacement. Si
donc la conservation du péroné est une bonne raison pour
certains cas, il faut penser que, quand il est fracturé, ce sont
des lambeaux de périoste qui retiennent les fragments unis,
les dentelures osseuses qui se pénètrent, la grande étendue
des surfaces de contact, les muscles insérés sur les faces posté­
rieure et externe devenus agents contentifs des fragments qui
ne se sont pas déplacés suivant l’épaisseur. Cependant, il peut
exister un léger déplacement, suivant l’axe du membre, ca­
ractérisé par un écartement des fragments en avant ; ceci s’ob­
serve lorsque (obs. II) la section suit la direction d’un plan qui
passerait au devant des ligaments latéraux de l’article et en
dessous de l’insertion du ligament rotulien , ou bien encore
lorsqu'il y a du spasme musculaire on que le membre est mal
soutenu. Lorsque la violence a été portée très-loin, il peut y
avoir tous les degrés au déplacement comme aussi tous les
degrés de l’attrition des parties molles ; dans l’obs. IV le
fragment inférieur est luxé sur le fémur. Boyer dit avoir vu
une fracture fermée de la partie supérieure du tibia produite
par un coup de pied de cheval, dans laquelle les fragments
avaient éprouvé un déplacement assez grand suivant la di­
rection de l'os et auquel il fut impossible de remédier, en sorte
que le tibia resta cambré dans sa partie antérieure.
Nous diviserons les accidents en primitifs, en secondaires,
que l’on peut regarder comme des complications, et en acci­
dents tardifs.

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

83

Les premiers sont, ainsi que l’anatomie nous l’apprend, une
conséquence obligée de cette sorte de lésion. L'impuissance
du membre suit la fracture. Il se fait par la plaie une hémor­
rhagie souvent abondante qui provient des surfaces osseuses ;
le sang baigne les fragments, refoule les parties molles, s’iniïltre à travers leurs divers plans, pénètre dans l’articulation
si elle est ouverte et la distend.
Les lèvres de la plaie peuvent rester froides pendant quel­
ques heures, mais bientôt la stupeur locale se dissipe, la cha­
leur survient qui précède et accompagne l’engorgement in ilammatoire, lequel s’étend aux parties molles, au périoste et
au canal médullaire, produisant un phlegmon, une périostite
et une ostéo-myélite.
C’est cet engorgement inflammatoire qui va faire courir le
premier danger au malade, en désorganisant les parois du
foyer, la moelle des fragments, en même temps que se fera la
décomposition putride du sang épanché. 11 commence comme
toute réaction qui suit les grands traumatismes du premier
au deuxième jour chez les sujets doués d’une assez grande
susceptibilité nerveuse ; ceux au contraire dont le sang est trèsplastique et la sensibilité peu développée n ’en seront atteints
que du troisième au sixième jour. A ce moment, des liquides
sont déversés en plus grande quantité ; ils se mélangent à ceux
contenus dans le foyer et s’altèrent bientôt, deviennent fétides
et mélangés de bulles d’air. Les tissus qui entourent la plaie»
sont très-douloureux, rouges et tuméfiés d’abord, puis les
liquides septiques trop longtemps en contact avec eux finis­
sent par produire des infiltrations putrides et purulentes qui
conduisent à des gangrènes plus ou moins étendues.
À la décomposition locale peut alors s’ajouter l’intoxication
putride du sang. Cette intoxication se fait à la fois par les vei­
nes et par les vaisseaux lymphatiques et le transport des virus
par ces deux voies est tellement manifeste que, d’un côté, le
sang éprouve instantanément, pour ainsi dire, des changemen ts
parfaitement en rapport avec l’état local, et d’un autre côté
c’est pendant et après la période de réaction que l’on observe
un retentissement sur les ganglions superficiels et profonds

�Si

POUCEL.

du triangle de Scarpa et de plus, si la plaie est le siège de phé­
nomènes inflammatoires, purulents, putrides, gangréneux,
nous aiu-ons des ganglions enflammés, purulents, putrides,
gangreneux.
Lorsque l’articulation est ouverte, elle s’enflamme, les liqui­
des qu’elle renferme subissent la même décomposition. Or,
comme la membrane qui la tapisse est le siège d’un travail ac­
tif de secrétion et d’absorption (ce dont on peut se convaincre
par l ’observation clinique et par des expériences sur les ani­
maux), on observera alors, naturellement des phénomènes
plus prompts d’intoxication, et c’est pour cette raison aussi que
l’on voit se dessiner au-dessus de l’article des traînées rougeâ­
tres de vaisseaux lymphatiques et veineux qui ont été irrités
ou enflammés par le contact des matières septiques absor­
bées (obs. IV).
Cette ouverture de l’articulation peut être également secon­
daire; lorsque, par exemple, la fracture siège au-dessus de
l’articulation tibio-péronière, le fragment supérieur a peu
d’épaisseur, et si, ce qui est bien probable, le tissu médullaire
de ce fragment s’enflamme en totalité, il entraîne la nécrose
de l'os, le décollement du cartilage, et alors les liquides septi­
ques et l’air ne trouvent plus d’obstacles pour pénétrer dans la
cavité articulaire.
Les symptômes infectieux seront différents suivant les de­
grés dont la gravité est proportionnée à l’intensité de l ’intoxi­
cation et à la faiblesse des sujets. Nous pourrons observer la
forme chronique, autrement dite fièvre hectique, qui conduit
à la mort par le marasme(obs. V) ou bien la forme aiguë, dans
laquelle la fièvre réparait, la langue est sèche, la peau prend
une teinte terreuse, la diarrhée survient très-abondante et fé­
tide, le délire et enfin bien souvent la mort (obs. I, III, IV).
Cette terminaison est malheureusement très-fréquente dans
ces sortes de lésions et la cause en est probablement en ce que
la plaie cutanée est située de façon à ce que les matières en dé­
composition croupissent dans le foyer en contact immédiat et
permanent avec des tissus dénudés ; de plus, il est hors de
doute que l’altération de la moelle remonte aussi plus ou

FRACTURES OUVERTES DE LA. JAMBE.

85

moins haut dans le tissu spongieux dont le cloisonnement,
multipliant les surfaces d’absorption liquide et gazeuse, m ul­
tiplie les chances d’intoxication de l’économie. Le malade peut
rester longtemps exposé aux dangers de l’infection putride,
nous en voyons un (obs. III), m ourir le vingt-deuxième jour
après l ’accident ; cette période peut être encore beaucoup plus
longue.
Après quelques jours, l’engorgement inflammatoire aboutit
à la suppuration ; les parties molles qui forment les parois du
foyer et le tissu médullaire frappé de phlogose dans une éten­
due variable suppurent également. La suppuration du tissu
médullaire doit être regardée comme extrêmement grave parce
qu’elle entraîne l’oblitération des vaisseaux centraux, le dé­
collement du périoste correspondant, et que de plus elle peut
gagner de proche en proche toute la longueur du canal.
Or, comme le pus phlegmoneux a de la tendance à déter­
miner une inflammation suppurative dans tous les tissus, avec
lesquels il est en contact, principalement dans le tissus cellu­
laire, il envahit la gaine ostéo-fibreuse externe ou de préfé­
rence encore le tissu cellulaire du creux poplité (obs. I), et
celui surtout qui sépare les muscles de la région postérieure
(obs. I, III et IV) ; dans ce dernier cas, il vient trouver le plus
souvent une voie de dégagement à la partie moyenne et interne
de la jambe.
Pendant que le pus creuse ces vastes clapiers, tous les simptômes de l’infection putride peuvent se montrer, et le malade
y est d’autant plus prédisposé qu’il est épuisé par l’abondance
de la suppuration ; mais on peut aussi voir apparaître des accès
fébriles à forme intermittente précédés de frissons violents qui
annoncent l’invasion et les progrès du m al; le pus diminue
dans la plaie qui devient blafarde, le membre s’œdématie, le
teint du malade devient ictérique, terreux; dans diverses ar­
ticulations, dans les organes parenchymateux, des douleurs
se montrent qui accompagnent la formation de collections
purulentes ; en un mot, nous voyons se dérouler la série des
phénomènes que produit le passage du pus dans le sang, par
suite d’une inflammation des vaisseaux, d’une ostéophlébite.

�86

POUCEL.

Monod a voulu expliquer la fréquence de l’infection puru­
lente dans la suppuration de la moelle du tissu spongieux, en
disant que les veines adhérentes au tissu aréolaire ne peuvent
pas se rétracter, restent béantes et absorbent le pus. Cette in­
terprétation n’est, que spécieuse, et l ’infection purulente ne se
produit pas ici par un autre mécanisme que partout ailleurs;
elle est seulement plus fréquente à cause delà facile destruction
des tissus qui enveloppent les radicules veineuse du tissu mé­
dullaire, lesquelles sont alors plus disposées à l’inflammation
suppurative.
Mais ce ne n’est pas tout, nous avons vu (obs. V) qu’une
fracture fermée peut se convertir, au bout de quelques jours,
en fracture compliquée par la chute de quelques tissus gangrenéspar contusion. Nous avons vu (obs. I, V, Vil) que le pé­
rioste se décolle souvent dans une certaine étendue. Ce décol­
lement peut être le résultat de la violence qui a produit la frac­
ture, ou suivre, ainsique nous l ’avons dit, la destruction du
tissu médullaire; c’est là un fait pathologique connu de tous
les expérimentateurs et dont Roux (de Paris) a tiré parti pour
combattre la trop grande saillie de l’os dans un moiguon ; il
dilacérait la moelle jusqu’au point où il voulait faire remonter
la nécrose ; le périoste correspondant ne tardait pas à.se décol­
ler, et l'os privé de vaisseaux nourriciers était frappé de mort.
Le même phénomène se reproduit ici : les extrémités osseuses
dépourvues de périoste, privées de vaisseaux centraux, se mor­
tifient aussi. Ces séquestres, qui occupent toute l’épaisseur de
l’os, ne pourront être ébranlés que s’il se développe une couche
de bourgeons interstitiels dans la zone limitante. Nous ne ver­
rons cette couche se former que si l’état organique du blessé
est excellent; elle est donc d’un augure favorable bien que
cependant elle otfre encore quelques dangers à cause de l'abon­
dante suppuration qu’elle produit. Mais si avec ces dispositions,
au heu de présenter une nécrose totale, l’os est mortifié à peu
de profondeur, ou bien encore s’il présente une nécrose totale
qui s’élève à peu de hauteur dans les fragments, nous verrons
cette lame onces anneaux osseux être détruits par exfoliation
insensible ; alors les bourgeons se rapprochent, la plaie se com­

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

87

ble, et si le membre est m aintenu dans une immobilité com­
plète, ces granulations se pénètrent de corpuscules osseux, et
la soudure se fait par l’interposition d’une lame de tissu com­
pacte. Gette marche favorable sera encore plus rapide si le pé­
rioste n’est pas décollé, et que l’os soit divisé en un seul point,
car, il ne faut pas oublier que la vitalité du fragment supérieur
est bien suffisante pour fournira ce processus réparateur. Mais
ces cas doivent, être bien rares, puisque le périoste se décolle
dans toute la hauteur correspondante à la destruction du tissu
médullaire, et que celui-ci, enflammé, dans de semblables
conditions, suppure encore plus facilement que tout autre
tissu.
Dans le cas où le malade est arrivé à un degré très-avancé
d'épuisement, on ne voit ni dans les parties molles ni dans
le squelette le moindre travail de réparation et les os nécrosés
restent dans la plaie baignés par les liquides septiques qui s'y
acumulent; il se forme dans l’épaisseur du tissu spongieux
des excavations purulentes qui peuvent déterminer des sym­
ptômes de résorption promptement mortelle; ou bien de nou­
veaux abcès produits par la carie se forment autour des frag­
ments, s'ouvrent au dehors et restent listuleux: à ce degré la
mort doit être la terminaison la plus ordinaire.
On peut voir en outre survenir toutes les complications des
plaies : l’érysipèle simple ou épidém ique, la diphtérie, le
phagédénisme, la dégénéresence fongueuse, la pourriture d’hô­
pital, une artérite oblitérante, une phlébite des gros troncs, le
tétanos, etc.
En résumé donc les fractures compliquées du tiers supérieur
de la jambe sont graves :
1° Parce qu’elles sont accompagnées de phénomènes de dé­
composition du sang épanché et des éléments de la moelle qui
prédisposent à l’infection putride ;
2°Parce qu’elles produisent des suppurations diffuses qui, ici
comme partout où se trouvent réunis la texture spongieuse, et
des plans cellulo graisseux, favorisent, singulièremen t l’infec­
tion putride et l'infection purulente ;

�88

POUCEL.

3° Parce qu’enfin elles donnent lieu bien souvent à des né­
crosés qui occupent toute l'épaisseur de l’os ou qui, dans les cas
heureux, sont superficielles ou limitées aux trabécules osseux.
L’intoxication et l’épuisement par suppuration sont donc les
deux causes principales de la mortalité dans ce cas; et à ce point
de vue, nul doute que cette lésion ne tire de son siège une gra­
vité toute exceptionnelle.
Après ce que nous venons de dire, il est bien difficile de por­
ter un jugement exact sur le pronostic de semblables malades
et si à cela nous ajoutons des considérations sur les antécédents
du sujet; si nous tenons compte de ses maladies constitu­
tionnelles, de son hygiène, de son état organique, on voit le
problème se compliquera l’infini ! Et cependant, un cas étant
donné, le chirurgien est-il bien obligé de mettre tout dans la
balance? Toutes choses égales, d’ailleurs, le pronostic différera
beaucoup, suivant que le blessé aune bonne santé ou qu’il est
appauvri par de longues privations; suivant qu’il a usé modéré­
ment de boissons fermentées ou qu’il est sous l’influence de l’al­
coolisme chronique, etc., etc., etc. La cause qui a produit l'ac­
cident entre aussi pour beaucoup en ligne de compte, et sous
ce rapport rien ne peut égaler la gravité des lésions produites
par des agents très-puissants qui étendent loin du point d’ap­
plication leurs effets destructeurs. On aura égard aussi aux
conditions hygiéniques dans lesquelles va être placé le blessé.
Après avoir mis en parallèle toutes les probabilités favora­
bles ou défavorables, il faudra porter un pronostic, car c’est lui
qui nous conduit à la question la plus importante : celle de sa­
voir le parti qu’il faut prendre !
Ce quePotta dit des fractures compliquées n ’a point vieilli.
« Dans ces lésions, dit cet auteur, voici le premier objet à con­
sidérer : peut-on tenter de conserver le membre fracturé avec
sûreté pour la vie du malade, ou, pour m ’exprimer autrement,
la mort du malade n’est-elle pas plus probable par la nature
et les circonstances de l’accident qu’elle ne le serait par l’effet
de l’amputation?
« Plusieurs causes peuvent rendre cette opération nécessaire.
Ainsi lorsque les os sont cassés en différents fragments et dans

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

89

une étendue considérable, comme cela arrive par l’action des
grosses roues, ou d’autres corps pesants, ou d’un corps A large
surface, qui passent par-dessus les membres ou qui viennent
heurter contr’eux; lorsque la peau, les muscles, les tendons,
etc., sont tellement lacérés, déchirés et détruits, que la gan­
grène et la mortification sont les suites les plus probables et
les plus immédiates de la fracture; enfin lorsque les extrémi­
tés des os qui forment telle ou telle articulation sont brisés et
en quelque façon broyés et que les ligaments qui unissent ces
os sont déchirés et détruits, on a des raisons suffisantes pour
conseiller et exécuter aussitôt l’amputation : raisons qui sont
basées , malgré tout ce qu’on a pu dire pour soutenir le con­
traire, sur une expérience longue et réitérée, qui sont approu­
vées par la bonne chirurgie et qui sont en rapport avec tous
les principes d’humanité.
« Lorsqu’un chirurgien déclare qu’un m em bre, affecté de
fracture compliquée, doit être amputé aussitôt, plutôt que de
faire quelques tentatives pour le conserver, il ne prétend pas
dire qu’il soit absolument impossible de conserver ce membre,
et il ne faut pas supposer qu’alors il prononce d’une m anière
aussi générale, quoiqu’il le put dans quelques cas : mais son
assertion repose sur ce que l'expérience de tous les temps a
appris que les efforts que l’on a faits pour conserver les mem­
bres qui se trouvaient dans de telles circonstances sont deve­
nus inutiles et ont ôté suivis de la mort des malades, et qu’on
a reconnu d’après la même expérience , que le danger qui
accompagne l’amputation n’égale en aucune façon celui qui
résulte de cette espèce de fracture. »
Ainsi donc, lorsque le tiers supérieur de la jam be est broyé,
lorsque les parties molles ont été profondément désorganisées
au point de rendre presque imminente la gangrène du mem­
bre ; lorsque l’articulation femoro-tibiale est largement ou­
verte et le tiers supérieur du tibia comminutivement broyé,
l’amputation est la seule ressource. Si la violence extérieure a
agi avec une grande puissance, M. Giraklès est d’avis d’ampu­
ter très-haut sur la cuisse afin de faire la section des chairs audessus du point où les tissus auront été tiraillés et contusion­

�90

POUCEL.

nés. — Si le malade est sous l’influence de l’alcoolisme chro­
nique. M.Verneuil est d’avis de ne faire intervenir la chirurgie
que tout autant que son état organique ne sera pas trop mau­
vais, car, dans le cas contraire, ces malheureux, dit-il, succom­
bent presque inévitablement, quelle que soit la manière dont
on les traite.
Il est des cas où l’impossibilité de conserver le membre n’est
pas aussi évidente : lorsque, par exemple, la fracture est large­
ment ouverte, le tibia divisé en plusieurs fragments, l’articu­
lation fermée, les parties molles faiblement contusionnées, la
circulation et l’innervation bien conservées.
Deux questions se présentent alors : faut-il amputer ou
faut-il tenter la conservation ? et dans le premier cas, à quel
moment faut-il intervenir?
Ces divers points de chirurgie sont beaucoup trop difficiles
et beaucoup trop graves pour que je me permette de formuler
une ligne de conduite ; j ’oserai seulement énumérer les avan­
tages et les inconvénients de la conservation et de l’amputa­
tion pour ces sortes de lésions et soumettre seulement une
appréciation :
1° L’amputation nous donne une surface traumatique par­
faitement régulière dans laquelle la diaphyse demeure ca­
chée sous des chairs épaisses plus ou moins aptes à la réunion
immédiate; tandis que, d’un autre côté, nous avons une plaie
des parties molles communiquant avec une fracture eomminutive du tissu spongieux dont la soudure devra se faire par l’in­
terposition d’une lame de tissu compacte.
2° Dans ce dernier cas, le sang et le pus croupissent dans
les anfractuosités ossseuses et prédisposent à la résorption pu­
tride.
3° Il est vrai qu’une plaie, une amputation est d’autant plus
grave qu’elle siège sur un segment de membre plus rapproché
du tronc ; mais il est également vrai qu’elle l’est d’autant
moins que l’étendue de sa surface est moins considérable ; ainsi
personne ne songera à comparer, par exemple, la gravité des
amputations tarso-métatarsiennes ou méso-tarsiennes aux am­
putations sus-malléolaires. Pour le cas présent, il parait in­

FRACTÜRES OUVERTES DE LA. JAMBE.

91

contestable que la somme des parois des cellules du tissu
spongieux du tiers supérieur du tibia, jointe à la place des
parties molles, représente une surface plus considérable que
celle d’une amputation de cuisse. La première sera donc plus
grave sous le rapport de son étendue ; la seconde sera plus
grave au point de vue du siège.
4° Par la conservation on s’expose davantage à voir se for­
mer des collections purulentes dans l’épaisseur des chairs et
dans le tissu spongieux, des excavations purulentes, des ostéo
phlébites qui prédisposeront à l’intoxication de l’économie.
5° Toutes choses égales d’ailleurs, une fracture compliquée
est d’autant plus grave que la plaie osseuse est plus étendue.
Sous ce point de vue, la lésion qui nous occupe est dangereuse
entre toutes, car la section transversale de la diaphyse du fé­
mur ne saurait être mise en parallèle même avec les fractures
transversales du tiers supérieur du tibia ; à plus forte raison
avec celles que nous avons en vue m aintenant, qui sont comminutives.
Voilà des arguments contre la conservation, mais on pour­
rait aussi reprocher à l’amputation :
1° D’attaquer un segment de membre plus rapproché du
tronc et plus volumineux, et de laisser un moignon dont la
surface sera lisse, il est vrai, mais composée de masses muscu­
laires séparées par des interstices de tissu cellulaire.
2° Est-il vrai que ces surfaces soient bien composées pour la
cicatrisation? Si nous examinons le rôle des divers plans des
parties molles dans le mécanisme de la réunion d’un moignon,
nous voyons que les muscles n ’adhèrent, entr’eux ou à la peau
que par l ’ntermédiaire de leur trame célluleuse, de leur m yolemme, tandis que leur partie fibrineuse se résorbe. C’est donc
là un travail lent pendant lequel toutes les complications peu­
vent survenir.
3° Après l’amputation de cuisse, le moignon se fléchit sur
le bassin, et cette position met obstacle à l’écoulement des li­
quides qui se corrompent et demeurent en contact avec les
surfaces traumatiques qui les absorbent avec plus ou moins
d’activité.

�92

rOUCEL.

4a La peau étant le tissu dont la réunion s’opère le plus fa­
cilement, il arrive souvent qu’à la levée du premier appareil
les lèvres de la plaie adhèrent Lune à l’autre dans toute leur
étendue; mais c'est là une apparence trompeuse qui prépare
de terribles mécomptes si l’on n’arrête pas le pus qui creuse de
vastes clapiers dans les interstices musculaires.
5° L’inflammation du tissu médullaire de la diaphyse est
une complication également grave et fréquente qui expose
aux infections putride et purulente.
Si maintenant nous comparons entr’eux les résultats four­
nis par l’amputation et la conservation dans l’armée française
de Grimée, pour des écrasements de la jambe, des brisures
compliquées de l’articulation du genou, nous trouvons les
résultats suivants:
487 hommes non amputés.
36
»
non pensionnés.
118
»
pensionnés.
333
»
morts.
La mortalité de la chirurgie conservatrice a donc été de
G8, 39 pour 100.
1666 hommes amputés.
1531
»
morts.
135
»
pensionnés.
La mortalité de l’amputation a atteint le chiffre effrayant de
91 pour 100.
Ce relevé est extrait de la Revue Critique que M. Spillmann
a publiée dans les Archives de médecine de 1868.
Les Américains ont obtenu des résultats contradictoires.
La mortalité de la conservation a été de 57, 79 pour 100.
La mortalité de l’amputation de cuisse au tiers inférieur a
été de 46, 09 pour 100.
Que conclure de ces deux statistiques? absolument rien,
mais elles font comprendre que des chirurgiens également
éminents se déclarent partisans de la conservation ou de l’am­
putation.
Nous pourrions faire cependant une distinction suivant que
la brisure siège au-dessus ou au-dessous de l'articulation tibio-

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

93

péronière. Dans ce dernier cas, les chances de mort sont trèsnombreuses, il est vrai, mais comme elles le sont aussi par
l’amputation, la prudence parait conseiller de conserverie
membre.
Nous avons rangé parmi les cas d’amputation nécessaire
ceux dans lesquels une brisure commiuutive de l’extrémité
des os s’accompagnait de l’ouverture de l’articulation du genou
et de l’attrition profonde des parties molles; on pourrait
peut-être faire entrer dans cette catégorie les fractures siégeant
au dessus de l’articulation tibio-péronière, soit qu’elles com­
muniquent par une fissure avec le genou, soit qu'elles ne
communiquent pas, à cause de la presque certitude que la
nécrose du fragment supérieur ouvrira cette articulation dans
des conditions bien autrement défavorables que celles que
présente le blessé après l’accident.
Cependant, si les parties molles de la région postérieure sont
bien conservées, ne serait-il pas possible ou même préférable
de faire la reséction immédiate du genou ? Cette opération a
en sa faveur l’opinion d’un bien grand praticien. Legouest en
est très-partisan dans la contiguité et il a observé que cette
opération donne des résultats d’autant plus heureux que la
plaie des parties molles est plus large. On pourrait, en outre,
afin d’immobiliser les fragments et les m aintenir rapprochés,
faire la suture osseuse. Trois points suffiront : un antérieur et
deux latéraux.
Dans le cas où on se prononce pour l'am putation, à quel
moment faut-il intervenir?
Sedillot s'exprime en ces termes sur ce point: « Nous avons
été conduit par une expérience répétée à conseiller l’am pu­
tation avant l’apparition du premier frisson, indice et preuve
d’une infection générale, dans tous les cas où les membres
vont être frappés de mortification. »
Les statistiques fournies par l’armée anglaise en Crimée ;
Hanovrienne, après les batailles de Langensalza et de Ivirchjeilingen, et dans l’armée américaine, confirment l’assertion de
Sedillot. L’amputation primitive de la cuisse a donné de grands
avantages sur l’amputation secondaire.

�POUCEL.

94

FRACTURES OUVERTES DE LA JAMBE.

Armée anglaise :
Total des amputations immédiates.. 140
Survivants.......................................... 53
Total des amputations secondaires.. 24
Survivants....................
G
Total des amputations indéterminées 12
Survivants..........................................
4
Armée Hanovrienne :
Total des amputations prim itives...
Survivants..........................................
Total des amputations secondaires..
Survivants..........................................

28
21
22
G

Dans l’armée américaine :
Mortalité de l’amputation primitive 54, 43 pour 100.
Mortalité de l’amputation secondaire 74 76 pour 100.
L'exposé des symptômes nous avait d’ailleurs montré que
en attendant quelques jours nous ne voyons pas survenir dans
l’état du blessé et de la blessure des conditions d’amputation
plus favorables que celles qui existent au moment de l’accident.
De telle sorte, que l’on serait parfaitement autorisé à préférer
l’amputation immédiate que l'on pratiquera après la stupeur,
avant la réaction, avant que la température du malade se soit
élevée à 38 degrés centigrade.
Cependant il est permis de conserver quelque hésitation, et
de douter que, malgré l’action du chloroforme, malgré un
nouveau traumatisme dont l’effet immédiat s’ajoute au pre­
mier, malgré l’influence si fâcheuse d’une large plaie siégeant
plus près du tronc, les avantages de l’amputation immédiate
sur l’amputation secondaire soient tellement marqués que l’on
puisse sans regret lui sacrifier l’espoir de conserver le membre.
Dans la guerre de Crimée, la chirurgie française a obtenu des
résultats moins mauvais par l’amputation secondaire de la
cuisse.
Total des amputations primitives de cuisse.. 1449
Survivants....................................................... 112

95

Total des amputations consécutives.............. 199
Survivants.........................
18
Total des amputations indéterminées............
20
Survivants.........................................................
5
Il est facile de constater avec ces chiffres que la mortalité
des amputations primitives a dépassé celle des amputations
secondaires de 2,33 pour 100.
En donnant la préférence il la conservation dans les cas où
la fracture siège au dessous de l’articulation tibio-péronière, et
à la résection immédiate dans les cas ou elle siège au dessus,
nous indiquons suffisamment qu’il nous parait plus prudent
d’attendre que la gravité des complications rende l’amputation
nécessaire ; ainsi, par exemple, lorsque la plaie ne diminue
point d’étendue, lorsque les extrémités osseuses, au lieu de se
recouvrir de bourgeons charnus, demeurent dénudées, libres
et baignées dans le pus, etc., lorsque, en un mot, la nature ellemême parait avoir renoncé à la conservation, le chirurgien et
le malade feront plus facilement le sacrifice du membre.
Cependant, même dans ces cas, n ’y aurait-il pas avantage à
pratiquer la résection secondaire des extrémités osseuses?
Boyer déclare qu’elle a été mise souvent en usage avec succès.
Enfin, lorsque le chirurgien a pris le parti de conserver le
membre, il faudra réduire la fracture, s’il y a lieu, immobili­
ser les fragments , retirer les morceaux d’os peu adhérents aux
parties molles; il imitera la conduite d’Ambroise Paré, qui,
dans une fracture compliquée que lui procura un coup de
pied de cheval « recommandait à un chirurgien très-liabile qui
le pansait, de ne pas songer qu’il était son ami et de ne point
l’épargner ; mais d’élargir la plaie avec le rasoir pour lui re­
mettre les os plus facilement et retirer avec les doigts les frag­
ments qui étaient entièrement séparés des parties environnan­
tes. » Cela fait, on empêchera autant que possible le dévelop­
pement des complications générales et locales que nous avons
décrites ; on les combattra quand elles se seront montrées et on
pansera la plaie par tous les moyens connus et dont nous ne
parlerons pas parce qu’ils varient à l ’infini, qu’ils sont tous
bons par quelque côté et que leur discussion ne saurait être
faite d’une manière incidente.

�RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

VILLENEUVE.

Conclusions. — De tout ce que nous venons de dire il nous
paraît possible de tirer les conclusions suivantes :
1° Fracture ouverte comminutive du tiers supérieur de la
jambe avec désorganisation profonde des parties molles — am­
putation immédiate.
2* Fracture ouverte siégeant au-dessus de l’articulation tibio-péronière avec ou sans pénétration dans l’articulation du
genou, chairs moyennement contuses — resection immédiate.
3° Fracture ouverte siégeant au-dessous de l’articulation tibio-péronière, contusion modérée des parties molles, conser­
vation — plus tard, si l’état de la plaie l’exige — résection
secondaire.
4° Si, malgré tout, les désordres font encore des progrès dans
les cas 2 et 3 — amputation tardive.

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( Voyez n« 12 — 20 décembre 1869. — Suite. )
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Les développements dans lesquels nous sommes entré dans
la première partie de ce Mémoire font suffisamment pressentir
la voie qui nous reste à parcourir pour confirmer la théorie
que nous opposons à celle de 1illustre professeur d'Edimbourg.
Nous nous contenterons, dans cette seconde partie, d’exposer
la statistique des faits qui viennent à l’appui de notre opinion
dans les deux catégories suivantes : 1° des enfants pesant de
•ilOO a 4150 grammes, et 2° des enfants pesant de 4200 gram­
mes à 4250.

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25 Enfants. — 23 vivants, — 2 morts. — 1 mort sur 12 enfants R2.

96

�98

VILLENEUVE.

Le caractère particulier de cette seconde catégorie est de ren­
verser de fond en comble la théoriede M. Simpson..Qu’y voit-on,
en effet? Si la proportion des garçons morts est à peu-près la
même sur la totalité des garçons que dans la première caté­
gorie, elle est pourtant un peu moindre dans la seconde, qui
nous donne un poids plus considérable ; et ce qu’il y a de plus
écrasant contre cette théorie, c’est que non seulement tous les
garçons et même toutes les filles qui ont le diamètre bi-pariétal
le plus étendu sont tous nés sans exception dans un parfait
état de santé. Ce tableau nous présente deux garçons avec un
diamètre de 100 millimètres nés l’un après onze heures, et
l’autre après cinq heures de travail à la suite d’une seconde
grossesse.
Il y a plus que cela, dans un 4“' accouchement, un garçon
nait bien portant après douze heures de travail et seize heures
après la rupture spontanée des membranes en première posi­
tion dupelvis avec procidence des pieds , et pourtant son dia­
mètre bi-pariétal mesurait 105 millimètres et son poids était
de 4150 grammes. Il présentait de plus un céphalœmatome sur
le pariétal droit : ce qui aurait pu faire croire à une première
position du vertex, si l’on n’avait pas assisté à l’accouchement
qui s’est, effectué par le pelvis.
Deux filles même naissent bien portantes avec un diamètre
de 100 millimètres à l’exception d’une d’elles qui est née un
peu asphyxiée, après un travail de 52 heures, tandis que des
deux garçons morts, l’un avait un diamètre de 94 millimètres
l’autre de 92. Le premier présentait aussi le pelvis, mais avec
issue du cordon ombilical. Le travail avait duré une heure de
moins que celui qui avait donné naissance au garçon qui a
survécu malgré la procidence du cordon. Ne serait-on pas
autorisé à renverser la proposition de M. Simpson et à con­
clure que les garçons et même les filles ont d’autant, plus de
chances de vie dans l’accouchement que leurs dimensions
céphaliques sont plus grandes? En effet, nous trouvons sur ce
tableau huit garçons, dont deux ont un diamètre bi-pariétal
de 110 millimètres; un de 105 et deux de 100 et trois autres avec
un diamètre bi-pariétal d’une étendue supérieure à celle des

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

99

deux garçons morts. 2 filles, avec un diamètre de 100 m illi­
mètres et six avec un diamètre supérieur à celui des deux gar­
çons morts. Il n'est donc pas exact de dire que les chances de
mort pour les garçons sont en raison directe de leur volume.
Ce qu’il y a de plus concluant dans cette seconde catégorie,
c’est que si sur les 25 enfants qu’elle fournit du poids de 4100
grammes à 4150, il n’y a que des garçons qui aient succombé,
il fout bien convenir que ce n’est pas à l’excès de leurs dia­
mètres céphaliques qu’on peut attribuer leur mort. L’un d’eux,
né à la suite d’un second accouchement, après onze heures de
travail, est mort peu de temps après sa naissance ; mais il pré­
sentâmes piedsavec procidence du cordon. Il pesait 4110 gram ­
mes et avait un diamètre bi-pariétal de 94 millimètres. Le se­
cond, qui fera le sujet de la douzième observation, présentait
les particularités suivantes :
DOUZIÈME OBSERVATION.

4*° grossesse.—lro du verbex.— Garçon né bien portant. Mort 12 heures
après. Perforation intestinale.—Poids 4,150.—Diamètre bi-pariétal
92 millimètres. — Travail 29 heures. — 14 septembre 1857.
La nommée Marie Maiffret, âgée de 32 ans, enceinte pour la
quatrième fois, est toujours accouchée heureusement. Ce dernier
accouchement, après neuf heures d’un travail ordinaire, dont les
deux dernières heures ont été marquées par des douleurs fortes et
rapprochées, adonné naissance à un garçon bien portant qui pe­
sait 4150 grammes, ayant un diamètre bi-pariétal de 92 milli­
mètres, et a néanmoins succombé 12 heures après sa naissance,
malgré le bon état de santé qu’il a présenté aussitôt après son
expulsion. Un quart d’heure après, l ’enl'ant jette des cris plain­
tifs. Il rend un peu de méconium après l’administration d’un la­
vement. Il devient par fois violacé. On lui donne un autre lave­
ment avec de l’huile de ricin, qui lui fait rendre encore un peu
de méconium. Mais l’état de l’enfant s’aggrave. On répète l’admi­
nistration d’un troisième lavement, mais avec un peu de sel; ce
dernier lavement est rendu sans aucune trace de méconium. Des
sinapismes sont appliqués aux pieds de l’enfant. On est obligé
de le réchauffer. Il rend par le nez des matières ayant la couleur

�100

VILLENEUVE.

du méconium. On n'a pu parvenir ;i lui faire avaler la moindre
goutte de sirop de fleurs de pécher qu’il rejetait aussitôt. Les lè­
vres, la lace et tout sou corps devenaient violacés. On a essayé un
nouveau lavement purgatif qui lui a fait rendre encore un peu de
méconium, mais en très-petite quantité. Il a fini par succomber
12 heures après sa naissance.
Autopsie faite 17 heures apres la mort. — Abdomen très-météorisé, sonore. A l’ouverture de la cavité abdominale, il s’échappe
une grande quantité de gaz, ce qui permet au ventre de s’affaisser.
Un liquide méconique recouvre toute la surface des organes ab­
dominaux et meme la face inférieure du diaphragme. Les intestins
étant détachés, le lavage de ces organes permet de distinguer une
ulcération au colon lombaire gauche, à travers laquelle s’est
échappé le méconium pour se répandre dans toute la cavité du
ventre.
Poumons sains et surnageant dans l’eau. Epanchement sérosanguinolent plus abondant dans la plèvre gauche que dans la
droite ; moindre dans le péricarde. Oreillette droite distendue
par du sang. Cavités gauches du cœur vides.

Il serait difficile de trouver dans le volume de la tête de ccs
deux garçons la cause de leur mort en présence des accidents
qu’ont offerts ces deux accouchements. Il faut bien convenir
que le sexe masculin n’a été dans ces deux cas de mort des en­
fants qu’une simple coïncidence. Nous ne voyons pas trop
quelle est l’influence fâcheuse qu’a pu exercer le sexe masculin
sur le sort des enfants de préférence à celle du sexe féminin.
Nous n’en voyons d’autre que celle du nombre plus considé­
rable des garçons que celui des filles (14 garçons — 11 filles).
Le volume de la tête est tellement étranger à la cause de la
mort des garçons, que nous trouvons huit garçons sur qua­
torze dont le diamètre bi-pariétal était d’une plus grande
étendue que celui des deux garçons morts dont l’un avait 92
et l’autre 94 millimètres. Parmi ces huit garçons plus volu­
mineux, deux avaient 110 millimètres ; un 105; deux 100 ; un
9G; deux 95, millimètres dans le diamètre bi-pariétal.
Ce qui mérite de fixer l’attention, c’est la différence du sort
du garçon qui, provenant d’un quatrième accouchement, est
mort peu après sa naissance dans un cas de présentation du

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

toi

pclvis avec procidence des pieds et du cordon après onze heures
de travail, ayant un diamètre bi-pariétal de 94 millimètres,
tandis que le garçon, né le 19 avril 1855, est né vivant, après
douze heures de travail, dans un quatrième accouchement,
comme dans le cas précédent, présentant comme lui une pre­
mière position du pelvis avec procidence des pieds, mais sans
procidence du cordon ombilical et offrant un diamètre bi-pariétalde 105 millimètres (onze millimètres de plus) et, chose
assez rare chez les enfants qui naissent par le pelvis , il pré­
sentait de plus un céphalomatome sur le pariétal droit. Ces
deux faits comparés entr’eux apportent une nouvelle preuve
contre l’influence fâcheuse du plus grand volume de la tête
des garçons (105 millimètres : garçon vivant— 94 millimètres
garçon mort). Il reste donc plus que prouvé que la chute du
cordon a été la seule cause de la mort de ce dernier.
Il résulte de l’examen de cette seconde catégorie de 4100
grammes à 4150 que la proportion des garçons morts sur la
totalité des garçons (deux sur quatorze) est deunsursept tandis
que dans la première catégorie cette proportion était de six 9/10°.
Par conséquent, la seconde catégorie, fournissant des enfants
d’un poids supérieur et ayant des diamètres céphaliques plus
étendus, est plus favorable à la vie des garçons et des filles.
La proportion des filles mortes ayant été d’une fille morte
sur douze et demi dans la première catégorie est nulle dans la
seconde, par la raison que le nombre des filles dans cette der­
nière catégorie n’a été que de 11 tandis qu’il était de 25 dans
la précédente.

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102

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

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103

Ne voyons-nous pas dans cette troisième catégorie une nou­
velle confirmation de la théorie que nous opposons à celle de
M. le professeur Simpson ? Sur 27 enfants d’un volume plus
considérable que celui des enfants de la catégorie précédente,
nous ne trouvons à la vérité que deux enfants morts, mais
dans une proportion bien plus avantageuse dans cette der­
nière catégorie que dans la précédente, puisque dans la se­
conde catégorie la proportion des enfants morts est de un sur
douze tandis que dans celle-ci (la troisième) elle n’est que d’un
enfant mort sur treize et demi.
En considérant la proportion des garçons morts relativement
à celle des filles, nous trouvons un garçon mort sur vingt-deux,
tandis qu’ils se rencontre une fille morte sur cinq.
De plus, il est facile de constater que ce n’est pas au volume
excessif de l’enfant que sa mort peut être attribuée, mais bien
à une cause tout à fait étrangère. — Position occipito-postérieure liée à un bassin étroit pour le garçon. Il y a encépha­
lite pour la fille. Le garçon quoique pesant 4250 grammes, a un
diamètre bi-pariétal de 93 millimètres c’est-à-dire le plus petit
diamètre des six garçons qui ont le même poids, tandis qu’on
en voit deux naitre dans un bon état avec un diamètre de 110
millimètres et quatre avec un diamètre de 100 millimètres.
Quant à la fille morte, l’étendue du diamètre bi-pariétal, qui
est notée 90 millimètres, ne saurait avoir aucune portée dans
un cas d’hydrencéphalite avec ramollissement de la pulpe
cérébrale.
Nous pensons qu’on lira avec intérêt les observations rela­
tives à la mort de ces deux enfants, auxquelles nous ajouterons
celle du garçon qui a traversé, au prix d’une simple asphyxie,
un diamètre sacro-pubien de 90 millimètres avec un diamètre
bi-paiiétal de 98 millimètres au moyen du forceps. Ce
dernier garçon a été emporté bien portant par sa mère, 24 jours
après son extraction.

�VILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

TREIZIEME OBSERVATION.

opérées par le forceps. 85 millimètres d’un point à l’autre. Le fron­
tal droit déprimé chevauche sur la partie supérieure et antérieure
du frontal gauche, de manière à ne laisser qu’une étendue trans­
versale de 55 millimétrés. Le rebord inférieur de l’orbite gauche
etde la paupière présente une impression très-forte du forceps.
Sur le point correspondant au rebord antérieur du pariétal droit
s’offre une excoriation due à la saillie sacro-vertébrale.
La mère s’est plaint toute la nuit des tranchées utérines et d’une
crampe à l’aine droite. 24 heures après l’accouchement, l’infil­
tration diminue. Le ventre devient douloureux. Diarrhée. Le se­
cond jour, suppression des lochies : 20 sangsues a la vulve. L’in­
filtration a complètement disparu. La diarrhée a cessé le qua­
trième jour. La sécrétion n'a lieu que le cinquième jour. Elle a
dormi toute la nuit. Le lendemain, sixième jour, la malade peut
prendre des potages. Son état va s’améliorant de plus en plus, et
lui permet de sortir le 5 septembre, seizième jour de couches, dans
un parfait état de santé.

5“° grossesse. — 2Jo occip, poster, droite convertie en occ, antér. gauche.
— Forceps. — 78 heures de travail.— Garçon mort-né. Tumeur
sur le pariétal gauche. 4,250 grammes. Bi-pariétal : 95 millimètres.
Fracture, fêlure et enfoncement sur le bras droit. — 21 août 1847.
— Diamètre sacro-pulèen : 102 millimètres.
Mélanie Philibert, femme Coste, âgé de 31 ans, d’une petite sta­
ture, enceinte pour la cinquième fois. Son premier accouchement
a été naturel et h terme, ainsi que le troisième. Avortement de
deux mois à sa seconde grossesse. Le quatrième accouchement a
eu lieu à terme, mais a donné un enfant mort, présentant le pelvis.
Dès le sixième mois de cette cinquième grossesse, elle a eu les
membres inférieurs et les grandes lèvres infiltrées. Cette infil­
tration a disparu le huitième mois pour reparaître au moment de
l ’accouchement.
Cette femme s’est fait saigner le 17 août 1847. Les douleurs se
déclarent le 18 a 8 heures de soir. La dilatation de l ’orifice ne
commence à se faire que le 19 à G heures du matin. A 8 heures,
rupture spontanée des membranes. Le 20 au soir, la dilatation a, à
peu-près, 3 centimètres de diamètre. On sent une tumeur qui dé­
robe les fontanelles et les sutures au toucher. L’orifice est rigide.
Les contractions sont moins énergiques. Le 21, on pratique une
saignée qui donne 250 grammes de sang couenneux. Les douleurs
sont plus rapprochées. C’est à 9 heures du matin qu’elle est ad­
mise à la Maternité. La dilatation était complète, on sentait à peine
le rebord antérieur de l ’orifice; la tête très-haute offrait une tu­
meur très-volumineuse; elle était située transversalement, l’oc­
ciput à droite et le front à gauche. Il s’écoule de l’eau verdâtre à
chaque contraction. La circulation fœtale s’entend faiblement à
droite. On donne le baptême par injection. A 10 heures et demie,
bain tiède pendant une heure. La tête ou plutôt la tumeur paraît
être un peu descendue. Les douleurs devenues subintrantes sont
accompagnées de crampes. A 3 heures et demie les contractions se
ralentissent. La tête a pénétré dans l’excavation. Bain de siège à
4 heures et trois quarts. La tumeur fait entrouvrir la vulve. Un
quart d’heure après on se décide à appliquer le forceps.
Garçon né mort. Poids 4250 grammes. Longueur 56 centimètres.
Diamètre bi-pariétal 95 millimètres. Bis-acromien, 12 centimètres.
Impressions profondes sur le frontal gauche et le pariétal droit

M e n s u r a t io n

du

105

b a s s in .

La saillie du col utérin au-dessous du détroit supérieur n ’a pas
permis d’atteindre le promontoire sacré.
Le compas d’épaisseur de Bandelocque a donné IS2 millimètres
d’étendue dans le sens antéro-postérieur. Nous supposons 102 mil­
limètres d’étendue dans le diamètre sacro-pubien intérieur.
D ia m è tr es

d e la t è t e r e v ê t u e d e s e s p a r t ie s m o l l e s

:

Occipito-mentonnier......................
Occipito-frontal..............................
Sans occipito-bregmatique...........
Bi-pariétal.......................................

132 millimètres
1)
121
»
105
»
97
D é p o u il l é e d u c u ir c h e v e l u ;
Occipito-mentonnier......... ......... 122 millimètres
Occipito-frontal.............................. 115
»
»
97
Sous occipito-bregmatique...........
»
Bi-pariétal............................... .
92
»
Chevauchement des pariétaux....
5
U
U
du temporal droit
10
D ia m è t r e

b r e g m a t iq u e

:

Du menton au point le plus élevé du pariétal gauche 100 mill.
»
»
»
d ro it.. 95 »
-p,. .,
l bi-m alaire....... 65 millimètres
Diam ètres.... { . .
»
( bi-tem poral.... 8o

�V ILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

L’examen anatomique de la tête présente en outre :
1° Une fracture de 3 centimètres d’étendue d’avant en arrière
sur le pariétal droit, partant du milieu de son bord antérieur
ou coronal et se terminant à la bosse pariétale. De cette bosse
descend en avant et en bas, vers l’angle antérieur et inférieur de ce
pariétal, une fêlure de 23 millimètres d ’étendue. Entre cette fê­
lure et la fracture supérieure est une dépression sans aucune so­
lution de continuité qui forme la base d'un petit triangle, dont
le sommet correspond en arrière à la bosse pariétale.
2° Les frontal et pariétal droits chevauchent sur leurs congé­
nères du côté gauche : le pariétal droit est plus élevé à son angle
antérieur et supérieur de 3 millimètres au-dessus de l'autre ; le
bord pariétal du frontal droit chevauche sur le bord coronal
du pariétal droit, tandis que c’est le bord antérieur du pa­
riétal gauche qui chevauche sur le bord correspondant du frontal
du même côté.
3° La suture lambdoïde, offrant un léger chevauchement de
l’occipital sur le bord postérieur du pariétal gauche dans sa
grande moitié inférieure, ainsi que dans la moitié inférieure du
bord postérieur du pariétal droit, présente la singulière disposition
du chevauchement du tiers supérieur du bord occipital du pariétal
gauche au-dessus de la pointe occipitale de telle manière que
celle-ci se trouve au-dessous au lieu de se trouver au-dessus. ■
La tête examinée par la face inférieure ou gutturale, est disposée
de manière à ce qu’une ligne tirée de la symphyse du menton
jusqu’à la bosse occipitale cotoie le bord droit du trou occipital,
au lieu de le diviser en deux parties égales. Le bord supérieur de
la grande aile du sphénoïde et la partie supérieure et antérieure
du temporal du côté droit chevauchent de près d’un centimètre
sur l’angle antérieur et inférieur du pariétal, de manière à faire
disparaître la petite fontanelle antérieure et inférieure de ce coté,
tandis qu’à gauche, il y a assez d’écartement pour laissez voir la
petite fontanelle antérieure et inférieure de ce même côté. Le ma­
laire droit est un peu écarté en dehors surtout dans son articu­
lation avec l’apophyse orbitaire externe du frontal droit. L’orbite
de ce même côté est plus bas et a moins de concavité dans sa
paroi supérieure que celui du côté opposé.

ment de la tête de l’enfant, démontre suffisamment: 1° l’action
violente exercée par les obstacles qui se sont opposés à l’ex­
pulsion naturelle de l’enfant dans ce cinquième accouchement
précédé de trois autres qui ont été spontanés, une des gros­
sesses s’étant terminée par un avortement; 2° les dangers
auxquels peut exposer une position occipito-postérieure, lors­
que l’enfant plus volumineux que de coutume traverse un
bassin ayant un rétrécissement môme léger : car quoique
l’étendue normale du diamètre sacro-pubien au détroit supé­
rieur soit de 110 millimètres, combien de bassins plus ré­
trécis que celui du sujet de cette observation, qui a encore
102 millimètres, 8 millimètres de moins qu’à l’état normal,
donnent, sansdanger pour l’enfantcommepourlamère, passage
à des enfants vivants? Ainsi on ne saurait rapporter exclusive­
ment. au rétrécissement pelvien tous les désordres qui ont fait
périr cet enfant. Peut-on attribuer ce résultat à l’excès de
son volume? Pas davantage. Mais à quoi donc? A l’action
combinée d’un léger rétrécissement du bassin(102 millimètres
au lieu de 110) et d’une position occipito-postérieure dont
l’influence fâcheuse a été prépondérante à cause de celte
complication plus fâcheuse encore.
Il n’est pas d'accoucheurs qui n ’aient reçu ou extrait des
enfants vivants avec un rétrécissement pelvien de 90 milli­
mètres et partant bien supérieur à celui de notre accouchée.
Quant au volume de l’enfant, représenté seulement par des
diamètres céphaliques supérieurs à ceux que nous présente la
tête de celui dont nous venons de faire la description, il suffit
de jeter un coup d’œil sur le tableau de cette catégorie et sur
celui de la précédente pour s’assurer que quatre garçons
présentant un diamètre bi-pariétal de 110 millimètres sont
nés vivants, tandis que celui qui fait l’objet de notre obser­
vation ne nous en donne qu’un de 93 millimètres. On pourra
objecter avec raison que la déformation qu’a subie la tête
de celui-ci a pu en changer les dimensions qui existaient au
commencement du travail. Mais cette réflexion judicieuse ne
saurait renverser notre assertion. Il est évident que si ce der­
nier accouchement avait présenté des phénomènes identiques

106

En présence d’un pareil désordre dans le rapport des arti­
culations des os du crâne, la différence que présentent les
diamètres céphaliques mesurés, avant et après le dépouille­

107

�108

VILLENEUVE.

à ceux des trois accouchements précédents,qui ont donné deux
enfants vivants et un mort par le seul fait d’une présentation
pelvienne, nul doute que l’enfant de ce dernier accouche­
ment n ’eùt pas présenté des désordres aussi insolites. Nous
admettons facilement que ce dernier enfant a pu être plus
volumineux que ses frères nés avant lui ; mais nous affirmons
que, sans la position occipito-postérieure, ce dernier enfant
serait né vivant comme ceux qui sont nés vivants avant lui»
grâce à une présentation et à une position plus favorables que
celle qu’il a présentée avant sa naissance.
Il suffit,en effet,de se rappeler la durée du travail (78 heures),
la lenteur avec laquelle la dilatation de l’orifice utérin s’est
opérée, le laps de temps qui s’est écoulé entre le moment de
la rupture des membranes et celui de l’application du forceps
(49-heures), la formation de la tumeur sanguine du cuir che­
velu avant la dilatation complète de l'orifice pour s’expliquer
les difficultés insurmontables que le seul mécanisme de cette
espèce de position du vertex (occipito-postérieure) exige dans
les accouchements normaux pour comprendre le résultat
fâcheux qu’a dù amener le plus léger rétrécissement du bas­
sin dans un cas semblable. Nous pouvons donc affirmer que
c'est moins au volume et au sexe de l’enfant que sa mort doit
être attribuée qu’au mécanisme que la position occipito-posté­
rieure a exigé avant qu’il fût possible de faire l’application du
forceps à laquelle on ne saurait attribuer les phénomènes
anatomopathologiques que nous a présentés la tète de cet en­
fant. 11 suffira de citer le fait, que nous présenterons plus
tard à la méditation de nos lecteurs, d’un garçon né à la lin
d’une sixième grossesse, après IG heures de travail, pesant
5,100 grammes et présentant un diamètre lai-pariétal de 116
millimètres. Ce garçon, né à l’aide du forceps dans un état
d’asphyxie grave et après des manœuvres qui certainement
auraient donné la mort à tout autre enfant, est une preuve des
plus convaincantes des ressources incompréhensibles que four­
nit une organisation vigoureuse pour résister à l’action de ces
manœuvres qu’en n’emploie qu’en désespoir de cause : ce qui
me permet de conclure une fois de plus qu'un développement

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

100

plus considérable de l’enfant est une condition plus favorable
pour résister aux atteintes qui produiront infailliblement la
mort à des enfants moins volumineux et d’un développement
même normal.
QUATORZIÈME OBSERVATION.

1"grossesse.— 2J° du vertex. — Dassin : 9 centimètres. — 40 heures de
travail. — Forceps. — Garçon vivant. — Asphyxie apoplectique. —
4,200 grammes. — Bi-pariétal : 9S millimètres.
Louise Ribotte, âgée de 22 ans, d’un tempérament fort et san­
guin, enceinte pour la première fois, entre dans la Maternité le
16 mai. Les douleurs sc déclarent le 27 juin à 8 heures du soir.
Elle n’a déclaré ses douleurs que le lendemain à 5 heures du soir.
L’orifice présentait alors 4 centimètres de dilatation. Les mem­
branes s’étaient rompues a la partie supérieure, une heure aupa­
ravant ; seconde position du vertex; circulation fœtale adroite;
souffle utérin a gauche. Les choses sont restées dans cet état ju s­
qu’au 29, à 3 heures du matin. Les douleurs deviennent plus for­
tes ; mais la dilatation n’avance pas. Une tumeur se forme sur lo
pariétal gauche. A G heures, la tète est un peu plus engagée, sans
que la dilatation ait progressé.
Cet arrêt dans le travail a fait soupçonner un rétrécissement
du bassin. Le doigt porté sur la saillie sacro-vertébrale a donné
10 centimètres d’étendue sans défalcation ; ce qui nous a fait sup­
poser un diamètre sacro-pubien de moins de 9 centimètres. L’agi­
tation où se trouvait cette fille n’a pas permis de procéder à l’em­
ploi du compas d’épaisseur. On l’a mise dans un bain de siège
où elle est restée plus d’une heure. A midi, la dilatation avait 8
centimètres. La tumeur devenait de plus en plus volumineuse. La
circulation fœtale était bonne; les douleurs plus énergiques; la
tête s’engageait lentement. A 2 heures du soir, la dilatation était
de 9 centimètres; la tête était un peu plus basse. A 4 heures, di­
latation presque complète, rotation plus avancée ; circulation fœ­
tale plus faible et plus rapide. A 4 heures 1|2, M. le chef interne
se décide à appliquer le forceps. Le dégagement des épaules fut
plus difficile que celui de la tête. Il nécessita même l’application
d’une serviette roulée autour du cou de l’enfant pour en faciliter
l’extraction. L’épaule du côté du sacrum fut dégagée la première,
et ensuite celle qui correspondait au pubis.

�V ILLEN EUV E.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

Garçon né dans un ctat d’aspliyxie apoplectique d’où il a été
retiré parles soins deM"ela sage-femme en chef. Poids 4200 gram­
mes. Diamètre bi-pariétal 98 millimètres. — Cet enfant en a été
quitte pour quelques excoriations sur la bosse occipitale. Il a été
emporté, en bon état, par sa mère, le %im jour après son accou­
chement.

snrmontablé que le rétrécissement pelvien a opposé à la péné­
tration du diamètre bis-acromien d’un enfant volumineux à
travers un diamètre sacro-pubien qui n’avait que 102 milli­
mètres quand il aurait dû en avoir 110.
Ainsi, nous ne saurions trop le répéter ; sur les 27 enfants
dont 22 garçons et 5 hiles, les deux enfants morts que nous
présente la catégorie des enfants pesant de 4,200 à 4.250 gram­
mes doivent moins cette issue fatale à l’excès de leur volume
qu’à des causes tout-à-fait étrangères : à une position occi­
pito-postérieure liée à un léger rétrécissement du bassin pour
le garçon, et à une hydrencéphalite déterminée par un obstaclepelvien qui a donné lieu à une ûstule vésico-vaginale, puis­
que le diamètre bi-pariétal du garçon n’avait que95 millimè­
tres et que celui de la fille n’en présentait que 90, tandis que
sur les 22 garçons 10 avaient un diamètre bi-pariétal plus
grand que celui du garçon mort (2 de 110 millim. ; 4 de 100 ;
2 de 98 ; I de 97, et 1 de 96) ; et que sur les cinq filles, parmi
celles qui sont nées dans un état normal, deux d’entr’elles
avaient le diamètre bi-pariétal plus étendu que celui de la hile
morte : une, 100 millimètres, et l’autre, 97. Ce qu’il y a de
plus remarquable dans cette catégorie, c’est que la mort n’a
atteint que les enfants dont les dimensions céphaliques étaient
moindres que celles du garçon de la H "0observation (page 110)
dont les diamètre bi-pariétal était de 98 millimètres et q u i,
extrait par le forceps dans un premier accouchement, après
40 heures de travail, à travers un bassin de 90 millimètres a
pourtant été rappelé à la vie. Il est donc vrai que la résistance
vitale est en raison directe du volume de l’enfant.

HO

Quoi de plus concluant en faveur de la doctrine que nous
opposons à celle de l’honorable M. Simpson que de voir deux
garçons dont l’un né axphiÿié, après 40 heures de travail, à
la suite d'une lro grossesse, survit malgré ces deux fâcheuses
conditions, après avoir traversé, à l’aide du forceps, un rétré­
cissement pelvien de 90 millimètres, avec un diamètre bi­
pariétal de 98 millimètres, tandis qu’un autre garçon a dû su­
bir 78 heures de travail à la suite d’une 5mBgrossesse avant de
pouvoir être extrait parle forceps du sein de sa mère. Celui-ci
traverse un diamètre pelvien de 102 millimètres, ayant par
conséquent 12 millimètres de plus que celui de la mère qui a
eu un garçon vivant dont le diamètre bi-pariétal mesurait,
comme on vient de le voir, 98 millimètres, tandis que celui
du garçon mort-né n’avait au plus que 95 millimètres.
On ne peut expliquer ce résultat, en apparence contradic­
toire, qu’en admettant que les diamètres céphaliques étaient
plus grands chez l’enfant mort-né avant son extraction et
avant qu’ils eussent été soumis â l’action énergique et prolon­
gée des contractions utérines, action nécessitée par une posi­
tion vicieuse (occipito-postérieure), qu’après que sa tête a été
malaxée en quelque sorte par les obstacles que ce rétrécisse­
ment pelvien, quoique peu prononcé (102 millim.), opposait
au mécanisme bien plus laborieux d’une position occipito-pos­
térieure ; ce qui a dû faire subir à cette tête une réduction
dans ses diamètres, proportionnée à l’étendue des divers che­
vauchements des os du crâne. Aussi, pensons-nous que c’est
moins à l’application du forceps, qui n’a pas nécessité de bien
violentes fractions, qu’on peut attribuer la fracture, la fêlure
et l’enfoncement des os du crâne, qu’à la compression spas­
modique et permanente qu’a nécessitée le mécanisme plus labo­
rieux de lapositionoccipito-postérieureassociéeàl'obstacle in-

(A suivre.)

411

�GARCIN.

DE L.V TEMPÉRATURE DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE
Par il/. Garcin , interne des hôpitaux.

La thermométrie clinique a pris de nos jours une impor­
tance considérable et, grâce à l’impulsion donnée en Allemagne
à cette étude, elles’est enfin propagée de proche en proche et du
Nord a gagné le Midi. Les premières explorations thermométriques datent, il est vrai, du XVI* siècle; mais la voix de
De Haën, proclamant, dans son Ratio medendi, l’utilité sinon
la nécessité de l’exploration thermométrique, était restée sans
écho ; il faut en arriver au siècle actuel pour voir ce genre de
recherches jouer un rôle sérieux et prendre rang parmi les
moyens de diagnostic. C’est aux Ecoles allemandes que revient
l ’honneur de cette impulsion et pas n'est besoin de consigner
ici la longue liste de ces médecins qui, par de laborieuses et
patientes investigations, ont fait triompher le thermomètre:
qu'il nous suffise de citer Wunderlich, Thomas de Leipzig,
Wahsmuth, Traube, Baërensprug et Griesinger. Néanmoins,
malgré ces travaux, le thermomètre ne pouvait élire domicile
en France, et les travaux de H. Roger, Andral, Gavarret
n ’avaient pu vulgariser son usage. L'école de Strasbourg
l’avait bien accueilli favorablement ; mais cette institution
germanique abandonnait difficilement sa terre natale, lors­
qu’un ouvrage remarquable vint affirmer dans tou te la France
les doctrines allemandes, vulgariser, recommander, procla­
mer Texcellence de l’exploration thermométrique : je veux
parler des Leçons cliniques de Mr le professeur Jaccoud à la
Charité, publiées dans le courant de l’année 1867. Les idées
presque nouvelles émises par la savant agrégé de Paris ont
rencontré de nombreux adeptes, des travaux importants ont
été entrepris dans notre pays sur ce point clinique et la ther­
mométrie a acquis dès ce jour le rang qu’elle méritait. — A
Marseille, le thermomètre était déjà appliqué chez des cholé­

TEMFÉRATURE.

1 13

riques en 1865 par Mr le professeur Seux ; mais son usage n’est
devenu à peu près général que depuis 1868, époque à laquelle
il fonctionnait dans tous les services de l’Hôtel Dieu.
Faire connaître les résultats obtenus, c'est là tout notre but.
Nous venons simplement dire ce que nous avons vu, raconter
ce que nous avons observé. Nous n'apportons dans ce travail
aucune idée préconçue, et nos opinions sont formellement
établies sur les tracés thermiques que nous avons en main.
Nos conclusions sont basées sur 30 observations: de ce nombre,
20 nous sont personnelles, les 10 autres nous ont été commu­
niquées par nos collègues MM. Laget et Vidal (de Cassis). —
L’exploration thermométrique a été faite régulièrement deux
fois par jour, le matin entre 8 et 9 heures, le soir entre 3 et 4
heures; à la lignebrisée indiquant la marche de la température
correspond une ligne pointillée marquant les variations du
pouls ; nous avons encore noté parallèlement la médication et
les accidents.
Nous étudierons ainsi la marche de la température dans les
diverses périodes de la maladie èt les modifications du pouls
correspondantes. Les conclusions de notre travail auront sur­
tout pour but les indications pronostiques et thérapeutiques,
en môme temps que nous chercherons à démontrer toute
l’importance de cette méthode d’examen pour le diagnostic
d’une maladie quelquefois bien obscure.
Mais d’abord que savons-nous sur les symptômes, la mar­
che et les altérations anatomiques delà fièvre typhoïde? —
Les auteurs que nous appelons volontiers classiques (Louis,
Grisolle, Cliomel) nous enseignent que la fièvre typhoïde suit
une marche régulière et que sa durée moyenne est de 28 à 32
jours, c’est-à-dire 4 septénaires environ. Cette durée de la
maladie peut-être divisée en trois périodes, lesquelles ont une
durée variable mais qui, pour chacune d’elles , peut être,
d’après Chôme 1, évaluée à sept jours. Comme phénomènes
saillants particuliers à chacune de ces périodes, ces auteurs
indiquent la céphalalgie, les épistaxis, le gargouillement iléocœcal dans la première période; à la seconde, les manifestations
cutanées, taches rosées, lenticulaires, sudamina ; enfin pour
8

�m

GARCIN.

la troisième période, l’aggravation constante de tous les phé­
nomènes si la terminaison fatale doit arriver; une diminution,
si la guérison doit avoir lieu. À cette évolution symptomato­
logique correspond une transformation morbide des follicules
intestinaux constante, caractéristique, nécessaire. Les glandes
intestinales sont d’abord le siège d’une intumescence trèsaccentuée, qui occupe et les follicules isolés et les follicules
dont la réunion forme les plaques de Peyer. Puis, du huitième
au douzième jour, les glandes malades s’ulcèrent et les produits
sont alors éliminés par les selles où on peut les retrouver,
ou bien ces produits sont résorbés et passent dans le torrent
circulatoire. La cicatrisation de ces plaques est complète après
six ou huit semaines, tandis que, si le malade succombe avant
celte époque, on voit encore des ulcérations disséminées, agglo­
mérées, confondues, à fond rougeâtre, à bords taillés à pic,
qui correspondent aux follicules intestinaux. Qui n’a eu
maintes fois l’occasion d’observer ces deux états?
Ainsi trois périodes bien distinctes dans la marche de la
maladie, des symptômes différents suivant ces périodes, des
altérations anatomiques correspondantes à chacune de ces
périodes, c’est-à-dire infiltration, ulcération et réparation des
glandes intestinales : voilà le tableau classique de la maladie,
la marche que l’on assigne à la fièvre typhoïde.
En dehors de ces périodes, il faut compter encore sur la
période dite d’invasion, pendant laquelle on a de la cépha­
lalgie, des frissons , un affaissement général, des coliques et
surtout de la diarrhée. Mais nous verrons tout-à-l’heure ce
que le thermomètre nous enseigne sur cette période.
A ce processus pathologique vient s’ajouter un élément
considérable, je veux parler de la fièvre. Cet élément, le ther­
momètre seul peut nous en révéler l’importance et le degré,
car, pour le dire en passant, l’exploration du pouls portant
sur le nombre des pulsations, n’offre aucune espèce de ren­
seignement sur l’intensité de la fièvre.— A quoi donc est
dù ce mouvement fébrile ? — Sans vouloir entrer dans
une question de théorie, nous dirons q u e, si le système
nerveux vaso-moteur joue pour certains auteurs le rôleprin-

TEMPÉRATURE.

115

cipal dans la production de la fièvre, nous n’avons nul besoin
d’invoquer celte action pour connaître l’origine de cet élé­
ment dans la maladie que nous étudions. Voyons en effet
quel degré de priorité on doit attacher à la fièvre?— Et d’abord
la maladie est-elle primitivement localisée à l’intestin ou
bien, lorsque la lésion anatomique apparaît, le phénomène
fièvre a-t-il été déjà constaté? En second lieu, la lésion ana­
tomique engendre-t-ello le mouvement fébrile ou celui-ci
celle là; l’existence de l’un est-elle solidaire de l’existence de
l’autre? — Pour résoudre ces diverses questions, nous invo­
querons les arguments que nous fournit la thérapeutique.
Considérons les résultats que nous donne le médicament anti­
fébrile par excellence, la digitale. Dans le Bulletin de Théra­
peutique du 15 septembre 1869, M. Flirty, interne de Stras­
bourg, a publié deux observations qui, nous montrent d’une
façon palpable la corrélation qui existe entre la lésion anato­
mique et l’élément fièvre. Dans l’observation Ide ce mémoire,
au neuvième jour de la maladie, la digitale fait disparaître
la fièvre et « ce n’est que vers le onzième ou le douzième jour
que l’évolution morbide a atteint son terme. » La chute de la
température a lieu, dans la deuxième observation, sous l’in­
fluence de la digitale, au douzième jour de la maladie; et cepen­
dant la période infectieuse commence au quatorzième jour,
et l’évolution morbide n’est terminée que le vingt-troisième
jour, sous l'influence des affusions ou de simples lotions à l’eau
froide ; ne voyons-nous pas aussi la chaleur fébrile cutanée
disparaître ou au moins diminuer, le thermomètre baisser et
se maintenir, si l’on a chaque jour recours à ces affusions, à
un niveau relativement faible, tandis que la lésion intestinale
poursuit sa marche et parcourt ses diverses périodes. Nous
n’avons pas eu le bonheur d’étudier les effets précités de la
digitale; mais nous avons plus d’une fois suivi les modifica­
tions apportées au mouvement fébrile par une ou plusieurs
affusion froides. Nous avons pu étudier aussi l’action du sul­
fate de quinine et toujours il nous a été donné de constater
la disparition, ou tout au moins la diminution de la fièvre,
alors que les symptômes locaux rares indiquaient la persis­
tance des lésions anatomiques.

�116

G ARC IN.

Il nous paraît donc que la fièvre n’est qu’un élément secon­
daire, un élément surajouté à la lésion intestinale, engendrée
par elle, mais conservant une indépendance telle qu’elle peut
disparaître sous l’influence d’une médication appropriée, alors
que toute médication est impuissante contre Vaffection dolhinentérique.
Toutefois cette fièvre subit les vicissitudes que lui imposent
les lésions intestinales et présente des caractères divers cor­
respondant aux divers états de ces altérations et en dépendant.
Pour constater cette marche et ces variations de la fièvre, in­
voquons le critérium le plus certain de cet état, soit le thermo­
mètre. — Examinons le tracé suivant commencé au 5'“°jour de
la maladie et terminé au 31rj\ ( Voir le tracé n° I, page 129.)
Dans une première partie, les oscillations bi-quotidiennes
sont faibles, et les chiffres du matin au soir varient à peine d’un
degré; puis les oscillations deviennent plus grandes en même
temps que le niveau de la température s’abaisse. Le dixième
jour, la température du matin étant de 38°,2, le thermomè­
tre remonte encore le soir à 40°, 1. Le lendemain matin chute de
deux degrés, puis ascension vespérale de i°,2; les jours sui­
vants rémissions considérables du matin, ascensions vespéra­
les de un degré et quelques dixièmes. Enfin au dix-huitième
jour l’élément fébrile est épuisé ; les ascensions vespérales sont
faibles, et au vingt-unième jour ne dépassent plus le chiffre
normal : l’évolution fébrile est terminée.
C’est donc au dixième jour que le thermomètre change d’al­
lure. Or, nous savons qu’à cette époque se fait l’ulcération des
glandes intestinales et l’élimination des produits morbides.
N’est-il pas rationnel alors d’attribuer à la forme nouvelle de
la lésion intestinale le changement subi par la ligne thermi­
que ? Il nous semble difficile de résoudre la question autre­
ment que par l’affirmative. — Mais, pour éviter toute cause
d’erreur, prenons le tracé suivant où la marche du thermomè­
tre n ’a été contrariée par aucune espèce de médication, tan­
dis que chez le malade du tracé n° I, on avait administré du
sulfate de quinine le onzième jour de la maladie. ( Voir le tracé
n* II, page 129.)

TEMPÉRATURE.

117

Au douzième jour do la maladie, les oscillations bi-quoti­
diennes s’accentuent davantage. Le treizième jour, variation
du matin au soir de 1°,4; puis variation de un degré, deux de­
grés et même plus jusqu’aux dix-huitième et dix-neuvième
jours do la maladie où la faiblesse des ascensions vespérales
nous indique la disparition de l ’élément fébrile. — Ces varia­
tions sont analogues à celles du tracé I et nous offrent cette
valeur en plus que la maladie n’a ôté dérangée par aucune
médication.
Voilà donc deux cas qui par leur comparaison nous permet­
tent d’assigner à la fièvre deux caractères particuliers de la ma­
ladie : d’une part, la fièvre que l’on pourrait appeler typhique,
d’autre part la fièvre que l’on pourrait appeler iufectieuse. —
Rappelons-nous maintenant que c’est du huitième au douzième
jour que l’allure du thermomètre commence à être modifiée,
et nous saisirons ce rapport qu’au travail d’ulcération et d’éli­
mination correspondent des oscillations considérables de tem­
pérature tandis que dans la période d’infiltration, le thermo­
mètre stationne vers un point à peu près fixe. Enfin, lorsque la
ligne thermique affecte une marche descendante, les ulcéra­
tions intestinales commencent aussi à se cica triser; et, à ce mo­
ment, l’élément fièvre a disparu.
Cette marche delà température, corollaire de la marche de
la lésion anatomique, offre une valeur considérable et des ga­
ranties sérieuses pour l’étude de la maladie. — Nous avons vu
plus haut que la durée classique de la fièvre typhoïde estde trois
à quatre septénaires et que cette durée totale peut-être divisée
en trois périodes mesurant chacune un septénaire. Or, nous
verrons bientôt ce que nous enseigne le thermomètre sur ces
septénaires,sur la durée totale de la maladie, et sur la durée
partielle de chaque période. — Nous verrons aussi quel élé­
ment précieux nousavonsdans le thermomètre pour affirmer le
pronostic, voire même le diagnostic, alors que l’étude de la ma­
ladie par les symptômes ne nous fournit à peu près aucun ren­
seignement de ce genre. Prenons tout aussitôt un exemple à
l’appui de ces assertions. (Voir le tracé n° III, page 130).
Voilà donc une dothinentérie qui met trente-deux jours à

�118

119

GARCIN.

TEMPERATURE.

accomplir son évolution. 0r; si nous nous reportons aux notes
prises sur cette malade, nous voyons que lorsque l’adynamie
était encore des plus marquées , les oscillations régulières et
suivies du thermomètre éloignaient toute crainte sérieuse;
secondement que, tandis que la ligne thermique devenait pro­
gressivement descendante, l’état d’affaissement de la malade
aurait pu inquiéter le médecin dépourvu du thermomètre.
Nous pouvons, au contraire, affirmer que notre confiance a
toujours été très-soutenue et que, voyant l’allure fidèle du
thermomètre, nous n’avons jamais redouté une terminaison
fatale.
Après avoir ainsi établi la valeur de l’exploration thermomé­
trique dans la dothienentérie, nous allons étudier la marche
de la température et, nous basant, ensuite sur les données acqui­
ses,nous poserons les applications de cette méthode d’examen
au diagnostic, au pronostic et au traitement de la maladie. Ce
seront, nous l’avons dit, les conclusions de notre travail.
Les typhiques que nous avons l’occasion d’observer à l’hôpi­
tal arrivent lorsque la maladie est parfaitement établie , lors­
qu'elle est déclarée. Aussi nous est-il très-rarement possible
d'observer la maladie au début et pour notre compte nous
n’avonsjamais eu pareille satisfaction que, partant de la tem­
pérature normale, nous ayons vu notre thermomètre s’élever
au chiffre de la dothienentérie. Mais nous savons par les tracés
de Thomas, de Wunderlich, vulgarisés par Jaccoud (1) et tout
dernièrement par le professeur Germain Sée, que la tempéra­
ture s’élève graduellement jusqu’au quatrième jour de la mala­
die : c’est la période initiale , la période d'invasion. L’ascen­
sion thermométrique est telle que le thermomètre s’élève en
général d’un degré et demi par jour. Mais, comme dit M. Jac­
coud , comme la rémission du matin est en moyenne d’un
demi degré, la différence effective d’un soir au soir précédent
n’est que d’un degré; la ligne thermique offre ainsi une ascencion graduelle, régulière, interrompue chaque matin par une
chute régulière de cinq dixièmes de degrés. 11résulte de là que

le type idéal de cette période est représentée par la série de
chiffres suivants :

(1) Leçons clinirjues do la Charité.

Premier jour : soir 38°.
Second jour : matin 37°,5, voir 39.
m ...
.
,. '

I

Troisième jour : matin 38°,h, voir 40.

Quatrième jour : matin 3S°,!3, voir 40,5 (plus rarement 41°).

Cette période d’invasion est donc caractérisée par la marche
ascendante du thermomètre; aussi n’est-il que très-rationnel de
la désigner sous le nom de Période des oscillations ascendantes
(Jaccoud).
Nous regrettons infiniment de ne pouvoir établir ces don­
nées d’après nos propres observations; mais notre travail doit
commencer à la seconde période. Avant tout, nous croyons
nécessaire de déclarer combien il est difficile de préciser le début
de la maladie ; car nous n’avons, pour fixer une pareille date,
que les renseignements fournis par les malades, et qui ne sait
quelle incertitude, quel vague ceux-ci mettent dans leurs in­
dications? Ce qu’il y a de plus absolu, c’est que tous nos ma­
lades sont arrivés en pleine dothinenterie. Voici le tracé d’une
fièvre typhoïde parfaitement confirmée qui a été commencé au
sixième jour de la maladie. (Voir tracé n° IV p. 131.)
Jusqu’au vingt-troisième jour la température se maintient
constamment au dessus de la normale; de ce jour au trentième,
le thermomètre oscille autour du point normal. Donc deux
grandes divisions : dans l’une température fébrile, dans l’autre
température à peu près normale. Mais dans la première partie,
c’est-à-dire du sixième au vingt-troisième jour, les oscillations
ne présentent pas toutes le môme caractère. Dans une première
période, les variations bi-quotidiennes et les variations d’un
jour à l’autre sont faibles; plus tard, les oscillations sont plus
considérables ; enfin les oscillations sont encore assez étendues,
mais le point maximum de leur élévation est moindre. Pen­
dant les septième, huitième, neuvième et dixième jours, les
variations maxima sont d’un degré; du dixième au quinzième
jour, elles atteignent 1%8 ; du seizième au vingt-troisième jour,
le thermomètre parcourt jusqu’à 2°,2. Suivons maintenant ces

�•120

G ARC IN.

oscillations pas ;i pas. Le sixième jour, 39° le matin, 40°,Glo
soir ; le lendemain, rémission matinale dc0°,7, ascension ves­
pérale de 0°,3 ; le huitième jour, 39°,5 le matin, 40°,Gle soir,
puis rémission matinâle de 0°,3 et de .nouveau, ascension ves­
pérale de 0°,3; le dixième jour, 39°,G le matin c’est-à-dire
rémission d’un degré, ascension vespérale de 0°,3. C’est la
première partie de la période. On le voit, les variations sont
faibles, atteignent rarement un degré et oscillent autour d’un
point fixe qui est ici 40°. A partir du onzième jour, les rémis­
sion matinales sont, plus grandes et correspondent à des ascen­
sions vespérales plus considérables aussi. Du dixième au
onzième jour, nous avons une différence de 1°,2; le soir du
onzième, l’ascension est de 1°,7 ; le lendemain, rémission mati­
nale de 1°,G; au matin du treizième jour, la rémission n’est
que de 6°,9; mais l’ascension vespérale est encore d’l°, et le
quatorzième jour nous avons aussi des variations d’l°,3 et 1°,4.
Le quinzième jour, le thermomètre monte du matin au soir
de 39° à 40°,8; mais le seizième jour, le chiffre du matin
descend au dessous de 39 et nous entrons dès lors dans une nou­
velle phase. Ici les variations bi-quotidiennes et les variations
d’un jour à l’autre sont encore très-considérables, mais, fait
remarquable, le point le plus élevé des ascensions vespérales a
seulement atteint 40°, sans s’élever au dessus de ce chiffre.
Si nous examinons cette partie du tracé, il nous est facile de
remarquer que la température matinale tend sensiblement à
se rapprocher de la normale. Partant du chiffre du seizième
jour, 38°,8 nous avons successivement pour les chiffres du
matin 38°,4, 38°,3, 38°, 37°,8, puis saut brusque à 38°,G au
vingtième jour, mais les jours suivants encore 37°,G, 37°,8
37°,2, 37°,2, 3G°,9, 2G°,4, etc. La série de ces chiffres nous in­
dique d’une manière certaine la marche progressivement dé­
croissante de la température, soit la disparition graduelle de
l’élément fébrile. Mais ces chiffres n’ont une signification réelle
qu’autant qu’on les associe à ceux indiquant la température
vespérale. De ce côté, les résultats viennent à l’appui de la
proposition précédente. Partant encore du seizième jour, soit
39°,4, nous parcourons successivement les étapes 39°,4, 39°,8,

TEMPÉRATURE.

121

39°,8, 40° au vingtième jour, puis 39°,G, 39°,4, 39°,1, 38°,3, 38°,
37°,G, etc. L’assemblage de ces chiffres constitue une nouvelle
période de la maladie, dans laquelle nous trouvons ce résultat
constant : la température tend à s’éloigner du chiffre maximum
de la première période pour se rapprocher du chiffre normal.
Mais, de même que dans la période précédente nous avons
établi deux phases distinctes, de même dans celle-ci nous
admettrons encore deux parties. Au début, le thermomètre
parait s’écarter difficilement, comme à regret, du chiffre de la
première période, et les ascensions vespérales en sont un
exemple; puis, après une ou plusieurs grandes oscillations, le
thermomètre s’engage franchement dans la voie de descente et
arrive au chiffre normal.
Examinons encore les deux tableaux suivants où nous avons
suivi la maladie pendant près d’un mois. ( Voir tableau n °l,
tracé n° V, p. 135.)
Nous prenons ici la maladie au huitième jour : à cette date
nous devons déjà avoir des oscillations importantes et c’est, en
effet ce que nous donne le tableau. Mais ici le chiffre maximum
est moins élevé que dans le tracé précédent : la dothinenterie
était aussi bien moins grave. Du huitième au vingtième jour,
la température ne s’élève que deux fois au dessus de 40°
degré: 40°, 1 le soir du huitième jour, et 40°,3 le soir du
dix-neuvième. Les ascensions vespérales se maintiennent entre
39° et 40°; minimum 39°, 1, maximum 40°. Au contraire, les
rémissions du matin sont considérables, jusques à 3 degrés.
Arrivéau vingt-unièmejour, la température vespérale s’abaisse
à son tour et se maintient jusqu'au vingt-quatrième jour à
39° environ. Puis le vingt-cinquième graduellement, de 38° à
36°,8 chiffre du trente-troisième jour. La température du
matin se rapproche aussi durant cette période de la normale;
ainsi du huitième au seizième jour, elle s’écarte faiblement de
38°; du seizième jour au vingt-troisième, elle se rapproche de
37°; du vingt-troisième jour à la fin de lamaladie, ellestationne
entre 30° et 37°. (Voir tableau n° 2, tracé u° VI, p. 134.)
Deux phases principales dans ce second tableau : l’une allant
du sixième au quinzième jour, la seconde du quinzième jour

�122

GARCIN.

au vingt-cinquième. Dans la première, deux périodes encore:
du sixième au onzième jour, petites oscillations bi-quoti­
diennes, variations faibles d’un jour à l’autre, au plus un degré
(le huitième jour) ; les douzième, treizième et quatorzième
jours, les variations d’un jour à l’autre sont plus étendues et
de même les oscillations bi-quotidiennes. Déjà de 40°, chiffre
du onzième jour au soir, le thermomètre descend le matin du
douzième à 38°,2 et se maintient les deux jours suivants à
38°,3 pour le matin, tandis qu’il monte le soir à 40% 39°,8 et
39*,9. Le matin du quinzième jour, chute,à 38° et petite
ascension vespérale de 0°,2 ; le seizième jour, 37°,4 le matin,
38',4 le soir; le dix-septième jour, 37°,2 le matin et 38°,2 le soir;
le dix-huitième jour, rémission matinale de 1°,2 (38°,2 à 37°).
Les jours suivants, la température du soir ne dépasse pas 38°,
se rapproche graduellement de 37° et le soir du vingt-cinquième
jour s’arrête à 37°,1: c’est la dernière étape de l’évolution
thermique.
Les trois cas que nous venons de rapporter sont dégagés de
toute complication et ont été choisis, il est juste de le dire,
parmi les plus explicites. Mais nous allons voir que les choses
nese passent pas toujours ainsi etque telle complication même
légère peut notablement modifier la marche de la tempéra­
ture. — Prenons le fait suivant où la marche de la maladie a
été entravée par des éruptions miliaires successives (Voir ta­
bleau n° 3, tracé n° VII, page 133).
Ainsi, au douzième jour de la dothienentérie, une belle
éruption miliaire s’étend sur l’abdomen, et le thermomètre
stationne à un niveau plus élevé que les jours précédents. Des
éruptions successives ont lieu jusqu’au dix-septième jour, et
la hauteur à laquelle se tient le thermomètre exige l’emploi du
sulfate de quinine le dix-septième jour. De petites éruptions
ont encore lieu le dix-neuvième et le vingt-unième jour, puis
le thermomètre reprend sa marche descendante et remonte de
nouveau le vingt-sixième jour sous l’influence d’une nouvelle
poussée. Enfin, à partir de ce jour, la marche descendante con­
tinue franchement. Cet exemple nous montre donc d’une façon
évidente que toute complication survenue dans le cours d’une

TEMPÉRATURE.

123

fièvre typhoïde peut maintenir la température à un niveau
très-élevé, soit en devenant la cause de nouvelles ascensions,
soit en arrêtant le thermomètre au point où l’avait porté la
dothienentérie alors que sa marche eut été descendante. —
Mais nous aurons encore l’occasion de revenir sur ces particu­
larités.
En groupant les tableaux précédents et leur associant onze
autres tracés que nous regrettons de ne pouvoir donner ici,
nous pouvons formuler cette règle que : la période d’invasion
ayaut fait place à la seconde période, le thermomètre parcourt
deux phases principales correspondant aux deux phases de
l’évolution anatomique. Mais nous croyons nécessaire d’ad­
mettre daus ces deux périodes deux phases secondaires, et
celles-ci sont surtout manifestes dans la première période. La
première phase de la période des oscillations descendantes
n’est du reste pas constante et parait intermédiaire à la période
d’ulcération et à la période de cicatrisation. Elle semble indi­
quer le moment où les ulcérations intestinales, débarrassées
des produits morbides, sont prêtes pour la cicatrisation; ana­
logues en cela aux plaies extérieures recouvertes de bourgeons
charnus et disposées à recevoir les premières jetées du tissu lamineux de cicatrice. Il est cependant des cas où ces phases
secondaires sont peu marquées, où le thermomètre passe brus­
quement d’un chiffre élevé à une température sensiblement
normale. Le tracé suivant nous en offre un exemple. (Leur
tracé n° VIII, page 132.)
Ou bien encore la transition est graduelle et l’on arrive
insensiblement à une température normale, comme dans le
cas suivant. ( Voir tracé n° IX, page 132.)
Mais comment se fait le passage de la seconde à la troisième
période ; quels signes nous révéleront que nous sommes à tel
point d’une période; comment enfin pourrons-nous reconnaî­
tre la période de la maladie ?
Nous avons établi plus haut que c’est du huitième au dou­
zième jour, ordinairement vers le dixième, c’est-à-dire vers
le milieu de la seconde semaine, que les grandes oscillations
commencent à se produire. Si donc, dès le premier jour de

�GARCIN.

TEMPÉRATURE.

l’examen on so trouve en face d’oscillations considérables, on
peut affirmer, presque à coup sùr, que la maladie est arrivée
environ au dixième jour de son évolution, et que les glandes
intestinales sont ulcérées : en un mot, nous sommes en pleine
infection. Notre tableau n° 1 nous offre ces variations au hui­
tième jour présumé de la maladie. Nous avons aussi sous les
yeux des tracés commencés en pleine période et pour lesquels
on pouvait faire remonter le début de la maladie à une dou­
zaine de jours, ce que les malades nous ont confirmé du
reste plusieurs fois. — Dans une observation que je dois à
l’obligeance de mon ancien collègue. M. Vidal (de Cassis), la
malade faisait remonter à trois semaines le début de sa mala­
die ; or, sans préciser cette date d’une façon absolue, la mar­
che de la température a démontré que nous étions encore à la
période des oscillations stationnaires.En effet, du 21 octobre au
31 du môme mois, le thermomètre oscille entre 37° et 40°, puis
descend brusquement à 36°,3 et se maintient ensuite autour
de 37°. — Donc : oscillations considérables, rémissions mati­
nales très-longues, ascensions vespérales se rapprochant de
4U", voilà les caractères principaux de la seconde période et
particulièrement le caractère spécial de la deuxième phase de
cette période. Dans la première phase, nous avons noté, au
contraire, de petites oscillations, des rémissions matinales
faibles correspondant à des ascensions vespérales de quelques
dixièmes de degré ou d’un degré au plus ; mais le thermo­
mètre stationne autour de 40". — Ainsi chiffre élevé de la tem­
pérature avec petites oscillations au début, grandes variations
ensuite, tels sont les caractères fondamentaux de cette période
correspondant, comme nous l’avons dit., à l’ulcération des
glandes intestinales et à l’élimination des produits mor­
bides.
Ce qui est plus difficile à établir, c’est, d’un côté, la fin de
notre période, et d’autre part, le commencement de la troi­
sième; et ceci nous amène à étudier comment se fait le passage
d’une de ces périodes à l’autre.
Sur six malades examinés dans ce but, nous avons noté trois
fois une ascension vespérale d’un degré et quelques dixièmes

suivie d’une rémission matinale de 1",5 ; —sur les trois autres,
nous avons noté une forte rémission matinale accompagnée
d’une ascension vespérale faible. — Sur sept autres malades,
nous avons eu une rémission lente, une descente graduelle de
la ligne thermique ; de telle façon que, par des diminutions
successives et quotidiennes de quelques dixièmes de degré, le
thermomètre arrive progressivement aux environs de 37° où il
devait se maintenir. — Mais un fait constant, c’est que le com­
mencement de la période de descente est indiqué le plus sou­
vent par une forte rémission matinale. Cette rémission mati­
nale est suivie d’une ascension vespérale moindre que les pré­
cédentes ; ou bien elle est accompagnée d’une ascension
vespérale très-étendue, mais, à son tour, cette ascension vespé­
rale précède encore une grande rémission matinale et dès lors
les ascensions vespérales suivantes deviennent de plus en plus
faibles et arrivent graduellement au chiffre normal. — Celto
ascension vespérale, qui est quelquefois unique, qui, d’autres
fois, se renouvelle deux, trois jours de suite, dont notre ma­
lade du tableau 3 nous offre un exemple remarquable , a une
importance extrême au point de vue du pronostic et du trai­
tement, et nous dirons tantôt quel parti on doit en tirer.
Nous poserons donc, en règle générale, connue établissant
le passage de la seconde à la troisième période, une brusque
variation, portant, soit sur la rémission du matin, soit sur
l’ascension vespérale, et arrêtant le thermomètre entre 37° et
38°. — Comme fait exceptionnel, nous indiquerons l'ascension
vespérale qui se renouvelle rarement deux jours de suite, qui
a lieu le plus souvent un jour après l’oscillation indiquant lo
début de la période, et qui est suivie d’une descente quel­
quefois rapide de la température.
Nous arrivons ainsi à la troisième période, ou Période des
oscillations descendantes. — Le tracé, inscrit plut haut sous le
numéro III, nous montre clairement la marche du thermo­
mètre durant cette phase de la maladie. Le vingtième jour a
lieu une rémission matinale de 1°,9, l’ascension vespérale de
ce jour n’est que de U°,7 ; puis, après quelques jours, pendant
lesquels le thermomètre oscille entre 38°, 37°,5, 37",2, et au

m

125

�126

GARCIN.

trente-deuxième jour 36°, 6; la température normale est établie.
— Chez un autre malade, qui était couché au numéro 32 de
la salle Aillaud pendant le mois d’octobre 18G9, le dix-septième
jour, se produit une rémission matinale de 1°,8, puis une
ascension vespérale de T,3 et encore une rémission matinale
de l°.2; et du dix-huitième au vingt-sixième jonr, enjoignant
par une ligne droite les points indiquant les ascensions vespé­
rales, on obtenait une ligne allant du chiffre 39° au chiffre
37°,2.— Les chiffres du matin sont situés sur une ligne paral­
lèle à la première, et allant de 38°,4 à 36°,8. Le type constant
de cette période serait dope figuré par une ligne brisée, se di­
rigeant (sur nos tracés) de gauche à droite, de bas en haut, et
ayant pour points extrêmes les chiffres 39-38 et 37-36 ; affec­
tant une direction si régulière que les stations du matin et du
soir sont situées sur deux parallèles passant par les points que
nous venons d’indiquer. Il peut se faire que jusqu’au dernier
jour se manifestent de grandes oscillations et surtout des ascen­
sions vespérales très-étendues; mais aussi le thermomètre
tombe tout d’un coup au chiffre normal et, fait à noter, les
ascensions du soir ne s’élèvent jamais au-dessus de 39°.
Il n’est pas rare de voir, durant cette période et surtout vers
la fin, la température descendre bien au-dessous du chiffre nor­
mal, se maintenir, par exemple, à 36° pendant deux, trois jours,
puis remonter encore à 37°, et alors s’arrêter là. La descente
du thermomètre au-dessous de la température normale du­
rant cette période est un fait commun qui se produit en dehors
de toute complication ; il ne présente aucune signification
grave, ou plutôt il nous semble indiquer que l’organisme est
about de forces, quela fièvre l’a complètement épuisé, et qu’il
faut remédier à cet état de faiblesse. Cette chute du thermo­
mètre montre encore que nous sommes à l’extrémité de la
ligne des oscillations descendantes, bien loin de ces descentes
anormales qui se produisent dans le cours de la maladie, à la
seconde période, et que nous verrons avoir une signification
pronostique très-grave.
Nous avons ainsi passé en revue les diverses périodes de la
maladie, et on a pu remarquer que nous les avions désignées

TEM PÉRATURE.

-127

sous les noms de Période des oscillations ascendantes, Période
des oscillations stationnaires, Période des oscillations descen­
dantes. Cette dénomination, proposée par M. Jaccoud, est on ne
peut plus juste. Elle indique, en effet, d’une façon très-précise
la marche thermique de la fièvre typhoïde et présente, si l’on
peut s’exprimer ainsi, un tableau complet de l’évolution mor­
bide. Nous adopterons donc cette dénomination, car nous
voyons qu’elle correspond parfaitement aux périodes anato­
miques, et qu’ensuite il est beaucoup plus commode de dé­
signer par une expression aussi brève, aussi concise et aussi
juste l’état complexe qui caractérise chacun des stades de la
dothiénenterie.
Pour terminer l’étude thermique de la maladie, il nous faut
étudier la durée de chaque période, la durée totale de la ma­
ladie; et de cette étude nous établirons les corrélations qui
existent entre les périodes thermiques et les périodes anato­
miques.
Nous avons vu plus haut que vers le soir du quatrième jour
la température atteint 40°,5 ou 41°, et que ce chiffre devient le
pointdedépart de la période des oscillations stationnaires. C’est
donc au quatrième, ou mieux, au matin du cinquième jour,que
commence la seconde période thermique. Posons, d’après nos
observations, le terme ultime de cette période. —Nous notons
ici les résultats fournis par vingt tracés. Sur ce nombre, nous
obtenons pour terme final de la période : une fois, le 10° jour ;
deux fois, le 12° jour; trois fois, le 15°; deux fois, le 16°; deux
fois, le 17*; deux fois, le 18°; deux fois, le 19° ; une fois, le 20°;
une fois, le 21° ; une fois, le 22° ; une fois, le 24° ; deux fois, le
25° jour. — Si nous prenons la moyenne de ces divers chiffres,
nous avons en terme moyen 18,7 jours, déterminé, il est vrai,
sur le début probable de la maladie. C’est donc dans le cours
de la troisième semaine, à peu-près vers le milieu, que la ma­
ladie commence son évolution rétrograde, et si l’on veut s’en
tenir à la vieille théorie sur la fin du troisième.septénaire. Or,
nous avons vu que le second septénaire marquerait dans la
doctrine ancienne le développement complet de la seconde pé­
riode : le thermomètre nous enseigne donc que cette durée de

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•128

1

GARCIN.

deux septenaii'es est loin d’être absolue, et à propos du pro­
nostic, nous montrerons bientôt qu’elle n’a aucune signifi­
cation. Mais nous avons vu que la période des oscillations sta­
tionnaires comprend deux phases bien distinctes; il nous faut
par conséquent déterminer la durée relative de chacune de ces
phases , et sur ce nouveau résultat établir encore la durée to­
tale de la période des oscillations stationnaires.
Chacune des phases de cette période présente, nous l’avons
dit, les caractères suivants: d’abord oscillations petites ou
grandes se maintenant autour d'un chiffre constant, soit40";
en second lieu,, oscillations considérables ayant pour point
maximum un chiffre inférieur au précédent, soit 39°. Voyons
si, analysant séparément ces deux phases et les rassemblant en­
suite, nous obtiendrons le résultat demandé. Dix observations
choisies parmi les vingt précédentes, nous ont permis de con­
clure à l’exactitude des chiffres établis plus haut. La première
phase de la période stationnaire a donné une durée moyenne
de 13 jours, la seconde phase de 5,7 jours : additionnant ces
deux quantités, on a 18,7, chiffre parfaitement identique à
celui obtenu pour la durée totale de celte période. Reprenons
maintenant nos vingt observations pour la durée delà troisième
période, nous avons une moyenne de 6,5 jours, c’est-à-dire à
peu-près un septénaire. Enfin, si nous ajoutons les chiffresde
la seconde période à ceux de la troisième, cette opération nous
donne pour résultat 25,2 jours, durée moyenne totale de la
maladie. Si nous traduisons, nous avons une durée de trois à
quatre semaines, ou bien encore de trois à quatre septénaires,
mais c’est encore au milieu d’une semaine que paraît se ter­
miner la maladie, que se termine en réalité la ligne ther­
mique. Or, nous n'avons jamais vu une fièvre typhoïde régu­
lière, simple, se prolonger au-delà de 33 jours, ni s’arrêter
avant le lS’jour, ce qui donne encore une moyenne de 25
jours.
( /I Continuer. )

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�CLINIQUE DE LA V ILLE.

137

CLINIQUE DE LA VILLE.
Chute sur le p érin ée ; g a n g rèn e co n sécu tiv e ; d estru c­
tion com plète du canal de l ’u rètre dans l ’étendue de
1 à 2 centim ètres ; ca th étérism e fréquem m ent renou­
velé ; réparation du can al sim la sonde ; cica trisa tio n
complète san s fistu le; guérison.

Le 48 février 1869, je fus appelé auprès d ’un jeune garçon de
11 ans qui avait fait la veille, à neuf heures du soir, une chute
effrayante. Cet enfant était déshabillé et allait se mettre au lit
lorsque l’idée lui vint de grimper sur le dossier d ’un fauteuil et
de se hisser jusqu’à une étagère fixée dans la muraille. Les forces
lui manquant tout d’un coup il était tombé, d’une hauteur de
deux mètres, à cheval sur l’un des montants du lit. On accourt aux
cris de l’enfant, on le trouve renversé sur le sol, incapable de se
mouvoir, se plaignant d’une violente douleur dans le périnée, les
bourses et le bas-ventre. Des cataplasmes de farine de graines de
lin sont appliqués sur les parties malades ; la nuit se passe assez
tranquillement.
Lorsque j ’arrivai le lendemain matin auprès du petit malade,
douze heures environ après l ’accident, je trouvai les parties géni­
tales énormément tuméfiées. Le prépuce affreusement distendu
par l’œdème se recourbait en avant comme le cimier d’un casque
et rendait complètement impossibles la mise h nu du gland et
1accès du méat urinaire. Les bourses, très enflées, formaient audessus des cuisses une tumeur volumineuse au-dessus de laquelle
proéminait la verge en état de demi-érection. Pas de change­
ment de coloration des parties, mais transparence très-grande du
tissu cellulaire sous-dermique et apparition de quelques vésicu­
les à la surface de l’épiderme. La région hypogastrique légère­
ment tendue est un peu douloureuse. La vessie paraît contenir
peu de liquide ; l’enfant n’accuse aucun besoin d’uriner ; cependant depuis la veille la miction n ’a pu s’opérer ; le petit malade
9

�138

SEUX FILS.

essaie, mais en vain, devant moi d’amener quelques gouttes
d'urine. La tension du périnée est peu forte ; cette partie est le
siège d’une vaste ecchymose violacée. Pouls à 100 pulsations ;
langue sèche ; soif; inappétence.
L’impossibilité d’uriner, à la suite d’une chute aussi épouvan­
table, rendait urgente l'introduction d’une sonde dans la vessie.
Malheureusement, en raison du gonflement du prépuce, la mise a
nu du méat était tout-à-fait impossible. J ’essayai à plusieurs re­
prises de glisser à travers la fissure formée par l’orifice préputial
une sonde en gomme élastique ; je ne pus arriver sur le méat; le
gland était trop profondément enfoui au milieu des tissus œdé­
matiés. Je me décidai alors à fendre le prépuce dans toute sa
longueur. Ce repli était transformé en une masse gélatiniforme
ayant une épaisseur de deux centimètres ; au fond de la masse
apparut, après l’incision, la partie supérieure du gland. Une
sonde en argent fut introduite avec beaucoup de précaution
dans le canal; elle pénétra facilement jusqu’à la portion souspubienne mais elle ne put aller plus loin; un obstacle infran­
chissable existait sur ce point et la pression la plus légère déter­
minait de vives douleurs. Je me gardai d'insister de peur de pro­
duire quelque grave lésion ; je retirai l'instrument, et le rempla­
çant par une sonde en gomme élastique je fis une seconde
tentative, mais je ne fus pas plus heureux.
Tout me portait à croire que le canal de l’urètre était endom­
magé. Cependant, vu le peu detènsion de la région périnéale, je
ne crus pas devoir ce jour-là débrider les tissus. Je prescrivis un
bain prolongé, des cataplasmes émollients, une tisane rafraîchis­
sante; je laissai le malade aux bouillons.
19 février. — L’enfant a été agité pendant la nuit; il a eu un
frisson assez prolongé; pouls à 110 pulsations; langue sèche.
Le petit malade se plaint d’un violent besoin d’uriner qu’il ne
peut satisfaire. Le cathétérisme est impossible. La région du pé­
rinée est très-tendue, à peu près indolente et elle donne au doigt
une sensation assez prononcée de fluctuation.
Je pratique de chaque côté delà ligne médiane une longue et
profonde incision allant de l’ischion à la racine des bourses. A.
mesure que les chairs sont divisées, l’urine s’écoule par la plaie.
Bain d’une heure, cataplasmes, soupes et bouillons, eau vi­
neuse.
20 février. — La nuit a été assez tranquille. Pouls à 100 pulsa­
tions. L’enfant a uriné à plusieurs reprises parle périnée ; pas une

CLINIQUE DE LA V ILLE.

439

goutte de liquide ne s’est présentée au méat. Les chairs divisées
par l’instrument ont une couleur noirâtre, un aspect gangréneux ;
elles commencent à se détacher. Je recommande les plus grands
soins de propreté ; lavages fréquents avec une forte décoction de
quinquina ; soupes et bouillons.
Du 20 au 26 l’état général subit une notable amélioration : la
fièvre tombe, l’appétit revient. En même temps les parties mor­
tifiées s’isolent et se détachent de plus en plus. Je prescris une
alimentation substantielle et du vin généreux.
27 février. — J ’enlève avec les ciseaux un lambeau de chair
mortifiée de la grosseur d’une noisette. Le fond de la plaie se pré­
sente alors à moi sous la forme d’un entonnoir à demi rempli de
liquides sanieux. En détergeant avec soin cette sorte d’arrière ca­
vité, j ’aperçois distinctement en haut et en avant la surface de
section du canal de l’urètre. En arrière et en bas apparaît un point
noir qui n’est autre chose que l ’orifice de la deuxième portion
du canal; j ’acquiers la certitude de ce fait en introduisant une
sonde par cette ouverture ; l’instrument pénètre profondément et
immédiatement un jet d’urine m’annonce que je suis arrivé dans
la vessie. Entre les deux sections de l’urètre existe un espace libre
ayant environ un centimètre de longueur en arrière, deux centi­
mètres en avant. Le canal manque donc complètement dans uno
certaine étendue, et la perte (le substance est plus forte en avant
qu’en arrière. J ’introduis lentement dans le can al, par le méat
urinaire, une sonde en gomme élastique sans mandrin. L’extré­
mité inférieure de l ’instrument ne tarde pas à apparaître dans lo
fond de la plaie. J'essaie vainement de diriger, à l'aide des pinces
et du stylet, cette extrémité vers la deuxième portion du canal.
Je fais une nouvelle tentative en glissant dans la sonde un man­
drin fortement recourbé; tous mes efforts restent infructueux. Je
saisis alors, avec les pinces, la partie de l’instrument visible au
fond de la plaie et je l’attire à l’extérieur à travers le périnée ;
puis recourbant avec les doigts la sonde toujours engagée dans
la première portion de l'urètre je fais pénétrer directement l’extré­
mité inférieure de l’instrument dans la deuxième portion du canal,
et je parviens enfin à pénétrer dans la vessie. Une injection d’eau
tiède, poussée par l’extrémité libre de la sonde, ressort en entier
par l’instrument ; pas une goutte de liquide ne passe à travers le
périnée. Je ferme la sonde à l ’aide d’un bouchon en bois et la fixe
à la verge.

�140

SEUX FILS.

!•* mars. — Hier et avant-hier l'enfant a très-bien uriné par
l'instrument; le périnée est resté pendant ces deux jours com­
plètement à l ’abri du contact de l’urine. Des injections d'eau tiède
ont suffi pour maintenir la sonde béante ; mais aujourd’hui l’eau
ne pénètre plus. Je retire l’instrument dont les yeux sont obstrués
par des mucosités sanguinolentes et dont le tissu a subi un com­
mencement d’altération. Je replace une nouvelle sonde en exécu­
tant la manœuvre que je viens d’indiquer.
b mars. — La soude est bouchée. L’eau injectée ressort à travers
le périnée mélangée à l’urine, que l’enfant n ’a pas la force de re­
tenir en ce moment. Je remplace la sonde ut supra.
L élimination des escliarres est aujourd’hui complète ; la plaie
atteint le volume d’une orange de grosseur moyenne; elle's’étend
transversalement d’une tubérosité iscliiatique a l’autre ; d’avant
en arrière, elle commence aux testicules, qui sont en partie dé­
nudés, et elle s’arrête à un demi-centimètre en avant de l’anus.
Constamment imbibée de quinquina, cette plaie a d’ailleurs bon
aspect. Dans le fond de l’immense perte de substance apparaît
une ligne noire; c’est la sonde recourbée qui remplace le canal
absent sur ce point.
6 mars. — Espérant utiliser un épais lambeau de chair, je place
un point de suture a l’extréinite inférieure du bord latéral gauche
de la plaie ; injections d’eau tiède renouvelées plusieurs fois dans
les vingt-quatre heures.
7 mars. — Compression, à l’aide d’un bourrelet de linge et do
charpie, le long du bord latéral droit de la plaie.
8 mars. — Le point de suture n ’a pu tenir à gauche. À droite
la compression est rendue impossible par le fait de l’indocilité du
malade, lequel se sentant mieux ne se gêne pas pour exécuter,
pendant la nuit, les mouvements les plus étendus. Suppuration
très-abondante et de bonne nature. Travail actif de réparation par
les bourgeons charnus. Intégrité parfaite du tube digestif.
10 mars. — Cette nuit la sonde a été obstruée; l’enfant a uriné
largement par le périnée. Je place une nouvelle sonde.
11 mars. — L’instrument est tombé pendant la nuit. L’urine
sort à plein canal par la région périnéale. La cicatrisation avance
cependant, et les chairs se rapprochent au fond de la plaie. In­
troduction de la sonde, toujours par le procédé ci-dessus indiqué.
12 mars. — La verge et les bourses sont très-tuméfîées. Je re­
tire l’instrument et laisse l’enfant uriner tout le jour par la plaie.

CLINIQUE DE LA VILLE.

141

13 mars.— Le travail de cicatrisation ne s’est point ressenti du
passage fréquemment renouvelé de l’urine. Je replace la sonde.
15 mars. — Aujourd’hui pour la première fois, les chairs sont
assez fermes autour du canal pour que je puisse pratiquer le cathétérysme sans faire ressortir la sonde à travers le périnée. Je
suis obligé toutefois de maintenir avec les pinces, dans le fond
delà plaie, l’extrémité inférieure de la sonde pour ne pas lui faire
perdre la direction du canal de l’urètre.
17 mars. — La sonde a bien tenu; l ’eau injectée ressort libre­
ment par l’instrument. Aujourd’hui, un mois après l’accident, les
chaire sont presque au niveau des parties saines. Au milieu de la
plaie seulement existe un pertuis assez large s’étendant jusqu’au
canal. La fréquente introduction de la sonde et la nécessité de
faire ressortir l’instrument à travers le périnée pour le conduire
jusque dans la vessie, expliquent la lenteur que subit dans ce
point le travail de cicatrisation. L’enfant a contracté depuis
quelques jours une bronchite assez intense : poulsà 100 pulsations;
expectoration muqueuse ; inappétence. Looch avec cinquante cen­
tigrammes d’oxyde blanc d’antimoine ; soupes et bouillons.
21 mars. — L’instrument est tombé cette nuit. Le cathétérisme
avec la sonde en argent ne peut être effectué. Je suis plus heureux
cette fois avec la sonde en gomme élastique maintenne par un
mandrin; j ’ai soin seulement de donner à ce dernier la courbe
presque droite et très-courte que Mercier employait chez les vieil­
lards atteints d’affection de la prostate. En introduisant la sonde
ainsi modifiée je sens, à un moment donné, que le bec s'enfonce
dans le vide ; l’enfant, fort intelligent d’ailleurs , m ’avertit lui
même que je pénétre dans le fond; au bout d’un très-court trajet je
suis arrêté; retirant alors le mandrin, tout en m aintenant forte­
ment la sonde , je sens cette dernière fuir a travers mes doigts
vers la vessie et immédiatement un jet d ’urine m’annonce que j ’ai
atteint le but si ardemment désiré par moi. Désormais je puis
pénétrer dans la vessie sans m ’aider aucunement du périnée et je
n’empêche plus, par des manœuvres indispensables mais trèsfàcheuscs, le travail de réparation.
22 mars. — L’enfant ne tousse plus; il a retrouvé son excellent
appétit. Tout va bien ; la sonde est presque entièrement cachée
derrière les bourgeons charnus; la cicatrisation marche rapi­
dement; injections fréquentes.
25 mars. — Lasorule est bouchée ; je la remplace sans la moindre
peine. A la partie supérieure de la région périnéale existe un

�■142

SEUX FILS.

pertuis do la grosseur d'une plume d’oie et d’une profondeur de
deux centimètres; c’est le seul point qui ne soit pas encore cica­
trisé : tout autour les bourgeons charnus sont recouverts par l’en­
veloppe cutanée. Au fond du trajet, le stylet heurte la sonde. Je
commence aujourd’hui les cautérisations régulières du pertuis à
l’aide d’un crayon long et très-effilé de nitrate d’argent.
27 mars. — Je remplace la sonde: cautérisation.
29 mars. — La sonde est tombée cette nuit : l'enfant a urine une
fois par le périnée. Le pertuis s’organise tout en se resserrant et
prend de plus en plus l’aspect d’un trajet fistuleux. Introduction
d’une nouvelle sonde : cautérisation profonde à l’aide du crayon
de nitrate d’argent.
Fendant le courant du mois d’avril, la sonde est changée tous
les trois jours environ. Trois fois par semaine le pertuis est for­
tement cautérisé. L’enfant pendant ce laps de temps ne se mouille
plus une seule fois. Le trajet fistuleux persiste néanmoins.
A partir du mois de mai, la sonde à demeure devient inutile.
L’enfant, lorsqu’il veut uriner, rapproche fortement avec ses doigts
les chairs périnéales ; cette simple précaution suffit pour permettre
au liquide de parcourir tout le canal de l’urètre et de sortir entiè­
rement par le méat. A plusieurs reprises, pendant ce mois, je
pratique le cathétérisme et je laisse chaque fois la sonde séjourner
quelques heures dans la vessie. Les cautérisations sont faites tous
les deux jours : le pertuis a diminué de longueur. L’enfant est
maintenu sévèrement dans son lit. L’état général est excellent.
Fendant le mois de juin, les cautérisations sont continuées d’une
manière très-régulière. Le trajet fistuleux se resserre et se rac­
courcit d’une manière notable. Le 24 juin, pour la première fois,
je puis me dispenser de cautériser. Le pertuis est complètement
fermé par une croûte. Je recommande à l’enfant de maintenir
toujours le périnée pendant la miction.
3 juillet. — La croûte s’est détachée cette nuit. La cicatrisation
est complète et très-solide. L’urine sort librement du canal et
fournit un jet régulier quoiqu’un peu mince.

Ce cas, fort curieux par la gravité de la lésion et la perfection
du travail réparateur, m’a paru de nature à intéresser les lec­

teurs du Marseille médical. Comme réparation définitive, je
n’aurais jamais osé espérer, même alors que l’état général se
maintenait dans d’excellentes conditions, unrésultat aussi com­

CLINIQUE DE LA V ILLE.

443

plot. Voici, en effet, dans quelle situation se trouve aujourd’hui
mon malade, un an environ après l’accident. Dans la région
périnéale existe une cicatrice longue de huit centimètres, fron­
cée, tortueuse, peu saillante, légèrement douloureuse à la pres­
sion. L’enfant urine avec la plus grande facilité. Le jet se pré­
sente très-rapidement au méat ; il est d’ailleurs fort et très-di­
rect; plus large qu’au mois de juillet de l’année dernière, il n’a
point encore cependant le calibre normal. Le prépuce s’est ci­
catrisé par les seuls efforts de la nature; la peau s’est réunie à
.la muqueuse mieux que si les deux feuillets eussent été rap­
proché par dé nombreuses serre-fines. Ce repli cutané forme
à la partie postérieure et sur les côtés du gland une sorte de
chaperon allongé, très-souple, qui peut recouvrir à demi le
gland et n’entraine pour l’enfant aucune incommodité. En in­
troduisant une sonde dans le canal de l’urètre on éprouve, au
niveau de la portion sous-pubienne, une résistance très-forte.
L’obstacle n’est pas infranchissable mais il arrête un certain
temps l’instrument. Ce fait ne pourra surprendre si l’on songe
que le canal de l’urètre était complètement détruit ([ans l’éten­
due d’un centimètre, que le tissu ayant servi à combler cette
perte de substance communique avec le tissu modulaire péri­
néal et que les masses cicatricielles Ont, parleur nature,uno
tendance extrême se rétracter.
Dans la cicatrisation des plaies, le tissu de nouvelle forma­
tion, embryonnaire d’abord, ne tarde pas h passer à l’état de
tissu conjonctif. Si la perte de substance à été considérable, la
réparation l’est, également; mais alors les papilles et les glandes
ne se reproduisent plus, les cellules adipeuses se forment en
nombre restreint, la masse, — la très-grande masse — de la
substance nouvelle est constituée par du tissu fibreux. Or quelle
disposition affectent les cellules de ce tissu? Leur noyau s’est
atrophié, leur protoplasma desséché s’est transformé en une
masse grenue, leur membrane secondaire est devenue épaisse
et très-résistante. Sous l’influence de ces transformations, le
tissu a acquis une densité considérable et s’il n’est point main­
tenu — effacé, pour ainsi dire — par une pression exercée de
dehors eu dedans, il tend à faire saillie au-dessus des parties

�•IU

SEUX FILS.

environnantes plus souples et plus malléables. C’est ce qui ar­
rive chez mon petit malade. La sonde se heurte contre le
tissu modulaire de la région sous-pubienue et elle ne franchit
qu’avec peine cet obstacle. En d’autres termes, cet enfant est
atteint d’un rétrécissement fibreux consécutif de l’urètre, ré­
trécissement. ayant près de deux centimètres de longueur et
occupant, dans l’étendue d’un centimètre, tout le pourtour
du canal. Il faut donc intervenir et intervenir promptement.
La dilatation progressive a été commencée. J’espère qu’elle
me permettra d’effacer presque complètement l’obstacle.
Ce rétrécissement est sans aucun doute très-fâcheux pour le
malade; mais pouvait-il être évité'? Je ne le crois pas. Le cathé­
térisme a été fréquemment pratiqué alors que l’enfant ne
portait plus de sonde à demeure ; l’introduction de la sonde,
difficile encore aujourd’hui, est cependant beaucoup plus
simple qu’aux mois de mai ou de juin; le rétrécissement
consécutif, vu les circonstances dans lesquelles s’est, produite
la lésion, était une conséquence forcée de la réparation du
canal. Lorsque je me reporte d’ailleurs à l’époque de l’acci­
dent, lorsque je songe à la gravité de la lésion, je ne puis en
conscience regretter de voir cet enfant, échappé à une mort
presque certaine, courir les chances d’un long traitement,
voire même d’une opération délicate.
En somme, cette observation nous offre un exemple frap­
pant des ressources immenses que présente la nature. Le
sujet est à la vérité un enfant, de 11 ans. C’est l’àge des con­
servations inespérées de membres, des grandes réparations,
des cicatrisations prodigieuses ; c’est le moment de la vie où,
grâce à la puissance de la résistance vitale et à la facilité
extrême avec laquelle se forment les bourgeons de réparation,
l’imprévu joue le plus grand rôle dans les réussites chirur­
gicales. Mon petit malade courait les plus grands dangers:
une infection purulente ou putride, une péritonite, un érysi­
pèle gangréneux, des phlegmons, des abcès énormes pouvaient
survenir. L’enfant aurait pu avoir une violente inflammation
des voies urinaires; il pouvait, épuisé par la suppuration,
tomber dans le m arasm e.... Aucun de ces accidents n’est

CLINIQUE DE LA V IL L E .

U5

survenu. A peine avons-nous constaté, pendant les premiers
jours, de la fièvre, de l'insomnie et de l’inappétence. Et pen­
dant. que l’état général se maintenait dans des conditions aussi
remarquablement bonnes, la nature trouvait en elle des res­
sources suffisantes pour combler, en moins de cinq semaines,
une plaie de la grosseur du poing, pour réparer un organe
aussi important, aussi délicat que le canal de l’urètre. Je puis
bien dire que la cicatrisation a été complète en cinq semaines,
car du 17 mars au 3 juillet tous mes efforts n’ont eu qu’un
seul but, fermer le pertuis périnéal qui menaçait de se con­
vertir en fistule permanente. Remarquons en passant que ce
résultat capital a été obtenu à l’aide d’un moyen des plus
simples, les cautérisations fréquentes avec le crayon de nitrate
d’argent.
Je terminerai par une dernière observation la relation de ce
fait intéressant à plus d’un titre. La difficulté la plus sérieuse
contre laquelle j'aie dû lutter a été l’obligation de changer
très-souvent la sonde. Un instrument en argent n’aurait pu
pénétrer dans la vessie à cause du délabrement des parties.
Il fallait absolument, dans les premiers jours, faire ressortir
la sonde à travers le périnée, puis la recourber d’avant en
arrière en l’engageant directement dans la deuxième portion
du canal, dans celle qui faisait suite à la prostate et à la ves­
sie; à un moment donné, l’instrument, poussé par le doigt,
était, pour ainsi dire, avalé par le canal ; la courbe décrite
par la sonde s’effacait brusquement et l’instrument pénétrait
dans la vessie. Une pareille manœuvre ne pouvait être exécu­
tée qu’à l’aide d’une sonde très-souple, d’un instrument qui
ne conservât en aucune façon les torsions qu'on lui avait fait
subir. Les sondes de Mayor, si flexibles d’ailleurs, n’auraient
pas eu un degré de souplesse suffisant. J’ai donc été obligé
d’employer la sonde dite de gomme élastique. Or, cet instru­
ment présente deux inconvénients sérieux : elle se bouche avec
une facilité extrême ; elle s’incruste et s’altère très-rapi­
dement. Si j'avais laissé cette sonde à demeure dans la
vessie, il est infiniment probable qu’elle se serait divisée en
deux fragments dont l’un serait resté dans le réservoir u n -

�MC

1SNARD.

naire; ou bien l’extrémité inférieure aurait augmenté de vo­
lume par le dépôt des sels calcaires et la sonde n’aurait pu
être retirée sans détruire le précieux travail de cicatrisation
qui s'opérait dans le canal de l’urètre. Il a donc fallu changer
très-souvent la sonde, c’est-à-dire renverser en une minute le
travail de deux ou trois jours.
Je n’aurais évité un pareil inconvénient que si j ’avais pu
disposer d’un instrument qui, tout en étant inaltérable comme
certaines sondes métalliques, eût eu la souplesse de la sonde
à mandrin. Les sondes de gutta-percha s’altèrent moins faci­
lement que les autres: elles demandent cependant à être sou­
vent renouvelées. L’instrument dont je parle, ou pour mieux
dire la substance avec laquelle on pourrait le construire, est
donc encore à trouver. Lorsque le cliirurgien l’aura à sa dispo­
sition il pourra, dans des cas semblables à celui que je viens de
relater, — et dans bien d’autres encore — espérer une guérison
plus complète et plus rapide.
Dr Seux Fils.

C O M PTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance.—Commissions pour l’année 1870.—Lecture :
Ablation d’unganglion carotidien squirrheux; lésion de la carotide externe;
ligature de la carolide primitive.—La colique sèche et la colique satur­
nine sont-elles identiques? Discussion.—Fractures delà jambe. Discussion.

Séance du 8 janvier iS 7 0 . — Présidence de M. Yiilard.
Correspondance imprimée : Les médecins navigateurs. Callisen,
1710-1821, par le Dr Rey, médecin de lr# classe de la marine. —
Bulletin médical du nord de la France. — Thèse de M. Jubiot fils.

SOCIÉTÉ DE M ÉD ECINE.

147

— Mémoires de la Société de chirurgie et de l’Académie impériale
de médecine.
Nomination des Commissions pour 1870: Commission des ma~
ladies régnantes :MM. Bouisson, Jubiot, Rougier, Scux fils, b . Flavard.— Commission de salubrité : MM. Pi rond i, Roux, Nicolas-Duranty, Gouzian. — Conseil de discipline: MM.Beullac, Rolland,
Sicard, Seux père.
M. Picard lit une observation d’extirpation d’un ganglion caro­
tidien squirrheux, suivie de lésion de la carotide externe, de li­
gature de la carotide primitive, de pneumonie et de mort.
Présentation de la pièce pathologique.
Ordre du jour : La colique sèche et la colique saturnine sont-elles
identiques ?
M. Gouzian. — Dans notre dernière réunion, à propos d’une in­
téressante communication faite parle Dr Jubiot. on a incidemment
jeté dans la discussion les mots Colique scche, Colique saturnine. Ces
mots représentent pour moi deux états pathologiques parfaite­
ment distincts. A l’appui de cette opinion, basée sur l’observation
clinique, permettez-moi de courtes réflexions.
On nomme colique toute douleur abdominale mobile, exacer­
bante. De là, un grand nombre de coliques et une regrettable
confusion.
La colique de cuivre, décrite et regardée comme fréquente par
les uns, est énergiquement niée par le plus grand nombre. MM.
Chcvaliér et Bois de Loury ont visité à Paris et dans la Nièvre
tous les établissements où l’on travaille le cuivre ; ils ont inter­
rogé les ouvriers maniant le cuivre, exposés à ses émanations.
Après les plus sérieuses investigations, ils concluent, avec Rayer,
Chomel, Gendrin, etc., à la non existence de la colique de cuivre.
Et cependant le cuivre est absorbé par l’ouvrier, il se trouve dans
ses urines !
La colique de plomb, colique saturnine, colique des peintres n ’est pas
contestée. Elle est due à l’absorption du plomb. Voici ses sym­
ptômes les plus saillants: douleur abdominale aiguë, ventre dur,
rétracté, vomissements bilieux, testicule rétracté douloureux,
çrampes, constipation, pouls rare ; plus tard , accidents paraly­
tiques.
La colique de plomb devient chaque jour plus rare, grâce aux
progrès de l’hygiène et de la police médicale, grâce surtout à la
substitution, dans la peinture, du blanc de zinc à la céruse.

�148

ISNARD.

A bord des navires, le plomb est peu employé (doublages inté­
rieurs, tuyaux de conduite, bouteilles, dalots). Malgré l’humilité
de son rôle nautique, il a été singulièrement incriminq. Dans
l’impossibilité de retrouver, dans les aliments et les boissons, le
plomb à qui l’on attribuait les coliques dites végétales, on en est
venu à accuser les émanations fournies par les masses de plomb
des différentes parties du navire, et même le minium et la céruse
dont on se sert sur les bâtiments à vapeur pour la confection des
mastics! (loir Fonssagrives, Hygiène navale).
J'ai passé de longues années dans la médecine navale ; succes­
sivement embarqué sur 19 bâtiments à voile ou à vapeur, il ne
m’a pas été donné d’observer un seul cas de colique saturnine. Eu
revanche, il m’a suffi d’une apparition sur les côtes occidentales
d’Afrique pour voir l’équipage confié â mes soins assiégé par les
coliques sèches, auxquelles j'ai moi même payé un douloureux
tribut.
Il reste aujourd'hui peu de chose de l’ancien édifice des coliques
dites végétales. La plupart, sinon toutes les coliques végétales dé­
crites dans le siècle dernier, ne sont que des entérites ou des af­
fections saturnines méconnues. Cette remarque s’applique aux
coliques dites de Poitou, de Normandie, de Dcvonshire, de Madrid.
S’applique-t-elle aussi à la colique dite de Cayenne (des Indes, de
Surinam), si bien observée par Segond? Je n’oserais l ’affirmer.
Disons toutefois que l’identité de la colique de Cayenne avec la
colique saturnine est loin d’être péremptoirement établie.
La colique sèche a été confondue avec les coliques végétales et la
colique saturnine, dont elle est complètement indépendante. La
colique sèche, étudiée par Sègond, Guépratte, Beaujean, Letersec,
Lecoy, Fonssagrives [Archives de Médecine, juin 1832), est endé­
mique à l’île Bourbon, aux Antilles, dans l’Inde française, en
Chine, en Cochinchine et dans ces parages inhospitaliers qu’on
nomme les côtes occidentales d’Afrique.
Voici ses caractères: douleurs abdominales atroces, procédant
par accès, constipation absolue, opiniâtre. Les malades prennent
des attitudes caractéristiques. Bientôt, accidents épileptiformes,
tétaniformes, paralysie des membres supérieurs ou inférieurs,
mort. Que d’équipages ont été décimés par la colique sèche!
Cette maladie succède presque toujours à des accès inter­
mittents ; ses récidives sont tres-fréquentes. Avec le professeur
Fonssagrives, nous admettons deux sortes de névralgies palu­

SOCIÉTÉ DE M ÉDECINE.

149

déennes: les unes se fixent sur les branches nerveuses cérébro­
rachidiennes, les autres sur les branches ganglionnaires.
La colique sèche est pour nous une fièvre larvéc-paludéenne,
fixée sur les branches ganglionnaires. Justiciable de la belladone,
des bains, des purgatifs, justiciable surtout du rapatriement et
du quinquina, l’antidote des maladies palustres.
M. Jubiol croit a la non identité de la colique sèche et de la
colique saturnine; mais il ne lui paraît par juste d’assimiler la
première aux fièvres intermittentes ; car, très-souvent elle est
accompagnée de paralysies, tandis que les fièvres d’accès, même
pernicieux, en sont très-rarement suivies.
M. Chapplain demande a M. Gouzian si la colique sèche est plus
fréquente en Afrique ou en Asie, dans l’Indo-Chine, par exemple,
qu’aux Antilles et dans les autres contrées de l’Amérique. Il cite
le fait d’un capitaine marin qui, atteint de colique sèche, lors
d'un premier voyage en Chine, hésitait plus tard à Marseille pour
savoir s'il retournerait dans ce pays ou irait aux Antilles. Il opta
pour la Chine, y contracta de nouveau la maladie et mourut.
M. Gouzian. — Il est très-difficile d’assigner des limites précises
aux grandes endémies qui sévissent sur divers points du globe.
Ainsi, pendant longtemps on a fixé Québec au nord et Pernambouc
au sud, comme limites extrêmes de la fièvre jaune ; et plus tard la
maladie a gagné successivement le reste du Brésil et la Plata.
Quant a la colique sèche, elle règne surtout a Bourbon, en Chine
et plus spécialement encore au Sénégal ; c’est la un fait démontré
par les statistiques.

Séance du 22 janvier. — Présidence de SI. Yillard.
Correspondance imprimée : Entrée solennelle des Facultés et des
Écoles de Nancy, novembre 1869. — Annales de la Société de
médecine d’Anvers. — El Genio medico quirurgico de Madrid. —
Annales de la Société d’hydrologie médicale de Paris.
Correspondance manuscrite: Une lettre de M.Bertulus, concluant
que les coliques dites sèches, végétales, bilieuses, nerveuses, sa­
turnines, du Poitou, de Madrid, de Devonshire, ne sont au fond
qu’un même état pathologique, qui ne varie que sous le rapport
de la cause provocatrice.

�150

ISNARD.

Ordre du jour: Discussion sur les fractures de la jambe.
M. Picard. — Le diagnostic et le traitement de ces fractures
exercent une très-grande influence sur la vie ou la mort du ma­
lade. Quatre.points principaux doivent être élucidés: Y a-t-il fê­
lure, esquilles, torsion des nerfs, lésions veineuses. Ajoutons
qu’il n'est pas moins utile de savoir si la fracture communique
avec l’articulation.
1*Fêlure de l'os. — Grâce aux travaux de Gosselin et de ses
élèves, cette fracture est aujourd’hui démontrée. Elle guérit peu,
sauf dans le jeune âge. Règle générale : l ’os fêlé en long ne se con­
solide pas.
2° Esquilles. — Ce sont des corps étrangers qu’il faut se hâter
d’enlever dès qu’on les a reconnus.
35 Torsion des nerfs. — La torsion, la déchirure des nerfs entraî­
nent des fourmillements , divers autres troubles de la sensibilité;
j ’ai vu un cas de fracture compliquée d’une lésion de cette nature;
il en résulta un tétanos qui nécessita l’amputation.
i° Lésions veineuses. — C'est un accident sérieux ; il peut déter­
miner des embolies, la pyoémie.
Le traitement des fractures a été soumis à deux grandes mé­
thodes : 1° l’ancienne, basée sur les antiphlogistiques et les pan­
sements fréquents; 2° la moderne.
Dans les fractures simples, la guérison a lieu régulièrement, ra­
pidement. Quand on a une fracture ouverte, il faut imiter le pro­
cédé de la nature et transformer la plaie osseuse en fracture
sous-cutanée. — Les indications à remplir consistent: à protéger
le foyer de la fracture contre l ’action de l ’air; à maintenir la coap­
tation des fragments; à enlever les corps étrangers, esquilles,
sang, pus ; à prévenir l’infection purulente et l’ostéomyélite, ac­
cident dont l’importance a été mise en lumière par les travaux de
Jules Roux, de Toulon.
Les procédés nouveaux pour contenir les fragments sont : Les
pointes de Malgaigne, moyen excellent, inofi'ensif et, à notre avis,
trop peu employé. — La pelote de Marcelin Duval, l ’appareil poïydaetyle de J. Roux et celui d’Ollier, le compresseur de Liaisonneuve.—L’enclavement des fragments, proposé par Sedillot ; nous
le regardons comme un mauvais procédé, susceptible d’entraîner
une coaptation vicieuse et d’autres accidents. — La suture des
os, étudiée avec soin par Bérenger-Feraud, et consistant dans la
réunion des os perforés, exécutée au moyen de fils métalliques.

SOCIÉTÉ DE M ÉDECINE.

-151

Le cas dc.Dauvé est un des plus beaux résultats dus a ce genre
de suture. Le voici en deux mots: Une voiture de 2000 kilogr.
passe sur l’avant-bras d’un individu, d’où fracture multiple du
radius en deux points différents et du cubitus, dont deux frag­
ments font issue au dehors. Le blessé refuse l'amputation. Le chi­
rurgien recourt inutilement a tous les moyens usuels : incisions,
drainage, extraction des esquilles. Il se décide à réunir les frag­
ments osseux avec des fils métalliques. La guérison a lieu le 13
décembre; l’accident datait du 29 mai. — A cette énumération,
ajoutons le procédé arabe, sorte de ligature osseuse, consistant
a inciser les parties molles jusqu’à l’os, à ficeler celui-ci et à fer­
mer ensuite la plaie. Ce procédé pourrait être utile surtout dans
les fractures du tiers moyen de l’os, avec fêlure.
Tels sont les procédés nouveaux qui, en diminuant la gravité
des lésions osseuses, permettront fréquemment la conservation
des membres. Cependant, la chirurgie conservatrice n’est pas
toujours possible, et trop souvent encore on est obligé de sacrifier
le membre. Les indications de l’amputation seront fournies sur­
tout par la nature de la fracture, les conditions inhérentes au
blessé, le milieu où il vit. — Quant à la résection, on la tentera si
le malade refuse l’amputation. Dans ce cas on rejettera la résec­
tion consécutive pour la résection immédiate, qui a plus de chan­
ces de succès sur l’individu n ’ayant pas encore atteint 30 ou 35
ans.
M. Pirondi. — M. Picard me semble avoir traité d’une manière
générale des fractures compliquées, ouvertes, au lieu de rester
dans les limites du rapport, et de s’arrêter à cette question : Fautil toujours tenter la chirurgie conservatrice ou faut-il sacrifier le
membre et préférer alors l ’amputation à la résection? — Cepen­
dant, je partage l’opinion de M. Picard quand il penche pour la
chirurgie conservatrice, et quand il fait ressortir la difficulté de
préciser des règles générales de conduite. Selon nous, on doit avoir
affaire moins à des fractures qu’à des fracturés.
M. Picard. — Je suis frappé des revers signalés par M. Poucel:
0 mort sur 7 fracturés 1 Je crois que le traitement a laissé à dé­
sirer. Malgré la longueur des détails que j ’ai abordés, je suis resté
dans la question; car en énumérant les divers procédés destinés
à simplifier les fractures, j ’ai étendu le champ de la chirurgie
conservatrice.
M. Pirondi. — M. Picard a pu trouver incomplètes les observa­
tions deM. Poucel. En effet, à cause du cadre choisi par l’auteur,

�SEUX FILS.

elles ont du être très-sommaires. Pour les compléter j ’ajouterai
ceci: Les sujets de ces observations étaient examinés tous les jours
par MM. Bernard, Broquier et par moi. Afin d’assurer le diagnostic
et le traitement, toutes les règles énoncées par M. Picard ont été
rigoureusement appliquées. Et s’il y a eu 6 décès sur 7 blessés,
c’est qu'on a eu affaire à des cas au-dessus des ressources de la
science, à une série malheureuse. D’ailleurs, à-la suite des frac­
tures de la jambe, ne voit-on pas, tous les jours, les résultats les
plus imprévus, tantôt la mort suivre les blessures, en apparence,
les plus bénignes, tantôt la guérison, avec conservation du mem­
bre, être obtenue, malgré des délabrements qui semblaient d’avance
devoir entraîner une issue funeste?
M. Laugier demande à renvoyer la discussion jusqu’à la publi­
cation entière du travail de M. Poucel, pour que chacun puisse
en prendre connaissance.
Le Sccrétairc-gcnéral,
Dr Ch . I snard (de Marseille.)

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 10 janvier. — M. Mayer (de Heilbronn) est élu membre
correspondant dans la section de physique.
M. Colin (d’Alfort) lit un travail sur l’encéphale. Il résulte des
recherches de l’auteur que le poids de cet organe n ’est pas en
rapport avec l'intelligence.
M. le docteur Bergeon adresse une note dans laquelle il attribue
à la glande lacrymale le rôle de lubréfier les parties supérieures
des voies respiratoires.
M. Cloquet présente une brochure de M. le docteur Bonnafont,
relative aux phénomènes nerveux déterminés par l’inflammation
de la membrane du tympan.
M. Becquerel père lit un travail sur les phénomènes capillaires
propres aux muscles.
Séance du 17 janvier. — M. Dumas annonce à l ’Académie que
M. Isaac Adams est pervenu à fixer sur les métaux une couche
de nickel par, ce qui lour permet de résister aux influences atmos­
phériques et aux acides.

1o3

SOCIÉTÉS SAVANTES.

M. le docteur Feltz (de Strasbourg) adresse une note sur les
globules blancs qui se rassemblent autour des capillaires, lorsque
la circulation du sang se ralentit. M. Feltz croit, contrairement à
l’opinion de M. Conheiin, que ces globules se produisent sur
place.
Séance du Zi janvier. — M. Kirchhoff est élu membre correspon­
dant dans la section de physique.
M. Barthélemy (de Pau) adresse un travail sur la dilatation
explosive de la glace.
M. Dumas offre, au nom de M. Figuier, le 14' volume de VAnnée
scientifique.
M. le docteur Garrigou adresse un mémoire sur les ossements
des cavernes du midi de la France. L’auteur conclut, de certaines
cassures portées par des os hum ains, que nos ancêtres ont été
anthropophages.
Séance du 3I janvier. — M. le docteur Delestre fils adresse à
l’Académie une brochure sur les Accidents causés par l’extraction des
dents. Les dents avulsées pénétrent parfois dans les voies aériennes;
ce fait grave peut être suivi de mort.
M. Scoutetten envoie un travail dans lequel il établit que l’élec­
tricité, sous quelque forme qu’on l’emploie, vieillit et améliore
les vins.
M. de Sainte-Anne propose de relier la France à l’Angleterre
par un pont construit sur la Manche. Il indiqueles voies et moyens
de cette entreprise bizarre.
M. Robin, présente un travail deM. Fader sur l’atropine. L’auteur
considère cet agent comme un excellent antagoniste de l’éserine
principe actif de la fève de Calabar.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 14 décembre 1869. — Parmi les pièces de la correspon­
dance figurent les lettres de deux vétérinaires qui, tous deux, ont
observé le charbon sur les jeunes animaux.
M. Colin a vu plusieurs fois, dans les départements, cette ma­
ladie frapper de jeunes génisses.
Suite de la discussion sur la mortalité des enfants en nourrice.
—M. Bouchardat croit que la principale cause du mal est l’insufli10

�454

SEUX FILS.

sauce du lait de la mère; il faut donc fortifier celle-ci. De plus,
pour encourager l'allaitement maternel , l’orateur voudrait que
l’on imposât les mères qui ne nourrissent pas, au profit de celles
qui nourrissent.
Séance, du 21 décembre. — Mr le docteur Domenico de Lucca (de
Naples) adresse plusieurs brochures en italien sur divers sujets
de chirurgie.
M. Leblanc lit une note dans laquelle il s’appuie de l’expérience
de plusieurs vétérinaires pour conserver son opinion relative à
la non existence du charbon chez les jeunes animaux.
M. Fauvel lit une note sur l’épidémie cholérique survenue, vers
la fin du mois d’août, à Kiew (Russie). Cette épidémie a été peu
intense; elle est d’ailleurs complètement éteinte depuis le la
décembre. Le danger pour nous n’est pas là, mais bien vers la mer
Rouge et la mer Caspienne ; c'est sur ces deux points que la sur­
veillance la plus grande doit être exercée.
M. Giraldès est nommé membre de l’académie, dans la section
de médecine opératoire, en remplacement de M. Lagneau.
M. "Wurtz est nommé vice-président de l’Académie, pour l’an­
née 1870.
Séance du 28 décembre. — Après le dépouillement de la correspon­
dance et la présentation de nombreux ouvrages, l’Académie pro­
cédé à l’élection des commissions permanentes.
Suite de la discussion sur la mortalité des enfants en nourrice.
— M. Chauffard prononce un magnifique discours dans lequel il
fait voir les nombreux rapports qui rattachent la question actuelle
à l’économie politique et à l’économie sociale.
Séance du 4 janvier. — M. Blache, président sortant, cède le fau­
teuil à M. Denonvilliers.
M. Bertillon lit un mémoire sur la mortalité des enfants et des
adolescents étudiée à chaque à(je et dans chaque département. De 0 à I
an ce sont les lo départements qui entourent Paris qui donnent
la plus forte proportion de décès; de I an à 5 ans viennent le
Tar, les Alpes-Maritimes, l’Aude, Vaucluse, les Basses et Hautes
Alpes, les Bouches-du-Rhône, l'Hérault, le Gard et les Pyrénées
Orientales; de 5 ans à là ans, l’auteur signale en première ligne
la Bretagne, puis le centre de la France.
M. Bouillaud lit un rapport sur un travail de Mr le docteur
Germain (de Çhâteau-Thierry), travail relatif à la digitale. L’au­

SOCIÉTÉS SAVANTES.

155

teur croit que cet agent ralentit les battements du cœur , donne
aux cavités cardiaques le temps de se vider plus complètement
et renforce en définitive le jeu de cet organe.
Séance du ! I janvier. — Séance publique annuelle. M. Dubois
(d’Amiens), secrétaire perpétuel, fait lire parM . Delpech le rap­
port général sur les prix de 1869. Cette lecture est suivie de la
proclamation des prix faite par M. le président.
M. Béclard, secrétaire annuel, prononce un remarquable éloge
de Trousseau.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.

Séance du 10 décembre. — M. le Secrétaire général lit une lettre
de M. Devergie relative à la discussion sur la fièvre puerpérale.
Dans cette lettre sont exposées les conclusions qui terminent le
rapport fait en 1866, par M. Devergie, sur la mortalité des femmes
en couches.
M. Colin lit un travail sur les conditions sociales propres au
développement des fièvres intermittentes. L'auteur croit, avec de
nombreux observateurs, qu’un quartier très-habité jouit d’une
immunité plus grande qu’un quartier moins habité. Ce fait bizarre
peut s’expliquer, dans les pays à fièvre, par les modifications que
font subir à l’air ambiant les conditions si diverses d’habitat (foyers
de chaleur, assainissement et pavage du sol etc. etc.)
M. Lorain communique plusieurs faits de récidive, à courte
échéance, de la fièvre typhoïde. La Société, par la bouche de
MM. Dumontpallier, Hérard, Marrotte, Hervieux, Paul et Bergeron s’accorde à reconnaître aux faits en question le caractère
de rechute plutôt que celui de récidive.
MM. Laboulbène et Besnier citent plusieurs cas nouveaux de
lièvre puerpérale.
M. Lorain fait savoir qu’une fermeture de dix jours opérée
dans ses salles et accompagnée de quelques réparations partielles
a suffi pour mettre fin momentanément à Fépidémie.
Séance du 24 décembre 1869. — M. Paul lit un travail sur les
rechutes dans la fièvre typhoïde et montre les lignes thermométri­
ques tracées par lui dans les cas soumis à son observation.

�I ü6

SEUX FILS.

M. Vallin donne la relation de plusieurs faits d'apoplexie céré­
brale survenue dans le cours d'une pleurésie. Pour lui , la mort
subite, souvent observée dans cette dernière affection, se lie sou­
vent à un ramollissement cérébral produit par une embolie
d’origine cardiaque, embolie qui est elle même sous la dépen­
dance de la lésion de la plèvre.
Le bureau est ainsi renouvelé :
Président, M. Bergeron ; vice-président, M.Marrotte; secrétaire
général, M. Lailler; trésorier, M. Labric; secrétaires annuels,
MM. Besnier et Desnos.
Sémice du 14 janvier 1870. — M. Bergeron prend place au fauteuil
delà présidence et, après avoir prononcé une courte allocution, il
donne lecture à la société d'une intéressante notice sur Bouclier
de la Ville-Jossy.
M. Arnoult, dans une lettre adressée à M. Lorain, considère la
rechute comme un phénomène naturel — quoique non obligé —
de toutes les affections typhiques en général et de la fievre ty­
phoïde en particulier.
M. Bourdon lit le rapport de la commission chargée d'étudier
les questions relatives aux affections puerpérales et aux mater­
nités. Etendre l’assistance à domicile, remplacer les grandes ma­
ternités par de petites maisons d'accouchements (à chambres
séparées), faire passer dans les salles de médecine les accouchées
atteintes d’accidents puerpéraux, telles sont les principales con­
clusions de ce rapport.

SOCIÉTÉ DE CHIItUItGIE.
Séance du 22 décembre 1869. — M. Liégeois lit le rapport sur le
prix Laborie,et M. Guyon, le rapport sur le prix Duval : les con­
clusions des rapporteurs sont adoptées.
Le Bureau est ainsi renouvelé:
Président, M. Alphonse Guérin ; vice-président, M. Blot ; secré­
taire, M. Panas ; vice-secrétaire, M. Tarnier.
Séance du 29 décembre 1869. — M. Guéniot est nommé trésorier
de la société; M. Giraud-Teulon est nommé archiviste.
Comité secret pour entendre la lecture- des rapports sur les
candidats aux titres de membres associés étrangers et de corres­
pondants nationaux.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

1'61

Séance du 5 janvier 1870. — M. le docteur Petrequin envoie la
relation d’un fait très-curieux : il s’agit de l ’extraction , par
l’ombilic, d’une sonde de femme introduite parles voies génitales.
M. Perrin communique quelques faits de cataracte diabétique,
faits desquels il conclut que l’opacité du cristallin peut survenir
à toutes les périodes du diabète. L’honorable chirurgien croit
qu’on peut opérer, dans certains cas, ces cataractes.
Séance du 12 janvier. — Séance annuelle et solennelle. Après une
allocution de M. le président Verneuil, le secrétaire annuel,
M. Le Fort lit le compte rendu des travaux de la Société pendant
l’année 1869.
M. Trélat prononce l ’éloge deLaborie.
Le prixLaborie est décerné à M. Chauvet, chirurgien aide-major
au Val-de-Grâce.
Le prix Duval est décerné à M. le docteur Gadaud pour son
travail (thèse inaugurale) sur le nystagmus.
Séance du 19 janvier. — M.Demarquay présente quelques obser­
vations sur la communication faite par M. Perrin, dans l'avant
dernière séance : il croit que les opérations pratiquées chez les
diabétiques ne sont pas en général aussi graves qu’on le pense ;
hors l’état cachectique ces opérations réussissent assez bien.
M. Blot partage l’opinion de M. Démarqua}'.
M. Liégeois établit une différence entre les diabétiques gras,
replets et les diabétiques maigres. Ces derniers le plus souvent
font du sucre avec un régime exclusivement azoté ; chez eux les
suites des opérations peuvent être graves. Chez les diabétiques de
la première catégorie, les accidents traumatiques se compliquent
rarement.
Discussion sur la lithotritie périnéale.
M. Tillaux, après avoir reconnu que l ’idée de la lithotritie pé­
rinéale n’est pas nouvelle, affirme, contrairement à l’opinion de
M. Trélat, que la manière donc M. Dolbenu propose de faire cette
opération, est tout à fait neuve et originale. Théoriquement cette
méthode est parfaite ; pratiquement elle ne peut être encore jugée.
M. Trélat rend pleine justice au mérite de M. Dolbeau ; il ne
nie pointles avantages delà méthode préconisée par ce chirurgien;
mais il ne reconnaît, comme réellement nouveau dans cette opé­
ration qu’un seul point, la préservation complète du col de la
vessie.

�158

A. FABRE.

Séance du 45 janvier. — Suito de la discussion sur la lithotritie

périnéale.
M. Léon Labbé, communique l’observation d’un malade atteint
d’un calcul volumineux (131 grammes) et opéré par le procédé de
M. Dolbeau; le malade a succombé quelques heures après l’opé­
ration.

M. Chassaignac préfère à toutes les tailles la taille recto-urétralo
par écrasement linéaire.
M. Lcgouest croit l’opération dcM. Dolbeau peu applicable aux
gros calculs.
M. Tarnier, après avoir passé en revue les divers procédés mis
en usage dans la pratique de l’opération césarienne, propose de
faire subir à la méthode généralement employée la modification
suivante: après l'incision des parois de l’abdomen n ’inciser
l ’utérus qu’après avoir, à l’aide de 14 points de suture, fixé cet
organe à la paroi abdominale antérieure.

M. Chassaignac approuve l’idée de M. Tarnier.
M. Depaul croit que cette méthode rendrait à peu-près certaine
l’invasion de la métro-péritonite. Il préférerait fixer l’utérus en
ouvrant l’abdomen à l’aide d’un caustique.
Dr S eu x Fils.

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Pathologie médicale.)

Dans son dernier numéro de l’année 18G9, Lyon Médical
renferme l’histoire d’un tremblement généralisé simulant la
paralysie agitante et accompagnant une fièvre typhoïde. L’au­
teur de cette observation, le Dr Clément, est le premier qui, A
notre connaissance, ait signalé cetle complication, à laquelle
ne ressemble exactement aucun des phénomènes décrits par
Fritz comme constituant les symptômes spinaux de la dotliinentérie.
Ce n’est plus un fait séméiotique nouveau, c’est un nouveau
fait d’anatomie pathologique que nous apporte le môme
journal dans un de ses numéros de janvier. MM. H. et D. Mol-

JOURNAÜX FRANÇAIS.

159

lière, pratiquant la coupe des vertèbres, chez un sujet qui
avait succombé avec des phénomènes d’embolie multiple, re­
marquèrent qu’au lieu d’une coloration rouge uniforme, le
parenchyme vertébral présentait des taches d’un blanc jau­
nâtre; soumettant alors à un examen minutieux les corps
vertébraux, il trouvèrent un caillot dur engagé dans une des
artères lombaires; un autre caillot a pu être aussi aperçu par
eux dans une des petites artères du tissu spongieux; la moelle
vertébrale, prise dans les points où elle était décolorée, con­
tenait des éléments en voie de régression graisseuse ; vers la
périphérie des tache? était un réseau de capillaires bien gorgés
de globules et contenant à leur centre un petit corps noir, pro­
bablement un caillot embolique.
Dans un moment où la question de l’embolie est à l’ordre
du jour, et où les embolies osseuses n’ont pas encore été si­
gnalées, ce fait, quoique incomplet, mérite de fixer l’attention.
Dans le cas où l’embolie osseuse existerait bien réellement,
quelles modifications la nature et la consistance du tissu os­
seux apporteraient-elles à Dévolution des phénomènes locaux
qui succèdent à l’embolie ?
De l’embolie à la thrombose, la distance est vite franchie.
Assez généralement on attribue à l’anémie cérébrale les con­
vulsions qui se présentent à la fin des maladies aiguës. À cette
influence M. Bouchut substitue la gêne circulatoire et l’hypérémie cérébrale qui résultent de thromboses cardiaques et
crâniennes. Une observation recueillie dans son service et
publiée dans la Gazette des hôpitaux, décembre 18G9, tend à
prouver que les convulsions finales peuvent tenir ;ï une throm­
bose des sinus de la dure-mère.
Nous sommes encore dans la pathologie du système vascu­
laire quand nous nous occupons, avec M. Durosiez, des bruits
anormaux que l’intoxication saturnine peut développer dans
le cœur et les vaisseaux [ibid). D’après l’auteur , ces bruits ne
seraient pas dus exclusivement l anémie; ils prendraient, à
une période avancée du mal, un caractère de rudesse dont la
cause serait une lésion valvulaire développée surtout aux
sigmoïdesde l’aorte età laquelle l’aorte elle-même participerait

�160

A. FABRE.

fréquemment; cette artère et ses premières branches seraient
souvent athéromateuses ; le péricarde présenterait des traces
d’inflammation, et au ventricule gauche se développerait une
hypertrophie concentrique.
En fait de signes d’auscultation, il en est peu d’aussi curieux
que ce bruit musical observé dans le service de M. Jaccoud et
ayant pour siège le péricarde. M. Dieulafoy, qui rapporte le
fait [ibid), suppose que sur l’un des deux feuillets du péri­
carde existait une fausse membrane tendue que le feuillet op­
posé faisait, par son frottement, vibrer comme un archet pas­
sant sur une corde de violon. L’ouvrage de M. Bouillaud ren­
fermait déjà deux observations analogues.
Si du système sanguin nous passons au système nerveux,
nous trouvons, toujours dans le mêmejournal, l’histoire de la
contracture réflexe ascendante par traumatisme articulaire,
maladie que M. Duchenne (de Boulogne) vient de décrire pour
la première fois.
Cette espèce de contracture, qui est apparue quelquefois
après que l’articulation a cessé d’être douloureuse et semble
entièrement guérie, se montre de préférence au voisinage du
poignet ; elle occupe d’abord un plus ou moins grand nombre
des muscles moteurs de l’articulation affectée ; p u is, à la
longue, elle s'étend à des muscles moteurs d’autres articula­
tions du même membre. La douleur, limitée d’abord aux
muscles contracturés, est modérée ; elle gagne ensuite d’autres
muscles, tout en restant plus vive dans ceux qui ont été les
premiers envahis ; elle atteint enfin les troncs nerveux qui
innervent ces muscles et ensuite l’origine du plexus brachial.
Souvent même, les contractures ayant disparu, les malades
conservent très-longtemps des douleurs continues, vers l’ori­
gine des nerfs du membre affecté, douleurs qui paraissent
symptomatiques d’un état morbide de la moelle à ce niveau.
Enfin, la force du membre dans lequel siègent ou ont siégé les
contractures, est généralement diminuée, ainsi que la sen­
sibilité.
De la contracture ascendante, la Gazelle des hôpitaux nous
conduit sans transition à la paralysie ascendante aiguë, dont

JOURNAUX FRANÇAIS.

161

on ne s’était, plus guère occupé depuis le bon travail publié
dans les Archives par Pellegrino Levi.
Lejeune homme dont M. Labadie-Lagrave nous rapporte
l histoire s’expose au froid et bientôt il est pris d’élancements
douloureux dans les genoux et de faiblesse dans les membres
inférieurs.
Sous l’influence probable d’un nouveau refroidissement, ces
premiers phénomènes, temporairement amendés, s’exaspèrent
et s’accompagnent de fourmillements, d’engourdissement, do
faiblesse toujours croissante.
Après trois semaines de prodromes, la paralysie du mou­
vement frappe les membres inférieurs et devient de plus en
plus marquée.
Àpeine déclarée, elle fait en quelques jours de rapides
progrès, gagne bientôt les membres supérieurs, frappe surtout
celui du côté droit, ; des fourmillements aux extrémités la pré­
cèdent, un sentiment de constriction au niveau des articu­
lations l’accompagne. Continuant sa marche ascendante et
progressive, la paralysie atteint les muscles du tronc, puis ceux
du pharynx et de la langue; quinze jours après le début du mal,
le diaphragme est inactif, l’asphyxie est imminente et la mort
semble prochaine.
Mais, et voilà le point, le plus curieux de cette histoire, après
cette brusque ascension, la paralysie bat. en retraite et finit
par guérir. Dans un traitement complexe où ont figuré l’électri­
cité, le bromure de potassium, le mercure et le quinquina, il
est impossible de reconnaître l’agent curatif, si tant est que la
thérapeutique puisse se faire honneur de cette guérison.
Enfin, pour clore cette liste d’affections du système muscu­
laire et du système nerveux décrites dans la Gazette des hôpi­
taux,, mentionnons la contracture des interosseux palmaires
observée par M. Dubrueil avantqueM. Duchenne, de Boulogne,
eut publié son travail sur les contractures ascendantes. Une
chute sur le dos de la main fut la cause du mal, dont une pre­
mière attaque céda rapidement à l’application de ventouses
scarifiées sur les côtés delà colonne vertébrale. Mais plus tard
le mal revint et persista, sans doute par suite d’une altération

�162

A. FABRE.

plus profonde, peut-être d’une sclérose de l’axe médullaire.
Cetteaffection a eu d’ailleurs une marche envahissante, comme
dans les contractures observées par Buchenne, de Boulogne, et
dans le cadre desquelles celle-ci parait pouvoir rentrer.
L'Union Medicale, dans son numéro du 8 janvier, publie
aussi une communication de l’infatigable M. Duchenne, de
Boulogne, sur les désordres graves de la circulation cardiaque
et de la respiration par intoxication diphthéritique. L’auteur
se propose de démontrer : 1° qu'il existe un rapport intime
d’innervation entre la sensibilité de certaines zones cutanées
et les origines des nerfs qui président à la circulation cardiaque
et îi la respiration, en d’autres termes, que ces zones cutanées
sont réflexogènes de ces nerfs bulbaires; 2° que la faradisation
modérée de ces zones cutanées réflexogènes est l’un des meil­
leurs moyens de combattre rapidement les graves désordres
de la circulation cardiaque ou de l’expiration occasionnés par
l’intoxication diphthéritique.
D’après M. Duchenne, les troubles de la circulation car­
diaque doivent être combattus par la faradisation de la zone
cutanée précordiale, et la paralysie des expirateurs extrin­
sèques (les muscles bronchiques de Rcissesen), par la faradisa­
tion d'une zone cutanée de la face postérieure du thorax.
Dans le même journal a paru un travail de M. Saint-Vel,
sur l’atrophie de la matrice. Loin de se produire à l’époque
où cesse l’activité de l’organe, cette atrophie se montre en
pleine vie sexuelle ; dans certains cas même elle succède au
développement de l’utérus par la grossesse, c’est alors un excès
dans l’évolution rétrograde de l’utérus après l’accouchement.
Le principal signe subjectif de cette affection, c’est le trouble
profond de la menstruation, qui devient irrégulière, insuf­
fisante et finit par disparaître. Dans certains cas, les seins se
ratatinent, le tissu adipeux qui les recouvre est résorbé ; la
peau se flétrit et se ride, et la malade, quoique jeune, a les
apparences d'une vieillesse prématurée.
Les signes objectifs ont une bien plus grande valeur. C’est,
au toucher, la petitesse du col utérin, dont la saillie esté peine
marquée ; c’est, la mobilité, la légèreté et le peu de volume

JOURNAUX FRANÇAIS.

163

de la matrice. La longueur delà cavité, mesurée avec la sonde,
est de 3 à 4 centimètres ; cette exploration doit être dirigée
avec prudence, car elle expose à une perforation.
Telles sont les principales données que renferme le travail
de M. Saint-Vel, et qui concordent, dans une certaine mesure,
avec les notions que déjà nous devions à Simpson et à Courty.
L'Union Médicale renferme encore un travail de M. Vallin,
sur les apoplexies dans les épanchements de la plèvre. Ces apo­
plexies sont produites par des ramollissements dont la cause
parait être l’embolie. La gêne apportée à la circulation par
le déplacement du cœur, la thrombose des veines pulmonaires,
telles seraient les conditions qui favoriseraient cet accident
morbide, dont la fréquence et la pathogénie demanderaient à
être mieux démontrées.
Le même auteur vient de faire paraître dans les Archives des
recherches sur l’insolation. Il lui semble qu’on peut désor­
mais ranger tous les cas de ce genre en deux catégories: dans
les uns, réchauffement est rapide, général, la température du
sang s’élève à 45° c. et la mort a lieu, après quelques con­
vulsions, par la coagulation du ventricule gauche et la disten­
sion du système veineux ; dans les autres, où réchauffement
est plus lent et porte surtout sur les centres nerveux, la tem­
pérature du sang ne s’élève que faiblement, la mort semble
reconnaître pour cause un trouble profond de l’innervation
et consécutivement l’arrêt du’ cœur dans le relâchement,
comme après l’excitation du nerf pneumogastrique.
Dans les Archives encore, M. Jules Simon a commencé
l’étude des diarrhées spécifiques par celle des diarrhées maremmatiques. Cet état morbide peut être aigu ou chronique, sur­
venir d’emblée ou à la suite des fièvres intermittentes, mar­
cher en dehors d’elles ou les accompagner. Toute médication
exclusivement dirigée contre le 11ux diarrhéique ferait fausse
route; le sulfate de quinine et les quinquinas amènent une
prompte guérison. Le régime doit être reconstituant dans la
diarrhée chronique , et diététique dans la diarrhée aiguë.
L’alimentation doit être composée de potages dégraissés,
d’œufs, de viandes hachées, de gelées de viandes ; les vins

*

�-UU

A. FABRE.

généreux sont utiles; le lait, les boissons aqueuses, les eaux
minérales sont inutiles ou nuisibles.
L’intoxication paludéenne est, dans le même recueil, étudiée
par M. Colin à un autre point de vue, celui de l’étiologie.
M. Colin ne croit pas aux marais souterrains ; il fait remar­
quer que les pluies les plus dangereuses sont les plus légères,
celles qui ne font qu’imbiber la superficie du sol, sans y
pénétrer plus de quelques millimètres. Il n’admet pas davan­
tage l'hypothèse des germes animés et critique les expé­
riences de Salisbury sur l’action toxique des sporules de Palmelles. L’influence des matières végétales en décomposition
lui parait extrêmement restreintes. Enfin, suivant l’auteur, la
fièvre est causée principalement par la puissance végétative
du sol, quand cette puissance n’est pas mise en action, n’est
pas utilisée par la culture.
Poursuivant,danslaG«:;e//e//e6cZomac/afi’e. l’étude de la même
maladie, M. Colin cherche à démontrer que, pour le diagnostic
des fièvres pernicieuses, le faciès du sujet, l’exploration de la
rate et la périodicité même des accidents n’ont pas une valeur
absolue. Aussi tient-il grand compte de certaines conditions
parliculières : conditions de lieu, conditions de temps, condi­
tions de fréquence relativement aux autres manifestations de
la malaria, enfin conditions individuelles.
De l’impaludisme passons à sou prétendu antagoniste, le
tubercule. M. Trélat, dans une note insérée dans les Archives,
se propose de démontrer :
1° Que les ulcères de la bouche sont, chez les phthisiques,
produits par l’ulcération de véritables tubercules;
2° Que l’apparition des ulcères tuberculeux de la bouche
peut précéder celle de la tuberculose pulmonaire, bien que
l’ordre inverse soit le plus fréquent ;
3** Que le diagnostic de ces ulcères peut-être établi sûrement
à toutes les périodes de la maladie.
Au moyen de quels signes? demanderons-nous : un ulcère
chronique, rebelle, superficiel, à bords rouges, irrégulière
sans adénite de voisinage, survenant sans cause appréciable
sur la langue ou dans la bouche, voilà l’ulcère tuberculeux de

PRIX DE L’ACADÉMIE.

16o

M. Trélat. Le praticien reconnaîtra le mal surtout au début
quand il pourra constater une plaque à peine saillante, ronde,
large de 1 à 3 ou 4 millimètres, laissant voir à sa surface,
encore recouverte d’épithélium, un ou plusieurs orifices folli­
culaires. Cette tache est d'une couleur jaune-clair. Au bout de
peu de jours, l’épithélium se détruit et laisse à nu une surface
ulcérée. La tuberculose étant une affection extrêmement
commune et dont le diagnostic n’est pas toujours exempt de
difficultés, tout ce qui se rattache à son histoire mérite d'être
recueilli avec soin.

Prix proposés par l’Académie de Médecine pour l’année 1870.

Prix (le VAcadémie. — L’Académie propose pour question: a Des
épanchements traumatiques intra-crâniens. »
Ce prix sera de la valeur de 1,000 francs.
Prix fondé par il/, le baron Portai. — La question proposée est
ainsi conçue : « De l’état des os, notamment des vertèbres, dans
le cancer des viscères. »
Ce prix sera de la valeur de 1,000 francs.
Prix fondé par madame Bernard de Civrieux. — La question
suivante est mise au concours :
« Les névroses peuvent-elle être diathésiques? S’il existe des
névroses diathésiques, indiquer les caractères spéciaux que chaque
diathèse imprime à chaque névrose. »
Ce prix sera de la valeur de 800 francs.
Prix fondé par M. le baron Barbier.
Ce prix sera de la valeur de 3,000 fr. Il sera décerné à celui qui
aura découvert des moyens complets de guérison pour des ma­
ladies reconnues le plus souvent incurables, comme la rage, le
cancer, l’épilepsie, les scrofules, le typhus, le choléra-morbus, etc.
•
Prix fondé par M. le docteur Capuron. — L’Académie propose
pour sujet de prix : « Des phénomènes précurseurs et concomi­
tants de la sécrétion lactée. »
Ce prix sera de la valeur de 1,000 francs.
Prix fondé par M. le docteur Ernest Godard. — Ce prix sera ac­
cordé au meilleur travail sur la pathologie interne.
Il sera de la valeur de 1,000 francs.

�466

PRIX DE L ’ACADÉMIE.

Prix fondé par M. le docteur Orfda. — L’Académie met de nou­
veau au concours la question suivante :
« De la digitaline et de la digitale.
« Isoler la digitaline; rechercher quels sont les caractères chi­
miques qui, dans les expertises médico-légales, peuvent servir à
démontrer l’existence de la digitale et celle de la digitaline.
« Quelles sont les altérations pathologiques que ces substances
peuvent laisser à leur suite dans les cas d-'empoisonnement?
« Quels sont les symptômes auxquels elles peuvent donner lieu?
« Jusqu'à quel point et dans quelle mesure peut et doit être in­
voquée l’expérimentation des matières vomies par les animaux,
de celles trouvées dans l’économie, ou des produits de l’analysei
comme indice ou comme preuve de l ’existence du poison et de l’em­
poisonnement? »
Ce prix sera de la valeur de 6,000 francs.
Prix fondé par M. le docteur Itard. — Ce prix, qui est triennal,
sera accordé à l'auteur du meilleur livre ou mémoire de médecine
pratique ou thérapeutique appliquée.
Pour que les ouvrages puissent subir l’épreuve du temps, il est
de condition rigoureuse qu’ils aient au moins deux ans de publi­
cation.
Ce prix sera de la valeur de 2,700 francs.
Prix fondé par M. le docteur Rufz de Lavison. — La question posée
par le fondateur est ainsi conçue : « Etablir par des faits exacts
et suffisamment nombreux, chez les hommes et chez les animaux
qui passent d’un climat dans un autre, les modifications, les alté­
rations de fonctions et les lésions organiques qui peuvent être at­
tribuées à l’acclimatation. »
Ce prix pourra être décerné à la séance générale de 1870.
Comme pour les autres prix que décerne l’Académie, les mé­
decins français et étrangers seront admis à ce concours.
Ce prix sera de la valeur de 2,000 francs.
Prix fondé par J/, le marquis d’Ourches. — Extrait du testament :
a Je veux qu'il soit prélevé sur les valeurs de ma succession une
somme de 25,000 fr., destinée, dans les conditions ci-après énon­
cées, a la fondation de deux prix, savoir :
a \° Un prix de 20,000 francs pour la découverte d’un moyen
simple et vulgaire de reconnaître d’une manière certaine et indu­
bitable les signes de la mort réelle ; la condition expresse de ce
prix est que le moyen puisse être mis en pratique, même par de
pauvres villageois sans instruction.
o 2° Un prix de 5,000 francs pour la découverte d’un moyen de
reconnaître, d’une manière certaine et indubitable, les signes de
la mort réelle, à l'aide de l’électricité, du galvanisme, ou de tout

NOUVELLES D IV ERSES.

-167

autre procédé exigeant, soit l’intervention d’un homme de l’art,
soit l’application de connaissances, l’usage d’instruments ou
l’emploi de substances qui ne sont pas a la portée de tout le
monde.
« Les sommes destinées à ces prix feront retour a ma succes­
sion dans le cas où, pendant cinq ans, a dater du jour de l’ac­
ceptation, l’un ou l’autre des prix, ou aucun d’eux n ’aurait pu
être décerné. »
Prix fondé par M. le docteur Sainl-Lager. — Extrait de la lettre
du fondateur : « Je propose a l’Académie impériale de médecine
une somme de 1,500 francs pour la fondation d’un prix dépareille
somme, destiné a récompenser l’expérimentateur qui aura produit
la tumeur thyroïdienne a la suite de l’administration, aux ani­
maux, de substances extraites des eaux ou des terrains des pays a
endémie goitreuse. »
Le prix ne sera donné que lorsque les expériences auront été
répétées avec succès par la commission académique.
Les mémoires pour les prix à décerner en 1870 devront être
envoyés, sans exception aucune, a l’Académie, avant le lormars
delà même année. Usdevront. être écrits en français ou en latin,
et accompagnés d’un pli cacheté avec devise indiquant les nom et
adresse des auteurs.
N. li. Tout concurrent qui se sera fait connaître directement ou
indirectement sera, par ce seul fait, exclu du concours. (Décision
de l’Académie du 1er septembre 1838).
Toutefois, les concurrents aux prix fondés par MM. Itard, d’Argenteuil, Godard, Barbiér, Amussat et d’Ourches sont exceptés de
cette dernière disposition.
(Extrait de l'Union médicale).

N O U V E L L E S D IV E R S E S .
C’est par erreur que, dans notre dernier numéro, en donnant
la liste des externes nommés a la suite du concours de décembre,
nous n’avons mentionné que six noms. La liste est ainsi compo­
sée: MM. Gras, Falot, Jubiot, Sérieux, Gilly, Augier et Magon.
— M. Rivoire, récemment nommé administrateur de nos hos­
pices, a été installé à l ’Hotel-Dicu, le 26 janvier, il 3 heures du
soir. La séance était présidée par M. le Maire.
—Dans le courant du mois dernier, M. le docteur Jean est mort,
dans notre ville, a la suite d’une maladie qui depuis longtemps
déjà inspirait de sérieuses inquiétudes aux amis de notre con­
frère. Plusieurs médecins assistaient aux obsèques, désireux de
donner, à la mémoire de celui qui n’était plus, un suprême té­
moignage de sympathie.

�168

SEUX FILS.

— M. le docteur Lasègue, professeur de pathologie et de théra­
peutique générales à la Faculté de médecine de Paris, a été nommé
professeur de clinique médicale à la dite Faculté.
— Le 23 de ce mois doit s’ouvrir à Paris, dans la salle de l’ad­
ministration de l'assistance publique, un concours pour deux
places de médecins du Bureau central.
— Par arrêté ministériel en date du 8 janvier, M. le docteur
Masse a été nommé chef des travaux anatomiques à la Faculté de
médecine de Montpellier, en remplacement de M. Sabatier.
— L’Assemblée générale de l’Association des médecins de la
Seine a eu lieu le dimanche 30 janvier dans le grand amphi­
théâtre de la Faculté de médecine de Paris, sous la présidence de
M. Nélaton, président.
— Le 15 novembre 1870, sera ouvert, à la Faculté de médecine
de Strasbourg, un concours pour une place d’agrégé stagiaire
(section de médecine).
— L’administration s’occupe en ce moment, à Paris, de l’orga­
nisation de l’assistance médicale nocturne. Une liste des médecins
de quartier, pris parmi les médecins de la Bienfaisance, serait
déposée dans chaque poste de sûreté publique. En s’adressant à
ces bureaux, les réclamants seraient sûrs d’avoir immédiatement
les secours d’urgence.
— Un hôpital spécial pour les juifs vient d’être ouvert à Flo­
rence. Les médecins ou chirurgiens attachés à cet établissement
sont MM. les docteurs Levi, Cohen et Martini.
— Le 28 mars prochain sera ouvert à l’hôtel-Dieu de Lyon un
concours pour deux places de médecins des hospices civils de
Saint-Etienne.L’administration des hospices de cette dernière ville
s’empressera de faire connaître a ceux qui en témoigneront le désir
les details du programme et les conditions d’admission au concours.
— M. le docteur Alcantara, professeur suppléant à l’école pré­
paratoire de médecine et de pharmacie d ’Alger, a été nommé, à
la dite école, professeur de pathologie externe en remplacement
de M. Frison, démissionnaire.
— MM. Trollier, directeur de l’école de médecine d’Alger, Mabit
et Azam, professeurs à lecole de médecine de Bordeaux, Mazard,
professeur à l’école de Limoges, ont été nommé officiers de l'instruc­
tion publique. La même distinction a été accordée à MiM. Combal,
professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, etBoucliacourt,
professeur a l ecole de médecine de Lyon.
— Dans le courant du mois d’octobre, M. le docteur Benoni, de
Rocca (Italie), a pratiqué l’opération césarienne chez une septua­
génaire. La malade a parfaitement guéri.
— M. le docteur Lefevre, directeur du service de santé de la
marine, en retraite, est décédé à Rochefort, le 12 décembre, âgé
de 72 ans. Ce médecin distingué avait publié sur le typhus, sur
l’asthme et surtout sur la colique seche, des travaux justement
estimés. Sonnom est devenu la personnification d’une théorie qui
compte aujourd’hui de nombreux partisans, celle de l ’identité do
la colique seche et de l’intoxication saturnine.
Dr Snux lils.
A. F aure.

(a n cien n e U n io n M é d ic a le d e la P r o v e n c e )

7mc Aimée. — N ° 3 , — 20 Mars 1870.

DE LA TEMPÉRATURE DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE
Par M. Garcin , interne des hôpitaux.

(Suite et fin.)

Il nous semble donc qu’on ne doive pas restreindre les pé­
riodes de la maladie dans un certain nombre de septénaires ou
stades déterminés. En posant le terme moyen quatre jours
pour durée de la période d’invasion, soit le milieu de la pre­
mière semaine, on doit compter de la seconde à la troisième
semaine, et surtout au milieu de la troisième pour la fin de la
seconde période, de la troisième à la quatrième, particu­
lièrement au milieu de la quatrième pour la terminaison de
la maladie.
Est-ce à dire cependant que, ce temps écoulé, la lésion intes­
tinale soit totalement réparée? Telle n’est point notre pensée,
car nous avons déjà fait pressentir que, pour nous, de ce que
l'élément fébrile avait disparu, il ne s’ensuivait pas nécessai­
rement que les glandes intestinales fussent revenues à l’état
normal, et nous aurons peut-être encore l’occasion de revenir
sur ce point. Mais, dès à présent, jetons, pour plus de clarté, un
coup d’œil sur de la corrélation qui existe entre la lésion ana­
tomique et la marche de la température : toutefois, nous le
répétons, la fièvre disparue, la maladie fièvre typhoïde a dis­
paru, sauf à laisser une lésion intestinale plus ou moins in­
complètement réparée.

�GAJRCIN.

•no

TEM PÉRATURE.

Nous avons posé en principe que, tandis que les glandes in­
testinales s’infiltrent et se tuméfient, l’ascension thermométrique est constante ; que, lorsque ces glandes s'ulcèrent, le
thermomètre reste stationnaire et, caractère spécifique, décrit
de grandes oscillations ; que si les produits d’ulcération sont
éliminés, le type stationnaire domine; que, si, au contraire,
ces produits septiques sont résorbés et.passent dans le torrent
circulatoire, si, en un mot, se produit un empoisonnement de
l’organismepar ces produits de désorganisation,les combustions
interstielles prennent une nouvelle activité, le type station­
naire fait place à de nouvelles ascensions ; nous avons étudié
enfin la marche descendante du thermomètre comme indi­
quant la réparation des lésions de l’intestin : voyons main­
tenant si notre rapprochement est juste. Si nous voulions
établir une corrélation entre ces deux modes de division, évo­
lutions anatomique d’un côté, évolution thermique d’autre
part, nous pourrions avec M. Jaccoud l’exprimer ainsi :

Cycle fébrile :

Cycle anatomique :

4° Période des oscillations ascen­ .Période du processus typhique
ou période d’infection; infil­
dantes.
2° Période des oscillations sta­
tionnaires.

tration des plaques de Peyer,
élimination des produits mor­
bides.

3° Période des oscillations des­ Période de réparation.
cendantes.

Le rapprochement, proposé par Hatnernjk de Prague, et pré­
conisé par le professeur Jaccoud, rend parfaitement compte du
rapport qui existe entre la lésion anatomique et l’évolution
thermique ; et nous avons vu plus haut quels liens intimes
affectent ces deux ordres de faits, soit au point de vue clinique,
soit au point de vue chronologique.
Avant d’aborder le côté pratique de notre travail, il nous
reste à parler de l’exploration du pouls et de l’examen des
mouvements respiratoires.
L'exploration du pouls ne fournit aucune indication cer­
taine sur la maladie et dans aucun cas ne peut remplacer

471

l’exploration thermométrique. Voulons-nous un exemple à
l’appui de cette assertion : examinons les tracés I à IX de ce
travail, et nous pourrons de visu constater la vérité de la pro­
position que nous venons d énoncer. Chez deux malades, le
nombre des pulsations artérielles s’est maintenu entre 80 et
100 (tracés II et VII) ; sur trois autres, les pulsations ne se sont
pas élevées au dessus de 90 et sont descendues jusqu’à 50
(tracés IX, VI, I) ; dans les tracés V et VIII, le pouls oscille entre
100et 80 ; enfin, chez nos deux femmes des tracés III et IV, les
battements s’élèvent à 120 et descendent jusqu’à 80. Mais de
cet examen, nous ne pouvons déduire aucune conclusion si­
gnificative. Examinons au hasard un des tracés précédents, le
tracé II, par exemple. Du cinquième au huitième jour, alors
que la température du soir atteignait 40° et 40°2, le pouls ne
battait que 92,9G fois par minute ; du neuvième au quinzième
jour, terminaison de la période des oscillations stationnaires,
il ne s’élevait qu’une seule fois à 96, le treizième jour, et ce
jour là précisément avait lieu une rémission matinale, suivie
d’une ascension vespérale inférieure aux précédentes. Durant
toute cette période, le thermomètre marquait pour le soir
jusqu’à 40%2, et le matin ne descendait pas, avant le qua­
torzième jour, au dessous de 38°. Ce qui est encore à noter, c’est
qu’à une forte ascension vespérale correspond quelquefois une
diminution du nombre des pulsations artérielles. C’est ce dont
nous rendra parfaitement compte le tracé IX où le pouls baisse
du quatrième au neuvième jour de 76 à 58 pulsations, alors
que le thermomètre ne quittait pas 40°. On le voit, le nombre
des pulsations artérielles ira qu’une très-faible signification
et n’offre aucune garantie sérieuse. Si ce n’était point nous
écarter de notre sujet, nous pourrions rechercher les causes
de cette accélération des battements artériels ; mais tel n’est
point notre but et surtout notre prétention. Ce que nous
voulons seulement établir c’est que l’exploration du pouls
doit avoir pour objet principal le caractère des pulsations.
Ainsi nous lisons dans nos observations que, alors que le pouls
battait 100 à 120 fois par minute, il était petit, mou, dépressible; tandis qu’avec 90, 80 ou même 60 pulsations, nous

�172

GARCIN.

avions un pouls plein, fort, bondissant. Du reste, le véritable
caractère du pouls est fourni par le Sphygmographe et notre
plus grand regret est de ne pouvoir dès aujourd’hui donner le
résultat des recherches sphygmographiques que nous nous
proposons de faire plus tard.
Quant à l’examen des mouvements respiratoires nous n’avons
fait encore aucune recherche personnelle; mais nous devons
à l'obligeance de notre collègue et ami, AI. Laget, deux tracés
de fièvre typhoïde où ces mouvements ont été notés. Ges deux
cas, il est vrai, se sont terminés par la mort et nous ne pouvons
en tirer de conclusions certaines ; cependant le nombre des
mouvements respiratoires s’élève tellement au dessus de la
normale qu’il peut avoir quelque valeur. L’un de ces malades,
mort au douzième jour de sa maladie, respire de 25 à 42 fois
par minute ; le second respire de 40 à 58 fois, mais chez celui-ci
les manifestations thoraciques sont des plus accentuées. Il y
aurait là, ce nous semble, un sujet de recherches assez inté­
ressantes; car, en somme, le besoin de l’hématose peut donner
l’idée de la dépense fébrile, de la combustion interstitielle de
l’organisme. Mais, en outre, lorsque la forme dite pulmonaire
domine, le mode respiratoire indique suffisamment cette nou­
velle manifestation de la maladie et devient une source pré­
cieuse d’indications thérapeutiques et en particulier de l’emploi
de l’acide benzoïque et du benzoate d’ammoniaque.
Mais, nous nous plaisonsà le répéter, des méthodes d’examen
clinique que nous venons de passer en revue, les deux der­
nières sont accessoires : la première, la plus importante, la
méthode par excellence, c’est la thermométrie. Ce n’est pas
cependant que nous soyons exclusif dans notre affection au
point de rejeter tout autre procédé d’analyse; mais notre con­
viction la plus intime est qu’à côté des signes physiques four­
nis par l’exploration directe des organes (auscultation, per­
cussion, etc.), le thermomètre doit occuper un rang honorable,
un rang àussi élevé que celui du sphygmographe dans l’étude
clinique des maladies du cœur. C’est, en effet, par la thermoscopie, par l’application régulière, fréquemment répétée du
thermomètre que l’on se fera une idée saine, précise du travail

TEM PÉRATURE.

173

de décomposition qui se fait dans l’organisme sous l’influence
de l’élément fébrile. C’est par elle que nous saisirons la clé
des phénomènes qui se présentent à l’observation ; que nous
pourrons tenir l’œil ouvert sur toute complication, sur toute
aggravation do la maladie. C’est par elle aussi que nous ju ­
gerons un diagnostic bien souvent douteux , que nous pour­
rons à un moment donné poser un pronostic heureux ou fatal,
que nous pourrons enfin fonder notre thérapeutique sur des
bases j’ose dire bien assurées.
La marche de la température nous révèle d’une façon si ma­
thématique la fièvre typhoïde que, des tracés de diverses m a­
ladies étant donnés, bu peut reconnaître entre tous un tracé
de fièvre typhoïde : inutile de revenir sur les caractères de ces
tracés. Mais il est quelquefois difficile de reconnaître la ma­
ladie à la première visite. Dans la clinique de Jaccoud, nous
lisons que la fièvre typhoïde durant la période des oscillations
ascendantes peut être soumise aux trois propositions suivantes,
toutes trois d’une rigoureuse exactitude:
1° Une maladie qui, au second jour, présente chez l’adulte
une température voisine de' 40" n'est pas une fièvre typhoïde;
2° Une maladie qui, après le soir du quatrième jour, ne pré­
sente pas une température supérieure à 39°, n’est pas une fièvre
typhoïde ;
3° Enfin, une maladie qui, après le premier jour, présente
une seule fois, dans le premier septénaire, une température
normale, n’est, pas une fièvre typhoïde.
A une période un peu plus avancée, la proposition suivante
est encore fondamentale :
Une maladie qui, dans la seconde moitié de la première se­
maine présente une température toujours inférieure à 39°,5
n’est pas une fièvre typhoïde (Jaccoud).
A ces propositions, ajoutons encore celle-ci :
Dans une fièvre typhoïde régulière, en dehors de toute
complication ou de toute intervention thérapeutique, la tem­
pérature du soir est toujours supérieure ou au moins égale à
celle du matin correspondant dans la période stationnaire.

�m

CtARGIN.

Dans nos tracés, nous n’avons jamais vu cette proposition
faire défaut.
Cette permanence des ascensions vespérales nous autorise
donc à éliminer dès les premiers jours le catarrhe gastrique
fébrile, maladie que nous n ’avons jamais observée, mais dont
nous trouvons un exemple dans l’ouvrage de M. Jaccoud. Dans
l’entérite aigüe simple, nous avons pu, au contraire, constater
une fois qu’il n ’y avait pas d’élévation anormale de la tempé­
rature et ce résultat négatif nous avait permis d’éliminer la
dothienentérie.
Ce qui est plus malaisé à fixer, c’est le diagnostic de Tintoxication paludéenne et de la dothienentérie ; surtout si l’on
se trouve en présence d’un accès pernicieux à forme encépha­
lique. Le thermomètre rend ici d’importants services. Au n* 28
de la salle Aillaud, nous trouvons le matin un malade plongé
dans un coma profond : trois explorations thermométriques
donnèrent pour le soir 41°, 40°,8 et 40°6 ; puis le thermomètre
tombe tout a coup à 38° et 3G°: nous ne devions plus songer à
la dothienentérie et la marche ultérieure ainsi que les ren­
seignements du malade nous démontrèrent l’existence d’une
intoxication paludéenne. Mais ce qui est quelquefois embarassant-, c’est de savoir si un malade soumis à l’influence pa­
ludéenne est réellement typhique. Nous avons eu un bel
exemple d’un pareil fait et le thermomètre seul a pu nous faire
admettre une dothienentérie, alors que nous n’avions pas de
signes locaux positifs pour l’une ou l’autre de ces maladies. Le
diagnostic est d’autant plus difficile qu’à notre sens la maladie
paludéenne imprime une marche particulière à la température
en déterminant de vastes oscillations, comme on peut le voir
au tableau 1.
La méningite ne présente jamais de température supérieure
à 39°
La pneumonie a une température à elle, un tracé type ; mais
si l’on ne suit pas quelquefois régulièrement la marche du
thermomètre, il peut en résulter une fausse interprétation.
Nous.avons eu un exemple de cette difficulté; la pneumonie
fut révélée par l’autopsie, et on ne trouva qu'une plaque de

TEM PÉRATURE.

•175

Peyer légèrement infiltrée. Or, au troisième jour de la maladie,
la température du soir était de 41°,2, et au dixième jour le ther­
momètre était arrivé progressivement à 38° ; mais le soir do ce
jour il remontait à 40°,2 et le surlendemain le malade suc­
combait à la poussée phlegmasique, concomitante de l’élévation
do température. — Ne devons-nous pas croire simplement à la
pneumonie?— Un enfant de 7 ans nous présente, pendant
dix jours, une température stationnaire entre 39° et 40* avec
quelques symptômes de dothienenterie, et surtout congestion
pulmonaire ; mais le douzième jour de l’entrée (nous n’avions
pu savoir la date du début), le thermomètre monte le soir à
40’,8, et six jours après nous avions une température nor­
male! Or, nous avions tous les signes sthétoscopiques d’une
pneumonie lobulaire, et n’avions-nous pas le droit de con­
clure à la non-existence de la dothienentérie?
Une maladie qui imprime à la température une marche
presque analogue à celle du typhus abdominal, c’est la
phthisie pulmonaire granuleuse aigue. Sur un tracé que nous
devons à M. Vidal (de Cassis), pendant dix-huit jours, de l’en­
trée à la mort, nous avons une ligne thermique qui décrit de
grandes oscillations,dont les points extrêmes sont37°,8 et 40°,4.
Mais ce qui établit une différence bien tranchée entre la do­
thienentérie et la phthisie aiguë, c’est la persistance de la
température dans cette dernière affection à un niveau trèsélevé, et qui se maintient tant que dure la maladie. De plus,
il n’y a pas de point maximum fixe et les oscillations n’obéis­
sent à aucune loi; elles affectent une marche irrégulière. On
peut dire cependant que les points 39” et 40” sont ceux où le
thermomètre s’arrête plus particulièrement.
Il en est de môme de la pneumonie chronique à forme
caséeuse. Mais ici, après la période de défervescence, on a une
nouvelle période d'action, et les oscillations sont considérables,
sans obéir à une loi fixe. C’est ce que nous avons pu observer
dans le service deM. D’Astros, à la Conception, au mois de mai
18G9.
Bien autrement difficile, sinon impossible à reconnaître, est
le début de la tuberculose et la dothienentérie. Dans le courant

�176

GARCIN.

de septembre, nous avons eu simultanément deux malades qui
présentaient tous les symptômes do la dothienenterie, et chez
lesquels nous trouvâmes des signes sthétoscopiques de pneumophymie. Or, dans ces cas là, avions-nous affaire à des phé­
nomènes typhoïdes provoqués par l’invasion de granulations
dans le tissu pulmonaire, ou bien la fièvre typhoïde avait-elle
donné naissance à ces granulations? — Nous signalons seu­
lement le fait, car n ’ayant pu suivre ces malades, il nous est
impossible d’émettre une opinion fondée; mais c’est un point
de diagnostic des plus scabreux.
Enfin, nouscroyous utile de signaler le fait suivant, observé
à la clinique dans la seconde quinzaine du mois de novembre
1869. Un garçon de 16 ans nous arrive malade, dit-il, depuis
six jours; tout était en faveur de la dothienentérie, et le ther­
momètre restait stationnaire à 40°,4. Au huitième jour, nous
notons une rémission matinale de 2°,4, et le soir encore une
nouvelle descente de 0°,4. Il n'y avait eu ce jour là aucune in­
tervention thérapeutique; mais, en examinant le sujet, nous
trouvâmes à l’avant-bras droit une belle éruption de pustules
varioliques : l’éruption a depuis continué sa marche.
Les faits d’invasion granuleuse que nous venons de signaler,
nous amènent à parler de ces cas où la fièvre typhoïde devient
cause occasionnelle d une franche tuberculisation. Nous avons
à notre disposition deux faits de ce genre, et c’est d’après ces
tracés que nous pourrons établir quelques données. Une jeune
fille, arrivée au quatrième jour de la maladie, donne une ligne
thermique peu régulière, mais typhoïde jusqu’au vingt-qua­
trième jour de sa maladie. Dès ce jour, et loin que les phé­
nomènes typhiques s’aggravent, le thermomètre prend de
nouveau une marche ascendante, et au soir du 31° jour atteint
40°, 3 ; puis, après quelques oscillations, tend à se rapprocher du
chiffre normal qu’il atteint vers le quarante-deuxième jour.
Or, au vingt-septième jour, on note une congestion du som­
met droit, et le jour suivant nous avions des signes manifestes
d’infiltration granuleuse. — Chez un peintre âgé de 21 ans,
mon collègue Vidal eut un tracé de fièvre typhoïde très-irré­
gulier du cinquième au vingt-cinquième jour de la maladie;

TEM PÉRATURE.

177

du vingt-cinquième au trente-deuxième jour, les oscillations
deviennent considérables, et les ascensions vespérales station­
nent entre 39° et 40°; puis les phénomènes fébriles s’amendent
peu à peu, et le malade sortait le 51° jour avec une température
normale: 37-37,5. Or, dès le 28° jour, la pneumophymieétait
reconnue et confirmée.
Il nous semble qu’il y a dans cette terminaison de la fièvre
typhoïde une question importante de diagnostic, et surtout de
pronostic. Or, il peut se faire que la lésion pulmonaire soit en­
core méconnaissable alors que la marche du thermomètre re­
devient ascendante; et on a pu voir que dans nos deux cas
cette marche était parfaitement accentuée, lorsque les signes
locaux ont révélé la lésion. — Il faut donc dans ce cas attacher
une signification considérable à cette irrégularité de la ligne
thermique, et, si nous osions le dire, admettre d’emblée la
pneumophymie à moins de lésions visibles d’autres organes.—
Mais si, au point de vue du pronostic, il n’est pas d’un mé­
diocre intérêt de reconnaître une pareille lésion, non moins
importante est la question du traitem ent, car s’il est une
forme de phthisie curable, c’est assurément celle-ci.
Nous aurions ainsi à parler du pronostic. De même que le
diagnostic, le pronostic peut être soumis à un certain nombre
de propositions fixes et certaines.
Si dans la période stationnaire se produit une chute brusque
de la température, et surtout si cette chute a lieu le soir, ré­
servez le pronostic, mettez-vous en garde contre une compli­
cation.
Si, à la fin de la seconde semaine ou pendant la troisième,
le thermomètre reste stationnaire entre 40° et 41°, le pronostic
est généralemente grave ; il est fatal si le chiffre 42° est dé­
passé.
Si enfin,à la période stationnaire, on observe une chute brus­
que, de grandes oscillations qui maintiennent la température
autour d’un point voisin du chiffre normal, le pronostic est
très-grave.
La marche irrégulière de la température pendant la période
des oscillations stationnaire, a été très-lieureusement désignée

�178

G ARC IN.

par Wunderlich sous le nom de stade amphibole. En effet, le
thermomètre affecte une allure incertaine , il semble che­
vaucher de côté et d’autre sans point fixe déterminé : tantôt à
une rémission matinale très-étendue succède une forte ascen­
sion vespérale ; tantôt la rémission du matin est nulle ou bien
elle se produit plusieurs jours de suite. Le tracé suivant nous
offre un exemple remarquable de cette marche de la tempéra­
ture dans une dothienentérie terminée par la mort. ( Voir tracé
n° X, page 136).
Nous avons pu suivre ainsi pendant quelques jours une
femme morte dansleplus épouvantable délire, qui nous offrait
ces oscillations incertaines, cette allure vague, inquiète du
thermomètre. Dans le tracé ci-dessus, le thermomètre se
maintient du huitième au treizième jour à 40°; le quatorzième
et le quinzième jour a lieu une faible rémission, puis le
seizième une rémission matinale del°,5, suivie d’une ascension
vespérale de 1°,6. Ce saut brusque était déjà d’un fâcheux
augure et le pronostic s’aggravait fatalement lorsque nous
vîmes la température baisser encore le dix-huitième jour et
arriver le matin du dix-neuvième à 37°,2, décrire ensuite des
oscillations incertaines et monter subitement au vingt-qua­
trième jour de 37°,4 à 39° où il s'arrête jusqu’au moment de la
mort. Comme corollaire de cette marche de la température,
nous avions-noté la persistance et l’aggravation des symptômes
observés et la maladie avait résisté aux agents thérapeutiques
les plus énergiques : affusions froides répétées, sulfate de
quinine, belladone, etc.
Si encore pendant la période stationnaire survient une hé­
morrhagie, soit un épistaxis, soit une hémorrhagie intesti­
nale, cet accident entraîne le plus souvent une chute notable
delà température: oscillations très-étendues si l’hémorrhagie
est considérable, un ou deux degrés si elle est faible. De môme
une diarrhée abondante, des vomissementscopieuxproduisent
encore cette dépression de la température. Un de nos malades
a une diarrhée abondante et le thermomètre descend du matin
au soir de 37°,8 à 35°4 ; la diarrhée disparait et le thermo­
mètre remonte à 37°. Par contre, chez une de nos malades,

TEM PÉRATURE.

179

nous avons eu deux épistaxis utérines assez abondantes au
neuvième et au dixième jour de la maladie; mais nous n’avons
pas observé d'influence dépressive sur la température. Cette
action des évacuations abondantes nous explique facilement
l’action analogue des purgatifs et des vomitifs ; et à son tour la
connaissance de ces effets peut servir de point de repère dans
les indications thérapeutiques.
Il est cependant une forme particulière du typhus abdo­
minal que l’on doit connaître si l’on ne veut pas s’exposer à
une cause flagrante d’erreur : je veux parler de ce que les Alle­
mands appelent le Typhus abortif, type que j ’ai pu observer
une fois et dont je dois un cas à mon ami Vidal. Chez notre
malade, le thermomètre passe du cinquième au treizième jour
à la température normale : le cinquième et le sixième jour,
nous marquons le soir 40°,2 et 40°,5 ; les jours suivants de 40°
à 39°,5 ; le douzième jour 38*,3 et 37 le soir du treizième jour;
mais il faut remarquer que, dès le neuvième jour, les rémis­
sions matinales étaient de 1°,8 à 2°. Le malade de M. Vidal
présente une première chute le matin du huitième jour, 2°,5
au dessous du soir précédent ; seconde chute du huitième au
neuvième jour et encore le matin du dixième jour, rémission
de 2°,8, puis température normale jusqu’au seizième jour,
sortie du malade. Dans ce cas, il est vrai, on avait administré
du sulfate de quinine, et on pourrait croire que ce médicament
avait enrayé la marche de la fièvre ; cependant le dixième jour
la quinine a été supprimée et la fièvre n’a pas reparu. Mais
chez notre malade, la médication a été purement expectante,
et néanmoins les deux lignes thermiques sont parfaitement
analogues: rémission très-marquée du dixième au quatorzième
jour, puisapyrexie complète. C’est bien là le caractère assigné
par Griesinger au typhus abortif.
Il est encore un détail de la marche du typhus abdominal
qu’il est important de connaître pour éviter toute erreur de
diagnostic aussi bien que de pronostic. C’est la rémission con­
sidérable, signalée par Wunderlich et sur laquelle Jaccoud a
particulièrement insisté, qui a lieu vers la fin de la première
semaine. C’est ordinairement du sixième au huitième jour que

�180

GARCIN.

se produit cette rémission et on peut s’en rendre un compte
très-exact en examinant les tracé II et IIT; dans le second, elle
a lieu le septième jour, sur le premier au huitième jour. C’est
là certainement une particularité qui ne doit pas échapper au
médecin car à ce moment on est loin encore d’avoir le droit
déporter un pronostic et peut-être éprouverait-on quelque
cruelle déception.
Enfin est-il nécessaire d’insister sur la signification des
chutes de température produites par les agents thérapeutiques?
Lorsque sous l’infiuence d’un vomitif, d’un purgatif ou d’un
médicament antifébrile, la température s’abaisse, on doit être
heureux d’un tel résultat ; mais il faut cependant surveiller
l’action du remède et en donner juste assez pour détruire la
fièvre sans déprimer le malade, car l’adynamie est une des plus
redoutables complications de la maladie. Si, luttant contre les
accidents nerveux ou contre l'ardeur fébrile, on soumet le
malade à l’usage des affusions froides, on doit observer les
mêmes règles que précédemment : avoir l’œil sur le thermo­
mètre pour connaître l’intensité de la réaction, se féliciter du
résultat si cette réaction s’opère et si la chaleur diminue sous
l’influence de ces affusions. Le pronostic, on le voit, a donc
des étapes nombreuses et le thermomètre nous parait être le
seul ou tout au moins le meilleur guide dans ce long dédale.
Mais nous sommes déjà entrés de plain pied dans le domaine
de la thérapeutique, il nous reste à terminer cette étude.
Nous avons dit au début à quel point de vue il fallait consi­
dérer la fièvre typhoïde; nous avons vu qu’on pouvait la dé­
composer en deux grands éléments, d’une part la lésion ana­
tomique, de l’autre la fièvre. Le premier de ces éléments
engendre le second et le malade est déjà typhique lorsque la
fièvres’allume. Pour démontrer la dépendance de la fièvre, nous
avons invoqué des arguments tirés de la thérapeutique ; agis­
sant actuellement en sens inverse, nous nous servirons de notre
démonstration .pour préciser les indications et contre-indica­
tions des agents thérapeutiques qui sont d’un usage ordinaire.
Si nous admettons qne la lésion anatomique résiste à toute
médication, nous établissons une première indication : c’est-

TEM PÉRATURE.

à-dire ne pas agir contre elle, ne pas garder une neutralité
absolue, mais se garder de toute intervention énergique qni
11e pourrait avoir qu’un résultat opposé à celui que l'on
cherche. C’est, donc à l’élément fièvre que nous devons borner
notre action et il nous semble d’autant plus rationnel de se
restreindre ainsi que, en supprimant la fièvre, on arrête ou
tout au moins on diminue le mouvement de décomposition
et on modifie par là heureusement l’état de l’organismè fébri­
citant. Nous avons parlé de la digitale et nous avons déclaré
que nous ne pouvions juger ce médicament en parfaite con­
naissance de cause; mais il nous semble que cet agent doit
être employé lorsque la chaleur fébrile est intense, que le
thermomètre atteint 40, 41 degrés, que le pouls est plein, fort,
dur. Ce médicament possède, il est vrai, une action fâcheuse
sur le tube digestif ; mais nous ne craindrions pas de provoquer
des vomissements pour arrêter la dépense fébrile.
Si la digitale entrave principalement le mouvement fébrile
continu, si elle est surtout indiquée lorsque le thermomètre
stationne vers 40° et décrit de petites oscillations, le sulfate de
quinine paraît lutter beaucoup plus avantageusement contre
les grandes variations et surtout enrayer les fortes ascensions
du soir. Nous avons toujours vu ce médicament amoindrir les
ascensions vespérales, et chez un de nos malades en particu­
lier, le sulfate de quinine donné en lavement une heure avant
l’exploration du soir mit obstacle à la grande ascension que
nous avions observée les jours précédents. On pourra du reste
voir sur les tracés consignés dans ce travail les modifications
imprimées à la ligne thermique par le sulfate de quinine. Mais
l’administration de ce médicament n’est pas sans offrir d’incon­
vénient et, suivant les conseils de M. Fabre, il est préférable
de le donner sous forme de lavement que de le faire passer par
le petit intestin de peur, d’irriter cet organe; il est bon ce­
pendant de varier ce mode d’administration, de le donner
tantôt par la bouche, tantôt par le rectum. Dans les cas d’in­
dication absolue, nous n’hésiterions pas à faire une injection
hypodermique. Il est un moment de la maladie où le sulfate
de quinine nous parait particulièrement indiqué : c’est au

�182

GARCIN.

début de la période descendante, alors que le thermomètre
semble revenir comme à regret à la température normale et
que les ascensions du soir mesurent quelquefois encore un ou
deux degrés. Dans ces cas, le sulfate de quinine me parait
exercer une influence salutaire et régulatrice sur la marche
ultérieure de la température.
Un autre agent thérapeutique de la môme classe est aussi
appelé à rendre quelques services: l'aconit a en effet pour ré­
sultat à peu-près constant de régulariser la circulation. Or, si
cette action est réelle et nous avons pu en constater quelques
exemples, nous devrons donner l’aconit dans les cas où l’artère
bat irrégulièrement, où les pulsations sont petites et inégales.
11 est des cas où l’élément fièvre est associé à des phénomènes
cérébraux caractérisés soit par l’ataxie, soit par l’adynamie:
dans ces cas, nous avons un agent thérapeutique puissant dans
l'hydrothérapie. Ici nous avons deux modes d’emploi suivant
que la fièvre existe seule ou bien qu’elle s’accompagne de phé­
nomènes cérébraux. Dans le premier cas, une simple lotion à
l’eau vinaigrée froide combat avantageusement l’ardeur fé­
brile ; une seule lotion suffit rarement, mais le thermomètre
donnant le résultat mathématique de cette méthode, nous
pourrons recourir à des nouvelles lotions jusqu’à la disparition
complète de la chaleur fébrile, en ayant soin toutefois de se
tenir en garde-contre une dépression subite des forces, pré­
caution que nous recommandera encore le thermomètre. S’il
y a des phénomènes cérébraux, l’affusion à l’eau froide est de
beaucoup plus efficace; elle produit une sédation plus rapide
du mouvement fébrile, et une modification quelquefois remar­
quable dans les phénomènes cérébraux. Mais c’est ici surtout
qu’il faut être prudent et tenir en réserve les forces du malade
pour obtenir une réaction nécessaire qui contrebalance l’effet
dépressif de l’affusion. Si après une affusion le thermomètre
tombe brusquement et si cette chute n’est pas suivie après
quelques heures d’une bonne ascension, veillez alors, le
danger n’est pas loin, car le malade ne pourrait plus soutenir
la lutte.
Une des indications thérapeutiques les plus fréquentes dans la

TEM PÉRATURE.

183

dothienentérie, c’est le traitement tonique et on peut dire quo
fortifier le typhique est une indication presque aussi impé­
rieuse qu’enrayer le mouvement fébrile; car soutenir l’orga­
nisme, le tonifier, pour dire le mot, n’est ce pas compenser les
désordres produits par la fièvre et rendre ainsi aux organes ce
que la combustion fébrile leur avait enlevé? Dans cette classe
de médicaments, nous choisirons de préférence le quinquina,
l’acide arsénieux dont on connaît la merveilleuse propriété
d’arrêter le mouvement de décomposition des tissus, et dans
certains cas l’arnica, suivant la pratique de Stoll, cet agent
ayant une double action, tonique et modificateur du système
nerveux, et surtout n’exerçant aucune action nuisible sur le
tube digestif.
. De la médication tonique il est naturel de passer à l’alimen­
tation, c’est-à-dire à la partie la plus importante, mais aussi la
plus discutée du traitement de la dothienentérie. Nous vou­
drions bien pouvoir nous mettre à la hauteur de la question et
étudier ainsi les indications de l’alimentation ; mais nos forces
sont au dessous de notre volonté et nous ne pouvons émettre
que quelques données fournies par notre observation. En thèse
générale, le malade doit être alimenté pendant toute la durée
de la maladie ; mais que de vigilance, que de précautions ne
faut-il pas avoir en suivant cette règle! Cependant c’est sur­
tout lorsque le travail fébrile a cessé, alors que l’organisme est
à bout de ressources, q~ue l’alimentation est nécessaire et obli­
gatoire. C’est donc principalement quand la température est
inférieure à la moyenne normale qu’il faut alimenter le ma­
lade; et à l’alimentation doivent être associés des médicaments
toniques, et en particulier l'acide arsénieux. Mais d’autre .
part ce qu’on doit redouter de l’ingestion des aliments c’est la
fatigue du tube digestif; dans ces cas, on ne saurait que trop
se vanter de l’administration de la pepsine, de la rhubarbe ou
de l’infusion d’absinthe, comme nous l’avons vu employer
avec succès à la clinique. Enfin, il est une précaution excel­
lente que nous enseigne surtout le thermomètre. Lorsqu’en
pleine alimentation il se produit quelque ascension vespérale
étendue ou bien si la marche descendante du thermomètre est

�184

THORACENTÈSE.

VILLARD.

entravée, diminuez alors les aliments, remettez le malade au
simple bouillon pour augmenter ensuite d'une façon progres­
sive à condition toutefois qu’il n’y ait pas de nouvelle exacer­
bation.
Nous arrivons ainsi au terme de la tâche que nous nous
étions imposée ; graude serait notre satisfaction si nous avions
pu réaliser nos desseins et nos promesses, mais à mesure que
nous avancions nous nous sommes aperçu que nous étions
trop faible pour un pareil travail et nous terminons avec le
triste regret d’avoir été incomplet. Mais qu’on nous permette
de dire que, dans l'étude de la fièvre typhoïde aussi bien que
de toute autre maladie fébrile, le thermomètre est le moyen
d’exploration par excellence ; et que, grâce à son emploi, sur­
giront bien des faits nouveaux, s’éclaireront bien des détails
jusqu’ici plongés dans l’obscurité.
G arcin .

ÉTUDE SUR LA TRORACENTÈSE
DANS LES ÉPAN CHEM ENTS SÉR EU X
P ar l e Dr YILLARD,
Médecin en chef des hôpitaux, professeur suppléant « l'école de médecine.
CINQUIÈME ET DERNIER ARTICLE (I).

Je ne quitterai pas cette revue thérapeutique sans dire deux
mots du traitement de.la pleurésie avec épanchement par le
tartre slibié à haute dose préconisé par Laënnec dans la
période aiguë, et que M. Mériadec Laënnec regarde comme
dangereuse. M. Gallard, médecin de l’hôpital de la Pitié, a
fait, sur l’emploi de l’émétique dans cette maladie, une
(l) Voir les numéros de juillet, septembre, octobre et janvier derniers»

185

importante leçon qui a été insérée dans la Gazette des hôpitaux
(22 février 1866). J’extrais de cette leçon le passage suivant :
« Pendant les épidémies cholériques qui ont sévi en 1849 et en
« 1854, nous avons pu voir des individus affectés soit d’épan« chement pleurétique ancièn et rebelle, soit d’ascite, se
« trouver débarrassés de leur épanchement s’ils venaient à
« être atteints par la maladie régnante. Les abondantes éva« citations séreuses qui, sous l'inlluence du choléra, se fai­
te saient tant par les vomissements que par les selles diar« rhéïques, suffisaient pour amener en 24 ou 36 heures la
« résorption complète et durable d’épanchements qui avaient
« résisté pendant des semaines ou des mois aux agents tliéra« peutiques le plus convenablement administrés. »
Partant de‘cette idée, M. Gallard ordonne le lartre stibié
à la dose de 25 à 30 centigrammes en trois ou quatre fois dans
les 24 heures, ün doit continuer la potion stibiée jusqu’à ce
que l’épanchement ait diminué d’une manière notable, à
moins que la faiblesse du malade ne permette pas de suivre
plus longtemps ce mode de traitement. Dans tous les cas, loin
de chercher à établir la tolérance, comme dans la pneumonie,
nous désirons, au contraire, ajoute M. Gallard, provoquer de
nombreux vomissements et des selles abondantes. Si la tolé­
rance s’établissait, je me hâterais, dit encore ce médecin, de
recourir à d’autres moyens, aux purgatifs et particulièrement
aux drastisques, à l’eau de vie allemande. Nous ferons observer
tout de suite que cette idée n’est pas neuve, et que bien avant
iMGallard bon nombre de médecins traitaient les épanche­
ments pleurétiques par de violents révulsifs intestinaux. Pour
n’en citer qu’un seul, je rappellerai qu’en 1853, M. Nonnat.,
également médecin de la Pitié, employait l’huile de croton
pour amener la résorption des exhalations pleurales.
Donc M. Gallard veut produire des effets analogues à ceux
du choléra; reste à savoir si cette action artificielle peut dé­
terminer aussi rapidement que le choléra la résorption d’un
épanchement pleurétique. Notons tout d’abord que le malade
qui a fait le sujet de cette leçon est un jeune-homme à peine
âgé de 16 ans ; or, nous savons que plus le sujet est jeune, plus
12

�186

VILLA. RD.

l’évolution inflammatoire marche avec rapidité. Si à cette
considération nous ajoutons qu’il ne lui a pas fallu moins de
35 jours depuis le début de la maladie, ou de 20 jours depuis
qu’il avait commencé le traitement par l’émétique, nous ne
serons par surpris de la durée de la maladie, puisque à l’aide
d’autres moyens moins énergiques, Von peut arriver au même
but. A ce point de vue, la médication que préconise M. Gallard n’a pas eu, selon moi, des avantages supérieurs aux autres
méthodes.
Le médecin de la Pitié nous a dit qu’il avait vu des épanche­
ments de la plèvre ou du péritoine disparaître en 24 ou 36 h.,
chez des individus atteints du choléra. Je n’en disconviens pas ;
mais je ferai remarquer cependant que si cette dernière ma­
ladie enlève à toute l'économie, avec une rapidité foudroyante,
la plus grande partie de ses principes aqueux, il n’y a que ce
symptôme prédominant qui autorise quelque-analogie entre
elle et l’action du tartre stibié.
M. Gallard n’a eu en vue, en émétisant son malade, que
l’action révulsive du remède sur le tube digestif, action qu’il
peut augmenter ou diminuer suivant les résultats obtenus,
mais qu’il porte toujours à un degré passablement élevé. Eu
ne tenant compte que de cet effet primitif, je me suis demandé
pourquoi M. Gallard préférait le tartre stibié aux purgatifs
drastiques; d’autant plus qu’en employant ces derniers re­
mèdes, il lui serait facile non seulement d’obtenir une révul­
sion non moins énergique , mais encore d’éviter presque
toujours les vomissements que les malades supportent avec
beaucoup de peine. Il serait difficile d'admettre que le tartre
stibié possède une propriété vomitive ou purgative spéciale
dans les collections séreuses. Par son action, je dirai avec
Dance et Chomel que lorsqu’il purge ou qu’il fait vomir, il
n ’agit pas autrement que les autres purgatifs ou vomitifs.
C’était aussi l’opinion de Broussais qui regardait les anti­
moniaux comme des révulsifs très-énergiques, susceptibles
de provoquer une abondante secrétion de la surface gastrointestinale.
N’oublions pas queM. Gallard donne de 25 à 30 centigram-

THORACENTÈSE.

187

mes par jour de sel antimonial. Cette dose prise en trois ou
quatre fois seulement, représente des quantités plus ou moins
actives, suivant l’dgedu sujet, et le degré de tolérance du tube
digestif. Dans tous les cas, il ne faut pas que cette tolérance soit
obtenue, cas auquel il faudrait recourir aux purgatifs dras­
tiques. Eh bien ! je le demande, cette dose n ’est-elle pas trop
élevée?et ne serait-il pas plus rationnel d’employer l’éméti­
que en lavage? L’effet dérivatif en serait d’autant plus certain
que l’action serait plus continue et le malade ne serait pas
exposé aux conséquences d’une médication qui ne tarde pas
à déterminer, comme nous le verrons bientôt, une prostration
rapide, et surtout un affaiblissement considérable de l’inner­
vation. Nous voyons donc que la médication de M. Gallard est
toute dans la dérivation gastro-intestinale qu’il cherche à pro­
voquer. A ce seul point de vue, elle ne me parait pas avoir une
efficacité plus grande que les autres purgatifs que l’on emploie
dans le traitement des épanchements pleurétiques. Or, j ’ai dit
plus liant ce qu’il fallait penser de ces divers remèdes. Je n’y
reviendrai quepour formuler cette conclusion : Si, dans certain
cas, la médication purgative vient en aide aux ressources delà
nature et facilite la résorption du liquide épanché, dans le plus
grand nombre, elle est sans influence sur la disparition de
l’épauchement qui parait se jouer de tous les moyens que la
thérapeutique possède.
/
Mais allons plus loin, et voyons si la méthode que préconise
M. Gallard est tout-à-fait inoffensive. Je ne dirai rien de ces
évacuations abondantes qui, dès le début, jettent le malade
dans une lassitude extrême. Les vomissements surtout amè­
nent bientôt un abattement facile à comprendre. Ici com­
mence l’action générale ou dynamique du tartre stibié à haute
dose. Trente centigrammes d’émétique administrés pendant
trois ou quatre jours, à'doses fractionnées, ne produisent pas
seulement des évacuations par le haut et par le bas. Je dirai
même que ces évacuations peuvent-être très-peu abondantes,
tandis que les phénomènes généraux résultant de l’absorption
du remède se manifestent très-vite, et ne se dissipent pas tout
de suite. Or, le malade de M. Gallard a ressenti, dès le premier

�188

VILLAJRD.

jour, l’influence dynamique de la potion stibiée. 11a eu d’abord
des vomissements et une diarrhée abondante ; mais il est tombé
presque aussitôt dans un état d’abattement considérable. Sus
lèvres étaient cyanosées, la peau était chaude et sèche, sou
pouls battait 11G pulsations par minute, etc. Et plus bas
M. Gallard ajoute : Après deux jours de ce traitement, qui nous
a paru peut-être un peu énergique, nous avions déjà une amélio­
ration notable, etc.
11faut convenir qu’il eût été bien malheureux pour ce pau­
vre jeune homme, qu’il n’y eût pas eu un peu de mieux
dans sa situation, après avoir été secoué de la sorte. Mais là
n’est pas toute la question : Est-il besoin, pour faciliter la résoption d’un épanchement pleurétique, d’amener un collapsus
pareil dans les fonctions du système nerveux? Est-il besoin
d’intoxiquer le malade avec des doses qui, additionnées les
unes aux autres, finisent par atteindre un chiffre bien élevé'?
J’avoue que je n’aurais pas eu le courage d’aller aussi loin
devant les conséquences presque inévitables d’une médication
aussi active. M. Gallard reconnaît, il est vrai, que ce traite­
ment lui a paru peut-être un peu énergique ; grâce à lui cepen­
dant et à des veiüouses scarifiées appliquées plusieurs fois, l’on
a pu constater une diminution notable de l’épanchement.
Maisdelàà la guérison complète, il y avait encore loin, puisque
la potion stibiée fut remplacée par des vésicatoires, la poudre
de digitale, la teinture d’iode en frictions, et enfin par un ré­
gime tonique, dont le malade, il me semble, devait avoir
grand besoin. D’où je conclus que, si la tartre stibié à liante
dose a assez bien réussi pour cholériser artificiellement le
malade, il n’a pas suffi pour enlever complètement le liquide
contenu dans la plèvre.
J’ajouterai qu’à l’époque où je lus cette leçon dans la Gazette
des hôpitaux, j ’avais en ville un malade atteint d’épanchement
séreux occupant les trois quarts environ de la plèvre. Les con­
ditions pour administrer le tartre stibié étaient chez cet homme
d’autant meilleures que la période réactionnelle était terminée
depuis assez longtemps. La thoracentôse ayant été refusée,
j ’avais eu recours, sans beaucoup de succès, aux vésicatoires,

TH O R A CEN TESE.

189

aux purgatifs et aux diurétiques, etc. Je lui prescrivis ü,30
centigrammes de tartre stibié en quatre fois dans les 24 heures.
Il y eut des selles abondantes et quelques vomissements qui
fatiguèrent beaucoup le malade. Le lendemain, je renouvelai
la potion émétisée : les évacuations alvines furent moins nom­
breuses, mais les vomissements devinrent incoercibles. Le ma­
lade tomba dans un abattement qui allait parfois jusqu’à la*
syncope. Le pouls devint petit et fréquent; la peau se couvrit
d'une sueur froide; en un mot. je dus recourir bien vite aux
opiacés et aux excitants diffusibles pour faire disparaître tous
ces symptômes fort peu rassurants pour moi et très-inquié­
tants pour la famille. Le lendemain, le pouls s’était relevé ; les
évacuations étaient devenues moins fréquentes; l’état générai
était plus satisfaisant. Je me gardai bien de revenir au tartre
stibié. Du reste, je l’aurais voulu que j ’aurais eu à lutter con­
tre la volonté bien arrêtée du malade et des personnes qui
l’entouraient. J’examinai alors la poitrine, espérant que la
plèvre contiendrait moins de liquide. A mon grand étonne­
ment, je trouvai le niveau au meme point. J’avais cependant,
comme M. Gallard , assez bien cholérisé mon malade; telle­
ment bien qu'il ne lui fallut pas moins de quinze jours avant
de pouvoir supporter une alimentation un peu substantielle.
Bref, je revins plus tard aux moyens que j’avais déjà employés,
et ce ne fut qu’après une durée de plus de trois mois que la
guérison put être obtenue.
Tel fut mon premier essai de la médication antimoniale. Le
succès, on vient de le voir, ne fut pas très-encourageant. Aussi,
me suis je abstenu d’y avoir recours dans d’autres circons­
tances. A la môme époque, un de mes collègues de l’hôpital
delà Conception, ayant suivi, comme moi, l’exemple de M.Gal­
lard, obtint aussi un résultat complètement négatif.
Je crois en avoir assez dit sur cette médication pour prouver
qu’elle n’est pas, au dire du médecin de la Pitié, le meilleur
moyen pour faire disparaître un épanchement pleurétique.
M. Gallard, parlant ensuite de la thoracentèse, ajoute qu’il
n’est pas un adversaire obstiné de cette opération. Néanmoins,
il la condamne d’une manière à peu près absolue, à moins

�&gt;190

YILLARD.

qu'il n’y ait menace d’asphyxie. La thèse que soutient le trop
zélé défenseur du tartre stibié, n’est pas à l’abri d’une argu­
mentation sérieuse. — « Aujourd’hui, dit-il, des médecins fort
recommandables ont étendu l’emploi de la ponction aux pleu­
résies aiguës, et je ne doute pas que plusieurs de mes coufrères eussent ponctionné mon petit malade s’il était tombé
entre leurs mains. » — A cela je répondrai: Cet enfant était
atteint d’une pleurésie aiguë, il avait de la fièvre, la phlegmasie n’était pas terminée, il n’y avait pas de suffocation,
donc l’idée de la thoracentèse ne fût venue à l’esprit de per­
sonne. Mais, je puis certifier que si ce malade avait été dans
mon service, j ’aurais attendu que tout état fébrile eût cessé,
et je l’aurais ponctionné immédiatement.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette leçon de mon
confrère de Paris; je me bornerai, en terminant cette courte
analyse de son observation, à lui demander quels sont les dan­
gers qu’il a tant à redouter de la thoracentèse. Pour moi, je
n’en connais aucun.
Quelques mots encore, et j ’aurai terminé çette étude déjà
bien longue sur la thoracentèse. A la suite de la ponction, il
peut survenir deux complications très-rares, il est vrai, mais
qui, par cela même, méritent d’être signalées ici. Je veux
parler de la syncope mortelle et des hémorrhagies qui peuvent
se produire par les bronches.
Relativement à la première, je n’en aurais peut-être pas fait
mention dans ce travail, si je n’en avais observé un exemple
remarquable, il y a quelques mois à peine. Je crois utile de
rapporter cette observation qui n’est pas seulement intéres- ■
santé au point de vue clinique, mais q u i, dans des cas sem­
blables, pourrait éveiller l’attention sur un danger imprévu
et de la plus extrême gravité.
O b s e r v a t io n . — Madame T., demeurant rue Sainte, 51, âgée de
40 ans environ, douée d’une constitution lymphatique, mère d'une
quinzaine d’enfants, était parvenue au huitième mois d’une nou­
velle grossesse, lorsqu’elle perdit coup sur coup deux de ses plus
jeunes fils, l’un d’une méningite, l’autre d’une péritonite. La fin de
sa gestation fut marquée par un flux diarrhéique que rien ne put

THORACENTÈSE.

491

arrêter, circonstance qui ne surprendra personne, car madame T.
rendait des urines à coagulum albumineux très-abondant, et était
en outre considérablement infiltrée. Cette exhalation séreuse
jointe a une albuminurie aussi considérable me faisait craindre
des accidents éclamptiques au moment do l’accouchement. Il n ’en
fut rien : la grossesse parvint à son terme, et madame T. ac­
coucha naturellement d’un superbe enfant, le 4 septembre dernier.
Les suites de couches furent des meilleures pendant vingt-cinq
jours. Le flux diarrhéïque avait cédé peu à peu, l’infiltration œdé­
mateuse avait disparu, lorsque le 25 septembre une hémorrhagie
utérine éclata avec une violence telle que sans le secours
immédiat du Dr Crouzet, appelé en toute hâte, cette dame aurait
fatalement succombé. Lorsque je revis ma malade, quelques
heures après cet accident, je la trouvai exsangue. -L’hémor­
rhagie avait cessé, grâce au tamponnement qu’avait pratiqué
le Dr Crouzet, grâce encore à un traitem ent énergique autant que
rationnel.
A dater de ce moment, la santé de madame T. nous inspira des
craintes continuelles. Lente h se remettre des suites de son hé­
morrhagie, la malade éprouvait pour tous les remèdes qui lui
étaient prescrits une aversion insurmontable. La diarrhée reparut
et avec elle l’infiltration des membres. Devant une situation pa­
reille, il y avait lieu de surveiller les fonctions des principaux vis­
cères. Notre examen répété tous les jours nous fit bientôt assister
à la formation d’un vaste épanchement dans la plèvre gauche,
C’est a peine si la malade voulut consentir à l’application de quel­
ques dérivatifs cutanés. En face d’un danger qui pouvait compro­
mettre a tous les instants la vie de notre malade, nous propo­
sâmes la thoracentèse. Une consultation à laquelle j ’avais invité
MM. Girard, Seux et Crouzet décida qu’il y avait lieu de faire
la ponction immédiatement. C’était le 14 octobre, l’opération ne
présenta rien de particulier. Elle donna issue à 2500 grammes en­
viron d’un liquide citrin d'une limpidité parfaite.
Madame!’, éprouva tout de suite un grand soulagement; l’oreille
appliquée sur le côté malade reconnaissait sans peine que le
poumon fonctionnait librement du sommet il la base. Je com­
mençais il compter sur un nouveau succès, lorsque trente ou qua­
rante minutes au plus après l'opération, la malade se plaignit do
faiblesses et de lipothymies. Nous venions à peine de quitter ma­
dame T. lorsque ces accidents se manifestèrent.

�192

YILLARD.

M. Crouzet, dont le domicile était peu éloigné, fut rappelé en
toute hâte : à son arrivée, il ne trouva plus qu’un cadavre, ma­
dame T. venait de succomber dans une s}rncope.
Cette observation, dans laquelle j ’ai supprimé une foule
de détails, offrirait assurément un très grand intérêt si je
voulais en déduire toutes les considérations qui s’y ratta­
chent. Je les négligerai toutes pour ne m’occuper que d’une
seule, celle qui est relative à mon sujet, c’est-à-dire à la
syncope mortelle après la thoracentèse. Notons tout d’abord
que la malade qui en a fait le sujet offrait des conditions gé­
nérales déplorables. La ponction était la seule ressource qui
se présentait pour elle et pour nous. Nous l’avons pratiquée
avec l’espérance du succès; nous la pratiquerions encore dans
des circonstances analogues. Cependant cette mort prompte,
presque subite a appelé notre attention, la mienne surtout
sur les avantages des ponctions répétées, et. sur les graves
inconvénients d’une évacuation complète du liquide. En
laissant de côté l’idée d’une thrombose du cœur ou des gros
vaisseaux, accident qui aurait eu pour conséquence la mort
immédiate de notre malade, il nous a paru plus rationnel
d’admettre que la soustraction du calorique d’une part ré­
sultant d’une abondante évacuation sur un sujet profondément
débilité, et de l’autre l’appel du sang vers le cœur et les pou­
mons, ont été les principales causes de cette regrettable termi­
naison. L’anémie cérébrale a déterminé la syncope. Le cœur
a cessé de battre par la diminution progressive de l’influx
nerveux. Il y a eu, en un mot. paralysie despneumo-gastriques
par ischémie cérébrale.
En pareil cas, ainsi que le dit très-bien M. Jaccoud dans son
Traité des Paraplégies, (p. 291) Vexcitabilité des centres ner­
veux tombe au-dessous du niveau physiologique; elle ne peut
plus être mise en jeu par son excitant naturel, et la paralysie
apparaît. Au surplus,* personne n’ignore qu’une pareille ter­
minaison a été notée plus d’une fois à la suite de déplétions
trop brusques, telles qu’un accouchement trop rapide, ou
bien une évacuation séreuse trop prompte et trop abondante.

THORACENTÈSE.

193

Dans ces conditions, il me paraît incontestable que, chez un
individu dont l’état général est considérablement altéré, la
ponction thoracique doit être faite avec une extrême prudence
et avec l’idée bien arrêtée de ne pas évacuer la plèvre en une
seule fois. En agissant ainsi, les ponctions répétées à quelques
jours d’intervalle n’entraîneront que très-rarement la grave
complication que je viens de signaler.
Cette question, du reste, s’est présentée plus d’une fois à
l'esprit des médecins qui ont tenté la thoracentèse dans les
épanchements consécutifs à des pleurésies aiguës. Les uns ont
prescrit de ne jamais évacuer complètement la séreuse; les
autres bien plus nombreux ont négligé ce précepte qui ne ré­
posait que sur des craintes exagérées. L’expérience que j ’ai
acquise en pareille matière me fera toujours repousser les
ponctions répétées à moins que l’état général du malade ne
m’impose à l’avenir une sage et prudente î^serve.
Une ponction unique chez un sujet dont l’ensemble n’offre
rien de particulier n’a jamais été, que je sache, suivie d’une
syncope mortelle. Mais cet accident peut se produire si le ma­
lade est incapable d’offrir une résistance suffisante. Dans ce
cas, comme dans l’observation qui précède, il faut se tenir en
garde contre un péril immédiat, et alors le moyen le plus
sùr pour parer à toute éventualité, consiste à régler l’issue du
liquide suivant la marche des symptômes généraux que
présente le malade pendant l’opération. Dans des circonstances
pareilles, je le répète, les ponctions successives pourront être
suivies de guérison , tandis qu’une seule ponction amenant
une déplétion complète pourra entraîner les plus désastreuses
conséquences.
Je passe à la seconde complication qui peut survenir après
la thoracentèse, c’est-à-dire aux hémorrhagies qui peuvent
avoir lieu par les bronches. Je n’en ai point observé d’exemple;
mais, autant qu’il m’en souvient, un fait de ce genre s’est
produit, il y a quelques années, dans le service de clinique
interne à l’Hôtel-Dieu de Marseille. Le malade était à peine
débarrassé de son épanchement qu’il fut pris d’une hémoptysie
que rien ne put arrêter. La mort survint quelques heures

�m

VILLARD.

après l’opération. Je regrette de ne pas avoir tous les détails
de cette observation dans laquelle l’autopsie révéla l’existence
d'une apoplexie pulmonaire sans lésion antérieure du poumon
ou du cœur.
L’on voudra bien convenir que l'extrême rareté d’une com­
plication aussi sérieuse est loin d’être un argument contre les
avantages delà tlioracentèse. En vérité, la main du chirurgien
serait bien souvent arrêtée si un accident malheureux dans
une opération devait fairè redouter le môme danger dans une
circonstance qui réclamerait les mêmes indications chirur­
gicales.
Dans le nombre déjà assez considérable de thoracentèses que
j ’ai pratiquées, deux fois seulement j ’ai noté des crachats spu­
meux, sanguinolents, rendus après de violentes quintes de toux
lorsque le liquide était a peu-près complètement évacué.
Il est facile de comprendre le mécanisme de cette exhalation
bronchique à la fin de l’opération. Le déplissement progressif
du poumon à mesure que le liquide s’écoule, l’expansion vé­
siculaire coïncidant avec la pénétration de l’air dans les vési­
cules comprimées depuis un temps plus ou moins long, ren­
dent parfaitement compte d’une congestion qui, légère dans
certains cas , peut devenir plus intense dans d’autres et même
à un degré plus élevé, déterminer une véritable hémorrhagie.
Puisque je parle de la complication hémorrhagique , je
crois utile de dire quelques mots encore des épanche­
ments séro-sanguinolents, et d’indiquer ici la valeur qu’on doit
leur attribuer après la tlioracentèse, bien que déjà il en ait
été fait mention dans la seconde partie de celte étude, lorsqu'il
a été question du mode’ de formation des épanchements
pleurétiques. La présence d'un cancer encéphaloïde, soit du
poumon, soit de la plèvre, a été considérée, ai-je dit, comme
étant la cause la plus fréquente de ces collections sanguines.
M. Trousseau, nous le savons, a particulièrement insisté sur
l’importance séméiologique d’un flot de liquide rouge après
la paracentèse du thorax. Plus d’une fois, à l’aide de ce signe,
il a pu affirmer l’existence d’une tumeur cancéreuse, et
l’autopsie a ensuite pleinement confirmé son opinion. MM,

THORACENTÈSE.

195

Chomel, Àndral, Barth, Hérard, Lacaze-Duthiers et autres ont
publié des observations identiques, et dans toutes il est fait'
mention de tumeurs encéphaloïdes ayant envahi et détruit
■le tissu propre de la membrane séreuse. Une de mes obser­
vations est relative à un fait de ce genre; mais j ’avoue que
malgré la coloration du liquide et les antécédents du malade,
je ne pensai nullement à l’existence d'une tumeur cancéreuse.
Toutefois, il faudrait bien se garder de croire qu’un épan­
chement sanglant ou sanguinolent ne puisse pas exister en
dehors de ces dégénérescences.
Laënnec pensait que ces hémorrhagies intra-pleurales
n’avaient lieu que lorsque les vaisseaux développés dans les
fausses membranes organisées reçoivent un surcroit de sang, et
quand celles-ci tendent à Tinflammation. Broussais (Phlegmasies chroniques, T. III) au contraire, admettait une exhalation
sanguine de la plèvre elle même. D’autres ont trouvé du sang
dans la cavité pleurale, quoique la séreuse fut encore trans­
parente, non épaissie, sans traces d’inflammation, sans couches
pseudo-membraneuses, sans vaisseaux accidentels. Quoiqu’il
en soit, il parait certain qu’il peut y avoir des épanchements
rouges sans affection cancéreuse. MM. Tardieu et Aran, cités
parM. Trousseau, en ont observé des exemples.
Mais s'il est facile d’admettre que certaines affections géné­
rales, à diathèse hémorrhagique, peuvent, par une altération
primitive du liquide sanguin, ou par un défaut de résistance
des parois vasculaires, donner lieu à une exhalation rouge
dans la plèvre îftssi bien que dans les autres séreuses, il est à
peu près impossible d’indiquer les causes sous l’influence des­
quelles le sang est exhalé spontanément à la surface de ces
membranes, alors qu'il n’existe aucun état pathologique ou
diathésique. Ces transsudations hémorrhagiformes ont été ap­
pelées par M. Jaccoud (Traité de Pathologie interne, t. I, p. 12)
Pseudo-hémorrhagies. Suivant le savant professeur agrégé de
Paris, il n’y a pas dans ce cas rupture vasculaire; le liquide
hématoïde est formé, non par le sang en nature, in toto, mais
par de la sérosité que colore en rouge l’hématine dissoute
{sang dissous des anciens).

�196

VILLARD.

Deux choses sont encore à noter dans Je fait de cette compli­
cation. La première, c’est que lorsqu’il y a hémorrhagie réelle
dans la plèvre, le sang extravasé, loin de rester, comme on l’a
dit, à l’état liquide, se coagule sinon en totalité du moins en
partie. La seconde, c’est qu'il est parfois mêlé à des fausses
membranes récentes ou anciennes qui ont presque toujours
précédé la manifestation de l’hémorrhagie. Nous savons, en
effet, et nous avons suffisamment insisté sur ce point, que les
néo-formations pleurales, résultant de la prolifération du tissu
épithélial et du bourgeonnemént du tissu conjonctif sous
séreux, renferment des vaisseaux sanguins dont la déchirure
suffit pour produire ces hémorrhagies dont le sang mêlé à la
sérosité intra-pleurale constitue la pleurésie hémorrhagique.

Il ne me reste plus qu’à signaler quelques particularités
dont l’importance sans être bien grande mérite cependant
d’être rappelée à l’attention de ceux qui pourraient se trouver
dans le cas de pratiquer la ponction thoracique. Pendant la
sortie du liquide le malade est quelquefois pris de quintes
convulsives qui persistent pendant quelques heures, ou qui
cessent peu après l’opération.
Ce symptôme n’est évidemment que le résultat d’une action
réflexe produit par le contact de l’air sur la muqneuse bron­
chique. Loin d’avoir une signification mauvaise, l’apparition
de ces quintes de toux est toute à Davantage du malade. Elle
indique, en effet, que le poumon se laisse pénétrer par la co­
lonne atmosphérique et qu’il n'y a ni brides, ni fausses mem­
branes qui maintiennent cet organe contre la colonne verté­
brale ou les parois thoraciques. Dans un autre travail que je
me propose de publier prochainement et qui aura pour titre :
Étude sur la pleurésie, il sera fait mention du râle crépitant
pleurétique que l’on constate assez souvent après la tlioracentèse.
En 1862. la Société médicale des hôpitaux de Paris, sur une
intéressante communication de M. Bouchut, discuta la ques­
tion des thoracentèses sans écoulement de liquide.

THORACENTÈSE.

197

11 m’est arrivé deux fois de pratiquer la ponction sansdonner
issue à une seule goutte de sérosité. Faut-il admettre dans ce
cas. avecM. Bouchut, l’existence d’une matière gélatiniforme,
colloïde, véritable matière fibrinogène qui se coagulerait avant
sou contact avec l’air extérieur, substance en un mot dont la
densité ne permettrait pas le passage à travers la canule? Si
l’on veut bien se rappeler l’observation que j ’ai publiée dans
leu0 II du Marseille Médical, l’on sera forcé de reconnaître que
cette opinion de M. Bouchut, sans être absolue, mérite cepen­
dant un certain degré de confirmation. Ce savant médecin,
faisant l'autopsie d'un vieillard à l’hospice de Bicêtre, trouva
dans la plèvre une collection gélatiniforme du volume des
deux poings. N’est-il pas permis de supposer que cettecollection
était, en effet, constituée par de la substance fibrinogène dont
la coagulation s’était produite avant ou après la mort? Cette
supposition, je le sais, ne s’accorde pas avec l’opinion de
Virchow, qui attribue à l’action de l’air la propriété de déter­
miner la formation de cette substance albuminoïde. Il est
hors de doute, ainsi que je l'ai dit ailleurs, qu’il existe parfois
dans un épanchement une substance particulière qui a la pro­
priété de se prendre en masse lorsqu’après la thoracentèse
elle est mise au contact de l’air atmosphérique. Mais cette
transformation ne peut-elle pas s’opérer spontanément
sans le concours de cette cause directe , ainsi que cela a
lieu dans les kystes gélatineux de l’ovaire? Je ne fais en ce
moment, j ’ai hâte de le dire, qu’une simple supposition, à la­
quelle cependant l’observation deM. Bouchut me parait donner
une certaine apparence de vérité. Quoiqu’il en soit, l’on com­
prend sans peine que la thoracentèse puisse être nulle dans
son résultat immédiat, si le liquide intra-pleural, en raison
de sa consistance, ne peut pas traverser la canule du trocart.
Dans ce cas, il n'y a qu’une seule chose à faire pour évacuer
le liquide, c’est de renouveler la ponction, ainsi que je l'ai fait
dans l’observation VI, avec un instrument plus volumineux.
Une cause beaucoup plus fréquente de ces thoracentèses
blanches réside dans la présence de fausses membranes qui sont
refoulées par le trocart sans être traversées par lui. C’est là,

�198

VILLARD.

pour M. Chauffard la cause lapins commune de ces pondions
qui ne donnent lieu à aucun écoulement de liquide. Je n’admets
pas cependant que ces néo-membranes aient toujours une
épaisseur et une consistance considérables, comme le veut
M. Chauffard. Parvenues à ce point, elles seraient assez adhé­
rentes aux parois thoraciques, pour se laisser traverser fa­
cilement par la pointe de l’instrument. Peu épaisses au con­
traire, et d’une consistance très-molle, comme elles doivent
l’être dans des épanchements à exsudât récent, elles se
laissent refouler par le trocart qui ne peut pas arriver jusque
dans la cavité contenant le liquide. L’on recommande bien
alors d’introduire un stylet mousse afin de détruire l’obstacle
qui bouche P extrémité interne de la canule. Je l’ai fait, cela
va sans dire , mais le liquide n ’en est pas moins resté
emprisonné. Ce moyen peut suffire dans le cours d’une tlioracentèse alors que l’écoulement du liquide est subitement
interrompu par un fragment membraneux qui vient obstruer
la canule soit à son extrémité, soit dans son intérieur; il peut
réussir encore lorsque les fausses membranes sont peu exten­
sibles; mais lorsqu’elles sont celluleuses et peu adhérentes,
le stylet les refoule devant lui et ne les traverse pas. Ce
qu’il y a de mieux à faire en pareil cas, c’est de retirer l’instru­
ment et de pratiquer une nouvelle ponction au risque d’arriver
au même résultat. Un des deux malades, que j ’avais inutile­
ment ponctionné une première fois, fut opéré de nouveau
quelques jours après ; seulement le trocart fut enfoncé dans
l’espace intercostal situé au dessus de celui que j ’avais choisi
précédemment. Je pus ainsi donner issue à plus de 1,G00 gram­
mes d’un liquide séreux et transparent. Quant à l’autre, malgré
mes instances, il refusa une seconde ponction, et quitta
l ’hôpital quelques jours après, n’ayant pas même voulu se
laisser soigner par les moyens ordinaires.
Je ne dirai que peu de mots des prétendus rapports qui,sui­
vant M. Aran, existeraient entre la tuberculisation et les
épanchements qui se forment-daus le côté droit de la poitrine.
M. Aran a établi le premier, en effet, que presque constam­
ment, lorsque la pleurésie existe à droite, la thoracentèse n’a

THORACENTESE.

199

qu’un effet temporaire et que le liquide ne tarde pas à se
reproduire; d’autre part, suivant le même médecin, le succès
de l’opération 11e serait que relatif attendu que si le liquide ne
se reforme plus l’on voit apparaître bientôt les premières ma­
nifestations de la tuberculose.
M. Trousseau, tout en faisant de sages réserves à cet égard,
pense cependant que les épanchements du côté droit ont lieu
plutôt chez les tuberculeux.
Je me suis demandé plus d’une fois s’il y avait réellement,
dans les opinions que je viens de citer, une corrélation de cause
à effet, ou bien si le développement de l’affection tuberculeuse
ne doit pas être considérée plutôt comme une simple coïnci­
dence. Personne assurément ne contestera que chez des indi­
vidus prédisposés, l’existence d’une collection pleurale 11e soit
susceptible de provoquer le développement des tubercules.
Ainsi que je l’ai dit ailleurs, les épanchements chroniques
résultant, de pleurésies latentes 11e sont bien souvent que
l’expression de la diathèse tuberculeuse.
E11 cela, l’opinion de M. Trousseau est vraie d’une ma­
nière générale ; mais elle est moins admissible , si on
l’applique de préférence aux épanchements du côté droit.
Comment expliquer, en effet,l’évolution tuberculeuse chez les
individus atteints d’épanchement du côté gauche, et ce fait est
loin d’être rare? Sur le nombre total de 43 thoracentèse que
j’ai pratiquées, IG malades au moins étaient atteints de
pleurésie droites ; or, si ce n’est une jeune dame que je ponc­
tionnai pour un épanchement du côté gauche, en présence de
mes confrères MM. Mittre et Maurel, et qui succomba trois
mois après à une phthisie aigüe, aucun de mes malades
atteint de pleurésie droite ne m’a présenté le moindre symp­
tôme de tuberculisation. Il est vrai que j ’ai complètement
perdu de vue le plus grand nombre de ceux que j ’ai opérés
dans les hôpitaux, et que peut-être depuis leur guérison ils
ont pu payer un regrettable tribut aux atteintes plus ou moins
précoces de la phthisie ; mais quelques-uns de ceux que j'ai
eu occasion de revoir, ne m’ont jamais présenté le moindre
symptôme de cette terrible maladie.

�200

VILLARD.

MM. Aran et Trousseau ont donc établi la fréquence de la
phthisie chez des individus atteints primitivement de pleu­
résie droite; je 11e conteste pas le fait qu'ils ont signalé; mais
à défaut de données suffisantes, je suis porté à croire que
l’assertion de ces deux habiles cliniciens 11e repose que sur une
statistique malheureuse. Sans cause générale, sans prédispo­
sition,se traduisant de près ou de loin par quelque symptôme,
ayant une valeur sinon réelle du moins probable', il n’y a
aucune raison pour se tenir en garde contre l’évolution tuber­
culeuse chez un sujet atteint de pleurite du côté droit. Quand
au contraire le malade est sous l’empire de l’état diathésique
doutjeparle, non-seulement l’épanchement peut se faire
indistinctement des deux côtés,mais même il peut se produire
du côté opposé au siège des manifestations tuberculeuses.
Mes souvenirs 111e rappellent un fait dont j ’ai été témoin il
y a deux ans environ. J’ai soigné, avec mon excellent ami le
Dr ltocannSjiin jeune homme qui avait été atteint d’une pleu­
résie du côté droit, et qui succomba six mois après, avec tous
les symptômes d’une phthisie aigüe avec lésion prédominante
du côté gauche.
Chacun, je le sais, pourrait en pareille matière fournir des
arguments pour ou contre mon appréciation; mais à mon point
de vue, je crois que l’opinion de M. Aran, et celle de M. Trous­
seau toute réservée qu’elle paraisse, 11e doive pas inspirer les
craintes qu’elle comportent; mes observations m’ont prouvé au
contraire que non-seulement ces craintes sont nulles, lorsqu’il
n’existe pas d’état diathésique, mais encore que la thoracentèse hâtive est le moyen le pins sûr pour prévenir les consé­
quences que pourrait entraîner une collection pleurale chez un
individu déjà en possession de la diathèse tuberculeuse. En
définitive, lorsque un malade atteint d’épanchement pleuré­
tique 11e présente aucune cause générale prédisposante, peu
importe à mon avis le siège de la maladie, il n’y a aucune
raison pour craindre la manifestation tuberculeuse dans un
côté plutôt que dans l’autre. Une pareille terminaison, je le
répète, n’a pas été notée assez souvent pour que l’on doive lui
accorder une sérieuse et légitime importance.

201

THORACENTÈSE.

En résumant les principales questions que j ’ai traitées dans
ce travail, celles du moins qui sont relatives à la ponction
thoracique dans les épanchements simples ou séro-albumineux, je crois pouvoir établir les conclusions suivantes :
1° Si le liquide intra-pleural détermine des symptômes
asphyxiques, la thoracentèse constitue dans tous les cas, sans
en excepter un seul, l’indication la plus urgente etlaplus effi­
cace pour arrêter les accidents qui menacent la vie du malade.
2° Dans les collections abondantes qui ne sont précédées ou
accompagnées que de symptômes locaux ou généraux nuis ou
à peiue apparents, véritables pleurésies latentes, la thoracen­
tèse doit être faite de bonne heure, parce que non-seulement
elle guérit d’une manière certaine, mais encore elle prévient
des accidents presque toujours mortels, entre-autres la syn­
cope.
3°Dans les épanchements qui s’étendent jusqu’à l’épine de
l’omoplate, occupant au minimum les deux tiers de la plèvre,
alors que toute réaction fébrile a disparu, il vaut mieux avoir
recours à la ponction que de chercher la guérison dans
l’emploi des moyens médicaux ordinaires. Bien que la résorp­
tion du liquide puisse être rationnellement attendue et obte­
nue dans certains cas à l’aide des diverses médications que
nous avons passées en revue, l’expérience m’a prouvé que
l’opération est complètement inoffensive et qu’elle doit-être
la règle dans le traitement de ces épanchements.
4" Lorsqu’il existe une collection pleurale peu abondante,
la thoracentèse peut-être laissée de côté, par ce motif que la
guérison 11e tarde pas à être obtenue par l’expectation, soit par
l’emploi des vésicatoires, des purgatifs, des diurétiques, et
autres agents plus ou moins actifs et plus ou moins efficaces
de la thérapeutique.

13

�RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

202

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VILLENEUVE.
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Dans les catégories suivantes, qui présentent un nombre
d'enfants d’autant moindre que leur poids est plus considéra­
ble, nous voyons notre théorie s’affirmer en proportion suit du
plus grand poids, soit du plus grand volume de la tête des en­
fants; de telle sorte que nos conclusions sont tout à fait diver­
gentes sous ces deux derniers rapports avec celles de l’hono­
rable M. Simpson, ne lui sont conformes que sous le rapport
du plus grand nombre des garçons qui s’accroît, comparati­
vement à celui des filles, au fur et à mesure que le poids des
enfants devient plus considérable. Il n’y a d’exception que
dans la4“* catégorie de 4300 grammes à 4350 où le nombre des
filles quoique supérieur à celui des garçons fournit néanmoins
un plus grand nombre de filles mortes ( 3 filles mortes sur 8 et
1 garçon mort sur 6).
Mais ce qu’il y a de remarquable dans la catégorie de 4300
à 4350 grammes, c’est qu’avec un poids plus grand que dans
les catégories précédentes, il ya une moins grande étendue
dans le diamètre bi-pariétal des enfants; il est remarquable
surtout que ce soit parmi les filles que se trouve le plus grand
diamètre bi-pariétal (100 millimètres) et que le nombre des
filles mortes soit supérieur à celui des garçons morts : ce qui
autoriserait à faire croire que la résistance vitale est m o i n d r e
chez les filles que chez les garçons. Je ne donne pas cette der­
nière proposition comme certaine, parce qu’il faudrait un plus
grand nombre de faits pour l’affirmer et la faire admettre
comme loi.

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�204

VILLENEUVE.

S’il no fallait considérer la proportion dos garçons morts sur
celle des filles mortes que d’après chaque catégorie, cette
quatrième démontrerait d’une manière plus radicale que la
précédente le vice fondamental de la théorie du Professeur
d’Edimbourg; car nous trouvons dans cette quatrième catégorie
un plus grand nombre de morts parmi les filles que parmi
les garçons. Il est vrai que dans cette dernière nous trouvons
plus de filles que de garçons : une de plus. Néanmoins la
proportion des filles mortes est beaucoup plusgrande que celle
des garçons morts.
Ainsi sur les quatre enfants morts, l’observation relative au
seul garçon qui a succombé 11e mérite pas assez d’intérêt pour
être relatée in extenso par la raison que l'accouchement 11’a
pas eu la moindre influence sur la cause de sa mort qui 11’a été
due qu’à un érysipèle, qui ne s’est déclaré que le 15° jour
après sa naissance pour le faire succomber deux jours après et
que, d’autre part, son diamètre bi-pariètal était un des plus
petits de cette catégorie (90 millimètres).
Sur les trois filles mortes, dont nous pourrions nous dispen­
ser de parler puisqu’elles 11e sont pas mises en cause par
M. Simpson, nous trouvons pourtant que deux d’entr’elles
offrent des aperçus pratiques assez intéressants pour que les
réflexions aux quelles leurs observations donnent lieu puissent
être présentées à l ’appréciation des hommes compétents.

QUINZIÈME OBSERVATION.

I grossesse.— lr0 du verlex.—30 heures de travail.—Forceps 30 heures
apres Vécoulcmeni des eaux.—4,300 grammes.—Bi-pariétal 90 mil­
limètres. — Fille morte 13jours après.— 7 avril 1808.
La nommée Nolo-Marie Cunégonde, âgée de 22 ans, enceinto
pour la première fois, entre à la Maternité le 6 avril 1868, à 6
heures du matin, éprouvant des douleurs depuis minuit. Elle
présente à sou arrivée un commencement de dilatation. A travers
le segment inférieur de l ’utérus, on sent au devant de l’orifice une

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

205

saillie convexe qu’on présume être la tête. Circulation fœtale à
gauche et en bas. A 4 heures, les membranes se sont rompues à
la partie supérieure. Une petite quantité, d ’eau s’est, écoulée. A 9
heures la dilatation était peu avancée; cependant les membranes
bombaient mollement. On met la patiente dans un bain. Plus tard,
les contractions deviennent spasmodiques ; l’orifice ofîre à peine
deux centimètres de dilatation. Les douleurs se ralentissent;
elles se réveillent le lendemain 7 avril à 1 heure du matin ; l ’ori­
fice est plus dilaté. La partie s’engage. Ou constate une première
position du vertex. A 5 heures la dilatation augmente. A 10 heures
du matin les contractions deviennent de nouveau spasmodiques.
L’orifice est plus dilaté; le bord antérieur du col très-rigides.
(Extraitde belladone). A li heures la circulation fœtale paraît se
ralentir. Mon honorable collègueet adjointledocteur Magail arrive
à midi et se décide à appliquer le forceps. L’extraction de l’enfant
a donné de grandes difficultés. Fille ne donnant que quelques
pulsations profondes. Des frictions précordiales et dorsales, un
bain chaud ont suffi pour la ranimer. Saisie dans son diamètre
fronto-mastoïdien droit, la tête présentait des excoriations sur le
frontal gauche et sur l'apophyse martoïde droite. Ces excoriations
ont nécessité des pansements jusqu’au treizième jour après l’ac­
couchement, jour auquel elle a succombé.
Au moment de sa naissance, cette enfant pesait 4,300 grammes,
avait une longueur de 54 centimètres. Le -travail avait duré 36
heures à la suite d ’une première grossesse et les membranes
s’étaient percées spontanément au dessus de l'orifice utérin, 30
heures avant l’extraction. Le diamètre bi-pariétal avait une
étendue de 95 millimètres.
La mère affectée de métrite a pu sortir en très-bon état le 30m*
jour après son accouchement.

Dans cette même catégorie, l’enfant, qui présente les diamè­
tres céphaliques les plus étendus, est une fille née morte, qui
va faire l’objet de l’observation suivante.

�206

VILLENEUVE.

SEIZIÈME OBSERVATION.

20 mai 4843. — 7M grossesse. — 2ino Je l'épaule gauche terminée en lro
du pelvis par évolution artificielle au moyen du crochet aigu. —
Bi-pariëtal : 100 millimètres. — Travail 39 heures. —Fille morte;
•4,300 grammes. — Longueur totale 58 centimètres. — Bi-pariétal :
100 millimètres. — Mère morte le 7‘" jour en ville. — Procidence
du cordon. — Évolution artificielle par les crochets aigus 36 heures
après la rupture des membranes. — Seigle ergoté en ville !!!
Marie Claire, épouse Jeoffroi, âgée de 33 ans, est enceinte pour
la 7“' fois. Tous les accouchements précédents se sont terminés
heureusement.
Les douleurs de l ’enfantement se déclarent le 19 mai 1843 à 3
heures du matin; elles sont faibles; la rupture des membranes a
lieu prématurément; la dilatation est peu avancée; la partie do
l’enfant inaccessible. Cet état d’inertie a duré jusqu’au lendemain
20 à o heures du matin ; la dilatation de l’orifice était plus avancée.
On a pu constater une présentation d’épaule et la présence d’une
main au devant du sacrum. On a jugé convenable de lui pratiquer
une saignée à 6 heures du matin. Les douleurs étant languissantes,
on a eu la sottise de lui administrer du seigle ergoté. Il est vrai
qu’on ne lui en a donné que 6 décigrammes. Les contractions sont
devenues plus fortes. Le bras s’est engagé hors la vulve : on a
reconnu le bras gauche ; il y avait de plus procidence du cordon
ombilical.
A midi, les douleurs sont devenues très-fortes, le bras était plus
fortement engagé. On a fait quelques tentatives de version sans
succès. On n ’a pas trop insisté à cause de la mort de l’enfant
constatée par l ’issue du cordon qui ne donnait plus de pulsations.
C’est à 2 heures du soir qu’on s’est décidé à transporter cette
pauvre souffrante à la Maternité. Le pouls était petit, faible; la
face pâle. Le bras était très-tuméfié et d’une couleur violacée
(seconde position de l ’épaule gauche-dos en avant). Après 5 mi­
nutes de repos, on l ’a plongée dans un bain (o centigrammes
d’opium répété hors du bain 2 heures après), cataplasme laudanisé,
injections de pavot dans la cavité utérine.
A 3 heures, on constate une telle constriction spasmodique de
l’utérus que nous nous décidons à pratiquer l ’évolution artificielle

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

207

aumoyen des crochets aigus qui finissent par amener l ’extrémité
pelvienne hors de la vulve, en première position.
Poids de l’enfant: 4,300 grammes. Longueur total 39 centi­
mètres. Diamètres bi-parjétal 100 millimètres, ainsi que le sousoccipito-bregmatique ; occipito-frontal 12o millimètres ; occipitomentonnier 143 millimètres. On voit en effet que tous les diamètres
céphaliques avaient un excès de dimension. Le diamètre bisacromien avait 17 centimètres. Longueur du cordon ombilical
I mètre.
L’état désespéré dans lequel cette femme est entrée dans l’hos­
pice; le traitement peu rationnel qui lui a été appliqué (seigle
ergoté avec une présentation d’épaule) devaient nécessairement
ajouter aux difficultés inhérentes à la présentation. Quoiqu’il en
soit, on ne peut pas attribuer la mort de l ’enfant, pas plus que
celle de la mère à l’excès du volume de l’enfant, mais bien plutôt
il la présentation vicieuse et surtout à l’emploi du seigle qui,
quoique administré en petite quantité, n ’a pas moins contribué
à augmenter la constriction spasmodique de l’utérus, qui a opposé
un obstacle invincible à la version. La seule influence que ce vo­
lume a exercée, c’est le temps plus long qu’il a fallu employer pour
exécuter l’évolution artificielle ; mais encore faut-il convenir qu’à
côté de cette étendue des diamètres céphaliques et bis-acromien,
venait s’associer d’un manière ' bien plus puissante le spasme
utérin tout à fait étranger aux dimensions exagérées de la tête
de l’enfant. La mère a succombé, le 7"’” jour après l’accouchement.
L’autopsie n’a pu être faite. De plus l’extrême longueur du cordon
qui a favorisé son issue a eu sa principale part d’influence sur
la mort de l’enfant.
Il est donc facile de constater que la mort des enfants dans
cette 4“" catégorie de 4,300 à 4,3o0 grammes n’a été causée chez
aucun d’eux par l’excès de leur volume, bien moins, chez le garçon
dont le diamètre bi-pariétal (90 millimètres) était des moins
étendus, pas plus que chez les filles dont le diamètre bi-pariétal
le plus grand de toute cette catégorie (100 millimètres) a eu bien
moins d’influence sur la mort de cette fille que la présentation de
l’épaule gauche et surtout l’issue du cordon liée à l ’administration
inintelligente du seigle ergoté pendant le travail.

Nous allons passer en revue les catégories suivantes :

�RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

209

Nous commençons à constater que le nombre des enfants
morts diminue sensiblement à mesure que le poids des enfants
devient plus considérable et que le nombre des garçons l’em­
porte de beaucoup sur celui des filles à partir du poids de 4400
grammes et au dessus; ce qui sera m athématiquement dé­
montré à la fin de ce mémoire. 11 est à rem arquer que sur les
4 enfants dont le diamètre bi-pariétal était le plus étendu (100
millimètres) il y avait autant de garçons que de filles (2
garçons=2 filles) et que parmi ceux qui en avaient un de 98
millim. il y avait aussi un garçon et une fille; que tous ces
enfants, garçons et filles, sont nés dans un bon état; que de
plus le garçon issu d’un premier accouchement n’a pas nécessité
un travail plus long que celui après lequel la tille ayant le
môme diamètre bi-pariétal (100 millim.) n’en a mis à naître
à la suite d’un troisième accouchement : ce qui prouve im pli­
citement qu’un volume égal de la tête des enfants de l’un et
de l'autre sexe n’a qu’une influence fort secondaire sur les
difficultés et les accidents que peuvent roncontrer les enfants
et les mères dans les accouchements laborieux.
C’est ce que nous allons prouver par les développements aux­
quels va donner lieu l’exposé des catégories suivantes.

�Tumeur pariétal gauche.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

211

Il serait difficile d’attribuer la m ort du garçon, survenue le
19" jour après sa naissance, à l ’influence de son volume lorsqu’à
côté de lui, nous en trouvons quatre ayant la môme dimension
du diamètre bi-pariétal (100 millim.) : deux ayant le môme
poids de 4500 grammes et deux autres pesant 4550 grammes
qui sont nés très-bien portants. Il faut donc attribuer à la
saison froide où cet enfant est né (18 novembre) et un peu à
l’influence d’un travail assez long (32 heures) d’un premier
accouchement terminé au moyen du forceps, qui ont disposé
cet enfant à l’invasion du muguet survenu d’ailleurs à une
époque assez éloignée de sa naissance (le 14#jour) et auquel
il a succombé 5 jours après; 19 jours après l ’accouchement.
Les catégories suivantes n ’offrant chacune qu’un très-petit
nombre d’enfants, nous nous dispenserons d’en donner le
tableau détaillé, comme nous avons cru devoir le faire pour
les précédents , pour appuyer sur . l’authenticité des faits
énoncés la certitude de notre théorie.
Ainsi, avec un poids de 4600 grammes, nous trouvons seu­
lement 3 garçons nés bien portants ayant tous un diamètre
bi-pariétal de 100 millimètres et après G, 7 et 27 heures de
travail à la suite de 2 secondes grossesses et d’une 3“° grossesse.
Un seul garçon pesant 4750 grammes a dù être extrait par le
forceps le 6 mars 1865 dans un premier accouchement et après
20 heures de travail. Il avait également 100 m illim . dans son
diamètre bi-pariétal et s’est mis à crier aussitôt après son
extraction.
Avec un poids de 4800 grammes, un garçon dans un S”1* et
une fille dans un 10“* accouchement sont nés bien portants,
présentant tous les deux un diamètre bi-pariétal de 95 m illi­
mètres. De plus, un garçon pesant 4850 grammes, à la suite
dune 6° grossesse, est né spontanément dans un parfait état
de santé après 24 heures de travail d’accouchement malgré la
procidence d’une main dont l'obstacle paraît avoir produit
une tumeur séro-sanguine sur le pariétal droit (lr0 du vertex)
ayant un diamètre bi-pariétal de 105 millim.
Enfin un dernier enfant du sexe m asculin, pesant 5,100
grammes, a dù être extrait avec le forceps, dans un 6°“ accou-

�RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.
2 12

213

VILLENEUVE.

chôment, après 16 heures et demie de travail. Il a survécu
malgré les difficultés énormes qu’a données son extraction.
Je vais en donner succinctement l’observation.
DIX-SEPTIÈME OBSERVATION.

14 avril 1867.—6mpgrossesse.— 1ro du vert ex.— Travail : 16 heures 1/2.
Forceps. — Garçon apoplectique pesant 5,100 grammes. — Bi-pa*
riétal : 116 millimètres. — Longueur totale : 55 centimètres.
La nommée Eulalie Sauve, femme Leydier, âgé de 23 ans, d'un
tempérament lymphatique, enceinte pour la G”'6 fois. Infiltrée dans
les derniers quinze jours de sa première grossesse, elle fut obligée
de garder le lit pendant les trois derniers mois de sa 3“'grossesse,
il cause des infiltrations des membres inférieurs. Les 4°° et 5aa
grossesses se terminèrent par un avortement d’un mois et demi
(t010) et de 3 mois (5“' grossesse). Elle attribua ce dernièr avorte­
ment à des travaux très-fatigants. Dans cette 6“* grossesse, les
infiltrations se sont encore déclarées trois mois avant l’accou­
chement; elles se propageaient jusqu’à l'hypogastre. Les dernières
règles ont eu lieu le 28 juin 1866.
Cette femme a été admise dans la maison d’accouchement le 20
mars 1867. Elle a été aussitôt examinée. L’orifice utérin était fermé;
on n’a pu apprécier la partie qui se présentait. On a ensuite ana­
lysé les urines avec l’acide azotique ; elles sont restées claires.
La circulation fœtale a été entendue à gauche, et le souffle utérin
a droite dans la région hypogastrique.
Le travail d’enfantement s’est déclaré le 14 avril à 3 heures du
matin. L’orifice présentait 2 centimètres environ de dilatation;
les membranes bombaient; mais on ne pouvait apprécier ni la
présentation ni la position par le toucher, à cause de l'élévation
de la partie. Cependant, à 9 heures on a pu reconnaître une pre­
mière position du vertex. A midi, la dilatation était complète. À
3 heures une tumeur se formait; l ’occiput était derrière la branche
ischio-pubienne. A 6 heures, les douleurs deviennent intenses,
intolérables; la face est animée; la femme est dans un élat de
subdelirium, elle croit être accouchée. On examine de nouveau
les urines, toujoursavec l’acide azotique : ces urines qui, jusquelà
avaient été limpides, ont présenté une grande quantité d'albu­
mine. La circulation fœtale devient plus profonde. Le travail se

ralentit. Monsieur le chef interne Flavard est appelé : il s’assure
delà présentation et de la position. Il reconnaît une première du
vertex, n’ayant pas encore achevé sa rotation ; l’occiput se trou­
vant toujours derrière la branche ischio-pubienne gauche. Il se
décide alors à appliquer le forceps ; l’articulation a été difficile ;
l’extraction encore plus. Après le dégagement de la tête, les épaules
placées dans le sens antéro-postérieur ont présenté de plus gran­
des difficultés pour leur dégagement. Après ce dégagement, le
tronc résistant à toute traction, on s’est cru obligé de passer une
serviette autour du cou de l ’enfant pour terminer son extraction.
Garçon né dans un état d’asphyxie apoplectique, présentant trois
empreintes profondes sur la bosse frontale droite et quelques
excoriations à la partie inférieure de l ’apophyse mastoïde gauche.
On a senti quelques légères pulsations à la région précordiale.
On s’est hâté de faire de fortes frictions sur cette région et sur la
région dorsale. On a plongé l’enfant dans un bain ; il est revenu
aussitôt ii la vie.
Après l’accouchement, la mère était faible, avait le pouls petit
et fréquent, la langue sèche ; on s’est hâté de lui donner du bouil­
lon de distance en distance. L’utérus tombait de temps en temps
en inertie (1 gramme de seigle ergoté en 3 doses.) La perte était
assez abondante. La mère a passé une nuit assez calme ; l’enfant
n’a fait que plaindre toute la nuit ; on le tient chaudement; on le
fait boire. Il a rendu le méconium.
Le 15 avril, pouls petit et fréquent, langue blanche, abdomen
douloureux; utérus inerte par moment, lochies abondantes. L’en­
fant plaint toujours; on panse ses plaies. Son bras droit est para­
lysé (Bouillon).
Le 16, second jour, même état pour la mère (cataplasmes laudamisés). La sécrétion du lait commence a se faire. Selle a la suite
d'un lavement. — L’enfant va mieux. (Bouillon, crème de riz,
tilleul).
Le 17, troisième jour, l’enfant tette.—Même état pour la mère.
Le 18, quatrième jour. Même état. 20 grammes d ’huile de ricin.
La sécrétion du lait est bien faite. L’enfant va de mieux en mieux.
Le cordon est tombé le O™jour (Soupe).
Le 23, neuvième jour. Pouls calme, langue rouge; abdomeil
souple. Lochies purulentes. Selle naturelle. Transpiration abon­
dante pendant la nuit.

�214

VILLENEUVE.

Du 10m* au 20œc jour, l’état de la mère et de l'enfant va s’amé­
liorant (Régime léger).
Enfin cette femme est sortie de l’hospice avec son enfant tous
deux en très-bon état, le I9 mai 1807, 35 jours après son accou­
chement.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

215

Sur les enfants dont le diamètre bi-pariétal est le plus
étendu (100 à 116 millim.), et qui sont nécessairement moins
nombreux, nous trouvons :
Sur 49 enfants 1 enfant mort sur 12 4/iSur 37 garçons 1 garçon mort sur 12 ‘/sSur 12 filles 1 fille morte sur 12.

Ainsi donc à partir de 4600 grammes et au dessus de cc
poids, nous trouvons 8 enfants dont 7 garçons et 1 fille. Or
sur les 7 garçons, il y en a 4 qui nous présentent un diamètre
bi-pariétal de 100 millim; un de 105,, 1 de 11G millimètres et
le 7“” 95 millim., tandis que la seule fille qui complète le
nombre de 8 enfants a un diamètre bi-pariétal de 95 milli­
mètres ainsi que le 7mo garçon, qui a comme elle un poids de
4800 grammes.
Quelque faible que soit ce nombre, il prouve au moins que
le poids plus élevé ainsi que la plus grande étendue du dia­
mètre bi-pariétal semblent préserver de la mort les enfants
qui naissent dans ces conditions : car la dernière observation
que nous venons de relater semble venir à l’appui de cette
assertion. Nous ajouterons déplus que; soit que l’on examine
la proportion des garçons morts et celle des filles mortes sur
la totalité des enfants qui pèsent de 4,000 grammes à 5,100
grammes, soit qu’on examine leur sort respectif avec le dia­
mètre bi-pariétal le plus étendu (de 100 à 11G millimètres), il
y a une différence-à peine sensible entre le nombre des
garçons morts et celui des filles mortes, quant A ce qui con­
cerne leur poids. Mais pour ce qui concerne l’étendue du dia­
mètre bi-pariétal, qui présente un obstacle bien plus réel à
l'accouchement que le poids, il est facile de prouver que, sous
ce dernier point de vue, l’avantage serait du côté des garçons,
c’est-à-dire qu’il y aurait une proportion moindre de garçons
morts que de filles mortes.
Ainsi sur 201 enfants pesant de 4,000 à 5,100 grammes
nous trouvons 1 enfant mort sur 9 % enfants.
Sur 143 garçons 1 garçon mort sur 9 8/ jb garçons.
Sur 58 filles
1 fille morte sur 9 */3 filles.

C’est donc moins au volume plus considérable et à l’étendue
plus grande des diamètres céphaliques qu’il faut attribuer la
mort plus fréquente de ces enfants qu’à des causes qui sont
étrangères aux deux causes ci-dessus désignées.
Il est donc bien établi qu’il m eurt moins de garçons vollumineuxque de filles (1 garçon mort sur 12 garçons 1/3 = 1
fdle morte sur 12 seulement). Quelque petit que soit le nom­
bre d’enfants que je présente, il ne faut pas perdre de vue que
j’ai établi ma statistique sur 4011 enfants qu’ont donnés 3968
accouchements.
Pour répondre d’une manière plus catégorique à l’opinion
de Mr le professeur Simpson, j’ai cru devoir n ’extraire que les
observations relatives aux enfants les plus volumineux. Il n’est
pas étonnant que ce nombre d’enfants étant exceptionnel soit
moins considérable que celui des enfants d’un volume ordi­
naire. Mais l’examen m inutieux que j ’ai fait sur chacune
des 201 observations des enfants les plus volumineux a selon
moi une valeur bien plus grande (scilvâ reverenliâ) que l’opi­
nion émise par notre honorable confrère d’Edimbourg, qui,
sur une statistique aussi considérable que celle qu’il nous
présente, n’a pu, malgré sa grande aptitude, examiner, avec
tout le soin que réclame une pareille proposition, les faits sur
lesquels il n’a donné que des aperçus généraux et non
détaillés. Rien de plus sage que cet axiome Non numerandœ,
scd, perpendendœ swit observationes.
Il faut donc chercher ailleurs la cause de la m ort des en­
fants volumineux que dans leur poids plus considérable et
dans les dimensions plus grandes de leur tête.
Je crois avoir surabondamment démontré qu’il m eurt moins
de garçons que de filles volumineux; ce qui renverse de fond

�VILLENEUVE.

216

en comble la théorie de M. Simpson. Pour établir d’une ma­
nière encore plus rigoureuse la théorie que j ’oppose au savant
professeur d'Edimbourg, je n’ai besoin que de diviser en deux
grandes catégories les 201 enfants volumineux dont j ’ai mi­
nutieusement analysé les observations. Il me sera plus facile
de prouver que plus les enfants deviennent volumineux, moins
il y a d’enfants morts et surtout de garçons morts.
l r* CATÉGORIE.

Enfants pesant de 4,000

ci 4,300

217

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

grammes inclusivement.

Enfanls : 160 (H t garçons—i4morls— 07 vivants — i garçon mort sur 7 j* pru M.
1 enfant mort sur S. j p,)jes — g mortes — 42 vivantes — 1 fille morte sur 8 1/G

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.
Dans son assemblée générale du IG décembre 18G9 , .la
société locale des Bouches-du-Rhône a entendu et approuvé
le rapport du Dr Gouzian sur la Révision des statuts de l’Asso­
ciation générale des Médecins de France. Nous publions ce
rapport qui s’impose à l’attention par sou incontestable
actualité.

La Révision des Statuts de l’Association générale des Médecins de France.
2 “ J CATÉGORIE.

Enfants pesant de 4,400

à 5,100

grammes inclusivement.

32 garçons — 1 mort — 31 vivants )
} 1 enfant mort — 41 enfants.
9 filles — 0 morte — 0 vivantes )

Î

Ainsi dans la 2m*catégorie, il ya un enfant mort sur 41 tan­
dis que dans la 1" il y a un enfant sur 8.
Dans la P" catégorie de 4,000 à 4,300 grammes, la différence
en faveur des filles serait d’un 7”* environ tandis que dans la
2°*, il ne meurt qu’un garçon sur 32.
J’accorde volontiers que ces nombres sont bien exigus, mais
je ne crains pas d’avancer qu’ils ont plus de valeur que des
nombres supérieurs qui n’ont pas été examinés avec tous les
détails qu’exige une pareille question. C’est d’ailleurs une
voie dans laquelle pourront entrer d’autres confrères dont la
position spéciale favorisera de pareilles recherches. Je suis
assuré d’avance qu’en procédant comme je l’ai fait, on arri­
vera aux mêmes résultats.

(/I suivre.)

Me s s ie u r s ,

Dans sa séance du 5 avril 1869, l ’Association Générale des
médecins de France, sur le rapport du D‘ Gallard, a mis aux voix
et adopté les résolutions suivantes:
Faire les démarches nécessaires pour que l’Association Géné­
rale des médecins de France soit déclarée d’utilité publique.
Retirer toute demande en requête déjà présentée en vue d’ob­
tenir la reconnaissance d’utilité publique, si les circonstances
font que ce retrait paraisse plus profitable a\ix intérêts de l’œuvre
que la poursuite des démarches déjà commencées. Ce retrait serait
forcé, s’il s’agissait de modifier l’art. 6 (I).
Ne procéder à la révision des statuts que le jour où la déclara­
tion d’utilité publique aura reçu une solution; soumettre cette
révision h l’examen de toutes les sociétés locales et en ajourner la
discussion à la prochaine Assemblée Générale.
Je réponds aujourd’hui à l ’invitation de notre cher Président
et à celle de la Commission Administrative, en vous donnant,
sommairement et pour ce qu’elle vaut, mon opinion sur ces gra­
ves problèmes.
L’Association Générale des Médecins de France est-elle bien
inspirée en sollicitant la reconnaissance d’utilité publique?
(1) Cet article permet de travailler à la moralisation de la profession.
U

�218

GOUZIAN.

Elle peut, sans la déclaration d’utilité publique, recevoir des
dons, des legs, ^quelle que soit leur importance. Seulement, les
libéralités faites a son profit doivent se traduire en especes et
être consacrées par le consentement des héritiers et l’autorisation
du Ministre.
La déclaration d’utilité publique lui apporte, avec l’existence
civile et le droit d’ester en justice, la faculté de posséder des
immeubles, de recevoir des dons, des legs, conformément aux
dispositions de l'article 910 du code Napoléon.
Ces avantages sont précieux sans doute ; mais voici le revers
de la médaille.
Pour être reconnue d'utilité publique, l’association doit:
1° Soumettre a l’approbation du Conseil d’Etat ses Statuts
qu’elle ne pourra plus modifier ensuite sans l ’approbation de ce
Conseil;
2° Prendre — MM. Gallard, Àndral, Guerrier, Bosviel n’en ont
rien dit — l’engagement d’obéir aux lois et règlements qui
régissent les établissements charitables, de soumettre ses bud­
gets et ses comptes au contrôle de l’autorité , de présenter les
livres et le bilan de l’œuvre à toute réquisition de l’Administra­
tion.
A l'appui de ces assertions, j ’apporte les Statuts et le Règle­
ment du Comité Médical des Bouches-du-Rhône, reconnu com­
me établissement d’utilité publique, par décret du 31 mars
1839; j ’apporte le témoignage de ceux d’entre vous qui ont
plus ou moins activement participé à l’administration de ce
comité ; j ’en appelle notamment à son ancien Secrétaire-Général,
le Dr Pirondi ; à son ancien Ministre des Finances, le D'
Chapplain. Par lui, vous saurez ce qu’il faut d’aptitudes spé­
ciales et de dévouement pour répondre à toutes les exigences
des fonctions trésoraires dans une association déclarée d’utilité
publique.
Ici, Messieurs, j ’évoque un douloureux souvenir: en septembre
1863,1e Dr Clerc-Yigneren, atteint par le choléra et dénué de
ressources, meurt à l’hôpital de la Conception. Afin d’empêcher
que cet infortuné confrère fut enseveli parmi les indigents, la
Société locale et le Comité Médical prennent à leur charge et par
moitié les dépenses de ses funérailles. Eh bien 1pour consacrera
cet acte de bonne confraternité la modeste somme de 60 francs,
imputable sur le crédit dépenses imprévues, j ’ai dû, comme Prési­

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

219

dent du Comité Médical, demander l’autorisation de M. le Séna­
teur de Maupas, chargé de P’administration des Bouches-duRhône !
Vous le voyez, Messieurs, la déclaration d’utilité publique
place l’Association sous la surveillance et dans les mains du
pouvoir. Elle confère des privilèges que je ne veux pas amoindrir ;
mais ces privilèges ne me paraissent point assez grands pour
qu’on n’hésite pas à leur faire le sacrifice de son indépendance.
L’Association n’a pas eu besoin de cette déclaration pour con­
quérir 7000 adhésions, un fonds social de 600,000 fr., pourvoir le
chiffre de sa caisse des pensions viagères s’élever on peu de temps
à 200,000 francs. En présence d’une prospérité qui, sous une
administration intelligente, probe et dévouée, prend de si magni­
fiques proportions, ne convient-il pas d’y regarder à deux fois
avant d’exposer l’œuvre aux entraves , aux immixtions autori­
taires ?
Conclusion :
En demandant la déclaration d’utilité publique à une adminis­
tration ombrageuse et peu sympathique, l’Association Générale
des Médecins de France s’engage dans une fausse route. A nous,
exceptionnellement placés pour les bien connaître, de lui en si­
gnaler tous les périls; à elle de les éviter en renonçant il la décla­
ration précitée, et en poursuivant librement la révision pure et
simple de son pacte social.
M. Gallard a raison : le sentiment unanime de tous les membres
de l’Association est favorable au principe d’une révision des
Statuts et veut que cette révision soit faite dans un sens libéral.
Voici les modifications proposées par le Conseil Général de
l’Œuvre.
Porter à 30 le chiffre des membres du Conseil.
Renouveler tous les ans le Conseil par cinquième au lieu du
renouvellement en masse.
Procurer aux Sociétés Locales une participation plus complète
à l’Administration de l’Œuvre, en proportionnant le nombre de
'leurs délégués à celui de leurs adhérents.
Autoriser le Conseil à secourir les Sociétés en détresse quand
l'urgence le commande, sans attendre l’époque de la répartition
générale.

�220

GOUZIAN.

Donner à la Société centrale une existence plus indépendante
en l’assimilant aux Sociétés Locales.
M. Gallard a fait ressortir les avantages de ces diverses combi­
naisons. Avec lui, je les crois bonnes et utiles à l’intérêt commun.
Le Conseil veut que l’Association puisse tenir, quand bon lui
semble, son Assemblée Générale annuelle fixée par l'art. 1$ de
son règlement au mois d’octobre. Il demande pour l’agent comptable
(art. 15) de l’œuvre le titre de trésorier.
Réformes de détail sur lesquelles je n ’insiste pas.
Une question : Pourquoi l’Association Générale, à l’exemple
du Comité [Médical des Bouches-du-Rhône, ne serait-elle pas
autorisée par ses Statuts a secourir exceptionnellement les méde­
cins non affiliés ?
A côté de l’Association de secours, M. Damoiseau veut une
association pour la culture de la science médicale avec le con­
cours de tous. Notre Président a su combattre et faire repousser
une proposition qui détournerait l’œuvre de son véritable but. Il
faut l’en féliciter.
Le Conseil demande pour l’art. 36 des Statuts un article addi­
tionnel permettant aux étudiants en médecine d ’entrer dans l’As­
sociation. Voici le mode d’affiliation auquel il s’est arrêté :
L’étudiant en médecine serait accepté comme sociétaire dans
la Société locale du lieu de résidence de sa famille.
L’admission ne serait prononcée que pour les élèves ayant au
moins un an d’études, et paraissant décidés à suivre jusqu’au
bout la carrière médicale.
L’admission, d’abord provisoire, ne deviendrait définitive
qu’après la collation des grades, laquelle, à peine de déchéance,
devrait avoir lieu dans un délai de Gans au plus.
Les secours seraient personnels et destinés à faciliter les études.
Une fois docteur, l’étudiant associé ferait de droit partie de la
Société locale du département dans lequel il irait s’établir.
Ce projet paraît séduisant, mais sa réalisation pratique me
semble impossible. Je ne veux pas le critiquer ici dans tous ses
détails, et me borne aux observations suivantes :
Comment dans nos facultés, dans nos écoles secondaires, dis- #
tinguera-t-on l’étudiant résolu à affronter les tristesses et les
périls de la vie médicale de celui qui devra déserter un jour,
tout-â-coup, la médecine pour le droit, le commerce, l ’industrie,
les carrières administratives ?

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

221

En acceptant l’étudiant sérieux, ayant l’habitude et le respect
du travail, l’Association pourra-t-elle accepter aussi ces carabins
aux allures débraillées, enfants perdus de nos écoles, préférant
aux fortes études les liaisons interlopes et les plaisirs de l’esta­
minet ?
En 1864, sous l’impulsion du docteur Tardieu, doyen de la Fa­
culté de médecine de Paris, les étudiants jetèrent entre eux les
bases d’une Association fraternelle (4). A cette pensée généreuse,
que Montpellier accueillit avec sympathie, le Corps médical ré­
pondit par d’éloquentes adhésions et par son concours financier.
En quelques jours, l’Association reçut 6050 francs et 652 sous­
criptions. La Commission élue pour élaborer les Statuts, prit, dès
sa première réunion, les résolutions suivantes :
1° La Commission siégera et délibérera seule sans l’assistance
d’aucune personne étrangère;
2“ Elle recevra avec reconnaissance les communications que
voudra bien lui envoyer M. le Doyen, se réservant d’entrer excep­
tionnellement et par un vole d'opportunité en relation directe avec lui.
Les étudiants, la chose est claire, veulent faire eux-mêmes
leurs affaires. Qui oserait les en blâmer? Pour ma part, je les
engage à persévérer dans cette voie et à assurer la prospérité do
l’institution si brillamment inaugurée en 1864.
Que l’Association générale affecte chaque année un large crédit
aux étudiants sans fortune, et tout le monde applaudira. Elle n ’a
rien de mieux, rien de plus à faire.
Sans négliger aucune des modifications susceptibles de tourner
au profit de l’œuvre commune, les Sociétés locales doivent plus
spécialement porter leur attention sur la constitution de la caisse
des pensions viagères. Vous connaissez les statuts de cette caisse,
leurs imperfections, les justes critiques qu’ils ont provoquées.
J’emprunte â mon récent travail sur L’Association médicale à Mar­
seille les réformes que j ’appelle de tous mes vœux sur ces Statuts :
Pour tous, droit absolu à une honorable retraite (&lt;200 fr. au
minimum), après 30 ans de vie sociale ;
Pension proportionnelle dans le cas d’infirmités prématurées -,
Pour les veuves, le droit à la demi-pension.
N’épargnons rien, Messieurs, pour doter le Corps médical’d’une
véritable caisse de retraites; hâtons le fonctionnement de cette
(1) Voir Gazette des hôpitaux, avril et mai 1864.

�222

ISNARD.

caisse par de larges subventions, conformément à la proposition
faite parle docteur Durand-Fardel, au nom de la Société locale
de TAllier. Défendons énergiquement le principe de la retraite
obligatoire. Ce principe s’impose aux sympathies de tous; il faut à
tout prix en assurer la réalisation.
Dans son livre sur L'État actuel de la Médecine et des médecins en
France (IS69), le docteur Combes nous présente le hideux tableau
de la servitude médicale. Ce livre se résume en deux mots : « le
médecin se surmène et il crève de faim (1). »
Oui, Messieurs, le danger presse. Il ne s’agit plus d’aligner des
périodes et d’arrondir des phrases. Il nous faut sans retard dé­
serter les nuages pour le réalisme, les vaines formules pour les
solutions pratiques. Assurons l’existence du médecin, nous phi­
losopherons ensuite. Primo vivere, deinde philosophari.
Le docteur Guardia écrivait récemment : « l'humanité serait
meilleure si elle était suffisamment nourrie (2) ; » paroles pleines
de hardiesse et de vérité ! Oui, Messieurs, le médecin serait
meilleur s’il pouvait compter sur le pain de chaque jour. En lui
donnant le secours dans le présent, la retraite dans l’avenir, nous
aurons plus fait pour la moralisation professionnelle qu’en pré­
servant de toute atteinte l’article 6 de nos Statuts.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance. —Présentation d’instruments. —Suite de la
discussion sur les fractures de la jambe. —Fracture du temporal. —
Observation de crétin ; pièce pathologique. —Communication sur la lièvre
thermale; nouveau pulvérisateur. —Suite de la discussion sur la colique
sèche et la colique saturnine.

Séance dit 7 février 1870. — Présidence de M. Villard.
Correspondance imprimée. De la Folie subite passagère, par le
docteur Van-Holsbeek. — Annales de la Société d’hydrologie mé(1) Gazette médicale, IG octobre 1869.
(2) Ibidem.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

223

dicale de Paris. — Boletin del Instituto medico Valencinno. —
Bulletin médical du Nord de la France.
M. Picard montre divers instruments pour sutures osseuses
qu'il n’a pas trouvés dans l’arsenal de chirurgie des hôpitaux. —
Il entre ensuite dans quelques considérations sur les fractures
ouvertes de la partie supérieure de la jam be; sur les dangers de
la fêlure osseuse, toujours mortelle par résorption ; et sur la né­
cessité d'amputer, quand la fracture pénètre dans l’articulation.
il/, le Président demande quel est le moyen de diagnostiquer
la fêlure osseuse ?
M. Picard. — Si la fracture est a ciel ouvert, le diagnostic est
facile; dans le cas contraire, l’œdème persistant de la jambe sera
un signe d’une grande valeur.
M. Pirondi. — M. Picard regrette que les instrum ents pour su­
tures osseuses ne se trouvent pas dans l ’arsenal de chirurgie de
nos hôpitaux. Il faut moins accuser l ’Administration que ses fi­
nances. Il n’en est pas de même des services de la clinique. Ceuxci dépendent de l’Ecole de médecine, qui s’empresse toujours de
demander à Paris les instruments dont elle a besoin. Si le pro­
fesseur de clinique n’a pas encore employé les instrum ents à su­
tures osseuses, c’est qu’il n ’en a pas trouvé l’indication. Dans le
traitement des fractures, le succès est moins dans la multiplicité
des instruments que dans l’habileté de se servir de ceux dont on
dispose. Le meilleur traitem ent est celui qui réussit le mieux.
Les instruments les plus ingénieux sont souvent mauvais devant
certains organismes. Par exemple, les griffes de Malgaigne sont
excellentes, mais elles donnent lieu il des abcès, à divers accidents,
chez quelques individus il périoste très-susceptible. D'ailleurs,
les statistiques n ’ont pas encore démontré la supériorité des pro­
cédés et des instruments nouveaux ; et il est bien permis de se
contenter des procédés anciens quand ils réussissent et quand ils
permettent de conserver les membres dans l’immense majorité
des cas. M. Picard dit que les fractures osseuses avec ouverture
de l’articulation constituent un cas d’amputation; je ne suis pas
de cet avis, car souvent, dans les lésions du coude ou de l’articu­
lation tibio-tarsienne, j ’ai vu la guérison s’obtenir même avec
conseivation des mouvements.
M.Seux (fils). — M. Picard regrette que, dans les hôpitaux de
Marseille, on n’ait pas recours aux pointes de Malgaigne, modifiées
par Ollier. Deux fois, il y a 10 à 12 ans, je les ai vues employées

�224

ISNÀRD.

dans le service de M. Coste; dans un cas, elle produisirent une
phébite mortelle, dans l’autre une plaie pénétrante du genou
également suivie de mort. D’autre p art, j'ai observé le fait sui­
vant, dans le service de M. Nélaton : on apporta un blessé atteint
de fracture du coude, ouverte et grave; contre l’avis du profeS'
seur, un appareil inamovible fut appliqué et le malade guérit.
M. Poucet. — Dans la dernière séance, M. Ticard a développé les
causes de gravité des fractures compliquées du tiers supérieur
de la jambe; il s’est étendu longuement sur le traitement quelles
réclament, et il a. dénoncé, jusqu’à un certain point, le traitement
employé dans les cas dont j'ai donné l’observation, comme cause
des malheureux résultats obtenus.
Sans nul doute, le mode de traitement employé doit souvent
favoriser ou empêcher la manifestation d’accidents plus ou moins
graves et par là changer la statistique et même la conduite du
chirurgien. Mais il est des accidents d’un autre ordre qui sont le
résultat de la nature même de la blessure et des dispositions ana­
tomiques de la région, mais nullement le résultat du mode de
traitement employé. Pour cette raison, j ’ai cherché d’abord la
cause de cette gravité dans les fractures du tiers supérieur de la
jambe, j ’ai examiné ensuite si la mort du malade n ’est pas plus
probable par la nature et les circonstances de l’accident, qu’elle
ne le serait par l’effet d’une intervention chirurgicale.
Comme cause de la gravité de ces fractures, M. Picard signale:
■1° la lésion des os ; 2° la lésion des veines ; 3° la torsion des nerfs.
La multiplicité des fragments osseux et la disposition aréolaire du tissu spongieux qui, par son cloisonnement, emprisonne
le pus et les matières en décomposition en multipliant en même
temps les surfaces d’absorption ; la difficulté de soudure de ces
fractures largement ouvertes dans lesquelles la coaptation des
fragments ne peut se faire que d’une manière incomplète; enfin
l’inflammation du tissu médullaire, promptement suivie de sup­
puration ou de décomposition putride ; voilà autant de disposi­
tions qui exposent singulièrement à l’intoxication générale, ou
qui empêchent la soudure des fragments, en mortifiant leurs ex­
trémités.
Cette inflammation nous conduit à la deuxième cause de gra­
vité sur laquelle M. Picard insiste beaucoup, avec raison, c’est la
lésion des veines. Ici surtout, les veines du tissu osseux jouent
un grand rôle parce qu’elles sont très-disposées à participer à

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

22 ii

l’inflammation des tissus qui les entourent. Dans cette partie
de l’os, les vaisseaux sont déjà d’un certain calibre et s’il ne se
forme pas un caillot oblitérateur en aval de la collection puru­
lente, on peut voir survenir les complications les plus graves
dont le point de départ aura été une ostéophlebite.
Quant à la torsion des nerfs, qui serait la cause déterminante
du tétanos, je ne conteste pas qu’elle ait une valeur dans les
fractures des parties moyenne et inférieure de la jambe, mais son
influence doit être très-restreinte dans les fractures du tiers
supérieur, attendu qu’elles sont à peu-près toujours sans dé­
placement.
D’ailleurs, il existe des lésions traumatiques d’un autre ordre que les fractures, dans lesquelles la torsion des nerfs est portée
peut-être plus loin que dans ces dernières ; ce sont les luxations.
Dans la luxation pubienne, et surtout dans la luxation ilio-iscliiatique de la hanche, les nerfs sciatiques ouobturateurs sont tordus
ou tiraillés, et cependant le tétanos doit être relativement rare
dans ces cas. Il faut donc pour qu’il se produise un concours
d’autres circonstances.
Je résume en quelques mots le pronostic motivé de ces frac­
tures, en disant qu’elles sont très-graves :
1° Parce que la plaie est placée de façon à ce que les matières
croupissent dans le foyer.
2* Parce que la surface des fragments osseux est excessivement
étendue, et que la texture du tissu spongieux a pour effet d’em­
prisonner les matières en décomposition, et de m ultiplier les sur­
faces d’absorption.
3° Parce que la décomposition purulente ou putride dont la
moelle est frappée, dans une hauteur variable, doit aboutir avec
une singulière facilité à l'infection générale, ou tout ou moins à
la nécrose de l’extrémité des fragments, dans une hauteur corres­
pondante à la destruction de la moelle, et cette nécrose, à son
tour, entretiendra une suppuration intarissable.
i° Enfin parce qu’elles peuvent produire, dans les parties molles
des suppurations diffuses qui favorisent l’infection putride ou
purulente, partout où se trouvent des plans cellulo-graisseux.
L’intoxication et l’épuisement par suppuration sont donc les
deux causes de la mortalité dans ces cas.
Reste le deuxième point à élucider. La mort du malade n ’estclle pas plus probable par la nature et les circonstances de l’ac-

�226

ISNARD.

ciclent qu’elle ne le serait par l'effet d’une intervention chirur­
gicale ?
Il faut distinguer des cas d’amputation nécessaire (je ne rappel­
lerai pas les conditions qui la réclament), et des cas d’amputa­
tion probable.
Ce deuxième ordre de lésions peut se diviser en deux catégories,
d’une gravité bien différente, suivant que la lésion siège au des­
sus ou au dessous de l’articulation tibio-péronière supérieure.
Dans ce deuxième cas, les chances de mort sont bien nombreuses,
il est vrai, mais comme elles le sont aussi par l’amputation de
cuisse, à un tel point que les statistiques des hôpitaux de Paris
paraissent en proclamer le danger, (celle de Malgaigne surtout
que pour l’année 1861, accuse une guérison seulement sur vingt
amputations traumatiques) la prudence paraît conseiller haute­
ment de conserver le membre.
Lorsque la fracture siège au dessus de l’articulation tibio-pé­
ronière supérieure, elle doit être considérée comme très-sérieuse
parce que, ou elle communique actuellement avec l’articulation du
genou, soit par quelque fêlure du fragment supérieur, soit par
l’expansion synoviale qui existe si souvent entre l’articulation
tibio-péronière et le genou, ou bien, si ces deux conditions man­
quent, l’inflammation que nous avons vu décomposer le tissu mé­
dullaire, produira l’oblitération des vaisseaux centraux, le décol­
lement du périoste correspondant, et enfin la mort de ce fragment.
L’articulation du genou sera, par conséquent, ouverte tardivement
et dans des conditions bien autrement défavorables que celles qui
existent au moment de l’accident. C’est pour éviter ces grands
dangers éloignés qu’il paraît naturel de se demander s’il n’est pas
préférable de recourir, dans ces cas, à la resection immédiate!
Je crois donc que l’ouverture actuelle ou prochaine de l’articu­
lation du genou n’est pas un cas d’amputation nécessaire.
Enfin lorsque la conservation a été faite, avec ou sans resection
et qu’il ne se fait dans la plaie aucun travail de réparation, il me
semble que l’on pourrait encore tenter la resection secondaire,
suivie toujours de la suture osseuse. Et si, malgré cela encore, les
extrémités osseuses demeurent libres au fond de la plaie, reste
comme dernière ressource l’amputation tardive qui, de l’aveu de
presque tous les chirurgiens, donne des résultats encore plus
favorables que l’amputation primitive elle-même.
Ici s’arrête le travail que j ’ai eu l’honneur de présenter à la So­
ciété; il serait très-opportun de le faire suivre de l’étude du

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

227

traitement de ces mêmes fractures, sur lequel M. Picard a parti­
culièrement insisté ; mais la discussion étant arrivée a ce point,
je me permettrai seulement deux observations. La chose la plus im­
portante pour la consolidation de surfaces osseuses résultant de
fracture ou de résection c’est l’immobilité et, sous ce rapport, la
suture osseuse paraît offrir de bien grands avantages, comme
étant le moyen d’immobilisation immédiate le plus exact.
Relativement à l’oblitération des aréoles du tissu spongieux par
de la cire, dans le but d’empêcher les phénomènes de résorption
putride, je rappellerai un fait pris dans le sei'vice de M. Bernard.
Un homme amputé par nécessité au tiers supérieur de la jambe,
au dessus du lieu d’élection, a u n e hémorrhagie abondante — on
recouvre de cire l’extrémité de l’os, on bouche toutes les aréoles—
cet homme fut emporté par des accidents infectieux, et l’autopsie
montra que la moelle du moignon avait subi la décomposition
putride.
D’ailleurs, avant que l ’observation soit venu l’infirm er, ce
moyen paraît opposer un barrière trop faible pour inspirer une
légitime confiance.
M. Picard. — Dans le travail de M. Poucel, la question est ainsi
posée: « Devant ce résultat: 6 morts sur 7 fractures, faut-il am­
puter, réséquer, conserver? » Avec les procédés nouveaux, j ’ai
cru trouver le moyen d’arriver à un meilleur résultat. La science
est faite sur les procédés nouveaux. Ainsi, la pointe de Malgaigne
est a la fois très-utile et très-innocente. Sur 250 cas, elle a cons­
tamment donné la guérison, sans accident. M. Ollier a reconnu
que les insuccès étaient dus à la syphilis, dont étaient atteints les
individus. Ceux-ci guérissaient dès qu’on les soumettait à l’iodure
de potassium. — Le procédé arabe paraît barbare ; mais, dans les
hôpitaux d’Alger, il n ’en est pas moins suivi d’heureux résultats.
—Le tissu spongieux de la partie supérieure du tibia dispose à
l’hémorrhagie et a la phebite. La cire est le meilleur moyen pour
arrêter l’hémorrhagie et soustraire la plaie au contact de l’air.
M. le Président. — M. Picard a présenté des instrum ents ingé­
nieux, il est entré dans d’intéressantes considérations, mais il ne
me semble pas avoir discuté le mémoire de M. Poucel, ni réfuté
ses arguments. Les exemples cités par M. Seux fils, ne démon­
trent-ils pas les dangers des pointes métalliques? Celles-ci sontelles applicables au tiers supérieur de la jambe? Ne convient-il
pas de préférér les appareils classiques?

�228

ISNARD.

M. Picard, — Pour que les pointes soient exemptes de donner, il
faut les placer loin de la fracture, et exercer uno compression
lente, progressive. — Devant les résultats signalés par M. Pouce],
il reste à amputer, ou à chercher la conservation du membre par
les procédés nouveaux. On doit s'efforcer d’arriver à un diagnostic
complet, faire des incisions profondes, suffisantes, enlever les
esquilles, les caillots. Parla, même en face de délabrements con­
sidérables, on parviendra à conserver le membre et à sauver la
vie du malade. Mais certaines lésions nécessitent l’amputation
immédiate, telles sont la fêlure, la blessure d’une grosse veine.

Séance du 19 février. — Présidence de M. Gouzian, vice-président.
Correspondance imprimée. Notice sur une épidémie de fièvre ty­
phoïde a Rive-de-Gier , par le Dr Kosciakiewicz. — Boletin del
instituto Valenciano. — Annales de la Société de médecine d’An­
vers. — Utilité de l’histoire de la médecine, parle Dr Alvarenga,
de Lisbonne. — Bulletin médical du Nord de la France. — Bul­
letin de l’Académie royale de médecine de Belgique. — Annales
de la Société d'hydrologie médicale de Paris. — Mémoires de la
Société de chirurgie de Paris.
M. Comandré, médecin aux eaux de Cauterets, membre corres­
pondant de la Société, assiste à la séance.
M. Berlulus a soigné dernièrement un lycéen âgé de 1i ans,
atteint de fracture du temporal gauche, avec enfoncement de l’os
et plaie des téguments. Pendant deux heures le blessé resta sans
connaissance, puis il devint aphasique, tout en conservant la
faculté d’écrire et d’expliquer ce qu’il ressentait. La table externe
de l’os paraît, seule, avoir été fracturée. La blessure date déjà de
un mois et demi. Depuis aucun accident ne s’est manifesté. Tout
fait supposer une guérison complète.
M. Picard lit la note suivante accompagnée de présentation
du crâne d’un crétin :
Aphasie; volume énorme du cerveau. — Inégalité des hémisphères,
Sgnostose de tous les os du crâne ; déviation cl épaississement du fron­
tal et de l'occipital, applatissement et diminution des circonvolu­
tions cérébrales.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

229

Observation.—L’individu dontle crâne est devant vosyeux, avait
été amené de la Suisse ou du Piémont,par un conducteur de vaches,
qui l’avait abandonné ou perdu. — C’était un homme d’environ
40 à 50 ans, détaillé moyenne, sans difformité osseuse autre que
ce crâne énorme et dévié. — Jamais ce crétin, qu’on nommait
Jacques, n’a parlé. — 11 poussait des cris inarticulés ; dès qu’on
le regardait, il souriait d’un air narquois,faisait claquer sa langue
contre son palais, sa physionomie prenait une expression lubri­
que, la main gauche se fermait en cornet et il frappait deux ou
trois fois cette main avec la main droite. Ce mouvement, il le
répétait lorsqu’une femme venait à passer, ou lorsqu’on lui
découvrait les organes génitaux, qui étaient d ’un volume énorme.
Les deux testicules étaient descendus dans les bourses, qui tom­
baient à 25 centimètres au-dessous du périnée. Le pénis était énor­
me. —Il n’avait qu’un peu d’hypertrophie de la glande thyroïde.
Il restait des heures entières à la même place, mangeait glouton­
nement, avait peur de tout éclat vif de lumière et, dans les der­
niers temps, il était gâteux.
Il succomba le 13 juillet 1869, à la suite d’une entérite aigue.—
Autopsie faite 26 heures après le décès, temps chaud. — Crâne
dur. —Sérosité peu abondante dans l’arachnoïde.— Consistance
du cerveau un peu ramollie surtout vers les parties centrales. —
Le corps calleux, les couches optiques , les corps striés se laisent
aisément déchirer—Les circonvolutions des deux lobes antérieurs
du cerveau sont moins nombreuses qu’à l’état normal, mains
déprimées; sillons à peine marqués, la circonvolution elle-même
fort aplatie. Les membranes normales ; pas de trace d’inflam­
mation, ni épaississement, ni adhérences. Cervelet très dur et
résistant. — Le lobe droit du cerveau est plus petit que l ’autre,
L’hémisphère droit pèse. . . . 635 grammes
Le gauche..................................... 630
—■
Le cervelet..................................... 170
—
Poids to ta l...............

1455 grammes

Le crâne est fort intéressant. Il est dévié. — On dirait que la
partie droite a été poussée en avant et la gauche refoulée en arrière
Le front est fuyant, les bosses frontales très épaisses et très
Saillantes. La racine du nez très large est comme enfoncée sous lé
frontal, le maxillaire inférieur dépasse le supérieur. — Les lèvres
sont épaisses, les paupières œdematisées. — La cloison des

�230

ISNARD.

fosses nasales est aussi déviée de droite à gauche. À l’inté­
rieur, ossification complété des sutures fronto-pariétales. — Les
deux pariétaux sont unis par une ossification solide.— L’occipital
fortement déprimé sur la ligne médiane est intimement soudé
avec les pariétaux. Le temporal gauche est saillant et comme
repoussé par les autres os ; il ressemble à un coin qui n’aurait
pu pénétrer.— Le temporal droit présente uue disposition inverse
et les sutures sont ossifiées. Les sutures temporo-occipitales
existent à la base du crâne. Le trou occipital est irrégulier, la
moitié droite un peu plus allongée. La même torsion de droite à
gauche s’observe sur l ’apophyse basilaire, — La face inférieure
des maxillaires supérieurs formant le plafond de la bouche est
aussi irrégulière. — La partie droite est déviée en avant et
rétrécie, la partie gauche est plus large et comme retirée en
arrière.
A l'intérieur du crâne,on trouve encore des traces des sutures.
La table externe s’est complètement fusionnée, tandis que la
réunion n’est pas parfaite pour la table interne; sur la ligne mé­
diane, la table interne du frontal et de l ’occipital forme une crête
saillante. Le frontal est très épaissi sur la ligne médiane, il a
plus d’un centimètre d’épaisseur. L'occipital est plus hypertro­
phié encore. Il mesure un centimètre et demi. Les rochers ne
sont point symétriques : le droit est comme repoussé en arrière,
le gauche comme écrasé. Les temporaux sont minces comme une
feuille de papier. La sphénoïde, l’ethmoïde et le frontal sont
entièrement soudés les uns avec les autres. La selle turcique est
étroite, profonde et déviée
En résumé, la moitié droite du crâne est notablement plus
étroite que la gauche.
Diamètre antéro-postérieur. . 18 centimètres.
Diamètre tran sv e rse...............13
—
De l’apophyse basilaire à l’union des pariétaux avec l ’occipital,
11 centimètres et demi.
De l’apophyse basilaire à la partie la plus éloignée de la voûte
crânienne, 12 centimètres et demi.
Réflexions. — L’observation que j ’ai eu l’honneur de lire à la
Société présente plusieurs particularités remarquables sur les­
quelles je crois devoir insister.Tout d’abord,le poids énormeducerveau 4433 grammes ; ensuite l’inégalité des hémisphères ; on sc
souvient des théories basées sur le volume du cerveau. Ici, créti­

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

231

nisme absolu et masse cérébrale énorme. — On sait aussi que
Bichat regardait l’inégalité des hémisphères comme un signe
d’idiotie, et que le cerveau du célèbre physiologiste présenta ce
vice de conformation.
Tout le crâne de Jacques a été dévié. La moitié droite a été
poussée d’arrière en avant et aplatie, déprimée, repoussée de
droite a gauche; la partie gauche est plus développée en arrière
qu’en avant et se porte en arrière,en bas et en dehors. — Le tem ­
poral gauche a cédé sous la pression et fait saillie au dehors.
L’ossification de presque toutes les sutures de la base du crâne,
l’epaississement du frontal et de l'occipital, tandis que les os
latéraux sont minces comme des feuilles de papier, présentent
encore un grand intérêt.
Le nez est large et enfoncé sous le frontal, le maxillaire inférieur
est saillant, la lèvre est épaisse, la thyroïde hypertrophiée et le
crâne énorme. Ce qui différencie Jacques d’avec les autres cré­
tins, c’est le volume excessif des organes génitaux. Cette brute
ne comprend que l’idée du coït; son seul geste, se rapporte à des
pensées lubriques : il a l’air de ne rien comprendre en dehors de
là, et cependant les érections sont à peu près nulles.—On pour­
rait rapprocher cette déviation morale de la consistance notable­
ment plus ferme du cervelet dont le volume est au-dessus de la
moyenne.
Enfin, abolition de la parole, coïncidant avec des circonvolu­
tions cérébrales moins nombreuses, moins distinctes. — Les
sillons n’existent pas , et la boîte osseuse, qui présente des sail­
lies nettement marquées,n’a pas fait impression sur la pulpe céré­
brale. Notons enfin le ramollissement des parties centrales du
cerveau et l’accumulation de liquide dans l’arachnoïde.
Jlf. Comandré, lit un travail sur la fièvre thermale, dont voici le
résumé :
De tout temps les eaux minérales ont produit des symptômes
divers que l’on a désignés sous les noms de poussée, éréthisme,
excitation,etc. Ces phénomènes prennent souvent des proportions
inquiétantes pouvant aller jusqu’à mettre la viè en danger.—
Forts ou faibles, ils relèvent d’une même cause, l’eau minérale,et
sont les symptômes d’une même fièvre , la fièvre thermale.
Véritable Protée, la fièvre thermale simule les maladies les
plus diverses. — M. Comandré relate cinq observations de
fièvre thermale recueillies dans sa pratique à Cauterets. Deux

�232

ISNARD.

concernent des malades qui usaient des eaux pour combattre un
état morbide; les trois autres sont relatives à des personnes qui
s’en étaient servi sans besoin.
Ces dernières observations démontrent l’existence de la fièvre
thermale et ses caractères divers. Dans l’une, nous voyons une leu­
corrhée avec rhumatisme des membres;dans l’autre,une excitation
cérébrale très forte; dans la troisième, les symptômes de l’angine
de poitrine.
M. Comandré conclut à la réalité de la fièvre thermale et à son
importance.
Il se demande : Si la fièvre thermale n ’est pas l’étude la plus
intéressante à faire au sujet des eaux? Si elle ne pourra pas dé­
voiler la cause de leur action curative ? Il termine par ces pro­
positions : La fièvre thermale atteint de préférence les person­
nes qui n’ont pas besoin de faire usage des eaux. — Elle n’est ni
une garantie de la cure, ni un obstacle absolu à cette dernière —
Elle est plus redoutable quand elle survient après, que pendant le
traitem ent.— Un ou plusieurs traitements thermaux n’en met­
tent point à l’abri.
M. Bertulus, à l’appui des observations de M. Comandré, citele
fait suivant de fièvre thermale survenue chez uu officier de cava­
lerie atteint de prurit très tenace. Son médecin l’envoya aux bains
sulfureux des Camoins. Le malade abusa des eaux et fut atteint
consécutivement d’une éruption erythémateuse, avec fièvre
grave.
M. Comandré présente à la Société un nouveau pulvérisateur
fabriqué, sur ses indications, par Charles, de Paris. Cet instru­
ment réunit, à un extrême bon marché (I•&gt; francs), toutes les
conditions de solidité et de bon fonctionnement, il peut servir à
la fois a la pulvérisation de l’eau et la projection de douches sim­
ples à jet continu et très puissant. Les appareils de Sales
Girons et de Charrière, sont d’un prix trop élevé. Celui de Siègle,
fabriqué par Galante, agissant au moyen d’une lampe à alcool,
ne donne qu’une très minime quantité d’eau pulvérisée, unie à
dix-neuf vingtièmes au moins de vapeur d’eau pure. L ’appareil do
M. Comandré est reconnu bien préférable sous tous les rapports.
Suile de la discussion sur la colique sèche et la colique saturnine.
M. Bertulus. — La colique sèche est une névrose intestinale
dans laquelle le plomb ne joue aucun rôle. Il n ’en est pas do

233

SOCIÉTÉS SAVANTES.

même de la colique du Devonsliire, véritable colique saturnine,
produite par l’usage des eaux qui, en ce pays, sont recueillies
dans des citernes, après avoir passé sur des toits en plomb. Seul,
Lefebvre, avec ses élèves, soutient, d’ailleurs avec beaucoup de
talent, l’identité de la colique saturnine et de la colique sèche.
Tous les médecins de la marine repoussent cette opinion et font
de la colique sèche une maladie spéciale. Fonssagrives regarde
cette dernière comme le résultat d’une influence m iasm atique.
Quant à nous, nous pensons que les deux affections se révèlent
par des symptômes a peu près identiques et qu’elles se distin­
guent seulement par la diversité de la cause. Peut-être sont-elles
toutes dues à une astriction : ainsi le tafia vert n ’est-il pas un
astringent, comme le plomb, comme les fruits verts dans la
colique végétale?
Pour .U. Queirel, la colique sèche et la colique saturnine appar­
tiennent a une même classe de maladies : ce sont des empoi­
sonnements portant leur action sur le système nerveux. Il faut
les combattre parles mêmes moyens : remédier d’abord h, la per­
turbation nerveuse, au spasme, p arles opiacés; recourir ensuite
aux purgatifs.
M. Bertulus partage l’avis deM. Queirel, seulement il préfère la
belladone a l’opium qui a des inconvénients réels sur le tube
digestif. Il recommande aussi les lavements de tabac.
M. Comandré a observé, au début de sa carrière médicale, un
homme atteint d’affection saturnine obscure , avec flexion de la
jambe et adénite. Le diagnostic resta incertain pour lui et pour
d’autres confrères. Estor, de Montpellier, reconnut une paralysie
et des symptômes saturnins. Il ordonna d'abord des cataplasmes
de belladone, dont le résultat fut favorable, puis des purgatifs et
des bains sulfureux.
Le Secrétaire-général,
Dr jPh . I snard (de Marseille.)

ACADÉMIE DES SCIENCES*

Séance du 7 février. — M. Lenormand adresse une lettre sur les
origines du cheval et de l’âne.
M. Dareste lit un mémoire dans lequel il démontre que pour les
espèces d’uu même groupe naturel, les circonvolutions cérébrales
15

y

�234

SEUX FILS.

sont d’autant plus nombreuses, d’autant plus compliquées que
l’espèce est de plus grande taille. En d’autres termes, il existe
une relation positive entre l ’augmentation de volume des hémi­
sphères cérébraux et le plissement de leur surface.
M. Naumann (de Leipzig) est nommé associé étranger dans la
section de minéralogie.
Séance du 14 février. — MM. Béchamp et Estor présentent un
travail ayant pour but d’établir que les globules sanguins sont
formés par une agglomération de microzymas. Ces derniers se
comportent comme des ferments et peuvent engendrer des
cellules; peut-être même donnent-ils naissance, par leur travail,
aux globules du sang.
Séance du 21 février. — D'après une note de M. Lucas, les eaux
de Pouzzoles contiendraient par litre 4 gr. 50 d’acide sulfurique
libre; plus une certaine quantité de sulfure d’arsenic.
M. le Dr Coutarel adresse une note dans laquelle il établit
que la maltine est très utile en thérapeutique et qu’elle favorise
singulièrement la digestion des féculents.
M. Cahours lit une note sur l’ozone.
Séance du 28 février. — M. Becquerel lit un travail relatif aux
courants électro-capillaires de l’encéphale. La substance grise et
la substance blanche, par leur contact mutuel, font naître ces
courants; le résultat produit est un effet d’oxydation sur la
substance grise, un effet de réduction sur la substance blanche.
M. Miller (de Cambridge) est nommé membre correspondant
dans la section de minéralogie.
M. Gustave Lambert lit une note sur la détermination expéri­
mentale de la figure de la terre.
Séance du 7 mars. — M. Bouillaud présente, au nom de M.
Gallard, un travail dans lequel l’auteur propose la suppression
des maternités comme un moyen de diminuer la mortalité des
femmes en couches.
M. O. Liebreich lit une note sur la strychnine considérée
comme antidote du chloral.
M. Colin fait hommage à l’Académie d’un Traité des fièvres
intermittentes.
M. Demarquay adresse un travail sur la reproduction et la réu­
nion des tendons divisés. D’après l ’auteur, le tendon se régénère
parla prolifération des éléments qui se trouvent a la surface interne

SOCIÉTÉS SAVANTES.

235

de la gaine du tendon coupé. La réunion par suture entre deux
fragments tendineux ne peut se faire — et encore au bout d’un
temps très long — que lorsque les aiguilles sont fines et les fils
très minces.
MM. les docteurs Parrod et Dussard présentent une note sur la
stéatose viscérale qui se produit à la suite de l’empoisonnement
parle phosphore.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 18 janvier. — M. Boucliardat lit un rapport sur un
travail de M le docteur Coutaret, travail relatif à l’emploi de la
maltine dans les dyspepsies liées à l’insuffisance du ferment
amylacé.
M. Barthez lit un rapport sur un travail présenté par M. le doc­
teur Moutard-Martin. Ce mémoire a trait aux bons effets théra­
peutiques obtenus chez les jeunes enfants, dans les cas de surexcitation nerveuse, à l ’aide du bromure de potassium (de 10 à
20 centigrammes par jour).
M. Davaine lit un rapport sur un mémoire relatif à l ’œdème
malin. L’auteur (M. le Dr Raimbert) a reconnu que la sérosité de
cet œdème renferme, comme la pustule maligne, des bactéridies.
M. Davaine lit un second rapport sur un travail de M. Mégnin.
L’auteur a reconnu que la gale du chat est due à un acare spécial
(Sarcopte notoèdre). De plus, il a observé chez le cheval un ixode
inconnu jusqu’il ce jour et auquel il a donné le nom D'ixode fouis­
seur,
M. Briquet commence un discours sur la mortalité des enfants
en nourrice.
Séance du 25 janvier. — M. Vulpian, en présentant un travail de
M. Hayem sur le mécanisme de la suppuration, déclare adopter la
théorie de l’auteur et de M. Coenheim. Considérer le pus comme
formé par l’extravasation des globules blancs du sang est la seule
hypothèse qui soit basée sur des faits positifs.
M. Marcotte communique une observation d’empoisonnement
par l'éther phosphoré. Le malade a guéri.
M. Boucliardat lit un rapport sur un mémoire de M. le Dr Fon­
taine. L’auteur, considérant la goutte comme produite par un

�236

SEUX FILS.

excès d'urate de soude dans le sang, traite cette maladie parl’arséniate de potasse, le chlorate de potasse et le benzoate de chaux.
M. Briquet termine son discours sur la mortalité des enfants
en nourrice. L’orateur adopte les conclusions de la Commission
et croit que le seul remède à opposer au mal consiste dans une
surveillance active exercée sur les nourrices.
M. le Dr Brémond lit une note dans laquelle il s’efforce de
prouver qu’une substance médicinale, même non volatile, telle
que l’iodure de potassium, peut être absorbée par la peau,
Séance du lor février. — M. Broca présente au nom de M de Belina, un appareil pour pratiquer la transfusion du sang. Dans ce
nouveau procédé, le piston des anciens appareils est remplacé par
la pression de l’air.
M. Devilliers, favorable comme M. Briquet au projet de la Com­
mission, donne d’intéressants détails sur les causes de la morta­
lité infantile en Angleterre.
M. Béclard lit, au nom de M. Jolly, un travail très-curieux sur
l'habitude.
Séance du 8 février. — M. J. Guérin reconnaît quatre grandes
causes à la mortalité des enfants en bas âge: la faiblesse native,
la misère, l’alimentation prématurée, le meurtre des enfants na­
turels. D’après l’orateur, il faut, au lieu d'imposer aux familles des
reglements administratifs, se contenter de les éclairer sur la si­
tuation en les laissant libres de débattre leurs conditions avec
les nourrices. Quant à ces dernières il convient de les encourager
par des secours et des récompenses.
Séance du 15 février. — M. Demarquay lit un rapport sur un tra­
vail de M. Sistach. L’auteur étudie les ruptures du ligament rotulien; il croit que ces lésions guérissent sans appareil contentif;
le simple plan incliné de Pott et de Dupuytren suffit.
M. Yulpian communique le résultat d’expériences faites par
lui et par M. Hayem. Il résulte de ces recherches que la théorie
de MM. Waller et Coenheim sur le mécanisme de la suppuration
explique plus facilement que toute autre les faits pathologiques
et, en particulier, la rapidité avec laquelle se forme parfois le pus.

SOCIÉTÉS SAXANTES.

237

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 4 février.— M. Lorain exprime le désir que d’admi­
nistration prenne au plus tôt des mesures efficaces pour opérer
l’isolement des varioleux.
M. Moissenet répond que des services spéciaux pour ces malades
sont créés dans chaque hôpital ; de plus les vaccinations vont se
faire sur une grande échelle.
M. Tarnier présente un projet de maternité. L ’idée principale,
sur laquelle est basé le nouveau système, est la séparation
absolue des chambres, avec portes et fenêtres s’ouvrant au
dehors.
M. Hervieux critique le projet de M. Tarnier.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Séance du 2 février. — La discussion sur l’opération césarienne
se continue entre MM. Guéniot, Legouest, Larrey et Tarnier. Ce
dernier, depuis la séance du 26 janvier, a eu l'occasion d’appliquer
le procédé développé par lui. L’opération a parfaitement marché.
La malade guérira-t-elle? On ne peut encore l’affirmer.
M. Verneuil communique une observation d’anévrisme poplité
traité par la flexion de la jambe sur la cuisse [flexion intermittente
et médiocrement forcée). Le malade, homme robuste, a été guéri en
quatre jours.
M. Trélat présente un malade chez lequel un appareil de Des­
jardins remplace la mâchoire inférieure, totalement extraite à la
suite d’une nécrose phosphorée.
M. Giraldès présente, pour l’opération de la staphvloraphie ,
un instrument — de l’invention du Dr Smith — qui m aintient les
mâchoires écartées, abaisse la langue et écarte les joues.
Séance du 9 février. — M. Trélat complète l’observation du
malade dont il a été question dans la dernière séance.
M. Bourgeois (d’Etampes) présente un homme atteint d’une
tumeur du bassin. La Société, consultée, hésite entre un produit
encéphaloïde, une tumeur pulsatile des os et un anévrysme.

�SEUX FILS.

JOURNAUX ÉTRANGERS.

M. Depaul met sous les yeux de ses collègues un placenta con­
tenant une énorme masse de fibrine, résultat d’une ancienne
hémorrhagie. La femme qui a produit cette pièce pathologique
était devenue aphasique à la suite d’une hémorrhagie cérébrale.

REVUE CLINIQUE UES HOPITAUX

238

Séance du 16 février.— M. Guyon présente une observation
d'opération de kyste de l’ovaire. Le chirurgien (M. le Dr Joüon),
en raison d’énormes adhérences, fut obligé d’inciser le kyste et de
placer dans l’intérieur de la poche une mèche de charpie pour
amener la suppuration.
M. Alph. Guérin montre un maxillaire inférieur atteint de
nécrose phosphorée. L’honorable chirurgien croit que dans les
cas de ce genre, il ne faut pas toujours, pour opérer, attendre la
nécrose complète
M. Léon Labbé lit un rapport sur un mémoire de M. le DrLannelongue. L’auteur conseille de traiter les hernies étranglées, en
comprimant la paroi abdominale à l’aide d’un sac de plomb placé
immédiatement au dessus du pédicule de la hernie.
Séance du 23 février. — Une discussion commencée dans la
dernière séance à propos du travail de M. Lannelongue, se conti­
nue aujourd’hui entre MM. Desprès, Labbé, Chassaignac, Trélat,
Giraldès et Forget. La discussion met en présence deux doctrines,
entre lesquelles les avis se partagent : 1° celle du taxis prolongé;
2* celle du taxis forcé..
M. Horteloup lit une note sur la résorption du liquide injecté
dans la tunique vaginale, résorption amenée par la compression
du scrotum à l aide de bandelettes de diachylon.
M. Vemeuil donne le récit de l ’extirpation d’une tumeur du
maxillaire inférieur, opération dans laquelle il s’est vu obligé de
lier la carotide externe — et quelques jours après — la carotide
primitive. Le malade a succombé.
M. le Président apprend à ses collègues que M. le Dr Payen a
fait à la société de chirurgie un legs précieux. Ce legs consiste en
livres, tableaux et instruments dont quelques uns ont appartenu
à frère Côme.
D r S e u x fils .

ET J O U R N A U X

239

ÉTRANGERS

P a r M. P a u l P IC A R D .

Chargé par la Commission Administrative d’organiser le ser­
vice de statistique chirurgicale dans les hôpitaux de Marseille,
je me suis adressé aux principaux chirurgiens de l’Europe, pour
leur demander les documents relatifs h la question qui m ’intéres­
sait. Je dois ici exprimer mes remercîments à ceux qui ont mis
leurs travaux à ma disposition, et c’est une revue de ces comptesrendus statistiques que je résume pour les lecteurs du Marseille
Médical.
Chirurgie. — Traitement des plaies. Lister [The Lancet, 18681869) a proposé de panser les plaies avec l’acide carbolique ou
phénique, et de tremper dans le même acide les- fils destinés aux
ligatures. Seulement le procédé du chirurgien anglais a été gé­
néralement mal compris. Il se contente de' laver les plaies avec
un mélange de 1 partie d’acide pour 4 à 40 parties d’huile de lin.
C’est une lotion passagère destinée à tuer « les germes qui se
sont introduits dans les plaies. » Mais Lister évite ensuite le
contact direct de l’acide phénique avec la plaie. Après avoir lavé
la plaie, il la recouvre d’une pâte spéciale dont voici les deux
formules :
Huile d’o liv e............................... 12
L itharge........................................ 12
C ire............................................... 3
Acide phénique cristallisé......... 2,5
ou bien :
Laque en écailles........................ 3
Acide phénique cristallisé.......... \
Puis il recouvre le tout de compresses imbibées de la première
solution.
A Vienne (Aertzlicher Bcricht des KK. Allgem Krankenlcaus, 1869),
on a expérimenté la méthode de Lister : d ’après le rapport chirur­
gical, ce mode de pansement exerce une influence incontestable,

�210

PICARD.

améliore notablement, agit comme antiseptique dans les cas de
suppurations étendues, dans les clapiers putrides : on l'applique
avec bonheur dans les cas de fractures compliquées, les plaies
de tête, les abcès froids, l’anthrax , l’inflammation suppurative
des vaisseaux lymphatiques et du tissu cellulaire. On reproche à
la méthode: 1° le prix élevé de l’acide phénique (dont le prix a
depuis notablement diminuéj) ; 2° son odeur, qui porte a la tête et
qui, dans une grande salle d’hôpital peut exercer une fâcheuse
influence sur certains malades ; 3° la plaie étant constamment cou­
verte échappe à la surveillance du chirurgien.
Aussi la conclusion est elle de n ’employer cette méthode que
dans certains cas spéciaux. On se servait jusqu’à présent, a l’Hô­
pital général de Vienne, d’un mélange de plâtre et de goudron qui
a donné de bons résultats.
Employée dans les suppurations ganglionnaires, la méthode de
Lister modifiée (une partie d’acide phénique pour huit de craie,
un à deux pansements par jour), a donné les résultats suivants:
1° Dans les inflammations peri-ganglionnaiies, le pansement
n ’a exercé aucun action.
2° Les adénites pansées ainsi ne guérissent pas plus vite que
par la ponction.
L'action de l’acide phénique est admirable dans les suppurations
abondantes : la quantité de pus se réduit des deux tiers, et les gra­
nulations marchent rapidement.
M. Rohm (Dericht des Rudolph Stiftung, Vienne, 1869) arrive aux
conclusions suivantes:
1° L’action du mélange graisseux d’acide phénique est fort rémarquable dans le traitement des grandes collections purulentes
et des suppurations profondes;
2° L’action du mélange graisseux se borne à empêcher l’action
de l’air sur les points découverts du foyer; outre cette action pro­
tectrice, la pâte de Lister ne retient pas le pus sécrété; elle en
favorise la sortie et, d’après M. Bolim, ce n’est pas l’acide phénique
qui agit, c’est le corps isolant et liquide;
3° Une pâte composée de craie et d’huile produit le même effet
que la pâte de Lister.
4° Cette dernière pâte est bon marché, sans odeur, elle n’altère
pas la peau environnante et ne cause pas d’excoriations.
Suivent plusieurs observations dans lesquelles, I“en quinze jours
un vaste abcès de la cuisse, peu modifié par l’acide phénique, fut
guéri par le mélange du docteur Boelim ; 2° un vaste abcès au côté

JOURNAUX ÉTRANGERS.

241

interne de la cuisse, chez une cuisinière de 23 ans, se déclare après
un érysipèle : ouvert le 9 mai, pansé avec le mélange de craie et
d’huile, plus de suppuration ; de la sérosité roussâtre s’écoule de
la plaie, qui est guérie en cinq jours, le 9 mai ; 3» Ganglion suppuré
sous maxillaire, de la grosseur d’un œuf de poule. Incision le 16
niai. Lotion avec une solution chlorurée. Le lendemain, emploi du
liniment oloé-calcaire. Guérison en huit jours.
Küchenmeister et Thierscli (de Leipsick) emploient lespyrôl (mé­
lange d’acide phénique et d’alcool) ; dans certains cas de suppu­
rations félidés et d’abcès voisins de l’anus, on s’est bien trouvé
de l’emploi du Permanganate de potasse en dissolution au cen­
tième : cette solution enlèverait toute odeur et hâterait la cica­
trisation. En Angleterre et en Amérique on emploie beaucoup
cette solution, qui porte le nom de fluide de Condy. On reproche
au permanganate de salir le linge : or les taches disparaissent en
layant le linge dans une solution contenant 2 “/» d’acicle chlorhy­
drique.
Robert Ellis (Transactions of the obstétrical societtj of London 1868J
voulant combattre la mauvaise odeur des éponges préparées, a
imaginé de les tremper dans l’acide carbolique.
On prend des éponges fines, que l’on fixe sur une tige en fer,
préalablement entourée de coton trempé dans une solution con­
centrée d’acide phénique. Sur l’éponge , on verse un mélange de
beurre de cacao 30 grammes, cire 2 grammes, et acide phénique
5 grammes; on laisse refroidir et on entoure l’éponge de mousse­
line, sur laquelle on ficelle un fil de coton épais. On retire la tige
en fer, et on enferme les éponges ainsi préparées dans une
bouteille bien bouchée. Quand on veut se servir de l'éponge, on
enlève le fil et la mousseline, on trempe l’éponge dans de l ’huile,
onia fixe sur une sonde spéciale et on l’introduit dans le col de
l’utérus. L’éponge peut rester 24 a 36 heures ; elle n’a aucune
odeur.
Médecine. — M. T. Dinstl, médecin en chef de l’hôpital ’Wieden,
à Vienne, expose comme suit le résultat de ses recherches sur les
injections sous-cutanées (Bericht des h K. h'rankcnhauses Wieden,
1869). Il se sert de la seringue de Pravaz, d’un volume un peu
plus considérable que d’ordinaire. Il insiste sur les soins de pro­
preté, indispensables pour le fonctionnement régulier de l’instru­
ment, et il pense que la solution doit être parfaitement purifiée
de tout corps étranger insoluble. Ajoutons que la canule doit être

�242

PICARD.

propre et pour bien la nettoyer il suffît après, avoir employé la
seringue, dépasser la canule sur la flamme d’une bougie.
En ce qui touche le lieu où l’injection doit être faite, il varie
suivant le résultat qu’on cbercbe à obtenir. Quand on veut agir
localement il faut que la canule dépasse la peau et même le fascia
superficialis et on poussera l’injection parallèlement a la peau, dans
le tissu cellulaire. S’il faut agir promptement et énergiquement
sur l’économie, comme dans l ’hémoptysie, les crampes doriques
de la matrice, il faut chercher à faire pénétrer l ’injection dans les
vaisseaux superficiels. Alors on ne dépassera pas la peau et on
dirigera obliquement la canule. Quant au liquide a injecter, il faut
connaître son action sur les divers tissus .qu'il va rencontrer, il
faut s’assurer que la solution employée ne cause ni nécrose, ni
gangrène, il faut employer des solutions concentrées, car une in­
jection trop abondante cause souvent une suppuration; enfin il
faut une solution bien filtrée.
Parmi les composés de morphine, M. Dinstl préfère l’acétate
de morphine : il l’injecte toute les 12 ou 24 heures , à la dose de
20 milligrammes à un décigramme par injection, dans un à deux
grammes d’eau.
L’acétate de morphine a été employé à combattre, 1° les lésions
de sensibilité et de motilité des nerfs périphériques (algies et
spasmes), 2° les lésions centrales de nature purement nerveuse
(convulsions, tétanos), 3° les lésions mixtes du centre et de la péri­
phérie produites par des causes matérielles (intoxications, infec­
tions, 4° les anomalies organiques (neoplasie et autres états pa­
thologiques).
Immédiatement après l’injection faite sur le tronc, le malade
accuse un sentiment douloureux dans l’abdomen et l’estomac, un
malaise, une envie de vomir. Ensuite se produisent des renvois,
des vomituritions : la bouche est pleine de mucosités aqueuses.
Cette tendance aux vomissements n ’est que passagère et cède dès
qu’on fait prendre au malade de la glace en morceaux. Cinq mi­
nutes après l’injection , on voit les douleurs dont se plaignaient
les malades diminuer et disparaître. Un sentiment particulier de
chaleur se montre dans les membres inférieurs et surtout dans
les membres supérieurs et les mains. Cette chaleur monte au cer­
veau et 10 minutes après l’injection , le malade exprime une vive
sensation de bien être et de soulagement. C’est le moment qu’on
doit employer à nourrir les malades qui depuis plusieurs jours
n’avaient rien pu supporter et qui mangeaient alors avec plaisir.

JOURNAUX ÉTRANGERS.

243

Après le repas, tendance au sommeil : le pouls tombe, les mouve­
ments respiratoires sont aisés mais peu profonds. Pendant 4 a 6
heures, sommeil accompagné de sueurs abondantes ; la quantité
d’urine excrétée est plus considérable que d’ordinaire. Le pouls
monte : la pupille se dilate. Au réveil, le malade est un peu affaibli,
mais au bout de 2 a 3 heures les douleurs reviennent et d’autant
plus vite que le malade a moins dormi, qu’il a eu des selles plus
abondantes et qu’il a trop mangé.
Quand l’injection est trop forte, les malades tombent dans un
état soporeux analogue à celui qui caractérise le début de la
fièvre typhoïde, la température du corps s ’élève, le pouls est petit
et très fréquent, la transpiration abondante finit par des sueurs
profuses, l’urine est sécrétée en abondance, le malade est lourd,
il s'affaiblit et la mort peut alors survenir.
Les malades s’accoutument vite à l’injection morphinée ; il faut
se garder de trop les rapprocher et de donner des doses trop
élevées. La tolérance est étonnante et les effets ne répondent
pas à l’augmentation du sel d’opium. A certaines doses, le
malade, bien que soulagé, ne dort plus, Enfin, c’est 8 a 10 mi­
nutes après l’injection qu’il importe de nourrir le malade. A cette
période la nourriture est bien supportée.
Observations. — Homme p u is s a n t de 33 an s.

Prosopalgie du nerf sous-orbitaire. Injection à, la joue, avec de
l'acétate de morphine, de 1/3 de grain a 1 1/3 grain. Le malade
est soulagé mais non guéri. Il ne peut se passer del ’injection,
maigrit, pâlit, ses cheveux blanchissent: mais l’injection calme
les atroces douleurs que lui causent ses accès.
lschialgie. Homme de 60 ans, emphysémateux, cœur hyper­
trophié, insuffisance de la mitrale, douleurs très vives le long^lu
nerf sciatique augmentant après chaque repas, le malade se prive
de manger pour ne pas souffrir. Chaque soir on injecte il la partie
postérieure de la fesse une solution de l/2 grain d’acétate de mor­
phine, puis on augmente la dose et on arrive à faire chaque 12
heures une injection de I grain. Guérison rapide.
Femme de 50 ans guérie d’iscliialgie ascendante en très peu de
temps.
Crampes de la vessie. Enfant de 11 ans, douleurs atroces ; la
sonde ne fait reconnaître aucune lésion organique. L’opium est
employé ii l’extérieur et à l’intérieur sans succès ; l’enfant,
accroupi sur son lit, crie nuit et jour. Injections d’un tiers de

�2U

GARCIN.

grain de morphine au-dessns du pubis : cessation de toutes
douleur. Guérison rapide et durable.
Névroses générales : Chorée. Une jeune fille de 44 ans; l’injection
au 12° de grain de morphine n’a aucune action : on pousse la
dose à 1/3 de grain par 12 heures et on obtient petit à petit une
guérison complète.
Tétanos rhumatismal. Femme de 32 ans. Trismus amélioré au
début. Pas de sommeil, deux injections avec 1 grain. On pousse à I
1/3 de grain deux fois répétés dans les 12 heures. Les phénomènes
tétaniques se maintiennent, sueur abondante, mort. A l’autopsie,
12 heures après la mort, on trouve une forte hyperchémie de la
substance corticale, les méninges cérébrales et médullaires sont
gorgées de sang: au cou et aux lombes, ramollissement notable
de la moelle dont les cordons ne peuvent être séparés. Taches
nombreuses sur la peau.
Névroses mixtes produites par des causes organiques ou maté­
rielles.
Empoisonnement par l’Atropine. Les phénomènes pathologiques
disparaissent rapidement: le malade avait pris 1/3 de grain de
sulfate d’atropine, tous les symptômes cessent après l’injection
de 3/4 de grain d'acétate de morphine.
Délire furieux. Jeune primipare. I[3 de grain est injecté dans la
région mammaire, et autant au visage ; guérison immédiate des
accidente généraux et locaux.
Délire des buveurs. Très mauvais résultats : la mort est survenue
souvent très rapidement. Dinstl conseille de renoncer a l'opium
soit à l’intérieur, soit en injection ; il a réussi dans l ’alcoolisme
aigu, en donnant le bi-carbonate de soude, et dans l’alcoo­
lisme et le délirium Iremens, il donne l’ammoniaque liquide dans
d^l 'esprit de vin (4:4) dissous dans 60 à 100 d’eau.
Hoquet dans le typhus. Homme puissant de 26 ans. Ce symptôme
cesse après 3 injections et 1/6, 4/4, 1/3 de grains d’acétate de mor­
phine dans le creux de l’estomac à des intervalles de 12, 8, i
heures.
Des Algies (hémicranie) et des coliques néphrétiques cèdent assez
vite à des injections répétées.
Vomissements, On arrive à faire tolérer la nourriture, en faisant
manger le malade 10 minutes après l'injection. Fdle est digérée
pendant le sommeil de 4 à 6 heures qui suit l'injection. On la
répète toutes les 12 heures : la dose varie de 1/3 de grain à 1/2
grain.

JOURNAUX ÉTRANGERS.

2 io

Insuccès dans les cas de cancer de l’estomac ; demi succès dans
les tumeurs cancéreuses du péritoine.
On peut arriver à calmer les atroces douleurs du cancer de
l’utérus. Il est une dose qu’il faut connaître et ne pas dépasser:
ce n’est ni trop ni trop peu. Le juste milieu est une question
d'habitude, d’expérience et de malade. On arrive toujours a pro­
curer du calme localement; on permet aux malades de prendre
de la nourriture et de la digérer; enfin on provoque un sommeil
réparateur. Dinstl cite l’observation d ’une femme atteinte du
cancer de l’utérus et qui vécut pendant plusieurs mois, grâce aux
injections hypodermiques. Elle attendait le moment de l’injection
avec une vive impatience. On répétait l’injection le m atin et le
soir et on portait la dose à 3 grains par injection. Les douleurs
générales et locales disparurent, mais la marche de la maladie
ne fut pas enrayée. Notons aussi qu’une forte perte de sang est
une indication précise de diminuer les doses de morphine.
Asthme. Les injections hypodermiques morpliinées réussissent
a merveille dans l’emphysème, dans certaines maladies du cœur
mais surtout dans la dyspnée, qui précède la mort des phthisiques;
l’atropine essayée dans ce sens, n ’a produit aucun bon effet.
Enfin les douleurs traumatiques ont été calmées par l’injection
hypodermique : il faut injecter, pour arriver à un résultat certain,
au moins 1/3 de grain de morphine : au dessous de cette dose,
la douleur est augmentée.
A côté des recherches de Dinstl, à l'hôpital Wieden, je m ettrai
les essais thérapeutiques de Lôbel, faits h l’hôpital Rodolphe,
(Bericht des K. K. Kranken anstalt. Rudolph Stitfung. Vienne 1869,
page 167).
Ces recherches portent sur plusieurs milliers de malades. L’#Uteur reconnaît l’action de la morphine et cite des observations
Concluantes. Il a injecté aussi le chlorhydrate de morphine, mais
préfère l’acétate. Dans des cas d’hémoptysie grave, il a injecté
l’extrait de seigle ergoté, chaque fois deux injections, de I grain
chacune; 10 ou 30 minutes après l’injection, l’hémorrhagie s’arrê­
tait. Elle est souvent revenue dans une période de 5 a 24 heures.
Mais l’effet est rapide et presque m agique, surtout lorsque lo
cœur se contracte, brusquement et que le pouls est petit, mou et
fréquent. Presque toujours il s’est formé un petit abcès au tour
delà piqûre, qui est fort douloureuse en général. Le seigle doit
être frais, car sans cela l ’extrait forme un précipité insoluble.

�216

CORRESPONDANCE.

Lôbel a injecté 1/30° de grain et chlorhydrate de hyoscyamine
dans des névralgies du trijumeau.Effet local immédiat et cure radi­
cale consécutive.
Succès encore dans les fièvres intermittentes rebelles qui ne
cèdent pas au sulfate de quinine , à la suite de l’emploi d’injec­
tions de chlorhydrate de chinoïdine (I grain de chinoïdine dans 3
centimètres cubes de liquide. La seringue dont se sert Fôbel
contient 4 grains de sel de quinine. La réaction au point piqué
est nulle. Le sulfate neutre de quinine cause fréquemment des
abcès au point piqué. La papavérine (à la dose de 1/2 grain) n’a
pas agi. Enfin le nitrate de strychnine n ’a eu aucune influence
heureuse et employé à diverses doses de I/20 à 1/5 de grain, il a
souvent provoqué de graves accidents ( contractures , secousses
musculaires, impossibilité de parler).

C O R R E SP O N D A N C E .
C h e r D ir e c t e u r ,

Des circonstances indépendantes de ma volonté, me font une
obligation absolue, dorénavant, de me désister de mes modestes
fonctions administratives. Veuillez bien avoir l'obligeance, jevous
prie, d’être l’interprète de mes regrets auprès de nos honorables
collaborateurs. Je n ’en reste pas moins, d’ailleurs, à tous égards,
dévoué sans limites au succès du journal.
Je vous prie d ’agréer, etc.,
C. B lanchard.
Les nouvelles occupations de M. Blanchard, qui vient de créer
un établissement hydrothérapique, lui rendaient par trop pénibles
seïf fonctions de sous-directeur chargé de l ’administration du
journal. Nous savons quel est son dévouement pour notre œuvre
et nous tenons à le remercier publiquement des services qu'il lui
a rendus.
Nous extrayons le passage suivant d’une lettre que M. le doc­
teur Vidal, chirugien de l’hôpital de Grasse, a eu occasion d’écrire
à l’un de nous. Profitons de cette circonstance, où nous faisons
un peu violence à la modestie de l’auteur, pour rappeler que les
communications analogues seront accueillies par nous avec
empressement.
Dans son remarquable article sur le traitement d’une lésion
uréthrale, résultat d’une chute sur le périnée, M. le docteur Seux
fils se plaint de n ’avoir pas eu à sa disposition, une sonde qui,

NOUVELLES SANITAIRES.

247

par sa solidité et sa construction, pût séjourner dans la vessie de
son malade assez longtemps pour permettre au travail de cicatri­
sation de se faire. J ’ai depuis assez longtemps employé dans ma
pratique les sondes en caoutchouc vulcanisé dont je crois que Ga­
lante est le fabricant sinon l’inventeur. Je puis affirmer que ces
sondes aussi souples, aussi flexibles que possible ont en même
temps assez de consistance à leur extrémité vésicale pour être in­
troduites avec la plus grande facilité, et qu’elle ne s altèrent pour
ainsi dire jamais. A l’appui de mon assertion, je puis citer bien des
faits dont la signification est péremptoire ; entr’autres 1° un viellard dans la vessie duquel j ’ai laisse à demeure une de ces sondes
qui me servaient à faire des injections ; au bout de trois mois de
traitement la même sonde me servait encore, quoique je l’eusse
laissé séjourner pendant plus d’une semaine sans la retirer, au
milieu du liquide purulent que sécrétait la surface interne de
cette vessie malade; 2° un jeune homme de 22 ans à la suite d’une
uréthrite vénérienne des plus intenses, fut atteint d’un abcès en
arrière du bulbe, plus tard une fistule urinaire se déclara; cet ac­
cident exigea l’emploi d’une sonde à demeure. J ’introduisis une
sonde en caoutchouc vulcanisé dun° 17 de Charrière ; je la retirai
seulement tous les huit jours pour voir si l’urine sortait encore par
la plaie périnéale; cette sonde n ’a pas eu besoin d’être renouvelée
au bout de deux mois d’usage, et un malade qui n ’était pas fran­
çais l’emporta chez lui quand il quitta Grasse, il y a huit mois. Je
ne serais pas étonné qu’il s’en servît encore aujourd’hui. Quant
aux incrustations de sels calcaires dont parle M. Seux, je n ’ai pas
eu l’occasion de les observer.
Dans la discussion qui a eu lieu à la Société de médecine, ù
propos de la prétendue colique sèche des pays chauds, il me semble
que les opinions de mon ancien chef, M. Lefèvre, qu’on ne nomme
même pas malgré la valeur de son beau livre, sont bien sacrifiées
à celles de M. Fonssagrives qui ne sont probablement pas les meil­
leures. La manière de voir de M. Lefèvre est adoptée par beaucoup
de médecins éminents, et je me souviens d’avoir entendu M. Grisolledéclarer que pour lui il n ’y avait pas de colique sèche, qu’il n’y
a que des coliques saturnines. Mais je n'ai jamai vu dans les pays
chauds de colique sèche sans liseré de Burton tellement caractérisé
qu’il n’y avait pas moyen de ne pas croire a une intoxication snturine. Ilestbien entendu que je vous envoie ces observations sans
prétention aucunè, et que vous en ferez l'usage que vous jugerez
convenable.
A . V id a l .

N O U V E L L E S S A N IT A IR E S .
On écrit du Caire (fin janvier) :
La mortalité a sensiblement diminué dans l’hôpital Arabe de
Cassr-el-Ainy, qui au lieu de 500 ne contient plus que i 00 mala­
des. Dans l’hôpital Européen, nous avons des affections aiguës
du foie ; les abcès sont ponctionnés au trocart et le plus souvent

�248

SEUX FILS.

avec succès. L’iiôpital loin d’être encombré a toujours lo ou 48
lits vides.
L’état sanitaire du Caire et de l ’Egypte est excellent.
Jusqu’à présent l’hiver est très doux; au lieu de 4 à 5 degrés
Réaumur, température minima du mois de janvier au Caire, le
thermomètre n’est pas, depuis 1870, descendu au dessous de
8 degrés Réaumur. Dans la nuit du 10 au 11, il a plu abondam­
ment c’était la première pluie de l’année ; mais la température n’a
pas été abaissée pour cela. Le 11, au matin, la température a
été entre 8 et 14.
Il est probable que la neige n’est pas encore tombée dans les
régions équatoriales élevées, car le Chamsin est tiède et non pas
froid, comme on le remarque souvent après les pluies hivernales.

MARSEILLE MEDICAL
(ancienne Union Médicale de la P ro v en ce )

7mc Aimée. — N ° 4. — 20 Avril 1870.

ÉLOGE

N O U V E L L E S D IV E R S E S .
M. le docteur Yillamur, médecin principal de première classe,
en retraite, vient de mourir à Paris, âgé de 66 ans. La haute po­
sition que cet honorable praticien avait occupée, pendant plusieurs
années à l’hôpital militaire de notre ville, l'avait mis en relation
avec un grand nombre de nos confrères. Tous sont unanimes à
louer la loyauté de son esprit, la bonté de son cœur, la fermeté
un peu rude de son âme. C’était un homme intrépide sur le champ
de bataille, plein d’aménité et de cordiale bonhomie dans la vie
ordinaire. Son nom restera en relief parmi cette vaillante cohorte
des médecins militaires qui a donné et qui donne encore à notre
pays tant de courageux soldats, d’intègres citoyens, de médecins
instruits et distingués.
— Il y a quinze jours environ, M. le docteur Denàns s’éteignait
parmi nous emportant avec lui l’estime de tous ceux qui avaient
pu le connaître et l’apprécier. Ce confrère, modeste autant qu’hon­
nête et dévoué, avait renoncé depuis longtemps à exercer la
médecine.
— On nous prie d’annoncer qu’un docteur en médecine établi
dans la banlieue de Marseille, est disposé à céder sa clientèle. Le
rapport annuel de cette dernière serait de six à sept mille francs.
(S'adresser pour les renseignements au bureau du journal).
— M. le Dr A. Latour, rédacteur en chef de Y Union Médicale,
vient d’être nommé membre associé libre de l’Académie de mé­
decine. Nous ne pouvons qu’applaudir à cette distinction accordée
à l’un des journalistes qui défendent avec le plus d ’intelligence et
d’énergie les intérêts de la grande famille médicale.
— Plusieurs journaux politiques ont annoncé qu’un hôpital
homœopathique allait être installé aux Ternes, près de l'hôpital
Beaujon. L,a direction médicale de cet établissement serait confiée
à MM. les docteurs Serrant et Simon. Nous donnons cette nou­
velle sous toute réserve.
Dr Seux fils.
A . F abre.

DE JEAN-NOËL ROUX.
Me ssieu r s ,

La tâche qui m’est échue n’est pas ordinairem ent de celles
qu’on sollicite ; on les accepte par devoir, on s’en acquitte
avec dévouement, et le cœur se sent à l’aise, si, au bout de
l’œuvre entreprise, on peut se dire qu’avec une équitable im­
partialité on s’est tenu à égale distance de l’éloge illégitime ou
d'une critique imméritée.
Pour cette fois, cependant, je tiens à le déclarer, c’est avec
un pieux empressement que nous avons entrepris la narration
sommaire de la vie et une courte analyse des œuvres du
professeur Roux, de Brignoles. Sa vie a été un exemple digne
d’être médité, à quelque point de vue qu’on l’envisage ; et ses
œuvres ont laissé une trace ineffaçable dans la marche pro­
gressive de la chirurgie française. — Que si, de son vivant, on
a pu parfois passer à côté d’un vrai trésor de science sans se
douter du tort que l’on faisait à la science elle-même en ne
puisant pas aussi largement qu’on aurait dû le faire à une
source si féconde, il appartenait à notre Compagnie de reven­
diquer en faveur de notre regretté collègue la part qu’il a
prise dans la première moitié de notre siècle, à cimenter les

�250

SI RUS-PI ROND I.

grands travaux d’un de nos plus grands maîtres —nous avons
nommé Delpech — et je dois remercier la Société de Médecine
de l’insigne honneur qu’elle m ’a fait en me choisissant pour
son interprète, quelque rude et difficile q u ’apparaisse pour
nous la route qu’il s’agit m aintenant de parcourir.
Jean-Noël Roux, naquit à Narbonne le 25 Mars 1797. Nous
pouvons cependant le compter au nombre de ces enfants de
la Provence qui alimentent sans cesse la phalange d’hommes
distingués, et parfois illustres, qui ont honoré et honorent
de nos jours cette belle partie de la France. La famille de
M. Roux est en effet de Pélissanne, elle appartient à la plus
ancienne bourgeoisie du pays; elle n ’a que temporairement
quitté la Provence pour le Languedoc, et aujourd’hui encore
M. Joseph-Simon Roux, frère de notre regretté collègue, après
avoir servi avec distinction dans le corps médical de la marine,
s’est retiré à Pélissanne avec le grade de chirurgien major,
et y est devenu, soit dit en passant, la providence des ma­
lades, et plus particulièrement des malades pauvres.
Une organisation d’élite, un grand désir d’apprendre, et
beaucoup de cette noble émulation qui double, pour ainsi
dire, les forces de l’intelligence, firent bientôt remarquer le
jeune Roux au milieu de ses condisciples, parmi lesquels se
trouvait M. Barthe , l’ancien ministre et président de la
Cour des Comptes. Dans l’espace, relativement fort court, de
quatre années, Roux put achever avec succès toutes les classes
de latinité, et son instruction n ’en était pas moins solide. Per­
sonne ne montrait dans les causeries de l’intimité une plus
parfaite connaissance des anciens classiques ; et, grâce à son
goût pour la lecture, à laquelle il consacrait les rares loisirs
d’une vie toute dévouée à la science médicale, on peut dire
que M. Roux avait un esprit des mieux cultivés et aussi fruc­
tueusement nourri des auteurs anciens que de la saine litté­
rature moderne. De bonne heure, il montra également une
grande aptitude pour l’art du dessin, et cette légèreté de la
main explique la grande habileté dont il fit preuve plus tard
en chirurgie opérative.

ÉLOGE DE JEAN-NOEL ROUX.

251

C’est en 1813, et n ’avant pas encore atteint l’âge de 17 ans,
que M. Roux commença à fréquenter les hôpitaux, et le
hasard le servit à souhait.
Le service chirurgical de l’hôpital civil et militaire de Nar­
bonne était alors confié au docteur Cafford, homme modeste,
faisant peu de bruit autour de lui, mais praticien consommé,
chirurgien très habile, et sachant par dessus tout inspirer à
ses jeunes élèves le goût de l’étude. Les premiers éléments de
la chirurgie furent donc puisés à bonne source par M. Roux.
À ce premier avantage, la malheureuse guerre d’Espagne se
chargea d’en joindre un second; les salles de l’hospice de Nar­
bonne étaient encombrées de blessés ; chaque élève se trouvait
surchargé de besogne, et l’on ne saurait assez dire tout ce que
l'œil et la main apprennent, tout ce que l’expérience amasse
sans s’en douter, et même tout ce que le cœur gagne à voir
de près, dès le début de nos études, les misères nosocomiales,
à suivre attentivement leurs évolutions, et à chercher de
bonne heure les moyens d’adoucir la douleur de ceux qui
souffrent, tout en dim inuant le plus possible le temps de
leurs épreuves.
Qu’on nous permette à ce sujet une courte digression. Il
est assurément regrettable que le nombre relativement trop
limité des places ne permette pas à chaque élève en médecine
d’arriver au moins à VExternat ; mais il y a le stage ouvert
ii tous indistinctement; et si l’utilité de cette institution était
comprise comme elle mérite de l’être, on devrait, qu’on nous
passe le mot, prendre ce stage à l’abordage.
Quoique il en soit, organisé comme il l’était, pour s’appro­
prier le plus d’instruction possible, on pressent déjà de quelle
manière le jeune Roux sut mettre à profit les premiers ensei­
gnements du chirurgien Cafford et ceux fournis par la m ulti­
plicité des pansements auxquels il devait chaque jour se
livrer.
Une troisième circonstance, non moins favorable à l’ap­
prenti chirurgien, vint bientôt, hélas ! réclamer de lui un
concours plus actif et plus important encore.
Un de ces affreux épisodes qui ne prouvent jamais de quel

�2li2

SIRUS-PIRONDI.

côté est le droit et la raison, et dont le résultat le plus certain
est de diminuer la production du sol en décimant les forces
qui doivent le labourer, et de transformer en larmes amères
les joies les plus pures de la famille, la bataille de Toulouse,
se chargea de mettre complètement en relief tout ce qu’il y
avait déjà de sens pratique et de sage initiative chez un jeune
homme de 18 ans. Accourant, avec plusieurs de ses camarades,
là où il y avait le plus de blessés à secourir, son courage et
son patriotisme furent à la hauteur du patriotisme et du cou­
rage des médecins militaires qu’il venait aider dans leur
pénible mission. Et, il nous semble opportun de placer ici
une remarque suggérée par celte môme bataille, et qui a
peut être sa petite importance à une époque où de belles
intelligences dévient de leurs aptitudes naturelles et se jettent
à corps perdu dans les agitations de la politique, n’atteignant
d’autre but que celui d’apporter une pierre de plus à la tour
de Babel, alors que la même intelligence consacrée, par exem­
ple, à la médecine, serait plus utile à l’hnmanité et plus profi­
table au savant lui-même. Cette remarque la voici : à 56
années de distance de la bataille de Toulouse, nous rendons
tous unanimement hommage au noble et froid courage des
médecins et des jeunes élèves qui s’exposèrent au feu de
l’ennemi pour apporter aux malheureux blessés un secoure
d’autant plus eflicace qu’il est plus prompt. Hé bien! celui là
même qui.commandait en chef l’armée française, l’illustre
maréchal Soult, par cela seul qu’il voulut accepter un jour
un certain rôle politique, s'est vu tantôt acclamé comme vain­
queur de cette bataille, tantôt accuse de l’avoir perdue, selon
qu'il se trouvait placé en dedans ou en dehors du banc ministé­
riel; et telle est en général l’impartialité de l’histoire en
matière politique.
Jean-Noël Itoux, fort heureusement pour lui et pour ses
travaux, ne s’attarda jamais dans des traverses ne condui­
sant pas directement aux conquête scientifiques, et il fau­
drait souhaiter qu’il eut beaucoup-d’imitateurs !
L'année scolaire de 1818 à 1810 venait de commencer, lors­
que M. Roux prit sa première inscription à la Faculté de

ÉLOGE DE JEAN-NOEL ROUX.

253

médecine de Montpellier. A mon humble avis, l’enseignement
de Montpellier, en se transformant., n’a rien perdu de son
antique importance; et de nos jonrs encore, cette illustre école
possède des hommes d’une grande valeur et dignes à tous
égards de transmettre à leurs successeurs la légitime illustra­
tion de ce berceau de tant de bons praticiens. Mais à l'époque
dont il s’agit, la lutte entre les Doctrines imprimait à l’ensei­
gnement un cachet particulier ; la passion s’y mêlait parfois
et le zèle des travailleurs n’en était que plus stimulé. Lordat
philosophait avec un savoir prodigieux et une grâce inimi­
table; Baumes vulgarisait le plus pur Hippocratisme ; et
Anglada, qui joignait à l’enseignement de la médecine légale
celui de la chimie à la Faculté des sciences, faisait déjà entre­
voir, dans un langage très imagé et plein de verve, tout ce que
la médecine pourrait emprunter un jour au riche domaine des
sciences accessoires. Mais, sans vouloir laisser dans l’oubli de
sages cliniciens tels queBroussonnet etGaisergues, c’est surtout
dans l’enseignement de la chirurgie que Montpellier excellait
à pareille époque. Delpech, une des gloires, avons-nous dit, de
la chirurgie française, enthousiasmait chaque jour son audi­
toire parla hardiesse et la nouveauté de ses conceptions, et, à
côté de Delpech, grandissait promptement dans l’estime publi­
que un autre professeur, formantavecsoncollègueuncontraste
frappant. Autant la parole était facile, vive et entraînante chez
Delpech, autant elle paraissait pénible et embarrassée chez
Lallemand. Mais peu à peu la langue se déliait et une admi­
rable intelligence trouvait des expressions claires et précises
pour se manifester.
Entre ces deux hommes d’élite qui se partageaient la sym­
pathie des élèves, tout en captivant l’admiration de tous, M.
Roux fit son choix d’après les aptitudes qu’il se reconnaissait;
et une circonstance fortuite amena bientôt le maître à ten­
dre une main affectueuse à son cher élève, à son futur chef de
clinique, au moment o ù ‘le cœur de l’élève se donnait tout
au maître. Nous avons déjà mentionné que M. Roux maniait
le crayon avec une grande dextérité, et un jour Delpech le
surprit dessinant avec beaucoup d’exactitude un malade qui

�25 i

SIRUS-PIRONDI.

allait subir une opération grave; il s’éprit du dessin et du
dessinateur et, à dater de ce jour, M. Roux fut dans l'affection
du maître, placé sur la môme ligne que Michel Serre et Rigal
de Gaillac : trois disciples éminents qui ont honoré l’école
d’où ils sortaient autant par leurs écrits que par les brillants
succès de leur pratique.
Reçu docteur eu 1822, M. Roux présenta comme sujet de
thèse inaugurale une remarquable étude sur les Disjonctions
des épiphyses.
L’épigraphe choisie parle jeune auteur, Observatio Constat,
indiquait assez dans quel esprit ôtait conçu le travail. Aussi
lorsque Lallemand, qui n’avait pas un excès de tendresse pour
les élèves favoris de Delpech, voulut pousser vigoureusement
le jeune récipiendaire, M. Roux défendit son œuvre, avec un
plein succès, car tous ses arguments furent étayés sur des
pièces anatomiques.
Mais avant d’aller plus loin dans l’énumération de ses tra­
vaux, suivons d’abord notre regretté collègue dans les débuts
de sa carrière professionnelle.
N’étant pas né sous des lambris dorés, et les nécessités de
la vie ne lui permettant pas de renvoyer à plus tard la recher­
che d’une position qui put satisfaire à ses exigences, M. Roux
fut s’établir d'abord à Saint-Maximin et y acquit en moins de
deux ans une réputation qui dépassa promptement les étroi­
tes limites du département du Var. Les chirurgiens de la
province étaient eu ce temps-là fort peu familiarisés avec
les grandes opérations d'autoplastie. Les première succès du
jeune arrivant attirèrent donc l’attention des confrères établis
dans les localités voisines, et de tout côté on s'empressait de
lui adresser tous les malades atteints d’infirmités réparables
par la nouvelles chirurgie restauratrice.
Un heureux hasard avait du reste fourni à M. Roux l’occa­
sion de faire en sa faveur une réclame des plus honorables
et des mieux admises par la plus sévère délicatesse.
Un pauvre chanteur de complaintes, très connu dans le
département, allait de bourgade en bourgade mendier le pain
à l'aide de son gosier. Malheureusement pour lui il était atteint

ÉLOGE DE JEAN-NOEL ROUX.

255

d’une difformité de la face qui nuisait parfois à son caractère
naturellement patient et jovial. M. Roux lui proposa l’opé­
ration qui fut acceptée. La difformité disparut et l’on devine
si la propagande d’une pareille guérison fut promptement et
efficacement entreprise par ce pauvre homme, qui put désor­
mais se livrer à ses chansons et à la jovialité de son caractère,
sans redouter cet esprit de mauvais aloi — commun dans les
grandes villes, pas rare dans les petits bourgs — et qui se
montre aussi peu indulgent pour un nez qui fait défaut, que
pour une paupière refusant sa protection à l ’œil.
En 1827, après cinq années de séjour à Saint-Maximin, des
convenances de famille et plus encore le besoin de se placer
au centre d'une soixantaine de communes qui se disputaient
ses soins, engagèrent M. Roux à s’établir à Brignoles où sa
réputation grandissait d’année en année. Mais ce n’est pas
impunément que l’on surmène l’esprit et le corps ; passant
les journées à courir d’une commune à l’autre, et les nuits
à rédiger et collationner les nombreux faits qui se pressaient
sous son observation, la santé faiblit et notre collègue dut se
résigner a prendre un peu de repos ; c'était en 1836. Il pensa
alors, et avec raison, que le climat de Marseille lui serait plus
favorable que celui de Brignoles ; il dut espérer que les
nombreuses et honorables relations qu’il s’était créées dans
notre ville, par suite des intéressants mémoires fréquemment
communiqués à la Société de médecine, lui rendraient l’exis­
tance professionnelle plus facile et moins fatigante qu’au
milieu des campagnes; il lui était eniiri permis de croire qu’en
se fixant dans une grande cité, dotée de grands hôpitaux,
il y trouverait toutes les ressources nécessaires à sa légitime
et très avouable ambition.
Son calcul fut-il exact ? et le résultat a-t-il complètement
répondu à ses espérances ? Nous le verrons plus tard ; mais
revenons maintenant à l’examen de ses couvres scientifiques,
que nous diviserons en trois catégories selon qu’elles s'occu­
pent de Médecine ou de Thérapeutique, de Tératologie, ou
de Chirurgie et de Médecine opératoire. Du reste, dans tous
ses travaux et conformément à la doctrine commune à tous

�2oG \

SIRUS-PIRONDI.

les élèves de Delpech, M. Roux n’a jamais admis une sépa­
ration tranchée, et par cela même dangereuse, entre la méde­
cine et la chirurgie ; ce ne sont pour l u i , comme pour bien
d’autres, que deux parties d’un môme tout.
En tète des travaux appartenant la première catégorie, nous
devons mentionner un excellent mémoire sur le cancer de
l’encéphale et de ses dépendances, imprimé à une époque où les
Lettres de Lallemand cherchaient déjà, et avec succès, à
défricher une partie du vaste terrain concernant les maladies
du cerveau et de ses enveloppes.
Sept observations recueillies avec soin permirent à M. Roux
de bien préciser la symptomatologie de la maladie ; il en fixa
les caractères qui la* distinguent du tubercule cérébral —
s’aidant en cela du mémoire de Gendrin—et détermina la durée
de Révolution de cette dégénérescence fatalement mortelle.
Il limite cette évolution à huit mois ; et le fait a été mis plus
tard hors de doute par les nombreuses recherches de Lebert.
Dans un second mémoiresur l’inflammation de l’arachnoïde,
M. Roux démontre, également par des faits, que dans bien
des cas de plaies de tête, un traitement médical, promptement
et vigoureusement appliqué, est beaucoup plus utile aux
blessés que de longs et infructueux discours sur le mode de
pansement qui peut le mieux convenir à ces plaies.
Dans un autre travail, il s’occupe plus particulièrement de
l’hypertrophie du cœur et défend chaudement Laënnec contre
les idées de ceux qui s’obstinaient à ne voir dans l’œuvre de
l’illustre breton qu’un objet de simple curiosité ! Assurément
l’intention de M. Roux était parfaite; mais, en pareil cas, on
peut se contenter, à l’exemple de l’ancien philosophe, de mar­
cher devant ceux qui nient le mouvement. En tous temps, il
se trouvera toujours des esprits impatients qui, en médecine,
ne comptent pas pour grand chose la précision mathématique
du diagnostic, si l’on ne peut placer immédiatement le remède
en face du mal. Ici, comme ailleurs, il faut savoir se passer de
l’approbation des impatients et se contenter de la satisfaction
que l’on éprouve alors que l’on avance toujours, quoique
lentement, vers un progrès digne de ce nom.

ÉLOGE DE JEAN-NOEL ROUX.

2f&gt;7

Il est d’ailleurs bien évident pour tous que, si d’un côté on
perfectionne do plus en plus l’art du diagnostic, pendant que
de l’autre on analyse de mieux en mieux l’action physiologique
des médicaments, un jour viendra où ces deux moitiés de la
médecine pratique pourront s’unir par la plus utile fusion
scientifique à laquelle on puisse viser.
Dans un quatrième mémoire, M. Roux s’occupe de YEpi­
lepsie et de la Chorée. Il n’était pas encore question alors (1853)
du bromure de potassium. Des deux névroses, la première,
surtout, a fait longtemps le désespoir de la médecine ; et on
se demande aujourd’hui encore si le bromure potassique
tiendra tout ce qu’il semble promettre, ou si l’efficacité qu’on
lui accorde actuellement ne sera pas suivie de la même décep­
tion qu’on a éprouvée jadis avec d’autres médicaments qui ont
eu leur temps de vogue, comme par exemple, l’oxide de zinc I
En supposant toutefois que les premiers succès attribués au
bromure potassique se maintiennent et se multiplient — ce
qui est fortement à désirer — on ne doit pas moins savoir grê
à M. Roux d’avoir apporté son contingent à ce difficile problè­
me de thérapeutique en proposant l’usage de l’hydrocyanate
de fer uni à la valériane. Ses idées à ce sujet ont été longue­
ment et très bien exposées dans la thèse inaugurale de M.
Fabre, de Cotignac (Var), ancien chef de clinique à l’école de
médecine de Marseille.
Quatre autres écrits traitent d’une manière spéciale et avec
une incontestable autorité, 1° de l’emploi de l’émétique à
haute dose, 2° de l’Eau de laurier-cerise comme agent théra­
peutique, 3° du Seigle ergoté, 4° du Colchique. Les travaux
ultérieurs sur ces divers médicaments enlèvent assurément
beaucoup d’intérêt aux recherches expérimentales de M.
Roux, mais la justice veut qu’on le classe parmi les praticiens
qui, en France, ont le mieux et le plus promptement compris
tout le parti que l’on peut tirer de l’emploi du tartre, stibié à
haute dose, lorsque on sait se conformer aux signes de tolé­
rance ou d’intolérance si bien indiqués par Rasori.
Quant au laurier-cerise, c’est encore M. Roux qui a signalé
des premiers la différence du mode de cohobation et la

�258

SIRUS-PIRONDI.

différence des terrains et du climat où a végété le laurier
comme étant les deux principales causes qui peuvent modifier
le résultat de l’expérimentation.
Ceux enfin qui seraient tentés d’écrire l’histoire des varia­
tions qu’a subies l’emploi du seigle ergoté, avant d’étre défini­
tivement admis dans la pratique obstétricale, ne devront pas
oublier que M. Roux, en 1830, fut du petit nombre de ceux
qui protestèrent le plus énergiquement contre les reproches
adressés auseigle, de compromettre la vie de l’enfant et d’expo­
ser la mère à la rupture de l’utérus.
La série des travaux compris dans la deuxième catégorie
n’est pas longue; les monstres sont heureusement fort rares et le
même observateur ne saurait recueillir un grand nombre de
faits de cette nature. Cependant, il a été donné à M. Roux de
relater, dans son premier mémoire sur YAnencéphalie, le fait
connu dans l’histoire des monstruosités sous le nom d Anencéphale de Bras. Deux dessins accompagnent l’obseréation qui
fut adressée, ainsi que la pièce, à J. Geoffroy Saint-Hilaire; et
dans ce travail, après avoir discuté les opinions de Meckel, de
Dupuytren, de Serres et de Breschet sur la production de ces
anomalies, M. Roux adopte la théorie qui attribue à une con­
traction brusque de 1 utérus et à des adhérences consécutives
de l’embryon avec les fibres des enveloppes déchirées, l’arrêt
de développement des organes en défaut.
Deux autres faits concernant une Bodencéphalie et une Notencéphalie ont été encore observés par lui et il les décrit avec le
soin minutieux qu’il apportait dans toutes ces études ana­
tomiques.
Ou pourrait enfin comprendre dans cette catégorie, un
curieux mémoire sur YEnadelphie abdominale, ou grossesse
par inclusion, lu à l’Académie des Sciences le D'août 1830
et complété dams une lecture faite à l’Académie de Médecine,
vers la fin de la même année.
Quant aux travaux appartenant à la troisième catégorie, c’est
là principalement qu’apparalt tout le savoir et l’incroyable
activité de notre collègue Deux mémoires avec planches
sont consacrés à l’étude des tumeurs fibreuses do l’utérus

ÉLOGE I)E .TEAN-NOEL ROUX.

259

dont il admet cinq variétés: tumeur fibreuse proprement dite,
tumeur folliculaire ou glandulaire , tumeur cystique ou vési­
culaire sous-muqueuse, tumeur vésiculaire sus-muqueuse,
et tumeur frangée ; variété qui n’avait jamais été reconnue
ni décrite avant M. Roux.
Mais c’est plus particulièrement encore en autoplastie que
se révèle le digne disciple de Delpech ; partisan éclairé de la
méthode dite par glissement, il a successivement publié
différents mémoires sur la rhinoplastie, la génioplastie, la
cheiloplastie et l’autoplastie sous-hyoïdienne. Dans tous il
apporte des preuves pratiques à l’appui des ingénieux pro­
cédés opératoires qu’il propose; et, avec une sage prévision, il
n’omet jamais d’indiquer quelles sont les dispositions des
parties à reconstituer qui peuvent s'opposer à la réussite de
l’opération et par cela même la contre indiquer.
On sent, en parcourant ces pages, que l’auteur se trouve sur
un terrain qui lui est familier, et on peut résumer l’impres­
sion qu’on éprouve, après les avoir lues, en disant qu’elles sont
écrites de main de maître.
Et cependant, en dehors môme de ce terrain, le maître se
montre encore. Son mémoire sur YImperforation de l’anus,
communiqué à l’Académie de Médecine, est un petit chefd’œuvre que l’on peut consulter avec d’autant plus de profit
que les travaux ultérieurs de Goyrand, de Bouisson et de
ltizzoli, n’ont fait que confirmer les prévisions de M. Roux.
La résection de l'articulation scapulo-humérale, l’amputa­
tion du maxillaire supérieur, les lésions physiques des arti­
culations, la taille bi-latérale, et plus particulièrement l’enchondrome et les kystes séreux du cou ont encore fourni à M.
Roux le sujet de mémoires importants ou de lectures inté­
ressantes à l’Académie de Médecine ; et dans tous, les mêmes
qualités se montrent en relief: beaucoup d’initiative, grande
sagacité et sain jugement.
Mais il est temps d’arrêter cette longue énumération des
titres avec lesquels M. Roux a gravé son nom dans les annales
de la Science. Sa vie, comme écrivain, a été dignement rem­

�260

SIRUS-PIRONDI.

plie. Il s’imposait souvent un excès de travail qui retentissait
péniblement sur son état de santé. Mais il avait adopté une
maxime qui 11e lui permettait pas de s’arrêter. « Celui qui
a consacre, disait-il, ses moments de loisir à communiquer
« aux autres les faits qu’il observe et le fruit de ses médita­
ct lions, est souvent en butte aux traits d’une ignorance
« jalouse, et il se doit à lui-même de répondre à ces traits
a par plus de zèle encore et par de nouveaux travaux.»
M. Roux eut donc à subir parfois les atteintes de la jalousie,
apanage commun à toutes les individualités d’une valeur
réelle, quelle que soit la carrière par elles embrassée. Son
caractère en fut-il affecté ? nous allons en juger en reprenant
le récit de sa vie professionnelle. Ce n’est pas sans quelque
regret, j ’en conviens, qu’il faut ici payer à l’histoire le tribut
que la vérité lui doit. Mais le récit des événements grands ou
petits qui ont accidenté la vie de ceux qui ne sont plus ne doit
pas être perdu pour ceux qui restent. Au surplus, il est toujours
permis, ce nous semble, de puiser dans les souvenirs du passé,
lorsqu’on le fait avec une intention honnête, et sans aucune
arrière pensée qui ne puisse être loyalement avouée.
M. Roux, avons-nous dit, vint s’établir à Marseille en 1836;
il fut, dès l’année suivante, nommé professeur de médecine
opératoire à l’ancienne Ecole de Médecine, et ici commence
pour lui un premier ennui. Le nom de Roux étant très com­
mun en Provence, il était assez naturel qu’en prenant domi­
cile dans le Var, notre regretté collègue joignit le nom du
pays qu’il allait habiter, à celui de sa famille ; c’était une
caractéristique presque indispensable, et ses première travaux
publiés de 1825 à 1828 portent, comme 110m d’auteur, celui
de Roux, de Saint-Maximin.
De 1828 à 1836 le changement de résidence dut forcément
modifier la caractéristique primitivement adoptée et les nou­
velles publications furent signées par Roux, de Brignoles, nom
qui lui est définitivement resté dans la science.
Déjà, dans quelques occasions, et par suite d’erreur volon­
taire ou involontaire, 011 avait tenté de dédoubler le savant
chirurgien de Saint-Maximin d’abord et de Brignoles ensuite ;

ÉLOGE DE JEAN-NOEL ROUX.

2GI

mais ce fut bien pire encore lorsque M. Roux devint mar­
seillais Ne voulant pas, lui, changer une caractéristique qui
était devenue en quelque sorte l’étiquette des produits de son
intelligence, d’autres se chargèrent d'interpréter à leur conve­
nance ce qui ne convenait guère à notre collègue. Aussi
lorsque parut l’arrêté ministériel nommant M. Roux, Profes­
seur de médecine opératoire, il fallut que le grave Moniteur
de l'époque, en mettant des points sur le prénom de Jean-Noël,
vint quelques jours après, rendre à César ce qui lui apparte­
nait, et couper court à des prétentions qui se trouvaient autant
en désaccord avec la justice qu’avec l’intérêt de l’ensei­
gnement.
Ce 11’est pas tout encore. Il vint un moment où les hommes
les plus influents de l’Académie de médecine, tels que Lisfranc,
Velpeau, Rostan et bien d’autres, jugèrent convenable d’ac­
corder à M. Roux la plus haute récompense qui puisse couron­
ner les travaux d’un médecin de province, et son nom fut
inscrit sur la liste des candidats au titre de correspondant.
L’élection eût lieu et le nom de Roux sortit de l’urne ;
malheureusement la caractéristique principale manquait, la
nomination dévia de sa véritable destination, et l’Académie,
ayant déjà été remerciée par le bénéficiaire de l’homonimité,
dut procéder au choix d’un deuxième correspondant, choix
qui atteignit, cette fois, sa véritable adresse.
Ces divers et regrettables incidents eurent déjà quelque
influence sur le caractère, naturellement un peu concentré
de M. Roux. Il croyait remarquer parfois autour de lui des
confrères mal disposés à son égard, alors qu’ils tenaient au
contraire en grande estime sa personne et son savoir ; il se
livrait rarement aux douceurs de l’intimité, se tenait souvent
à l’écart et paraissait regretter d’avoir abandonné Brignoles
pour le chef-lieu des Bouches-du-Rhône.
Cependant au milieu des malaises d’une nature très active,
un dernier espoir diminuait les regrets de son changement de
domicile. Un grand service d’hôpital à sa disposition était le
rêve de toute sa vie. Le concoure n’existait pas alors ; et
d’ailleurs la tournure d'esprit et le genre de talent oratoire de

�V

262

SIRUS-PIRONDI

ÉLOGE DE JEAN-NOEL ROUX.

notre collègue n’était pas de ceux qui réussissent le mieux dans
ces sortes de luttes ; toutefois M. lloux pouvait espérer que sa
position de professeur de médecine opératoire lui permettrait
un jour d’être chargé, au moins temporairement, et comme
suppléant, du service de la clinique chirurgicale; pareille
suppléance n’étant pas, en effet, sans précédents à une époque
où l’école de médecine de Marseille n’avait pas encore bénéficié
des réformes de l’organisation actuelle. Ce jour tant désiré
arriva enfin, mais loin de faciliter le but poursuivi par M.
Roux, il l’éloigna à jamais, et ceci mérite une mention
spéciale.
C'était en 1838 ; le professeur de clinique, désirant prendre
quelques jours "de repos, se décide à confier le service aux soins
de son collègue chargé de l’enseignement de la médecine
opératoire; le rêve allait donc se réaliser : il n'y eût cependant,
au réveil, qu’une déception de plus pour M. Roux. 11 se mit
à l’œuvre avec beaucoup de zèle, mais trop de zèle ; il obtint
auprès des malades, et auprès des élèves, beaucoup de succès,
mais trop de succès; et parmi les suffrages reçus, il y en eut
encore un de trop et qui devait faire verser la mesure : ce fut
celui de Lallemand. On n’a pas oublié, sans doute, qu’à cette
môme époque le savant professeur de Montpellier s’occupait
avec prédilection d’un sujet auquel il a consacré trois volumes
de ce style aussi vigoureux qu’original qui caractérise ses
œuvres. On pria donc M. Lallemand, qui se trouvait de pas­
sage à Marseille, de faire dans l’Amphithéâtre de l’Hùtel-Dieu
une leçon — qu’on appellerait aujourd’hui une conférence —
sur la Spermatorrhée involontaire.
Après cette leçon (l), qui eut un très grand succès et dont
l’auditoire était composé non-seulement de tous les élèves de
l'école mais d'un grand nombre de médecins de la ville, on
visita l’hôpital et au milieu de la salle des blessés on dut
s’arrêter, et unanimement applaudir à un brillant résultat
d’autoplastie de la face récemment pratiquée par M. Roux.
(1) Elle fut recueillie avec beaucoup d’exactitude
journal de la localité par M. le docteur Rivière.

et publiée dan? un

263

Personne ne s’abstint assurément d’adresser des félicitations
bien senties à l’habile chirurgien suppléant, mais........on ne
mit jamais plus son zèle à contribution.
Qu’on ne suppose pas, qu’en rappelant'ce nouvel exemple
des faiblesses humaines, nous ayons le triste désir d’amoindrir
le respectueux hommage que l’on doit à la mémoire d'un
homme de talent, qui occupa dignement, parmi les médecins
de Marseille, une position des plus distinguées. Certes la
grande et belle figure de Dupuytren n’est pas descendue de
sou piédestal par cela seul qu’on a pu reprocher à cet éminent
chirurgien plus d’un trait de jalousie mesquine et peu digne
de son immense renommée. Mais, encore une fois, l’histoire
offre des enseignements qu’il est toujours utile et souvent
nécessaire de connaître ; la science a plus particulièrement le
droit de s’enquérir de tout ce que peuvent faire perdreau vrai
progrès les convenances ou les susceptilités individuelles; et
on ne peut se défendre d’un vif regret quand on songe à tout
ce que la chirurgie militante aurait eu à gagner si un homme
delà valeur de M. Roux eût été placé à la tète d’un grand
service d’hôpital. Tout ne fut pas perdu , cependant, pour la
science écrite, et on a pu en juger par le nombre et l’impor­
tance des publications sus mentionnées.
Lorsque à la réorganisation des écoles préparatoires, la
chaire de pathologie externe fut réunie à celle de médecine
opératoire, M. Roux se trouva enfin chargé d’un enseignement
qui convenait admirablement bien à la variété de ses con­
naissances et à la richesse de son manuel opératoire. Ce que
fut cet enseignement, peuvent seules le dire les nombreuses
générations d’élèves qui se sont succédé à l’Ecole. Constatons
seulement que si l’organe était un peu faible chez le profes­
seur, si la diction était parfois lente et un peu froide, ces
très-légers défauts étaient amplement compensés par la clarté,
par la précision et par l’incomparable méthode avec lesquelles
il savait mettre à la portée des élèves tout ce qu’il leur importe
de savoir. Il faisait plus encore ; il leur inspirait ce qu il te­
nait lui-même de son premier maître, le goût du travail ; et
maintes fois, à l occasiou des examens de fin d’année, il eut

�261

SI RUS-PI RONDI.

l'heureuse chance de se voir féliciter lui même par ses col­
lègues, à propos de l’instruction déjà fort avancée dont té­
moignait l’interrogatoire de quelques jeunes gens n’ayant
encore qu’une année d’étude 1
Associé à l'Académie de médecine, à la Société Impériale de
chirurgie et à beaucoup d’autres corps savants ; appelé deux
fois à la présidence de notre Compagnie et rappelé souvent
dans son Conseil d’administration, une seule distinction ho­
norifique a fait défaut à M. Roux, et c’est précisément celle
qu’il aurait dû recevoir depuis longtemps ; car, en dehors de
ses travaux et de sa longue carrière universitaire, il avait
rendu à l’administration, comme membre du Conseil d’hy­
giène du Yar, et comme médecin légiste attaché au parquet
de Ilrignoles, des services qui honorent sans doute celui qui
les rend mais qui obligent aussi ceux qui les reçoivent.
Les obligés ont oublié ; disons mieux, ils ont fait en se rap­
pelant une part trop large au zèle des âmes charitables qui, dans
une première occasion, couvrirent M. Roux d’un manteau
trop rouge, réservant pour la seconde édition un manteau
trop blanc I Or, ces deux couleurs n’étant pas précisément des
plus à la mode à ces deux époques, il était facile de prévoir le
résultat de ces bienveillantes manœuvres.
La science et le dévouement envers ceux qui souffrent n’ont
pas de couleur; mais la vérité est que M. Roux n’a jamais
aimé les teintes extrêmes. Il voulait l’ordre sans despotisme, et
désirait la liberté sans licence ; et il semble permis de croire
que pareille déclaration de principes ralliera toujours, sous un
même drapeau, tous les gens sensés qui placent au dessus des
petites rancunes et des grandes ambitions, le repos de leur
pays et la possibilité d’une vie aisée pour le plus grand
nombre, en facilitant le travail par la stabilité des insti­
tutions.
M. Roux se consola de cet oubli en redoublant de zèle pour la
vulgarisation d’idées utiles à l’art de guérir et en maintenant
l’enseignement de la chirurgie à la hauteur très-remar­
quable qu’il lui avait imprimée dès le début de son profes­
sorat.

ÉLOGE DE JEAN-NOEL ROUX.

265

Arrivé à l’Age de 72 ans. sans que ses belles facultés intel­
lectuelles eussent aucunement faibli, il ne se lit bientôt au­
cune illusion sur la nature et la gravité des souffrances phy­
siques qui le tourmentaient. Le séjour à la campagne et le
repos parurent enrayer d'abord les progrès de la maladie;
mais ce ne fut qu'une amélioration temporaire, car malheu­
reusement les soins les plus tendres et les plus dévoués ne pou­
vaient triompher d’une lésion organique profonde et d’un
complet épuisement des forces.
Les progrès du niai furent donc rapides, et M. Roux com­
prit bientôt que sa fin était prochaine; mais, doué de senti­
ments religieux et n’ayant jamais séparé la philosophie de la
foi chrétienne, il put envisager la mort avec la sérénité de
l'honnête homme qui, devant Dieu et sa conscience, croit
n’avoir rien à se reprocher.
Son cœur et son intelligence ne connurent jamais d’autre
passion que celle de la famille et de l’étude. Nous avons
vu ce qu’il a fait en l’honneur de la profession qu’il
avait embrassée ; et personne de nous n’ignore que de son
vivant il a dû éprouver la plus douce satisfaction que
puisse ambitionner un père, celle de voir son fils et son gendre
honorer, à leur tour, le nom qu’ils portent, soit dansleservice
des hôpitaux, soit dans la carrière de l’enseignement où ils
sont entrés par la porte la plus enviable entre toutes: celle
des concours.
Telle fut la vie, Messieurs, et telles sont les œuvres du pro­
fesseur Jean-Noël Roux, de Ilrignoles.
Puissé-je, en traçant ces lignes, avoir rendu à la mémoire
de notre regretté collègue tout ce qu’elle a si bien mérité.
Que si le tableau laisse pourtant encore à désirer, s’il présente
de trop nombreuses imperfections, ce n’est pas assurément au
modèle qu’il faudra s’en prendre mais à l'insuffisance du
peintre.
SlRüS-PmONDI.

17

�4

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

Nous avons vu plus haut une procidence du cordon com­
pliquant une présentation du pelvis amener la mort d’un
garçon peu après son expulsion. Dans ces deux derniers cas,
nous voyons le garçon le plus volumineux (4,200 grammes)
naître vivant, après 5 heures de travail, dans un 3"' accouche­
ment tandis que celui qui ue pesait que 4,000 grammes est né
mort après 7 heures de travail, dans une 2“° grossesse. Ce
dernier avait à la vérité un diamètre bi-pariétal de 96 millim.,
soit un millimètre de plus que le diamètre bi-pariétal du
précédent. Or ce n’est certainement pas à cette faible différence
dans les deux diamètres céphaliques qu’on attribuera la mort
du garçon qui a succombé. Cette mort échappe donc à la cause
signalée par M. Simpson.
Parmi les causes de mort dues à la mauvaise conformation
de la mère nous trouvons trois casd’angustie pelvienne:

MÉMOIRE
SUR LE

RAPPORT EXISTANT ENTRE LE'VOLUME DES ENFANTS
et leur résistance vitale dans l'accouchement normal
P a r le Dr V IL L E N E U V E p è re .
( Voyez n* 12 — 20 décembre 1869, n* 2 — 20 février et n* 3 — 20 mars 1870. — Fin. )

Il nous reste donc à démontrer de la manière la plus rigou­
reuse que la mort des enfants volumineux, pas plus celle des
garçons que celle des tilles est due à des causes généralement
étrangères à leur plus grand poids et aux plus grandes
dimensions de la tête.
Nous allons .examiner d’abord les causes relatives à la mort
des garçons.

BASSIN ÉTROIT.

2 garç. morts-nés

Sur trois présentations du pelvis nous trouvons :
Bi-firitul.

1 garçon mort-né — l ” gros.—25 h. do Irav.— 96 mil.— 4,000 gr.
»»rt p«i ijrtj— 2**gros.— 11 h. (cordon)— 94 » —1,110 » (f ît)
— 4 - gros.— 12 h.
—105 » —4,150»

267

4 1 » mort le 3* J.
I

» vivant.

Trsvail. W-pariétjl.
Baisla.
i garçon mort-né — 1" gros. : 72 h .— 94 m il.— 4,000 gram. : 93 mil.
(Voyez pages 971-972 )
1 garçon mort-né — 5** gros. : 78 h . — 95 m il.— 4,250 g r.—(poi. occlp. post.)
1 garçon m .lo3*j.— G"* g ro s.: 31 h . — 95 m il.— 4,000 ûst. Us. ugin. ) Bassin
1 garçon vivant — 1 " gros. : 40 h .— 98 m il.— 4,200 grammes. )90 ml
( Voyez pago 109.20 fév. 1870. )

Ces quatre faits d’angustie pelvienne ne semblent-ils pas
venus se grouper pour donner un démenti à la théorie du
professeur d’Edimbourg ? C’est en effet le garçon qui présente
le diamètre bi-pariétal le plus étendu (98 millim.) qui liait
«4 la vérité dans un état grave d’asphyxie apoplectique; mais
qui revient 4 la vie, malgré la circonstance aggravante d’un
premier accouchement, après avoir traversé un rétrécissement
de 90 millimètres et après avoir subi Faction d’une serviette
roulée autour du cou, pour opérer son extraction. Ne dirait-on
pas que cette résistance vitale de la part de ce garçon, a été
en raison directe de ses plus grandes dimensions céphaliques?
Peut-être qu’on peut attribuer la persistance de la vie chez
cet enfant4 la présence d’une certaine quantité d’eau conservée
4 la partie la plus déclive de la poche amniotique par le fait
de sa rupture spontanée 4 sa partie supérieure et 4 l'empres­
sement que l’on a mis 4 appliquer le forceps aussitôt après la
dilatation complète de l’orilice utérin.

�268

VILLENEUVE.

On pourrait peut-être rapporter la mort d’un garçon, qui a
succombé le 3* jour après son extraction par le forceps, à un
cas d’angustie pelvienne relative; je dis relative, parce que
cette femme,accouchée pour la sixième fois,avait présenté dans
son 4* accouchement des difficultés assez grandes pour exiger
l’intervention de l’art pour un cas d’inclinaison latérale du
vertex, à peu près semblable à celui dont nous nous occu­
pons en ce moment ; ce qui nous fait supposer que, quoique
cette femme soit accouchée quatre fois spontanément, il est
probable que les difficultés présentées par le 4* et G* accou­
chements, ont été produites par le volume d’un fœlus, dont
les dimensions, quoique normales, étaient probablement
supérieures à celles des fœtus expulsés naturellement.Le laps
de temps écoulé (17 heures) entre l’écoulement des eaux et
l’application du forceps, opérée aussitôt après la dilatation
complète de l’orifice, a permis une compression d’autant plus
forte contre les parties que les contractions étaient devenues
plus subintrantes, par le fait d’un rétrécissement plus que
probable du bassin, et a déterminé, sous cette pression éner­
gique, une escarrhe vaginale,qui ne se serait pas produite sans
la double condition d’un certain degré d’angustie pelvienne
et d’une tête relativement plus volumineuse, sans doute, que
celle des enfants qui sont nés spontanément, dans les quatre
autres accouchements précédents. (Voy. pages 077-979. 20
décembre 1809.)
L’action du seigle ergoté, administré en ville avant l’admis­
sion de cette femme à la maison d’accouchement, n’a pas peu
contribué à produire l’infirmité dont cette femme s’est trouvée
affligée, heureuse qu elle a été de n’avoir pas été victime d’une
rupture utérine, que j ’ai vu se produire chez une femme
accouchant pour la 5* fois, et qui a succombé 2 heures après
ce fâcheux accident, produit par l’action du seigle ergoté
malencontreusement administré.
Des deux garçons morts-nés [Voy. deuxième observation,
pages 971, 20 décembre 18G9), le premier, pesant 4000 gram­
mes, en dehors des inconvénients d’une première épreuve
d un travail de 72 heures, a eu à subir aussi l’action malfai-

RÉSISTAXCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

269

santé du-seigle ergoté, administré en ville avant l’admission
de sa mère à la maternité : le second garçon (Voy. treizième
observation, page 104), mort-né, provenant d’un 5* accouche­
ment, a dû être extrait par le forceps, après 78 heures de
travail, quoique sa mère ait eu deux accouchements naturels
h terme. C’est encore un cas d’angustie relative, puisque le
diamètre sacro-pubien supérieur mesurait 102 millim. Le
diamètre bi-pariétal de l’enfant en avait 95 et cependant les
désordres que nous a présentés le crâne de cet enfant (fracture,
fêlure, enfoncement), ne sauraient s’expliquer par le rapport
existant entre 95 millim. de diamètre bi-pariétal et 102 mil.
de diamètre sacro-pubien au lieu de 110. Evidemment si
l’enfant s’était présenté en première du vertex, cet accouche­
ment se serait terminé aussi naturellement que le premier et
le troisième. C’est donc bien plus à la position défectueuse du
vertex (occipito-postérieure droite) qu’il faut rapporter la mort
de ce garçon, qu’à l’étendue de ses dimensions céphaliques et
encore moins à l’excès de son volume.
Cinq garçons, dont 1 mort 12 heures après sa naissance a
présenté à l’autopsie une perforation intestinale; *in mort le
deuxième jour, à la suite du choléra, avait un diamètre bi­
pariétal de 85 millim., quoiqu’il pesât 4000 grammes : un
troisième succombe le treizième jour après l’accouchement à
la suite d’une pneumonie. 11 était le produit d’une première
grossesse, avait subi 45 heures de travail et avait un diamè­
tre de 100 millim.
Des deux autres garçons qui ont succombé à des maladies:
l’un meurt le dix-septième jour, à la suite d’un érysipèle, et
l’autre le dix-neuvième jour, à la suite du muguet.
On ne saurait donc attribuer la mort de ces 15 garçons à
leur volume. Le quinzième pourrait peut-être revendiquer
pour cause de sa mort, l’étendue de ses dimensions céphali­
ques; le diamètre bi-pariétal; ayant 107 millim., attendu
qu’il a succombé le troisième jour après sa naissance à la
suite de convulsions que les difficultés de l’accouchement
produites par ce volume auront pu déterminer, mais on ne
saurait ne pas tenir compte de la circonstance d’un premier

�VILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

accouchement, d’un travail de 42 heures et du long intervalle
qui s’est écoulé entre la rupture des membranes et le mo­
ment de l’accouchement (53 heures), voyez huitième obser­
vation, page 976. — Marseille Médical, 20 décembre 1869.
En résumé, ne ressort-il pas de cet examen minutieux, que
la mort des garçons est plutôt due à des causes étrangères à
leur volume qu’à leur volume même? il serait inutile d’insis­
ter d’avantage d’après l'exposé que nous venons de faire.

produit du développement morbide de la tête de son enfant
que de son volume normal. Ce n’est pas au diamètre de 100
millim., que la tête de la seconde a présenté, qu’il faut rap­
porter sa mort, mais bien à la présentation défectueuse et
plus particulièrement à l’administration du seigle ergoté; ce
qui a nécessité, vu les contractions spasmodiques et la proci­
dence du cordon, Révolution artificielle de l’enfant au moyen
des crochets aigus (voy. page 206, 20 mars 1870) chez une
femme parvenue à sa 7* grossesse et qui a succombé le
septième jour de ses couches.
Nous n’avons pas à nous appesantir sur la cause qui a
produit la mort chez les trois filles les moins volumineuses
(90 à 93 millim. de diamètre bi-pariétal), dont une a suc­
combé à la syphilis, 3 jours après sa naissance, et deux à la
pneumonie, l’une le deuxième jour et l’autre le onzième.
Une seule pourrait mériter de fixer notre attention ; c’est
celle qui est morte 13 jours après son extraction avec le
forceps et dont la mort pourrait à la rigueur être attribuée,
sinon à l’étendue de ses dimensions céphaliques (bi-pariétal
95 millim.), du moins aux difficultés inhérentes à un premier
accouchement, à la rigidité de l’orifice utérin, aux contrac­
tions spasmodiques de l’utérus et surtout à la rupture pré­
maturée des membranes qui s’est effectuée 30 heures avant
l’extraction du forceps, qui a nécessité l’intervention de M. le
chirurgien-adjoint et de M"* la sage-femme en chef. D’ailleurs
cette fille, née dans ces fâcheuses conditions, a été ranimée au
point de devenir très-vigoureuse; mais la suppuration des
plaies produites par les tractions du forceps, ont fini par
l’épuiser et la faire succomber le treizième jour après sa
naissance.
Nous pouvons donc conclure hardiment, d’après l’examen
approfondi et détaillé des causes qui ont déterminé la mort
des enfants volumineux, que : 1° du côté des garçons, à partir
du poids de 4300 grammes, le nombre des garçons morts es^
inférieur à celui des filles mortes : 1 garçon mort sur 6 et 3
filles mortes sur 8 ; 2° qu’à partir de 4400 grammes, jusqu’à
5100 grammes, sur 41 enfants, il y a 32 garçons, tous nés

270

Quoique le sort des filles ne soit nullement mis en cause,
d’après la théorie de M. Simpson, je crois pourtant devoir
fixer l’attention de mes lecteurs, sur la part qu’elles prennent
parmi les enfants volumineux de leur sexe. On verra que,
quoique moins nombreuses dans cette catégorie d’enfants,
leur sort est à peu de choses près identique à celui des
garçons. [Voy. page 266.)
Le petit nombre de tilles mortes, parmi les filles volumi­
neuses : 6 sur 58, nous permet de constater plus facilement
que chez les garçons, que les causes qui les ont fait succomber
sont presque toutes étrangères à l’excès de leur volume.
Le tableau suivant en donnera la preuve.
VT,
( l Hydrocéphale............ 100 mil. 48 h.
Nées mortes.
.
(1 Epaule-crochets aigus 100 » 39 h.
Le 2 " jo u r . 1 Pneum onie................ 93 » 38 h .
Le 3 " » . 1 Syphilis..................... 92 »
8 h.
Le 11" » . 1 Pneumonie.................. 90 »
2 h.
Le 13®* » . 1 Plaies produilespar le
forceps ................. 95 » 36 h.

4,200 grammes.
4.300
»
4,000

»

4.300

»

6

Les deux premières filles inscrites au commencement du
tableau, présentent des causes de mort tout-à-fait indépen­
dantes de leur développement, quoique toutes deux présentent
un diamètre bi-pariétal de 100 millimètres. La tête de la
première, extraite par le forceps et séparée du tronc après
l’accouchement, a donné le poids de 1200 grammes. La mère
a été affectée d’une fistule vésico-vaginale qui a été plutôt le

271

�VILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

vivants dont I seul est mort, le dix-neuvième jour, à la suite du
muguet et 9 tilles seulement et 3* enfin que si le nombre des
garçons devient d'autant plus supérieur à celui des filles que
leur poids et leurs diamètres céphaliques sont plus grands, il
est constant que le nombre des garçons morts non seulement
diminue, mais que leur résistance vitale est en raison directe
et de leur plus grand volume et de leurs plus grandes dimen­
sions céphaliques. C’est ce qui a été surabondamment démon­
tré dans les pages ‘203, avant dernière ligne et voyez le tableau
page 210 et pages 211 et 212 (20 mars 1870).
Conclusion définitive.
La mort des garçons n’est nullement due à l’excès de leur
volume, mais bien à des causes dépendantes, soit :
1* De la primiparité de la mère, jointe à l’écoulement plus
ou moins prématuré des eaux de l’amnios et à la rigidité de
l’orifice utérin ou des parties génitales externes.
2* D’une angustie absolue ou relative du bassin de la mère.
3" D’un état morbide de la mère, tel que l’éclampsie, la
syphilis, l’albuminerie, etc.
4* Des mauvaises présentations ou des positions défectueuses
du fœtus.
5°D’un état pathologique de ce dernier: tel que l’hydro­
céphalie, diverses tumeurs du fœtus; perforation intestinale
(Voy. page 100, 20 février 1870); état convulsif intrà ou extràutérin.
6" Enfin de manœuvres inintelligentes ou de l’administra­
tion intempestive du seigle ergoté dans des accouchements
qui en proscrivent l’usage (primiparité, présentations du tronc,
positions oecipito-postérieures permanentes).
Il en est de même du sort des filles volumineuses et quoi­
que leur nombre décroisse considérablement à mesure que
les enfants deviennent de plus en plus volumineux, nous
avons suffisamment démontré que les proportions des filles
mortes donnait un nombre de décès à peu de choses près égal
à celui des garçons [Voy. page 214, deux dernières lignes et
page 215, lignes 5 et 6, 20 mars 1870).

Il nous reste à considérer la part d’influence que le volume
des enfants et surtout des garçons a pu exercer sur la mort
des mères.
Nous trouvons seulement quatre mères mortes. Trois d’entr’elles appartiennent à la 1" catégorie des enfants pesant de
4000 à 4050 grammes, c’est à-dire à la catégorie des enfants
les moins développés parmi les enfants volumineux.
La première des mères a succombé à la péritonite, trois jours
après son accouchement. Son enfant, du sexe masculin, est né
le 22 mars 1867, après 10 heures de travail, à la suite d’une 4“*
grossesse, il est mort deux jours après sa naissance; il pesait
4000 grammes et avait un diamètre bi-pariétal de 90 milli­
mètres.
La seconde, met au monde une fille bien portante, après un
travail de 15 heures dans un premier accouchement; mais
envahie par une épidémie typhoïde, qu’avait développé le
déblai des terrains de la rue Impériale, dont les exhalaisons
malsaines pénétraient dans les salles des accouchées, qui se
trouvaient à cette époque dans l’hospice de la Charité, elle
meurt huit jours après son accouchement, qui eut lieu le 26
décembre 1868 [Voy. page 969, 20 décembre 1869). Son enfant
ne pesait que 4000 grammes et avait un diamètre bi-pariétal
de 9i millimètres. On l a confiée à une nourrice.
La troisième, accouche pour la 1'* fois, après 43 heures de
travail, d’un garçon mort-né, qui s’est montré en 1” position
diagonale de la face (mento-postérieure droite ,avec incli­
naison frontale) le 25 mars 1849 [Voy. page 9*3, 20 décem­
bre 1869),
L’enfant pesait 4050 grammes, avait un diamètre bi-pariétal
de 105 millimètres et la mère succomba quatre jours après à
une infection purulente produite par les escarrhes du vagin.
La quatrième, enfin, meurt 7 jours après un 7mAaccouche­
ment qui, par la nécessité à laquelle on a été réduit de prati­
quer l’évolution artificielle au moyen des crochets aigus, a été
funeste à la mère et à l’enfant, qui était du sexe féminin [Voy.
page 206, 20 mars 1870).
Cette enfant pesait 4,300 grammes, avait à la vérité un dia-

212

213

�r.

VILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

mètre bi-pariëtal do 100 millimètres et avait été extraite après
39 heures de travail. La lecture attentive de cette observation
aura suffi pour faire comprendre que ce n’est ni au poids ni à
l’étendue du diamètre bi-pariétal qu’on pourrait attribuer la
mort soit de la mère, soit de l’enfant. Nous n’entrerons pas dans
de nouveaux développements, qui ne seraient que d’inutiles
redites. 11 ne s’agit pas d’ailleurs d’un garçon, mais bien d’une
ülle : ce qui n’ontre pas dans le cadre de la théorie de M.
Simpson. Malgré cette réserve, on nous permettra de faire
observer que, sans les fautes commises pendant le travail et
surtout avant l’admission de cette femme dans l’hospice de la
Maternité, on aurait pu au moins sauver la mère, qui avait
déjà échappé aux chances de six accouchements précédents.
D’après les notes que nous venons de donner sur la mort de
ces quatre femmes, il est facile de constater :
1* Que le volume des enfants n’a pas exercé la moindre
influence sur ce résultat fâcheux pour les mères.
2* Que le nombre des enfants provenant de ces quatre mères
mortes a fourni autant de filles que de garçons.
3° Que des deux garçons : l’un pesait 4000 grammes, avait un
diamètre bi-pariétal de 90 millimètres, est mort 2 jours après
sa naissance sans cause connue. Mère morte le troisième jour
de la péritonite; l’antre garçon, mort-né par le fait d’une posi­
tion défectueuse de la face (mento-postérieure droite), pesait
4050 grammes, avait un diamètre bi-pariétal de 105 millimè­
tres. Mère morte plutôt par le fait de la mauvaise présentation
et surtout par le fait de l’inclinaison frontale, qui a favorisé
l’attrition des parties molles de l’excavation et du vagin, rédui­
tes en pourriture d’hôpital.
4° Que des deux filles provenant de leurs mères mortes après
l’accouchement; l’une, née bien portante pesait, 4000 gram­
mes, avait un diamètre bi-pariétal de94 millimètreset la mère,
comme nous l’avons dit plus haut (page 273 ligne 17), avait suc­
combé le huitième jour à une infection typhoïde que le déblai
des terrains, avait rendue épidémique dans les salles de la Cha­
rité, voisines de ces terrains mis en mouvement ; l’autre fille
née morte pesait 4300 grammes, avait un diamètre bi-pariétal

de 100 millimètres, mais présentait l’épaule gauche à la fin
d’une 7ro* grossesse. La mère, heureuse jusque-là dans tous
ses accouchements précédents, se trouve victime de la mau­
vaise direction donnée dans la marche de cet accouchement
essentiellement artificiel et dont les difficultés sont devenues
d’autant plus fâcheuses qu’elles ont ôté aggravées par l’admi­
nistration,aussi intempestive qu’inintelligente, du seigle ergoté
dans une présentation d’épaule, quia nécessité une évolution
artificielle par le pelvis avec les crochets aigus, évolution
rendue plus laborieuse par le spasme permanent dans lequel
se trouvait l’utérus.
Ce simple exposé suffit pour démontrer de la manière la plus
concluante que l’excès de volurïie des enfants et surtout des
garçons, n’a pas plus d’influence sur la mort des enfants que
sur celle des mères.
Cour apporter une preuve irrécusable à cette conclusion,
nous nous permettrons d’exposer le tableau suivant où l’on
verra clairement qu’à partir du poids de 4,400 grammes et audessus; sur 41 enfants, on trouve 32 garçons et 9 filles seule­
ment, et qu’un seul garçon sur 32 a succombé à une cause toutà-fait étrangère au volume de l’enfant, puisque, né le 18
novembre 1850, il est mort le 7 décembre suivant (19 jours
après son extraction avec le forceps), à la suite d’un muguet
qui s’est déclaré plusieurs jouis après sa naissance. On peut
donc affirmer qu’à partir de ce poids jusqu'à celui de 5,100
grammes, si sur ce nombre de 32 garçons, il y en a un qui
soit mort, ce n’est certainement pas plus à son poids plus élevé
(4.500 grammes) qu’à la plus grande dimension de ses diamè­
tres céphaliques (bi-pariétal 100 millimètres) qu’il faut attri­
buer sa m ort, mais bien plutôt à l’influence de la saison
(novembre), aux miasmes hospitaliers, et surtout à un allaite­
ment insuffisant.

274

275

�RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.
VILLENEUVE.

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277

Il est facile de constater que sur les quatre mères mortes, il
en est trois qui appartiennent à la première catégorie c’est-àdire à celle dont le poids des enfants est moindre que celui des
enfants des catégories suivantes. On remarquera de plus qu’eu
dehors des causes tout à fait étrangères au volume des garçons,
les femmes qui ont succombé aux suites de leur accouchement
ont mis au monde un nombre de garçons, égal à celui des
filles. Il résulte de cet examen que les garçons étant plus
nombreux que les filles parmi les enfants volumineux, les pre­
miers (garçons) sont moins nuisibles à leurs mères que les
dernières (tilles). En effet, deux mères mortes misesen rapport
avec 143 garçons volumineux, établissent une proportion
d’une mère morte sur 71 garçons, et une légère fraction et deux
mères mortes sur 58 filles, nous donnent la proportion bien
plus considérables d’une mère morte sur 29 filles. Résultat
tout à fait contraire à celui que signale M. Simpson.
Dans un travail ultérieur, il nous sera trop facile de prouver
que la mort atteint bien plus souvent les femmes qui mettent
au monde des enfants moins volumineux que ceux dont nous
présentons les tableaux détaillés.
Il est donc rigoureux de conclure :
1° Que le volume des enfants et principalement celui des
garçons n’a aucune influence sur la mort de ces derniers, et
2° que cette influence est également nulle sur la mort des
mères; 3" enfin, qu’avec un poids de plus en plus considérable
des enfants, le nombre des filles diminue; que celui des gar­
çons augmente et que les cas de mort disparaissent parmi les
enfants et les mères, à la condition que les présentations et les
positions des enfants, surtout des garçons, et que la confor­
mation du bassin des mères se trouvent dans l’état normal et
que, bien plus, les garçons ont une puissance de résistance vi­
tale d’autant plus grande qu’ils ont un poids plus considérable
et des diamètres céphaliques plus étendus en dehors de l’état
pathologique tel que celui de l’hydrocéphalie, etc., etc. (Voyez
17“* observation, page 212 à 214, 20 mars 1870).
Il n’est pas étonnant que le nombre des mères mortes soit si
petit parmi celles qui ont mis au monde des enfants volumi-

�VILLENEUVE.

RÉSISTANCE VITALE DES NOUVEAU-NÉS.

neux, par la raison que cet excès de développement est non
seulement une garantie de résistance vitale pour les enfants
de l'un et de l’autre sexe, et même pour les mères, comme il
est facile de le constater par l’examen le moins attentif. Quel
rapport, en effet, y a-t-il entre le volume des enfants et la cause
de la mort de leurs mères ? Sur les quatre mères mortes, deux
sont accouchées d'enfants, dont le diamètre bi-pariétal avait,
chez le garçon, 105 millimètres d’étendue, mais c’était pour
un cas de position mento-postérieure droite avec inclinaison
frontale (Marseille médical, 20 décembre 1869, page 972), et
chez la fille, 100 millimètres, mais pour un cas d’évolution
artificielle avec les crochets aigus (Epau le — Seigle ergoté, — 7"*
accouchement) (Marseille médical, 20 mars 1870, page 206 et
suivantes).
Les deux autres mères mortes étaient accouchées: l’une, d’un
garçon ayant un diamètre bi-pariétal normal de 90 milli­
mètres, et la dernière d une fille vivante (diamètre bi-pariétal
91 millimètres). Or, je le demande, quelle influence ont exercé
sur la mort de ces quatre mères les dimensions céphaliques?
J’ai déjà fait observer que le poids des enfants ; celui des gar­
çons était le plus petit parmi les enfants volumineux (40004050 grammes) tandis que celui de la fille morte était de 4300
grammes.
Au dessus de ce dernier poids, non seulement on ne voit plus
de mères mortes, mais sur les 41 enfants beaucoup plus volu­
mineux que les précédents, nous trouvons 32 garçons nés tous
bien portants, dont un seul est mort 19 jours après sa nais­
sance, à la suite d’un muguet tardivement déclaré, et filles
vivantes.
Sur les 32 garçons, 14 présentent des diamètres bi-pariétaux
de 100 millimètres et au dessus (un sur deux 2/7), et sur les 9
filles 2 ont un diamètre bi-pariétal de 100 et 1 de 103 (un sur
trois).
11 est donc surabondamment démontré 1° que non seulement
le volume des garçons ne porte aucune atteinte à leur vie, mais
leur donne plus de chances de résistance vitale et que, quoique
le nombre des filles diminue en raison directe du volume des

enfants, celles qui naissent avec de grandes dimensions par­
tagent les mômes conditions favorables des garçons, et 2° que
la mort des mères ne reçoit aucune influence fâcheuse du vo­
lume des enfants.
Il nous sera facile de démontrer, dans un travail ultérieur
et plus compliqué, que le nombre des femmes qui succombent
aux suites de l’accouchement trouvent des causes demortbien
plus multipliées, dans les cas où elles mettent au monde des
enfants qui naissent dans les conditions tout à fait normales
quant à leur développement, et môme dans les cas où la gros­
sesse présente des phénomènes morbides dans le cours de ses
diverses phases.
Il nous suflit pour le moment de donner la preuve que des
idées de simple intuition ne sont pas toujours fausses,
quoique les faits ne se soient pas encore produits pour les con­
firmer; que de plus, ces idées intuitives peuvent quelquefois,
rarement si l’on veut, renverser des théories que des hommes
d’un talent incontesté viennent appuyer sur des faits en appa­
rence irrécusables, et présentés par les hommes les plus com­
pétents et les autorités les plus prépondérantes telles que celles
des Collins, des Clarke et des Simpson.
J’ai donc eu raison de m’abstenir d'émettre en 1845, après
la lecture que je venais de faire du mémoire de M. Simpson,
la pensée que je ne pouvais me résoudre à croire que le danger
d’un produit de conception et celui de sa mère était en raison
directe deson plus grand développement.Publier une semblable
opinion aussitôt après cette lecture eut fait jeter un cri de ré­
probation mérité en présence d’un travail aussi consciencieux
et provenant d’un homme aussi éminent que le célèbre pro­
fesseur de la Faculté d’Edimbourg. Je me suis donc résigné à
concentrer en moi la pensée contradictoire que m'avait sug­
gérée la lecture de ce mémoire remarquable, et j ’ai demandé
aux faits ultérieurs la consécration de cette idée intuitive et
qui me poursuivait sans cesse.
Je crois donc, après vingt-cinq ans d’attente et d’examen,
avoir donné la preuve irréfutable :
1* Que parmi les enfants volumineux, le nombre des garçons
l’emporte sur celui des filles ;

278

279

�280

VILLENEUVE.

2“ Que la résistance vitale soit des garçons, soit des tilles est
en raison directe de leur plus grand développement ;
3" Enfin, que la mort des mères est d’autant plus rare que
les enfants qu’elles mettent au monde sont plus volumineux,
à la condition que le bassin de ces mères et les présentations
ou les positions des enfants se trouvent dans les conditions
normales.
Ce mémoire donnera la preuve que, quelle que soit la dé­
fiance que l’on doive opposer à l’admission de toutes les idées
intuitives, des idées a priori, il n’est pas moins vrai qu’elles
peuvent quelquefois, rarement, il est vrai, être fondéessur une
vérité rigoureuse et incontestable, et que l’axiome: Nihil est
in inlellectù quod prias non fuent in sensu, n’est pas toujours
exact.
Rien, en effet, de plus raisonnable en apparence que d’ad •
mettre que, plus les enfants sont volumineux, plus il doivent
donner de difficultés à la mère qui les met au monde, et plus
ils doivent rencontrer eux-mémes d’obstacles à leur naissance.
Rien ne parait plus logique, en effet, que ce raisonnement
appuyé sur des faits présentés par un homme aussi compétent
que M. Simpson. Or, si les faits contraires à ceux signalés par
notre illustre confrère d’Edimbourg, quoique ils existassent
en réalité, n’out pas été présentés à la méditation des accou­
cheurs, ce n’est donc qu’en vertu d’une idée primordiale, in­
tuitive que l’exhibition de ces faits sont venus ultérieurement
consacrer la vérité de cette idée a priori.
11 est donc vrai de dire que la conception d’une vérité peut
précéder quelquefois les faits qui viennent l’affirmer plus tard.
Néanmoins, il sera toujours prudent et fort 6age d’exiger que
toutes les idées intuitives soient confirmées par des faits qui
en prouvent l’exactitude, quel que soit le laps de temps néces­
saire à leur manifestation, sous peine d’admettre comme vraies
les élucubrations les plus extravagantes.
J’ai pensé qu’on éviterait ce dernier inconvénient en sui­
vant, dansla question en litige entre M.Simpson et moi, le pro­
cédé que j ’indique, qui consiste, non pas à compter le nombre
de garçons morts comparé à celui des filles mortes, et le nom­

TRAITEMENT DU RHUMATISME.

281

bre de mères mortes à la suite de l’accouchement des garçons
comparé à celui des mères mortes après avoir mis au monde
des filles ; mais en suivant le procédé qui consiste à ne prendre
note des cas de morts, soit des garçons, soit des filles, soit aussi
des mères qui ont succombé, que parmi les enfants qui ont un
poids au-dessus du poids normal de trois mille et quelques
cent grammes; c’est-à-dire depuis 4000 grammes et audessus.
J’ai la conviction intime qu’en suivant cette voie, qui est
la plus rationnelle, on obtiendra les mêmes résultats que ceux
que j ’ai obtenus.

ÉTUDE
SDH LE

TRAITEMENT DU RHUMATISME PAR LES EAUX DE GREOULX
P a r le D' LESCALMEL.

L’établissement des eaux thermales de Gréoulx est situé à
quelques centaines de mètres du village de ce nom, au sud
du département des Basses Alpes, touchant le Var; il se trouve
presque au centre de la Provence et à 50 kilomètres d'Aix, une
nouvelle voie ferrée ouverte depuis quelques jours le met à
30 kilomètres de la gare de Meyrargues.
Le territoire de Gréoulx est abrité de tous côtés par des mon­
tagnes couvertes de plantes odoriférantes et de forêts de chênesverts,circonscrivant un bassin où l’agriculture se montre
sous son plus riche aspect; la rivière le Verdon le traverse de
l’est à l’ouest, c’est elle qui arrose , fertilise et assainit ce joli
pays où il n’y a jamais ni grands froids, ni grandes chaleurs,
où tous les aliments, les légumes, les fruits, le gibier sont
succulents, où, en un mot, tout concourtà faire de ce petit coin
de terre le paradis terrestre de la Provence.
18

�282

LESCÀLMEL.

L’établissement des eaux thermales est au niveau des plus
beaux de ce genre, les améliorations les mieux entendues
ont été faites à tout ce qui tient à l’application des eaux, douées
de qualités diversement actives et susceptibles d’ètro em­
ployées à l’intérieur et à l’extérieur de tant de manières; des
jardins ombragés, un parc splendide, des salons oii les con­
certs et les bals se succèdent sans cesse pendant la saison, tous
les agréments se trouvent réunis aux bains de Gréoulx depuis
qu’ils appartiennent à l’un des plus grands propriétaires du
Midi, qui s’est dévoué à leur succès et qui pour l’obtenir a pu
ne reculer devant aucun obstacle. Ces préliminaires trouvent
leur raison d’ètre en songeant que quelque puissante que soit
l’action des eaux dans le traitement des maladies, il faut aussi,
dans l’appréciatiou des effets, tenir compte de l’air, des lieux,
de la manière de vivre et des impressions qui viennent mo­
difier l’organisme lorsqu'il se trouve environné d'objets inac­
coutumés; occupons-nous maintenant de la partie médicale
de notre sujet, la seule d’ailleurs que nous voulions traiter.
Les eaux de Gréoulx sont sulfo-calciques chlorurées et con­
tiennent 1 gramme 50 de chlorure de sodium par litre ; elles
sont aussi sensiblement bromo-iodurées ; on y rencontre deux
matières organiques azotées, très-importantes, la barégine et
la glairine confondues d'abord en une seule, mais que les tra­
vaux de M. Wurtz, le célèbre doyen de la faculté de Paris, ont
fait distinguer l’une de l’autre: leur température et de 3ü°5,
elles sont si abondantes qu’elles coulent constamment dans les
baignoires, les robinets ayant un pouce de diamètre.
Dans le traitement du rhumatisme, on les administre en
boissons, bains, douches et bains de vapeur.
Examinons brièvement chacun de ces modes d’emploi, et
leurs effets physiologiques.
Boissons. — L’altérabilité des eaux sulfureuses oblige à les
consommer immédiatement et il est bon qu’elles soient prises
au griffon même sans aucun transport, on évite ainsi le dé­
gagement de l’hydrogène sulfuré et sa décomposition par
l’oxygène de l’air.

TRAITEMENT DU RUMATISME.

283

Les eaux prises en boissons ont une influence directe sur
Jestomac, quelquefois sur le tube intestinal et l’appareil bi­
liaire, elles ont de plus une influence indirecte ou par réaction
sur les reins ou la peau ; dans le premier cas, l’estomac en
reçoit une impression qui augmente son action, si cette exci­
tation s’étend jusqu’au tube intestinal, quelques sécrétions
alvines, biliaires, ont lieu pendant le temps qu’on boit les
eaux, mais elles disparaissent immédiatement après; quelque
fois, au contraire, il y a constipation;
Dans le second cas, l’excitation qu’en reçoit l’estomac réagit
tantôt sur les reins, tantôt sur la peau, d’où une sécrétion
d’urine ou une transpiration plus abondante.
Souvent aussi on observe une influence plus ou moins di­
recte sur le syslème nerveux de la vie organique, le pouls
acquiert plus de force et d’ampleur, les urines, les sueurs,
les sécrétions alvines prennent un caractère nouveau, parti­
culier.
Bains. — Les eaux prises sous forme de bains produisent
une légère excitation sur la peau qui prend une teinte rosée et
acquiert une chaleur agréable qui se répand sur toute sa sur­
face, le pouls prend de la force, le mouvement respiratoire est
précipité, la sécrétion de l’urine diminue, la tête reste libre,
les sensations se développent, une moiteur générale survient,
puis la transpiration, favorisée par le repos au lit, s’établit et
dure plus ou moins de temps selon l'impression plus ou moins
forte que l’organe cutané a reçue des bains; les organes in­
ternes sont alors plus aptes à remplir leurs fonctions, ceux de
la locomotion exécutent avec plus de facilité et de souplesse
leurs mouvements ; à cet ordre de phénomènes succède un
bien être très-prononcé qui se prolonge plusieurs heures de la
journée et ne s’efface que pour être ramené parle bain suivant;
ces phénomènes sont éprouvés par les personnes bien cons­
tituées, d’un tempérament sanguin ou bilioso-sanguin, en
prennant un bain de la durée moyenne d’une heure: chez
celles d’une constitution délicate, d’un tempérament où l’élé­
ment nerveux domine et susceptible par conséquent de di­

�281

LESCALMEL.

verses impressions, ce même bain détermine sur la peau une
chaleur désagréable, le pouls s’accélère, la respiration devient
précipitée ; si la sueur survient, elle n’amène pas lecalrae qui
résulte de cette sécrétion quand l’excitation qui l’a produite
n'a été que modérée, elle est alors trop forte, dans ce cas il
faut que la durée du bain soit au début d'un quart d’heure et
amenée progressivement à trois quart d’heure, jamais au delà,
et le plus souvent ne pas dépasser une demi-heure.
Les personnes d'un tempérament lymphatique, d’une cons­
titution faible reçoivent du bain une impression de fraîcheur
et de froid qui détermine la dépression des forces, le pouls se
ralentit et peut descendre à 45, les organes perdent de leur
énergie; daus ce cas l'excitation n’a pas été sullisante ou elle a
été nulle ; ce n'est doncpasen étudiant les effets physiologiques
sur une personne que l’on peut tirer toutes les inductions pour
l’application que l'on doit faire des bains, dans ce cas on
n’obtient qu’un résultat négatif, il faut multiplier les expé­
riences et ou arrivera ainsi à reconnaître ce que nous venons
de dire.
Douche. — La douche a un effet général et un local, le pre­
mier est le résultat de l ’impression de l’eau qui se répand sur
le corps et agit à la manière du bain ; le second est d’autant
plus prononcé, plus énergique que la hauteur de la chute est
plus grande, que la dimension du tuyau qui la forme est plus
forte, que l'eau est plus chaude et que les principes qui entrent
dans sa composition sont plusaelifs; il y aune vive excitation
qui exalte la sensibilité, 1action vitale augmente et active les
fonctions des vaisseaux absorbants, le système musculaire en
ressent vivement l’effet ; la douche est donc un puissant ré­
vulsif et l’énergie en est souvent si forte qu’il faut la main­
tenir dans de justes limites; sa durée doit être d’un quart
d’heure au maximum.
Bains de vapeur. — Le bain de vapeur ou d’étuve amène
une transpiration plus ou moins facile, plus ou moins abon­
dante selon le degré de sensibilité, de force, de vitalité de la

TRAITEMENT DU RHUMATISME.

28.')

peau ; le plus souvent elle se convertit promptement en sueur
abondante, le sang circule plus facilment dans les vaisseaux
capillaires, la réaction se produit vers les organes internes;
le pouls est plus actif, la respiration est quelquefois un peu
gênée, la tête devient lourde si la transpiration ne s’établit pas
rapidement; les personnes d’un tempérament nerveux ne
peuvent guère supporter ces bains ; le plus souvent ils amènent
un état de calme et combinés avec la boisson et la douche, ils
en deviennent le régulateur.
Traitement du rhumatisme. — On commence le traitement
par un bain d’un quart d’heure, puis d’une demi-heure et
enfin d’une heure; il sera ainsi continué pendant quelques
jours pour que la peau en reçoive une excitation modérée et
qu’il y ait production de quelques uns des phénomènes dont
nous avons parlé plus haut ; alors seulement les eaux seront
prises en boisson, d’abord en petite quantité, deux verres par
vingt-quatre heures, et on augmentera jusqu’à six verres à
mesure que l’estomac la supportera bien et que la réaction se
produira vers la peau ; la douche et le bain de vapeur vien­
dront en aide ensuite à l’action des bains et de la boisson ;
l’unique but de ce traitement est de fixer toute l’impression
des eaux sur l’organe cutané et il sera atteint si les quatre
moyens réunis sont bien combinés et administrés.
Il arrive assez souvent à Gréoulx que les douleurs rhuma­
tismales se réveillent énergiquement au début du traitement,
cela n’est pas de mauvais augure et l’administration des eaux
ne doit pas être interrompue tant qu’il n’y a pas réaction fé­
brile.
Quand l’ensemble des phénomènes qui est développé par
l’action des eaux et dont nous avons parlé, est troublé, soit par
des imprudences ou des écarts de régime, soit par l’abus des
eaux, le malade doit modifier son traitement ou le suspendre
pour le recommencer quand le calme sera rétabli; c’est pour
ne pas agir ainsi que l’on voit tant de traitements [nuis ou
avortés, et l’exaspération des symptômes du rhumatisme; les
malades dans, ce cas, ne doivent accuser ni l’inefficacité des

�LESCALMEL.

TRAITEMENT DU RHUMATISME.

eaux ni leur opportunité, c’est à eux seuls qu’ils doivent leur
insuccès.
Dans la circonstance où les malades éprouvent par l’eau
du bain une sensation de froid ou de fraîcheur, c’est le cas le
plus rare, le bain doit être suspendu; il sera repris lorsque
l’énergie des organes internes et la sensibilité de la peau
auront été reveillées par une exercice modéré, des frictions
aromatiques sur toute 1 habitude du corps, une nourriture
tonique, une boisson légèrement excitante; la douche précé­
dera alors le bain qui sera de courte durée, un quart d’heure,
puis une demi-heure.
Dans tous les cas, le repos au lit après le bain est utile,
parce qu'il facilitera la production d’une légère transpiration
qui est le prélude des effets thérapeutiques des eaux.
Quand l’excitation des bai ns est trop forte,on peut en modérer
Faction, soit en mitigeant l’eau, soit en la laissant refroidir.
La durée moyenne du traitement complet (boisson, bain
douche, bain de vapeur ) se compose de vingt-trois bains, de
dix-huit douches, de six verres d’eau par 24 heures, et de cinq
bains de vapeur; terme moyen. En le suivant bien, il suffît
dans la généralité des cas, mais cette durée dépend de l’an­
cienneté du rhumatisme, des conditions d’âge, de tempéra­
ment, des constitutions.
Dans certain cas, le traitement doit être suspendu pour être
repris ensuite, afin de faire arriver à son summum l’excitation
minérale, sans surexcitation, les malades peuvent le recom­
mencer ainsi à plusieurs reprises, et le prolonger suffisamment
pour arriver à un résultat complet de guérison.
Les effets thérapeutiques des eaux sont certains: ni les ex­
ceptions ni les difficultés de l’emploi n’en diminueront la
valeur, puisque on peut les vaincre, comme nous l’avons dit,
il ne faut qu'une volonté bien arrêtée de la part du malade;
ajoutons cependant que la science, dans ses plus savantes
combinaisons, ne parvient pas toujours à arrêter les progrès
de certaines maladies et à pallier même les souffrances qu’elles
occasionnent, c’est dire qu’à Gréoulx, comme ailleurs, on ob­
serve des insuccès dans le traitement du rhumatisme. Mais

il sont bien peu nombreux, c’est ce que nous établirons tout à
l’heure.
Je ne parlerai pas ici du mode d’action des eaux : cette ques­
tion est trop discutée, trop controversée pour être de quelque
utilité au malade; je me contente de constater des faits, *de
citer des chiffres; je laisse de côté la question théorique, puur
la reprendre dans un autre mémoire.
Après le traitement, rien ne doit contrarier l’action des eaux,
sous l’influence de laquelle les malades se trouvent pendant
quarante jours; ce n’est qu’alors que tous les effets sont pro­
duits; les malades doivent s’observer dans les nouvelles con­
ditions où ils vont se trouver en quittant le séjour des bains,
le succès dépend beaucoup d’eux ; une nourriture substaneielle, des vêtements chauds, un exercice modéré, la privation
des spiritueux, de veilles prolongées, de bains d’eau ordinaire,
assurent le succès.
Les eaux de Gréoulx peuvent se prendre en hiver comme
en été. toujours après la période aiguë du rhumatisme, et la
guérison ne se fait pas plus long temps attendre, dans la pre­
mière époque que dans la dernière; il est bien entendu que
l’emploi des eaux en hiver exige plus de précautions que dans
la belle saison, qui ne laisse pourtant pas d’être plus favorable
au traitement de cette maladie.
Les considérations que nous venons de donner sont basées
sur 1225 observations de malades atteints de rhumatisme chro­
nique traités par les eaux de Gréoulx, et recueillies par M. le
docteur Doux, ancien inspecteur.
Eu égard à l'ancienneté de la maladie, ces 1225 observations
donnent les résultats suivants:
Sur 300 malades, dont le rhumatisme datait de Gà 18 mois
depuis l'époque de la chronicité, 180 ont guéri, 58 ont été sou­
lagés, 43 n’ont pas éprouvé d’amélioration, 5 ont vu leur état
s’exaspérer, 14 n’ont pu continuer le traitement par des causes
indépendantes de leur état maladif. Ce qui donne la proportion
de 79,80 0. o pour les guéris et soulagés.
Sur 500 malades, datant de 18 à 3 ans, 221 ont guéri, 118
ont été soulagés, 138 n’ont pas éprouvé d’amélioration, 14 ont
vu leur état s’exaspérer ; soit 07,68 0/0 guéris ou soulagés.

28C

287

�288

LESCALMEL.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

Sur 204 malades datant de 3 A4 ans, 69 ont guéri, 74 sou­
lagés, 34 pas d'amélioration, 8 exaspérés; soit 61 0/0.
Sur 221 datant de 5 ans et au-dessus, 35 guéris, 74 soulagés,
87 pas d’amélioration, 14 exaspérés; soit 50 0|0.
Par rapport A l’Age :
Sur 169 malades Agés de 15 à 25 ans, 110 ont guéri, 20 sou­
lagés, 30 dont l’état est resté le même, 8 exaspérés; soit 76,92
pour cent guéris ou soulagés.
Sur 788 malades Agés de 25 à 45 ans, 333 ont guéri, 200 sou­
lagés, 206 sans variation, 38 aggravés ; soit 66,35 0 0.
Sur 268 malades Agés de 45 à 65 ans et plus, 62 ont guéri,
10* soulagés, 66sans variation, 5 aggravés; soit 61,94 0 0.
Par rapport à l’espèce de rhumatisme :
Sur 225 malades dont le rhumatisme était musculaire, 145
ont guéri, 14 soulagés, 51 sans variation, 3 aggravés ; soit
70,66 0/0.
Sur 267, rhumatisme articulaire ou fibreuse, 106 guéri, 44
soulagés, 9i sans variation, 16 aggravés ; soit 56,18 0,0.
Sur 733, rhumatisme musculaire et articulaire, 254 ont
guéri, 266 soulagés, 154 sans changement, 22 exaspérés ; soit
70,92 0/0.
Par rapport aux traitements antérieurs :
Sur 671 malades qui avaient subi des traitements antérieurs
avant de venir à Gréoulx, 190 ont guéri, 223 soulagés, 202
sans variation, 24 aggravés : soit 61,55 0 0.
Sur 517 malades qui n’avaient subi aucun traitement, 315
ont guéri, 101 soulagés, 100 sans changement, 17 exaspérés;
soit76,23 0 0.
On voit par les chiffres qui précédent qu’il y a eu des gué­
risons chez tous les malades atteints de rhumatisme chronique,
dans toutes les conditions ; mais par rapport à l’ancienneté,
la proportion la plus faible de guéris ou soulagés est donnée
par ceux remontant à 5 ans et au-delA, 50 0/0.
Nous voyons au contraire le chiffre de 79,80 0/0 pour ceux
datant de 6 à 18 mois.
L’âge a la même importance d’après notre statistique,
puisque de 15 à 25 ans nous trouvons 76,92 0/0 guéri ou sou­
lagés, et nous n’avons que 61,94 0/0 de 45 à 65 ans.

En ce qui concerne 1espèce de rhumatisme, l’articulaire
donne moins de succès que le musculaire, 56,18 0/0 et 70,66 0/0.
Mais chez les malades atteints de rhumatisme musculaire et
articulaire, nous obtenons le chiffre le plus favorable, 70,92 0 0.
Par rapport aux traitements antérieurs, nous voyons que
les malades qui n’en ont suivi aucun avant de venir AGréoulx,
ont guéri en plus grande proportion que ceux qui étaient dans
le cas contraire : 76,23 0 0 d’une part, et 61,55 0/0 de l’autre.
En présence de ces résultats qui ne sont dépassés, et souvent
même pas atteints, pour le traitement du rhumatisme, dans
aucun autre établissement thermal, les eaux de Gréoulx doivent
occuper un rang élevé comme moyen curatif de cette affection,
et les médecins ne doivent pas hésiter A les ordonner; c’est ce
que je souhaite vivement dans 1 intérêt des rhumatisants.

289

Dr L e s c a l m e l .

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.
SOMMAIRE ‘.

Du chloral ; historique; matière médicale; effets physiologiques; acl’on
thérapeutique ; administration et doses, formules. — Fièvre typhoïde,
alcool. — Glace dans l’angine couenneuse. — Collodion contre l’inconti­
nence d’urines. — Vomissements incoercibles, douches d’éther. — Traite­
ment de l’héméralopie par la calabarine. — Arsenic contre l’atrophie
musculaire progressive. — Galactorrhée . ergotine.

Du chloral. — L’intérêt attaché à ce nouveau médicament justi­
fiera les développements suivants :
Historique. Découvert en 1892 parLiébig, véritablement étudié
par Dumas en 1831, récemment introduit dans la thérapeutique par
Liebreich, le chloral est devenu dans ces derniers temps l’objet de
recherches importantes de in part de Bardeleben, Langenbeck,
Richardson, John Ogle, Spencer-Weells, Demarquav, J. Worrns,

�ISNARD.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

Bouchut, L. Labbé et Goujon, Dieulafoy et Krishaber, Giraldès,
Personne, Narnias, Barnes, Crawford, Alexander, de la Harpe,
J. Russell, Verga, Valsuani, etc. Tant de travaux expliquent la
faveur dont il jouit et lui assurent d’avance un rang distingué
dans la médecine.

sont contestés par Demarquay et peut-être par Giraldès, J. Worms,
Spencer-Wells, John Ogle qui ne persistent à voir dans le chloral
qu’un hypnotique, ou un sédatif du système nerveux. Et parmi
ceux qui ont reconnu a cet agent des propriétés anesthésiques,
les opinions sont partagées: ainsi, Dieulafoy et Krishaber dé­
clarent que le chloral excite la sensibilité à faibles doses et la di­
minue à doses élevées, jusqu’à produire graduellement l’anesthésie
complète. L. Labbé et Goujon soutiennent que l’anesthésie due à
cet agent n’est nullement précédée de la période d’excitation, que
l’on observe pendant l’administration du chloroforme. Quant à
nous, les effets anesthésiques de l’hydrate de chloral nous ont
paru incontestables. Nous l'avons vérifié plusieurs fois. Entre
autres faits , nous avons vu trois grammes du chloral , pris
d’un seul coup, déterminer un sommeil profond de huit
heures, chez une personne atteinte de névropathie avec insomnie
opiniâtre. Pendant ce temps, les excitations les plus énergiques
de la peau n’ont pu éveiller qu’une sensibilité obtuse, incons­
ciente, avec mouvements reflexes bornés et oubli complet de ce
qui s’était passé pendant le sommeil.
L’hydrate de chloral, ordinairement bien supporté, n’exerce
aucun trouble sur les fonctions digestives. Il augmente l’appétit,
ne cause ni vomissements, ni diarrhée, ni constipation. Sous son
influence, le pouls augmente de fréquence, la température exté­
rieure du corps baisse légèrement de quelques millièmes de degré.
Comment agit le chloral ? Ici nouvelles divergences. En ajoutant à
une solution aqueuse d’hydrate de chloral delà soude ou de la po­
tasse caustique, l’hydrate est décomposé, le chloroforme est mis
en liberté et un formiate de soude ou de potasse en résulte, sui­
vant l’alcali employé. C’est sur la connaissance de cette réaction
que Liebreich fut conduit à expérimenter l’action physiologique
de cette substance sur les animaux, prévoyant que lessels alcalins
du sérum du sang lui feraient subir le même changement que les
alcalis, et que le chloroforme ainsi mis en liberté lentement aurait
une action anesthésique prolongée. C’est donc à la transformation,
au sein de l'économie, de l’hydrate de chloral en chloroforme que
seraient dus, suivant ce médecin, les effets du médicament. Telle
est aussi l’opinion de Dumas, de Richardson , de Bouchut, de
Personne, tandis que la théorie chimique de Berlin est repoussée
par Demarquay, Krishaber, Dieulafoy, L. Labbé, A. Ferrand et
enfin par Gubler qui explique ainsi l’action differente du chloral

290

Matière médicale. Le chloral résulte de l'action du gaz chloreux
anhydre sur l’alcool éthylique ; pur, il est liquide, huileux, tache
le papier comme un corps gras; son odeur forte provoque le lar­
moiement; il bout à 95 degrés; porté sur la langue, son action
semble très-caustique, mais dissous dans l’eau, soit a */a0, il n’a
qu’une saveur fraîche. Agité avec son volume d’eau, il se soli­
difie; cristallise même et constitue une substance blanche qui est
l’hydrate de chloral, ou chloral concret (CU-ïCI30 ‘3, 2HO), forme
sous laquelle le chloral a été et doit être surtout employé
Les diverses espèces de chloral dont on s'est servi n’ont pas
toujours eu le même degré de pureté et de stabilité. 11 est bon de
le rappeler au moment où cet agent tend de plus en plus a passer
dans la médecine usuelle. Ces constatations d’impuretés natives
ou acquises donneront la clef de divergences profondes jusque-là
inexpliquées; ces dernières, en effet, sont telles que V. Lnborde, à
la suited’essaistentés sur les animaux et sur lui-même, ne signale
que des inconvénients et des accidents ; que Landrin , apres avoir
publié des expériences absolument négatives, a d’abord refusé au
chloral toutes propriétés hypnotiques, hypéresthésiques et anes­
thésiques ; et qu’ayant changé de chloral, il a fait amende hono­
rable à la précieuse découverte et a confirmé les merveilles dont
on parle de tous côtés.
Effets physiologiques Des recherches faites avec le chloral, ré_
sultent, pour cet agent, deux propriétés rémarquables : propriétés
hypnotiques, propriétés anesthésiques.
L’action hypnotique est généralement admise. Administré à
doses convenables, et suivant la susceptibilité individuelle, l’hy­
drate de chloral, après un temps variant entre dix et soixante mi­
nutes, peut produire plusieurs heures, quatre, cinq et même seize
heures d’un sommeil calme, profond, persistant malgré les causes
de douleur; un sommeil sans fatigue, autre que celui du chloro­
forme et de la morphine, ne laissant au réveil ni torpeur, ni troubles
intellectuels, ni le souvenir de ce qui vient de se passer.
Les effets anesthésiques sont, au contraire, très-diversement
jugés. Affirmés par Liebreich, Richardson, Bouchut, Landrin, ils

291

�ISNARD.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

et du chloroforme : ce dernier tue en agissant sur la cellule ner­
veuse sensitive, et amène la mort après anesthésie et résolution
musculaire graduelle ; le chloral semble, au contraire, être un
poisonducœur, qu’il paralyse avant d’agir sur les autres éléments
du système moteur.

rapeutique, par son action sédative puissante sur le système ner­
veux moteur et sensitif, on doit redouter ses effets toxiques à
doses trop élevées : plus d’une fois, il a causé la mortdes animaux
soumis aux expériences; chez l’homme des accidents sont déjà
arrivés, cinq grammes administrés, comme anesthésiques, dans
l’amputation de jambe citée plus haut ont permis, à la vérité, de
pratiquer l’opération sans douleur, mais l’insensibilité et le coma
ont persisté pendant vingt-quatre heures, de maniéré à inspirer
des craintes sérieuses {Gazette des hôpitaux).
Selon Bouchut, l’hydrate de chloral est contre-indiqué dans les
maladies organiques du cœur et du cerveau, à cause des dangers
auxquels il expose les malades.
Administration et doses. Le chloral a été administré par la bouche,
en lavements et en injections sous-cutanées.
Celles-ci sont peu usitées, et même repoussées par Bouchut
comme nuisibles, comme produisant d’énormes escharres. Cepen­
dant la dose est de trente centigrammes, à un gramme dans quan­
tité suffisante d’eau.
Les lavements ont une efficacité incontestable.
Le médicament a surtout été employé par la bouche. Il est
extrêmement soluble dans l’eau, propriété qui rend son adminis­
tration très-facile. Volatil et très-liygrométrique, il ne saurait
donner de préparations convenables sous la forme de poudre ou
de pilules. Jusqu’à présent on l’a prescrit en potion, en solution
ou en sirop. Tout récemment, on a proposé un nouveau mode
d’administration : le chloral perlé, ou chloral en capsules, en
dragées.
Quelles sont les doses thérapeutiques? Doivent-elles être frac­
tionnées ou massives? Dans le principe, à cause des tâtonnements
exigés par la prudence, on s’arrêtait volontiers à la dose de un
gramme et au dessous répétée à certains intervalles. Plus tard, à
mesure que l’on a mieux connu la portée du médicament, on a
adopté les doses de 2, i, 5 et même 6 grammes, en une seule fois,
que l’on peut d’ailleurs renouveler à mesure que les effets désirés
se sont dissipés. Il serait imprudent et dangereux de dépasser ces
doses extrêmes. Nous avons nous même expérimenté les deux mé­
thodes et préférons de beaucoup la seconde : ainsi, 2, 3, i ou o
grammes de chloral, avalés en une fois, produisent des effets plus
constants, plus rapides, et plus complets que les mêmes doses
fractionnées ; tout en arrivant plus sûrement au but, on a encore

292

Action thérapeutique. Les applications thérapeutiques du chloral
sont déjà extrêmement nombreuses. Peut être sont elles encore
trop isolées et manquent-elles de suite. Mais avant de généraliser,
la seience n’a-t-elle pas d’abord à accumuler les faits ? Quoiqu'il
en soit, voici rémunération très-succincte des circonstances où le
nouveau médicament a été employé ou conseillé :
Manie aiguë, mélancolie, insomnie et hallucinations qui accom­
pagnent diverses formes de l’aliénation mentale, delirium tremens, certaines névralgies, colique néphrétique, chorée, tétanos,
goutte, coqueluche, quelques maladies douloureuses de l’utérus,
rhumatisme musculaire ; accouchement, opérations obstétricales,
version et application du forceps ; éclampsie, manie et chorée
puerpérales; brûlures; agitation, surexcitation consécutives aux
grandes opérations ; délire traumatique; anesthésie pour extraction
des dents, pour petites opérations ; anesthésie pour un cas d’am­
putation de jambe.
Nous même avons fait usage de l’hydrate de chloral dans les
douleurs violentes du rhumatisme articulaire, aigu, fébrile ; dans
celles du cancer et de l’otite; dans la colique néphrétique; contre
diverses névralgies, la névralgie faciale et la sciatique; dans cer­
tains cas de céphalalgie opiniâtre au début delà fièvre typhoïde,
dans l’insomnie rebelle consécutive aux névropathies, à la manie
aiguë et aux longues maladies. En général, nous avons retrouvé,
sûre et prompte,cette action sédative que le médicament exerce sur
le système nerveux, avec cette qualité précieuse non seulement de
déterminer un sommeil calme et sans fatigue, mais encore de
conserver ou d’exciter l’appétit, de ne point produire la consti­
pation, chez les personnes dont il fallait assurer l’intégrité des
fonctions digestives, par exemple, chez les névropathiques, les
dyspeptiques, les convalescents. Ces propriétés feront bien souvent
préférer le chloral à l’opium; l'observation a été déjà signalée;
nous n’v insisterons pas.
Au milieu de l’empressement enthousiaste dont le chloral est
l’objet, Userait important d’en connaître l’antidote ; car, si à doses
convenables, il est appelé à rendre de véritables services k la thé—

293

�ISNARD.

294

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

l’avantage de consommer une moindre quantité définitive de mé­
dicament. En général, d’après Demarquay, les individus affaiblis,
débiles sont bien plus sensibles à l’action de ce dernier, et la
durée des effets, ou la longueur du sommeil sont en rapport avec
cette faiblesse même.
La solution aqueuse d’hydro chlorale6t la forme la plus simple,
et celle qui conserve le plus de stabilité. Mais, en cet état, le médi­
cament a une âereté si répulsive pour certains malades qu’il vaut
mieux le mélanger à un sirop quelconque, sirop simple, de tolu,
de fleurs d’oranger; son goût n’offre alors rien de bien désagréableEn général, ces préparations devront être extemporanées et admi­
nistrées dans la journée, ou dans une courte période, parce que
leur composition est susceptible de s’altérer.
Formules diverses :
S ir o p

d e chloral

:

Hydrate de chloral............................ 10 grammes
Eau distillée.................................... 10
»
Sirop simple ou de tolu................... 180
»
Chaque cuillerée a bouche de vingt grammes renferme un
gramme de chloral. Dose : de deux à quatre cuillerées à la fois.
Préparation commode et utile.
A

utre

:

Hydrate de chloral............................ 10 grammes
Eau distillée..................................... 10
»
Sirop simple.................................... 980
»
Faire dissoudre le chloral dans l’eau et mélanger la solution
avec le sirop. Ce dernier a une saveur douce et agréable, et une
odeur qui tient h la fois de celles du chloral et du chloroforme.
L’odeur du chloroforme est surtout manifeste au moment où on
débouche une bouteille fermée depuis un certain temps. Le
chloral éprouve donc au sein du sirop son dédoublement habituel;
mais la décomposition n’est que partielle et très-petite ; elle est
proportionnelle à la minime quantité de chaux que retiennent les
sucres du commerce, et s’arrête lorsque cette chaux est trans­
formée en formiate. (Union pharmaceutique).
Liebreich recommande les formules suivantes :

S o l u t io n

•

29?.

h y p n o t i q u e o r d in a ir e

1° Hydrate de chloral................ 2 grammes 28
Mucilage de gomme arabique 15
»
Eau distillée.......................... 15
»
Mélanger. A prendre en une fois.
2° Hydrate de chloral...............
3 grammes 72
Sirop d’orange...................... 15
»
Eau distillée.......................... 15
»
Faire un mélange dont on prendra une cuillerée à bouche
moment de s’endormir.
Potion sédative
Hydrate de chloral ................
1 gramme 80
Sirop d’orange........................
48
»
Mucilage de gommé arabique. . 48
»
»
Eau distillée............................ . 120
Faire un mélange à prendre par cuillerée a bouche toutes les
heures.
P er l e s, Capsu les

et

D ragées

de

C hloral.

La saveur âcre et piquante du chloral, la difficulté d’un dosage
rigoureux ont dernièrement suggéré à S. Limousin, l’idée d’en­
fermer le médicament dans des perles, capsules ou dragées qui
en contiennent chacun 20, 25 ou 30 centigrammes. Après divers
essais, l’auteur a préféré les capsules gélatineuses dures. Sous
cette forme, l’hydrate de chloral, préservé de l’influence atmos­
phérique, se conserve indéfiniment et sans altération, s’il est
bien pur et bien cristallisé, Il peut être dosé rigoureusement et
ingéré sans produire les inconvénients de la solution aqueuse et
même du sirop. Les Dr Duhomme, Liégois et Mauriac ont déjà
employé le chloral perlé. Les résultats ont été concluants, et,
dans tous les cas, on a constaté qu'il dose égale le chloral admi­
nistré en capsules agissait plus promptement qu’en solution.
En terminant, disons un mot de l’alcoolate de chloral (C* HCI3
O2, C1 H6 O2), composé nouveau du chloral découvert par Roussin. Grâce à sa moindre tendance à absorber l'humidité de l’air,
il se prête mieux que l’hydrate aux manipulations pharmaceu­
tiques et se met plus aisément en perles ou en capsules. Suivant
les expériences du Dr Duhomme, ses effets physiologiques sont
les mêmes que ceux de l’hydrate ordinaire. (Bull, géii. de Thér.
30 mars 1870).

�296

ISNARD.

Alcool dans la fièvre typhoïde. —La thérapeutique de cette re­
doutable maladie s’enrichit tous les jours, quand elle ne s'embar­
rasse pas, de quelque médication nouvelle ; ainsi avons-nous vu
proposer, dans ces derniers temps, la digitale, la créosote, l’acide
phonique, l’arsenic, le fer, le soutre, l’hydrothérapie, etc ; voici
maintenant le tour de l’alcool : nouvelle preuve, sinon de l’in­
faillibilité, au moins des louables et persévérants efforts de notre
art.
Voulant étudier les effets de la médication alcoolique dans la
lièvre typhoïde, le docteur Soulié l’a employée à peu-près indisdinctement dans tous les cas qui, l'année dernière, se sont pré­
sentés a son observation, pendant une période de six semaines.
Les doses ordinaires ont été de 60 a 80 grammes de rhum, les plus
élevées de 120 grammes. Dans tous les cas, graves ou bénins, les
plus considérables n’ont jamais produit d’effet fâcheux ; a peuprès constamment, elles ont fait baisser la température. Chez les
malades rétablis, la guérison a été sinon avancée, au moins plus
rapidement complète, en ce sens que la convalescence, ce grand
travail de cicatrisation, comme l’appelait Bordeu, était singuliè­
rement raccourcie.
Il est difficile de faire la part du traitement tonique, vin, quin­
quina, bouillon, viande qui ont toujours été joints a l'adminis­
tration du rhum.
L'alcool peut être considéré comme un médicament d’épargne,
en ce sens qu’il est un aliment respiratoire, malgré l’opinion de
MM. Perrin, Lallemand, Duroy ; il ménagerait ainsi les éléments
de l’organisme qui doivent être brûlés, et le sont d’autant plus
que la température est plus élevée, c’est-à-dire que la machine
est plus chauffée. Il semble diminuer également le mouvement
de dénutrition et, en outre, d’après M. Chalvet, contrairement à
l’opinion de M. Edward Smith, il serait un diurétique, favorisant
le départ du sang des matières extractives qui y sont par le fait
du mouvement fébrile. Ainsi, en donnant l’alcool à haute dose,
mais fractionnée, l'on évite tous ses ellets excitants pour n’en
dégager que ses vertus antifébriles. {Lyon médical).
De la glace dans l’angine couenneuse. — Après MM. de Grand
Boulogne, Gaillard, de Poitiers, Baudon, et Blenye père, de Li­
moges, le docteur Lebert, de Nogent-le-Rotrou, revient sur cette
médication et, dans un bon travail, en fait ressortir tous les avan­

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

297

tages. Fort d’une expérience de près de cinq ans, et de résultats
toujours heureux, il affirme que ce moyen, exempt des nombreux
inconvénients attribués, avec raison, aux divers procédés habi­
tuellement. usités contre l'angine couenneuse, constitue le meil­
leur, le véritable traitement de cette affection, c’est-à-dire le plus
sur, le plus simple et le plus facile à lui opposer. Les malades,
grands et petits, prennent généralement la glace avec plaisir.
Ordinairement, on la donne par fragments, remplacés aussitôt
par d’autres, dès qu’ils sont fondus dans la bouche. On continue
jusqu’à la guérison. Le soulagement est immédiat; les fausses
membranes sont détruites progressivement, rapidement et dis­
paraissent entre le deuxième et le septième jour. Quelquefois, ■
les enfants acceptent d’abord la glace avec répugnance. On la
remplacera toutes les dix minutes par une cuillerée à café d’eau
provenant de la fonte de cette substance, ou bien on la fera en­
velopper dans une mousseline que les petits malades succent vo­
lontiers. Il est bien rare qu’après cet artifice, ils ne se décident à
la prendre au naturel, soit en morceaux, soit pilée et avalée à de
courts intervalles, par cuillerées à café. On prescrit en même
temps du vin et des aliments. Cette médication devra s’employer
avant l’extension de la diphthérite au larynx. Peut-on espérer de
la voir réussir dans le croup confirmé? Des succès ont été obtenus
par M. de Grand Boulogne, dans une épidémie simultanée d'an­
gine couenneuse et de croup, et par M. Blenye, dans un cas do
sa pratique particulière.
Toutefois, M. Lebert n'a pas été aussi heureux que ses con­
frères; dans le seul croup où il a employé la glace. Concuremment, il existait une angine couenneuse. Celle-ci a disparu très
promptement sous l’influence de la médication, mais le malade
succomba aux progrès de la diphthérie aérienne Cet insuccès ne
tient sans doute qu’à la différence de siège des deux maladies;
de nature identique, elles guériraient peut-être aussi bien l’une
que l’autre, si l'on pouvait trouver le moyen de faire passer dans
le larynx le remède qui réussit à merveille contre l’angine coueuneuse. Dans ce but, l’auteur propose l’emploi de l’eau froide pul­
vérisée simple ou chargée de principes médicamenteux appro­
priés. Cette hypothèse est d’ailleurs sanctionnée par l'analogie,
c’est-à-dire par deux guérisons d’œdème de la glotte qu’obtint
Trousseau, au moyen d’inspirations faites avec de l’eau pulvérisée
et chargée de tannin. (Abeille médicale, oct. et nov. 1869).
19

�ISNARD.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

Collodion contre l'incontinence d’urines. — Cette infirmité est
commune et fréquemment rebelle chez les enfants. Suivant la
cause, elle réclame des traitement divers. Le moyen suivant, fort
simple, pour la combattre , chez les petits garçons , est proposé
par le professeur Corrigan, de Berlin. Il consiste dans l’occlusion
du canal de l’urèthre avec quelques gouttes de collodion-, on les
dépose à l’orifice externe, le soir au moment du coucher; elles
se desséchent promptement, et l’occlusion est complète. Des suc­
cès inattendus ont couronné cette tentative dans la pratique de
l’auteur. (Medical Society of the college of Physicians, janvier.)

consécutive revenant tous les soirs. Avec la guérison des malades,
la circulation reprend son cours normal. S'appuyant sur ces faits,
l’auteur s’est décidé à employer un collyre ayant pour base le
principe actif de la fève de Calabar, appelé Calabarine, ésérine,
physiostygmine. Il espérait ainsi élargir les vaisseaux, faire cesser
le spasme et rétablir la circulation. L’expérience a confirmé ces
prévisions: au bout de trois ou quatre jours d’instillation du col­
lyre d’ésérine, la cécité nocturne disparaissait totalement, et la
circulation devenait régulière dans toute la rétine.
A l’appui de ces résultats personnels, M. Galezowski cite qua­
torze cas d’héméralopie recueillis dans la pratique des docteurs
Morel et Perreon. Quatre gouttes d’ésérine étaient instillées quatre
fois par jour. La guérison arrivait après un traitement variant de
cinq à quatorze jours. La récidive a eu lieu quelquefois, mais la
médication est toujours venue à bout de la maladie. Cependant,
l’usage de l’ésérine est resté, dans un cas, sans aucun effet. Quelle
est la cause de cet insuccès? Il est difficile de se prononcer. Peut
être l’origine de l’héméralopie n’était pas la même, d’autant plus
que l’opthalmoscope, dans ce cas, n’a révélé la moindre lésion ni
dans les vaissaux, ni dans la substance propre de la membrane
nerveuse.
De tous les médicaments employés contre la cécité nocturne, le
calabar est le seul qui .semble agir le plus sûrement. L’usage in­
terne de l’huile de foie de morue et les fumigations au moyen de
vapeurs de foie d’un animal quelconque dirigées sur l’œil n’ont
aucune efficacité dans cette affection. On obtient, au contraire,
plus de succès par les vomitifs et les purgatifs, l’affection étant
souvent liée à un état gastrique. (Gazette des hôpitaux, 23 octobre
1869).
Quoi qu’il en soit, voici la formule du collyre indiquée par
M. Galezowski:
Esérine............... Deux centigrammes.
Eau distillée....... Dix grammes.
La calabrine insoluble dans l’eau, s’y dissout facilement par
l'addition d’une petite quantité d’ammoniaque (Blondeau), ou de
chlorure de sodium (Ozanam). Dans le collyre précédent, il fau­
drait environ dix gouttes de la première de ces substances, ou
cinquante centigrammes de la seconde. Si l’on emploie l’ammo­
niaque, on doit se rapprocher autant que possible d’une solution
neutre, afin d’éviter son action irritante. Il suffit pour cela de

298

Vomissements incoercibles, douches d’éther. — Voici une nou­
velle application de l’emploi topique de l’éther en jet pulvérisé
qui, comme réfrigérant et sédatif a déjà rendu de grands ser­
vices. Il s’agit des vomissements incoercibles, probablement de
nature nerveuse, qui tourmentaient un homme de vingt-trois ans,
entré à l'hôpital Saint-André de Bordeaux , pour une dyspepsie
flatulente, avec 12 à 15 vomissements bilieux par jour, et consti­
pation opiniâtre sans lésion appréciable. L’emploi successif de la
belladone, du bismuth, du choroforme et de la glace à l’intérieur
ne donnant pas de meilleur résultat que la glace et un vésicatoire
appliqué au creux de l’estomac. M. Le Barillier recourut a la pul­
vérisation de l’éther au moyen de l'appareil de Richardson. Pen­
dant quatre jours, et trois tois par jour, la région de l’estomac fut
largement anesthésiée en même temps que le malade continuait
la glace à l’intérieur. Les vomissements diminuèrent de fréquence
aussitôt, et cessèrent le quatrième jour. L’action est donc évidente,
incontestable et s'explique rationnellement dans les vomissements
nerveux. Mais il reste a déterminer la part que peut réclamer
dans ce succès, la glace à l’intérieur, celle-ci ayant suffi parfois
à arrêter des vomissements opiniâtres. C’est en employant la pul­
vérisation seule que l'on obtiendra cette solution. Il serait non
moins intéressant de déterminer les services que pourrait rendre
cette méthode contre les diverses espèces de vomissements ner­
veux, contre les vomissements incoercibles de la grossesse. (Union
médicale, février 1870.)
Traitement de l'héméralopie endémique par la calabarine. —
Pour le docteur Xavier Galezowski, l’héméralopie endémique serait
une affection de la rétine, caractérisée par une contraction spas­
modique des artères de cette membrane nerveuse, et son anesthésie

299

�300

ISNARD.

laisser la solution débouchée a l'air libre; l’ammoniaque en excé­
dant s’évapore, il ne reste que la quantité nécessaire pour tenir
l'ésérine en état de composé soluble. On arrive au meme résultat
avec de l'eau légèrement additionnée de chlorure de sodium ; on
obtient alors un liquide analogue au liquide lacrymal, dans le­
quel est très-soluble la calabarine. (Union pharmaceutique,)
L’ésérine n’étant pas encore répandue dans la médecine usuelle
et se trouvant difficilement dans les pharmacies, ne pourrait-on
pas lui substituer les préparations ayant pour base l’extrait al­
coolique de fève de Calabar, soit le papier calabarisé, soit les
disques gélatineux de Hart (de Stuttgard), soit enfin le collyre
composé d’une partie d'extrait dissout dans cinq de glycérine?
Arsenic contre l'atrophie musculaire progressive. — L’arsenic
est un remarquable exemple des propriétés multiples et souvent
contraires qu’oft’rent les médicaments suivant leur mode d’admi­
nistration et suivant les états morbides auxquels ils s’adressent.
Ce fait, en apparence paradoxal, mais essentiellement vrai, trouve
son explication dans la connaissance approfondie des effets du
médicament sur les divers processus pathologiques de l’économie.
De là, par exemple, son emploi à la fois dans les hypertrophies et
les atrophies. De là. ses avantages contre certaines inflamma­
tions ou hyperplasies des cellules plasmatiques, contre l’hyper­
trophie ganglionnaire généralisée, l'hypertrophie du cœur, cer­
taines tumeurs adipeuses, la polysarcie, le tubercule pulmonaire,
l’emphysème vésiculaire des poumons caractérisé et par l'hyper­
trophie et par.l’atrophie des divers éléments histologiques de la
vésicule pulmonaire ; contre latuxie locomotrice progressive , ou
atrophie des cordons postérieurs de la moelle ; contre la période
cachectique des maladies, contre l’amaigrissement et en particulier
l’amaigrissement musculaire. De là l’application judicieuse de
l’arsenic dans une maladie extrêmement grave, l’atrophie muscu­
laire progressive. L’initiative en ce cas due au Dr Da Silva Lima,
dont l’intéressante observation est publiée par la Gazette médicale
de Bahia. Il s’agit d’un homme de 33 ans, employé dans un bu­
reau. Les muscles des mains, des avant-bras, des bras et des
épaules s’affaiblirent et s'atrophièrent graduellement des deux
côtés. Le fer, la strycliine, l’iodure de potassium, les bains salés,
une station thermale, l’électricité furent sans résultat. Lu maladie
empirait, les mouvements étaient devenus à peu près impossibles;

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

301

les deltoïdes avaient disparu, les pectoraux diminuaient; la voix
était faible, la respiration gênée au moindre effort. Douleurs dans
les muscles atrophiés; absence d’appétit et de sommeil. L’arsenic
fut alors administré.
Cinq semaines après, amélioration des douleurs névralgiques.
A partir de ce moment, les muscles reprennent peu à peu leur
volume; au quatrième mois du traitement, le malade pouvait
écrire, lever les bras, donner la main à ses amis ; engraissement.
En un an il était complètement guéri et avait repris ses occupa­
tions. (Union médicale, 30 novembre 1869).
Ergotine contre la galactorrhée. — Tenant compte de l’action
thérapeutique de l’ergot de sèigle sur les secrétions et exsudations
anormales de l'utérus, sur la spermatorrhée, etc., et desconnexions
physiologiques qui existent entre les fonctions des glandes mammenaires et les organes de la génération de la femme, le docteur
Le Gendre a pensé que, par analogie, on obtiendrait un bon ré­
sultat de l’usage de l'ergotine contre la galactorrhée. En consé­
quence, depuis 1865, il a employé cette substance sur trois femmes
épuisées par des galactorrhées datant de six mois, de huit mois,
et de huit ans. Tout avait échoué contre elles. La première guérit
en neuf jours, et les deux autres en une période également trèscourte.
La formule adoptée par ce médecin est :
Ergotine Bonjean........................
2 grammes
Véhicule...................................... 125
»
Sirop simple................................. 30
»
Dose : une cuillerée à soupe, répétée trois fois par jour. (Gazette
des hôpitaux, 9 septembre 1869).
Toutefois, ajoutons que, avant M. Le Gendre et pour corroborer
ses recherches , les docteurs Poyet et Commarmond avaient déjà
signalé l’influence de l’ergotisme sur la secrétion lactée chez les
nourrices et prouvé, par des observations, que l’usage habituel
d’un pain contenant une notable proportion de seigle ergoté
amène la suppression de cette secrétion. (Bulletin yén. de thér.,
t, LXV, p. 229).
D' Ch . Isnard (de Marseille).

�302

SEUX FILS.

BIBLIOGRAPHIE.
L'Homme primitif, par Louis F iguier , Paris 1870 ; l’Année scien
tifique et industrielle , par le même (14m° année), Paris 1870.

De toutes les questions qui ont occupé, dans ces dernières an­
nées, le monde savant, il n’en est point qui ait troublé les intelli­
gences autant que l’histoire de l'homme primitif. Les faits et gestes
de cet ancêtre presque fabuleux semblaient au premier abord
avoir laissé dans la nuit des temps une empreinte tellement
fantastique, tellement vague, que l’esprit, perdu dans les té­
nèbres, hésitait à chaque pas craignant de confondre la vérité et
l ’erreur. Habitués à donner à l’espèce humaine une antiquité qui
ne dépassait pas cinq ou six mille ans, nous ne pouvions voir
sans effroi disparaître cette limite dans les mystérieuses profon­
deurs des époques anté-liistoriques. Les préoccupations reli­
gieuses venaient en outre se joindre aux difficultés scientifiques
pour environner d’une sorte de terreur sacrée la question si pal­
pitante de l’origine de l'humanité. Aujourd’hui les ténèbres «e
sont en partie dissipées. De patientes recherches, suivies de nom­
breuses découvertes, ont permis de distinguer le vrai du faux et
d’apprécier sûrement les caractères de ces époques lointaines.
D’un autre côté, il a été facile de voir que l’ancienneté du genre
humain n’était nullement en opposition avec les traditions reli­
gieuses et ne portait aucune atteinte au récit de la Genèse.
Généraliser l’étude de ces questions, nouvelles encore pour le
plus grand nombre ; présenter sous une forme attrayante un récit
exact et très-complet des découvertes de la science moderne re­
latives à l’homme primitif ; rassurer les esprits religieux qui se­
raient disposés h voir dans la question actuelle un obstacle à leur
foi —ce sentiment si respectable lorsqu’il est sincère ; — tel est
le but que s’est proposé M. Figuier, d ’auteur l’a atteint, et au
delà, par la mise au jour de l’un de ces substantiels et intéressants
volumes qui savent si bien réunir — comme tout ce qui émane

L ’HOMME PRIMITIF.

303

de cet infatigable publiciste — le charme et la précision, l’agréa­
ble et l’utile.
Comment l’esprit a-t-il été conduit à reconnaître la prodigieuse
antiquité de l’espèce humaine? La terre, on le sait, a acquis par
le fait de bouleversements successifs la disposition quelle affecte
actuellement. Chaque cataclysme a donné lieu à la formation de
terrains spéciaux auxquels la géologie assigne, de nos jours un
âge précis. A ces terrains correspondent des époques données ;
chacune d’elles a eu sa faune et sa flore — ses animaux et ses vé­
gétaux, — faune et flore qui ont disparu à mesure que prenait fin
l’époque elle même. D'après ce qui précède, il est naturel que l’on
découvre enfouis dans un terrain donné, les ossements des ani­
maux de l’époque correspondante. Des ossements humains serontils trouvés mélangés à ces derniers, il faudra absolument conclure
de ce fait que l’homme a foulé ce sol et vécu à côté de ces ani­
maux. Et si ce terrain remonte bien au delà de l’époque qui mar­
quait, dans nos traditions, l'apparition de l'homme sur la terre,
la conclusion s'impose d'elle même à l’esprit ; le genre humain est
beaucoup plus ancien que cette époque.
Voilà précisément ce qui est arrivé. Dans les terrains qui mar­
quent le début de l’époque quaternaire on a trouvé des ossements
humains mélangés à ceux du Mammouth et du Grand ours des ca­
vernes, espèces éteintes depuis longtemps. Bien plus, on a décou­
vert parmi ces débris des dents ayant appartenu à ces animaux ;
quelques unes d’entre elles étaient grossièrement sculptées et
percées de trous pratiqués d’une façon méthodique et intelli­
gente. Sur un certain nombre de pierres se trouvait même gra­
vée par un trait grossier, — essai naïf des premiers dessinateurs
— l’image du mammouth. Tous ces fait démontrent jusqu’à l’évi­
dence que l’homme a été le contemporain des animaux dont nous
venons de parler et qu’il a vécu au début de l’époque quaternaire,
c'est-à-dire un nombre incalculable d’années avant le déluge.
Notre espèce possède donc une très-haute antiquité.
Ce fait, actuellement indiscutable, n’est nullement en désaccord
avec la tradition biblique. Nous n’avons point ici à prendre en
main la défense de la Genèse, mais nous croyons qu’on ne sau­
rait trop faire voir aux esprits timorés que l’orthodoxie la plus
rigoureuse n’a rien à souffrir des recherches relatives à l’homme
primitif et qu’ils peuvent, tout en restant fidèles à leur croyance,
se réjouir des conquêtes de la science, au besoin même con­

�SEUX FILS.

L’HOMME PRIMITIF.

tribuer à les étendre. Ainsi que M. Figuier le démontre dans une
éloquente introduction, il n’existe dans la Genèse « aucune date
limitative des temps où a pu commencer l’humanité. » Ce sont les
commentateurs qui ont mis en avant cette fameuse date de 6000
ans attribuée à la création de l’homme. Rien, absolument rien
dans les livres saints, nous ne dirons pas ne démontre, mais n'in­
dique un fait semblable. La plus grande latitude est donc laissée
à la science et aux esprits chercheurs. De l’aveu même d’éminents
ecclésiastiques, la question des origines humaines est complète­
ment dégagée de toute subordination au dogme.
Ce premier point établi, c’est aux forces et aux lumières réunies
de tous sans exception que nous ferons appel pour trancher cette
autre questiun, qui a soulevé tant de discussions bizarres : le roi
delà création est-il l’arrière petit-fils du singe, ou bien, créé de
toutes pièces, a-t-il été dès le début « un homme, rien qu'un hom­
me, » comme dit le docteur Faust.?
Se rangeant du côté de Serres, de Gratiolet et de M. de Quatrefages, contre Cari Yogt et Huxley, l'auteur fait ressortir avec
beaucoup de vérité le côté spécieux des faits sur lesquels se sont
appuyés les partisans de l’origine simienne de l’homme. Les
divers crânes remontant aux époques primitives et trouvés dans
le courant de ces dernières années, le crâne de Borreby, celui de
Meilen, ceux de Furfooz et de Bruniquel, présentent les diffé­
rences les plus tranchées avec les os correspondants du gorille et
de l’orang-outang. Tous, sauf quelques légers détails, sont la
reproduction parfaite du crâne de la génération humaine ac­
tuelle.
L’homme primitif a donc eu dès le début de son existence
une individualité nettement définie ; il constitue le premier terme
d’une série complètement distincte de celle dont le gorille et
l’orang-outang peuvent être considérés comme l’expression der­
nière. Voila donc confirmé une fois de plus ce grand fait mis en
lumière par les travaux de M. de Quatrefages, que l’espèce est
immuable, quelle se développe, se perfectionne, se modifie, s’al­
tère, disparaît, mais ne donne point naissance à une espèce nou­
velle.
Attacherait-on comme preuve d’une prétendue filiation ayant
existé entre le singe et l’homme, une importance sérieuse au
développement du péroné et à celui de la ligne âpre du fémur ?
Ces deux surfaces osseuses, chez le singe et l’homme primitif,
présentent, il est vrai les plus grandes analogies. M. Figuier ne

nie point ce fait, mais il l’explique d’une manière très logique.
Dans quel cas les saillies osseuses servant d’attaches aux muscles
sont-elles très développées? Lorsque les muscles prenant insertion
sur elles sont très puissants. Dans quelle circonstance les mus­
cles présentent-ils un volume exagéré? Lorsque la force muscu­
laire entre souvent en jeu, lorsque l’effort est considérable,
lorsque les exercices violents sont fréquemment renouvelés. Or
telle était la condition de l’homme primitif, obligé de vivre au
milieu deséléments déchaînés, de luttercontre des animaux gigan­
tesques, en un mot d’exercer constamment une force musculaire
énorme.
Avons nous besoin d’ajouter que jamais on ne vit singe parler,
qpe jamais orang-outang ou gorille ne fut surpris taillant des
silex, fabricant des flèches, traçant sur la pierre l’image de ses
semblables, travaux que l’homme primitif exécutait tous les
jours ?
M. Pruner-Bey et Gratiolet n’ont ils pas démontré d’ailleurs
qu’entre l'homme et le singe, il existe un ordre inverse dans le
développement des phénomènes propres à la vie sensitive et
végétative, à la locomotion, à la reproduction? Gratiolet n'a-t-il pas
prouvé que chez l’homme les circonvolutions cérébrales du lobe
frontal apparaissent avant celles du lobe moyen, tandis que l’in­
verse a lieu chez le singe ? Nous pouvons donc en toute sûreté
établir cette conclusion si philosophique et si précise que « lorso que deux êtres organisés suivent dans leur développement une
« marche inverse, le plus élevé des deux ne peut descendre de
« l’autre par voie d’évolutions.»
Nous n’en finirions point si nous voulions citer tous les argu­
ments développés par M. Figuier pour combattre la théorie
bizarre de Cari Vogt. L’auteur a mis dans ce chapitre, au service
d’une érudition profonde, une chaleur d’exposition bien faite pour
convaincre. Aussi dirons-nous volontiers avec lui, en nous ser­
vant d’une phrase empruntée à M. de Quatrefages: « la théorie de
« l’origine simienne de l'homme n’est qu’une pure hypothèse ou
« même un simple jeu d’esprit, en faveur duquel on n’a pu invo« quer encore aucun sérieux fait et dont, au contraire, tout dé« montre le peu de fondement.»
La question de l’unité et de la diversité des races, non moins
intéressante que la précédente, a été à peine effleurée par l'auteur.
Sans entrer dans de longs développements, M. Figuier laisse voir
ses préfére-nces pour l'unité de notre espèce. Il ne refuse point

301

305

�306

SEUX FILS.

d’admettre que le genre humain a pris naissance sur les plateaux de
l’Asie centrale et que les descendants du premier homme, répan­
dus a la surface de tout le globe, subirent certaines influences de
climat et de milieu qui, en modifiant leur organisme, établirent
les différences existant entre les races blanche, noire, jaune et
rouge.
Pour notre part, nous avouerons que la question de l’unité ou de
la diversité des races, nous a toujours invinciblement attiré en
nous inclinant de préférence vers la première hypothèse. Les faits
recueillis de toutes parts, s’ils ne suffisent point pour démontrer
la théorie de la monogénie, ne contiennent au moins rien qui
puisse lui être opposé: ils lui sont au contraire plutôt favorables.
Un argument mis en avant par les partisans de l’opinion adverse
nous avait laissé longtemps dans une indécision à laquelle mi­
rent fin les intéressantes études publiées en 1864, dans la Revue
des Deux Mondes, par M. de Quatrefages, Les polygénistes, se
basant sur ce que les îles de l’Océanie sont habitées par une nom­
breuse population, sur la distance qui existe entre elles et l’Asie,
sur l’existence des vents alizés qui, soufflant de l’est a l’ouest,
devaient s’opposer aux migrations des Asiatiques vers l’est, c’està-dire vers ces îles, les polygénistes croyaient les Océaniens ori­
ginaires du sol. Mais les vents alizés ne soufflent pas toujours ;
ils sont remplacés à certaines époques de l’année par les venls
moussons, qui ont une direction diamétralement opposée. De plus,
il existe dans l’océan Pacifique un grand courant central qui se
dirige de l’ouest à l’est. Les migrations des peuples asiatiques
vers l’est, favorisées par ces deux causes puissantes, ont donc pu
s’effectuer, même avec des moyens de navigation très restreints.
Les Polynésiens présentent d’ailleurs un mélange du type blanc,
du type jaune mongolique et du type noir. Il est donc à peu près
certain que la Polynésie s’est peuplée par migration.
La philologie apporte aussi son contingent de preuves. Le
père Cœurdoux, et après lui William Jones, en démontrant que
l’idiome asiatique appelé sanscrit a la même source que le grec, le
latin, le persan et le gothique, ont affirmé, par ce fait seul, la
parenté originaire des Indous, des Grecs et des Latins.
Que la race humaine ait été une dans le principe, c’est donc-là
un fait infiniment probable. Elle s’est modifiée par la suite au
point de former des subdivisions, des races secondaires. Quelques
unes de ces dernières, prodigieusement dégénérées, ont dû être

L’HOMME PRIMITIF.

307

désignées sous le nom de races inférieures, mais elles ne parais­
sent pas avoir eu primitivement ce cachet d’infériorité; elles ont
une même origine avec les races supérieures et, soumises à des
causes moralisatrices suffisamment prolongées, elles retrouveraient
probablement leur caractère primitif. Voilà ce que les faits sem­
blent prouver; voilà ce que nous croyons jusqu’à nouvel ordre, en
dépit de la thèse soutenue avec tant d’éloquence et d’érudition
par notre excellent ami et savant collaborateur M. le Dr Despine,
dans son remarquable ouvrage de Psychologie naturelle (1).
Nous nous sommes laissé entraîner loin de l’œuvre de M.
Figuier. Que l'on nous pardonne, en raison de l’intérêt palpitant
qui s'attache à ces questions, une digression aussi longue. Reve­
nons à l’homme primitif et admettons avec l’auteur que notre
premier père ait été créé de toutes pièces par Dieu et placé au
centre de l’Asie. Que vont devenir nos ancêtres ? Comment résis­
teront-ils, eux faibles et isolés, aux innombrables causes de des­
truction qui lesentourent? Comment prendra naissance, comment
se développera le premier élément social? M. Figuier, en remuant
les vestiges du passé, répond à ces questions diverses et nous
donne le secret de ces époques mystérieuses.
Avant d’avoir à sa disposition les métaux, qui devaient jouer
un si grand rôle dans la civilisation, l’homme, pendant un nom­
bre incalculable d’années, se servit de la pierre; d’où la division
de la période anté-historique en deux grandes époques, l’âge de la
pierre et l’âge des métaux.
Jeté sur la terre pendant l’époque quaternaire, c’est-à-dire
longtemps après le cataclysme qui produisit les terrains tertiaires
pliocènes, l’homme, selon toutes probabilités, ne fut pas témoin
des déluges européens occasionnés par le soulèvement des monta­
gnes de la Norvège et par celui des Alpes. Mais il eut à résister
à deux bouleversements gigantesques. Le premier fut ce refroi­
dissement instantané du globe — phénomène resté complètement
inexpliqué jusqu’à nos jours et connu sous le nom de période
glaciaire — qui recouvrit subitement de glaces toute l’Europe.
L'un des glaciers nouvellement formés s'étendait du sommet des
Alpes jusque sur le Jura et sur Lyon ; un autre allait de la Scan(1) Élude sur les facultés intellectuelles et morales dans leur état normal
et dans leurs manifestations anomales chez les aliénés et chez les criminels&gt;
par le [)' P. Despine : 3 volumes de G00 pages chacun , chez Savy, libraire
éditeur, rue Hautefeuille, 24, Paris 1868.

�308

SEUX FILS.

dinavie h l’Angleterre. L'esprit recule devant de pareilles
immensités.
L’espèce humaine dut être profondément décimée par ce refroi­
dissement qui détruisit des générations entières d’animaux.
Elle ne périt point cependant et elle put se trouver longtemps
après, pleine de force et de vie, en face du déluge Asiatique, de
celui dont parle la Bible, et qui fut occasionné par le soulèvement
des Montagnes du Caucase. Entre la période glaciaire et le déluge
s’écoula un laps de temps considérable. Cet intervalle, qui com­
prend un nombre inconnu de siècles, a reçu le nom d’époque
anté-diluvienne ; elle se termine avec la période géologique qua­
ternaire à laquelle mit fin le déluge.
C’est un véritable charme que de lire les quatre chapitres que
M. Figuier a consacrés aux temps anté-diluviens. Nous y voyons
l’homme contemporain du Mammouth et du Grand ours se fabri­
quer, en taillant le silex, des pointes de flèches, des haches puis­
santes —véritables tomahawks en tout semblables aux haches des
Indiens actuels—pour combattre ces redoutables animaux. Nous
le voyons se réfugier dans les cavernes, seules habitations de nos
ancêtres; nous assistons a la découverte du feu — cette conquête
inappréciable — , a la fabrication des premières poteries et même
(ô coquetterie native!) à celle des premiers bracelets et des pre­
miers colliers! Un pas de plus, et nous verrons nos pères tracer
sur le silex de grossières ébauches représentant l’homme et les
animaux. Ne rions point de ces naïfs essais ; c’est le premier
degré de l’échelle qui élèvera un jour, en les montrant au monde
dans toute la splendeur de leur gloire, les Yan-Ryck et les
Memling, les Rubens et les Rembrandt, les Raphaël et les MichelAnge, les Titien et les Véronèse, les Murillo et les Ribera.
A mesure que les temps avancent, les animaux gigantesques
disparaissent et s’éteignent. Le renne, actuellement émigré en
Laponie, devient alors la grande ressource de l’homme. Avec le
bois de c«t animal, nos ancêtres se confectionnent des armes,
des outils, des parures; leurs cavernes sont plus commodément
disposées, leurs vêtements sont formés de peaux de renne prépa­
rées, assouplies et cousues.
Le déluge survient. L’espèce humaine résiste à cette épouvan­
table catastrophe et elle continue à faire chaque jour de nouveaux
progrès en modifiant d’une manière heureuse les habitudes tradi­
tionnelles des ancêtres. Au lieu de continuer à se servir de silex

L ’HOMME PRIMITIF.

309

grossièrement taillés, les hommes, après le déluge, emploient une
pierre lisse et soigneusement préparée. C’est alors que s’établis­
sent des ateliers depolissage dans lesquels se fabriquent en grand
des armes, des instruments de travail et de pêche. Les hommes,
dans ces siècles reculés, pêchaient déjà au filet et à la ligne. Des
harpons, des hameçons et même des fragments de filet remontant
manifestement à eettè époque ont été trouvés en grand nombre.
C’est également à cet âge que se rattachent les premiers essais
de jardinage, de labourage et de navigation, la fabrication du
pain, l’asservissement du chien et du cheval, du mouton et du
bœuf.
Les hommes, à l’époque de la pierre polie, ensevelissaient leurs
mort dans des sépulcres préparés avec le plus grand soin et qui
existent encore en très-grand nombre dans le Danemark. Ce fait
a servi de base à M. Figuier pour ériger une théorie que nous
croyons très-discutable. Pour le savant auteur de l’Homme pri­
mitif, les dolmens de la Bretagne, monuments auxquels on donne
une origine celtique ou druidique, auraient une antiquité beau­
coup plus reculée. Ils constitueraient en effet de véritables tom­
beaux ayant renfermé les restes des hommes de l’époque de la
pierre polie, de telle sorte que les Celtes « auraient considéré avec
« autant d’étonnement que nous-mêmes » ces constructions bi­
zarres......!
Le soin donné à l’ensevelissement des morts est une des preuves
les plus réelles des progrès accomplis par l’humanité. Les temps
historiques cependant ne sont point encore arrivés; avant que le
naturaliste puisse céder la place à l’historien, la civilisation doit
faire un pas de plus; ce pas c’est la découverte des métaux. Chose
étrange ! le premier métal employé par l’homme a été le bronze,
c’est-à-dire un alliage de cuivre et d’étain. Il est probable que nos
ancêtres ayant eu sous la main ces deux dernières substances, les
mêlèrent sans les connaître isolément ; le résultat leur parut bon
puisque l'époque du bronze occupe à elle seule une très-large place
dans la période anté-historique. M. Figuier ne consacre pas moins
de huit chapitres à cette période. Il nous fait voir nos pères fon­
dant et moulant le bronze, fabriquant avec ce métal des armes,
des ustensiles, des instruments de toute espèce ; il nous lesmontre
fixant leur résidence sur les lacs eux mêmes et formant ces éta­
blissements aquatiques désignés sous le nom de cités lacustres;
nous assistons avec lui à l’invention du verre, à celle du tissage

�310

SEUX FILS.

et nous arrivons ainsi sans fatigue a l'époque du frr, grande pé­
riode qui commence 2000 ans environ avant Jésus-Christ, et s’ar­
rête aux premiers vestiges historiques soigneusement recueillis
par Hérodote.
A force de travailler le bronze, nos pères avaient acquis en mé­
tallurgie des connaissances assez sérieuses pour que la réduction,
par le charbon, des minerais d’oxyde de fer pût être effectuée.
Cette opération fut faite ; elle donna le fer en nature. En posses­
sion d’un métal plus dur, plus facile a travailler, plus répandu
que le bronze, l'homme devait, on peut le dire, renouveler de
fond en comble la face du globe ; et si nous songeons qu’autour
de ce fait considérable viennent se grouper la connaissance de
l’argent et du plomb, l’art de fabriquer les poteries au tour et de
les faire cuire dans un four perfectionné, l’apparition des mon­
naies, le développement du commerce et de l’agriculture, nous
pouvons dire en toute sûreté que cet âge de fer a été dans la vie
pré-historique de l’humanité un véritable âge d'or, beaucoup plus
digne de ce nom que l’époque fantastique si souvent célébrée
par les poètes anciens.
Quelque incomplets que soient les détails que nous venons de
donner, nous croyons cependant en avoir assez dit pour prouver
l’intérêt immense qui s’attache à la lecture de YHomme primitif.
Pour rendre son œuvre plus attrayante, &gt;1. Figuier a joint aux
232 figures intercalées dans le texte, 30 planches représentant, —
avec un caractère auquel les découvertes de la science donnent le
plus grand cachet possible de probabilité — diverses scènes de la
vie de nos premiers pères. Ce beau volume clôt dignement la
série d’études qui, sous le nom de Tableau de la nature, occupait
l’auteur depuis plusieurs années. L ’Homme primitif peut, sans
craindre la comparaison, être placé en regard de la Terre avant le
déluge, ouvrage dont il est le complément indispensable.
C’est réellement un travailleur intrépide que M. Figuier. Outre
les œuvres dont nous venons de parler, ce publiciste a trouvé le
temps d écrire la Vie des savants illustres, les Grandes inventions an­
ciennes et modernes, lAlchimie et les alchimistes, etc., etc. Nous de­
vons encore à cette plume féconde la publication d’un Annuaire
scientifique et industriel justement estimé. Dans le 1i®* volume
de ce recueil 6e trouvent résumées toutes les questions qui ont
occupé le monde savant pendant l’année 1869. Nous ne pouvons

L ’HOMME PRIMITIF

3II

que citer à la hâte les articles suivants qui nous ont vivement
intéressé : la machine-soleil de M. Mouchot, le câble transatlan­
tique français établi de Brest à l’île Saint-Pierre et aux Etats-Unis,
le canal maritime de Suez, le projet de tunnel sous-marin entre
la France et l’Angleterre, l’application de la télégraphie électrique
au service des armées, l’utilisation des eaux d’égout, l’influence
de l’eau de mer sur les vins, l’acclimatation du renne dans les
Alpes.....Nous en passons et des meilleurs.
La partie du livre consacrée à la médecine nous donne de cu­
rieux détails sur leNoématachomètre deM. Donders (cetinstrument
sert à mesurer le temps d’une pensée simple), sur l’essence de té­
rébenthine considérée comme antidote du phosphore, sur l’action
stimulante, tonique et antispasmodique des feuilles de coca (ar­
buste originaire du Pérou)..... Pour peu que nous aimions les
voyages, nous pourrons, en parcourant ce volume, tâter le pouls
à distance par voie télégraphique, visiter les baraques établies en
plein air pour le traitement des blessés dans quelques hôpitaux
de Paris et d’Allemagne, contrôler dans le laboratoire de MM. Liebreich, Personne, Demarquay, les curieuses expériences relatives
au chloral et examiner dans celui du professeur Helmholtz
(d’Heidelberg) le nouveau procédé de M. de Bélina pour la trans­
fusion du sang. Si l’envie nous en prend, nous pourrons même
visiter les hospices d’ivrognes (Etats-Unis... !) ; après quoi il ne
nous restera plus qu’à prendre congé de l’auteur et à nous asso­
cier de toutes nos forces à l’éloquente protestation du D4Simplice.
Cette dernière page, si heureusement reproduite par M. Figuier,
signale avec raison la publicité déplorable donnée aux lugubres
récits des assassinats, publicité qui remplit de dégoût le cœur des
honnêtes gens, pervertit les masses, favorise le développement
des névro-pathies et compromet gravement la santé publique.
D' S kux Fils.

�COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance.—Hémorrhagie intra-ovarique ; observation;

présentation de pièce. — Suite de la discussion sur les fractures de la
jambe.—Fin do la discussion sur la colique sèche et la colique saturnine.
—Éloge de M. Roux (de Brignoles).

Séance du o mars 1870. — Présidence de U . Villard.
Correspondance imprimée : Considérations et observations sur
l’époque de l'occlusion du trou ovale et du canal artériel, par le
Dr Alvarenga, de Lisbonne.— Bulletin de l’Académie royale de
médecine de Bruxelles.— Journal de médecine de l'Ouest. — An­
nales d’hydrologie médicale de Paris. — Boletin del Instituto
médico Yalenciano. — Essai sur l'aplasie lamineuse progressive,
parle docteur Lande. — La Lithotritie et la Taille, par Civiale— Collections de calculs urinaires, par le même. — Discours
de M. Sicard; Assemblée générale du Comité médical. — Etude
sur Pétiologie de la colique saturnine, par M. Margaillan.
Correspondance manuscrite. : Une lettre de M. Civiale tils, jointe
h l’envoi

des deux volumes de son père.
M. Vidal, médecin-inspecteur des eauxd'Aix (Savoie), assiste a
la séance.
M. Picard présente une pièce pathologique et communique une
observation d’hémorrhagie intra-ovarique chez une jeune tille
non menstruée, morte incidemment de méningo-encéphalite.
(A cause de l'abondance des matières, cette observation est
renvoyée au prochain numéro.
M. Pirondi. — La pièce présentée par M. Picard est très-inté­
ressante. Malheureusement, on ne reconnaît la maladie qu’après
la mort. Il serait nécessaire d'avoir un grand nombre d’observa­
tions : en comparant, alors, les symptômes avec les lésions, on
pourrait dresser le tableau exact de la maladie.
M. Picard. — L’hémorrhagie intra-ovarienne a des signes ca­
ractéristiques : tumeur au niveau de l’ovaire, douleur soudaine,
aigué, spasme féroce, sans métrorrhagie, sans péritonite ; tous

313

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

1SNARD.

312

ces accidents se dissipent en quelques heures. U en est de mémo
de l’hémorrhagio intra-testiculaire due aux cfl’orts violents du
coit ; suivant Gosselin, il se forme dans ce cas une tumeur trcsdouloureuse dont l’apparition est subite.
M. Pirondi pense que la tumeur dont parle M. Picard pourrait
être confondue avec un étranglement intestinal se montrant brus­
quement.
M. Picard. —En comparant les signes différentiels de ces deux
espèces d’accidents, la confusion peut être facilement évitée.
Ordre du jour : Suite de la discussion sur les fractures de la

jambe.
M. Gouzian résume le travail deM.Pouccl, rappelle, enlescommentant, les opinions émises par MM. Picard, Pirondi, Scux tils,
Villard, et continue ainsi son argumentation :
Que sortira-t-il de cette discussion ? Verba et coccs prœtereaque
nihil ? Non, Messieurs ; il en sortira des enseignements utiles,
mais ces enseignements seront insuffisants pour résoudre le pro­
blème des indications fournies par les fractures compliquées de
la jambe, problème qui attend encore une solution, malgré les ré­
cents travaux de la Société de chirurgie de Paris. Pour arriver à
cette solution, il faudrait connaître la mortalité comparative de
l’amputation et de la conservation dans des cas déterminés et tou­
jours identiques, celle des résections et des amputations ; l’utilité
des membres conservés ou réséqués.
On le voit, nous n'avons pas fini de rouler notre rocher de Sysiplie sur l’âpre terrain des indications. En présence des trauma­
tismes graves de la jambe, nous serons plus d’une fois encore
dans un sérieux embarras pour déterminer si nous devons am­
puter, réséquer, conserver. Il ne faut pas s’en étonner. On ne
trace pas les indications chirurgicales à la règle et au compas.
On peut bien donner les enseignements généraux de la science,
les résultats cliniques, les statistiques trop souvent incertaines ;
on ne saurait poser des règles ayant cette rigueur qui caractérise
les sciences exactes. On l’a dit avec raison dans la discussion :
Il n'y a pas de fractures, il n’y a que des fracturés.
Rien de plus complexe que cette question des indications, elle
réclame la sagacité, l’expérience, l’honnêteté du praticien. Après
des blessures bénignes, on a des revers inattendus ; après des
blessures graves, des guérisons inespérées; certains malades
meurent misérablement après avoir refusé l’amputation ; des
membres condamnés par d’illustres chirurgiens ont pu être
conservés !
20

�314

ISNARD.

On nous a signalé les complications des fractures qui rendent
l'amputation necessaire. Comme mon collègue, le Dr Pirondi,
j ’accepte avec réserve les assertions émises a cet égard. 11 y a
quelques vingt ans, dans les fractures du fémur par coups de
feu, la nécessité de l’amputation était un article de foi. On sait
aujourd’hui ce qu’il faut en penser. Dans son remarquable mé­
moire sur l’ostéomyélite, M. le professeur J. Roux dit avoir reçu
à l’hôpital Saint-Mandrier, pendant la guerre d’Italie, il blessés
par coup de feu qui avaient fracturé le fémur dans tous ses points;
35 sont sortis guéris, sans amputation. Les résultats obtenus à
la même époque a l’hôpital militaire de Marseille, dont je parta­
geais le service chirurgical avec le regrettable Dr Villamur,
continuent ceux du professeur de Toulon. Je comprends Malgaigne s'écriant en pleine Académie de médecine (1848) a Si j ’avais
la cuisse cassée par un coup de feu, je ne me laisserais pas
amputer. »
Un mot sur la chirurgie conservatrice dont on a beaucoup
parlé dans la discussion.
Dans tous les temps, il y a eu des chirurgiens ne demandant
qu'à couper ; au comble de la joie, disait Dionis, quand les ciseaux
à la main ils peuvent tailler en plein drap. Ceux-là ont toujours eu
le souci de leur renommée plus que de la santé de leurs malades.
Us ont oublié les paroles de Baglivi : Agitur de pelle humand.
Dans tous les temps aussi la chirurgie conservatrice a eu des
partisans éclairés. A l’heure présente, son champ va s’agrandis­
sant chaque jour. Elle rallie les plus grands chirurgiens, surtout
au déclin de leur carrière. Velpeau disait « plus je vieillis, moins
j ampute » 1818. Lisfranc ne tenait pas un autre langage. Comme
Alquier, de Montpellier, il s’était fait le défenseur ardent et con­
vaincu de cette médecine opérante qui n’est que l’alliance heu­
reuse de la médecine et de la chirurgie.
La chirurgie conservatrice a gagné du terrain par les médica­
tions intelligentes, le perfectionnement des instruments, des
appareils, des moyens de transport, etc. Elle doit en gagner
encore par l’application rigoureuse des lois de l’hygiène. Trans­
formons nos hôpitaux, demandons pour nos blessés ces cottages
hospitaliers, qui ont donné à nos confrères d’outre-Manchc les
prodigieux résultats signalés par M. Béclard à la Société de chi­
rurgie de Paris (22 juin 1869). Soustraits à l’influence nosoco­
miale, aux maléfices de l’agglomération, entourés de soins tou­
jours ponctuels, toujours intelligents, nos malades se prêteront
mieux aux tentatives conservatrices. C’est dans les hôpitaux
transformés, dans les cottages hospitaliers que la chirurgie
conservatrice nous livrera le dernier mot de sa puissance et de
son efficacité.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

315

Suite de la discussion sur la colique sèche et la colique saturnine.
M. de Capdeville lit un discours dont voici le résumé :
Avant de vous dire pourquoi je pense qu’il est difficile d’avoir
une opinion arrêtée sur l’identité ou la non-identité de la colique
sèche et de la colique saturnine , permettez-moi de rappeler
brièvement les arguments présentés en faveur de l’étiologie sa­
turnine ; après avoir écouté les défenseurs de la non-identité,
n’cst-il pas équitable que vous entendiez, avant de conclure, ceux
de l’opinion contraire?
Le premier, le principal argument, c’est l’absolue ressemblance
entre les symptômes des deux maladies, ressemblance reconnue
et acceptée par tout le monde.
De cette identité symptomatique pour arriver à l’identité étio­
logique, il fallait démontrer la présence et l’absorption du plomb
dans les conditions où la colique sèche apparaît; c’est ce qu’a
cherché à faire le regretté M. Lefèvre, dans un mémoire bien
connu, auquel il convient de renvoyer ceux qui désirent appro­
fondir la question. Je me borne à indiquer les sources et le mode
de pénétration du plomb.
Ces sources abondent à bord des navires et dans les colonies.
Citons la peinture à la céruse, encore trop employée ; le minium,
journellement manipulé, sur les bâtiments à vapeur; la soudure,
très-riche en plomb, des syphons, des charniers, des tubes des
cuisines distillatoires, des boîtes d’endaubage transformées par
les hommes en vaisselle à tout usage ; l 'étamage de la batterie de
cuisine des états-majors; enfin, le vin, le sucre, le tabac à chiquer
fréquemment sophistiqués par le plomb. Telle est l’énumération
incomplète des sources qui font pénétrer le métal par les voies
respiratoires, digestives ou cutanées.
L’absorption est prouvée: l°par l’apparition du liseré de Burton, mobile et fugace, il est vrai, mais qu’on peut toujours
observer en temps opportun ; 2° par l’analyse chimique des sécré­
tions et des organes : si les recherches entreprises dans ce sens
n’ont pas donné des résultats toujours satisfaisants, c’est quelles
sont environnées d’obstacles difficiles à vaincre à bord et dans
les colonies.
A ces arguments, tirés de ce qu’on peut appeler les faits po­
sitifs, se joignent ceux tirés de la discussion des causes invo­
quées par les partisans de la non-identité. Et d’abord, la multi­
plicité des causes auxquelles on a successivement attribué la co­
lique sèche trahit l’insuffisance de chacune d’elles : en étiologie,
comme en thérapeutique,.on peut dire que richesse est souvent
synonyme de pauvreté.

�316

I SNA HD.

De plus, une investigation sévère prouve que toutes ces causes
ne peuvent être considérées que comme des causes prédisposantes;
telles sont : les brusques variations de température, entraînant le
refroidissement et îles répercussions dangereuses, Yinfluence mias­
matique et la cachexie qui en dérive, l'anémie consécutive a un
long séjour dans les pars chauds ; il est démontré, en «effet,
qu’aucune de ces causes n’a pu suffire a produire la véritable co­
lique sèche, tandis que la maladie a pu se montrer dans des con­
ditions où elles ne pouvaient être mises en jeu.
Tels sont les arguments, trop condensés ici, invoqués par les
défenseurs de l’étiologie saturnine; ils sont sérieux et ils ont
rattaché à l’opinion de M. Lefèvre un grand nombre de méde­
cins de la marine; les thèses et les archives de médecine navale
en font foi.
Cependant la question reste encore pendante entre ceux qui
voient toujours dans la colique sèche une colique de plomb,
même lorsqu’on n'a pu découvrir le métal, et ceux qui, s’appuyant
sur les résultats négatifs de leurs recherches, veulent faire de la
colique sèche une entité particulière.
En présence de ces deux affirmations quel parti prendre? Pour
le moment, je crois que la question ne peut être définitivement
jugée, que les cléments destinés à la résoudre sont encore insuf­
fisants.
Jusqu’à présent, en effet, on n’a envisagé que deux côtés de la
question : le côté symptomatique et le côté étiologique ; on a fait
l’histoire des caractères extérieurs des deux maladies, mais on
n’en a pas décrit les phénomènes intimes. Pour la colique sèche,
comme pour la colique de plomb, on sait que les symptômes se
déroulent et s’enchaînent d’une certaine façon ; que certains
organes en sont plus particulièrement le théâtre ; certains ap­
pareils, les instruments; mais on ne sait pas comment ces troubles
surviennent, à quelles altérations passagères ou permanentes ils
se rattachent ; lequel des systèmes nerveux ou musculaire est pri­
mitivement atteint. Nul doute cependant que la connaissance de
tous ces faits, ne fut d’un grand secours dans le parallèle entre la
colique sèche et 1a colique saturnine; qu’elle ne permît d’établir
des différences ou des rapprochements autrement plus sérieux
que ceux que l’on tire de la forme des accidents, ou de considé­
rations étiologiques toujours fort discutables.
Devant toutes ces inconnues, n’est-il pas plus logique de sus­
pendre son jugement et d’attendre que l’anatomie et la physiologie
pathologiques soient venues porter les éléments d’une solution
définitive ?

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

317

M. Bertulus. — Diverses opinions ont été émises sur la colique
végétale. Astruc, Bordeu et Sauvages l’ont considérée comme
une affection de la moelle épinière ; Segondcomme une névralgie
du grand sympathique; Larrey comme un rhumatisme de la tu­
nique musculeuse de l’intestin; Paye, médecin de la marine,
comme un symptôme de l’éréthisme nerveux dans lequel tom­
bent, entre les tropiques, les sujets qui souffrent de la chaleur,
transpirent beaucoup, abusent des liqueurs fortes et des femmes.
Pour MM. Raoul et Fonssagrives, professeurs aux Ecoles de mé­
decine navale, la colique sèche ou végétale serait une des formes
de l’intoxication paludéenne. Déjà Sydenham et Huxham avaient
émis la même idée. Enfin, M. Lefèvre, seul, a assimilé la colique
sèche à la colique de plomb, l’attribuant à l’action toxique de ce
métal. Très-peu de médecins de la marine ont adopté cette opi­
nion. Evidemment le Dr Borchard s’est mépris, dans sa thèse
inaugurale, lorsqu’il fait figurer M. Raoul comme un partisan
des idées de M. Lefèvre. Voici le texte même de M. Raoul : « La
« colique sèche, colique du Poitou, de Madrid, colique végétale,
« est très-commune au Sénégal, dans le fond du golfe de Guinée,
« beaucoup moins dans la partie australe de la côte et rare à la
« côte d’Angola. » (Guide hygiénique et médical pour la cote occi­
dentale d’Afrique 1851). Si la colique végétale avait pour cause
prochaine l’intoxication saturnine, elle se montrerait à bord
des vaisseaux, dans tous les parages, en Europe, comme en
Afrique, etc.
D’ailleurs, lessymptômes pathognomoniques de la colique satur­
nine manquent dans la colique sèche. Tel sont: 1° le liséré des
gencives qui sont seulement pâles, décolorées; 2° le refroidisse­
ment général de la peau, les paralysies générales et partielles, le
ralentissement des battements du cœur et du pouls (effets toxi­
ques du plomb sur le système cardiaco-vasculaire) ; 3° le goût
sucré à la bouche. — La colique sèche se complique très-souvent
de fièvre, d’après les auteurs qui ont écrit sur la matière. Jamais
il n’y a de fièvre dans la colique de plomb. En dépit de la diffé­
rence des causes, les symptômes communs aux deux maladies
sont: l’état cachectique général résultant des dérangements di­
gestifs, la constipation, les vomissements et les douleurs à ca­
ractère névralgique, etc.
Les lésions cadavériques ne peuvent guère servir à différencier
les deux maladies. Broussais et son Ecole ont signalé la gastroentérite ; Larrey le gonflement du foie et celui de la vésicule du
fiel, remplie d’une bile porracée (coliquede Madrid); Segond, l’en­
gorgement des ganglions thoraciques et abdominaux avec ré­
trécissement du tube digestif.

�318

ISNARD.

M. Chaspoul. — Il est difficile de résoudre la question de la co­
lique sèche et de la colique saturnine. Partisan de l’identité,
M. Lefèvre avait apporté au service de ses idées beaucoup do per­
sévérance et de talent. Tous les médecins do la marine que j ’ai
connus, particulièrement au port de Toulon, tous ceux qui ont
observé la colique sèche, protestent contre les opinions de M. Le­
fèvre et affirment n'avoir jamais découvert de traces de plomb,
malgré les plus minutieuses recherches. Je ne crois pas à l'in­
fluence paludéenne, les fièvres intermittentes pouvant coincider
avec la colique sèche. Sans doute beaucoup de points restent
encore obscurs dans l’étude de cette dernière maladie ; mais, pour
moi, je me range du côté des médecins qui ont navigué, qui ont
vu la colique sèche et l’ont combattue, plutôt que du côté de
ceux qui ont médité et écrit dans le silence du cabinet.
M. Bertulus. — Il faut tenir compte de l'analogie admise entre
le tétanos et la colique sèfche, ou tétanos intestinal. La puissante
influence des vicissitudes atmosphériques sur les deux maladies
ne saurait, en effet, échapper à personne.
M. Fabre présente une thèse de M. Margaillan sur l’identité de
la colique sèche et de la colique saturnine.
J/, le Président demande à M. Chaspoul si les médecins dont il
a parlé ont trouvé, dans leurs recherches, de l’albuminate de
plomb? si leurs analyses sont récentes ou si elles remontent à
plus de trois ans? Au point de vue du diagnostic différentiel de
la colique sèche et de la colique saturnine, il serait intéressant
de constater la présence ou l’absence du sel de plomb et de faire
entrer ce nouvel élément dans la question.
Les analyses dont a parlé M. Chaspoul remontent à 1848 et 1850.
M. Dussau. — La présence de l’albuminate de plomb n’est pas
une preuve infaillible pour le diagnostic. Sous ce rapport, il faut
se défier des analyses, car on trouve du plomb et du cuivre dans
l’organisme humain : il y a donc là une source d’erreur.
J/, le Président. — J ’ai voulu parler de la quantité pathologique
et non de la quantité physiologique d'albuminate de plomb ren­
fermée dans l’économie.
M. Vidal. — Les eaux minérales ne pourraient-elles pas être,
en certain cas, un moyen utile de diagnostic? Les paralysies sa­
turnines guérissent rapidement sous l’influence des eaux d’Aix
(Savoie) ; d’autres paralysies, en apparence semblables, leur sont
réfractaires. Cette résistance ne démontre-t-glle pas une étiologie
différente, une origine non saturnine?

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

319

Séance extraordinaire du 12 m ars. — Présidence de M. Villard.
Ordre du jour : Eloge de M. Roux (de Brignoles) par M. Pirondi. (Voir plus haut p. 249).

Séance du 19 m ars. — Présidence de M. Villard.
Correspondance imprimée : Revue de thérapeutique médico-chi­
rurgicale. — Bulletin médical du Nord de la France. — Revue
médicale française et étrangère. —Compte-rendu des travaux de
la Société médicale de Clermont-Ferrand. — La lame spirale du
limaçon de l’oreille de l’homme et des mammifères par Lœwenberg. — Bulletin de la Société de médecine pratique de Paris. —
Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris. — Boletin
del instituto médico Valenciano. — Disarticolazione di gamba al
ginocchio per tetano traumatico, nuovo processo d’amputazione
délia coscia con lembo rotuliano, par le professeur F. Rizzoli.
Correspondance manuscrite : Une lettre de M. Blache, directeur
de la Santé, s'excusant de n'avoir pas pu assister à la dernière
séance.
Ordre du jour : Suite de la discussion sur la colique sèche et la

colique saturnine.
M. Bertulus lit la lettre suivante, qu’a bien voulu lui répondre
M. le Dr Fontaine, ancien professeur de chimie à l’Ecole de mé­
decine navale de Brest :
Mon cher confrère,

Vous me demandez si je suis à même de vous fournir quelques
renseignements d’analyse concernant la question d’identité de la
colique sèche, et de l'empoisonnement par le plomb. Vous ne
pouviez mieux vous adresser.
Depuis 1830 jusqu’en 1862, j ’ai fait partie, avec notre éminent
confrère Fonssagrives, alors, comme moi, professeur à l’École de
Brest, d’une commission spécialement chargée de rechercher
toutes les causes qui pouvaient produire, à bord des navires de la
flotte, l'intoxication saturnine. Cette commission, nommée par le
ministre, à la requête de notre directeur M. Lefèvre, devait ins­
pecter tous les navires à leur sortie de Brest, ainsi qu'à leur
rentrée. Nos investigations portaient sur les cuisines distillatoires, les conserves alimentaires, les vins, sur l’air des diffé­
rentes parties du navire, etc. Vous savez qu'à cette époque je

�320

ISNARD.

professais la chimie à l’École de Brest; toutes les analyses étaient
donc faites par moi. Eh bien, je peux vous dire que pendant les
six années durant lesquelles je me suis occupé de ces travaux,
aucun fait d’expérience analytique ne peut m'autoriser à admettre
que la colique sèche et l’intoxication plombique soient une seule
et même maladie. Bien au contraire, je leur crois une origine par­
faitement distincte. Si ces deux affections, à un certain degré,
semblent se confondre par la symptomatologie, l’analyse n’a
jamais établi, au moins entre mes mains, aucune donnée qui
puisse leur faire assigner une même origine. De plus, parmi tous
les médecins navigants, tous les pharmaciens coloniaux à qui j ’ai
pu accorder quelque confiance pour des recherches de ce genre,
aucun n’a pu m’affirmer des résultats d’analyses qui puissent être
invoqués à l’appui de l’opinion d’identité.
Ce qu’il y a de certain pour moi, c’est que les cas de colique
sèche, bien authentique que j'ai pu observer, ne m’ont jamais
donné, dans les urines et la sueur, la réaction plombique bien
déterminée. Et cependant, quelques uns de ces cas présentaient
tout le cortège des symptômes de l’empoisonnement plombique;
rien n’y manquait, pas même le liséré gengival. Par contre, dans
tous les cas d’intoxication plombique bien constatés, j’ai toujours
trouvé et pu démontrer la présence du plomb dans les liquides
d'excrétions.
Je me borne il ces faits d’analyse, mon cher confrère ; quant aux
preuves tirées des faits d'observation médicale, d’hygiène, de
météorologie, de climatologie, etc., elles abondent; mais vous
les connaissez mieux que moi.
Je dois vous dire, en terminant, que pendant longtemps, et
peut être aujourd’hui encore, l’École de Brest a passé pour par­
tager l’opinion de son vénéré directeur sur l’identité des deux
affections. Il n'en est rien, M. Lefèvre était aimé et estimé de
tous, et chacun avait à cœur de ne pas le contrarier dans ses
chères idées, mais je peux vous dire, en toute assurance, que tous
ceux d’entre nous qui étions à même, qui avions le droit d’avoir
une opinion sur la matière, nous pensions que les deux affections
ont une origine parfaitement distincte.
Il e£t certain que quelques jeunes médecins ont pu adopter et
défendre avec énergie les idées de M. Lefèvre. Mon Dieu, ne
voit-on pas partout, et dans tous les temps, les disciples exagérer
les doctrines du Maître, même les plus grandes erreurs, tout
aussi bien en sciences qu’en art et en religion.
La colique sèche est une endémie.
D' F ontaine.
A vous de cœur.
Marseille,19 mars 1870.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

321

M. Gouzian. — Dans le discours qu’il a prononcé sur la tombe
du docteur Lefèvre (Archives de médecine navale, t. 13, p. 73), mort
ù Rochefort le I2 décembre 1869, M. le Dr Quesnel, médecin en
chef de la marine, rappelle que des travaux auxquels il était
associé l’avaient conduit à rapporter les graves accidents des
coliques sèches à une intoxication saturnine.—Opinion, ajoute-til. qui fut alors repoussée avec une unanimité décourageante.
M. Lefèvre est-il parvenu 'à faire prévaloir cette opinion? La
lettre du Dr Fontaine vient de répondre à cette question. Cette
lettre , dont je n’ai pas besoin de fairo ressortir l’importance ,
condamne au silence ceux qui seraient encore tentés d’expliquer
la colique sèche par une intoxication saturnine.
Une rectification: j ’ai dit qu’il y avait une certaine parenté
entre les fièvres paludéennes et la colique sèche ; je n’en conclus
pas qu’il y ait identité de nature.
M. Seux père. — Rendant longtemps , l’occasion ne s’était pas
présentée à moi d’étudier la colique sèche, je n’avais aucune opi­
nion arrêtée sur la maladie. Depuis la publication des travaux do
M. Lefèvre, il m’a été permis de rencontrer, soit en ville, soit
dans les hôpitaux, un certain nombre de marins, matelots ou ca­
pitaines, se disant avoir été atteints de colique sèche, en divers
pays intertropicaux. Chez tous, j ’ai été frappé de l’analogie qu’of­
frait la maladie, au point de vue symptomatologique, avec les
affections saturnines. Dans tous les cas, je retrouvais le liséré de
Burton, la rétraction des parois abdominales, la constipation, les
coliques, la paralysie des extenseurs. Pour moi, quin’avais jamais
navigué, je croyais retrouver chez mes malades la colique de plomb,
et je les traitais comme s’ils avaient été atteints d’accidents satur­
nins. Contrel’état aigu, j ’ordonnais lespurgatifs etlesnarcotiques ;
contre l’état chronique, les bains sulfureux, strychnine, l’électri­
cité. A la suite de ces observations, je me suis rangé du côté de
M. Lefèvre, j ’ai cru à l’identité de la colique sèche et de la colique
saturnine. Et aujourd'hui, je n’en persiste pas moins dans ma
conviction, tout en avouant que la savante discussion, actuel­
lement pendante devant la Société, a jeté quelques doutes dans
mon esprit.
M. Bertulus. — Les exemples de M. Seux me semblent plutôt
des cas de colique saturnino que des cas de colique sèche. Laméprise est facile aujourd’hui ; elle ne l’était pas autrefois. Jadis, en
effet, le navire à voile existait seul ; aussi la colique de plomb ne se
rencontrait-elle pas à bord, ou du moins, la maladie qu’on pouvait
lui assimiler était-elle exclusive à certains parages. Mais aujour-

�ISNARD.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

d’hui beaucoup de prétendues coliques sèches ne doivent être,
en réalité, que des coliques saturnines : c’est la conséquence do
l'extension de la marine à vapeur qui a multiplié, à bord, les
usages du plomb.
M. le Président. —Dans la dernière séance, je souhaitais devoir
la question éclairée par l’analyse des urines. D’après la lettre
de M. Bertulus. l’analyse donne des résultats absolument, négatifs
dans la colique sèche. Ce premier fait est déjà très-important.
Resterait à savoir quelles sont les indications fournies par le
thermomètre. Or, la température baisse ou reste normale dans
la colique saturnine. Que devient-elle dans la colique sèche? Il
y aurait là peut être une indication utile pour le diagnostic. Les
empoisonnements végétaux sont accompagnés de fièvre, d’augmentation de chaleur ; il n’en est pas ainsi dans l’empoisonnement
par le plomb. Si la même différence se retrouvait dans la colique
sèche, il y aurait là un nouveau signe d une grande valeur et, je
l’avoue, mes convictions seraient fortement ébranlées en faveur
de la non identité.
M. Bertulus. — La question est jugée depuis longtemps. La
colique sèche est suivie de fièvre et d élévation de température.
Ce fait a été constaté par presque tous les auteurs qui ont écrit
sur la matière et, en particulier, par Faye, ancien chirurgien de
la marine, qui, dans une excellente thèse, a consigné les résultats
de sa longue expérience.
3/. Seux fils. — N’ayant pas étudié la question sur les lieux, je
ne suis pas assez compétent pour la résoudre; mais deux obser­
vations générales me semblent très-favorables à la non identité .
1° tous les médecins qui ont navigué, sauf M. Lefèvre, sont par­
tisans de la non identité; 2* les médecins navigateurs parlent de
l’invasion brusque de la colique sèche, sévissant parfois simulta­
nément sur tous les hommes d’un équipage et cédant à la quinine.
De là ressort une première et incontestable analogie entre la colique
sèche et les fièvres intermittentes. Ne peut-on pas continuer
le parallèle, entre les deux maladies? Ainsi, un homme est atteint
de colique sèche dans les pays chauds, il passe dans nos contrées;
l’affection n’est-elle pas susceptible de se modifier, de s’abâtardir,
comme cela a lieu pour les fièvres graves, pernicieuses du Sénégal
qui se transforment s’atténuent en récidivant en Europe? Ne
trouverait-on paslàune explication de ces cas douteux de colique
sèche observés à Marseille ?
3/. Bertulus. — Le raisonnement et les faits répondent affirma­
tivement aux questions de M. Seux fils.

M. Bertulus propose ensuite dénommer une commission chargée
de faire une enquête sur tous les bâtiments de Marseille pour
éclairer la question de la colique sèche. (Nomination de la com­
mission) .

322

323

Le Secrétaire-général,
Dr Ch . I snard (de Marseille.)

ACADÉMIE DES SCIENCES.
Séance du I \ mars. — M. Wœstine propose, pour neutraliser les
miasmes des hôpitaux, de faire passer à travers les flammes l’air
des salles chargé de vapeurs, de matières organiques et de sporules.
M. Bouillaud présente quelques considérations intéressantes
sur la propagation — au moyen des miasmes — de certaines ma­
ladies, et en particulier de la fièvre puerpérale.
M. Pouchet adresse un travail sur les progrès accomplis par les
oiseaux dans l’art de la nidification.
Séance du 21 mars. — M. le docteur Decaisne adresse une note
dans laquelle il reproche à la vaccine animale:
P De ne pas provenir du cow-pox spontané.
2° De n’avoir point été combinée avec l’élément varioleux hu­
main.
3“ De n’avoir pas fait ses preuves.
M. Molsens conclut de nombreuses expériences que la levûre
de bière, après avoir été soumise à un froid de 100 degrés au
dessous de zéro, est capable de fermenter encore parfaitement.
M. Piétremant adresse un livre sur les origines du cheval,
D’après l’auteur, l’homme s’est nourri de la viande et des os du
cheval pendant une période de trois cent mille années environ!...

ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 22 février. — M. Béclard présente un nouvel aspi­
rateur sous-cutané.
Suite de la discussion sur la mortalité des nourrissons. —
M. Piorry veut qu’une surveillance active soit exercée sur les nour­
rices, les maisons de sevrage et même les meres, par des sociétés
formées dans les communes, les cantons et les villes. L’orateur
ne repousse pas l’allaitement artificiel, mais à la condition de
n’employer que du lait de vache pur.

�324

SEUX FILS.

M. Blot voudrait que l’autorité, indépendamment des moyens
provisoires tels que les modifications de règlement, appliquât des
moyens définitifs. Ces derniers, qui touchent aux questions les
plus élevées de notre organisation sociale, comprendraient I" la
révision de nos institutions militaires, 21une loi sur la séduction.
Séance du I" mars. — M. Davaine lit un mémoire dans lequel il
établit que la contagion du charbon dans les troupeaux se produit
par les mouches.
MM. Gosselin et Depaul partagent l’opinion de M. Davaine.
Celle-ci est au contraire fortement combattue par MM Leblanc,
Bouley, Briquet, Huzard et Colin.
SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du [ I février. — M. Vidal émet le vœu que la Société me­
dicale des hôpitaux demande, comme mesure d’urgence, l’isole­
ment des varioleux.
M. Gubler donne quelques détails suv uné tumeur dorsale de
la main, tumeur observée par lui et constituée par une hyper­
trophie des gaines et des tendons.
M. Bernutz lit quelques considérations critiques à l’occasion
du plan de maternité proposé par M. Tarnier.
M. Gallard prononce un discours sur les moyens de diminuer
la mortalité des femmes en couches. Les principales, mesures
proposées par l’orateur consistent à supprimer les maternités
(grandes ou petites), et à confier à des médecins ou chirurgiens
des hôpitaux la direction du traitement des malades accouchées
chez les sages-femmes.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 9 mars. — M. Liégeois communique une observation
d’ovariotomie. Pendant l’opération, la malade, à demi asphyxiée
par le chloroforme, peut être ramenée à la vie par une application
de la pile de Breton (l’un des pôles sur la joue, l’autre sur le dia­
phragme). Vingt-quatre heures après, la malade succombait a une
péritonite.
M. Panas présente un malade qu’il a opéré en 1867 de tumeurs
de la voûte palatine, tumeurs dites cancéreuses. Jusqu’à ce jour,
la récidive ne s’est pas produite.

LES COLIQUES.

325

M. Liégeois présente un enfant chez lequel M. lvrishaber a pra­
tiqué l’extraction d’un énorme polype du larynx.
M. Trélat place sous les yeux de ses collègues un instrument
qui lui a permis de faire avec succès l’œsophagotomie interne.
Séance du IG mars. — M. Liégeois présente quelques considé­
rations sur l’action du cliloral. Ce chirurgien a observé que chez
les sujets soumis à l’action de cet agent le sommeil anesthésique,
à l’aide du chloroforme, ne peut se produire.
M. Dolbeau fait quelques observations intéressantes au sujet
de l’œsophagotomie interne, opération tout à fait exceptionnelle
et qu’il ne faut pratiquer que dans les cas de nécessité absolue.
M. Demarquay présente un bassin atteint d'une double fracture
verticale.
M. Giraud-Teulon lit une note relative à l'opération de la ca­
taracte par incision linéaire.
Dr S eux fils (I).

CORRESPONDANCE.
Lettre adressée à M. le Président de la Société Impériale de
Médecine par M. le professeur Bertulus, et publiée parla Société.
Marseille, 22 janvier 1870.
Monsieur le P résident,

J ’ai traité aux colonies bon nombre de coliques sèches ou végé­
tales, et pendant vingt ans d’exercice comme professeur adjoint
de clinique médicale, il m’a été donne d’observer à l'hôtel-dicu
beaucoup de coliques saturnines, je viens donc donner à la
Société impériale de médecine ma manière de voir sur la nature
de ces affections et sur le traitement qu’elles réclament.
Les coliques dites sèches, végétale, bilieuse, nerveuse, saturnine, du
I'oitou,de Madrid, du Dévonshirc, ne sont au fond qu’un même état
pathologique qui ne varie que sous le rapport de la cause provo­
catrice.
Cette cause est l’astriction que produisent sur la muqueuse
gastro-intestinale une bile acre, les sels de plomb, ses vapeurs,
les sucs acerbes et septiques provenant do fruits verts, les vins
de mauvaise qualité, l'usage de certaines eaux, etc.

Cette astriclion, en se propageant de proche en proche de la muqueuse
ù la tunique musculeuse et partant au système nerveux, a pour effet
secondaire de susciter le spasme et de produire un véritable tétanos in­
testinal qui aboutit èi l'inversion du mouvement péristaltique.

(1) L’abondance dos matières et le développement pris par le compte-rendu
dos ti avaux de la Société Impériale de Médecine de Marseille nous obligent
d’abréger, ce mois ci, le compte-rendu des Sociétés parisiennes. Nous com­
blerons cotte lacune dans notre prochain numéro.

�326

BERTULUS.

NOUVELLES DIVERSES.

Toutes les coliques offrent d'ailleurs des caractères génériques
qui mettent hors de doute leur confraternité : voici ces carac­
tères.
Grande altération du faciès : teinte plombée, cyunique ou ictcrique de la peau, décubitus sur le ventre, haleine mauvaise,
souvent fétide, décoloration de la muqueuse bucca\e et pharyn­
gienne, nausées, vomissements bilieux, porracés, noirâtres dans
certains cas, tension de la région gastro-hépatique éructations,
borborygmes, rétraction de l'abdomen, rareté et rougeur des
urines : constipation le plus souvent, mais souvent aussi alter­
natives de diarrhée et de constipation ; entin douleur dilacérante
névralgique que la pression soulage, qui commence aux lombes
et s’irradie ù l'ombilic et qui se complique dans beaucoup de cas
de rétraction du testicule Cette douleur a un caractère intermit­
tent comme toutes les douleurs essentiellement nerveuses.
Ces coliques sont invariablement apyrétiques, excepté dans
certains cas assez rares où elles sont compliquées d’invagination,
d'ileus ou même de simple inflammation gastro-intestinale aiguë
ou chronique.
Non-seulement elles sont apyrétiques, mais encore il v a pen­
dant leur cours un ralentissement manifeste de la circulation et
de la calorification. Ce dernier fait est plus particulièrement marqué
dans la colique saturnine à cause de la propriété connue du plomb,

que j ’accorde aux premières sur l’autre; de meme, ce n'est qu’en
se souvenant de la puissance d’insinuation de l'huile, puissance
telle que nos négociants ont la plus grande difficulté à tenir
étanches les barriques où ils conservent cette denrée, ce n’est
dis-je qu’en méditant ce fait vulgaire qu’on peut saisir tout l’avan­
tage qu’il y a à employer l’huile comme véhicule des substances
atropiques, dans les cas de coliques spasmodiques, d’angusties et
de coarctations intestinales.
Il va sans dire qu’on peut joindre à l’emploi des potions hui­
leuses belladonisées, celui des cataplasmes de feuilles de bella­
done ou bien encore des frictions avec la pommade camphrée,
belladonisée et chloroformisée. Le grand principe, dans ce traite­
ment, c’est d'éviter les drastiques, et tout autre agent capable
d’augmenter ou d’entretenir le spasme.
Adieu, monsieur le Président et cher ami, le temps me manque
pour en dire davantage sur cette intéressante question, car j ’ai eu
dans ma pratique plusieurs cas curieux d’invagination, d’ileus et
de colique nerveuse compliquée.
Veuillez, etc.
Dr Bertulus.

mais il n'appartient pas à elle seule, ainsi que j'ai pu le constater.

Dans toutes les coliques dont il s'agit, surtout lorsqu’elles sont
anciennes, on constate aux carotides le bruit de souffle sympto­
matique d’une anémie concomitante résultant elle-même des
dérangements fonctionnels de la digestion.
Enfin, et pour terminer ce tableau des symptômes génériques
des coliques ci-dessus énumérées, il faut encore ajouter quelles

peuvent toutes se compliquer indistinctement de paralysie générale ou
partielle, de surdité,d'amaurose, de coma, de délire, de mouvements con­
vulsifs, etc.
Le traitement de ces maladies découle de l'indication générale

suivante :

Agir avec toute la vigueur possible contre le spasme, contre le tétanos
intestinal, faire cesser par suite l’inversion du mouvement péristaltique
et les phénomènes qui en découlent (nausées, vomissements douleurs cl
constipation.)

Pour remplir cette indication complété il faut recourir aux
bains tièdes et anti-spasmodiques prolongés, à l’emploi intérieur
de potions huileuses additionnées de belladone, de datura stramo­
nium ou de jusquiame, et de la plus petite quantité possible
d’extrait d'opium. Le castoreum en teinture employé a haute dose,
à la manière des Allemands, est aussi très-avantageux dans ces cas.
A l’Hôtel-Dieu de Marseille, je me suis toujours très-bien trouvé
de l’emploi de la potion suivante émulsionnée:
Pour huile fine d’olives................ 60 grammes
— extrait de datura................. 10 centigrammes
— laudanum liquide.................. 15 gouttes
— alcool de menthe....................20 gouttes
Sirop de laurier cerise......... 95 grammes.
Lorsqu’on se rappelle les propriétés spéciales des solanées vireuses et celles de l’opium, on comprend sans peine la préférence

327

N O U V E L L E S D IV E R S E S .
Nos lecteurs ont été tenus au courant par les journaux poli­
tiques des scènes tumultueuses de l’Ecole de médecine de Paris,
oui ont amené la fermeture provisoire de la faculté. Nous n’avons
donc rien à ajouter à des faits connus aujourd’hui de tous.
Naguère encore, nous avons assisté à des incidents analogues,
lorsque nous étions nous mêmes élève de cette faculté, et nous
en avons rapporté la conviction que l’on attache en général trop
d’importance à ces démonstrations, qui ne sont pas le fait des
bons élèves, de ceux que l’on voit assidus aux amphithéâtres et
aux cliniques, mais seulement de ces étudiants de hasard, qui y
trouvent une occasion choisie pour faire du tapage, du boucan
(puis qu’il faut l’appeler par son nom). Dans les derniers troubles,
on a unanimement signalé l'attitude des internes des hôpitaux,
qui se sont ouvertement prononcés contre les perturbateurs. Mais
c’est trop nous étendre sur ce sujet.
Disons seulement, et comme conclusion, que dans ce cas,
comme dans bien d’autres, il faut en venir à la liberté plénière,
pour résoudre toutes les difficultés.
— Nous avons à enregistrer deux pertes douloureuses pour
notre corps médical de la Provence; M. Auban, de Toulon, vient
d être enlevé à sa nombreuse clientèle. Il emporte avec lui l'estime
de tous ceux qui l’ont connu. M. Aubert de Marseille, vient
également de nous être enlevé, à peine âgé de 10 ans, au moment
où il allait recueillir le fruit de son dévouement à la science et ù
ses malades. Puissent ces quelques lignes, adoucir les regrets de
leurs familles et de leurs nombreux amis. (Dr Villeneuve, Fils.)
A. F abre.

�MÉTÉOROLOGIE

328

MARSEILLE MÉDICAL

Moyennes mensuelles des observations météorologiques recueillies à l’Hôpital Militaire de Marseille pendant le 1 trimestre 1870

( a n c ien n e Union Médicale do la Provence)

7 me Aimée. — N ° 5 , - 2 0 Mai 1 870.

D u reto u r à la ra iso n ch ez c e r ta in s d é m e n t s ,
p e n d a n t le s d e r n iè r e s h eu res de leu r v ie.

S’il est un fait capable de surprendre et d'attirer l’attention
du médecin philosophe, c’est incontestablement le fait, signalé
par plusieurs aliénistes, du retour à la raison, peu avant la
mort, chez certains aliénés parvenus à la démence ; aliénés
qui avaient perdu la plus grande partie de leurs facultés intel­
lectuelles, la mémoire, le raisonnement, le jugement, et la
plupart de leurs facultés morales ; aliénés qui ne manifestaient
guère, depuis un temps plus ou moins long, que des besoins
physiques et les instincts qui en dirigent la sastifaction. Ce
retour à la raison quelques heures avant l’agonie est loin d’être
complet, ainsi que l’a faitsupposer le sentiment du merveil­
leux qui exerce sa puissance même sur les esprits les plus
positifs; mais ce retour est suffisant pour permettre au
malade de manifester des idées suivies, de parler raisonna­
blement, ce qu’il ne faisait plus depuis un temps fort long.
N’ayant jamais été témoin de ce rare phénomène et les rela­
tions qui en ont été données étant fort incomplètes au point
de vue psychologique, je ne saurais exposer ici quelles sont les
facultés qui ont reparu, et jusqu’à quel point elles ont reparu.
Du reste, ces manifestations psychiques n’ont pas dù se trouver
toujours les mêmes, elles ont probablement varié chez chaque
individu. Quoiqu’il en soit, nous devons admettre la réalité du
phénomène quelqu’extraordinaire qu’il paraisse, puisqu’il a
été constaté par plusieurs observateurs, et en chercher une
explication vraie, c’est-à-dire scientifique. Jusqu’à ce jour, pour
satisfaire le besoin que l’on éprouve de tout expliquer alors
2l

�330

I&gt;. DESPIN E.

même qu’on n'en a pas les moyens, on n’a rien trouvé de mieux
à dire comme explication, que : l’esprit voulait manifester une
dernière fois sa présence avant d’abandonner pour toujours
les organes auxquels il avait été longtemps uni. Mais en réalité,
cette raison n’explique rien. Pourquoi cette fantaisiede 1 esprit?
Celui-ci a-t-il besoin de cet acte si éphémère et si limité pour
affirmer son existence'? Évidemment il fallait chercher quel­
que chose de m ieux, et nous pensons l’avoir trouvé dans le
domaine des lois naturelles.
M. Claude Bernard, après avoir étudié d’une façon si re­
marquable l’actiou de la plupart des agents toxiques sur les
organes, a découvert et signalé une loi qu’il a exprimée par la
proposition suivante : « Quand un élément histologique meurt
ou tendu mourir, son irritabilité,avant de diminuer, commence
par augmenter, et ce n'est qu’après cette exaltation primitive
qu'elle redescend et s'éteint progressivement. » Si les éléments
histologiques sont soumis à cette loi, les organes entiers
composés de ces mêmes éléments doivent également lui être
soumis, et c’est ce que l’on constate. En effet, on voit bien
souvent, avant que la vie cesse chez un malade, une vive réac­
tion s'opérer. La lièvre a plus d’intensité, le pouls s’élève, la
chaleur devient plus grande, la transpiration est abondante.
Cette réaction dure à peu près de 15 à 30 heures avant l’agonie.
Cependant si les éléments histologiques des organes essen­
tiels à la vie ne sont pas complètement épuisés, paralysés par
la maladie, la réaction peut leur imprimer une énergie qui
leur permet de lutter avec avantage contre la destruction finale.
Alors l’individu renaît à l’existence, ainsi que cela arrive chez
les cholériques lorsque la réaction met un terme à la période
algide où la vie est presque éteinte, et sauve le malade.
Dans cette réaction organique ultime,signalée par M. Claude
Bernard comme dépendant d’une loi naturelle, nous pensons
trouver une explication du phénomène qui nous occupe. En
effet, chez les déments qui se meurent par le fait de l’aggra­
vation de la maladie cérébrale qui les a privés de leurs
facultés psychiques, il doit arriver ceci : avant de mourir, les
éléments histologiques encore existant de k u r cerveau

DÉMENCE.

331

subissent une vive excitation, et par suite une activité fonc­
tionnelle qui n’existait plus depuis longtemps. Sous celte
influence, les facultés plus ou moins anéanties reparaissent,
mais forcément incomplètes, imparfaites; car, dans le cer­
veau du dément, combien de cellules nerveuses détruites,
atrophiées, dégénérées sont incapables de concourir à la haute
fonction de l’organe, la manifestation de l’esprit et de ses
facultés! Pour que l’excitation qui précède la mort détermine
la réapparition de ces facultés, il faut des conditions qui,
existant rarement, rendent la production du phénomène rare
lui même. 11 faut, par exemple, que les phénomènes de la
démence dépendent plutôt d’une paralysie des éléments histo­
logiques du cerveau que de leur destruction complète ; il
faut que l’excitation puisse se produire et qu’elle ne détermine
ni désorganisation, ni épanchement comprimant cet organe.
Or ces conditions ne se présentant que fort rarement, il s’en
suit que le retour momentané des facultés psychiques avant
la mort chez les déments est fort rare aussi.
Un fait dont j’ai été témoin naguère a augmenté ma con­
fiance dans l ’explication que je viens d’exposer. Ce fait a trait
à une maladie aiguë de l’encéphale, à une méningite granu­
leuse. Cette maladie suivait fatalement son cours habituel.
Cinq jours avant la mort, le petit malade, âgé de huit ans,
tombe dans le coma le plus profond. Plus de signes d’intelli­
gence, plus de mouvements volontaires ; la déglutition se fai­
sant mal, un peu de liquide passe toujours dans les voies
aériennes, ce qui excite la toux. Des mouvements convulsifs se
manifestent à la lace. 30 heures avant la mort une réaction
s’opère, la face restée pâle jusqu’alors se colore. Sous l’in­
fluence de cette réaction, un semblant d’intelligence réparait,
les mouvements reviennent dans les bras, les mâchoires se des­
serrent, la déglutition, qui était incomplète, se fait très bien,
le malade prend lui-même le verre et boit ; il ouvre la bouche
quand on lui présente la cuillère, il lui arrive môme derépondre, non pas toujours, mais quelquefois, par un ou deux
mots seulement aux demandes banales, et qui se rapportent à
des besoinsfphysiques, qu’on lui adresse ; ce qu'il n’avait

�332

1\ DESPINE.

plus fait depuis plusieurs jours. Les yeux qui étaient restés
fermés pendant le coma sont grandement ouverts, les pupilles
très dilatées se contractent à peine à la lumière, le regard est
vague, amaurotique, semblable au regard d’un somnambule.
Tous ces phénomènes étaient pour moi le résultat de l’excita­
tion qui se produisait dans les éléments histologiques des
centres nerveux avant la mort de ces organes. Les person­
nes présentes augurèrent bien de cette résurrection apparente
arrivant après un coma complet et des phénomènes convulsifs.
Tous, même les médecins qui visitaient avec moi le jeune
malade, ne doutèrent pas que les signes intelligents mani­
festés par ce malade ne fussent commandés et dirigés par son
esprit. Pour moi j’en doutais; je crus plutôt que ces actes
étaient seulement automatiques et que l'esprit n’y était pour
rien. Cette opinion m'était suggérée par l’aspect que présen­
tait la physionomie du malade. Cet aspect était semblable à
celui que présente un individu tombé en état de somnambu­
lisme, état dans lequel l’automate organique est seul en acti­
vité, ce qu’il m’a été permis de démontrer dans mon travail
sur les actes automatiques, lequel est inséré dans un ouvrage
que j’ai publié naguère sous le titre de Psychologie mturclle (1).
L’excitation qui précéda la mort chez cet enfant n’a pas eu le
pouvoir d’éveiller dans le cerveau malade la faculté de mani­
fester l'esprit, elle n'a réveillé que les fonctions automatiques
des centres nerveux, fonctions auxquelles, d’après quelques
physiologistes modernes (M. Laycock d’Edimbourg, président
de la société médico-psychologique de la Grande Bretagne, et
M. Carpenter, vice-président de la société Royale de Londres
entr'autres), le cerveau participe pour ce qui regarde les actes
automatiques intelligents, ayant un but déterminé ; actes
qu’ils ont qualifiés avec juste raison d'inconscients. Si je con­
sidère les dernières manifestations intelligentes de ce petit
malade comme automatiques, je ne pense pas cependant
qu’il en soit de même de celles des déments observés par les
auteurs. Chez ceux-ci, il est probable que leurs manifestations
intelligentes dernières étaient réellement psychiques, com(1) 3 vol. in-8°, F. Savy, édit, Paris.

DÉMENCE.

333

mandées et dirigées par l’esprit, l’activité du cerveau, en tant
qu’organe manifestant l’esprit, n’ayant point été anéantie par
une compression, ainsi que cela eut lieu dans le cas de ménin­
gite que je viens de citer.
J’appelle, en terminant, l’attention de mes confrères sur les
faits semblables à ceux dont il vient d’être question dans cet
article. Ces faits, intéressants à plus d’un titre, méritent d'être
mieux étudiés qu’ils ne l’ont été jusqu’à ce jour. Il est bon
également que l’on cherche à distinguer les manifestations
automatiques, intelligentes des manifestations de l’esprit; cette
partie délicate de la science n’ayant point suffisamment fixé
l’attention des observateurs.
Il est, je suppose, peu de praticiens qui, dans le cours de leur
carrière médicale, n’aient été à même d’observer le fait suivant
à la fin d’une maladie grave : Le malade, après avoir été aux
portes du tombeau, semble revenir à la vie ; les forces repa­
raissent, l'intelligence reprend une certaine vivacité, le pouls
se relève; enfin, on croit à une guérison qui semblait inespé­
rée. Mais bientôt la scène change; à ce mieux subit, succède
promptement l’agonie et la mort. Eh bien ! la cause de cette
fausse amélioration est la même que celle qui donne momen­
tanément un peu d'intelligence à certains déments avant leur
mort. Ce qui différencie ce mieux trompeur du mieux réel,
c’est que le premier arrive subitement sans amélioration des
symptômes locaux, c’est qu’il est caractérisé par un certain
degré d’excitation, c’est qu’il n’est pas accompagné du plus
léger retour de l’appétit. J’ai été témoin naguère de ce phéno­
mène chez un sujet atteint d’une pneumonie grave, adynamique comme la plupart de celles qui ont eu lieu cet hiver.
La mort de ce malade arriva trente heures après la cessation
du délire, et après un mieux apparent tel, que je ne mettais
plus en doute une guérison prochaine.
Ce fait présente la plus grande analogie avec ceux dont je
viens de parler, et particulièrement avec celui que manifestent
parfois les déments. La loi dénoncée par M. Cl. Bernard, loi à
laquelle sont soumis les éléments histologiques de tous les
organes, donne une explication très satisfaisante de ces divers
phénomènes.
D'P. Despine.

�334

BOÜRGAREL.

Q uelq u es c o n sid é r a tio n s su r le s m a la d ie s d e l ’esto m a c.

Doit-on toujours chercher à guérir la gastralgie?
Par le D' E. Bourgarel, médecin consultant à Vais.

GASTRALGIE.

335

viennent les eaux bi-carbonatées sodiques, et particulièrement
les eaux de Vais.
Avant tout, établissons une division absolument nécessaire.
La distinction entre la gastralgie et la dyspepsie est faite par
tous les auteurs ; mais, dans un grand nombre d’observations,
la confusion reparaît, et tel malade est dit gastralgique
alors qu’il s’agit d’une dyspepsie douloureuse, ce qui est bien
différent.
Il faut donc distinguer:

Il n’est presque aucune station thermale qui ne puisse à
juste titre inscrire la dyspepsie dans la liste des maladies
qu’elle amoindrit ou guérit. Cela tient à deux raisons. La pre­
mière c’est que la moindre eau légèrement stimulante suffit
pour faire disparaître une foule de dyspepsies légères, dues
en général à une hygiène pernicieuse, à une vie trop séden­
taire, etc., et qui ne demandent pour cesser que la suppres­
sion des causes tout extérieures qui les ont engendrées. Dans
ces cas, le déplacement, la distraction, le repos, le changement
d’air font évidemment autant, et plus même, pour la guérison,
que l’eau minérale à laquelle on en rapporte tout l’honneur.
La seconde raison, c’est que les troubles digestifs peuvent
n’être que les symptômes visibles d’une affection générale, ou
le retentissement sur l’estomac d’une maladie de quelque
autre organe.
Ainsi l’on observe la dyspepsie des rhumatisants, des gout­
teux, des chlorotiques, des tuberculeux, etc.; ainsi les fonctions
de l’estomac sont souvent troublées sous l’influence d’une
maladie de l’utérus. Dans tous ces cas, l’eau minérale qui
convient le mieux n’est pas celle qui parait indiquée par les
troubles gastriques, mais bien celle qui s’adresse directement
à la maladie principale. Voilà comment les eaux sulfurées, les
chlorurées, les ferrugineuses, et d’autres encore, guérissent
beaucoup de dyspepsies et de gastralgies aussi bien que les
eaux bicarbonatées sodiques.
Laissant de côté les dyspepsies qui guérissent partout, et
celles qui dépendent de la diathèse herpétique ou rhumatis­
male, nous nous occuperons seulement de celles à qui con­

1° La gastralgie proprement dite.
2° La dyspepsie douloureuse.
3° La dyspepsie non douloureuse.
Occupons-nous d’abord de la gastralgie.
On doit réserver ce nom à la névralgie de l’estomac, ca­
ractérisée par des accès dont la durée est limitée* et que sé­
parent des intervalles de santé parfaite. Le gastralgique pur
n’est pas dyspeptique. En dehors des accès, et quelquefois
môme pendant les accès, la fonction digestive s’opère chez lui
parfaitement.
Cet estomac, qui, à certaines époques, est le siège de dou­
leurs quelquefois si vives, est, en général, un estomac robuste,
violent même et exigeant, qui n’aime pas à attendre quand
l’heure est venue où il doit entrer en fonction. Quand l’accès
doit arriver, un rien l’occasionne ; souvent il a lieu sans cause
appréciable. L’accès terminé, ce même estomac digérerait des
pierres; et, circonstance remarquable, son appétence est sur­
tout marquée pour les aliments les plus indigestes. Aussi,
lorsque les accès sont séparés par d’assez longs intervalles,
l’état général du gastralgique est excellent. Il ne maigrit pas ;
son teint reste bon, et ses forces intactes.
Un individu sujet à la migraine voit son accès se produire
pour une cause quelconque, et fréquemment sans cause. 11 ne
peut que rarement réussir à l'éviter. Mais, une fois l’accès
passé, il lui est permis de s’exposer à toutes les influences
auxquelles il a dû d’autres accès; il pourra se donner une
autre espècede mal de tête, mais non plus la migraine, jusqu’au

�336

BOURG ARKL.

GASTRALGIE.

moment où l'heure de celle-ci aura sonné de nouveau. Il en
est de même pour la gastralgie, qui est de la même famille
que la migraine. Après l’accès, l’estomac peut sans crainte être
condamné à une besogne même excessive. La nourriture la
plus copieuse, la plus lourde sera admirablement digérée,
jusqu’au jour où l’accès reviendra après un repas léger, ou
même à jeun. Quelques personnes n’ont leur gastralgie
qu'après l’ingestion de tel aliment dont elles connaissent
bientôt l’influence pernicieuse sur leur estomac. Celles-là ne
doivent leurs accès qu'à l’oubli volontaire ou involontaire
d’une privation obligatoire. Ce sont les cas les plus heureux,
mais les plus rares.
Beaucoup de gastralgies restent bornées à des accès éloignés;
mais, dans d’autres cas, les accès sont de plus en plus rap­
prochés, et peuvent même devenir subintrants.
Enfin, la gastralgie peut cesser d’être pure, et se complique
de dyspepsie dans l’intervalle des accès ; mais alors encore il
est facile de distinguer ce qui appartient à l’une de ce qui ap­
partient à l’autre.
Lorsque l'ingestion des aliments occasionne de la douleur,
soit au commencement, soit à la fin de la digestion, et que
cette douleur se renouvelle à chaque repas, ou à peu près, on
n’a plus affaire à une gastralgie, mais à une dyspepsie doulou­
reuse. Dans ce cas, les phénomènes concomitants, (vertige,
éructations nidoreuses, etc.), le caractère de la douleur, dont
le début est moins brusque, sa réapparition occasionnée par
l ’ingestion des aliments, permettent d’établir le diagnostic.
Ce n’est pas là une distinction subtile et sans portée pra­
tique. En effet, le traitement de ces deux affections est tout
différent.
Dans la véritable gastralgie les eaux bicarbonatées sodiques
fortement minéralisées réussissent très-bien.
Aussi peut-on indifféremment diriger ces malades sur
Vichy ou sur Vais. Si, à Vais, nous jugeons prudent de les
mettre d’abord à l’usaged’une source faible, il nous est bientôt
permis de leur faire boire une eau plus médicamenteuse, et
nos sources les plus fortes sont admirablement supportées.

Dès la première cure, les accès peuvent disparaître; ou bien
ils diminuent de fréquence et d’intensité; et une deuxième
cure les fera cesser.
Dans la dyspepsie douloureuse, au contraire, le traitement
exige la surveillance la plus attentive, et les eaux bicarbo­
natées sodiques fortes ne conviennent pas. Elles augmentent
la douleur; et, si l'on n’y prend garde, donnent à la maladie
un caractère inflammatoire. En pareil cas, la supériorité de
Valssur Vichy est incontestable. Il nousest permis, en effet, de
faire débuter le malade par une eau presque indifférente,
puisque l’une de nos sources, la Marie, ne.contient pas même
un gramme de sel de soude. Au besoin, on peut la couper avec
du lait, ou un sirop quelconque, ou encore la faire prendre
seulement aux repas. Si la tolérance s’établit, on passe à une
source un peu moin^faible, profitant de cette échelle admira­
blement graduée qui fait la richesse de notre station. Enfin,
on peut terminer le traitement par l’emploi très-prudemment
surveillé d’une eau fortement minéralisée, en choisissant celles
de nos sources qui sont le mieux supportées dans cette ma­
ladie, c’est-à-dire celles qui se distinguent par une proportion
relativement considérable de bicarbonate de chaux et de
magnésie.
On arrive ainsi à la guérison ; mais quelquefois la tolérance
pour l’eau minérale ne s’établit qu’après qu’on est parvenu à
diminuer la douleur gastrique au moyen d’un médicament
approprié. Suivant le caractère de la douleur, on plutôt de la
dyspepsie qui la cause, c'est tantôt l’opium qui réussit, tantôt
la belladone, l’un et l’autre donnés à faible dose. Enfin,
quelques malades ne peuvent parvenir à supporter aucune
eau contenant du bicarbonate de soude. Ceux-là doivent être
dirigés vers des eaux bicarbonatées calciques.
La dyspepsie non douloureuse exige moins de ménagements;
cependant ceux qui en sont atteints supportent mal les eaux
fortement alcalines. Nous devons donc leur conseiller seu­
lement l'usage d’une eau faiblement minéralisée, et suivant
le cas, choisir pour eux, tantôt parmi les sources qui sont
riches en fer, tantôt parmi celles qui en contiennent peu.

337

�338

BOÜRGAREL.

GrAceaux sources faibles que Vais possède, il nous est permis
de faire suivre un traitement efficace et sans danger à des ma­
lades chez qui la dyspepsie n’est que le symptôme d’une af­
fection organique grave. En diminuant ou supprimant la
dyspepsie, on favorise le relèvement des forces, et l’on retarde
les progrès de la maladie prédominante. Ainsi la dyspepsie des
tuberculeux peut être utilement combattue. Si les eaux alca­
lines, gazeuses, même les plus faibles, sont trop excitantes,
nous avons la ressource de faire prendre à ces malades, même
à dose assez élevée, notre eau ferro-arsénicale de la Dominique
ou de la Saint-Louis, avec la précaution seulement de ne pas la
leur laisser boire à une température trop basse. Chez une ma­
lade que m’avait confiée notre regretté collègue le professeur
Roux de Brignoles, laquelle était convalescente d’une pleurésie
d’origine très-suspecte, l’emploi de cette eau releva très-rapi­
dement les forces, et amena une amélioration notable dans
l’état général.
Dans les dyspepsies liées à la chlorose, c’est par l’emploi de
cette eau que nous obtenons les succès les plus brillants et
les plus rapides, et, si nousjoignons l’usage d’une eau alcaline,
nous choisissons une source riche en fer, mais faible en bicar­
bonate de soude.
Bien que le docteur Nicolas, de Vichy, affirme avoir obtenu
de bons résultats dans certaines maladies du cœur, il est po­
sitif que les eaux bicarbonatées sodiques sont généralement
nuisibles dans les affections cardiaques. Mais ce n’est point
une raison pour renoncer à traiter une dyspepsie, un engor­
gement du foie, une gravelle, ou toute autre maladie curable
par ces eaux, par cela seul qu’il existe en même temps une
maladie du cœur. Il convient seulement de n’employer que
des sources faibles; et c’est pour Vais un très-grand avantage
que de les posséder, car nous savons tous que. même en ne
donnant que de très-faibles doses d’une eau fortement miné­
ralisée, on n’est pas sûr de l’innocuité du traitement en pareil
cas.
Quelle que soit la nature de la dyspepsie à laquelle on a
affaire, le résultat du traitement est souvent incertain. C'est

GASTRALGIE.

339

dans la véritable gastralgie, caractérisée par des accès isolés,
que les eaux bicarbonatées sodiques réusissent le mieux.
Celle-ci guérit très-bien, et quelquefois, il faut le dire, elle
guérit trop bien. Ceci demande explication.
Toute affection de nature névralgique, lorsqu’elle est trop
brusquement supprimée par une médicatiou imprudente, ou
qu’elle disparaît elle-même subitement, est souvent remplacée
par une autre affection de même nature, ou de nature diffé­
rente, ayant pour siège tantôt le même organe, tantôt un or­
gane plus ou. moins éloigné. Si la nouvelle maladie est moins
désagréable que l’ancienne, on gagne à ce changement; mais
souvent c’est le contraire qui a lieu, et l’on y perd.
En ce qni concerne la migraine, c’est un fait d’observation
commune que, plus d’une fois, sa suppression trop prompte,
soit spontanée, soit obtenue par des remèdes, est suivie d’une
gastralgie ou d’une entéralgie, ou enfin de toute autre affection
ayant le caractère névralgique.
Il en est de même dans certaines névralgies de la face. En
1853, étant interne à la Salpétrière, je voulus essayer de calmer
Jes souffrances d’une pauvre femme en proie à d’horribles dou­
leurs qui occupaient le côté gauche de la face. Mon excellent
maître, M. Gasalis, me prévint qu’il y avait quelque danger
à les faire cesser, et que nous risquions de voir apparaître des
accidents du côté du cœur. Cependant je tentai l’aventure.
J’établis, au moyen du fer rouge, un petit cautère sous l’arcade
zygomatique , et j ’y plaçai des pois médicamenteux, dont
l’opium comptait la plus grande partie. La douleur cessa ;
mais, au bout d’un jour ou deux, se manifestèrent de violentes
palpitations du cœur, avec un sentiment d’oppression et d’an­
goisse extrême, et l’état de la malade devint très-alarmant.
Nous interrompîmes la médication dirigée contre la névralgie
faciale ; la douleur ne tarda pas à revenir, et les accidents cardiques disparurent aussitôt.
De même, la névralgie de l'estomac est parfois remplacée par
une névralgie siégeant sur quelque autre organe, ou par une
autre affection de l’estomac, dont la nature peut être plus
nuisible à l’état général du malade, et alors celui-ci doit re­

�BOURGAREL.

GASTRALGIE.

gretter sa gastralgie. Voici un exemple de ce dernier mode
de transformation :
Un gastralgique était sujet, depuis sa jeunesse, à des cram­
pes d’estomac revenant par accès bien distincts et espacés, mais
brusques et violents, présentant cette particularité qu’ils
étaient parfois remplacés par un hoquet très-pénible et durant
plusieurs heures. L’estomac fonctionnait convenablement dans
l’intervalle des accès. Mais, depuis quelques années, ceux-ci
devenaient tellement violents, sans augmenter pourtant de
fréquence, et survenaient si brusquement, que le malade tom­
bait sans connaissance, et quelquefois se blessait dans sa
chute. Il fallait remédier à cet état, et Vichy fut conseillé. Dès
la première cure, il n’y eut qu’un seul accès dans toute l’an­
née; après la seconde, la gastralgie disparut entièrement.
Mais, les années suivantes, l'estomac commença à fonctionner
avec moinsde régularité ; puis survint une véritable dyspepsie
à forme intestinale, très-rebelle, qui amaigrit le malade et
déprima complètement ses forces; dyspepsie contre laquelle
Vichy ne produisit aucun effet salutaire, et que je parvins à
guérir au moyen d’une autre eau, dont les merveilleux effets
en pareil cas seront l’objet d’une étude spéciale que je n’ai
point encore achevée. Aujourd’hui l’estomac fonctionne assez
bien, mais il est le siège d’une sécrétion muqueuse exagérée,
qui se produit quand la digestion est faite et qu’un trop long
intervalle sépare les repas. Souvent, le matin, cette matière
est rendue par vomissement. En général, l’introduction d’une
substance alimentaire quelconque empêche le vomissement.
L’usage de l’eau de Vais a d’ailleurs beaucoup atténué cette
gastrorrhée. Ainsi, dans ce cas, une névralgie a été remplacée
jjar un catarrhe. Cette sécrétion exagérée de mucus n’a rien
de grave ; elle est seulement désagréable. Mais si la dyspepsie
intestinale avait persisté, n’y avait-il pas lieu de regretter la
disparition de la gastralgie?
Voilà donc un exemple d’affection névralgique de l’estomac
transformée sur place en une autre maladie. Dans l’exemple
suivant, la gastralgie a été remplacée par des névralgies oc­
cupant successivement plusieurs sièges différents.

Une dame de Paris, Agée de trente-cinq ans, grande, forte,
légèrement hystérique, est depuis plusieurs années sujette à
des accès de gastralgie. Leur violence ayant augmenté au
printemps de 18G3, elle a pris à domicile un peu d’eau de
Vais, qui a diminué rapidement ses douleurs, avec cette cir­
constance remarquable, que la diminution de celles-ci a été
suivie de palpitations du cœur, dénaturé purement nerveuse,
car il n’existe aucune lésion de cet organe.
Arrivée à Vais dans le courant du mois d’août, la malade
est soumise à un traitement modéré, parce que sa gastralgie
est mêlée d’un peu de dyspepsie. Au bout de quelques jours
les douleurs d’estomac diminuent de fréquence et d’intensité ;
mais nous voyons survenir d’abord un accès d’hystérie assez
violent, comme la malade n’en avait plus eu depuis long
temps ; puis une douleur névralgique très-forte, ayant pour
siège la grande branche abdominale émanée du plexus lom­
baire droit, et principalement son rameau pubien.
L’hiver se passe bien ; mais au printemps la gastralgie
renaît, et cette dame revient à Vais. Cette fois encore, bien
qu’il n’y ait plus de dyspepsie, je lui fais prendre l’eau à pe­
tites doses, à cause de la tendance aux palpitations de cœur qui
existe toujours. Bientôt la gastralgie cesse; mais, comme
l’année précédente, survient une névralgie très-douloureuse,
occupant principalement le rameau pubien de la grande
branche abdominale du côté droit; et le traitement doit être
suspendu. Depuis son retour à Paris, la malade a été prise
d’une névralgie très-douloureuse de la face; et celle-ci n’a
cessé qu’à la réapparition de la gastralgie, à laquelle, en la
combattant, nous avions fait subir tant de transformations.
Dans le cas relaté plus haut, la maladie a changé de nature
et non de siège; dans celui-ci il y a eu changement de siège,
et non de nature. Dans ces deux cas, le traitement suivi ne
peut inspirer aucun regret, car la violence des douleurs était
telle qu’il eût été impossible de persuader aux malades qu’ils
devaient les supporter patiemment. Mais , lorsqu’il s’agit
d’accès bien francs de gastralgie, d’une violence modérée,
séparés par des intervalles suüsamment longs pendant lesquels

340

341

�PICARD.

GANGLION CAROTIDIEN .SQUIRRHEUX.

l'estomac fonctionne bien, il faut réfléchir avant de com­
mencer un traitement, dont le but est de supprimer un mal
qui peut être remplacé par un autre et d’une façon désavan­
tageuse. En présence de cette éventualité, il faut avertir le
malade, lui dire les chances qu’il court ; et, parmi ces misères
auxquelles notre pauvre humanité est sujette, lui conseiller de
garder le lot qui lui est échu en partage, parce que ce lot lui
confère une suite d'immunité relative, et que, en cherchant à
s’en débarrasser, il s’expose à n’aboutir qu’à un échange
souvent regrettable.
E. Bourc.aiiel.

volumineux que les autres, mais il n’était pas douloureux à la
pression. En juillet 1869, après une pénible traversée, ce ganglion
devint dur, gênant. Il augmenta assez rapidement de volume et
devint le siège d’élancements douloureux.
A l’examen, on trouve, -sous l’angle de la mâchoire, en partie
recouverte par le sterno-mastoïdien, une tumeur arrondie du
volume d une grosse mandarine. Elle occupe la région caroti­
dienne, est très-adhérente à la mâchoire et vient proëminer dans
la région sus-hyoïdienne: en ce point elle est mobile.
A la palpation, elle est dure, bosselée ; on sent qu’elle est pro­
fonde à sa partie externe et les battements de la faciale sont sen­
sibles au côté interne. La traction de la tumeur est très-doulou­
reuse. Mittelm se plaint de la gêne que lui cause la tumeur,
lorqu’il fléchit la tète en bas ou qu’il la tourne à gauche.
Les mouvements de déglutition sont douloureux. Lorsqu’il fait
un effort ou qu’il marche rapidement, il est suffoqué et éprouve
des élancements dans la tumeur. De larges veines sillonnent la
peau qui n’adhère pas à la tumeuy. On ne sent aucun autre gan­
glion volumineux ou empâté. Mittelm ne peut mettre sans douleur
la jugulaire de sa casquette, ni porter de cravate, ou serrer le col
de sa chemise. Il veut à tout prix être débarrassé de sa tumeur
meme après avoir été prévenu de la gravité probable de l’opé­
ration.
L’opération est faite le 7 décembre 1869, à 9 h. JO du matin,
avec l’aide des élèves, MM. Madaille, Yerd et Naudin.
J ’incise la peau , parallèlement à la branche ascendante du
maxillaire inférieur et fais une incision verticale de treize cen­
timètres en évitant la jugulaire externe.
J ’arrive sur la tumeur que je dissèque de dedans en dehors. La
faciale, qui était logée dans un sillon de la tumeur, est coupée et
les deux bouts sont lies. Les adhérences à l'angle de la mâchoire
sont très-intimes et très-fortes : la tumeur est renversée et sou­
levée par des érigues. Je continue la dissection et évite l’anastomatique qui réunit les deux jugulaires. Un prolongement fibreux
très-dur s’enfonce dans la profondeur delà plaie En ledisséquant,
un flot de sang s’échappe tout à coup. J ’avais fait une encoche à
la carotide externe. La faciale et la linguale naissaient d’un tronc
commun et embrassaient la tumeur, l’une en dessous, l’autre en
arrière, le prolongement fibreux passait entre la carotide externe
et la carotide interne.

342

HOPITAL DE LA CONCEPTION.

O b serv a tio n de g a n g lio n ca ro tid ien sq u ir r h e u x o ccu ­
p a n t le s r é g io n s c a r o tid ien n e e t s u s-h y o ïd ie n n e g a u ­
c h e s. E x tirp a tio n d e la tu m eu r. H ém o rrh a g ie g r a v e.
L ig a tu re d e la c a ro tid e p r im itiv e a ü -d e sso u s de l ’omop la t-h y o id ie n . P n eu m o n ie in te r c u r r e n te à d roite. Mort
s e p t jours a p rès l ’o p éra tio n ,
Par le D' Paul Picaiu&gt;, chirurgien-adjoint des hôpitaux.

Mittelm Jacob, âgé de 24 ans, marin, né en Suède, entre le 24
novembre à la salle Sainte-Pelagie, n° 26, hôpital de la Con­
ception. Cet homme est bien constitué, d’un tempérament lym­
phatique ; il n’a jamais eu de maladie grave ; il déclare n’avoir
jamais souffert d’ophthalmies, et n’avoir eu ni croûtes dans les
cheveux, ni glandes engorgées ou suppurées. Pas de maladies
vénériennes, ni érosion, ni écoulement, ni taches sur la peau;
les ganglions inguinaux sont d’un volume normal.
Il y a cinq ans, Mittelm, dont les dents sont mauvaises, souffrit
d’un violent mal de dents, suivi d’une fluxion de la joue. Les gan­
glions carotidiens gauches s’empâtèrent, mais au bout de quel­
ques mois la tuméfaction disparut. Un seul ganglion resta plus

343

�344

PICARD.

Je comprimai immédiatement la carotide primitive, tandis que
l aide tamponnait le fond de la plaie. Immédiatement je pratiquai
la ligature de la carotide primitive. Une incision de quatre cen­
timètres fut faite au bord interne du sterno-inastoïdien : celui-ci
répoussé en dehors, j'aperçus le cordon vasculaire que j ’attaquai
par la partie interne. La ligature fut portée sur le vaisseau, cinq
centimètres environ au dessus de l’articulation sterno-claviculaire, au dessous du muscle omo-hyoïdien et de l’anse nerveuse
de l’hypoglosse.
On sait combien l’expansion de la jugulaire interne est gênante
dans l’opération de la ligature de la carotide primitive : j ’évitai
cet écueil en attaquant le cordon vasculaire par la partie interne.
Saisissant la gaine avec une pince, j ’incisai avec précaution; puis
a l’aide de la sonde cannelée, j’isolai l’artère sans lâcher la gaine :
enfin je passai l’aiguille de Deschamps de dehors en dedans. L'artere liée, on vit la jugulaire faire comme hernie a travers l’incision
de la gaine. L’hémorrhagie s’arrêta immédiatement. Je cherchai la
plaie artérielle et ne pus la trouver. J’achevai l’extirpation du cor­
don fibreux. La plaie fut comblée en boulettes de charpie trempées
dans l’eau de Pagliari, un double bandage maintint une compres­
sion modérée et des affusions glacées furent faites sur tout le
pansement. Le malade avait perdu plus d’un litre de sang et restait
très-calme. Le pouls à 90. Potion cordiale réclamée par le malade*
La journée est bonne. Pas d’hémorrhagie. Bon appétit. On lui
donne six bouillons avec de l’extrait de viande de Liebig. Le soir
le pouls est à 86, la température 36,5. Pas de suffocation , ni d’an­
goisse précordiale ni de battements de cœur, ni de douleurs de
tête. Les battements de la temporale ont cessé : la face est égale­
ment chaude et colorée des deux côtés. Les pupilles sont également
dilatées. Urines très-chargées. Soif assez vive, gêne légère de la
déglutition. Sommeil très-profond.
8 décembre. — Le malade est bien, et n’a pas perdu une goutte
de sang. Un peu de réaction fébrile. Pouls 95. Température 37 50.
Le malade demande à manger. Il n’est pas oppressé et la respi­
ration est normale. Il se lève pour uriner. Les urines sont char­
gées. Constipation depuis l’opération. Lavement laxatif. Alimen­
tation choisie. Vin de Malaga. Limonade glacée.
9 décembre. — Fièvre. Pouls HO. Température 38. La suppura­
tion s’est établie ; la plaie pansée pour la première fois est ver­
meille et le pus peu abondant est très louable. Les bords de la

G ANU LION CA ROT I DI EN SQ U IR RH E UX .

345

plaie sont souples et sans induration. Le pansement ne fait pas
couler une seule goutte de sang. Le malade a eu Jeux selles. Pan­
sement à l’alcool. Bonne nourriture. Vin ut supra.
10 décembre. — La nuit a été agitée. Les urines sont très char­
gées. Pouls 120. Température 37. La langue est blanche, gène
assez vive de la déglutition. La plaie est vermeille. Elle s’est
notablement rétrécie. Le pus très peu abondant, continue â être
de bonne nature. Le malade se plaint de la soif. Il a eu plusieurs
selles. Traitement ul supra.
11 décembre. — Mieux sensible, bon sommeil. Pouls à 85, Tem­
pérature 36,5. La langue est moins chargée. La plaie est très belle
et se rétrécit d’une manière étonnante. Des bourgeons charnus se
forment dans le fond. Pansement h l’alcool. Nourriture 3/4, choi­
sie, vin généreux. Thé. Limonade froide.
Dans la journée, on lave la salle, comme cela se pratique tous
les samedis, les fenêtres restent ouvertes et le malade prend froid.
Cependant il n’a pas eu de frisson. Le soir, il se plaint de douleurs
vives à droite et en arrière, douleurs qui s’irradient vers les lom­
bes. La fièvre est intense. Le pouls à 130, sueurs abondantes.
Température 38,5 : Vers minuit délire aigu. Oppression très con­
sidérable. Le malade veut se lever, retourner à son bord. Il étouffe
on veut l’asphyxier dit-il. L’interne de garde ordonne une potion
stibiée 0,40 centigrammes tartre stibié, a i gramme musc, à pren­
dre en alternant avec une potion alcoolique, 30 grammes pour 150
grammes Julep.
12 décembre. — La nuit a été très mauvaise. Les urines sont
très chargées. Le pouls bat 108 pulsations. Température 37. Le
délire a cessé. Le malade se plaint du côté droit et de suffoca­
tion. A la percussion, je constate à droite, depuis l’épine de
l’omoplate jusqu’à la base du poumon,une matité absolue, souffle
bronchique de ce côté, persistant à l’expiration comme à l’inspira­
tion, Râles crépitants humides. Rien à gauche. La plaie est belle
et suppure fort peu. Pas d’œdème inflammatoire, ni d’hémor­
rhagie. Il n’y a pas eu de frissons. Les crachats sont visqueux,
mais non sanguinolents.
Le soir, pansement de la plaie. Le malade est très oppressé,
Un vésicatoire mis à droite n’a pas bien pris. Le pouls est à 140
irrégulier et même intermittent, ün voit que la respiration est
difficile, 36 inspirations par minute. Il n’y a pas de délire, mais
le malade est angoissé.
21

�;JK,

PICARD.

13 décembre. — Mon collègue, M. Trastour, médecin-adjoint des
hôpitaux, constate une pneumonie a droite. Le malade a toujours
continué ses potions stibiées et alcooliques. Les extrémités du
malade se refroidissent peu à peu et la mort a lieu par asphyxie
a heures du soir, le septième jour après l’opération.
La tumeur est ovoïde*, elle pèse 104 grammes, sa longueur est
de 8 centimètres, sa largeur de 6. Sa circonférence de 21 cen­
timètres. Elle est dure et résistante et présente trois ilôts séparés.
C’est du tissu libro-plastique avec disparition presque complète
du tissu normal du ganglion ; sur les bords on remarque des
points durs, ressemblant à du tibro-eartilage. Les noyaux des
libres sont très volumineux et présentent plusieurs nuléoles. En
ajoutant de l’acide acétique, les noyaux ressortent plus nette­
ment.
A l’extérieur de la tumeur, ou voit la rainure dans laquelle la
faciale était engagée : une portion de l artere est encore adhérente
a la tumeur. Plus bas, point jaunâtre et comme cartilagineux,
qui reposait sur la carotide externe. Le tractus fibreux qui
s’étendait entre les deux carotides est constitué par du tissu
fibreux et élastique sans gros noyaux.
La carotide primitive a été disséquée avec soin parM. Jailleu,
aide d anatomie. L artere seule avait été liée a 4 centimètres audessous de sa bifurcation et à 6 centimètres de sa naissance a la
crosse de l’aorte. Aucun filet nerveux n’est compris dans la
ligature. A 0.008 m. de la ligature on voit l anse nerveuse de
l’hypoglosse. En arriéré, le pneumogastrique sain et la jugulaire
interne intacte. Il n’y a pas de fusée purulente dans la gaine
des vaisseaux. La plaie faite par la ligature, qui avait été
pansée par occlusion, s’est nettement réunie dans les 3/4 de son
étendue ; il n’y a presque pas eu de suppuration et sans le fil, la
réunion par première intention eût certainement été obtenue.
En dessous de la ligature, à l’intérieur de l’artère, caillot fibri­
neux blanchâtre non adhérent aux parois, mais adhérent â la
partie étreinte par la ligature. A son extrémité cardiaque, le
caillot est frangé, déchiqueté et irrégulier. Au-dessus de la liga­
ture, caillot peu volumineux, rosé, tordu sur lui-même, remplis­
sant inégalement la lumière du vaisseau. Il s’étend sans adhé­
rence jusqu’à la bifurcation et là se prolonge seulement dans la
carotide interne ou son extrémité est arrond-ie.
La plaie résultant de l’extirpation delà tumeur a bon aspect et

GANGLION CAROTIDIEN SQUIRRHEUX.

347

sést notablement rétrécie ; pas d’induration périphérique ni
d’œdème inflammatoire.
L’autopsie n’a pu être faite ; j ’avais cependant prié le garçon
d’amphithéâtre de se procurer les poumons. 11 enleva seulement
le poumon gauche, qui était parfaitement sain, qui surnageait
et crépitait partout. La teinte était rosée et il n’avait aucune
trace de congestion.
Cette observation présente des particularités digues de
remarque.
D’abord j’attirerai l’attention sur la facilité avec laquelle
j’ai pu lier l'artère en l’attaquant par la face interne de
sa gaine. Un sait combien l’expansion de la jugulaire interne
devient gênante et peut aisément masquer l’artère. En fai­
sant l’ouverture au côté interne oii il n’y a aucun danger
de léser un organe important, on s’épargnera bien des dif­
ficultés.
Cette modification du procédé opératoire ne dispensera pas
de passer l’aiguille de Deschamps de dehors en dedans.
La ligature de la carotide externe était impossible. L’encoche
de l’artère se trouvait entre la naissance du tronc commun
des faciale et linguale et la bifurcation des deux carotides:
j’ajouterai qu’un renflement très-volumineux de la carotide
primitive à la hauteur de sa bifurcation m’aurait fait craindre
de ne pas obtenir un caillot obturateur suffisamment résistant.
L’indication était donc de lier la carotide primitive, et alors j'ai
choisi le lieu d’élection. Du reste, le résultat obtenu a été frap­
pant : le malade ira plus perdu une goutte desang du moment
que la ligature a été appliquée sur la carotide. Les consé­
quences d’une opération si grave ont bien été moins terribles
qu’on eût pu le supposer. Rien du côté du cerveau, aucune
altération des centres nerveux, pas d’oppression, ni de troubles
respiratoires ou circulatoires au début. La fièvre de suppu­
ration s’établit. l'appétit se maintient. Seules les urines ont
constamment été chargées. Bien que le malade ne se fut
jamais plaint de la vessie ni de la région rénale. J'ai le regret
de n’avoir pas examiné au microscope les éléments anato­
miques contenus dans les urines.

�3V8

GA.RCIN.

l ue pneumonieso déclare et elle marche avec une effrayante
rapidité. Le malade était buveur et ceci pourrait expliquer
le délire qui sest montré dès le début et qui a cédé à la
double influence de la médication stibiée et de la potion
alcoolique. C'est le poumon droit qui est attaqué et la liga­
ture a porté sur la carotide gauche, ce qui prouve bien nette­
ment que celte opération n'a influencé en rien la lésion pul­
monaire. Enfin, il faut remarquer que la pneumonie n’a pas
débuté par des frissons, que la gène respiratoire 1 1 a pas été
subite; qu’en un mot, je puis écarter la possibilitéd’une embolie
de caillots formés dans le cœur ou dans l’artère pulmonaire.
Une pneumonie, à vrai dire, ne tue pas en trente heures. Mais
après une opération grave où une assez grande quantité de
sang a été perdue, après cinq jours de réaction et de fièvre, un
opère ne se trouve pas dans des conditions normales. Du reste,
à part le troublé des urines pendant les cinq premiers jours,
Mittelm n’a rien'présenté d'anormal. Je me suis enfin trèsbien trouvé de panser la plaie avec 1eau de Pagliari et
l'alcool.
Dr P aul P icard .

CLINIQUE MÉDICALE DE L ’ÉCOLE DE MÉDECINE.
Pnetiinooie double; pleurésie purulente unilatérale. Thoracenlèse.Mort.
( Observation et réflexions, par M. Gahcin , interne du service.)

L’observation que nous publions aujourd’hui est un de ces
faits où le problème pathologique se présente sous des faces
bien diverses, en même temps qu’il donne lieu à des investi­
gations scientifiques, différentes parleur nature, mais con­
vergeant toutes vers un même but, c’est-à-dire, éclairer le
médecin sur la nature et la marelle de la maladie, et surtout

PLEURÉSIE PURULENTE.

3l&lt;&gt;

sur les indications thérapeutiques. A ce point de vue, notre
observation réunit cos conditions, et nous espérons démontrer
dans la suite de ce travail que nous avons là un double sujet
d’étude.
Dans la soirée du 12 août i800, entrait à l’Hôtel-Dieu, salle
Aillaud, lit n° 10, le nommé Bourgtend Joseph. Le sujet, âgé de
32 ans, d’origine italienne, est de haute taille, bien musclé et
d’apparence robuste. Il nous dit être malade depuis lundi (nous
sommes au vendredi), soit 5 jours avant son entrée. Dans l’aprèsmidi de ce jour, il a ressenti quelques frissons, puis une douleur
très-vive au côté droit de la poitrine, un peu au-dessous du ma­
melon. Dès ce moment, la respiration est devenue difficile, et
chaque mouvement thoracique augmentait la violence de son
point de côté. Il nous affirme n’avoir pas eu d’expectoration ;
mais il nous dit naïvement que s’il pouvait cracher, il serait sou­
lagé (sic). Le décubitus latéral droit est impossible, tandis que le
décubitus gauche procure un peu de soulagement. Il a, de plus,
perdu l’appétit, il a un peu de diarrhée ; il accuse enfin des dou­
leurs musculaires, du brisement des forces, un affaissement gé­
néral. C’est la première fois qu’il est malade, et, interrogé avec
soin, il n’accuse aucun antécédent paludéen, et nie énergiquement
toute habitude d’alcoolisme.
A la visite du 13 au matin, nous trouvons ce malade dans le
décubitus latéral gauche, et plié, pour ainsi dire, sur lui-même
de façon, nous dit-il, à diminuer l’intensité de son point de côté.
Le fades est injecté et les pommettes tranchent par leur coloration
rouge brunâtre sur le reste du visage ; les yeux sont enfoncés
dans l’orbite. Allant de suite à l’examen du thorax, nous cons­
tatons : 1° du côté droit, mouvements de la cage thoracique trèsfaibles, conservation des vibrations ; matité à la percussion, en
arrière, dans toute la hauteur du poumon ; à l’auscultation, râles
crépitants, tins et multipliés dans les deux tiers inférieurs, souffle
bronchique très-marqué dans la fosse sous-épineuse, en arrière;
en avant, râles crépitants à la partie inférieure, râles ronflants,
sibilants et muqueux dans la région sous-elaviculaire. Retentis­
sement de la voix et de la toux. A gauche, l’expansion vésiculaire
sc fait mal, et de nombreux râles sibilants et muqueux sont perçus
dans toute l’étendue du poumon. La respiration est haute, fré­
quente ; tous les muscles sont enjeu, il y a 38 mouvements. Le

�350

GAROIV

pouls est à lOfi, petit, faible, dépressiblc. Th. 39, 6. La langue est
recouverte d*un enduit saburral très-épais. Il y a eu, avant la v i­
site, une épistaxis très-abondante. Le diagnostic, facile à établir,
fut écrit ainsi : Pneumonie nu 2' degré avec congestion péripneumonique, et de même congestion passive du poumon congénère.
Traitement : Julep av., I gramme teinture d'aconit, limonade
vineuse, 5 ventouses scarifiées, un bouillon coupé.
Le soir, l'adynamie persiste très-prononcée. La respiration est
à U. Le pouls est tombé de f 0 pulsations, toujours petit et dépres­
sible. Le thermomètre monte à 10,1. Les crachats, que nous
n'avons pu voir le matin, sont abondants, d’aspect muqueux,
striés de sang et adhérents au vase.
Le lendemain , on ne constate aucun changement ; mais, à la
visite du 15, l’auscultation nous révèle la présence d’un épanche­
ment pleurétique surajouté à la pneumonie. Du côté droit, en
effet, les vibrations thoraciques ont disparu ; la matité est absolue,
et tout bruit respiratoire a cessé ; on n’entend plus qu'à la partie
supérieure du souffle tubaire et des râles muqueux et sous-crépitants. Broncho-œgophonie évidente. Respiration 36, température
39, pouls à 92, petit, mou.
L’état des voies digestives contre-indiquant l’usage de stimu­
lants, comme l’alcool ; on donne, en vue d’une double indication :
Julep av., 20 gr. sp. ipéca, 3 pots limonade vineuse, 3 bouillons.
Vésicatoire de 0,06 sur le côté droit (partie inférieure).
Le 16 et le 17, nous ne pouvons constater aucun changement :
pneumonie et pleurésie persistent au même degré, en même temps
que l'adynamie est toujours aussi prononcée. Mais l’état des-voies
digestives s’étant amélioré, on donne : Julep, 30 gr. sp. ipéca, 20
gr. alcool, de plus 1 potage maigre.
L’expectoration peu abondante, ne contient pas de traces san­
guinolentes ; elle est muqueuse et filante.
Le 18, au matin, le niveau de la pleurésie ne s’est pas abaissé,
mais le souffle bronchique est moins intense, et de nombreux
râles crépitants se font entendre dans le foyer pneumonique.'A
gauche, par contre, les râles sibilants, muqueux et sous-crépitants sont de beaucoup plus nombreux et plus prononcés, et cor­
respondent a une faiblesse extrême du murmure vésiculaire. Les
crachats sont muqueux, comme perlés. La respiration est à 38Le pouls est à 102, petit, mon. Le th. à 38,5.
En présence d une résolution aussi tardive d’un foyer pneumo­
nique, de phénomènes congestifs si prononcés et si étendus ; en

PLEURÉSIE PTT’TLENTE.

351

face d’une adynamie si persistante H d’un mouvement fébrile si
développé, on était en droit de se demander si le diagnostic avait
été d’une exactitude absolue; aussi M. Fabre crut-il devoir nous
parler, sous toute réserve, do tuberculose miliaire, mais on se
garda bien de rien affirmer. Cependant, la médication devait être
poussée à son plus liant degré d’activité.
Alimentation légère : 50 gr. alcool et 20 gr. sp. ipéca, ds. un
julep. Frictions avec la teinture d’iode.
Dans la nuit du 18 au 19, est survenue une diarrhée abondante.
Le pouls est à 98, la respiration à 32, le th. à 37,8. Mais le soir, le
pouls est à 128, la respiration à 36, le th. à 40,4 ; et nous consta­
tons une pneumonie du côté gauche, avec râles crépitants et
souffle bronchique, avec exagération des vibrations et broncho­
phonie très-marqués. Et cependant, du côté droit, la résolution
semble s’opérer : le souffle, moins rude, est localisé au sommet,
les râles muqueux sont nombreux et le murmure vésiculaire se
perçoit, mais faiblement.
En même temps que le poumon gauche est envahi peu à peu
par l’exsudât fibrineux, le travail fébrile était considérable et
nécessitait l’emploi du sulfate de quinine , soit en potion;, soit
en lavement , à la dose de 0 gr. 50. L’alimentation était aussi
surveillée et diminuée, mais l’alcool était continué à 30 grammes.
Ce n’est que le 24 que la défervescence se produit, ou tout au
moins la détente locale. En effet, tandis que le murmure vésicu­
laire se fait entendre dans le poumon gauche, que les râles plain­
tifs, sibilants et muqueux ont remplacé les crépitants et le souffle
bronchique ; que les crachats, jusqu’alors visqueux et jaunâtres,
sont devenus muqueux et aérés , l’état fébrile persiste avec une
intensité anormale, et fournit une indication nouvelle et pres­
sante. Le pouls est bien tombé de 110-120 à 98, mais le thermo­
mètre s’est arrêté à 38,6, tandis qu’au début de cette poussée
pneumonique, il nous donnait seulement 39°,2 (visite du 20, ma­
tin, 12* jour du tableau). Ce travail fébrile était d’autant plus in­
quiétant, que le soir même de ce jour, 24 août, nous constations :
101 pulsations radiales. 39° 4, et 32 inspirations. La teinture
d’aconit et le sulfate de quinine devinrent alors les agents
principaux de la médication.
Cependant, nous n’eûmes pas la satisfaction de voir le tableau
morbide se modifier ; bien loin delà. L’examen du thorax nous
montre chaque jour, et nous pourrions dire deux fois par jour,

�GAROIN.

P L E U R É S IE PURULENTE.

l’insuccès de la médication employée. La percussion nous donne
chaque fois une matité occupant toute l’étendue do la plèvre
droite; la palpation nous révèle du meme côté l!absence des vi­
brations thoraciques et l'immobilité des parois du thorax; à
gauche, cependant, nous ne notons qu’une sub-m atité légère.
Nous ne percevons non plus aucun bruit pulmonaire, à droite,
jusqu’au niveau de la fosse sous-épineuse ; mais l’absence du
murmure vésiculaire, un beau souffle tubaire et une broncho­
phonie très-marquée, nous indiquent l’état de compression et
de tassement de la partie supérieure du poumon. A gauche, au
contraire, la respiration est bruyante, sonore ; mais, le murmure
vésiculaire a fait place à des râles sibilants et muqueux, signes
certains d’une congestion occupant l’arbre broncho-pulmonaire
tout entier. L’expectoration était peu abondante, muqueuse, aérée.
Mais la dépense fébrile épuisait l’organisme, et l’adynamie s’ac­
centuait de plus en plus, et à tel point, que nous fûmes obligés
par moments de recourir â l’exploration de l'artère humérale. Si
l'on examine notre tracé graphique, on se fera une idée très-juste,
et je dirai volontiers mathématique, de cette marche de la ma­
ladie. Du 20° jour, époque a laquelle les phénomènes indiqués
tantôt ont été particulièrement notés jusqu’au 35*, la ligne in­
diquant les oscillations thermiques se m aintient à un niveau très
élevé et surtout affecte des variations étranges: parfois 2 degrés
du matin au soir, variations analogues à celles de la phthisie gra­
nuleuse, ou mieux encore de la fièvre pyoliémique. Le pouls offre
aussi une marche ascendante constante, et s’élève depuis 90 jus­
qu'à 132 pulsations, mais surtout (caractère important), présente
un degré de faiblesse et une dépressibilité excessive. Le nombre
et surtout le caractère des mouvements respiratoires, nous indi­
quait en même temps une diminution notable du champ de l'hé­
matose, car lorsque le nombre des inspirations était faible,
chaque mouvement était aussi large que le permettait le jeu com­
biné de tous les muscles inspirateurs ordinaires et auxiliaires.
L’amaigrissement était devenu considérable ; le faciès s’altérait
aussi, traits tirés, nez effilé, yeux enfoncés dans l’orbite. La peau
est sèche, comme terreuse; quelques goutelettes de sueur perlent
parfois sur le front. Les voies digestives ne résistent pas non
plus à l’altération générale, et le 9 septembre, M. Fabre ayant op­
posé un nouvel agent à la combustion organique fébrile, la potion
contenant 1 gramme teinture de digitale détermina des vomis­
sements.

Il fallait cependant remonter, pour la détruire, à la cause de
cette adynamie persistante ; il fallait rendre à l’hématose toute
l’étendue nécessaire pour enrayer la combustion organique; il
fallait au moins formuler un pronostic. Deux états pathologiques
se présentaient à nous. I/u n , dont notre maître avait déjà redouté
l’existence, était la Tuberculose miliaire; l ’autre était la présence
d’une collection purulente dans la plèvre, soit une Pleurésie pu­
rulente. Avions-nous, dès le début, commis une erreur de diag­
nostic en parlant d ’une pneumonie franche, d’un exsudât fibri­
neux; ou bien, ce même exsudât fibrineux déposé dans les vési­
cules pulmonaires avait-il subi une transformation granuleuse
ou caséeuse? M. Fabre crut devoir maintenir l’exactitude du
diagnostic établi antérieurement, et mettant de côté toute idée
de tuberculose, nous fit rechercher ailleurs la cause morbigène.
Le 11 septembre, on parla de pleurésie purulente, et le surlen­
demain l’existence de la collection purulente était reconnue.
Dans la soirée du 13 septembre, nous soumettons le malade à
un examen attentif, dont voici les résultats : La mensuration de
la poitrine ne nous donne pas de différence sensible en faveur de
l’un ou de l’autre côté ; mais la vue nous permet de constater une
déformation notable du côté droit ; aplatissement des parois du
thorax dans leur moitié postéro-inférieure, voussure sur la partie
latérale se continuant avec la région antérieure. Les vibrations
thoraciques ont totalement disparu. La matité est complète dans
les 2/3 inférieurs, il n ’y a pas la moindre élasticité ; la fosse sousépineuse présente, au contraire, une sonorité exagérée. Du côté
gauche, la sonorité est normale et les vibrations thoraciques sont
parfaitement conservées. Les mouvements respiratoires mettent
enjeu tous les muscles, mais surtout le diaphragme et les cer­
vicaux; le nombre des respirations oscille vers 40, mais chacune
est aussi grande que possible. A l’auscultation, nous notons :
Côté droit : dans les respirations ordinaires, absence de bruits
dans les points correspondant à la matité ; dans les grandes ins­
pirations, souffle tubaire profond et gros râles crépitants dissé­
minés, simulant quelque peu les craquements secs ; le long de la
gouttière costo-vertébrale, le bruit respiratoire est perçu sur
toute la hauteur ; au sommet, dans la fosse sus-épineuse, la res­
piration est soufflante, et fait éclater de gros râles muqueux en­
tremêlés de râles sibilants très-prolongés. En avant, gros râles
sous-crépitants et râles sibilants dans la région claviculaire : à

332

333

�3» 4

(f A.RCIN.

la partie inférieure, souffle tubaire, superficiel. La toux et la voix
retentissent d'une façon anormale ; bronchophonie a la partie su­
périeure, voix chevrotante aux deux tiers inférieurs, en arrière
et en dehors.
Du côté gauche : la respiration est sonore, la voix est un peu
exagérée, et de gros râles muqueux occupent toute la hauteur du
poumon.
Il n'y a pas d'expectoration.
Le mouvement fébrile est des plus intenses ; le pouls bat 1K
fois par minute ; le thermomètre s’élève h.40®8, c. a d. du matin
an soir de 3°3.
Evidemment nous avions affaire à un épanchement pleurétique
occupant la plus grande partie de la plèvre droite -, restait à dé­
terminer la nature de l’épanchement ; en d’autres termes, le li­
quide contenu certainement dans la plèvre était-il séreux ou pu­
rulent ? Les phénomènes locaux ne nous fournissaient sur ce point
aucune indication ; la durée de la maladie ne pouvait nous éclairer
non plus, car cette pleurésie n ’avait pas un mois d’existence, et
l’on sait qu’un épanchement pleurétique peut rester séreux un
temps plus considérable ; mais nous trouvions d’un antre côté
les renseignements nécessaires. L’hypothèse d’une collection pu­
rulente nous rendait aussitôt compte'des phénomènes généraux
que nous observions, et de leur côté ces phénomènes justifiaient
pleinement cette hypothèse. Le mouvement fébrile nous indiquait
qu’une cause septique entretenait la combustion organique , et
cette cause siégeait dans la plèvre. En effet, tandis que la pleu­
résie ou l’hydro-thorax amènent rarement le thermomètre au-des­
sus de 39% et du moins déterminent de petites oscillations, c'est
le propre de la pyohémie de faire parcourir à la colonne thermométrique I et même 2 degrés du matin au soir, et surtout de main­
tenir le niveau du 38* au 39’ degré. De plus, l'hydro-thorax accé­
lère modérément le pouls, tandis que dans la pyohémie, nous
le voyons fréquemment s’élever au chiffre de 140 et le plus ordi­
nairement se maintenir entre 400, 120. Le faciès a l’aspect dit
hippocratique ; les yeux sont profondément enfoncés dans leurs
orbites, et le front est parfois sillonné de gouttelettes de sueur.
La peau est d’une sécheresse extrême; elle donne à la main la
sensation d’un corps pulvérulent, avec chaleur âcre, phénomène
important qu’il suffit d’avoir constaté, et qui se rencontre en par­
ticulier chez les organismes qui fabriquent du pus. Enfin, l’ady­

PLEÛRÉS1E PURULEN TE.

35»

namie était portée à son plus haut degré, et le tube digestif parti­
cipait à l'altération générale. La secrétion urinaire venait, en
dernier lieu, nous donner la mesure de la combustion organique:
urines, peu abondantes, il est vrai, mais couleur rouge brique et
donnant, par le procédé d’analyse de M. Ch. Robin, de nombreux
cristaux d’acide urique. — Or, de tous ces phénomènes, il n’en
est aucun que nous rencontrions dans l’hydro-thorax; tous, au
contraire, sont propres à la présence d ’une collection purulente.
Nous n’avions donc pas à hésiter : le liquide renfermé dans la
plèvre était du pus, et ce pus ne pouvait pas, ne devait pas rester
dans la poitrine ; l’indication suprême était d’en débarrasser le
malade; il fallait, en un m o t, pratiquer la thoracentèse ou
l’empyème
Nous avons ainsi laissé de côté l’hypothèse d’une tuberculose
miliaire, cette hypothèse ne pouvant résister aux faits observés.
Voyons, en effet, à quoi aurait dû se rattacher un semblable
diagnostic. Le poumon gauche présentait dans toute son étendue
une respiration sonore, des râles muqueux et sous-crépitants ;
la voix retentissait un peu plus qu’à l'état normal. Mais l’expi­
ration n’était pas prolongée et avait son timbre accoutumé ; les
râles nombreux qui occupaient tout le poumon étaient des râles
humides, et l’erreur eût été grossière de les confondre avec des
crachements soit secs, soit humides ; de plus, ils éclataient éga­
lement à l’inspiration et à l ’expiration, et leur caractère ne
changeait pas lorsqu’on faisait tousser le m alade, ils étaient
alors seulement plus nombreux et un peu plus gros. Dans le
poumon droit, le souffle tubaire et la bronchophonie, qui sié­
geaient aux 2/3 inférieurs, nous indiquaient une imperméabi­
lité absolue du parenchyme pulm onaire, correspondant à un
jeu exagéré du sommet de l'organe, ce que nous révélaient les
râles crépitants que nous y percevions , et qui n ’avaient de
commun avec les craquements que leur finesse, mais qui n’en
avaient pas l’éclat, et qui, du reste, occupaient aussi les deux
temps de la respiration. De plus, pas de matité en dehors de
la zone pleurétique; au contraire, sonorité exagérée au sommet
du poumon droit, sonorité normale sur le poumon gauche. Entin, nous n ’avions pas cette ardeur fébrile de la peau propre à
la phthisie granuleuse, ni cette marche de la température qui
maintient, dans cette dernière affection, le chiffre thermique
entre 39° et 40°. — Il y avait donc lieu de rejeter l'hypothèse
d’une infiltration granuleuse.

�PL E U R E SIE PURULENTE.

356

GARC IN.

Le I i septembre, l’adynamie se prononce de plus en plus. Le
faciès hippocratique est très-marqué ; le front et les tempes sont
couverts de gouttelettes de sueur. Le malade est dans le décu­
bitus latéral droit de telle sorte que cette partie du thorax ne
fonctionne pas et que le diaphragme et les muscles respirateurs
gauches ont seuls une activité considérable. C’est qu'il y a un
point de côté très-violent et qui s'exagère dans toute autre posi­
tion. La dyspnée est considérable ; les inspirations, très-courtes,
très-rapides, s’élèvent à 4L Le pouls se maintient à 136 le matin,
120 le soir, petit, mou, très-dépressible, à tel point que nous
sommes obligés d'explorer l’artère humérale droite à sa partie
supérieure. Mais le thermomètre nous fournit un signe nouveau
et intéressant. Nous avions vu la veille au soir 40°8, et voici
que parcourant en sens inverse le chemin fait la veille, la colonne
thermométrique s’arrête le matin à 38°t, et descend le soir jusqu'à
36° 7. Cette indication était mathématique et nous montrait que
l'organisme était à bout de ressources, que l’individu n’avait
plus de quoi suffire a la dépense fébrile: le chiffre iO°S semblait
nous montrer le dernier effort de cette organisation usée, le
chiffre 36°7 nous donnait la résultante de ce travail fébrile, d’ori­
gine septique, qui durait depuis un mois.
En présence d’indications aussi pressantes, la thoracentèse
était nécessaire et il fallait se décider quand même. Le 15 septem­
bre, M. Fabre eutl’extrême obligeance de nous confier l’opération.
A la visite du matin, nous n'avons pas grand changement à
noter dans les phénomènes que nous avons indiqués plus haut.
Cependant, un nouveau signe est venu compléter notre diagnos­
tic, je veux parler de l’œdème des parois thoraciques, dont la
coexistence avec les symptômes généraux que nous observions
nous offrait certaines garanties. Nous devons dire encore que les
bruits de frottement s’étaient multipliés et étaient surtout nom­
breux dans les régions déclives, également en arrière et en avant.
D’autre part, l’organisme semblait s’être relevé de la secousse
qu'il avait reçue la veille. Le pouls battait encore 120 fois, mais
il était plus fort et nous le percevions sur la radiale gauche (I);
le thermomètre était remonté à 38°8, ce qui indiquait que l’ady­
namie avait disparu ; le poumon ne respirait (pie 30 fois. Néan(t) Nous notons ce détail. parce que cette artère ne présentait pss le
meme volume que l’autre : disposition que nous avions remarquée au début
de la maladie et que l’autopsie nous permit de contrôler.

337

moins, on ne devait pas se lier à cette amélioration, qui n’était
certainement que passagère, et la thoracentèse fût pratiquée, après
la visite, à 9 heures du matin.
Les espaces intercostaux sont difficiles à déterminer; en dépri­
mant fortement les parois thoraciques, nous pouvons préciser un
intervalle intercostal. Le malade étant assis sur son lit, le tro­
cart muni d’une baudruche est plongé dans le thorax sur ifn
point correspondant à l’intersection de deux lignes, l'une hori­
zontale menée au niveau du mamelon, l’autre verticale abaissée
du milieu du creux axillaire. Nous espérions éviter ainsi de
blesser le poumon. Une fois dans le thorax, le trocart ne ren­
contre aucune résistance et sa pointe se meut librement dans la
cavité pleurale. La canule enveloppée de sa baudruche donne issue
à un liquide couleur café au lait, à consistance homogène et
n’exhalant aucune odeur. L’évacuation est rapide, abondante et
n’est à peu près complète qu’au bout de vingt minutes. Pendant
la sortie du liquide, le malade dit éprouver du soulagement ; il
supporte en effet très-bien cette petite opération, il n'y a eu que
quelques petits accès de toux alors que le liquide s’écoulait
moins abondamment. L’évacuation terminée, 200 grammes d’eau
tiède sont injectés dans la poitrine pour faire un petit lavage;
cette eau entraîne avec elle un liquide analogue au premier ou
plutôt forme avec lui un mélange jaunâtre dans lequel nagent
des flocons analogues h des grumeaux de pus ou bien h des
pseudo-membranes. Une injection iodée avait été préparée à la
dose de 30 gr. d’iode par 200 gr. d’eau; elle est poussée peu à peu
dans le thorax et parfaitement supportée. Pensant que cet agent
thérapeutique ne pouvait modifier la surface pleurale que par
un contact prolongé, et guidé d’ailleurs par les faits analogues
que nous avions pu observer dans le service de notre regretté
maître M. Broquier, nous laissâmes l’iode en contact prolongé
avec la plèvre et ce ne fut qu’après 10 minutes que nous ouvrî­
mes le robinet de la canule. L’injection est évacuée lentement,
à peu près complètement et entraîne encore avec elle quelques
flocons jaunâtres crémeux. Pendant cette évacuation, une petite
quantité d’air passe par la canule, attiré par les mouvements
d’expiration. Mais, d’autre part, nous constatons le retour des
mouvements respiratoires du côté droit, avec diminution de ce
fonctionnement exagéré que nous avait offert jusqu’ici la partie
opposée de la cage thoracique. Voulant compléter l’évacuation
et surtout enlever l’air que nous avions forcément laissé pénétrer,

�GARCIN.

P L E U R É S IE PURULENTE.

nous limes deux petites aspirations qui ramenaient un peu d'air
et une petite quantité d’iode mélangé à du pus. A ce moment,
le malade était un peu fatigué et nous dûmes lui faire prendre de
l'infusion de tilleul.
Le liquide que nous venions d'extraire de la plèvre était évi­
demment du pus; il n’y avait pas à douter: le diagnostic se trou­
vait donc confirmé et l’opération justifiée. Nous avions enlevé
ainsi 900 grammes de liquide, deux fois plus dense que l’eau et
que nous soumîmes a l ’examen chimique et microscopique.
Réaction alcaline excessivement faible; par l’acide nitrique,
précipité abondant de flocons albumineux: la masse ainsi formée
occupe les 4/5 de la colonne liquide. Les autres agents chimi­
ques, que nous avions (en nombre très-restreint) à notre dispo­
sition ne nous ont donné aucun résultat appréciable. Sous le
champ du microscope, nous avons un blastème coloré en jaune
par une quantité innombrable de corpuscules, serrés les uns
contre les autres et se déplaçant lentement et diflicilement : ces
corpuscules ne sont autre que des leucocytes, dont l’acide acétique
nous montre parfaitement les granulations. Nous observons encore
des granulations de couleur brunâtre, des plaques de cellules
épithéliales, quelques cristaux d'hématoïdine, quelque fibres de
tissu lamineux et d’autres beaucoup plus rares de tissu élastique;
enfin des gouttelettes graisseuses disséminées. Pas de cristaux
de cholestérine ni de phosphates; pas de réaction à la teinture
d’iode; formation de masses albumineuses avec l’acide nitrique.
Ce liquide, que nous avions ainsi reconnu pour du pus, une
fois évacué, restait encore à en prévenir la régénération. Pour
atteindre ce but, deux méthodes se présentaient. On pouvait
d’un côté compter sur les modifications apportées à la séreuse
par l’injection iodée ; on pouvait compter sur la résistance de
cet organisme, résistance que l’on augm enterait par une médica­
tion tonique. D’autre part, on pouvait agir hardiment: c’estii-dire maintenir béante l’ouverture faite au thorax ou bien encore
multiplier cette ouverture, soit drainer la cage thoracique ; le
dernier moyen, plus chirurgical, plus audacieux, aurait certai­
nement permis de combattre le mal pied a pied, d’en surveiller
et peut-être d’en faire avorter chaque progrès. Mais d'un autre
côté nous avions affaire à un organisme profondément débilité
qu’il fallait ménager, qu’il fallait garantir de toute secousse vio­
lente. Aussi, prenant la question a ce point de vue, M. Fabre se
décida-t-il a fermer l'ouverture de la tlioraceutèse. quitte à y

revenir plus tard. C’est qu’en efi'et nous connaissons tous la par­
faite innocuité de la ponction dans la cavité pleurale et, pour
notre propre compte, nous avions appris avec M. Villard it nous
rire des prétendus dangers dont quelques praticiens, par trop
vénérateurs de la nature et de la routine, se plaisent, à accuser
cette simple opération. Le malade fut donc mis immédiatement
à l’extrait de quinquina, au vin de Bordeaux et sa plèvre fut lais­
sée tranquille.
5 Heures après la thoracentèse, nous revoyons le malade. 11
est dans le décubitus dorsal; les mouvements respiratoires s’ac­
complissent à peu près également bien des deux côtés, cepen­
dant tous les muscles respirateurs sont encore en jeu, mais un
jeu modéré : il y a 30 mouvements, mais calmes et pleins. Les
vibrations thoraciques, quoique très-faibles, sont pourtant mani­
festes au côté droit. La matité, encore tres-étendue en avant,
a complètement disparu en arrière au niveau de la fosse sousépineuse. En arrière de haut en bas, jusqu’à la partie moyenne
du poumon, le murmure vésiculaire s’entend très-bien et des roncliusflns, éclatants sillonnent toute cette partie; à la région infe­
rieure. le souffle bronchique persiste, mais de beaucoup moins
grave et plus doux que le matin. En avant, les mêmes signes
sthétoscopiques, si ce n ’est un souffle un peu plus fort, Bruits de
frottement légers en arrière et en dedans ; absence complète du
murmure vésiculaire en dehors et en bas. A gauche la respiration
est moins active, partant moins sonore et soulève beaucoup moins
de râles humides éclatants. Le retentissement de la voix dans le
poumon droit est considérable ; il y a une bronchophonie mani­
feste, sans chevrottement ni timbre criard. Les accès de toux sont
devenus très-fréquents; il y a une légère expectoration muqueuse.
EDfln les symptômes généraux semblent de beaucoup amendés.
Il n’y a pas eu d’ascension du thermomètre 37°8 comme le matin.
Le pouls est encore à 120, mais il est large, fort, assez résistant.
La langue est dépouillée et rouge; mais il n ’y a pas eu de selles
diarrhéiques, le ventre est souple, non douloureux et sans gar­
gouillements. Nous avions ainsi un amendement considérable
sous l’influence de la thoracentèse ; il est vrai qu’il était un peu
tôt pour espérer, car nous eûmes bientôt à nous repentir de notre
optimisme prématuré.
Les jours suivants, IG et 17 septembre, tout se passait bien. Le
sommeil était revenu; la dyspnée avait disparu, la respiration
était calme à 28 ; le décubitus dorsal était possible et les phéuo-

m

359

�360

GARCIN.

menés sthétoscopiques ne s’aggravaient pas. Le pouls cependant
montait jusqu’à 128 et devenait dépressible, mais le thermomètre
nous indiquait encore que le travail était peu considérable et
semblait devoir dissiper toute crainte. On maintient le régime
tonique, mais avec un agent régulateur de la circulation.
Julcp, 491 extrait sec quinquina, 10 gouttes teint, aconit, vin
de Bordeaux. L’alimentation est diminuée : 2 bouillons, 3 potages;
250 grammes lait.
Le IS, nous percevons un tintem ent métallique très-manifeste
en même temps que le murmure vésiculaire s’affaiblit. Le lende­
main nous constatons un aplatissement du thorax beaucoup plusmarqué qu’avant la ponction. Aux visites ultérieures, on note suc­
cessivement : la diminution du murmure vésiculaire, la présence
de gros râles sous-crépitants à la partie supérieure du poumon,
la persistance du tintement métallique et du souffle bronchique.
Mais ce qui attire surtout notre attention, c’est le caractère par­
ticulier du timbre de la voix : je veux parler du bruit amphori­
que signalé et étudié parM. BéhieretM . Landouzy, dàns la pleu­
résie purulente et chronique. Il y a une petite toux revenant trèsfréquemment avec crachats muqueux non adhérents.Cependant le
travail fébrile reprenait une nouvelle intensité ; le pouls se main­
tenait au chiffre de 120 ; la respiration donnait environ 30 mou­
vements ; et le thermomètre reprenait sa marche ascendante in­
terrompue par la thoracentèse : le 24 septembre, il arrivait le soir
à 39° 6. En même temps, se produisait un phénomène nouveau
mais d’une gravité extrême : le 21 septembre, le malade nous
montrait une main gauche fortement œdématiée. Il n ’y avait pas
à hésiter ; nous avions affaire à une oblitération veineuse. Or l’on
sait combien le clinicien doit compter avec un pareil symptôme,
dans quel sens il doit établir son pronostic, sous quelle inspira­
tion formuler son traitement. Après avoir usé la potion au quin­
quina, on dut la remplacer par: julep avec 2 gr. liyposulf soude,
médicament vanté, on le sait comme anti-septique et dontl’emploi
semblait ici on ne peut plus indiqué. Donc toniques anti-septique
et anti-fébrile (sulfate de quinine) constituaient le traitement.
Il restait encore un point à étudier. Le pus avait de nouveau
fait invasion dans la plèvre, nous ne pouvions en douter; mais
devait-on l’enlever de nouveau? A ne compter qu’avec les signes
physiques observés antérieurement, nous ne trouvions aucune
contre-indication d’une nouvelle ponction, d'autant plus, nous
nous plaisons à le dire, que nous avions médiocre souci des dan-

PL E U K É SIE PURULENTE.

301

gersd'une pareille tentative. Mais dans notre examen, nous avions
noté deux symptômes qui parurent à M. Fabre de nature à faire
rejeter toute opération. C’est d'abord la toux amphorique limitée à
la région postéro-externe et inférieure de la poitrine, sans aucun
changement de lieu ni de timbre, selon les positions du malade,
c’est ensuite l’oblitération veineuse. Aussi craignant d’un
côté la présence d'un kyste purulent et par suite une évacua­
tion de pus trop-incomplète ; d’autre part et surtout redoutant
les effets du déplissement pulmonaire sur le caillot probable­
ment stationnaire dans les gros vaisseau du cou, M. Fabre dutil rejeter toute opération jusqu’à plus ample informé, sinon
l’abandonner complètement.
Le 23 septembre, l’œdème occupait tout le membre thoracique
gauche, et était surtout considérable jusqu’au niveau du coude.
Quelques points de la face postérieure et de la face externe de
l’avant-bras sont complètement froids, et la peau de l'avant-bras
ainsi que celle de la région interne du bras sont parsemées de
nombreuses tâches de Purpura hcmorrhagica. De plus, la toux est
fréquente ; l’expectoration très-abondante, jaunâtre et visqueuse.
La nuit du 25 au 26 se passe sans sommeil ; à la visite du matin
nous trouvons le malade dans la prostration la plus complète ;
son intelligence même semble affaiblie. Les respirations, au nom­
bre de 30, sont larges, mais pénibles. Le pouls est à 110, petit,
fréquent, très-dépressible ; le thermomètre monte à 38e. L’œdème
envahit le membre thoracique droit et grandit du côté gauche ;
les tâches de purpura se multiplient d’uue façon inquiétante. En
face de ces phénomènes avant-coureurs d’une terminaison fatale,
une dernière tentative eut lieu. Le malade fut gorgé de vin de
Bordeaux et de vin de quinquina, mais sans aucune espérance de
succès.
L’adynamie se prononce de plus en plus ; le faciès est terreux,
des sueurs abondantes inondent chaque jour les linges et le lit
du malade. Le pouls remonte au-dessus de 120, mais il est petit,
fuyant sous le doigt, à peine sensible. Le thermomètre continue
sa marche ascendante, et oscille de 38° à 39° et au-dessus. Enfin,
les mouvements respiratoires deviennent de plus en plus pénibles.
L’anxiété est extrême ; le malade est assis sur son lit, soutenu par
des oreillers, et les muscles de la respiration font mouvoir faible­
ment le côté droit; le chiffre des mouvements monté de 30 à 40.
Nous ne pouvons songer à l’examen sthétoscôpique. L'expectd23

�362

TUMEUR 1)E L’ABDOMEN.

BOUSQUET.

ration est abondante. Le tube digestif participe a l’altération ge­
nerale, et une diarrhée séreuse, très-abondante, complète le cor­
tège des symptômes.
D’autre part, l’œdème continue son envahissement ; c’est ainsi
qu’après avoir occupe les deux membres thoraciques, il gagne la
région cervicale gauche, puis descend sur la partie correspondante
du thorax jusqu’au mamelon. L’oblitération veineuse faisait donc
des progrès effrayants, et surtout m ettait un obstacle funeste a
toute opération.
Le 1" octobre, nous approchions sensiblement de la terminaison
fatale. La dyspnée est considérable; le côté gauche de la cage
thoracique fonctionne seule, et encore la respiration est-elle costosupérieure très-forcée. La toux est fréquente, venant par petits
accès ; les crachats sont projetés d’un côté et d’autre , ils nous
paraissent jaunâtres non aérés. Le malade nous dit que dans la
journée d’hier il a craché beaucoup de’ sang, mais nous ne trou­
vons plus de trace de cette expectoration. L’œdème de la partie
supérieure du tracé est considérable ; les battem ents des jugu­
laires 11 e sont sensibles que à droite, mais ils le sont d’une maniéré
excessive. Enfin, le faciès est terreux, la peau chaude, mais trèssèche. Le pouls et la température n’ont pu être observés.
Dans la soirée, nous notons seulement une légère teinte plombique des téguments , et le malade est mort dans la nuit, len­
tement, doucement, sans attirer l’attention des veilleurs.

[A suivre.)

HOPITAL UE LA CONCEPTION.
( S e r v i c e d e M. V a.n -G a.ve r.)

T U M E U R DE L ’ABD O M EN.
i Observation recueillie p ar M , F . Bou squ et , interne des hôpitaux.)

Le nommé Jaime Dominique, âgé de 40 ans, journalier, né a
Crinolo (Italie', entre à l’hôpital de la Conception le 25 janvier,
pour s’y faire soigner de douleurs très-vives qu’il ressent k
région hépatique.

363

Cet homme, bien constitué, vigoureux, n’a jamais eu d'autre
affection que celle qui le retient au lit.
L’examen de la partie douloureuse révèle l’existence d’une tu­
meur dure, un peu élastique, paraissant même fluctuante en un
point, mais dont il est difficile d’apprécier exactement le volume.
Il y a seulement sept mois que l ’attention du malade a été attirée
par une gêne dans la région hépatique, surtout dans les mouve­
ments de flexion du tronc en avant. L’appétit est bon, les diges­
tions se font bien, les selles sont régulières, quoique peu abon­
dantes, le sommeil est calme, la peau ne présente aucune colora­
tion ictérique. Pourtant la tumeur semble avoir son siège dans le
foie: le point le plus douloureux, etqui paraît fluctuant, corres­
pond au rebord inférieur des fausses côtes.
Le lendemain de son entrée, le malade prend un purgatif qui
diminue la sensation de plénitude et de tension qu’il éprouve ;
la tumeur semble avoir un peu diminué de volume.
Le malade, interrogé sur ses antécédents, nie toute affection
syphilitique ; il n ’a jam ais abusé de boissons alcooliques, n’a ja­
mais fait de chute et n'a pas habité les pays chauds.
Il est néanmoins soumis à l’emploi de l’iodure de potassium k
titre de résolutif ; la tumeur semble se ramollir ; mais en même
temps lafièvre s'allume, la soif est vive, la langue est peu chargée ;
des frissons se manifestent de temps en temps ; le malade pré­
sente tous les symptômes d’une hépatite en voie de suppuration,
excepté cependant les troubles digestifs et l’ictère, dont l’absence
ajoute k la difficulté du diagnostic.
Les selles se suppriment ; l’emploi de la tisane de pulpe de ta­
marin les fait reparaître ; les urines sont normales.
Localement la fluctuation, de plus en plus manifeste, décide M.
Van Gaver il prescrire deux applications de caustique de Vienne,
pour évacuer le liquide qui est supposé avoir sou siège dans le
foie.
La cautérisation est suivie pendant quelques jours d'un amen­
dement considérable des symptômes.
L’iodure de potassium, qui fatigue le malade sans amener de
résultat, est supprimé ; la tisane de tamarin entretient seule la
liberté de l’intestin. Cependant l’état général s’aggrave, une lé­
gère coloration jaune se manifeste , le pouls se déprime, le ma­
lade s’affaiblit rapidement, la voix s’éteint.
Le 20 février, l’abdomen est sensible, tendu, les selles sont sup­
primées, le malade est tourmenté par des nausées incessantes ;

�BOUSQUET.

E N SE IG N EM EN T D ÉDIC A L .

une péritonite est survenue : calomel à doses fractionnées, fric­
tions avec l’onguent, napolitain.

partie de son étendue, présente de distance en distance de petites
tumeurs semblables ù celles dont il vient d’être question, mais à
diverses phases de leur développement : les deux plus considé­
rables siègent au niveau de la cicatrice ombilicale et l’autre sur
la partie inférieure du rectum.
Le nombre de ces tumeurs nous a permis jusqu'à un certain
point d’étudier leur mode d’accroissement; les plus petites sont
formées d’un petit caillot sanguin entouré d'une membrane ex­
trêmement ténue et adhérent au péritoine qui, en ce point, est
fortement liypérémié. Dans celles d’un ordre supérieur, le caillot
primitif a subi des modifications diverses, il est ramolli, entouré
d’une enveloppe plus résistante qui envoie quelques cloisons au
milieu de cette bouillie sanguinolente; ce n’est que dans les
plus grosses que commencent à apparaître d’une manière dis­
tincte les diverses substances que nous avons précédemment
mentionnées.
Telle est l’exacte description de cette maladie à laquelle la
difficulté consiste à donner un nom.
Offrant pendant la vie les symptômes d’affections diverses, les
caractères n’en étaient pas assez nettement tranchés pour per­
mettre de poser un diagnostic certain : l’autopsie laisse subsister
le même doute et la même incertitude, elle ne nous apprend
qu'une chose, c’est que le mal était complètement au dessus des
ressources de l’art et que , quels que fussent les ressources et les
efforts de la thérapeutique, l’issue ne pouvait être que fatale.

364

Un épanchement se forme dans la cavité péritonéale, la matité
y est absolue aux parties déclives. Les intestins sont refoulés en
avant. L’ascite augmente avec rapidité, la respiration est déplus
en plus gênée, la mort survient brusquement le 4 mars.

Vu l’obscurité de l’affection, la lenteur de sa marche, la contra­
diction des symptômes, l'autopsie devait nous présenter un très
haut intérêt.
Voici ce que nous pûmes constater :
À l’ouverture de l'abdomen, une quantité vraiment énorme de
liquide fait irruption au dehors ; ce liquide est un mélange de
sérosité et de sang. L’hypocondre droit est complètement occupé
par une tumeur énorme, dont nous allons bientôt parler.

Le foie pâle, décoloré, anémié, est refoulé en haut et comprimé
contre le diaphragme ; il adhère à la tumeur, mais par des adhé­
rences faciles à détruire ; la vésicule biliaire est distendue par la
bile, dont l'issue dans le duodénum est impossible. Les intestins
sont recouverts par un vaste caillot de sang qui figure à peu près
l’épiploon ; le petit bassin surtout est remarquable par le nombre
et l’épaisseur des caillots qui s’y trouvent.
Le colon transverse longe la face inférieure de la tumeur, il a
contracté avec elle des adhérences très-solides; incisé dans toute
sa longueur, il ne présente pourtant aucune lésion de structure ;
la rate et le rein droit complètement exsangues restent fixés à la
tumeur au moment où celle-ci est enlevée de la cavité abdomi­
nale. Quant à la tumeur elle-même, son diamètre vertical est de
18 centimètres, son diamètre horizontal de 25 à peu près, elle
s’est manifestement développée dans l’arrière cavité des épiploons
qui lui forme une tunique complète: au dessous de cette pre­
mière enveloppe, nous en trouvons une autre de nature presque
fibreuse qui entoure la tumeur, puis pénètre dans son intérieur
et circonscrit de petits espaces aréolaires dans lesquels se trou­
vent diverses substances liquides ou solides. Dans les uns, c'est
du pus; dans d’autres, une substance analogue au contenu de la
rate; dans d'autres enfin une substance amorphe etgélatiniforme:
d’autres endroits sont remplis de tissus fibreux: la tumeur ne
renferme point de vaisseaux, du moins a-t-il été impossible d'en
découvrir.
La ne se bornent point les envahissements de cette substance
hétéromorphe : le péritoine pariétal, sain dans la plus grande

365

DES PRINCIPALES RÉFORMES A OPÉRER
DANS L’ENSEIGNEMENT MÉDICAL,
Par le D' A. F aure .

Les troubles q u i, sous le moindre prétexte, se reproduisent
à la Faculté de Médecine de Paris, ont éveillé l’attention du
gouvernement sur la nécessité ch' réformes ;i opérer dans
notre enseignement médical. De plus, une commission
examine en ce moment toutes les questions relatives» l'ensei­
gnement supérieur. Cette commission doit être heureuse de

�36fi

A. FABRE.

connaître les aspirations et les vues des hommes éclairés.
L’heure est donc venue pour le corps médical d’élever la voix
sur les questions relatives à l’enseignement de la médecine.
Décentralisation et liberté; tels sont les deux mots qui, en
toutes choses, résument actuellement les aspirations des
hommes sages et amis du progrès; décentralisation et liberté,
telle est aussi la devise de tous les hommes compétents qui
désirent l ’amélioration de notre enseignement médical.
Les tendances centralisatrices qui dominent depuis trop
longtemps o n t, pour ce qui concerne l’enseignement médical,
favorisé à Paris l’encombrement et produit en province la
disette. Parmi les hommes de talent qui pourraient devenir
d’excellents maîtres, il en est beaucoup à P a ris , q u i, trop
malheureux on trop peu protégés pour réussir , végètent dans
îles positions inférieures, il en est encore plus en province
dont l’intelligence, faute de stim ulants, s’engourdit et devient
stérile. De leur côté, les élèves, obligés de quitter de bonne
heure les écoles dites secondaires, affluent à Paris où la plu­
part apprennent moins la science de l’école que la politique
de l’estaminet.
Rien n’est antipathique à l’enseignement de la médecine
comme la centralisation. Sans doute les cours des grandes
Facultés servent à maintenir la science à un niveau élevé,
mais ce n’est pas dans ces vastes amphithéâtres que se forment
les médecins. Pour qu’une leçon d’anatomie soit profitable , il
faut que l’élève, placé à quelques pas du professeur, puisse
voir de près les pièces qui servent à la démonstration. Si l'on
veut apprendre la physique et la chimie, il faut suivre de près
les expériences, et y participer au besoin. Nul ne sera initié à
la clinique, c’est-à-dire à la médecine elle-m êm e, s’il n’a
examiné beaucoup de malades sous la direction d’un guide
q u i, accompagné d’un petit nombre d’élèves, puisse s’occuper
de chacun d’eux. En un m ot, ce q u ’il faut par dessus tout à
ceux qui doivent devenir des médecins , ce ne sont pas des
professeurs , ce sont des maîtres. Dans une grande Faculté ou
ne rencontre ni les conditions qui rendent l’enseignement
utile, ni les liens qui font du professeur un m aître respecté et

EN SEIGN EM EN T MÉDICAL.

367

de l’étudiant un élève reconnaissant. Dans les écoles et dans
les hôpitaux , ces conditions existent, ces liens se forment.
Voilà pourquoi le régime de la décentralisation, qui a si puis­
samment contribué aux progrès de l’enseignement médical en
Allemagne, est nécessaire en France comme partout.
Ajoutons qu’au point de vue m oral, la centralisation a les
inconvénients les plus graves. En quittant leur province, les
étudiants perdent l ’influence moralisatricede laviede famille;
loin de la surveillance paternelle et livrés sans défense à toutes
les séductions , ils s’abandonnent trop souvent à un genre de
vie déplorable , eu même temps q u ’ils deviennent les adeptes
et, au besoin, les soldats de toutes les idées subversives.'Voilà
ce que, depuis longues années , nous constatons chaque jour.
Si je me suis donné la peine de faire valoir quelques argu­
ments en faveur de la décentralisation, je n'ai pas à plaider
la cause de la liberté de l’enseignement médical. Sous aucun
prétexte, cette liberté ne saurait être refusée. Pourrait-on lui
opposer des raisons politiques ? Mais qu’importe à la sécurité
de l’État qu’un médecin enseigne la médecine ? Pourrait-on
faire valoir des objections tirées de l ’ordre moral ou religieux *?
Les doctrines médicales pénètrent sans doute jusqu'aux prin­
cipes qui servent de base à la morale et aux religions ; mais,
dès le moment où l ’État ne saurait empêcherque ces questions
fondamentales, telles que celle du matérialisme et du spiri­
tualisme, ou celle de l’origine de l'humanité, soient agitées
par ses professeurs officiels, il est juste, il est. nécessaire que
toutes les voix soient entendues, que l’enquête soit complète
et que l’enseignement de toute une génération sur les choses
les plus graves ne soit pas livré à quelques individus. La'
liberté de renseignem ent en matière de science relève du
droit que tout homme possède de communiquer aux autres
le fruit de ses études, et du droit qui appartient à tout père
de famille de confier à qui bon lui semble l’éducation de
sos lils. Dès le moment où aucune raison d’état ne s’oppose
à cette liberté, le monopole en pareille matière serait une
injustice et un abus. De la libre concurrence naît l’ému­
lation; l’enseignement libre peut combler les lacunes de

�A. FA B RE.

EN SEIGN EM EN T MÉDICAL.

renseignement officiel, e t, en tout cas. le voisinage du
professeur libre est un stim ulant pour le professeur officiel.
Nous, membres île TUniversité, nous devons reconnaître la
liberté de l’enseignement médical connue un droit, et l’ac­
cepter comme un bienfait.
Mais, en présence de la décentralisation et de la liberté
d’enseignement, incontestables en principe, se pose la ques­
tion des garanties que l’État a le devoir d’exiger de ceux qui
veulent exercer la médecine.
S’il est une utopie dangereuse, c’est bien celle qui demande
le libre exercice de la médecine. La médecine exercée par
celui qui l’ignore constitue certainement un péril pour celui
qu’elle prétend soigner. L’Etat, c’est un de ses premiers de­
voirs, doit prévenir toute espèce d’homicide, quelle que soit
l’intention de celui qui en est l’auteur, quels que soient les
désirs de celui qui en est la victime. La liberté n’est plus que
de la licence quand, de toute évidence, elle produit le mal.
Les peuples 11e peuvent aspirer tout d'un coup à une éman­
cipation absolue et complète. Pour avoir une liberté, il faut
ne pas en être notoirement indigne. Les peuples étant mani­
festement incapables de discerner ceux qui sont aptes à les
guérir, c’est aux gouvernements qu’il incombe d’exiger des
garanties de ceux qui veulent pratiquer la médecine.
Comme il s’agit ici d e là vie hum aine, c’est-à-dire de ce
qu’il y a de plus précieux en ce m onde, ces garanties
doivent être efficaces et multiples.
Ainsi, en France, l’ont compris les gouvernements. Aux as­
pirants au doctorat en médecine ils demandent trois ordres de
garanties: des examens m ultipliés, un séjour prolongé dans
les écoles, un certain stage dans les hôpitaux.
Cette combinaison de garanties est indispensable, et aucune
d’elles ne peut être supprimée ni atténuée. Le droit d’agir
sur la vie des hommes ne saurait être livré aux hasards de
quelques examens. Le stage dans les hôpitaux serait une ga­
rantie excellente s’il n’était trop souvent illusoire. Dans un
service hospitalier, l’interne est sérieux, l ’externe, s’il est
seul, est assidu ; chez le stagiaire, élément pour ainsi dire

aléatoire du personnel m édical, l'exactitude est trop souvent
en proportion de la responsabilité, ce qui 11’empêcherapres­
que jamais le chef de service de signer le certificat trimestriel.
Il faut donc une autre garantie encore et celle-là se trouve
dans la durée des études, dont témoignent un certain nombre
d’inscriptions prises dans les écoles et dans les Facultés.
Voyons m aintenant comment et dans quelle mesure la
décentralisation et la liberté d’enseignement peuvent se con­
cilier avec les garanties que l’état doit exiger de ceux qui aspi­
rent à l’exercice de la médecine.
Au nom de la décentralisation, les attributions et l’impor­
tance des écoles dites secondaires doivent être augmentées, les
obstacles accumulés jusqu’ici contre leur développement
doivent être supprimés.
Au nom de la liberté, le père de famille doit pouvoir choi­
sir une de ces écoles, de préférence aux Facultés, pour l’édu­
cation médicale de son fils. La liberté doit permettre encore
aux associations de créer des écoles indépendantes et à tout
médecin de former des élèves.
Mais les garanties à exiger des médecins permettent-elles
cette ubiquité et cette liberté sans limites de l’enseignement
médical ?
Il est évident d’abord que la garantie d’un certain temps de
scolarité^ tout en permettant l’enseignement, particulier comme
complément de l'éducation médicale, ne l’admet pas comme
moyen exclusif de cette éducation. Par contre, elle tolère la
fondation d’écoles libres, pourvu que les inscriptions y soientdélivrées dans des conditions identiques à celles qui existent
pour les écoles de l’État. Mais ils 11e faut pas se dissimuler que
la fondation de ces écoles , à la fois coûteuse et difficile , ne
pourra être que tou t—
à—
fait exceptionnelle, et ce n’est pas là
qu’on peut chercher l’avenir de l’enseignement médical en
France.
C’est donc sur les écoles dites secondaires que doit se fixer
l’attention de ceux qui désirent le progrès avec une décentra­
lisation et une liberté aussi complètes que possible.
Deux systèmes se trouvent ici en présence : l’un qui consiste

368

369.

�A. FA B RE.

Iî NSE IG X EMENT MÉDICA L .

à sacrifier la plupart des écoles pour en élever quelques-unes
au rang de Faculté , l'autre qui préfère lés favoriser toutes, en
augmentant leurs attributions.
De ces deux systèmes, le premier veut condamner à mort la
plupart des écoles secondaires pour trois raisons principales:
parce que leur enseignement est incom plet, parce qu’il est
faible , et parce que les dures conditions qui leur sont
imposées au profit des Facultés nuisent à leur prospérité.
Si l’enseignement des écoles est incomplet , c’est peut-être
un motif pour ne pas leur accorder toutes les prérogatives
dont jouissent les Facultés, ce ne sera jam ais une raison pour
les supprimer.
En tout cas, il faut examiner si ces lacunes sont graves
et s'il n’existe aucun moyen de les combler.
Que manque-t-il aux écoles secondaires? L’enseignement
de l’hygiène et celui de la médecine légale. Pour avoir sili­
ces deux branches de la science les notions qu’on exige aux
examens dé doctorat, est-il nécessaire d’avoir suivi les cours
de la Faculté? Ne vaut-il pas mieux assister à certains cours
particuliers où le professeur, sans se perdre dans d’inutiles
détails, parcourt en un temps restreint le cadre entier des
connaissances dont l’élève a besoin ? Sur ce point, l’expérience
a prononcé. On aurait bien vite compté les docteurs qui ont
appris l’hygiène et la médecine légale à la Faculté.
Il ne serait d'ailleurs pas difficile, et, à coup sûr, il ne
serait pas coûteux, de créer deux ou trois chaires de plus
dans nos écoles, et, en admettant que l ’argent fit défaut,
les hommes 11e manqueraient pas. Grâce au zèle d'un pro­
fesseur de notre école, nous possédons à Marseille l’enseigne­
ment de la médecine légale. Les demandes de cours libres
sur diverses branches de la science ont été nombreuses ; nous
avons eu naguère un très-beau cours d’embryogénie. One
l’on donne à l’enseignement libre toute facilité, que chaque
grande ville imite Marseille, et les élèves des écoles dites
secondairesjouiront d'un enseignement tout à fait complet.
Mais cet enseignement, objecte-t-on, est et demeurera faible.
Qu’il soit faible, nous n'en convenons pas, et il n’y a guère

pour le dire que ceux qui ont essayé eu vain d’y participer.
Il est possible que, dans des circonstances très-rares, le choix
de l’administration eût été plus heureux, mais, que l’on sache
partout, comme A Marseille, obtenir le concours pour les pla­
ces de suppléants, qu’on laisse les professeurs libres stimuler
par leur voisinage les professeurs officiels, et l’on verra certai­
nement se développer un enseignement, très-fort ; car, dans
notre corps médical, où tout le monde est forcément instruit,
les hommes de talent ne manquent pas.
Mais supposons un instant que cet enseignement des écoles
soit un peu faible. Il aura encore deux avantages sur celui
des grandes facultés. Le premier, c’est qu’il remplit un pro­
gramme plus étendu ; un modeste professeur qui, dans deux
années scolaires, parcourt le cadre entier de la pathologie,
est sans doute plus utile à la majorité des élèves que le pro­
fesseur célèbre qui. dans un semestre, aura traité à fond quel­
ques grandes qnestions. En second lieu, dans les écoles, il y
a encore de la discipline, les élèves suivent régulièrement
les cours, tandis que les meilleurs élèves de la Faculté de
Paris, ceux qui viennent y passer les plus brillants examens
et y soutenir les plus savantes thèses, sont les internes des
.hôpitaux, qui, ou le sait, n’entendent jamais une leçon de
la Faculté.
J’arrive enfin au principal motif sur lequel, dans un tra*
vail récemment publié par Lyon médical, M. Gailleton se
base pour demander la suppression des écoles secondaires.
Cos écoles sont opprimées par des règlements tyranniques ;
elles en souffrent, donc il faut les supprimer; telle est la
proposition que développe avec plus d’esprit que de logique
notre éminent confrère de Lyon.
Oui, c’est parfaitement v rai, « les règlements édictés par
une bureaucratie tracassière et ignorante ont entravé élèves
et professeurs dans un lacis de dispositions absurdes, » et
le tout pour « la plus grande gloire des Facultés, vors lesquel­
les on pousse les élèves à coups de règlements. »
Les élèves de nos écoles n’ont droit qu’A 8 inscriptions
équivalentes A. celles des Facultés. Les six inscriptions sui­

,370

371

�Tü

A. FABRE.

vantes peuvent encore être échangées par eux contre quatre
inscriptions de Faculté, mais l’élève doit subir de nouveau
devant la Faculté le dernier examen de fin d’année qu'il a
passé devant l’École. Quant aux professeurs, trop souvent
réduits, par ces mesures, à n ’instruire que des débutants, ils
doivent faire simplement des cours élémentaires.
Ces vieux règlements, auxquels la jalouse méfiance des
grandes Facultés n’a sans doute pas été étrangère, doivent être
hautement signalés comme contraires à la décentralisation et
à la liberté; et M. Oailleton se trompe fort s'il croit que nous
les subissons avec « cette douce résignation qui est particu­
lière à la plupart des fonctionnaires. » Dans F Université, les
fonctionnaires savent allier l’indépendance au sentiment du
devoir.
Cependant, malgré ces entraves, nos écoles vivent, et nous
en connaissons même qui prospèrent. On oblige leurs élèves
à les quitter au bout d’un temps très-court, on contraint, par
contre-coup, leurs professeurs à n’exposer que des notions
élémentaires, et elles ont encore de nombreux élèves et d’ex­
cellents professeurs. Qu’arriverait-il donc si on leur donnait
un libre essor ?
Mais voici qui devient souverainement illogique. On a cru
apercevoir dans nos écoles un certain état de malaise ; on en
a parfaitement reconnu les causes. 11 semblerait qu’on devrait
maintenant rechercher le remède. Pas du tout. On suppose
que nos écoles souffrent et on en conclut qu’il faut les sup­
primer. Elles sont malades, donc il faut les tuer. En politique,
nous étions depuis longtemps habitués à de pareils raison­
nements, mais en médecine, pas encore.
11 n’est cependant pas difficile d’améliorer la situation de nos
écoles, et par suite d’ouvrir à notre enseignement médical une
voie de progrès. Il suffit de reconnaître aux inscriptions prises
dans les écoles dites secondaires une valeur égale à celle des
inscriptions prises dans les Facultés, et d’anéantir cette vexa­
tion humiliante d’un examen à subir deux fois. On permet
ainsi aux étudiants d’achever leurs études dans leur provinre,
et aux professeurs d’aborder une manière plus large devant

EN SEIGN EM EN T MÉDICAL.

373

un auditoire plus nombreux et plus instruit. Ce n'est donc
pas la suppression des écoles secondaires que nous devons
demander, mais bien leur émancipation. A ce prétendu pro­
grès qui commence par détruire, nous préférons celui qui
tout d’abord cherche à améliorer.
Ce n’est pas tout. Pour qu’une tentative réussisse, il faut
simplifier l’exécution, écarter les obstacles et réunir les ef­
forts.
Supprimer la plupart des écoles pour en élever quelques
unes au rang de Faculté, c’est, entreprendre un travail com­
plexe où les obstacles se m ultiplient et où les efforts se com­
battent. Comment établir la ligne de démarcation entre ce
qu’il faut détruire et ce que l’ou peut grandir? N’est-ce pas
substituer à un problème d’intérêt général de petites ques­
tions de rivalités locales? Croit-on, par exemple, que si Lyon
prétend avoir une Faculté, Marseille, la ville de province qui
possède le plus de ressources pour l’étude de la médecine, et
qui compte au moins autant d’élèves que Lyon, se résignerait
à n’avoir pas même une école ? Et Toulouse, dont les étudiants
sont si nombreux, n ’élèverait-elle pas la même prétention ?
Et Montpellier, qui se trouverait pris entre Marseille et Tou­
louse, Montpellier, qui n’est pas précisément atteint de plé­
thore, consentirait-il ainsi à se laisser saigner aux deux bras?
Tous ces efforts contradictoires n ’aboutiraient encore qu’au
résultat qu’ils ont toujours produit : ils se neutraliseraient
réciproquement, et cette agitation demeurerait stérile.
Sachons donc imposer silence à nos petites ambitions,
n’agitons pas les questions de clocher, unissons nos efforts
dans un intérêt commun, et., en préparant l’émancipation de
nos écoles secondaires, travaillons tous ensemble pour la
décentralisation et pour la liberté.
Mais, d’un autre côté, nous ne devons pas oublier les garan­
ties de capacité qu’à bon droit la société réclame des médecins.
En dotant nos écoles d’un enseignement complet, devons-nous
leur accorder aussi le pouvoir de faire passer des examens de
doctorat?
Rien ne serait plus pernicieux qu’une pareille mesure.

�A. FA B RE.

ÉCO LE DE MÉDECINE.

Si nous avions à conférer les grades à nos propres élèves,
la juste sévérité do l’examinateur serait trop souvent exposée
à fléchir devant l'affection du maître. Les examens, trop pater­
nels et trop peu redoutés, deviendraient faibles, et le niveau
des études baisserait. Pour juger les élèves des écoles libres
(jui voudraient nous faire concurrence , nous serions plus
gênés encore. D’ailleurs, quand on est ennemi des monopoles,
on n’accepte pas pour soi le plus injuste et le plus redoutable
de tous. Faudrait-il continuer à se soumettre au jugement des
Facultés actuelles ? Oui, provisoirement, à dater du jour où
les écoles auront le droit de délivrer toutes les inscriptions,
ce qui peut avoir lieu dès demain, jusqu’à celui, toujours
trop éloigné, où la liberté de renseignem ent médical sera
inscrite dans nos lois ; mais ce monopole n ’est pas plus juste
lorsqu’il est concentré dans les Facultés que lorsqu’il est
étendu à toutes les écoles officielles. Il est donc nécessaire,
dans l’intérêt des études médicales aussi bien que de la justice
et de la dignité humaine, de créer un corps examinant dis­
tinct du corps enseignant. Dans quelles conditions ce corps
examinant doit-il être institué ? De quels éléments doit-il
être composé ? De quelle manière doit-il fonctionner? Voilà
bien des questions que nous ne pouvons actuellement aborder,
mais il est évident, e t , c’est en ce moment le point essentiel
à établir, que la création d’un corps examinant est une néces­
sité inséparable de la décentralisation et de la liberté de l’en­
seignement médical.

fonder des écoles de médecine, pourvu que les étudiants de
ces écoles libres soient soumis à des conditions de scolarité
identiques à celles des écoles officielles;
3° Qu’il est nécessaire de créer un corps examinant distinct
du corps enseignant.

374

Conclusions :
De toutes les considérations dans lesquelles nous venons
d’entrer nous concluons :
1" Qu’il est urgent de conférer aux écoles dites préparatoires
(épithète qui doit être effacée), le droit de délivrer toutes
les inscriptions pour le doctorat ; ( une simple modification
dans les règlements administratifs peut rendre cette mesure
immédiate) ;
2° Qu’il est juste de reconnaître à tout individu le droit
d enseigner la médecine, et à toute association le droit de

37o

Marseille, 8 niai 1870.
A. Fabiœ.

ECOLE DE M ÉDECINE E T DE PHARM ACIE DE M ARSEILLE.
CONCOURS

Pour une place de professeur-suppléant (section de chirurgie cl d'accouchements).

RÈGLEMENT.

Par autorisation de 8on Excellence le Ministre de l'Instruction
Publique, un Concours s’ouvrira à l’École de Médecine de Mar­
seille, le 17octobre prochain, pour la nomination d’un professeursuppléant (section de chirurgie et d’accouchements).
Pour être admis au concours, les candidats devront être doc­
teurs en médecine français. Ils devront produire, outre leur
diplôme, un certificat de moralité, délivré par le Maire du lieu de
leur résidence habituelle.
A ces pièces obligatoires, les candidats sont invités à joindre
leurs titres et publications scientifiques.
Le concours aura lieu devant un jury de cinq membres,
professeurs de l’École, qui seront désignés sur la proposition
du R ecteur, par Son Excellence le Ministre de l’Instruction
Publique.
Le jury nommera lui-même, clans la première seance, son pré­
sident et son secrétaire.
En cas d’empêchement légitime survenu pour un ou plu­
sieurs des membres du jury, le jugement pourra être rendu vala­
blement par trois juges.
Les demandes d ’admission au concours, accompagnées des
pièces ci-clessus indiquées, devront être adressées, un mois

�IN FLU EN C E DE LORDAT.

CONCOURS.

3iti

avant l'ouverture du concours , au secrétariat de l’École de
Médecine.
Les candidats se réuniront dans une des salles de l'École de
Médecine, au jour ci-dessus indiqué, à 3 heures de l'après-midi.

377

LE P R O F E S S E U R L O R D A T , D E M O N T PE L L IE R
ET SON INFLUENCE SUR LA MÉDECINE CONTEMPORAINE.

ÉPREUVES.

Elles consisteront en :
1. Une composition écrite sur un sujet d'anatomie et de phy­
siologie, pour laquelle il est accordé cinq heures, dans une salle
fermée, sous la surveillance d'un juge, sans le secours de livres
ou de manuscrits, et qui sera lue en séance publique par l’auteur
sous le contrôle d’un juge ou d’un compétiteur.
2. Une leçon orale de trois quarts d’heure, sur un sujet de
pathologie externe, après trois heures de réflexion dans une salle
fermée, sans aucun secours étranger.
3. Une leçon orale de trois quarts d'heures, sur une question
d’accouchements, après vingt-quatre heures de préparation libre.
i. Une opération de grande chirurgie.
5. Une leçon clinique de demi-heure, après examen d’égale
durée, sur deux malades inconnus au candidat, et, autant que
possible, nouvellement admis dans l’hôpital.
Les sujets des compositions, de leçons et d’épreuves pratiques
seront choisis par le jury immédiatement avant chaque séance,
rédigés sous forme de questions, au nombre de trois au moins,
déposés dans une urne et tirés au sort entre les candidats.
Marseille, le 25 avril 1870.
Vu et approuvé :
Le Recteur de l’Académie d'Aix, Officier
de la Légion d’Honneur,
J. VIEILLE.
Le Directeur de l’École, Officier
delà Légion d’Honneur,
E. COSTE.

La

.

mort. . . ,

— MÉdiciu commo nultrc faut rnorir
Bon uiyro est qui se scall guarir
Las ! contre mort n’a wédicine
L e médecin. — Ny herbes, ny bonnes racines
Ny aultres rem èd es,.......
Grande danse macabre des hommes cl des
fem m es , édition de 1J8G , page lïï.

Oui ; en dépit des prétendus élixirs de v ie , de l’or potable
des anciens alchimistes, des mystérieux arcanes du grand
Albert et de Paracelse , des prodiges de la chimie moderne, la
mort n’a jamais épargné personne, pas même les médecins.
Reconnaissons pourtant qu’elle n ’aura guère volé notre illustre
et vénéré maître le professeurLordat.de Montpellier, qui vient
de s’éteindre le 25 avril dernier, à 98 ans, saturé en quelque sorte
d’années, de considération et d’honneurs.
Lorsqu’à son exemple, on a enseigné, inculqué l’art salutaire
à des générations médicales si nombreuses , que les plus jeunes
d’entr’elles sont déjà parvenues à la maturité de l’âge, lorsqu'on
lègue à la science anthropologique, la première de toutes, des
livres qui ont fait époque, et qu’on a pu arriver à une réputa­
tion européenne sur uji théâtre restrein t, où le charlatanisme
et l’industrialisme sont impossibles ; lorsqu’eniin on a vu succes­
sivement disparaître de la scène du monde, avec ses Zoïles et ses
contradicteurs, des collègues éminents et des disciples distin­
gués, on peut s’endormir sans regret du dernier sommeil, aban­
donnant à la mort les restes d'une voix qui tombe et d’une ardeur qui
s'éteint.
Ajoutons que la seule vue d’un corps usé, transformé, démoli
par la vieillesse, le souvenir d’une haute intelligence dès
longtemps réduite à sa virtualité, celui des fruits précieux qu’elle
porta, étouffent alors la douleur dans le sein des parents, des
disciples et ne leur permettant plus qu'une tristesse résignée.
Tel a été, quant à nous, le seul sentiment qui nous ait oppressé,
nous l’avouons, en recevant la nouvelle du décès de notre maître,
21

�3'8

BERTULUS.

l’une des gloires contemporaines de la médecine française , l’or­
gane le plus autorisé du vitalisme Bartliézien, et l’un des chefs
de la philosophie spiritualiste. "Nous savions, en effet, par son fils
adoptif, le savant docteur Kuhnoltz, que depuis deux années
environ il se survivait à lui-même et qu’il n était plus, comme
jadis, la réelle personnification de sa doctrine de l'insénescence
de sens intime, doctrine dont la définition de l’homme par de
Bonald fait a elle seule ressortir la vérité. Si l’être humain
n’est en effet qu’une intelligence servie par des organes, que
peut devenir cette intelligence lorsque ces derniers sont affectes
de maladies ou entravés dans leur jeu par l’état sénile ?
A une époque où les méthodes et les enseignements philoso­
phiques sont dédaignés des maîtres comme des élèves , où les
premiers ne pensent qu’a la fortune , aux honneurs, aux dignités,
les autres a des plaisirs qui les ruinent tant au physique qu’au
moral, il ne saurait être oiseux de rechercher les causes essentielles
de la décadence de la scieuce en général et de la médecine en
particulier. Or, ce problème peut être résolu par la saine appré­
ciation des travaux et des doctrines de Lordat ; au moment où
nous écrivons ces lignes, les fruits amers de l’abus qu’on a fait
à Paris du mécanisme, du chimisme, du déterminisme, que notre
maître ne cessa jamais de combattre avec autant de talent que
d’énergie, se traduisent en effet dans la grande et célèbre école
qui fut jadis celle deBichat et qui s’est mise désormais aux mains
de M. Claude Bernard , par l’anarchie doctrinale et tous les maux
qu’elle enfante, tandis que d’un autre côté l’oubli complet des
principes exprimés par le serment d’Hippocrate, enlève tout
prestige aune profession autrefois si honorée et inaugure la lutte
impie des élèves contre les maîtres.
Qu’on se le dise bien et une fois pour toutes : l’art salutaire a
pour premier fondement l’éternelle morale-, sans elle, il devient
un métier ignoble qui, loin d’être utile à l ’humanité se retourne
contre elle et contre ceux qui l’exercent; qu’on se le dise aussi!
Ce n’est pas dans les laboratoires; ni même dans les amphi­
théâtres exclusivement que l’on devient médecin , mais bien
dans les hôpitaux, aux cours théoriques et pratiques que fortifie
l’esprit philosophique. En clinique Médicale, par exemple, la mi­
nutieuse constatation des symptômes ne saurait suffire pour éta­
blir le diagnostic, le pronostic et le traitem ent, le concours de
l’induction et de ses méthodes est absolument indispensable. Con-

IN FLU EN C E DE LORDAT.

37‘J

sultezles traités cliniques de P inel, de Chomcl et de l’illustre et
regrettable Trousseau , et demandez-vous ensuite si ces hommes
éminents furent ou non des philosophes. L’observation clinique
telle qu’on la pratique à cette heure dans certains hôpitaux no
peut servir en vérité qu’à constituer cette routine qu’on décore
du surnom d’expérience, et qui voue le médecin à un terre à
terre funeste , car lo même symptôme pouvant dépendre ( nous
l'avons prouvé l’autre jour à la Société de médecine, à propos de
la colique sèche) d’états morbides très variés, c’est à la déter­
mination exacte de ces derniers qu’il faut arriver tout d’abord,
pour établir ensuite les moyens thérapeuthiques. Nous ne crai­
gnons pas de l’affirmer ici, quiconque méconnaîtra ce grand
principe clinique ne sera jamais un praticien dans la véritable
acception du mot.
Revenons à Lordat et à son école.
Dans la dernière moitié du 18° siècle, presqu'au moment où la
société française allait périr dans un cataclysme immense, parut à
Montpellier d’abord , puis à Paris , un médecin à jamais célèbre,
nous avons nommé Barthez, il fut, disait naguère le savant et
sévère critique de la Gazette médicale de Paris, M. le docteur Guar­
dia: « le grand homme le {dus grand gui ait illustré la médecine depuis
l'antiquité. » Il n ’y a plus de doute aujourd’hui sur ce point, et
Broussais lui même n’a pas même ten té, dans son Examen des
doctrines, d’effacer le caractère de grandeur que porte avec lui
le père de l’école vitaliste, à la cheville duquel, malgré tout son
génie , arrivait à peine le fougueux réformateur. Pendant que le
matérialisme débordait de toute part dans le domaine de l'anthro­
pologie, Barthez mit au jour ses Nouveaux éléments de la science de
l'homme, dans lesquels restituant à la philosophie médicale l’idée
de l'infini, de l'absolu, comme principe immanent de causalité, il
établit, à l’exemple d’illustres devanciers, mais d'une manière plus
précise, plus nette qu’eux, la dualité du dynamisme humain, c’est
à-direl’cxistence séparée, en dépit de leur alliance intime, de lame
et du principe v ita l, et le rôle passif de la matière ou de l’orga­
nisme. « Le principe vital de l’homme, dit-il dans cet immortel
ouvrage que tant de gens jugent à la légère sans l’avoir lu ,
est intimément uni sans doute à l’intelligence et aux organes ,
mais pour bien connaître les forces de ce principe il faut les con­
sidérer séparément des affections de lam e pensante et de celles
des corps simplement oganisés. »
Telle est la fin que se proposa surtout Barthez dans sa doctrine

�380

BERTULUS.

vitaliste, il en fit ensuite l’application à la physiologie, a la
pathologie , partant à la thérapeutique et en induisit ses belles
théories sur l’unité vitale, les éléments morbides, la sympathie, la
synergie, les mouvements musculaires, etc., théories que ne feront
jamais oublier, on peut le prédire avec certitude . les prétendues
découvertes de la chimie vivante , de la Micrographie , ni les
résultats des expériences sur les animaux vivants , car Barthez
fut réellement un médecin , un philosophe carré par la base , l'œuvre
solide qu’il a enfantée est destinée à résister à tous les systèmes,
voire même h la mode, si puissante dans notre milieu.
A. sa mort survenue en 1806 , son élève, son disciple favori,
Jacques Lordat, a qui il avait légué ses manuscrits , continua la
mission du maître. Devenu professeur de physiologie en 1813, il
a été jusqu’à l’époque de sa retraite, c’est-à-dire pendant près de
50 ans, l’organe le plus respecté et le plus éloquent de la doc­
trine barthézienne. Énoncer simplement ce fait c'est expliquer
du même coup le genre d’influence exercé sur la médecine du
XIX0 siècle par l'illustre défunt: 1° dans l’ccole de Montpellier,
où il n’a pas cessé de fomenter, en dépit de tous les efforts d’une
puissante rivale, les principes vitalistes; 2° à Paris même, où
Barthez compte encore de nombreux admirateurs , et où les
incessantes publications de Lordat, dont la liste seule exigerait
deux ou trois pages de notre feuille, ont jeté les germes d'une
réaction, qui, dans un temps plus ou moins prochain, replacera
l’art de guérir dans sa véritable voie.
On a reproché à Barthez, partant à Lordat, et non sans quelque
fond de vérité, de n’avoir pas fait, soit dans leurs leçons, soit
dans leurs écrits, une part suffisante à la matière, à l’organisme;
d’avoir négligé les faits histologiques et anatomiques; de s’êtrc
tenus trop exclusivement, enfin, sur le terrain de la métaphy­
sique ou de l’ontologie. Mais, ainsi que nous l’avons prouvé dans
notre ouvrage sur l’athéisme contemporain , la métaphysique est
une science aussi vraie, aussi certaine à divers points de vue
que la physique et les mathématiques ; que sont en fait ces der­
nières, sinon de la philosophie chiffrée; le calcul des probabilités
est-il autre chose par exemple qu’une méthode philosophique par
laquelle on arrive à apprécier avec exactitude ce que les esprits
justes sentent souvent par une sorte d ’instinct, sans qu’ils puis­
sent s’en rendre compte ? D’ailleurs, les belles’théories de l'élec­
tricité, du calorique, de la lumière, contre lesquelles personnç ne

IN FL U EN C E DE LORDAT.

381

semble réclamer, sont essentiellement ontologiques, et on se
demande pourquoi on n ’admettrait pas de même celle des élé­
ments morbides dont la pratique fait chaque jour ressortir l’exac­
titude à tous les points de vue. Quant à la physiologie, comment
pourrait-elle mettre une barrière entr’elle et la métaphysique, ou
plutôt pourquoi n’aurait-elle pas son ontologie, alors qu’elle doit
s’occuper à la fois du physique et du moral de l’homme, sujet de
ses méditations ?
On a aussi reproché à Barthez et à Lordat de s’être élevés dans
leurs discours et leurs ouvrages jusqu a l’idée de l’infini, de l’abso­
lu, de Dieu enfin , mais quelle doctrine peut-on enseigner avec
certitude sans remonter jusqu’à cette grande et sublime cause
qui est, à bien dire, la clef de la voûte scientifique. Barthez et son
élève auraient-ils pu , en faisant la démonstration de l’unité
vitale , ne pas reconnaître qu’elle découle nécessairement de
l’unité universelle ou absolue et peut on leur faire un crime de ce
qu’à l’exemple des matérialistes ils n’ont pas jugé convenable
d’exclure Dieu de ses œuvres.
Concluons de ce court aperçu sur la longue mission de Lordat,
qui n’a pas duré moins de deux tiers de siècle, que l’influence de
ce maître contre le matérialisme médical ne saurait être perdue,
bien que le grand théâtre de Paris lui ait manqué ; scripta marient,
cette influence s’est exercée dans le présent à la manière d’une
digue solide qui a entravé le torrent, et elle s’exercera encore dans
l’avenir, lorsque l ’éclectisme puisant à la fois dans tous les sys­
tèmes en ce qu’ils ont de vrai, fondera, avec ces éléments divers,
qui auront reçu le baptême du raisonnement et de l’expérience,
la doctrine médicale définitive.
La physiologie, ou la science de la nature (n’oublions pas que
le mot physiologie vient de «Êutrn; et de Aoyoç) a, nous ne sau­
rions trop le répéter, sa partie philosophique; pour arriver
autant que possible à la certitude, pour ne pas être un roman,
elle ne doit bannir de son sein , ni la théorie de la raison
impersonnelle, ni les intuitions de notre conscience. C’est certes,
bièr. à tort, que l’on fait si exclusivement honneur de la première
à Maine de Biran, à Laromiguière, à Cousin ; la médecine n’avait
pas attendu ces hommes illustres pour la reconnaître et l’adopter
comme principe, car, depuis Hippocrate, elle l’a professée, par les
organes de Van-Helmont, de Stahl, de Haller, de Barthez, de Lor­
dat, et même de Bicliat, qui ne fut, de fait, qu'une émanation du

�BERTULUS.

382

chef de l’école vitaliste. Oui! nous l’avons surabondamment
démontré dans notre dernier ouvrage : le corps humain psycho­
matériel n ’est pas un produit de l ’hétérogcnie. Oui ! il existe en
lui des forces motrices spéciales, dont l'alliance ne peut être
saisie ni par la chimie, ni par la micrographie. Oui ! le génie
paludéen, la vertu fébrifuge du quinquina, l’action élective des
médicaments et des poisons sont aussi insaisissables par les
moyens physiques, parce qu’ils ne sont que les effets de causes
purement dynamiques, c’est-à-dire métaphysiques, ontologiques;
et si des chimiâtres, d’ailleurs très savants et très dignes d’esti­
me, si des vivi-secteurs distingués tentaient de nous démontrer
le contraire, nous répondrions simplement aux premiers : com­
posez-nous, par la synthèse de leurs seuls éléments physiques
connus, un atôme de quinine, d’aconitine, de morphine, etc.,
doué des vertus propres de ces substances ; aux autres, nous
dirions : produisez une fracture sur un cadavre, réduisez-la et
demandez-vous ensuite pourquoi le travail dynamique du cal ne
se manifeste pas dans le laps de temps voulu.
Placé en quelque sorte sur le lit de Procuste en traitant avec
si peu d’espace un sujet si délicat et si vaste à la fois, il nous est
impossible de rappeler en terminant tous les faits qui démon­
trent que la grande erreur des savants du XIXe siècle est de
confondre sans cesse la vie avec la mort et de demander à cette
dernière la raison de l’autre.
Marseille, M Mai 1870.
Dr B e r t u l u s , professeur de pathologie médicale

Principales publications de Lordat.
Traité des hémorrhagies, in 8°, 4G0 pages.— De la Perpétuité de la médecine,
in-8°,721 pages . — Rappel des principes doctrinaux de la constitution de
l'homme, in-8“, 535 pages. — Exposition de la doctrine de Montpellier, in-8*,
484 pages. — Leçons sur iinsénescence du sens intime et la dualité du dyna­
misme humain, in-S^OG pages.— De l'Accord de la doctrine de Montpellier
avec ce que demandent les lois, la morale publique et les enseignements reli­
gieux, broch. in—8°, 48 pages.— Théorie philosophique des passions humaines,
in-S0, 268 pages.
Le nombre total des publications du célèbre professeur s’élève au chiffre
de 41, non compris les ouvrages de Barthez qu’il a mis en ordre et publiés
après la mort du maître.

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.

383

INTÉRÊTS PROFESSIONNELS.
L'Association g én érale des M édecins de F ran ce. — Le Comité m édical
des B o o ch es-d u -R h ô n e.

L’Association générale des médecins de France a tenu sa séance
annuelle à Paris, le 24 et le 25 avril 1870, dans l’amphithéâtre de
l'Avenue Victoria. J ’apporte aux lecteurs du Marseille Médical le
compte-rendu général et sommaire de cette double réunion, à
laquelle je viens d ’assister, en compagnie de mon honorable con­
frère le D'Seux.
Dans une remarquable allocution, M. le Président Tardieu a
rappelé le but de l ’Association générale. Le savant professeur ne
craint pas les réformes libérales ; il accepte la liberté de l’ensei­
gnement; il ne redoute meme pas le libre exercice de la méde­
cine. Il convie à la solidarité les médecins qui ne savent pas encore
assez s'estimer et se soutenir les uns les autres.
Constatant une fois de plus l’insuccès des démarches faites
pour la réformation des honoraires attribués aux médecins ex­
perts, M. Tardieu se demande si la dignité professionnelle ne
commande pas désormais de répudier comme un trop lourd far­
deau le stérile et périlleux honneur des missions de justice.
L'honorable Président termine son allocution, fréquemment ap­
plaudie, en saluant, dans la personne du Dr A. Latour, le nouvel
élude l’Académie Impériale de médecine.
Le compte rendu des actes de la Société centrale, par M. Le Roy
deMéricourt, reçoit l’approbation unanime de l’Assemblée.
M. A. Latour présente le rapport d’ensemble sur les travaux et
la situation de l’Œuvre pendant le dernier exercice.
Après un hommage pieux à la mémoire des sociétaires décédés,
l'éminent Secrétaire-général nous montre l’Association secourant
les infortunes professionnelles, accomplissant des actes d’assis-

�38 i

GOUZIAN.

IN TÉR ÊTS PROFESSIONNELS.

tance et de protection. Il aborde une foule de questions impor­
tantes : rapports de l’Association generale avec les pouvoirs pu­
blics , liberté de l’enseignement et de l'exercice de la médecine,
discussion des conditions du fonctionnement futur de la caisse
des pensions viagères , comparaison de l’œuvre française avec
les institutions analogues de l ’Angleterre , de l’Amérique et de la
Belgique, lesquelles, soit dit en p assant, n ’ont rien à nous
envier.
M. A. Latour relève les attaques calomnieuses récemment diri­
gées contre les médecins , et en particulier contre les médecins
aliénistes, parles gens du monde et la presse extra-scientitique. 11 proteste enfin, au nom de tous , contre les outrages subis
dans ces derniers temps par M. Tardieu , au sein d’un amphi­
théâtre égaré par la passion politique.

Le rapport de M. Bricrre de Boismont sur le mode de régle­
mentation de la constatation des décès est adopté.

Je signale le grand succcès oratoire de M. A. Latour; notre
éminent confrère a été plus éloquent que jamais. Quant à M. Tar­
dieu, la séance du 21 avril a été pour lui une longue ovation et un
éclatant triomphe.
Le soir, banquet dans les splendides salons du Grand-Hôtel
M. Seux a porté, au nom des médecins de province, un toast à
M. Tardieu.
Le lundi 25 avril, M. Brun , trésorier, fait connaitre la situa­
tion financière delà caisse générale et de la caisse des pensions
viagères d’assistance (I).
Sur le rapport de M. Jeannel, l’Assemblée vote l’ajournement
de la demande en déclaration d’intérêt public.
Elle adopte, après discussion , les conclusions du rapport de
M. Yemois sur l ’exercice de la médecine par les médecins étran­
gers.
M. Gallard présente un rapport sur la révision des statuts.

L’Assemblée vote l ’ajournement. Par voie de réglementation
intérieure, la nomination des membres du conseil sera faite tous
les ans par cinquième. Les sociétés locales seront représentées
aux Assemblées générales par un délégué par 75 membres.
(1)
L’association générale compte aujourd’hui plus de 7,000 adhérents
et possède un fonds social de 650,926 55 c. Les secours distribués pendant
le dernier exercice s'élèvent à 33.245 fr., ce qui porte à 168, 350 fr. le chiffre
de l’assistance depuis le fonctionnement de l’œuvre. La caisse des pen­
sions viagères d’assistance possède plus de 200,000 fr.

385

Sont renvoyés au Conseil général le rapport de M. Béhier sur
un service médical de nuit et sur l'impôt de la patente; le mé­
moire de M. Maurice, délégué de la Loire, sur la réglementation
des subventions distribuées aux sociétés locales par la caisse
générale.
A M. Seux, président des Bouches-du-Rhône , demandant si
l’on peut admettre dans les sociétés locales les pharmaciens qui
sont en même temps médecins , l’assemblée répond négati­
vement.

On se sépare au bruit des applaudissements pour se retrouver
le soir dans les salons hospitaliers de M. le président Tardieu.
Telle a été rapidement analysée la session de 1870. Veut-on
connaître l’impression qu’elle m’a laissée ? la voici :
L’association générale des médecins de France n’est pas dis­
posée à déserter « les nuages pour le réalisme , les vaines formu­
les pour les solutions pratiques (I). &lt;&gt;Au lieu de consacrer solen­
nellement le droit à la pension , au lieu de demander à une élé­
vation des cotisations annuelles le moyen d’assurer une honora­
ble retraite à tout venant ayant 60 ans d’âge et 30 ans de vie sociale ,
elle se contente d'apporter à ses statuts des modifications de détail,
sans influence sur les destinées de l ’œuvre, et ne corrige en rien
la constitution si justem ent critiquée de sa caisse des pensions
viagères d’assistance (2). Comme par le passé « elle aligne des
périodes, elle arrondit des phrases (3) » et, tandis qu’elle boit
« dans des coupes antiques (4)» à la tfin des misères profes-

(1) Voir mon rapport sur la révision des statuts de l’association générale
des médecins de France. Marseille médical 1870, p. 217. 222
(2) A une véritable caisse des retraites, les sociétés locales devaient leur
plus énergique concours; à la caisse des pensions viagères d’assistance,
elles ne doivent que le versement réglementaire des droits d’admission et du
dixième de lenrs revenus. P a r son attitude, l’association générale donne
raison il M. Bardinet (do Limoges) contre M. Durand-Fardel, il la Société
delà Haute-Vienne contre celle de l’Ailier.

(3) Voir le rapport sus indiqué.
(4) Intérêts professionnels par le D' Rondarcl (de Salon). Marseille Medi­
cal, 1869, p. 1005.

�386

GOUZIAN.

sionnelles, la plèbe médicale est sans pain comme sans espoir.
Hélas !
Le principe de la retraite obligatoire que Paris vient de réléguer
pour longtemps, sinon pour toujours, dans le royaume des chimè­
res , ce principe est en bon chemin a Marseille. Notre excellent
confrère, le docteur J. Perrin, a su le faire accepter par le Comité
médical des Bouches-du-Rhône, récemment convoqué en assem­
blée générale dans son local de la rue de l'Arbre. Un mot sur
cette intéressante réunion.
L’honorable président du Comité rappelle le passé de l’Institu­
tion , ses pénibles débuts ; il signale sa prospérité croissante (1).
Avec le secrétaire général, le docteur Ménécier, il fait connaître
les travaux de l’Œuvre (Médecine, hygiène, déontologie), l’accrois­
sement de ses richesses scientifiques, la création prochaine d’un
musée d’anatomie normale et pathologique , la fondation, si émi­
nemment utile, d’un arsenal de chirurgie. Il félicite le Conseil
d’administration et les diverses Commissions qui l’ont aidé h
pousser le comité dans la voie du progrès; le docteur Ménécier,
secrétaire général dont le mandat vient d’expirer, et le docteur
Brengues, trésorier depuis la retraite de M. Chirac , aujourd’hui
membre honoraire.
Le docteur J. Perrin déplore, comme nous, l'oubli dans lequel
le comité a été laissé par des médecins favorisés de la fortune,
morts sans descendants directs. « Malheureusement, dit-il, dans
la longue histoire de l’humanité, les défaillances du cœur sont
communes, et Tacite , parlant de l ’ingratitude des praticiens de
l’ancienne Rome, a pu dire avec raison, dans son langage sévère
et concis : mors vitam detegit.

IN TÉRÊTS PROFESSIONNELS.

387

associés et il leurs familles. Mais, dans notre conviction intime, nous
déclarons celte mesure insuffisante, et il nous faut chercher des moyens
plus efficaces pour venir en aide à l'infortune. Si vous suivez la
marche des associations, vous devez voir que la plupart cher­
chent à atteindre ce but en imposant quelques sacrifices à leurs
adhérents. La tendance à assurer l’avenir de chacun préoccupe
les esprits les plus graves. Je ne vous étonnerai pas, Messieurs,
en vous disant que le premier administrateur de notre départe­
ment a lui-mème jeté les bases d’un travail dans lequel, s’ap­
puyant sur les données de la statistique, il propose un projet d’as­
surances pour tous les citoyens, au jour de leur naissance. Enfin,
le courant de l ’opinion publique, porté vers l’amélioration des
masses, se dessine de plus en plus avec une netteté indéniable.
11 doit exercer sur nos résolutions une influence irrésistible, à
moins de vouloir rester dans une atmosphère basse où la vie peu
à peu languit et finit par s’éteindre.
« Nous en appelons, Messieurs, à vos esprits réfléchis. Est-ce
que, satisfaits de la journée , vous n’avez aucun souci du lende­
main? Sondant quelquefois les profondeurs de l’avenir, vous
êtes-vous jamais demandé quelle serait votre position, si la
maladie venait tout à coup briser vos forces, ou si la fortune
vous refusait impitoyablement ses dons, ou bien, enfin, si la
société tout entière était en butte aux coups redoutables des
révolutions? La réponse à ces questions trouve une solution
immédiate dans le principe de l’association. Elle seule peut
prévenir des malheurs et conjurer des dangers possibles. En
réunissant en un seul faisceau les forces vives et les énergies
associées de tous , elle soutient les faibles, les vieillards, les
infirmes. Bien plus, par sa prévoyance, elle arrive à déterminer
le moment où , par une modique cotisation, faite en temps utile,
elle assurera à ses adhérents , sinon l’aisance , du moins la paix
des vieux jours.
« Ces données loin d etre hypothétiques, reposent sur une
certitude mathématique. La prospérité des Compagnies d’assu­
rances sur la vie , les résultats obtenus dans les armées de terre
et de mer, les pensions servies régulièrement dans certaines so-&gt;
ciétés, enfin la création de la caisse de la vieillesse, de la caisse
des invalides pour la marine marchande, témoignent des bien­
faits incontestables de l’association prévoyante.
« L’administration du Comité, toujours attentive aux besoins

�-SOCIÉTÉS SAVANTES.
38 S

389

GOUZIAN.

de ses membres , ne pouvait pas rester étrangère à ce mouvement
d’idées généreuses. Elle s’est occupée de cette grave question
et l’a mise à l’étude, sur la proposition du Dr Gouzian. Toutefois,
le travail de la Commission n'est, pas assez avancé pour qu’il nous
soit possible de présenter aujourd’hui une solution claire , pra­
tique, irréfutable. Nous sommes heureux de poser le principe,
les conséquences arriveront d’elles mêmes.
« Mais, nous dit-on, pouvez-vous fonder une caisse de retraites
sans toucher aux statuts du comité (1), et, dans ce cas, ne tiendrezvous pas compte des vifs débats que cette question a soulevés et
des votes émis? La réponse h cette question n ’est pas douteuse
pour nous. Fort de l’opinion de plusieurs personnes familières
avec l’étude du droit, considérant le silence gardé par l’autorité
vis-à-vis l’administration de la caisse d'épargne dont nous avons
l’honneur de faire partie, quand celle-ci a apporté des modifica­
tions radicales à son règlement, nous croyons avoir le même droit
d’initiative. La bienfaisance faisant la base de notre institution,
parce que nous en étendrions la pratique, on nous accuserait de
violer l'esprit du pacte fondamental ? Toutefois , comme nous
pourrions nous tromper, nous vous convions en toute sincérité à
étudier cette question qui touche à l’avenir même de notre
Société. »
On ne saurait mieux penser, ni mieux dire.
Par un acte de justice et de sage prévoyance, l’assemblée a
maintenu à la présidence l’honorable dr J. Perrin, et voté, à l’una­
nimité moins trois t'oix, la prise en considération de la création
d’une caisse de retraites. Une séance extraordinaire sera prochai­
nement consacrée à l’étude des voies et moyens.
Dr G o u zia n .

(1) Le comité peut fonder une caisse de retraites, sans modifier ses statuts.
(Voir l’art. 4 de ces statuts et l’art. 27 dû règlement d’administration).

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 28 mars.— M. le docteur Liouville présente un mé­
moire sur la coïncidence des anévrismes rétiniens avec les ané­
vrismes des petites artères de l’encéphale. Ces altérations du fond
de l’œil, reconnaissables pendant la vie à l’aide de l'ophthalmoscope, peuvent éclairer , dans certains cas, le diagnostic et le pro­
nostic.
Séance du 4 avril.— M. Bouley lit un mémoire sur la rage. L’au­
teur croit que la cautérisation énergique et prompte de la morsure
empêche les effets de l ’inoculation du virus rabique. Les bains
de vapeur lui paraissent un moyen tout à fait inefficace contre
cette maladie
Séance du 11 avril. — M. Pasteur présente à l'Académie , par
l’intermédiaire de M. Dumas, deux volumes sur la maladie des
vers à soie.
M. Robin adresse une note de M. le docteur Legros sur l’ana­
tomie du foie.
L'auteur parait avoir démontré que le réseau hépatique glan­
dulaire, destiné à la sécrétion de la bile, est une glande réticulée
et non une glande en grappe.
M.Liébreich présente un instrument imaginé par lui pour pou­
voir modifier, selon les cas, la forme de la pupille artificielle.
M. Bouillaud présente un volume de M. le docteur Bucquoy,
intitulé : Leçons sur les maladies du coeur.
Séance du 18 avril.— M. Andral lit un mémoire sur la tempéra­
ture des nouveau-nés. Il paraît prouvé aujourd’hui qu’une fois
passée la première demi-heure de la vie extra-utérine, la tempé­
rature de l’enfant est — les conditions restant parfaitement nor­
males— semblable à celle de l’adulte.
M. Namias envoie une note sur le bromure de potassium, sub­
stance qu’il considère comme s'accumulant dans l’économie et
saturant bientôt les organes.

�390

SEU X FILS.

M. Noiret (de Lyon) propose d’assainir l’air des hôpitaux en le
faisant passer a travers une substance spongieuse imbibée d’une
solution de perchlorure de fer.
Séance du 25 avril.— M. le Président annonce que, dans la nuit
du 19 avril, l'Observatoire de Marseille a découvert une nouvelle
planete télescopique.
M. Ch. Robin présente une brochure dans laquelle M. le pro­
fesseur Broca met en œuvre toutes les ressources de son esprit
pour s’efforcer de prouver que l'homme diffère moins de certains
singes que les singes ne diffèrent entre eux.
M. Ivœnig lit une intéressant travail sur les notes fixes qui
résonnent dans la bouche lorsqu’on prononce une voyelle.
M. Decaisne affirme que le bromure de sodium , employé aux
mêmes doses que le bromure de potassium, donne d’excellents
résultats dans les attaques épileptiques , choréiques, hystéri­
ques, etc.
M. le docteur Bonnafont présente un nouvel appareil insufftateur et aspirateur pour les liquides propres à 1 oreille moyenne
et à la trompe d’Eustache.
Séance (lu 2 mai. — M. le professeur Sédillot (de Strasbourg)
adresse une note dans laquelle il démontre que les malades opérés
par la méthode dite Electrothermie et chloroformisés n’accusent, à
leur réveil, aucune douleur.
M.Milne Edwards communique une note de M. Jourdan, dans
laquelle l’auteur relate ce fait curieux, que le chloroforme abolit
momentanément l’irritabilité dont jouissent les étamines du
Mahonia.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.

Séance du 8 mars. — M. Ricord met sous les yeux de l'Académie
un obturateur anal, inventé par M. Bérenger Féraud. Cet instru­
ment constitué par une vessie de caoutchouc que l’on insuflle
facilement, pourrait convenir dans l’incontinence fécale, dans la
dyssenterie et même dans le choléra.
M. J. Guérin présente une brochure de M. le 1)' Le Diberder
(de Lorient) dans laquelle l’auteur démontre que l'élément syphi-

SO C IÉTÉS SAVANTES.

391

litiquc n’a joué aucun rôle dans l’épidémie survenue en 1806, a
Auray, à la suite de la vaccine.
M. Wurtz lit un rapport sur un mémoire de MM. Caventouet
Willin. Le fait le plus saillant de ce travail est la découverte,
faite parles auteurs, d ’un nouvel alcaloïde du quinquina, l’hydrocinclionine.
M. Trélat lit une note sur un procédé opératoire propre à com­
battre certains rétrécissements de l ’œsophage.
Séance du 15 mars. — M. le Dr Closmadeuc (de Vannes) adresse
à l’Académie une lettre dans laquelle il proteste contre l'inter­
prétation donnée par M. Le Diberder, des faits observés, il y a
quatre ans, à Auray.
M. J. Guérin se plaint que dans les vaccinations amenées par
l’épidémie varioleuse dont Paris vient d’être le théâtre, la part
faite à la vaccine animale ait été trop belle, relativement à celle
beaucoup plus modeste donnée au vaccin jennérien.
M. Amédée Latour est nommé membre associé libre de
l’Académie.
Suite de la discussion sur la mortalité des enfants en nour­
rice.—M. Blot donne lecture des conclusions proposées par la
commission.
M. Demarquay présente une pièce anatomique relative à un
cancer primitif du larynx.
Séance du 22 mars. — M. J. Guérin présente une note de M. le
D'Matice, dans laquelle l ’auteur s’efforce de prouverpar les faits,
le peu d’efficacité réelle que possède le cow-pox non spontané.
L’Académie adopte, avec quelques modifications, les conclu­
sions du rapport lu par M. Blot, dans la dernière séance.
Séance du 29 mars. — Plusieurs ouvrages sont présentés à
l’Académie, entr’autres, un mémoire de M. le I)r Gariel, sur l’em­
ploi du mercure comme traitement préventif {calomel de 5 à 25
centigrammes par jour), et comme moyen abortif, {onyuent mercu­
riel), dans la petite vérole.
M. Depaul présente de la part de M. Mathieu plusieurs instru­
ments de chirurgie recouverts d’une couche de nickel. Ce pro­
cédé paraît les préserver de la rouille.
L’Académie procède à la nomination des commissions de prix
pour l’année 1870.
M. Félix Voisin lit un mémoire en faveur de l’abolition de la
peine de mort.

�SEU X FIL S.

SO C IÉTÉS SAVANTES.

Séance du 5 avril. — M. Delpech fait un discours sur l’hygiène
des crèches. Il considère ces établissements comme très-utiles et
comme ne s’opposant nullement à l'allaitement des enfants par
leur mère.
M. Husson n ’est point de cet avis. Pour lui les crèches— telles
qu’ellès fonctionnent à Paris — ont le grave inconvénient de
favoriser le sevrage prématuré. La crèche à domicile avec une
subvention de 75 centimes à la mère, serait bien préférable à la
crèche proprement dite.
Séance du 12 avril. — L’Académie procède h l’élection d'une
commission permanente d’hygiène de l’enfance. Sont nommés :
MM. Husson, Boudet, Fauvel, Chauffard, Bergeron, Devilliers,
Delpech, Devergier et Broca.
Suite de la discussion sur les crèches. — M. Husson considère
les crèches comme des établissements utiles pour les enfants
sevrés, mais très nuisibles pour les enfants allaités en ce qu’ils
fournissent aux mères le moyen de se\ rer leur nourrisson avant
le temps.
M. Delpech, rapporteur de la Commission, est d avis que l'ins­
titution des crèches peut être réformée sur bien des points, ce
qui permettra à ces établissements de rendre de plus grands ser­
vices. L'assistance ix domicile, telle que la proposait M. Husson
dans la dernière séance, n’est d’ailleurs qu'une aumône déguisée.
Dans les crèches , au contraire , l’assisté paie une cotisation, qui
suffit — quoique bien faible — pour sauvegarder la dignité hu­
maine et éloigner de l’esprit toute pensée humiliante.
L’Académie remet à huitaine le vote sur les conclusions du
rapport.

L'Académie décide que, vu l’importance des questions agitées,
une séance supplémentaire aura lieu le 4 Mars.

392

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.

Séance du 25 février. — Suite de la discussion sur la fièvre
puerpérale et les maternités. — M. Tarnier fait un discours dans
lequel il s’efforce de prouver que tout en donnant une extension
suffisante au service des accouchements chez les sages-femmes,
il est utile de créer, au point de vue de l'intérêt des élèves et de
celui des femmes en couche, de petites maternités ix chambres
isolées.

393

Séance du 4 mars. — M. Chauffard demande la suppression de
l'école d’accouchement instituée à la Maternité de Paris. Il croit
que cette mesure, sans rien faire perdre à l'enseignement obsté­
trical, dégagera l’administration de la responsabilité morale que
fait peser sur elle l’agglomération de jeunes filles internées.
M. Hervieux combat l’opinion soutenue par M. Chauffard. Il
affirme qu’ii l’école interne d ’accouchement la discipline est sévère,
la surveillance rigoureuse, la moralité scrupuleusement conservée.
M. Dumontpallier prouve, dans un éloquent discours, que le
seul moyen d’arrêter l’effroyable mortalité des femmes en cou­
ches est de détruire les grandes maternités et de supprimer les
salles d’accouchement dans les hôpitaux.
Séance du 11 mars. — Après la présentation de divers ouvrages,
M. Chauffard attire l’attention de la Société sur les bons effets
obtenus il l’aide de l'acide phé nique cristallisé (I gramme par jour
dans une potion de 150 grammes donnée dès le début de l’érup­
tion; lotions avec l ’eau phéniquée au 100- ou au 50°) dans les
varioles confluentes.
M. Raynaud communique l'observation d'un cas de mort subite
survenue dans le cours d’un œdeme de la glotte, à la suite de
l'ingestion d’une petite quantité d’eau sédative.
Séance du 25 mars. — A la suite de quelques observations sur
le procès verbal, M. Vidal propose que la Société formule le vœu
de transférer à l’hôpital le plus rapproché toute malade prise
de fièvre puerpérale chez une sage femme. Il voudrait aussi voir
instituer un service de policlinique obstétricale.
M. Bourdon lit le rapport de la Commission nommée pour
approfondir la question des maternités.
La Société adopte après discussion les deux conclusions sui­
vantes : étendre largement le système du placement des femmes
en couches chez les sages-femmes; remplacer les grandes mater­
nités et les salles d’accouchement dans les hôpitaux par de petites
maisons d’accouchement ix chambres séparées.
Séance du 8 avril. — Suite de la discussion sur les maternités.—
Après diverses observations présentées par MM. Bourdon, Gallard,
Dumontpallier, Tarnier, Chauffard, Vidal et Labbé, la Société
décide que les petites maisons d'accouchement ne seront pour-4

�391

SEU X F IL S .

vues d’infirmeries qu’autant quelles seront éloignées de tout
hôpital. Elle adopte en outre le principe de faire passer immédia­
tement dans les salles de médecine les accouchées atteintes d'ac­
cidents puerpéraux, et, en cas d’épidémie, de disséminer ces der­
nières dans les salles communes.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Séance du 23 mars. — M. Demarquay communique une observa­
tion d’éclampsie puerpérale. La malade, jeune femme primipare,
fut guérie par le chloral (8 grammes dans une potion).
M. Yerneuil donne de très-intéressants détails su r un cas de
tétanos traumatique grave, dans lequel le chloral a amené une
guérison complète (de 3 à 12 grammes par jour).
La Société, sauf une observation faite par M. Desprès et dépour­
vue de tout intérêt sérieux, est unanime à reconnaître que, dans
le cas en question, c’est au chloral qu’il faut rapporter tous les
honneurs de la cure.
Séance du 30 mars. — Après une discussion sur le chloral —dis­
cussion à laquelle prennent part MM. Demarquay, Yerneuil,
Desprès, Liégeois et qui prouve combien peu la science est fixée
sur la manière exacte dont agit cette substance.—M. Duplay com­
munique une observation de luxation de la rotule en dehors. La
réduction put se faire en exerçant, à l ’aide d’une griffe, des
tractions considérables sur le bord interne de la rotule.
M. Maurice Perrin met sous les yeux de ses collègues un œil
dont le fond est parsemé de petits foyers hémorrhagiques. Le
malade a succombé a une leucocytémie.
Séance du 6 avril. —Suite de la discussion sur le chloral et sur
le tétanos. — M. Giraldès croit que le chloral est un hypnotique
et un sédatif excellent. Cette substance peut rendre de grands
services dans le tétanos et les affections convulsives.
M. Brovm-Séquard, fait un long discours pour prouver que le
tétanos est le résultat de l’augmentation de la faculté réflexe de
la moelle sous l’influence de l’irritation nerveuse périphérique.
M. Broca, présente quelques observations sur la répartition
des lésions anatomiques du tétanos dans le tissu de la moelle.

JOURNAUX ESPAGNOLS ET PORTUGAIS.

39b

/
M. Yerneuil présente un malade atteint d’anévrysme cirsoïdc
des deux artères occipitales.
Séance du 13 avril. — Séance très courte et remplie exclusi­
vement par un discours de M. Desprès. Cette dissertation assez
diffuse a pour but d’établir que la théorie physiologique du
tétanos n’est pas de nature à satisfaire l’esprit.
Séance du 20 avril. — La discussion sur le tétanos continue,
soutenue par MM. Giraldès, Liégois, Chassaignac, Yerneuil et
Desprès. Elle ne donne lieu à aucune conclusion positive ; elle
ressemble plus à un combat corps à corps qu’a une lutte soute­
nue en commun pour la recherche de la vérité.
M. Tillaux met sous les yeux de ses collègues une pièce d’ana­
tomie pathologique: il s’agit d’une fracture du crâne avec enfon­
cement. Malgré la présence de l’hémiplégie, l’honorable chirur­
gien n’a pas cru devoir appliquer le trépan.
M. Legouest est d’avis que, malgré l'étendue de la lésion, cette
opération pouvait être tentée.
Dr S eux fils.

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
J O U R N A U X E S P A G N O L S E T P O R T U G A IS .

Gazetta Medica de Lisboa.
Thermométrie clinique par le professeur Alvarenga. La première
partie de ce travail est consacrée à l’historique de la thermométrie
appliquée à l’appréciation de la température du corps de l’homme.
Hippocrate et Galien avaient déjà remarqué que la chaleur ani­
male était plus élevée dans l’état de fievre. Boerrhave se servit du
thermomètre pour déterminer la température des malades ; Yan
Swietcn, son disciple, posa quelques règles fixes pour son appli­
cation; mais les uns et les autres n’attachèrent pas l’importance
qui lui était due à la thermométrie clinique , et ce fut de llaen ,
médecin de l’hôpital général de Vienne, qui fut réellement le fon­
dateur de cette méthode d’exploration, et la fit scientifiquement

�306

SAU VET.

connaître dans son ouvrage intitulé : Ratio medemli, public à Paris,
en 1761. L’histoire de la thermométrie clinique peut être divisée
en 4 périodes : 1° depuis Hippocrate jusqu’il l’invention du thermo­
mètre -, à cette époque, la température du malade était appréciée
parla main de l'observateur; 2° Période initiale de la thermométrie
médicale ; depuis l’invention du thermomètre jusqu’à de Haen; E.
Sanctorius appartient à cette époque ; 3° Période de la fondation de
la thermométrie clinique, depuis de Haen jusqu'au milieu du XIXe
siècle; U dans cette dernière période de 20 années, époque de vul­
garisation, la thermométrie clinique peut être considérée à l'état
de renaissance et à l’état de progrès.
Dans un second paragraphe, l'auteur étudie la température
physiologique et les modifications qu'elle éprouve sous l'influence
de diverses causes. Il établit d’abord : 1° qu’il existe une tempéra­
ture propre à l’homme en état de santé ; 2° que cette température
est stable, constante, malgré quelques variations dont il ne croit
pas devoir tenir compte ; 3° que la température de l'homme ma­
lade est, au contraire, dans la plupart des cas, variable et mobile.
La température normale de l’homme adulte est environ de 37°
centigrades, c’est une moyenne normale, ou mieux, la moyenne des
moyennes calculée sur les indications fournies par les divers ob­
servateurs à des époques variées depuis la naissance jusqu’à la
quatorzième année. La température n’est pas égale dans toutes les
parties du corps. Les observateurs ne sont pas d’accord sur le
degré de chaleur des organes internes. Celle du sang artériel
s’élève de la périphérie au cœur Le système nerveux est le régu­
lateur du calorique animal, d’après les expériences de M. Claude
Bernard sur le grand sympathique. L’enveloppe cutanée est la
partie la plus froide du corps; quand la température interne
s’élève, celle de la peau s’abaisse et réciproquement.
Quelques circonstances peuvent faire varier légèrement la tem­
pérature de l’homme. Les divers âges de la vie n ’exercent sur ces
variations qu’une influence secondaire, mais le moment choisi
pour l’observation est plus important ; la température animale
n’étant pas la même aux differentes heures du jour et de la nuit.
Il résulte, en effet, d’un tableau dressé parle docteur Biirensprung,
que la température la plus élevée chez l ’adulte se manifeste le
soir avant le dîner, de 4 à 6 heures, ou après le dîner, de 6 à 8
heures , elle est alors en moyenne de 37°, 46, et que la plus basse
est, dans la nuit de 2 à 4 heures, de 36°, 31 ; qu’ordinairemcntla
température s’élève depuis le matin jusqu’au milieu de la nuit,

JOURNAUX ESPAGNOLS ET PORTUGAIS.

397

avec un léger abaissement à l'heure qui précède le repas princi­
pal, et qu’elle s’abaisse sensiblement de minuit au matin. La tem­
pérature extérieure, le climat, les saisons, l’exercice musculaire,
l'alimentation et les divers régimes alimentaires, la constitution,
le tempérement et le sexe de l’individu exercent sur l'homme des
influences diverses que le savant professeur de Lisbonne expose
ayec beaucoup de discernement.
Puis il s'occupe du thermomètre, qu’il préféré, pour les besoins
de la clinique, aux appareils thermo-électriques ; de ses conditions,
et des avantages qui lui sont propres. Il passe en revue les diffé­
rentes parties du corps sur lesquelles il est utile de l’appliquer,
quand on veut apprécier la température générale du corps, le creux
axillaire, la main fermée, la bouche, le vagin, le rectum, il pro­
pose un tableau synoptique de recherches thermométriques qui
comprend les explorations sur la tète, la poitrine, l’épigastre,
l’hypogastre, le pli du bras, le creux poplité (?) la cuisse et la
plante du pied ; il indique la préférence qu’il accorde à la région
de l’aisselle pour juger de la température générale, en outre de
l'application de l’instrum ent sur les autres parties, suivant les
indications cliniques. Il précise ensuite la manière d’appliquer le
thermomètre, les précautions à prendre pour éviter les causes de
réfrigération, et le moment où doivent être faites les annotations
sur la température.
Dans une série de nouveaux articles très-remarquables, l’auteur
examine les modifications que l'état pathologique de l'individu
fait subir à la température qui lui est propre, et il passe en revue
les principales maladies dont l’influence sur le développement «lu
calorique est la plus prononcée. 11 nous est impossible de le
suivre dans les minutieux et précieux développements qu’il
donne à son travail, et dans lequel nous constatons de nouveau
la vaste érudition et le talent de fine observation qui caracté­
risent les travaux de M. Alvarenga.
El Siglo Medico de Madrid.
Trois observations intéressantes de tumeurs bénignes de la
mâchoire inférieure extirpées par le Dr Creus, de Grenade.
La première se rapporte à un enfant «le 11 ans ; la maladie put
être attribuée à une chute dans l’escalier sur le côté gauche de la
face. Les deux autres, à une femme de 26 ans, et à une jeune fille
de 13 ans, chez lesquelles la tumeur se manifestait sans cause
appréciable La grosseur de la tumeur était h peu près celle d’un

�398

S AU VET.

marron. La guérison eut lieu du vingtième au trentième jour
après l’opération. L'auteur fait observer que l’examen microsco­
pique lui a été d’un grand secours pour le pronostic, et que sans
lui on aurait pu confondre la nature de ces tumeurs avec quel­
qu’une des variétés du cancer. — 27 mars 1870.
La Independencia Médica (antes compilador medico) Barcelona.
U Paralysie du nerf facial — guérison — JP Robert. La plupart
des muscles qui reçoivent l’excitation du nerf facial étaient para­
lysés. Il y avait altération du nerf facial sans modification sensible
dans le cerveau. La guérison fut obtenue en trois jours par une
abondante diapborèse provoquée par des bains aromatiques et
l'administration de l’acétate d'ammoniaque à haute dose.
2' De l’acide phénique dans le traitement de la phlébite fémo­
rale par Rarnon Mari. Une tumeur sanguine, située sur le tiers su­
périeur de la cuisse droite, ayant été ouverte chez un malade dont
l’état général était très-grave et faisait craindre la mort par in­
fection purulente, la guérison fut obtenue en peu de jours par
des injections d’eau phéniquée et l’usage de la limonade phénique
en très-grande abondance. — I" mars 1870.
3' Pneumonie à la 3° période - - guérison par les alcooliques.—
DTRobert — 15 mars 1870.

REV U E CRITIQUE.

399

d’avril, la corvette italienne Guiscardo est arrivée de Rio de la
Plata à Bahia, où elle fut admise en libre pratique. Le 23 et le 24
avril, quatre marins de lequipage sont conduits à l'hôpital de la
Charité; on constate qu’ils sont atteints de la fièvre jaune , dont
personne ne soupçonnait l ’existence ; deux de ces malades succom­
bèrent. — Dans la nuit du 8 au 9 juin suivant, le Dr Silva fut ap­
pelé pour donner ses soins au vice-recteur du séminaire, qui à son
tour fut atteint de la même maladie ; aucun autre cas ne se mani­
festa ni dans cet établissement, ni dans l’hôpital, ni dans la ville.
On sc souvint alors seulement que cet ecclésiastique av ait, le 27
avril, reçu la confession des quatre fiévreux, et avait ainsi été en
contact pendant près d’une heure avec ces marins, qui lui avaient
communiqué la maladie dont ils étaient atteints.
Dr S auvet .

DU T R A IT E M E N T D E L A F IÈ V R E TY PH O ÏD E
Par le D’ Paul

P

ic a r d

, ancien interne des hôpitaux de Paris.

El Progreso Medico de Cadiz.
1* Taille périnéale latéralisée. Extraction d’un calcul à base or­
ganique; guérison rapide par le DTFederico Benjumeda.
2eTaille latéralisée. Extraction de 31 calculs; guérison; D’ Jnachin Porrata.
3 'Observation de gastro-entéro-hépatite chronique, avec ulcé­
ration probable des intestins; traitem ent par l’hydrothérapie;
guérison par le D' Juan Coll.
Gazeta Medica da Bahia. Brasil.
1* Ablation partielle du maxillaire inférieur par le DTAlexandre
Patcrson — 31 juillet 18G9.
2* Excellente observation de transmission d’un bruit cardiaque
anormal dans toutes les régions du tronc, parle Dr Silva Lima,
médecin de l’hôpital de la Charité.
3' Fièvre jaune importée a Bahia par le vapeur Guiscardo ; trans­
mission à une seule personne de la ville après une incubation de
43 jours ; observation du D’ Silva Lima. — Vers le milieu du mois

La récente épidémie de fièvre typhoïde dont Marseille a été le
théâtre, m’a amené à étudier les divers modes de traitement
préconisés dans les dix dernières années, pour combattre cette
terrible maladie.
Parmi les moyens thérapeutiques sérieux, dont l’utilité est
incontestée, l’hydrothérapie a été expérimentée en Allemagne,
en Angleterre, en Amérique. La France seule est restée en
arrière dans l’application de cette médication, et nous avons il
regretter de ne pas voir le mode de traitement par l’eau froide,
être employé d’une manière régulière dans le Midi.—Du reste,
nous ne venons pas prôner exclusivement ce procédé ; nous venons
surtout exposer l’état de la thérapeutique à l’étranger et dire le
bien que nous avons pu retirer de médications, pouvant paraître
bazardées, mais qui répondent d’une manière précise à des indi­
cations importantes.
Les méthodes varient suivant les pays. Rien de plus logique :
mais les maîtres et les chefs d ’école ont souvent des exagérations

�PICARD.

REV U E CRITIQUE.

dangereuses, surtout lorsqu’ils ne font pas entrer en ligne de
compte le tempérament, la saison, le climat. Graves le déclare
nettement: « Le médecin doit, dans le traitem ent de la fièvre
typhoïde, employer un grand nombre de moyens différents,
suivant les circonstances et les indications. »
Des travaux modernes et surtout des traductions de Graves
par Jaccoud, de Niemeyer par Cornil, des articles de Geissler (1)
et de Sovet[2) ressortent surtout trois indications générales:

Est-il possible de prévenir la fièvre typhoïde lorsqu’elle est
à la période prodromique? Tous les praticiens auront remarqué
un état particulier qui caractérise les épidémies de choléra et de
lièvre typhoïde et que je nommerai l’embarras gastrique des
épidémies.

400

D Combattre l ’élévation de température du corps des typhisés.
Empêcher, partons les moyens possibles, la température du creux
de l’aisselle et du rectum de dépasser 33 degrés centigrades.
2° Alimenter les malades affectés de fièvre typhoïde.
L’abstinence prolongée produit des troubles qu’on rapportait
à la fièvre typhoïde. Graves, puis Trousseau et Béhieront insisté
sur ce point. Ainsi les crampes douloureuses de l’estomac, la
soif inextinguible, la sensibilité épigastrique, les vomissements,
la congestion cérébrale, l'agitation, l’insomnie et certaines for­
mes de délire, la tendance au sphaeèle, sont le résultat de l’ina­
nition. Il faut donc alimenter son malade et dès le début de l'af­
fection.
3° L’aération, la ventilation, cequeSovet appelle «la vie en plein
air, » diminuent la durée de la fièvre typhoïde, atténuent sa gra­
vité, rendent la convalescence plus courte. Les succès obtenus à
Kynburn par les médecins militaires , ont encouragé leurs col­
lègues à traiter, en Algérie, les soldats affectés de fièvre typhoïde
par une médication en plein air et sous la tente et le succès a
souvent répondu à leurs efforts.
Enfin, le traitement par les alcooliques a été préconisé et je
renverrai pour les travaux de Soulier au dernier numéro de
Marseille Médical, et pour ceux de Gairdner à la fin de cet article.
L'indication du reste de l'emploi des alcools a été donnée par
Stokes, qui en a préconisé l ’emploi, lorsque l ’impulsion du cœur
est affaiblie, ou que le premier bruit manque ou s'entend peu.
Armstrong, qui recommande aussi les alcooliques, les trouve
contr’indiqués lorsque la langue est sèche, comme rôtie, la peau
sèche et aride, la respiration plus précipitée, l ’agitation plus con­
sidérable.
(1) Schmidts Jahrbucher, 1870. —N° 1.
(2) Bulletin de l'Académie de Belgique, 1870. —

1

401

Sans être forcés de s’aliter , les malades se plaignent de
mauvais goût dans la bouche, de saveur amère; ils n’ont pas
faim et pourtant, après quelques bouchées, ils mangent avec
voracité; la langue est rouge sur les bords et jaune sale au mi­
lieu; les lèvres sont gercées; un crachottement fatigant n’empê­
che pas cette perversion du goût. Le pouls est plein, la tête lourde;
les malades accusent une invincible tendance au sommeil; le tra­
vail de tète, la lecture sont impossibles. Le soir, il y a de lachaleurùlapeau et une certaine sensibilité dans les régions splénique
et hépatique. Les prodrôrfies résistent aux purgatifs, aux douches.
Les vomitifs répétés les atténuent. Il n’est que deux remèdes
certains pour le combattre. Le premier, dont l’effet est immédiat,
c’est, de changer d’air. Toute incommodité cesse à quelques kilo­
mètres de l'endroit infecté, et quelques jours d'absence guéris­
sent radicalement le malade. Je me suis quelquefois bien trouvé
de l’emploi de la vératrine, a dose narcotique, mais je préfère
l’éloignement et le changement de climat.
A Marseille, j ’ai mis à profit les médications que j ’ai vues em­
ployer à Paris, en Allemagne et en Angleterre. Mais le climat de
la Provence exige une médication a part ; c'est l’emploi desémétoeathartiques dès le début. Je donne l’ipéca stibié 2, 3, 4 jours de
suite, tant que les maux de tête persistent. Je combats l’élévation
de température par des affusions froides à 13° centg. répétées qua­
tre fois par jour,si cela est nécessaire. Pour cela, le malade, qui a
pris son vomitif le matin, est mis dans une baignoire il moitié
pleine d’eau il 24° centg. en hiver, et 20° centg. en été. Il reste dix
minutes dans cette eau, et, pendant ce temps, on verse sur sa tète,
trois ou quatre arrosoirs d’eau a 16° et 14° centg. Dès que le ma­
lade frissonne, je le fais envelopper d’un drap mouillé, et sur le
ventre et la poitrine, je fais renouveler toutes les demi-heures des
compresses trempées dans de l’eau où se trouve de la glace. Après
le bain et l’aff'usion, je donne de le, viande crue ou du bouillon
Licbig dissous dans un bon bouillon ordinaire fait avec du jarret
de veau, des abattis de volaille, des os de bœuf, des laitues, quel­
ques légumes, des poireaux, etc.

�P IC A R D .

REVUE CRITIQUE.

Je fais nettoyer la bouche avec un gargarisme au chlorate de
potasse et avec une tranche de citron. J ’ordonne comme boisson
du chiendent et de l ’erge froids ; je fais boire peu et souvent;
plus tard, je me suis bien trouvé de petit lait et de sirop de gro­
seille avec l’eau de seltz naturelle. Dès que les troubles cérébraux
ont disparu, je donne au lieu de vomitif, 200 gram. chaque matin
d’eau de Pullna ou de Frederickshall. Je continue l'hydrothérapie
en diminuant le nombre des bains, réchauffant bien mon malade,
le nourrissant toujours de quatre à huit bouillons comme ci dessus
par 24 heures.
Si la période adynamique est accompagnée de prostration trop
grande, si le bruit du cœur est affaibli, je donne du quinquina
dissous dans du café, et en même temps du vin de Bordeaux.de
la bonne bière ; je fais prendre du jus de viande concentré, du
bouillon à la boule, et quelques crèmes de iiz ou d’avenin. J'em­
ploie alors l’hydrothérapie de manière à produire de l’excitation,
c’est-à-dire que j ’abaisse la température de l’eau, et diminue la
durée des bains et leur nombre.
Vers la fin du troisième septénaire, je fais tous mes efforts pour
faire partir le malade. J ’ai remarqué que la convalescence est
. très-lente lorsque le malade reste dans le milieu infecté.
Comme hygiène générale, je commence par faire enlever de la
chambre, où est couché le malade, tout ce qui n’est pas indispen­
sable. Toutes les déjections, le linge sale, sont immédiatement
éloignés, les vases désinfectés avec l'eau phéniquée. Après le
bain, je ne fais pas essuyer le malade, on l’enroule dans des tissus
éponges, puis on lui met la flanelle et on le tient le plus pro­
prement possible. Toutes les heures, on ouvre les croisées pendant
cinq minutes, nuit et jour, été comme hiver. Les malades qui
sont traités par l’hydrothérapie sont peu sensibles aux change­
ments de température.
Il ne faut pas de visiteurs ; je renvoie au travail de Miss Nigh­
tingale pour les détails relatifs aux qualités de la bonne garde.
Je les résume en propreté, exactitude, bon cœur.
S’il est possible d’avoir deux chambres, on fera deux lits sé­
parés ; sinon il est utile qu’il y ait deux lits dans la même cham­
bre. Le 5* étage vaut mieux que le rez-de-chaussée. Il ne faut
aucune odeur, aucune émanation malsaine. L’eau que boit le ma­
lade doit être filtrée, et, lorsque la provenance n ’en est pas pure,
elle doit être filtrée au charbon et bouillie.

Grâce à l’ensemble de ces précautions, j ’ai pu arriver à ne pas
perdre un seul malade depuis que je suis établi à Marseille
(l8fi2-63), ce qu’on peut vérifier en constatant que, pas un certi­
ficat de décès par suite de fièvre typhoïde n’a été signé par moi
dans cette période , où j ’ai eu à traiter outre mes clients ordi­
naires les malades de la Société protestante et les malades du
Bureau de Bienfaisance. — Aucun de ces procédés n'est à moi, et
j’ai emprunté aux Allemands l’hydrothérapie et le purgatif par
les eaux de Pullna ou de Frédérickshall, qui font sur la muqueuse
intestinale ce que les cautérisations répétées au nitrate d’argent
font sur les muqueuses oculaires , et qui agissent aussi sur le
foie et sur la rate. A mes maîtres de Paris, je dois d’oser alimen­
ter, et aux Anglais, de savoir stimuler lorsque la faiblesse arrive.
Enfin . le climat de Marseille exige l’ipéca, et c'est par lui que je
commence.
L’hydrothérapie répugne à tous les malades, et à bien des mé­
decins. Pour faire cesser les craintes de ces derniers, je vais ré­
sumer les observations des principaux professeurs et chefs de
service de l’Allemagne et de l’Angleterre. On verra combien le
système de de Brand trouve de partisans et compte de succès.
Voyons donc comment au-delà du Rhin on s'y prend pour répon­
dre à l’indication suivante :
« Dès que le creux de l ’aisselle donne une température supé­
rieure à 39 degr. centigr., on doit avoir recours à l’hydrothérapie.
Cette méthode est d’autant plus efficace qu’elle est employée à une
époque plus rapprochée du début de la maladie.»
Hagenbach, dans la clinique de Liebermmter à Bâle (I), résume
l’expérience de son maître depuis août 1865. On applique l’hydrotérapie de diverses façons. Chez les sujets faibles, craintifs, chez
les malades jeunes et chez les vieillards on donne des bains à
28 degrésRéaumur, et on les refroidit progressivement, de façon
à ce qu’au bout de demi-heure ils soient à une température de 24
à 20’ R. Chez les malades robustes, on donne des bains à 20, 18 et
même la deg. IL, mais le malade ne séjourne dans le bain que de
20 à 10 minutes. Quand le malade est dans un état soporeux, on
lui verse sur la tête, dans le bain, de l'eau à 20, 10, 13 deg. R.
De 1843 à août 1803, la mortalité de la fièvre typhoïde à Bùle
était de 30, 4 0/o- D'août 1803 à décembre 1807, la mortalité est

402

403

(I) Bcobaclitungen undVersuche uber die Anwendungdes kalten Wassers,
bei Oeberliaften Krankheilen. Leipsick, 1868.

�PICARD.

REVUE CRITIQUE.

descendue à 9, 7 0/0. Le médecin de la ville est mieux placé que
le médecin de l’hôpital pour voir le début de la maladie. Aussi
a-t-il de nombreuses chances île succès. A l’hôpital, la fièvre ty­
phoïde, traitée dès le début, donne une mortalité de 5,4 0/0;
dans les cas tardifs, elle s’est élevée à 13, 3 0/0. Enfin, après le 3'
septénaire, la fièvre typhoïde, traitée par l’hydrothérapie, a donné
la moyenne de 28 décès sur 100 malades.
Liebermeister emploie, concurremment avec l’hydrothérapie,le
sulfate de quinine à hautes doses, la vératrine, la digitale, le ca­
lomel et l’iode. — Ce qui ressort surtout de la clinique de Bâle,
c’est la brièveté de la convalescence et la rareté d’affections con­
sécutives après l’emploi de l’hydrothérapie. 11 est bon de faire
remarquer que ce mode de traitem ent ne protège pas contre les
récidives.
Mosler (I) combine le traitem ent par l’eau froide avec le traite­
ment p arle sulfate de quinine, auquel il attribue des propriétés
anti-plilogistiques et anti zymotiques. Les bains qu’il prescrit
sont des bains entiers, à 12 ou I I Réaumur, d’une durée de 10à
30 minutes. Dès que la température du malade dépasse 39,5
degrés centigrades, le bain est employé, on le prolonge jusqu'à
ce que la chaleur, à l’aisselle, soit à 35,5 degrés centigrades.
Le bain doit amener une diminution de 4 degrés dans la
température du corps. Si le malade est adonné à la boisson,
il est bon de lui faire prendre dans le bain , en petite
quantité, de l’eau-de-vie ou du vin. Le bain peut être remplacé
par des enroulements ou des douches froides de 12 à 16 R.
Vers la fin de la maladie, Mouler employait la douche écossaise,
au moyen de laquelle l’eau froide et l’eau chaude sont versées à
la fois sur la colonne vertébrale du malade. Le traitement indiqué
ci-dessus était complété par l’administration continue de cam­
phre, du benjoin, d’acides, etc. Conclusion : Grâce a l’hydrothé­
rapie, la mortalité est diminuée d’un tiers, la durée de la fièvre
est moindre, les symptômes cérébraux et thoraciques sont moins
graves.
Gerhard, L., (2) d’Iéna, put sauver 70 cas graves de typhus abdo­
minal en employant la cure de l’eau froide. La fièvre, ainsi que
les symptômes nerveux, la diarrhée, les hypostases furent dimi-

nues; le catarrhe et 1 éruption furent à peine modifiés; la rate
tuméfiée, mesurée avant et après le bain fut, grâce à l’action de
l’eau froide, diminuée de I à 2 1/2 centimètres. Les hémorrhagies
intestinales semblent être augmentées, au contraire, par l’emploi
de l’hydrothérapie. Les malades soumis au traitement se plai­
gnaient de rigidité douloureuse des membres inférieurs ; et
dans la convalescence, de douleurs musculaires très-vives. Enfin,
l’hydrothérapie avait pour adversaires, les infirmiers et leurs
aides.
ilecklembourg (I) estime que l’eau froide doit être employée
non d’une maniéré générale, mais pour combattre certains symp­
tômes. Il ne croit pas que la gravité de la fièvre typhoïde
dépende seulement de l ’augmentation de la température du corps
humain : il a observé des cas fort graves avec une température
assez basse ; enfin la fièvre typhoïde abandonnée à elle-même,
guérit souvent sans aucun remède, et l’hydrothérapie est a priori
repoussée par les malades et les garde-malades. •
Pleniijer (2) à Vienne, considéré deux modes d’action dans
l'hydrothérapie : le premier est sédatif, le second est excitant :
Dans la première catégorie, il classe les frictions humides et les
enroulements à 10 ou 15 degrés IL, pendant 10 à 20 minutes. Si
la fièvre est forte, on préférera un demi bain général à I8 degrés,
on lavera la tète et le haut du corps avec une éponge et on fric­
tionnera les pieds. La méthode excitante doit être employée dans
la période «dynamique : on se servira des enroulements à 20° IL,
d’une durée de I â 2 heures, suivis de lotions rapides à 5 ou 10" IL,
tandis qu’on frotte vigoureusement les pieds â sec, Ou bien, on
donne un demi bain à 22° IL, dans lequel on fait couler sur la
tète et le corps du malade, un arrosoir d’eau à 5 ou 10° IL Pleniger
recommande les compresses froides sur la tète et le corps, et,
dans les cas graves, l’application de la glace. Le visage doit être
lave plusieurs fois par jour, la bouche sera nettoyée par de fré­
quents gargarismes. Enfin, les lavements d’eau froide à 10 et 15”
R. sont indiqués dans la constipation et dans les cas de diar­
rhée, on portera leur température de 15 à 20° IL

40i

(1) Erfalirungen uber die Behandlung des Typhus exanlliematicus. —
Greîfswald, 1868.
(i) W iener medic. Presse X. 1869.

405

(.-1

suivre.)

(t) Berliner Klinische Wochenschrift.
(i) Wiener medicinische Wochenschrift XIX, 16, 17. 1869.

�406

VILLEN EUV E FILS.

N O U V E L L E S D IV E R S E S .

NOUVELLES DIVERSES.

407

Pour la chaire d'Histoire de la Médecine :
En lr” l ig n e ..........MM. Daremberg.
En 2° lig n e ...........
Lorain.
En 3e ligne............
Maurice Raynaud.
Pour la chaire de Pathologie générale :
En t re lig n e..........MM. Chauffard.
En 2° lig n e ... .-..
Potain.

NÉCROLOGIE. — Le mois qui vient de s’écouler a etc marqué
par de nouvelles pertes pour le Corps médical. La plume autorisée
de M. le professeur Bertulus a rendu, dans le numéro meme, un
légitime hommage a la mémoire du professeur Lordat. Dans une
sphère plus modeste, mais plus proche de nous, la mort de trois
de nos confrères vient faire de nouveau vides. M. Rambaud, l’un
de nos condisciples a l'École de cette ville, a succombé, h l’âge de
29 ans, après de longues et cruelles souffrances. M. Rambaud
s’était montré digne de l’héritage paternel, et c’est au milieu des
fatigues imposées par une clientèle toujours plus nombreuse, qu'il
a contracté le germe du mal dont il a été la victime. Plus heureux
que notre jeune et infortuné confrère, ce n ’est qu’après une lon­
gue carrière honorablement remplie que M. Rolland a été enlevé
à ses amis en laissant après lui le souvenir d une vie honorable et
vouée toute entière a l’exercice de notre art.
C'est également au terme d’une longue vie de travail que
M. Rampai a succombé. Nous ne partagions pas les doctrines
médicales de notre regretté confrère, mais en dehors des théories
scientifiques, il est un terrain où tous les hommes de cœur peu­
vent se recontrer, et que M. Rampai n’avait jamais déserté: c'est
celui du dévouement et de la charité.
Que les parents et les amis de MM. Rolland, Rampai et Ram­
baud veuillent accepter ces quelques lignes en témoignage de
notre respecteuse sympathie.
— C’est avec un vif sentiment de regret que nous venons d’ap­
prendre la mort imprévue de sir James Simpson, baronnet, pro­
fesseur à l’Université d’Edimbourg. S’il faut en croire certains
on dit, l’illustre gynécologiste aurait succombé a la suite d’une
prise exagérée de chloral. Il avait a peine 52 ans.
— Les professeurs de l’École de médecine de Paris ont établi
ainsi qu'il suit la liste de présentation aux chaires vacantes de
la Faculté ;

—Comme nous le faisions pressentir dans notre dernier cahier,
les troubles factices de l’École de médecine n’ont eu qu’une exis­
tence éphémère. À la réouverture de l’amphithéâtre, M. le pro­
fesseur Tardieu a pu reprendre son cours et le continuer sans
encombre.
Voici une nouvelle plus importante qui nous arrive au­
jourd’hui :
La Commission extra-parlementaire, nommée pour étudier la
question de la liberté de l’enseignement supérieur, vient de voter
la création d’un jury spécial, siégeant à Paris, nommé par le mi­
nistre de l’instruction publique, composé en dehors des Facultés
de l’État, et pouvant donner communément avec elles tous les grades
dans les lettres, les sciences, le droit et la Médecine. Cette réso­
lution a été adoptée par 12 voix contre 11.
Ont voté pour : MM. Guizot, Saint-Marc-Girardin, Andral, Du­
bois, Prévost-Paradol, le P. Captier, le P. Perraud, le général
Favé, Léopold de Gaillard, Darcy et Thureau-Dangin.
MM. Dumas et le duc de Broglie, absents, avaient fait savoir
qu’ils émettaient un vote favorable.
Ont voté contre : MM. de Rem usât, Laboulaye, général de Chabaud-Latour, Denonvilliers, Valette, Ravaisson, Saint-René Tail­
landier, Franck, Bertrand, Senet, Bersot.
Cette décision, et la question plus générale de la liberté d’en­
seignement de la médecine, touchent de trop près aux intérêts de
l'École medicale marseillaise pour que notre journal s’en désin­
téresse complètement. Nous y reviendrons.
—À l’occasion de la loi sur le timbre des journaux, actuelle­
ment en discussion, la presse scientifique de la capitale s’est émue
de certains bruits, d’après lesquels ses intérêts séraient menacés.
Un syndicat a été immédiatement nommé pour parer aux éven­
tualités. Il est composé de MM. de Ranse, de la Valette, MaryDurand, de Rosny et Arnoult. Dans un des derniers numéros de

�K)8

M ARSEILLE MÉTRO T,

V ILLENEUVE F IL S .

la Gazette médicale, M. de Ranse invite les divers organes de la
presse scientifique de la province a se joindre à eux pour défendre
des interets communs, ce que, pour notre part, nous déclarons
faire avec empressement.
— M“° Morgan, de Londres, vient d’être reçue docteur en méde­
cine à l'Université de Zurich. M"0 Morgan est la deuxième dame
qui prend a Zurich le bonnet de docteur. On vient de fonder a
l’Université de Cambrigde plusieurs bourses, spécialement des­
tinées aux femmes. (Cosmos).
— Le 3 du mois d’avril passé, M. Durham a tenté d'exécuter,
à l’hôpital Guy, l’opération proposée l’année dernière à la MédicoChirurgical Society parM . Thomas Smith. Cette opération con­
siste a aller directement à la recherche des calculs du rein et du
bassinet, par une incision faite le long des apophyses épineuses
lombaires. Dans le cas actuel, on n ’a pas rencontré de calculs.
Mais le malade a guéri de son opération, èt se dit même soulagé.
(Courrier Médical).
— Le D'Cabarrus vient de mourir à Paris.
— La Société protectrice de l’enfance, de Lyon, décernera
dans sa séance publique de janvier ou de février 1871, un prix de
300 francs, il l’auteur du meilleur mémoire sur le sujet suivant :
v Comparer , en s’appuyant sur des statistiques et des docu­
ments aussi nombreux et aussi exacts que possible, les résultats
de l'allaitement maternel, mercenaire et artificiel, au triple point
de vue de la mortalité, de la constitution et de la santé future des
enfants. »
Les mémoires devront être adressés selon les formes académi­
ques et franco, avant le premier décembre prochain, ii M. le D'
Fonteret, secrétaire général de la Société, rue des Célestins, n° i,
il Lyon.
— M. le Dr Seux vient de faire don d'une nouvelle somme de
cent francs à la caisse de l'Association des Médecins de France.
Dr L.

V illeneuve

A. F adre.

Fils.

(a n cien n e

U n io n

M é d ic a le de la P r o v e n c e )

7mc Année. — N ° 6 , - 2 0 Juin 1870.

NOTE SUR L’OCCLUSION INTESTINALE
Par le Dr J. Roux (de Brignoles).

La suspension complète des évacuations al vin es, accom­
pagnée de vomissements, de ballonnement du ventre, de dou­
leurs vives, lorsque les voies herniaires sont libres, est la
conséquence d’une occlusion intestinale souvent mortelle.
Cette terminaison peut n’advenir qu’après un temps fort long,
si-une lésion organique diminue lentement le calibre de l’in­
testin, comme dans le cas d’une vieille fille de Pélissaune,
qui ne succomba que plus de 40 jours après la suppression
desselles, après avoir refusé obstinément la seule chance de
salut que lui offrait le professeur Roux , mon père, l'ouver­
ture d’un anus artificiel.
Mais, si à la suite d ’un accident brusque, volvulus, invagi­
nation, torsion , étranglement, etc., l’occlusion se produit,
certains moyens propres à réveiller les mouvements péristal­
tiques des intestins doivent être d’abord employés. Nul pra­
ticien n’omettra dans ce cas l ’emploi des purgatifs, surtout eu
lavements.
Dès l’année 1832, mon père avait obtenu un résultat remar­
quable de l’emploi de l ’huile de croton-tiglium, comme il
ressort de l’observation suivante, consignée dans le T. 1 de ses
mémoires.
Observation d'iléus.— La femme Minuty, de Bras, âgée de 42
ans, mère de 3 enfants, d ’un tempérament sanguin, fut prise, le
23mai 1832, de vomissements violents, avec douleurs intestinales*
26

�410

ROUX.

OCCLUSION INTESTINALE.

constipation, refroidissement des membres et décomposition des
traits de la face. Je conseillai un grand bain et deux onces d’huile
de ricin.
Il n’y avait point de hernie externe, et tous les symptômes de
l'iléus se prononçaient de plus en plus.
Les deux onces d'huile de ricin ayant été rejetées, il en fut pris
une deuxième dose le lendemain ; les résultats furent les memes.
La malade étant très-mal, presque sans pouls, je conseillai une
goutte d'huile de croton-tiglium dansuneoncede sirop: le remède
fut encore vomi ; je le répétai à la dose de deux gouttes sans être
plus heureux.
Des lavements émollients et purgatifs avaient été administrés
sans succès, je conseillai l’huile de croton par le bas. Le premier
lavement ainsi composé n ’amena presque rien ; mais le deuxième
provoqua des selles très-abondantes, et les vomissements ces­
sèrent aussitôt.
Les bains et les émollients furent continués pendant quelques
jours, et la malade se releva assez bien. Mais le ôjuin, ayant voulu
manger des fèves crues, elle éprouva les mêmes symptômes que
le 23 mai. Appelé en toute hâte, j ’administrai de nouveau l’huile
de croton avec le même succès , et la malade , encore une fois
rendue à la vie, fut plus avisée à l’avenir.

cale dans ces cas d'occlusion, cl invoquer comme un axiome
l'erreur de M. Nélaton, érigeant en principe que l’entérotomie
doit être pratiquée dans tout étranglement interne. — Le mé­
moire de M. Isnard, ses observations, celle que l'on va lire,
protestent contre cette déplorable doctrine.
Après avoir remis en lumière les avantages du traitement
mécanique, trop oubliés peut-être à cause de la bizarrerie des
procédés anciens, notre confrère décrit le moyen si pratique,
si facile de l'injection d’une abondante quantité d’eau froide.
Les accidents qui peuvent survenir après son emploi, ne sont
rien auprès des conséquences de l ’affection qui le nécessite.
Cependant, nous nous sommes demandé si l’entéro-peritonite, que nous avons observée après la désobstruction de
l’intestin chez un de nos malades, n’était pas due à la dis­
tension forcée qu’il avait subie.
Nous recommanderons à notre tour de pousser 1 injection
lentement et graduellement, pour ne point déchirer les tuni­
ques dans l’éventualité d’un ramollissement. Au reste, sauf
ce dernier cas, l ’intestin stimulé par la distension, par l’eau
froide, se contracte et chasse le liquide avant que la dilatation
soit devenue excessive ; surtout lorsque l’on opère au début de
l’accident, avant l'apparition de toute inflammation.
Les injections forcées échoueront lorsque l'obstacle au cours
des matières sera du à une altération organique, à des trans­
formations fibreuses, à un étranglement par un sac herniaire ;
mais l’invagination, la torsion, surtout de 1S iliaque, cerlaiues hernies récemment engouées ou étranglées seront vic­
torieusement combattues, l’obstacle sera levé. En cas d'échec,
l’injection bien faite ne présente aucun danger.
L’occlusion de l’intestin grêle a été fort bien étudiée par
M.hnard, qui, amené par ses expériences à partager l’opinion
deCruveilhier, admet la possibilité de franchir la valvule de
Bauhin par une colonne liquide poussée, sans secousses,
avec une vigueur soutenue.
L’observation de M. le Dr Trabuc, contenant la relation de
lavements rendus parla bouche, pourrait avoir pour pendant
le fait relaté par nous d’une vieille fille atteinte, depuis plu­

Mais trop souvent les mouvements propres à l'intestin sont
difficiles à réveiller, insuffisants, ou quelquefois môme aug­
mentent l’entortillement des anses. Il faut alors absolument
avoir recours à un moyen mécanique direct, et parmi tous,
au premier rang, nous plaçons les injections forcées d’eau
froide.
Nous devons à notre cher confrère et excellent ami, M. le
docteur Isnard, un remarquable mémoire inséré en 1866 dans
L’Union médicale de la Provence (aujourd’hui le Marseille Mé­
dical). Les injections forcées y sont étudiées sous tous le points
de vue, et leurs effets vraiment merveilleux dans des cas dé­
sespérés sont expliqués, mis à jour, de la manière la plus
heureuse.
En lisant le chapitre de la clinique de Trousseau sur les
occlusions intestinales, on est frappé de voir cet éminent pra­
ticien faire un si fréquent appel à la thérapeutique chirurgi­

411

�412

ROUX.

sieurs années, d’hématémèse avec odeur slerc-orale des matières
vomies. Un lavement de lait poussé par le rectum est rendu
très-souvent par la bouche quelques instants après l’injection.
Force est dans ce cas d’admettre, soit une communication
anormale du gros intestin avec l’estomac, ce que nous avons
observé dans certains cas de cancer englobant le rectum, le
colon transverse, le duodénum et quelque peu des conduits
biliaires ; soit le renversement ou la déformation de la valvule
iléo-cœcale.
Jusqu’à présent, dit notre confrère, la pratique des lave­
ments forcés a été exempte de dangers ; toutefois en réfléchis­
sant aux lésions profondes que subissent les tuniques intes­
tinales, ou peut admettre, à la rigueur, la possibilité d’une
perforation dans quelques cas exceptionnels.
Observation recueillie par l'interne de service. — Le 10 du mois de
septembre 4869, à cinq heures du soir, se présentait à l’hôpital de
la Conception, le nommé Bertouscl Joseph, italien, mineur de
profession, demeurant à Saint-Louis, banlieue de Marseille.
Cet homme avait des vomissements opiniâtres, le faciès hippo­
cratique. L'absence de selles depuis deux jours ; le météorisme du
ventre et surtout l'odeur des vomissements lirent penser à un
obstacle au cours normal des matières fécales. L'examen des
voies herniaires donnant un résultat négatif, l’obstacle ne pou­
vait être qu’interne. Le malade fut admis à l’hôpital avec le
diagnostic occlusion intestinale, et couché au lit n° 3 de la salle
Saint-Honoré, service de M. Roux.
L’interne de garde, administre aussitôt deux gouttes d'huile
de croton-tiglum ; ce médicament reste sans eflet jusqu'à la
grande visite du lendemain, 11 septembre.
Les vomissements continuent, la face se crispe de plus en plus,
le pouls est fréquent, petit, dépressiblc, misérable.
Instruit de ce qui avait été fait la veille, le chef de service
renonce aux purgatifs et prescrit des injections forcées. Après
la visite, à neuf heures du m atin, l'interne de service injecte
sous ses yeux, par l’anus, six irrigateurs d’eau froide, soit environ
cinq litres, que le malade rend aussitôt après sans fèces.
L’interne de garde est chargé de recommencer la meme opéra­
tion a trois heures de relevée. Cette deuxième opération est scru­
puleusement opérée par M. Tron, au moyen d’une longue canule

OCCLUSION INTESTINALE.

413

encaoutchouc, préalablement introduite dans le rectum : cette fois
les cinq litres d’eau froide sont expulsés avec des matières et
suivis de quelques selles peu abondantes.
Àcinq heures du soir, un lavement purgatif, sulfate de soudo
dans une infusion de séné, achève le résultat commencé par les
injections: le malade remplit, de matières fécales dures d’abord,
diarrhéiques ensuite , un grand récipient dont la contenance est
évaluée à sept litres.
Le lendemain la diarrhée persiste et s’accompagne de hoquet
depuis minuit. La face a conservé la même expression, elle est
froide, cyanosée, le nez est effilé, les lèvres crispées et bleuâtres,
la langue froide. Le ventre n ’est plus météorisé, mais il est dou­
loureux au toucher, les téguments de cette région sont œdématiés.
Prescription. — Glace, limonade gazeuse, douze pilules d’extrait
de belladone de 1 centigr., à prendre d'heure en heure.
Pendant les journées du douze et du treize, le hoquet ne cesse
de tourmenter le malade. Les douleurs de l’abdomen sont trèsvives, la diarrhée peu abondante provoque toutefois des selles
fréquentes, tout indique une vive inflammation de l’intestin et
du péritoine.
Prescription. — Onctions avec onguent mercuriel belladonisé,
glace, deux lavements avec 0,03 d’extrait de belladonne, potion
avec huile de ricin, 20 grammes dans une émulsion, eau vineuse,
bouillons.
Le hoquet cesse dans la nuit du treize au quatorze, mais les
nausées continuent, le ventre est toujours tendu, douloureux, les
téguments empâtés, les selles nombreuses et expulsées avec dou­
leur.
Prescription. —Onguent mercuriel belladonisé , pot. de Rivière,
12perles d’éther, 4 demi-lavements amidonnés avec 12 gouttes
de laudanum.
Le malade se trouve dès lors soulagé, l’entéro-peritonite s’arnéliorç tous les jours par les moyens ordinaires et le dix octobre,
trente jours après son entrée, le malade sort complètement guéri.
M. le docteur Isnard nous communique l ’observation sui­
vante que nous annexons à ce travail.

�41 i

ROUX.

Occlusion iulcstiuale. — Injection forcée. — Guérison.

Observation. — Mœ0 X . . âgée de 19 ans, habituellement trèsconstipée, reste souvent quatre, cinq jours et d’avantage sans
évacuations alvines. Le 7 décembre IS68, elle accouche heureuse­
ment de son deuxième enfant. La veille, elle était venue â la selle
pour la dernière fois.
La mère n ’allaite pas son enfant'; elle n ’a pas de fièvre de lait;
l’appétit se réveille bientôt ; alimentation rapidement progressive
et abondante.
Pendant les dix premiers jours, la santé est excellente.
Le 17 décembre, il n’y a pas encore eu de selle, et M"* X...,
éprouvant de la sensibilité au bas-ventre, son accoucheuse lui
donne une limonade magnésienne, qui reste sans effet.
Le même purgatif répété le lendemain amène l’évacuation labo­
rieuse d'un très-petit fragment de matière durcie.
Prescription. — Cataplasme et frictions mercurielles belladonnées sur le ventre, lavements.
Le 20 décembre, appelé pour la première fois, je constate : 1'
à la région sous-ombilicale, une douleur augmentant parla pres­
sion ; 2° dans l’hypochondre gauche, une autre douleur datant de
plusieurs jours, continue, fixe, accompagnée de coliques s’irra­
diant manifestement dans la direction du colon transverse et du
colon ascendant. La palpation révèle encore, à gauche, une tumeur
pâteuse, difficile à préciser a cause du météorisme et surtout de la
souffrance éprouvée parla malade, qui ne peut supporter un exa­
men suffisant. Perte de l'appétit et du sommeil ; pouls à 80 ; peau
fraîche ; les lochies à peu près suspendues donnent de l’odeur. —
Mêmes topiques. Un lavement simple, puis un lavement avec IC
grammes de séné ; résultat nul.
21 décembre. — Symptômes de la métro-péritonite plus accen­
tués ; ventre plus volumineux; douleur pelvienne plus forte et
généralisée au dessus de l ’ombilic; sensibilité abdominale trèsvive à la surface; la moindre pression, le poids des couvertures
sont intolérables. En même temps nausées, vomissements bilieux,
soif, anxiété, décubitus dorsal ; la malade évite les efforts de toux,
d’expectoration, et les plus légers mouvements; pouls à 100; peau
chaude.

OCCLUSION INTESTINALE.

41 b

Prescription. — Lavements. Dès le matin, application sur tout
l'abdomen, préalablement essuyé, d’une couche de collodion élastisque, étendue de la poitrine au pubis et, de chaque côté, jus­
qu’aux lombes.
22 décembre. — Les signes de la métro-péritonite sont visible­
ment réduits et, sous ce rapport, la situation améliorée, revient à
ce qu’elle était le 20. Sans avoir diminué de volume, le ventre est
moins sensible à la pression ; peau moins chaude; pouls descendu,
à 90; retour des lo ch ies.— Cependant, la constipation persiste,
le liquide des lavements est seul rendu; la douleur de l’hypochondre gauche conserve sa fixité.
Calomel, un gramme en quatre paquets égaux, administrés
d’heure en heure dans la matinée; pas de selle.
23 décembre. — Nuit mauvaise. Les symptômes de l’occlusion
intestinale ont fait des progrès et sont devenus inquiétants. Ventre
très-ballonné; tension surtout considérable dans le trajet du colon
transverse et du colon ascendant: diaphragme refoulé en haut; dys­
pnée, anxiété: pouls petit, fréquent; refroidissement delà peau ;
dépression générale ; nausées, vomissementsbilieux et stercoraux.
A midi, injection forcée; cinq à six litres d’eau froide sont
portés dans l’intestin, par un courant régulier, continu. La plus
grande partie en est conservée, preuve que l’obstacle siège â une
certaine hauteur du colon descendant. Suivant mes recommanda­
tions, la malade s ’efforce de garder le plus d'eau possible, afin
d’obtenir, dans l ’intestin, les réactions curatives nécessaires. La
débâcle ne tarde pas à avoir lieu, entraînant une quantité consi­
dérable de liquides, de gaz et de matières, pour la plupart, ovillécs et extrêmement dures. La scène change aussitôt, le ventre
s’affaisse ; à l’angoisse succède un immense soulagement. Calme,
bien-être.
24 décembre. — Nuit bonne. Lé matin une nouvelle injection
d’eau froide entraîne encore des matières en abondance. Pouls
relevé, 80; peau fraîche ; physionomie naturelle. Le ventre a repris
à peu près son volume. On ne trouve plus ni tumeur, ni douleur
dans l’hvpochondre gauche. La pression développe encore de la
sensibilité vers l'utérus et les deux fosses iliaques; lochies fétides,
collodion sur le ventre. Injections vaginales.
La santé se rétablit progressivement.

�416

ROUX.

intestinale. Elles auront, surtout la chance de réussir dans
l ’occlusion due à un amas de matières durcies ; tel est l’exem­
ple qu’on vient de lire. D’ailleurs, pour s’en convaincre, il
suffit d’examiner ce qui arrive en pareil cas, et d’apprécier le
rôle des injections forcées.
D’abord, faisons-le remarquer, cette espèce d’occlusion
siège habituellement, dans le gros intestin, c’est-à-dire dans la
partie du tube digestif la plus accessible et la plus favorable
aux grandes douches ascendantes. Voyons ensuite ce qui se
passe dans le voisinage d’une tumeur stercorale, ancienne et
volumineuse: au niveau de l’obstacle, l ’intestin dilaté forme
une vaste ampoule qui retient les matières et dont les parois
aminciës ont perdu leur contractilité. Au dessus, même dis­
tension des tuniques intestinales par des liquides et des gaz;
conséquemment, même insuffisance des mouvements péri­
staltiques, transformés souvent en mouvements anti-péristal­
tique. Dans le bout inférieur, l’intestin vidé, revenu sur luimême, réduit à ses plus petites dimensions, reste voué à l’im­
puissance.
De pareilles conditions sont d’autant plus défavorables à
l’expulsion spontanée de la masse stercorale, que déjà la con­
tractilité de l'intestin a été épuisée ou paralysée, soit par des
efforts naturels ou infructueux, soit par diverses médications
usitées, tels que les purgatifs, la belladone, etc. C’est préci­
sément alors qu’on trouvera dans les injections forcées une
efficacité vainement demandée à d’autres moyens. En effet,
en dilatant outre mesure le bout inférieur de l’intestin et en
effaçant ses courbures, elles ouvriront une voie large et
directe dans laquelle s’engagera aisément le tampon excré­
mentiel; elles le ramolliront, le dégageront, le fragmente­
ront ; par leur abondance et la température froide de l’eau,
elles provoqueront l’intolérance et les violentes contractions
de l’intestin, aboutiront enfin au dégagement et à l’expulsion,
souvent brusque et irrésistible, de la masse stercorale tout
entière.

LUXATIONS.

417

Note relative à an nouveau procédé de réduction des luxations
QUI POURRAIT ÊTRE APPELÉ

PROCÉDÉ PAR ROTATION DU MEMBRE SUR SON AXE
Combinée avec des mouvements de circumduclion
P a r le D p S iru s -P iro n d i.

Celle note a été présentée à l ’Académie de médecine de Paris le 26 mai 1S68

A quelques rares exceptions près, on a pensé de tout temps
que la possibilité de la réduction d’un membre luxé dépen­
dait moins de l’effort, employé pour remettre les surfaces ar­
ticulaires en place, que de la bonne direction imprimée aux
tractions.
En attendant que les circonstances me permettent de réunir
en faisceau de nombreux faits recueillis depuis vingt ans, et
à l’aide desquels il ne sera réellement pas difficile de prou­
ver que la facilité de réduction pour une luxation quelconque
est en raison inverse des efforts que l’on fait pour ramener
les surfaces articulaires dans les rapports qu’un traumatisme
quelconque leur a fait perdre, je me fais un devoir de sou­
mettre quelques uns de ces faits à l ’Académie, dans l’espoir
que les savants chirurgiens de la Compagnie voudront, après
examen, renouveler eu ma faveur le précepte du poète latin ;
c’est-à-dire : user du procédé que je propose, s’ils le trouvent
bon, et le corriger avec utilité , s’il y a mieux à faire.
Il s’agirait., en effet, de prouver par cet te note, qu’au moyen
d’un procédé fort simple , et sans le secours d’aucun aide , le
chirurgien peut parfois réduire facilement une luxation,
quand il a complètement échoué par des moyens plus com­
pliqués et avec le secours de plusieurs aides.

�SIRUS-PIRONDI.

LUXATIONS.

Le nombre de faits que je veux citer ici s’élève à six ; le
plus ancien remonte à deux ans, le plus récent à quelques
jours, et c’est même lui , je l ’avoue , qui est la cause déter­
minante de cette communication.
Dans le premier cas, il s’agissait d’une luxation delà cuisse;
dans les quatre suivants, d’une luxation de l’épaule, et dans
le sixième, d’une luxation de l ’index sur le métacarpien.
Quatre de ces faits ont été observés à l ’Hotel-Dieu dans le
service de la clinique chirurgicale ; les deux autres en ville.
Pour quatre d’entre eux on a cherché par des inhalations
de chloroforme à annuler autant que possible l’obstacle à la
réduction par effort musculaire ; pour les deux autres on a
négligé à dessein l’emploi de l’anesthésie , et le résultat n’en
a pas moins été décisif.
Cela d it, voici l’analyse sommaire des faits :

d'une anesthésie très incom plète, car on avait cessé depuis
longtemps de lui fairer respirer du chloroforme.

418

Observation I. — Un jeune homme de 17 ans , violemment
repoussé par une charrette reculant dans une pente rapide,
est renversé par l’essieu, de façon à être atteint du côté gauche
d’une luxation coxo-femorale, variété sus-pubienne. Quelques
tentatives sont faites à l ’aide de l ’extension et de la contre-ex­
tension précédées de ranesthésie, mais le tout sans succès. On
essaie le procédé Desprez, qui nous a réussi dans d’autres cir­
constances. Nous parvenons par lui à ramener assez facile­
ment la tête du fémur près du sourcil cotyloïdieu , mais im­
possible de franchir l ’obstacle. Prenant alors la jambe fléchie
à angle droit sur la cuisse, le malade étant couché en travers
sur son lit, et priant deux aides de soutenir la cuisse par une
alèze transversale, de façon à maintenir le membre dans une
position donnée sans que le blessé ait à se livrer à aucun ef­
fort musculaire, nous imprimons à la cuisse des mouvements
de rotation sur son axe, entremêlés de mouvements très-lé­
gers de circumduction, le genou décrivant une très-petite cir­
conférence. Au bout de quelques essais, le claquement carac­
téristique se fait entendre et le membre nous échappe pour
ainsi dire des mains pour rentrer dans sa position normale.
Ce blessé était au moment de la réduction sous l’influence

419

Observation IL — Un homme âgé d’environ 50 ans, faisant
abus des alcooliques, est apporté à l ’Hôtel-Dieu dans un état
d’ivresse com plet, après avoir été ramassé sur un trottoir au
bord duquel il était tombé. En le relevant, on avaitcru trouver
chez-lui une fracture de l'épaule , mais après l ’avoir désha­
billé on constata une luxation sous coracoïdienne du bras
gauche. Quelques tentatives furent immédiatement faites
pour la réduction, m ais, elles restèrent sans résultats. Le
lendemain matin , dix-huit heures au moins après l’accident,
ces tentatives furent renouvelées en notre présence par les di­
vers procédés communément employés en pareil cas, ycom pris l’élévation du bras dans la direction de l ’axe du corps,
gui avait souvent réussi à un de nos jeunes collègues. Ajou­
tons ici que cet homme était complètement réfractaire, je n’ose
dire à l ’action , mais assurément à l’emploi du chloroforme.
Cela étant, et après avoir fait asseoir commodément le blessé
sur une chaise, je lui fais fléchir, à angle droit, l’avant bras
sur le bras, je saisis solidement le coude de la main droite et
de la main gauche j ’appuie sur la tête de l’os déplacé. Eloi­
gnant le membre du tronc d’environ 45°, j ’imprime au bras
un mouvement de rotation sur son axe, suivi de quelques légers
mouvements de circumduction, ayant la tète de l’humérus
pour centre et le coude décrivant une très petite circonférence.
Ala 3* ou 4° tentative, même résultat que dans l’observation
précédente : le claquement se fait entendre, et la tête humé­
rale rentre dans sa cavité glenoïde comme si elle était en
quelque sorte avalée par l ’effort musculaire.
Observalionîïl.—Luxation de l ’humérus en dedans etenbas
chez un homme de 32 a n s , amené dans les salles de l’Hôtel—
Dieu, et chez lequel diverses tentatives ont été inutilement
faites par les procédés ordinaires.
Le blessé étant assis et maintenu fixé contre une chaise par
un drap roulé passé autour du corps, un aide assujettit

�120

SIRUS-PIRONDI.

LUXATIONS.

l'épaule sur laquelle il appuie ses deux mains ouvertes et su­
perposées. L’opérateur saisit, le bras luxé d’une m ain , de
l’autre l’avant-bras, et relève le tout un peu en haut et en
arrière comme s'il s’agissait d’exagérer légèrement le déplace­
ment ; puis il abaisse assez vivement le bras. Saisissant alors
le coude de la main droite et portant le dos de la main gauche
contre la tête humérale, qu’il sent, pour ainsi dire, rouler
contre le rebord glenoïdien, il imprime à l’humérus quelques
mouvements de rotation sur son axe et porte en même temps
le coude un peu en avant. Aussitôt la tête humérale , dégagée
des parties molles qui la captivaient, rentre dans la cavité glénoïde sans autres tractions préalables et avec la plus grande
facilité. Ce blessé, qui avait été chloroformé pendant les trac­
tions exercées avant l’essai de notre procédé, n’était plus
sous l’influence du chloroforme au moment de la réduction.

un coup de pied en pleine figure. Il est violemment renversé
jusqu’à l’autre côté de la rue et il va frapper de l’épaule
droite contre le trottoir. On l’apporte immédiatement à
l’Hôtel-Dieu où il est couché dans le service de la clinique.
Nous constatons une plaie énorme de la face avec décollement
des parties molles et une luxation scapulo-humérale souscoracoïdienne. Avant de m ’occuper du pansement de la face,
qui fut long et pénible et dont je n’ai pas à parler ici, je
tentai de réduire la luxation , l’enfant étant assis sur son lit,
et n’étant fixé ni maintenu par aucun aide. L’avant-bras
étant fléchi, je saisis le coude d’une main et je place l’autre
contre la tête hum érale comme je l'ai indiqué précédem­
ment, puis . j ’imprime à l’humérus des mouvement de ro­
tation sur son axe alternant avec de légers mouvements de
circumduction. La réduction est promptement obtenue et sans
la moindre résistance musculaire.

Obsei'vation IV. — Un cocher, voulant arrêter le cheval em­
porté d’un de ses camarades, est traîné pendant quelques
temps, et tombe avec le cheval. En se relevant, il ressent une
douleur très forte à l’épaule gauche avec impossibilité de re­
muer le bras, qui reste écarté du tronc. Il est amené dans une
pharmacie et on nous arrête au passage. Constatant immédiament une luxation sous-coracoïdienne du bras , nous procé­
dons à la réduction sans chloroforme et sans autre aide que
celle du garçon de pharmacie , qui est prié de maintenir l’im­
mobilité de l’épaule à l’aide de ces deux m ains, le malade
étant assis. Après avoir fait fléchir l’avant-bras sur le bras,
je saisis le coude de la main droite, je porte le dos de la
main gauche sous la tête humérale et j ’imprime au bras des
mouvements de rotation sur son axe, que je fais alterner avec
des mouvements de circumduction d’un très petit rayon,
l’extrémité articulaire servant de pivot. Sans difficulté aucune,
et au bout de très peu de temps , la réduction a été obtenue
comme dans les cas précédents.
Observation V. — Un enfant paraissant ûgé de 12 an s, passe
derrière un cheval stationnant devant un magasin et reçoit

421

Observation VI. — Tout dernièrement enfin , un jeune et
vigoureux ouvrier de 27 ans, travaillant à une des fonderies
de Saint-Louis, banlieue de Marseille, reçoit vers les 5 ou G
heures du malin , un coup de chaîne sur la main droite ,
dont l’effet est d’engourdir immédiatement la main et de
produire, avec une douleur des plus intenses, un enfoncement
très prononcé d’une portion du dos de la main avec impos­
sibilité de pouvoir imprimer à l’index d’autre mouvement
qu’une légère flexion de la 2e phalange.
Le médecin du quartier ayant été immédiatement appelé,
constate une luxation de l’index et cherche à la réduire par de
fortes extensions , la contre-extension étant pratiquée par des
hommes vigoureux qui s’étaient accrochés à l’avant-bras du
blessé. Après plusieurs tentatives, les résultats étant nuis,
notre confrère de la banlieue s’adjoint un second médecin,
et les tractions les plus vives (le blessé ajoute les plus dou­
loureuses ) sont reprises et échouent complètement. On se dé­
cide alors à envoyer cet ouvrier à l ’Hôtel-Dieu où il se rend à
line heure de l ’après-midi, c’est-à-dire huit heures après la
luxation ; mais les admissions à l’hôpital ne pouvant avoir lieu

�SIRTJS-PIROKDI.

qu’à trois heures, ce pauvre homme m ’est adressé, pour gagner
du temps et faciliter son admission immédiate. Après examen,
je constate facilement le déplacement de la tête du deuxième
métacarpien, qui vient faire saillie à la région palmaire, en
avant et un peu en dedans de l’extrémité articulaire de la
première phalange. Celle-ci se trouve en arrière du métacar­
pien ; mais son déplacement, par rapport au plan articulaire,
est beaucoup moins considérable que celui du métacarpien
lui-même. La nature de la lésion étant constatée , j ’essaie en
vain de repousser les deux surfaces articulaires vers leur posi­
tion normale , en agissant en sens inverse sur le métacarpien
et sur la phalange. Jugeant, par ce système, la réduction com­
plètement impossible , et voyant, d’après le récit du blessé,
qu elle ne serait pas plus probable , si l ’on recommençait les
tractions exercées déjà dans la m atin ée, je songe ici
encore à l’emploi du procédé par rotation. Je fixe solidement
avec ma main gauche celle du malade en pronation ; je fléchis
à angle droit la 3* et la 2° phalange de l'index sur la pre­
mière, et saisissant entre le pouce et l’index l ’articula­
tion ainsi coudée, j ’imprime à la première phalange des
mouvements de rotation suivant son a x e, qui alternent
comme d’habitude avec de légers mouvements de circumductiond un petit rayon. Après trois tentatives fort courtes, tou­
tes les trois donnant à peine quelques secondes de repos au
malade pour des essais qu’il avouait d’ailleurs n’ôtre nulle­
ment douloureux , un claquement des plus consolants trahit
le retour des surfaces articulaires dans leurs rapports nor­
maux , rapports confirmés d’ailleurs par la disparition com­
plète de l ’enfoncement métacarpien, et par le rétablissement
normal des fonctions de l ’index.
Rien de plus cu rieu x, qu'on me permette d’ajouter, que
l’étonnement de ce pauvre ouvrier, ne pouvant, disait-il, com­
prendre que j ’eusse pu réussir tout seul et sans le faire souf­
frir, là où d’autres avaient échoué en réunissant leurs efforts.
Les faits que nous venons de relater peuvent-ils permettre
une conclusion absolue? Loin de nous pareille pensée, qui ne
serait légitimée ni par le nombre de ces faits ni par la préci­

LUXATIONS.

423

sion en quelque sorte sorte mathématique que devrait exiger
la description du procédé de réduction auquel nous avons
eu recours. Rien de plus difficile, en effet, que de décrire avec
netteté et concision un rnodus faciendi aussi complexe que
celui auquel on doit avoir recours dans des circonstances
de ce genre, et ici je demande à ouvrir une parenthèse. Il
nous semble permis de poser comme chose incontestable
que, dans toute réduction de luxation par le procédé le plus
communément mis en usage, on peut mettre au défi le chi­
rurgien le plus expérimenté d’affirmer que deux fois sur cin­
quante et dans des circonstances analogues il aura eu recours
à des manœuvres identiquement semblables. Il est malheu­
reusement une foule de difficultés que l’on ne peut prévoir
qu’au moment même où l’on est à l ’œuvre et que l’on sur­
monte d’ordinaire avec facilité à l’aide de modifications fort
simples, qu’il serait difficile de décrire à priori, et que chaque
chirurgien invente, pour ainsi d ire, séance tenante. D’où il
résulte cette conclusion atténuante pour la description de
notre procédé, c’est que, s’il est difficile de tout décrire et de
tout prévoir à propos d’un procédé déjà ancien et vulga­
risé, à fo rtio ri, faut-il tenir compte de ces difficultés
réelles quand il s’agit de faire comprendre une manœuvre
qui s’éloigne passablement de ce qui se faisait précédemment.
Cela admis, qu’on nous permette quelques réflexions qui
nous semblent justes, quel que soit le nombre des obser­
vations sur lequel elles reposent, car un fait est toujours
un fa it, et ne peut manquer de prouver quelque chose,
dùt-il être classé parmi les exceptions, ce que nous ne
pouvons admettre, répétant volontiers à ce sujet le mot fort
juste de M. Verneuil : que toute exception de cette nature est
tout simplement un fait isolé qui en attend d’autres pour
pouvoir être expliqué.
1° — Il est incontestable que l ’emploi des anesthésiques
peut faciliter la réduction des luxations ; grâce à l u i , on a pu
réussir aujourd’hui là où on échouait auparavant. Mais si l ’em­
ploi des anesthésiques est toujours précieux pour supprimer
la d ouleur, il faut reconnaître d’abord qu’il n’est pas sans

�421

SIRUS-PIRONDI.

danger , et que de [dus on ne peut pas y avoir recours indis­
tinctement et à tous les instants de la journée chez tous les
individus; d’ailleurs on n'a pas toujours les anesthésiques
sous la main à l ’instant môme où il s’agit de s’en servir; on
perdrait donc un temps précieux pour se les procurer ou pour
attendre le moment opportun à leur emploi. Il faut donc re­
connaître qu'il y a avantage à user d’un procédé qui, suppri­
mant les violentes tractions exercées sur le membre, supprime
du même coup la douleur et rend les anesthésiques inutiles.
Ceux-ci ont bien pour but de relâcher les muscles qui, par
leurs contractions, s’opposent au retour de l’extrémité du
membre luxé vers la surface articulaire qu’elle a abandonnée;
mais ces contractions musculaires sont produites en grande
partie par l'action reflexe que dé termine la douleur causée par
les tractions. Il résulte des dernières recherches de M. BrownSequard dans les Archives de physiologie normale et patholo­
gique, qu’une excitation portée des extrémités vers les centres
nerveux sollicite immédiatement, de la part de ces derniers,
une action centrifuge. La méthode préconisée remplit donc
bien le but indiqué puisque, supprimant la douleur centri­
pète, elle évite la réaction centrifuge.
2° — L’extension et la contre-extension 11e peuvent être
exercées que par des aides , pendant que l’opérateur est oc­
cupé à calculer jusqu’à quelle limite peuvent arriver les deux
forces agissant en sens contraire, et quel est le moment où il
pourra le mieux profiter du rapprochement des deux surfaces
articulaires pour faire cessr subitement les tractions et re­
mettre les extrémités osseuses en place. Or, tous les chirur­
giens conviendront que ce moment favorable à la réduction
est fort court et qu'il doit être en quelque sorte saisi au vol,
non-seulement par le chirurgien , mais par tous ceux qui
l ’assistent, et les aides intelligents , en dehors des hôpitaux ,
ne sont pas assez communs pour qu’on ne doive pas étudier
avec empressement la meilleure manière de s’en passer. Il est
assurément permis d’affirmer par les observations qui pré­
cèdent, que le chirurgien, aidé du premier venu , qui saura
toujours appuyer ses deux mains sur l’épaule d'un homme

425

LUXATIONS.

assis, pourra réduire sans le moindre effort des luxations de
l’épaule capables de résister à de violentes tractions. Dans le
dernier cas m êm e, le chirurgien a pu réduire tout seul, sans
l’aide de qui que ce soit, une luxation de l’index qui avait
résisté aux efforts de deux confrères doublés de trois aides
vigoureux.
3" — Il n’est pas indifférent non plus de faire remarquer
qu’aucune inflammation articulaire consécutive n’est venue
compliquer la réduction. Les articulations ont repris leurs
fonctions ordinaires après un court repos : quelques applica­
tions tièdes ou froides ont suffi pour conjurer tout symp­
tôme réactif. Nous croyons que ce résultat, qui d’ailleurs
11’est sans doute pas rare, doit être attribué pourtant au
procédé de réduction mis e^n usage. En effet, les tractions
violentes ne peuvent avoir lieu sans augmenter les désordres
que le déplacement des surfaces articulaires a déjà produit,
et sans préjudice des accidents autrement graves qui ont été
signalés en pareille circonstances. Ces déchirures peuvent être
le point de départ de désordres sérieux et capables de com­
promettre les fonctions de l ’article. Ce qu’il y a d’incontes­
table, c’est que les tractions violentes, augmentent la brèche
primitive, et si l ’os luxé rentre à sa place, ce n’est pas sans
laisser derrière lui une porte beaucoup plus largement ouverte
que celle primitivement faite pour sortir. Par le procédé que
nous préconisons , il est évident que l’os luxé ne peut rentrer
en place qu’en parcourant en sens inverse le chemin qu’il a
suivi pour sortir, d’où impossibilité d’augmenter le désordre
qui préexistait; ce qui est beaucoup.
4° — L’autopsie des luxations traumatiques récentes étant
chose rare , tous ceux qui ont voulu étudier le mécanisme et
le résultat des désordres articulaires de celte nature ont dù se
livrer à des essais sur le cadavre. A diverses reprises, j’ai donc
tenté à mon lourde reproduire artificiellement certaines luxa­
tions, et plus particulièrement celles du bras ; mais, à mon
grand regret, ma curiosité 11’a jamais été complètement
satisfaite. La résistance des tissus, la lutte des forces con­
traires, l’action de la volonté, de la frayeur, etc., au moment
2?

�426

PICAHl).

(Tunechute, d’un coup ou d’un accident quelconque, tout
cela constitue autant d’éléments, q u i, on l’a dit déjà, doi­
vent amener forcément des différences considérables entre
les résultats anatomiques d'une luxation chez le vivant ou
chez le cadavre , de même qu'il y a variation de ces mêmes
résultats selon l’Age , le sexe et la vigueur des libres du blessé.
Tout ce qu'il est permis d’affirmer, d’après les plus fréquentes
constatations, c'est qu’il y a d’autant moins de tissus inter­
posés entre les deux surfaces osseuses déplacées , que le dépla­
cement a été plus brusque et qu'il y a eu moins de tiraille­
ments pour obtenir la réduction. On dirait que, dans les cas
les plus favorables , l'os luxé n’a, pour ainsi dire, pas quitté
l'extrémité du canal parcouru pour s’éloigner de l’autre sur­
face articulaire, et q u ïl n ’y a qu’à le repousser directement
dans ce canal pour le faire rentrer en place.
En résumé, les faits qui précèdent prouvent au moins que,
dans quelques cas, la réduction d’une luxation peut s’opérer
facilem ent, sans de grands efforts , sans tractions et même
sans le secours des anesthésiques , et que par- la rotation de
l'os luxé sur son axe , aidé de quelques légers mouvements
de circumduction, on semble suivre plus facilement le canal
parcouru par le déplacement et réintégrer, sans rencontrer
d’obstacles intermédiaires , les surfaces articulaires dans
leurs rapports respectifs.

É p a ississem en t des tu n iq u es de l ’ovaire gau ch e. H ém or­
rh agie intra-ovarique. H ystéro-ép ilep sie. V aricocèle
ovarien gauche. A trophie de l ’ovaire droit. L atéro­
flexion de l ’u téru s chez une v ie r g e non m enstruée.
M éningo-E ncéphalite. Mort.
Par le Dr Paul

P icard ,

chirurgien-adjoint des hôpitaux.

La pièce que j ’ai l’honneur de présenter à la Société est l’utérus
d’une jeune fille vierge, non menstruée, qui a succombé en dé­
cembre 1869 à une méningo-encéphalite iv marche rapide.
Il y a trois ans environ, je fus appelé à donner des soins à
Marie Y.....Je u n e fille de 13 ans, lymphatique, maigre, blonde.

HEMORRHAGIE INTRA-OVARIQUE.

127

La malade n ’a jamais été réglée; elle est née en .Suisse, mais
habite Marseille depuis 4 ans ; la mère, Suisse d’origine, n’a
été réglée qu’à 17 ans. — L’enfant a grandi très- rapidement ;
elle est très-précoce, et sa mère me confie qu'elle se livre fré­
quemment à la masturbation, malgré de sévères admonestations
et une surveillance active.
Marie se plaint depuis quelques mois de douleurs vives et
passagères : « un trait de feu », dit-elle, se produisant tantôt
dans l ’hypochondre droit, tantôt dans l’hypocliondre gauche.
— La mère croit voir dans ces douleurs une conséquence des
habitudes vicieuses de sa fille, qui parfois est d’une sensibilité
extrême, comme agacée et nerveuse ; la moindre émotion amène
alors une congestion à la tête, suivie de céphalalgie, dilatation
des pupilles, tintements d’oreilles et souvent d’épistaxis. L’enfant
a eu, sans raison appréciable, une aphonie, qui s’est guérie
d ’clle-même. Les seins sont petits et peu développés; le mame­
lon cependant est assez saillant, les petites lèvres sont trèsvolumineuses et dépassent la vulve. Le clitoris turgescent est
long de 0,01 centim. Les veines du plexus clitoridien sont vari­
queuses et développées. La vulve n ’a pas de poils; ils sont
rares sur lem ontde Vénus.
J ’examine l’enfant, qui se tord, pousse des cris affreux, enfonce
son poing dans l hypochondre gauche. Au moment de pratiquer
le toucher, je trouve l’hymen intact et présentant un orifice peu
considérable, pouvant à peine permettre l ’introduction du petit
doigt. Un écoulement lactescent et une saillie très-prononcée du
méat urinaire sont les seuls symptômes remarquables que
présentent les organes génitaux externes. Par la palpation
abdominale, je constate dans l’hypochondre gauche une tumeur
du volume d’une n o ix , allongée, située transversalement,
suivant une ligne qui, de deux travers de doigt au-dessous
de Tombilic, se rendrait au milieu du pli de l’aine gauche. Cette
tumeur s’est produite subitement au moment où la mère, fermant
la porto avec force, surprit Marie et une de ses amies jouant sur
le lit. Marie sauta par terre, poussa un cri, se roula convulsive­
ment, soupirant, sanglottant et se plaignant d’une douleur
atroce, de chaleur, de brûlure dans le côté gauche du ventre.
La tumeur est mobile , fluctuante, très-douloureuse à la pres­
sion. Quand la malade se lève, la douleur augmente. Il n ’y a de
repos pour elle que lorsqu’elle rapproche les genoux de l’abdomen
et qu’elle refoule son hypochondre gauche avec un coussin.

�m

PICARD.

J ’ordonne des frictions mercurielles et belladonnées, et fais
appliquer par-dessus de la glace pilée, mcléc a de la farine de
lin sèche. Potion éthérée, repos et boissons froides.
Le soir je trouve, a mon grand étonnement, l’enfant tranquille,
levée et courant sans douleur autour de la chambre. La tumeur
n'est pas modifiée, elle est mobile, non douloureuse, fluctuante
et bien limitée. Le toucher rectal, combiné avec la palpation
abdominale, me permet de constater qu’à la pression la tumeur
provoque une sensation douloureuse spéciale: c’est bien l’ovaire,
mais l’ovaire volumineux et fluctuant.
Je crus alors avoir affaire à une rupture vasculaire dans un
kyste peu volumineux de l’ovaire, et j ’attribuai la douleur à la
compression causée par l’extension rapide de la tumeur.
Un mois après, Marie V..... fut prise d’une attaque d’hystéroépilepsie, qui se répéta depuis presque tous les mois. J’ai été té­
moin d’un de ces accès. L’enfant pousse un cri, tombe, se mor­
dant lalangue, écumant, les pouces dans la pronation, les membres
raides, sans mouvements. Cet état dure quelques minutes : la
respiration devient bruyante, les membres alors pris de mou­
vements brusques; le tronc se tord: l’enfant porte ses mains au
cou, notablement tuméfié; elle comprime ses seins, refoule l’ab­
domen en poussant des gémissements et ensuite des sanglots.
Après avoir pleuré 10 à 15 minutes, il se produisait deux ou trois
mouvements saccadés ; l’enfant ouvrait de grands yeux, se levait
et urinait abondamment.
Il restait une grande prostration; l'enfant était comme hébetée.
Le soir de ces crises, ellemangeaitavidement et buvait beaucoup.
En deux ans elle eut 26 attaques pareilles. Au mois de décembre
dernier, elle fut prise de méningo-encéphalite et mourut eu trois
jours. — Je n’assistai pas à la dernière maladie, et obtins à grand
peine l’autorisation d’ouvrir l’abdomen et de prendre la tumeur.
Les règles ne s’étaient jamais montrées ; il n’y avait jamais eu
de coliques menstruelles bien nettes. L’attaque était précédée
d’une aura résidant dans l’ovaire gauche et passant aux seins
qui étaient assez développés au moment de la mort et qui pré­
sentaient des traces de piqûres d’épingle, piqûres qui, au dire de
l’enfant, le soulagaient du sentimentde brûlure qu’elle éprouvait.
La membrane hymen est intacte; l ’urèthre violacé, le clitoris fort
long, 0,015 millimètres.
Aulopsic des organes génitaux, 20 heures après la mort. —
L’utérus a 0,063 millimètres do long et 0 030 de large (distance

HIÎMORHRAGIE INTRA-OVARIQUE.

429

qui sépare les orifices des deuxtrompes).Il est dur, incurvé à droite.
L’épaisseur de l’organe est assez considérable, de 0,007 mill. à
0,012 mill. Le col et le corps ne semblent faire qu’une cavité; il
n’y a pas d’orifice interne à proprement parler. Seulement l’axe
de l’utérus est coudé, et l’angle rentrant a son sinus à droite.
L’orifice externe du col est très-étroit, circulaire. La portion va­
ginale est dirigée à droite, le côté gauche plus large que le côté
droit. La moitié gauche de l’utérus est plus épaisse que la partie
droite, et le bord gauche est incurvé à droite. La trompe droite
a 0,007 de long. Son pavillon est court en infundibulum, et ne
s’étale pas comme d’habitude. Le ligament ovarien a 0,046 de
long; l’ovaire a le volume d’un gros haricot; il est inséré par une
extrémité au bout du ligament ovarien, et se trouve dirigé verti­
calement et non transversalement. Il a 0,025 de long sur 0,014
de large. A la coupe, il présente une substance médullaire d’un
rouge lie de vin, et dans la substance corticale quelques folli­
cules (6 à 7) assez volumineux, et une dizaine de petits. Les en­
veloppes sont encore assez éloignées des follicules les plus vo­
lumineux, et on ne voit aucune cicatrice à la surface de l’ovaire.
La trompe gauche a 9 centimètres de long. Le pavillon est énor­
me, volumineux, épais. — De l’extrémité de l'ovaire gauche à
l’utérus, il y a 12 centimètres. L’ovaire forme une tumeur du vo­
lume d’un gros œuf de pigeon. Il a 0,055 mill. de long sur 0,037 de
large. A la coupe, il s’écoule environ 3 cuillères abouche de sang
noirâtre, formant bouillie. Intérieurement, le stroma de l’ovaire a
disparu. Il ne reste plus que la coque. Les substances médullaire
et corticale sont détruites. La tunique propre et la séreuse sont
confondues et forment une coque épaisse, résistante, tapissée à
l’intérieur par des vaisseaux saillants et nombreux. Une cloison
sépare l’ovaire en deux parties. C’est un véritable repli central.
Le bulbe de l’ovaire est formé de vaisseaux nombreux,variqueux,
dilatés; il y a un véritable varicocèle ovarien. Le péritoine est
sain à côté de l’ovaire. Rien dans les culs de sacs. Pas d’épan­
chements rétro ou péri-utérins. Dans le repli qui unit la trompe
à l’ovaire, 3 ou 4 petits kystes de la grosseur de la tète d’une
épingle.
Réflexions. — Cette observation présente pour moi un grand
intérêt: c’est le second fait d’hémorrhagie intra-ovarienne
qu’il m’a été donné (l’observer.

�430

r iC A R D ,

Tout praticien a pu constater les douleurs brusques, vio­
lents aiguës qui se produisent au moment de la première
menstruation. La vésicule de Graaf est tuméfiée et fait saillie
à la surface de l’ovaire. La trompe s’applique sur la vési­
cule et, par une sorte de succion, provoque la rupture de
la vésicule et la sortie de l’œuf qui tombe dans la trompe
et arrive dans l’utérus. Les douleurs cessent subitement et
l'écoulement sanguinolent se produit. Mais il peut arriver
que les enveloppes de l’ovaire aient une consistance plus
considérable, que les vésicules de Graaf restent comme
enclavées au milieu de l'ovaire et ne viennent pas s’épa­
nouir à la périphérie de l ’organe. C’est, je crois, le cas
de Marie V ............... L’ovaire droit est atrophié, son inser­
tion est vicieuse, sa coque épaisse, les follicules sont rares et
éloignés de la superficie de l’organe. Mais l’enfant a des
habitudes vicieuses; elle provoque artificiellement un état
de turgescence ovarienne antiphysiologique. Un ovaire, le
gauche, est plus volumineux, la trompe a deux centimètres
de plus à gauche qu’à droite, les artères et veines formant
le bulbe ovarique sont énormes, hypertrophiées, variqueuses.
N’avons nous pas ici une remarquable analogie avec le testi­
cule des masturbateurs, variqueux, pendant, présentant le
plus souvent une inversion notable.
La masturbation ne provoque pas toujours une hyper­
trophie ovarienne : quand elle est prématurée, il y a au con­
traire une atrophie remarquable dans cet organe. De même
que le sperme est pauvre en spermatozoïdes chez les mastur­
bateurs, de même, chez les ûlles vicieuses, on observe la
raréficaüoa des follicules de Graaf. Ces vésicules avor­
tent pour ainsi dire; au lieu de rayonner du centre de
l'ovaire vers sa périphérie, elles restent stationnaires. L'albuginée est plus dense; l’enveloppe séreuse est plus épaisse.
Marie V. est surprise au moment de l ’éréthisme ovarien;
le pavillon s’applique sur l’ovaire avec force, les mem­
branes ovariennes ne cédant pas, il se fait une hémorrhagie
intrà-ovarienne : la douleur est immédiate et atroce ; une tu­
meur se forme instantanément, il y a distension de l’ovaire

HÉMORRHAGIE INTRA-OVARIQUE,

431

et l’obstacle apporté par les membranes ovnriques empêche
l ’écoulement sanguin des’épaneher dans l’abdomen et par cela
môme l’hémorrhagie est arrêtée. Il se passe ici ce qu’on
remarque dans les hématocèles du testicule : mêmes anté­
cédents, mêmes signes, excès, violence, émotion subite:
douleur atroce; tumeur lisse, se formant brusquement
n’augmentant plus et ne se résorbant pas. Puis, au bout de
peu de temps, la tumeur persiste, mais la douleur a disparu ;
comme conséquence, atrophie testiculaire. Chez Marie V.
ces circonstances se retrouvent: érection ovarique: surprise,
douleurs atroces, bien limitées à la région ovarique gauche,
tumeur se formant brusquement, atteignant en peu de temps
son maximum de développement ; pas de péritonite ; cessation
brusque de la douleur. Atrophie consécutive du tissu ovarien
et des follicules de Graaf qui s’y développent. Notons en
passant la latéro-fléxion utérine, si fréquente chez les enfants
vicieux : la trompe gauche est épaisse; des kystes se dévelop­
pent à son pourtour, enfin, le bulbe ovarique est énorme.
Les règles ne paraissent pas, En effetaucun follicule de Graaf
n’a franchi l ’écorce ovarienne, il n ’existe aucune cicatrice,
aucune apparence de corps jaune. Ceci nous prouve l’énorme
influence de l’ovaire sur l ’excrétion menstruelle. A la vérité,
l’hémorrhagie cataméniale se fait par la muqueuse utérine,
mais l’ovulation est le phénomène initial et nécessaire. Cepen­
dant, dans le cas qui m ’occupe , je ne puis tirer des conclu
sions trop absolues à ce sujet. La mère a été menstruée à
IG ans ; l’enfant n’a que 16 ans et quelques mois ; elle est née
en Suisse et on sait que les menstrues arrivent tardivement
dans ce pays. L’accès d’hystéro-épilepsie qui revient périodi­
quement semble avoir remplacé l’écoulement menstruel.
Il est probable que l ’ovaire gauche aurait été le point de
départ d’un des kystes hématiques multiloculaires, à contenu
gélatineux, épais, dont les pédicules sont le ligament ova­
rien, traversé par d’énormes artères, par des veines variqueu­
ses, kystes à coque épaisse, largement vascularisée. Cependant
en trois ans la tumeur n’avait pas changé de volume. Seuls
les tissus médullaire et cortical avaient disparu et ont été

�GAJRCIN.

P L E U R É S IE PURULENTE.

résorbés; il restait une coque résistante, vascularisée, épaisse,
mais il n'y avait pas eu d’augmentation de volume de la
tumeur et son contenu était du sang décomposé, mais non de
la. gélatine.
J’appelle l ’attention des observateurs sur cette forme d’hé­
morrhagie intrà-ovarienne et sur les conséquences qu’elle
X^eut avoir. Nul doute qu’on ne trouve à un moindre degré les
symptômes que j ’ai signalés et qui le plus souvent se termi­
nent par l’hémorrhagie menstruelle. Mais il faudrait élucider
l'étiologie de cette affection et voir si la seule masturbation
peut expliquer l’atrophie ovarique, l’epaississement des enve­
loppes de l’ovaire et la raréfaction des vésicules de Graaf.

os, la cavité thoracique nous apparaît comme divisée en deux
portions par une cloison placée verticalement et allant du dia­
phragme a la clavicule: de ces deux compartiments, l’un renferme
le poumon, l’autre contient du pus. Cette cloison n ’est autre chose
que la plèvre viscérale considérablement épaissie, d’un aspect ana­
logue à celui du tissu fibreux ou des aponévroses d’insertion,
presque complètement séparée du poumon, dont on l’isole faci­
lement, et tendue entre les points extrêmes du thorax, selon les
deux directions verticale et antéro-postérieure. La plèvre pa­
riétale présente le même aspect que la viscérale ; elle est forte­
ment adhérente dans toute son étendue à la face interne des côtes,
et nous sommes obligés de l’en détacher avec le scalpel, encore
la dissection en est-elle lente et difficile. La face interne offre une
surface rugueuse, tapissée dans toute son étendue par des flocons
jaunâtres, crémeux, qui ne sont autres que des pseudo-membranes.
Le réservoir, ainsi formé, contient environ un litre d’un pus,
assez fluide, jaune-pâle, qui s’échappe en flots au moment où
nous avons ouvert la plèvre. — L’examen microscopique nous a
montré dans ce liquide à peu près les mêmes éléments que nous
avions rencontrés dans le liquide fourni par la thoracentèse. La
plèvre, placée sous le champ du microscope, nous a paru formée
de nombreux éléments du tissu conjonctif sans revêtement épi­
thélial.

432

D r P aul P

ic a r d .

CLINIQUE MÉDICALE DE L ’ÉCOLE DE MÉDECINE.
Pneumonie double ; pleurésie purulente unilatérale. Thoracenlèse. Mort.
( Observation et réflexions, par M. Gaucin , interne du service.)

.

( Suite et fin J.

L’autopsie est faite le 3 octobre, à 7 heures du matin.
Le sujet est parfaitement conservé ; la rigidité cadavérique est
faible.
Rien à noter dans l’aspect extérieur.
Thorax. — Le thorax présente du côté droit les mêmes défor­
mations constatées pendant la vie, et dont nous avons fait mention
le jour qui précède la thoracentèse ; seulement la voussure qui
fait suite en bas à la dépression est beaucoup plus accentuée. —
Après avoir enlevé isolément le sternum, nous voyons le poumon
droit adhérer complètement aux cartilages costaux. Ouvrant
plus largement la cavité thoracique de ce côté par la section des

433

Le poumon droit est complètement revenu sur lui-même ; il est
aplati contre la région latérale de la colonne vertébrale, et mesure
0m 18 cent, de hauteur sur 0m07 de largeur. Son tissu est gris
bleuâtre et ne se laisse nullement déprimer par le doigt. — A la
coupe, nous avons une surface dure, ne criant pas sous le scalpel,
d’aspect grisâtre et parcourue par des tubercules blanchâtres,
sans aucune trace de vésicules, et ne laissant échapper ni air, ni
liquide sanguinolent. La dosimacie hydrostatique nous a démontré
l’absence totale de gaz ; des portions de ce poumon, prises au ha­
sard, ont constamment plongé.
La cavité pleurale, contenant le pus, mesurait 0m07 cent, de
largeur sur 0m30 cent, de hauteur.
Le poumon gauclie s’affaisse à l’ouverture du thorax ; la plèvre
de ce côté est parfaitement saine. Dans le parenchyme pulmo­
naire, nous retrouvions des traces du travail d’exsudation .que
nous avions noté ; mais les alvéoles pulmonaires sont perméables
dans toute l’étendue de l'organe. A la partie moyenne, le tissu

�43 i

GARCIN.

offre une coloration rouge très-marquée, signe de congestion ré­
cente ; mais la pression fait éclater de nombreuses bulles d’air
qui s’échappent aussi d’une surface de coupe avec un sang ru­
tilant. Les dimensions de l’organe sont normales.
L’arbre trachéo-bronchique ne présente aucune altération, si ce
n’est une vascularisation notable de la muqueuse.
L’appareil cardiaque n’a rien de remarquable : 50 grammes en­
viron d’un liquide sanguinolent dans le péricarde, cavités ven­
triculaires gorgées de sang, mais pas de caillots.
Abdomen: Le tube digestif est à peu près normal.
La rate est doublée de volume; à la coupe, rien de particulier.
Le rein gauche est normal ; mais le rein droit présente à sa
surface un aspect granulo graisseux analogue à celui que l’on
rencontre quelquefois dans la maladie de Bright : a l’extérieur,
un peu de congestion.
Le foie ne présente pas d'augmentation de volume. A première
vue, il n’y a rien d’extraordinaire; mais en cherchant à le ramener
de droite à gauche et d’arrière en avant pour l’enlever, un flot
de pus si considérable inonde la cavité abdominale que nous
croyons avoir déchiré le- diaphragme et donné issue au pus ren­
te nné encore dans la plèvre. Mais nous constatons aussitôt que ce
pus est formé par une vaste poche placée à la face convexe du foie,
vers sa partie déclive, entre cet organe et la face inférieure du
diaphragme. La surface du foie correspondante a été érodée par
cette collection purulente sur une étendue circulaire deO”IS cent.
de diamètre et 0,01 à 0,02 de profondeur: le pus qui baigne
cette surface est crémeux, jaunâtre, bien lié. En descendant la
face convexe du foie, nous tombons sur une seconde poche de la
grosseur d une orange ordinaire contenant aussi du pus et un
liquide jaune-verdâtre, qui n ’est autre que de la bile. A la face
inférieure du foie, à droite et près du hile de l ’organe, se trouve
un abcès du volume d’une noix; deux autres petits abcès sont si­
tués dans l’intérieur même du foie. Vers le milieu de la face su­
périeure, se trouve une ulcération semblable à une pièce de 1fr.,
au fond de laquelle on remarque un détritus granuleux, de couleur
grisâtre. Ce détritus est constitué par les cellules hépatiques rem­
plies de granulations moléculaires et de globules de surcode. A
cette ulcération correspond une ulcération de même forme et
même taille , placée sur la face inférieure du diaphragme. Le
muscle est ainsi perforé comme à l’emporte-pièce, mais il n’y

P LE U R É SIE PURULENTE.

435

a pas de communication sensible; la plèvre diaphragmatique
forme une cloison de séparation.
L’œdème persiste dans la partie supérieure du corps, mais
l’augmentation de volume affecte surtout le membre gauche. La
face est congestionnée et le côté gauche en particulier présente
par places une Coloration rouge très-marquée.
L’origine des troncs veineux brachio-céphaliques renferme des
coagulations fibrineuses qui en effacent complètement le calibre.
Les coagulations ne dépassent pas à droite l’embouchure de la ju­
gulaire; mais s’étendent à gauche et dans la jugulaire interne et
clans la sous-clavière. La thrombose s’étend, de côté, dans la ju­
gulaire jusqu’au niveau de la région parotidienne, vers le bras
jusqu’à la terminaison de l’axillaire et dans toutes les veines af­
férentes correspondantes. Les musclesdel’épaule et ducou offrent
une congestion sanguine très-marquée. Ces coagulations veineu­
ses sont d’origine fibrineuse; blanchâtres là où la fibre seule les
constitue, plus loin rouges et noires mais dures, difficiles à dilacérer, parfaitement organisées en un mot.
Le système artériel est intact.
Dans l’encéphale,l’hémisphère cérébral gauche présente une hypérémie considérable mais n’allant pas jusqu’à l’extravasation,
hypérémie correspondant à l’oblitération de la jugulaire.
Enfin, nous n ’avonspas rencontré d’autres collections purulentes
que celles que nous avons signalées.
Il n’y avait pas d’abcès musculaires ni d’abcès articulaires.
La ponction a été faite dans le 5° espace intercostal.
En résumé, un malade nous arrive avec une pneumonie
unilatérale, puis voit s’enflammer la plèvre correspondante
et le poumon congénère. La maladie parcourt ainsi une
première période. Plus tard, le parenchyme pulmonaire s’étant
débarrassé de son exsudât fibrineux, le liquide de la pleurésie se
transforme en liquide purulent; et cette seconde phase de
la maladie se termine par la mort, malgré les tentatives de la
thérapeutique. Suivons maintenant pas à pas ces divers pro­
cessus pathologiques.
Inutile tout d’abord d’insister sur l’inflammation du poumon
droit: il nous siérait mal de toucher un pareil sujet. Mais
qu’on nous permette d’étudier (autant qu’il est en notre pou­

�136

GARCTN.

voir) la genèse de l’épanchement pleural ou plutôt du liquide
purulent. Si nous nous conformons aux idées, fort justes du
reste, émises par M. Damaschino dans sa thèse d’agrégation
(mars 1869). sur les causes de la pleurésie purulente, nous trou­
vons chez notre malade les deux ordres de causes prédispo­
santes données par cet auteur. Nous avons en premier lieu
une cause d’appel sur la plèvre, ici accidentelle, c’est la pneu­
monie ; d’autre part l’adynamie que nous avons observée dès
le début nous révèle un affaiblissement général portant prin­
cipalement sur les fonctions de nutrition. Mais cet épanche­
ment a-t-il été purulent d’emblée ou bien était-il purement
séreux? Cette dernière hypothèse nous parait la plus proba­
ble. Nous déclarons hautement nous rattacher ici à l’opinion
de l’illustre professeur d’histologie de Paris : le blastème liquide
apparait le premier. L’épanchement séreux a donc précédé
ou plutôt a engendré l’épanchement, purulent; les leucocytes,
élément anatomique fondamental des liquides purulents, nais­
sent spontanément dans le liquide d’exsudation. L’épanche­
ment pleural, d’abord séreux, est ainsi devenu purulent. Du
reste, reprenons plus loin la question à un autre point de
vue, nous espérons démontrer complètement cette manière de
voir.
A cet épanchement pleural, correspond d’un côté l’atélecta­
sie pulmonaire, la suppression du poumon droit ; d’autre part,
un état pathologique du poumon congénère. Ici encore, deux
phases principales. Au début, nous avions une congestion
passive ayant sa source dans les difficultés qu’éprouve le sang
à circuler dans les vaisseaux pulmonaires, d’où augmenta­
tion de la tension dans les capillaires et hypérémie de l’or­
gane. A cette hypérémie pouvons-nous rattacher l ’exsudation
fibrineuse notée le 11'jour de la maladie? Nous nous conten­
tons d’indiquer ce problème, réservant une opinion qui paraî­
trait peut-être exagérée et à la sanction de laquelle manque
l’expérience clinique nécessaire pour bien juger.
Mais de l'inflammation de la plèvre dérivent certainement
les collections purulentes siégeant sur la face convexe du foie.
Nous voyons là, en effet, le travail inflammatoire attaquer

P LE U R É SIE PURULENTE.

437

d’abord, puis détruire le diaphragme, se propager de là à la
glande hépatique et enlever, réduire en détritus la position
de la glande que nousavons signalée. Jusqu’ici le processus est
facile à suivre; mais à. cette inflammation par propagation
peut-on aussi rattacher les abcès intra-hépatiques, ou bien
faut-il les attribuer à la pyohémie? Cette nouvelle question
est encore difficile à résoudre, car l’on peut disserter aussi
longuement sur l’une ou l ’autre hypothèse.
Il est une particularité de cette observation sur laquelle
nous voulons insister et d’autant plus volontiers que nous y
trouvons les éléments d’une investigation scientifique certaine
et fidèle : je veux parler de l ’application du thermomètre à
l'élude des maladies. Or, ce moyen d’exploration, d’une exacti­
tude presque mathématique, nous a permis d’assister aux di­
verses péripéties de la lutte et a marqué toutes les étapes de la
maladie. Suivons, en effet la marche de la température.
Le malade arrive au 5° jour de sa maladie. Ce jour là, sa
température est 39,0°, 40,1 ; le 6° et le 7' jour le thermomètre
stationne entre 39 et 40 ; le matin du 8e jour, il descend à
38’ 4, mais le soir il est. à 40" 4. Une telle ascension indique
qu’il se passe quelque chose d’anormal. Un abaissement de
température au 8° jour de la maladie, nous donnait le droit de
croire à un commencement de la défervescence ; car nous
savons, d’après W underlich, Thomas et Jaccoud, et nous
avons pu observer nous-même , que le 8' jour marque le
terme de la défervescence. Or , le chiffre 38" 4, obtenu le
matin de ce jour, semblait indiquer cette amélioration ; mais
le soir, le thermomètre remontait à 40° 4; cette ascension nous
révélait fatalement l ’intervention d’un nouvel élément mor­
bide. En effet, l ’existence d’une pleurésie se révèle ce jour là ;
et cet épanchement se généralisant, fait, le 9 'jour, monter le
thermomètre à 40° 0 (chiffre obtenu le soir). Les jours sui­
vants, oscillations propres au début de la pleurésie, et le 11'
jour, ascension vespérale de 2" G et apparition d’une pneu­
monie à gauche. Puis, marche graduellement descendante du
thermomètre, et avec oscillations notables, pendant 10 jours.
Nous aurions dù arriver ainsi à une température normale ;

�438

GARCIN.

mais la colonne lhermométrique, au lieu de se maintenir aux
environs de 37', décrit des oscillations vespérales de 1, et
quelquefois de 2 degrés. Cette allure inquiète du thermomè­
tre, nous révélait encore, d’une façon certaine, l’existence d’un
nouveau travail morbide, et ce travail nous l’avons reconnu
être une transformation purulente de l ’épanchement pleural
Toutefois, c’est ici le lieu de faire ressortir la circonspection
avec laquelle on doit accepter les données fournies par le
thermomètre; le soin avec lequel on doit contrôler les chiffres
donnés par les divers auteurs. D’après Liemssen, en effet, il
faut que dans la pleurésie la température atteigne 39"5 ou 40*
pour que l’épanchement soit purulent. Or, ici, jusqu’au 35*
jour, le thermomètre n’a atteint qu’une seule fois 39°4, les
ascensions vespérales atteignent 39° ; aurait-il donc fallu nier
l’existence d’une pleurésie purulente? Mais la signification de
la courbe thermométrique nous était révélée par l’état général
du malade, en même temps que la marche de la température
nous donnait la clef des phénomènes généraux, graves, que
nous observions. — Le 38e jour, on pratique la thoracentèse.
Ce jour là, le thermomètre descend un degré du matin au soir:
38° 8 avant la thoracentèse, 37° 8 à la visite du soir. L’abaisse­
ment du soir a toujours une valeur considérable, et dans le cas
présent, il nous dénotait l’influence salutaire de la soustraction
du liquide purulent. Certainement, si le thermomètre ne se
fût pas écarté de ce chiffre là, nous aurions pu affirmer une
bonne terminaison. Du 38“ au 45° jour, les oscillations ther­
mométriques se maintiennent entre 37° 4 et 38° 8 ; jusque là,
rien d’inquiétant. Mais le 45* jour, tandis que le matin nous
ne notions que 37“ 4. le thermomètre atteignait le soir 39° 1, et
il se maintenait jusqu’à la fin entre 38° et 39°. — Or, dans cette
dernière période, Dépanchement purulent s’est reproduit. Donc
à ce nouveau travail pathologique correspondent des oscil­
lations considérables et des variations bi-quotidiennes d’en­
viron un degré.
A cette marche de la température correspondent les courbes
adéquates décrites par le pouls et la respiration. Dans les ma­
ladies fébriles de longue durée, le nombre des pulsations n’est

PLE U RÉ SIE PURULENTE.

439

pas toujours en rapport avec le chiffre thermique ; mais dans
les phlegmasies à marche rapide, l’augmentation des pulsa­
tions accompagne presque toujours l’élévation de la tempéra­
ture. Ici nous voyons le pouls s’élever en môme temps que le
thermomètre, puis se maintenir au chiffre de 120, et plus,
alors que l’organisme est empoisonné par la présence de la
collection purulente. Mais l ’exploration du pouls ne doit pas
porter seulement sur le nombre des pulsations ; ce qui est de
beaucoup plus important à considérer, c’est le caractère
qu'offrent ces pulsations : fortes ou faibles, larges ou petites,
soulevant le doigt ou disparaissant à la pression.
Les mouvements respiratoires donnent aussi le bilan des
modifications que subit le sang dans l’organe de l'hématose.
aussi voyons-nous le nombre desrespirationsgrandir à mesure
qne la surface pulmonaire diminue, ou bien lorsque l'héma­
tose est entravée. Mais lorsque l ’organisme a besoin de renou­
veler fréquemment les matériaux de la nutrition afin de suf­
fire à la combustion exagérée des tissus, les mouvements res­
piratoires sont aussi plus considérables. Ici encore, la signifi­
cation numérique n ’est pas la seule à valoir; le rythme et le
caractère, le jeu des muscles respirateurs viennent nous in­
diquer de quelle façon se fait l’hématose.
Nous arrivons ainsi au terme de la tâche que nous nous
étions imposée, et en terminant, nous tenons à relever les
points qui nous ont paru les plus intéressants.
1° Processus inflammatoire agissant successivement sur le
parenchyme pulmonaire et la plèvre correspondante, puis sur
le poumon gauche. — A cette première phase, nous rattachons
la première partie du tracé graphique: oscillations station­
naires autour de trois points fixes, un pour la pneumonie ini­
tiale, l’autre pour la pleurésie, le troisième pour la pneumonie
gauche ; puis oscillations descendantes. — Médication anti­
fébrile et tonique.
2“ L’épanchement pleural devient purulent. L’état, adynamique est porté au plus haut degré , l’économie est frappée
tout entière. — Le travail de combustion organique est con­
sidérable : les oscillations thermométriqnes sont importantes,

�un

PICARD.

REVUE CRITIQUE.

et les variations bi-quotidiennes sont exprimées par 1 et 2
degrés. — La nature purulente de la collection pleurale est
diagnostiquée. Même médication.
3° La thoracentèse est pratiquée et le mouvement fébrile se
ralentit. Mais la collection purulente se reforme bientôt : le
thermomètre reprend sa marche ascendante, et se maintient
jusqu'à la mort aux environs de 39°. — Médication anti-sep­
tique.
Telles sont les étapes principales de la période morbide que
nous venons de parcourir ; grande sera notre satisfaction si
nous avons justifié ce que nous promettions au début de ce
travail.

septénaire, il n ’en perdit que i. À l’hôpital militaire de Stettin,
iila même époque, la mortalité était de 30 0/o- — Depuis, les
médecins militaires ont employé la méthode de Brand et la mor­
talité a diminué des 2/3 à l’hôpital militaire (10 0/o).

Garcin.

DU TRAITEMENT DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
Par le D’ Paul P icard , ancien interne des hôpitaux de Paris.

(Suite.)

Brand (1), de Stettin, a publié un livre fort remarquable sur le
traitement de la fièvre typhoïde ; un chapitre spécial est destiné
aux garde-malades et infirmiers, et explique comment on doit s’y
prendre pour éviter les accidents.
Brand a employé sa méthode dans la terrible épidémie de
1858-59 et depuis cette époque, en suivant minutieusement certai­
nes règles que nous allons exposer, il n ’a presque jamais perdu les
malades venus à lui dès le début de la maladie. Sur 170 cas de
fièvre typhoïde, traités dès le début de l'affection, il n’a perdu
aucun malade. Sur 17 cas très graves , traités après le 2““ et le 3°“

(1) Die Heilung des typhus, von Dr E. Brand. Hirschwald. 1S68. Berlin.

U1

Brand déclare que la fièvre typhoïde présente des symptômes
contre lesquels l'hydrothérapie est impuissante: ce sont les symtômes catarrhaux, la tuméfaction de la rate , l'éruption roséolique, la fièvre, la diminution régulière du poids du corps. Au
contraire, l’eau froide possède une action marquée contre les
symptômes nerveux, la sécheresse de la bouche, les fuliginosités,
les ulcérations intestinales, la diarrhée, le météorisme, les hémor­
rhagies, les altérations musculaires, la tendance a l'ulcération et
à la gangrène, la perte trop rapide de poids et les lésions locales.
Grâce à l’emploi rationnel de l’eau, le médecin conservera chez
ses typhiques, l’intelligence libre, la langue humide et propre,
le visage pâle, le ventre et la poitrine frais : la diarrhée n’existera
pas et l’urine sera limpide et abondante.
Brand (1) emploi l'eau de trois façons:
1° Traitement doux: compresses et lavages, séjour dans des
linges entretenus continuellement humides, frictions avec des
linges humides; le bain entier chaud, et le bain entier graduel­
lement refroidi.
2" Traitement fort : le demi bain tiède avec affusions.
3° Traitement violent : affusions dans la baignoire vide, bain
de pluie, bain entier froid, avec affusions. Ces deux derniers pro­
cédés sont rarement employés.
L’hydrothérapie doit être employée seule et on ne doit pas
donner simultanément d ’autre médicament.
Brand s’élève surtout sur l'emploi concomitant du sulfate de
quinine. Contre la fièvre typhoïde commençante, on emploie les
affusions d’eau à 8 ou 10° R. sur la tête et sur le tronc; on projette
environ deux arrosoirs d’eau en frictionnant légèrement le tronc
et les membres. On continue pendant 10 à 15 minutes, jusqu’à
(1) N’ayant pas sous la main do l’ouvrage do Brand, nous empruntons
largement au résumé du Dr Gcissler ( Uber don Typhus, Schmidts Jahrbùcher. Janvier 1870) et nous renvoyons à cet excellent article les lecteurs
qui voudraient se mettre au courant de tout ce qui a été écrit récemment
sur la lièvre typhoïde (étiologie, symptomatologie, anat. pathologique
traitement, etc.)

28

�442

PICARD.

ce que le malade éprouve un véritable frisson. Alors on passe
rapidement une chemise au malade, ou l'étend sans l’essuyer,
sur un matelas ou sur un sac de paille, on le couvre d’une cou­
verture de laine. Si lo malade a froid, on enroule les pieds et on
les entoure de cruchons d’eau chaude. Sur la poitrine et sur l’ab­
domen, on applique des compresses larges, épaisses, trempées dans
l’eau froide et, mieux encore, dans de l’eau contenant de la glace.
On recouvre ces compresses de flanelle ou de toile cirée. Si après
4 heures, la température de l’aisselle dépasse 39,5 centg., s'il y a
de la chaleur et de l'inquiétude, si une des joues du malade de­
vient rouge, on recommence l’affusion. Les compresses sont
changées dès qu’elles sont chaudes, seulement dès que le malade
dort tranquillement, il faut le laisser reposer. On peut faire six
affusions par jour au début. Quand la fièvre a cessé, on se sert
d’eau plus chaude (12° R.), et on se contente de deux à trois affu­
sions par jour. Quand la température du corps est restée pendant
plusieurs jours à 38° centg., on cesse l’usage de l’eau, on fait lever
et sortir le-malade et on lui fait respirer un bon air.
Chez les personnes faibles, chez les vieillards, on se trouve bien
d’employer des bains entiers de 23 à 25 centg., avec des affusions
k 16 ou 20 centg. Quand la fièvre est forte, il faut, outre les affu­
sions, enrouler le malade dans des linges humides, tout en met­
tant des bouilloires d’eau chaude k ses pieds. Des lavages froids
et des compresses froides ne peuvent remplacer les bains, qui sont
bien préférables et plus actifs. On enroule les enfants dans un
linge humide, on les étend sur une table, et on fait les affusions
sur la tête avec de l'eau k 16 ou 20° cent. Si la fièvre typhoïde est
kson stade de dépression, on emploiera le bain chaud k 26 cent,
avec des affusions k 20 ou 22° centg.
Au bout de deux k trois heures, dès que le malade est revenu
k lui, on recommence le bain complet, mais avec des affusions à
I0 ou 12° centg. Après le bain, on couvre le malade de compres­
ses très-froides. Si le malade continue k perdre connaissance, on
lui verse sur la tête, dans son lit, toutes les demi-heures, de l’eau
à 8 ou 10° centg. et on entoure les jambes avec de la llanelle
trempée dans l’eau chaude. Tant que le malade respire, on doit
continuer cette médication,qui est aidée par l’usage de spiritueux
(cordiaux et stimulants). Si le malade reprend ses forces, on le
ramène aux affusions dans le demi-bain et on élève graduelle­
ment la température de l’eau.

REVUE CRITIQUE.

443

Brand recommande le régime suivant:
Il faut renouveler l’air, ouvrir souvent les fenêtres, nuit et
jour, enfin, si l’on peut, on doit pendant l’été, mettre le malade
sous la tente. La température de l’appartement doit être main­
tenue à 14° ou 15° centg. On doit changer souvent le linge du
malade et ne pas laisser le linge sale dans la salle où il couche.
L’eau que le malade boit ne doit pas être prise à des puits voi­
sins de la maison; il faut ou la faire bien bouillir, ou la prendre
à (les fontaines éloignées des lieux où la fièvre typhoïde règne.
Apart le temps du sommeil, le malade doit boire tous les quarts
d’heure.
Au début, on donne du lait, du café ou du thé avec du lait, du
bouillon de veau et du mouton, du gruau avec de l’extrait de
viande: plus tard, du rôti, du beefsteak, du jambon, du bœuf
cru. Jamais d’œufs. Le vin doit être donné en petite quantité,
mais il est indispensable dans la convalescence. Brand recom­
mande le vin de Hongrie ou de Bordeaux, en général, et quand
on a affaire à un buveur, du Sherry ou du Porto. On donne le
vin avant ou après le bain.
La sueur ne contr’indique pas les affusions, si la température
de l’aisselle dépasse 39°,5 centg.; si la température est moindre,
on frotte tout le corps lorsque la sueur a cessé.
L’hémorrhagie intestinale seule contr’indique le bain : dans ce
cas on emploie des compresses et lotions glacées, le météorisme
cède à l’emploi de poudre de charbon. Enfin, la menstruation
ne contr’indique pas l’usage de l'hydrothérapie.
Stohr (I) a employé, k l’hôpital Julius, k Wurzburg, le procédé
de Brand dans 120 cas. Lamortalité, par suite de fièvre typhoïde,
avait été dépuis 1848, de 20,7 0/0. Par l’hydrothérapie elle a
été réduite k 6,6 0/0. Dans les 8 décès qu’on eut a regretter, la
méthode de Brand avait été appliquée d’une manière tardive ou
incomplète :
2 malades succombèrent k la perforation,
I à l’emphysème pulmonaire,
I à une pneumonie suivie de collapsus,
1 à l’hémorrhagie intestinale.

(1) Verhandl. d. pliys. med. Gesellschafl zu Wurzburg 186S, page 210,

n"1.1.

�PICARD.

R E V l'E CRITIQUE.

Les applications froides sur le ventre et la poitrine permettent
d’espacer les bains qui d’après Stôhr, ne doivent pas durer plus
d’un quart d'heure ; cela suffit pour ramener la température il
37° ou 38’ centg. La convalescence est abrégée par l'emploi des
procédés de Brand; les symptômes cérébraux sont presque nuis;
le malade ne souffre pas, il a conscience de son état et il ne gâte
pas.

à 30 degrés Réaumur. Au moyen d’un tuyau qui descend près du
fond de la baignoire, on refroidit le bain jusqu’il 16° R. Le bain
dure de quinze à vingt minutes. Au début, on le répète quatre à
cinq fois par jour, plus tard, deux à trois bains sont suffisants.
Les médecins d'Erlangen se plaignent des cris poussés par les
malades pendant les affusions, et ils y renoncent pour cette raison.
Les compresses froides, d’après eux, ont peu d’influence sur la
température du corps; les enroulements, au contraire, ont une
action utile et bien marquée. Les bains diminuent et font dispa­
raître les accidents nerveux: danslebain, le pouls devient petit et
mou, il disparaît souvent et le malade devient cyanosé. Pour
combattre cet accident, les auteurs recommandent de donner du
vin. ou des alcooliques ou la célèbre potion de Stokes.
Cognac..................... 60 grammes.
Jaune d’œuf............... n" 1.
Eau de cannelle.. .. 60 grammes.
Sirop sim ple........... 30 grammes.
1 cuillère à bouche toutes les heures.
Le pouls reste dicrote, les pulsations diminuent de 12 à 13 par
minute. Les congestions thoraciques, la pneumonie et les bron­
chites sont fort rares lorsqu’on emploie l’hydrothérapie. Les
lésions buccales sont nulles ; le météorisme et les douleurs abdo­
minales sont peu modifiées parles bains, qui semblent augmenter
la diarrhée.
Comme les auteurs précédents, Ziemssen et Immermann re­
connaissent que la convalescence et courte (8 à 14 jours) et la
durée de l’affection notablement diminuée par l’emploi de l’eau.
Schroder, deDorpat (I), étudie l’influence des bains sur l ’excrétion
d’acide carbonique chez les typhisés. Après le bain, il fait respirer
le malade dans un appareil spécial, et détermine la quantité
d’acide carbonique exhalé.— Dans 16 cas, ce dernier a été diminué
de 3 à 55 0/0, en moyenne de 24 0/0. Immédiatement après le bain,
il cause de l’excitation, l’acide carbonique augmente, puis il di­
minue, et 2 ou 3 heures après le bain il revient à l’état normal.
Comme nous l’avons vu, les bains diminuant la quantité d’urée
et l’exhalation d’acide carbonique, on peut dire que les phéno­
mènes d ’échange de matière qui se passent dans le corps d’un typliisé sont ralentis par l ’emploi des bains froids.

4i4

Winternitz (1) emploie les enroulements humides lorsque la
température du corps n’est pas trop élevée et que les phéno­
mènes nerveux ne sont pas trop graves. On retire graduellement
la chaleur et après l ’enroulement, le corps redevient chaud en
trois ou cinq minutes : le frisson n'arrive qu’après dix ou douze
enroulements. Le dernier enroulement doit durer demi-heure.
Winternitz s’est très-bien trouvé des affusions froides sur le
tronc. Il s’est servi aussi du demi-bain h 10 ou 20 degrés, avec
affusions sur la tète. De nombreux faits, que nous ne saurions
rapporter ici, montrent combien l ’hydrothérapie peut modifier et
guérir certaines fièvres typhoïdes graves.
Drasche (2) à Vienne, à l’hôpital Rodolphe, a employé l’hydro­
thérapie pour combattre la fièvre typhoïde. Sa mortalité est de
10 0/0, tandis qu’avant l’emploi de l’eau elle était à 16 1/2 0/0
D’après le médecin de Vienne , la convalescence commence­
rait environ quatorze jours après le début de l’emploi des dou­
ches et bains froids, que Drasche donne de 9 à 30 deg. centg. et
qu’il répète de 1 à 8 fois par jour. Les affusions ont surtout
réussi dans l’état soporeux et dans les fortes bronchites. Les mo­
difications apportées au pouls des typhiques par l’hydrothérapie
sont presque nulles ; après les bains, le pouls reste dicrote; la
fréquence en est un peu diminuée. L’air expiré augmente de
300 centimètres cubes après les affusions froides; l'urée n'est plus
secretée en aussi grande abondance. La quantité d’urée contenue
dans l’urine était de 3 à 5 0/0 tant que la température restait à
39 degrés. Après les bains refroidis et les affusions elle retombait
à 1 0/0.
Ziemssen et hnmennann(3) vantent surtout le bain graduellement
refroidi : on met le malade atteint de fièvre typhoïde dans un bain
(1) Wiener medicinische Presse 10, n0! 10-23. — 1869.

(2) Tageblatl der Naturforscher Versammlung. Jnspruck , page 75.
(3) Kaltwasserbehundlung des Typhus abdominalis. Eipsick, 1870.

(1) Archiv. f. Klinipoh^ Medicin., page 385.— 1879.

445

�PICARD.

REVUE CRITIQUE.

A Munich, Pfeuffer emploie h sa clinique le système de Brand
(demi-bains de 10 h 16 degrés, etc., affusions avec l’eau glacée).
Sur 126 cas, il a perdu 10 malades. La mortalité antérieurement
était de 12 à I5 0/0. Stieler analyse ces 10 morts: trois fois elle fut
causée par une pneumonie croupeuse; dans deux cas, les bains
furent donnés d’une manière insuffisante ; dans un autre cas, la
malade était fort souffrante et la fièvre typhoïde trop avancée
quand elle entra à l’hôpital ; trois cas ont rapport l'un à un
tuberculeux, l’autre il un alcoolique, le troisième à une hypertro­
phie du coeur ; dans un dernier cas, il y avait vice du cœur, avec
hyperhémie et nombreuses ecchymoses dans tous les organes
internes. Stieler pense que la trop énergique application du froid
a été cause de ce dernier décès ; il recommande des procédés
moins violents dans les cas où le cœur est lésé.
En résumé, nous pouvons dire que l’hydrothérapie exerce une
grande influence sur l’élément fièvre ; dans la fièvre typhoïde l’in­
dication véritable est de combattre chaque exacerbation fébrile
avec l’eau froide ; plus la température du corps est élevée et plus
l’eau doit être froide, qu’elle soit appliquée sous forme de douche,
de demi-bain, de bain complet. Dans les hôpitaux, on emploiera
la douche et le bain entier froid. Dans la clientèle, le demi bain
avec affusions mérite la préférence.
Jetons rapidement les yeux sur les divers moyens proposés
dans ces derniers temps en Angleterre et en Amérique. Gairdner (I)
trace les limites de la stimulation alcoolique dans les diverses
affections aiguës. Il a traité 703 cas, et la mortalité qui, dans son
hôpital,était de 18,8 0/0, est tombée à 11, 5 0/0. D’après Gairdner,
les alcooliques ne sauraient remplacer les moyens nutritifs ordi­
naires. Le lait, entr’autres, semble être l ’alimentation normale
des fébricitants, et dans le plus grand nombre des cas il est
toléré. Il est préférable au thé de bœuf (beeftea), qui cause sou­
vent de la diarrhée. Aussi Gairdner regarde la méthode de Todd,
qui consiste à donner 18 à 24 fois par 24 heures du thé de bœuf
et du vin, comme très préjudiciable et ayant pour résultat l’inap­
pétence et la destruction des forces assimilatrices.
L’alcool doit servir à réveiller l’appétit et à stimuler les fonc­
tion digestives de l’estomac. Gairdner conseille de le donner aux
repas et non point dans les heures intermédiaires. Chez les jeunes1

filles et chez les adultes, qui ne sont point habitués à l’usage de
l’alcool, il faut être très modéré, tâter le terrain et ne pas pousser
la médication à de trop fortes doses. Les stimulants pris à doses
modérées, renforcent au contraire les malades, les rafraîchissent,
leur rendent le sommeil naturel, abaissent le nombre de leurs pul­
sations, réveillent l ’appétit et augmentent la force digestive. Si
l'on abuse des stim ulants, si on les donne trop longtemps, on voit
l’appétit s’éteindre ; le malade tombe dans la torpeur, la perspi­
ration cutanée est augmentée, la langue est seche, le malade s’af­
faiblit et supporte difficilement les crises, qui s’éloignent de plus
en plus. Aussi Gairdner, au lieu de donner 24 à 18 onces d.’alcool
par jour dans la fièvre typhoïde, se contente de donner I à 2
onces par 24 heures, et il s ’en trouve bien.

il G

(1) Glasgow medic. journ. Nov. 1868. — I, page 13.

447

J. Burney-Yeo (I) croit avoir trouvé une méthode spécifique
pour guérir la fièvre typhoïde. — Tant qu’il n’y a pas de diarrhée,
il ordonne un purgatif doux et de l’eau clüorurée avec de l’acide
chlorhydrique. Il dissout I drachme de chlorure de potassium
dans 3 drachmes d’acide chlorhydrique , et ajoute doucement,
tandis que le gaz se dégage, une pinte d’eau au mélange. — On
fait prendre toutes les demi-heures une cuillère abouche de cette
potion. Contre les diarrhées profuses, il donne 5 à 10 grammes
poudre de Dower, et, comme lavements, 5 à 20 grains acide
tannique dans un mucilage.
Robert Gée (2) vante le bon effet de l’huile de foie de morue dans
lafievre typhoïde. Il en donne 1drachme toutes les deux heures,et
pour la faire tolérer, il la mêle avec un mucilage et de la teinture
d’écorces d’oranges amères. A cette potion, il ajoute quelques
gouttes d’acide chlorhydrique.
Schedd (3), à Manchester, croit avoir découvert dans la glycérine
un moyen antifébrilo. En la donnant trois fois par jour, à la dose de
I drachme, on produit la sueur et on diminue la température du
corps de telle sorte, que le matin la température est normale et
le soir elle ne dépasse pas 37°,2 ctg.
Fergus (4), de Philadelphie, donne l’acide carbonique à la dose
de 3 à 15° ctg., dans de l’eau sucrée, et mieux dans des dragées
(t)
(2)
(3)
(4)

Med. Times et G azette, 1er février 1868.
Lancet I I , 25, 26. — Décembre 186S.
Brilish medical journal. — Janvier 1869 — 2.
Philadelph. med. et surg. Reporter XIX. — Oct. 1868.

�448

PICARD.

gélatineuses. C’est surtout chez les enfants que cette médication
semble réussir à diminuer la durée de la fièvre typhoïde.
Robert Hamilton.{\) a réussi a guérir de jeunes typhisés en leur
faisant prendre de l’acide sulfureux (sulphurous acid), à la dose
de I à 3 drachmes par heure, dans l'eau et le sirop d’orange —
Cette boisson doit, d’après l’auteur, détruire les cryptogames qui
se trouvent dans l'organisme.
Songer (2) donne de 15 à 30 grains, 3 à 4 fois par 24 heures,
d’hyposulfite de soude.
Tr'ôtzscher (3) donne en débutant l’ipéca , puis quelques doses
d’huile de ricin, et ensuite il fait prendre 4 à 6 fois par jour 8 à
12 grains de carbonate de magnésie, et 3 à 6 grains de bicarbonate
de soude. Cette médication empêche les symptômes graves du
côté du cerveau.
A Leipsick, E. Haukel (4) traite la fièvre typhoïde par la digi­
tale, à la dose de 3 à 5 grammes par jour. Le pouls tombe et le
délire disparaît ; le pouls reste dicrote, mais il est moins plein et
plus régulier. Des qu’on cesse l ’emploi de la digitale, le pouls
s’élève. Comme objection à l’emploi de ce remède, Haulcel déclare
qu'il n’abaisse pas la température , que l'inappétence persiste,
qu’il y a facilement des vomissements, et que les hémorrhagies
intestinales sont plus fréquentes.
Pour combattre cette terrible complication, Sovet (loco citato),
recommande, quand l'alun, le perchlorure de fer. l'acide sulfurique
dilué avec 20 ctg. d’extrait d’opium ont été administrés sans
résultat, de recourir au remède de Gardien, vanté par Hubert, et si
efficace dans les hémorrhagies utérines : c’est 100 grammes de
teinture de cannelle avec 40 gouttes de laudanum de Sydenham.
Le médecin doit administrer lui-même ce médicament par cuillère
abouche, d’abord de 1/4 d’heure en 1/4 d’heure, puis d'heure en
heure.
Si nous résumons en quelques lignes ce compte rendu déjà bien
long, nous conclurons :
1° L’ipeca stibié est dans le sud de la France le remède le mieux
approprié pour combattre la céphalalgie du début de la fièvre ty-1234
(1) Lancet I et II. — Janvier 1869.
(2) Lancet I. — 6 mars 1869.
(3) Wiener med. Press. 29, 30.— 1869.
(4) Archiv. fur Heilkunde X. — 1869.

SYPHILIOGRAPHIE.

449

plioïde et les troubles nerveux occasionnés par la congestion cé­
rébrale.
2* L'eau de Pullna (ou de Frédériekshall), donnée régulièrement
chaque jour pendant les trois premiers septénaires, agit sur la
muqueuse intestinale comme les cautérisations au nitrate d’argent
agissent sur la muqueuse oculaire. Les ulcérations intestinales
des malades traités parce procédé sont moins profondes, et la per­
foration intestinale est alors moins fréquente ; les hémorrhagies
intestinales sont plus rares. — Les eaux susmentionnées ont de
plus une action directe sur le foie et sur la rate.
3* Il est urgent de nourrir son malade dès le premier jour. Les
alcooliques ne peuvent remplacer les aliments ; ils sont indiqués
à petite dose au début de la maladie, et à doses plus fortes dès
que l’impulsion cardiaque semble faiblir et que le premier bruit
du cœur est moins marqué.
4*Il faut combattre l’élévation de température du corps du typhysé dès le début. L ’hydrothérapie permet de remplir parfai­
tement cette indication ; la méthode de Brand nous semble préfé­
rable aux autres procédés hydrothérapiques.
5*Pendant toute la durée de la maladie, il esturgent de surveil­
ler jour et nuit la ventilation et l’aération régulière de la cham­
bre du malade.
6” La convalescence est abrégée par le déplacement du malade
et son séjour dans un lieu non infecté.
T On peut prévenir la fièvre typhoïde en conseillant au ma­
lade, dès la manifestation des premiers symptômes, de changer
de résidence et de s’éloigner du foyer épidémique.

REVUE SYPIIILIOGRAPIIIQUE
P ar le D 1' H. MIREUR.

Il y a un an, lorsque nous souhaitions la bienvenue aux
Annales de dermatoloc/ie et de syphiligraphie, nous ne mettions
point en doute les succès qui étaient réservés à cette publica­
tion naissante. Depuis cette époque, les résultats obtenus par
lejournal deM. Doyon n’ont fait que confirmer nos prévisions;

�450

H. MIREUR.

et aujourd’hui ce recueil scientifique, spécialement consacré à
l’étude des maladies vénériennes et des maladies de la p eau ,
s’est acquis une considération suffisante pour faire honneur à
la presse médicale.
Nous voudrions pouvoir analyser séparément chacun des
travaux contenus dans le premier volum e des Annales-, presque
tous en effet mériteraient une mention distincte ; mais le cadre
restreint de cette revue nous impose des lim ites plus étroites.
M. Diday, dans son étude sur l'Emploi de la glace contre cer­
taines affections de l’appareil testiculaire, a remis en honneur
une pratique oubliée plutôt qu’inconnue. L’application du
froid contre certaines maladies du testicule est assurément
salutaire; mais cette action bienfaisante est elle aussi absolue,
aussi générale que veut bien le dire le praticien de Lyon?
Nous partageons son avis sur tout ce qui touche aux affections
névralgiques du testicule : et dans ces ca s, nous accordons à
la glace une efficacité plus grande qu’aux nombreux moyens
thérapeutiques si inutilem ent vantés. Nous pouvons môme
citer ici un exemple récent à 1 appui de l ’opinion de M. Diday.
— Un jeune h om m e, atteint d’une névralgie du testicule
(.irrHabile testis), endurait depuis plus de six mois ces dou­
leurs sourdes et agaçantes qui caractérisent cette maladie.
Nous avions employé en vain toute la série des agents anti­
névralgiques : les pommades opiacées ne nous avaient donné
aucun résultat : le sulfate de quinine lu i m êm e, sur lequel
nous croyions pouvoir compter à cause d ’une certaine remitlence du m a l, avait été impuissant à calmer les douleurs:
seules les douches froides et locales étaient parvenues à
produire une petite amélioration., qui ne fut d’ailleurs que
passagère. C'est alors que nous eûmes recours à l’application
continue de la glace, et après trois jours de ce traitement la
guérison était complète.
Mais devons-nous attendre de l’emploi de la glace des effets
aussi puissants dans l’orchite blennorrhagique suraiguë?Sur
ce point nous abandonnons l’opinion si formelle de M. Diday,
et nous donnons la préférence au débridement de l’albuginée,

SYPHILIOGRAPHIE.

451

ou même à l’application de quelques sangsues sur le trajet
du cordon. Ces deux moyens inoffensifs ne manquent jamais
de produire un soulagement immédiat et durable, tandis
que la glace n ’amène le plus souvent qu’une amélioration
momentanée.
Malgré ces dissidences, nous reconnaissons au travail de
M. Diday le mérite d’avoir fait sortir de l’oubli une excellente
t pratique trop longtemps délaissée.
La question importante de la prophylaxie publique des
maladies vénériennes a été longuement traitée dans les pre­
miers numéros des Annales : en effet plusieurs articles, publiés
par les hygiénistes les plus compétents, ont été consacrés à ce
grave sujet
Le rapport sur la Prophylaxie internationale des maladies
vénériennes fait par MM. Crocq et Rollet, au nom de la Commi­
sion nommée par le Congrès international de Paris, est une
étude aussi savante que consciencieuse. Ces deux auteurs ont
apporté à ce travail le tribut de leur zèle et de leur expérience:
ils onteu surtout le grand mérite de ne point réclamer l’adop­
tion de mesures nouvelles, mais plutôt l’application intelligente
et surtout la généralisation de celles qui sont déjà en vigueur
dans certains pays. La.troisième question du programme du
Congrès était ainsi posée: «Est-il possible de proposer aux
divers gouvernements quelques mesures efficaces pour res­
treindre la propagation des maladies vénériennes? » MM. Crocq
et Rollet n’hésitent pas à répondre affirmativement , mais à
cette seule condition que tous les gouvernements accepteront
collectivement les mesures proposées. En effet, tant que la pros­
titution ne sera pas réglementée chez tous les peuples, « la
prophylaxie des maladies vénériennes péchera par la base,
car elle n’aura pas le caractère international qui peut seul la
rendre efficace. — Dans l ’état présent du monde, avec les
relations de peuple à peuple, chaque jour plus nombreuses,
toutes les nations deviennent de plus en plus solidaires et
les contagions suivent la même progression que les échanges.
Aussi les pays qui sont encore des lieux de franchise pour les

�H. MIREUR.

SYPHILIOGRAPHIE

maladies vénériennes causent-ils un véritable préjudice aux
autres, car ils versent sur eux plus de maux qu’ils n’en reçoi­
vent. » Ces paroles s’adressent directement à l’Angleterre et
aux États-Unis d’Amérique, où l'amour exagéré de la liberté
individuelle a entraîné jusqu’à ce jour la liberté de la prostitu­
tion. Espérons cependant que ces deux grandes nations ne tar­
deront pas à comprendre les dangers de la prostitution libre,
et que bientôt aussi elles donneront leur puissante adhésion à
celte grande ligue de la santé publique.
Parmi les différents moyens prophylactiques proposés par
MM. Crocq et Rollet, il en est un dont plusieurs membres du
Congrès avaient réclamé l’adoption; nous voulons parler de la
visite sanitaire imposée à la marine marchande. Mais comme
cette mesure touche directement au commerce, dont elle pour­
rait parfois entraver les relations, les deux rapporteurs ont eu
soin de faire suivre cette proposition des réflexions suivantes :
« Tout en faisant remarquer que c’est l’avenir môme de la race
humaine qu’il s’agit de sauvegarder la pureté de son sang, sa
force, sa sauté, c’est à dire les biens que la sagesse antique
n’hésitait pas à mettre au dessus de tous les autres, nous ne
devons pas oublier que les Sociétés modernes ont des préoccu­
pations et des exigences nouvelles, et nous comprenons fort
bien que des mesures de ce genre ne soient prises que dans
une réunion ou l’industrie et le commerce seront suffisamment
représentés. »
M. Jeannel, de Bordeaux, qui fut un des plus ardents promo­
teurs de cette mesure au Congrès de Paris, résuma plus tard
ses idées à ce sujet dans un projet de règlement (1) que nous
croyons utile de transcrire ici:

Ar t . II. — Ce certificat sera délivré par le médecin sanitaire
attaché au consulat de la nation à laquelle le navire appartient.
Art . III. — Les hommes trouvés malades seront retenus à
terre, et ceux qui seront trouvés atteints de maladies conta­
gieuses seront séquestrés jusqu’à guérison dans un hôpital
spécial.

m

« Ar t . I. — Le capitaine de tout navire en partance doit
être muni d’un certificat de santé concernant nominative­
ment tous les hommes de son équipage et revêtu du visa du
Consul de sa nation.

(1) De la prostitution dans les grandes villes au XIX siècle et de I extinction
des maladies vénériennes, par le Dr Jeannel. 1868.

153

Ar t . I V. — Les malades vénériens, qui ne pourront ou ne

voudront payer les frais de leur traitement, seront traités aux
frais de leur gouvernement respectif.
Ar t . V. — Les malades vénériens qui consentiront à payer
les frais de leur traitement seront reçus dans des chambres
particulières.
Ar t . VI. — Tout navire arrivant ne pourra être admis en

libre pratique qu’après la visite sanitaire de son équipage.
Art . VII. — Cette visite sera faite parle médecin sanitaire
attaché au consulat de la nation à laquelle le navire appar­
tient.
Ar t . VIH. — Les hommes trouvés atteints de maladies

contagieuses quelconques seront séquestrés jusqu’à guérison,
ainsi qu’il a été dit ci-dessus : articles 3, 4, et 5. »
Ce projet de règlement a inspiré à M. Le Itoy de Méricourt
une étude critique (1), dans laquelle l'auteur s’est proposé de
rechercher si ces dispositions, spécialement applicables aux
marins, sont légitimes, équitables et susceptibles d'être mises
en pratique.
Avant de discuter les articles du nouveau régime propose
par M. Jeannel, M. Le Roy de Méricourt cherche à établir, que
jusqu’à présent, « nous ne possédons aucun élément sérieux
capable de faire apprécier la part prépondérante que les marins
de commerce prendraient dans la propagation et le renou­
vellement des maladies vénériennes. Or, avant de soumettre
aux législateurs des mesures spécialement applicables à cette
catégorie d’hommes, il faudrait établir très péremptoirement
que, toutes choses égales d’ailleurs, les ports, et les ports de
(1) Archives de médecine navale, ISOS. N° 12.

�H. MIREUR.

.SYPHILIOGRAPHIE.

commerce surtout, sont beaucoup plus infectés que les villes
de l'intérieur par le seul fait des arrivages d’ou Ire-mer. »
En dehors de cette considération, le nouveau projet de règle­
ment présente encore un point d’attaque, que M. Jeannel luimème a prévu, sans toutefois chercher à le défendre. « En
effet si les prescriptions quarantenaires sont exécutables et
exécutées, c’est parce qu’elles portent sur tous les individus
embarqués à bord des navires suspects ou infectés. M. Jeannel.
non seulement exempte les capitaines et les officiers, mais
encore les passagers. N'y aurait-il pas une injustice flagrante,
irritante, à vouloir faire peser uniquement une mesure vexatoire sur les quelques matelots qui composent l’équipage
d’un navire chargé de passagers, pendant que le capitaine,
les officiers et les passagers de toute catégorie descendraient
librement à terre? »
Après ces deux objections, M. Lb Roy de Méricourt aborde
la discussion des principaux articles du projet de décret, et
après en avoir fait ressortir toutes les difficultés et tous les
inconvénients, il arrive à cette conclusion générale que cette
idée, excellente en théorie, est d’une exécution absolument
impossible.
Tel est aussi notre avis : et malgré la réponse un peu
acerbe adressée par M. Jeannel à l’étude critique de son
contradicteur, nous n’hésitons pas à penser, avec ce dernier,
qu’avant de songer à la création de ces grandes mesures,
si difficiles à mettre en pratique * il serait préférable de faire
subir certaines modifications aux moyens prophylactiques
actuels : ce serait plus simple et assurément plus efficace!
Ainsi, avant de réclamer pour les matelots une visite humi­
liante et inacceptable, ue vaut-il pas mieux réclamer à
grands cris l’entrée plus facile des hôpitaux pour tous les
malades vénériens, sans distinction d’âge, de sexe, de pro­
fession, et de nationalité? Pourquoi voulez-vous imposer aux
uns les secours que vous refusez obstinément à ceux qui vous
les demandent? Pourquoi encore voulez-vous séquestrer les
marins, tandis que les règlements ordonnent de rendre à la
liberté les prostituées syphilitiques?... Mais nous ne voulons

pas nous étendre davantage sur ce sujet, puisque nous nous
proposons d'y revenir bientôt dans un article spécial.

454

455

Parmi les auteurs qui ont le plus largement contribué au
succès des Annales . M. Alfred Fournier occupe une des pre­
mières places. Nous ne citerons que pour mémoire son étude
sur le Rhumatisme blennorrhagique et sa leçon sur YAnalgésie
syphilitique , car nous avons hâte d’arriver à sa traduction du
poème de Frascator.
Le divin poème de la Syphilis, comme l’appelèrent, en
1855, les principaux citoyens de Vérone, est sans contredit
de toutes les œuvres de son auteur celle qui a fait rejaillir
sur son nom le plus d’éclat et la plus grande gloire. On ne
saurait aujourd’hui se faire une idée du succès prodigieux
que valurent à Jérôme Fracastor ces trois chants poétiques.
Si pendant sa vie cet homme illustre fut considéré comme
la lumière de son époque et comme 1 égal de Virgile, si après
sa m o rt, qui fut un deuil public , la ville de Padoue lui éleva
une statue, et si Scaliger consacra à sa mémoire des vers
élégiaques, ce fut bien plutôt pour rendre hommage à ses
talents de poète qu’à ses connaissances si variées de philo­
sophe, de médecin, et d’astronome. Mais l’enthousiasme de
ses contemporains était trop exagéré pour qu’il fut durable :
de nos jours le nom du poète qui chanta la syphilis est à peu
près oublié , et même de l’avis de M. Yvaren , un de ses admi­
rateurs les plus autorisés : « l’étoile de Fracastor a pâli : le
temps a jeté sur elle cette demi obscurité qui n’est plus le
jour, mais qui n’est pas la nuit, cette brume légère dans
laquelle les objets s’effacent sans néanmoins se perdre, et où
l’œil de l’observateur attentif sait toujours les retrouver. En
un mot, le crépuscule s’est fait pour Fracastor. »
M. Fournier a voulu remettre en lumière ce grand écrivain
du XVI0 siècle; et certes, personne mieux que lui ne pouvait
se charger d’un tel soin. Par sa traduction et par ses com­
mentaires , le jeune professeur a su donner à cette œuvre
ancienne un aspect si nouveau et si attrayant , qu’il en a fait

�136

H. MIREUR.

pour ainsi dire une œuvre moderne. Du reste, le médecin de
Lourcine ne se fait point illusion sur le mérite réel du poème
qu’il a traduit : il sait en apprécier la valeur et en recon­
naître les défauts comme les imperfections ; mais il voudrait
du moins détruire les idées préconçues et les appréciations
mal fondées de certains esprits ignorants ou injustes. « On se
fait en général, nous dit-il dans sa préface, une très-fausse
idée du poème de la Syphilis , dont beaucoup de personnes à
coup sur parlent sans l’avoir lu. On le donne comme une
œuvre de fantaisie, comme un spirituel badinage; on le
représente comme une production exclusivement littéraire,
où la science perd tous ses droits. Rien n’est moins juste ;
rien n’est plus contraire à la conception qui présida certai­
nement à ce livre. La Syphilis est avant tout et surtout une
œuvre sérieuse et médicale; c’est un traité médical du mal
français en vers latin ; c’est une véritable monographie scien­
tifique, dans laquelle des questions spéciales sont agitées gra­
vement, où des symptômes sont décrits, des causes débat­
tues, des traitements formulés, etc. De temps à autre
seulement l’exposé technique s’y interrompt et fait place à
quelque allégorie, au récit de quelque fiction. Mais cette
partie épisodique n’est là que pour justifier le poème; c’est,
l’accessoire, c’est la mise en scène. Le fond de l’œ uvre, le
sujet véritable, celui autour duquel tout vient converger,
c’est la description théorique et clinique d'une maladie. »
Voilà la Syphilis habilement définie et sagement appréciée en
quelques mots !
La traduction de M. Fournier n’est pas la première que nous
possédons du poème de Frascator. Déjà en 179G, une version
fidèle et comme littérale du texte latin fut publiée, sans nom
d’auteur, en un charmant petit volume. Des notes et des com­
mentaires accompagnent cette première édition et lui donnent
une certaine conformité avec la publication moderne. — En
1847, une autre traduction fut publiée à Avignon par l’auteur
des Métamorphoses de la Syphilis, mais celte fois en un genre
différent. M. Prosper Yvaren transforma en vers français les
vers latins du poète de Vérone : quoique ce travail lût auda-

137

,S YPHILIOGRAPHIE.

rieu\, le traducteur parvint à s’élever à la hauteur de sa tâche.
L’ouvrage qu’il nous a donné fait autant d honneur à sa verve
poétique qu’à ses vastes connaissances médicales.
Le frontispice du livre de M. Fournier nous annonce que la
traduction du Mal Français n'est que le début d’une Collection
choisie des anciens syphiliographes. Nous ne pouvons qu'applau­
dir cette heureuse idée et prédire aux publications promises un
accueil sympathique et un succès légitime.
Plusieurs thèses remarquables ont été consacrées cette année
à 1 étude des maladies vénériennes. Nous voudrions en donner
ici une analyse complète, mais le manque d'espace nous oblige
à une énumération succincte.
L’étude sur là Classification des syphilides, publiée par M.
Schweieh, est une fort bonne monographie. L’auteur, s’inspi­
rant des leçons de son maître M. Bazin, a exposé ses idées avec
autant de précision que de netteté. Il divise les syphilides en
deux grandes classes, les syphilides généralisées et les syphilides
circonscrites, qui correspondent l’une et l’autre à deux âges
différents de l’affection, qui les produit. Cette classification,
essentiellement chronologique, se rapproche beaucoup de la
classification adoptée par M Hardy qui, ont le sait, divise les
syphilides en précoces, intermédiaires et tardives. Du reste, les
bases fondamentales de l’étude de M. Sclnveich sont résumées
en quelques mots que nous ne pouvons nous empêcher de citer:
« Lorsque les éruptions généralisées ont disparu, la syphilis
parait subir un temps d’arrêt. Chez quelques malades, la mala­
die est, pour ainsi dire, guérie, en ce sens qu’ils ne présentent
plus aucun accident syphilitique jusqu’à la fin de leurs jours.
Chez d’autres, dont la santé était restée bonne pendant un temps
variable, se développent de nouveau des accidents syphiliti­
ques. Ces nouveaux accidents syphilitiques ont changé profon­
dément d’allure : plus de phénomènes généraux prodromiques,
plus d’engorgement ganglionnaire. Les accidents, au lieu
d’être généralisés, sont circonscrits, réunis en groupe; viscé­
raux ou cutanés, les tissus malades sont toujours plus profon­
dément altérés que dans les syphilides primitives. »
29

�i 89

H. MIREUR.

.SYPHILIOGRAPHIE.

Cette première division des syphilides, généralisées et circons­
crites, est elle même subdivisée par l’auteur suivant la marche

préjugé pour étudier la question dont il avait librement fait
choix ? De tels scrupules sont au moins superflus 1

foS

terminale de l’élément éruptif. En effet, parmi les affections
cutanées, les unes sont résolutives et disparaissent sans
laisser de traces, les autres sont ulcéreuses et laissent à leur
suite des cicatrices indélébiles. De là: 1° les syphil ides géné­
ralisées, A résolutives, B ulcéreuses; 2° les syphilides cir­
conscrites A résolutives, B ulcéreuses.
Cette classification présente peut être quelques lacunes,
mais nous ne saurions nous empêcher de lui reconnaître le
double mérite d’être simple et rationnelle: ce sont là deux
qualités d’autant plus appréciables qu’elle faisaient souvent
défaut aux classifications adoptées avant notre époque.
Pourquoi l’auteur n’a-t-il pas donné plus de développements
à cette excellente idée : que la gravité des accidents constitu­
tionnels est presque toujours proportionnelle à l’étendue et à
la forme de la première éruption. C’était là, il est vrai, une
question qui n’entrait pas directement dans son sujet, mais
puisqu’il a cité l’autorité de M. Bazin à cet égard, il aurait pu
se permettre une légère digression qui assurément nous eut
été précieuse.
En lisant l’avant-propos de la thèse de M. Audoynaud sur la
Syphilis communiquée par Vallaitement, avec considérations
médico-légales, nous avons remarqué ces paroles : « Si l’on

considère le soin tout particulier avec lequel la plupart des
jeunes-gens évitent dans leur thèse, pour se contenter trop
souvent d’un sujet banal, tout ce qui touche de près ou de loin
à la vérole, on ne se croirait pas si loin du seizième siècle.
J’ai surmonté ces préjugés, certain de l’approbation des
gens intelligents. » Cette assertion n'est point exacte : il
suffit en effet de jeter un regard sur le titre des dissertations
inaugurales, qui ont paru dans ces dernières années, pour se
convaincre qu’il n’y a peut-être aucune question en médecine
qui, plus souvent que la syphilis, ait été choisie pour sujet de
thèse. Et de plus, était-il indispensable que M. Audoynaud
prit la précaution de nous faire savoir qu’il surmontait un

Il suffit d’avoir observé quelquefois les manifestations exté­
rieures de la syphilis pour se faire une idée exacte de la mar­
che irrégulière, insidieuse, et pour ainsi dire fantaisiste des
syphilides. Outre les causes générales qui en suscitent le déve­
loppement ou qui en accélèrent la résolution, il peut encore se
produire accidentellement certaines influences dont l’action
est incontestable. Dans sa thèse ayant pour litre, de UInfluence
des maladies aigues sur quelques manifestations cutanées de la
syphilis f M. Jourzon a voulu faire ressortir le rôle salutaire
qu’exercent parfois sur les syphilides les maladies intercur­
rentes. Mais si dans certains cas, comme le démontrent du
reste les observations citées, l’érysipèle , la fièvre typhoïde, la
pneumonie, les fièvres éruptives, la vaccine etc. ont produit
une amélioration appréciable, qu’elle • valeur convient-il
d’attribuer à cette influence bienfaisante ? qu’elle en sera la
durée ? c’est ce qu’il faudrait démontrer.
M. Le Gloahec a consacré sa thèse à 1 étude du Rétrécisse­
ment syphilitique du rectum. Jusqu’à ces derniers temps, la
connaissance de cette maladie était restée fort obscure; mais
depuis les travaux de M. Gosselin et de M. Desprès, une certaine
lueur semble avoir éclairé ce point difficile de syphiliographie.
L’autorité de ces deux auteurs a servi de guide à M. LeGloahec :
avec eux, il reconnaît pour principales causes du rétrécisse­
ment le chancre rectal d’abord et en second lieu les plaques
muqueuses. Ne conviendrait-il pas d’intervertir cet ordre et
de placer les accidents secondaires avant tout autre cause?
Nous croyons en effet pouvoir considérer le chancre larvé du
rectum comme une exception au moins aussi rare que le
chancre larvé de l’urèthre.
L’évolution du rétrécissement divisé en trois périodes,
ulcération, cicatrisation et rétraction , est très naturellement
décrite. Les deux chapitres du diagnostic et du traitement ne
nous ont rien appris de nouveau, mais ils résument avec

�461

II. M1UEL H.

SYPHILIOGRAPHIE.

beaucoup de clarté les connaissances actuelles. Cinq observavations bien choisies terminent celte étude , et contribuent à
donner une valeur réelle à cette monographie.

Ainsi, parcxemplc, dans le retentissement ganglionnaire du
pli de l’aine ne trouve-t-on pas un élément à peu près
certain de diagnostic? Un élève do M. Kuss, do Strasbourg,
M. Viancin, dans ses Remarques sur le bubon, a réuni les indi­
cations nécessaires pour différencier les deux chancres d’après
la nature et l'aspect de cette lésion symptomatique. Quant au
traitement que ce même auteur préconise contre le bubon
vénérien, nous ne pouvons l'accepter qu’avec quelques restric­
tions. En effet, si nous pensons avec lui, contrairement à
l’opinion générale, qu’il ne faut jamais se hâter d’ouvrir le
bubon mais en tenter la résolution jusqu’au dernier moment,
nous pensons aussi que l’emploi de l’iodure de potassium à
l’intérieur n’est le plus souvent d’aucune utilité.

16D

Le Traitement de la syphilis , exposé par M. Blacher, contient
les meilleures indications que la science permette de donner
à notre époque. Tous les progrès récents de la médication
anli-svphilitique sont décrits dans cette thèse avec un sens
très judicieux. Nous partageons sans exception toutes les vues
de l’auteur . mais nous eussions été heureux de le voir insister
avec plus de conviction sur les avantages du traitement immé­
diat, c’est-à-dire du traitement commencé dès que le diagnos­
tic de la vérole est nettement établi. Cette méthode reçoit des
démonstractions de succès assez fréquentes et assez manifestes
pour qu'il soit permis de la soutenir avec fermeté. M. Blacher,
nous le savons, accepte ce genre de pratique à l’exemple de
son maître M. Puclie, mais il en est un trop froid partisan.
Une question qui a été souvent et ajuste titre choisie pour
sujet de thèse est le diagnostic différentiel du chancre simple et
du chancre infectant. M. Scribe, séduit par l’intérêt et la gra­
vité que présente ce su je t. l’a remis à l’étude sans se laisser
intluencer par les travaux antérieurs et analogues. I)u reste,
ses conclusions dilférent assez sensiblement de toutes celles
qui avaient été formulées avant les siennes, pour que son
œuvre ait revêtu un caractère parfaitement original. «Je viens
d’examiner, d it-il, avec tout le soin que j'ai pu tous les argu­
ments qui ont été invoqués en faveur de la distinction du
chancre simple et du chancre infectant. J’espère avoir dé­
montré qu’il n’existe, ni dans le mode de début, ni dans la
marche ni dans les complications, ni dans les causes, aucun
caractère absolument distinctif, qui permette de les séparer
toujours l’un de l'autre. » Souvent, en effet, le diagnostic des
chancres est difficile au début, mais on ne saurait nier toute­
fois que les caractères distinctifs de chaque espèce sont assez
nombreux et tellement tranchés qu’il est rare de ne pas pou­
voir se prononcer avec certitude dès que quelques uns de ces
caractères sc sont manifestés.

M. Galtié, dans ses Quelques considérations sur la blennor­
rhagie chez l'homme, expose en trois chapitres les causes, les
complications, et le traitement de cette affection. Le troisième
chapitre, celui du traitement, a été l’objet d’une étude très
minutieuse; aussi est-ce avec un vif intérêt que nous avons
lu les observations faites par l'auteur sur l’action physiolo­
gique et thérapeutique du copahu et de l’essence de bois de
santal. Ce dernier médicament, que nous avions vu expé­
rimenter à l’hôpital du Midi par MM. Panas et Simonet, lors
de son introduction eu France, ne s;est pas montré, entre nos
mains, doué de propriétés bien efficaces. S'il nous a donné
quelques succès dans certaines blcnnorrhées rebelles, et c’est
surtout dans les cas de ce genre que nous l’avons employé,
le plus souvent il est resté sans effets. M. Simonet lui recon­
naît une action puissante contre les cytistes du col. Quoique
nous partagions cet avis, nous pensons que l’emploi de ce
remède ne pourra jamais se vulgariser à cause de son prix
trop élevé.
Il nous resterait à parler de FEssai sur la phthisie syphilitique
par M. Lacaze, de YEtude sur la syphilis par M. Vayanelle, de
YAphasie syphilitique par M. Tarnowski. des Syphilides vul­
vaires par M. Spillmann, et enfin du Compendium des maladies

�463

FSPACtNE.

BIBLIOGR APHTE.

de la peau et de la Syphilis par M. Cazenave ; mais le manque

noncer ay. bénéfice de tous les travaux accomplis depuis l’origine
de la science (I) et de ne pas profiter ainsi des vérités acquises en
évitant les erreurs définitivement jugées ?
La peste d’Athènes, la peste d'Orient, la variole, le mal des
ardents, la peste noire apparaissent dans l’histoire comme de lu­
gubres flambeaux qui éclairent d’un jour bien triste les siècles
qui les ont vus. Le patricien ne doit pas ignorer les symptômes
de ces grands fléaux, soit qu’ils existent encore dans un état de
bénignité et de sporadicité relative, soit qu'ils aient disparu de
la scène pathologique sans que nous puissions affirmer avec cer­
titude qu’ils ne s’y montreront plus.
A ces titres nous ne saurions trop recommander la lecture du
dernier ouvrage de M. le professeur Anglada, à qui les notions
d’histoire de la médecine, d'épidémie et de contagion, sont de­
puis longtemps familières (2). Déjà la grande presse et les organes
les plus autorisés des meilleurs recueils scientifiques (3) ont rendu
compte de cet ouvrage. Nous venons à notre tour dire ce que
nous en pensons,
Une introduction piquante, qui donne les prémisses de l’éru­
dition que l’on va trouver semée à pleines mains dans les
chapitres suivants, est consacrée à la question de la variabilité
de la pathologie. Parmi les maladies auxquelles nous sommes
soumis, les unes n’ont pas existé de tout temps : d’autres ont dis­
paru après avoir affligé notre espèce pendant une période plus ou
moins longue. La chirurgie nous offre un exemple de maladies
réactives nécessairement inconnues des anciens, les plaies par
armes à feu, qui ne sont pas surle point de disparaître malgré les
utopies de rêveurs généreux qui croient à l’extinction des guer­
res internationales et à l’établissement de la paix universelle. Ces
plaies appartiennent sans doute à la catégorie des plaies contuses,
mais elles présentent un signalement caractéristique qui eu fait
une classe à part et justifie la description spéciale qui en est don­
née dans les traités classiques. La maladie mercurielle, à laquelle
étaient sujets les doreurs sur métaux, n’existe plus depuis qu’une
heureuse application de la galvanoplastie a remplacé l’ancien

462

d’espace nous obligerait à passer trop rapidement sur ces
travaux importants ; nous préférons en renvoyer l’analyse à
notre prochaine revue.
H . Mireur .

BIBLIOGRAPHIE.
Étude sur les M aladies é te in te s et les M aladies n o u v e lle s pour
servir à l’histoire des évolutions séculaires de la pathologie, par Charles
ANGLADA, professeur de pathologie médicale à la Faculté de Montpel­
lier, etc., etc.,

Par le Dr ESPAGNE, professeur agrégé à la Faculté de Montpellier.

L’œuvre qui fait l’objet de cette analyse bibliographique a un
intérêt plus que médical. Sous des couleurs vives, variées et at­
trayantes qui voilent l’aridité du sujet sans rien masquer de sa
vériténi de ses côtés malheureusement très-réalistes, M.le profes­
seur Charles Angladaa écrit un livre qui appelle et qui retiendra
l’attention de ses confrères, des esprits qu-i aiment à approfondir
les théories si compliquées de la philosophie de l’histoire et même
des simples gens du monde lettrés amis des plaisirs de l’intelli­
gence.Ceux-ci trouveront dans VEtude sur les maladies éteintes et les
maladies nouvelles un de ces traités vulgarisateurs à la Fontenelle,
restant scientifique sous une forme élégante. Aux seconds, l’exa­
men de l’état sanitaire des peuples et des grandes épidémies, qui
les ont frappés à certaines époques de leur histoire, fournira la
base d’un rapport fécond entre ces phénomènes biologiques et les
événements politiques et les commotions sociales qui les ont
précédés, accompagnés ou suivis. Pour les médecins, la connais­
sance comparée des maladies anciennes et des maladies actuel­
les devient une affaire de dignité professionnelle. Leur est-il
permis, pourrions-nous dire en nous servant des expressions
même employées par notre auteur dans un autre ouvrage, de re­

(1) G. Anglada. — Quels sont lei avantages de la connaissance de l’histoire
de la médecine pour la médecine elle-même. (Thèse de concours, 1870, p. 16.)
(2) Ibid, — Traité de la contagion, 1833, 2 vol iu-8°.
(3) Montpellier médical , Gazette médicale de Paris, Journal des débats
et plusieurs autres journaux.

ri

�46'.

ESPAGNE.

procédé. La substitution du phosphore roupie au phosphore ordi­
naire a fait disparaître les dangers auxquels étaient exposés les
fabricants d’allumettes chimiques.
Ce n’est pas pour ces maladies professionnelles ou individuel­
les, c'est pour exposer les grands fléaux populaires disparus,
amendés oulocalisés aujourd’hui clans une sphère bien restreinte,
que le livre a été écrit. La civilisation plus éclairée et l’hygiène
meilleure de notre temps contribuent pour une large part à cet
heureux résultat. Mais les conditions opposées ne constitueraient
pas la cause unique du mal : souvent elles n’ont joué qu’un rôle
secondaire. 11 y a dans les grandes épidémies quelque chose d’in­
connu, un quid divinwn comme disait Hippocrate, que nous som­
mes obligés de reconnaître encore, en attendant que les progrès
de la science nous en laissent dévoiler la nature.
P este d ’Athènes , — La première grande épidémie sur laquelle
on possède des détails suffisants pour une description méthodique
est la peste d'Athènes, qui se montra dans cette ville en 428 avant
J.-C. au milieu des malheurs de la guerre du Péloponèse et par
une constitution atmosphérique chaude et humide. Elle y fit,
d’après les calculs de notre auteur, vingt mille victimes sur une
population de cent dix-mille habitants. A défaut de renseigne­
ments fournis par des plumes médicales, nous avonç l’admirable
description de l’historien Thucydide, dont M. Anglada donne une
traduction complète et fidèle. On sait que cette description a été
imitée par Lucrèce à la fin du VI* chant de son poème de Xalurù
rerum. Les malades éprouvaient une vive chaleur à la tête. Une
forte injection sanguine colorait les yeux en rouge : la gorge
était le siège d’une ardeur douloureuse accompagnée d’une in­
flammation livide; puis survenaient des ulcères intestinaux.
La peau d’un rouge livide se couvrait de pust ules ulcérées. Les
extrémités se détachaient en eschares gangréneuses. Des flots
d’humeur bilieuse étaient rejetés par le vomissement. La con­
tagion propageait le mal avec une facilité effrayante. L’incurabilité
était le lot du plus grand nombre : mais une première atteinte
. emblait assurer l’immunité. L’abattement moral était extrême ;
et comme si l’intelligence avait dû être frappée dans ses préroga­
tives les plus belles, la mémoire était souvent perdue. Tel est le
tableau abrégé de la maladie d’Athènes qui emporta Périclès et
respecta Socrate.

BIBLIOGRAPHIE.

465

Venue d’Ethiopie, puis parcourant la Lybie et les états du roi
de Perse, ravageant Lemnos, la peste s’introduisit dans Athènes
par le Piréé, circonstance mémorable et que nous devons noter en
parlant de la première épidémie historique, puisqu’on retrouve
fréquemment cette importation maritime dans l’étude des grandes
épidémies consécutives.
Les hypothèses se sont naturellement donné beau jeu pour
expliquer la nature delà peste d’Athènes et pour lui chercher un
nom dans la pathologie actuelle. Pendant sa durée, on voulut la
rattacher, ainsi qu’on l ’a fait depuis pour toutes les épidémies,
:i la constitution de l’air, à la colère céleste, à l’empoisonnement
des fontaines. M. Littré et M. Anglada affirment que c’est une
affection aujourd’hui éteinte. On ne peut, en effet, malgré quel­
ques analogies, la considérer comme uu typhus né de circonstan­
ces infectionnelles locales. M. Daremberg a cru à une association
de typhus et de variole. D’autres ont voulu y voir de la scarlatine,
de la rougeole, de la fièvre jaune. Mais quelques ressemblances
ne suffisent pas pour établir l’identité.
L’histoire signale d'autres épidémies meurtrières antérieures
ou postérieures au fléau athénien auxquelles la terreur populaire
et la tradition ont aussi donné le nom de peste. Cette appellation
commune, justifiée seulement par une analogie dans la gravité
des symptômes, n’indique nullement une communauté de nature.
Parmi les pestes antérieures , on peut mentionner la peste
d’Egypte, dont il est question au IX' chapitre d&lt; l'Exode. La
maladie qui ravagea l’armée carthaginoise devant Syracuse en
395 avant J.-C., et que Diodore de Sicile a racontée, et l’épidémie
meurtrière qui, sous le règne de Néron (66 après J.-C.), enleva
30,000 Romains, l’air étant resté constamment serein, sont les
plus connues des pestes postérieures.
P este A ntonine . — Les commencements du règne de MnreAurèle furent marqués par de grands malheurs. Aux tempêtes,
aux inondations, aux tremblements de terre, aux invasions de
sauterelles se joignit bientôt la peste. Ce fut la peste Antonine. Elle
éclata en Mésopotamie (165 après J.-C.), lors de la prise de Séleucie. Les triomphes de L. Vérus et de Marc-Aurèle amenèrent à
Rome un encombrement excessif. En 166,1a peste est dans la ca­
pitale de l’univers et y produit une affreuse mortalité. Elle gagne
ensuite l'Italie, les Gaules et les pays d’outre-Rhin. En 168,

�ESPAGNE.

BIBLIOGRAPHIE.

Galien, plus prudent que courageux, quitte Rome et s’embarque
ti Brindes pour Pergame. A son retour d’Asie, l’année suivante,
il rejoignit les deux empereurs à Aquilée. L épidémie dura en­
core plusieurs années moissonnant de nombreuses victimes. La
mort très-prompte de L. Vérus ne doit pourtant pas lui être at­
tribuée. On ne peut en dire autant de celle de Marc-Aurèle qui ne
voulut, au moment de quitter la vie, recevoir son fils qu’un ins­
tant, dans la crainte de lui transmettre, avec les suprêmes
adieux, le germe de la contagion.
Quel dommage que Galien, au lieu de prendre la fuite et de
tourner en dérision le récit de Thucydide, n’ait pas laissé de la
peste Automne une description dont nous aurions pu profiter !
M. le professeur Anglada a pourtant essayé de reconstituer le
tableau nosologique, d'après des passages épars de ses œuvres. La
peau rouge, livide, se recouvrait de pustules ulcérées faisant
croûte et laissant après elles une cicatrice dure. Quelquefois
l’éruption était sèche ou simplement vésiculeuse. L’ardeur in­
flammatoire des yeux, l'inflammation gangréneuse de la gorge
coïncidait dans certains cas avee le maintien de la température
normale de la peau. Des déjections et des vomissements bilieux
de nature colliquative épuisaient les malades. Les extrémités
étaient frappées de grangrène. Les troubles des facultés intel­
lectuelles étaient des plus variés. La terminaison funeste arrivait
habituellement du T au 9e jour ; mais quelquefois les malades
tombaient dans une hecticité finalement mortelle. Galien attri­
buait à l’éruption un caractère critique. Sept ans après la mort
de Marc-Aurèle, la peste reparut sous le règne de Commode.
M. Anglada a décrit la peste Antonine avec plus de fidélité que
ses devanciers et a fait ressortir les rapports, reconnus du reste
par Galien, qu’elle avait avec la peste d’Athènes. Nous parta­
geons son scepticisme thérapeutique sur les vertus curatrices,
beaucoup trop vantées par Galien, du bol d’Arménie. Ce composé
d'alumine et de fer, un peu abandonné aujourd’hui, ne vaut ni
plus ni moins que beaucoup d’autres préparations ferrugineuses
également laissées dans un injuste oubli. 11 a pu, à titre d’agent,
tonique et reconstituant, administré à l’intérieur, et à titre d’as­
tringent et dessicatif en application sur les ulcères, rendre de
véritables services. Mais nous ne pouvons admettre que Galien
l’ait employé avec un succès constant contre l’épidémie régnante.
La peste Antonine n’aurait pas fait tant de victimes, si le bol
d’Arménie en eût réellement été l’antidote.

Le milieu du troisième siècle fut aussi désolé par une grande
épidémie analogue aux précédentes, qui sévit surtout sous
les règnes de Gallus et de Volusien , et sous celui de Galien.
Saint-Cyprien, qui en a été le témoin, écrit à cette occasion sa
fameuse homélie de Mortalitate, pour relever le courage des
malades.
M. Anglada propose de comprendre sous le nom de Lo&gt;mos pus­
tuleux ces trois évolutions de la peste antique. A partir du troi­
sième siècle on n ’en trouve plus de trace dans l’histoire. L’épi­
démie de charbon malin qui parut au quatrième siècle, sous le
règne de Maximien, ne saurait lui être assimilée.

166

467

Peste . — Le plus grand fléau pathologique de l’humanité, le
mal qui a tellement répandu la terreur que son nom, synonyme des
calamités les plus grandes, avait été comme imposé par la tra­
dition populaire à toutes les grandes épidémies jusqu’à l’appa­
rition du choléra, la peste d'Orient, la peste inguinale ou à bu­
bons, la peste proprement dite enfin éclata à Constantinople en
542, sous le règne de Justinien. Son extension rapide et effrayante
à cette époque put faire croire à une maladie nouvelle. C’est là
une erreur qu’il importe -de détruire. Le fléau, qui n’a jamais en­
tièrement disparu des confins orientaux, témoins de ses premiers
ravages, y sévissait déjà trois siècles avant l’ère chrétienne. Un
texte de Rufus, d’Ephèse, découvert en 1831, dans un ouvrage
inédit d’Oribase par le savant cardinal Angelo Mai, met cette as­
sertion hors de doute. Procope, témoin de l'invasion de 542, en a
donné une description qu’il est permis de comparer à celle de
Thucydide, et qui brille, comme celle du célèbre historien grec,
par la précision des détails médicaux. A part quelques signes
communs, tels que sa propagation pour ainsi dire universelle et
son importation maritime, elle possède des caractères qui la dif­
férencient complètement du lœmos antique. Dans celui-ci, les
bubons, qui appartiennent en propre à la peste orientale à laquelle
ils ont donné son nom : Peste à bubons, et qui ont été notés par
tous les observateurs, depuis Procope jusqu’à Clot-Bey, faisaient
complètement défaut. En outre, la conservation de la couleur
normale de la peau entre les taches noires qui la parsemaient et
l’absence d’évacuations tranchent avec la rougeur éruptive du sys­
tème cutané et les vomissement abondants constatés dans la peste
d’Athènes

�ESPAGNE.

BIBLIOGRAPHIE.

La peste (l'Orient, parcourant le monde, a immolé des millions
de victimes. Bien peu de grandes villes d'Europe ont échappé à
ses atteintes réitérées. I/effroyable épidémie de Marseille de 1720,
au souvenir de laquelle se rattachent les noms, chers à notre Ecole,
des professeurs Chicoyneau et Deidier, et des docteurs Verny et
Sollier, ne fut ni la première ni la dernière des invasions qui ont
désolé la grande cité méditerranéenne. M. le professeur Anglada
fait remarquer que, depuis l’apparition de 1720, elle a été importée
neuf fois dans le lazaret de Marseille, et s’y est neuf fois éteinte
presqu’a l'insu de la population. Comment nier devant île pareils
arguments l’utilité des quarantaines ?

Beauté, l’œuvre dégradante de la variole eût soulevé un concert
de malédictions, dont les écrivains de Rome et d’Athènes nous
auraient transmis les échos. Les satiriques latins surtout, qui
semblaient se complaire dans le tableau des maladies cutanées et
des stigmates hideux dont elles marquent leurs victimes, auraient
trouvé dans les suites de la variole un sujet toujours renaissant
d epigrammes. Les contemporains des Codés, des Scoevola, des
Oorvinus, des Cicero, des Nasica, des Lentulus, n’auraient pas
épargné les allusions à ces visages en écumoire, illustrés par la ca­
ricature moclerhe. » (pag. 242, 243).
La rougeole, malgré sa bénignité habituelle, quand elle est
exempte de complications, est également susceptible d’une gra­
vite sporadique ou épidémique qui se traduit par un nécrologe
des plus chargés. Ces deux fièvres éruptives ont certes des carac­
tères distinctifs manifestes. Quelquefois, il est vrai, elle se mon­
trent en même temps chez le même individu, mais alors chacune
d’elles suit isolément sa marche sans se mêler avec l’autre. Croi­
rait-on que pendant plusieurs siècles on les a presque confondues
et que l’on considéré comme un des plus beaux titres de gloire
de Sydenham d’avoir doté la science d'une description de la va­
riole qui est restée un modèle?
Quoique la scarlatine n’ait été décrite qu’au XVI" siècle par
Philippe Ingrassias, avec une clarté suffisante pour être re­
connue, il est probable qu’elle existait avant cette époque, mais
que la synonymie multiple dont elle était affublée dans des
écrits médicaux peu précis, ne permettait pas de la distinguer.

m

Varioi.e , rougeole, scarlatine.— En même temps que la peste
inguinale continuait à terrifier le monde, parurent dès le milieu
du VI" siècle la variole et la rougeole, dont la nouveauté historique
ne saurait être niée, car aucun texte des écrivains de l’antiquité
n’en révèle la présence. L’apparition de la scarlatine compléta
dans la suite la triade éruptive. Un passage de la chronique de
Marius, évêque d’Avenches, est le premier document authentique
qui fasse mention de la petite vérole. Ce passage signale son
existence en Italie et dans la Gaule en 570. Les Arabes, voulant
rattacher à quelque grand événement la naissance de Mahomet,
fixèrent a l’an 572 la première apparition de la maladie nouvelle.
Mais il est certain, ditM. Anglada, que la variole, qui se montra
cette année en Arabie conjointement avec la rougeole, n'en était
pas à ses débuts. On sait quelle est sa gravité habituelle et quel
dégoût inspirent les malades a tous ceux que les obligations du
dévouement ou de la profession médicale n’appellent pas auprès
d’eux. Les cas isolés n’étaient rien ; c’étaient les épidémies qui
étaient terribles. A notre heureuse époque de vaccine, même
épuisée par le nombre de ses transmissions et obligée de se re­
tremper à sa source originelle, nous n’avons pas l’idée de l’hor­
reur des anciennes épidémies de variole. Tel a été le lot de l’huma­
nité jusqu’à l’inoculation et surtout jusqu'à la découverte de
Jenner. Entre autres arguments en faveur de la nouveauté de la
variole, M. Anglada écrit les lignes suivantes, qui ne constituent
pas une preuve sans valeur. « Si cette maladie eût existé du temps
des anciens, on ne peut admettre qu’ils n’eussent rien dit des ci­
catrices si caractérisées qu’elle laisse après elle. Dans une société
qui professait le culte de la forme et dressait des autels à la

409

Mal des ardents. — Aux X°, XI* et XII* siecle, l’épidémie
gangréneuse à laquelle la tradition populaire a laissé les noms
de feu sacré, feu Saint-Antoine, mal des ardents, vint encore désoler
la pauvre humanité. Les anciens chroniqueurs et les historiens
en ont laissé la description. Il faut lire les pages saisissantes de
M. Capefigue, rapportées par M. le professeur Anglada, pour
avoir une idée des malheurs qui opprimaient le monde à l'épo­
que des premiers Capétiens. Les seigneurs firent un pacte pour
observer entre eux la paix et la justice, et désarmer ainsi la
colère de Dieu. Les symptômes présentés par les victimes de
l’épidémie étaient bien faits, du reste, pour effrayer les cœurs les
moins timorés. Une chaleur ardente envahissait les parties ma­
lades qui se mortifiaient successivement des chairs jusqu’à l'os,

�ESPAGNE.

BIBLIOGRAPHIE.

et se détachaient ensuite du corps. Chez les individus qui se sau­
vaient, une cicatrice trcs-dure se formait sur les parties restées
saines. Cette gangrène épidémique faisait les plus grands ra­
vages. et poursuivait sa marche tantôt avec une rapide acuité,
tantôt en affectant la forme de l’état chronique. Les malheurs
du temps et l'hygiène déplorable de l’époque entrent pour une
large part dans l'étiologie de la terrible affection. L’assignation
de sa cause réelle n’est pas chose facile. En 1776, l’ancienne So­
ciété royale de médecine, spécialement créée pour l’étude des
épidémies et des épizootie^, chargea quatre de ses membres,
Jussieu, Paulet, Saillant, et l'abbé Teissier, de résumer tous les
documents connus sur cette maladie éteinte. Malgré les efforts
des savants commissaires, la question de nature n’a pas été
résolue d’une manière irréfragable, et reste encore aujourd’hui
enveloppée d’une certaine obscurité. L'altération des céréales
par l’ergot de seigle ne doit être invoquée que comme une cause
accessoire. Sans doute la mauvaise alimentation constitua, unie
aux malheurs de l’époque, une influence pathogénique dont il ne
faut pas nier le pouvoir; mais pour que l’ergotisme pût être
réellement investi du rôle d’agent producteur, il faudrait que le
feu Saint-Antoine ne se fût montré que chez les populations
soumises à cette alimentation vicieuse, et que l ingestion du blé
ou du seigle ergotés eût été constamment suivie de l’apparition
du mal des ardents. Ni l’une ni l’autre de ces propositions ne
sont vraies. La peste, qui est restée endémique en Asie et en
Europe pendant tout le moyen-âge et une partie des temps mo­
dernes, a paru dans quelques cas s’associer au mal des ardents.
De là erreur dans le diagnostic, et incorporation du mal des ar­
dents à la peste inguinale, dont la gravité est pourtant assez
grande sans qu’il soit besoin d’y ajouter une autre cause de
léthalité.

peste à bubon. L’inflammation gangréneuse des organes de la
respiration, la violente douleur Axée dans la poitrine, le vomis­
sement ou le crachement de sang, et cette haleine empestée qui
rendait intolérable le voisinage des malades, puis cette apparition
de taches noires, rouges ou bleuâtres qui parcouraient toute
l’étendue de la peau n’appartiennent pas à la caractéristique de la
peste orientale. Les bubons se sont montrés quelquefois ; mais
de la description de Guy de Chauliac, il semble résulter qu'ils
ont existé tantôt comme simple épiphénomène, tantôt comme
forme principale. .Sous cette dernière apparence, M. Anglada
n’hésite pas à dire qu’il s’agissait d'un retour ou d'une recru­
descence de la vraie peste orientale. Quoi qu’il en soit, la peste
noire fit dans le monde entier 77 millions de victimes pendant
son régné de quatre ans, de 1316 à 1350.

*70

P este noire . — L’erreur s’est plusieurs fois répétée dans le
cours des siècles. Au XIVe siècle, la peste d’Orient a encore
coexisté avec la peste noire, nouveau fléau du genre humain dé­
crit par l’empereur Jean Cantacuzène, par Boccace, par Pétrarque
et par. Guy de Chauliac. Plusieurs médecins les ont confondues.
Nous avouons que la savante dissertation contradictoire de notre
auteur doit don,ner à réfléchir aux partisans de l’identité. Les
symptômes de la peste noire diffèrent beaucoup de ceux de la

171

S uette anglaise. — La suetle anglaise, qui désola l’Angleterre
et l’Europe septentrionale à la fin du XV* siècle, et pendant la
première moitié du XVI*, sort du cadre des épidémies précé­
dentes, que l’on pourrait appeler légendaires à cause de l’insuf­
fisance des documents scientifiques que nous possédons sur elles.
Ici les renseignements médicaux abondent, et ce n’est pas aux
chroniqueurs ni aux historiens du temps qu’il faut principale­
ment s’adresser pour en reconstruire l’histoire. Par un surcroît
de bonne fortune, dit M. le professeur Anglada, un de ces re­
cueils dont les Allemands seuls savent concevoir et réaliser
l’exécution, contient sur la suette tous les documents désirables.
On y trouve, outre les monographies, un nombre considérable
de fragments historiques empruntés aux auteurs anglais, belges,
allemands, suisses, danois, suédois, français, italiens. Cette im­
mense compilation est l’œuvre de Gruner, et elle a été publiée
après sa mort par M. le docteur Haeser. Quoique ayant mis à
contribution ce recueil dont il était impossible de se passer,
M. le professeur Anglada a aussi puisé à d’autres sources qu’il
a eu le soin d’indiquer.
L’etude comparée des symptômes de la suette anglaise et de
ceux de la suette miliaire communément observée de nos jours,
doitmalgré la synonymie, repousser l’idéed’une identité naturelle
entre les deux affections. Voici la symptomatologie résumée de
la suette anglaise : douleurs fixées en diverses parties de la sur­
face du corps, sensation d’un souffle brûlant circulant dans les

�ni

ESPAGNE.

membres, sueur profuse inondant soudainement la peau, cha­
leur ardente d’abord intérieure, puis extérieure, soif dévorante
et agitation incessante. Cœur, foie et estomac principalement
affectés ; céphalalgie violente avec délire vague et loquace, suivi
d’affaissement et d’envies presque irrésistibles de dormir, sueurs
de couleur et de consistance variable, s’arrêtant parfois pour
revenir, avec une odeur forte ; nausées plus fréquentes que
les vomissements, respiration gênée et fréquente; urine quel­
quefois normale, mais ne pouvant pas être considérée comme
critique malgré ses variations de couleur et de densité. Tel est
le tableau de Kaye (C. Britannicus) (pie l’on peut, malgré la dif­
férence symptomatologique signalée dans quelques observations
particulières, regarder comme s’appliquant a la généralité des cas
de suette anglaise. Dans certaines invasions, la mortalité était
terrible. Les causes réelles, comme dans la plupart des grandes
épidémies, ont été difficilement assignées. La contagion paraît
avoir été moins manifeste que dans les autres maladies pestilen­
tielles. Quant au traitement, la méthode anglaise, qui consistait
à respecter les sueurs et à tenir les malades distraits et éveillés
afin de prévenir un état soporeux, trop souvent précurseur de la
mort, donna des résultats bien plus satisfaisants que la méthode
échauffante, dite méthode hollandaise, qui fit plus de victimes
que la maladie elle-même.
La suette anglaise fut considérée comme une maladie nouvelle.
Tel est le sentiment de Freind. de Sprengel, de Gruner, de
Sennert, d'Ozanam; telle est l'opinion de M. Anglada. Après sa
première invasion, elle sembla avoir disparu : mais rien ne nous
autorise à dire qu’elle ne s’est plus montrée, puisque l’épidémie
observée, en 1802, par Sinner a Rœttingen, en Franconie, sous le
nom de suette rhumatismale, a avec elle la plus grande analogie.
Rien ne nous permet d’affirmer qu’elle ne reparaîtra plus.
La suette miliaire est une vraie fièvre éruptive, devant se
ranger a côté de la petite vérole, de la scarlatine et de de la rou­
geole. Elle est susceptible d’acquérir, à l’état épidémique, une
gravité que nous ne nions pas, mais qui n’est pas comparable à
la terrible mortalité de la suette anglaise. L’éruption miliaire
qui faisait complètement défaut dans celle-ci, suffit du reste à
elle seule pour les distinguer.
S yphilis. — A propos de la Syphilis, l’auteur n’a pas de peine
a démontrer qu’elle n'existait pas dans l’antiquitc grecque et

-173

BIBLIOGRAPHIE.

romaine, e t'q u ’elle ne remonte pas au-delà du XVe siecle. La
spécificité et la spontanéité de cette affection sont surabondamment
prouvées par son défaut de réponse aux provocations si puissan­
tes qu’elle aurait dù trouver dans le débordement de la société
romaine dégénérée et par la médication toute locale que nos
confrères de l’ancienne Rome opposaient aux maladies des organes
génitaux, traitées et décrites par eux. Les satiriques latins ont
stigmatisé de sarcasmes indélébiles, ces nombreuses lésions
vénériennes, fruit de la débauche effrénée du temps, et ces habitudes
infâmes, presque passées dans les mœurs, que le langage fran­
çais est encore impuissant à nommer. Les œuvres de Juvénal et
de Martial contiennent à ce sujet des détails que les médecinslégistes et les auteurs qui écrivent sur les attentats aux mœurs,
peuvent largement utiliser. Parmi tous ces symptômes divers,
nous n’en voyons aucun qui possède réellement le caractère
syphilitique. En supposant que les descriptions médicales puissent
s’appliquer aux symptômes primitifs, nous constatons l’absence
absolue de toute description d’accidents secondaires; et nous
demandons à M. Rosenbaum, l’éminent auteur de YHistoire de la
syphilis dans l’antiquité, s’il ne fournit pas lui-même le meilleur
argument contre la these qu’il veut défendre , en disant que
l’apparition de ces accidents secondaires était rendue impossible
par l’excision ou la cautérisation immédiate des lésions locales
qui auraient pu leur donner naissance. Est-ce que la cautérisation
des ulcères syphilitiques empêche l’infection constitutionnelle?
Pour démontrer que la syphilis est antérieure à la seconde
moitié du XVe siècle, M. Cazenave, dans son Traité des syphilides,
publié en 1843, mentionne ces fameux statuts en langue proven­
çale de la reine Jeanne de Naples, qui auraient édicté, dès 1347,
un règlement de police sanitaire concernant un lieu de débauche
établi à Avignon. M. Anglada s’étonne avec raison que l’habile
svphilographe n’ait pas eu connaissance des recherches de
l’honorable docteur Yvaren (d’Avignon), qui, huit ans avant
l’apparition du Traité des syphilides, en 1835, avait démontré que
ces prétendus statuts, entièrement apocryphes, ne sont qu’une
mystification, œuvre de quelques amis avignonnais en belle
humeur, dont les descendants subsistent encore, et qui se livrè­
rent à cette plaisanterie philologique et médicale en 152 4.
La peste noire, le mal des ardents et autres fléaux qui ne se
sont montrés que bien des siècles après l’apparition de l’homme
sur la terre n ’existent plus aujourd'hui. La syphilis, ayant comme
30

�471

SOCIÉTÉS SAVANTES.

ESPAGNE.

eux une origine historique dont il est facile d'assigner l’époque,
ce n’est pas faire une hypothèse irrationnelle que de croire a la
possibilité de son extinction future. Fracastor croit qu’elle
s’éteindra après un certain temps pour reparaître de nouveau
après une longue suite de siècles.
Choléra. — L’ouvrage est terminé par un chapitre plein
d’actualité sur la grande épidémie cholérique du XIX* siècle. Le
fléau indien, cruel démenti donné à la civilisation contemporaine ,
inflige à notre époque les anciens malheurs des grandes épidémies
éteintes ou disparues. La théorie du parasitisme, par laquelle on
a cherché à expliquer sa propagation, n’est pas nouvelle en patho­
logie. On peut en dire autant du terme même de choléra. Les
médecins de tous les temps, depuis Hippocrate jusqu’à nos jours,
ont connu et traité un choléra sporadique survenant d’habitude
à l’époque des grandes chaleurs, par suite d'écarts de régime, et
dont les symptômes ont une certaine ressemblance avec ceux du
choléra épidémique et pestilentiel.Des auteurs recommandables,
admettant un moyen terme, considèrent les deux choléras comme
deux variétés de la même maladie. M. le professeur Anglada,
appuie l’opinion contraire, qui est celle de la majorité, sur
les arguments les plus sérieux.
Nous avons dit que nous avions l'intention de dire notre opinion
sur l’ouvrage qui nous occupe Nous nous apercevons en termi­
nant qu’au lieu de parler nous même, nous avons présenté le
résumé des idées de notre auteur. N’est-ce pas le meilleur moyen
de les faire connaître et d’inspirer a nos lecteurs le désir de faire
plus ample connaissance avec elles ?
Adelphe E spagne.

INDEX B IB LIO G R A PH IQ U E.

Il sera rendu compte prochainement des ouvrages suivants,
reçus au bureau du journal.
Les déviations de la taille, par les docteurs Dubrueil père et fils.
Petit Manuel pratique de la Santé, par le Dr Bergeret de SaintLéger.
Actes du Comité-Médical des Bouches-du-Rhône, t. 9, fasc. I et 2.
Notes sur la propylamine, par le Dr Jean de Ivaleniczenko..
Considérations et observations sur l'époque de l'occlusion du trou ovale
et du canal artériel, par le Dr Alvarenga.
Sul valore pratico e Condotta del Clinico ne&lt;Vizi Pelvici, par le DT
Dr Aurelio Fmizio.

475

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 9 mai. —M. Larrey ofi're, de la part de M. Sédillot
(de Strasbourg), un volume de médecine opératoire.
M. Ch. Robin présente, au nom de MM. Legros et Onimus, le
résultat de recherches physiologiques entreprises à l’aide de
l’électricité.
M. le docteur E. Moreau adresse à l'Académie une note sur
1’Amphyoxus lanceolatus , vertébré inférieur que l’auteur range
parmi les poissons.
Séance du 16 mai. — M. J. Cloquet présente deux volumes. Le
premier est le compte-rendu des travaux de l’Association fondée
pour combattre les abus du tabac ; le second est l'intéressant
mémoire publié par notre vénéré maître et savant collaborateur,
M le professeur Villeneuve, sur la viabilité des enfants nouveaunés.
Dans un consciencieux travail sur le pancréas, M. Legoués dé­
montre que les canaux trouvés par le physiologiste Weber, sont
bien des canaux excréteurs, qui souvent même constituent tout
le pancréas.
M. Péligot lit une note adressée à l’Académie par le directeur
de Tune de nos grandes cristalleries. Dans cet établissement, le
minium est préparé en grand pour les besoins de la fabrication
des cristaux; aussi l’intoxication saturnine faisait-elle de grands
ravages. Depuis un an et demi environ tous les ouvriers furent
mis à l’usage du lait. A partir de ce moment pas un seul cas de
colique n’a été observé.
M. Ch. Robin présente un volume de M. Van Beneden sur l’évo­
lution de l’œuf
Séance du 23 mai. — M. le docteur Decaisne donne le résultat
de ses recherches sur les maladies que déterminent les machines
à coudre chez les ouvrières. Sur 28 femmes de 18 à 40 ans, travail­

�476

SEUX FILS.

lant trois ou quatre heures par jour, l’auteur n’a constaté aucun
symptôme pouvant ctre attribué à la machine à coudre.
M. Farez indique un moyen fort simple pour donner de la so­
lidité aux ossements fossiles. Il suffit de recouvrir l'objet—a l’aide
d’un pinceau et à froid — d'une couche de silicate de potasse
(solution a 30 degrés Baumé).
Séance du 30 mai. — MM. Legros et Oniinus exposent, dans une
note présentée par M. Robin, le résultat de leurs recherches sur
les mouvements choréiformes du chien, recherches opérées à
l’aide de la méthode graphique. D’après les auteurs, la chorée ne
serait point sous l’influence directe du cerveau, mais certaines
lésions de l’encéphale pourraient la déterminer indirectement ;
pour eux, cette affection siégerait dans les cellules nerveuses de la
corne médullaire postérieure ou dans les filets qui unissent cellesci aux cellules motrices.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 19 avril. — Après la présentation de divers ouvrages,
M. Mathieu réclame la priorité pour un instrument destiné a
retirer les liquides des cavités accidentelles ou normales du corps
humain.
M. Delpech lit les conclusions du rapport sur l’hygiène des
crèches; elles sont ainsi formulées :
« L'Académie reconnaît l'utilité des crèches, mais, pour assu­
rer leurs bons résultats, elle émet le vœu que les mesures qui
suivent y soit exactement observées :
« \" Les crèches ne recevront que des enfants âgés de plus de 2
mois, ctrcconnus exempts de maladies transmissibles
« 2° Tout enfant devenu malade cessera d’y être admis pendant
la durée de sa maladie.
v 3° Destinée surtout a favoriser l’allaitement maternel, la
crèche n’admettra pas d’enfants sevrés avant l’àge de 9 mois, si
ce n’est sur un avis motivé du médecin inspecteur. — Les mères
viendront allaiter leurs enfants au moins deux fois dans la
journée.
« 4* Le médecin inspecteur visitera la crèche une fois chaque
jour. Il fixera seul les conditions de l’alimentation supplémen­
taire et l'époque du sevrage.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

177

« 5* Les locaux destinés aux crèches seront scrupuleusement
examinés au point de vue de la salubrité, de l’aération, du chauf­
fage. Il est désirable que chaque crèche ne réunisse qu’un nom­
bre d’enfants peu considérable ou que ceux-ci soient divisés par
groupes peu nombreux dans des salles séparées.
« G° La crèche, particulièrement utile pour les populations
ouvrières, devra être aussi rapprochée que possible des grands
centres dé travail ».
Ces conclusions, résultat commun du travail de la Commis­
sion et des observations présentées par divers membres de l’Aca­
démie, sont définitivement adoptées.
M. Lunier, inspecteur général du service des aliénés, lit un mé­
moire intitulé: De l’isolement des aliénés considéré comme moyen de
traitement et comme mesure d’ordre public. L'auteur considère l’iso­
lement comme un moyen des plus ecffiaces mais très-difficile à
manier; le médecin seul peut en déterminer l’opportunité et la
durée ; la déclaration de l'homme compétent ne peut être, à ce
sujet, l’objet d’un contrôle. Depuis la promulgation de la loi, dit
M. Lunier, aucun fait ne peut établir qu’un seul certificat de
complaisance ait été délivré.Une pièce de cette nature ne pourrait
d’ailleurs entraîner qu'une séquestration provisoire qui ne dé­
passerait jamais trois ou quatre jours.
Séance du 26 avril. — M. Vernois donne le résultat des revac­
cinations pratiquées dans plusieurs établissements de Paris. Sur
838 revaccinations faites à l’aide du vaccin de génisse, il n’y a
eu que 125 succès ; sur 259 revaccinations jennériennes, il y a eu
104 succès.
M. le docteur Simonin (de Nancy), publie une fort belle obser­
vation de tétanos traumatique guéri par le procédé suivant : le
malade — arrivé au cinquième jour d’un tétanos des plus vio­
lents — fut placé dans une pièce d’une contenance de 40 mètres
cubes d’air ; pendant vingt-deux jours consécutifs on versa pres­
que incessamment du chloroforme sur une serviette recouvrant la
poitrine du sujet ; 20 kilogrammes de chloroforme furent employés ;
l’amélioration apparut le vingt-quatrième jour, et alla en aug­
mentant jusqu’au quarante neuvième; trois semaines après, le
malade sortait complètement guéri.
M. le Dr Lecadre (du Havre), lit. un travail sur les quarantaines,
ou mieux, sur la suppression de celles-ci; l’auteur, en effet, de­
mande l’abolition complète de la quarantaine, du cordon sani-

�478

SETÏX FILS.

taire, des lazarets, et il propose d’autres mesures pour remplacer
ces anciens modes de préservation.
M. le D' Chassagny (de Lyonl met sous les yeux de l'Académie
un appareil qu’il désigne sous le nom de Tampon utéro-vaginal
hémostatique et dilatateur utérin.
M. Houzé de Laulnoit (de Lille) lit un mémoire sur l'étrangle­
ment des amygdales par les piliers du voile du palais ; ce traitement
consiste dans la section du pilier antérieur, opération trèssimple.
Séance du 3 mai. — M. Caventou est nommé membre titulaire
de l’Académie (section de pharmacie).
M. Béchamp, professeur à la Faculté de Médecine de Mont­
pellier, lit un travail sur les microzymas. L’auteur croit que le
corps des animaux et des végétaux est réductible en microzymas
qui peuvent évoluer de diverses façons, soit en bactéries ou bac­
téridies . soit en sporules. L’être vivant rempli de mycrozymas,
porte en lui-même les éléments essentiels de la vie, de la ma­
ladie, de la mort, et de la destruction totale.
M. Vulpian combat la théorie de M. Béchamp.
Séance du 10 mai. — M. Mialhe lit une note dans laquelle il
s’efforce de démontrer que la virulence ne réside pas, a propre­
ment parler, dans les ferments insolubles que M. Chauveau
appelé organites et M. Béchamp microzymas. Pour l’auteur, l’évo­
lution physiologique de ces ferments insolubles produit un fer­
ment soluble ou zymase : c’est l’action de ce dernier sur l’écono­
mie qui amène la virulence.
M. le D'Armand Moreau donne lecture d’un travail intitulé :
Expériences physiologiques sur l'intestin. L’auteur démontre que
c’est par l’influence du système nerveux que l’on se rend compte
de l’apparition subite de certaines diarrhées.
M. Bergeron lit un rapport officiel sur le l'inage des vins.
Séance du I7 mai. — M. Vigla lit un rapport sur un mémoire
de M. Burdel (de Yierzon) ; ce travail, basé sur un grand nombre
de faits, a pour but de prouver que le cancer transmet très-souvent la phthisie.
M. Béhier fait un rapport sur l'appareil vaporifère de M. le
D' Lefebvre, appareil peu coûteux et qui rend à la fois plus
facile et plus régulier l’emploi de la vapeur.
M. Davaine lit un mémoire sur la genèse et la propagation du
charbon. L’auteur croit que la contagion se fait principalement

SOCIÉTÉS SAVANTES.

479

par les mouches; il n’admet, pas la spontanéité du charbon ; il
explique la genèse de cette maladie par le contact, sur une plaie,
de la poussière formée par du sang charbonneux, rapidement
desséché.
Séance du 24 mai. — M. Gavarret met sous les yeux de l’Aca­
démie un nouvel ophthalmoscope, construit par M. Wecker.
M. Poggiale lit un discours sur le vinage des vins.
M. le D'Prat donne lecture d'un travail dans lequel il préconise
les irrigations abondantes d’eau tiède, simple ou médicamen­
teuse, comme un des plus prompts et des plus efficaces moyens
curatifs de la surdité.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 22 avril. — Suite de la discussion sur les maternités.
La sixième conclusion de la Commission propose, dans un
premier paragraphe, qu'au concours de l'internat des questions
soient posées sur les accouchements (adopté).
Le second paragraphe, relatif aux cours pratiques d’accouche­
ment que seraient tenus de faire les chirurgiens-accoucheurs,
est renvoyé a une discussion nouvelle.
M. Chauffard expose les raisons qui l'ont conduit à demander
la suppression des écoles internes d’accouchements.
Après une discussion à laquelle prennent part MM. Hervieux,
Bergeron, Bucquoy, Vidal, Moissenet, Gallard et Chauffard, la
société décide de modifier, comme suit, la conclusion relative à
cette importante question :
« Remplacer les grandes maternités, avec écoles d’internes
« d’accouchements, pour les sages femmes, par de petites mai« sons d'accouchements à chambres séparées, en les plaçant, en
« général, dans le périmètre des grands hôpitaux. »
Séance du 13 mai. — La société adopte, après discussion, la
conclusion suivante :
Les chirurgiens-accoucheurs attachés au service des femmes
o en couches seront chargés de faire, au commencement de cha« que année, un cours pratique d’accouchements aux élèves in« ternes et externes des petites maternités. »
La discussion sur les maternités est close.

�481

SEUX FILS.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

M. Constantin Paul présente un malade atteint d’une affection
symétrique de la paume des mains et de la plante des pieds.
Cette lésion, qui ne paraît pouvoir se rattacher ni à l’eczéma, ni
au lichen, ni à l’iclithyose, est caractérisée par une induration
de certaines régions épidermiques avec hyperplasie de l'épi­
derme sous-jacenl.

M. Desormeaux communique une statistique de laquelle il
résulte que les malades soumis à l’application de l’appareil
Hennequin pour les fractures des membres inférieurs, guérissent
sans l'accourcissement et quelquefois même avec un allongement
réel du membre.

480

Séance du ïl avril. — M. le docteur Bracliet (d’Aix-en-Savoie),
adresse une très-curieuse observation de tumeur musculaire
utérine survenue, pendant la grossesse, chez une primipare,
âgée de 37 ans.
M. le docteur Dubrueil communique, en son nom et au nom
de M. le docteur Onimus, une observation de tétanos trauma­
tique guéri pur l'emploi simultané du chloral et des courants
électriques continus.
M. Panas fait part à la société d'un fait curieux. Ayant pra­
tiqué l’amputation de la jambe au tiers inférieur chez une pe­
tite fille de 11 ans atteinte d’une tumeur blanche de l'articula­
tion du pied , il reconnu que la réunion intime de l’astragale
avec le tibia et le péroné s’était opérée, non par une soudure
fibreuse ou osseuse, mais bien par une soudure cartilagineuse.
M. Marjolin préconise l’emploi du chloral à l’intérieur (0,50 en
lavement), dose que l’on répète au besoin) pour calmer les dou­
leurs atroces des brûlures.

Séance du 11 mai. — M. Verneuil, communique une observa­
tio n — à lui adressée par le D' Dufour (de Lausanne)—de tétanos
traumatique guéri par l’emploi du chloral (de s à 16 grammes
par jour) et des injections morphinées.
M. Depaul donne au nom de M. le D1d’Olier (d’Orléans), d’inté­
ressants détails sur une operation césarienne pratiquée par ce
chirurgien et suivie d’un succès complet.
M. Gueniot communique, au nom de M. le D' Parrot, une obser­
vation de rupture de la moelle épinière. Cette lésion est survenue
chez un enfant pendant le travail de l’accouchement, sans rup­
ture de la colonne vertébrale.
M. Depaul appelle l’attention de ses collègues sur un curieux
détail mentionné dans l’observation de M. Parrot; il s’agit d’un
épanchement sanguin opéré sous les plèvres à travers les trous
de conjugaison. M Depaul cite plusieurs faits semblables qui se
sont produits sous ses yeux.
M. Letenneur (de Nantes), adresse une note relative à une
fracture double du maxillaire inférieur , avec esquille et commu­
nication du foyer de la fracture avec l’intérieur de la bouche. Le
malade a été traité par la ligature des dents et la suture osseuse
directe. La guérison complète était obtenue au bout de cinq
semaines.

Séance du 4 mai. — M. Guvon et M. Verneuil communiquent,
l'un après l’autre, une observation de tétanos traumatique traité
par le chloral. Dans ces deux cas, cet agent n’a pas réussi ; les
deux malades ont succombé. M. Verneuil croit cependant que le
chloral est très-utile dans cette terrible maladie, et qu’il con­
vient de l’employer concurremment avec les courants continus,
moyen qui paraît avoir une action spéciale contre la contracture
des muscles respiratoires.
M. Desprès, fidele a son principe d’opposition systématique,
soutient que l'ankylose désignée par M. Panas, dans la dernière
séance, sous le nom de cartilagineuse, rentre purement et sim­
plement dans la catégorie des ankylosés fibreuses.

Séance du 18 mai. M. Blot communique une observation de
grenouillette congénitale chez un enfant îi terme La tumeur fut
excisée. La guérison a été complète.
MM. Forget, Giraldès, Guéniot, et Guyon , considèrent l’exci­
sion comme le meilleur procédé à mettre en usage contre la gre­
nouillette congénitale. M. Marjolin donne la préférence au
séton. M. Chassaignac se prononce pour le drainage.
M. Verneuil donne quelques détails sur une exostose éburnée,
du sinus frontal. La tumeur enlevée à travers la paroi antérieure
du sinus paraissait avoir pris naissance vers la paroi postérieure
de cette cavité et dans l’épaisseur même de la membrane mu­
queuse.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

�m

GUIRAUD.

COLIQUE SÈCHE

M. Giraldès nie que les muqueuses puissent donner nais­
sance à une tumeur osseuse
M. Brocca présente un jeune homme de 18 ans, qui porte à la
région cervicale, du côté gauche, une énorme tumeur adénoïde.
La masse est bosselée , mobile et elle tend à augmenter de
volume. Quelle conduite doit tenir le chirurgien en présence
d’une affection qui amènera probablement la mort, à bref délai ?
MM. Desprès, Marjolin et Forget conseillent l’abstention.
MM. Giraldès, Legouest et Larrey se prononcent pour l'extirpa­
tion. M. Trélat préférerait, à cette dernière, l’application des cou­
rants électriques.
M. Broca sans se dissimuler les difficultés énormes de l’opé­
ration , se propose , — vu la gravité de la situation et le désir du
malade , — de la pratiquer ; mais il a l’intention de séparer la
tumeur en deux parties de manière à pouvoir faire deux extir­
pations séparées par un laps de temps plus ou moins long.
M. Broca croit qu’en diminuant ainsi l’étendue du traumatisme
il rendra moins considérables les risques de l’opération.
Dr S eux fils.

On en appochait beaucoup, lorsqu’on se trouvait en dedans de
Ténériffe, car on peut dire que cette île et la côte d’Afrique sont
les bords d’un vaste canal. Faire dix voyages de Bordeaux au
Brésil, c’est passer vingt fois par les mêmes endroits, je me suis
donc trouvé vingt fois sous l’influence du climat de la côte occi­
dentale d’Afrique, et, à chaque passage, j ’ai eu parmi les hommes
de l’équipage, quelques cas de coliques sèches plus ou moins
violents; c’étaient des douleurs abdominales atroces, non franchement
par accès, et s'accompagnant de constipation opiniâtre. L’administra­
tion de l’huile de ricin, seule ou avec addition de quelques gout­
tes d’huile de Croton tiglium, les onctions abdominales avec
l’extrait de Belladone et le repos, m'ont à peu près toujours rendu
maître de ces accidents.
Quatre ou cinq jours avant le départ, j ’avais soin de visiter les
hommes de l'équipage; chauffeurs, charbonniers, matelots, domes­
tiques, pour eloigner les malades ou ceux d’une faible constitu­
tion, et malgré cette mesure, des que nous approchions de l’Afri­
que, en vue de Ténériffe, j ’avais toujours trois ou quatre hommes
se plaignant de douleurs d’entrailles très-violentes qui les forçaient
à cesser tout travail, c’était des chauffeurs, des charbonniers,
puis ce nombre augmentait jusqu'à huit ou dix, tous atteints de
la même manière, pour diminuer à mesure que nous nous éloi­
gnions des Iles du Cap-Vert. Enfin, de l’équateur û Pernambouc
et Bahia, il me restait tout au plus quatre ou cinq malades, et le
séjour de Rio achevait ordinairement de rendre la santé à tout
le monde. Au retour, j ’avais le même nombre de malades dans un
ordre un peu différent; deux ou trois à Bahia et à Pernambouc
jusqu’à l’équateur ; ce nombre augmentait sensiblement, dès que
nous approchions de l’Afrique jusqu’à Saint-Vincent, pour dé­
croître, au fur et à mesure que nous remontions vers Ténériffe ;
au-delà des Canaries, mon journal ne me donne plus un seul cas
de colique sèche. La section des hommes de l’equipage qui me
fournissait surtout des malades, est celle des chauffeurs et des
charbonniers ; après eux, les matelots et enfin quelques domesti­
ques. Ces derniers et les matelots devaient la cause de leur mal
à l’imprudeuce de dormir sur le pont. Personne n’ignore qu’entre
les tropiques, de l’un à l’autre hémisphère, la rosée du soir et du
matin est excessivement abondante, tout homme se tenant sur le
pont dans la première heure qui suit le coucher du soleil, est
littéralement trempé d’eau, au point d’être obligé de changer
de vêtements; sage précaution que négligeaient de prendre
les hommes de l’équipage. Je ferai en outre observer que la
plupart des chauffeurs montaient toutes les cinq minutes sur le
pont, nus, ruisselant de sueur, pour respirer un air moins chaud,
et pourboire; c'était là, pour ces hommes, une cause immanquable
de colique. J ’en ai connu faisant parfaitement leur ouvrage, mais
calmes, sobres, apparaissant un moment sur le pont pour s'essuyer,
s’abstenant de boire, faire jusqu'à trois et quatre voyages sans
éprouver la moindre atteinte de colique sèche. Vous n’ignorez pas
les bonnes conditions d hygiène des paquebots des Messageries
Impériales, vous n’ignorez pas non plus les sévères précautions
pour en exclure le plomb, et on ne saurait attribuer à la présence
de ce métal dans l’eau ou le vin la cause des coliques que présen­
taient les malades. On ne saurait nier toutefois Faction du mastic

CORRESPONDANCE.
LA COLIQUE SÈCHE.
Nîmes, le 16 mai 1870.
Monsieur le D irecteur ,

J ’ai lu que, dans la séance du 8 janvier, de votre Société, il a
été question de la colique sèche, et l’idée m’est venue de vous
donner le résumé des dix voyages que j ’ai faits de Bordeaux au
Brésil, comme médecin sanitaire a bord des paquebots-poste des
messageries Impériales, relativement à cette question de la
colique sèche. La ligne suivie de mon temps était différente de celle
d’aujourd’hui. On allait de Bordeaux à Lisbonne, et en sortant
duTage, on se dirigeait sur l’archipel des Iles du Cap-Vert pour
faire du charbon a Saint-Vincent ;*de ce dernier point, on visait
Pernambuco, croisant obliquement l’Océan et passant de l’hémishère nord à celui du sud, que l’on remontait jusqu’à Rio de
aneiro, c’est-à-dire jusqu’au 23M degré de latitude sud. Dans la
nouvelle ligne, au lieu d’aller faire du charbon à Saint-Vincent,
on va jusqu'à Dackar, sur la côte occidentale d’Afrique, en Sénéambie. De Lisbonne à Saint-Vincent, on traversait le groupe
es lies Canaries, en. dedans de Ténériffe, c’est-à-dire qu’on navi­
guait presqu’en vue de l’Afrique depuis Gibraltar jusqu'au Sénégal.

Î
f

183

�484

VILLENEUVE FILS.

que l’on fabrique avec le minium et que les hommes du service de la
machine ont souvent entre les mains. J ’ai vu, en effet, quelques
hommes ne devoir leur colique qu’au maniement du mastic, mais
alors, si les accidents acquéraient une certaine gravité, apparais­
sait le liséré gingival caractéristique. De plus, ces hommes étaient
malades sur n'importe quel point de la ligne parcourue, en vue
de l’Espagne et du Portugal, comme au voisinage de l’Afrique ou
du Brésil. Tandis que les premiers, qui devaient leurs coliques à
l'influence du voisinage de la cote occidentale de l’Afrique, à
l'imprudence de boire à tout propos et de dormir sur le pont,
ceux-là n’étaient malades que dans les parages que j ’ai signalés.
Voilà ce que j ’ai observé pendant trois années de navigation
abord des paquebots faisant le service de Bordeaux au Brésil.
Dr G uiraud.

NOUVELLES DIVERSES,

NÉCROLOGIE. — Notre famille médicale marseillaise .vient
d être encore frappée. M. le docteur Sollier a succombé, à l àge
de 74 ans. apres une longue et laborieuse carrière. Comme
Rampai, qu’il a suivi de si près dans la tombe, .Sollier était un
fidèle disciple d’Hakneman. Mais, quelles que fussent nos dissi­
dences scientifiques, nous ne pouvons que nous associer aux
chaleureuses paroles prononcées par M. J. Perrin au nom du
Comité Médical, sur la tombe de notre regretté confrère.
« Messieurs, a dit M. Perrin en terminant, les luttes de doc­
trines ont aussi leurs passions et leurs entraînements ; mais nous
pouvons tendre la main à celui qui combat avec conviction, et
qui reste fidèle aux lois immuables de la morale. »
— Nous avons le regret d'annoncer la mort de M. AuziasTurenne, le promoteur de la syphilisation, il a ordonné dans son
testament, que son corps fût disséqué, son squelette préparé avec
soin et offert à l’Ecole de Médecine de Christiania, où sa doctrine
de la syphilisation préventive et curative est préconisée et prati ­
quée par M. le professeur Boeck.
— L esprit d’initiative commence à pénétrer dans nos mœurs
médicales, et ses premiers résultats sont de nature à nous faire
désirer de le voir s'accroître et se répandre. Aussi, sous le titre
de Confèrence Médicale, une réunion publique est tenue chaque
mercredi à Paris, au gymnase Paz, et l’on y discute publiquement
toutes les questions qui intéressent la santé publique. Rien de
plus naturel et de plus juste qne le droit qu’a tout peuple libre
de se tenir au courant de ses propres affaires, et 1état de sa
santé est, sans contredit, la plus importante. C’est 1’épidémié ac­
tuelle de variole qui fait les frais de la discussion, et lorsque celleci sera close, il sera formulé un certain nombre de propositions sur

NOUVELLES DIVERSES.

48j

lesquelles les médecins seuls seront appelés à voter, et que nous
ferons connaître à nos lecteurs. En attendant, le bureau de la con­
férence invite instamment les praticiens de province à faire par­
venir à l’un de ses secrétaires M. Daily, les renseignements qu’ils
pourraient fournir sur la valeur comparative des deux vac­
cines, et sur l’épidémie actuelle de variole. Nous engageons vive­
ment nos lecteurs à répondre à cet appel.
D’autre part, M. de Ranse, le directeur do la Gazette Médicale, a
des visées encore plus hautes, et il convie tous les praticiens de
France à ce qu’il nomme un plébiscite médical. Ce serait une réu­
nion annuelle, tenue alternativement dans les principales villes
de la province, où tous les médecins français et même étrangers
seraient conviés, mais qui s’adresserait plus particulièrement aux
praticiens de la région où se tiendrait le congrès. Sans en bannir
absolument la science, on y discuterait surtout les intérêts pro­
fessionnels et, ce qui constitue le point original de la proposition
la session serait terminée par le don d’une récompense civique a
celui que le suffrage de ses pairs aurait librement désigné.
Nous ne savons si ce projet aboutira, mais il est certain qu’il
répond à des besoins qui s’accusent de plus en plus ; des souf­
frances trop réelles et trop multipliées démontrent chaque jour
la nécessité d’une entente commune sur la question des interets
matériels ; et c’est une idée généreuse et vraiment libérale que
de soustraire, autant qu’il sera en notre pouvoir, à l'administra­
tion et aux passions politiques, les distinctions honorifiques à
accorder aux plus méritants.
La plupart des organes de la presse médicale ont déjà adhéré à
ce projet ; et comme le disait dernièrement l’un d’eux, il ne man­
que plus, pour le mettre à exécution, qu’un homme dévoué, riche
de temps et d’activité, qui puisse s’y consacrer exclusivement et
le mener à bien, un M. de Caumont par exemple. Qui de nous
veut être M. de Caumont ?
— La question de la liberté de l'Enseignement médical subit
en ce moment un temps d’arrêt. La Commission a déposé un
rapport, Nous attendons qu’il soit publié pour le faire connaître
à nos lecteuis, et l’apprécier suivant ses mérites.
—ün nous prie d’annoncer l'ouverture du concourspour les prix
annuels décernés par la société des pharmaciens des Bouches-duRhône aux élèves stagiaires de notre département. S’adresser
immédiatement à M. Félix, pharmacien, secrétaire de la Société,
boulevard du Musée, 2(1.
— MM. les membres de l’Association Médicale sont informés
qu’ils vont recevoir gratuitement VAnnuaire de l'Exercice 18(19.
AMarsoille, la distribution se fera au domicile respectif des so­
ciétaires. Dans les autres localités, il sera fait un envoi collectif
des Annuaires, expédié à l’adresse de l’un des sociétaires, avec
prière à lui, de faire la répartition à chacun de ses collègues.
— Les membres du Corps Médical des hôpitaux de Marseille se
sont constitués en société sous le titre de : Société médico-chirurgi­
cale des hôpitaux. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des actes
et travaux de cette nouvelle Compagnie.
Dr L. Villeneuve Fils.
A. F aure.

�EXTRAIT DES REGISTRES MÉTÉOROLOGIQUES DE L'OBSERVATOIRE DE MARSEILLE
p e n d a n t le m o is d e M ai 1870.

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BIROMFtRE
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8 59.39
9 56,77
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12 52,78
13 57,98
14 61,16
15 59,43
16 57,03
17 60,55
18 61,58
19 63,59
20 61,17
21 59,52
22 57,49
23 56,14
24 55,38
25 56,19
26 54,22
27 55,74
28 59,51
29 58,08
30 56,10
31 54,54

T EM PÉR A TU R E
m in im a .

3,07
6,9
5,6
5,6
3,1
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5,1
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7,6
8,9
10,1
12,6
12,6
10,9
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m a x ira a . j

19.6
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20,4
20,4
22,4
22,0
22,9
25,4
24,3
25,9
28,7
32,4
29,8
29,1
28,7
26,2
28,4
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0
SO 2
3
0,30

1,15

TABLE DES MATIÈRES.

OBSERVATIONS ACCIDENTELLES.

Averses dans la nuit du 1 au 2.
Pluio dans l'après-midi du 2.

Association générale des médecins de France (L’); le ComitéMédi-

cal des Bouches-du-Rhône, par le Dr Gouzian, 383.
Bibliographie :

Brouillard dans la soirée du 7.

Pluie dans la nuit du 9 au 10.

Pluie dans l'après-midi du 12.
Le 13 on voit une belle couron-

Thèses de nos jeunes docteurs (MM. Albert Jubiot, Pau de
Saint-Martin, Jules Gariel et Dussau). Analyse par le D' Fabre,
53.— L’Homme primitif, par Louis Figuier; l’Année scientifi­
que et industrielle (14m
&lt;&gt;année), par le même. Analyse par le
Ur Seux hls, 302. — Etude sur les maladies éteintes et les ma­
ladies nouvelles , par Anglada. Analyse par le Dr Espagne, 162.
Bien- être et de la sécurité de toutes les familles médicales ,Du),
par le Dr Rondard (de Salon), 11.
B ulletins météorologiques, 79, 328, 486.
C linique médicale de l’École de Médecine :
Pneumonie double et pleurésie purulente, par M. Garcin,
interne des hôpitaux, 348, 432.
C linique des hôpitaux :

Hémorrhagie grave, par M. Bousquet, interne des hôpitaux, 49.
— Ganglion carotidien squirrheux, par le Dr Paul Picard, 342.
— Tumeur de l’abdomen, par M. Bousquet, interne des hôpi­
taux, 362.
Clinique de la ville :
Un orage passe au N E dans
l'après-midi du 20, le ciel est cou­
vert vers 3 h., et l’électromètre
donne un fort maximum d'électri­
cité. A la tombée de la nuit,
éclairs au N O jusqu'à 11 h. 1/1.
A partir de cette heure, le ciel est
illuminé au N par une aurore bo
réalo, dont la teinte pourpre très
prononcée s’élève jusqu'à 30" audessus de l’horizon. À minuit et
demi tout disparaît.
Nouvel orage au N E dans l’a­
près-midi du 23.
Encore un orage au N E dans
l'après-midi du 24. Nombreux
coups de tonnerre. Brouillard in­
tense dans la soirée du 25. Le 30
éclairs au N O de 11 h. à minuit.
A 2 h. du malin, le 31 on voit
au N N E. — Le 31, petite pluie
à 3 h. de l'après-midi.

Dans la colonne des Vents, le chiffre 0 placé à côté dit vont indique qu'il était
faible. Le chiffre I indique petite brise : 1,2 bonne brise; 2 boii frais ou forte brise;
2,3 vent assez fort ; 3 vent fort ; 4 vent très-fort ; 4,3 tempête; 5 ouragan.
Dans la colonne de l’Etat du Ciel. 0 signifié ciel beau; o.l horion nuageux ; 1,
en petite partie couvert: 2 à moitié couve t; 3 nuageux partout; 3,4 très nua­
geux, presque totalement couvert ; 4 couvt rt ; 5 pluvieux.

Chute sur le périnée et lésion profonde du canal de l’urètre,
ar le Dr Seux fils, 137. — Hémorrhagie intra-ovarique, parle
&gt;r Paul Picard, 426.
C omptes- rendus des séances de la Société Impériale de Médecine
de Marseille, par leD rCh. Isnard, 57, 146, 222, 312.
C omptes- rendus des Sociétés savantes (Académie des sciences.
Académie de médecine, Société médicale des hôpitaux, Société
de chirurgie), par le Dr Seux fils, 61, 152, 233, 323, 389, 475.
C oncours pour une place de professeur-suppléant à l’École de
médecine de Marseille, 375.

E

C orrespondance :

Lettre du Dr C. Blanchard, 246. — Lettre du Dr Vidal (de
Grasse), 246. — Lettre du Dr Bertulus, sur les coliques, 325. —
Lettre du Dr Guiraud, sur les coliques sèches, 482.
C onsidérations sur les maladies de l’estomac (Quelques), par le
Dr Bourgarel, 334.
F ractures ouvertes du tiers supérieur de la jambe (Essai sur les),
parle Dr Poucel, 32, 81.
Ganglion carotidien squirrheux (Observation de), par le Dr Paul
Picard,342.

�TABLE DES MATIÈRES.
HÉMORRHAGIE intrà-ovarique, parle D' Paul Picard, 420.
I ndex bibliographique, 474.
J ean-N oel Houx (Éloge de), par le I)r Sirus-Pirondi, 249.
L uxations (Nouveau procédé de réduction des), par le D' Sirus-

Pirondi , 4 i7.
N ouvelles d iverses, 80, 107, 248 , 327, 406, 484.
Nouvelles san itaires, 247.
Occlusion intestinale (Note sur T) , par le Dr Roux (de Bri-

guoles), 409.

P rincipales réformes à opérer dans renseignement médical (Des),

par le Dr Fabre. 3Go.

P rix proposés par l’Academie de médecine, 163.
P rofesseur Lordat, de Montpellier, et son influence sur la méde­
cine contemporaine (Le) par le Dr Bertulus , 377.
Remerciments, par le Dr Fabre, 5.
R etour à la raison chez certains déments pendant les dernières

heures de leur vie (Du), par le D' Despine ,329.

Révision des statuts de l'Association générale des médecins de

France (La), par le Dr Gouzian . 217.

R evue clinique des hôpitaux et journaux étrangers , par le Dr

__

Paul Picard , 239.

Revues des journaux :

►

Français (chirurgie), par le Dr C. Ollivc, 69. — Français (méde­
cine), par le Dr Fabre , I3S.—Espagnols et portugais, par le
Dr Sauvet, 73, 393.
Rente syphiliograpliique, par le Dr M ireur, 449.
Revue de thérapeutique, par le Dr Ch. Isnard , 289.
Rhumatisme par les eaux de Gréoulx (Etude sur le traitement du),
par le Dr Lescamel, 281.
S t r a b i s m e (Sur une cause mal appréciée de), par le D r de Cap­
deville , 23.
Température dans la fièvre tvphoïde (De la ), par M. Garcin ,
interne des hôpitaux, 112, 170.
Thoracentèse (Etude sur la), par le Dr Villard , 9 , 184.
Traitement de la fièvre tvphoïde (Du), par le Dr Paul Picard ,
399,440.
Variétés : Tribunaux, 76.
Volume des enfants et leur résistance vitale dans l'accouchement
normal Rapport existant entre le), par le I)r Villeneuve père ,
96.202,266.
1

FIN DE LA T A B L E .

�(A N C IEN N E U N IO N

MKD1CADK DK DA P R O V E N C E )

ORGANE OFFICIEL

DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE
Journal publié par JIM. les Docteurs
d 'Astros ,

C. B lanchard, Chapplain , Coste, De spin e , A. F adre ,
C. F lavard, Gouzian, C. I snard, Magail, A. Martin, Mireur ,
E. N icolas-D uranty, C. Ollive , P. P icard , S irus-P irondi,
Q ueirel, L. R ampai,, R eynès, R oberty, J. Roux (de Brignoles),
Sauvet, Seux père, S eux fils, Y an-Gaver, V illard, V illeneuve
père, V illeneuve fils.

Directeur: A. F abre.

7 mQ

A n n é e . — N ° 7. — 2 0 J u i l l e t 1 8 7 0 .

TYP. ET H TII. BARL AT IER -FEISSAT PÈRE ET FILS ,

Rue Venture, 19.
1870.

�( a .n o ie iu n o U n io n . M é d i c a l e d e la. P r o v e n c e )

7“° Année. — N° 7. — 20 Juillet 1870.

QUELQUES MOTS

SUR LA GENÈSE. DE LA SUPPURATION
P a r le Dr Q U E IR E L .

Dans une revue fort savante de la Gazette Hebdomadaire,
M. Hénocque, il y a quelques mois, résumait l’état actuel de
la science sur cette question si pleine d’intérêt: « du rôle des
globules blancs dans l’inflammation suppurative. »
Après avoir revendiqué pour Waller la découverte du pas­
sage des globules blancs travers les parois des vaisseaux,
celle de l'identité de ces globules avec les globules du pus ou
du mucus, l’auteur expose, d’une manière fort claire, la théorie
toute récente de Colinheim. Je ne veux pas suivre M. Hénocque
dans l'énumération des opinions diverses qui se sont produites
contradictoirement, et auxquelles se rattachent les noms de
Hoffmann, Reklinghausen. Stricker, Narris, Feltz, tandis que
Kremiansky, Charlton, Bastian et M. Ha'yem soutenaient la
nouvelle théorie en l’appuyant de preuves démonstratives. Je
veux prendre le terrain où tous ces observateurs, en discussion
d’ailleurs seulement sur des points accessoires, se rencontrent,
et j ’arrive tout de suite à ces conclusions sur lesquelles nulle
contestation sérieuse ne peut s’élever.
J‘Dans l’inflammation suppnrativedu tissu lumineux, l’acte
de la suppuration est un phénomène essentiellement vascu­
laire. les leucocytes traversent les parois des vaisseaux et sont
les éléments dits corpuscules du pus.

�QUEIREL.

SUPPURATION.

2âLes éléments embryoplastiques, ou les corpuscules mo­
biles du tissu conjonctif, n'ont qu'un rôle tout à fait acces­
soire.
3* Quant aux corpuscules fixes, aux fibres lumineuses, leur
rôle est nul, il n’y a pas de prolifération dans le sens ordi­
naire, il n’y a d’altérations notables que dans les cas où l'in­
flammation dépasse les caractères de l’inflammation sup­
purative.
Ainsi donc les deux théories qui régnaient naguère, et dont
les deux illustres représentants étaient Virchow et Robin,
doivent céder le pas à celle de M. Cohnheim. Plus d’irritation
formatrice, caractérisée par la prolifération d'éléments mor­
phologiques préexistants, comme le voulait M. Virchow; plus
de génération spontanée de leucocytes, au sein d’un blastème,
comme le voulait M. Robin ; mais le fait brutal dans sa sim­
plicité, le passage à travers les pores des capillaires des glo­
bules blancs du sang.
L'école expérimentale, née d’hier, a déjà fourni un con­
tingent de savants aussi brillants par leur érudition que re­
marquables parleur habileté dans les manipulations physio­
logiques, et ce n’est point nous qui suivons de loin et avec
joie les progrès qu’elle accomplit chaque jour, qui voudrions
lui reprocher quelque chose. Mais nous avons pourtant lieu
de nous étonner qu’elle ait paru laisser dans l'oubli, à propos
de cette question même, une grande lumière médicale, sur
laquelle trente ans à peine ont passé.
Ainsi M. Chalvet, dans sa thèse si remarquable sur la
physiologie pathologique de l’inflammation, ne fait nulle
part mention de l’opinion de Rasori. Le titre de l'ouvrage de
celui-ci, Théorie de la Ph'ogose, aurait dû cependant éveiller
la curiosité du savant agrégé. Il y aurait trouvé quelques
idées qui ne sont [joint tant éloignées des recherches modernes
qu’elles doivent tomber dans le plus complet oubli.
Aujourd’hui que le courant scientifique nous pousse au-delà
du Rhin, dans la patiente Allemagne, j ’entends celle qui s'oc­
cupe de science, on est presque coupable de ne pas savoir
l’allemand, mais on s’excuse fort bien de ne pas savoir l’ita­

lien. Cependant le Théorie de la Phlogose a été traduite dans
une style aussi clair qu’élevé par un de nos maîtres aimés de
Marseille, M. Piroiuli. Cette traduction française, aussi fidèle
qu’élégante, parut en 1838 et 1839 en deux volumes; l’édition
en fut rapidement épuisée. C’est qu'alors, comme aujour­
d’hui, l’inflammation était aussi à l’ordre du jour.
Or, Rasori, après avoir rejeté l’hypothèse que la matière pu­
rulente ne peut avoir lieu aux dépens des solides, qu’elle n’est
pas non plus le produit d’une sécrétion, qu’elle n’est pas due
à la préexistence d’une membrane pyogénique, conclut que le
pus ne peut être attribué qu’aux éléments du sang, soit aux
trois, soit à un ou deux seulement. Il se débarrasse tout
d’abord du cruor, c’est-à-dire de la substance colorante qui
ne peut se trouver là où elle ne révélerait pas sa présence par
sa coloration si tenace ; puis il aborde franchement la question
de savoir comment les deux autres éléments, c’est-à-dire le
sérum et la fibrine, parviennent à constituer le fluide puru­
lent. C’est ainsi qu’il est amené à dire (page 143, T. II): « A
« mesure que ces deux fluides, sérum et fibrine, suintent par
« les pores des parois des capillaires, ils se trouvent en même
« temps en dehors du torrent circulatoire dans lin état... etc.»
Certainement, il n’est question nulle part, dans l’ouvrage
que je cite, de leucocyte, des globules du sang, Rasori même
ne fait mention en aucun endroit des travaux de son compa­
triote Spallanzani, qu’il appelle autre part le plus grand génie
italien du XVIIIe siècle, travaux oii il est question des globules
ronds du sang ; il ne parait pas non plus connaître les travaux
de M. Donné, dont la thèse sur les globules du sang, du pus,
du mucus, parut cinq ou six ans avant le Traité delà Phlogose ;
mais ce qui est important c’est qu’il admet le suintement des
éléments du sang, autres que la matière colorante, c’est-àdire de ceux qui contiennent, soit en suspension, soit empri­
sonnés, les globules. Ilne parle pas d’un liquide qui transsu­
derait., on dirait aujourd’hui un blastème, au sein duquel se
développeraient spontanément les éléments du pus, comme le
veut M. Robin, mais bien de ces éléments eux-mêmes. Pour
Rasori, le fait capital, la condition essentielle de la genèse

6

7

�QUEIREL.

FRACTURES DU CRANE.

purulente est le suintement ;\ travers les parois capillaires ;
une fois hors du torrent circulatoire, le sérum et la fibrine,
sous l’influence de leur nouveau mode d’existence, ou plutôt
des conditions passives dans lesquelles ils se trouvent, deviennent du pus.
« Eu examinant attentivement les cas d’inflammation in­
et tense des méninges, dit-il dans un autre passage, cas dans
« lesquels le réseau inflammatoire présente beaucoup de tur« gescence dans les capillaires et même dans les vaisseaux qui
« par leur grosseur ne peuvent plus être appelés capillaires,
« et vont presque s’aboucher aux sinus, j ’ai pu saisir le tra­
ct vail naturel* dans l’acte même de la formation du pus. On
« voyait très-distinctement le fluide purulent étendu tout au
« long de ces vaisseaux, principalement à leurs parties laté« raies et un peu aussi supérieurement, ce qui prouve que
« les éléments s’étaient amalgamés immédiatement après
« avoir été épanchés ; et celte matière était en bien plus
« grande quantité autour des vaisseaux d’un plus gros calibre,
« sans qu'il y eût aucune altération ou ulcération dans les
« méninges; tout se bornait donc à la présence de ce fluide
« purulent, dont il était facile de voir la source. »
Je veux bien que cette théorie de l’amalgame des éléments
épanchés, formant les matériaux du pus, heurte nos connais­
sances chimiques actuelles ; mais ce qu’on ne pourra nier,
c’est le talent d’observation si pénétrant, qui distingue l’auteur
que nous défendons, et qni lui fait en quelque sorte loucher
du doigt le phénomène démontré aujourd’hui. J’ajouterai que
si la transsudation des globules blancs du sang, mise au grand
jour par M. Cohnheim et d’autres expérimentateurs, prouve
leur identité avec ceux du pus, ce n’est là, quelque impor­
tante qu’elle soit, qu’une des solutions du problème complexe
de la genèse suppurative. Si les leucocytes font, en effet, partie
essentielle du pus, ils ne constituent pas à eux seuls la ma­
tière purulente.
Pour résumer, en un mot, ce que nous avons voulu établir,
nous dirons que : Rasori a cru lui aussi que Yacte de la sup­
puration était un phénomène essentiellement vasculaire, et

surtout qu’il n’y avait pas prolifération, comme l'atteste celle
phrase: « l’inflammation ne peut pas produire une seule
« libre organisée. » (Page 138, T. II).
Qu’enfin, il était juste de faire cette petite revendication en
faveur d’un homme qui « élevé à la grande école de Sydenham,
imbu de la philosophie de Bacon et guidé toujours par une
logique inductive, s’était efforcé de poser les bases de la vé­
ritable médecine expérimentale, telle qu'il l’aurait voulue et
telle qu’elle devrait être. »
(Pirondi, traduct.)

8

9

Queirel .

FRACTURES DU CRANE
P a r le D&gt; C H A PPL A IN .

Les lésions graves de la tête sont fréquentes, dans nos ser­
vices de chirurgie, et se présentent souvent dans des conditions
dissemblables qui niellent en jeu la sagacité du chirurgien, à
des points de vue différents.
Chaque fait doit être considéré en lui-même ; il devient un
sujet spécial d’études, d’indications et ne peut être confondu
avec les autres faits réunis, cependant, sous une dénomination
semblable. Quels sont les éléments du diagnostic ? Quelles sont
les indications qui ont dirigé le chirurgien dans telle ou telle
voie thérapeutique ? Dans deux faits, paraissant presque iden­
tiques, pourquoi a-t-on pratiqué une opération dans un cas,
alors que dans l’autre la maladie a été abandonnée aux seuls
efforts de la nature? Ces problèmes cliniques, sans cesse renou­
velés, non résolus encore, malgré les travaux si nombreux
dont les fractures du crâne ont été le sujet, imposent au chi­
rurgien le devoir de livrer à la publicité les faits qui peuvent
fournir quelque enseignement utile. Cette étude des plaies de

�10

CHÀPPLAIN.

tète a, de plus, une sorte d’actualité qui résulte des discussions
qui ont eu lieu dans le sein des sociétés savantes, notamment à
la Société Impériale de Chirurgie.
Parmi les malades qui, depuis un an, sont entrés dans nos
salles de PHôtel-Dieu, il en est cinq atteints de fractures du
crâne, dont l’histoire nousparait devoir présenter de l’intérêt.
Ces cinq observations recueillies, avec beaucoup de soin, par
mes internes, MM. Coste et Bousquet, peuvent se ranger sous
deux chefs : Les trois premières sont importantes, au point de
vue des indications thérapeutiques; les deux dernières, nous
permettent de discuter la valeur des signes au point de vue du
diagnostic.
Le diagnostic des fractures de la voûte du crâne ne présente
aucune difficulté, quant à la fracture en elle-même, alors
qu’une plaie du cuir chevelu vient mettre à nu les parties
fracturées ; mais, si le fait de la fracture est certain, l’étendue,
l’irradiation de la lésion physique, sont toujours des circons­
tances douteuses, de l’appréciation desquelles, cependant,
dépend la détermination du chirurgien.
La nature delà cause vulnérante est un premier élément
d’appréciation et de doute. Rarement, en effet, les agents
vulnérants, qui produisent les fractures du crâne admises dans
les hôpitaux civils, agissent sur une petite surface et avec une
grande violence, comme les corps lancés par la poudreâ canon.
Ce sont, ordinairement, des corps contondants agissant sur une
large surface, ou bien encore, ces fractures sont produites par
des chutes d'un lieu élevé, sur des surfaces planes ou irrégu­
lières. Le plus souvent, ce sont des marins qui tombent d’une
vergue ; des maçons d’un échafaudage, ou bien encore une
pierre, une poulie , un vase, etc, imprudemment lancés.
Le corps contondant est presque toujours large, le crâne est
frappé sur une grande surface, une plaie existe qui permet de
constater une fracture sous le cuir chevelu. Dans mes trois
observations, il y a enfoncement des fragments, mais où s’arrête
la fracture? Dans quel point, s’est épuisée la force de l’agent
vulnérant ? C’est de la solution de cette question, que découle
les indications du traitement.

FRACTURES DU CRANE.

11

Les trois faits suivants ont paru réclamer trois indications
différentes. Ai-je ou raison dans les troiscas? Je crois pouvoir
répondra affirmativement, pour les deux premiers. Pour le
troisième, je dirai seulement : peut-être?
Fracture du crâne avec enfoncement, hémiplégie. — Guérison.
( Observation recueillie par M. Coste, interne du service.)
Thomas M ..., manœuvre, âgé de 14 ans, entre à l ’Hôtel-Dieu,
le 27 juillet 1869, à une heure du matin. Il est placé au n° 18 de
la salle Saint-Louis, dans le service de M. Chapplain.
Ce jeune homme, s’étant accroupi auprès d’un mur, pour
vaquer â des besoins pressants, reçut sur la tête un pot de terre
lancé d’une maison voisine. Il perdit immédiatement connais­
sance, et fut conduit peu après dans nos salles.
Les altérations physiques qu’il présentait étaient les suivantes :
A quatre travers de doigt au dessus de la protubérance occipi­
tale et à deux centimètres de la ligne médiane, à gauche, existe
une plaie linéaire de six centimètres de long. Les bords de la plaie
écartés, on voit au dessous une plaie osseuse verticale ayant trois
centimètres et représentant une fente dans laquelle le bord droit
est de niveau avec le reste de l’os, tandis que le bord gauche,
dans une étendue de 0,02 centim., dans tous les sens, est légère­
ment oblique du haut en bas et de gauche à droite.
Il n’existe d’ecchymose nulle part ; le pouls est lent et dépressible. A toutes les questions qu’on adresse au jeune homme, il
répond qu’il veut dormir. (Pansement simple. Potion : acétate
d’ammoniaque).
Le lendemain à la visite, la somnolence a disparu et le malade
ne conserve qu’un peu d’hébétude, le pouls s’est relevé, il est à
70 pulsations, la température est de 37,3, les pupilles sont con­
tractées.
Interrogé, alors, sur les circonstances dans lesquelles s’est
produit sa blessure, Thomas se rappelle, seulement , les causes
qui l’ont fait approcher du mur, qui l'ont fait s’accroupir ;
mais, il a perdu tout souvenir des faits qui sont survenus
ensuite et n’a repris connaissance qu'au moment de son entrée à
l’hôpital.
Le 28, le pouls s’élève un peu (76 puis.) la température est stable,
le malade éprouve une céphalalgie intense et une douleur vive

�CHAPPLAIN.

FRACTURES 1)U CRANE.

occupant tout le côté droit du cou (0,50 centig.calomel, bouillon.)
Le soir, le pouls est à 80, la face est colorée, la douleur est
vive dans la joue droite et au cou du même côté.
A cette douleur, se joint une lxypéresthésie assez vive de la
joue et du menton , a droite. Si on touche légèrement un de ces
points sans que le malade s’en aperçoive, il y porte vivement
la main, comme pour en chasser quelque chose, en disant qu’une
mouche vient de le piquer. Cette sensation une fois produite
ne se renouvelle que lorsqu’un certain temps s’est écoulé
entre les deux expériences. Rien de semblable n’existe du
côté gauche.
Ce jour là paraît aussi une paralysie légère de tout le côté
droit, sans anesthésie bien marquée.
29 juillet. La face est plus colorée, la pupille droite est dilatée ,
le pouls est à 70, température à 37,6. ( I gramme calomel,
bouillon).
30 juillet. Pouls ix 74, plus relevé, température 38.1, face
colorée, déviation légère de la bouche à gauche. La paralysie du
côté gauche se caractérise davantage, il n’y a aucun phénomène
témoignant d’un état phlegmasique du cerveau ou des méninges.
31 juillet. Les phénomènes locaux sont les mêmes, les symptô­
mes généraux ont acquis une plus grande intensité, le pouls
est ix 90, la température à 39,3 (3 sangsues sont apliquées au
niveau de l’apophyse mastoïde gauche, elles seront renouvelées
dans le courant de l’après-midi, de façon a établir un léger
écoulement sanguin d’une manière continue.) Les selles n’ont
pu être obtenues que dans la journée d’hier.
A la visite du soir, le malade accuse une céphalalgie intense,
la chaleur est un peu diminuée 38,8, le pouls est toujours le même.
11 août. L’état général est meilleur, la température est descen­
due ;x 37, 4, céphalalgie moins vive. La douleur du cou persiste,
mais l’hypéresthésie a disparu, la pupille droite est toujours
développée, la paralysie toujours la même. Le malade a eu des
selles abondantes.
2 août. Pouls à 71, vibrant et dépressible, température, 38,
céphalalgie très-vive. Le soir, l’état persistant le même et les
selles étant arrêtées depuis hier, on lui donne un lavement qu’il
ne rend que le lendemain.
3 août, L’état général est meilleur, les pupilles sont moins
dilatées, la paralysie du côté droit diminue un peu. La plaie, qui

n'a présenté aucun accident, est presque complètement cicatrisée.
Le malade se plaint d’une douleur très-vive dans la région occi­
pitale.
Cet état se maintient, le jour suivant, avec une légère exacer­
bation des phénomènes généraux. Le pouls est vibrant îx 86 pul­
sations, la chaleur est ix 37,8.
Le 3 août, dans la nuit, il survint une épistaxis. Les phénomènes
généraxxx s’amendent, la paralysie tend ix diminuer, surtout ix
la face, le malade éprouve encore de la céphalalgie. (Lavement
purgatif.)
Le Gaoût on peut commencer à alimenter le blessé.
Le 7 août, la paralysie de la face a disparu, cependant lorsque
le malade ouvre la bouche, on trouve que l ’angle des lèvres est
encore un peu abaissé ix droite. La paralysie du côté droit aégalement diminué beaucoup. La céphalalgie persiste cependant,
ainsi qu’une douleur du poignet droit, dont le malade s’est plaint
depuis son entrée.
11 août. Le malade demande ix se lever, il a toutes les peines du
monde ix marcher, sa jambe droite va en fauchant et de plus
les sensations du malade sont émoussées, de telle façon, qu’il sent
ix peine le sol sur lequel il appuie.
Le 27 août, le malade demande à sortir. La cicatrice de la région
occipito-pariétale gauche présente un léger enfoncement linéaire,
parfaitement appréciable au toucher. La paralysie du côté droit
persiste encore ix un léger degré, le malade peut marchera l’aide
d'un bâton. Le contact du sol est actuellement perçu.
La pupille droite est toujours un peu plus dilatée que la gauche,
cependant le malade accuse une perception visuelle égale des
deux côtés. L’examen à l’ophthalmoscope pratiqué quelques
jours avant la sortie du malade, présente les pliénomènessuivants :
la pupille des deux yeux est oblongne. A droite, on y aperçoit
de la congestion et une dilatation considérable, des veines
centrales de la rétine.
Le malade a été vu, quinze jours environ après sa sortie, par
M. Chapplain, toutes les altérations persistant encore à la sortie
avaient disparu complètement, et notre jeune malade avait pu
reprendre son travail.

12

13

La fracture du jeune Thomas avait été produite par un
corps contondant i\ large surface, dont l’action se limite ra-

�14

CHAPPLA1N.

FRACTURES DU CRANE.

renient au point qu’il frappe, mais détermine le plus sou­
vent, une ou plusieurs irradiations vers la base du crâne. Ce­
pendant aucun signe 11e se présente, qui puisse faire admettre
l’extension de la fracture qui est sous nos yeux ; pas d’écoule­
ment sanguin ou séreux, par l’une des ouvertures naturelles
de la tête; pas d'ecchymose, indiquant une extravasation
sanguine daus le plancher inférieur du crâne. Il y a donc lieu
de penser que, malgré la violence de la cause, la fracture est
limitée.
Mais toute limitée qu’elle est, cette fracture présente une
complication grave. Le double fragment constituant la fractirre est creusé en gouttière, et la partie centrale se trouve
ainsi enfoncée dans l’intérieur de la cavité crânienne.
L’indication première serait, de relever les fragments ainsi
enfoncés, si l’exécution de ce précepte n’était absolument im­
possible.
Nous n’avons aucun moyen d’action sur ces fragments par
leur face interne. Impossible de faire agir les instruments d’élé­
vation au-dessous des os enfoncés. D’ailleurs, lespersonnesqui
ont employé le trépan, pour ces sortes de fractures avec en­
foncement limité, savent combien il est difficile de relever
des fragments ainsi enclavés, alors même que l’application
d’une couronne de trépan a permis de passer un levier audessous du point enfoncé. La dépression constitue une
sorte de voûte, qui résiste très-énergiquement. Le plus sou­
vent, ce n’est que par l’enlèvement de l’un des fragments que
l’on peut parvenir à ramener l’autre à niveau.
Le soulèvement des os étant impossible sans avoir recours
au trépan, fallait-il recourir à celte opération ?
La réponse à cette question n’était point douteuse dans la
première journée. Bien que l’enfoncement fut évident, il n’y
avait pas de signes de compression, il fallait donc attendre.
Mais le lendemain parait la paralysie de tout le côté droit.
L’indication devient alors plus précise, plus urgente, et ce­
pendant je ne crus pas devoir pratiquer l’opération du trépan.
Deux circonstances me parurent devoir suspendre l’intervention active de la chirurgie.

C’était, d’une part, l’époque à laquelle était survenue la paralysic, de l’autre, le degré de celte paralysie.

\&gt;à

Les premiers symptômes présentés par le malade sont des
phénomènes de commotion. Le sujet transporte à l’hôpital a
conservé l’intégrité des fonctions de tous ses membres. S’il y
a une altération, d’ailleurs peu appréciable, elle est caracté­
risée par un peu d’affaissement.
Ce n’est que plus tard que la paralysie parait. Dès lors la
compression n ’est que relative. Ce n'est pas l’enfoncement
lui-même, qui est la cause de la compression, mais les phé­
nomènes consécutifs qui sont survenus, soit un épanchement
sanguin, soit plus probablement encore un état congestionnel
des organes encéphaliques.
Cet état de congestion 11’est certainement pas sans impor­
tance, sans gravité, mais il est probable que les membranes
encéphaliques sont intactes, que la compression par l’angle
saillant de l’os s’opère d’une manière médiate, il y a donc lieu
d’espérer que l’altération du cerveau se limitera à l’élément
congestif, et que, dans quelques jours, la compression dispa­
raîtra par le retour du cerveau à son développement normal.
Le peu d’intensité d elà paralysie vient également militer
en faveur de l’expectation. Les muscles seuls sont frappés
d’impuissance, la sensibilité persiste. Nous avons donc lieu
de croire que les fonctions de l’encéphale ne sont pas profon­
dément altérées.
Prévenir un état inflammatoire possible, tel fut l’objectif
de notre traitement. Les phénomènes cérébraux, après avoir
duré pendant un mois, s’amendèrent. Le malade put quitter
son lit, marcher à laide d’un bâton, portant la jambe droite
d’une façon qui témoignait encore de son état de maladie ;
il fauchait, mais quinze jours après avoir quitté l’hôpital, il
marche droit et peut être considéré comme guéri, puisque
notre jeune homme ne se plaint de rien et qu’il a pu
reprendre son travail habituel.
L’enfoncement des parois crâniennes persiste tel qu’il était
lorsque Thomas est entré à l’hôpital.

�16

CHAPPLAIN.

Notre seconde observation est remarquable par le peu de
gravité des phénomènes morbides qui accompagnent une
fracture et une plaie fort importante du crâne.
Fracture du crâne arec enfoncement. — Enlèvement des fragments. —
Guérison. (Observation recueillie par M. Coste, interne du service).
Rampai, Guillaume, o7 ans, plâtrier, entre à l'Hôtel-Dieu le 3
septembre 1368, au n° 14 de la salle Moulaud.
Cet homme travaillait dans les environs de la commune
d'Allauch, sur le sol d'une maison en construction, élevée seule­
ment d'un rez-de-chaussée, lorsque la toiture , sur laquelle on
avait placé seulement quelques tuiles, s’écroula, et une des
tuiles vint lui tomber sur la tète. 11 fut renversé par le choc et
perdit connaissance. 11 était alors neuf heures du matin. Le
médecin, appelé immédiatement, n’arriva que trois heures après.
Le blessé le reconnut à son arrivée, mais il perdit de nouveau
connaissance pendant que le médecin lui pratiquait une saignée.
Ayant repris ses sens peu après, il passa une assez bonne journée
et ce fut le lendemain seulement qu’il fut transporté à l’hôpital.
Vingt-cinq heures, par conséquent, après l’accident.
A la région postérieure du crâne, il l’union de la région parié­
tale à celle de l’occipital et un peu â gauche, se trouve une plaie
triangulaire, avant 4 centimètres dans son plus grand diamètre.
Le cuir chevelu, complètement déchiré, laisse à nu une fracture
du crâne avec enfoncement des esquilles.
Le malade rend compte de l’accident qui lui est arrivé, de tout
ce qu’il a éprouvé dans la journée de la veille et se plaint actuel­
lement d’une céphalalgie légère. Il n’y a aucune paralysie, soit
du mouvement, soit du sentiment. Le pouls présente un peu de
lenteur.
M. Flavard, chef interne, appelé immédiatement auprès du
malade et trouvant les esquilles mobiles, enlève, a l’aide de l’élévatoire et des pinces, toutes les esquilles dont le diamètre varie
entre 1 à 3 centimètres. Les plus grosses sont taillées en biseau
aux dépens de la table externe.
Les esquilles enlevées, on aperçoit la dure-mère recouverte de
quelques caillots sanguins et offrant des pulsations isochrones à
celles du pouls. Les caillots sont parfaitement enlevés et la duremère mise â nu, paraît intacte.

17

FRACTURES DU CRANE.

Une légère hémorrhagie survient à la suite de cette manoeuvre
opératoire. Le pouls est à Ou pulsations, déprcssible, (glace sur
la tète, limonade, bouillon).
Le 4 et le ü, l’état du malade n'a point varié, le pouls ne
s'améliore pas, Le même traitement est continué.
Le 5 au soir, le pouls s’élève, 84 pulsations; le 6 il est à 70
plein, vibrant, irrégulier.
L’exacerbation fébrile paraît cesser le 7, la fraîcheur de la
peau revient; le 8 et le ‘J, le pouls est descendu il 64. Ce jour la on
trouve une adénite à la région postérieure du cou; la glace est
supprimée, on commence à donner au malade une légère alimen­
tation.
Le soir, l’état fébrile a reparu, le pouls est il 76, la plaie est
devenue pâle, les bourgeons charnus, qui commençaient à paraître,
sont affaissés.
10 septembre. — Rampai a déliré pendant la nuit, il se plaint
rie la tète et ne présente aucun phénomène témoignant d’une
inflammation aiguë du cerveau. Le pouls est â 90, large, vibrant,
régulier, la langue est blanche, saburrale, les pupilles ont leur
développement normal , la plaie est toujours un peu grise
(I gramme calomel-bouillon).
Le 11 et le 12, l’état paraît le même. On trouve ce jour là, à la
visite, un point d’érysipèle sur le côté droit du nez.
Pendant les jours suivants, l ’érysipèle s'étend, occupe le côté
gauche de la face, puis la face toute entière, jusqu’au 16 où la
desquammation commence. L'état fébrile, pendant ce laps de
temps, a persisté à un taux assez élevé. Les phénomènes céré braux se sont amoindris peu à peu. L’usage du calomel a été
continué pendant cinq jours, sans que le malade ait éprouve
autre chose, qu’un effet purgatif.
L’érysipèle a complètement disparu le 18 septembre.
19 septembre. — L’état général est devenu bon, la plaie de la
tète demeure toujours un peu grise, suppure abondamment.
M. Chapplain aperçoit alors au fond do la plaie une petite
esquille, qui, saisie par une pince, résiste encore à la traction et
ne peut être enlevée. Cette esquille étant située en dehors de la
dure-mère et ne pouvant irriter le cerveau, on renvoie son
extraction à un autre jour.
Le 26, l'esquille étant devenue plus mobile est extraite. Ce
petit fragment osseux n’était point le seul et pendant les jours
2

�48

CHAPPLAIN.

FRACTURES DU CRANE.

suivants , à chaque pansement , on enlève quelques petits
fragments d’os.
Le 16 novembre, le malade demande h sortir.
La plaie triangulaire présente encore le diamètre d’une pièce
de cinquante centimes, la suppuration est très peu abondante,
on voit toujours la dure-mère qui occupe le fond de la plaie et
présente les battements artériels.
La sortie est autorisée ; on engage le blessé à ne pas laisser sa
plaie a découvert, afin de la prémunir contre tout accident.
Le seul phénomène que présente Rampai, au moment de sa
sortie, est un peu de céphalalgie frontale.
Il vient nous voir dans les premiers jours \le décembre. La
plaie déprimée au centre et presque linéaire laisse à peine
apercevoir la dure-mère. lise plaint toujours d’un peu de cépha­
lalgie frontale.

conservant encore une petite perte de substance, là où les
fragments osseux ont été enlevés.
La troisième observation vient présenter un nouveau degré
dans l’échelle ascendante des lésions physiques, dont la tète
peut être le siège. Les altérations sont plus profondes, plus
étendues; les indications plus obscures, plus difficiles a appré­
cier. Nous avons agi selon les indications du moment, mais
l’autopsie devait nous montrer que c’était un de ces cas qui
se trouvent au-dessus des ressources de la chirurgie et qui
devait fatalement succomber.

Ce second fait trouve naturellement sa place à la suite de
notre première observation. L’inaction , dans le premier
fait, résulte de l’impossibilité où l'on se trouve de redresser
les fragments. Bien qu’il y ait lieu de croire que la dépression
de la voûte crânienne, limitée à ce degré, sera supportée par
l’encéphale, sans qu’il survienne aucune lésion fonctionnelle,
ce n’est, là, cependant, qu’une espérance, qu’une présomption
que l’événement pourrait détruire. D'autre part, est-0 11 assez
arrêté aujourd’hui sur l'innocuité du trépan, pour redresser, à
tout prix, un enfoncement léger qui n’est accompagné de
symptômes de compression incomplète que pendant un mois
environ.
Dans le cas actuel, pas d’incertitude, pas de doute, les
esquilles sont séparées, on a action sur elle, on peut les
enlever sans recourir à une opération majeure.
C'est là, évidemment, la seule indication utile.
Les esquilles sont enlevées dès l’entrée du malade, une seule
persiste, mais, placée en dehors de la dure-mère, elle ne pro­
duit pas d’accident et peut être extraite alors que le malade
parait toucher à la guérison.
Les accidents survenus sont indépendants de la lésion
osseuse, de la proximité du cerveau. Le malade guérit en

19

Fracture du crâne avec plaie. — Enfoncement des fragments. —
Disjonction des sutures. — Trépanation. — Mort.
(Observation recueillie par M. Cosle).
Mathieu, Jean, âgé de 29 ans, journalier, est admis le 2fi
novembre 1869, à 9 heures du soir, à l’Hôtel-Dieu, salle Moullaud,
m 10, dans le service de M. Chapplain.
Cet homme travaillait à l’usine à gaz et était employé à
crocheter le mouton, lorsque la chaîne venant à se détacher, le
crochet lui tomba sur la tète. Il fut renversé par le choc, et perdit
immédiatement connaissance.
Un médecin appelé en toute hâte, ne put qu’avec peine arrêter
l'hémorrhagie qui se faisait par une plaie de la tète. Il appliqua
un premier pansement. Pendant ce temps, cet ouvrier était
revenu à lui et il fut immédiatement transporté à lTIotel-Dieu.
A son entrée, MM. Garcin et Jauffret, internes de garde, cons­
tatent les faits suivants : sur le sommet de la tête, un peu à gau­
che de la ligne médiane, se trouvent deux plaies contuses, trian­
gulaires, de trois centimètres environ, séparées l’une de l’autre
par un pont d'un centimètre dans lequel la peau est intacte. Ces
deux plaies, presque parallèles, ont leur grand diamètre dirigé
dans le sens antéro-postérieur. Sous le cuir chevelu on sent que
la boîte crânienne est fracturée; les fragments sont enfoncés et
chevauchent en arrière. L’hémorrliagie, un moment suspendue,
s’est reproduite'pendant le trajet de l'usine à l’hôpital, et le
sang s’écoulait très abondamment au moment de l’admission. La
plaie mise à nu, quelques petits vaisseaux provenant du cuir
chevelu divisé, sont liés ; mais il est évident que l’hémorrhagie
est produite par un vaisseau profond , le sang s’écoule en
nappe. Les refrigérans, la compression sur divers points ne

�FRACTURES DU CRANE.
20

21

CH,Y PPL AIN.

l'arrêtant pas, des rondelles d’amadou sont alors appliquées sur
toute l’étendue de la plaie, et imbriquées les unes sur les autres
de manière à produire une sorte de tamponnement.
L’hémorrhagie avait empêché de tenter le soulèvement des
fragments, le malade pâlissait, le pouls s’était affaibli, il fallait
parer au plus pressé et conserver la vie du malade.
26 novembre.— L’intelligence du malade est bonne. Le membre
supérieur droit est paralysé et peu sensible. Il n’y a aucune
ecchymose apparente, aucune hémorrhagie, soit par le nez, soit
parles oreilles. L’écoulement sanguin de la plaie est également
arrêté.
Yula compression produite sur l’encéphale et manifestée par les
altérations fonctionnelles du membre supérieur droit, M. Chapplain, après avoir enlevé l’appareil placé hier soir, agrandit les
plaies du cuir chevelu. Il coupe le pont, qui séparait les deux
plaies primitives, incise latéralement dans l'étendue de 4 cen­
timètres a gauche, de 3 centimètres à droite, lie une artériole
coupée, puis cherche, â Laide de Lélévatoire, â soulever le frag­
ment osseux paraissant adhérer seulement par sa partie anté­
rieure. Mais il s’aperçoit bientôt, que le fragment chevauche en
arrière, au-dessous de la voûte crânienne, et qu’on ne peut lui
imprimer le moindre mouvement malgré les manœuvres qui sont
exécutées dans divers sens, et juge devoir alors recourir â l’ope­
ration du trépan.
La couronne de trépan est appliquée sur le bord postérieur de
la fracture crânienne, à deux centimètres à gauche de la ligne
médiane. Après avoir enlevé la virole osseuse, M. Chapplain
cherche à soulever â l ’aide de Lélévatoire, le fragment enfoncé,
mais bien que la virole eût échancré le bord postérieur de la plaie
osseuse, le fragment arcboutait encore de manière à ne pas céder
à l’action du levier. Il fit alors sauter, à l’aide de la gouge et du
maillet, les angles saillants formés par la couronne du trépan et le
bord de Ja fracture. Le fragment enfoncé céda alors, mais se brisa
transversalement. Sa partie postérieure, devenue libre, se laissa
soulever et céda par sa partie externe, mais le. bord interne,
formait une apophyse ensiforme qui rendit encore son extraction
laborieuse. L’autopsie nous démontra, que la avait été lacause de
l'hémorrhagie qui avait compromis dans les premiers moments la
vie du malade, car l’extrémité aigue de ce fragment avait blessé
le sinus longitudinal supérieur.

Cette esquille de forme quadrangulaire, avait 0,035 milimètres
transversalement et 0,02 centimètres d’avant en arrière dans sa
partie lapins rapprochée de la ligne médiane et 0,01 centimètres
en dehors.
Cette esquille postérieure enlevée, on en voyait une seconde
dont l’étendue transversale était la même et dont le plan supérieur
était mis au dessous du niveau de la table interne de l’os
demeuré sain. Avec un point d’appui, constitué par une tige métal­
lique placée au niveau de la première esquille, l’opérateur plaçant
Lélévatoire au dessous de ce fragment put, avec quelque peine,
le ramener au niveau de la face externe de la boîte crânienne.
Deux petits fragments osseux qui se trouvaient , Lun en
dedans, l’autre en dehors, furent également enlevés.
Pendant l’opération, il s’était écoulé une quantité notable de
sang. L’opération terminée , on put voir la dure-mère qui
paraissait intacte et se trouvait soulevée par les mouvements
imprimés par le cerveau. Le pouls est à 84 pulsations large,
dépressible. (glace sur la tête.) Calomel , I gramme à doses
fractionnées.
Le soir, le pouls est descendu à 70, il est faible, dépressible, la
température est à 38°.
Mathieu a cherché à se lever, et porte la main gauche à la tête.
Paralysie du membre supérieur droit, contraction légère des
pupilles.
Pendant la visite, il raconte ce qu’il faisait au moment où
l'accident est survenu. Il ajoute qu'il a perdu immédiatement
connaissance, et ne se souvient de ce qui s’est passé , que
depuis qu’on La transporté à l'hôpital. Malgré ce récit exact,
l’intelligence du malade n’est point nette ; il répond, mais avec
l’apparence d’une personne distraite et préoccupée.
27 novembre. Pouls à 76, petit, dépressible; température à 38°,8;
peau moite;strabisme divergent; pupille droite très dilatée ; légère
déviation de la bouche à gauche et en haut ; paralysie de tout
le côté droit, du mouvement et du sentiment ; contraction per­
manente du membre supérieur droit, et de la mâchoire inférieure;
pas de réponse aux questions qui sont adressées ; pas de
selles. (10 centigr. tartre stibié en lavage, lavement purgatif.)
Y midi, la déviation de l’angle des lèvres est plus marquée ;
coma.
A trois heures, pouls â 140, température 41°, respiration
bruyante, et ralentie (14 respirations). Pendant l’inspiration les

�CHAPPLArN.

FRACTURES DU CRANE.

narines so ferment, et la cage thoracique se soulève fortement.
La peau est poisseuse et froide, face cyanosée, yeux entrouverts,
bouche fermée et écumeuse, contracture des deux membres
supérieurs, mort à 4 heures &lt;/2.
Autopsie. — Aplatissement de la partie supérieure et gaucho
du crâne. Ecchymose occupant le cuir chevelu et le tissu cellu­
laire, s'étendant en avant et à gauche jusqu’à l'arcade orbitaire;
à droite, jusqu'à la partie supérieure du front. En arrière, elle
est plus marquée encore, et s’étend jusqu'aux muscles de la par­
tie supérieure du cou.
En avant de la plaie et sous le cuir chevelu on trouve une
petite quantité de pus dans l ’étendue de 0,02 centimètres carrés.
Les sutures se dessinent sous le périoste, par une traînée rouge
plus ou moins foncée.
Sur la voûte crânienne on trouve d’abord la perte de substance
produite par l’enlèvement de l’esquille, et l’application de la cou­
ronne de trépan. Cette perte de substance siège au niveau de
la bosse pariétale gauche, à plus d’un centimètre en dehors de
la suture sagittale.
En avant de la perte de substance, se trouve un fragment
quadrangulaire qui est demeuré en place, et a été soulevé pen­
dant l'opération.
Telles sont les altérations physiques, qui ont pu être consta­
tées au moment de l’opération et pendant la vie du malade,
mais les fractures se sont étendues très-loin, et se sont compli­
quées de disjonction des sutures.
Prenant notre point de départ dans la perte de substance, si­
gnalée plus haut, nous trouvons :
U De l’angle interne et postérieur, part une fracture qui,
allant de gauche à droite, vase terminer dans la suture sagittale
disjointe ;
2“ De l'angle antérieur et externe part une fêlure en S qui,
allant d’arrière en avant, et un peu de gauche à droite, va
rejoindre la suture fronto-pariétale gauche, se continue dans
cette suture, puis à I centimètre en dedans émerge de nouveau
se porte sur la bosse frontale gauche, et descend vers l’angle ex­
terne de l'arcade orbitaire.
3° Du bord antérieur, part une dernière fêlure à convexité
tournée en avant et à gauche, allant se terminer dans la suture
sagittale, à 3 centimètres de l'angle antérieur et interne du
pariétal.

4° La suture sagittale est disjointe dans toute son étendue,
sauf dans le point correspondant à la perte de substance. Là, la
partie du pariétal est demeurée adhérente au pariétal droit. Dans
la partie postérieure, là, où aboutit la première fêlure de l’angle
postérieur et interne, indiquée plus haut, la suture sagittale est
complètement disjointe, les bords osseux se touchant seulement
parle sommet des sinuosités constituant l ’engrénement des sutu­
res; cette disjonction se continue sur la suture lambdoïde, dans
une étendue de quelques centimètres, un peu plus à droite qu’à
gauche. En avant, la suture sagittale est également disjointe, et la
disjonction se poursuit dans la suture fronto-pariétale droite et
gauche où elle diminue progressivement jusqu’à une petite
distance de l’insertion du muscle temporal.
La voûte crânienne ayant été enlevée par un trait de scie ho­
rizontal, on constate que la fêlure que nous avons suivie jusqu’à
l’angle externe de la voûte orbitaire, traverse diagonalement
cette voûte orbitaire, et vient se terminer sur la lame criblée de
l’ethmolde, à la partie postérieure de l’apophyse cristagalli.
Un peu en arrière de l’angle interne et postérieur de la perte
de substance des os du crâne et sur la dure-mère, on voit une
plaie de 15 millimètres siégeant, presque, sur la ligne médiane.
Au niveau de cette plaie, entre les os et la dure-mère, on trouve
un épanchement sanguin assez considérable. En introduisant un
stylet dans la plaie, on arrive, par un petit pertuis, dans le sinus
longitudinal supérieur. Le sinus est rempli par un caillot concret
et certainement antérieur à la mort.
La dure-mère enlevée, on trouve une forte injection de l’ara­
chnoïde et de la pie-mère, occupant tout le lobe moyen gauche.
Cette sorte d’ecchymose est, surtout, marquée au niveau de la
plaie extérieure. On la rencontre aussi sur tout le cervelet, alors
que le lobe droit est presque complètement sain.
La substance grise de l’hémisphère gauche est d’un jaune bru­
nâtre. Cette coloration est surtout marquée au niveau de la plaie.
La substance blanche est ferme, non congestionnée. Tl n’y a
aucune altération dans les cavités cérébrales.

22

23

La violence de la cause rend ici parfaitement compte de
l’étendue des désordres. La voûte crânienne a subi une dépres­
sion sur la clé. Là, où a agi l’agent vulnérant, le crâne a été
enfoncé. Dans les parties voisines, le diamètre transversal
est agrandi, les sutures cèdent.

�24

CHA.PPLAIN.

Cette disjonction’des sutures,dans l'étendue considérable où
elle s’est produite, sur un homme de vingt-neuf ans, n ’est pas
un accident ordinaire. Toute la suture sagittale est disjointe
excepté dans le point où la continuité du pariétal gauche a
été rompue. Là, le fragment interne n'a pas quitté son congé­
nère du côté droit, la force s’étant épuisée dans la fracture de
l'os. Les sutures fronto-pariétale et occipito-pariétal ont cédé
dans une certaine étendue.
Comment cette lésion n’a-t-elle pas été constatée pendant
la vie? C'est que, bien que disjointes, les sutures se touchent
encore par l’extrémité de leurs dentelures, de manière a ne pas
laisser de vides, et à présenter un plan continu sans qu’à
travers les téguments, on puisse percevoir la disjonction
des os.
Il y a encore une seconde raison, c’est que cette altération
n’a pas été prévue et n’a pas été cherchée. A la suite d’une plaie
avec enfoncement, dans une aussi grande étendue que celle
dont nous donnons l’histoire; après une action aussi violente
que la chute d'un mouton, on devait craindre que la fracture
ne fut pas limitée à la seule partie ostensiblement fracturée.
Mais les irradiations dans le crâne sont caractérisées par des
fractures plus ou moins éteudues, dont les bords demeu­
rent en contact. Rarement, un espace vide existera entre
les deux bords de la fracture, et son étendue sera bien moins
indiquée par le toucher, que par les phénomènes sympto­
matiques qui vont se manifester, dans les régions fracturées
ou dans celles qui ont des rapports avec elles. (Ecchymoses
diverses, écoulement sanguin ou séreux se produisant par les
ouvertures de la tête. )
Le fait actuel est remarquable, par le défaut dé rapports
entre les lésions si graves des parties osseuses de la tète et les
phénomènes fonctionnels symptomatiques que nous avons
rencontrés.
Comme commémoratifs, nous avons à constater la perte de
connaissance, au moment de l’accident, mais l’intelligence a
reparu bientôt, et lors de notre examen, nous ne trouvons
que la paralysie du membre supérieur droit. Pas d’ecchymose.

FRACTURES 1)U CRANE.

2:i

même à la paupière supérieure,.là où était venue se terminer
la fracture; pas d’écoulement sanguin, soit par le nez, soit par
les oreilles, etc., etc.
La disjonction des sutures nous paraît devoir expliquer la
non-existence des phénomènes plus graves. Et d’abord, si
l’enfoncement des fragments amène la diminution dans la
capacité du crâne et la compression de l’encéphale ; l’écarte­
ment des sutures rend à cette cavité une capacité bien plus
considérable, et soustrait le cerveau à la compression. De
plus, cette môme disjonction paraît avoir conduit les effets de
l’action vulnérante par les parois osseuses plutôt que par
l’encéphale, dont les parois ont eu une certaine tendance à
s ’éloigner des organes qu’elles protègent.
Le fait dont nous venons de donner l’histoire était-il une
indication du trépan? nous avons répondu plus haut : peutêtre ? C’est qu’en effet, nous avons à considérer les indications
pendant la vie et les désordres profondsconstatésaprèslamort.
La blessure, examinée au moment de l’entrée du malade
dans nos salles, était une indication du trépan. L’enfoncement
était positif à la seule inspection de la plaie. Les lésions fonc­
tionnelles, la paralysie,quoique limitéeau membre supérieur,
était évidemment sous la dépendance de la compression .11 fallait
faire cesser cette compression, qui devait s’aggraver sous
l’influence de l’état de congestion ou dephlegmasie qui allait
survenir, soit sons l’influence de la cause vulnérante,soit sous
l’influence du fragment enfoncé. Il fallait faire cesser cette
compression, comme l’indiqne M. Larrey, sans recourir au
trépan, si le soulèvement des fragments était possible, par un
autre moyen. Mais, en dehors de cette éventualité, il fallait
procéder à l’application du trépan.
Il le fallait d’autant plus, que malgré la violence de la cause,
les fonctions du cerveau paraissaient intactes et qu’il n’y
avait aucun signe de fracture de la base du crâne.
L’autopsie est venue nous démontrer, que nous ne pouvions
rien espérer du trépan, et que les altérations du crâne,en appa­
rence peu étendues, étaient au contraire en rapport avec
l’intensité de la cause.

�NICOL AS-DUR ANTY.

26

ABCÈS DU LARYNX.

Cette observation vient justifier la distinction établie par
M. Trélat, lors de la discussion sur le trépan à la Société de
Chirurgie, entre les sujets frappés par les projectiles de guerre
et les malades que l’on rencontre dans la pratique civile. Si
chez les premiers, les lésions sont parfaitement localisées, il
n'en est pas de même pour les sujets entrant dans nos
hôpitaux, chez lesquels, on voit, sous l ’action des corps con­
tondants, les fractures s’irradier, dans tous les sens, vers la
hase du crâne.
(A suivre.)

ABCÈS DU LARYNX
INCISÉ PAU LES VOIES M T ! RELLES MJ MOYEN D l LA11YXGOSCOPE
Par E. Nicolns-Duranty , Médecin-adjoint des hôpitaux.

Les observations d’abcès phlegmoneux du larynx diagnos­
tiqués pendant la vie et incisés par les voies naturelles sont
rares. Je n’en connaisque deux : l’une appartient à Tobold et
elle est citée par Krishaber dans son traité si bien fait des
maladies du larynx (1); l’autre a été publiée par W. Marcel (2).
L’un et l’autre ouvrirent l’abcès en s’aidant du laryngoscope.
Je rapprocherai de mon observation un cas de gomme, non
ulcérée du larynx, qui présente quelque intérêt au point de
vue pathologique, à cause de sa rareté, et au point de vue cli­
nique, pour le diagnostic.
Ir*

observation .

— Abcès du larynx.

R. . . B. . . , préposé d’octroi, âgé de il ans, a toujours eu une
bonne santé. L’examen le plus attentif ne me fait retrouver
(1) DiW. encyclopédique, pag. 625, loin. I. — 2* série.
(2) W. Marcel — Clinical notes on diseuses of the larynx. London, 1866.

27

aucun antécédent syphilitique. Depuis quelque temps il est sujet
à des maux de gorge. Pendant le mois de décembre 1867, il prit
froid et eut une pharyngite assez intense. Pendant le mois de mars
-1869, R. . . fut atteint d’un plüegmon de la paroi postéro-laté­
rale droite du pharynx, qui se termina par un abcès que j’ouvris
largement avec le bistouri. Au mois d’août, R . .. se plaignit de
difficulté dans la déglutition; la voix devint rauque et voilée.
L’examen laryngoscopique me montra de l ’œdème circonscrit de
la muqueuse qui revêt le cartilage aryténoïde gauche, et occu­
pant le tiers postérieur du repli ary-épiglotique du même côté.
Une cautérisation avec une solution de nitrate d’argent et l’emploi
d’un gargarisme astringent jugèrent promptement cet état
pathologique.
R. .., se porta bien jusqu’aux premiers jours de décembre; le
3, il fut obligé de suspendre son service. Depuis quelques jours, il
souffrait en avalant et la déglutition des liquides surtout était
très-pénible.
L’émission des sons de la parole était douloureuse et le timbre
de la voix nasonné. Enfin la respiration était pénible, cependant
il n’y avait pas d’accès de suffocation. Par Yexamen laryncjoscopique, je vois une tumeur lisse, du volume d’une grosse noisette
développée dans l’épaisseur du repli ary-épiglottique droit ; elle
s'étend de l’espace inter-aryténoïdien, jusque tout près de l’épi­
glotte. Cette tumeur surplombe le larynx, elle cache, pendant la
respiration tranquille, les trois quarts postérieurs de la corde
vocale droite, les deux tiers antérieurs de la glotte sont visibles,
et la corde vocale gauche est visible dans toute son étendue.
En faisant fortement respirer le malade, la tumeur est soulevée,
et je constate l’intégrité des autres parties du larynx. L’ausculta­
tion ne me dévoile aucune lésion du côté des poumons. — Pres­
cription : gargarisme et fumigations émollientes.
t décembre. — Les symptômes subjectifs, ont augmenté. Le
malade est anxieux et agité. Pendant la nuit, il a eu plusieurs^iccès
de suffocation;la déglutition des boissons est presque impossible ;
la voix est profondément altérée.
Examen lanjnrjoscopique. — La tumeur a augmenté de volume,
elle a les dimensions d’une petite noix, elle est tendue et d’un
rouge foncé. Pendant la respiration tranquille, elle couvre les
cordes vocales vraies et la glotte. L’air, pour pénétrer dans la
trachée, passe entre le repli ary-épiglottique gauche et la surface

�-28

NICOLAS-DUR ANTY.

convexe de la tumeur. En engageant le ma­
lade à faire de grands-efforts respiratoires,
je vois à peine l’insertion antérieure de la
corde vocale gauche. Avec une tige métal­
lique courbe, je touche la tumeur qui me
paraît céder à la pression. J’avais évidem­
ment affaire à un abcès phlegmoneux, et il
fallait donner issue au pus, par les voies
naturelles (fig. I).
La Société Impériale de Médecine se réunissant ce jour-la, et
le malade montrant beaucoup de courage, je le priai devenir à la
séance. En le présentant à mes savants collègues, je pensais
leur faire voir un malade intéressant, mais je désirais surtout
soumettre à leur appréciation, mon diagnostic et le traitement
que je pensais devoir employer. La compagnie confirma mon
diagnostic, et en présence de mes collègues, j’ouvris l’abcès il la
partie postérieure et inférieure, avec la lancette de Morell
Mackenzie. Du pus et du sang s’échappèrent par la plaie, et
le malade fut instantanément soulagé.
5 décembre. — La nuit a été bonne, la déglutition des liquides
se fait assez facilement et sans provoquer des efforts de toux.
— Pas de suffocation. — Expectoration purulente. — Examen
laryngoscopique : la tumeur a diminué de volume, elle est recou­
verte par du pus et des mucosités épaisses.
Gdécembre. — L’amélioration continue.
7 décembre.—La déglutition des liquides est redevenue pénible,
l'expectoration purulente a cessé et le malade est suffoqué.
Examen laryngoscopique: la tumeur a augmenté de volume et
l’incision est fermée.
J’introduis la lancette laryngienne et je suis assez heureux
pour la faire arriver sur la première incision, dont je déchire la
mince cicatrice. Du sang et du pus sortent en assez grande
quantité.
8 décembre. — Amélioration notable. Le mieux vient graduel­
lement, et après quinze jours, le gonflement a presque entière­
ment disparu et le malade est rétabli.

Réflexions. — Diagnostic. Je ne dirai rien du diagnostic
subjectif des abcès du larynx, je désire limiter ces quelques
réflexions aux signes objectifs fournis par le laryngoscope.

ABCÈS DU LARYNX.

29

Les signes objectifs sont seuls positifs et l’usage du miroir
laryngien est de toute nécessité pour établir leur existence.
L’abcès du larynx vu au laryngoscope ne peut être confondu
qu’avec l’œdème circonscrit, une tumeur gommeuse non
ulcérée, ou un kyste.
L’abcès du larynx se montre sous l’aspect d'une tumeur
plus ou moins limitée, de dimensions variables et de forme
différente suivant la partie du larynx dans laquelle elle se
développe. Elle est d’un rouge vif, luisante et tendue.
L’œdème circonscrit se présente également sous la forme
d’une tumeur de volume et d’aspect différent suivant son
siège, mais la tumeur est moins circonscrite. Les parties
œdématiées sont généralement pâles, blanchâtres. Quelquefois
cependant lorsqu’il y a excès de phlogose et que les parties
sont étranglées par du tissu induré, l’aspect des parties est
différent. La muqueuse est d’un rouge foncé. L’œdème cir­
conscrit est produit soit par une ulcération, soit par une affec­
tion des cartilages. L’œdème collatéral, de voisinage d’une
ulcération, masque, suivant le siège de celle-ci, une partie
de l’ulcération, et ce n’est qu’en faisant arriver la lumière
sous des inclinaisons diverses que l’on parvient à distinguer
l’ulcération. Souvent l'œdème cache complètement l’ulcé­
ration et l’on est réduit à en soupçonner l’existence. Lorsque
l’œdème circonscrit est la conséquence d’une maladie des
cartilages, les ulcérations sont larges, profondes, et l’on
constate des déformations des parties solides du larynx. Quel­
quefois des fragments de cartilage nécrosé font saillie dans
les ulcérations. Toutes ces lésions facilitent le diagnostic.
Une gomme non ulcérée peut eu imposer et être prise pour
un abcès ; l’aspect des parties présente une grande analogie.
Je ne sache pas que Ton ait eu l’occasion de voir sur le
vivant une tumeur gommeuse non ulcérée du larynx. Ce
point de diagnostic étant très im portant, je vais résumer
l’observation de la malade que j ’ai observée.

�30

NICOLAS-DU RANT Y.
ABCÈS DU LARYNX.
11“' observation. — Gomme non ulcérée du larynx.

M"1' S***, de M“ ’ , âgée de 56 ans, mariée et mcre de six
enfants, me fut adressée le 25 mars 1868, par mon excellent con­
frère M. Cliapplain. Cette femme a toujours joui d’une bonne
santé depuis sa dernière couche, si ce n’est qu’à plusieurs reprises
elle a été atteinte d’une maladie de la peau, et actuellement elle
porte sur le front de petites tâches d’un rouge cuivré, recouvertes de
minces squames blanches. Je ne puis avoir aucun renseignement
précis pour établir si elle a eu des accidents de syphilis
primitive.
Il y a deux mois, la voix a commencé à se voiler ; peu à peu
le volume de la voix a diminué au point qu’elle est actuellement
éteinte. La dyspnée très-faible au début a toujours été en
augmentant et elle est devenue très-intense ; l’inspiration est
ronflante et l’expiration pénible. Les yeux sont saillants et les
lèvres sont bleuâtres. La déglutition se fait sans douleur et
naturellement. Il existe une petite toux sèche qui a graduelle­
ment augmenté. Le murmure respiratoire est faible. Cette femme
est amaigrie, quoique l’appétit soit conservé, elle ne dort plus
depuis plusieurs nuits à cause de la suffocation. Le pouls est
faible et à 95. Lorsque j ’examinai cette femme, elle était horri­
blement suffoquée et en proie à une anxiété extrême. J’hésitais
un moment avant de tenter l’examen laryngoscopique, crai­
gnant, si je rencontrais quelque difficulté, de faire éclater un
accès de dyspnée mortel.
Examen laryngoscopique — J’introduisis le miroir laryngien
avec beaucoup de précaution et à peine fut-il en place, que je
Fier 2.
vis une tumeur de la grosseur et de la forme
d’une grosse olive, occupant la place et l’éten­
due de la corde vocale gauche. Cette tumeur
elliptique à grand diamètre antéro-postérieur,
était lisse, rouge clair ou plutôt rose sale. Les
autres parties du larynx étaient saines. La
corde vocale droite présentait sa couleur
normale blanc nacré, seulement elle était légèrement repoussée
en dehors par la tumeur qui tenait le larynx aussi ouvert que
possible (fig. 2).

31

L’air ne pouvait passer que par un petit pertuis laissé libre en
arrière de la tumeur, entre les cartilages aryténoïdes qui étaient
fortement écartés, et en avant près de l’insertion antérieure des
cordes vocales.
La première idée qui vint à mon esprit fut que j ’avais affaire à
un abcès. Mais la marche lentement croissante de la maladie, la
limitation exacte de la tumeur, l’absence de symptômes inflamma­
toires, et enfin l’éruption squameuse du front, me firent bientôt
abandonner cette idée pour croire à l’existence d’une gomme.
La précision du diagnostic avait dans ce cas une importance
énorme, car la malade suffoquait. Si j’étais en présence d’un
abcès, il fallait inciser et vider la tumeur pour rétablir le passage
de l'air. Si j ’avais affaire à une gomme, on pouvait attendre
encore quelques heures et faire la trachéotomie, dès qu’elle devien­
drait urgente; dans cette dernière maladie, il fallait éviter
d’inciser la tumeur, car toute incision qui n’aurait pas produit la
diminution du volume de la tumeur, devait faire naître un œdème
inflammatoire, complication très-redoutable. Je prescrivis la potion
suivante :
Eau..............................................150 gr.
Iodure de potassium . . . .
1 gr.
Sirop s i m p le ......................
30 gr.
A prendre par cuillère à bouche toutes les heures. — Repos au
lit, bouillon, vin. Enfin, je me disposai à faire la trachéotomie.
26 mars. — L’état général, les symptômes rationnels et l’état
du larynx vu au laryngoscope, ne présentent aucun changement.
Même prescription.
27 mars. — La suffocation et l’anxiété ont diminué.
Examen laryngoscopique. — La tumeur me paraît moins consi­
dérable.
Je prescris l ’iodure de potassium à la dose d’un gramme,
matin et soir, régime réparateur.
Du 28 mars au 11 avril, la suffocation diminua graduellement,
l ’état général, s’améliora peu à peu et le laryngoscope me permit
de constater jour par jour la diminution de la tumeur. 11 n'y eut
jamais d’expectoration purulente. A la date du 11 avril, la tumeur
est à peine apparente, mais la corde vocale ne se dessine pas
encore. La malade avait toujours prisl’iodure de potassium à la
dose de deux grammes par jour.
Dans le courant du mois de mai, j ’examinai cette femme pour
la dernière fois, le larynx me parut parfaitement normal.

�ABCÈS DU LARYNX.
32

33

NICOLAS-DURAN'n .

L’examen des parties permet donc de distinguer assez faci­
lement l’œdème circonscrit de l’abcès et de la gomme; mais le
diagnostic de ces deux dernières affections par la vue seule,
sans s'aider des signes rationnels, est presque impossible. La
tumeur gommeuse toutefois parait plus nettement limitée que
la tumeur formée par un abcès. Mais si l’on n’avait que ce
signe, la limitation de la tumeur, on se trouverait devant une
autre difficulté. Un kyste peut se développer dans le larynx
et le kyste du larynx est parfaitement limité. Ensuite, le
kyste et la gomme ont un mode de développement assez iden­
tique, il est lent et progressif. Cette étude analytique m’amène
à dire que si le diagnostic positif des abcès du larynx, et en
général des maladies de cet organe, 11e peut se faire qu'avec le
laryngoscope , il faut apporter la plus grande attention à
l’examen de signes subjectifs. Les symptômes rationnels, les
antécédents, les lésions des autres organes, devront toujours
servir de guide pour établir le diagnostic précis et le trai­
tement.

i .

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T3

ï3

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Traitement. — L’abcès du larynx diagnostiqué, il faut don­

0

ner issue au pus. Cette règle est aussi formelle que pour les
abcès siégeant dans les autres parties du corps que nous pou­
vons atteindre avec nos instruments.
Si l'on 11’incise pas ces abcès, des décollements se formeront
et le pus arrivant au contact des cartilages produira leur né­
crose.
Si les cartilages se nécrosent, 011 se trouvera en présence de
lésions qui pourront devenir irrémédiables, et qui compro­
mettront l’existence du malade. L’infiltration purulente se
faisant au tour, ou bien dans le tissu des petits muscles du
larynx, on aura des rétractions, des indurations, des cica­
trices vicieuses, et l’aphonie sera la conséquence de ces lé­
sions.
Pour inciser un abcès du larynx par les voies naturelles,
on placera le malade comme s’il s’agissait de procéder à
l’examen laryngoscopique ; un aide tient la langue au dehors
de la bouche. On la fixe solidement, sans toutefois la tirer

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trop fortement, ce qui fatiguerait beaucoup le malade. L’opé­
rateur introduit le miroir laryngien avec la main gauche, et
de la main droite, il tient la lancette laryngienne.
3

�34

N1C0L AS-D UR AN T Y.

Je me suis servi de lu lancette de Morell Mackenzie , dont
j ’ai l’habitude, mais on peut également employer celle de
Fauvel ou de Bruns.
La lancette laryngienne de Morell Mackenzie (1), consiste
en un petit couteau ou lancette, à double tranchant, placé
dans un tube convenablement courbé pour être introduit dans
le larynx (fig. 3). La pointe de la lancette reste cachée à l’ex­
trémité du tube, terminé en bec de canne, tant qu’on ne la
pousse pas au dehors, en pressant sur un ressort placé sur le
manche. Des tubes courbés sous des angles différents, peuvent
s’adapter à la tige de l’instrument. Au-dessous de l’angle se
trouve une articulation qui permet à l’opérateur d’allonger
ou de raccourcir le tube.
Cette disposition de l’instrument est appropriée aux incli­
naisons diverses que le plan de l’ouverture laryngienne pré­
sente avec l'horizon, et permet d’opérer avec la lancette, soit
à la partie supérieure, soit à la partie inférieure du larynx.
La longueur de la lame est réglée par une vis placée dans le
manche. L’opérateur tient l'instrument entre le pouce et le
médius, et lorsqu'il en a placé l’extrémité vers le point sur
lequel il désire agir, il presse le ressort avec l’index.
L’incision doit être assez large pour permettre la sortie du
pus. Cependant il ne conviendrait pas d’en exagérer l’étendne;
car si le pus sortait trop rapidement, en s’engageant dans la
glotte, il provoquerait un accès de suffocation qui serait trèspénible, et qui pourrait même menacer la vie du malade.
L’hémorrhagie n'est pas à craindre. Cependant on observe
quelquefois sur les parties latérales du larynx, de grosses vei­
nes variqueuses. Si on en constatait la présence, il faudrait
les éviter autant que possible.
Après l’incision de l'abcès on se trouvera bien de l’emploi
de gargarismes émollients, et surtout de pulvérisations tièdes
d’un liquide émollient et calmant.
(1; Morell Mackenzie. Du Laryngoscope et de son emploi dans les maladies
de la go rge . Trad. franç. É. Nicolas-Duranty. 1807.

GRAVELLE ET DIABÈTE.

3-j

OBSERVATION DE GRAVELLE URIQUE COM PLIQUÉE DE D IA B ÈTE.
Commuoiqmie à la Société Im périale do M édecine de M arseille

pat le D’ LAVIGERIE, médecin aux eaux de Vichy.
\

11 n’est pas absolument rare de rencontrer le diabète et la
gravelle réunis chez le même individu, que ces deux affections
aient pris naissance en dehors de toute espèce de traitement,
ou que la gravelle se soit développée sous l'influence du ré­
gime presque exclusivement animal recommandé par tous les
médecins aux diabétiques. Quoi qu'il en soit, le traitement
hygiénique des personnes al teintes à la fois des deux maladies
offre de grandes difficultés. Sans doute un exercice actif et as­
sidu sera convenable pour les deux cas, et par là la combustion
du glucose et de l’acide urique, c’est-à-dire la transformation
du premier en eau et eu acide carbonique, et du second en
urée seront facilitées. Mais quel régime alimentaire prescrira
le médecin? Il est là entre deux écueils qu'il faut éviter à tout
prix, et, permettez-moi cette expression, le passage est bien
étroit! S’il prescrit un régime animal, il augmentera fatale­
ment la formation de l'acide urique déjà exagéré, et exposera
le malade non plus seulement à la gravelle, mais même à la
pierre, résultat déplorable. S’il ordonne un régime végétal, il
diminuera, il est vrai, la production des sables uriques, mais
le chiffre du sucre augmentera rapidement sous l’influence
des matières féculentes abondamment contenues dans un grand
nombre d’aliments végétaux, et alors il faudra s’attendre à
une aggravation de tous les symptômes diabétiques, la soif,
la faim, l’accablement, l'affaiblissement de la vue, etc., et une
fois l'organisme en déroule, qui pourra se flatter d'arrêter les
progrès du mal ?

�LAVIGERIE.

GRAVELLE ET DIABÈTE.

Et remarquez qu'un régime mixte ne lève pas la difficulté :
exclusif, il aggravait considérablement l’un dos états morbides;
mixte, il leur est préjudiciable à tous les deux.
Il est heureusement un moyen très-efficace de combattre
dans ce cas les mauvais elfels du régime. Ce moyen consiste
dans l’emploi des eaux minérales alcalines. Si les principes
azotés contenus dans les aliments se transforment encore en
acide urique, du moins cet acide, dissous par l’alcali des eaux,
n’a plus aucune tendance à se précipiter. Et si les principes
féculents continuent à se transformer en sucre, du moins,
sous la même influence, ce sucre se brûle en grande partie.
Dès lors le régime, quoique mixte, ne peut plus servir d’ali­
ment, si je puis dire, aux deux maladies dont nous parlons,
et cette première difficulté écartée, le médecin a tout le loisir
de s'occuper sérieusement du traitement.
Eli bien, il faut tout d’abord avouer que, dans l’état actuel
de la science, ou ne connaît point de traitement curatif de la
diathèse urique ni du diabète. Un citera bien quelques guéri­
sons isolées obtenues de loin en loin, et dans des circonstances
difficiles à apprécier ; mais dans l’immense majorité des cas,
on 11e pourra réussir qu’à diminuer considérablement, ou
même à faire disparaître momentanément les manifestations
de ces deux diathèses. La tendance constitutionnelle restera la
même sous cette guérison en quelque sorte-artificielle : aussi
ce calme trompeur ne devra laisser endormir ni le médecin ni
le malade.
À tout prendre, c'est déjà un résultat bien satisfaisant que
celui de réduire l’ennemi à l’impuissance quand on ne peut
l’anéantir. Que m’importe après tout que mon organisme ait
une tendance spéciale à produire de l’acide urique ou du
sucre, si j ’ai le pouvoir de la diminuer tellement que ma sanlé
n ’en ait point à souffrir? Ce qui m’importe c’est que l’acide
urique sécrété n ’aille pas se déposer dans la vessie ou sur un
autre point de l’économie, et qu’il ne se forme pas eu assez
grande abondance pour occasionner une inflammation des
voies urinaires. Ce qui m’importe encore c’est que la produc­
tion du sucre ne soit pas telle qu’elle suffise pour accentuer

les principaux phénomènes diabétiques au point de jeter ra­
pidement les malades dans un état de consomption irré­
médiable.
Les eaux minérales alcalines, notamment celles de Vichy
prises à la source, sont, je ne crains pas de l’avouer, de tous les
médicaments connus, celui qui réussit le plus constamment,
dans les limites tracées plus haut, contre les maladies constitu­
tionnelles dont je m’occupe, qiie ces maladies soient du reste
réunies sur le môme sujet ou isolées. Je n’examinerai point
ici quel est leur mode d’action, pour ne point aborder une
question que j ’ai traitée ailleurs, et qui m’entraînerait trop
loin. J'aborde donc l’observation q u ia été pour moi l’occa­
sion des considérations précédentes.

36

37

Le 13 juillet 1868 , je fus appelé auprès de M. .. A . .., envoyé
de Paris aux eaux de Vichy comme atteint de gravelle urique,
ayant occasionné des crises fréquentes de coliques néphrétiques.
A cinq heures du matin, je trouvai le malade assis auprès
d'une table et buvant avec avidité. Il me dit que fatigué parla
chaleur, et ne pouvant dormir, il s’était levé vers une heure du
matin, et avait consommé depuis ce moment deux grandes carafes
de limonade (environ trois litres).
J’appris en questionnant le malade, que cette altération anor­
male existait déjà depuis deux ou trois mois. En même temps,
polyurie marquée (six litres d’urine par vingt-quatre heures) ;
appétit notable. M... A..., a un tempérament lymphatique, et est
doué d'un embonpoint très-accusé. Malgré cela, il dit avoir maigri
sensiblement.
Les urines n'ont jamais été analysées, et le malade ne se doute
nullement qu’il peut avoir une autre affection que la gravelle
qu’il vient soigner à Vichy.
Avant de formuler le traitement, j ’insiste pour avoir un échan­
tillon des urines.
Voici le résultat de ma première analyse :
Urines acides, présentant un léger dépôt d’acide urique.
Densité 1027. Le réactif deFeliling, me révèle à l'analyse quanti­
tative, la présence de 33 gram., 71 centig. de glycose par litre.
Ainsi mes craintes furent confirmées, M... A..., était réellement
diabétique.

�38

LAVÏGERIE,

Cette maladie, méconnue peut-être depuis longtemps, me parut
devoir attirer tout d’abord mon attention, et pour aller au plus
pressé, sans toutefois négliger entièrement la complication
graveleuse, je fis la prescription suivante :
Un verre d'eau h la source des Célestins, et un verre à la
grande grille.
Bain de 3/4 d’heure, avec 1/3 d’eau minérale h 33 centigrades.
Porter la dose au bout de trois ou quatre jours, à quatre verres
d’eau en boisson, et à quantités égales d’eau minérale et d’eau
douce pour le bain.
Comme régime alimentaire, éviter les féculents. Manger des
viandes saignantes en petite quantité, et des légumes peu ou
point farineux, tels que : haricots verts, épinards, chicorée,
laitue, cresson, choux, poireaux, s’abstenir pourtant d’oseille,
qui pourrait déterminer la formation de graviers oxaliques.
Pain de gluten aux repas, prendre beaucoup d’exercice et se
couvrir le corps de flanelle pour éviter les l’efroidissements.
Le 20 juillet , là dose d'eau minérale en boisson fut portée à
six verres.
Le 21, les urines sont analysées. Elles sont alcalines, d'une
densité de 1018, et ne contiennent que 7 gram. 50 de sucres.
Le 25, le malade s’étant un peu relâché de son régime et ayant
mangé des pommes de terre, les urines, d’une densité de 1022,
contiennent 25 grammes du glycose pour 1000,
Le 30, urines acides, d’une densité de 1022, 18 gram. 75 de
glycose.
Le 4 août, urines acides. Densité : 1022, 18 40 de glycose.
Le 7 août, urines acides, 1020, pas de sucre.
Le 10 août, le pain de gluten ayant été supprimé, et le malade
ayant consommé quelques féculents, les urines ne contiennent
pas non plus la moindre trace de glycose.
Le sieur A..., s’imagine être guéri radicalement. Mais je ne
partage pas son enthousiasme. Les eaux de Vichy ne font dispa­
raître entièrement le diabète que dans des cas très-rares. Le plus
souvent, elle font tomber le glycose à un chiffre minimum trèsinsignifiant, et diminuent parallèlement les autres symptômes
diabétiques. C’est déjà un résultat considérable, Mais pour ne
point éprouver de déception, il ne faut pas leur demander d’avan­
tage.
Aussi j’annonçai à M. A... que le sucre reparaîtrait probable­
ment, et lui conseillai de continuer à s’observer.

BIBLIOGRAPHIE.

39

En 1869 je le revis, mais il n’était à Vichy qu’en passant.
L’hiver s’était passé sans coliques néphrotiques. Mais le sucre
avait reparu et avait atteint, dans les derniers temps, le chiffre de
13 à 20 grammes par litre.
Toutefois, la santé générale était bien meilleure qu’autrefois.
La polydipsie, la polyurie et la polyphagie, n'avaient, pour ainsi
dire, pas reparu. Aussi M, A .., ne jugea pas à propos de faire
une seconde saison.

BIBLIOGRAPHIE.

Recueil des actes du comité médical des Bouche$-du~Rhône
(t. 9, fasc. 1 et 2.)

Le Comité médical des Bouches-du-Rhône met une con­
science scrupuleuse à rendre compte de ses actes. Tous ses
membres peuvent apprécier ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas.
Cette noble sincérité l’honore et c’est, déjà un grand mérite
de vouloir paraître ce que l’on est. Une série de procès-ver­
baux scrupuleusement recueillis, où les questions scienti­
fiques sont agitées à côté de questions administratives et de
problèmes professionnels, des discours, des comptes-rendus,
des rapports et des mémoires, voilà ce qui compose les deux
fascicules que nous avons sous les yeux, et qui ont une qua­
lité incontestable, colle de la variété.
Mais les institutions humaines sont perfectibles, et le comité
médical n’échappe pas à la loi commune. Créé dans un but
à la fois scientifique et professionnel, il embrasse trop pour
bien étreindre, et le caractère mixte de sa nature est un
obstacle à son libre essor ; l’exemple de l’association générale
et de ses œuvres, qui ne sont guère que des projets, montre
combien il est difficile d'avancer dans une voie déterminée ;
est-il possible de parcourir deux routes à la fais ?

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

Les fascicules dont nous parlons prouvent les inconvé­
nients de ce mélange. Ils démontrent, et ce n ’est point là leur
moindre avantage, la nécessité d’introduire une modification
dans le fonctionnement du comité médical ou tout, au moins
dans ses publications. Les savants ne peuvent publier volon­
tiers des mémoires sérieux dans un recueil où des détails de
tout autre nature et d’ordre bien inférieur sont insérés à côté
de leurs travaux, et d’autre part les questions de ménage ne
sont pas nées pour recevoir les honneurs de l’impression.
Il vaudrait beaucoup mieux que le Comité médical renonçât
à fonctionner comme société scientifique et concentrât tous
ses efforts sur les intérêts professionnels auxquels il a rendu
naguère deux grands services par la création d’un arsenal de
chirurgie et par l’admission en principe d’une caisse de re­
traite ; quand il ne marchera que dans cette dernière voie et
qu’il ne pourra donner pour excuse à son inaction dans les
questions professionnelles ses préoccupations scientifiques, il
ira loin parce qu’il est riche et puissamment organisé.
Mais si le Comité médical tient à rester société scientifique,
de grâce qu’il publie dans des fascicules séparés ses travaux
scientifiques et ses procès-verbaux administratifs, sinon il ne
recueillera, en fait de travaux sérieux, que les mémoires qui
lui seront envoyés pour les concours.
C’est ce qui est arrivé pour l’année 1869. Un seul travail
important est inséré dans les actes du Comité, c’est une étude
des crucifères aux points de vue chimique, thérapeutique et
pharmaceutique, qui a valu à son auteur, M. Louvet, une
médaille d’or, prix décerné par le Comité.
La partie chimique de ce travail est remarquable et mérite
d'être sérieusement consultée par les hommes spéciaux. La
myrosine, son action sur le mvronate de potasse pour pro­
duire la fermentation sinapisique, l’essence de moutarde, ré­
sultat de cette fermentation, y sont l’objet des plus savantes
recherches; mais c’est surtout sur l’acide mvronique que por­
tent les investigations de l’auteur. D’après ses travaux per­
sonnels, s’appuyant du reste sur ceux de Ghérard, Werthein,
Delucca, Berthelot . et d’après les indications fournies par

WilletKœrner, M. Louvet arrive à cette conclusion que l’acide
myronique contient les éléments du sucre, de l’essence de
moutarde et de l’acide sulfurique.
Écrit par un pharmacien, le chapitre thérapeutique ne pou­
vait contenir aucune de ces notions nouvelles que l'examen
des malades peut seul faire acquérir, mais on y trouve un
historique plein d’érudition et un exposé assez complet des
données de la science actuelle.
La partie pharmaceutique est riche de détails nouveaux et
de notions pratiques ; on voit qu’elle est écrite par un homme
expérimenté et qu'elle mérite d’être soigneusement consultée.
Enfin un chapitre instructif sur les falsifications de la farine
de moutarde termine cet important mémoire.
Rendons justice à M. Louvet, digne lauréat du Comité mé­
dical.

iO

•fl

Mute sur la propylamine cl les produits organiques qui la contiennent,
par le Dr Jean de Kaleniczexko.

A quel principe est due l’action thérapeuthique des huiles
de morne ? Voilà, certes, une question qui intéresse profon­
dément la pratique médicale, car sa solution doit conduire à
des perfectionnements dans l’administration d’un remède dont
l’emploi si utile est restreint par la répugnance qu’il inspire.
D'après le docteur de Kaleniczenko, les huiles de morue
doivent leurs propriétés thérapeutiques principalement à la
propylamine, principe volatil renfermé surtout dans les huiles
brunes.
Représentée chimiquement par la combinaison d’une mo­
lécule de propylène (G®H®) avec une molécule d’ammoniaque
(AZ H3), la propylamine est un alcoloïde artificiel que Wertheim a découvert en distillant de la narcotine avec delà
potasse. Le docteur Awenarius, de Saint-Péterbourg, l’intro­
duisit le premier dans la matière médicale; il la conseilla dans
le rhumatisme articulaire.
Ce principe, si longtemps ignoré, abonde dans la nature
organique, aussi bien dans le règne végétal que dans le règne

�4i

A. FABRE.

animal. La famille des chénopodiacées, celle des rosacées, celle
des caprifoliacées, celle surtout des rafflesiacées en renferment
de plus ou moins grandes quantités. Dans le régne animal, les
poissons de mer en contiennent des proportions quelquefois
énormes; tel est par exemple, le genre clupea, dans lequel se
trouve le hareng commun, dont la saumure, à odeur propylamique très-prononcée, est fort recommandée par les méde­
cins russes aux malades atteints de catarrhes chroniques.
Sur les hords de la mer d'Azof, à l'embouchure du Don,
on pèche des masses prodigieuses de poissons dont on sale
une partie, dont on fume l’autre, poissons riches en propylamine et qui nourrissent les Russes pendant leurs quatre
grands carêmes.
« Sur une vaste étendue, dit Kaleniczenko, à des hauteurs
inouïes, étaient amoncelés, les uns sur les autres, des mil­
liards de poissons. J’étais émerveillé de cette prodigieuse
fécondité de nos mers, mais si l’intelligence reste confondue
devant un tel spectacle, si l’œil ne peut se lasser de l’admirer,
l’odorat, brutalement impressionné par cette atmosphère de
propylamine qu’on respire et qui pénètre hommes et choses’
vous oblige bien vite à quitter ces parages. »
Ces populations de pêcheurs qui vivent dans un milieu
chargé d’émanations propylamiques et se nourrissent d’ali­
ments dont la piopylamine est, si je puis m’exprimer ainsi,
l’essence, sont saines, robustes, aptes aux travaux les plus
durs. »
Mais c’est surtout dans les extraits de foie de morue que
l’auteur étudie l’action physiologique et thérapeutique de la
propylamine. Parmi les effets physiologiques, signalons une
éruption d’aspect exéranthématique, l’exanthème propylamique. Quant aux effets thérapeutiques, ils se feraient sentir
dans des cas de dyspepsie, de gastralgie, de bronchite, dans la
phthisie, la scrofule, le rhumatisme, la goutte et bien d’autres
maladies encore, c’est-à-dire dans un trop grand nombre d’af­
fections pour que nous puissions partager la confiance du
médecin russe. 11 n’en est pas moins vrai que l’action de la
propylamine mérite d’être très-sérieusement étudiée. C’est

BIBLIOGRAPHIE.

43

là une question de thérapeutique et d’hygiène sur laquelle
nous devions appeler l’attention du public médical.
Viande crue et alcool.

En présence de l’effrayante mortalité que produit parmi
nous la phthisie pulmonaire, frappés comme nous le sommes
de la faiblesse des générations actuelles et du type adynamique que revêtent aujourd'hui les maladies , nous ne devons
négliger aucune des ressources que peut fournir la médication
tonique et reconstituante.
Tel est le motif qui m'a conduit à lire d’un bout à l’autre
un livre destiné à la glorification de la viande crue (Musculine
Guichon), et des potions alcooliques reconstituantes.
Nous n ’avons pas 1 habitude de nous occuper des travaux
destinés à vanter des produits spéciaux. Mais celui-ci étant
écrit par une main médicale et rédigé dans un esprit scienti­
fique, nous m'avons pu, à son égard, manquer à la promesse
que nous avons faite de donner une analyse de tout ouvrage
dont deux exemplaires nous seraient adressés.
Nous devrions être tous bien pénétrés de cette vérité que les
meilleurs agents thérapeutiques sont tout près de nous. L’eauj
le vin, la viande et le lait, administrés dans des conditions
convenables, guériraient peut-être à eux seuls plus de malades
que tous les médicaments réunis. Y a-t-il une médication
aux effets plus puissants et aux indications plus nombreuses
que l’hydrothérapie? Quel excellent remède dans maintes oc­
casions que la diète lactée ! De ce que la viande est un ali­
ment, nous avons quelque tendance à induire qu’elle ne sau­
rait être un remède, et c’est une erreur ; parce que l’abus de
l’alcool détermine des effets pernicieux, nous sommes dé­
tournés de l’idée que l’usage de l'alcool peut produire une
action salutaire, et c’est ui\mal.
Mais, en thérapeutique, s’il ne nous est pas permis de tom­
ber dans le scepticisme, nous devons aussi nous méfier de
l’enthousiasme. Contrairement à ce qui se passe chez la plupart

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

Je ceux qui préconisent une médication nouvelle, l’auteur de
la brochure que nous avons sous les yeux a su éviter ce der­
nier défaut. Les maladies où conviennent la viande crue et
lamusculinc sont rangées par lui en trois catégories. La pre­
mière renferme certaines affections des organes digestifs ;
la seconde, certains états dit cachectiques; la troisième enfin,
des maladies consomptives et notamment la phthisie.
C'est une magnifique question que celle des indications de
la viande crue. Passons donc rapidement en revue celles sur
lesquelles l’auteur insiste plus particulièrement.
Dyspepsies, vomissements nerveux, cancer de l'estomac,
lienteries, diarrhées chroniques, dyssenteries, telles sont les
principales affections du tube digestif où, dans le livre que
nous avons sous les yeux, la viande crue est préconisée. Le
cadre est un peu vaste et surtout, les indications n’y sont pas
suffisammént précises. C'est là d’ailleurs un reproche qui
s’adresse moins à fauteur qu’à la plupart des praticiens. Pour
l'hygiène du tube digestif, on doit tenir compte à la fois des
notions physiologiques et des données pathologiques. La
physiologie nous enseigne que l’estomac a pour mission de
commencer la digestion des matières albuminoïdes qu’achè­
veront ensuite le pancréas et le foie. Il en résulte que la
viande crue trouvera surtout son indication dans les affec­
tions intestinales, alors qu’il conviendra de faire porter par
l’estomac le poids de la digestion, tandis que les maladies de
l'estomac demandent une plus grande réserve dans son em­
ploi. La pathologie fait de son côté une distinction capitale,
que l’exclusivisme des systèmes a trop empêché de pénétrer
dans la pratique. Du temps de Broussais on ne voyait dans le
tube digestif que des inflammations, des gastro-entérites ,
aujourd’hui, on n’y reconnaît plus guère que des névroses, des
dyspepsies. Ces deux catégories d'états morbides existent et
sont fréquentes. Les états névrotiques réclament la viande
crue; les états inflammatoires, paryontre. la redoutent, s’ils
ont leur siège dans l’estomac; s’ils sont circonscrits dans
l'intestin, l'usage exclusif de la viande crue, en mettant cet.
organe en repos sans affaiblir le malade, peut rendre de trèsgrands services.

Voilà pourquoi des lienteries, des diarrhées chroniques, de
vieilles dyssenteries, ont été traitées avec succès parce moyen.
Exception faite pour les gastrites, c’est donc là une précieuse
ressource pour le traitement des affections de l’appareil diges­
tif et notamment de l’intestin.
Dans la catégorie des états cachectiques, où l’alimentation a
plus d’importance que les remèdes pharmaceutiques, la viande
crue est le plus souvent d’une grande utilité. Il y a néan­
moins dans cette classe deux affections indiquées par l’auteur,
où nous ne croyons pas que ce moyen donne beaucoup de suc­
cès. L’une est le rachitisme; cessation trop brusque du ré­
gime lacté, pauvreté de l’organisme en phosphates, voilà ce
qui doit ici fixer l’attention du praticien; la viande n’a rien
à faire ni comme agent étiologique, ni comme agent curatif.
Quant à la chlorose, combattant une erreur générale, j ’ai eu
occasion de démontrer ailleurs, dans l’étiologie de cette affec­
tion, la part restreinte de l’alimentation, l’influence puissante
de l’aération. La viande crue peut cependant rendre quelques
services aux chlorotiques, mais comme moyen seulement ac­
cessoire .
Limitée se trouve également son action dans le traitement
de la tuberculose. Contre les poussées tuberculeuses ellesmêmes et contre les états lluxionuaires ou inflammatoires du
poumon qui les entourent, la viande crue est impuissante et
peut même parfois devenir nuisible. Mais, quand il s’agit de
prévenir le mal en améliorant la constitution, quand il s’agit
surtout de réparer les pertes d’un organisme qu’épuisent la
lièvre hectique et la suppuration pulmonaire, la viande crue
retrouve son efficacité ; de sorte, qu’après avoir échoué contre
la tuberculose, on peut dire qu’elle devient une ressource pré­
cieuse pour ralentir les progrès de la phthisie. C’est ainsi
d’ailleurs que l’a compris l’auteur du livre sur la musculine.
Je n'ai point encore parlé de l’alcool, et déjà l’importance
de l’emploi thérapeutique de la viande crue m'a entraîné audelà des limites qui m’étaient tracées. L’alcool, voilà encore
un grand remède, un agent toujours puissant et parfois dan­

U

là

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

gereux, el qui mériterait qu’uu ouvrage entier lui lut spécia­
lement consacré. Je ne me sens pas assez de puissance sur
moi-même pour en parler en quelques lignes.
L’ouvrage qui m’a fait prendre la plume a, d’ailleurs, pour
but moins d’attirer l’attention sur la viande crue et l’alcool,
dont l’utilité est incontestable, que de recommander l’emploi
de la viande crue sous l'orme de musculine Guichon et celui
de l'alcool sous celui de certaines potions titrées. Sur ce der­
nier terrain, qui n’est pas exclusivement scientilique, il nous
est beaucoup plus difficile de le suivre ; cependant, à cause de
l'importance de la question pour la pratique médicale, nous
devons dire notre opinion en quelques mots.
Dans la viande crue, des éléments inertes et réfractaires à
la digestion se trouvent mêlés aux parties assimilables dans la
proportion d'un tiers environ ; de plus, une foule de malades
opposent une répugnance invincible à ce mode d’alimenta­
tion. Toute préparation qui ne renfermera que les principes
nutritifs de la viande, et qui se fera facilement accepter par
les malades, devra donc être préférée à la viande crue. La mus­
culine Guichon parait réunir ces deux avantages. Une certaine
quantité de cette substance ayant été gratuitement remise à
l’administration des hôpitaux, nous en avons prescrit à plu­
sieurs malades de l’Hôtel-Dieu: dysseuterie, diarrhée chro­
nique, suppuration abondante, chlorose, convalescence de
la fièvre typhoïde , et en général les cas où il importait
d’augmenter l’alimentation sans imposer au tube digestif une
digestion laborieuse ; telles sont les conditions où nous avons
donné la musculine avec des résultats qui nous encouragent
à continuer l’expérimentation.
Quant à l’alcool, chacun sait que cet agent est loin de pré­
senter partout le même degré de concentration et d'énergie,
de sorte que le médecin ne sait jamais au juste les doses qu’il
fait prendre à ses malades. En principe, il est donc utile au
praticien de recourir à des potions titrées ayant toutes une
origine identique ; mais nous ne pouvons parler ici d’après
notre expérience personnelle.
Nous devions dire notre avis sur ces questions, parce que

l’intérêt de nombreux malades y est engagé. Que d’autres in­
térêts s’accommodent de nos encouragements ou s’alarment
de nos réserves, peu nous importe.Le médecin, dans l’exercice
deses fonctions, doit se placer en dehors des sympathies ou
des antipathies religieuses, et au-dessus des questions mer­
cantiles. Il y a cependant une considération qui nous porte
à désirer, comme médecins, le succès de la musculine et des
potions alcooliques; eu répandre la consommation, c’est favo­
riser une entreprise qui apour but le dessèchement des marais
des Dombes. Nous qui savons que, dans les pays de marais,
l’homme doit anéantir 1intoxication paludéenne sous peine
d’être anéanti par elle, nous devons encourager de toutes nos
forces tout ce qui a pour but de combattre l’impaludisme :
l’hygiène publique ne saurait se proposer rien de plus noble
et de plus salutaire.

46

17

Les déviations de la taille, par les D" D ubreuil pere et fils.

MM. Dubreuil ont, en orthopédie, édiûé une doctrine nou­
velle qu’ils cherchent maintenant à vulgariser. Cette doctrine
se compose de deux éléments : l’influence d’une maladie gé­
nérale, le rôle de lésions locales déterminées par cette maladie.
De ces deux éléments, l’un, malgré les efforts des auteurs, reste
toujours problématique, tandis que l’autre ne saurait plus être
sérieusement contesté. Que les déviations de la taille recon­
naissent pour cause ordinaire et presque nécessaire le rachi­
tisme, c’est une proposition que nous repoussons formelle­
ment en nous basant sur le grand nombre d'individus at­
teints de déviation qui ne présentent aucune lésion positi­
vement rachitique. Les déviations de la taille sont le résultat
commun de plusieurs processus différents, et non pas les con­
séquences forcées d’une cause toujours identique à elle-même.
Peu importent , d’ailleurs , ces vues étiologiques ; elles
n’influent guère sur le traitement. Ce qu’il est essentiel de
constater, c’est, que la lésion se concentre le plus souvent sur
uu point limité de la colonne vertébrale, et s’accompagne de

�48

S AU VET.

la rétraction do tous les tissus envirouuants. Voilà ce que
MM. Dubreuil ont parfaitement mis en lumière.
—Le traitement des déviations de la taille doit donc avoir
pour but principal d’allonger et d’assouplir les tissus rétraclés.
Cet allongement doit atteindre, sans exception, tous les
tissus rétractés, résultat qui ne peut être obtenu que par
des actions musculaires bien dirigées. Les muscles des gout­
tières, par leur position, leurs ramifications, les effets variés
qu'ils peuvent produire, doivent, dans ces tentatives théra­
peutiques, jouer le rôle principal. Voilà, en résumé, les prin­
cipales idées de MM. Dubreuil sur les déviations de la taille et
le traitement en quelque sorte physiologique qu’ils leur op­
posent. Quatre observations, accompagnées de photographies
qui montrent l’état des malades avant et après le traitement,
ont été choisies par les auteurs pour prouver, d’une manière
incontestable, l’efficacité de leur méthode.

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.
Il est des morts dont nous devons plus particulièrement
honorer la mémoire. M. le docteur Cerise, décédé à Paris l’hiver
dernier, était un des médecins les plus répandus dans le grand
monde et le plus recherché peut-être par les névropathes. Il
était membre associé de l’Académie impériale de médecine et de
plusieurs Sociétés savantes. Ses écrits sont nombreux, éparpillés
dans divers recueils ou journaux scientifiques ; il faut citer en
prèmière ligne, son Mémoire sur Vlnfluenee de l'éducation physique
et morale sur la production de la surexcitation du système nerveux et
des maladies qui sont un effet consécutif de cette surexcitation. Ce tra­
vail présenté en 1836 à l’Académie impériale de Médecine pour
le concoure du prix Civrieux, reçut d’abord une médaille d’encou­
ragement, puis revu et complété, il obtint le premier prix deux
année saprès, et enfin, revu de nouveau et plus développé, il est
devenu le livre intitulé : Des Fonctions et des maladies nerveuses

REVUE MÉDICO-PSYCIIOLOGIQUE.

iO

dans leurs rapports avec l'éducation sociale et privée, morale et
physique, publié à Paris en 1842. Il faut citer encore son Examen
critique des doctrines phrénologiques, les introductions ou notes
dont il a accompagné la nouvelle édition des œuvres de Cabanis
et de BicliatetsoniJ/a/iweI(f/*y&lt;7ît!7je et d'éducation. Tous ces travaux
sont empreints des doctrines spiritualistes de Bûchez, dont il fut
l’ami et le disciple. Toutefois, il faut nous hâter de le dire, pen­
dant que son maître s ’abandonnait aux abstractions d’une méta­
physique humanitaire qui le conduisaient, malgré lui, au rôle
politique qu’il a joué en 1848, Cerise, esprit pratique autant que
philosophe, n’étudiait les phénomènes ps}rchiques qu’à la lumière
de la plus saine physiologie et se rendait bien plus utile à la
société parles succès qu’il obtenait dans son immense clientèle.
Toujours fertile en ressources thérapeutiques, il se montrait
d’autant plus ingénieux que l’affection qu’il combattait était
opiniâtre et dans un des nombreux discours prononcés sur sa
tombe, le docteur Foissac a pu le comparer, sous ce rapport,
à Récamier et à Trousseau. Son activité scientifique était infa­
tigable; après avoir créé les Annales médico-psychologiques, avec
MM. Baillarger et Moreau (de Tours), YUnion Médicale de Paris,
avec MM. Amédée Latour et Riclielot, il n’a pas cessé de
collaborer à ces recueils, dans lesquels il a répandu ses
larges idées et tout le charme de son esprit. Il a été un des prin­
cipaux fondateurs do la Société médico-psychologique, et pour
donner plus d’expansion à ses instincts généreux, il a éga­
lement contribué à la fondation de la Société italienne de bienfai­
sance, en faveur de ses compatriotes malheureux ; c’était une
intelligence d’élite et un cœur d’or, comme l’a très-bien dit
M. Morel, et tous ont pu ajouter qu’on ne lui avait jamais connu
d’ennemis. Cerise était doué du plus charmant caractère, a dit
dans le temps un des écrivains les plus autorisés de la presse médi­
cale,c’était le plus heureux mélange de la finesse italienne et do
la verve gauloise, gai, riant, expansif, causeur aimable, sachant
s’arrêter juste au point où la causerie passe à la discussion et
faisant une diversion habile par un trait d’esprit ou par un jeu
de mots piquant. Il était très-charitable ; un seul fait peut donner
une idée de sa délicatesse et de sa générosité. Bûchez, après sa
chute, était dans la misère; Cerise lui a servi jusqu’à la mort
une pension de 1,200 fr., lui laissant croire que cette rente
provenait des produits d’une entreprise littéraire à laquelle
il setait intéressé, et encore, a-t-on dit, si cette pension

�50

SAUVBT.

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

n’était pas plus élevée, c’est que l’austère Bûchez pensait, qu’un
honnête homme devait, avec cette somme, suffire à tous ses
besoins. La perto de cet homme do bien a été vivement sentie
par tous ceux qui le connaissaient personnellement ou de répu­
tation; une foule immense lui a fait cortège jusqu’à la tombe, et
nous, ancien collaborateur des Annales qu'il a créées, nous
devions consacrer à sa mémoiro la première page de cotte revue.

mention particulière. Plusieurs discours ont été prononcés par
divers orateurs, il nous est impossible de les analyser, mais
nous nous arrêterons sur celui deM. le docteur Lunier, comme le
plus pratique et pouvant être le plus utile à nos lecteurs.

Société Médico-Psychique. Prix Àubanel. Nous nous rappelons
tous avec un pieux et bien affectueux souvenir, que notre savant et
cher Aubanel avait en mourant laissé dans ses papiers une simple
note écrite de sa main, mais ne portant ni date ni signature, note,
par conséquent , nulle au point de vue légal, par laquelle il expri­
mait le désir de consacrer une somme de 16,000 fr. dont les revenus
seraient affectés à un prix décerné par la Société Médico-psycho­
logique , à l’auteur d’un travail sur l ’aliénation mentale. La
manifestation de ce simple désir avait été pour Madame Aubanel,
dont tout le monde, a Marseille, connaît et apprécie les hautes
qualités, un motif suffisant pour qu’elle donnât à cette note
la valeur d’une disposition testamentaire légale. La Société fut
informée de son intention immédiatement après le décès de notre
collègue. M. Legrand du Saulle fut chargé, dès le début, des
nombreuses formalités à remplir. La Société est maintenant en
possession de la somme qui lui était destinée, et une fois déjà
elle a pu décerner le Prix Aubanel sur YEtude des accidents convul­
sifs dans la paralysie générale. M. Lagardelle, médecin de l’asile do
Niort, auteur du mémoire n“ 1, a obtenu le prix de 500 fr., et M.
Dupouy, interne à la maison de Charenton, a reçu un encourage­
ment de 300 fr. La Société avait mis au concours, pour l’année
dernière la question des Aliénés dangereux : un seul mémoire a
été présenté et sur le rapport très-complet de M. Dagonnet, la
Société, dans sa séance du 25 avril dernier, adoptant les conclu­
sions du rapporteur, a décidé que le prix ne serait pas décerné et
que la même question serait remise au concours de 1870. La
Société est donc en mesure désormais de distribuer régulièrement
le prix Aubanel et de répondre aux intentions bienfaisantes
des donateurs.
Discussion sur les aliénés dangereux. — Parmi les discussions
importantes qui s’agitent au sein de la Société, celle qui a eu
jieu il y a quelques mois sur les aliénés dangereux mérite une

51

C’est surtout une question de médecine légale et de polico
médicale qu’il veut traiter. Il considère en principe tous les aliénés
comme dangereux, sauf de nombreuses exceptions qu’il s’agit de
bien déterminer. Pour faciliter l’étude de son sujet, l’orateur
divise les formes de l ’aliénation mentale en trois groupes : les
formes intermittentes, rémittentes, et continues. Dans la pre­
mière, il place les variétés de la Manie et de la Lypémanie, franche­
ment intermittentes et surtout la folie à double forme. Dans ces
accès à marche presque toujours régulière, les parents sont pré­
venus par les prodromes qu’ils ont eus déjà sous les yeux et ils
peuvent prendre les précautions nécessaires pour combattre la
période d’excitation, de telle sorte que la séquestration n’est pas
nécessaire et le malade peut être soigné dans sa propre famille.
Dans le second groupe, M. Lunier comprend certaines variétés
assez fréquentes de Lypémanie et surtout de Manie, les folies qu’il a
appelées épileptiformes, les épilepsies larvées et enfin la folie épilepti­
que ; quand le retour des crises s’est montré régulier et qu’on peut
les prévoir, le malade peut être considéré comme non dangereux;
mais ces cas sont malheureusement très-rares, et le plus souvent,
la violence et la soudaineté des crises, ne permettent pas de s’oppo­
ser aux accidents qui en sont le résultat ; il faut donc en général
les considérer comme essentiellement dangereux. Dansle troisième
groupe, il faut comprendre les variétés dans lesquelles les exa­
cerbations et los rémissions ne constituent que des phénomènes
accessoires ; ces vésanies sont en général moins dangereuses
ques los formes rémittentes; il y a lieu de les diviser en deux clas­
ses : les maladies et les infirmités. — \° Les maniaques doivent pres­
que tous être considérés comme dangereux. Les hystéromaniaques le sont tout autant pour la sécurité et la morale publique et
dans un autre ordre d’idées, pour le repos des familles. Les
lypémancs sont presque tous sujets à des hallucinations qui les
dirigent dans leurs actes; de leur présence ou de leur absence, de
leur nature ou du degré d’influence qu’elles exercent sur l’indi­
vidu, provient le danger qu’il peut présenter. Le lypémaniaque
stupide et ceux qui n’offrent ni réaction ni idées de suicide sont
en quelque sorte passifs et peuvent rester dans leur famille. Les

�SAU VET.

lypémanes suicides, au contraire, sont tous et toujours dangereux;
l’auteur cite une femme X..., séquestrée depuis quinze ans, qui,
ayant eu des idées de suicide au début de sa maladie, paraissait
y avoir complètement renoncé et pour laquelle on était depuis
longtemps sans défiance lorsqu'on la trouva pendue dans un
cabinet. Les persécutés, qui concentrent leur délire lypémaniaque
sur une seule personne sont dangereux ; ceux qui au contraire
accusent vaguement tout le monde sans désignation individuelle
sont beaucoup moins à craindre; mais leur séquestration n’en est
pas moins une mesure de prudence h laquelle il est convenable
de recourir. Les monomanes hoihicides incendiaires sont extrêmement
dangereux: les kleptomanes doivent être, tout au moins, très-rigou­
reusement surveillés. Quant aux malades atteints de folie raison­
nante, de folie des actes, de folie avec conscience ; il faut examiner, en
quelque sorte, chaque cas en particulier pour déterminer le
degré de danger qu'ils peuvent présenter. Contrairement à l’opi­
nion généralement admise, M. Lunier ne considère pas les aliénés
paralytiques comme habituellement dangereux et il croit qu’il est
souvent possible de les laisser dans leur famille, surtout dans la
dernière période de leur maladie. Parmi les alcooliques, il faut
distinguer les dipsomanes etles malades atteints de folie alcoolique;
les premiers sont dangereux, car souvent le moindre excès de
boissons ou même la plus petite quantité de liquide suffisent
pour déterminer des impulsions délirantes très-dangereuses et
l’orateur n’hésite pas*à reconnaître qu’il y a lieu de les interner
pendant presque toute leur vie, quelque pénible que paraisse
l'adoption de cette mesure ; toutefois ceux d’entr’eux dont le
délire est doux et calme, ceux dont le besoin de boire n’est que
passager, qui sentent venir cette espèce de crise, qui en ont
conscience, qui, dans ce cas, se présentent eux-même d’avance à
1 asile où déjà ils ont séjourné.—Nous en avons observé deux cas
à l’asile de Bar-le-Duc en 1843 et 47 — qui cherchent au moins à
s’isoler de leur entourage pour leur éviter le spectacle de leur
dégradation ; ceux-là peuvent être laissés en liberté. M. Baillarger, dans ses cours à la Salpêtrière, citait une dame du meilleur
monde qui, chaque année, disparaissait pendant quelques semaines
et s’en allait, accompagnée d'une femme de confiance, à quelques
lieues de Paris et s’abandonnait dans quelque auberge de bas
étage aux excès alcooliques les plus grossiers. M. Lunier ne se
prononce pas sur ce qu’il convient de faire des autres alcooliques,
c’est-à-dire des malades atteints de delirium tremens ou d’alcoo-

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

53

Usine chronique, mais nous pensons qu’ils peuvent être laissés à
leur famille ; les premiers, à raison de la brièveté de leur délire
et les seconds, parce qu’ils nous ont toujours parus inoffensifs
comme les déments paralytiques avec lesquels ils offrent beaucoup
d’analogie. —2° Les infirmes forment la deuxième classe du groupe
des vésanies à forme continue indiquée par l’orateur ; elle com­
prend les crétins, les idiots, les imbéciles, les faibles d’esprit ou semiimbéciles—comme les appelait Aubanel,— les déments sénils, les dé­
ments hèmiphlègiques etc.,ces aliénés ne sont pas en général dange­
reux et ils peuvent être laissés en liberté, sauf des exceptions qu’il
faut séquestrer quant elles se manifestent, telles que les nombreux
attentats à la pudeur auxquels sont fréquemments portés les
idiots et les imbéciles des deux sexes. Qui ne sait avec quelle
facilité les femmes de cette catégorie se laissent approcher par le
premier homme venu, et combien d’enfants trouvés sont, dans les
communes rurales, le résultat de ces rapprochements fortuits.
Dans la seconde partie de son discours, l’orateur examine les
aliénés dangereux placés dans les asiles; nous ne le suivrons pas
dans les considérations élevées auxquelles elle se rattache parce
qu’ayant surtout en vue la responsabilité des médecins et direc­
teurs des asiles, elle n’intéresse pas directement nos lecteurs
pour lesquels il nous suffit d’avoir détaché la partie la plus pra­
tique de l’excellent travail de M. Lunier.
Observation de démence paralytique consécutive à une paralysie
diphthéritique.— M. Foville présente à la Société l’observation d’un
individu dont la santé avait été bonnejusqu’en 1866. A cette épo­
que , il fut atteint d’une angine couenneuse très-grave. Pendant
la convalescence,apparurent des symptômes de paralysie diphthé­
ritique très-caractérisés,mais, en outre des symptômes ordinaires,
il se manifesta de l’embarras dans l'articulation des mots avec
contraction fibrillaire des lèvres et des muscles des joues. Depuis
1867, l'intelligence se trouve atteinte d'un affaiblissement pro­
gressif et son état n’a pas cessé de s’aggraver jusqu’au moment
de son entrée à Charenton, en avril 1869, où M. Foville constate
que la démence est complète. Les antécédents de ce malade étant
connus, justement appréciés et complètement indiqués par son
frère, docteur en médecine et ancien interne de Charenton , il
paraît difficile d’attribuer à une autre cause qu’à la première des
deux affections l’invasion de la démencuct de la paralysie géné­
rale. Ce cas est des plus rares ; il se manifeste probablement pour

�55

SAU VET.

BEVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

la première fois, dit M. Foville, et les observations très-impor­
tantes d’ailleurs de MM. Lasègue, Voisin, Lunier, Baillarger et
Rousselin, qui ont pris part à la discussion, n’ont pu infirmer
cette conclusion de l’auteur.
La Société, dont nous citons les travaux, se montre toujours plus

qu’il se propose de publier. « Il existe incontestablement, dit
M. Fournet, un état mental dans lequel les malades ont la con­
science plus ou moins nette du caractère morbide de leurs con­
ceptions et de leurs actes, la répulsion morale plus ou moins
vive des idées et des impulsions qui les assaillent, unies à l’im­
puissance réelle ou prétendue de leur résister. » C’est un degré de
cet état plus étendu qu’il a étudié en 1866, sous le nom de folie
raisonnante, nom aussi contradictoire que celui de folie consciente
que lui donné M. J. Falret. Cet état mental est-il bien la folie ? et
quelle doit être à son égard la pratique médico-légale? En lui
donnant le nom de folie, M. J. Falret conclut à l’irresponsabilité
absolue et à l’internement d’office de cette classe de malades. Tout
en plaçant la cause immédiate, l’essence de la raison et aussi de
la folie dans l’être psychique, l’auteur fait une large part à l’or­
ganisme corporel, c’est-à-dire aux sens, au système nerveux et au
cerveau ; mais l’âme humaine, de son côté, est un être véritable
engendré par l’éducation, comme l’être organique par la géné­
ration ; cet être se développe le long d’une échelle qui va de l’en­
fance à la virilité morale. Cette virilité morale, c’est l’état de
pleine raison, c’est-à-dire le concours et l’unité des sensibilités
et des contractilités de l’être moral. La normale est dans la pléni­
tude de ce concours, c’est le libre arbitre , consciens et polens sui.
Mais le libre arbitre peut avorter ou se dégrader à tous les degrés
de l’échelle; c’est la longue chaîne des insanités et des folies. Cet
effacement progressif du libre arbitre aboutit à l’usurpation des
sensations sur l’autorité et le gouvernement légitime du moi ;
les degrés de cette usurpation mesurent les degrés de l’insanité.
L’aliénation entière du libre arbitre constitue seule la vraie folie
et le droit à l’irresponsabilité. La clinique mentale peut recon­
naître et apprécier toutes les nuances de cet effacement de l’être
moral, si elle s’appuie sur la vraie psychologie comme la clinique
organique sur la physiologie.

54

active et plus laborieuse. Composée de membres de l’Institut, de
professeurs des Facultés des sciences et des lettres, de médecins
aliénistes les plus distingués, elle puise dans son propre sein les
éléments des discussions les plus savantes dans l’ordre philoso­
phique et dans la pratique des sciences psychologiques. Tous ses
travaux sont publiés dans les Annales dont nous avons parlé dans
notre précédente revue et auxquelles nous allons encore recourir,
comme nous le ferons nécessairement dans chacune de nos revues
et si nous ne donnons pas chaque fois plus d’extension à l’analyse
de ses très-importants travaux, cela tient d’une part à la nature
du recueil dans lequel nous écrivons et aussi à l’analyse que
nous consacrons aux mémoires publiés dans les Annales avec la­
quelle la première ferait souvent double emploi. Toutefois,
comme Société, elle reçoit des communications particulières aux­
quelles nous devons une mention spéciale. C’est ainsi que l’af­
faire de M. du Puyparlier, aliéné séquestré à Charenton sur le
rapport de MM. Lunier et Rousselin, et dont les journaux poli­
tiques, avec leur malveillance ordinaire à l’égard des médecins
aliénistes, avaient représenté l’arrestation comme illégale, a été
portée par les deux honorables signataires devant leurs collègues
de la Société, qui, dans sa séance du 28 avril dernier et sur la pro­
position de M. Blanche, a adopté un ordre du jour motivé, par
lequel, après avoir entendu la lecture du travail de MM. Lunier
et Rousselin, elle déclare que ces deux honorables médecins ont
exactement apprécié l’état du malade et les mesures que cet état exi­
geait. Nous nous occuperons plus loin de ce remarquable mé­

moire, que nous résumerons avec les travaux dont nous allons
parler.
Annales médico-psychologiques.— Mémoires originaux. — Patho­
logie. — Clinique organo-psychiqùe, surtout psychologique, des insa­
nités \yrécursives de la folie, par le Dr J. F oürnet.
Sous ce titre, et à propos de la discussion sur la folie avec
conscience dont nous n’avons pas pu parler, l’auteur a lu devant
la Société médico-psychologique, des fragments d’un ouvrage

Les causes qui peuvent attenter à l'intégrité du libre arbitre
sont de deux ordres : 1° celles qui diminuent la force de résistance
de l’àme, telles que l’hérédité organique morbide, la mauvaise
éducation , l'inculture qui conduit à l’ignorance, à l’inanition
de l’esprit, et enfin les chagrins et les excès qui énervent l’âme ;
2° celles qui accroissent les puissances usurpatrices , comme les
exagérations de sensations, de sentiments, d’idées, de prétentions
et les passions de l’âme et du corps.

�56

SAUVET.

Il est rare que les aliénés conscients ou raisonnants se trouvent
dans les asiles; ce n’est pas là, d’ailleurs, qu'il faut les étudier,
car l’irritation contre les personnes qui les retiennent, le désir
de sortir et la dissimulation qui en est le résultat compliquent et
embarrassent l’examen du médecin ; c’est dans le monde qu’on
les rencontre le plus souvent et c’est là qu'il faut les observer .Cette
observation permet de diviser en quatre classes les faits qui se
présentent à notre examen ; 1° ceux qui résultent du milieu extérieux; 2° ceux qui proviennent de l ’être organique; 3* ceux qui
proviennent de l’âme même ; 4° ceux qui résultent à la fois de
la force des puissances extérieures qui attaquent et de la faiblesse
de la puissance morale qui résiste.— 1° Les causes de cet ordre viennentdes personnes oudeseboses; il est des individus qui exercent
sur d’autres une singulière puissance de trouble, d’intimidation
et de paralysie. La personne fascinée se sent entraînée hors d’elle
même et enchaînée à la domination de la volonté de celui qui la
regarde; le prestige de la scène dramatique, par exemple, le
spectacle de l’épilepsie, de la chorée, etc... ; mais cette influence
n’exerce son action que sur les âmes faibles, et quand le spectacle
a disparu , l’image gravée dans la mémoire peut renouveler et
perpétuer les sensations. — 2e les tentatives d’usurpation venues
de l’être organique comprennent toutes les impulsions venues de
nos organes qui à l’état physiologique ou morbide font entendre
leur voix impérieuse ; la faim ardente pousse au vol, au meurtre
et au cannibalisme. Le cannibale a conscience et souvent horreur
de ses actes ; mais l’estomac a dominé le libre arbitre quand il est
faible, celui-ci n’est pas pour cela détruit et il reparaît pour
juger et apprécier l’acte quand la faim est apaisée. Quand , au
contraire, Yêtre moral est assez fort pour dompter la sensation de
l’organe, on le voit dans toute sa suprématie, inspirer l’abné­
gation matérielle poussée jusqu’à l'héroïsme, jusqu’à préférer la
mort corporelle à son abaissement. Il faut également comprendre
dans cette catégorie ce qu’on appelle la folie consciente et raison­
nante hyppocondriaque, quand celle-ci a sa source dans la faiblesse
de l’organisme et aussi la folie raisonnante et consciente de forme
hystérique — tota mulier est quod id est propter solum uterurn — mais,
dit M. Fournet, le tota mulier n’est que la femelle, la vraie femme
a, dans son âme, un plus noble et plus légitime souverain.
Le tort des purs organiciens n’est pas de reconnaître à la folie
des causes organiques, mais de méconnaître la puissance morale

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

57

chargée de les contenir et de les neutraliser.—3° Tentatives d'usur­
pation venues de l'âme même. Elles ont lieu tantôt par exaltation,
dans laquelle il faut distinguer l ’exaltation du moi source de
toutes les manies et celle d’une idée source des monomanies ; ici
encore la folie n’est pas dans l’exaltation elle-même, mais dans
l’impuissance du libre arbitre à contenir et à régler l’exaltation ;
tantôt par idées fausses ou perverses, et M. Fournet prend pour type
de ces idées les phénomènes de la rage déterminés par Vidée seule
d’une inoculation qui n’existe pas ; il cite l’exemple d’une dame
qui crut être atteinte de la rage parce qu’elle avait manié les
colliers de deux chiens abattus deux années auparavant, dans
l’hypothèse qu’ils avaient été mordus par un chien enragé ; les
bonnes paroles de son médecin et des soins affectueux suffirent
pour ramener le calme dans l’esprit de cette dame, dont le bon
sens, depuis cette scène, qui remonte à 20 ans, ne s’est jamais
plus démenti. A cette observation de l’auteur, nous pouvons
ajouter cette autre qui nous est personnelle, publiée en 1845 dans
les Annales médico-psychologiques (IT®série, tom. 5», page 151), sous
le titre de Lypémanie simulant Yhydrophobie. Il s’agissait d’un jar­
dinier mordu par un chien que l’on croyait enragé ; pendant 50
jours, l’infortuné vécut dans les transes et dans l’attente de la
manifestation rabique; le 51° jour il fut pris de délire et des
symptômes d’hydrophobie aggravés par la terreur des parents
qui, affolés de peur, allaient consentir à le laisser étouffer entre
deux matelas, suivant l’usage existant encore à cette époque dans
les campagnes ; reconnaissant bien vite que nous avions affaire à
un fou et non pas à un enragé, nous le fîmes entrer d’urgence
dans l’asile auquel nous appartenions, et le lendemain tous les
symptômes avaient disparu. Quelle a été, dans ces deux cas, la
part du cerveau? Peut-être un peu d’excitation nerveuse consé­
cutive à l’idée fausse qui s’était emparé de l’esprit et contre la­
quelle le libre arbitre n’avait pas été assez puissant pour réagir.
Il existe aussi des insanités par des faux principes ; ici se place la
classe nombreuse des faux raisonnants, dont les conceptions, les
déductions et les actes sont parfaitement logiques et dont le
principe seul est faux ; c’est là le principal caractère de tous les
fanatismes et aussi des insanités par débilité de l'âme, par absence de
principes, c’est cet état de l’âme que l’on a décrit sous divers noms :
folie du doute, de la crainte, folie par irrésolution ; c’est un état de
débilité morale telle que l’individu est la proie incessante de la
dernière personne qui lui parle, de la derniere idée, de la der-

�68

ISNARD.

nièrc sensation qui l'assaille -, c'est l'anarchie dans la pensée et
dans l’action. — 4° L’auteur admet enfin des impossessions et des
dépossessions de l'dme venues simultanêmént de sa faiblesse et de la force
des influences qui agissent sur elle. Oc dernier chapitre n’est qu’in­
diqué, mais nous en avons assez dit sur les fragments de l’ou­
vrage de M. Fournet pour bien faire comprendre le plan de sa
classification, l’élévation de ses pensées et la fine analyse psycho­
logique qui sert de base à sa clinique mentale. Il part de l ’âme,
lui rapporte tout, et ne considère le rôle de l’organisme que
comme secondaire.
En opposition avec ces idées, il serait convenable d’analyser
aussi une lecture faite par IM. Voisin sur ses recherches d’ana­
tomie pathologique-microscopique desquelles il résulte « que
la cellule cérébrale , ou corpuscule ganglionnaire est le labora­
toire, l’officine de la pensée où les sensations viennent s’impri­
mer, où les idées s’associent, de même que la cellule spinale est
le foyer des mouvements volontaires, involontaires, reflexes, et de
la sensibilité générale. » Et le savant médecin de la Salpêtrière
explique comment certains aliénés conservent la conscience de
leur état et l’appréciation de leurs actes, suivant l’intégrité d’une
ou de plusieurs de ces cellules. Mais nous ne pouvons qu’indi­
quer ce travail aussi bien que les discours de MM. Falret, Morel,
Delasiauve, Belloc, Billot et Maury dans la brillante et longue
discussion ouverte par M. Falret et dont nous avons extrait le
travail que nous venons de résumer.
(La suite au prochain numéro.J
Dr Sauvet.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Discussion sur la vaccination animale.

Séance «lu 10 juin 1870. — Présidence de M. Villard.
Correspondance imprimée : Annales de la Société d’Agriculture,
Sciences, Arts et Commerce du Puy 1889.—Action des courants

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

69

électriques continus sur les spasmes de la vessie, de l’urèthre et
des uretères causés par des graviers rénaux, par le Dr Reliquet.—
Notice sur les Sources thermales de Loèche, par le Dr Lorétan.
— Annales la Société d'Hydrologie médicale de Paris. — Journal
de médecine de l’ouest. Février 1870.
Ordre du jour : Résultats obtenus par M. Rougier sur la vacci­
nation animale.
M. Rougier lit une note, dont voici le résumé :
Parmi les 900 revaccinations que j'ai pratiquées depuis le com­
mencement de l ’année, j ’ai pu constater les résultats sur 403
personnes, dont 241 ont eu des pustules parfaitement caractérisées
et ayant suivi une évolution très-régulière ; ce qui donne 59/66
pour cent.
J’ai seulement deux séries de vaccinations sur le personnel de
l’orphelinat des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, rue SainteVictoire, et du grand-séminaire de Montolivet.
Les vaccinations d’enfants ont toutes réussi. Sur 337 vacci­
nations, 13 ont échoué à ma connaissance. Ces échecs ont été
réparés par une seconde vaccination pratiquée huit à quinze
jours après.
A l’orphelinat, j’ai eu 88 revaccinations, 81 sur des jeunes filles
et 7 sur les sœurs. 33 ont réussi sur les premières, et 1, chez les
secondes, soit 38 pour cent.
Au Grand-Séminaire, 41 revaccinations, 19 succès; 45 pour
cent.
A l’orphelinat, trois jeunes filles non vaccinées, ont été
réfractaires à la vaccine, comme elles l ’avaient été à la variole
qui avait régné dans l’établissement. Il faut donc les retrancher
des 88; reste 85 revaccinations, ce qui porte le succès à quarante
pour cent. Cela prouve la similitude d’action de la vaccine et de
la variole; lorsqu’on est réfractaire à l’une, on l’est a l’autre. On
peut donc admettre, en général, qu’après une revaccination nulle,
on est à l’abri de la petite vérole. Mais, comme l'insuccès d’une
première revaccination peut-être attribué à l’inefficacité du vaccin
ou à l’insuffisance de la manœuvre, il est bon de recommencer
l’opération. Ainsi voit-on réussir des revaccinations qui avaient
d’abord échoué. De là, ai-je adopté la règle suivie depuis long­
temps dans l’armée allemande, et me suis-je mis à revacciner une
seconde fois les individus d’abord réfractaires à l’opération.

�60

ISNARD.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

Le vaccin de génisse que j ’emploie exclusivement, donne des
résultats, certains, quand on a le soin de le préparer et de le
recueillir convenablement. Les insuccès sont alors dus plutôt au
procédé de vaccinations qu’à la qualité du vaccin. Il faut rejeter
le vaccin conservé et lui préférer le vaccin frais. Le vaccin
humain réussit bien moins que le vaccin animal.
AI. le Président demande à M. Rougier, quel procédé il adopte
pour recueillir le vaccin ? Quel manuel opératoire il emploie?
Combien il fait de piqûres? Comment il les fait? Quel est l'âge
du veau? S’il n’y a jamais sur la vache d’éruption vaccinoïde,
comme chez l’homme ?
ilf. Rougier. — Le moment pour recueillir le vaccin n’est pas
déterminé. C’est la pustule qui me guide : le vaccinateur doit la
surveiller. On peut vacciner depuis le quatrième jusqu’au
huitième jour. Je saisis le bouton avec une pince, je le pique, le
vaccin s’écoule, et j’en charge la lancette. Je fais autant de piqûres
que je puis. En général, à cause d’exigences diverses, j’en
diminue le nombre chez les femmes et les enfants. On peut faire
usage d’une lancette a vaccination. Je préfère une petite lance
avec coulisses qui m’est spéciale. Au lieu de piqûres obliques, je
les fais perpendiculairement, de façon à ce que le liquide vaccinal,
coule plus sûrement dans la plaie. L’àge de l’animal est indifférent,
j’emploie des veaux de deux, trois, six mois, des vaches adultes,
des bœufs même. Je fais à l’animal un nombre indéterminé de
piqûres, cent par exemple. Je n’ai jamais vu de vaccinoïde. J’ai
rencontré deux veaux réfractaires à l’inoculation d’un vaccin qui,
porté sur des enfants, a très-bien réussi. Il y a donc des génisses,
comme des hommes, réfractaires à la vaccine.
AI. Sieard. — Je suis étonné d’entendre dire que le vaccin
receuilli sur verre ne réussit pas. J’ai toujours vu le contraire,
lorsqu’on avait pris certaines précautions. Il y a vingt-cinq ans,
j’ai eu la chance de rencontrer du vaccin spontané sur la vache.
Il fut recueilli avec soin, conservé pendant plusieurs années et
inoculé ensuite avec plein succès.
il/. Rougier. — Je ne prétends pas que le vaccin conservé ne
soit plus bon, je dis seulement, qu’il perd de sa vertu.
M. Roux. — M. Rougier a:tribue l ’insuccès de la vaccination,
à la faute du vaccinateur et non pas au vaccin. Mais pourquoi,
lui-même d’ailleurs si expérimenté, a-t-il tantôt des succès,
et tantôt des revers? Il dit que le vaccin conservé, n’est pas aussi

bon que le vaccin frais ; ce fait est vrai en principe, cependant,
il n’infirme pas la valeur du premier ; j’en pourrai citer des
exemples remarquables. Ainsi : M. Girard, autrefois charge du
vaccin de la Charité, avait réussi à inoculer du vaccin qu’il
avait conservé sur verre pendant vingt-sept ans. Le ministre de
la marine envoie aux colonies, pour les besoins du service, du
vaccin conservé , dont les résultats sont très-satisfaisants. Les
procédés de conservation, les soins qu’on y apporte, ont je crois
une grande importance. Selon moi, il n’est pas vrai que le vaccin
humain dégénère, et que le vaccin conservé ne soit pas bon.
Peut-être le vaccin humain transporté se conserve-t-il mieux que
le vaccin animal transporté. Il y a des recherches à faire dans ce
sens.
M. Sicard. — Le vaccin transporté est bon, s’il est frais et
recueilli en temps opportun, c’est-à-dire vers le cinquième jour,
quand il est séreux.
M. Rougier. — M. Comaille et moi avons fait des recherches
microscopiques avec le vaccin de génisse ; mon confrère voulait
vérifier les expériences de M. Chevreau, de Lyon. Pour ma part,
je voulais savoir si les données de la clinique correspondaient
aux faits révélés par le microscope ; je me proposais d’étudier les
organites, les granules, c’est-à-dire la partie essentielle du
vaccin. Dans les pustules récentes, les granules sont plus
nombreux; au huitième jour, ils le sont moins. Il y a une
inconnue à trouver. Dans les pustules, la vitalité des granules
ne paraît.pas toujours en rapport avec leur nombre.
M. Seux fils. — M. Rougier a émis des doutes sur l’efficacité du
vaccin d’adulte. En certains cas, pourtant, le vaccinifère adulte
peut donner de beaux résultats. Exemple : récemment, je vaccinai
un homme de 30 ans ; avec son éruption magnifique, je vaccinai
une dame, dont les dix belles pustules me servirent à revacciner,
avec succès, plusieurs enfants. J’ai souvent réussi avec le vaccin
animal de M. Rougier. Mais, il faut arriver au huitième ou neu­
vième jour, pour que le vaccin de génisse atteigne son développe­
ment complet. J’en conclus qu’il est plus faible.
il/. Rougier.— Ma conclusion est toute différente. La vaccine ani­
male commence à la trente-sixième heure. Jusqu’au huitième jour,
elle marche plus lentement que la pustule humaine. Son développe­
ment est complet le dixième jour. Selon moi, la lenteur plus
grande de l’évolution du vaccin animal prouve sa plus grande

64

�62

ISNARD.

efficacité. Par sa durée, la vaccine animale se rapproche plus
que la vaccine humaine de la variole qu elle remplace : donc, elle
est plus vigoureuse qu’elle.
M. Seux /ils. — M. Sicard disait que le cinquième jour est le
moment le plus favorable pour recueillir le vaccin. Cependant,
le vaccin recueilli le huitième jour, réussit habituellement trèsbien.
M. Rougiei'. — Le tube est le plus mauvais procédé de conser­
vation du vaccin. La partie active de celui-ci est contenue dans
une lymphe ; or, elle peut périr dans le tube, ou bien rester
accolée à ses parois, et, alors, on n’inocule que la lymphe ; avec le
vaccin conservé, sur verre, on inocule tout; car, à la fin, il ne
roste rien sur la plaque.
M. Sicard. — M. Seux m’a mal compris : Entre mes mains, le
vaccin a mieux réussi du cinquième au septièmo jour. De même,
le verre est, selon moi, un procédé de conservation préférable au
tube.
M. Chaspoul. — Je regarde le vacin animal comme inférieur
au vaccin jennérien. D’abord son inoculation réussit moins
souvent. Dernièrement, avec du vaccin de M, Rougier, j’ai vac­
ciné immédiatement deux individus : résultat nul. Deux jours
après, sur ces mêmes individus, j ’ai inoculé avec succès du vaccin
humain recueilli huit jours auparavant. Pour M. Rougier, la
maladresse du vaccinateur serait une cause fréquente d’insuccès.
Je n’admets pas aussi facilement un tel argument. Opération
très-simple, la vaccination peut-être pratiquée avec les chances
les plus habituelles do réussite : donc c’est plutôt l’efficacité du
vaccin qu’il faut accuser. Le vaccin animal ne se conserve pas si
bien que l’autre, Je fais, en ce moment, une expérience décisive :
je viens d’expédier aux colonies quantité de vaccin animal ; nous
en saurons plus tard la destinée.
Je félicite M. Rougier de ses nombreuses expériences et des
beaux résultats qu’il nous annonce; mais, ses conclusions me
paraissent prématurées : il faut réserver l’avenir. Je propose à
tous les médecins de suivre les clients confiés à M. Rougier, et
de s’assurer si ses vaccinés sont plus à l’abri que les nôtres,
C'est là une enquête à poursuivre. A Toulon, en divers services,
j ’ai été chargé des revaccinations : comme chirurgien-major de
l’infanterie de marine, j ’ai vacciné plus de quatre cents conscrits,
avec de très-nombreux succès. Comme chirurgien des équipages,

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

63

de ligne, j'ai obtenu d’aussi beaux résultats sur les matelots que
j’étais chargé de revacciner. Partout, les insuccès étaient l'excep­
tion. Je me servais tantôt de vaccin en tubes, tantôt de vaccin
sur verre.
M. Chapplain. — Partout on discute la valeur des deux vaccins.
En réalité, que valent-ils? Je suis frappé des chiffres de M. Rougier.
Sur quatre cent trois revaccinés, il enregistre deux cent vingtquatre succès. Je conteste un tel résultat, parce qu’il me semble
impossible à vérifier. Quand nous vaccinons ou revaccinons,
nous ne voyons plus nos vaccinés ; la plupart d’entre eux ne
retournent pas chez nous pour être contrôlés. Comment pouvezvous avoir des chiffres aussi précis,
M. Rougier. — J’ordonne à mes vaccinés de se présenter chez
moi, afin de se faire revacciner, au besoin; ils reviennent, et je
puis ainsi compter sur des chiffres exacts
M. Chapplain. — Quant au résultat définitif sur la valeur des
deux vaccins, l’expérience se fait partout, il faut attendre pour
conclure. Vous êtes assez commode sur le mode opératoire. Quand
vous vaccinez, vous faites ou ne faites pas couler le sang. Je
crois qu’il faut déposer le virus sous l’épiderme et prévenir
l’écoulement du sang. Mes vaccinations avec le vaccin humain
réussissent toujours.
M. Rougier. — M. Chaspoul dit que le vaccin animal, ne se
conserve pas et qu’il ne supporte pas le transport. Un grand
nombre de lettres que j ’ai sous les yeux attestent le contraire.
M. Seux fils. — Je suis sympathique à la vaccination animale,
mais je crois impossible à la discussion actuelle d’aboutir. Je
propose donc à la société de nommer une commission pour expé­
rimenter les deux vaccins.
M. le Président. — Je demande également la clôture de la discus •
sion. Je propose, au commencement de la prochaine campagne
vaccinale, de nommer une commission ; avec du vaccin animal
que je tiendrai constamment à sa disposition, elle sera chargée
d’entreprendre une série d’expériences, puis de nous présenter
ses travaux, afin que nous puissions comparer ses résultats
avec ceux de M. Rougier.
♦ Le Secrétaire-général,
Dr Oh , I snard (de Marseille )

�61

SEUX FILS.

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 6 juin.— M. Noël présente une note sur une nouvelle
disposition de la machine pneumatique.
M. Moura adresse pour le concours de médecine un ouvrage
sur les Angines.
M. Bertin envoie, dans le même but, son Etude critique de l’em­
bolie dans les vaisseaux veineux et artériels.
MM. Giannuzzi et Falaschi adressent une note sur la structure
intime des conduits galactopliores. D’après les auteurs ces conduits
forment des réseaux autour de cellules excrétoires, polygonales
et munies d’un contenu granuleux.
M. Joule est nommé membre correspondant dans la section de
physique en remplacement de M. Magnus.
Séance du 13 juin.— MM. Bonnafont, Galezowski, Bonjean et
Mandl adressent divers mémoires pour le concours des prix de
médecine et de chirurgie.
M.de Quatrefages présente, au nom deM. Périer, un travail sur
la circulation dans le genre Dero. Les animaux appartenant à ce
genre sont munis, à la partie postérieure du corps, de quatre
appendices que M. Périer considère comme des organes de res­
piration.
M. Rezard ( de Vouves) lit un mémoire sur l’emploi de l’éméti­
que dans la variole.
M. Feltz (de Strasbourg), adresse sur l ’inflammation un très
important travail dont voici les conclusions principales :
o Le passage des leucocytes à travers les parois des vaisseaux
n’a pu être constaté; les lacunes épithéales ou stomates, admises
par Conheim, n’ont pu être reconnues malgré des préparations
nombreuses faites avec le nitrate d’argent ; la solution employée
et favorable à ce genre de recherches est de I gramme pour 1000
grammes d’eau.
« Les essais de coloration des globules avec la poudre de cina­
bre ont été aussi négatifs que ceux tentés avec le bleu d’aniline.
Dans l’un et l’autre cas, l’auteur n’a obtenu que des circulations
de poussières, quelquefois des phénomènes emboliques par agglu­
tination des moléoeules étrangères. Par ci, par là il a vu des
grains s’arrêter sur des globules blancs, mais jamais il n’a pu

SOCIÉTÉS SAVANTES.

65

observer une pénétration quelconque. Inutile d’ajouter qu’il n'a
jamais vu ces poussières pénétrer dans les parois vasculaires ni
les traverser.
« De ses essais sur la circulation dans le péritoine, il est arrivé
à constater qu’avec la solution de nitrate d’argent sus-indiquée,
on pouvait colorer, pour quelques heures au moins, les contours
des épithéliums pavimenteux, mais il n’a pu découvrir de lacu­
nes semblables à celles décrites par Recklinghausen sur le péri­
toine du diaphragme.
« Sur des péritoines enflammés artificiellement par introduc­
tion de corps étrangers dans la cavité abdominale, il a pu
constater qu’au début, au moins, les leucocytes ne prennent pas
naissance dans l’épithélium, car on voit celui-ci encore intact
au-dessus des éléments de nouvelle formation qui entourent les
vaisseaux et infiltrent le tissu péritonéal. Le tissu épithélial ne se
modifie qu’environ six heures après-le début de l ’inflammation.
« Quant à la prolifération des leucocytes dans le sang, l ’auteur,
qui en supposait l’existence, en 1865, dans son travail sur la
Leucémie, n’a pu l ’établir, malgré des recherches nombreuses
faites depuis ce temps.
« Dans des cornées de lapin normales, il a pu constater la
présence de corpuscules fusiformes et étoilés disposés régulière­
ment entre les bandes ou faisceaux de tissu lamineux formant la
trame do l’organe. Sous ce rapport, il admet la description de
His.
« Dans des cornées enflammées, après quelques heures d’inflam­
mation, il a vu ces corpuscules se gonfler, doubler et tripler de
volume, et leurs prolongements suivre la même dilatation. Le
contenu est transparent et finement granuleux : on y voit quel­
quefois un ou plusieurs noyaux.
« Après un temps plus long, de deux à huit jours, le contenu
des corpuscules dilatés se segmente et prend des formes analo­
gues à celles que montrent les leucocytes, qui deviendront libres
ultérieurement. Toutefois, il peut arriver que ce travail soit trèspeu actif et que les corpuscules hypertrophiés subissent une
véritable dégénérescence colloïde. L’auteur n’a jamais vu, à
proprement parler, de divisions ou scissions proliférantes des
noyaux.

« D’après l’auteur, la génération des éléments nouveaux se fait
aux dépens du protoplasma ou contenu des corpuscules dont la
nutrition a été changée par ce trouble circulatoire, devenant

�60

SEUX FILS.

cause du trouble nutritif, qu'on appelle travail inflammatoire. Il
n'est pas éloigné d'admettre que le contenu des corpuscules
hypertrophiés, devenant libre par une cause ou par une autre,
peut encore prendre, des formes déterminées. »
Séance du 20 juin.— Parmi les pièces imprimées de la corres­
pondance, figure le Traité des maladies des femmes (3e édition) par
le docteur West, professeur d’accouchements à Londres, traduit
et annoté par le docteur Mauriac, médecin des hôpitaux de Paris.
M. Deboux étudianten médécine, présente une note sur un nou­
veau signe de la mort. Sur l’homme vivant l’atropine — en solution
instilléedans l'œil — produit toujours une dilatation pupillaire;
lorsque la mort est survenue l’atropine reste sans action.
M. le professsur Peyrani (de Ferrare) adresse un travail sur
les modifications produites dans la secrétion de l’urine et de
l'urée par l’excitation électrique du sympathique cervical. Ce nerf
étant intact, la secrétion augmente; elle est réduite au chiffre
moindre lorsque le sympathique est coupé.
M. Rokitauski est nommé membre correspondant dans la section
de médecine et de chirurgie, en remplacement de M. Panizza.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 31 mai. — Parmi les pièces de la correspondance
figure en rapport de M. le docteur Dauvergne père, sur les
maladies qui ont régné en 1869 dans le canton de Manosque.
M. Piorry lit un travail sur le traitement prophylactique et
curatif de la variole.
M. Le Fort lit un mémoire dans lequel il préconise un nouveau
mode de pansement des plaies. Cette méthode, appelée par l’auteur
Balnéation continue, a pour but de transformer les pièces du panse­
ment (compresses trempées dans un mélange d’eau et d’alcool) en
5me enveloppe hermétique qui empêche toute évaporation des
liquides.
M. le docteur Prat présente son appareil pour irrigations abon­
dantes d’eau tiède, simple ou médicamenteuse, dans le conduit
auditif externe.
Séance du 7 juin. — M. Bouley fait un discours sur le Vinage
des vins.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

67

L’orateur met en relief que l’addition de l ’acool aux vins, faite
suivant les règles de l ’industrie, n’est pas une pratique nuisible
aux consommateurs. T.e viage, au contraire, rend les vins meil­
leurs ; il les désacidifie, les conserve et leur permet d’être trans­
portés sans altération aucune.
M. Hérard met sous les yeux de ses collègues, une pièce
pathologique, relative à un cas d’hydatides du cœur.
Séance du 2\ juin. — Après la présentation de divers ouvrages,
M. Payen est élu membre associé libre de l’Académie.
M. Jules Béclard présente, au nom de M. Labarthe, un instru­
ment destiné à diviser d’arrière en avant les rétrécissements
urétraux.
M. Bcrgeron combat les conclusions de M. Bouley relatives au
vinage des vins. L’alcool ajouté au vin, ne s’y combinant pas
intimément avec les autres principes, peut agir par lui-même et
devenir la source de maladies nombreuses. Le vinage des vins,
autorisé et généralisé, n’a point pour effet de diminuer la consom­
mation des alcools; il la favorise au contraire, en propageant le
goût des boissons fortes.
Séance du 28 juin. — Parmi les pièces de la correspondance,
nous devons signaler une lettre de M. le vicomte de Saint-Trivier,
dans laquelle ce viticulteur distingué affirme, que le vinage fait à la
cuve avant le commencement de la fermentation, même avec des
eaux-de-vie de marc mauvais goût, donne un vin plus agréable
que lorsque le vinage est pratiqué dans le tonneau avec de l’alcool
très-pur.
Suite de la discussion sur le vinage. — M. Raynal combat les
conclusions de M. Bergeron. Il ne croit pas que le vinage soit
nuisible aux consommateurs. Cette opération facilite, au contraire,
singulièrement le transport des vins. Suivant l’orateur l’alcoo­
lisme domine surtout dans les pays où l’on ne boit pas de vin.
M. Broca ne considère point comme suffisants les faits sur
lesquels se base M. Bergeron, pour demander l’interdiction de
l’emploi des alcools de grain, de betterave et de mélasse, inter­
diction qui serait la ruine d’une foule d’industries. L’orateur
croit que le vinage ne crée pas une cause- spéciale danger pour
les consommateurs.
M. Desprès lit une observation de chancre phagédénique du

�68

SEUX FILS.
SOCIÉTÉS SAVANTES.

siège, chancre datant de quatre ans et guéri complètement en
quinze jours par un érysipèle provoqué.
M. Dupre présente un nouvel instrument pour la section des os.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.

Séance du 27 mai. — M. Gallard offre en hommage le second
fascicule du premier volume des Actee de la Société de Médecine
légale.
M. Guyotadresse une lettre sur les causesqui, suivant lui, con­
tribuent à perpétuer l’épidémie actuelle de variole. Le défaut
d’isolement, les mauvaises conditions dans lesquelles s’effectue le
transport des malades, paraissent surtout agir dans ce sens.
M. Guyot demande que ces questions soit portées devant le
Conseil de surveillance.
La Société est à peu près unanime à reconnaître que l'adminis­
tration pare de son mieux aux éventualités actuelles.
Après une discussion à laquelle prennent part MM. Vidal,
Hérard, Moutard-Martin, Paul, Blachez, Brouardel, Isambert,
Gallard, Laiiler, Moissenet et Buequoy, la Société, sur la propo­
sition de M. Chauffard, passe à l’ordre du jour.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Séance du 2b mai. — M. Blot communique un cas fort intéres­
sant de version spontanée observé par lui, au tenue de la gros­
sesse, chez une jeune femme enceinte pour la seconde fois.
L’enfant se présentant par l’épaule gauche et en position
céphalo-iliaque gauche antérieure, la tête abandonna spontané­
ment la fosse iliaque et vint se placer au dessus du pubis.
M. Tamier se demande si dans le cas cité par M. Blot, il ne
s’agissait pas d’une position oblique indéterminée, qui se serait
transformée en présentation céphalique.
M. Giraud-Teulon lit un travail sur la physiologie des mouve­
ments de l’œil. L'auteur adopte pleinement la loi de Donders,

Ci)

basée sur le rôle dos méridiens primaires dans les mouvements
parallèles ou obliques des deux yeux.
Séance du 1"juin. — M. Panas communique une observation de
tétanos traumatique survenu chez un jeune homme de 27 ans et
traité sans succès par le chloral (de 6 à 8 gram. par jour).
M. Sée présente un malade chez lequel il a pratiqué la greffe épi­
dermique sur une plaie couverte de bourgeons charnus. L’opéra­
tion à parfaitement réussi. Trois semaines après la première
greffe, un tiers de la surface totale de la plaie, était couverte
d’épiderme.
M. Cazin lit un travail sur les lipomes sous-muqueux de l’in­
testin.
Séance du 8 juin. — M. Labbé communique, au nom de M. le
docteur Notta (de Lisieux), une observation d’hématocèle paren­
chymateuse. La castration fut pratiquée ; le malade succomba à
l’infection purulente. M. Labbé présente la pièce anatomique,
relative à cette observation.
M. Verneuil croit qu’il s’agit ici d’un sarcocèle. M. Desprès, est
d’avis que la tumeur est constituée par une variété de kystes
testiculaires. MM. Demarquay, Giraldès et Larrey, sans être
aussi affirmatifs, émettent des doutes sur le diagnostic posé par
M. Notta.
M. Le Fort présente une observation recueillie par M. Laurent,
interne des hôpitaux. Il s'agit d’une plaie de l’artère poplitée(
traitée par la ligature des deux bouts du vaisseau. Le sujet
succomba à un phlegmon diffus consécutif.
M. Duplay fait un rapport sur un travail de M. Fassieux, relatif
à deux cas d’artliirite purulente. Le traitement (larges incisions
drainages, injections, etc.), amena la guérison avec aukilose de
l’articulation.
M. Demarquay communique une observation d’hépithélioma
développé dans un nœvus de la région ombilicale. La tumeur, du
volume d’un gros œuf, fut extirpée.
M. Horteloup, est nommé membre titulaire de la Société de
Chirurgie.
Dr Seux fils.

�10

BONHOMME.

CAUSERIES-

Mon silence.—Mes flours. —M. le professeur Tardieu. —M. le professeur
Seux.—M. Amédée Latour. — L'association générale des médecins.—
Les arènes de l’antique Lutèce. — M. Gliereau et les soirées travesties
de Marseille. —M. le professeur Chauffard.— La variole, la vaccine et le
congrès vaccinal. —Avis à nos confrères. — La guerre. — Le Docteur
Barrier.
Depuis sept mois, j’ai pris bien souvent la plume pour causer
avec vous, cbers lecteurs, et cliaque fois que je la voyais prête à
courir sur le papier, je la rejetais avec méfiance, au souvenir
des turpitudes et des âneries qu’on lui laisse tous les jours com­
mettre. Il me semblait que son petit bec effilé était plein de per­
fidie; qu’il allait s’emparer de mon être moral pour le subjuguer,
le révolutionner et le précipiter au milieu des insulteurs publics,
dans les bas-fonds impurs de la gent écrivassière. Aujourd’h u i,
me voici tout dispos, je me sens pénétré des plus douces émana­
tions et je vois mes fleurs s’ouvrir aux rayons bienfaisants du
soleil. Là , devant m oi, une pelouse émaillée de mille couleurs ,
des buissons de roses dans tout l’éclat de leur beauté comme la
femme préférée de Balzac, par ci par là des lys déjà brûlés, des
géraniums, des oeillets, des pelargoniums, puisl’azaléa, l’hortensia
l’héliotrope, des iris d’un beau pourpre autour du bassin, des
poissons qui y prennent leurs joyeux ébats, au dessus, les tiges
délicates du capillaire qui rampent dans les anfructuosités de la
rocaille, l’eau qui réfléteen tombant les nuances de l’arc-en-ciel ;
à droite et à gauche les boules gracieuses de l’acacia, et enfin
les superbes et blanches corolles d’un élégant magnolia :
tout autour de moi se réchauffe et s’anime, tout me plaît , me
réjouit et m’enchante, je reprends donc au milieu des fleurs et
du mielleux bourdonnement des abeilles, la causerie commencée,
au coin du feu, avant les tempêtes de cet hiver.
Je dois avant tout un souvenir à la manifestation si glorieuse
dont M. Tardieu a été l’objet à la réunion des membres de
l’Association générale. Quelle magnifique ovation pendant

CAUSERIES.

71

cette séanco de cinq ou six heures , quel éclatant triomphe
décerné à M. Tardieu par cette brillante et nombreuse réunion
do médecins, véritables représentants de la science, de la
dignité médicale et de la probité professionnelle ; oui, nous
comprenons le saisissement, l’émotion de cette âme honnête
qui avait été insensible aux outrages, mais qui peut à peine,
en ce moment, remercier ses confrères de le croire incapa­
ble d'avoir manqué à l’honneur médical. A notre tour, nous som­
mes heureux des protestations que notre cher président de la
société locale des Bouches-Ju-Rhône a fait entendre au banquet
du lendemain. M. Seux a réellement exprimé les sentiments de
tout le corps médical marseillais et là comme toujours, notre ex­
cellent ami s’est montré digne des fonctions présidentielles que
par deux fois nous lui avons confiées. Que dire aussi du discours
du savant secrétaire-général de l ’Association; comment, après tant
d’autres, louer dignement ces délicieuses pages où brillent au
même degré, la clarté dans l’exposition des faits, la justesse dans
leur appréciation, l’amour du bien, la haine de l’injustice, l’élo­
quence qui vous captive, la forme littéraire qui vous séduit. M.
A. Latour possède la fibre émotive et la fibre virile, toutes les
délicatesses du cœur, toutes les ressources de l’esprit, et avec un
tact exquis il communique à ses auditeurs le sentiment ou la
force. Les lecteurs de YUnion médicale, de l’ancienne Gazette des hôpi­
taux et de feue YExpérience connaissent toute la variété de son
talent. Encyclopédiste, vigoureux polémiste sous son véritable
nom, batifoleur émérite et charmant causeur sous celui de Jean
Raymond, de Simplice ou de tout autre pseudonyme qu’il lui
plaît d’emprunter, ses fonctions aotuelles dans l’Association
devaient le révéler sous un jour nouveau et le montrer capable de
remuer, d’agiter, d’émouvoir les masses par ses discours écrits.
Etonnez-vous, après cela, qu’un homme de cette valeur, modeste
à l’excès, indulgent pour les autres, sans rancune même contre
ceux de ses adversaires qui lui ont réellement nui, comme les au­
teurs du fameux procès qui tua YExpérience, ait été préféré par
l’Académie impériale de médecine à un savant de premier ordre,
que YUnion, fondée par lui il y a 25 ans, soit devenu le journal
de médecine le plus recherché, et enfin qu’il soit condamné aux
travaux de secrétaire général à perpétuité par l’acclamation unanime
de ses collègues de l'Association générale.
Cettcinstitution, quoi qu’on en dise, n’a jamais été plus floris­
sante. Nous ne pouvons partager les craintes ni approuver les

�BONHOMME.

CAUSERIES.

critiques dont elle est. l’objet, et auxquelles s’associait tout récem­
ment un de nos écrivains du Marseille médical. Vous n’avez pas
pour notre grande Association des entrailles de père, on le voit
bien, cher collaborateur, et votre plume s'est exercée contr’elle
avec plus de fantaisie que d’équité. Tout ce que vous dites
peut être vrai, mais il ne faut pas toujours rechercher le point
le plus faible des institutions humaines ; si vous vous évertuez
à ne faire ressortir que leurs imperfections et leurs défauts,
vous risquez fort de n'être jamais satisfait, car partout vous
rencontrerez des défauts et des imperfections. Parce qu’on
ne peut pas tout faire d’un seul coup, peut-on dire qu’on ne
fait rien? Quant au côté matériel de la question, qui paraît jus­
tement vous préoccuper, quelle est, je vous le demande, l’entreprise
commerciale, industrielle ou agricole qui donne dès le début tous
les avantages qu’elle produira plus tard ; en connaissez-vous une
seule ? Acceptons aujourd’hui ce qu’on fait pour le corps médical,
aidons, par les moyens qui sont en notre pouvoir, à l’amélioration
commune et reconnaissons les efforts généreux de ces hommes
d’abnégation et de dévouement qui s’occupent avec tant de solli­
citude de nos intérêts professionnels, car, à leur place, ni vous, ni
moi ne saurions mieux faire, et peut-être ne nous serait-il pas
permis d’arriver aux résultats qu’ils ont obtenus.

monnaies romaines d’uno authenticité incontestable, une mon­
naie gauloise, un bas relief mutilé que l’on croit représenter
Bacchus, des aiguilles en ivoire qui attachaient les cheveux du
beau sexe, des fibules en bronze, simples agrafes ou gardiennes
matérielles de la fidélité de certains esclaves des deux sexes
et qui rappellent ces jolis vers du poète latin :

72

Voulez-vous, amis lecteurs, que je vous conduise maintenant
aux arènes de la vieille Lutèce ? Nous allons prendre un excellent
guide, je vous le nommerai tout à l’heure, et vous verrez que je
ne puis pas en choisir de plus compétents. Avec lui nous ne
risquons pas de nous égarer dans des recherches inutiles.Sur
les flancs de la montagne Sainte-Geneviève, en creusant une
tranchée destinée à la construction de la rue Monge, sur des
terrains appartenant à la Compagnie des Omnibus et d'une
congrégation religieuse, on a retrouvé les arènes de la vieille
Lutèce, le plus vieux monument de Paris, antérieur aux Thermes
de Julien, analogues à celles de Nîmes et d’Arles. On mit
d’abord à nu le podium ou soubassement de la galerie elliptique,
puis les carceres ou loges des animaux féroces, puis une seconde
galerie plus intérieure, destinée à garantir les combattants, et
l’on arriva au sol même de l’arène. Dès lors on a étudié avec le
plus grand soin la nature même de ces terrains, à l’aide d’un de
ces appareils de lavage employés en Australie pour les sables
aurifères. Une foule d’objets précieux ont été mis à nu; des

73

Fibula quid præstat....
des perles, des colliers très-bien conservés, des poteries galloromaines, un chapiteau de colonne ; les ossements d’une foule
d’animaux, de bœuf, de cheval, de chien, etc.; deux phalanges
de chameau, une amphore en terre cuite et peinte d’une fraî­
cheur surprenante, et enfin des squelettes humains, au nombre
de sept. Pas de tombe ni de pierre tombale, mais des fosses irré­
gulières creusées à 0,40- de profondeur; dans la première, un
squelette d’homme colossal, à peu près entier; il mesure deux
mètres, huit centimètres ! Dans la deuxième, un squelette de
femme qui paraît avoir eu l’épine brisée; dans la troisième,
deux squelettes j-uxtaposés ; dans la quatrième, trois cadavres,
celui du milieu placé dans une position inverse à celle des deux
autres qui était la même. Ces squelettes, enfouis depuis dix-huit
cents ans environ, sont d’une conservation étonnante; la plu­
part des mâchoires sont ornées de leurs dents dont l ’émail est
intact. On n’a mis à découvert jusqu’ici que le tiers de ces.magnifiques arènes, qui, suivant les calculs des archéologues n’avaient
pas moins de 48 à 53 mètres dans leurs deux axes, et pouvaient
contenir de 14 à 15',000 spectateurs. Toutes les fouilles sont acti­
vement surveillées par des savants qui ne quittent pas les chan­
tiers. Tous les objets pouvant offrir le moindre intérêt sont im­
médiatement classés et reproduits par les procédés les plus
récents de la photographie; on prend, en un mot, les précautions
les plus complètes et les plus variées pour que rien n’échappe
aux investigations de la science, et pour rendre aussi intact
que possible aux Parisiens du XIX* siecle, ce monument de
l’antique Lutèce. M. le docteur Chereau, â l’article duquel nous
empruntons tous les détails qui précèdent, ajoute qu’une pétition
doit être présentée au Corps législatif pour obtenir le rachat des
terrains qui recouvrent ces précieux vestiges de l’antiquité ; mais
nous savons maintenant que cette pétition a été rejetée et nous
espérons que l’Administration de la ville de Paris voudra bien

�74

BONHOMME.

subvenir aux dépenses de cette œuvre grandiose de souvenir
national.
Véritable historien des médecins des siècles passés, M. Chereau connaît il fond toutes les disputes et les arrêts de nos
anciennes facultés, ceux de nos ancêtres qui leurs furent, dévoués
et ceux-là qui levèrent contre elle l’étendard de l’insubordi­
nation et de la révolte. Les archives et les registres des anciennes
paroisses de Paris n’ont plus de secrets pour lui, et par ses
éphéméride9 médicales, il nous apprend jour par jour la
naissance et la mort de ceux qui ont joui de quelque réputation,
les principaux actes de leur vie et, ce qui est plus important,
la juste valeur des ouvrages qu’ils ont laissés après eux. Il a
écrit avec impartialité la vie de Jehan Yperman, des quatre
Miron — dont l’un prévôt des marchands sous Henri IV , avait
déjà mironisé la capitale en attendant qu’elle fût haussmanisée sous
le deuxième empire—de Guy-Patin, des médecins à la convention,
et de tant d’autres célébrités ; il a détruit bien des réputations
usurpées et tiré de l’oubli des noms ignorés, dignes de passera
la postérité. Il connaît dans leurs moindres détails les costumes
que portaient nos ancêtres ; il nous décrira avec exactitude
le magnifique manteau de l’archiâtre royal , et vous dira
dans quelles circonstances les médecins se contentaient du
capuchon et de la robe à longues manches, dans quelles
solennités ils ajoutaient l’urinoir, la fiole d’urine ou le
hirculum peints dans le dos ; quant à leurs coutumes, leurs ha­
bitudes, leurs mœurs, il est à coup sûr capable d’écrire les
Chroniques de l'Œil de Bœuf médical de toutes les générations;
et si jamais il s’en avise, vous savez d’avance qu’il le fera avec
J’esprit, le sel gaulois et la science qui caractérisent les œuvres
de cet écrivain; encore une plume de première force que l’Union
médicale de Paris garde à sa disposition.
M. le docteur Chereau est de plus un bon et très-obligeant
confrère, et tout occupé qu’il est de cette vie médicale parisienne
qui tue doucettement un homme sans qu’il s’en aperçoive, il
trouve encore le temps de correspondre avec les plus humbles
praticiens de la province; c’est ainsi que le carnaval dernier, il
voulait bien éclairer de ses conseils un de nos amis sur le choix
d’un costume pour les deux soirées travesties qui ont égayé et
réjoui le société marseillaise. Cet ami, honteux du retard qu’il
a mis à vous répondre, me charge de vous dire aujourd’hui,

CAUSERIES.

75

très-honoré et savant confrère, qu’il vous remercie de votre Tare
obligeance, que les indications que vous lui avez données étaient
pleines de tact et de bon goût, qu’il n’a pas pu malheureusement
en profiter à cause d'un petit deuil de famille, qu’il conserve pré­
cieusement le joli cachet que vous lui avez envoyé, avec ses cigo­
gnes, la joyeuse fleur d’origan, son exergue et l’image radieuse du
dieu Soleil ; qu’il espère bien, à une occasion prochaine, faire
reproduire le tout en broderie, le porter fièrement au milieu de
l’épitoge traditionnelle sur l’épaule gauche, afin qu’en le voyant
ainsi affublé de son costume, on se dise comme vous le lui
avez prédit : tiens, voilà un médecin de la cour de ce bon
Louis XV. Quant à nous, qui vieux et presque podagre, prêtons
encore une oreille, la seule bonne qui nous reste, au récit des
ebaudissements de ce bas monde, nous devons ajouter que ces
fêtes de nuit ont été splendides, celles de la Préfecture surtout,
que le corps médical marseillais y était représenté par plusieurs
collaborateurs de ce recueil dont deux portaient, en véritables
marquis, l’habit à la française,et un troisième, un très-riche cos­
tume de Pallikare, trahissant ainsi le lieu de son origine. Mais
notre confrère aime surtout les bonnes vieilleries, et si sa besace
n’était pas toujours bien approvisionnée, nous essayerions d’y
jeter ces épitaphes que leur naïveté a fixées dans notre mémoire
etrecueillies en 1849 dans la sacristie de la cathédrale d’Amiens.
Passants, tous nos jours sont enfin passés
En passant priez pour les trépassés
Car pensez que si nous sommes passés
Vous passerez comme les trépassés.
Et cette autre plus burlesque :
Gy gist Mayon Fourré
Qui garda sa virginité
Tant l’hyver que l’esté
Requiescat in pace.
Ça n’est pas fameux, j ’en conviens, c’est surtout peu digne
d’un amateur aussi délicat, mais le pauvre est toujours embar­
rassé quand il veut offrir au riche.
Grande a été la joie causée dans le monde médical par la nomi­
nation de M. Chauffard (d’Avignon), à la chaire de pathologie
générale. Parisiens, provinciaux et aussi Provençaux sont una-

�76

BONHOMME.

nimes à féliciter le nouveau professeur et la Faculté de Paris de
l’excellent choix quelle a fait. M. Chauffard apporte a la Faculté
un complément qui lui manquait : les idées vitalistes y serontdorénavant très-largement représentées,et l’enseignement libre aura
un grief de moins à lui reprocher. Tout naturellement, à propos
de ce jeune et très-distingué professeur, nous engageons vivementnos confrères à essayer sur les varioleux le traitement intus
etextra par l’acide phénique qu’il préconise depuis quelque temps;
plusieurs praticiens l’ont fait avec un véritable succès.
La vaccine et le vaccin occupent et préoccupent en ce moment
nos confrères parisiens. Ils se sont réunis en congrès dans la
salle Paz, plusieurs séances ont eu lieu; on disserte, on dispute,
et même on s’y dispute longuement ; y fera-t-on quelque chose
de bon et d’utile ? Nous l’espérons, car, après l’agitation le calme
est survenu, et avec lui de véritables et intéressantes discus­
sions, purement scientifiques, qui aboutiront h des conclusions
bien pratiques et que nous serons heureux de faire connaître.
Notons, en attendant, une lettre pleine de sollicitude de M. le mi­
nistre de l’intérieur à l’Académie de médecine, au sujet des re­
vaccinations, et la réponse très-catégorique de ce Corps savant,
constatant, à l’unanimité, dans sa séance du 5 juillet, que les
revaccinations sont plus opportunes que jamais ; que la période
épidémique les rend encore plus urgentes, et qu’un grand nombre
d’établissements publics ont dû leur salut à la revaccination de
tout leur personnel.
— Avis à tous nos confrères. Ne délivrons plus de certificats sur
papier libre, M. le Dr Karadec.de Brest, vient d’être condamné
à une amende de 53 fr. 25 cent., pour avoir constaté sur une feuille
de papier non timbré l'état de maladie d’une de ses clientes, qui
ne pouvait se rendre à la Mairie pour y prononcer le conjungo.
Soyons toujours humain, mais à nos dépens, le moins possible,
car il serait bien pénible de payer une amende pour des consta­
tations qui le plus souvent ne sont pas rétribuées.
— Et voilà que la guerre est déclarée, que nous allons assister
à une effroyable boucherie entre deux nations armées jusqu’aux
dents. Notre patriotisme français est à coup sûr satisfait. Si on
fait la guerre c’est qu’on n’a pas pu l’éviter : l ’honneur national
était enjeu, mais nous, médecins, nous ne pouvons que nous en
affliger; nous pensons que les fléaux qui assiègent l’humanité
sont déjà bien assez nombreux ; que les hommes qui nous ont

NOUVELLES DIVERSES.

77

provoques sont bien coupables..,., mais toute réflexion devient
inutile : Aléa jacla est, dit César avant de franchir le Rubicon,
et voyant nos armées prêtes à franchir le Rhin, nous ne pouvons
nous qu’ajouter : Dieu protège la France !
— En attendant le lugubre récit de ces morts glorieuses dont
la guerre est toujours prodigue, nous devons annoncer celle de
M. le D' Barrier, de Lyon, créateur de la Société protectrice de
l'Enfance. C’était un véritable bienfaiteur de l’humanité ; il était
l’honneur du Corps médical français, et son nom restera parmi ,
nous comme le symbole vivant de la charité. C’est une perte
immense.
D1 Bonhomme.

NOUVELLES DIVERSES.

Dans un des derniers numéros de la Gazette Médicale, M.de Ranse,
après avoir pris acte, par quelques lignes bienveillantes, de l’adhé­
sion du Marseille Médical à son projet de congrès médical, repro­
duit notre dernier article à ce sujet, et le fait suivre des réflexions
suivantes :
«Nous répondrons au Marseille Médical, comme nous avons déjà
répondu à l’Opinion Médieale, qu’il ne faut pas chercher un second
M. de Caumont : on ne le trouverait probablement pas. Mais ce
qu’il est plus facile de rencontrer, c’est un petit groupe de con­
frères qui, imbus des idées approuvées par le Marseille Médical
et dévoués aux intérêts de la profession, voudrait prendre la gé­
néreuse initiative de réaliser le projet dont il s’agit. Pourquoi,
par exemple, la première session du congrès n’aurait-elle pas lieu
dans l’ancienne ville des Phocéens? C’est Rouen qui a inauguré,
en 1863, les congrès médicaux, malheureusement interrompus.
C’est de Bordeaux qu’est partie la première idée de l’association
générale et des congrès internationaux. Marseille devrait, à son
tour, inaugurer les nouvelles assises médicales. Nous soumettons
ce point à l’appréciation de nos confrères du Marseille Médical.»
On ne pouvait nous adresser une invitation plus courtoise et
plus flatteuse à la fois. La rédaction du Marseille Médical est,

�VILLENEUVE FILS.

NOUVELLES DIVERSES.

comme le ditM. de Ranse, dévouée tout entière aux intérêts de la
profession, et puisqu'on la croît capable de réaliser, par son ini­
tiative, quelque bien pour les intérêts généraux, elle accepte sans
hésiter cette mission, qui n'ira pas sans quelques peines, mais
dont, elle espère aussi recueillir quelque honneur.
Malheureusement, la crise guerrière que nous traversons est loin
d'être propice à ces pacifiques travaux. Nos confrères compren­
dront sans peine que nous remettions cette question à d’autres
temps. Quand les esprits .seront plus calmes et les temps rede­
venus sereins, nous adresserons un appel h nos confrères, en les
invitant à s’unir à nous pour mener à bon port une entreprise,
dont le succès intéresse le corps médical tout entier.
— Au moment où nos soldats entrent en campagne et vont
combattre pour les destinées de la Patrie, le moment serait plus
qu’inopportun pour les tristes souvenirs et les stériles récrimi­
nations. Il nous est pourtant impossible, et cela seulement dans
un but d’humanité, de ne pas rappeler à ceux de nos lecteurs qui
les ont lus, les statistiques du Dr Chenu, et l’article si éloquent
de M. Laboulaye, dans la Revue des Deux-Mondes. Ils y trouveront
la preuve des immenses besoins des ambulances de guerre, et de
la nécessité de l’intervention d’une fraternité patriotique. L'/lssociation internationale de secours aux blessés de terre et de mer vient
d’adresser un éloquent appel à tous ses correspondants. Les mé­
decins Provençaux, centres naturels de toutes les Associations
locales qui pourraient se former dans notre région, dans le but de
fournir tous les secours possibles à nos blessés, trouveront dans
le Marseille Médical un intermédiaire empressé pour leurs envois;
trop heureux, si notre voix peut trouver un généreux écho, et si
dans notre humble sphère, nous pouvons contribuer à panser
quelques plaies et à amoindrir quelques douleurs.

NOUVELLES DE L’ENSEIGNEMENT LIBRE. — Miss Elisa­
beth Garrot vient de passer sa thèse de docteur à l’Ecole de mé­
decine de Paris. Il y a quelques années , M"8 Patnum avait de­
mandé l ’autorisation de se présenter devant le même jury, et les
professeurs de l’Ecole ne crurent pas devoir la lui accorder. Mais
le Ministre de l'instruction publique, consulté, ordonna de passer
outre, et M"0 Patnum, comme aujourd'hui M“* Garret, revêtit la
robe doctorale.
Nous apprenons du reste, par la Gazette Médicale, qu’il est ac­
tuellement question de fonder une Ecole médicale libre pour les
femmes.
MM. Duruy, Nélaton, Husson et Milne Edwards en ont soumis
le projet à l’Impératrice.
En Suède, un décret royal vient d’ouvrir aux femmes la car­
rière médicale, et des cours spéciaux pour elles vont être créés à
l’institut Carolin.
A Vienne, les professeurs de l’Université ont décidé que les
femmes seraient admises à suivre les cours de médecine, et à
suivre les visites des hôpitaux.
Le mouvement, on le voit, se généralise de plus en plus, et ne
paraît pas près de finir.

78

NECROLOGIE. — Nous avons le regret d’annoncer la mort de
M. le Dr Barrier, ancien chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de
Lyon, auteur d’un traité estimé sur les maladies des enfants, et
président-fondateur de la Société protectrice de VEnfance.
Le professeur James Syme est mort également à Edimbourg, le
2o juin dernier, suivant ainsi de très près son illustre collègue à
la même Université, Simpson. — Syme avait déjà donné sa dé­
mission, et avait été remplacé par M. Lister (de Glascow). Quant
à la chaire de Simpson, elle vient d’ètre donnée à son neveu, le
D' Alexandre Simpson.

70

— Au moment où nous mettons sous presse , nous avons la
douleur d’apprendre la mort imprévue d’un de nos collabora­
teurs-fondateurs, M. le Dr Gouzian.
D' L. V illeneuve Fils.
A. F abre.

�MARSEILLE MÉDICAL
RIR0ÏETRI

TEMPERATURE

&lt;
a rEdoil à nto minima.
1 7 5 2 ,3 0
2

5 2 ,7 3

1 5 ,6
1 1 ,5

PLUIE

VENTS

ÉTAT

maxima.

m/m.

inférieurs à midi.

du ciel à midi.

2 5 ,6

1 ,0 0

2 7 ,5

N ^

O

assez fo rt.

O

assez fo rt.

3

5 5 ,5 7

1 0 ,6

2 8 ,3

S O

b o o o eb ris.

4

5 6 ,9 3

1 2 ,6

2 9 ,1

S O

trè s -fa ib le

5

5 5 .2 3

1 4 ,5

2 4 ,9

S O

fo rt.

Nuagoux.
qq. nuages.
Beau.
qq. nuages.
Couvert.
Pluvieux.
Pluvieux.

Étal hjgiomit. S mil
Th. sec.

Tk.aràUt

2 » ,9

17,3

2 5 ,9

17,1

2 5 ,9

19,8

2 7 ,6

18,0

2 3 ,5

1 8 ,t

1 3 ,5

12,7

1 6 ,8

14,0

( a n c ie n n e U n io n M éd ica le de la P r o v e n c e )

7mc Année. — N ° 8 , - 2 0 Août 1870.

DE LA VALEUR RELATIVE DES AMPUTATIONS

C

5 5 ,2 2

1 1 ,5

17,1

5 ,0 0

N E

faib le.

7

5 4 ,2 8

1 2 ,5

1 8 ,7

2 ,0 0

S O

faib le.

8

5 5 ,7 3

S O

assez forl. 6 e a n ,b o riz .n a a g .

2 0 ,9

1o,o

Couvert.
Couvert.
Beau.
Beau,
Beau.
qq. nuages.
Bruineux.
qq. nuages.
qq. nuages.
qq. nuages.
Beau.
Couvert.
Beau.
Beau.
Beau.
Couvert.
qq. nuages.
qq. nuages.
Beau.
Beau.
Beau.
Nuageux.

2 3 ,3

18,0

2 0 ,9

17,6

MÉMOIRE PRÉSENTÉ A LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

2 4 ,0

14,9

POUR LE CONCOURS DU PRIX LADORIE

2 6 ,0

19,5

2 2 ,5

49,1

2 2 ,3

9

5 1 ,9 0

12,1

2 5 ,1

3 ,0 0

I0

5 0 ,1 6

1 4 ,6

2 5 ,0

0 ,4 0

S O assez fo rt.
N N O

fa ib le .

II

5 6 ,0 8

1 6 ,5

2 6 ,7

N O

assez fo rl.

12

6 0 ,4 8

12,1

2 7 ,1

O

bonne b ris .

13

6 0 ,2 4

1 3 ,6

2 4 ,9

S O

b o n o eb ris.

I4

5 9 ,9 3

13,1

2 4 ,1

S O

bonne b ris.

lo

6 0 ,3 8

1 5 ,5

2 4 ,3

S O

p etite b ris .

16

5 9 ,4 7

1 4 ,6

2 7 ,5

S O Irè s-fa ib le

I7

5 9 ,1 7

1 4 ,0

2 8 ,1

I8

5 7 ,8 8

1 7 ,1

29, G

19

5 8 ,5 1

1 7 ,9

3 0 ,7

S O

bonne b ris.

O S O bonne b ris.
S O p etite b ris.

20

5 9 ,5 6

18 ,5

2 9 ,0

21

5 7 ,7 2

1 8 ,6

2 8 ,6

O petite b ris.

3 0 ,8

S O bonne b ris.

22

5 5 ,0 5

1 6 ,9

O S O

S

p etite b ris.

faible.

23

5 5 ,3 8

18,1

3 0 ,1

24

5 4 ,2 6

1 8 ,6

3 0 ,2

NO

Ire s-fo rt.

N O

fo rl.

S S E

bonne b ris.

23

54,4 0

21,1

2 7 ,7

26

5 6 ,9 9

1 5 ,6

2 7 ,5

27

5 5 ,3 5

1 4 ,1

2 7 ,4

O S O

assez fo rl.

28

5 3 ,1 6

lo , 1

2 8 ,7

O S O

forte b rise.

29

5 2 ,7 1

16,1

2 9 ,1

O S O

forte b rise.

30 7 5 4 ,9 4

17,1

2 6 ,4

0 ,0 5

S O forte b rise.

2 2 ,7

19,6

2 2 ,5

19,6

2 3 ,7

17,3

2 5 ,7

21,1

2 7 ,7

19,3

2 9 ,7

2 1,2

2 7 ,3

21,6

2 7 ,2

22,1

2 9 ,5

2 2 ,9

2 8 ,9

2 2 ,2

2 8 ,9

2 2 ,4

2 5 ,7

17,1

2 5 ,3

13,6

2 5 ,3

18,2

2 7 ,9

2 1 ,5

2 8 ,1

17,6

2 4 ,1

15,6

___ _
OBSERVATIONS ACCIDENTELLES.
Les observateurs n'étant pas d ’accord su r ce
qu’on doit entendre par état liydrom élrique, nous
Petite averse dans la nuit du 20 au 30, mêlfr
donnons ici les résultats donnés par le therm om ètre
sec e t m ouillé, au moyen desquels, on pourra d'un peu de grêle.
déduire tous les renseignem ents relatifs à l’hygrom élricité.

SO U S-A ST R A G A L IE N N E , T IB IO -T A R S IE N N E E T SU S-M A LLÉO LAIRE.

P a r M. C O S T E ,

Professeur de clinique chirurgicale à l'Ecole de Médecine de M arseille el directeur de l’Ecole.

Un vieil adage chirurgical, qui sera toujours vrai, est
celui-ci : le danger d’une amputation est eu rapport avec la
masse des parties qu’emporte le couteau; d’où l’antique pré­
cepte d’opérer le plus loin possible de la racine du membre,
c’est-à-dire du centre circulatoire, du foyer de la vie.
Cet adage, fondé sur l’expérience, je veux le rappeler dès
maintenant, parce qu’il se rattache très-directement à l’objet
de ma dissertation.
Pour procéder avec ordre j ’examinerai, sous la forme la
plus brève, les trois modes opératoires de l’amputation infé­
rieure de la jambe, au point de vue de l’historique, de l’anato­
mie et du manuel. Puis, après cette étude sommaire, pourra
venir logiquement, je pense, l’appréciation critique des avan­
tages et des inconvénients respectifs de chaque opération.
Telle est la marche que je crois devoir suivre.
Toutefois, avant d’aborder la question même qui est mise
au concours, il me semble opportun, sans sortir du cadre où
6

�82

COSTE.

je dois enfermer ma discussion, de dire un mot, bien rapide,
bien abrégé, de l’amputation supérieure de la jambe.
Ces quelques lignes, placées au début de mon travail, en
seront comme la préface. Elles se relieront tout naturellement
à l’argumentation qui embrassera le sujet que j ’ai à traiter;
elles justifieront enfin la préférence à accorder, dans tous les
cas possibles, à l’une des trois amputations inférieures de la
jambe sur la supérieure.
L’amputation de la jambe au voisinage du genou ne m’oc­
cupera doue qu’un instant.
Soit qu’on la pratique au lieu d’élection, c’est-à-dire à
l’union des trois quarts inférieurs avec le quart supérieur
de la jambe; soit que la scie doive, très-exceptionnellement
et par une impérieuse nécessité, passer sur les tubérosités du
tibia, je veux et ne dois envisager cette opération que sous un
seul de ses aspects : son extrême gravité, comparativement à
celle que peut offrir l’amputation faite au bas de la jambe.
Ce point ne saurait être contesté; il est admis par tous.
Quelle que soit la méthode adoptée, la méthode circulaire ou
la méthode à lambeaux, il y a dans le moignon une énorme
plaie osseuse. Là est le principal danger; sans compter la
faible portion que donne le péroné, le tibia, coupé vers la
base du long cône qu’il représente, est ouvert sur une bien
large surface. On sait le rôle considérable que joue la phlébite
dans les accidents pyoëmiques qui peuvent suivre une ampu­
tation de membre. Cette inflammation, si terrible dans ses
conséquences, atteint les veines osseuses comme celles des
parties molles; or la disposition aréolaire et en quelque sorte
érectile des veines des os augmente énormément la surface du
tissu veineux divisé dans le moignon. Cela permet d’expliquer
théoriquement, et de la manière la plus plausible, un fait
bien constaté par la clinique : la plus grande fréquence de la
phlébite et, partant, de l'infection purulente, après une am­
putation dans la continuité qu’après une désarticulation.
On comprend bien, dès lors, que l’amputation supérieure
de la jambe, avec cette vaste brèche faite au tissu veineux,

AMPUTATIONS DU PIED.

83

expose beaucoup l’opéré, dans un hôpital surtout, à 1 invasion
de la phlébite et, conséquemment, à des chances funestes.
Cela étant, je n ’hésite pas à dire, avec la plus ferme convic­
tion, que le chirurgien manquerait gravement à son devoir et
méconnaîtrait les règles d’une saine pratique, si, pouvant
amputer la jambe à la partie inférieure du membre, il pré­
férait systématiquement le faire en haut, au lieu dit d’élection.
En parlant ainsi, jesuis irrésistiblement amené à cette pro­
position, que je veux seulement émettre, et sans la dévelop­
per en ce moment : il faut, toutes les fois qu’on le peut,
amputer la jambe à sa partie inférieure. L’amputation près
des tubérosités tibiales doit être l’exception; exception seule­
ment applicable aux cas dans lesquels l’étendue de la lésion,
traumatique ou organique, rend impossible l’opération sur les
limites des malléoles.

1°

AMPUTATION SOU S-ASTR AG ALIE NNE.

Historique : Cette opération a pour but de conserver les
chevilles et l’astragale.
La première idée de l’amputation du pied tout près de son
union avec la jambe, entre l’astragale, le scaphoïde et le cal­
canéum, date de 1839. Elle appartient, d’après Velpeau, à
de Lignerolle, qui avait indiqué la possibilité de cette opé­
ration, mais ne l’avait jamais faite sur l’homme.
L’amputation sous-astragalienne n’était donc encore qu’à
l’état spéculatif; elle devint un commencement de réalité deux
années pins tard, en 1841. Le professeur Textor de Wurtzbourg, la pratiqua par un procédé resté inconnu, dont nulle
description n ’a été donnée, et qui n’a dù être qu’un simple
secours prêté à la nature ; car, selon la relation, d’ailleurs
très-incomplète du fait, l’opération fut nécessitée par une
gangrène du pied.
C’est en 1845 seulement que, par l'impulsion de Malgaigne,

�COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

l'amputation sous l'astragale a pris rang dans la science h titre
d’opération classique (1).
Aussi l’appelle-t-on généralement aujourd’hui : Vamputa­
tion de Malgaiyne.
Ce chirurgien l’a faite trois fois, en 1845, 1848, 1857 ; Baudens en 1848 , avec cette particularité, qu’il dut réséquer la
tête de l’astragale, probablement entamée par la carie ; puis
M. Maisonneuve en 1849; MM. Nélaton et Verneuil en 1852;
M. Adolphe Richard en 1854 ; M. Dolbeau en 185G.
Elle a été aussi pratiquée plusieurs fois à l’étranger, de
1853 à 1855, notamment par MM. Simon et Traill en Ecosse.
Il est à remarquer que ces opérations, au nombre de quinze
à seize environ, dans une période de seize ans, pratiquées,
pour la plupart, dans des hôpitaux, avaient toutes réussi.

Je n’ai point à m’occuper ici des liens fibreux périphéri­
ques qui fixent dans leurs rapports naturels l’astragale, le
calcanéum et le scaphoïde. Un seul ligament, à cause de l’im­
portance de son rôle, mérite d’être rappelé ; c’est l’interosseux, solide trait d’union du calcanéum et de l ’astragale.
Composé de fibres verticales et obliques, courtes et serrées,
il est enveloppé d une atmosphère adipeuse qui comble les
creux environnants.
Ce ligament est vraiment la clef de la jointure astragalocalcanéenne. Il faut, pour l’atteindre plus aisément, suivant
le Conseil de M. Verneuil, après le tracé et la dissection des
lambeaux, l’attaquer par le côté externe de l’article. L’instru­
ment, qui doit toujours être un petit couteau d’amputation à
lame étroite et forte, pénètre d’abord par sa pointe dans l’ar­
ticulation antérieure du calcanéum, située en ligne perpen­
diculaire à 18 ou 20 millimètres au-dessous de l’extrémité de
la malléole tibiale; il passe ensuite entre la tête de l’astra­
gale et le scaphoïde. On facilite cette manœuvre en déjetant
vers le bord interne du pied le premier de ces os et en incli­
nant fortement en bas le métatarse. Aussitôt les premières
fibres divisées, les surfaces articulaires s'écartent, et la mar­
che du couteau est de plus en plus facile ; elles s’abandonnent
dès que le ligament est entièrement coupé, et le calcanéum se
renverse en arrière ; l’opération est terminée.
Les articulations tarsiennes sont lubréfiées par des syno­
viales dont la disposition est assez variable. Les injections et
les insufflations pratiquées sur le cadavre démontrent que des
bourses séreuses, ordinairement isolées, communiquent par­
fois avec leurs voisines. Ainsi l’union de l’astragale avec le
calcanéum offre deux synoviales, puisqu’elle se fait par deux
surfaces articulaires, entre lesquelles est le ligament inter­
osseux. L’antérieure de ces synoviales est commune, le plus
souvent, à celle de l’articulation astragalo-scaphoïdienne ; la
postérieure, presque toujours absolument indépendante, peut
pourtant communiquer avec la séreuse tibio- tarsienne, ainsi
qu’il résulte d’une pièce de M. le professeur Kœherlé, déposée
au musée de la Faculté de Strasbourg (1).

84

Anatomie : Je crois devoir, pour l ’amputation sous-astragaliènne, comme pour les deux autresque j ’ai à examiner, être
sobre de détails anatomiques; je toucherai seulement aux
points principaux et directement afférents à la manœuvre opé­
ratoire, qu’ils doivent guider.
L’astragale, le plus supérieur des os du tarse, repose, par
un plan assez incliné, sur le calcanéum, et sa tête qui, est an­
térieure, glisse sur la concavité articulaire du scaphoïde.
Cette tête correspond assez exactement au milieu de l’es­
pace compris entre le talon et la racine du gros orteil.
Les articulations qui joignent l’astragale au calcanéum, et
dont la postérieure est beaucoup plus large que l’antérieure,
sont séparées par un sillon profond dans lequel s’implante un
fort trousseau de libres interosseuses.
Cette double articulation des deux premiers os du tarse su­
perposés est,4en avant et en dedans, une arthrodie à facettes à
peu près planes, en arrière et en dehors, une espèce d’emboltementde deux surfaces, dont Tune. supérieure, est concave,
et l’autre, inférieure, convexe.
(1) Robert. Thèse de concours, Paris 1850.
Vaquez. Thèse pour le doctorat en chirurgie, Paris 1859.

(1) Émilo Raeis. Thèse de doctorat, Strasbourg 1863.

8.‘5

�86

COSTE.

C'est une anomalie d’une extrême rareté.
De nombreuses gaines tendineuses entourent la région où
devra passer le couteau dans l’amputation sous-astragalienne.
On voit en avant, et de dedans en dehors, celles du jambier
antérieur, de l’extenseur propre du premier orteil et de l’ex­
tenseur commun des orteils, laquelle reçoit aussi le tendon
du péronier antérieur; il n’y a donc que trois gaines pour
quatre muscles.
En dedans, sur la voûte du calcanéum, transformée en
gouttière par le ligament annulaire interne, sont les trois
gaines des tendons du jambier postérieur, du long fléchis­
seur commun des orteils et du long fléchisseur propre du gros
orteil. Voici la position respective de ces trois tendons : le
premier derrière la malléole tibiale, en avant et en dehors du
second; celui-ci parallèle au troisième , qui est le plus posté­
rieur.
Il n’y a en dehors que les tendons des deux péroniers laté­
raux, qui, encore unis, glissent dans leur gaine commune sur
la gouttière de la face externe du calcanéum.
Dans cette rapide esquisse anatomique de la région qui
m’occupe, les vaisseaux sanguins et les nerfs ambiants méri­
tent une mention spéciale.
L’artère tibiale antérieure, au milieu des deux veines qui
la suivent, et le nerf tibial antérieur descendent quelquefois
dans la gaine de l'extenseur propre du premier orteil, plus
souvent dans une gaine particulière, entre celles des deux
extenseurs. L'artère qui lui fait suite sous le ligament dorsal
du tarse, la pédieuse, toujours avec les deux veines ses com­
pagnes, et la continuation du nerf tibial antérieur s’avance,
maintenue sur les os par une lame aponévrotique, contre le
bord externe du tendon de l’extenseur du gros orteil et, avant
sa bifurcation à l’entrée du premier espace métatarsien, donne
des rameaux internes et externes destinés à la nutrition des
muscles et de la peau du dos du pied.
Le tronc de la tibiale postérieure vient, par ses deux bran­
ches terminales, les plantaires interne et externe, nourrir
toute la plante du pied. Sa conservation importe donc au plus

AMPUTATIONS DU PIED.

87

haut point au maintien de la vie dans les chairs qui doivent
former le moignon après l’amputation sous-astragalienne.
Aussi l’instrument devra-t-il l’éviter avec le plus grand soin
en se rapprochant des os. Il faut, pour cela, que l’opérateur
ait bien présents à l’esprit la situation exacte du vaisseau et
ses rapports avec les organes voisins.
Dans la gouttière calcanéenne, au moment de sa division
finale, la tibiale postérieure, contenue dans sa gaine propre
avec ses veines et son nerf satellites, passe entre les gaines
des tendons du long fléchisseur commun des orteils et du longfléchisseur propre du premier orteil. Elle est assez superfi­
ciellement placée, car il n’y a sur elle que la peau et le liga­
ment annulaire interne du tarse.
Je dirai seulement de la péronière que la distribution des
deux branches qui la terminent, à la hauteur de la malléole
externe, ne concourt que très faiblement à l’alimentation des
parties molles du pied.
Quant aux lymphatiques, la mention de ces vaisseaux ne
saurait être ici d’aucun intérêt. Seulement leur présence peut
donner lieu, après l’opération, à quelques traînées inflamma­
toires.
La peau dorsale du pied est fine et doublée, généralement
chez l’homme, d’une couche mince de tissu cellulo-adipeux.
Cette doublure a beaucoup plus d’épaisseur dans le pied de la
femme et du jeune enfant.
La peau plantaire, infiniment plus dense, est surtout épaisse
et pourvue d'un épiderme résistant vers les points qui doivent
le plus appuyer sur le sol : au talon, au coté externe et au
niveau des tètes métatarsiennes. La portion revêtant l’excava­
tion de la plante du pied est, comparativement, d’une finesse
qui s’explique fort bien par ce fait, que, dans un pied bien
conformé, cette partie est comme suspendue et. ne touche que
la chaussure: elle ne supporte donc aucune pression.
Partout le tégument plantaire adhère au pannicule grais­
seux, dont l’épaisseur et l’élasticité sont parfaitement appro­
priées au rôle que doit remplir le pied dans la station et la
progression.

�COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

Manuel opératoire : Il est entièrement superflu, ai-je besoin
de le dire, que je décrive les divers procédés applicables à
l’amputation sous-astragalieuue. Ces détails descriptifs seraient
très-accessoires dans la question dont la solution est ici posée.
Je ne ferai donc qu’indiquer ces procédés et discuter un mo­
ment leur valeur respective.
Je vais parler dans l’hypothèse que l’opérateur n’est point
l’esclave d’un procédé que lui impose la nécessité, mais que
l’état des chairs le laisse tout~à-fait libre de choisir celui qu’il
préfère.
Le créateur du projet d'amputation sous-astragalienne,
De Lignerolle, proposait deux lambeaux latéraux d’égale
dimension : projet souverainement défecteux et qu’une impé­
rieuse obligation pourrait, seule, faire accepter, car il place
la cicatrice sur le milieu du plan de sustentation.
Il n’est pas question de lambeaux dans la première opération
de Textor. Or, comme il s’agissait d’un sphacèle, on peut bien
supposer que le chirurgien ue fit, en les détachant avec son
couteau, que hâter l’élimination des parties osseuses.
On sait que les anciens, par frayeur de l’hémorrhagie et par
ignorance de l’hémostase, n’amputaient que pour la gangrène.
Quand la mortification s’arrêtait à une articulation, ils sépa­
raient les parties sphacélées des parties vivantes; lâ se bornait
l’intervention de l’art. Ce n’était, point, à proprement parler,
une amputation chirurgicale, mais seulement une amputation
naturelle.
La première amputation sous-astragalienne de Textor fut,
très-vraisemblablement, une opération de ce genre.
Lorsqu’il pratiqua pour la première fois l’amputation sousastragalienne, dans lps pdus mauvaises conditions d’état local
et de santé générale, Malgaigne fit, malgré lui, un lambeau
dorsal. Ce lambeau fut à peu près entièrement détruit par la
gangrène, ce qui n’empêcha pas la guérison. La nature répara
cette perte et, après trois mois, une cicatrice se forma de toutes
pièces; finalement, la malade, opérée à l’hôpital Saint-Louis,
put assez bien se servir de son membre.
Dans ses deux autres amputations, à quelques années d’in­

tervalle, Malgaigne employa son procédé à lambeau latéral
interne et un peu inférieur. Les deux malades, aussi des
femmes, opérées encore à Saint-Louis, guérirent; mais, à
cause de leur constitution strumeuse, la cicatrisation s’accom­
plit lentement. La déambulation, d’abord pénible, devint plus
tard satisfaisante.
M. Maisonneuve fit, en 1849, une désarticulation astragalocalcanéenne en taillant un lambeau dorsal, le bord externe du
pied et les parties voisines du tendon d’Achille étant criblés
de fistules indurées. La malade était une jeune fille d’un
lymphatisme excessif et atteinte de carie des os du pied.
L’artère pédieuse fut soigneusement ménagée dans l’épais­
seur du lambeau ; l’opérée guérit promptement. La tête de
l’astragale formait à la partie centrale et antérieure du moi­
gnon une saillie marquée, sur laquelle la pression était un
peu douleureuse. La station et la marche furent pourtant
assez faciles au moyen d’une bottine ; mais le pied était un
peu péniblement soulevé de terre et ne s’avançait que par un
mouvement de glissement.
Lisfranc, qui n’a jamais fait l’amputation sous-astragalienne,
avait eu le tort, dans son Traité de médecine opératoire, en
1846, de proposer classiquement un seul lambeau dorsal.
On comprend bien que la confection d’un tel lambeau ne
pourra jamais être qu’un procédé d’exception; le chirurgien
ne devra prendre sur le dos du pied les chairs réparatrices que
s’il ne peut eu trouver ailleurs. C’est une règle qui me semble
devoir être posée comme élémentaire.
En effet, le lambeau dorsal, lors môme qu’on le fait le plus
long possible, est, à la fois, trop court et trop large ; c’est un
double inconvénient. Trop court, on ne peut l’amener au
contact des chairs postérieures qu’en le tiraillant et en lui
faisant subir sur l’astragale une inflexion exagérée, très-com­
promettante pour sa vitalité, dont les chances sont déjà fort
amoindries par l’insuffisance de sa vascularité. Trop large, le
lambeau dorsal se plisse et s’adapte mal aux parties sousjacentes; il faudrait en retrancher une portion. Pour remédier
au premier inconvénient, le défaut de longueur, on pourrait

88

89

�COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

bien réséquer la tête de l’astragale ; mais alors on aurait une
plaie osseuse, et le malade perdrait tout le bénéfice d’une
amputation dans la contiguïté.
Baudens faisait un lambeau externe et réséquait la tête de
l’astragale.
Ce ne peut être encore qu’un procédé de nécessité, attendu
que ce lambeau, imparfaitement nourri par quelques ramusculesde la péronière, est, comme le lambeau dorsal, menacé
de mortification.
M. Nélaton a, le premier, appliqué à la désarticulation sousastragalienne le procédé à lambeau latéral interne, plantaire
et talonnier de M. Jules Roux, de Toulon, pour l’amputation
tibio-tarsienne, et il divisait transversalement la plante du
pied.
M. Verneuil a fait comme M. Nélaton, avec cette unique
différence, que son incision plantaire était oblique au lieu
d’être transversale.
Le résultat ne différait pas notablement.
Cette idée de M. Nélaton était excellente ; il est très-sùr
qu’on ne saurait mieux faire, si l’état des chairs permet
d’augmenter un peu les dimensions du petit lambeau dorsal
et du grand lambeau plantaire. La vitalité de ces parties est
assurée par le soin que l'on doit avoir de conserver, en rasant
les os, la pédieuse et la tibiale postérieure.

Cela devait être puisque l’arrêt tombait de si haut. Ce fut
une injustice qui dura de longues années. Le jour de la répa­
ration est venu pour cette opération quand elle a été mieux
étudiée et, conséquemment, plus judicieusement appréciée.
Dès le commencement de notre siècle, Velpeau et Lisfranc
firent quelques tentatives de réaction en faveur de l’amputa­
tion tibio-tarsienne, jusque là blâmée ou dédaignée. Ces deux
illustres maîtres, qui n’étaient alors qu’à l’aurore de leur
renommée, regrettèrent l’oubli dans lequel on avait laissé la
désarticulation du pied ; mais ils n’allèrent pas plus loin.
A Baudens revient véritablement l’honneur de la réhabili­
tation d’une opération trop légèrement condamnée dans son
origine, trop longtemps délaissée, et qui, sagement appliquée,
devait être un bienfait pour l’humanité.
L’habile chirurgien militaire pratiqua avec succès, en 1840,
sa première amputation tibio-tarsienne; deux ans plus tard,
en 1842, il en fit l’objet d’un mémoire où les avantages de
l’opération étaient savamment mis en relief.
En cette môme année, Baudens eut dans Syme un imita­
teur heureux, car, pendant la courte période de quatre ans,
de 1842 à 184G, le célébré professeur d’Edimbourg obtint
vingt-unb guérisons sur vingt-quatre amputations. Deux de
ses opérés, entr’autres, sautaient sur leur moignon sans la
moindre douleur et auraient pu faire chaque jour plusieurs
lieues à pied.
C’est de 184G que date réellement, au point de vue clinique,
l’importance de l’amputation tibio-tarsienne.
Enhardi par les succès de Syme, M. Jules Roux la fit, vers
le milieu de cette année, pour- la première fois, en même
temps qu'un chirurgien Allemand, Chéliusfils, de Heidelberg.
La guérison eut lieu dans les deux cas. Le malade de
M. Jules Roux, après quelques mois, marchait très-bien sur
son moignon avec une bottine-pilon. La cicatrisation avait
été retardée, comme chez l’opéré de Chélius, par un petit
trajet fistuleux d’où s’échappait un écoulement de sérosité,
provenant indubitablement de l’une de ces nombreuses gaines
fibro-synoviales qui entourent la jointure inférieure de la
jambe.

90

2 ' AMPUTATION TIBIO-TARSIENNE.

Historique: Dans l’ordre chronologique, l’amputation tibiotarsienne est bien antérieure à la désarticulation astragalocalcanéenne.
Pratiquée vers le milieu du siècle dernier par un chirurgien
de Laval, Sedillier, et par Brasdor, l’amputation totale du
pied ne fut point acceptée d’abord. Traitée avec dédain par les
sommités chirurgicales de l’époque, notamment par Dupuytren, Richerand, Larrey, Begin, B. Bell, Astley et Samuel
Cooper, elle fut généralement repoussée.

91

�COSTE

AMPUTATIONS DU PIED.

D’autres réussites vinrent bientôt confirmer les premières
entre les mains de Blandin, de Jobert, de M.Soupart, de Liège,
et de M. Sédillot.
Dès l’année 1846, l’extirpation du pied , chaudement défen­
due par Rognetta, prit dans la science des amputations un
rang légitimement conquis et dont elle ne doit plus déchoir.
M. Jules Roux peut être, à bon droit, considéré comme l’un
des promoteurs les plus autorisés et les plus zélés de l’ampu­
tation tibio-tarsienne, car il a beaucoup fait pour la vulgari­
sation de cette opération.
En 1846, 1848, 1851 , 1856, 1865, indépendamment de son
enseignement à l’école navale et des heureux exemples tirés
de sa pratique nosocomiale ou urbaine , l’habile et savant chi­
rurgien de Toulon, par les meilleures publications , lettres et
mémoires adressés au journaux de médecine, communica­
tions aux sociétés savantes, a poussé la génération actuelle à
l’adoption d’une opération pratiquée partout aujourd’hui et
partout réussie.
Tel est l’inventaire des travaux de M. Roux sur ce grave
sujet.
Mais notre distingué confrère n’a point borné là ses efforts
en faveur de son opération de prédilection et de l’excellent
procédé dont il est l’auteur. Après les avoir vigoureusement
défendus par la parole et par la plume , il en a très souvent,
dans les hôpitaux et les amphithéâtres , en présence des célé­
brités de notre art, donné la démonstration pratique , à Paris,
à Lyon, à Marseille , à Toulon.
11 a ainsi, pour le triomphe d’une idée féconde , largement
payé son tribut à la science.

désarticulation astragalo-calcanéenne ; il suffira que je m’oc­
cupe un instant de l’articulation tibio-tarsienne.
Très amincis au tiers inférieur de la jambe, le tibia et le
péroné, le tibia pour lapins grande p a rt, forment, parla
jonction de leur épiphyse réciproque, une véritable charnière,
sorte d’enarthrose dans laquelle est reçue la portion supé­
rieure de l’astragale en forme de trochlée.
Six ligaments, antérieurs, postérieurs et latéraux , assujet­
tissent cette mortaise, dont le plus grand diamètre est trans­
versal.
Je note particulièrement, parmi ces faisceaux fibreux , les
trois qui rayonnent de l’extrémité du péroné au calcanéum
et à l’astragale, et celui qui unit la pointe du tibia au cal­
canéum.
Des deux malléoles, ces saillies osseuses qui limitent sur
les côtés la surface articulaire, la péronière, moins étendue
d’avant en arrière que la tibiale , est sur un plan un peu plus
postérieur et descend plus bas de huit à dix millimètres.
Une large synoviale se déploie sur l’articulation tibio-tar­
sienne et l’humecte abondamment de son produit de sécrétion.

92

Anatomie : La proximité des deux régions où se pratiquent

les amputations tibio-tarsienne et sous-astragalienne est telle,
que les mêmes données anatomiques , pour les parties molles
du moins, s’appliquent à l'une et à l’autre de ces opérations.
Je ne reviendrai pas ici sur l’anatomie chirurgicale du coudepied , dont j ’ai rappelé les principaux traits en parlant de la

93

Manuel opératoire : Plusieurs procédés opératoires , tous à

lambeau unique ou à peu près , ceux de Baudens, de Syme ,
de MM. Jules Roux et Sédillot, peuvent s’appliquer à l’ampu­
tation tibio-tarsienne.
Je ne parlerai ni du procédé circulaire, adopté par Brasdor,
ni du procédé à deux lambeaux latéraux, pratiqué par Blandin.
Je signalerai seulement le principal inconvénient attaché à
l’un et à l’autre et qui les a fait justement rejeter de la prati­
que : la position de la cicatrice au centre du moignon. Cet
inconvénient était encore aggravé par la conservation des
malléoles.
Les quatre procédés de M. Soupart, à lambeaux dorsal ,
plantaire , interne, externe , sont des procédés de nécessité ,
spécialement applicables aux lésions diverses qui réclament
l’amputation e t , notamment, selon les points où siège l’alté­
ration des chairs environnantes.

�COSTE.

AMPUTATIONS I)U PIED.

Malgré l’enthousiasme de Baudens pour son lambeau dorsal;
bien qu’il lui attribuât des avantages qu’il appelait saisissants,
ce procédé.est complètement discrédité aujourd’hui. On ad­
met généralement que , sauf le cas de force majeure, c’est-àdire celui d’un état morbide qui rend impossible tout autre
manière d’opérer, le procédé de Baudens doit être abandonné.
Cet abandon est parfaitement logique.
. L’unique avantage , réellement sérieux , du procédé que je
discute, serait la direction transversale de la cicatrice et, sur­
tout , sa situation postérieure. situation qui l’abrite contre les
chocs et les pressions toujours à redouter en avant.
Mais que d’inconvénients à côté de cet avantage 1Un lambeau
mince, bien qu’il reste doublé , dans la dissection , de tout le
muscle pédieux et des tendons intrinsèques et extrinsèques de
la région ; lambeau mal nourri, d’une vitalité douteuse; la
nécessité de faire descendre l’incision qui trace la guêtre jus­
qu’à quelques millimètres de la commissure des orteils ; or,
cette nécessité implique l’intégrité de toutes les parties molles
du dos du pied, ce qui doit être rare, principalement dans un
traumatisme. Si la lésion, au lieu d'être physique, est orga­
nique , ne pourra-t-il pas aussi y avoir de fréquents obstacles
à l’emploi de ce procédé dans ramincissement de la peau , son
décollement ou sa perforation par des trajets ûstuleux?
Le mode d’amputation tibio-tarsienne de Baudens ne peut
donc être qu’un procédé d’exception.
Une incision supérieure et courbe , allant d’une malléole à
l’autre en passant au niveau d’une ligne qui correspond à
l’extrémité postérieure du cinquième métatarsien . puis une
incision inférieure, partant des deux pointes de la première
et coupant transversalement toute l'épaisseur de la plante du
pied, constituent le procédé de Syrne. C’est en quelque sorte
une amputation circulaire dans un plan vertical. Le tendon
d’Achille est tranché, après l’ouverture de l’articulation en
avant et sur les côtés.
Ce procédé, par une dissection attentive, assez difficile, qui
rase les os et le tendon d’Achille, conserve, avec la terminaison
de la tibiale postérieure, la totalité des parties molles du talon,

si bien que l’opéré peut prendre appui sur le sol par un moi­
gnon formé d’une peau dure, résistante, et doublée d’un épais
matelas graisseux, dont l’élasticité favorise beaucoup la fonc­
tion du membre dans les nouvelles conditions que l’opération
lui a faites.
Cet avantage est considérable, on ne peut le nier; mais il
est notablemment amoindri par la possibilité d’une accumu­
lation de pus au fond de cet espèce de godet que laisse dans le
lambeau talonnier l’absence du calcanéum. Syme lui-même,
Fergusson, Robert et M. Sédillot ont proposé, pour y remédier,
de fendre préventivement ce godet, par une boutonnière.
C’est un coup de bistouri de plus que devra supporter le
patient.
M. Sédillot débute par une longue incision antéro-externe
et taille ensuite de dedans en dehors, après la désarticulation
du pied, un lambeau quadrilatère interne et sous- plantaire,
dans lequel est comprise une portion du talon. L’opération se
termine par l’excision de l’extrémité du lambeau , un peu
trop long, dans une étendue d’un ou de deux travers de
doigt.
Mais pourquoi cette excision?pourquoi cette opération com­
plémentaire? il y aurait, il me semble, un moyen bien simple
de la rendre inutile ; ce serait d’éviter, en taillant le lambeau,
de lui donner un excès de longueur.
Du reste, dans ce procédé, la cicatrice, demi-circulaire, est
bien placée; elle est externe et supérieure.
La faveur qui s’est universellement attachée au procédé de
M. Jules Roux l’a rendu, je puis le dire, véritablement classi­
que; il est digne, à ce titre, d’une exposition plus détaillée.
Les tissus périphériques de l’articulation tibio-tarsienne
sont divisés par une incision ovalaire ou en raquette, ainsi
disposée: la première partie, supérieure, commence sur le
derrière et le milieu de la face externe du calcanéum, passe
sous la malléole péronière et vient, en s’arrêtant un peu en
avant de la malléole tibiale, former un petit lambeau dorsal
do trois centimètres de hauteur. La deuxième partie de l’inci­
sion, inférieure, part de l’extrémité interne de la première,

9i

9o

�96

COSTE.

descend sous la plante du pied, où elle décrit, une courbe à
convexité antérieure qui répond à l’interligne de l’articulation
raédio-tarsienne, et, en croisant obliquement le bord externe
du pied, va rejoindre, à son origine, la division des chairs.
Il résulte de ce dernier tracé un grand lambeau plantaire,
latéral interne, à large pédicule.
Le lambeau dorsal rapidement séparé du plan osseux, l’arti­
culation est ouverte par son côté externe, après la section des
ligaments correspondants. On dissèque ensuite le lambeau
plantaire, en allant du côté externe du calcanéum vers sa face
postérieure, qu’on rase de près, afin de détacher, sans le cou­
per, le tendon d’Achille de son insertion à l’os du talon et de
conserver les expansions qu’il envoie à l’aponévrose plantaire.
Puis vient la dissection de la portion interne du lambeau,
celle qui doit contenir les vaisseaux nourriciers. Pour respec­
ter sûrement le tronc qui les fournit, la tibiale postérieure,
l’instrument ne devra jamais abandonner les os en coupant les
parties molles de la voûte calcanéenne, quand il vient attein­
dre le ligament latéral interne et achever la désarticulation.
Cette manœuvre, la plus importante de l’opération, est faci­
litée par le renversement du pied en dehors, la face plantaire
tournée en dedans.
M. Jules Roux évite avec soin de toucher au périoste, l’expé­
rience lui ayant appris que, dans le cas d’une cicatrisation
lente, des débris de l’enveloppe osseuse, qui seraient restés
fixés au lambeau, pourraient produire des ostéophytes qui
nuiraient à la station et à la marche, en faisant l’ollice de
cailloux sur lesquels appuierait le membre amputé.
Par le procédé de M. Jules Roux, la cicatrice n’est point en
avant et en bas, mais, ce qui est essentiel pour que l’appareil
prothétique fonctionne convenablement, sur les côtés et au
dessus du moignon.
Cet appareil est des plus simples ; c’est une bottine-pilon,
qui se compose d’un large talon surmonté d’une plaque de liège
que recouvre un morceau de peau et d’une tige de cuir lacée
par devant. Cette tige monte jusqu’au genou; elle doit être
formée d’un cuir très fort pour prévenir une brisure et une

AMPUTATIONS DU PIED.

97

flexion latérale de l'appareil à sa partie inférieure, ce qui ex­
poserait, é tout instant, l’amputé à une sorte d'entorse.
Pour fortifier encore cette tige, M. Reynaud, inspecteur gé­
néral du service de santé de la marine, a proposé d’ajouter à
chacun de ses côtés une lame d’acier. J’estime que l’addition
de ces deux tuteurs ne pourrait qu’être utile; elle tendrait,
sans augmenter sensiblement le poids de l’appareil, à empêcher
sa déviation et, partant, à faciliter la marche.
La pression exercée par le bout des os de la jambe sur le nerf
plantaire interne et les vives douleurs qu’elle avait amenées
chez un de ses opérés avaient conduit M. Verneuil, en 1864, à
proposer la résection de ce nerf.
M. Jules Roux n’accepte pas cette proposition. Il fait obser­
ver avec raison, je crois, qu’en disséquant le nerf dont il fau­
drait emporter un fragment, on s’exposerait à léser l’artère
qu’il accompagne et qu’il importe tant de ménager.
Du reste, M. Roux n’a été témoin, sur aucun de ses amputés,
de l’accident relaté par M. Verneuil ; il assure qu’on pourra
toujours l’éviter par la précaution, qu’il conseille de faire, du
côté interne, au moment de l’affrontement du lambeau, un
grand pli comprenant tout son pédicule. Le faisceau vascu­
laire et nerveux de la région, logé dans cette duplicature, y
sera à l’abri de toute compression.
Dans l’amputation tibio-tarsienne, après l’enlèvement du
pied, faut-il abattre ou conserver les malléoles ?
Cette question mérite un moment d’examen.
La conservation des malléoles offre un avantage et un incon­
vénient. Cet avantage et cet inconvénient se compensent-ils?
Je n’hésite pas à répondre par la négative; l’inconvénient l’em­
porte manifestement.
L’avantage serait dans l’absence de toute plaie osseuse, ce
qui amoindrirait la gravité de l’opération, en éloignant les
chances d’ostéïte et de phlébite.
L’inconvénient consiste en ce que, l’atrophie ultérieure des
malléoles étant, chez l’adulte et le Vieillard, très problématique
et, dans tous les cas, fort lente à s’accomplir, ces reliefs osseux
pressent de leurs pointes sur les chairs, qu’ils maintiennent
7

�COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

ainsi écartées du plateau articulaire. Indépendamment de la
douleur résultant de cette pression et des difficultés, de l’im­
possibilité même, de la déambulation, des fongosités peuvent
naître dans l’intervalle des chevilles, nécessiter l’intervention
des caustiques et, avec ces douloureuses complications, retar­
der ou empêcher la cicatrisation définitive de la plaie.
Il faut donc, à l’exemple de Baudeus, de Syme, de M. Jules
Roux, de M. Sédillot, couper d'uu trait de scie les malléoles à
leur base, de manière à niveler plus ou moins exactement la
mortaise tibio-pérouière.
C’est l’acte final de l’opération.
Le fait d’un opéré de Follin, marchant facilement et sans
douleur, bien qu’on lui eût conservé les malléoles, est une
exception qui n'infirme nullement la règle que je viens de
rappeler.
On ne devrait déroger à cette sage pratique, consistant dans
la résection des malléoles, que chez le jeune enfant., comme
l’ont fait, en pareille occurence, Syme et M. Verneuil. Cette
conduite se justifierait par la différence des conditions anato­
miques et physiologiques que présente l’organisation des os
dans les premières années de la vie.
Il est un dernier point que je veux rapidement examiner:
y a-t-il avaritage pour le malade, en réséquant les malléoles,
à emporter avec la scie ou une pince incisive, à l’exemple de
Baudens, approuvé par M. Legouest, (1) les rebords antérieur
et postérieur de la mortaise tibiale ?
Je regrette de ne point partager, à cetégard, les idées desdeux
savants chirurgiens que je viens de citer.
Il me parait inutile et, de plus, dangereux de toucher à ces
deux petites crêtes peu saillantes et à peu près mousses, notam­
ment l’antérieure, quiforment les limites de la trochlée du tibia:
leur présence me semble tout-à-fait inoffensive.
J accepte encore moins la proposition faite par AI. Legouest,
pour remédier à l’inconvénient de cet ilôt cartilagineux laissé
au centre du bout de l’os par l’opération de Baudens et qui

devra s’exfolier plus tard, d’enlever une lamelle entière du
tibia en le sciant, perpendiculairement aux malléoles, à l ou 2
centimètres au-dessus de la mortaise.
Pour moi, je n’agirais ainsi que forcé par une nécessité
absolue et me trouvant inopinément en face d’une lésion dont
les envahissements me feraient une impérieuse loi de cette
conduite.
Mais, hors le cas d’une, telle exception, dans l’amputation
tibio-tarsienne, on doit se borner, je crois, à couper les mal­
léoles. On réduit ainsi, autant qu’on le peut, le périmètre de la
plaie osseuse, plaie d’autant.plus redoutable qu’elle est plus
étendue.
Quant au cartilage qui encroûte la surface articulaire, il
arrive fréquemment, sans doute, surtout quand il a été entamé
par quelques points de sa circonférence, qu'il se détache par
un travail progressif d’élimination, auquel préside une inflam­
mation suppurative à marche toujours un peu lente. Cette
suppuration est incontestablement un retard apporté à la
guérison et, quelquefois même, une menace pour l’os voisin.
Mais, après une désarticulation, le cartilage d’incrustation,
qu’il ail été ou nou entamé, n’est pas toujours expulsé de l’ex­
trémité osseuse à laquelle il appartient. II y reste bien souvent
fixé, soit par un bourgeonnement dont il devient le siège et
qui l’unit à la face profonde du lambeau, soit parce que
celui-ci adhère d’emblée au feuillet synovial qui revêt le
cartilage.

08

(i) Élude sur les amputations partielles du pied et de la partie inférieure
à* la jambe, Paris, 1865-

91)

3* AMPUTATION SUS-MALLÉOLAIRE.

Historique : L’éternel honneur de la chirurgie Française
sera la découverte par Ambroise Paré, en 1582, de la ligature
des artères après l’amputation.
L’auteur à jamais illustre de ce progrès, le plus grand, sans
contredit, du 10* siècle, avait posé ensuite la doctrine de l'am­
putation de la jambe au lieu d’élection, telle à peu près qu’on
la pratique aujourd’hui.

�100

COSTE.

Vers la lin du 17* siècle, en 1684, un Hollandais, Yan-Solingen, osa indiquer lahéformed’une opération partout acceptée, et
proposa de couper la jambe, non plus au niveau de la jarre­
tière, mais sur sa partie la plus étroite, entre son tiers inférieur
et les chevilles; c'était la création de l’amputation sus-mal­
léolaire. Van Solingen fut imité, quelques années plus tard,
par Verduin.
La nouvelle opération, énergiquement combattue par Saba­
tier et la plupart de ses contemporains, fut adoptée, dans le
siècle dernier, en France, parDionis et Ravaton; en Angleterre,
par les chirurgiens renommés de l’époque, B. Bell, White,
Alanson, Bromfield.
Pourtant, malgré le patronage de ces grands noms, Faruputatiou sus-malléolaire excita des répugnances chez la généra­
lité des opérateurs et ne put s’implanter solidement dans la
pratique. Abandonnée pendant assez longtemps, et fort injus­
tement, elle a été remise sur la scène chirurgicale, en 1814,
par Arnauld Soulerat, chirurgien militaire, puis soutenue et
faite avec succès, en 18-29, parSalemi, de Palerme; en 1832 par
Velpeau, par Goyrand, d’Aix, en 1835.
Appuyée aujourd’hui sur des autorités plus jeunes mais non
moins puissantes et respectables, l’amputation inférieure de
la jambe ne peut manquer de conserver la faveur qui l’en­
toure légitimement et qu’elle n’aurait jamais dù perdre.
Anatomie : L’anatomie de la région où l’on fait l’amputation
sus-malléolaire est d’une extrême simplicité. La peau, faible­
ment adhérente et, partant, facile à disséquer ; la couche peu
épaisse de tissu cellulo-graisseux qui la double et dans laquelle
marchent de petites ramifications artérielles, les deux veines
et les deux nerfs saphènes, ainsi que le réseau des lymphati­
ques superficiels; l’aponévrose jambière, offrant, dans ce point,
ses fibres transversalement dirigées et les cloisons intermus­
culaires qui se détachent de sa face interne ; neuf muscles oc­
cupant tout le contour de la jambe et réduits, pour la plupart,
sauf en arrière et profondément, à leur portion tendineuse: en
avant le jambier antérieur, extenseur propre du premier

AMPUTATIONS DE LA JAMBE.

toi

orteil, extenseur commun des orteils et petit péronier; en
arrière, dans l’espace interosseux, le jambier postérieur, le
long fléchisseur commun des orteils, le long fléchisseur du
premier orteil ; en dehors les deux péroniers latéraux ; en
arrière et superficiellement le tendon d’Achille; au milieu
de leurs veines et de leurs nerfs satellites, la tibiale
antérieure, la postérieure et la péronière, vaisseaux dont le
calibre est fort diminué; des lymphatiques profonds et le
tissu cellulaire intermédiaire à toutes ces parties; enfin la
charpente osseuse: le tibia ayant perdu sa forme conique,
étroit et arrondi ou, plutôt, aplati dans le sens transversal, et
séparé du péroné, un peu plus postérieur et à peu près cylin­
drique, par un intervalle de quelques millimètres; tels sont les
éléments constitutifs de la région qui m’occupe en ce moment.
Manuel opératoire: La méthode circulaire, à moins que la

nécessité ne l’impose, ne doit point être appliquée l’ampulalion sus-malléolaire, car elle a les plus sérieux inconvénients.
La manchette, qui se mortifie aisément après sa dissection,
ne peut être que très-difficilement retroussée. Lenoir avait
proposé, pour remédier à ce double désavantage, de couper,
près de la crête du tibra, la section circulaire par une incision
verticale et longue de 4 centimètres; la manchette, ainsi fen­
due en avant, était seulement disséquée, en rasant l’aponé­
vrose au niveau des deux petits lambeaux triangulaires formés
par cette deuxième incision ; puis l’opérateur, avec la pointe
du couteau, se bornait à trancher latéralement et en arrière
les brides celluleuses qui empêchaient le glissement de la
manchette. L’incision générale avait alors une forme à peu
près ovalaire que le couteau devait suivre pour la division
successive des chairs superficielles et profondes. Un simple
bistouri coupait les quelques fibres charnues remplissant
l’étroit espace interosseux et, le linge rétracteur placé, les os
étaient sciés.
Comme dans le procédé de Ravaton à deux lambeaux laté­
raux, carrés, procédé suivi par Blandin, la cicatriceétaitvicieusement placée, elle correspondait au grand diamètre des os.

�402

COSTE.

La marche était ainsi rendue presque impossible, même avec
un appareil prothétique; d’autant plus que, par l'effet, de l’ab­
sorption graduelle de son élément celluleux, le moignon osseux
s’atrophie et devient conique.
M. Soupart, dans son procédé elliptique, taille un lambeau
antérieur et externe; il divise ensuite circulairement la peau
de la région interne et postérieure de la jambe. Ce lambeau
recouvre bien, en s’y appliquant par son propre poids, la sur­
face saignante ; la cicatrice est en arrière et en dedans.
Ce procédé ne donne pas un mauvais résultat; mais le pro­
cédé à lambeau postérieur, avec conservation du tendon
d’Achille, ainsi que l’a proposé M. Voillemier en 1862, lui est
certainement préférable.
La clinique a depuis longtemps prononcé sur l’innocuité de
la présence des bouts de tendons au m ilieu des chairs répara­
trices, à la suite d’une mutilation; ces parties ne mettent nul­
lement obstacle à la cicatrisation de la plaie.
Le lambeau postérieur, doublé du tendon d’Achille, consti­
tue un coussin suffisamment épais pour que l ’extrémité des os
s’y appuie efficacement et que l’amputé puisse marcher sur
son moignon avec l’appareil prothétique le plus simple, et
sans le secours d’une jambe artificielle-.
Laborie en avait cité plusieurs exemples à la Société de Chi­
rurgie (1). Le lambeau doit être taillé de la peau vers les os et
non en sens inverse. Un bistouri de trousse peut alors suffire,
ou mieux, un fort scalpel.
Dans toute amputation ou désarticulation je préfère, généra­
lement, à la méthode par transfixion cette manière d’opérer.
Elle est peut être un peu moins brillante, mais elle conduit
plus sûrement à tailler des lambeaux réguliers. Le chirurgien
mesure soigneusement du regard la ligne où la peau devra être
coupée et sculpte ainsi les chairs avec la pointe de son instru­
ment. Par l’embrochement, au contraire, on s’expose,.surtout
si l ’on n’a pas encore bien l'habitude du couteau, à avoir des
lambeaux informes, trop longs ou trop courts.

( La suite au prochain numéro.)
(1) M. Bènechi. Thèse de doctorat. Paris, 1869.

CAVITÉS DU CŒUR.

403

ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGÉNIE
DES COMMUNICATIONS
ENTRE T.ES CAVITÉS DROITES ET LES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR (1)

P a r le Dr P .-F . DA COSTA ALVARENGA,
Professeur à l’École de Médecine de Lisbonne.

APERÇU HISTORIQUE.

Les vices de conformation, les anomalies ou cacogenèses ont
de tout temps attiré l’attention des observateurs.
Deux périodes bien distinctes peuvent être établies dans l’his­
toire des déviations organiques du type normal. Dans la première,
que l’on appellera primitive ou mystique, les connaissances rela­
tives aux monstruosités ne sauraient constituer un corps de doc­
trine. L’ignorance et la superstition publiques ont enfanté, à l’ori­
gine, des idées extravagantes et des explications absurdes.
Dans cette longue période, qui s’étend depuis les temps les plus
reculés jusqu’au commencement du XVIII* siècle, les monstruo­
sités ont été considérées comme des effets de la colère céleste ou
des manifestations miraculeuses de la gloire de Dieu,tantôt comme
des influences du démon, ainsi que l’a soutenu, entr’autres, Licetus en 1616 (2), tantôt comme des reproductions de l’image du
diable, aiusi que l a prétendu Rioland qui, malgré son grand
génie et sa brillante illustration, osait conseiller, en plein XVII*
siècle, d’enfermer et de séquestrer ces monstres jusqu’à leur
mort, parce que, disait-il : « étant un composé d’homme et d’ani(1) Traduit du portugais par le Dr E.-L. Bertherand.
(î) De monstrorum causis. naliirâ et diff'erentiis. libri duo.

�ALYARENGA.

CAYITÉS DU CŒUR.

« mal, de tels êtres font injure à la nature et au genre hu« main. » (I).
Les lois des Douze-Tables, chez les Romains, prescrivaient de
mettre à mort les monstres. « Pater filium monstrosum et contrà
formant generis humant, recens sit natum eitô necato. »
Nous pouvons inférer de là que, dès les temps reculés, la bar­
barie (c’est le mot) était des plus complètes. Si l’on rencontre des
faits intéressants, recueillis avec soin , les théories comme les
hypothèses sont entièrement invraisemblables. Mais la science
avait peu à gagner avec ces faits épars et incohérents. Toutefois,
on commençait à préparer tous les matériaux qui devaient plus
tard entrer dans la construction d'un grand édifice.
La seconde période, à laquelle on peut avec raison appliquer
l’épithète de scientifique, comprend les XYIIP et XIX0siècles. Ici
la partie de la science qui s’occupe des monstruosités fit un grand
pas dans la voie du progrès. Dans le principe, débile, vacillante,
comme toutes les branches des connaissances humaines ; puis
fortifiée par l’esprit véritablement philosophique d’un grand
nombre de savants, elle s’est élevée à l’-état de science distincte,
grâce au célèbre écrivain I.-G. Saint-Hilaire qui lui a donné le
nom de tératologie (2).
L’étude des anomalies ne laisse pas d’être un sujet de curiosité
et se résume en une source féconde d’enseignements utiles.
L’esprit de la rigoureuse observation des faits ayant dominé en
même temps que prévalait une judicieuse critique, la science a
porté les fruits de cette féconde alliance. Des discussions utiles
ont été agitées au sein des Académies ; de nombreux Mémoires
présentés sur différents points plus ou moins controversés ont
enfin vu le jour de la publicité.
L’origine ou la cause première des monstruosités fut une des
questions qui captivèrent tout d’abord l’attention des médecins;
les uns soutenaient qu’elles provenaient d’une altération primor­
diale des germes ; les autres admettaient, et ils étaient les plus

nombreux, qu’elles naissaient des causes accidentelles qui modi­
fiaient, plus ou moins profondément, l’évolution de germes pri­
mitivement réguliers.
De cette façon, les observateurs se divisèrent en deux camps,
les uns défendant l’hypothèse des germes originellement altérés,
les autres accumulant faits et arguments en faveur des mons­
truosités acquises. En même temps se préparaient à la lutte,
dans un autre camp, des hommes d’un grand savoir et d’un génie
profondément observateur.
Il y eut ensuite des médecins qui, entrant avec une mûre ré­
flexion dans l’examen rigoureux et impartial des faits, adoptèrent
un moyen terme, acceptant cette double origine des monstruo­
sités : medio tutissimus ibis.
Une des plus grandes figures scientifiques de notre époque’
tant par la vaste étendue de ses connaissances que par la recti­
tude et la sagacité de son esprit, fut le célèbre physiologiste de
Berne. Effectivement Haller, qui contribua tant aux progrès de
la tératologie en la délivrant des erreurs qui l’infestaient et en
ouvrant le champ à de nouvelles observations, admit exclusive­
ment, dès le principe, l’hypothèse des monstruosités primitives,
quand survint "Winslow partageant avec Lémery l’opinion éga­
lement exclusive des monstruosités accidentelles. Mais plus tard,
le savant observateur, abandonnant l’exclusivisme qui était des
plus grands et des plus fréquents défauts de la doctrine en méde­
cine, admit deux origines tératologique. L’ouvrage de Haller,
De Monstris (1), l’avait déjà fait entrevoir; dans son livre premier,
qu’il intitule historique, cet illustre écrivain décrit les monstruo­
sités ; dans le second, qu’il appelle philosophique, il y étudie les
causes.
Un autre savant suisse, qui se distingua à un haut degré par
ses travaux d'anatomie normale et pathologique, donna aussi une
grande impulsion à l'étude des monstruosités ; rapportons-nous en
à cet égard, à J.-F. Mœckel. C’est ce célèbre professeur de Halle
qui s’applique surtout à établir la théorie, et rapporte les ano­
malies de quelques états transitoires présentés par le fœtus à
diverses périodes de son évolution, à une série de perturbations
pendant le cours régulier de la grossesse et à la suite de causes
purement accidentelles. Dans les écrits de Mœckel se trouve le

104

(1) De monstro nato Cuteliœ. Paris, 1605.
(2) I.-G. Saint-Hilaire divise l’histoire des monstruosités en trois périodes :
la l r*, qu’il appelle mylhologkiue, se termine dans les premières années du
18" siècle; la 2« qu’il nomme positive, comprend la première moitié du 18*
siècle; cette période, que nous qualifions de transitoire, ne nous paraît pas
aussi bien caractérisée et limitée: c’est pourquoi nous la repoussons. Enfin
la 3* commence dans la deuxième moitié du 18« siècle.

(1) De monstri, libri n. Gœltingue, 1751.

105

�106

ALVARENGA.

CAVTTÉS DU CŒUR.

point de départ de plus d’une doctrine q u i, depuis lors, règne
dans la science sous les auspices de son auteur.
Enfin, entre tous les tératologistes, J. G. Saint-Hilaire (I) vient,
par ses inappréciables travaux, occuper un rang des plus dis­
tingués. Les observateurs déjà si nombreux qui avaient cultivé le
champ fécond d'investigations importantes, avaient eu principa­
lement en vue la classification des monstruosités selon les lois de
la biotaxie. Au surplus, malgré l’impulsion donnée aux études de
tératologie par des esprits si éclairés, on est forcé d'avouer qu’elle
offre encore beaucoup de points douteux et empreints d’une grande
obscurité.
Nous avons employé le mot monstruosités pour indiquer les
aberrations de règle générale ou de type normal, parce qu'il est
consacré par un usage multiséculaire, et bien qu’il paraisse au­
jourd’hui très-fort impropre à quelques esprits scrupuleux. —
Montaigne, au sujet d’un pasteur de Médoc qui, malgré l'état de
ses organes génitaux, était fort libidineux, s’exprime ainsi : « Ce
que nous appelons monstres, ne le sont pas à Dieu, qui voit en
l’immensité de son ouvrage l’infinité des formes qu’il y a com­
prises. Et est à croire que cette figure qui nous estonne, se rap­
porte et tient à quelqu’autre figure de même genre incogneu à
l’homme (2). » Déjà un éloquent orateur romain avait écrit:
« Quod crebro videt, non miratur, etiamsi, cur fiat nescit. Quod ante
non videt, id si evenerit, ostentum esse censet. (3) ».

Dans le premier groupe, nous comprenons la persistance des
ouvertures normales de fœtus, indépendamment d’autres alté­
rations organiques, c’est-à-dire les cas qui représentent les ou­
vertures existant normalement en quelque période que ce soit de
la vie intrà-utérine. Ces altérations primordiales, toujours con­
génitales, semblent être des vices de conformation en rapport avec
l’époque à laquelle ils ont été observés. Les cas de cette espèce
s'appellent communications primitives ou congénitales par anomalie.
Dans le second groupe entrent les communications consécu­
tives à des altérations du cœur, des gros vaisseaux et des pou­
mons. Ces états anormaux ou pathologiques sont consécutifs,
congénitaux ou postérieurs à la naissance. Les communications
de cette espèce, nous les appelons communications consécutives.
Le troisième, groupe comprend les cas dans lesquels les com­
munications sont la conséquence de lésions in situ, d’altérations
du fait de l’accouchement, qui se produisent tantôt avant, tantôt
après la naissance. Ces états pathologiques sont accidentels,
arrivent dans le cours de la vie intrà ou extrà-utérine. Les com­
munications de cette catégorie prennent la dénomination de communications accidentelles par lésion in situ.
Telles sont, d’après notre manière de voir, les principales ori­
gines des communications entre les ventricules et les oreillettes.
Cependant, pour plus de clarté, nous pouvons diviser les commu­
nications en deux espèces fondamentales : 1° les primitives par
anomalie; 2° les consécutives. Cette seconde espèce comprend deux
variétés : Ie les consécutives aux anomalies ou aux lésions plus ou
moins éloignées; c’est le second groupe de notre première divi­
sion; 2° les consécutives aux lésions ou altérations in situ : elles se
rapportent au 3° groupe précité.
Maintenant toutes ces communications se distinguent en con­
génitales ou accidentelles. Cette division nous paraît vicieuse, plus
ou moins impropre, pouvant plutôt induire en erreur qu’éclairer.
Effectivement, les ouvertures congénitales des cloisons inter­
auriculaires ou interventriculaires peuvent être ou simplement
des anomalies, une continuation de dispositions normales de
l’état fœtal— ou le résultat d’altérations pathologiques, et,
dans ce cas, mériteront également la qualification d'accidentelles,
en admettant qu’elles aient été produites dans le cours de la vie
intrà-utérine ; et vice-versd les ouvertures accidentelles qui s’ob­
servent pendant la période antérieure à la naissance pourront

CHAPITRE PREMIER.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

Communications interventriculaires et interauriculaires.
D’après nos recherches, on peut classer en trois groupes tous
les faits relatifs aux communications des cavités droites avec les
cavités gauches du cœur.
(1) Histoire générale et particulière des anomalies de l'organisation chez
l’homme et les animaux, ou Traité de Tératologie. Paris, 1832-1836.
(2) Essais de Mechel de Montaigne, tom. II. mdccxciu.
(3) Cic. de Die., lib. ii .

107

�108

ALVARENGA.

reconnaître également les deux origines, une anormale et l’autre
morbide. Par conséquent, à l’époque seule où se produisent les
communications des cavités gauclres avec les cavités droites du
cœur, nous ne pouvons pas établir la connaissance de leur origine.
La division que nous proposons, restreinte à ces classements,
nous paraît être l'expression des faits. Nous traiterons séparé­
ment de chacun des deux ordres de faits.
§ n.
Ruptures du cœur : leur siège et leur fréquence.
Par anomalie ou par lésion, les cloisons interauriculaires et
interventriculaires présentent parfois une ou plusieurs ouver­
tures qui établissent communications entre les cavités respec­
tives du cœur.
Les ruptures du cœur produites par des causes occasionnelles
ou organiques, diffèrent beaucoup dans leurs caractères anatomo­
pathologiques et dans leur siège, de celles qui résultent de vices
de conformation ou anomalies. Nous examinerons, en première
ligne, le siège qui est le point le plus important à bien connaître
actuellement.
Des quatre compartiments de l'organe central de la circula­
tion, c’est le ventricule gauche qui est le siège prédominant des
solutions de continuité de la première espèce ou ruptures du
cœur. C’est là un fait des mieux établis.
En effet, Morgagni qui, dans ses savants écrits d’anatomie
morbide, a relaté les observations connues de son temps, démon­
tre que les ruptures du ventricule gauche sont à celles des autres
parties du cœur : : 7 : 8. Encore sur le total des dix observations,
un scrupuleux examen anatomo-pathologique en signale deux,
dont l’une est relative à une section traumatique et l’autre
peut être présenté comme exemple de fistule consécutive à une
blessure ; deux autres cas concernent une rupture du ventricule
droit : enfin, le ventricule gauche a été le siège d’une rupture
dans les autres observations (1).
Morgagni, en signalant seulement ce fait, cherche à l’expliquer.
Pour quelle raison, dit-il, la rupture est-elle beaucoup plus rare
(l) De Sedibtis et cousis morborum, lib. n, épist. 27. § 10. Ebroduni in
H elvflïa,

mdcclxxix.

CAVITÉS DU CŒUR.

109

dans la partie qui est d’autant plus reculée que l’épaisseur et la
force des parois du ventricule droit sont inférieures à celles du
ventricule gauche ? En premier lieu, la partie inférieure du ven­
tricule gauche, siège d’une rupture dans les 5“ et 6° observa­
tions, est plus faible et plus mince que la paroi du ventricule
droit. En second lieu, continue-t-il, plus la force du ventricule
gauche s’exerce aux dépens du ventricule droit, plus la paroi du
premier est comprimée, surtout-quand il se présente un obstacle
à la sortie du sang de sa cavité : de telle sorte que si un point de
cette paroi est altéré par un ulcère ou quelqu'autre cause, consé­
cutive à une lésion ou défectuosité de naissance, il ne pourra
résister à une si grande force et se rompra dans cet endroit
même, à moins qu’il n’existe, dans toute son étendue, une cloison
épaisse et solide, comme l’a observé Harvey (1).
Cette explication montre un vif désir de rendre compte des
faits ; les raisons avancées par le fondateur de /’Anatomie patholo­
gique, ne sont nullement spéciales au ventricule gauche du
cœur, mais elles peuvent se généraliser. La première cause invo­
quée par le célèbre professeur de Padoue nous paraît une asser­
tion gratuite, en faisant supposer les ruptures du cœur plus
fréquentes a son extrémité inférieure qu’en tout autre point.
Les observateurs diffèrent d’avis sur le point où ces ruptures
ont lieu le plus fréquemment. Mais, en comparant les cas dans
lesquels on a noté le siège précis de la rupture, on reconnaît
qu’il n’y a pas grande différence entre l’une ou l’autre région,
mais cependant qu’elle est en faveur de la base du ventricule.
Ainsi, sur 29 observations , dont 28 ont été recueillies par M.
Ellaume, nous avons rencontré la rupture indiquée à la base onze
fois, 11 : 29 ou 37, 93 %, neuf fois à la pointe, 9 : 29 ou 31, 03 °/0,
et neuf fois à la partie moyenne, 9 : 29 ou 31,03 %• La différence
est si petite qu’elle nous permet d’établir une règle générale.
Plus tard, Morgagni modifia un peu son opinion sur la fré­
quence des ruptures des deux ventricules, en disant que celles
du ventricule droit sont plus rares que celles du gauche, et ne
le sont pas autant qu’il le supposait, parce que depuis les obser­
vations contenues dans sa 27* lettre il en a rapporté d’autres dans
lesquelles la rupture avait eu lieu dans le ventricule droit (2). Et
(J) Morgagni, épist. cil.
(2) De tSed. et caus. morb., épist. 64, § 16.

�110

ALVARENGA.

CAVITÉS DU CŒUR.

il donne comme exemple la prédominance du ventricule gauche
sur celles de toutes les autres parties du cœur.
La lrt observation de rupture du cœur qu’a donnée l’immortel
découvreur de la circulation, fournit cet exemple du siège de cet
accident dans le ventricule gauche. Il s’agit d’un homme sujet à
des attaques d’oppression thoracique avec menaces de lipothymie
et de suffocation, qui, devenu hydropique et cachectique, suc­
comba dans un accès de dyspnée considérable. La paroi du ven­
tricule gauche, qui paraissait extrêmement épaisse et forte,
présentait une rupture dans laquelle Haryey introduisit facile­
ment un doigt et par laquelle sortait du sang. Il y avait aussi
obstacle au passage du sang de ce ventricule dans l’aorte (1).
Sénac,qui dans le livre IV" (cliap. v ii °) de son excellent ouvrage
sur les inflammations, abcès et ulcères du cœur, pose la question
de fréquence de ces dernières altérations des différentes parties
de cet org-ane, ne la résoud pas, faute d’un nombre suffisant d’ob­
servations. Cependant, dit le célèbre Arehiâtre, en considérant
seulement la théorie, on pourrait croire que les oreillettes qui
sont faibles, qui appellent une grande quantité de sang, qui font
et supportent de grands efforts, doivent être plus exposées à de
tels accidents. Et plus loin il dit : « une partie du cœur qui
paraît fort sujette h des abcès et à des ulcères, c’est la base de cet
organe » (2).
Corvisart hésite h exprimer une opinion définitive, en ce qui
concerne la résistance des parois des cavités qui rendrait les
ruptures beaucoup plus fréquentes dans les oreillettes ; mais les
faits rapportés par Yerbrugge prouvent le contraire : Il semble,
cependant, dit Corvisart, d’après les rapprochements que
Verburgge (Dissertation de Anevrysm.) a faits sur ce point, les ven­
tricules se déchirent plus fréquemment que les oreillettes, et
même que, des deux ventricules, le gauche, qui parait par sou
organisation moins exposé à ces ruptures, en est néanmoins le
plus fréquemment le siège » (3).

des ruptures du cœur (telles que par ulcérations et tumeurs
anévrysmales) dans les cavités gauches du cœur. Effectivement,
dans dix observations que contient l’ouvrage du célèbre profes­
seur, la rupture s’est vérifiée six fois dans le ventricule gauche
et quatre lois daas l'oreillette droite (I).
Le Dr William Stokes établit le siège ordinaire des ruptures du
cœur dans le ventricule gauche, au sommet ou près du sommet :
« in the grcat proportion of cases the left ventricle lias been the seat
of lhe lésion, and the perforation has occuret either at or near to tlie
apex » (2). Et, en ce qui touche la dernière partie de l’assertion
du savant professeur de Dublin, les faits que nous examinons la
cenfirment, et c’est plus près de la base du cœur que se font les
ruptures du ventricule gauche. L’éminent cardiopathologiste
de Towsend rapporte que sur 25 cas il a constaté 3 fois la rupture
siégeant dans le ventricule droit. Dans 19 cas qu’il a recueillis,
Bayle la trouve 3 fois dans le ventricule droit. Le nombre total
de ces cas s’élève au chiffre de 44, dont 6 se rapportent à des
ruptures du ventricule droit, 1 : 7 Va ou dans le rapport de 13,
63 •/..
Et, en vérité, le ventricule gauche a sa grande part de lésions
dans les ruptures cardiaques; l’anatomie pathologique le prouve.
En ajoutant aux 7I cas de rupture du cœur, recueillis par le
Dr Ellaume avec qui nous les avons examinés (3), on aura :
Dans le ventricule gauche... 46 cas.
Dans le ventricule droit....... 12 »
Total 72 cas.
Dans l’oreillette droite..........
9 »
Daus l’oreillette gauche.......
5 »

Les principes de cardio-pathologie en France, fondés sur l’ob­
servation nécroscopique, admettent la plus grande fréquence
(1) De Circul. sang., exercit., 3.
(2) Traité de la structure du cœur, de son action et de ses maladies, t. n,
p. 386, Paris, 1749.
(3) Essai sur les maladies et les lésions organiques du cœur et des gros
vaisseaux, 2m0 édition, p. 259, Paris, 1811.

D’où l’on peut conclure que, d’après cet ensemble d’observa­
tions, les ruptures des diverses régions du cœur se rangent
comme suit par ordre de fréquence :
1° Dans le ventricule gauche, I : 1,5 ou 63, 88 °/„;
2°
»
droit, 1 : 6
ou 16, 66 0/&lt;&gt;;
3” Dans l’oreillette droite,
I :8
ou 12, 50 %;
4»
»
gauche, 1 :14,4 ou 6, 94 °/0\
(1) Bouillaud. Traité clinique des maladies du cœur, 2mo édit., I.

ii ,

Paris,

1841.

(2) The diseases of the hart and the aorta, p. 496, Dublin, 1854.
(3) Il y avait un homme, d’ùge avancé, qui vint se faire traiter à l’hôpi­
tal Saint-Joseph pour un simple embarras gastrique, d’après les-ronseigne-

�ALVARENGÀ.

CAVITÉS DU CŒUR.

Le ventricule gauche est, à lui seul, plus souvent affecté de
l'accident en question que toutes les autres parties du cœur pri­
ses ensemble, 1 : 2,7 ou 36, 11 °/#, et dans le rapport des deux cas
de 1,7 : 1.
Considérons aussi le mode général des ruptures du cœur, et un
fait démontrera que leur plus grande fréquence est dans le ven­
tricule gauche. Si nous les rapportons à leurs causes, il faudra
distinguer d'une part les ruptures produites par des causes
externes (chutes de haut, coups violents, etc., sur le thorax, etc.);
de l’autre, celles déterminées par des causes internes ; nous ajou­
terons les résultats contraires a la règle qui se rapporte à la
\'" catégorie. Ainsi, des 72 cas cités plus haut, 16 concernent des
ruptures par causes externes et 56 par causes internes. Mainte­
nant voici leur ordre :

Sur les 56 cas de rupture par cause interne, le ventricule gau­
che a été 44 fois le siège d’une solution de continuité (44 : 56 ou
78, 57°/0); et elle s’est manifestée dans les trois autres cavités 12
fois (12 : 56 ou 21, 12 “/„) ;
D’où vient donc une si grande différence? En général les rup­
tures du cœur se lient aux lésions ou altérations de cet organe,
caractérisées principalement par la dégénérescence graisseuse.
Or, on sait que le ventricule gauche est la partie du cœur la plus
souvent affectée de cette modification morbide.
Nous savons que les ruptures cardiaques par cause extérieure
se produisent avec plus de fréquence dans le cœur droit, princi­
palement dans l’oreillette, parce que celles par cause interne
siègent ordinairement dans le ventricule gauche. Sans remonter
à la cause, ce dernier est encore le siège prédominant des rup­
tures.
C’est dans le ventricule gauche que se présentent le plus
souvent les ruptures cardiaques. Mais celles-ci affectent-elles
une plus grande fréquence dans quelques parties de ce ventri­
cule, ou indifféremment dans tout autre point? C’est l’examen
nécroscopique qui doit résoudre ce problème. Il démontre que,
dans la grande majorité des cas, c’est a la partie intérieure que
se font les ruptures, dans la proportion de 3 : 4 comme rapport
au nombre total, ou de 3 : I comme rapport aux ruptures de la
partie postérieure.
En ce qui concerne le point précis des parois dans lequel elles
s'effectuent, l’observation indique qu’il y a sensiblement une
égale fréquence dans les différentes régions du ventricule. Non
pas que les auteurs soient d’accord sur la rareté des ruptures de
la cloison qui sépare les cavités du cœur. Le professeur Bouillaud
a rapporté des exemples dans lesquels aucune solution de conti­
nuité n’affectait cette cloison : « Dans aucune de nos dix obser­
vations, dit l’éminent cardiopathologiste, les cloisons interven­
triculaires ou interauriculaires n'étaient le siège de la rup­
ture (4). »
A la vérité, peu de cas ont été inscrits dans les/lnncdes de la
Science. « Les ruptures de la cloison, dit le Dr Ellaume, sont assez
rares, c’est à grand peine si nous avons pu en réunir quelques
cas (2). »

112

Dans
Dans
Dans
Dans

l’oreillette droite.........
le ventricule droit.......
l’oreillette gauche.......
le ventricule gauche...

6 cas; ]
5 »
3 » f °
2 » )

D'où il suit :
■1° Que le cœur droit est beaucoup plus souvent atteint (11 : 16
ou 68, 75 */.), plus du double, que le cœur gauche (o : 1Gou
31,25 %) ;
2° Que les oreillettes sont aussi plus souvent ( 9: 16 ou
56, 25 •/,) le siège de l’altération que les ventricules (7 : 16ou
43, 75 °/„) ;
3° Que la rupture est plus fréquente dans l’oreillette droite
(6:16 ou 37, 50 °/„),puis dans le ventricule droit(5 : 16 ou 31,25°/,),
en troisième ligne, dans l’oreillette gauche (3 : 16 ou 18, 75 •/,),
enfin moins fréquente dans le ventricule gauche (2 : 16 ou
12, 50 •/.).
Le Dr Ellaume attribue cette différence a la position du cœur
droit qui est plus accessible aux violences extérieures (1).

ments fournis par M. le Dr Avellarà la Société des Sciences de Lisbonne
(session du 3 mai 1866). Celui-ci, profitant de la sorlie de deux de ses com­
pagnons, voulut les accompagner, tomba et mourut subitement. L’autopsie
révéla l’existence de deux ruptures transversales dans le ventricule gauche,
et le microscope démontra une dégénérescence graisseuse du cœur.
(1) Essai sur les ruptures du cœur, Paris, 1838.

113

(1) Traité clinique des maladies du cœur, t. n, Paris, 1841.
(2) üp. cil.

8

�ALVARENGA.

Cet écrivain cite un fait observé par Prescott-IIewett et rap­
porté par notre compatriote Giraldès à la Société de Chirurgie de
Paris. Il s’agissait d’un enfant de douze ans qui, tombé d’une
maisou, avait succombé quatre heures après son admission h
l’hôpital Saint-Georges. A l’autopsie, ou trouva : dans la partie
antérieure et superficielle du cœur, dans la région correspon­
dante à la partie supérieure de la cloison, et placée un peu audessous de la naissance de l’artère, une ecchymose d’un pouce
d'étendue, laissant intacte la séreuse au-dessous de laquelle se
trouvait le sang épanché. Cette ecchymose correspondait à une
rupture du cœur qui se continuait dans la partie supérieure delà
cloison, la divisait dans toute son étendue, établissant ainsi une
communication entre les deux ventricules : la rupture se prolon­
geait ainsi à la partie antérieure de la paroi du ventricule droit.
Dans le ventricule gauche, deux colonnes charnues étaient
divisées incomplètement. 11 n’y avait ni sang épanché dans le
péricarde, ni fracture du thorax; il existait une contusion du
cerveau avec fractures du crâne, du maxillaire inférieur, des deux
os coxaux et rupture du bassin.
Ce cas est intéressant à ce point de vue qu’il fournit un exem­
ple de rupture des parois cardiaques. Bien que les archives de
la science renferment des faits de cette nature, ceux-ci sont,
cependant, bien rares. Déjà Haller s’étonnait du manque d'obser­
vations de rupture des tendons du cœur, surtout à cause de
leur faiblesse et des efforts qu’ils sont obligés de supporter.
Sér ac suppose l’existence de ces ruptures intercardiaques, en
indiquant les conditions qui doivent les faciliter, comme on peut
le voir dans le passage suivant : « la partie interne du cœur ne
doit pas être exempte des suppurations et des ulcères. A ne
consulter même que la structure, il semble que c’est dans les
cavités, c'est-à-dire dans les ventricules, que ces maladies doi­
vent arriver plutôt que dans le reste de la substance qui forme
cet organe ; car les colonnes sont fines en plusieurs endroits ;
elles se croisent, quelques-unes traversent les ventricules. Or,
dans les efforts du cœur elles peuvent être tirées trop fortement
ou être déchirées; leur action peut même, à leur racine, forcer
la substance du cœur, et occasionner des inflammations et des
suppurations. Il paraît qu’elles sont d’autant plus à craindre,

CAVITÉS DU CCEUR.

115

que la membrane qui revêt le cœur est fort mince et que le sang
peut être poussé facilement dans les ventricules » (1).
Mais il paraît que l’illustre anatomo-pathologiste ne connaissait
pas un seul fait de rupture des piliers ou des tendons du cœur.
Je ne sais pas pourquoi il émet à peine l’idée que ces parties ne
doivent pas être exemptes, d’autant plus que les observations de
divers médecins, Bcnivénius, Du Laurens et Lazare Rivière, qu’il
cite tout exprès à l’appui de sa proposition, ne s’expliquent nulle­
ment sur ce fait. Ce sont des cas d’abcès et d’ulcérations de la
surface interne du cœur, mais non de rupture des parois ou ten­
dons de cet organe.
Morgaqui ne rapporte aucun cas de rupture des parois ni des
cordes tendineuses.
L’excellent académicien de Bologne cite, il est vrai, l’histoire
d’un cuisinier, s’adonnant copieusement au vin, qui succomba le
jour suivant de son entrée à l’hôpital Sainte Marie de cette ville,
le 30 avril 1707, à une énorme dilatation du cœur, dont les fibres
volumineuses étaient très-déchirées, au point que les colonnes char­
nues, tombant dans les ventricules, cédaient facilement à la traction
des doigts. Voici comment s’exprime ce savant anatomo-patholo­
giste : « In thorace et ventre agua erat ; non magna tamen copia. Sed
in illo cor ex majoribus quœ unquam viderim, cdque, ut auricula quoque dextra, quai valde erat dilatala, et vasa coronaria, quœ ampla
exstabant, sanguinis plénum atri, et ferme /luidi, sine alla pohjposa
concretione. Magni autem hujus cordis fibrœ laxissimœ erant ; ut vel
ipsœ, quœ in ventriculis promènent,columnœ facillimè sequerentur trahentis digitos » (2).
Mais il suit de là, non pas l’existence de la rupture des fibres
ou colonnes du cœur lésé, mais tout simplement la disposition,
la facilité de sa production à l’examen cadavérique, ce qui est
bien différent.
Corvisart est le premier qui ait relaté des faits positifs de
rupture des colonnes charnues et des tendons du cœur. Suivent
trois observations que le médecin impérial décrit comme se rap­
portant à cette altération : la 33*, la 40* et la 410 de son ouvrage
classique sur la matière.
La première observation, qui est un exemple de rupture des
tendons de la portion extérieure de la valvule mitrale, concerne
(1) üp. cit., t. n, p. 3S6.

(2) De Sed. et caus. morb. per anal. indagatis, lib. n, épist. xxi.

�■116

ALVARENGA.

\m individu de 39 ans qui fut atteint de fluxion de poitrine en
novembre 1799 et mourut de cette maladie l’année suivante,- à
l’hôpital de la Charité. « La grande portion de la valvule mitrale,
dit ce distingué cardiopathologiste, qui est au devant de l’orifice
de l’aorte, ne tenait plus par les tilets tendineux aux colonnes
charnues auxquelles ces tilets vont se rendre » (1).
La deuxième observation, bon exemple de rupture d’un des
piliers de la valvule mitrale, d’autant plus qu’elle llottait libre­
ment dans la cavité ventriculaire, concerne un homme vigou­
reux, de 30 ans, entré à l’hôpital de la Charité dans un des pre­
miers mois de la Révolution, présentant les extrémités légère­
ment enflées, le pouls petit très-fréquent et irrégulier, les batte­
ments du cœur très-forts, tumultueux et irréguliers. L’individu
ne pouvait rester en repos, étant dans un état indicible d’agita­
tion et d’anxiété. Ces symptômes prirent une rapide et extrême
intensité et le patient mourut au milieu d’horribles souffrances.
La troisième observation a trait à un homme de 34 ans, vigou­
reux, entré a la clinique interne le 24 mars 1803, dans un état
d’anxiété extrême et avec des douleurs si fortes dans la région
précordiale qu’elles lui arrachaient des cris, surtout la nuit. Il
expira deux jours après : l’examen nécroscopique fit constater la
division de deux colonnes charnues du ventricule gauche. « En
examinant les tendons des piliers qui soutiennent ces valvules,
on vit que deux d’entr’eux avaient été anciennement rompus ;
les extrémités de ces deux tendons étaient mousses, lisses, et
arrondies à l’endroit de leur rupture » (2). Le cœur était trèsdilaté, les parois du ventricule gauche épaissies, et la valvule
mitrale garnie de quelques excroissances mollasses, d’apparence
charnue. La valvule tricuspide était insuffisante par dilatation
de son orifice respectif.
Depuis Corvisart, de nombreux observateurs ont noté des cas
de ruptures intra-cardiaques, les unes isolées, les autres accom­
pagnées de ruptures des parois du cœur, quelques-unes produites
par l’ardeur de l’acte génital. Il serait superflu, nous semble-t-il
du moins, de nous étendre sur les citations de ce genre.
Il reste établi que les ruptures du cœur dues à des causes occa­
sionnelles et à des causes organiques, c’est-à-dire ayant pour
(1) Corvisart : op. citât., 3m*clas., ch. 2.
(2) Op. cit., p. 269.

CAVITÉS DU CŒUR.

117

origine des efforts, des violences extérieures ou des altérations
de texture, sont beaucoup plus fréquentes dans le ventricule
gauche que dans toutes autres régions du cœur; qu’elles se pro­
duisent plus souvent à la face antérieure du ventricule que dans
tout autre point de cette cavité ; que leur fréquence est sensi­
blement égale dans les différentes parties profondes du cœur ;
enfin, qu’elles sont très-rares dans les cloisons intra-cardiaques.

§ m.
Communications primitives ; leur siège et leur fréquence.
Voyons maintenant en quel point de la portion ventriculaire
du cœur sont le plus fréquentes les communications primitives,
congénitales ou liées à des vices de conformation.
Il se produit dans ce genre de perforations, tout l’inverse de ce
qui se vérifie dans les ruptures accidentelles, relativement à leur
siège. Mettons en fait que c’est presque toujours dans la cloison
interventriculaire et à sa base, au bas des valvules sigmoïdes,
qu’elles ont été pour la première fois observées, tandis que les
secondes sont assez rares, ainsi qu’il résulte de nos recherches.
Sur dix cas de communication interventriculaire, recueillis par
Louis (I), neuf fois l’ouverture était située à la base de la cloi­
son (2), et une fois à sa partie moyenne (3). Nos observations
personnelles disent qu’elle existe toujours à la base delà cloison.
L’ouverture interventriculaire est ordinairement disposée de
façon que le sang du ventricule droit peut passer facilement par
l’aorte, ainsi que le démontrent nos observations, et grand nom­
bre de faits rapportés par le Dr Gintrac (4),.... ou bien par le ven­
tricule gauche, comme ce savant professeur en cite de nombreux
exemples (fi).
(1) Mém. ou recli. anatomo-pathologiq. Paris, 1826.
(2) übs. 7, 8, 9, 10, 13, 16, 17, 18 et 20.
(3) Obs. 11.
(4) übs. 6, 11, 32, 42, 47, 49 et 31.
(5) Dans son excellent ouvrage {Obs. et rech. sur la cyanose, Paris, 1824),
cet éminent praticien nous a fait l’honneur d’offrir un exemple et cite
23 observations pour confirmer ce fait. Nous pourrions ajouter, après sérieux
examen de ces observations, que nous différons d’opinion avec l’illustre
Directeur de l’École de Médecine de Bordeaux En premier lieu, aux obser-

�ALVARENGA.

Dans les autres points de la cloison, on a, mais très-rarement,
observé une ouverture interventriculaire. Louis rapporte, comme
nous l'avons dit, une observation (extraite dû Journal général de
Médecine, 1817) dans laquelle l’ouverture existait à la partie
moyenne de la cloison : 2 ...Au milieu de la cloison des ventricu­
les, un trou elliptique d'un pouce de large et garni d’un corps
fibreux à son pourtour » (I).
Il y avait au milieu de la séparation des deux ventricules un
fait digne de remarque, que Galien suppose être plus fréquent que
les prétendues ouvertures qui établiraient normalement une com­
munication entre ces deux cavités r « quœ igitur in corde apparent
foramina, ad ipsius potissimum medium septum, prœdictœ cornmunitatis
gratiâ, exliterunt (De usu partium, lib. VI). » Voilà à quoi nous con­
duit une doctrine uniquement posée sur les données de l’imagi­
nation !
J ’ai exposé, dans une autre Mémoire (2), les raisons de l’hypo­
thèse du célèbre médecin de Pergame ; et comment les anato­
mistes, respectant depuis tant de siècles son autorité, ont pu
accréditer en définitive son erreur.
Nous démontrerons plus loin le siège de l’ouverture ventricu­
laire, sur lequel nous appellerons tout particulièrement l’atten­
tion. C’est dans la base du ventricule, mais au-dessous de la
valvule mitrale, qu’est le siège, le plus fréquemment constaté, de
laperforation interventriculaire. J ’ai déjà cité l’ouvrage de Louis
qui rapporte une observation recueillie par le Dr Hall Jackson, dans
laquelle la communication anormale est ainsi décrite : « A la
base de cette ossification (située à la base de la valvule tricuspide) il existait un troisième trou qui aboutissait au ventricule
gauche, sous la valvule mitrale immédiatement, et pouvait
admettre l’extrémité du petit doigt (3).» Nous reviendrons sur
l’appréciation de ce siège de l’ouverture interventriculaire.

•

valions qu’il a rapportées doivent s’ajouter trois autres consignées dans son
ouvrage (obs. 1, 18 et 36); en 2°’° lieu, des faits mentionnés par ce professeur,
il faut en retrancher deux dans lesquels il n’indique aucune ouverture interventriculaire.
(1) Op. cit., p. 320.
(2) Considérât, et obs. sur l’époque de l’occlusion du trou ovale et du canal
artériel ; Lisbonne, 1869.
(3) Op. cil., p. 31?.

♦

CAVITÉS DU CŒUR.

119

Le Dr Buhl a décrit un cas de communication entre le ventri­
cule gauche et l’oreillette droite par une ouverture de la partie
supérieure de la cloison. L’autopsie fit voir : le ventricule gauche
un peu hypertrophié ; à la partie supérieure de la cloison, la
substance musculaire transformée en un tissu fibreux, épais, dans
le milieu duquel était un orifice ovale (d’un centimètre 1/4 dans
le plus grand diamètre, et d’un centimètre dans le plus petit),
circonscrite par un anneau cartilagineux, solide, et conduisant à
l'oreillette droite, immédiatement au dessous de l’insertion de la
valvule tricuspide. Les valvules aortiques étaient amincies ; le
ventricule droit dilaté ; la valvule tricuspide très-épaissie,
rugueuse et rétractée, principalement dans l’ouverture anormale,
étant ainsi devenue insuffisante. Artère pulmonaire dilatée ; cali­
bre de l’aorte diminué.
L’auteur attribue l’ouverture anormale à une inflammation
ulcérative de la cloison durant la vie fœtale un peu après la nais­
sance. Le cas fut observé sur une fille de 19 ans (Henle,
Zeitschrift fur rat. Med. Band V, Heft I, el Arch. gen. de Sued.,
1835, p. 106).
Enfin, l’ouverture anormale peut être située de manière que les
4 cavités cardiaques communiquent toutes en même temps ; on
en trouverait un exemple dans le fait observé par Thibert, qui le
décrit ainsi : « ... A la réunion de la cloison des oreillettes et de
celle des ventricules, une large ouverture irrégulière, dont le
pourtour était formé par des franges membraneuses jaunâtres,
et qui faisait communiquer les quatre cavités ensemble (I). «
Au surplus, il est admis que le siège prédominant des ouver­
tures anormales de la cloison ventriculaire du cœur, provenant
de vices de conformation, se trouve à la base ou partie supérieure
de la cloison interventriculaire.
Ceci posé, examinons quel est le point d’élection des perfora­
tions de la cavité auriculaire du cœur, et dans quel rapport il se
présente avec celui des mêmes accidents du ventricule.
Les oreillettes sont, d’après l’observation, le siège de perfora­
tions déterminées tantôt par des causes occasionnelles, externes
ou internes, tantôt par des causes organiques ou des altérations
de tissu, tantôt par des vices d’organisation ou des anomalies.
(1) Bull, de la Faculté. 1819 : fl Deguisf, De la Cyanose cardiaque: Paris,
1843.

�120

ALVARENGA.

CAVITÉS DU CŒUR.

Celles de cette dernière espèce sont les plus fréquentes, dit-on,
ainsi que celles des ventricules, dans la cloison respective, en
établissant des communications entre les deux oreillettes.
Nous avons vu que les ouvertures anormales, considérées en
masse, étaient beaucoup plus fréquentes dans les ventricules,
surtout dans la ventricule gauche, que dans les oreillettes. Mais
si nous considérons uniquement les perforations des deux cloi­
sons intrà-cardiaques, les communications interauriculaires et
interventriculaires, nous reconnaîtrons que les premières sont
beaucoup plus fréquentes que les secondes.
La communication interventriculaire est ordinairement due au
défaut d’occlusion du trou ovale. La valvule ovale n’adhère pas
entièrement par toute sa circonférence a l’anneau ovale ; mais
elle en est séparée, à la partie antérieure, dans une plus ou
moins grande étendue.
La persistance du trou ovale, chez l’adulte, coïncide la plupart
du temps, ainsi que l’ont prouvé plusieurs observations de Pineau,
Riolau, Lower, Kempfer, Bartholin et de beaucoup d’autres pra­
ticiens. Nous-même, nous avons déjà dit (1) dans quelles condi­
tions Botal a observé ce trou qui a pris son nom.
Les annales de la Science contiennent bon nombre de cas
observés à tous les âges, même dans la vieillesse. Le Musée de
l’Ecole de médecine de Lisbonne peut être consulté avantageuse­
ment à ce sujet, du reste, comme sur beaucoup d’autres points.
Enfin, l’observation nécroscopique a démontré :
1° Que la cloison des ventricules et des oreillettes est le siège
d’élection des perforations du vice de conformation ou anomalie ;
2° Que les communications interauriculaires sont beaucoup
plus fréquentes que les interventriculaires ;
3° Que le siège prédominant des perforations est d’une part les
oreillettes, notamment la fosse ovale, de l’autre les ventricules à
la base et à la partie supérieure de la cloison.
Avant de passer à un autre chapitre, résumons les sièges des
perforations interauriculaires et interventriculaires :
En ce qui concerne la région auriculaire, nous noterons :
1° l'ouverture- constituée par la persistance du trou ovale, près
de laquelle se trouve une valvule incomplète, rudimentaire ou

complètement absente. Dans ce cas, la cloison est ordinairement
peu étendue (1), et alors complète ou rudimentaire ; — 2° les
orifices, plus grands ou plus petits, de la valvule ovale, dont
nous donnons plusieurs exemples ; — 3° les perforations en quel­
que point que ce soit de la Cloison, dont nous fournirons égale­
ment un cas (2) la valvule ovale pouvant être complète et fermer
complètement le trou correspondant ; — 4° l’ouverture formée par
l’absence de la cloison en totalité ou en partie ; — 5° l'ouverture
constituée par l’absence d’adhérences, simplement, de la valvule.
C’est en quelque sorte un anneau ovale conservant ses dimen­
sions ordinaires, cette valvule s’étendant assez pour boucher
complètement l’anneau ovale. Mais les bords de la valvule restent
séparés, offrant en marge la forme semi-lunaire; ou bien restent
appliqués sur la face gauche de la portion contiguë de la cloison,
adhèrent en partie par les côtés et forment un canal oblique de
l’une à l’autre oreillette. Dans ces cas, dont nous avons observé
beaucoup d’exemples, il se fait ordinairement un passage du sang
de l’une à l’autre cavité, parce que la valvule bouche le trou
ovale.
La communication interauriculaire, à cause de la permanence
du trou ovale, est plus fréquente que toutes les autres réunies
(non comprise la dernière variété décrite plus haut). C’est là un
fait important qu’il convient de ne pas perdre de vue.
Quant à ce qui concerne la région ventriculaire, nous avons à
signaler : 1° l’ouverture de l’espace membraneux sous-aortique.
Cet espace, constitué par l’endocarde droit et gauche, avec un
tissu fibreux et des fibres musculaires, est situé à la base des
valvules aortiques droites et postérieures gauches, se prolon­
geant plus ou moins dans l’intervalle des bords respectifs des
deux valvules dont l’angle supérieur manque quelquefois. Une
ouverture située à la partie inférieure de cet espace établit
une communication entre le ventricule gauche et l’oreillette

(1) Cons. et obs. sur l'époque de l'occlusion du Irou ovale et du canal arté­
riel] Lisbonne, 1869.

121

(1) Sir Lawrence a montré en 1814 au Dr Farre un cas dans lequel la
cloison auriculaire était formée seulement par une fibre très-mince, muscu­
laire, ayant un large trou ovale dépourvu de valvule ( Without an y valve).
(2) Ce cas fort curieux est décrit par Hein ( 18'6, de istis cordis deformationibus quœ sanguinem venosum cum arterioso permittunt ; Gœltingue) ; il
y avait deux oreillettes ; mais à la marge ou limite du trou ovale se voyaient
trois perforations en trois endroits différents. Ces faits sont cités dans le
Précis tli. et pratiq. des mal. du cœur, par C. Forget.

�ALVARENGA.

CAYTTÉS DU CŒUR.

droite (l) ; cette ouverture occupe tout l’espace, et établit une
communication entre les trois cavités c’est-à-dire du ventricule
gauche avec l’oreillette et le ventricule droits. Finalement, la
perforation peut exister, non pas à la base du cœur, mais dans le
point de contact des deux cloisons, résultant de cette communi­
cation entre les quatre cavités cardiaques, ainsi que nous en
voyons un exemple dans l’observation de Thibert. Ces ouvertures
occupent tout l’espace membraneux, qu’en raison de sa situation
nous avons appelé sous-aortique et mitral, et non pas interventri­
culaire, parce que, dans tous les cas, cette dénomination serait
très-impropre. Les Anglais lui donnent le nom d'undefcnôed spaee,
En autre lieu nous traiterons, avec plus de détails, de ce point
d’anatomie. — 2° L’ouverture se trouvant à la base du cœur, ou
dans la partie de la cloison qui sépare le ventricule gauche de
l’infundibulum ou conus artériosus, faisant plus ou moins partie
de l’origine de l’artère pulmonaire. C’est un fait rare. D’apres le
Dr Peacock, il existe au musée de l’hôpital Saint Thomas,
deux pièces qui confirment cette disposition. Dans le musée
Dupuytren, une pièce analogue (n° 32), offerte par Corvisart,
correspond à la 43* observation rapportée dans l’ouvrage de cet
éminent observateur (2). — 3° Deux ou trois ouvertures dans l’es­
pace membraneux sous-aortique qui, ainsi, ne reste jamais bien
fermé. — 4° Des ouvertures en différents points de la cloison,
toujours plus fréquentes à la base ; — o° l'ouverture qui se trouve
près du sommet du cœur ; — 6° l’ouverture par absence d’une
partie de la cloison, plusieurs fois observée à sa base ; — 7° enfin,
la cloison peut complètement manquer, ce qui réduit le cœur à
un seul ventricule.
Sénac rapporte, d’après les renseignements fournis par Pozzis,

l’observation d’un homme de 27 ans, dont le cœur, d’un volume
extraordinaire, n’avait qu'un ventricule et contenait seize onces
de sang (l).
De toutes ces communications, celles qui sont constituées par
des ouvertures ou absence de l’espace membraneux sous-aorti­
que, sont incomparablement plus fréquentes que celles situées
en quelqu’autre point de la cloison. Et, entre les diverses variétés
que nous avons établies, l’ouverture de la base de cet espace,
faisant communiquer les deux ventricules, est celle qui s’observe
le plus communément. C’est là un fait important sur lequel nous
reviendrons.
Il peut arriver que les deux cloisons manquent en môme
temps; alors le cœur n’est formé que d’une oreillette et d’un
ventricule, anomalie dont on rencontre des exemples dans les
ouvrages de Peacock, de Cruveillier, et autres observateurs.
Nous ne quitterons pas ce sujet, sans indiquer deux conditions
anatomo-pathologiques qui ont avec lui d’intimes rapports.
L’une consiste dans la dilatation simple de la membrane sousaortique du côté droit, formant dans le ventricule droit une
convexité plus ou moins grande, soit une espèce de petit sac. Le
célèbre professeur Rokitansky, de Vienne (Autriche), possède
plusieurs pièces de ce genre, et le Dr Hare en a présenté en 1863
un beau spécimen à la Société pathologique de Londres (2).
Cette disposition paraît être une transition à une rupture qui
deviendrait ainsi beaucoup plus facile.
La seconde disposition consiste dans la formation de petites
poches, dans l’une des lamelles de la valvule tricuspide. Voyons
comment se produit ce phénomène qui, du reste, est fort rare.
Quand l’ouverture de la base de la cloison ventriculaire existe
sans autre altération (ce qui s’observe rarement) soit du cœur,
soit des gros vaisseaux à leur origine, l’ondée sanguine est lan­
cée du ventricule gauche dans le droit, ce que l’on doit supposer
en raison de la plus grande puissance de ce ventricule. D’un
autre côté, l’ouverture droite de la perforation siège au bas de la
zone de l’orifice auriculo-ventriculaire droit. De ces deux condi­
tions, il résulte que le sang, poussé dans le ventricule gauche,
ira frapper la face ventriculaire de la portion correspondante de

122

(1) Aux observations déjà citées ou peut joindre la pièce pathologique
présentée par le Dr Daldv en 1833, à la Société Médicale Hantérienne.
(2) Celte pièce a été recueillie sur un enfant de 12 ans et demie qui
entra à l’hôpital de la Clinique interne le 12 avril 1797. A l’autopsie, on
trouva dilalation des oreillettes, hypertrophie de ventricule d ro it. et avec
communication ainsi décrite : « Cette même cloison, à l’endroit de la nais­
sance de l’artère pulmonaire, était percée d’une ouverture ronde qui pouvait
admettre l’extrémité du petit doigt. Cette ouverture communiquait directe­
ment avec la cavité du ventricule gauche; les bords en étaient lisses et
blanchâtres dans toute leur étendue. » (Essai sur les mal. (tu cœur, p. 278»
Paris, 184).

(1) Corvisart, op. cil., p. 286.
(2) Peacock, op. cil.

123

�DE CAPDEVILLE.

V2 î

HOPITAUX MARITIMES.

la valvule tricuspide, qui à ce moment se lève. Cette portion de
valvule se dilate eu un ou plusieurs points, et, par la continua­
tion des chocs du sang, elle finit par présenter une ou plusieurs
petites poches ou dilatations. Cette disposition anatomo-patholo­
gique, décrite en 1838 par le Dr Thurnam il propos des anévrys­
mes du cœur, se trouve indiquée dans l’ouvrage du Dr Peacock (I)
qui affirme qu’il en existe un exemple au musée du Collège
royal des Chirurgiens.
L’ouverture pour la permanence du trou ovale est plus fré­
quente que celle qui a son siège dans la cloison ventriculaire.
[A suivre.)

RAPPORT SUR LES HOPITAUX MARITIMES
PRÉSENTÉ A LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE

Par le

DE CAPDEVILLE.

I 2o

En commençant, la commission doit déclarer que si elle a cru
devoir insister surtout sur les faits et les enseignements prati­
ques qui ressortent des expériences déjà faites sur les hôpitaux
maritimes,—-elle n’a pu complètement passer sous silence le côté
scientifique et purement médical de la question ; — elle a pensé
que la Société de médecine ne pouvait aborder la question des
hôpitaux maritimes sans toucher aux principes mêmes sur les­
quels se fonde cette institution, et sans faire jaillir de sa discus­
sion des arguments nouveaux en faveur de la proposition dont
elle veut prendre l’initiative.
C’est pourquoi elle a consacré une première partie de ce rap­
port a rassembler les faits qui se rattachent à la médication
maritime pour la cure des affections scrofuleuses, particulière-'
ment chez les enfants.
Ces faits, comme tous ceux qui dérivent d’une action thérapeu­
tique complexe, peuvent se diviser en plusieurs categories sui­
vant qu’on envisage les divers éléments de la médication ; nous
les rapporterons aux deux points de vue suivants :
1° Action de l’eau de mer ;
2° Action de l’atmosphère maritime et des agents généraux de
l’hygiène.

M e s s ie u r s ,

Dans la séance du 4 décembre dernier, M. le professeur Pirondi
soumettait à la Société la proposition suivante :
En présence du projet formé par l’Administration municipale
de construire un hôpital de convalescents, la Société de méde­
cine de Marseille ne pourrait-elle pas émettre le vœu que cet
hôpital, élevé dans une position favorable au bord de la mer, put
servir en même temps au traitement des enfants scrofuleux et
permît de réaliser, pour notre cité, une idée qui a été mise à
exécution par diverses villes de France et d'Italie ?
Notre distingué confrère demandait en même temps qu’une
commission fût nommée pour étudier la question et préparer les
bases d’un rapport qui, discuté au sein de la Société, serait adresse
à l’Administration.
Cette double proposition, favorablement accueillie, a été suivie
de la nomination d’une commission dont je viens vous présenter
aujourd’hui le travail :
(l).Op. cit.

CHAPITRE I.
A.—L’eau de mer emprunte à scs propriétés physiques et chi­
miques un double mode d’action qui doit la faire considérer
comme un agent de médication hydrothérapique et de médication
minérale. Une rapide analyse de ces propriétés nous permettra
de mettre ce fait en relief et d’en déduire certaines indications
thérapeutiques pour le sujet spécial qui nous occupe.
Sa densité, supérieure à celle de l’eau douce et de la plupart des
eaux minérales, varie un peu avec les divers bassins maritimes ;
dans la Méditerranée, elle est de 1,032.
Cette pesanteur spécifique plus élevée a pour effet : de soute­
nir mieux les corps qui y sont immergés, d’agir sur leur surfaco
avec une pression plus grande et d’augmenter la puissance du
choc toutes les fois que l’eau est animée d’une certaine vitesse ;
il en résulte pour le baigneur : plus de facilité et moins de

�! 26

DE CAPDEVILLE.

dépense musculaire pour se maintenir en équilibre à sa surface,
une compression plus active du système circulatoire périphéri­
que, enfin, une action plus énergique de la percussion sur les
tissus.
La température varie avec les saisons ; elle suit assez bien celle
de Patmosphère, mais à la différence de cette dernière, sa marche
est plus régulière, son état est plus stable et elle est beaucoup
moins sujette à ces changements brusques qui font varier si
souvent la température de l’air. Sans entrer dans le détail des
oscillations annuelles, mensuelles ou diurnes de la température
de la mer, — oscillations qu’on peut jusqu’à un certain point
prévoir et toujours apprécier à l’aide du thermomètre, — nous
pouvons dire d’une façon générale que, dans nos climats, elle
est toujours inférieure à celle du corps, ce qu’on reconnaît fort
bien à la sensation de fraîcheur qu'on éprouve en s’y plongeant.
De là cette conséquence : que l’eau de mer doit ctre considérée
comme un agent de réfrigération, dont on peut graduer les effets
par le moment qu’on choisit pour en faire usage et par la durée
de l’immersion.
Les mouvements dont la mer peut être animée varient aussi
dans de grandes limites; sa surface immobile et polie comme
une glace lorsque le temps est calme, devient agitée sous l’in­
fluence du vent, de mouvements ondulatoires plus ou moins
étendus ; ses ondes, tantôt se bornent à produire dans la masse
du liquide un balancement agréable, tantôt acquièrent, en se
brisant sur le rivage, une vitesse considérable et constituent,
sous le nom de lames, de véritables douches naturelles dont le
choc peut être utilement mis à profit.
Les phénomènes électriques qui se passent au sein de la mer
sont trop peu connus pour que nous puissions avancer quelque
chose de certain sur l’action de l’électricité marine ; si nous en
faisons ici la mention , c’est pour solliciter de vos recherches
quelques données plus précises.
De ces propriétés physiques de l’eau de mer, il est facile de
conclure à son action sur l’organisme : la réfrigération, lors­
qu'elle ne dépasse pas certaines limites, entraîne après elle une
réaction favorable qui se traduit par l’activité de la circulation,
l’énergie des battements du coeur et la coloration de la peau;
cette réaction est rendue plus facile et plus énergique par l’action
stimulante du choc des lames sur la surface du corps, par l’es­

HOPITAUX MARITIMES.

127

pèce de gymnastique à la quelle le sujet a dû se livrer pour résis­
ter à cette impulsion , enfin, par la détente qui sc produit à la
périphérie dès que l’influence compressive du liquide a cessé; en
un mot, l'action hydrothérapique de l’eau de mer se traduit par
une excitation générale à laquelle nous allons voir concourir
aussi son action minérale.
La composition de l’eau de mer a de tout temps intéressé les
chimistes et on en a fait des analyses nombreuses qui ont assez
bien déterminé le nombre et la proportion des sels qui s’y trou­
vent dissous; cette composition n’intéresse pas moins le physio­
logiste, car il est probable que les substances salines diverses
qu’on y a signalées, doivent concourir pour une large part à son
action sur le corps humain ; malheureusement nos connaissances
à cet égard sont encore fort restreintes ; à part quelques faits
bien appréciés, le reste n’est qu’hvpothèses dont nous devons
nous contenter pour le moment. Au point de vue minéral, les
eaux de la mer sont rangées parmi les eaux chlorurées sodiques;
la forte proportion de chlorure de sodium (près de 3 °/0) qu’elles
renferment les place à juste titre dans cette classe : elles parta­
gent donc avec ces dernières les propriétés excitantes qui les
caractérisent. Mais les autres sels qu'elles contiennent, et en
particulier les bromures et les iodures, certaines substances
organiques dont on n’a pu saisir encore la nature, ne doivent pas
être-non plus sans action. Quoi qu’il en soit, les principes miné­
raux de l’eau de mer agissent de deux façons : par leur action
topique et par leur absorption. Leur action topique se traduit
manifestement par une excitation plus ou moins vive suivant les
sujets : l’éréthisme nerveux, le prurit, l’érythème fugace, qui
surviennent après le bain, chez certaines personnes, en sont une
preuve manifeste; de plus, tout le monde sait que la coloration
de la peau est bien plus vive, que la réaction est bien plus fran­
che au sortir d’un bain de mer. L’absorption de l’eau de mer et
des principes qu’elle renferme est un fait aujourd’hui constaté :
nul doute que la pénétration, au sein des liquides et des tissus,
de certaines de ces substances n’ait une action réelle sur les phé­
nomènes d’endosmose et de nutrition dont nos divers organes
sont le siège.
En résumé, la résultante de la double action de l'eau de mer
sur l’organisme est un effet stimulant qui porte sur les fonctions
de la vie animale et de la vie végétative.

�128

DE CAPDEVILLE.

Avant de passer à l’étude des applications qu’on a faites de la
médication maritime , qu’il nous soit permis de faire remarquer
quelles conditions avantageuses le voisinage de la mer réalise au
point de vue économique; ici la nature semble avoir tout réuni
pour, qu’à peu de frais, la somme de ses effets utiles soit mise
à profit ! Une immense nappe d’eau d’une minéralisation uniforme,
dont le soleil se charge d’élever la température à un degré suffi­
sant, à laquelle le vent imprime un mouvement continu, qui
l'entretient dans un état de pureté et d’homogénéité parfaites et
lui donne des qualités nouvelles, voilà ce que nous offre la mer
qui baigne nos côtes. Dans la question qui nous occupe, ce point
de vue n’est peut-être pas inutile à signaler: n'est il pas de
nature, en effet, à faire ressortir plus encore la nécessité qu’il y a
à ne pas laisser perdre de pareilles richesses?
"Parmi les maladies qui peuvent bénéficier de l’action stimu­
lante de l’eau de mer, de tout temps on a placé au premier rang
les maladies scrofuleuses, et, en particulier, celles qui se déve­
loppent chez les enfants.
Nous pourrions citer bien des autorités qui constatent la remar­
quable aptitude de l’enfance à retirer des effets avantageux de la
pratique des bains de mer; M. Dutrouleau, qui a fait delà ques­
tion une étude spéciale, pose en principe : « que l’enfance est
l'âge auquel convient le mieux et se généralise le plus le traite­
ment par la mer. » MM. Le Bret, Brochard, qu’une longue prati­
que sur nos plages maritimes a mis à même d’acquérir une
expérience particulière , portent le même jugement. Et cela
se conçoit: à cet âge tous les ressorts de l’organisme offrent une
souplesse qui leur permet de se plier facilement devant des con­
ditions nouvelles et d’y subir une trempe plus solide si ces con­
ditions sont favorables ; or, en est-il de meilleures que celles qui
stimulent l’énergie fonctionnelle, favorisent la nutrition et main­
tiennent un juste équilibre dans l’évolution des tissus.
En ce qui concerne la scrofule, l’utilité, l'urgence même de cette
médication, ressortent encore mieux de l’état particulier dans
lequel se trouvent les sujets : ici la nutrition est languissante,
l’hématose se fait mal, soit que les appareils qui président à la
circulation du sang fonctionnent d’une façon imparfaite, soit
que les organes chargés de sa régénération ne s’en acquittent que
d'une manière incomplète ; la fibre est molle, sans énergie, comme

HOPITAUX MARITIMES.

U29

étouffée par la surcharge adipeuse; tantôt le système nerveux est
incapable de répondre aux excitants Qrdinaires, tantôt ne trouvant
plus de frein dans une circulation régulière, il y répond outre
mesure. Cet état peut varier dans ses degrés, depuis le simple tem­
pérament lymphatique jusqu’à la scrofulose la plus avancée, mais
il reconnaît toujours une même origine. Le raisonnement indique
que l’action de l’eau de mer doit être ici souveraine; mais, mieux
que le raisonnement, les faits doivent parler. Depuis quelques
années, l’expérience des effets de la médication maritime sur les
maladies scrofuleuses de l’enfance s’est pratiquée sur une grande
échelle ; elle a permis d’asseoir sur des bases certaines un juge­
ment qu’on aurait pu croire peut-être anticipé. Nous avons le re­
gret de ne pouvoir vous présenter une analyse des observations
qui ont été faites, pendant une période de plusieurs années, à
l’hôpital provisoire de Berck-sur-mer; mais quelques faits em­
pruntés à la pratique de nos voisins d’Italie, faits signalés dans
l’ouvrage de Barellai, ceux que chacun de vous pourra nous com­
muniquer, nous permettront sans doute d’appuyer sur des preu­
ves irréfutables les excellents effets de la balnéation marine.
Voici les faits extraits du livre de Barellai :
Le professeur Zanetti donne l’observation d’un enfant de six
ans, atteint de tumeur blanche scrofuleuse du coude gauche, avec
fistule articulaire, tumeur blanche commandant l’amputation;
après un premier séjour à l’hôpital maritime de Viareggio, où il
fut traité par les bains de mer, le malade fut guéri de tous les
accidents et ne conserva qu’une ankylosé, qui céda elle-même
par l’emploi prolongé de la même indication.
Au même établissement, une observation du professeur Burci;
enfant atteint de tumeur blanche du pied, qui le retenait depuis
cinq ans dans un hôpital de Florence ; après un mois de séjour à
Viareggio, l’enfant pouvait marcher avec des béquilles, et quel­
que temps après retourner complètement guéri dans sa famille.
Le professeur Castoldi, qui dirige l’établissement de Voltri,
s’exprimait ainsi dans son rapport: des ophthalmies persistant
depuis plusieurs années, des blépharites ciliaires avec ulcérations
de la cornée, des kératites, les adénites, les ulcérations scrofu­
leuses ont été toutes guéries, ou tout au moins notablement amé­
liorées, dans un laps de temps relativement court; nous avons
observé comme effets des plus marqués, sous l'influence de la mé­
dications saline : le réveil de l’appétit et avec lui de la nutrition
9

�130

DE CAPDEVILLE.

générale, lo retour des couleurs, de la vivacité, de la vigueur, la
menstruation chez les jeunes filles a été singulièrement facilitée.
Parmi les observations les plus intéressantes, il cite les suivan­
tes : un jeune homme de -19 ans, atteint de carie de l’astragale et
du calcanéum droits, avec deux trajets fistuleux, et impossibilité
de se servir du pied a pu marcher sans aucun appui après cin­
quante bains.
Trois cas de tumeur blanche du cubitus chez de jeunes enfants
de six à sept ans. ont été complètement guéris.
Il fait remarquer qu’à l’aide de cette médication on peut comp­
ter plus que jamais sur les efforts de la chirurgie conservatrice,
à tel point que l’amputation deviendra une ressource extrême à
laquelle on n’aura recours que dans les cas les plus rares.
Dans ces observations, nos confrères n’ont cité que les cas les
plus remarquables ; mais on pourrait rassembler en foule les faits
d'engorgement strumeux, de fistules, d’ulcérations scrofuleuses
définitivement guéris par l’emploi de l’eau de mer.
Notons ici que ces résultats remarquables sont dus à un emploi
rationnel et médical de l’eau de mer, qu’ils n’ont pu être obtenus
que sous la surveillance attentive et éclairée du médecin ; trop
souvent, en effet, on est disposé à livrer à l’empirisme, ou à l’ins­
piration du malade, une médication qui ne peut produire toute
son action qu’autant qu’elle est scientifiquement appliquée ; si
dans maintes circonstances l’usage de l’eau de mer n’a pu répon­
dre aux espérances que l’on fondait sur elle, si quelquefois elle a
paru être nuisible, c’est que les règles fondamentales étaient né­
gligées. Ceci nous amène à dire quelques mots des divers modes
d’emploi de l'eau de mer, et des précautions qu’ils réclament.
Le bain entier, celui qu’on prend sur la plage même, est assu­
rément le mode qui a donné les meilleurs résultats: ici, en effet,
tous les agents de la médication sont mis à profit : immersion
générale et réfrigération subite, lorsqu’on a soin de plonger rapi­
dement le sujet dans le bain ; action de l’eau sur toute la surface
du corps ; exercice très-actif soit pour se soutenir sur l’eau, soit
pour résister à l'impulsion du flot, tout cela concourt à produire
une réaction favorable. Mais il faut se rappeler que la durée de ce
bain ne doit pas dépasser certaines limites variant avec les sujets,
sous peine de ne pas voir arriver la réaction qu’on recherche.
Si le bain entier est le moyen le plus puissant, tous les malades
ne peuvent malheureusement en user de prime abord ; les uns

HOPITAUX MARITIMES.

131

- ont des lésions qui ne leur permettent pas de subir les mouve­
ments nécessaires à son emploi, d'autres trop affaiblis ou trop
irritables ne pourraient le supporter; aussi a-t-on reconnu la né­
cessité d’administrer l’eau sous d’autres formes et d'après des
procédés plus délicats.
Le bain de baignoire, à la température extérieure, constitue un
autre mode qui est appelé à rendre de grands services : le sujet, à
l’abri des mouvements intempestifs de l’eau et des agents exté­
rieurs, peut facilement y être porté ety trouve encore l’action exci­
tante du froid et des principes minéraux de l’eau.
Ce bain entier, trop énergique encore, a dû parfois être remplacé
par des bains locaux, pédiluves, manuluves, de simples applica­
tions topiques qui, dans maintes circonstances , ont été d’utiles
préparatifs à une application plus étendue.
Pendant la saison froide, et lorsque l’eau est à une température
beaucoup trop basse pour être supportée sans danger, on doit
la chauffer à un degré suffisant pour que son usage ne soit pas in­
terrompu.
Les affusions, sous forme de douches ou simplement d’irriga­
tion, peuvent rendre encore de grands services, soit pour agir
d’une façon spéciale sur certaines régions, soit pour aider et fa­
voriser la résolution de certains engorgements.
L’eau de mer en boissons a été également employée, tantôt
pour faire appel à ses propriétés purgatives, tantôt dans le but
de livrer à l’absorption une plus grande quantité de principes
minéraux.
On le voit, on a compris que pour retirer de la médication mari­
time tous les bénéfices qu’elle est appelée à rendre, il fallait faire
appel aux procédés que la pratique éclairée de l’hydrothérapie a
permis de reconnaître comme les meilleurs, qu’en un mot, il ne
fallait pas se borner à considérer l ’eau de mer comme un simple
agent de l’hygiène, mais bien comme un puissant modificateur,
qui ne demandait qu’à être intelligemment manié ; si quelque
chose étonne, c’est qu’on ait si longtemps attendu pour arriver
à cette conviction, quand on voit tout les travaux d’art qui se
sont faits autour de sources minérales, souvent fort minces et
souvent fort loin de posséder des vertus aussi réelles que celles
de l’eau de mer; peut-être a-t-on eu delà peine à considérer cette
masse d'eau, qui forme les trois-quarts du globe, comme capable
de servir à autre chose qu’aux ébats de quelques amateurs de na­

�132

DE CAPDEVILLE.

tation; aussi c'est-il avec raison que M. Fonssagrives a pu dire:
« si l ’eau de mer venait, par suite d’un cataclysme, à se réduire à
deux ou trois griffons, on y courrait comme on court aux eaux du
Rhin ou des Pyrénées. »
B. — Si l ’eau de mer possède une action bien puissante pour
combattre les manifestations scrofuleuses de l’enfance, nous
allons voir que l'atmosphère maritime et les agents généraux de
l’hygiène, dans un lieu bien choisi, viennent encore augmenter
et compléter cette action.
L’atmosphère maritime présente dans sa composition, dans sa
pureté, dans la mobilité dont elle jouit, quelque chose de spécial
qui de tout temps a été fort apprécié pour le traitement de cer­
taines maladies.
Au point de vue de sa composition, l’air de la mer renferme
une proportion d’acide carbonique moindre que celle du continent
et des villes surtout-, il est en même temps plus riche en oxygène.
Bien que les analyses soient fort délicates, car ces variations se
maintiennent dans des limites très-étroites, souvent à peine ap­
préciables à nos moyens d’investigation , ce fait n’en paraît pas
moins prouvé, et trouve sa raison d’être dans la plus grande so­
lubilité de l’acide carbonique dans l’eau. Outre cette richesse
relative en oxygène, l’air marin renferme certains principes dont
l’influence ne doit pas être négligée ; l'odeur spéciale qu’on sent
sur les bords de la mer serait due à des vapeurs d’iode, de brome,
peut-être de chlore, qui se dégagent à la suite des décompo­
sitions incessantes qui se passent au sein du liquide ; nos sens
seuls sont capables de reconnaître la présence de ces principes,
qui doivent agir a la longue sur l’organisme. De plus, les vents
entraînent toujours dans l’ail* une certaine quantité d’eau natu­
rellement poudroyée qui emporte avec elle ses principes salins;
le fait que nos lèvres, après un séjour un peu prolongé sur le
bord de la mer, acquièrent une saveur salée, le prouve surabon­
damment ; cette eau en suspension est respirée et fait pénétrer
par la surface pulmonaire de sensibles proportions de sel marin.
L’humidité de l’atmosphère qui baigne les côtes est un fait
reconnu ; cette atmosphère trouve, en effet, dans le voisinage
d’une immense surface d’évaporation les conditions nécessaires
pour atteindre son degré de saturation ; néanmoins, les vents qui
l’agitent sans cesse s’opposent à ce que, dans nos pays au moins,
cette vapeur d’eau se précipite sous forme de brouillards.

HOPITAUX MARITIMES.

133

La pureté de l’atmosphère maritime trouve sa raison d’être
dans l’absence de toutes les causes qui peuvent l’altérer. Aussi
ne faudrait-il pas prendre, pour la juger, celle qu’on respire dans
les villes maritimes, pas plus que celle de l’intérieur d’un navire,
où tant d’éléments concourent à la vicier. Il sera donc néces­
saire, si l’on veut jouir de cet avantage, de s’éloigner suffisam­
ment des grands centres et de choisir un lieu où toutes les causes
capables de répandre dans l’air des principes nuisibles soient
autant que possible absentes. C’est pour la même raison qu’on
devra rechercher cette position sur un point du littoral, où les
décompositions parfois très-actives qui se produisent sur le rivage
ne puissent se faire ; une plage de sable ou de galets sur laquelle
la mer ne découvre pas trop, loin de l’embouchure d’un fleuve ou
rivière, est le meilleur endroit.
La mobilité dont jouit l’atmosphère maritime remplit un rôle
important au point de vue de sa pureté et de son action ; les brises
régulières qui s’établissent journellement de la mer vers le conti­
nent, en s’opposant à la stagnation des couches inférieures, as­
surent la pureté de cette atmosphère et la maintiennent, pendant
les chaleurs de l’été, dans un état de fraîcheur relative, dont on
apprécie beaucoup le prix ; ces vents réguliers stimulent agréa­
blement la surface du corps et préviennent l’action dépressive
d’une température trop élevée et trop lourde. Mais il faut avoir
soin de ne pas s’exposer à l’excès d’action produite par des
brises trop fortes, qui agiraient d’une façen nuisible sur certains
organismes faibles, d’éviter surtout ces brusques changements
de vents qui, en modifiant trop rapidement les conditions mé­
téorologiques, produisent chez les malades et les valétudinaires
des accidents sérieux ; c’est pourquoi, le point choisi doit être
autant que possible à l’abri de certains vents trop forts ou trop
froids, comme l’est le mistral dans notre pays.
Les agents de l’hygiène se trouvent dans les conditions géné­
rales de climat, de localité, d’isolement et de mode d’existence.
Un climat tempéré, comme l’est celui de la Provence, une loca­
lité bien exposée, entourée d’arbres, éloignée de tout foyer, où
peuvent régner des maladies endémiques ou épidémiques, sont
déjà d’excellentes conditions de séjour, auxquelles viennent se
joindre les avantages d’une existence rendue plus facile par le
grand air, la lumière, l’exercice et le calme qui environne les
sens.

�m

DE CAPDEVILLE.

Plus qu’aucun autre, le séjour sur le bord de la mer se rapproche
du séjour à la campagne, et l’on sait quels bénéfices les enfants
retirent de ce dernier. Aussi tous les auteurs qui ont écrit sur le
traitement maritime, insistent-ils sur les avantages du séjour au
bord de la mer ; on a même été jusqu’à lui accorder une action
plus efficace qu'à l’usage des bains, ce qui est évidemment exa­
géré, surtout lorsque cet usage se fait avec les soins et la mé­
thode qu’on doit y apporter.
Pour résumer les développements dans lesquels nous sommes
entrés, et les soumettre sous une forme synthétique à votre dis­
cussion, nous nous permettons de vous poser la question sui­
vante :
Est-il démontré que la cure maritime, médicalement instituée,
est appelée à rendre, plus qu’aucune autre médication, de grands
services dans le traitement des affections scrofuleuses de l’enfance?

CHAPITRE II.
Nous abordons maintenant la seconde partie de ce rapport, celle
qui a trait particulièrement à l’institution des hôpitaux ma­
ritimes.
Un rapide coup d’œil historique nous permettra de suivre les
progrès qu’en peu de temps cette idée a réalisés, et de tirer des
enseignements utiles sur la façon dont on l’a mise à exécution.
L’idée d’utiliser dans un but hospitalier le voisinage de la
mer a, sinon pris naissauce, du moins reçu sa première exécu­
tion en Italie. En 1853, le professeur Barellai soumettait à la
Société de médecine de Florence une proposition tendant à l’éta­
blissement d’un hôpital maritime pour les enfants scrofuleux.
Dans un discours, remarquable par les vues élevées et généreu­
ses qu’il renferme, Barellai expose les circonstances dans les­
quelles il a été entraîné à cette idée, les raisons qui plaident en
sa faveur, et arrive sans peine à la faire partager à ses auditeurs;
mais cela ne suffisait pas; l’idée admise, il fallait des fonds pour
la mettre à exécution. Un comité se forme, on fait appel à la libé­
ralité des personnes charitables, Barellai préside à tous les pré­
paratifs, et, trois ans après, il peut venir annoncer à la Société
que l’établissement «s’élève à Viareggio, au fond du golfe de la
Spezia, dans une position choisie avec soin. Ce laps de trois an­

HOPITAUX MARITIMES.

435

nées ne paraîtra pas trop long si l’on songe que Barellai n’a voulu
faire appel qu’à l’initiative privée, et a tenu à dégager l’institu­
tion des entraves officielles. Pendant les premières années on ne
put recevoir qu’un petit nombre de malades, tant à cause de
l’exiguité de l’établissement naissant, que des frais assez élevés
de transport des malades ; néanmoins, grâce au concours des
médecins qui ont tenu à honneur de subvenir eux-mêmes aux
frais des premiers envois, grâce au bon esprit des administrations
hospitalières, qui ont vite compris les avantages de la nouvelle
institution, le nombre des enfants a pu rapidement augmenter;
c’est ainsi qu’en 1861, il s’élevait au chiffre de 102 ; en 1866, au
chiffre de 199. Nous avons mentionné quelques-uns des résultats
obtenus dans ce premier établissement.
Mais le zèle de Barellai ne s’arrêta pas là. La propagande active
qu’il fit par ses discours, par ses écrits, entraîna bientôt d’autres
villes d’Italie à suivre l’exemple de Florence , et aujourd'hui
l’institution des hôpitaux maritimes en Italie est représentée par
cinq établissements élevés sur le bord de la mer : à Yiareggio,
Livourne, Yoltri, sur la Méditerranée, Fano et San Benedetto sur
l’Adriatique. Ces établissements reçoivent non-seulement les en­
fants des villes voisines, mais encore ceux des villes éloignées
du littoral et situées dans un même bassin géographique.
La France est moins avancée : avec une admirable position
géographique, baignée par deux mers sur une étendue considé­
rable de côtes, possédant de grands centres populeux dans le
voisinage de la mer, elle n’a encore qu’un seul hôpital maritime,
et cet hôpital a été élevé par les soins d’une ville de l’intérieur !
Il est vrai de dire que les immenses ressources que possède l’As­
sistance publique de Paris lui ont permis de suffire aux dépenses
qu’exige un établissement de cette nature, et de construire un
hôpital qui peut être considéré comme un modèle du genre ; mais
on doit s’étonner néanmoins que des villes comme Nantes, Bor­
deaux, Marseille n ’aient pas encore songé à profiter de leur posi­
tion exceptionnelle qui, pour elles, diminuerait singulièrement
les frais considérables de transport que s’impose la ville de
Paris.
L’origine de l’hôpital Napoléon, édifié à Berck sur mer, remonte
à l’année 1861; à cette epoque, l’Administration fit construire sur
cette plage, paraissant réunir les meilleurs conditions, un hôpital
provisoire pouvant recevoir cent malades, et destiné à faire, dans

�DE CAPDEVILLE.

HOPITAUX MARITIMES.

les conditions médicales le plus convenables, des essais sur les
avantages de la cure maritime pour les enfants scrofuleux ; des
expériences continuées pendant huit années sous la direction de
MM. les docteurs Térocliaud, Labric, Triboulet, sous le contrôle
des médecins des liOpitaux de Paris qui envoyaient les malades
et les examinaient au retour, ont donné les résultats les plus dé­
cisifs ; en mettant en évidence la supériorité du traitement ma­
ritime, elles ont décidé l'Administration de l'Assistance publique
à transporter presque exclusivement le traitement des maladies
scrofuleuses de l’enfance sur les bords de la mer, et, en consé­
quence, à transformer l’hôpital provisoire en un hôpital définitif,
pouvant recevoir 700 enfants. Edifié dans l’espace de vingt-huit
mois, cet hôpital a été solennellement inauguré au mois de
juillet 1869.
Quelques détails empruntés aux divers journaux qui ont donné
un compte-rendu de la séance d’inauguration, et la description
du nouvel établissement, nous permettront de signaler ce qu’il
y a de plus important et de tirer quelques indications utiles sur
la façon dont un hôpital du même genre devrait être élevé. Nous
ne voulons donner ici, bien entendu, qu’un aperçu très-général
des conditions qui devraient être réalisées au point de vue mé­
dical ; dans le cas où votre proposition serait acceptée, et où l'avis
de la Société serait demandé (ce qui est désirable), il vous serait
facile de compléter ces indications et de fournir un plan beaucoup
plus détaillé.
Comme position, l’hôpital Napoléon se trouve sur une plage
remarquablement unie, sans galets, sans ruisseaux, limitée par
un cordon continu de dunes et de garennes -, sur aucun pointée
son voisinage ne se trouve de ports, ni de ces dépôts vaseux qui,
à mer basse, rendraient la plage peu salubre ; en un mot, cette
position répond parfaitement aux conditions que nous avons
cherché à mettre en relief dans la première partie de ce rapport.
Serait-il impossible de trouver dans les environs de Marseille un
point aussi favorablement situé? Nous ne le pensons pas. Les
belles plages ne manquent pas assurément sur notre littoral, et
la Méditerranée a l’avantage de n’être pas soumise au flux et
au reflux. L’ennemi le plus sérieux qu’il faudrait fuir ici c’est
le mistral, dont nous avons déjà signalé les effets nuisibles ; il
suffirait pour cela de chercher quelque site abrité au fond d’une
crique, entouré d’un petit bois de pin maritime, formant comme
un rideau de verdure autour du nouvel hôpital.

L’établissement de Berck s’élève à quelques mètres seulement
du rivage, de sorte (pie les malades n’ont à parcourir qu’un très
petit espace pour se rendre aux bains; sa forme est celle d’un fer
à cheval, élevé de deux étages, faisant face a la mer ; sur toute
cette façade court une galerie couverte pouvant servir de prome­
nade par les temps froids. Aux étages supérieurs se trouvent les
dortoirs de 36 lits,.au nombre de 14; au rez-de-chaussée deux
dortoirs spéciaux pour les malades atteints des membres infé­
rieurs, ce qui permet de leur éviter des montées et des descentes
fort pénibles ; le reste est occupé par les salles d’étude, les réfec­
toires, etc. A côté du corps de logis principal on a construit un
pavillon isolé renfermant une infirmerie de 80 lits destinés aux
enfants qui, en cours de traitement, seraient atteints de maladies
aiguës ou contagieuses.
Pendant la belle saison, les bains se prennent à la mer même,
et tous les enfants qui peuvent s’y rendre, ou qu’on peut y porter
sans danger , sont tenus d’y entrer sous la surveillance de per­
sonnes chargées de ce soin ; le vestiaire placé à proximité permet
aux baigneurs de se sécher et de s’habiller rapidement, ce qui est
très-important pour favoriser une réaction salutaire; quoique le
bain soit pris en commun par tous les enfants d’un même sexe,
il est facile d’éviter que l’immersion ne dépasse la durée néces­
saire pour chaque malade, car les nouveaux et non aguerris sont
l’objet d’une surveillance spéciale : d'autre part, l’animation qui
règne au milieu de cette espèce de récréation n’est pas un des
éléments les moins favorables h une prompte réaction.
Pendant la saison froide, l’eau de mer est à une température
trop basse pour qu’on puisse faire baigner les enfahts sur la
plage même ; afin de ne pas interrompre le traitement, on a
creusé, au centre de l’établissement, une vaste piscine dans un
local chaud et humide, susceptible de reproduire, autant que
possible, par l’élévation de température de son atmosphère et de
son eau, les conditions habituelles des bains ; par un système fort
simple, l’eau de la mer est amenée dans cette piscine et portée à
la température nécessaire. On a calculé que dans ces conditions
le bain de chaque enfant revient environ ù 10 centimes, ce qui
est une dépense bien faible en regard des excellents résultats
que donne la balnéation ainsi continuée sans interruption. M. le
docteur J. Simon a retracé dans un récent article de la Gazette des
hôpitaux l’excellente impression qu’il a rapportée h la suite de
la dernière visite qu'il a faite h Berck-sur-mer.

136

437

�138

DE CAPDEVILLE.

Indépendamment, de la piscine, seize baignoires sont disposées
pour les bains chauds d’eau douce ou de mer, en toute saison,
bains destinés aux malades qui ne pourraient supporter sans un
préjudice notable l’immersion dans l’eau froide.
Enfin, une salle d’hydrothérapie, des bains de vapeur se trou­
vent aussi dans l'établissement.
On sait que l’Assistance publique n’a rien négligé pour faire de
cet établissement un hôpital tout à fait à la hauteur de l’usage
auquel il est destiné, et pouvant, par l’ensemble de ses disposi­
tions, servir de modèle qu’on peut imiter.
Devant cet exemple, la ville de Marseille peut-elle rester indif­
férente? son importance, sa situation, le nombre élevé des enfants
scrofuleux qui affluent dans ses hôpitaux, ne lui commandent-ils
pas de suivre une voie si bien tracée par la ville de Paris?
En dehors des considérations humanitaires qui se rattachent à
une œuvre de ce genre, considérations qui, par elles-mêmes, ont
une bien grande valeur, il nous sera facile de démontrer que l’in­
térêt bien entendu des finances hospitalières plaide en faveur de
l’idée que vous proposez, que les sacrifices qu’il faudra s’imposer
dans le principe ne tarderont pas à trouver une large compen­
sation.
Tous les médecins, appelés à pratiquer dans les hôpitaux, ont
été à même de voir avec quelle lenteur marchent les affections
scrofuleuses de l’enfance dans les milieux ordinaires où elles sont
traitées, et quels longs séjours font dans les salles les jeunes en­
fants qui viennent y demander nos soins ; plusieurs y restent
jusqu’à ce que la mort vienne les en arracher, d’autres, plus heu­
reux, en sortent guéris, mais trop souvent pour y revenir bientôt
par le fait des récidives ou de nouvelles manifestations: le relevé
statistique des enfants traités dans les hôpitaux de Marseille pen­
dant une période de quelques années, la moyenne du séjour à
l’hôpital, le nombre des rentrées diraient en chiffres éloquents
la place que les maladies scrofuleuses du jeune âge occupent
dans nos salles, l’encombrement qui en résulte au détriment des
maladies aiguës. S’il existe un moyen d’abréger notablement la
durée du séjour à l’hôpital et de prévenir ces récidives si fré­
quentes, l’administration n’aura-t-elle pas réalisé une économie
sensible? En formant le projet d’élever un hôpital de convales­
cents, ne poursuit-elle pas le même but? ne cherche-t-elle pas les.
moyens de rendre plus vite et plus sûrement aux malades en voie

HOPITAUX MARITIMES.

1.30

de guérison la santé et la vigueur? eh bien! les enfants scrofu­
leux doivent être considérés comme des malades dont la conva­
lescence s’éternise s’ils restent plongés dans le milieu si peu fa­
vorable des grands hôpitaux, dont la convalescence marche au
contraire avec une remarquable rapidité s’ils sont transportés sur
le bord de la mer.
Le vœu que nous émettons n’est pas nouveau ; un de nos dis­
tingués confrères de la ville d’Aix, M. le docteur Payan, lors du
congrès scientifique qui eut lieu en 1867 dans cette ville, à la
suite d’un brillant plaidoyer en faveur des bains de mer au point
de vue de l’hygiène publique, exprimait le vœu que « dans un in­
térêt sanitaire de premier ordre, il fût créé par l’Etat seul ou
agissant de concert avec les administrations départementales, sur
des points de nos côtes reconnus salubres et les plus appropriés
à cette destination, quelques établissements de balnéation et
d’hydrothérapie marine. » Les membres de la section médicale du
congrès s’associèrent à l’unanimité à ce vœu.
La question, pour être considérée à un point de vue un peu
plus spécial, pour être limitée, ne perd rien de son opportunité,
elle en gagnerait même puisque nous avons vu que l’enfance est
l’âge auquel convient, par dessus tous, le traitement maritime ;
aussi pouvons-nous compter sur l’assentiment unanime des mé­
decins qui ont donné leur voix à la proposition précédente.
En présence d’une pareille unanimité dans le corps médical,
comme devant l’exemple donné par l'assistance publique, par
nos voisins d’Italie, l’administration municipale de Marseille
peut-elle hésiter? nous espérons que non. 11 ne s’agit, en effet,
pour elle que de transporter sur le bord de la mer l’hôpital qui
est en projet, de lui donner des proportions un peu plus grandes
et quelques installations particulières en vue du but spécial
auquel il serait appelé à répondre ; ce ne serait sans doute pas un
surcroît de dépenses bien considérable et nous avons la convic­
tion quelle }r trouverait une rapide compensation.
Qui dit, d’autre part, que les villes voisines, qui ont avec Mar­
seille de rapports si fréquents d’intérêts de toute nature, ne vou­
dront pas, elles aussi, concourir pour leur part à la création d’un
hôpital qui, en leur permettant de faire bénéficier leurs enfants
du traitement maritime, centraliserait le service d’un rayon étendu
comme cela se fait en Italie. De ce côté, le concours des méde­
cins de chaque localité nous est assuré: une entente serait facile

�110

A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

et de nos efforts communs résulteraient peut-être plus de chan­
ces de réussite.
Reste une dernière question, qui n’est pas sans importance
dans le cas particulier qui nous occupe : un hôpital maritime, tel
que votre Société le propose, sera-t-il de nature à répondre au
projet primitif de l’administration, celui d’un hôpital de conva­
lescents? Il nous semble qu’à cet égard le doute n’est pas permis,
que les convalescents d’affections les plus diverses devront y trou­
ver les conditions les plus favorables àleurpvompt rétablissement.
Outre que l'usage des bains de mer peut être pour une foule
d'entr’eux un précieux adjuvant pour la guérison, et cela surtout
pour les convalescents d’affections chirurgicales, le séjour au
bord de la mer sera pour tous une source de bénéfices incontesta­
bles : les mêmes raisons qui le font préconiser pour les natures
étiolées des enfants doivent le faire choisir pour les organismes
affaiblis par la maladie ; on n’aura pas à craindre l’action surex­
citante d’un air trop vif si l’on a le soin d’élever l'hôpital clans
un point également abrité des brises trop fortes de terre et de
mer, si on l’entoure d’une haie de verdure destinée à tamiser les
courants d’air trop impétueux et à offrir un lieu ombragé où les
malades pourront jouir des bénéfices de la promenade. C’est donc
sans crainte qu’on peut proposer à l’administration de transpor­
ter sur le bord de la mer l’hôpital qu’elle a le projet de construire.

duit une biologie fort avancée. Il y a dans cette œuvre beau­
coup de science et encore plus d’originalité. On y trouve
largement de quoi s'instruire et de quoi réfléchir.
Nous n’analyserons pas l ’ouvrage entier de M. Bergeret.
Qu’il nous suffise, pour en faire comprendre l ’esprit et la
portée, d’indiquer comment l ’auteur cousidèrela vie histolo­
gique et comment il applique sa doctrine à l’étude de l ’urine.
Pour M. Bergeret, la vie histologique est le résultat d’un
triple phénomène d’entrée, de combustion et de sortie, des
principes immédiats dans les éléments histologiques, phéno­
mènes dans lesquels l’entrée et la sortie des principes sont
continues et équivalentes en poids.
Pour que la santé soit bonne et que la vie persiste, il faut
qu’il sorte de l’organisme un poids de principes excrémentiels
égal à celui des principes nutritifs qui y pénètrent.
Ces principes incontestables conduisent l’auteur à une
hygiène, disons plus, a u n e médecine presque entièrement
basée sur l’étude scientifique des excrétions et notamment
île celle qu’on peut le plus aisément recueillir, l’urine.
À chaque modification survenue dans l ’excrétion urinaire,
M. Bergeret rattache un ou plusieurs états morbides. L’aug­
mentation et la diminution dans la quantité de ce liquide se
rencontrent dans un certain nombre d’états morbides que
l’auteur énumère avec soin, recherchant les applications
pratiques qui se déduisent de cette première donnée; les varia­
tions dans sa densité ont une plus grande valeur, elles per­
mettent de déterminer eu un instant les pertes éprouvées par
le corps, de mesurer le degré d’activité nutritive, déjuger
si « le foyer de la vie consume trop ou s’éteint. » Les réac­
tions chimiques ont plus d’importance encore. Voici d’abord
une donnée précieuse : Si la réaction de la totalité de l'iirine
rendue en 24 heures est acide, si, dans la miction qui suit
un repas, l ’urine est très acide, elle est, par contre, le matin,
neutre ou légèrement alcaline. Or, ce passage alternatif de
l’acidité prononcée à l ’alcalinité est indispensable à la bonne
santé et spécialement à l'hygiène de l ’appareil urinaire.
Lorsque Burine est constamment acide, c’est que l’orga-

de

C a p d e v il l e .

BIBLIOGRAPHIE.
Petit manuel pratique de la santé,

Par le D1B e r g e r e t (de Saint-Léger.)

Voici un livre qui promet peu et donne beaucoup. Son litre
semble annoncer qu’il est écrit pour répandre de simples
notions d’une hygiène vulgaire, tandis qu’en réalité il a
pour but. de faire connaître les applications auxquelles con­

lil

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

nisraeest dans un état particulier que l'on nomme acescence,
état dans lequel toutes les humeurs, salive, sueur, sucs intes­
tinaux, urine, ont. constamment une réaction acide.
Sous cette influence morbide, il se développe partout des
microphytes. Dans la bouche, les gencives deviennent rouges,
quelquefois boursouflées, les dents se gâtent et la muqueuse
se recouvre d’une pellicule blanche qui est constituée au mi­
croscope par le leptothrixbuccalis, et. quelquefois par l oïdium
albicans.
Dans l ’intestin, il se développe des cryptogames semblables,
oïdiés intestinaux, qui s’accompagnent d’entérite et de diarrhée.

lementdissous dans l ’urine, sont, suivant l ’auteur, au nombre
de soixante-dix. Il en résulte que cette humeur est la réunion
synthétique des principes qui naissent dans les actes divers
de la vie nutritive.
L’urine est donc « le miroir fidèle, le cliché journalier, la
photographie incessante du fonctionnement de l’organisme. »
Dans ce miroir, chaque trouble de la nutrition doit venir se
réfléter. Telle est la pensée dominante de M. Bergeret.
Voilà pour la partie doctrinale dont M. Bergeret recherche
ensuite longuement la preuve expérimentale.
Quant aux procédés par lesquels l ’auteur arrive à se rendre
compte des modifications subies par les urines, nous devons
signaler ici l'emploi, sur une grande échelle, de l’examen micrographique. Comme « tout, sel ayant une composition
« chimique spéciale, cristallise d’une manière spéciale, de la
« forme cristalline on peut sûrement conclure à la nature
« élémentaire de l’espèce. » Voilà donc l’emploi du micros­
cope érigé, à côté de la chimie, et en concurrence avec elle,
comme méthode d’analyse urinaire. C’est là encore un progrès
important dù à M. Bergeret., qui a su d’ailleurs obtenir de sa
méthode une foule de données utiles.
L’analyse des urines, ainsi perfectionnée, fournit des in­
dications pour reconnaître : 1° les maladies générales; 2’ les
maladies histologiques ; 3° la plupart des maladies organiques.
Les maladies générales dont parle ici l’auteur sont celles
que caractérise le passage dans l’urine des principes fonda­
mentaux du sang : l’eau , les matières albuminoïdes , les
matières amyloïdes, les matières grasses. Ce sont autant de
diabètes, l’hydrurie, l'album inurie, la glycosurie et la chylurie.
Les maladies histologiques sont, pour M. Bergeret, cons­
tituées par des troubles de nutrition qui aboutissent à la ré­
tention dans le sang, l ’accumulation ou la diminution de
principes autres que les éléments fondamentaux de ce li­
quide. Il y a ici des propositions assez contestables sur l’hyperehlorosodie et ses relations avec le scorbut., l’hypochlorosodie et ses rapports avec le purpura, la déphosphatie et son
influence dans l’étiologie de la scrofule.

142

Sur la peau, ces cryptogames prennent le nom de teignes.
Dans les reins et dans la vessie, ils végètent luxurieusement
et forment ce que M. Bergeret a le premier étudié sous le nom
de cryptogamie réno-vésicale. Une conséquence du dévelop­
pement de ces parasites est l’exfoliation de la muqueuse de
l ’appareil urinaire. De plus, l ’état acide est un état pour ainsi
dire hypotrophique, c’est-à-diie que les principes nutritifs du
sang, spécialement les albuminoïdes et la glycose, sont oxides
avec moins d’énergie, de sorte qu’ils produisent de l’acide
urique au lieu d’urée, et qu'ils sont souvent en excès dans le
sang. Mais, comme les reins sont aflèctés par les cryptogames
et par suite en partie dépouillés de leur épithélium, il arrive
alors que l’albumine et la glycose passent du sang dans les
veines, c’est-à-dire se diabétisent.
Lorsque l’urine est constamment alcaline, il y a un état
général que i on nomme alcalescence. Il se développe alors
des parasites non plus de l’ordre végétal, mais de l ’ordre ani­
mal, non plus des microphytes, mais des microzoaires. On
trouvedes infusoires dans le tube digestif, où existe en même
temps de la diarrhée, dans les sédiments urinaires où on ren­
contre en même temps des phosphates terreux, dans le sang
enfin, où les bactéries ne sont pas rares, surtout chez les indi­
vidus atteints de fièvres graves.
Après les caractères généraux de l ’urine, M. Bergeret passe
en revue les caractères spéciaux de ce liquide excrémentitiel.
Il en donne d’abord la composition : Les principes norma-

Ii3

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

Voici, par contre, des conclusions moins contestables, à
condition qu’on 11e les considère pas comme absolues :
Le tissu musculaire trahit ses maladies par un excès de
chlorhydrate d’ammoniaque, de sulfates , d’urée, de créatine, etc.;
Le tissu nerveux, par un excès de phosphates alcalins, par
de la cholestérinurie, etc.;
Le tissu osseux, par un excès de phosphate de chaux.;
Le tissu cartilagineux, par un excès de chlorure de sodium;
Le tissu lamineux, par un excès d’urates et d’acide urique;
Vient enfin la série des maladies limitées à un seul organe;
Le foie indique ses affections par la présence dans Furine
de la bile, de la leucine, de la graisse;
Le pancréas, par la présence de la graisse;
L’appareil urinaire par des cylindres, des éléments épithéliant, du pus, du sang, des cryptogames, des infusoires;
L'appareil de reproduction, par des spermatozoaires.
Si le livre sur l’urine, qui contient près de 250 pages, la
moitié environ du livre de M. Bergeret, est de beaucoup le plus
important de l’ouvrage dont nous donnons à nos lecteurs une
idée sommaire, deux livres pleins d’intérêt sont encore consa­
crés par l’auteur, l ’un à l’alimentation et l ’autre à l ’hygiène
cutanée.
Théorie dynamique de la chaleur, et circulation de la ma­
tière, telles sont les deux bases scientifiques données par
M. Bergeret à son étude de 1 alimentation. Les problèmes les
plus élevés de la biologie y sont étudiés d’après les concep­
tions les plus récentes de la science moderne.
Plus original, mais un peu exagéré dans ses opinions, lors­
qu’il traite de l’hygiène cutanée, l’auteur se base ici sur l’im­
portance physiologique de la peau , qu’il range d’après les
données de la physiologie expérimentale, et d’après l’étude
clinique des brûlures, parmi les organes essentiels à la vie.
Nous retrouvons, dans ce dernier chapitre, une notion d’une
immense valeur médicale et qui est relative à l ’importance
des fonctious excrémentitielles.
L’acide carbonique éliminé par les poumons est, comme

plusieurs substances éliminées par les reins, un produit
excrémentitiel. La peau, sous ce rapport, vient en aide aux
reins et aux poumons; il y a là, sous le rapport physiolo­
gique, un trio fonctionnel dont le rôle est immense. Nous ajou­
terons que, sous le rapport pathogénique, il y a aussi unesource immense d’études pour l’avenir. Aujourd’hui l ’on est
trop porté à 11e voir dans les organismes malades qu’une
disette des éléments nutritifs : le temps viendra bientôt où
l’on fera jouer un rôle au moins égal à l’encombrement dans
l’organisme de produits excrémentitiels; rien ne ressemble à
une anémie comme certaines septicémies.
Le champ de la pathologie est bien vaste. Nous excuserons
M. Bergeret de ne l’avoir pas parcouru en entier. Absorbé
qu’il est par la contemplation du mouvement de la vie nu­
tritive, notre auteur ne parait guère se douter qu’il existe un
système nerveux et une hygiène morale. Dans la nutrition
elle-même et dans les préceptes hygiéniques qui s’y ratta­
chent, il ne tient aucun compte des différences individuelles,
des tempéraments et de ces dispositions vitales qui font que des
hommes soumis à un même régime, à un même genre de vie,
présentent entre eux des différences immenses dans leurs mou­
vements nutritifs. Mais l'école moderne, impuissante a s’ex­
pliquer cette inconnue qui est la vie, la passe tout à fait sous
silence. Quelque incomplet, quelque mal divisé qu’il puisse
être, l’ouvrage de M. Bergeret n’en est pas moins une œuvre
extrêmement sérieuse, riche de vues originales et de détails
nouveaux, et qui renferme même les éléments d’une doctrine
biologique. Nous appelons vivement l’attention de nos con­
frères sur ce livre, dont le titre n’indique pas ce qu’il est.

Ui

US

�ISNARD.

146

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
SOMMAIRE : Correspondance imprimée et manuscrite. — Mort du D' Gouzian, vice-président. — Commission de vaccination. — Congrès médical

à Marseille.

Séance du 15 ju illet 1 8 7 0 . — Présidence de M. Yillard.
Correspondance imprimée: Compte-rendu de la Société de méde­
cine de Nancy. — Le protoxyde d’azote, son application aux opé­
rations chirurgicales, pay Preterre. — Annales de la Société
d’hydrologie médicale de Paris. —• Bulletin médical du Nord de
la France. — Bulletin de la Société académique du Var.
Correspondance manuscrite : Une lettre de M. Picard, absent pour
cause de maladie. En voici les principaux passages :
«................ Je propose d’instituer une vaccination régulière
dans le local de la Société, de façon a vacciner, avec du vacin
humain, gratuitement, les dimanches, de dix heures à midi,
quiconque en fera la demande, et de pouvoir donner, gratuite­
ment et régulièrement à tout médecin qui le demandera, du vac­
cin humain, non mélangé de sang et provenant de vaccinifères
connus et sains.
a Je ne puis développer ici mon idée, mais des expériences
m’ont permis de formuler les conclusions suivantes :
« 1° Le vaccin de génisse n’a d’action réelle que du quatrième
au sixième jour ;
« 2ÙLe vaccin de génisse est le plus souvent inefficace dans la
revaccination ; il produit un vaecinoïde là où le vaccin humain
donne une véritable éruption vaccinale ;
« 3° La compression du bouton de la génisse amène finalement
une sécrétion séro-purulente qui n’a aucune des propriétés du
vaccin ;
« 4° Enfin le vaccin de génisse ne peut se transporter ;
« o# Le vaccin humain réussit là où le vaccin animal a échoue;

147

« 6° Le vaccin humain sec peut être employé. Le vaccin de
génisse desséché n ’a jamais produit une pustule type ;
« 7“ Le vaccin humain, non mélangé de sang, ne peut trans­
mettre la syphilis.
Telles sont les raisons qui me font insister sur l’emploi du
vaccin humain et sur la conservation de ce dernier par la Société
de médecine, dans des conditions de pureté et d’innocuité sus
énoncées.
« Le rapport du Conseil d’hygiène, les conclusions du meeting
médical (chez Paz), le rapport de l’Académie de médecine con­
seillent la vaccination sur une vaste échelle comme le meilleur
moyen préventif de la variole. Il appartient à la Société de méde­
cine de se mettre à la tête de ce mouvement prophylactique,
de conserver, de donner, de répandre le vaccin humain, dont
l’action est incontestée depuis Jenner, et dont les bienfaits sont
assez grands pour qu’on n’aille pas lui substituer la vaccine
animale.
»
l
M. Deblicu lit un rapport sur le travail de M. Delmas, intitule ;
De l’hydrothérapie à domicile. (Envoyé au Comité de publication).

Séance du 29 juillet. — Présidence de 51. \illard .
Correspondance imprimée: Empoisonnement des eaux potables
parle plomb, par M. Reinvillier. — Journal de médecine de
l’Ouest. — Revue médicale de Toulouse.
En ouvrant la séance, M. le Président annonce officiellement la
mort de notre très-regretté Vice-président, le Dr Cfouzian ; il rap­
pelle le discours qu’il a prononcé sur sa tombe, et exprime encore
toute l’émotion qu’il ressent le lendemain d’une perte aussi dou­
loureuse, aussi imprévue.
M. Picard revient sur la proposition qu’il a adressée par écrit
dans la séance du Io juillet dernier, et demande d’instituer une
vaccination régulière avec du vaccin humain.
Jl. Seux père demande d’appliquer simplement le règlement, et,
sous l’influence varioloïque régnante, de faire immédiatement
fonctionner la Commission de vaccination, instituée des la fon­
dation de la Société.
M. Ménécier offre à la Société les ressources du dispensaire cen­
tral qui vaccine et donne gratuitement du vaccin.

�ISNARI).

NÉCROLOGIE.

M. Chapplain approuve la proposition de M. Picard. La ques­
tion mérite d'ètre portée à l'ordre du jour. 11 y a un vaccinateur
départemental chargé du vaccin animal, pourquoi ne s’occupe-t-on
pas également du vaccin humain ? Il y a la une lacune à combler.
M. Picard. Aujourd'hui, sauf au dispensaire central, on ne
trouve pas de vaccin humain ; il n’existe aucun dépôt officiel.
La proposition de MM. Picard et Seux est adoptée. Une Com­
mission. composée de MM. Picard, de Capdeville, Laugier, Seuî
fils, Poucel, sera chargée de vacciner régulièrement, de conserver
et de propager le vaccin.

après une discussion étendue sur les moyens à adopter, la Com­
mission chargée d’organiser le Congres fut nommée, et ainsi com­
posée :
MM. V il l a r d , Président de la Société Impériale de médecine;
I sna rd , Secrétaire général »
»
»
C o s t e , Directeur de l'Ecole de médecine et de pharmacie;
P ir o n d i , Professeur
»
»
»
P er r in , Président du Comité médical ;
P o u c e l , Secrétaire
o
»
S e u x Père, Président de la Société lo c a le d e s médecins des
Bouches-du-Rhône
C. O l l i v e , Secrétaire ;
V il l e n e u v e Père, Président de la Société médico-chirurgi­
cale des hôpitaux ;
T r a s t o u r , Secrétaire;
Mill o u , Président de l'Association d’assistance mutuelle ;
I soard , Secrétaire ;
F a b r e , Directeur du Marseille Médical ;
S a u v e t , Rédacteur
»
»
M é n é c ie r , Rédacteur-gérant du Sud Médical ;
M i t t r e , Rédacteur
»

118

APPENDICE.
LE CONGRÈS MÉDICAL A MARSEILLE.

L'idée d'un Congrès médical se trouve en germe dans un ar­
ticle de la Gazette médicale de Paris, écrit par M. de Ranse. L’auteur
convie tous les médecins de France à un plébiscite médical, c’està-dire à une réunion annuelle, tenue alternativement dans nos
principales villes de la province, et ayant pour but d’y discuter
nos intérêts scientifiques et professionnels. Vivement encouragée
par M. Villeneuve fils, dans le Marseille Médical (n° du 20 juin 1870\
cette idée fut reprise et mieux précisée par la Gazette qui, au lieu
d’un plébiscite, proposa cette fois un Congrès médical, désignant
Marseille pour en être le siège, et engageant notre journal d’en
prendre l'initiative. Mais, au moment où la rédaction du Mor­
eille Médical promettait son concours le plus actif, M. Bertulus
portait la question devant notre Société impériale de médecine.
Celle-ci, dans sa séance du U&gt; juillet, adopta avec empresse­
ment l’idée généreuse de se mettre à la tête du Congrès. Toute­
fois, elle discuta mûrement la question, dans la séance du 29
juillet, jeta les bases principales d’un programme, décida que,
sans négliger la science, on s’occuperait plus spécialement d’in­
térêts professionnels, qu'on ferait appel à tout le corps médical
marseillais, de manière à réunir les efforts de chacun et à donner
au Congrès un éclat digne de notre grande cité. Enfin , dans la
séance extraordinaire du o août, furent convoqués et entendus à la
fois les représentants de nos sociétés médicales, de nos journaux
de médecine et de notre Ecole de médecine et de pharmacie, et

110

Be r t u l u s ;
S ic a r d .

D'

Le Secrétaire-général,
(de Marseille )

C h . I sn a r d

NÉCRO LOG IE.

.

Au moment où nous terminions l’impression de notre der­
nier numéro, notre cher collaborateur et ami Gouzian nous
était brusquement enlevé , et le corps médical de Marseille
perdait un de ses membres les plus aimés. Sur sa tombe ,
M. Villard, président de la Société Impériale de Médecine.
M. Seux, président de l'Association Médicale des Bouches-duRhône, et M. Perrin, président du Comité Médical, se sont
rendus les dignes interprètes de la douleur publique.
Nous reproduisons aujourd’hui les deux premiers discours.

�150

NÉCROLOGIE.

Voici d’abord celui de M. Villard :
M e s s ie u r s ,

C’est avec les sentiments de la plus profonde douleur, qu’en
ma qualité de Président de la Société Impériale de Médecine de
Marseille, je viens dire un suprême adieu à notre excellent collè­
gue et ami le Dr Gouzian.
Cette tombe va nous ravir pour toujours un de ces hommes
dont les qualités morales et intellectuelles se révèlent aux yeux
de tous par des aspirations généreuses, par des sentiments nobles
et élevés ; un de ces hommes qui, sans cesse pénétrés de leurs
devoirs, se mettent au dessus de toutes les faiblesses et savent
mériter l’estime et la sympathie, je dirai plus, l’affection de tous
ceux qui les approchent.
Pour nous, Messieurs, qui avons vécu dans l’intimité de notre
regretté collègue, qui avons su apprécier la bonté de son âme, la
droiture de son esprit, nous sentons au plus haut degré l’étendue
de ce terrible malheur qui plonge dans un deuil éternel une fa­
mille déjà bien cruellement éprouvée, et qui plonge aussi dans
une amère tristesse notre grande famille médicale dans laquelle
Gouzian occupait une si large place.
Dans quelques instants, ceux de nos honorables confrères qui
sont à la tête du Comité médical et de l’Association médicale des
Bouches-du-Rhône vous diront la part active que notre collègue
a prise dans les actes et les travaux de nos associations locales
préposées au soulagement de l’infortune et à la défense de nos
intérêts moraux et matériels. Plus autorisés que moi, ils vous re­
traceront toutes les étapes d’une carrière honorablement remplie;
et ils vous diront surtout avec quelle justesse d’idées et qu’elle
pénétration de jugement, Gouzian savait formuler sa pensée ton­
tes les fois qu’elle avait pour mobile le bien être de tous, et
qu'elle avait pour base la force d’un désintéressement absolu.
Si le Comité médical et notre association départementale per­
dent en lui un esprit droit et éclairé, la Société Impériale de mé­
decine, dont il avait l’honneur d’être le Vice-Président, perd aussi
un de ses membres les plus distingués. Mûri par une expérience
d’autant plus solide qu’elle avait été acquise par une observation
aussi large que variée, Gouzian apportait dans nos discussions
scientifiques le poids d’un savoir incontestable auquel, naguères
encore, nous rendions tous un public hommage. Ai-je besoin de
vous rappeler avec quelle logique et quelle fermeté il affirmait ses

NÉCROLOGIE.

r&gt;l

convictions au sujet de la non-identité de la colique sèche et de
la colique saturnine? Bientôt vous pourrez lire dans le Marseille
Médical, organe de notre Société scientifique, un remarquable et
substantiel rapport de notre collègue sur un travail digne des
plus grands éloges, dû à la plume du Dr Fontaine et relatif au
traitement de la goutte par l’emploi combiné des alcalins et des
préparations arsenicales. Il suffirait de jeter un coup d’œil sur
la collection des Bulletins de notre Société savante pour recon­
naître que nos faibles paroles sont à cet égard bien au dessous
de vos appréciations personnelles.
Mais, Messieurs, si la circonstance présente ne me permet pas
de faire devant vous l’apologie complète de notre collègue, soyez
assurés que notre Académie ne manquera pas de payer un juste
tribut d’éloge et de regret à ce confrère digne d’être connu et
apprécié de tous.
Entouré de l’estime et de la considération générales, Gouzian
avait reçu, il y a six mois à peine, un témoignage bien mérité de
la sympathie et de la confiance de ses collègues, qui l’avaient
nommé à l’unanimité Yice-Président de notre Société de médecine.
Et, c’est à la veille de me succéder au fauteuil de la présidence,
c’est à la veille de prendre les rênes de notre Compagnie que no­
tre digne et bien aimé collègue s’endort du sommèil du juste,
dans la paix de celui qui tient tout dans ses mains toutes puis­
santes. Gouzian vient de succomber brusquement, à peine âgé de
•18 ans, à cet âge où le cœur et l’intelligence brillent par leurs
plus belles qualités ; à cet âge où l’homme qui a franchi les dif­
ficultés de la vie receuille les fruits de ses labeurs et de ses fati­
gues.
Cruelle destinée que la nôtre, Messieurs, qui nous force à cour­
ber la tête alors que la veille encore nous escomptions l’avenir
sur les épaves du passé. Notre collègue, brisé par les plus cruel­
les émotions, tombe frappé comme par la foudre au moment où
il disputait à la mort l’existence de son fils.
Hélas ! Messieurs, que* d’espérances détruites! Que de rêves
évanouis dans ce jour de tristesse et de deuil. Rien ne peut assu­
rément compenser de pareils désastres dans une famille. Oh!
mais, du moins, s’il est une consolation qui puisse adoucir l’amer­
tume et l’intensité d’une douleur sans égale, n’est-ce pas le sen­
timent qui a dirigé nos pas derrière ce cercueil dans cette der­
nière demeure? N’est-ce pas chez nous aussi cette affliction qui

�152

NECROLOGIE

fait battre douloureusement notre cœur et qui vient expirer plus
douloureusement encore sur nos lèvres?
Adieu, Gouzian, adieu, cher et excellent collègue; du haut du
ciel où ton âme s’est sitôt envolée, on tu as, sans doute, recula
récompense du bien que tu as fait en ce monde, du dévouement
que tu as montré dans ta vie médicale, de la charité que tu as
prodiguée dans ton ministère, du haut du ciel, dis-je, continue
ton œuvre pour ceux qui souffrent ici bas; veille sur tes enfants
et sur leur mère, mais veille aussi sur notre famille médicale,
dans laquelle tu étais si justement aimé et qui par cela même te
regrettera toujours.
Voici maintenant le discours de M. Seux :
Messieurs ,

La mort est d’autant plus cruelle qu’elle frappe ses coups à
l’improviste; c’est ainsi que vient de nous être enlevé l’honora­
ble confrère auquel, en ce moment, nous rendons les derniers
devoirs! La foudre se faisant entendre par un ciel pur et sans
nuages, ne surprend pas plus que ne l’a fait hier la nouvelle de
la mort de Gouzian !
Il y a quelquesjours à peine, ma main serrait sa main pleinede
de vie, après une conversation sur l’avenir de notre chère Asso­
ciation, et cette main, aujourd’hui froide et inanimée, ne peut
plus me répondre ! Voilà ce qu’est la vie, messieurs ; heureux si
celui qu’elle abandonne s'est préparé par ses actes une récom­
pense bien supérieure à toutes celles que la terre peut nous of­
frir! Gouzian est de ce nombre; il vient de mourir à 48 ans, on
peut dire au plus beau de l’existence pour l’homme, mais que ses
années d’âge viril furent bien remplies!
Dans la marine, où, en qualité de chirurgien, il passa les quinze
années de sa jeunesse ; dans la médecine civile, àMarseille, où
ses connaissances et la distinction de son esprit l’avaient fait
apprécier comme il le méritait; dans notre hôpital militaire, où
il fut appelé à occuper un service durant la guerre de Crimée,
partout, Gouzian se fit remarquer par son zèle, sa philanthropie
et son dévouement sans bornes ; aussi faut-il récompensé de ses
bons et loyaux services par la croix de la Légion d’Honneur, que
tou9, avec satisfaction, nous vîmes briller sur sa poitrine.
Mais, c’est surtout pour le Corps Médical que Gouzian fut bon;
M. le Président du Comité vous dira quelle impulsion il donna à

NÉCROLOGIE.

153

cette œuvre de bienfaisance, lorsqu’il fut appelé par nos suffra­
ges à succéder au respectable créateur de cette institution.
Je vous dirai, comme Président de l'Association Médicale des
Bouches-du-Rhône, que notre bien regretté confrère était de ceux
qui ne sont pas satisfaits lorsqu’il reste encore quelque chose à
faire, aussi, sans hésitation, vint-il s’inscrire parmi nos adhé­
rents et se mettre entièrement à notre disposition. Son aptitude,
sa connaissance des questions d’intérêt professionnel faisaient de
lui un sociétaire si précieux que, dans notre dernière assemblée
générale, il fut, à l’unanimité, nommé membre de notre commis­
sion administrative.
Le zèle qu’il apportait à tout ce qui peut améliorer la position
du médecin, l’avait poussé à Paris, au mois d’avril dernier, et le
faisait assister, à mes côtés, à notre assemblée générale de. l’As­
sociation des médecins de France.
Depuis longtemps la question d une caisse de retraite pour
tous le préoccupait au plus haut degré, aussi, sur ma prière,
s’était-il mis à l’œuvre avec quelques uns de nos honorables con­
frères, pour élaborer un projet sur cette question importante,
lorsque la mort est venue le frapper et nous priver ainsi de ses
lumières, de son bienveillant concours et de son dévouement !
Gouzian occupait un rang distingué dans notre conseil; quelle
perte cruelle pour nous ! Mais bien plus grande est-elle pour sa
famille éplorée , qui avait encore un si grand besoin de lui !
Notre cher confrère était le modèle des époux, le père le plus
tendre; le mal qui vient de le ravir à notre estime et à notre af­
fection est la preuve la plus évidente de la chaleur de cet amour
pour ses enfants. Quelle perte irréparable pour eux! Qu’en ce
moment solennel, ils reçoivent, du moins, avec leur digne mère,
l'expression de toutes nos sympathies les plus vives, et que. dans
leur chagrin, ils soient soutenus par le souvenir ineffaçable du
bien que leur père a fait, et par la pensée qu’il en a reçu la ré­
compense dans un monde meilleur ; car on peut dire de celui
que nous pleurons :
Transiit benefacierulo !

�&lt;'ORRESPONDANCE.

CORRESPONDANCE.

I 54

C O R R E SPO N D A N C E .
Un savant médecin. M. Alliot, auteur de plusieurs ouvrages
de philosophie médicale, vient d’adresser à M. Bertulus, à
propos de sa notice nécrologique sur M. L ordat, la lettre
suivante que nous reproduisons pour divers motifs que nos
lecteurs apprécieront facilement, et pour être agréable à
M. Alliot lui même, qui semble désirer cette publication (I).
La
M o n s ie u r

le

chauvellerie (Loir-et-Cher ) 11 juillet

1870.

P ro fesseu r ,

Votre bluette sur feu M. Lordat et la note qui raccompagne
me trouvent au fond de la Sologne ou je réside depuis quelques
mois.
Je vous remercie d'avoir bien voulu penser à moi ; vous ne
douterez pas du plaisir que vous m’avez fait en jetant les
sur une petite brochure que vous recevrez en même temps que
la présente et en reconnaissant l'autorité que vos six pages don­
nent à mes convictions.
Ces pages résument toute la philosophie, toute la vérité, et dans
leurs trois dernières lignes vous jugez comme il convient l’ina­
nité de la science contemporaine qui demande à la mort la raison de
la vie.
A la mort qui est le vide, le néant, la négation absolue delà vie
que peut-on demander? Quel édifice peut-on élever sur le vide?
Oui ! l'art salutaire a pour premier fondement l'éternelle morale, car
l’éternelle morale c’est Dieu, base, fondement de tout ce qui est.
Non! ce n'est pas dam les laboratoires ni même dans les amphi­
théâtres exclusivement que l'on devient médecin, mais bien dans les
hôpitaux, aux cours théoriques et pratiques que fortifie l'esprit
philosophique.
La vraie philosophie n'est-elle pas en effet l’amour de l’étude
delà cause première qui est Dieu ou la vraie sagesse, la vérité
sur laquelle se doit fonder la médecine réellement efficace.
(1) Entr’autres ouvrages de philosophie médicale, M. Allion vient d'en
publier un qui a pour litre: La vie dans la nature et dans l’homme, rôle
de l'électricité dans la vie universelle. 340 p. Paris chez Baillière, 1869.

153

Barthez, dites-vous, mit au jour ses Nouveaux éléments delà
science de l’homme dans lesquels, restituant à la philosophie médi­
cale l’idée de l’infini, de l’absolu comme principe immanent- de causalité
il établit, à l’exemple d'illustre devanciers, mais d’une manière plus
nette, la dualité du dynamisme humain, c'est à dire l’existence séparée,
en dépit de leur alliance intime, de l’âme et du principe vital.
Ici Monsieur le professeur nous ne sommes plus ensemble.
L’univers est un organisme infiniment grand, il est un et indi­
visible et Dieu en est à la fois l’âme et le principe vital unique, éternel.
Atome de l’esprit ou du principe vital universel, l’homme est
un organisme infiniment petit, mais un, indivisible comme l'univers,
où il est à la fois l'âme et le principe vital de lui-même. ( Par le
mot homme M. Alliot désigne évidemment ici le principe
psychique qui réside en nous).
Parodions Voltaire et disons: « Il n’est dans un homme qu’un
principe agissant, il ne peut y eu avoir deux, car ils seraient
semblables ou différents; s’ils étaient différents, ils se détrui­
raient l’un l’autre, et dès lors l’homme ne pourraient exister, et
s'ils étaient semblable ce serait comme s'il n'y en avait qu’un.
Aussi les philosophes qui ont admis deux âmes ont dû en
concevoir une troisième qui domine les autres. Des trois âmes
de Platon, une seule, l'intelligence, est divine et immatérielle, et
comme les deux autres sont matérielles et périssables, il est très
probable que le divin philosophe avait admis ces dernières seulement
pour le vulgaire.
« Pour l’homme comme pour l’univers, pour l'infiniment petit
aussi bien que pour l’infiniment grand , toujours nous serons
ramenés à l’unité de principe.
« C’est avec raison que vous soutenez, Monsieur le Professeur,
que la métaphysique est à certains points de vue une science
aussi certaine, aussi vraie que la physique et les mathémati­
ques, etc.
Il existe , en effet, deux sciences: la science humaine, artifi­
cielle, plastique, et la science naturelle, divine, métaphysique.
La première se distingue par son luxe, sa complication, ses
erreurs; acquise par l’étude et souvent avec peine, elle s’oublie
facilement. La seconde est simple, logique comme la vérité;
innée, infuse elle se conçoit et ne peut s'oublier.
Pourquoi (dites-vous), la physiologie n’aurait-elle pas son ontologie
alors qu’elle doit s'occuper en même temps du physique et du moral de
l’homme sujet de ses méditations ?
Cela est d’autant plus exact, que la métaphysique est la seule
physiologie vraie, naturelle, divine; seule, la métaphysique peut
nous donner la connaissance de l’être, ou âme, ou principe

�lofi

CORRESPONDANCE.

vital. La physiologie du scalpel, de la cornue et du microscope,
n'est que la physiologie du corps, de la matière, elle 7ie peut donc
pas être la physiologie de l'homme, car l'homme ce n'est point la matière,
ce n’est point le corps, l'homme c'est l'être, l'intelligence, l'esprit, l'âme.

« Ces réflexions doivent s’appliquer aussi a la pathologie et
il la thérapeutique, et nous pouvons ajouter que si jusqu a ce
jour ces deux sciences sont demeurées en arrière des autres,
c’est quelles n’ont, vu et étudié que le corps, la matière, qui
n’est rien, c'est qu’elles ont méconnu, méprisé, renié même
l’âme ou principe vital, qui est tout, alors seulement qu’elles
élèveront leur étude jusqu’à Pâme, l’esprit, l’intelligence, jusqu’à
Dieu enfin, elles seront, éclairées, constituées, et l’art de guérir
deviendra réellement efficace. »
a Quelle doctrine peut-on essayer avec certitude, dites-vous (page 5),
sans rencontrer jusqu’à la grande et sublime cause qui est à bien dire
la clef de la voûte scientifique. »
Combien je suis heureux, Monsieur le professeur, de vous enten­
dre proclamer cette grande vérité, exprimée en termes à peu près
identique, dans la brochure que je vous envoie, j ’y dis en effet:
Pour être complète, constituée, toute science doit remonter
jusqu’à son principe.
Toute science qui ne remontera pas jusqu’à son principe, ne
sera donc pas la vraie science, et dès lors ne sera pas complété,
constituée.
Or, Dieu étant le principe de toutes choses est nécessaire­
ment le principe de toute science.
Donc, toute science qui ne remontera pas jusqu’à Dieu, ne
sera jamais la vraie science, établie sur des bases mobiles et
périssables, elle manquera de fixité et. changera ou croûlera
comme ces bases.
« La physiologie, dites vous, a sa partie philosophique ; elle ne doit
bannir de son sein ni la théorie de la raison impersonnelle, ni les intui­
tions de la conscience humaine.
Ici , vous êtes encore dans le vrai cas, physiologie vraie,
philosophie, raison et conscience pures, saines, ne sont qu’une
seule et même chose, l’être pur, sain. Moins vraies et moins
pures, elles se confondent encore pour former une image plus
où moins fidèle de l’intelligence suprême.
Je ne voulais que vous remercier, et voilà que je me suis
permis de juger votre œuvre ; toutefois, l'étude à laquelle je
viens de me livrer, achève de faire ressortir à mes yeux les
liens sympathique^ qui m’unissent à l’un des vrais médecins que
j ’estime le plus.
Agréez donc, etc.
A l l io t .

CORRESPONDANCE.

loi

Nous aurions à relever dans l'intéressante lettre de M. Alliot
diverses assertions qui ne nous paraissent pas orthodoxes,
bien que nous soyons d'accord avec lui sur le fond de la thèse
qu’il soutient , mais nous nous bornerons à en signa­
ler trois dont l'importance sera facilement appréciée et qui
constituent à nos yeux des principes qu’on ne saurait ad­
mettre sans de graves inconvénients dans le domaine de
l’anthropologie.
1° Ne considérer l’homme que sous le rapport de l’esprit
qui réside en lui , et ne s’occuper qu’accessoirement du
mécanisme qu’il met en action, du corps, de la matière,
enfin, n’est-ce pas méconnaître le grand principe q uia évi­
demment présidé à l’œuvre de la création. Tous les corps,
tous les êtres de la nature ne sont-ils pas mixtes, c’est à dire
à la fois matériels et spirituels, ou si l’on veut, forces et
matière. Et puisque le médecin est à l’être humain ce
qu’est, l’ingénieur à une machine et à son moteur, l’horlo­
ger à un chronomètre, n’est-il pas hors de doute que pour
remplir utilement sa mission, pour être à la hauteur de son
ministère il ne doit pas seulement considérer son sujet au
point de vue métaphysique, mais bien attacher une égale
importance, comme la nature elle-m êm e le lui crie, à l’étude
du corps et de l ame, considérés, soit isolément, soit dans les
phénomènes qui ont pour point de départ leur alliance
providentielle? La médecine, la physiologie, si elles pouvaient
être constituées ainsi que semblerait le souhaiter le savant et
honorable M. Alliot, se confondraient d’une manière absolue
avec la théologie, et plutôt, elle ne serait plus que la psy­
chologie, or nous n'avons pas besoin de faire ressortir ici
combien serait insuffisante cette base, et dans quel impasse
se jetterait l’art de guérir en l’adoptant d'une manière
absolue.
En niant le grand principe Barthezien de la séparation de
l’àme et du principe vital, M. Alliot nous parait commettre
une erreur préjudiciable aux progrès delà science de l’homme.
Le principe vital ou la vie universelle, né de l’application du
souffle de Dieu (spiritus) à la matière inerte est répandu par­
tent dans l’univers comme dans tous les corps qu'il renferme.
Tous les phénomènes dynamiques lui sont subordonnés dans
les divers règnes de la nature, mais il n’a rien à voir dans

�158

NOUVELLES.

S EUX FILS.

l’ordre moral et intellectuel. Les phénomènes de cet ordre
relèvent de la puissance appelée âme.
Non ! Nous l ’avons dit et répété en m ille occasions, le vita­
lisme, le spiritualisme comme l ’organicisme purs et exclusifs,
ont un point de départ qui est en désaccord avec l ’origine et la
constitution des choses naturelles, el le psycho-matérialisme,
dont nous avons déjà exposé les principes ailleurs, principes
que nous nous proposons de développer bientôt dans un
travail spécial, est le fondement de l’anthropologie et de
la vraie science médicale.
Le troisième point de la lettre de notre savant ami contre
lequel il nous parait indispensable de protester, est celui-ci
« L’univers dit-il est un organisme infiniment grand, il est
un et indivisible, et Dieu en est à la fois l’âme et le principe
vital, unique, éternel. »
M. Alliot voyage ici en plein panthéisme, et nous ne jugeoas
pas utile de remettre en lumière toutes les absurdités ou
impossibilités qui découlent de ce système philosophique.
Oui ! ainsi que l ’a proclamé l’immortel Newton « Dieu ra­
nime sans cesse la course majestueuse des mondes par son
intarissable impulsion, il en est la manum emendatricem,
selon l’expression du découvreur de la gravitation, mais ce
n'est pas directement qu’il agit sur la matière. C’est par l'in­
termédiaire du moteur propre qu’il lui a donné, c’est à dire
par la force vitale, cosmique ou universelle.
Dans tous les cas, hâtons-nous de remercier M. Alliot en
finissant ces réflexions, le choc des opinions est toujours
indispensable à la cause de la vérité, et à ce point de vue,
c’est avec empressement que nous avons donné place à sa
remarquable lettre dans notre journal.
D’ E. Bertulus.

L ’IN V A SIO N ......!
Qui oserait, par le temps qui court, parler de Nouvelles et de
Variétés? Qui aurait une main assez ferme pour écrire de sem­
blables lignes, un œil assez clair pour les lire, un esprit assez de

159

sang-froid pour les comprendre, un cœur assez tranquille pour y
prendre goût ? Toutes nos pensées sont pour la crise terrible que
nous traversons actuellement. Nous le comprenons, nous le sen­
tons tous, tant que l’étranger souillera le sol aimé de la France,
tant que nous n’aurons point lavé dans le sang de l’ennemi l’hu­
miliation qui fait bondir tout notre être, nous ne pourrons avoir
dans la bouche qu’un seul mot « en avant, » dans le cœur qu’une
seule pensée « périssons tous jusqu'au dernier plutôt que de voir
notre pays perdre .un pouce de son territoire. » Notre cri de
guerre n’est plus comme autrefois « Montjoie et St-Denys, » ce
n’est plus l'oriflamme qui se déploie sur le champ de bataille,
mais c’est toujours la vieille France qui proféré le cri « Aux
armes! » c’est toujours elle qui, de sa main puissante, agite à nos
veux le glorieux drapeau tricolore, dont les plis abritent tant de
héros, dont les couleurs inspirent tous les sacrifices.
Chaque jour nous voyons partir de nombreux volontaires mus
par une même pensée de dévouement et de patriotisme. C’est
avec une légitime fierté que nous avons vu naguère se ranger
parmi eux l’un de nos collaborateurs les plus jeunes et les plus
zélés, M. le docteur Villeneuve fils. Deux élèves de notre école,
MM. Foex et Albenois, l'ont accompagné. Tous les trois sont
maintenant aux ambulances ; nos pensées les y suivent, elles les
accompagneront partout Puisse leur dévouement contribuer à
rendre moins affreuses les suites terribles des combats; puissentils nous revenir bientôt, fiers d’avoir pu rendre a la France
quelques-uns de ses courageux fils !
L’épreuve que nous traversons en ce moment est d’autant plus
terrible qu’elle a éclaté comme la foudre. Certes, lorsque le
docteur Villeneuve fils défendait avec tant de conviction, dans
notre numéro de juin 1870, le Congrès proposé parle directeur de
la Gazette médicale, il était loin de se douter que la mise à exécu­
tion de cette idée libérale serait entravée par d’aussi graves
événements. Ce n’en est pas moins un honneur pour la rédaction
du Marseille médical d’avoir, la première dans notre ville, compris
tout ce que renfermait de fécond la pensée de M. de Hanse. C’est
un honneur plus grand encore pour elle d’avoir, par son adhésion
prompte et complété, inspiré à cet honorable confrère la pensée
de voir le Congrès médical siéger « dans l’ancienne ville des
Phocéens » et l’idée courtoise de « soumettre ce point à l’apprécia­
tion de ses confrères du Marseille médical. »
Nous avons accepté sans hésiter la mission que la presse pari­
sienne nous confiait moralement. Autour du Marseille médical se
sont groupés avec le plus louable empressement la Société impé­
riale de médecine, l’Ecole de médecine, le Société locale des Bouches-duRhône, la rédaction du Sud médical, la Société médicale pour l'assis­
tance mutuelle. Une commission organisatrice a été composée de
membres choisis parmi ces divers corps. Nul doute que de
l’union de ces forces puissantes ne résulte un travail des plus
sérieux.
iMais tout le monde le comprendra, ce n’est point en ce moment
que nous pouvons nous occuper de semblables détails. La com­
mission a ajourné ses travaux; la Société de médecine a suspendu
ses séances ; les occupations intellectuelles reprendront leur

�I GO

S EUX FILS.

cours, mais seulement lorsque nous aurons la paix, une paix
glorieuse et durable. Jusque-là groupons-nous tous dans une
pensée commune et répétons plus que jamais ce vieux cri de nos
pères qui sera toujours le nôtre, « Dieu protège la France ! »
Dr S e u x dis.

(a n c ie n n e U n io n M é d ic a le d e la P r o v e n c e )

l m Aimée. — N ° 9 , - 2 0 Septembre 1870.
APPEL EN FAVEUR DES BLESSÉS.
délégué par la Société Internationale
des Secours aua: Blessés des années de terre et de mer, informe le
public que les dons en nature et en argent seront reçus tous les
jours, de II heures du matin à 5 heures du soir, au Dispensaire
central, Grand’Rue, 57.
Des Sous-Comités ont été autorisés dans la ville et. tout le
département. Les personnes honorables qui en ont la direction
sont munies d’une délégation spéciale du Comité Marseillais.
Les listes de souscription sont déposées dans tous ces locaux
les journaux en publieront un extrait
La guerre est déclarée, les hostilités commencées ; chaque
Français doit apporter à la patrie un énergique concours, dans la
mesure de ses forces et de ses aptitudes. Le Comité de secours
aux blessés militaires des armées de terre et de mer fait appel au
patriotisme et au dévouement de tous les citoyens.
Le Comité Marseillais reçoit toutes les inscriptions des méde­
cins, infirmiers, infirmières* etc., pour les ambulances.
Signé : D" I s a a c . — M a u r in . — M é n é c i e r . — M it t r e .—
P. O l iv e . — H. P e y r o n .
(Sud Médical.)

DE LA VALEUR RELATIVE DES AMPUTATIONS

L e C o m it é M a r s e il l a is ,

Nos lecteurs viennent de lire l'éloquent appel fait par le Comité
Marseillais. Nous sommes bien aise de leur annoncer également
que M. Pascal, pharmacien, rue Paradis, 47, a été délégué pour
représenter à Marseille le Comité Catholique, dont le siège est à
Paris.
Ce comité s’occupe de l’envoi aux ambulances de tous les objets
nécessaires au soulagement et à la guérison des blessés.
En conséquence, nous prions instamment nos lecteurs de faire
parvenir dans le plus bref délai, soit à M. Pascal, rue Paradis, 47,
soit au Comité Marseillais, Grand’Rue, 57, tous les dons en
argent ou en nature qu’il leur plaira de consacrer à nos braves
soldats (bandes, compresses, draps, gilets ou vêtements de fla­
nelle, couvertures, sucre, café, rhum, vin, etc., etc.)
A. F abre.

SOUS ASTRAGALIEKNE , TIBIO-TARSIENNE E l SUS-MALLÉOLAIRE

MÉMOIRE PRÉSENTE A LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
POUR LE CONCOURS DU PRIX LABORIE

P a r M. COSTE,

Professeur de clinique chirurgicale à l’École de Médeciue de .Marseille et directeur de l’École.

(Suite.)

Cette étude serait incomplète si, en parlant des amputations
sous-astragalienne, tibio-tarsienne et sus-malléolaire, je ne
disais pas un mot de l ’ostéoplastie de M. Pirogoff, de l’ampu­
tation intrà-malléolaire et de l’extirpation isolée du cal­
canéum .
Dans lin mémoire publié en Allemagne en 1854, un chi­
rurgien de l’armée russe, M. Pirogoff, après plusieurs insuccès
éprouvés, dit-il, dans l ’amputation tibio-tarsienne, a proposé
de modifier le manuel de cette opération de la manière sui­
vante : les chairs dorsales et plantaires sont divisées jusqu’aux
os, comme dans le procédé de Syme ; mais, au lieu de faire
la section plantaire absolument verticale, il est utile de la
diriger un peu obliquement en avant pour donner au lambeau

�160

Sl&lt;:IX FILS.

cours, mais seulement lorsque nous aurons la paix, une paix
glorieuse et durable. Jusque-là groupons-nous tous dans une
pensée commune et répétons plus que jamais ce vieux cri de nos
pères qui sera toujours le nôtre, « Dieu protège la France ! «

(a n c ie n n e

U n io n

M é d ic a le d o la P r o v e n c e )

Dr S eu x fils.

7“ e Année. — N ° 9 , - 2 0 Septembre 1870.
APPEL EN FAVEUR DES BLESSÉS.
Le C om ité M a r s e il l a is , délégué par la Société Internationale
des Secours ausc Blessés des armées de terre et de mer, informe le
public que les dons en nature et en argent seront reçus tous les
jours, de 11 heures du matin à 5 heures du soir, au Dispensaire
central, Grand’Rue, 57.
Des Sous-Comités ont été autorisés dans la ville et tout le
département. Les personnes honorables qui en ont la direction
sont munies d’une délégation spéciale du Comité Marseillais.
Les listes de souscription sont déposées dans tous ces locaux :
les journaux en publieront un extrait
La guerre est déclarée, les hostilités commencées ; chaque
Français doit apporter à la patrie un énergique concours, dans la
mesure de ses forces et de ses aptitudes. Le Comité de secours
aux blessés militaires des armées de terre et de mer fait appel au
patriotisme et au dévouement de tous les citoyens.
Le Comité Marseillais reçoit toutes les inscriptions des méde­
cins, infirmiers, infirmières, etc., pour les ambulances.
Signé : D" I sa a c . — Ma u r in . — M é n é c ie r . — Mittre .—

DE LA VALEUR RELATIVE DES AMPUTATIONS
SOUS-ASTRAGALIENNE, TIB10-TARSIENNE ET SUS-MALLÉOLAIRE.

MÉMOIRE PRÉSENTE A LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
POUR LE CONCOURS DU PRIX LABORIE

P a r M. COSTE,

Professeur de clinique chirurgicale à l'École de Médeciue de Marseille el directeur de l’École.

(Suite.)

P . O l iv e . — H . P e y r o n .

(Sud Médical.)
Nos lecteurs viennent de lire l ’éloquent appel fait par le Comité
Marseillais. Nous sommes bien aise de leur annoncer également
que M. Pascal, pharmacien, rue Paradis, 47, a été délégué pour
représenter à Marseille le Comité Catholique, dont le siège est à
Paris.

Ce comité s’occupe de l’envoi aux ambulances de tous les objets
nécessaires au soulagement et à la guérison des blessés.
En conséquence, nous prions instamment nos lecteurs de faire
parvenir dans le plus bref délai, soit à M. Pascal, rue Paradis, 47,
soit au Comité Marseillais, Grand’Rue, 57, tous les dons en
argent ou en nature qu’il leur plaira de consacrer à nos braves
soldats (bandes, compresses, draps, gilets ou vêtements de fla­
nelle, couvertures, sucre, café, rhum, vin, etc., etc.)
A. F a b r e .

Celle élude serait incomplète si, en parlant des amputations
sous-astragalienne, tibio-tarsienne et sus-malléolaire, je ne
disais pas un mot (le l’ostéoplastie de M. Pirogoff, de l’ampu­
tation intrà-malléolaire et de l’extirpation isolée du cal­
canéum .
Dans un mémoire publié en Allemagne en 1854, un chi­
rurgien de l’armée russe, M. Pirogoff, après plusieurs insuccès
éprouvés, dit-il, dans l’amputation tibio-tarsienne, a proposé
de modifier le manuel de cette opération de la manière sui­
vante : les chairs dorsales et plantaires sont divisées jusqu’aux
os, comme dans le procédé de Syme ; mais, au lieu de faire
la section plantaire absolument verticale, il est utile de la
diriger un peu obliquement en avant pour donner au lambeau
U

�COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

principal plus de longueur et faciliter sa jonction avec le
petit lambeau dorsal ; l’articulation tibio-tarsienne est ouverte
eu avant, en décrivant avec le couteau un arc à convexité an­
térieure, pendant que la main gauche abaisse fortement le
talon ; les ligaments latéraux sont coupés et l’astragale désar­
ticulé ; puis une scie d’amputation à lame étroite, passant
derrière cet os, coupe de haut en bas le calcanéum vertica­
lement, ou plutôt, selon le conseil de MM. Günther et Sédillot,
dans une direction très-légèrement oblique en bas et en avant ;
enfin une rapide dissection du lambeau supérieur permet de
mettre à nu les malléoles et de les réséquer à leur base.
M. Sédillot, pour supprimer l’embarras du cartilage arti­
culaire, retranche aussi la totalité de l’extrémité du tibia.
Les os pourraient être emportés par la scie à chaîne de Jef­
frey, au lieu de la scie ordinaire.
On pourrait aussi, dès la formation 4es lambeaux et, con­
séquemment, avant la désarticulation de l’astragale, scier le
calcanéum de bas en haut.
La résection calcanéo-tibiale de M. Pirogoff est donc assez
exactement le procédé de Syme, à cette différence près que le
segment postérieur du calcanéum est conservé et ramené audessous des malléoles pour être soudé à leur surface cruantée.
C’est une véritable autoplastie osseuse, dans laquelle le
creux en forme de capuchon du lambeau plantaire est rempli
par la tubérosité postérieure du calcanéum avec l’insertion du
tendon d’Achille, et c’est sur cette même tubérosité que devra
porter le membre dans la progression.
Les avantages que M. Pirogoff attribue à son procédé sont:
d’allonger la jambe de toute l’épaisseur de la moitié posté­
rieure du calcanéum, ce qui doit nécessairement favoriser la
marche ; d'éviter l’écueil des difficultés qu’offrent toujours la
dissection de la peau du talon et la conservation des attaches
du tendon d’Achille ; d’empêcher la stagnation du pus dans
l’excavation du lambeau talonnier.
Mais l’opération de M. Pirogoff présente, si je puis parler
ainsi, le revers de la médaille.
A côté de ses avantages, assurément vrais, viennent se placer
de notables inconvénients,

Elle expose, plus que tout autre procédé de désarticulation
tarsienne, à blesser l’artère nourricière du lambeau plantaire,
située immédiatement derrière la malléole tibiale.
La cicatrisation entière est toujours lente et difficile ; elle
peut être entravée par la formation de foyers purulents et la
persistance de trajets fistuleux.
La guérison devant s’obtenir par une soudure osseuse, l’im­
mobilité du moignon est forcément prolongée et la possibilité
de marcher très-tardive.
Le talon étant renversé en avant, la pression postérieure
peut amener des ulcérations qui rendent la réussite fort im­
parfaite.
Les opérés même de M. Pirogoff, celui de M. Michaëlis, de
Milan, ceux de MM. Langenbeck, de Berlin, et Schultz, de
Vienne, témoignent de la réalité des imperfections qui en­
tachent la méthode opératoire du chirurgien russe.
Cette-innovation est, sans contredit, ingénieuse ; comme
l’amputation sous-astragalienne, elle appartient essentiel­
lement à la chirurgie conservatrice, qu’il faut bien se garder
de confondre, selon la judicieuse remarque de M. Larrey, avec
la chirurgie expectante.
Les deux opérations se proposent le même bu t: laisser le
membre plus long qu’après l’amputation tibio-tarsienne, la
désarticulation sous-astragalienne en conservant le premier
os du tarse dans la mortaise jambière, l’opération de M. Pi­
rogoff en conservant une partie de l’os du talon.
Ces deux genres d’amputation inférieure de la jambe pour­
raient donc, dans la pratique, se suppléer suivant l’occurrence.
Toutefois, quelque louable et digne d’attention que soit
l’idée de M. Pirogoff, la grande voix de l’expérience n’a point
encore suffisamment proclamé sa valeur clinique, et ce juge­
ment se fera vraisemblablement longtemps attendre.
Il est aisé de comprendre, en effet, que, soit dans une tu-?
meur blanche, soit dans un traumatisme, les indications pré­
cises pour la conservation de ce bout du calcanéum doivent
être bien difficiles, et les probabilités d’un résultat heureux
très-incertaines. Dans l’un comme dans l’autre cas, est-il

102

163

�164

COSTE.

possible, le plus souvent, de fixer avec quelque exactitude les
limites de la lésion ? Cette lésion, dans une affection organi­
que surtout, pourra-t-elle être assez justement appréciée,
même par un œil exercé, pour qu’on ne coure pas le risque
de laisser dans les chairs un noyau osseux, sain en apparence
et réellement peut-être, mais dont l’altération actuelle ou ul­
térieure rendra impossible son adhésion aux os avec lequels
il doit se souder ?
Ces réflexions doivent venir à l’esprit de tout clinicien at­
tentif. Il y a là des craintes qui ne sont point des chimères et
qui expliquent de la manière la plus plausible l’hésitation
qu’ont montrée, jusqu’ici, les chirurgiens français à adopter
l’opération de M. Pirogoff, préférablement à l’amputation
tibio-tarsienneproprement dite.
L’amputation intrà-malléolaire, c’est-à-dire dans les mal­
léoles même, ne m’occupera qn’tin instant.
Proposée parM. Legouest, en 185G, et pratiquée par le pro­
cédé de Syme, cette opération est véritablement l’amputation
tibio-tarsienne, un peu plus supérieure et avec une entière
résection du plateau tibial.
Elle parait avoir donné à M. Legouest quelques bons résul­
tats. Mais le savant et consciencieux professeur du Val-deGràce, allant au devant des objections que soulève son opé­
ration'pour ses suites immédiates et secondaires, accepte
d’abord le reproche qu’on peut lui faire relativement au point
où les os de la jambe sont sciés, la section portant sur leur
partie la plus spongieuse, conséquemment la moins résistante
et la plus disposée à l’inflammation.
La déambulation, M. Legouest le reconnaît encore, pourra
souffrir de la faiblesse du point d’appui que le membre est
exposé à trouver sur une surface osseuse dont l’étendue sera
peu à pieu dévorée par l’atrophie et la conicité que la marche
du temps apporte plus ou moins promptement à l’extrémité
des os après une amputation dans la continuité ou dans la
contiguité.
M. Legouest fait remarquer avec raison que ce désavantage

AMPUTATIONS DU PIED.

165

amoindrit aussi la désarticulation tibio-tarsienne, et il trouve
le meilleur correctif à ces divers inconvénients dans la bonne
constitution anatomique du lambeau, par laquelle les bouts
des os pourront être bien matelassés et protégés.
On peut croire, en effet, qu’enveloppées de chairs épaisses
et bien nourries, les extrémités osseuses, sans échappera cette
loi de l ’organisme qui doit progressivement diminuer leur
volume et les rendre pins ou moins pointues, pourront, sans
trop l’offenser, peser sur le moignon devant servir à supporter
directement, le poids du corps.
Toutefois, il pourrait advenir que cette pression, jointe à un
plus grand raccourcissement du membre,. fut douloureuse
au point de s’opposer à la station et à la marche, autrement
, qu’avec l’aide d’une jambe artificielle.
L’amputation intrà-malléolaire, bien qu’elle s’appuie sur
les recommandations d’un chirurgien de la plus réelle valeur
et d’une notoriété scientifique irrécusable, ne me parait donc
devoir être jamais une opération réglée, mais seulement une
ressource d’une très-rare application.
L’extirpation totale du calcanéum seul, pratiquée par Monteggia, de Milan, dès l’année 1814, a été faite plus tard avec
succès par les Anglais et les Américains. Elle est encore trèspeu acceptée en France. Le professeur Rigaud, de Strasbourg,
et M. Ollier, de Lyon, l’ont pratiquée plusieurs fois avec des
avantages marqués.
Cette opération serait la plus haute expression, le type le
le plus parfait de la chirurgie conservatrice du pied.
Malheureusement l’indication précise et la possibilité d’une
telle tentative doivent être fort rares.
Une lésion physique, je veux dire, par exemple, une fracture
en étoile du calcanéum, après une chute d’un lieu élevé sur
les pieds, n'en fournirait pas l’occasion. Le traumatisme con­
juré, la période inflammatoire une fois éteinte, les esquilles
provenant de l’écrasement de l’os pourront, si la vie les aban­
donne, être successivement éliminées avec le pus. Mais, pour
être complète, cette élimination demande beaucoup de temps.

�COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

Il faut des mois et même des années pour que la douleur dis­
paraisse, que l’ulcére du talon se cicatrise, et que la déambu­
lation soit possible.
L’art pourrait, alors, venir efficacement en aide aux efforts
de la nature par desdébridements opportuns et l'extraction des
fragments osseux au fur et à mesure de leur isolement.
Mais ce ne serait pas là, à proprement parler, l’extirpation du
calcanéum.
Une blessure de cet os par une arme à feu et un état nécrosique consécutif pourraient aussi, comme l’a observé Larrey,
entraîner sa chute. La guérison se ferait ainsi sans l’interven­
tion chirurgicale..
La pathologie [organique de l’os du talon, nous le montre
le plus souvent atteint de carie; j ’entends la carie ordinaire
ou carie molle. Cela s’explique par l’extrême spongiosité
de cette pièce du squelette. La disposition anatomique que
je rappelle y fait comprendre la rareté relative de la nécrose;
affection qui n’est autre, peut-être, à cause de la succession
des phénomènes morbides, que cette altération appelée par
Gerdy carie dure.
La condition indispensable de l’ablation du calcanéum, avec
conservation de tout l’avant-pied, serait une délimitation bien
nette du mal qui l’atteint, par rapport aux autres os du
tarse.
L’opération sera touj0111*3 difficile, à cause de la variabilité
de l’état des parties molles qui entourent l’os malade et, con­
séquemment, de l'impossibilité de régler d’avance le tracé des
incisions, la confection du lambeau.
Ces difficultés, exclusives de tout procédé classique, se com­
pliqueront encore de la nécessité de ménager les tendons qui
vont de la jambe au pied et de l’impérieuse obligation, en
disséquant le calcanéum sur ses faces interne et inférieure, de
laisser intacts l’artère tibiale postérieure et le nerf tibial, en
vue du maintien de la nutrition et de la sensibilité des
chairs.
Un grave accident consécutif serait l’inflammation et la
suppuration des gaines tendineuses voisines.

Que deviendra la physiologie du membre après la soustrac­
tion d’une si notable partie du squelette de la région plantaire
et les inévitables altérations de forme de cette région?
Les conditions de la station et de la marche seront forcé­
ment changées.
11 est certain que l’élévation du pied souffrira beaucoup de
la section du tendon d’Achille.
La voûte de la plante sera supprimée et cette partie devien­
dra à peu prèsplane.
La longueur de la jambe sera diminuée de toute la hauteur
du calcanéum; mais on peut espérer qu’un tissu cellulo-fibreux plus ou moins abondant et d’une densité progressive
viendra combler le vide qu’il avait laissé d’abord. La nature,
en pareil cas. n ’est, pas trop avare de ces dépôts plastiques.
Du reste, indépendamment de ce secours, il sera toujours
utile, après l’entière et solide cicatrisation de la plaie, de fixer
dans la chaussure, à la place du calcanéum absent, un mor­
ceau de liège, sorte de talon supplémentaire sur lequel por­
tera le moignon.
Ces brèves remarques que je viens de présenter permettent
de dire que l’extirpation du calcanéum n’est point une opéra­
tion à repousser; qu’on peut, même avec les éventualités com­
munes à toute grande opération, espérer la faire avec succès;
mais qu’elle ne saurait être qu’une ressource très-exception­
nelle.
Je veux ajouter que, dans une carie de calcanéum, l’enlève­
ment sous-périosté, s’il était jugé possible, me semblerait
manifestement préférable à l’extirpation, car il pourrait ame­
ner la régénération totale de l’os et le retour du pied à son
type exactement primitif.
L’opération, pratiquée d’après les règles posées par M. Ol­
lier (1), rachèterait, au prix de cet immense avantage, ses dif­
ficultés réelles, difficultés que montre l’anatomie : l’insertion
du tendon d’Achille à la tubérosité postérieure de l’os, la pré-

466

167

(1) Traité expérimental et clinique delà régénération des os et de la produc
tion artificielle du tissu osseux, Paris, 1868.

�168

COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

sence de nombreux tendons qui glissent à sa surface, enfin la
solidité des ligaments périphériques et interosseux, unissant
le calcanéum aux os voisins.
Or, dans l’isolement de l'os du talon, dont la friabilité ajoute
aux difficultés de l’opération, après l’incision unique et coudée
que M. Ollier fait sur le côté externe du pied, il est indispen­
sable de ménager très-attentivement, sauf les liens articulaires
(qu’il faut forcément couper, tous les autres éléments anato­
miques de la région, principalement les tendons.
Un point des plus importants et soigneusement indiqué par
l’habile chirurgien Lyonnais, c’est la conservation de tous les
rapports du tendon d’Achille avec la gaine périostique, laquelle,
se doublant de productions fibreuses de nouvelle formation et
prolongeant en quelque sorte le tendon à l’avant-pied, main­
tiendra sur cette partie l’action des muscles du mollet, au
cas où la régénération de l'os viendrait à faire défaut.

En un mot, chacune des amputations de la jambe près des
malléoles aura sa valeur propre et son utilité, à la condition
d’être intelligemment appliquée.
Je crois aussi que la lutte de supériorité relative ne saurait
s’établir entre les amputations sus-malléolaire, tibio-tarsienne
et sous-astragalienne.
Dans ma pensée, une division éminemment pratique se
présente plus naturellement à l'esprit, sous l’empire d’états
pathologiques qui peuvent être si différents.
Le parallèle doit être, d’une part, entre les désarticulations
sous-astragalienne et tibio-tarsienne, comme il peut et doit
être, d’autre part, entre l’amputation sus-malléolaire et l’am­
putation an lieu d’élection.
Telle sera la base générale de mon argumentation.
J’ai signalé, au début de ce travail, l’incontestable danger
de l’amputation supérieure de la jambe, parallèlement aux
résultats qu’on peut espérer, il tous les point de vue, de l’amputationsus-malléolaire.Quelques développements donnés main­
tenant à la proposition que je n’avais fait qu’énoncer pour­
ront facilement établir la supériorité de cette dernière opération.
Pendant la période de résistance qu’elle a traversée, l’ampu­
tation sus-malléolaire n'a pu encourir le reproche d’exposer
sérieusement la vie des opérés. Dans ces longs jours d’opposi­
tion, ses adversaires les plus obstinés ont été forcés d’avouer
son innocuité relative, car ils n’ont pu, sur ce point, mécon­
naître les avantages qui la caractérisent le mieux: l'exiguité
de la plaie du moignon et l’intégrité de plusieurs des gaines
tendineuses qui entourent l’articulation tibio-tarsienne. Le
couteau les" respecte en grande partie en passant au-dessus
d’elles.
On le comprendra aisément quand je rappellerai que la
hauteur moyenne des culs-de-sac supérieurs de ces gaines est,
pour l’extenseur propre du premier orteil en avant et pour le
fléchisseur propre de ce même orteil en arrière, à peu près au
niveau de l’interligne articulaire de la jambe et du pied. Pour
les gaines des autres tendons, la limite de leur terminaison
supérieure monte plus haut que celle des précédentes et varie

Des amputations sous-astragalienne, tibio-tarsienne, et susmalléolaire, dont j ’ai tracé rapidement le tableau, laquelle
devrait être adoptée comme la meilleure?
C’est le dernier mot de cette étude.
Ces divers modes d’amputation, je veux le dire d’abord,
ont un caractère commun : une bien moindre gravité que
l’amputation de la jambe au lieu d’élection. Ils doivent donc
lui être préférés aussi souvent qu’il est possible.
Il est pour moi de toute évidence qu’on ne peut résoudre
théoriquement, je veux dire dans un sens général et absolu,
la question de prééminence de l;une des trois amputations
inférieures de la jambe sur les deux autres.
La réponse à cette question ne pourra se faire que sur le
terrain de la pratique pure. C’est une affaire de sagacité et de
tact clinique; cela me semble consister uniquement dans l'exa­
men attentif des indications qui commandent spécialement
ces opérations. Cet examen seul, fait judicieusement et pru­
demment, devra dicter le choix du chirurgien, motiver ses
préférences.

K,9

�170

COSTE.

entre 1 1/2, 2 et 3 centimètres. Elles seront donc, pour le plus
grand nombre, épargnées par rinstrument.
Ces gaines, n’étant point ouvertes, ne peuvent ni s’enflam­
mer ni suppurer. Le danger des fusées purulentes est donc
écarté.
Les attaques qui ont poursuivi l’amputation sus-malléolaire
ont été surtout dirigées contre les suites secondaires de l’opé­
ration.
On lui a reproché d'abord l’excessive longueur du moignon,
qui devient un embarras pour l’opéré s’il veut se servir du
pilon, et lui fait regretter, pour ce motif, de n’avoir pas été
amputé au-dessous du genou ;
On a parlé, notamment MM. Hutin et Larrey, de la rétrac­
tion, de la conicité et de la carie du moignon, de douleurs
persistantes et d’ulcérations incicatrisables ;
On a accusé la jambe artificielle de ne point assurer la
marche, d’être très-gênante pour la plupart des opérés, into­
lérable pour quelques-uns; désavantages qui auraient poussé
les malades à solliciter une réamputation dans des conditions
meilleures de station et de déambulation ;
On a mis enfin sur le compte de l’amputation sus-malléo­
laire la cherté de l'appareil prothétique, sa fragilité, et la
difficulté, l’impossibilité même, de le faire réparer suivant le
lieu de résidence de l’amputé.
J’ai hâte de le dire, parce que mes convictions me pressent,
la plupart de ces objections sont sans fondement, ou, du
moins, elles dénoncent des inconvénients fort exagérés.
Il est bien reconnu que, dans une amputation à lambeau
postérieur, avec conservation du tendon d’Achille , il y a
très peu de conicité du moignon, absence d’ulcération et de
douleur. Le malade peut même, ainsi que je l’ai fait remar­
quer plus haut, d'après les observations de Laborie, marcher
sans peine avec un appareil des plus simples, en appuyant
sur son moignon, et se livrer à un travail pénible. L’un des
opérés de Laborie avait repris son rude métier de charretier.
Mais, ordinairement, le membre artificiel ne prend pas son
point d'appui sur le bout libre du moignon ; il le prend, à la

AMPUTATIONS DU PIED.

171

fois, sur les tubérosités tibiales, sur les parties molles de la
cuisse et sur l’ischion ; ce qui le rend, en général, très-sup­
portable, puisque la cicatrice et les parties qui l’avoisinent
sont comme suspendues à son intérieur et, partant, exemptes
de toute pression.
L’appareil pourra, d’ailleurs, en cas de détérioration, être
partout réparé ; à la ville par les ouvriers spéciaux, toujours
faciles à trouver ; à la campagne par le serrurier ou le char­
ron du village, avec l’aide des conseils du chirurgien.
Dans l’amputation sus-malléolaire, la mortalité, moindre
de moitié, qu'après l’amputation au lieu d’élection, n’est, en
moyenne, que de un sur dix opérés, selon MM. Arnal et Fer­
dinand Martin. Elle est, d’après Velpeau, de un sur sept.
Cette dernière proportion parait être la plus vraie ; elle est
déjà très-favorable.
Il est donc incontesté, dans l’état présent de nos connais­
sances, que l’amputation sus-malléolaire a infiniment moins
de gravité que celle qui est faite au quart supérieur de la
jambe, Cette vérité, bien acquise à la science, est un argu­
ment décisif qui défie toute controverse, une considération
capitale qui supprime toute objection.
Je veux pourtant ajouter un mot.
Quand on ampute la jambe au point d’élection, la douleur,
en admettant que le malade, par une contre-indication for­
melle, ne puisse être anesthésié, ou qu’il soit réfractaire à
l’agent anesthésique; la douleur, dis-je, est affreuse. Elle est
beaucoup moindre, et, comparativement, insignifiante dans
l’amputation sus-malléolaire, par cette simple raison qu'il y
a, à cause de la différence de volume de la jambe, moitié
moins départies molles à couper : une faible étendue de peau
et, au lieu de ces masses charnues que le couteau rencontre
au mollet, à peine quelques fibres musculaires et des tendons
insensibles. Le squelette est aussi moins épais et le membre
plus promptement abattu.
Ces avantages sont immenses. Outre que le patient souffre
moins, il a aussi Lien moins ù, redouter, indépendamment
d’une réaction inflammatoire sur le moignon, les suites que

�172

COSTE

la douleur vive et prolongée peut amener par cette sorte de
commotion du système nerveux, je veux dire des mouve­
ments spasmodiques et môme convulsifs, ou des accidents
tétaniques.
Un effet plus terrible encore, peut-être, de la douleur, parce
qu'il est plus immédiat, c’est, chez les malades profondément
débilités au moment de l’opération, un collapsus général qui
peut conduire rapidement à la mort.
Reste maintenant la question de prothèse; question d’art,
autant que de sentiment, c’est-à-dire d’humanité.
Güthrie, en parlant de l’amputation sus-malléolaire, di­
sait, et bien d’autres Font répété après lui, que c’était l’am­
putation des riches et non celle des pauvres, par la difficulté
qu’ont ces derniers à se pourvoir d’un bon appareil prothé­
tique, d’un pied artificiel convenable qui permette aisément
la station debout et la déambulation.
Le mot de Güthrie, mot injuste et cruel, n’est plus de notre
temps ; il est une offense à la raison humaine.
La chirurgie qui mutile un homme pour conserver sa vie
n’a point à demander à cet homme s’il est riche ou s'il est
pauvre; elle n’a point à faire cette différence. L'unique préoc­
cupation de l'opérateur doit être le choix de l’opération qui
écarte d’avantage le péril et permet d’espérer atteindre plus
sûrement le but. Il faut aujourd’hui qu’un amputé de la
jambe, qu’elle que soit sa condition sociale, puisse avoir,
après sa guérison, un bon appareil prothétique. Il le faut à
tout prix, dût l’opérateur payer de sa bourse le membre arti­
ficiel du malheureux qu’il vient de guérir. Sa main géné­
reuse l’aura ainsi sauvé de la misère, comme elle l’a déjà
sauvé de la mort.
Mais une telle nécessité ne se produira que très-rarement.
Dans la pratique urbaine, il ne saurait y avoir la moindre
difficulté.
Dans un service d’hôpital, l’adminisiration, fidèle ;i sa mis­
sion philanthropique, consentira toujours à compléter l’œuvre
du chirurgien en faisant pour le pauvre mutilé la dépense
d’un bon appareil prothétique.

AMPUTATIONS DU PIED.

173

Le but essentiel à atteindre, dans la suprême ressource de
l’amputation, c’est la guérison du malade.
En présence d’une affection rebelle aux moyens ordinaires
de la thérapeutique et seulement cnrable par une mutila­
tion, le premier devoir du chirurgien est de préférer le mode
opératoire qui offre le plus de chances de sauver le malheu­
reux confié à sa vigilance.
On doit, sans doute, quand on ampute un homme du mem­
bre inférieur, tenir compte des dernières suites de l’opéra­
tion, songer à la manière plus ou moins facile avec laquelle
il se tiendra debout et marchera. Mais ce n’est là qu’une con­
sidération de second ordre. Il faut, avant tout, guérir cet
homme du mal qui le tue. C’est le point capital; c’est la vraie
mission de l’opérateur.
Le fait de responsabilité chirurgicale devant la science
et devant l’humanité, est, par dessus tout, dans les chances
plus ou moins favorables qu’offre au malade l’opération qu’il
doit subir.
Du reste, grâce aux progrès de la mécanique, ce précieux
auxiliaire de notre art, la prothèse a réalisé de tels perfec­
tionnements, elle est venue si puissamment en aide à la mé­
decine opératoire, qu’il n’est plus possible d’être arrêté par la
crainte des difficultés qui pourraient naître, pour la déam­
bulation, de l’amputation pratiquée au-dessus des malléoles.
Nos fabricants d’appareils orthopédiques sont devenus si
ingénieux et si habiles, qu’on peut sûrement compter sur
leurs secours.
Les motifs que je viens de donner en substance me ramè­
nent à ma première proposition :
L’amputation sus-malléolaire, hors le cas d’impossibilité
absolue, dont le chirurgien sera facilement juge, doit être
toujours préférée à l’amputation au lieu d’élection.
Il y aurait lieu cependant de faire une exception pour les
enfants. Le poids assez lourd de la fausse jambe, tout en nui­
sant au développement du membre mutilé, serait difficile­
ment supporté par eux, et il faudrait, en outre, renouveler
plusieurs fois l’appareil à mesure qu’ils grandissent. L’opéra-

�174

COSTE.

lion supérieure, d’ailleurs, est moins périlleuse dans le jeune
âge qu’à une période plus avancée de la vie.
Le cas, heureusement bien rare, d’une double amputation
de la jambe pourrait être aussi l’objet d’une restriction, à
cause des difficultés certaines de la station et de la marche
sur deux pieds artificiels, difficultés assurément moindres avec
deux pilons. Mais la question est extrêmement délicate, et je
n’ose me prononcer, tant est grave, pour ses premières suites,
une telle opération pratiquée simultanément au-dessous des
tubérosités tibiales.
Je l’ai dit, dans les pages qui précèdent, et j ’ai tâché d’en
donner la démonstration, la question de prépondérance doit
s’agiter, pour l’amputation sus-malléolaire, spécialement avec
l’amputation supérieure de la jambe, en admettant, pour
Lune comme pour l'autre, les mêmes indications.
L’amputation au-dessus des malléoles n ’a point à entrer
en lutte avec l’amputation tibio-tarsienne et moins encore
avec la désarticulation sous-astragalienne. Elle devra leur
céder le pas, si l’une d’elles est possible ; cela n’est pas à dis­
cuter.
Le débat peut seulement être entre ces deux dernières opé­
rations.
L’examen contradictoire de chacune d’elles, pour rester net
et précis, devra reposer sur une appréciation rigoureuse de
leurs indications respectives, sur un jugement exact des avan­
tages et des inconvénients qu’elles peuvent réciproquement
avoir, afin de déterminer leur supériorité relative et la préfé­
rence à leur accorder, ou, plutôt, de spécifier les cas où l’une
de ces opérations semblera devoir être plus efficacement pra­
tiquée.
En étudiant parallèlement les amputations sous-astragalienne et tibio-tarsienne, il convient, par rapport au pro­
nostic, c'est-à-dire aux résultats divers, immédiats ou ulté­
rieurs, qu’elles peuvent avoir, de distinguer entre un état
traumatique et une lésion vitale.
L’expérience, qui n’est que l’observation attentive et rigou­

AMPUTATIONS DU PIED.

175

reuse des faits, indique des différences notables. Je veux les
signaler en quelques mots.
Il est hors de toute contestation que les amputations traumatiqueset, surtout, immédiates, réussissent moins que celles
qu’ou pratique pour des maladies spontanées, toujours plus
ou moins chroniques et dont la marche lente a jeté le patient
dans une débilité qui, si elle n’est point oxcessive, deviendra
plutôt favorable que nuisible à la guérison.
Ce fait clinique corrobore puissamment l’opinion, aujour­
d’hui prépondérante, qui est favorable à l’amputation secon­
daire dans les grandes lésions physiques.
Eueffet, quand, pour des lésions de cette nature, on ampute
secondairement, soit à une distance variable de l’accident, le
malade est dans des conditions qui, si elles ne sont pas iden­
tiques, se rapprochent beaucoup de celles que présente l’indi­
vidu qu’on ampute, par exemple, pour une tumeur blanche.
Dans l’amputation immédiate, au contraire, au traumatisme
de l’accident lui-même vient encore s’ajouter le traumatisme
de l’opération.
Les désarticulations sous-astragalienne et tibio-tarsienne
n’échappent point à la loi posée par l’axiome que je viens de
rappeler.
Ainsi, la chirurgie d’armée, toute traumatique, générale­
ment du moins, donne, pour les amputations, des réussites
inférieures à celles qu’on obtient dans la pratique civile, où
les affections vitales sont, beaucoup plus fréquemment que
lesaltérations physiques, l’occasion de ces opérations.
Les faits de guerre des campagnes de Crimée ( 1856), d’Italie
(1859) et du Schleswig-Holstein (1861) donnent un total de 55
amputations tibio-tarsionnes, suivies de 32 guérisons. Gela
représente 41 pour 100 d’insuccès.
Dans la guerre des Etats-Unis d’Amérique (1865) la même
opération, pratiquée 97 fois, a réussi sur 58 blessés. C’est une
mortalité seulement de 13 pour 100 (1).

(1) Gross. Thèse de concours pour l’agrégation, Strasbourg, 1S60.

�176

COSTE.

D’autre part, Robert, dans sa thèse de concours, en 1850,
mentionne 19 opérés de la désarticulation tibio-tarsienne pour
cause organique. 11 y a, sur ce total, 3 morts, soit 3 sur 6, soit
17 pour cent.
On le voit, sauf les résultats vraiment insolites obtenus
chez les blessés Américains, l’avantage est considérablement
du côté des amputations pratiquées pour maladies organiques ;
celles qui ont été faites pour accidents ont été bien moins
heureuses.
Il y aurait lieu, toutefois, d’après quelques faits cités encore
par Robert dans sa thèse , de faire , à cet égard, une exception
pour l’amputation sus-malléolaire; cette opération, contrai­
rement aux observations fournies par la désarticulation tibiotarsienne et l’amputation de Chopart, aurait mieux réussi
dans les cas de traumatisme que pour les maladies spon­
tanées.
Mais il faut avouer avec Robert lui-même que ces faits sont
trop peu nombreux pour qu’ils puissent être rigoureusement
concluants.
Au milieu de ces réflexions, il importe cependant d’établir
une distinction résultant aussi de l’expérience.
Si l’amputation de Malgaigne et la tibio-tarsienne, cette
dernière surtout, conformément à la loi pathologique qui
régit les amputations, donnent, pour les traumatismes, des
guérisons un peu plus rares que pour les affections organi­
ques, ces guérisons, une fois obtenues, se maintiennent sûre­
ment. Il peut ne pas en être ainsi quand la cause de l’opé­
ration a été une lésion d’ancienne date et survenue spontané­
ment. Alors, selon son idiosincrasie, l’opéré est toujours sous
le coup de la menace d’une récidive et d’une nouvelle ampu­
tation.
■La déduction pratique à tirer de ces remarques, c’est que
les violences traumatiques offriraient, en définitive, aux
amputations sous-astragalienne et tibio-tarsienne des chan­
ces meilleures que les lésions vitales, non pas précisément au
point de vue des suites immédiates, mais pour la permanence
du résultat, pour la solidité de la guérison.

AMPUTATIONS DU PIED.

177

Du reste, si Ton consulte, pour les amputations inférieures
de la jambe, les statistiques d’un certain nombre d’opérateurs,
ou arrive à des chiffres très-disparates, et ces écarts s’expli­
quent paf la diversité des conditions dans lesquelles peuvent
se trouver les opérés : conditions d’ûge, de sexe, de santé géné­
rale, d'état local, d’influence climatérique.
Il y aune si faible distance de l’articulation astragalo-calcanéenne à la mortaise jambière, que le traitement d’une vio­
lence traumatique ou d’une altération spontanée offrira, le
plus souvent, peu de différence pour les indications de la
désarticulation sous-astragalienne et de l’amputation tibio—
tarsienne, comme pour les conséquences linales des deux
opérations.
Je vais chercher à poser les limites de cette différence, à
déterminer par des suppositions, selon les cas où le couteau
devra intervenir, le rôle qui pourra échoir le plus opportuné­
ment. à l’amputation au-dessous de l’astragale ou à l’ampu­
tation tibio-tarsienne.
L’indication la plus fréquente de l'amputation sous-astragalienne est une carie bien constatée des os du tarse et du
métatarse, qu’on aura vainement combattue par les moyens
ordinaires, et dans laquelle l'astragale aura été épargné.
Je n’ai point à examiner ici la nature intime, aujourd’hui
encore indéterminée, de celte affection, l'une des manifesta­
tions les plus ordinaires de la scrofule ou seulement d’un
lymphatisme extrême.
Toutefois, en désignant la carie, parmi les maladies organi­
ques, comme celle qui réclame le plus souvent la désarticula­
tion du pied sous l’astragale, qu’il me soit permis de rappeler
au moins, par un mot, l'état actuel de la science à Yégard
d’une altération pour laquelle la chirurgie active doit si fré­
quemment intervenir.
Dans le langage pathologique usuel la carie est la terminai­
sonpar suppuration de l’inflammation d’un os; c’est, en d’au­
tres termes, une ostéite suppurée.
Mais, chimiquement, que se passe-t-il dans un os frappé de
carie ?

�178

COSTE.

Plusieurs opinions, entièrement opposées, sont en présence,
et je ne prétends pas les mettre d’accord.
Les uns croient que la portion calcaire, c’est-à-dire inor­
ganique, de l’os se détruit et disparait, sans que l’osséïne, ou
la matière animale, paraisse subir de décomposition.
M. Robin, le savant micrograplie, donne, au contraire, pour
caractère essentiel de la carie la transformation des éléments
organiques du tissu osseux en matière grasse.
Il y a, à l’état normal, de l'eau et de la substance grasse
dans les os. D’après les assertions de M. de Ribra, lesquelles
sont en contradiction formelle avec la définition de la carie
donnée par M. Robin, l’eau normale d’un os augmente beau­
coup, s’il est carié, et la graisse suit une proportion inverse,
elle diminue notablement. Dans les analyses de M. de Ribra
l’os le plus riche en graisse est la portion spongieuse et saine
d'une articulation.
Due grande obscurité plane encore, on le voit, sur cette
question de la carie. Espérons que de nouvelles recherches
viendront la dissiper. C’est une étude à poursuivre.
Lors même que l’indication de l’amputation astragalo-calcanéenne soit nettement dessinée, ses conditions ne sont
jamais, de.près ou de loin, excellentes.
Dans une telle altération du squelette, quel est l’état des
parties molles voisines? Ces parties sont elles assez respectées
par les décollements d’une suppuration chronique et par les
trajets fistuleux subséquents pour qu’il soit possible détailler
sur elles des lambeaux qui puissent vivre et fournir des élé­
ments suffisants de restauration?
Au milieu de cette masse d’os affectés, l’isolement de l’as­
tragale est-il bien sùr? ses portions articulaires, qui corres­
pondent, soit au scaphoïde, soit au calcanéum, ne participentelles point à la lésion de ces deux os, bien qu’il ne soit pas
rare, selon les exemples tirés de la pratique de Lisfranc et re­
nouvelés depuis, de voir, dans une articulation, même petite,
l’une des surfaces contiguës seulement malade et l’autre entiè­
rement saine? En admettant l’intégrité de l’astragale dans un
milieu aussi infecté, les os courts étant très-exposés à la carie,

AMPUTATIONS DU PIED.

170

la menace d’une récidive n ’est-elle pas à redouter? Enfin le
motif de l’amputation étant tel que je l’indique, dans le cas le
plus heureux, dans l’hypothèse d’un succès immédiat de l’opé­
ration, n’y a-t-il pas encore à craindre que la guérison du
malade ne soit qu’éphémère, son espoir étant bientôt détruit
par l’arrivée d’uue tuberculisation pulmonaire ou même
généralisée?
Toutes ces questions se posent d’elles mêmes, et la con­
fiance du chirurgien peut bien en être ébranlée.
Une nécrose du calcanéum pourra aussi nécessiter l’ampulation sous-astragalienne, avec des chances d’une guérison
plus durable que dans le cas d’osteïte suppurée, parce que, si
cette dernière coïncide fréquemment avec une constitution
viciée, avec des troubles profonds de l’économie, d’abord à
l’état latent et qui pourront éclater plus tard, la nécrose, con­
sécutive à une lésion toute locale, telle qu’une gelure, un
coup de feu, une violente contusion, n’est pas du tout incom­
patible avec une très-bonne santé générale.
Enfin, un traumatisme, représenté par un accident subit et
imprévu, comme un écrasement, une fracture communitive
delà plupart des os du tarse et du métatarse, fournira encore
l’occasion de pratiquer la désarticulation astragalo-calcauéenne , si l’astragale, protégé par la mortaise du tibia, est
resté sain, et si les chairs dorsales et plantaires ont été suffi­
samment préservées pour servir à former des lambeaux répa­
rateurs d’une vitalité probable.
C’est, à beaucoup près, le cas le plus favorable de tous ceux
où l’amputation sous-astragalienne peut être faite.
J’exclus résolument des indications de cette opération le
cancer, sous quelque forme qu’il se présente, qu’il siège dans
les os ou dans le parties molles, attendu que cette terrible dé­
générescence n’offre pas ordinairement une délimitation assez
marquée et qu’un retour du mal serait à peu près certain.
La désarticulation sous-astragalienne a été fort discutée.
Elle est, en réalité, très-susceptible de controverse.
En traitant cette opération avec la rigide impartialité iqui
doit dominer toute discussion sérieuse et loyale; en mettant

�AMPUTATIONS DE LA JAMBE.
180

181

COSTE.

scrupuleusement en regard son bon et son mauvais côté, on
arrive à établir la balance entre l’un et l’autre; car on le verra,
par l’exposition qui va suivre, ses avantages semblent aller de
pair avec ses inconvénients, la balance penchant un peu, dans
ma pensée, du côté des avantages.
L’amputation sous-astragalienne a peu de gravité. Elle ne
diminue que faiblement la longueur du membre, seulement de
deux à trois centimètres. Elle n ’expose pas, comme l’amputa­
tion de Chopart, au renversement ou extension forcée du
moignon, avec abaissement du bord interne du pied. Elle
donne, au contraire, une large surface à la base de sustenta­
tion, et, l’axe du corps tombant perpendiculairement sur le
centre de l’astragale, qui le transmet directement au sol, elle
offre de bonnes conditions d’équilibre pour assurer la station
et la marche. Si bien que le rôle du membre s’accomplit assez
aisément avec une simple bottine garnie à l’intérieur d'un
fort talon. Cet avantage est surtout rehaussé par celui, trèsgrand à mes yeux, de l’absence de toute plaie osseuse, les
cellules du diploé restant ainsi parfaitement intactes.
Mais, a-t-on dit, l’opération est laborieuse et assez diflicile.
Si la conservation du premier os du tarse laisse le membre
peu raccourci, de quels secours peut être, en détinitive, pour
le soutien du corps, ce petit os perdu dans la mortaise jam­
bière; exposé, par suite d’un état diathésique, à un nouvel
envahissement de la carie; isolé de toute attache tendineuse;
incapable, conséquemment, de tout mouvement actif et
n’obéissant qu’à une locomotion passive, communiquée par
la flexion du pied dans la progression?
L’osteïte et la nécrose peuvent aussi se montrer sur le de­
vant de l’astragale, par suite de la pression qui s'y exerce.
M. Legouest, adversaire déclaré de l’amputation sous-aslragalienne, tout en reconnaissant le fait assez général de son
innocuité immédiate, dit que ses mauvais résultats définitifs
infirment considérablement cet avantage.
Le savant chirurgien du Val-de-Gràce fait observer que
1inclinaison en bas et en avant de la face inférieure de l’astra­
gale amène, après l’enlèvement du pied et du calcanéum, une

différence de niveau entre les deux parties antérieure et posté­
rieure de l’os. Dès lors, le moignon appuyant sur le sol, la
tête de l’astragale vient le heurter d’abord et, sa partie posté­
rieure ne pouvant être abaissée au même niveau que par un
mouvement, exagéré de flexion, il en résulte forcément sur les
points inférieur et postérieur de la lèle ast.ragalienne une
pression longtemps douloureuse. En outre, la flexion anté­
rieure de l’astragale change un peu les rapports de sa surface
articulaire supérieure avec la mortaise tibiale ; la direction de
celte surface cessant d’être horizontale pour devenir sensible­
ment oblique de haut en bas et d’avant en arrière, le tibia
perdsa direction physiologique normale à l'égard de l’astra­
gale; il lui devient tangent et tend à glisser-en arrière, ainsi
qu’on l’observe dans les luxations du pied en avant.
Il n'est pas possible de dire que ces remarques sont dénuées
de fondement et que les inconvénients qu’elles signalent ne
constituent point une atténuation des avantages de l’amputa­
tionde Malgaigne.
Dans cette opération, on entame inévitablement la plupart
des gaines synoviales, articulaires et tendineuses de la région,
ce qui expose les opérés, par suite de l’inflammation de ces
gaines, à des fusées purulentes.
Ce danger de l’amputation sous-astragalienne lui est com­
mun avec la tibio-tarsienne, car le lieu où l’on opère est pres­
que la même région ; les éléments anatomiques soumis à
l’action du couteau sont à peu près les mêmes.
La lésion et l’accident dont je parle incombent aussi à l'am­
putation de Chopart.
On a encore objecté contre l’amputation sous-astragalienne
queles aspérités articulaires de la face inférieure de l’astragale
menacent de phlogose et d'ulcération les parties molles sur
lesquelles elles vont reposer.
Or, il est incontestable que ces inégalités , ces saillies angu­
leuses, s’émoussent avec le temps. Puis (les autopsies qu’on a
eu l’occasion de faire ont prouvé l'inanité de ce reproche en
démontrant que des productions fibreuses s'étaient formées
et avaient nivelé la surface de sustentation en comblant les
vides qu’elle présentait d’abord.

�m

COSTE.

Enfin, des censeurs un peu sévères de la désarticulation
astragalo-calcanéenne ont dit qu’elle pouvait être suivie d’une
récidive. Le malade, perdant alors tout le bénéfice de sa pre­
mière opération, est forcé de se soumettre à une seconde ; ce
sont deux opérations pour une.
Mais un tel grief est-il sérieux? Dans tout le domaine de la
médecine opératoire, quel acte peut se soustraire à cette ob­
jection? L’inconvénient de la récidive n’est pas particulier
l’amputation de Malgaigne. La possibilité de la réapparition
du mal sur un point plus éloigné existe pour le plus grand
nombre des opérations de chirurgie. Si l’astragale, parfaite­
ment sain au moment de l’amputation, peut être, sous l’em­
pire d’une diathèse strumeuse, ultérieurement frappé de carie,
ce qui reste des malléoles, après l’amputation tibio-tarsienne,
pourrait bien aussi, par l’influence d’une cause identique,
subir le même sort.
Chacune de ces opérations, pratiquée pour une altération
spontanée, expose donc, au même degré, le malade â la mau­
vaise chance d’accepter la nécessité d’une nouvelle muti­
lation. En conséquence, s’il s’agit d’une lésion organique et
qu’une invasion secondaire de l’astragale par la carie fasse
regretter qu’on n ’ait pas, en principe, pratiqué la désarticu­
lation du pied, il peut arriver aussi que, dans le cas où cette
opération aura été faite primitivement, le mal se propageant
à l’épiphyse inférieure du tibia et du péroné, on ait encore le
regret de n’avoir pas fait l'amputation sus-malléolaire, au
lieu de la tibio-tarsienne.
La physiologie pathologique du pied et de l’extrémité in­
férieure de la jambe, je veux dire l’étude du fonctionnement
de ces parties après les diverses mutilations auxquelles elle
son exposées, est d'un grand intérêt dans la solution des
questions qui m’occupent.
On sait que l’amputation partielle du pied par la méthode
de Chopart se fait dans les articulations de l’astragale avec le
scaphoïde et du calcanéum avec le cuboïde.
Le vice ordinaire de cette opération est, par suite de l’élé­
vation du talon, une incurvation de ce qui reste du pied, in­

AMPUTATIONS DU PIED.

183

curvation telle, que la pointe du moignon vient labourer le
sol et y faire heurter la cicatrice. Cette déformation a été ap­
pelée avec quelque raison, dans ces derniers temps, le piedéquin de l’amputation de Chopart. On la rencontre bien sou­
vent; pourtant les annales de la science montrent de nom­
breuses exceptions, sous la garantie des plus illustres noms,
dans lesquelles il n’en existait aucune trace.
Mon sujet ne comporte pas l’étiologie de cette infirmité, si
fréquemment consécutive à l'opération do Chopart. Pourtant
il n’est pas tout à fait hors de propos, peut-être, que je m’y
arrête un instant.
On a cru longtemps que la cause unique du soulèvement
du talon était un raccourcissement graduel du tendon
d’Achille, par l’effet de la rétraction du triceps sural(jumeaux
et soléaire). Mais, bien qu’il puisse y avoir un certain degré
de traction de la part des muscles fléchisseurs du pied sur la
jambe, quelques autopsies ayant prouvé l’absence do toute
tension du tendon d’Achille, on a donné de nouvelles expli­
cations, indiqué un autre mécanisme du fait en question, et
ce mécanisme paraît être le plus vrai.
Si la déformation succède rapidement à l’opération, Fremmert et M. Bœckel (1) l'attribuent à une phlogose plus ou
moins vive de l’articulation tibio-tarsienne, qui amène le relâ­
chement des ligaments et, comme dernière suite, la luxation
de l’astragale et du calcanéum en arrière de la mortaise jam­
bière. La jointure de la jambe avec le pied forme alors un
angle obtus, ouvert en avant, en vertu de ce fait, révélé par
l’observation, qu’une articulation enflammée prend une posi­
tion moyenne entre la flexion et l’extension.
Quand le renversement du moignon se lait tardivement, la
cause en est, suivant M. Sédillot, dans l'obliquité de surface
d’arrière en avant et de haut en bas de l’articulation de l’as­
tragale avec la moitié antérieure du calcanéum. Il en résulte
que le poids du corps porte sur cette partie, par l’intermé­
diaire du tibia, puis de l’astragale, et la pousse en bas, en fai­
sant nécessairement basculer le talon en arrière.
(t) Thèse de concours pour l’agrégation, Strasbourg, 1857.

�184

COSTE.

La déviation de ce tronçon du pied, qui survit à la désarti­
culation médio-tarsienne, déviation si compromettante pour
la marche, annihile totalement l’avantage de la conservation
du calcanéum. Aussi bien des chirurgiens, et j’inclinerais pour
ce parti, préfèrent-ils â l’opération de Chopart l’amputation
sous-astragalienne, qui laisse après eLle un moignon faisant
l'office d’un pilon vivant et pouvant, avec un surcroît de talon
de 2 à 3 centimètres de hauteur, constituer un excellent sup­
port. Si, même, l’astragale ne se soude point à la mortaise du
tibia et conserve toute sa mobilité, l’addition à la bottine d’un
faux avant-pied en liège ou en bois léger dissimulera parfai­
tement la mutilation.
L’amputation de Chopart, malgré le double avantage d’une
facile exécution et du peu de danger qu’elle fait courir an
patient, n’est donc pas une bonne opération, à cause de la
fâcheuse influence que le moignon, ordinairement mal dirigé,
exerce sur la marche. Ce fait, bien qu’il ne soit pas absolu­
ment constant, justifie pleinement la tendance des praticiens
expérimentés à lui préférer la désarticulation sous-astraga­
lienne.
Toutefois, tandis que d’imposantes autorités de notre pays,
Malgaigne, M. Nélaton, M. Legouest, M. Jules Roux, condam­
nent l’amputation dans le milieu du tarse, cel te opération est
favorablement accueillie par les chirurgiens allemands, qui
citent d’assez nombreux exemples, dans lesquels le moignon,
nullement déformé, a permis à l’opéré une bonne et facile
déambulation.
La nécessité de l’amputation tibio-tarsien ne est basée à peu
près sur les mêmes lésions traumatiques ou spontanées qui
obligent à pratiquer la sous-astragalienne. Pourtant quelques
nuances, que le clinicien devra saisir, séparent les indications
de l’une et de l’autre.
Une carie du tarse tout entier, le massif malléolaire étant
sain, motivera la désarticulation du pied; c’est, le cas, on peut
le dire, classique de cette opération, car il est le plus ordinaire.
Une arthrite fongueuse peut aussi en fournir l’indication, mais
un peu obscurément et avec de faibles probabilités d’une gué­

AIMPUTATIONS DE PIED.

185

rison durable. Cette affection étant le plus communément
d’originestrumeuse, des fongosités peuvent renaître plus tard
dans le moignon, entraîner la carie des malléoles et rendre
indispensable l’amputation de la jambe, ainsi qu’il arriva à
un opéré de M. le professeur Richet en 1857.
Comme pour l’amputation de Malgaigne, j ’hésiterais beau­
coup, en présence d’une maladie cancéreuse, pratiquer la
désarticulation tibio-tarsienne. Je serais arrêté par la crainte,
encore plus redoutable, d’une récidive. L’amputation du pied
pour une telle affection, me parait être une opération complè­
tement irrationnelle.
Les causes traumatiques de l’amputation tibio-tarsienne
peuvent être le ravage d’une plaie par arme à feu de calibre
plus ou moins fort, la morsure d'un engrenage, une luxation
de l'astragale, compliquée de pdaie et, conséquemment, d’ou­
verture de l’article tibio-tarsien, et, plus souvent, le broiement
du pied par le choc d’un corps très-lourd, tel qu’une barre de
fer, un bloc de rocher ou par le passage d’une roue de wagon,
de charette pesamment chargée. Dans ces lésions, outre l'iné­
vitable comminution des os, les parties molles sont toujours
fort maltraitées. Mais, dans le cas d’écrasement, c’est le dos du
pied qui souffre le plus de la contusion, et les chairs plantai­
res sont, assez ordinairement, en meilleur état. Cette situation
favorise évidemment la formation des lambeaux.
L’amputation tibio-tarsienne est facilement exécutée; on
s’en assure bien par les exercices de l'amphithéâtre. Les divers
incidents, il est vrai, que peut offrir l’affection qui la réclame
la rendent toujours un peu plus difficile sur le vivant. Mais il
en est ainsi de tou tes les opéra tions.
Bien que la désarticulation du pied raccourcisse le membre
de G à 7 centimètres, elle permet aisément la station et la
marche sur le moignon avec la bottine-pilon de M. Jules Roux.
Cerésultat est surtout à espérer après le procédé du chirurgien
de Toulon; les surfaces osseuses sont parfaitement matelassées
parle vaste lambeau qu’il donne et y trouvent un excellent
point d’appui.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que les conditions de la déam-

�186

COSTE.

bulation sont incomparablement meilleures après un trauma­
tisme que dans le cas d’une amputation pour cause organique.
L’amputation tibio-tarsienne partage, d’ailleurs, avec la
sous-astragalienne les inconvénients qu’on peut reprocher
à cette dernière, notamment l’ouverture de toutes les gaines
fibro-séreuses qui entourent le coude-pied, la possibilité de
fusées purulentes consécutives à cette lésion, une grande len­
teur dans la marche du travail de cicatrisation, enfin, si l’opé­
ration a été faite pour une maladie spontanée, la crainte de
voir persister des points fistuleux qui rendent la cure incom­
plète, et la menace d’une récidive entraînant la nécessité d’une
seconde amputation.

Conclusion.
Tuis-je écrire ce mot? Dans l'étude des questions que je
viens de traiter, questions où l’imprévu tient une si large
place, est-il possible, ainsi que je Lai déjà fait pressentir,
de conclure théoriquement? Evidemment non.
Une déduction générale doit-elle, d’ailleurs, s’appliquer à
des faits qu’on ne pourra sainement apprécier que par des consi­
dérations individuelles et toutes de circonstance? Une formule
de jugement arrêtée d’avance conviendrait-elle à des cas par­
ticuliers qui sont évidemment du ressort de la clinique?
La seule conclusion possible, etque je donne sans hésitation,
est celle qui a trait au choix à faire entre l’amputation susmalléolaire et l’amputation au lieu d’élection. Te le dis avec
la plus inébranlable conviction : la première est préférable.
Il en est tout autrement pour les désarticulations sous-astra­
galienne et tibio-tarsienne.
Ici, en se plaçant sur le terrain de la théorie, l’embarras est
beaucoup plus grand, les affirmations bien plus difficiles et
même impossibles.
Comment pouvoir dire, en effet, uniquement d’après les
données du raisonnement, si l'amputation de Malgaigne a des

AMPUTATIONS DU PIED.

'187

avantages supérieurs à ceux de la désarticulation tibio-tar­
sienne, et, réciproquemment, si celle-ci doit l’emporter sur
l’autre?
Mais la préférence à donner à l’une des deux opérations ri­
vales dépend absolument des indications qui s’imposent au
chirurgien, qu’il soit en face d’un traumatisme ou d’une
lésion vitale.
C’est à la clinique seule de prononcer.
Supposons une maladie du pied qui rend impuissante toute
médication rationnelle et réclame impérieusement le sacrifice
des parties affectées, nulle contre-indication n’existant dans
lasituation générale de l’individu.
Si l’astragale est reconnu sain, ainsi que le renflement mal­
léolaire, le reste du pied ne pouvant être conservé; si les par­
ties molles ambiantes, sur un point ou sur un autre, sont en
état de servir à la restauration, il me semble de toute évidence
que l’amputation sous-astragalienne devra être faite, à l’ex­
clusion de la tibio-tarsienne. Le membre sera plus long et,
l'opérateur n’ayant point touché aux malléoles, les cellules
osseuses resteront fermées ; ce sera un avantage manifeste.
Supposons maintenant la même altération de l'avant-pied,
mais montant plus haut, l’astragale envahi, et la mortaise
jambière encore intacte. Il y aura là une indication formelle
de l’amputation tibio-tarsienne.
Dans l’hypothèse enfin que le tibia et le péroné sont irrémissiblement atteints dans leur épiphyse inférieure, en même
temps que la majeure partie du squelette du pied, la seule opé­
ration praticable est l’amputation sus-malléolaire.
S’il s’agit d’une lésion organique, d’une carie, par exemple,
et nous savons que c’est le cas le plus fréquent, dans la sup­
position de l’intégrité parfaite de l’astragale, M. Jules Roux,
redoutant pour cet os une invasion ultérieure et plus ou
moins prochaine de l’affection des autres parties du tarse,
préfère à la désarticulation sous-astragalienne l’amputation
tibio-tarsienne.
Malgré ma profonde estime pour l’éminent chirurgien de
Toulon, je ne puis partager son opinion.

�I8S

COSTE.
TRAITEMENT DE LA GOUTTE.

Cotte prévoyance me semble excessive et incomplètement
justifiée. D'abord, quelque soit l’état de la constitution du su­
jet, le pronostic d’une nouvelle invasion de la carie, frappant,
cette fois, l'astragale, peut fort bien ne pas se réaliser. Puis,
comme je l'ai fait observer plus liant, l’amputation tibio-tarsienne mériterait le même reproche, les malléoles, entière­
ment saines au moment de l’opération, pouvant s’altérer plus
tard au point de nécessiter l’amputation sus-malléolaire.
On ne peut donc pas, dans ma conviction, si l’astragale est
intact, faire indifféremment la désarticulation sous-astragalienne ou l’amputation tibio-tarsienne. Je n’accepterais pas
plus, pour le motif allégué par M. Houx, la préférence accordée
à cette dernière opération sur l’autre que je n’imiterais l'opé­
rateur qui, l’astragale étant atteint et les malléoles exemptes
de tout mal, dans l’appréhension de les voir bientôt participer
à l’affection de l’os voisin, hésiterait à desarticuler le pied et
préférerait amputer au-dessus des malléoles.
Mais, en obéissant à de telles craintes, on arriverait ;\ pro­
poser d’emblée la désarticulation de la cuisse pour une mala­
die du pied.
L’amputation sus-malléolaire ne doit être faite que si les
chevilles sont affectées et, conséquemment, l’amputation tibiotarsienne impossible.
Celle-ci devra être pratiquée si le plateau tibial est intact el
l’astragale malade.
On lui préférera invariablement l’amputation sous-astragalienne quand le mal qui atteint le tarse ne sera pas monté
jusqu’à l’astragale.
L’amputation tibio-tarsienne est, incontestablement, une
bonne opération. Elle a donné, notamment à M. Jules Roux,
de très-beaux résultats ; mais, tout en blessant aussi les gaines
tendineuses du pied à l’égal de l’amputation de Malgaigne,
elle a sur cette opération quelques désavantages : elle laisse
le membre notablement plus court; il résulte de la résection
des malléoles que les cellules osseuses baignent dans la sup­
puration de la plaie; enfin la surface de sustentation est
moindre de moitié qu’après la désarticulation sous-asl ragalienne.

ISO

Je le dis encore, il ne saurait y avoir ici de parti pris ; la
clinique est le régulateur suprême de la conduite du chirur­
gien ; elle lui ordonne de disputer pied à pied le terrain à la
maladie, afin d’amoindrir, autant qu’il peut en dépendre de
l’art, la gravité du sacrifice.
( La suite au prochain numéro.)

RAPPORT
sun un

Mémoire de M. le docteur Fontaine, relatatif au traitem ent de la goutte
(Lu à la Société Impériale de Médecine)

Par le Dr GOliüAN.

M. le docteur Fontaine, pharmacien, professeur aux écoles
de médecine navale, en retraite, soumet à votre appréciation
éclairée un travail intitulé : Mémoire poui' servir de base à
une nouvelle méthode de traitement de la goutte.
Dans ce travail, auquel il n’a pas voulu donner les propor­
tions d’une monographie, l'auteur résume l’état actuel de 110s
connaissances sur la goulte, et relate les investigations et les
faits qui servent de base à sa méthode de traitement .
Pour donner une idée générale du mémoire de M. Fontaine,
il nous suffira d’en extraire les conclusions, et de faire ressor­
tir ce qui appartient en propre à Fauteur.
Conclusions ;
« F La goutte est une maladie constitutionnelle, hérédi­
taire ou acquise, de type essentiellement chronique, à mani­
festations plus ou moins aiguës (accès).
« 2" L’accès est l’effort de l’organisme pour se débarrasser
du corps étranger qui l’imprègne.
« 3*La goutte a son point cle départ clans un excès d’acide
urique dans le sang.

�190

GOUZIAN.

« 4* L’acide urique et l’urée sont deux produits excrémen­
tiels, normaux, nécessaires. Ils proviennent tous deux de l’ex­
cès des matières azotées neutres,soit des aliments, soit des
tissus vieillis de l’organisme devenus inutiles ou nuisibles.
« 5° L’urée est le dernier terme de transformation de ces
matières; l’acide urique en est le terme anté-ultime. L’urée
provient tout entière de la destruction de celui-ci, lequel, à
mesure qu’il se forme, se traduit en urée, acide oxalique et
allantoïne. L’allantoïne se détruit dans le système capillaire ;
l’acide oxalique passe en partie dans l’urine.
« G0La transformation n’est pas complète ; il reste une cer­
taine quantité d’acide urique non décomposé. Quand cette
quantité dépasse une certaine limite, sa solubilité est compro­
mise dans le sang. L’acide urique combiné avec la soude, base
si répandue dans tous les liquides organiques, tend à se préci­
piter, à cristalliser dans les points de l’arbre circulatoire les
plus propices au phénomène, d’abord dans les articulations
les plus éloignées du centre, et successivement sur les autres,
et enfin sur les viscères.
« T Ce sont ces dépôts qui donnent lieu à toutes les mani­
festations qui constituent la goutte. L’accès, tant articulaire,
que viscéral, est déterminé par l’irritation, l’inflammation
produite parle corps étranger dans l’intimité des tissus ; tous
les phénomènes locaux et généraux correspondent aux lésions
organiques, ou simplement fonctionnelles, occasionnées par
ces dépôts, en tenant compte de toutes les conditions accessoi­
res, constitution, âge, sexe, maladies concomitantes, etc.
« 8’ Bien que l’urée et l’acide urique se rencontrent dans
tous les liquides d’excrétion, leur principal émonctoire est le
rein ; ils y arrivent tout formés ; le rôle du rein se borne à les
séparer du sang, comme tous les autres matériaux qui doivent
être éliminés.
« 9° L’excès d’acide urique dans le sang provenant d’un
arrêt, d’uneentrave aux dernières réactions d’oxidalion, quelle
est l’indication thérapeutique fa plus prochaine? Fournir de
l'oxigène.

TRAITEMENT DE LA GOUTTE.

191

« 10'Los globules sont les agents essentiels des fonctions
d’oxidalion. Chaque globule peut être considéré comme une
entité organique. L’enchainement harmonique de toutes les
métamorphoses qui s’opèrent dans le sang est sous la dépen­
dance du bon état de la santé physiologique des globules,
dont le rôle principal, sinon unique, est de charrier l’oxigène et de le tenir pendant tout le circuit à la disposition des
réactions.
« IF L’agent thérapeutique qui semble avoir l’action la
mieux établie comme régulateur des fonctions respiratoires,
c’est l'arsenic, probablement par suite d’une légère action toni­
que excitante exercée sur les globules.
« 12° Par ces motifs, notre médicament contre la diathèse
goutteuse se compose :
F D’un sel arsenical ; réparateur, reconstituant des globules,
action régulatrice des fonctions de combustion.
2:D’un chlorate; source d’oxigône.
3'D’un benzoate; action dissolvante sur les composés uri­
ques ; léger diurétique.
« 13 Contre l’accès, le colchique, le seul agent thérapeutique
sur mais dangereux et devant être manié avec une extrême
prudence. »
Dans la première partie de son travail, M. Fontaine nous
présente le résumé clair, précis, et suffisamment complet de
fliistoire médicale de la goutte, depuis Sydenham jusqu’à
Garrod.
Comme Garrod, M. Fontaine rattache la pathogénie de la
goutte à une accumulation anormale d’acide urique clans le
sang. Mais tandis que Garrocl semble admettre que les dépôts
d’urates sont la conséquence de l’accès, M. Fontaine prétend
qu’au contraire l’accès est consécutif aux dépôts et est pro­
voqué par eux. Or, toutes les preuves fournies par l’observa­
tion clinique, l’anatomie pathologique et l’analyse chimique
semblent donner raison àM. Fontaine.
Quant à la théorie de la formation de l'acide urique, à sa
présence en excès dans le sang des goutteux, il faut recon­
naître que les théories chimiques présentées par M. Fontaine,

�EXPLICATION DES FIGURES.
l'J'2

GOUZIAN.

sont parfaitement logiques, et conduisent, par un enchaîne­
ment qui séduit l’esprit, aux déductions thérapeutiques.
11 nous serait difficile de donner ici une idée même som­
maire de la partie chimico-physiologique du travail de
W. Fontaine. Nous lavons dit, le mémoire est lui-même un
résumé. 11 faut le lire en entier.
Pour nous, médecin, la partie vraiment intéressante du
mémoire que nous analysons, c’est le traitement, objet spé­
cial, sinon unique, que s’est proposé M. Fontaine.
1° Traitement de la diathèse.:
M. Fontaine jette un coup-d’œil rapide sur les diverses mé­
dications dirigées contre la diathèse goutteuse.
Voici son opinion sur remploi des eaux minérales : les eaux
salines sont absolument contre indiquées ; leur emploi ne sert
qu’à précipiter les accès.
Les eaux alcalines (Vichy, Vais, Carlsbads, etc.), peuvent
améliorer l’état des goutteux jeunes et robustes ; elles sont
souvent funestes à la goutte chronique. Les eaux de Bath,
Treplitz, Contrexeville, Balaruc, Wilbad, Wiesbaden, sont à
peu près innocentes.
Les eaux ferrugineuses ne conviennent qu’à la goutte alonique. Les eaux sulfureuses sont impuissantes ou même dan­
gereuses.
Les bons effets des eaux minérales, même les eaux alcalines
les plus réputées, sont dues à la masse de liquides ingérée
plus qu’aux principes dissolvants.
M. Fontaine proscrit avec raison le mercure; avec moins de
raison, selon nous, l’iodure de potassium. 11 voit dans l’infu­
sion de feuilles de frêne, le macéré de café vert, de quinquina,
remèdes récemment vantés, de simples adjuvants dans le trai­
tement de la diathèse. Enfin, il ne veut pas qu’on soumette
les goutteux à un régime trop sévère.
Arrivons à sa méthode de traitement :
Ce traitement est basé sur cette opinion, que l'excès d’acide
urique dans le sang provient d’un arrêt dans l’oxidation des
principes azotés.

Figure 1. — Appareil de suspension complet.
AA1 ... Cadre en fer.
TT'.. .. Tiges en fer reposant sur le lit.
SS’. . . . Tiges supérieures ayant entre elles un intervalle dans
•
lequel glissent des roulettes.
B ....... Plateau en grillage sur lequel on place la jambe fracturée.
CDli . ) Supports en fer articulés fixes au plateau et servant à
C'D'E' | le suspendre.
CE... ) Tiges transversales réunissant les extrémités supérieures
C E '.. ) des supports ; — ces tiges sont formées de deux parties
réunies par une poulie O, O'.
RK'__ Roulettes glissant dans l’intervalle SS' et facilitant le
mouvement en avant ou en arrière du plateau.
PP'.... Poulies horizontales fixées à deux tiges partant des rou­
lettes, et sur chacune desquelles passe une courroie
en cuir, qui passe au dessous des poulies O, O', et faci­
litent les mouvements d’inclinaison latérale du pla­
teau B.

Figure 2. — Supports et poulies de suspension.
ABC... Supports articulés aux points a et b ; la partie B passe
sous le plateau ; les parties A, C verticales.
DE__ Tiges horizontales coupées en deux parties pour rece­
voir une poulie O, et terminées par deux crochets ser­
vant à suspendre le plateau par les parties A et C.
L........ Lanière en cuir passant sur les poulies O et P.

Figure 3. — Coupc d’une roulette.
1’........ Roulette; la partie ombrée glisse entre Jes tiges SS'; les
parties extérieures plus longues, empêchent les rou­
lettes de tomber.
....... Axe de la roulette auquel sont fixées les tiges TT .
R ....... Poulie horizontale tenue aux tiges TT' et sur laquelle
passe la lanière de cuir.

��Figure i. — Gouttière ponr la contention des fractures.
TRAITEMENT DE LA GOUTTE.

A __ Gouttière en tiges de fer creux.
B ....... Courroie en treillage de fer rembourré, se plaçant audessous du genou et maintenant l’extension.
B'...... Partie relevée de la gouttière sur laquelle s'appuie le pied.
C........ Chaussure se laçant sur le pied et munie d'une courroie
qui se boucle sur deux tiges transversales placées sur
le pied de la gouttière, cette chaussure maintient la
contr’extension.
DK. . Tige en fer creux, composée de deux tiges emboîtées
l’une dans l’autre et munie d’une vis de rappel pour
allonger la gouttière.
W ... Vis sans fin jouant dans deux écrous fixés sur la tige
DE pour allonger la gouttière.
P...... Clef povr faire jouer la vis sans fin.
M ... .. Partie latérale de la gouttière pouvant se rabattre pour
faciliter les pansements dans le cas de plaie, et se
maintenant redressée par les courroies L, L, L.

Figure .1. — Fond et parties latérales de la gouttière.
A.

Fond de la gouttière composé de tiges creuses en fer,
rentrant l'une dans l’autre (a, a, a, a) afin de pouvoir
allonger la gouttière pour empêcher le chevauchement
des fragments. (La partie ombrée représente les tiges
intérieures).
BB .... Parties latérales, composées chacune de deux parties
chevauchant l’une sur l’autre et se maintenant relevees
après le pansement a l aide des courroies CL, CL, CL.

193

Ici, toutes les considérations relatives au rôle de Farsenic
dans les fonctions de respiration appartiennent à M. Fon­
taine.
La composition de son médicament contre la diathèse est
faite dans le but de favoriser, d’activer toutes les combustions
dans l’organisme.
Trois sels entrent dans la composition de ce médicament :
L’arséniate de potasse (bi-arseniate, sel arsenical de Macquer), le chlorate de potasse et le benzoate de chaux.
Nous avons vu comment l’auteur comprend le rôle de l’arséniate et du benzoate. Nous devons ajouter que pour le chlo­
rate, M. Fontaine a conclu des nombreuses analyses qu’il a
faites sur les urines des personnes soumises au traitement,
qu’une certaine portion du chlorate est décomposée dans le
sang, et fournit tout l’oxygène, tant de son acide que de sa
base.
Ici, laissons parler M. Fontaine :
« Le benzoate de chaux est brûlé dans le système capillaire
et traduit en carbonate. Il consomme donc une certaine quan­
tité d’oxygène, et son association semble, au premier abord,
une contradiction dans la composition du médicament, puis­
que d’une part nous cherchons à fournir de l’oxygène, et de
l’autre nous présentons une substance qui en absorbe une
partie.
« L’objection ne nous a pas échappé ; aussi avons-nous es­
sayé sur quelques goutteux la préparation sans benzoate. Ses
effets nous ont paru moins concluants qu'avec les trois sels
réunis.
« Ces considérations, nous ne nous io dissimulons pas,
pourront soulever bien des objections ; elles appellent de
nouvelles et nombreuses observations.
« Que l’on conteste l’efficacité du chlorate dépotasse et du
benzoate de chaux, que l’on argumente contre le rôle chimi­
que que nous leur avons assigné, nous le comprenons jusqu’à
un certain point. Mais les effets de l’arséniate sur les fonctions
de respiration, nous les croyons désormais hors d’atteinte,

�191

GOUZIAN.

TRAITEMENT DE LA GOUTTE.

el nous avons l’assurance que de nouvelles observations ne
feront que les confirmer. » P. 88. 89, 90. »
La liqueur anti-goutteuse de M. Fontaine ne doit être
prise qu’en état de santé (de Gà 10 gouttes dans un demi-verre
d’eau). 11 faut la suspendre quand survient un accès. Le trai­
tement dure plusieurs mois, et peut être continué pendant
des années. La persistance est la première condition du
succès.
La liqueur éloigne les accès, en diminue la durée, l’inten­
sité, et les conjure quelquefois entièrement. Peu de cas
sont réfractaires. Il y a toujours amélioration de la santé
générale.
2* Traitement de l’accès :
M. Fontaine a apporté une modification heureuse dans le
traitement de l’accès. Les analyses nombreuses auxquelles il
s’est livré lui ont prouvé que tous les anti-goutteux, tant
français qu’étrangers, reconnus efficaces contre l’accès, doi­
vent leurs propriétés curatives au colchique. Or, le colchique
est un éméto-carthartique des plus violents. De plus, il est
susceptible de donner lieu au phénomène d’accumulation. De
concert avec M. Roustan, professeur à l’Ecole de médecine et
de pharmacie de Marseille, M. Fontaine a fait de nombreuses
expériences sur des chiens.
Ces messieurs se sont assurés d’abord que les effets du col­
chique différaient suivant la forme pharmaceutique, suivant
que l’extrait ou la teinture avaient été préparés par l’eau,
par l'alcool, par l’alcool aqueux, Féther, etc.; qu’ils dif­
féraient encore, suivant que la préparation avait été faite,
soit avec les bulbes, soit avec les fleurs, ou avec les graines.
Mais l’observation la plus intéressante est celle relative à
leurs expériences sur l’accumulation.
Us ont pu donner, pendant plusieurs jours, à des chiens,
de l'extrait de colchique, 5 centigr. de deux en deux heures,
sans qu’aucun symptôme se produisit, le chien continuant à
manger, et ne donnant aucun signe de malaise. Tout à coup,
après trois, quatre, cinq jours, plus ou moins, les accidents
éclataient avec une violence inouïe : vomissements, selles

sanguinolentes, collapsus, enfin tous les symptômes de l’em­
poisonnement par le narcotico-àcres.
Ces résultats démontrent le danger de l’administration du
colchique, même à faible dose, pendant plusieurs jours.
Du reste, MM. Fontaine et Roustan, persuadés que la pré­
tendue colchicine n’est pas un principe simple, une espèce
chimique, poursuivent leurs recherches sur la matière, et ils
ne désespèrent pas de parvenir à dédoubler ce principe, lequel
suivant eux résulterait de l'association de deux éléments, l’un
drastique au plus haut degré; l’autre, narcotique, doué de
propriétés calmantes, spécifique sur la fluxion et la douleur
goutteuses.
D’autre part, M. Fontaine, frappé des désastres occasionnés
par l’administration des anti-goutteux au colchique par
l’estomac, pour peu que l’usage en soit prolongé, renonce
absolument à le prescrire par cette voie. Il ne le donne donc
qu’en lavements (liv. 100 a 150 grammes par 4 à 8 grammes
de teinture de colchique) et il n’en prolonge pas l’usage audelà de deux ou trois jours, et jamais que contre l’accès aigu.
De cette manière, plus de danger. La santé générale est à
l’abri des atteintes de colchique, et l’estomac déjà si menacé
parla maladie elle-même, est sauvegardé. Le traitement par
lavement ne peut avoir d’autre inconvénient qu’une irritation
locale un peu vive dont les émollients ont bien vite raison.
La préparation de colchique de M. Fontaine est une teinture
alcoolique faite avec la graine. Il adonné la préférence à la
graine, parce que celle-ci réunit toutes les conditions pour
fournir un médicament toujours semblable à lui-même, cir­
constance précieuse pour un agent de cette énergie, et qui
réclame un dosage sur et précis. .
La médication au colchique est interdite dans les intervalles
des accès et a fortiori dans la goutte asthénique.
M. Fontaine, dans le traitement de Faccès, proscrit la jusquiame, l’iodure de potassium, la teinture de gayac, le sul­
fate de quinine, la vératrine, les moxas, les sangsues, les
frictions irritantes, teinture d’iode, térébenthine. Dans des
mains prudentes et habiles, le colchique, dit l’auteur, suffit à
tout.

195

�196

GOUZIAN.

Eu pathologie, on admet comme une vérité de suprême
évidence, la parenté qui relie le rhumatisme et la goutte.
La doctrine de l’identité, soutenue par d’éminentes autorités
contemporaines, compte de nombreux partisans en France, oii
le rhumatisme est beaucoup plus connu que la goutte. Il en
est autrement en Angleterre où la goutte est si fréquente,
même chez les gens du peuple.
M. Fontaine n’appartient pas à la doctrine de l’identité.
Pour ma part, je considère le rhumatisme et la goutte, sinon
comme deux maladies identiques, au moins comme deux affec­
tions congénères. J’y vois, avec le docteur Pidoux, deux bran­
ches issues d’un tronc commun, Varthritisme.
M. Fontaine invoque, à l’appui de sa méthode , quatre
années d’une expérimentation suivie. A mesure que les obser­
vations se multiplient, les résultats s’affirment de plus en
plus.
Au sein de l’Académie impériale de médecine (séance du 25
janvier 1870), M. Bouchardat a terminé son rapport sur le
mémoire du docteur Fontaine, en demandant comme com­
plément « des observations détaillées et recueillies avec tous
les soins que réclame la science moderne. »
D’autre part, M. le professeur Fonssagrives (Gazette hebdo­
madaire de médecine et de chirurgie, 11 mars 1870), après avoir
appelé l’attention sur le travail de M. Fontaine, cl convié
les médecins à expérimenter sa méthode ; le professeur Fonssagrives, disons-nous, demande à son tour des faits «juges
suprêmes de toute théorie. »
A nous donc les observations et les faits ! ( l) (2 .

0) Pour ne pas rappeler les 72,000 cures de la douce Revalescière. j'élilimine les lettres dues à des mains profanes, et me borne aux observations
qui s’imposent à nous par la compétence et l’honorabilité de leurs signa­
taires. Ces observations, il faut le reconnaître, plaident en faveur des théo­
ries de M. Fontaine. (G.)
(-J) Ces observations, pour la plupart concluantes, ont été lues à la Société
de médecine. Notre collaborateur devait les-recopier pour les livrer à l'im­
primeur. La mort l’a surpris avant qu’il ait pu terminer ce travail.
( Note de la Rédaction.)

TRAITEMENT DE LA GOUTTE.

197

Appréciation :

M. Fontaine a-t-il fait faire un pas décisif au traitement de
la goutte?
Si notre confrère se bornait à nous apporter ces vues théo­
riques, ces a priori chimiques dont le clinicien a raison de se
défier, nous serions singulièrement disposés à ne voir dans sa
méthode curative qu’une de ces innombrables formules qui
viennent de temps en temps apporter aux goutteux l’espé­
rance toujours déçue d’une guérison radicale. Mais, nous
l’avons vu, les théories de M. Fontaine ont reçu la consé­
cration de l’expérience.
On dira peut-être :
Avant M. Fontaine, Guéneau de Mussy, Beau, Trousseau,
ont appliqué les préparations arsenicales au traitement des
affections goutteuses.
Avant lui, M. Gubler a signalé la décomposition partielle
du chlorate de potasse dans l’économie. Avant lui, le docteur
Ure (1814), MM. Jocquet et Bourjean (185G), ont préconisé le
benzoate de soude contre la goutte et sa diathèse.
Enfin, depuis les travaux des médecins anglais, Warc et
Home (1814), le colchique est regardé comme le spécifique de
la goutte. Assertions pleines de vérité ; faut-il en conclure qu’il
n’y a rien de nouveau, d’original, dans la méthode curative
du docteur Fontaine? Non, messieurs.
En préconisant l’arsénié, dont il a si bien fait, ressortir le rôle
dans les fonctions de combustion; en conseillant le chlorate
de potasse pour oxyder l'acide urique ; en invoquant l’action
dissolvante et diurétique du benzoate de chaux ; eu associant
enfin dans son médicament les trois substances précitées,
M.Fontaine a agrandi le champ de la thérapeutique moderne.
Nous avons mentionné l’heureuse modification apportée
par notre confrère dans le traitement de l’accès aigu par le
colchique. Quand M. Fontaine n aurait fait que cela, il aurait,
suivant nous, rendu un service signalé à l’art de guérir.
Le mémoire du docteur Fontaine, mémoire dont je vous
remercie de m’avoir confié l’analyse, porte l’empreinte du
talent et de la conviction. Je ne saurais trop vous engager à

�198

GARCIN.

le lire, à le méditer. Je vous recommande, en particulier, les
chapitres relatifs aux origines de la diathèse goutteuse, à l’ex­
plication des phénomènes goutteux, par la théorie de l'acide
urique, etc.
M. Fontaine, messieurs, sera heureux de vous voir sou­
mettre ses théories à l’épreuve clinique.
Ennemi du savoir faire et de l'industrialisme, il ne sollicite
d’autre appui que l’appui des corps savants. Après l’Académie
impériale de médecine de Paris , la Société impériale de
Marseille. Félicitons notre distingué confrère ; la voie qu’il
suit ne fonde pas les fortunes rapides, mais elle fonde, ce qui
vaut mieux, les succès honnêtes et durables.
Nous ne serons que justes, messieurs, en adressant des
remercîments àM. le docteur Fontaine, et en assignant à son
remarquable mémoire, une place d’honneur dans les archives
de notre Société.

CLINIQUE CHIRURGICALE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE.
(M. Pirondi, professeur-adjoint.)

Tumeurs filiro-plasliques multiples et en particulier tumeur du cervelet.
( Observation et réflexions, par M. Garcin , interne du service.)

Dans les derniers jours du mois de juin 1810, la nommée Chamnrien Alexandrine, marchande, âgée de 42 ans, était admise dans
un service de médecine de l'Hôtel-Dieu, sous le diagnostic: Ramol­
lissement cérébral; le diagnostic de la salle de garde ne fut pas con­
firmé par le chef du service ; l’attention de celui-ci attirée au
contraire pai une lésion organique des glandes mammaires, la
malade fut envoyée à la clinique chirurgicale où elle arriva le 3
juillet. Guidé par l’indication du billet d’entrée, M. Pirondi diri­
gea d’abord ses recherches vers la lésion indiquée, se réservant
toutefois l’examen de l’état général, frappés que nous étions tous

TUMEUR DU CERVELET.

499

par l’attitude extraordinaire de la malade, plongée dans une
sorte de somnolence ou d’extase.
Il nous fut tout d’abord impossible d'avoir aucune espèce de
renseignement sur les tumeurs qui avaient remplacé les glandes
mammaires; la malade ou ne faisait que des réponses insigni­
fiantes, ou ne répondait pas, et le plus souvent semblait vouloir se
dérober à nos interrogations. On ne put donc connaître le début
et la marche de la maladie, ni savoir si ees tumeurs étaient dou­
loureuses, soit spontanément, soit à la pression ; il n ’y avait pas
la moindre expression de douleur lorsqu’on appuyait le doigt sur
la poitrine. Les deux seins, un peu aplatis, avec un mamelon tres­
saillant, étaient transformés en masses d u res, d'une consis­
tance égale dans toute leur étendue. Ils semblaient de plus reliés
l'un à l’autre par une sorte de plastron présentant partout la
même consistance, consistance qu'à ce niveau on ne pouvait con­
fondre avec la résistance fournie par le sternum, et qui semblait
provenir de l’induration du tissu cellulaire sous-cutané. Du côté
externe, ils étaient reliés aux ganglions axillaires correspon­
dants, hypertrophiés et indurés aussi par des cordons épais et
très-durs. Il n’y avait pas de développement acineux notable au­
tour de ces tumeurs. Cependant on ne pouvait douter de leur
nature : c’était une transformation squirrheuse des deux glandes
mammaires. Mais aussi toute opération était contre-indiquée et
fut ajournée.
Néanmoins l'intérêt clinique, perdu de ce côté, devait être lar­
gement compensé par l ’examen et l’étude de le ta t du sys­
tème nerveux. Si la malade n ’avait fait aucune réponse à nos
questions précédentes, elle semblait vouloir attirer notre atten­
tion vers un autre point. Elle m ettait une certaine opiniâtreté,
elle employait une certaine énergie à nous parler de ses yeux et
de sa tête: la maladie pour elle résidait là tout entière. C’est
qu’en effet elle n ’était pas loin de la vérité, comme nous le vîmes
plus tard.
Cette femme est restée quatre mois dans son lit, sans jamais
se lever, presque toujours dans le décubitus dorsal et dans une
immobilité à peu près absolue. Elle est d ’une tranquilité extraor­
dinaire, parle fort peu, ne s’adresse que très-rarement à ses
voisines de lit ou aux religieuses de la salle. Sa seule préocupation est d’attirer l’attention du chef de service et de tous ceux
qu’elle croit capables de lui procurer quelque soulagement.

�200

GARCIN.

Quant aux symptômes observés, nous allons les énumérer succes­
sivement , nous contentant de les signaler, mais leur imposant
dès ce moment ce caractère général, à savoir que les troubles du
système nerveux sont allés en s’aggravant jusqu’à la mort et qu’à
la dernière période ils se sont compliqués de troubles intestinaux.
Avant d’en arriver là, répétons que nous n ’avons pu avoir au­
cune espèce de renseignements de la part de la malade. Tl paraît
cependant qu’avant son entrée à l’hôpital on avait remarqué chez
elle de fréquents vomissements et une difficulté considérable
dans la marche. L’infirmière de la salle nous dit aussi avoir
observé ces vomissements ; mais elle ne peut en préciser ni le
nombre, ni l’abondance. C’est tout ce que nous savons.
Nous avons parlé plus haut de l’attitude ordinaire de notre
malade ; ajoutons qu’elle semble se complaire dans l’obscurité
et qu’elle se tient pour ainsi dire enveloppée dans les rideaux
de son lit ou bien pelotonnée sous ses couvertures. Quel­
quefois elle s’assied sur le lit, mais alors elle a besoin d’être sou­
tenue par des oreillers. La face ne présente pas d’aspeçt particu­
lier : ni hébétude, ni déviation des traits, ni contractions muscu­
laires violentes; aucune espèce de mouvement, une sorte de pla­
cidité on de sérénité, voilà bien ce que nous voyons. C’est le
visage d’un bienheureux ou d’un visionnaire. Les paupières
sont toujours rapprochées l'une de l’autre ; elles s’entrouvrent
rarement, et alors la malade semble incommodée par la lumière,
et surtout paraît ne pas savoir où regarder. Elle promène sa tête
lentement d’un côté et d’autre, ne s’arrêtant à aucun point
fixe.
Les yeux font une saillie considérable, sans offrir de battements;
ils présentent au doigt une résistance plus grande qu’à l’état
normal, sans que cette pression soit douloureuse. Cependant la
malade accuse une douleur sourde, obtuse, profonde, qu’elle dit
siéger au fond de la cavité orbitaire et s’irradier vers les régions
frontale et temporale ; elle veut absolument être débarrassée de
cette douleur, car c’est là tout son mal (sic). L’examen le plus
minutieux ne peut expliquer cette douleur, soit par la présence
d’une tumeur de l’orbite, soit par une simple induration du tissu
cellulo-graisseux delà région. Les mouvements du globe oculaire
s’accomplissent encore parfaitement et il est à peu près impossible
de diriger l’œil de la malade suivant notre volonté. A l’intérieur
du globe occulaire, la simple inspection à l’œil nu et à la lumière

TUMEUR DU CERVELET.

201

ne nous révèle aucune lésion apparente : la pupille est seulement
dilatée et à peu près immobile, ses contractions sont 1entes et presque
insensibles. L’examen ophthalmoscopique était nécessaire. Malgré
les difficultés que nous présentait pour cela une malade assez in­
docile et ne pouvant sortir de son lit, on put y procéder à deux
reprises; cet examen eut lieu particulièrement avec l’instrument
de M. Galezowski, et voici ce que l’on put voir. Les deux pupilles
sont profondément excavées ; le réseau vasculaire ne peut plus
être distingué ; la surface rétinienne présente des deux côtés une
teinte grisâtre à peu près uniforme, et de plus à droite, à la partie
inféro-interne, une tache noirâtre qui occupe la moitié environ
de cette région de la rétine.
Des autres sens, l ’odorat seul a pu être observé directement.
Nous avons mis sous les narines de la malade de l'éther, de la
teinture d’iode et de l’acide acétique ; nous avons renouvelé cette
petite expérience à trois reprises différentes ; à quinze jours de
distance, pendant les mois de juillet et d’août, elle nous a tou­
jours montré que l’odorat était conservé. Mais une quatrième
épreuve, qui eut lieu vers la fin d’octobre, ne nous donna que des
résultats négatifs : le sens était perdu. Le goût n'a pu être exa­
miné, la malade se refusant à tout essai de ce genre, nous priant
delà laisser tranquille et ne pouvant d ’ailleurs donner de rensei­
gnements.
L’ouïe est aussi très-difficile à explorer. En examinant attenti­
vement la malade au moment où on l’approche, le matin, par
exemple, au moment de la visite, on la voit prendre l’attitude
d’un aveugle cherchant à suppléer au sens de la vue, arrectis auribus, comme dit le poète ; elle veut tout à la fois entendre et voir
par ses oreilles. Il en est de même dans la journée, lorsqu'elle
entend causer autour d’elle ou que quelque chose d’extraordi­
naire se passe dans la salle , mais elle ne rend compte à personne
des sensations qu’elle éprouve. Parfois aussi l’ouïe semble faire
complètement défaut. Interrogée si souvent, elle nous a rarement
manifesté qu’elle entendait nos questions, et lorsqu’elle répondait
on aurait pu facilement compter une minute entre la demande et
la réponse. Il est vrai que, dans notre appréciation, nous avions à
nous prémunir contre une cause d ’erreur: Etait-ce l’ouïe ou l’en­
tendement «pii faisait défaut? Etait-ce la sensation ou bien la
perception qui était lente à se produire? L’erreur était d’autant
plus facile que nous n ’avons pu juger du degré d’intelligence de

�GARCIN.

TUMEÜR DU CERVELET.

la malade ; le monde extérieur se résumant pour elle dans les
personnes destinées à lui donner des soins et particulièrement
dans le médecin ayant pour mission et pour devoir, disait-elle,
de la délivrer de sa maladie.
La sensibilité générale est restée intacte jusqu'aux derniers
jours d'octobre; mais de ce côté encore il semble que les phénomè­
nes psychiques se produisent avec une lenteur extraordinaire.
Ainsi, piquons la malade aux membres inférieurs, elle ne reti­
rera ses jambes que quelques secondes après, à tel point qu'il faut
observer attentivement le mouvement réflexe pour s’assurer qu’il
a lieu. Ces mouvements existent donc encore, mais ils sont lents
à se produire ; ils ne seront abolis que dans la dernière quinzaine
de la vie de la malade. Cependant ayant exploré la sensibilité
quelques jours après l’entrée de cette femme à la clinique, nous
avions observé un peu d’hypéresthésie, caractérisée par la rapi­
dité avec laquelle la malade retirait sa main lorsqu’on voulait la
prendre. Mais si c’était là réellement de l’hypéresthésie, nous
nous hâtons de dire que le phénomène a été de courte durée et
que nous avons vu bientôt après la sensibilité revenir telle que
nous l’avons dit plus haut. Enfin, nous n’avons pas noté de sensi­
bilité particulière au froid ou à la chaleur; nous n’avons pu
mesurer la sensibilité du toucher.
La parole est traînante ; l'articulation des sens se fait avec
hésitation, mais elle se fait. La projection de la langue a lieu
lentement, en droite ligne, sans déviation. Tl n'y a non plus pas
de déviation delà luette.
Placée dans le décubitus dorsal, cette femme fait le moins de
mouvements possible, car tout mouvement lui est difficile et,
dit-elle, douloureux. Invitée plusieurs fois à se lever, elle s’y est
constamment refusée et n’a jamais consenti à promener dans la
salle : elle déclarait que la chose lui était impossible. Voulant
enfin se rendre compte de l’état de son système locomoteur,
M. Pirondi la fit un jour mettre hors de son lit; mais nous
pûmes observer tout aussitôt qu’elle ne pouvait sè tenir debout,
ses jambes se dérobaient sous elle, et il fallut la faire soutenir
par les aisselles. Cependant les mouvements étaient possibles,
quoique très faibles, et assurés; il n’y avait ni le tremblement
des paralytiques généraux ou des alcoolisés, ni la projection
désordonnée des ataxiques : une grande faiblesse musculaire, et
cette hésitation de la locomotion que l’on appelle Ebriété cèrebel-

teusc, c’est là tout ce qui s’offrait à nous; un seul pas en avant
fut impossible. Une fois dans son lit, la malade dit éprouver un
certain bien-être à être couchée ; elle demandait qu’on la laissât
toujours dans cette position, et elle ne voulut jamais consentir à
nous laisser répéter l’expérience. Obligés de l’examiner ainsi,
nous constations encore cette même faiblesse musculaire. L’élé­
vation du pied se faisait en droite ligne, à une faible hauteur, il
est vrai, mais à la hauteur indiquée, 0m03 à peine. Les mouve­
ments volontaires pouvaient donc s’accomplir ; mais leur exécu­
tion était si pénible et si douloureuse, au dire de la malade,
qu’elle ne pouvait se résoudre à remuer. Nous ne l’avons vue
qu’une fois dans le décubitus latéral gauche ; mais nous n'avons
pu savoir si on lui avait donné ou si elle avait pris spontané­
ment cette position. Sa position favorite était, nous l'avons dit,
le décubitus dorsal, le corps étendu de toute sa longueur et les
bras ramenés vers le tronc. Aux membres supérieurs, nous avons
aussi noté cette même faiblesse musculaire; mais ici la volonté
intervenant d’une façon plus directe ou plus active, l’exploration
a été plus difficile. Impossible donc de comparer l’un et l’autre
membre; impossible de songer au dynamomètre. Enfin nous
n’avons jamais observé de contractions musculaires spontanées,
ni de convulsions générales ou partielles. La contractilité élec­
trique a persisté jusqu’aux derniers jours.
Comme dernière recherche sur le système nerveux, nous avons
cherché à nous rendre compte du sommeil e t. de l’état de la
malade pendant le sommeil. Mais nos recherches n’ont pas
abouti et nous n’osons comparer au sommeil physiologique l’état
de somnolence qui était devenu l’état normal de la malade.
Cette douce immobilité que notre malade aimait tant ôtait,
donc devenue à la longue sa position ordinaire et presque néces­
saire ; elle a été complète pendant les quatre jours qui ont pré­
cédé la mort. A cette époque, en effet, il eût été difficile de dire
si l’on avait affaire à un être vivant. Les paupières étaient com­
plètement fermées; l’ouïe et l’odorat abolis, la sensibilité per­
due; la face sans expression, ne reflétant pas de sensations
internes; les pupilles largement dilatées et immobiles; — les
bras pendaient le long du corps, totalement inertes ; les mem­
bres inférieurs retombaient lourdement vers le lit lorsqu’on les
soulevait ou restaient dans la position qu’on leur donnait. Il
nous a été impossible d’éveiller aucune espèce de sensations.

202

203

�201

GARCIN.

L’appareil digestif s’est maintenu sensiblement jusqu’au mi­
lieu d’octobre ; alors une diarrhée séreuse très abondante est
venue compliquer le tableau morbide. Jusque-là l’appétit était
bon , quoique médiocre ; les digestions se faisaient bien ; les
selles étaient normales ; la langue, sans enduit caractéristique;
la soif ordinaire.
Le système de l’hémopoïese fonctionne normalement ; rien de
particulier a noter dans les urines pas plus que dans les autres
sécrétions. La peau n’a jamais présenté de phénomènes de na­
ture à attirer notre attention.
La respiration se fait bien; le chiffre des inspirations est
cependant un peu au-dessous de la normale, 10 a 12 seulement.
L’auscultation n’a fourni que des signes négatifs.
Le pouls est régulier, plein, mais un peu mou. Cette faiblesse
s’est positivement accentuée dans les derniers jours de la vie et
l’artère semblait alors réduite à un fil qui ondule. Les pulsations
cardiaques sont régulières ; les bruits ne sont pas altérés et se
succèdent parfaitement.
Le thermomètre et le sphygmographe n’ont pu être employés.
Mentionnons enfin que nous n’avons pu savoir quel était l’état
de la menstruation ou ce qu’il avait été. Nous avons recherché
aussi, mais inutilement, des traces de syphilis.
Tel est l’ensemble des phénomènes morbides que noiis a pré­
sentés cette malade, pendant quatre mois, du 3 juillet au 18
novembre. Un développement régulier, pas d’exaspération, pas
de crise violente ; la mort est arrivée lentement, doucement, par
la diminution et l'extinction successive de toutes les fonctions.
Inutile de dire que le pronostic a toujours été des plus graves
et la thérapeutique a peu près insignifiante.
L’autopsie a été faite le 20 novembre, à 9 heures du matin,
sous la savante direction de M. le docteur Flavard , chef interne
de l’Hôtel-Dieu.
L’aspect extérieur du cadavre n’a rien de spécial ; la décompo­
sition est peu avancée, la rigidité cadavérique subsiste encore en
partie.
Le tissu graisseux est très abondant ; le système musculaire
suffisamment développé.
La transformation pathologique se montre sur un grand nom­
bre de points.
Les glandes mammaires sont -converties en masses dures,
d’aspect blanchâtre, lardacé, criant sous le scalpel. Avec elles,

sont ainsi transformés tous les ganglions circonvoisins, gan­
glions axillaires sus et sous claviculaires, carotidiens, sousmaxillaires et ganglions bronchiques. Le muscle grand pectoral
gauche est envahi par la néo-formation ; quelques-uns de ses
faisceaux sont écartés par des noyaux durs et blanchâtres, d’au­
tres sont complètement désorganisés. Le diaphragme aussi est
altéré ; sur la face convexe, du côté droit, entre la plèvre et la
substance musculaire, se trouvent trois gros noyaux de sarcome
qui ont détruit une portion de tissu. Du même côté, a la face
externe du péricarde, se trouvent encore 10 ou 12 noyaux de
meme nature.
Les organes génitaux ont aussi été envahis. L’ovaire gauche
offre le volume d’une poire, il est très dur ; toute trace d'organi­
sation a disparu : c’est une masse de substance fibreuse. L’ovaire
droit a été respecté. — L’utérus n’est pas augmenté de volume ;
il présente cependant une certaine dureté. La lèvre antérieure
du col résiste au scalpel et le centre en est occupé par un noyau
lardacé.
Les viscères abdominaux sont intacts.
La vessie est distendue par une urine fétide.
Les poumons ne présentent qu’un léger engouement à la base
et en arrière.
Le cœur est bourré de caillots sanguins. — Les artères et les
veines, examinées sur tous les points du corps, ont constamment
paru libres de toute altération.
Les nerfs, sur les mêmes points, ont été trouvés intacts.
La moelle est normale dans toute sa longueur.
Encéphale : — Ici nous avons rencontré des lésions intéres­
santes et remarquables.
La masse encéphalique remplit exactement la cavité crânienne.
Les méninges qui enveloppent le cerveau n’off'rent rien de parti­
culier.
Le cerveau présente une consistance extraordinaire, il donne
au doigt la sensation d’une masse de caoutchouc. La surface
externe a la configuration normale ; rien a noter dans la dispo­
sition ou l’aspect des circonvolutions.—A la coupe, la substance
blanche est le siège d'un piqueté considérable : la substance grise
est saine. Les ventricules contiennent une petite quantité de
sérosité sanguinolente, b0 grammes environ. La face externe du
ventricule droit offre une magnifique arborisation vasculaire.

�CtâRCIN.
Le Mésocéphale présente aussi cette consistance remarquable
que nous a offerte le corveau. Le bulbe rachidien et les tubercu­
les quadrijumeaux sont parfaitement sains ; dans la protubé­
rance, sur la ligne médiane, nous trouvons un noyau blanchâtre,
gros comme un pois, produit de néo-formation.
En détachant la masse encéphalique d’avant en arrière, au
moment où après avoir incisé le bord gauche antérieur de la
tente du cervelet, nous allions enlever celui-ci, nous avons ren­
contré dans la fosse cérebelleuse correspondante, entre la duremère et le cervelet, une tumeur de forme à peu près sphérique,
offrant le volume d’une noix. Cette tumeur adhère d'un côté à la
dure-mère et est en rapport d’autre part avec la grande circon­
férence du cervelet, vers l’extrémité de son diamètre transverse.
Elle se prolonge en avant jusqu’à la portion pétrée du temporal
et semble envelopper les points d’émergence du facial et de
l’acoustique. La portion correspondante du cervelet est aplatie
de haut en bas, d’avant en arrière, et de dehors en dedans, de
façon à présenter, au lieu d’un bord, une surface à peu près plane.
Les membranes pie-mère et arachnoïde ont disparu à ce niveau ;
il est impossible d’en retrouver la trace ni du côté de la duremère, ni entre le cervelet et la tumeur.
Il semble plutôt que celle-ci s’est développée dans leur inté­
rieur, car en l’enlevant, nous décollons aussi une partie de ces
membranes d’avec le cervelet. Mais ce n’est pas un simplè
aplatissement, une simple compression, qu’a subi le cervelet; sa
surface est usée, la substance grise a disparu au niveau de la
tumeur, c’est une substance parfaitement blanche qui s’offre à
l’œil et aux extrémités seulement de cette surface se voient des
fragments de la substance grise. Enfin cette nouvelle surface est
molle, très peu résistante ; le doigt s’y enfonce aisément, tout ce
qui touche à la tumeur est manifestement ramolli. Une coupe
horizontale montre une injection notable de toute la masse cére­
belleuse, substance grise et substance blanche. Du côté de la
tumeur, le ramollissement a envahi une grande partie du lobe
correspondant et sur les bords on peut voir quelques points
jaunâtres dans les portions ramollies. — Du côté droit, il n’y a
pas de structure. — Les méninges correspondantes sont forte­
ment injectées ; la dure-mère a seule échappé à toute altération.
Les nerfs facial et acoustique, quoique englobés dans la
tumeur, n'offrent aucune altération. Il en est de même des autres

200

TUMEUR DU CERVELET.
'207
nerfs crâniens. Cependant la portion du nerf optique droit com­
prise dans la cavité orbitaire, est manifestement augmentée de
volume, très dure au toucher et a été aussi frappée par le travail
pathologique.
Il nous a été impossible de nous rendre compte de l’état des
yeux.
Nous regrettons aussi de n’avoir pu faire peser la masse encé­
phalique.
Enfin, la face interne de la boîte crânienne présente une confi­
guration tout à fait normale. De môme le système veineux crâ­
nien n’offre ni plénitude excessive, ni coagulation oblitératrice ;
il en est ainsi des veines de Galien.
D’une façon générale, toutes ces productions morbides que
nous venons de signaler peuvent histologiquement être carac­
térisées ainsi : prolifération (Téléments fibro-plasliques. Nous
trouvons partout en effet ces éléments anatomiques en quan­
tité considérable. Tumeurs du sein, ganglions, noyaux du
diaphragme et du péricarde, ovaire gauche, induration de la
lèvre antérieure du col utérin, noyau de la protubérance, tu­
meur cérebelleuse, induration du nerf optique droit, présen­
tent ce même caractère.
Mais étudions spécialement la tumeur cérébelleuse afin de
pouvoir tantôt en établir la nature.
Tumeur déformé sphérique, à surface unie, sans membrane
d’enveloppe distincte, en rapport avec la pie-mère et l'arach­
noïde, s’appuyant, sans adhérences, d’un côté sur la dure-mère
de l’autre sur le cervelet. Elle pèse 35 grammes. Elle est dure,
consistante dans presque toute son étendue ; trois petits points
seulement, isolés, se laissent déprimer par le doigt et indi­
quent ainsi un ramollissement. A la coupe, nous avons une
surface légèrement grisâtre, résistant au scalpel, et présen­
tant à l’œil nu des tractus fibreux s’entrecroisant'en tous sens.
Aux points isolés signalés plus haut correspondent de petites
masses fluides d’aspect jaunâtre. Sous le champ du microscope,
nous avons des corps fusiformes, avec un ou deux, rarement
trois noyaux, des fibres complètement développées ou présen­
tant encore un point nucléaire, enfin des cellules générale­

�GARCIN.

TUMEUR DU CERVELET.

ment rondes, soit grandes, soit petites, puis quelques noyaux
disséminés. Dans les points ramollis, pas de libres, beaucoup
de noyaux et de corpuscules jaunâtres noyés dans un blastème
abondant.
Le noyau de la protubérance annulaire est aussi formé d'élé­
ments libro-plastiques ; mais nous n’avons trouvé que des
corps fusiformes et des fibres complètes, pas de cellules. Àutoui'
de ce noyau, quelques tubes nerveux désorganisés en partie
ou en totalité.
Une portion de la pie-mère prise dans le voisinage de la tu­
meur nous a montré une grande quantité de noyaux et quel­
ques cellules très-petites.
La dure-mère est tout-à-fait normale.
La substance du cervelet enfin présente, au voisinage de la
tumeur, des globules jaunâtres, huileux, une prolifération
excessive de noyaux et quelques cellules nerveuses,'plus ou
moins pleines de granulations. Les tubes ont à peu près com­
plètement disparu sur les bords et on peut suivre la désorgani­
sation sur divers points.
Dans le nerf optique, les élément fibreux ont remplacé
une partie des tubes nerveux et désorganisé les autres.
La configuration de la tumeur, l’arrangement à l’œil nu,
la composition histologique nous permettent d’assigner à cette
tumeur la nature de sarcome ou tumeur à éléments fibro-plastiques. Or, on sait que lorsqu’une tumeur de ce genre se déve­
loppe dans les organes encéphaliques, son siège de prédilec­
tion est la pie-mère ; car là elle semble s’étendre à son aise el
de plus elle trouve abondamment tous les éléments de genèse
et de reproduction. En examinant la disposition de cette mé­
ninge par rapport à la tumeur, nous avons vu en effet qu’el­
les faisaient corps ensemble, que l’une ne pouvait être dis­
traite de l’autre et qu’à la périphérie de la tumeur, la pie-mère
se portait autour du cervelet et reprenait sa disposition ordi­
naire. Nous admettrons donc que nous avons affaire à une tu­
meur fibro-plastique développée dans la substance de la piemère, tumeur née sous l'influence de la disposition générale
de cet organisme et qui ne diffère pas des autres productions

pathologiques que nous avons signalées. Configuration anato­
mique et structure histologique sont les mêmes de part et
d’autre.
Eu résumé, une femme portant une double tumeur mam­
maire présente en outre des symptômes généraux qui ne sont
autres que ceux que i on assigne aux tumeurs du cervelet. Cé­
phalalgie violente, opiniâtre, quelques vomissements, trou ­
bles de la locomotion caractérisés par le défaut d’équilibre et
par cette incertitude de la marche que l’on a appelée ébriété
cérébelleuse, troubles de la vue et lésions de la rétine, le ta­
bleau morbide esl complet et, à 1 aide de ces symptômes, il eut
été facile de poser un diagnostic. Mais les renseignements nous
ont fait totalement défaut; nous n’avons pu connaître ni la date
du début de la maladie, ni la marche qu’elle avait suivie, ni
la façon dont tous ces symptômes s’étaient présentés, dans quel
ordre ils s’étaient succédé. Un avait donc cru prudent de ré­
server le diagnostic, en indiquant toutefois une tumeur des
centres nerveux. Cette observation, tout incomplète que nous
la donnons, n’en esl pas moins très-intéressante, et par Déten­
due des lésions, et par le siège de l’une de ces lésions. A ceux
qui voudront étudier la diathèse cancéreuse, nous croyons leur
en offrir un bel exemple ; car les points si variés sur lesquels
la maladie s’est manifestée imposeront facilement silence aux
méchants esprits qui nient cette diathèse. Pour ceux, au con­
traire, qui désireront avec nous jeter un coup d’œil sur cette
partie de la pathologie cérébrale, nous jugeons notre obser­
vation des plus favorables, et d’autantplus que nous ne sachions
pas que un cas semblable ait jamais été observé dans nos
hôpitaux.
C’est au XVII* siècle, que nous voyons les fonctions du cer­
velet signalées pour la première fois. Willis, dans son grand
ouvrage sur l’anatomie du cerveau, regarde le cervelet comme
le régulateur des fonctions de la vie organique, respiration,
digestion, et comme l’organe de la musique, probablement à
cause de ses relations avec le nerf acoustique (?). Après Willis,
le cervelet fût un peu oublié. Il devient seulement l’organe de
la mémoire. Mais vers la fin du siècle dernier, Saucerotto

m

200

14

�210

GARC1N.

( 17G9) se basant sur un grand nombre d’expériences, apprit
que le cervelet donne naissance aux nerfs des muscles du dos,
du cou et des yeux et que les lésions du centre de l’organe
causent la vivacité du sentiment. Or, qui a jamais vu les ori­
gines de ces nerfs? qu’est-cc que la vivacité du sentiment?
Bien loin encore étaient de la vérité Pourtour du Petit (1710)
Lapeyronie, Foville, Pinel, Grandehamp (1709-1823) qui fai­
saient du cervelet le siège de la sensibilité générale. Sur quoi
est fondée celte assertion ? Est-ce sur les rapports du cervelet
avec la moelle? Mais, outre que les corps restiformes ne repré­
sentent pas la terminaison des colonnes postérieures de la
moelle, que bon sait encore actuellement d’une façon positive
que les faisceaux postérieurs ne constituent pas la roule de
transmission au cerveau des impressions périphériques, les
lésions pathologiques ou artificielles du cervelet n'ont jamais
produit des troubles de la sensibilité. Si on a noté quelquefois
de 1‘hyperesthésie, ne doit-ou pas l’attribuer à une irritation
par voisinage du bulbe et de la protubérance? Au commence­
ment de ce siècle, Gall et Serres enseignèrent: le premier, que
le cervelet est le siège de 1 instinct de la propagation; le second,
que le lobe médian seul préside à cet instinct, tandis que les
hémisphères produisent les mouvements. Mais la jeune fille
de Gombette, qui se livrait à l’onanisme et qui n’avait qu'un
rudiment de cervelet; mais les batraciens encore chez lesquels
le cervelet est réduit, que prouvent dune tous ces faits ? Et
puis, comment expliquer anatomiquement les fonctions d’un
organe qui n’a aucun rapport avec les organes de la généra­
tion ? Il est vrai que Ségalas, et plus lard Budge et Valentin
ont obtenu l’érection ou l’éjaculation en excitant et irritant
immédiatement ou médiatement le bulbe, que, dans certains
cas de Serres, la portion supérieure de la moelle était manifes­
tement phlogosée; et cetle irritation de voisinage explique
aussitôt l’opinion de Gall. Que penser aussi de Magendie niant
énergiquement les résultats obtenus par Flourens (1825)?
Aux physiologistes français, nos contemporains et nos
maîtres, devait revenir l’honneur de déterminer le véritable
rôle du cervelet. Des travaux de Flourens, de MM. llouillauil

TUMEUR DU CERVELET.

211

ot Longet, travaux dus aux expériences et aux observations
pathologiques, il résulte, en effet, (pue le cervelet influence
dune manière toute spéciale la coordination des mouve­
ments de translation, marche, nage, vol, vent, etc, et que les
lésions de cet organe produisent des troubles de la locomo­
tion, analogues à ceux que produirait l’ivresse (Longet) ou
le vertige (Vulpian). Les physiologistes s’accordent complè­
tement pour nier au cervelet culte action que Gall lui avait
assignée, pour nier encore qu;il soit le siège de la sensibilité
générale, lis s’accordent aussi pour admettre la conservation
des facultés intellectuelles et des sensations à la suite de ces
lésions. « Bien qn’avec la perte du cervelet, dit M. Flourens,
coïncide constamment la perte des facultés locomotrices, les
facultés intellectuelles et perceptives n’en restent p»as moins
culières— tous les mouvements de conservation n’eu sub­
sistent pas moins toujours ». Le seul désordre des fonctions
locomotrices, voilà donc seulement ce que ces auteurs ont
vu. Dans ses Recherches expérimentales sur les fonctions du
Cervelet, M. Bouillaud conclut de 18 expériences (expériences
pratiquées au moyen de cautérisations successives, que dans
le cervelet réside la faculté de coordonner les mouvements
en course, vol, station, etc. Cette opinion est tout-à-fait con­
forme à celle de M. Flourens. Mais le célèbre professeur de
la Faculté de médecine n’admet pas, comme Flourens, que
le cervelet soit l’organe coordonnateur des mouvements dits
volontaires. « Jusqu ici, dit-il. les expériences ne nous auto­
risent qu’à regarder cet organe comme le centre nerveux qui
donne aux animaux vertébrés la faculté de se maintenir en
équilibre et d’exercer les divers actes de la locomotion.........
Les seuls phénomènes constants et pathognomiques, qui nous
frappent dans ces expériences, sont les lésions, les désordres
des fondions locomotrices et de l’équilibration. Les phéno­
mènes sont d’autant plus remarquables, qu’ils ne sont accom­
pagnés ni de paralysie, ni de convulsions proprement dites...
d’où il suit que l’on doit admettre dans le cervelet l’exis­
tence d’une force qui préside à l’association des mouvements
durit se composent les divers actes de la locomotion et de la

�212

GARCIN.

station , force essentiellement distincte de celle qui régit
les mouvements simples du tronc et des membres, bien qu’il
existe entre elles les connexions les plus intimes. » Dans son
ouvrage sur le système nerveux, M. Luys considère le cerve­
let comme une source d’innervation constante et comme
l'appareil dispensateur universel de cette force nerveuse
spéciale (sthénique) qui a déposé en quelques points que
ce soit de l’économie chaque fois qu’un effet moteur volon­
taire ou involontaire est produit. Des auteurs recomman­
dables enfin ont encore étudié les désordres produits par des
lésions partielles du cervelet, par la blessure d’un hémisphère
ou la section d’un pédicule, mouvement de manège, stra­
bisme, etc. Mais s’il est vrai, comme le dit M. Luys, qu’à cc
moment se produit un défaut d’équilibration entre les cou­
rants nerveux parrallèles à direction contrifuge qui émergent
directement des réseaux de cellules du corps dentelé et immé­
diatement de la substance grise cérébelleuse ; ces désordres
paraissent suffisamment expliqués. Du reste, 11e voit-on pas
ces mômes désordres se produire dans des blessures sembla­
bles du cerveau, après la section d’un pédoncule cérébral,
par exemple. Il suffit pour se convaincre de la très médiocre
influence du cervelet, de consulter la 20* leçon de M. Yulpian
sur le système nerveux. Onze parties du système nerveux
encéphalique donnent naissance , après une lésion , à des
mouvements de rotation. Or, nous ne voyons cité qu’une
fois le cervelet et en particulier ses pédoncules moyens, et
ses parties latérales (Mavardi). Ce fait nous semble concluant,
et nous croyons inutile d’insister.
Les auteurs que nous venons de citer ont donc établi d’une
façon précise le véritable rôle du cervelet, soit la coordination
des mouvements de translation. Nous avons ainsi l’explication
d'un symptôme de la maladie, symptôme qui lui est propre
et que nous avons consigné dans notre observation. « Ce qui
caractérise surtout ces troubles des fonctions locomotrices,
c’est un état de faiblesse générale, et une sorte d’extinction
progressive des puissances musculaires, qui peut présenter
des degrés infinis depuis la simple lassitude générale jusqu’à

TUMEUR DU CERVELET.

213

un accablement profond, l’apathie et la résolution la plus
complète». (Luys, ibid. page 58). C’est bien là ce que nous
avons vu. La malade ne pouvait se tenir debout, sa démarche
était chancelante, et il lui était impossible de faire un pas en
avant. Les troubles de la locomotion ont été notés 59 fois sur
100 par M. Luys , 51 sur 00 par M. le Docteur Maeabiau, qui
les a relevés dans sa thèse inaugurale sur les tumeurs du cer­
velet. Ils se fonl donc remarquer dans presque tous les cas de
tumeurs du cervelet et en sont Je signe le plus important;
mais ils ne ressemblent pas toujours à ceux de l’expérimenlation, et par conséquent 11e sont pas aussi carastéristiques.
Souvent, au lieu de désordres dans les mouvements de la mar­
che, on observe un affaiblissement progressif des membres
inférieurs dont les malades ont parfaitement, conscience; ils
sentent si bien que leurs forces les abandonnent qu’ils n’es­
sayent môme pas de marcher. Il 11'y a cependant pas de para­
lysie car ils peuvent remuer leurs membres avec facilité ; mais
dans ce cas, on constate ordinairement que la force muscu­
laire a diminué...... les résultats musculaires s’expliquent très
bien par la désorganisation complète du cervelet existant dans
ces cas; et en effet, le cervelet n’existant plus, pour ainsi dire,
les divers mouvements auxquels il préside ne peuvent plus
s’effectuer, et les muscles doivent nécessairement s'affaiblir
par suite de leur inaction. Du reste, cet affaiblissement, que
nous savons être à peu près constant dans les derniers temps
de la vie , peut parfaitement avoir été précédé de troubles
dans la marche , dont ou a ignoré l’existence, et q u i, par
cette raison, n ’ont pu être notés; ou bien, la lésion ayant fait
de grands ravages, le symptôme prédominant sera immédia­
tement arrivé à son maximum d’intensité. (Maeabiau, page 81
et 85). N’est ce pas ce que nous observons ici, une résolution
un affaiblissement musculaire si profond que la malade a con­
science de ne pouvoir marcher et nous invite à ne pas persister
dans une tentative inutile. Or, nous ne savons pas ce qui s’esl
passé au début de la maladie, et il n’est pas irrationnel d’ad­
mettre que cet affaiblissement extrême a été précédé de trou­
bles de la locomotion analogues à ceux que nous avons cités.

�GARCIN.

TUMETJR DU CERVELET.

Le symptôme capital peut donc être rangé parmi les signes
distinctifs des tumeurs du cervelet, « signes distinctifs qui
consistent en une difficulté plus ou moins grande de se tenir
debou t en état d’équilibre et d’effectuer les divers mouvements
de la marche. Si la lésion ne va pas au delà de l’organe ou
n’exerce pas de compression sur les organes voisins , il n'y a
pas de paralysie, et quand on invite les malades à remuer
leurs membres, ils les soulèvent avec lenteur, il est vrai, et
hésitation , mais ils les soulèvent » [ibid., page 95).
Affaiblissement musculaire et défaut d’équilibre, voilà doue
les résultats d’une lésion cérébelleuse. Nous avons vu aussi
que celte seule lésion ne produisait jamais de paralysie, mais
ne pourait-on pas attribuer ces désordres ù des phénomènes
ataxiques? En d’autres termes, existe-t-il une véritable ataxie
d’origine cérébelleuse ? Les désordres locomoteurs produits
par les lésions du cervelet ne ressemblent, certainement en
rien à ceux résultant de la désorganisation des faisceaux posté­
rieurs de la moelle. Ce n’est plus ici la projection désordonnée
des membres à droite ou à gauche, l’élévation à des hauteurs
doubles de la hauteur voulue; c’est plutôt «une titubation,
une hésitation, un défaut d’équilibre tout à fait particulier et
ressemblant à la démarche de l’ivresse.» « Mais les connexions
du cervelet avec la partie supérieure de la m oelle, avec le
bulbe, avec la protubérance, sont si intimes que les altéra­
tions de ces organes peuvent facilement retentir, soit par ex­
tension, soit par irritation de voisinage sur les divers éléments
du Mésocéphale; ce fait a été particulièrement mis en lumière
par Brown-Séquard. C’est alors et alors seulement que des phé­
nomènes positifs d’ataxie s’ajoutent à la titubation. Cette ataxie
est tantôt produite par l’abolition du sens musculaire,
tantôt elle résulte des mouvements désordonnés et involon­
taires qui se jettent.à la traverse de l’acte moteur normal et
lui imprime un caractère non douteux d’ataxie. (Jaccoud
Paraplégies, p. 627). L’ataxie n’est donc pas un phénomène
primordial des lésions du cervelet, pns plus que l’hémiplégie
ou la paraplégie. Troubles dans les mouvements de transla­
tion , voilà le seul signe parfaitement certain , mais nous de­

vons ajouter, quand il existe. Pourquoi n’existe-t-il pas tou­
jours, c’est ce qu’il ne rentre pas dans notre ordre d’étudier.
78 fois sur 100, M. le docteur Luys a noté la céphalalgie;
ce serait donc un symptôme plus constant que les troubles lo­
comoteurs et dont la présence aurait aussi une grande valeur
pour le diagnostic. Nous l’avons observée chez notre malade ,
et nous avons vu avec quelle opiniâtreté celle-ci appelait notre
attention sur les douleurs qu’elle éprouvait à la région fron­
tale. Cette céphalalgie frontale n’est pas le cas le plus ordi­
naire; M. Luys ne l’a notée que 3 fois dans le relevé de ses
observations, Macabiau 5 fois contre 3G occipitales. Cette der­
nière est donc la plus commune. Mais, en dépit du siège, la
persistance, l’intensité de la douleur ont une valeur considé­
rable et qui doivent entrer en ligne de compte parmi les élé­
ments du diagnostic portant directement sur la substance
même du cervelet, car nous savons que le cervelet est
complètement insensible (Flourens, Longet). Faut-il croire
alors avec M. Vulpian (ouvr. cité, page G14) qu’elle est
due à l’irritation des parties profondes du cervelet et peutêtre aussi à l’irritation secondaire des pédoncules cérébel­
leux et des parties du bulbe rachidien et delà protubérance
avec lesquelles ces pédoncules sont en rapport ? Ou bien, fautil admettre qu’elle est due à une congestion locale des vais­
seaux que peut amener la présence seule cl’un corps étranger
dans le cervelet? Nous sommes plus disposés à admettre cette
dernière hypothèse, qui, du reste, explique beaucoup mieux la
céphalalgie frontale que l’hypothèse de M. Vulpian. Quoiqu’il
en soit, la céphalalgie, occipitale, frontale ou pariétale, accom­
pagne le plus souvent les tumeurs du cervelet et, si elle ne
peut à elle seule faire reconnaître la lésion, ajoutée à d’autres
signes, elle acquiert une importance extrême.
Les vomissements sont loin d’avoir la môme valeur que la
céphalalgie et les troubles locomoteurs ; car non seulement, ils
ne se rencontrent pas dans tous les cas de tumeurs du cervelet,
mais encore ils peuvent être produits par des tumeurs d’au­
tres parties de l’encéphale. Du reste, ne faut-il pas les attri­
buer «à une compression du bulbe rachidien, à une irritation

21".

�G ARC [N

TUMEUR DT' CERVELET.

des pneumogastriques? Nous nous rangeons complètement à
l’opinion de M. Hillairet, que les vomissements ne sont pas
liés spécialement au cervelet, mais à une lésion concomitante
d'un ou des deux pneumogastriques. Le docteur Luys ne lésa
notés que 3o lois dans ses observations, et Chez notre malade,
ils ne se sont manifestés qu’au début de son séjour à 1 hôpital
et quelque temps avant son entrée: Par malheur, notre obser­
vation est incomplète sur ce point.
Moins fréquents encore sont les troubles sensoriels et parmi
ceux-ci a-t-on seulement indiqué l’amaurose et la surdité:
amaurose 17 fois, surdité 9 fois sur 100 (Luys). Nous avons
consigné aussi la dilatation et l’immobilité pupillaire, l’atro­
phie de la pupille et une rétinite à peu près généralisée avec
épanchement sanguin; l’autopsie nous a montré une altération
du nerf optique droit. Ces altérations du fond de l’œil ont été
l’objet d’un travail important que M. le docteur Galezowski a
consigné dans les Archives de Médecine de 1868. Les troubles
des muscles moteurs oculaires caractérisés par le strabisme
se rencontrent plus fréquemment dans les lésions expérimen­
tales du cervelet que dans les altérations pathologiques ; Macabiau les a relevés 6 fois seulement dans ses observations. Peulon attribuer directement à la lésion du cervelet ces troubles
de la vue? Nous pensons volontiers, avec M. Vulpian, qu’une
telle explication est impossible, car les nerfs optiques n’ont
aucune relation directe d’origine avec le cervelet, les bande­
lettes optiques prennent naissance au contraire dans les tuber­
cules quadrijumeaux. Aussi a-t-on pensé que dans les cas de
tumeurs du cervelet, cas où l’amaurose a été le plus souvent
observée, ce phénomène pouvait dépendre d’une compression
exercée sur les tubercules quadrijumeaux. « Mais il est évident
que cette explication, si elle est vraisemblable dans quelques
cas, est insuffisante pour un grand nombre d’entre eux, car plu­
sieurs fois, soit à cause du peu de volume des tumeurs, soit ;i
cause de leur disposition, il n’v avait en réalité aucune com­
pression possible de ces tubercules. D’ailleurs, ce symptôme a
été constaté quelquefois dans des cas de lésion autres que des
tumeurs. Celle explication ne pouvant pas être acceptée, on

s’est demandé si les nerfs optiques, tout en n’ayant aucune
relation directe avec le cervelet, n’auraient pas quelque rap­
port anatomique indirect avec cet organe, et l’on a naturelle­
ment pensé aux pédoncules supérieurs du cervelet, qui vont
passer sous les tubercules quadrijumeaux pour s’entrecroiser
à ce niveau sur la ligne médiane. Mais ces tubercules vont-ils
d’une façon quelconque se mettre en relation avec les foyers
d’origine des nerfs optiques? On n’en sait rien d’une façon
positive...........l’aime mieux croire à 1 intervention d’une
influence comme sympathique du cervelet sur les foyers
d’origine des nerfs optiques, influence qui se transmet par des
voies encore indéterminées et variables. Il y aurait d’ailleurs à
rechercher avec soin si dans les cas d’amaurose par lésion du
cervelet il n’y pas quelque altération microscopique des corps
genouillés et des tubercules quadrijumeaux ou même des réti­
nes. (Vulpian, ibid.. page 61 et 618). Cependant des troubles
de la vision dépendent-ils toujours de cette iufluence sym­
pathique du cervelet sur les tubercules quadrijumeaux?
déjà en 1827, M. Bouillaud avait démontré que les tuber­
cules pouvaient être lésés en même temps que le cervelet, ou
que l’irritation de celui-ci peut se communiquer à ces orga­
nes, Son opinion a été partagée par MM. Galezowski et Hérard,
et nous croyons que cette théorie explique tout ce qu’on peut
expliquer. Chez notre malade, il n’y avait pas d’altération des
tubercules quadrijumeaux, mais la tumeur doit avoir agi par
compression et par irritation de voisinage. Les troubles de la
vue correspondent donc toujours à une lésion des tubercules
quadrijumeaux, origine des nerfs optiques.
Notée 9 fois par M. Luys, 3 fois par Macabiau, la surdité est
excessivement rare dans les tumeurs du cervelet et ne doit pas
être mise sur le compte de la seule lésion cérebelleuse. D’ail­
leurs ce ne serait point dans les origines du nerfacoustique que
l’on trouverait l’explication du fait ; la compression du nerf
acoustique par la tumeur est plus certainement la cause de la
surdité (Andral). Toutefois il est évident, dit M. Longet, que les
lésions du cervelet pouvant se terminer par un état comateux
plus ou moins profond, l'audition peut alors être abolie plus
ou moins complètement comme les autres sens.

210

2!7

�CtARCIN.

TTJMEUR DU CERVELET.

L’abolition de l’odorat est un fait exceptionnel, et nous
l’avons vu conservé jusqu’à la dernière période de la maladie,
époque où on devait attribuer cette abolition à l’état comateux
profond dans lequel était plongée la malade. Macabiau l’a con­
signée 1 fois seulement dans son relevé général.
Enfin, nous avons vu plus haut que les sensations n’éprou­
vent aucune altération directe par suite des lésions du cerve­
let (Bouillaud). Si on a noté quelques troubles de la sensibilité,
ce n’est jamais de la diminution, c'est toujours de l’augmen­
tation. Mais quand même, dit M. Vulpian, ce résultat serait
constant, je crois qu’il s’agirait simplement d’une irritation
des parties qui transmettent les impressions, c’est-à-dire des
éléments du bulbe et de la protubérance chargés de cette fonc­
tion. Chez notre malade, nous avons noté un peu d’hypérestliésie dans le mois de juillet, puis une insensibilité, abolition
due à la même cause que celle de l’odorat.
De même que la sensibilité, l'intelligence persiste jusqu’aux
derniers jours de la maladie. Son abolition dépend, soit, do
lésions mécaniques et inlrà crâniennes telles que hydrocé­
phalie ou congestion encéphalique, soit, d’après M. Lougct,
d’un retentissement douloureux de l’affection cérébelleuse sur
les lobes cérébraux en particulier.
Ainsi donc quatre symptômes principaux caractérisent les
lésions du cervelet et particulièrement les tumeurs de cet or­
gane que nous avons en vue. Ce sont les troubles de la locomation, la céphalalgie, les troubles de la vision et les vomis­
sements. Chacun de ces symptômes isolé n’a pas par lui-même
une bien grande valeur; mais leur association constitue un en­
semble nosologique d’une importance considérable et qui per­
met d’établir un diagnostic à peu près certain.
On nous objectera peut-être que l’étendue et la généralisa­
tion des lésions pathologiques que nous avons observées onl
pu masquer le tableau morbide et nous donner le change sur
la valeur de notre observation. A cela, nous répondrons que
jamais, sans une lésion cérébelleuse, des symptômes aussi
singuliers n’auraient été observés; et que si l’ont veut admet­
tre une diathèse cancéreuse, on nous laisse comme rarar.téris-

tiques de la lésion du cervelet les troubles fonctionnels que
nous avons étudiés.
Nous avons jusqu’ici négligé la lésion de la protubérance,
nous y revenons. On se rappelle que la malade était d’une in­
différence extrême pour ce qui se passait autour d’elle, que les
réponses étaient lentes à se produire, que les sensations égale­
ment ne se manifestaient que d’une façon tardive. Or, si bon
se reporte aux expériences très-concluantes de MM. Longet et
Vulpian, il sera facile d’avoir l’explication de ces phénomè­
nes; et acceptant pleinement leurs conclusions, nous attri­
buerons à cette lésion de la protubérance ces troubles de la
sensitivité, pour employer l’heureuse expression de M. Vulpian.
Pour ces auteurs, en effet, la protubérance est le véritable cen­
tre perceptif des impressions sensitives, le foyer incitafèur
des mouvements émotionnels et le centre de la sensibilité au­
ditive. Je crois l’explication des plus satisfaisantes.
Si nous voulions mettre à profit notre observation pour étu­
dier tous les faits qui de près ou de loin se rattachent à une
semblable question, nous serions loin d’en avoir fini ; une
étude complète des maladies du cervelet prendrait rapidement
les proportions d’un mémoire volumineux. Mais-noire but
était plus modeste. De l’ensemble des faits observés nous dési­
rons seulement avoir retiré cet enseignement utile, à savoir
comment se produisent les phénomènes pathologiques, quelle
est leur valeur clinique générale , quelle est l’importance de
chacun de ces symptômes pris isolément ou conjointement.
Les travaux considérables qui nous ont servi de guide, les au­
torités puissantes qui ont facilité notre tâche protégeront sans
doute cet essai nosologique.
C. G a u cin .
*

21*

219

�220

PAU VERS.

DES DIVERS APPAREILS DE CONTENTION

POUR LES FRACTURES DES MEMBRES INFÉRIEURS.

APPAREIL DE SUSPENSION ANGLAIS.
Les fractures les plus fréquentes sont celles des membres
inférieurs, et surtout de la jambe, qui présentent, en outre, ce
caractère particulier d’avoir des fragments taillés en biseau.
Cette disposition des fragments rend très facile le chevau­
chement et, par suite, la diminution dans la longueur du
membre; ce chevauchement, qui est amené par la rétrac­
tion musculaire, est presque inévitable; en sorte que l’on
peut regarder comme l’exception les fractures des membres
inférieurs qui se consolident sans raccourcissement.
En présence d'une fracture, le premier soin du chirurgien
est de chercher à ramener les fragments bout à bout et de les
maintenir dans cette position jusqu’à ce que la consolida­
tion soit assez avancée pour résister à la contractilité muscu­
laire. Jusqu’à ce jour, les efforts tentés dans ce but n’ont
amené que des résultats momentanés, la contractilité muscu­
laire agissant d’une manière constante et les appareils em­
ployés n’ayant pas la perfection nécessaire.
Parmi les appareils de contention employés jusqu’à ce jour,
nous citerons les suivants:
1° Appareil de Scultet ; — 2 boite de Baudens; — 3* Les
gouttières; — 4° les appareils de suspension.
Tels sont les principaux appareils usités en chirurgie.
Malgré tous les avantages qu'ils peuvent présenter, ils offrent
cependant divers inconvénients que nous allons signaler:
Le premier, et le plus sérieux est de condamner le hlessé à
une immobilité générale presque complète, jusqu’à ce que la
consolidation des fragments soit assez avancée pour que l’on
puisse employer les bandages solidifiés. Cette immobilité,
nécessaire à une bonne consolidation, est littéralement rendue
impossible par les dérangements nécessités par la satisfaction
des besoins naturels et les pansements.

ERAUTL RES.

221

Le second inconvénient est que tous ces appareils, à l'excep­
tion de la boite de Baudens et de la gouttière de Bonnet, ne
facilitent en rien le contact des fragments. Encore la boite de
Baudens ne facilite-t-elle ce contact qued une manière impar­
faite et au prix de souffrances souvent assez vives pour que
les chirurgiens aient cru devoir renoncer à son emploi. L’ex­
tension et la cou lr’extension se pratiquaient de la manière sui­
vante : Une forte Lande serrait la jambe au-dessous de la pro­
tubérance du genou et enfermait dans ses replis deux autres
bandes placées sur le côté du genou et qui, passant dans les
ouvertures pratiquées sur les faces latérales de la boite, main­
tenaient la contr’exteusion. Un bandage en huit de chiffre
enroulé sur le pied enfermait une bande qui. passant dans
les ouvertures pratiquées à la troisième face de la boite,
maintenait l’extension. D'autres bandes placées au-dessus
et au-dessous du niveau de la fracture empêchaient le che­
vauchement des fragments.
J’ai vu employer cet appareil dans les hôpitaux militaires
de Strasbourg et de Paris (Val-de-Grràce) ; on a dù y renoncer.
La gouttière de Bonnet est le seul appareil qui réunisse à la
fois, d’une manière assez complète, la contention et la sus­
pension. La contr'extension se fait au niveau de l’ischion et de
l'aisselle; l’extension se fait à l’aide d’une courroie passée
dans la semelle d’une chaussure appropriée et enroulée autour
(l’un petit tambour mû par un engrenage. L’appareil peut
cire soulevé pour la satisfaction des besoins naturels et il n’y
i&gt; aucun dérangement à craindre ; néanmoins, il y a toujours
I immobilité complète contre laquelle il faut lutter.
Pour parer à cet inconvénient, ou a imaginé (hôpital civil
de Strasbourg', un appareil de suspension dont on espérait
beaucoup mais auquel ou a dù renoncer, les désavantages
contre-balancant de beaucoup les avantages ; cet appareil
était le suivant :
Une planchette un peu plus longue que le membre était
maintenue suspendue un peu au-dessus du lit à une corde
fixée au plancher de la salle par quatre cordelettes passées
dans chaque angle; le membre placé sur cette planchette se
trouvait dans une situation demi-fléchie par rapport au tronc
qui rendait la position du malade moins douloureuse que si
le membre s’était trouvé dans L’extension forcée. Néanmoins,

�cet appareil 11e remplissait pas son Lut. parce que les mouve­
ments étaient rendus, sinon impossibles, du moins fort péni­
bles. Le point de suspension unique donnait à l’appareil un
mouvement curviligne cl la mobilité extrême de l’appareil
rendait tout déplacement impossible au blessé sans le secours
d’un aide. On a donc dû renoncer à cet appareil après quel­
ques essais infructueux pour revenir aux appareils ordinaires
qui n’offraient pas tous les désavantages de l’appareil de sus­
pension.
11 y a quelques mois, étant embarqué comme docteur à bord
de l’Asie, paquebot faisant alors les voyages de Marseille à
Bombay, j’eus occasion de visiter l'hôpital européen de celle
dernière ville, et je vis fonctionner un appareil de suspension
qui me parut réunir les conditions nécessaires, à savoir;
Mouvement rectiligne en avant et en arrière rendu facile de la
part du malade : — facilité pour le blessé de prendre sur son
lit les positions les plus diverses sans déranger la position du
membre fracturé. Cet appareil est constitué de la manière sui­
vante (voir aux planches lig. 1) :
Un cadre en 1er AA' reposant sur le lit par deux traverses TT'
est terminé à sa partie supérieure par deux traverses SS' laissaut enlr’ellesun intervalle dans lequel glissent deux roulettes
HR' en cuivre.
A chacune de ces roulettes est fixé un axe (ab) (lig. 3) qui
reçoit deux tiges courbes TT' aux extrémités inférieures des
quelles se trouve une poulie H, horizontale. La roulette P a les
bords plus grands que la tranche médiane, afin qu’elle 11e
puisse sortir de l’intervalle dans lequel elle se meut.
L’appareil de suspension se compose d’un plateau B vfig. 1)
de forme concave, en treillage de fer supporté par deux tiges
ODE, C'D'E' qui sont réunies aux poulies PP' par des courroies
en cuir. Ces courroies (lig. 2) L passent autour de deux pou­
lies, l’une supérieure P fixée d’une manière intermédiaire
aux roulettes, et l’autre inférieure 0 fixée à une tige horizonlaie DE terminée par deux crochets.
Le support ABC (lig. 2) se compose de trois tiges articulées,
l’une cenlrale B fixée au-dessous du plateau et deux autres
A et C s’unissant à la tige B par des charnières (ab) et se fixant,
lorsque l'appareil doil être mis en place, aux crochets de la
tige DE.

Comme on peut le voir, cette disposition est éminemment
avantageuse. Le mouvement rectiligne en avant et en arrière
facilité par la marche des roulettes en tout sens permet au
blessé de s’asseoir sur son lit ou de se coucher facilement sans
l’aide de personne. La forme concave du plateau et sa mobilité
latérale due aux courroies facilitent au malade le changement
de position sur un côté ou sur l’autre. La mobilité de l’appa­
reil, suffisante pour faciliter tous ces mouvements, ne l’est
pas assez pour inspirer des craintes au blessé. Cet appareil qui
me parait réunir toutes les conditions nécessaires à une bonne
suspension, est fort en usage à Bombay où je l’ai vu employé
dans cinq cas ; trois de fracture de la jambe et deux d’ampu­
tation au tiers inférieur de la jambe.
Cet appareil, tout avantageux qu'il soit,même pour les pan­
sements, puisque l'on fait facilement reposer le plateau sur le
lit en décrochant les supports, ne remplit qu’une des condi­
tions nécessaires il un bon appareil pour fractures. La néces­
sité d’une immobilité complète n’existe plus ; mais cet appa­
reil ne fait rien pour la contention qui est l’autre condition
indispensable. Je me suis occupé moi-même de cette question,
et je 111e suis arrêté à un appareil qui tient à la fois de la boite
de Baudens et de la gouttière de Bonnet; cet appareil, repré­
senté figures 4 et 5, est le suivant :
Une gouttière A de forme concave (lig. 4) est terminée à ses
deux extrémités par les moyens d’extension et de contr’extension ; l’extension se fait à l’aide d’une chaussure G ouverte au
talon et ayant une semelle en fer qui reçoit une courroie la­
quelle vient se boucler sur deux tiges transversales placées à
la partie relevée B' de la gouttière. La contr’extension se fait
l’aide d'un braceletB en chaînette d’acier bien rembourrée qui
tient à la gouttière d’une manière fixe et qui se boucle audessous du genou.— Le fond de la gouttière (A lig 5) est en
tiges de fer creux s’emboîtant les unes dans les autres, et les
parois latérales (BB' fig. 5), en fil de fer, sont il charnière et
composées de deux parties imbriquées l’une sur l’autre afin
de ne pas nuire au rallongement de la gouttière. Des courroies
CL, CL, servent, lorsque le pansement est terminé, à fixer
solidement ces parois dans une position relevée et à remplir
l’office des attelles dans l’appareil de Scultet.
L’extension et la contr’extension se pratiquent ainsi.

�226

A. FABRE.

Mais dans quelles circonstances la niaitine est elle réelle­
ment utile? Existe-t-il en clinique une dyspepsie amylacée?
Oui, M. Coutaret en démontre l’existence, précisément par les
cures qu'il a obtenues au moyen de la maltine. Il en recher­
che aussi les causes et les principales variétés. Influence du
carême, excès d’aliments, insuffisance delà mastication, dimi­
nution ou altération de la salive, abus du tabac à fumer, irré­
gularité des repas, développement incomplet du système sali­
vaire chez les enfants sevrés trop tôt ; telles sont les princi­
pales conditions dans lesquelles se développe cet état morbide
dont les symptômes auraient pu faire, de la part de l’auteur,
l’objet d’une description plus nette. D’ailleurs, la maladie peut
revêtir des allures sournoises et simuler, en particulier, la
congestion cérébrale.
M. Coutaret ne se borne pas à l’étude des dyspepsies amy­
lacées ou salivaires; se basant sur une classification qui lui
est personnelle, il étudie aussi la dyspepsie duodéno-intestinale ou liypochondriaque, la dyspepsie gastrique ou sulfhydrique, enfin les dyspepsies mixtes et dissimulées. Pous­
sant un peu loin les subdivisions, M. Coutaret discerne, dans
les dyspepsies hypochondriaques, l’essentielle, celle par obs­
truction viscérale, la rhumatismale, la goutteuse, l’hémorrhoïdale, l’hystérique et l’herpétique. Les dyspepsies gastriques
sont distinguées par lui en vitellienne, sénile, pneumogastri­
que et par lésions locales. C'est très-bien de distinguer ; la
clinique vit de distinctions, mais encore faut-il que ces dis­
tinctions reposent sur des bases sûres ; voilà le point dif­
ficile, et nous n’oserions affirmer que M. Coutaret l'a toujours
atteint. Quoi qu’il en soit, son livre marque évidemment un
progrès dans l’histoire des dyspepsies.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

227

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
Séance du 21 juin. — M. Rabuteau adresse une note sur les
sels ammoniacaux. Ces sels paraissent exister dans le sang en
quantité très-faible ; leur proportion n'augmente que lorsque
l'urée trouve un obstacle à son éliminatioa ; parmi eux, les car­
bonates ammoniacaux seuls, ou les sels pouvant se transformer
en ceux-ci , possèdent des propriétés véritablement sudori­
fiques.
Dans un travail sur le passage des leucocytes à travers les pa­
rois vasculaires, M. Picot combat la théorie de Wirchow et celle de
Üonhein. Pour fauteur, la formation des leucocytes est un fait de
genèse; ces corpuscules ne paraissent provenir d’aucun élément
anatomique antérieur.
Séance du 4 juillet. — Parmi les pièces de la correspondance fi­
gure un ouvrage de M. de Freycinet sur Yassainissement des villes.
Ce livre n'est que le développement des trois principes suivants :
abondante distribution d’eau pure; canalisation souterraine li­
vrant passage aux liquides impurs ; purification de ces derniers
liquides avant leur écoulement aux rivières.
M. Chantard adresse une note sur le sens des courants induits
à l'aide des décharges électriques.
M. Gaube écrit pour réclamer la priorité sur la démonstration
des bons effets de la créosote dans la fièvre typhoïde.
Séance du 11 juillet. — Séance publique annuelle. M. Elie de
Beaumont proclame les prix pour 1869. Le prix Bréant est dé­
cerné à M. le docteur Fauvel pour ses importants travaux sur
l'étiologie et la prophylaxie du choléra.
M. Dumas prononce l’éloge historique du chimiste Théophile
Pelouze.
Séance du 18 juillet. — M. Louis Sourdat adresse une curieuse
communication sur.Ja différence de composition du lait pour les
deux seins de la même femme. Le lait du sein droit, de beau­

�2-28

SEUX FILS.

coup le plus abondant, est le plus riche en beurre et matières
azotées mais le moins riche en principe solubles (lactose et
sels).
Séance du 2o juillet. — M. Netter (de Rennes) indique le moyen
suivant pour diminuer la transmission de la variole: étaler un
drap autour du lit pour recueillir les croûtes et détruire celles-ci
par le feu. .
MM. Rabuteau et Constant adressent une note intitulée: De
l'action des alcalins sur l'organisme. D’après les auteurs, ces médica­
ments, bien loin de favoriser l’oxydation comme on le croit géné­
ralement, la diminuent d'une manière notable.
ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du o juillet. — M. Béclard lit une lettre clans laquelle
M. le ministre de l’intérieur demande à connaître l’opinion de
l’Académie sur la question des revaccinations. L’Assemblée rédi­
gé , séance tenante, une note pour affirmer l’utilité des revaccina­
tions et la nécessité d’étendre par tous les moyens possibles cette
pratique.
M. A. Moreau donne lecture d’un travail sur l’action du sulfate
de magnésie. L’auteur croit, contrairement aux opinions mani­
festées par MM. Thiry et Radzajewski , que ce purgatif agit en
augmentant la quantité des liquides intestinaux.
M. le docteur Liègey (de Rambervilliers) lit une note dans
laquelle il émet l’opinion que la variole peut quelquefois devenir
une fièvre pernicieuse, une maladie à quinquina.
Suite de la discussion sur le vinage.—M. Gaultier de Claubry
considère le vinage comme utile et nécessaire ; il ne croit pas
qu’il soit possible de distinguer un vin naturel d’un vin alcoolisé;
aucune expérience ne permet d’affirmer que les vins vinés sont
dangereux pour les consommateurs.
M. Demarquay met sous les yeux de l’Académie un utérus atteint
d’une inversion et d’un corps fibreux. L’ablation a été faite par
le docteur Valette (de Lyon) a l’aide d’une ligature caustique.
Séance du 12 juillet. —M. A. Latour présente une note de M. le
docteur Baudry (d’Evreux), relative à la prophylaxie delà variole.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

22g

M. Desormeaux lit une note sur le cancer primitif du larynx.
Ces productions morbides sont constituées par du tissu épithélial ;
le traitement le plus efficace est la laryngotomie.
Suite de la discussion sur le vinage. — M. Payen croit que le
vinage pourrait être remplacé par le chauffage des vins ; pour­
tant un vinage non exagéré (2 ou 3 d’alcool pour 100) lui paraît
nécessaire pour la conservation et le transport des vins.
M. Poggiale n’admet le vinage que pour les vins trop faibles,
acides, trop peu chargés en alcool ; il considère le vinage exa­
géré comme nuisible à la santé des consommateurs.
Séance du 19 juillet. —Parmi les pièces de la correspondance non
officielle se trouve une note de M. le docteur Burq. L’auteur pro­
pose de recueillir et de conserver le vaccin dans le chas d’aiguilles
très-fines, aiguilles qui seraient, au moment de la vaccination,
introduites directement dans la couche sous-épidermique.
Suite de la discussion sur le vinage. —M. Boucliardat consi­
dère le vinage comme un mal nécessaire qu’il faut, restreindre
dans les plus étroites limites. Cette opération ne devrait être
autorisée qu’avec des alcools de vin.
M. Fauvel croit que le vinage conservateur, celui qui a pour but
la conservation de certains vins, est une opération utile. Cepen­
dant il ne convient pas de favoriser le vinage par un abaissement
des droits de l’alcool, attendu que très souvent il est appliqué à
des liquides n’ayant du vin que le nom, liquides très-nuisibles.
L’Académie décide que les conclusions du rapport seront ren­
voyées à la commission.
Séance du 26 juillet. —M. Bergeron lit les conclusions suivantes
proposées par la commission du vinage.
«4° L’alcoolisation des vins faits , plus généralement connue
sous le nom de vinage, lorsqu’elle est pratiquée méthodiquement
avec des eaux de vie ou des trois-six de vin, et dans des limites
telles que le titre alcoolique des vins de grande consommation
ne dépasse pas 10 pour 100 , est une opération qui n’expose à
aucun danger la santé des consommateurs ;
« 2° Quant a la suralcoolisation des vins communs qui, pour la
vente au détail, sont ramenés par des coupages avec l’eau au
titre de 9 à 10 pour 100, l’Académie la condamne comme elle
condamne toute tromperie sur la qualité de l’aliment vendu ;
mais aucune preuve scientifique ne l’autorise à dire que les bois­

�230

SOCIÉTÉS SAVANTES.

sons ainsi préparées, bien que différant sensiblement des vins
naturels, sont compromettantes pour la santé publique ;
«L'Académie reconnaît que le vinage peut être pratiqué avec
tout alcool de bonne qualité, quelle qu’en soit l’origine ; toute­
fois, elle a tenu à marquer sa préférence pour les eaux-de-vie et
les trois-six de vin , non-seulement parce qu’elle pense que ces
derniers alcools se rapprochent plus que les esprits rectifiés de la
composition du vin, mais aussi parce qu’elle est justement pré­
occupée des inconvénients que présenterait, au point de vue des
progrès dé l'alcoolisme, le développement exagéré de la fabrica­
tion des alcools de grains et de betteraves trop souvent consom­
més en nature. »
Ces conclusions seront discutées dans une prochaine séance.
M. le professeur Van den Corput (de Bruxelles) réclame la prio­
rité au sujet de la seringue h aspiration de M. le docteur Dieulafoy.
M. le docteur Laborde lit un mémoire dans lequel il indique le
phénomène suivant comme un signe constant de la mort réelle :
plongez dans un tissu animal une aiguille d’acier ; si le sujet est
vivant, l’aiguille perd son éclat métallique, s’il est mort elle reste
nette de toute tache.
SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX.
Séance du 11 juin. — M. Chauffard renouvelle les termes de sa
communication première sur l'acide phénique.
M. Desnos présente quelques considérations sur le diagnostic,
le pronostic et la thérapeutique de quelques formes de variole.
M. Isambert fait une communication ayant pour but de prouver
que l’acide phénique n’enraye pas la fièvre secondaire de la va­
riole.
M. Hérard présente les pièces anatomiques relatives à un cas
d’hydatides du cceur et du poumon.
Séance du 24 juin. — Une discussion s’élève, à l’occasion du
procès-verbal, sur la signification précise des mots variole et rariolo'ide.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

231

M. Oulinont adresse une lettre sur l’absence de propriétés con­
tagieuses de la variole pendant la convalescence.
M. A. Fournier lit une note sur un cas de gomme syphilitique

survenue cinquante cinq ans après le début de l'infection.

La discussion sur la variole et la vaccine continue.
Séance du 8 juillet. — M. Bcsnier lit le rapport sur les maladies
régnantes des mois d’avril et de mai 1870.
MM. Bourdon, Raynaud, Bucquoy et Delasiauve présentent
quelques observations sur ce rapport.
Séance du 22 juillet. — La société vote une somme de dOO francs
pour les blessés de nos armées.
M. Paul lit un mémoire sur la variole considérée suivant les sexes,
les âges et les saisons.

M. Brouardel fait une communication relative a l'analyse des gaz

du sang dans la variole.

M. Brouardel donne ensuite quelques details sur un fait de va­
riole survenue chez deux enfants jumeaux vaccinésSOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Sèancc'du 15 juin. — M. Léon Labbé communique les résultats
de l’examen microscopique de la tumeur présentée par lui dans
la dernière séance.
M. Desprès communique une statistique sur les résultats du
traitement de la syphilis avec ou sans mercure. L’avantage reste
au mercure.
M. Trélat lit une note du 1)‘ Hermann (de Mulhouse) sur l’uranoplastie chez les enfants du premier fige.
M. Dauvé adresse uue note sur une hémorrhagie produite par
l'ulcération des carotides ii la suite d’une adénite suppurée du cou.
M. Broca communique une observation de plaie pénétrante de
la poitrine avec lésion du poumon gauche et du cœur. Le malade
a succombé.
Dr Seux fils.

�232

MARSEILLE MÉDICAL

SEUX FILS.

APPEL A TOUS.

( a n c ie n n e s U n io n . M e d ic a le d e la P r o v e n c e )
7mc Année. —

Depuis le mois dernier nous avons vu en France de terribles
choses. Notre situation s’est aggravée; mais elle ne fait naître
parmi nous ni découragement, ni défaillances. Paris formidable­
ment armé paraît non moins formidablement résolu à se défendre.
A nous de seconder le mouvement de la capitale. Paris sauvera
la province, mais a la condition que celle-ci soutiendra Paris. Si
nous sommes décidés à résister aux envahisseurs; si dans chaque
département une partie de notre garde nationale s’organise en
corps francs, gardant les frontières, fortifiant les passages et les
cols, s’exerçant constamment au maniement des armes; si nous
sommes debout, en un mot, du nord au midi, Paris luttera jusqu’à
la mort et la France sera sauvée. Mais pour atteindre ce but il
faut de l'argent. Donnons donc, donnons plus que jamais; répondons
tous, dans la mesure de nos forces, à l’appel de notre Comité de
défense., donnons pour que les armes et les munitions abondent,
pour que les usines de notre département fabriquent sans relâche
canons et mitrailleuses ; donnons aussi, donnons surtout nous
médecins, pour les ambulances, pour l’achat de couvertures, de
vêtements chauds, de vins, de denrées alimentaires, d'objets de
pansement; n’oublions pas que deux comités de secours pour nos
blessés fonctionnent activement Grand’rue 61 et rue Paradis i5;
rappelons-nous enfin que si nous devons par tous les moyens
possibles soutenir la guerre, nous pouvons du moins, par nos
dons et notre dévouement, soulager bien des maux, rendre la joie
à bien des familles.
D' S eu x Fils.

À. F abre.

N ° 10, —

20 Octobre 1870.

DE LA VALEUR RELATIVE DES AMPUTATIONS

SOUS-ASTRAGALIENNE , TIBI0-TARS1ENHE ET SOS-MALLÉOLAIRE.
MÉMOIRE PRÉSENTÉ A LA SOCIÉTÉ DK CHIRURGIE
POUR LE CONCOURS DU PRIX LABOR1E

Par M. COSTE,

Professeur de clinique chirurgicale à l’Ecole de Médeciuc de Marseille cl directeur de l’École.
(Suite et fin.)
.Je veux clôre cette étude par quelques remarques générales
qui ont avec elle des points de rapprochement très-intimes.
C’est ici naturellement la place de ce court appendice.
11 y a longtemps que, dans mon enseignement, j ’ai fait une
distinction, basée sur l’observation quotidienne, entre les
procédés opératoires de choix et les procédés de nécessité. En
effet, il n’est pas de jour où le chirurgien, surtout dans un
service nosocomial, ne se trouve aux prises avec une lésion
qui, selon l’état des parties, mutilées par un accident ou dé­
labrées par une affection organique ancienne, l’oblige à sortir
de la voie tracée, à renoncer à une opération normale, pour
suivre une ligne de conduite exceptionnellement commandée
par la situation. La nécessité lui impose souvent un procédé
qu’il aurait rejeté s’il avait eu le choix.
lü

�23 i

COSTE.

Ces conjonctures sont vraiment si fréquentes que l’opérateur
doit sacrifier bien souvent ses préférences aux exigences de
l’actualité.
Ainsi, en dehors de ces amputations réglées, qu’une lésion
irrémédiable, soit spontanée, soit accidentelle, rendra néces­
saires sur le haut du pied ou sur le bas de la jambe, combien
d’étals divers peuvent se présenter, surtout dans une affection
traumatique, qui permettraient, par une opération insolite et
dans laquelle le chirurgien n’a d’autre règle à suivre que son
inspiration, de ménager les parties de manière à n’emporter
que celles dont il faut indispensablement priver le malade.
Les lignes qui commencent ce travail et en forment comme
l'épigraphe ont annoncé d’avance l’idée générale qui devait y
dominer : la conservation la plus étendue possible dans les
amputations à pratiquer sur la section inférieure du membre
abdominal.
Je serai, jusqu'à la fin de ma dissertation, fidèle à ces pré­
misses.
J’indiquerai donc, très-sommairement, les principales de
ces amputations partielles qui, mises soigneusement eu har­
monie avec la nature et le siège de la lésion pour laquelle on
les pratique, seraient une préeieuse ressource en conservant
au patient tout ce qu’on peut éviter de lui enlever.
Dans un désordre traumatique, on peut considérer la char­
pente osseuse du pied comme constituée d’une seule pièce,
et le devoir du chirurgien, en combinant la désarticulation
avec l’amputation dans la continuité, en associant enfin l’ac­
tion du scalpel à celle de la scie, est de n’emporter strictement
que les parties blessées et dont l’état ne permet pas d’en espé­
rer la conservation.
Si, au contraire, l’affection est organique, la maladie fran­
chit aisément la limite qui sépare les parties atteintes decelles
qui étaient restées saines, de là l’imminence des récidives..
Paul d’Egine avait songé à ces petites amputations dans la
continuité du pied, et M. Demarquay a ainsi opéré plusieurs
fois avec succès.
La solidité étant l'essentielle faculté du membre pelvien

AMPUTATIONS DU PIED.

235

pour l’accomplissement de son rôle, les résections faites sur
un point quelconque de cette partie, et spécialement sur le pied,
sont généralement peu en faveur; on leur reproche d’altérer
beaucoup cette solidité si nécessaire.
En réalité, et pour ce motif, les résections conviennent peu
• au membre inférieur.
La première idée de ces opérations, conçue dans ses plus
larges applications, a ôté émise, on le sait, vers la fin du siècle
passé, par un homme de talent, un chirurgien lorrain, Mo­
reau père, qui, pour le cas de carie, proposait de réséquer
toutes les grandes articulations, soit au membre supérieur,
soit au membre inférieur.
L’Académie de chirurgie touchait alors au déclin de ce pres­
tige qu’elle avait, jusque là, si brillamment exercé sur le
monde savant. S’enfermant dans un dogmatisme dédaigneux,
ja célébré Compagnie accueillit très-froidement les communi­
cations de Moreau et, malgré ses succès qu’on ne pouvait con­
tester, on ne voulut point le suivre dans la voie qu’il avait
ouverte et dans laquelle il persévéra avec toute la foi de ses
convictions, mais sans faire de nombreux prosélytes.
Nos deux grandes illustrations dans la chirurgie militaire
de cette époque , Percy et Larrey, firent des résections trau­
matiques, en se bornant, toutefois, à l’épaule et au coude.
L’indifférence pour les résections continua dans la pratique
civile, en France et à l’étranger. Ces opérations ne furent que
très-rarement faites par les chirurgiens des hôpitaux.
Cette indifférence s’explique, si elle ne se justifie pas entiè­
rement. Le vague des indications, l’imprévu du manuel opé­
ratoire, l’incertitude du résultat, tant pour la guérison de
l'opéré que pour Futilité du membre qu’on cherche à lui con­
server, sont autant de raisons qu’on pourrait invoquer contre
les résections.
Bégin était d’une excessive sévérité pour les résections de
l’extrémité inférieure. Il les accusait d’aboutir toujours à de
mauvaises conséquences, de laisser des membres raccourcis,
vacillants, et d’un moins bon usage que celui d’un membre
artificiel.

�“236

COSTE.

11 y a du vrai dans cette opinion, mais on est forcé d'avouer
qu’elle est fort exagérée. Bien des gens croiront peut-être
qu’une jambe naturelle, même difforme, vaut toujours plus
que la jambe de bois la mieux confectionnée.
C’est probablement la manière devoir des chirurgiens an­
glais, qui, depuis vingt ans environ, ont adopté avec une si
vive ardeur les résections du membre inférieur.
Il n’entre pas du tout dans mon plan d’argumenter sur celle
grande question, entièrement étrangère à mon sujet, des
résections de l’extrémité pelvienne. En disant d’abord que j’ai
pour elles une très-médiocre'propension, je veux seulement
signaler quelques opérations conservatrices qu’on pourrait
tenter avantageusement sur le pied, dans certaines lésions qui
paraissent, au premier moment, devoir entraîner la perte to­
tale de cette fraction du membre abdominal.
Pourquoi enlever le tout quand il peut suffire, après un
sérieux examen, de ne sacrifier qu'une partie?
Ce sera beaucoup plutôt, on le comprend bien, un trauma­
tisme qu’une altération vitale qui pourra donner lieu à l’une
de ces opérations exceptionnelles et sans nom.
Quelques unes des pièces osseuses du tarse et du métatarse
peuvent être réséquées, soit dans la continuité, soit dans la
contiguïté, ou extraites, tandis que l’on conserve, avec les
orteils, celles qui leur sont antérieures.
L’astragale luxé irréductiblement, même sans fracture, avec
la complication d une plaie qui met à découvert l’articulation
tibio-tarsienne, est une lésion d’une excessive gravité, mais
elle n’est nullement incompatible avec la conservation du
pied.
On peut, on doit alors, et il y en a d’heureux exemples, sans
recourir à l’amputation, extirper l’astragale en ménageant avec
le plus grand soin les tendons.
Une bien moindre partie du pied que celle qui reste après
celte opération sera encore fort utile pour la marche, dans la
nécessité d’une mutilation plus étendue, surtout s’il est pos­
sible de conserver les portions internes du squelette, je veux
parler de celles qui correspondent au gros orteil et a,ux deux
ou trois premiers métatarsiens.

AMPUTATIONS DU PIED.

237

Ainsi l’enlèvement du cuboïde, avec le 4eet le 5e os du méta­
tarse qui s’y articulent, est une opération très-praticable et
qui n’altèrerait pas énormément la déambulation.
I)u reste, ce qui devra enhardir le chirurgien à tenter de
telles entreprises, c’est, indépendamment du .secours qu’il
attend de la prothèse, la confiance que doit lui inspirer l’in­
tervention de la nature, qui vient si généreusement, et dans
des cas si nombreux, réparer les déperditions osseuses, même
en l’absence du périoste.
Les enseignements ne manquent pas cet égard. Des faits
pathologiques qui ne sont point rares et les expériences sur
les animaux ont donné la preuve que le périoste n’est pas ri­
goureusement indispensable à la renaissance de l’os, car un
os a pu se reformer après l’entier enlèvement de sa membrane
d’enveloppe.
Voici ce que démontre l’observation : en l’absence du pé­
rioste, il peut renaître un amas osseux, informe, irrégulier et
ne représentant qu’imparfaiternent l’os primitif, dont il est
capable cependant de remplir à peu près la fonction. Mais,
quand le périoste a été conservé, surtout s’il est épais et gonflé
par l’inflammation, cas où on le détache facilement, l’os peut
se reproduire avec ses formes normales les plus exactes.
Dans certains cas d’écrasement de l avant-pied, une opéra­
tion qui serait possible serait la section des os du métatarse dans
leur continuité, section plus ou moins rapprochée de la ligne
articulaire tarso-métatarsienne, avec un lambeau plantaire ou
dorsal, selon l’état des chairs.
Une opération fort rationnelle aussi serait, pour un trau­
matisme, l’ablation partielle du pied , faite dans l’article
cunéo-scaphoïdien, en sciant à son niveau le' cuboïde. Ce
serait une amputation mixte, moitié dans la contiguïté,
moitié dans la continuité.
J’ai eu occasion, il y a quelques années, de faire cette opé­
ration sur le maître ouvrier d’une scierie mécanique, qui eut
son pied broyé par un engrenage. Le désordre était grand ; je
pus, toutefois, avec les chairs plantaires, lacérées, déchique­
tées, mais viables, tailler un lambeau qui, malgré les irrégu­

�COSTE.

AMPUTATIONS DU PIED.

larités de son contour, vint s’adapter assez J)ien au scaphoïde
et à la surface saignante du cuboïde.
L’opération, pratiquée en ville, eut un plein succès. Le ma­
lade guérit vite et bien. Après deux mois, la marche était facile
et sans renversement du moignon.

du tissu osseux, est la réhabilitation des résections du mem­
bre inférieur, car elle supprime le principal inconvénient de
ces opérations, le défaut do solidité, puisque l’os malade et
emporté peut renaître avec la plénitude de sa fonction pri­
mitive.
Dans ladénudation des malléoles et le décollement du périoste
il faut avoir grand soin de ne point toucher aux attaches
ligamenteuses que reçoit sa face externe et de respecter les
écailles osseuses qui peuvent rester adhérentes à son côté
interne. On doit, en un mot, laisserau périoste le plus d’épais­
seur possible. Gela est très-utile pour la rénovation de l’os.
Dans cette manœuvre, qui exige souvent beaucoup de force,
le détache-tendon de M. Ollier est un excellent instrument.
Sa lame courte et solide permet à la main de le conduire sûre­
ment. Il est impossible qu'il s’égare et blesse des parties qui
doivent être ménagées.
Immédiatement après l’opération , l’immobilisation du
membre, faite avec un bandage amidonné, plâtré ou silicate.
plutôt qu’avec une gouttière, préviendra, aidée de la compres­
sion, la phlogose des parties, abrégera la durée dé la suppu­
ration et hâtera le travail de la régénération des os.
La science possède aujourd’hui vingt faits de résection tibiotarsienne sous-capsulo-périostée et plus ou moins complète :
quatorze pour causes traumatiques, six pour affections orga­
niques, et quinze à seize guérisons, dont quelques unes sont
de magnifiques succès, car l’état fonctionnel du membre n'en
a presque pas souffert ultérieurement.
Onze, toutes secondaires, appartiennent à Langenbeck ;
l’illustre opérateur n’a perdu que deux malades, l’un de
grangrène par suite d’une débilité profonde, l’autre de pour­
riture d’hôpital.
Cinq ont été faites par M. Ollier ; deux par M. Laroyenne,
son collègue des hôpitaux de Lyon; les deux autres par
MM. Aubert et Jambon, de Mâcon (1).
Une ankylosé est. possible après la résection tibio-tarsienne;

m

Une dernière réflexion et je termine.
Les belles conquêtes chirurgicales réalisées parles recher­
ches expérimentales de Flourens, de Heine et de M. Ollier sur la
faculté régénératrice du périoste sont de nature â apporter
des modifications considérables au manuel des amputations
sous-astragalienne et tibio-tarsienne, surtout quand elles sont
nécessitées par des affections organiques.
Les résolutions de l’opérateur peuvent même, en quel­
ques circonstances, en être radicalement changées.
Pour la désarticulation du pied, notamment, il pourrait
arriver que les conditions de l’état local permissent de subs­
tituer à l’amputation une résection sous-capsulo-periostée. On
ferait alors tout à la fois de la chirurgie conservatrice et répa­
ratrice.
Dans un violent traumatisme, tel qu'une luxation irréduc­
tible de la jointure de la jambe avec le pied, luxation compli­
quée de fracture comminutive des malléoles ou de l’astragale
et de perforation de la peau par les pointes des esquilles, l’am­
putation tibio-tarsienne, indiquée en pareil cas, pourrait être
très-avantageusement remplacée par une résection sous-capsulo-periostée de toutes les parties atteintes.
Le malade porteur d’une affection chronique; une ostéoartbrite supputée, une carie avec ou sans nécrose, une tumeur
blanche, pourrait, après une temporisation suffisante, après
avoir épuisé la thérapeutique locale et générale ordinaire­
ment employée, trouver aussi, mais avec moins de bonnes
chances, le salut intégral de son membre dans la méthode
opératoire de M. Ollier.
Cette méthode, qui a valu, pour les autres articulations, au
savant et ingénieux chirurgien de Lyon tant et de si belles
réussites, cette méthode, dis-je. en assurant la reconstitution

(1) M. Nodét. Tht%e pour le doctorat, Paris, 1869.

239

�240

COSTE.

il vaut bien mieux, quoiqu’eii dise M. Spillmann (1), qu’elle
n’arrive pas. Cet incident, par la gêne qu’il entraînerait dans
la marche, amoindrirait beaucoup le résultat final de l'opé­
ration.
Les lésions physiques et les affections vitales de la dernière
section du membre inférieur présentent, soit dans leur gravité,
soit dans leur étendue, d’innombrables variétés.
Le chirurgien peut se trouver en face d'un traumatisme où
les os de la rangée inférieure du tarse et une portion de ceux
du métatarse seront écrasés, les orteils étant restés intacts et
les parties molles des deux faces du pied, bien qu’ayant reçu
de la cause vulnérante de graves atteintes, n’offrant pas des
désordres absolument irrémédiables.
11 est possible encore de rencontrer dans la pratique une
carie bornée à cette région du tarse et du métatarse, avec des
chairs enveloppantes qui pourront être conservées et la pointe
du pied totalement saine.
Dans l’un et 1 autre cas, on devra, sans hésiter, préférer à
l’amputation sous-astragalienne l’extraction sous-périostée
de tous les os broyés par l’accident ou affectés par la maladie.
La jeunesse du sujet (adolescence et commencement de l'âge
adulte) est l’une des conditions les plus favorables t\ toute
résection sous-capsulo-périostée. On peut alors compter sur
la puissance ostéogénique du périoste et espérer sûrement une
riche reproduction des portions enlevées. Pourtant une période
plus avancée de la vie ne serait pas une contre-indication for­
melle de l’opération.
(1) Archives de médecine, février 1869.

PERFORATIONS DU CŒUR.

241

ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATIIOGÉNIE
DES COMMUNICATIONS
ENTRE LES CAVITÉS DROITES ET LES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR (1)

Par le IV P.-F. DA COSTA AÏAARENf.l,
Professeur à l'Ecole de Médecine de Lisbonne.
( Suite.)

§ IV.

Diagnostic anatomo-pathologique des ouvertures, des communications
des cavités droites avec les cavités gauches du cœur.

La forme, l’étendue et la direction des ouvertures interventri­
culaires varient, comme on devait le présumer d’après ce que
nous avons dit.
Il convient de faire ici une distinction relative à l’origine ou à
la cause de la perforation. Cette dernière peut être un vice de
conformation, une anomalie, ou se lier à des causes occasionnelles
qui agissent rapidement, soit à des altérations pathologiques plus
ou moins anciennes.
Les anomalies les plus fréquentes dans les formes sont : la
sémilunaire avec concavité supérieure,— l’arrondie,— la triangu­
laire (2), — l’elliptique et l’ovale avec le plus grand diamètre dans
le sens du bord supérieur de la cloison.
(1) Traduit du portugais par le Dr E.-L. Bertherand.
(2) M. Cruveilhier a décrit un cas de cette forme qu'il présenta à la
Société Anatomique en 184S. La perforation interventriculaire avait la figure
d’un triangle isocèle, dont le sommet, dirigé en haut, occupait l’intervalle des
deux valvules aortiques (7Y. d’anat. patlioL, tomen, page 469. Paris 1852).

�ALVARENGA.

PERFORATIONS DU CŒUR,

L’étendue des ouvertures est très-variable: do 2 à 12 lignes,
d'après toutes les observations. On peut dire d’une manière géné­
rale, que depuis un petit trou pratiqué dans la base de la cloison,
jusqu'il une ouverture formée par l’absence d’une partie plus ou
moins grande de cette cloison, se rencontrent bien des degrés
intermédiaires de lésion et dont la nature offre des exemples
assez nombreux.
L’étendue de l’ouverture peut être telle qu'il reste fort peu de
cloison, ainsi qu’il est noté dans les observations 5* et 59° du pro­
fesseur Gintrac, sur une excellente pièce du Musée de l'hôpital
Saint-Thomas, dans le cas relaté parThore, etc. Les auteurs citent
un grand nombre de cœurs sans cloison ventriculaire, offrant un
seul ventricule avec une ou deux oreillettes, comme nous l’avons
déjà dit.
La direction de l'ouverture est ou transversale, perpendiculaire
à la base de la cloison, — ou oblique, formayt quelquefois une
sorte de canal bien distinct, plus ou moins étendu. Dans un cas
rapporté par le Dr Déguisé, ce canal mesurait un demi-pouce de
longueur.
Cette obliquité est, dans tous les cas, dirigée de manière à favo­
riser le passage du sang du cœur droit dans le gauche; c’est ce
qui se présente le plus ordinairement. D'autres fois, elle a lieu
dans le sens contraire, comme on en peut trouver un exemple
dans l’observation, relatée par Richerand, d’un homme de 42 ans,
atteint de perforation de la cloison interventriculaire avec persis­
tance du canal artériel et dilatation de l’artère pulmonaire ; l’ou­
verture de la communication interventriculaire, à cet endroit,
était oblongue, d'un demi-pouce d’étendue, et dirigée oblique­
ment à la base, d’avant et de gauche vers le sommet, en arrière
et à droite, de sorte que cette direction, comme une espèce de valvule

Quelquefois le bord de l’ouverture est garni d’une valvule,—
comme nous en avons vu un cas — , ou de plis nombreux, dont
on trouve un exemple, entr’autres, dans l’observation 15° de
Louis, — ou bien d’excroissances dansle genrede celles qu’observa
Corvisart et qu’il décrit comme suit : « à la partie supérieure
du pourtour d\i trou, on apercevait deux petits tubercules charnus
de couleur rougeâtre » (I).
Tels sont les caractères des ouvertures anormales de la cloison
ventriculaire; celles des perforations interauriculaires sont, mutalis mutandis, analogues aux précédentes, ainsi que la commu­
nauté d'origine devait le faire supposer.
Ces ouvertures présentent, comme les autres, des variétés re­
latives à leur étendue ( de 1 1/2 à 15 lignes dans les observations
de Louis ), à leur forme (ronde, elliptique, triangulaire ) , à leur
direction ( le plus souvent oblique ), et à leurs pourtours ( ordi­
nairement lisses, blanchâtres, et plus ou moins durs).
Cette ouverture forme quelquefois un véritable canal qui peut
avoir jusqu’à 3 lignes d’épaisseur ( cas observé par Andrew Blake
chez un homme de 21 ans (2). ).
Bien différents sont les caractères des ouvertures accidentelles
par causes occasionnelles externes ou internes, soit par altération
de tissu. Nous n’examinerons pas ici la question de savoir s’il y
a ou non rupture du cœur sans altération organique primitive de
cet organe; cette question serait inopportune.
Les ouvertures accidentelles ne se présentent pas toujours
aussi bien délimitées, aussi distinctes; elles sont véritablement
constituées par des ruptures, des dilacérations de fibres muscu­
laires ou des altérations du tissu.
Le plus ordinairement on rencontre la rupture au centre d’une
ecchymose ; d’autres fois existent plusieurs petites ruptures
incomplètes qui communiquent entr’elles, bien qu’il s’en trouve
parmi toutes une qui est complète.
Les bords de la rupture sont inégaux, irréguliers et s'adaptent
réciproquement quand on les rapproche.
Toujours ces ruptures comportent trois éléments: deux* ouver­
tures et un canal ou trajet. En général, l’orifice externe est plus
grand que l'interne: les ouvertures sont ou petites ( et il est par­
fois difficile de les constater) ou grandes, larges. D’autres fois, les
(1) Essai sur les maladies du cœur, p. 27S. Paris, 1811.

Uï

formée dans le ventricule droit par une colonne charnue, était disposée
de façon à s'opposer tellement au passage du sang dans le ventricule
gauche, quelle indiquait clairement le passage du liquide de ce ventricule
dans le droit et dans l’artère pulmonaire ( I).

L’épaisseur, la consistance et la configuration des bords de
l’ouverture ne sont pas toujours identiques. Le plus ordinaire­
ment on rencontre les bords plus ou moins épais, arrondis dans
leur pourtour, égaux, lisses, blanchâtres, de consistance ligamen­
teuse ou fibreuse.1
(1) Nouveau.)' éléments île physiologie, t. i.

(2) The London med. and surg Journ. 1828.

243

�ALVARENGA.

PE RFO R ATION S DU CŒUR.

deux orifices se trouvent face à lace; d'autres fois, ils ne se corres­
pondent pas, placés il une grande distance l'un de l’autre ; dans
d’autres cas, l’orifice externe est dans le ventricule droit et l'in­
terne dans le ventricule gauche.
Le plus ordinairement la rupture s’opère dans la direction des
fibres -musculaires, rarement transversalement: (Cette dernière
disposition est considérée comme indiquant particulièrement la
dégénérescence sénile du cœur. ) Le siège le plus fréquent de
l'orifice interne est près de la cloison, dans l’angle formé par
celle-ci et les parois ventriculaires.
Le canal est tantôt droit, tantôt oblique; parfois rectiligne,
parfois sinueux. Quelquefois, il offre le meme diamètre dans toute
son étendue; quelquefois, il est inégal, présentant en certaines
circonstances une dilatation au centre (disposition spéciale aux
ruptures dues à une apoplexie du cœur). Dans le foyer hémorrhagi­
que se rompt tout d’abord la paroi externe, — c’est le cas le plus
fréquent —, ou bien l'interne, le sang se précipitant dans la ca­
vité cardiaque. Dans le cas où la paroi externe se rompt, la rup­
ture est complète ou bien cette paroi résiste, se distend, se remplit
de caillots sanguins et se constitue en anévrysme. L’étendue des
ruptures varie, suivant le Dr Elleaume, entre 4 et 54 millimètres,
soit une moyenne de 20 millim.
Il résulte de tout ce qui précède, qu’en général le diagnostic
anatomo-pathologique des deux espèces de perforation n’offre
point de difficultés.

Cavités cardiaques : siège et fréquence de leurs altérations.

Dans le 2*1", nous ferons entrer les autres altérations, existantes
tantôt dans les parois des cavités, tantôt dans les orifices des val­
vules, ainsi que celles relatives a la situation du cœur.
Si nous voulions nous servir de la nomenclature que l’on a cou­
tume d’employer dans les cas analogues, les premières altérations
prendraient la désignation cl’essentielles; les secondes, celle de con­
comitantes. Elles peuvent faire défaut, le fait capital de la com­
munication interauriculaire et interventriculaire existant néan­
moins, d’autant plus que les premières (les essentielles) ne peuvent
établir de communications entre les cax ités droites et les cavités
gauches du cœur.
Dans le 1er groupe, pourrait fort bien être comprise la commu­
nication de l’artère pulmonaire avec l’aorte par le canal artériel,
.par cela seul que cette altération peut produire aussi le mélange
du sang artériel avec le sang veineux.
Les altérations anatomiques essentielles consistent dans les ou­
vertures pratiquées dans la cloison des oreillettes, non des
ventricules (I) et sans persistance du canal artériel ou pulmoaortique.
Les altérations concomitantes, qui peuvent avoir la même origine
que les essentielles et se combiner avec les autres lésions, comme
nous le verrons, sont: la dilatation, l’hypertrophie, la rétraction
et l’atrophie des parois cardiaques, les diverses lésions des appa­
reils valvulaires et les déplacements du cœur (Ectocardies). Nous
pourrions aussi comprendre dans ce groupe les altérations consé­
cutives des autres parties de l’organisme; mais nous n’en parlerons
pas ici parce qu’elles seraient étrangères au but que nous nous
proposons.
Revenons maintenant aux altérations concomitantes. L’existence
de ces altérations est si fréquente que, d’après l'affirmation de
Bérard, la communication anormale des cavités du cœur serait
constamment accompagnée des autres modifications pathologiques
de cet organe (2). L’illustre médecin a exagéré cette assertion,

Les altérations anatomiques, rencontrées dans le cœur et les
gros vaisseaux en cas de communications contre-nature entre les
cavités cardiaques, peuvent être, pour en faciliter l’étude, divisées
en deux groupes:
Dans le 1er, nous comprendrons celles qui établissent une com­
munication entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur;

(1) Avant la découverte quia immortalisé. Harvey, le plus beau principe
d’économie animale, comme le qualifie r lotirons , quelques auteurs suppo­
saient,ainsi que nous le disons, que les ouvertures interventriculaires étaient
une condition normale du cœur. Sénac, au contraire, d’après bon nombre
de témoignages, n'était pas disposé à admettre l’existence de ces ouvertures
ventriculaires, pas mémo comme cas exceptionnels et tératologiques.
(2) Dict-. de Méd. 2“° édit. t. vm, p. 224. Paris, 1834.

244

§ v.
Altérations cardiaques concomitantes des communications entre les
cavités droites et les cavités gauches du cœur.

245

�ALVARENGA.

PERFORATIONS DU CŒUR.

car les archives de la science renferment des faits qui montrent
l’absence complète de ces modifications dans certains cas. Tupper,
Burns, Howship ont recueilli des observations cliniques dont la
partie nécroscopique ne mentionne aucune altération du cœur
autre que l'anomalie ou vice organique par lesquels est établie
la communication du cœur droit avec le gauche. Dans quelques
uns de ces cas, les observateurs ont eu soin de dire explicitement
qu'il n’y avait aucune autre altération cardiaque.
Si ces faits ne peuvent permettre de conclure rigoureusement
à l’existence constante des altérations concomitantes des perfora­
tion du cœur, ils prouvent tout au moins la grande fréquence de
ces lésions.
Voyons quelle est la fréquence relative des altérations conco­
mitantes.
Louis, qui a rendu tant d’éminents services à la science en
raison surtout de son génie observateur, a réuni dans un excel­
lent Mémoire (I) vingt observations cliniques (2) dont deux (la V
et la I0‘) lui appartiennent, et peuvent être résumées comme suit,
en ce qui concerne la partie nécroscopique :
La 4™, est un cas de communication interauriculaire parle trou
de Botal, hypertrophie excentrique de l'oreillette droite, hyper­
trophie simple du ventricule droit, rétraction ou diminution de
capacité du ventricule gauche, ampliation des orifices tricuspide et pulmonaire (48 lignes de circonférence), ouverture des
orifices mitral et aortique (24 lignes), et dilatation de l’artère pul­
monaire.
La 2° observation est un exemple complet de coexistence de lé­
sions multiples du centre circulatoire : communication inter­
ventriculaire, ouverture de l’orifice ventriculo-pulmonaire, hyper­
trophie excentrique de l’oreillette droite, hypertrophie concen­
trique du ventricule du même côté, épaississement et concrétions
calcaires de la valvule trieuspide.12
(1) De la Communication des cavités gauches du cœur (Mém. ou Rech.
anatomo-pathologiques sur diverses maladies, p. 301. Paris, 1826).

Dans l’appréciation des altérations anatomiques, Louis laisse de
côté une de ses 20 observations, la 9°, à cause de son insignifiance
parmi les moins importantes. Restent 19 observations au sujet
desquelles il s’exprime ainsi : o la dilatation de l’oreillette droite
a été observée dix-neuf fois, six fois avec hypertrophie (obs. 2,
b, 10, 12,44) (4), et deux fois avec amincissement de ses parois
(obs. 7° et 11°) ; celle du ventricule droit, dix fois (obs. 2, 3, b, II,
42, 14, I8, 19 et 20) (2); son hypertrophie, onze fois; et cinq fois
cette hypertrophie a coïncidé avec la dilatation de sa cavité ; tan­
dis que du côté gauche la dilatation de l'oreillette a été observée
trois fois seulement, celle du ventricule quatre, son hypertrophie
trois, et celle de l’oreillette deux, précisément l’inverse de ce
qu’on rencontre ordinairement » (3).
Ces conclusions ne sont pas entièrement exactes ; elles ne se
déduisent pas des observations cliniques que Louis rapporte dans
son ouvrage. Il est vrai que cet éminent praticien apporte tant
de concision dans la relation de chaque observation qu’il oublie
plus d’une fois d’indiquer les altérations anatomo-pathologiques,
même celles de minime importance, ainsi que nous l’avons vu.
Et cependant il est d’autant plus étonnant que Louis oublie l'hypertropliie concentrique du ventricule droit, qu’il l'a expressément
mentionnée dans les observations par lui rapportées.
Pour faciliter la comparaison de ces lésions au point de vue de
leur fréquence, distribuons-les comme suit, en employant la no­
menclature la plus usitée en cardio-pathologie (4).

246

(2) Louis avait déjà publié 19 de ces observations, 18 étrangères et 1 à lui
propre (la 9n,#) dans Arch. gêner, de Méd. 1823, l. ni, p. 323, dans un travail
intitulé ; Observations suivies de quelques considérations sur ta communi­
cation des cavités droites avec les cavités gauches du cœur. Ce travail lut
reproduit presque en entier dans son second mémoire et si fidèlement que
l’auteur ne commit aucune erreur, alors qu’il rapportait de souvenir toutes
ses observations.

247

(1) Notons que sur six observations il y on a cinq qui sont déjà indiquées
dans son premier mémoire; manque l’observalion 4m*. C’est là une dos
omissions à laquelle nous faisons allusion.
(2) Il a oublié de mentionner ici une observation, la 4“'.
(3) Op. cil., p. 333.
(4) Pour la clarté de cet exposé, prenons pour base les altérations anato­
mo-pathologiques indiquées dans les observations cliniques : le rapport nu­
mérique de ces altérations diffère do celui présenté dans l’extrait textuel
que nous faisons de l’ouvrage de Louis. Chacun en lisant ces observations,
verra facilement de quel côté est l’exactitude. Il en résulte que pour être le
plus possible dans le vrai, nous recourrons à la lecture des observations
dans leur intégralité, ce qui nous montrera dans le résumé de Louis des
omissions que nous avons dû remplacer dans notre travail

�248

ALVARENGA.

LÉSIONS

OREILLETTE VENTRICULE OREILLETTE VENTR1C0LE

Dilatation simple..............
— atrophique.......
— hypertrophique.
Hypertrophie simple........
— concentrique
Atrophie simple...............
Rétrécissement................
otal

D R O IT .

D R O IT E .

A N A T O M IQ U E S.

T

PERFORATIONS DU CŒUR.

..........................

Absence d'altérations.......

Il
2
6
)
»
»

4
1
5
2
4
»
)&gt;
16

19
1

35

4

GAUCHE.

G A UCH E.

3
)
»
»
)
1
3
7
43

t

»
1
»
I
2
2
7
44

I 13

Selon l’appréciation de Louis, voici quel serait le tableau qui
se rapporterait seulement aux 19 observations:
LÉSIONS
A N A T O M IQ U E S.

Dilatation simple..............
— atrophique.......
— hypertrophique.
Atrophie simple......... ...
Hypertrophie simple.......
— concentrique

OREILLETTE VENTRICULE OREILLETTE VENTRICULE'

D R O IT .

D R O IT E .

5

Il
2
6
)
)
»
19

»

5
»
5
1
16
35

GAUCHE.

GAUCHE.

4
»
3

3
»
2
»
»
»
5

D

»
»
7

12

On voit assez clairement combien diffère le rapport des altéra­
tions relatées par Louis avec celles que nous déduisons de la lec­
ture des memes observations cliniques. Dans le premier tableau.

249

sont classées les vingt observations ; Louis en a exclu l’examen
de la derniere, celle précisément qui est la plus importante.
De notre premier tableau, on peut conclure :
1° Que les cavités droites du cœur sont bien plus souvent affec­
tées que les gauches, dans le rapport de 35 : 11 ; ou les premières,
dans la proportion de 71, 42 0/0, et les secondes, dans celle
de 28, 57 0/0 ;
2° Que l’oreillette droite a été le siège plus fréquent des altéra­
tions, 19 fois sur 20 cas (I) ; puis, en suivant, le ventricule droit,
16 : 20, et le venticule gauche 7 : 20, et enfin l’oreillette gauche,
7 : 20, dans le même rapport ;
3° Que dans l'oreillette droite, l’altération dominante (2) ou ,
pour mieux dire, constante, est la dilatation 19 : 19, étant simple
Il fois (I l : 19) (3), avec hypertrophie 6 fois (G : 19) (4), et 2 fois
avec atrophie ou amincissement des parois auriculaires (5) ;
4° Que dans le ventricule droit, l’altération la plus fréquente
est l’hypertrophie, dans le rapport de II : IG ou 68,75 0/0 , —
tantôt excentrique 5 fois (6) dans 11 cas ou dans le rapport de 45,
45 0/0, — tantôt concentrique 4 fois (7) dans 11 cas ou dans le
rapport de 36, 36 0/0, tantôt simple 2 fois (8) sur 11 cas ou dans le
rapport de 18, 09 0/0. En second lieu, notons la dilatation, dans le
rapport de 10 : 16 ou 62, 50 0/0, / avec hypertrophie dans 3 cas (9)
sur 10 ou dans le rapport de 50 0/0, dilatation simple dans 4
cas (10) ou dans le rapport de 40 0/0 et avee atrophie dans un seul
cas (11);
51 Que dans 1oreillette gauche, il y avait deux altérations, mais
opposées, qui se sont manifestées dans un égal rapport, la dilata­
tion simple 3 fois (12) dans sept cas que se trouve lésée l’oreillette,
(1) Suivant Louis, l'oreillette droite aurait été constamment lésée.
(2) Nous excluons ce qui a rapport aux lésions des orifices, que nous
examinerons plus tard.
(3) Observations 1, 3, 6, 8, 12. 14, 16, 17, 18, 19 et 20.
(4) Observ. 2, 4, 5, 10, 13, 15.
(3) Observ. 7 et 11.
(6) Observ. 2, 5, 13, 1S, 20.
(7) Observ. 6, 10, 16, 17.
(5) Observ. 1 et 8.
(9) Observ. 2, 5,13, 18, 20.
(10) Observ. 3, 4, 15, 19.

(11) Observ. Tl.
(12) Observ. 5, 8,15.

17

�ALVARENGA.

PERFORATIONS DU CŒUR.

ou dans la proportion do 42, 85 0/0 et le rétrécissement simple ou
diminution de la cavité auriculaire, également trois fois sur 7
cas ; dans un seul cas, l'altération consistait en une atrophie
simple G)-,
6° Que dans le ventricule gauche, il s’est passé un fait analo­
gue h celui dont l’oreillette du même côté a été le siège; c’est
donc 2 cas (2) de dilatation, 2 : 7 ou 28, 56 0/0, et deux cas (8) de
rétrécissement simple ,2 :7 . Il y avait enfin 2 cas (4) d’atrophie
simple, 2 : 7, et 1 d’hypertrophie (5) 1:7.
Consultons d’autres observations :
Le Dr Gintrac a rassemblé, comme nous l’avons dit, 53 obser­
vations de divers auteurs; et, bien que quelques unes soient com­
prises dans les 20 de Louis, il n’en sera pas moins important de
connaître les faits qu’elles concernent. Après avoir lu et médité
ces observations, nous avons classé comme suit les altérations des
parois du cœur :

(51 : 33 ou 96, 22 0/0} que les gauches (33 : 53 ou 62, 26 0/0), dans
la rapport do 51 : 33 ;
2° Que les oreillettes présentent un nombre moins considérable
d’altérations anatomo-pathologiques (I) que les ventricules res­
pectifs, se trouvant au cœur droit dans la proportion de 20 : 31
ou 64, 51 0/0, et dans le gauche, de 15 : 18 ou 83, 33 0/0 (2);
3° Que de toutes les cavités, la plus souvent atteinte est le ven­
tricule droit (31 : 53) (3) : puis, suivant l’ordre de fréquence,
l’oreillette droite $0 : 53), le ventricule gauche (18 : 53) et, enfin,
l’oreillette gauche (15 : 53) ;
P Que dans le ventricule droit, l’altération la plus fréquente
consiste dans la dilatation du cœur (25 : 31) (4), accompagnée le
plus souvent d’hypertrophie, dans 17 cas sur 25 (17 : 25), sans au­
tre altération dans 6 (6 : 25), et avec atrophie ou amincissement
des parois dans 2 cas (2 : 25). En second lieu, mais avec une pe­
tite différence, venait l’hypertrophie (22 : 31) accompagnée dans
la majorité des cas (17) de dilatation (hypertrophie excentrique),
dans 4 (4 : 22) de diminution des cavités (hypertrophie concentri­
que), et dans 1 cas (1:22) sans autre altération (hypertrophie
simple);
5° Que dans l’oreillette droite s’observaient seulement deux
altérations, dilatation et hypertrophie, coexistantes toujours, et
toujours aussi les plus fréquentes : la dilatation simple se consta­
tant dans 16 cas (5), et avec hypertrophie dans 4. Notons bien
qu’il n’y avait aucun cas d’atrophie sans rétrécissement de
l’oreillette ;
6° Que dans l’oreillette gauche, l’altération la plus fréquente
était le rétrécissement simple de sa cavité, 10 fois sur 15 cas
(10 : 10 ou 66, 66 0/0) ; venait ensuite, avec une grande différence,
la dilatation 5 fois sur 13 cas (3 ; 15 ou 33, 33 0/0), elle fut simple
le plus ordinairement 4 fois sur 5 cas (4 : 5) et une seule fois ac­
compagnée d’hypertrophie (1 : 5);

250

ALTÉRATIONS
;

A N A T O M IQ U E S.

Dilatation simple.............
— atrophique.......
— hypertrophique.
Hvperlrophie simple.......
— concentrique
Atrophie simple................
Rétrécissement................
Total..............

OREILLETTE VENTRICULE OREILLETTE VENTRICULE

D R O IT E .

D R O IT .

16
O
4
»
»
»
»
20

6
2
17
1
4

)
1
31
51

GAUCHE.

• GAUCHE.

6
i&gt;

4
D
1
0
»
»
10
1D

• l

)
»
3
7
18

33

(1 résulte de ce tableau :
l’ Que les cavités droites du cœur sont plus souvent atteintes
(1) Observ. 4.18. 20.
(2) Observ. 1.
(3) Observ. 6, lo.
(4) Observ. o, 18.
(5) Observ. 1,4.

251

(1) Nous comprenons ici deux orifices.
(2) Dans les vingt observations de Louis, il y a un l’ait analogue relative*
ment au cœur droit ; mais l’oreillette et le ventricule du cœur gauche étaient
dans le môme rapport quant aux altérations.
(3) Dans les observations de Louis, c’était l'oreillette droite.
(4) Pour les observations de Louis, il y avait, en outre, dilatation.
(5) Dans cinquante-trois observations et dans vingt qui présentaient la
lésion auriculaire ; les vingt-trois observations restantes n’otfraient aucune
altération de l’oreillette droite.

�ALVARENGA.

252

7° Que clans le ventricule gauche, la dilatation et le rétrécisse­
ment de la cavité existaient presque dans le même rapport, puis­
que la première s’est vérifiée 8 l'ois sur 18 cas (8 : 18 ou 41, 44 0/0)
où l’on ne note aucune altération, et le second, 7 fois sur les 18 cas
(7 : 18, ou 38, 88 0/0. Les 8 cas de dilatation étaient Gfois simples
(6 : 8) et 2 fois accompagnés d’hypertrophie (hyp. excentrique).
L’atrophie simple des parois du ventricule gauche se montra
3 fois sur 18 (3 : 18 ou 16, 66 0/0).
Tout ce que nous venons de dire est l’expression rigoureuse des
faits déduits de la lecture des 53 observations rapportées par le
savant Directeur et le très-liabile Professeur de clinique médi­
cale de l’Ecole de médecine de Bordeaux.
En ajoutant ces altérations au nombre total des cas (53), nous
voyons que le rapport 0/0 a été déterminé pour chacune d’elles,
comme l'indique le tableau suivant:
ALTÉRATIONS
A N A T 0 M IQ C B 3 .

OREILLETTE VENTRICULE OREILLETTE VENTRICULE

D R O IT E .

Dilatation simple.............. 30,18
u
— atrophique.. ..
— hypertrophique. 7,53
»
Hypertrophie simple........
— concentrique 1)
»
Atrophie simple................
Rétrécissement................
J&gt;

D R O IT .

11,32
3,77
32,07
1,88

7,53
)
1,88

GAUCHE.

7,53
))

1,88
»
»

1)
18,86

G AUCHE.

11,32
»

3,77
»
»
5,66
13,21

Ce tableau montre que l’altération dominante était la dilatation
hypertrophique ou hypertrophie excentrique du ventricule droit,
32, 07 0/0 ; puis, en suivant, la dilatation simple de l’oreillette
droit 30, 18 0/0. Après ces lésions venaient par ordre de fré­
quence , le rétrécissement simple de l’oreillette gauche 18 ,
86 0/0 , celui du ventricule gauche 13, 21 0/0 (à l’inverse de
ce qui se remarque dans les cavités droites), la dilatation sim­
ple des deux ventricules, 11, 32 0/0, l’hypertrophie concentrique
du ventricule droit, la dilatation simple de l’oreillette gauche et la
dilatation hypertrophique de l’oreillette droite, toutes deux dans
la même proportion de 7, 53 0/0, l'atrophie simple du ventricule

PERFORATIONS DU CŒUR.

253

gauche 5, 66 0/0, la dilatation atrophique ou avec amincissement
des parois du ventricule droit et la dilatation hypertrophique du
ventricule gauche, toutes deux dans la môme proportion 3, 77 0/0,
et en dernière ligne, la dilatation hypertrophique de l’oreillette
gauche, l’hypertrophie simple du ventricule droit et le rétrécis­
sement simple de ce ventricule, ces trois altérations dans la même
proportion 1, 88 0/0.
Voyons encore quel est le résultat des faits recueillis par d’au­
tres observateurs : dans leur nombre ligure le Professeur Bouillaud, comme on devait s’y attendre en raison de son incontesta­
ble compétence en matière de cardiopathologie.
Les observations, au nombre de I5, glanées par ce médecin
émérite, si justement nommé le promoteur de la cardiopathologie
en France, se terminent par les conclusions suivantes :
« Dans onze des quinze cas que nous avons rapportés, le volume
du cœur était augmenté (ce volume n’a pas été indiqué dans les
quatre autres cas). L’augmentation de volume tenait à la fois,
dans la plupart des cas, et à la dilatation et à l’hypertrophie des
cavités droites. La dilatation affectait de préférence l'oreillette
droite; elle a été notée dans dix cas (dans les 5 autres, le volume
de l'oreillette n’a pas été indiqué). Dans cinq des 10 cas de
dilatation de l’oreillette , l’épaisseur de ses parois n’a pas
été notée; il est dit dans les 5 autres cas que l’oreillette
était hypertrophiée en même temps que dilatée. L’hyper­
trophie du ventricule droit a été signalée dans dix cas (il n’est
rien dit de l’épaisseur des parois de ce ventricule dans les 5 au­
tres cas). Une circonstance des plus remarquables, c’est que, dans
i des I0 cas d’hypertrophie du ventricule droit, celle-ci affectait
la forme concentrique. Les cavités gauches du cœur n’ont, en
général, présenté aucune lésion notable, sauf les trois cas dans
lesquels existaient l’induration des valvules et le rétrécissement
des orifices gauches » (1).
Concluons de tout cela :
1° La grande fréquence des lésions des cavités du cœur droit,
et leur rareté dans celles du cœur gauche ;
2° Ces lésions consistent en dilatation et hypertrophie, la
première dominant dans l’oreillette et la seconde, dans le ven­
tricule ;
(1) Traité cliniq. des Mal. du cœur. p. CSS. Paris, 1811.

�ALVÀRENGA.

PERFORATIONS DU CŒUR.

3* L’existenco de l’hypertrophie concentrique du ventricule
droit, forme très-rare des maladies du cœur, qui ne se lie jamais
aux vices de conformation de cet organe.
Avant, de présenter les résultats de nos observations et de cel­
les que nous avons recueillies dans différents auteurs, nous ana­
lyserons sous le point de vue de la nature et de la fréquence des
lésions anatomo-pathologiques, les 82 cas réunis par le Dr Déguisé
dans sa thèse déjà citée. Ce médecin distingué ne s’est pas livré
il cet examen particulier ; c’est pourquoi nous nous sommes
empressé de recourir à la lecture attentive de chacun de
ces cas.
Des 82 observations, nous éliminons d’abord la dernière qui est
donnée comme exemple d’un cœur formé d’une cavité unique ;
nous ne saurions la considérer comme absolument authentique.
Il ne reste plus, dès lors, que 81 observations.
Fidèle à la méthode que nous nous sommes imposée, nous exa
minerons en premier lieu les lésions des parois du cœur, puis
celles des orifices du même organe, en classant les premières de
la manière suivante ;

Ce tableau peut se résumer ainsi :
-1* Si l’on considère toutes les cavités cardiaques en général,
les altérations anatomo-pathologiques ont été bien plus fréquen­
tes dans les cavités droites que dans les cavités gauches, dans la
proportion de 74 : 23 ou 3,2 : 1, ou les premières dans la propor­
tion de 93, 8 0/0, et les secondes de 28, 3 0/0.
2° De toutes les cavités cardiaques, la plus souvent atteinte a
été le ventricule droit (I) dans la proportion de 38 ; 81 ou 46, 9 0/0.
Après le ventricule droit, avec une petite différence, c'est l’oreil­
lette droite, dans la proportion de 36 ; 81 ou 44, 4 0/0. Vient en
suite le ventricule gauche, dans la proportion de 16, 81 ou
19 8 0/0.
3° L’altération prédominante dans l’oreillette droite consiste
dans la dilatation de ses parois, 34 fois sur 36 cas, ou 91, 44 0/0 ;
vient immédiatement après l’hypertrophie 11 fois sur 36 ou 30,
55 0/0; et, en dernier lieu, le rétrécissement une seule fois, 1 sur
36 ou 2, 77 0/0. Les 34 cas de dilatation de l’oreillette droite se dé­
composent en 22 (2) de dilatation simple, 10 (3) de dilatation
hypertrophique et 2 (i) de dilatation atrophique.
4° L’altération plus fréquente des parois du ventricule droit a
été aussi la dilatation, dans 32 sur 38 cas ou 84, 21 0/0, et se trouve
néanmoins en moindre proportion que dans l’oreillette. Vient en
suite l’hypertrophie dans 26 sur 38 cas, ou 68, 42 0/0. Mais la com­
binaison de la dilatation du ventricule droit avec l’hypertrophie
de ses parois a été différente de ce que l’on observe dans l’oreil­
lette droite, puisque les 32 cas de dilatation du ventricule droit
en offraient 20 (5) avec hypertrophie, 10 (6) avec dilatation simple,
et 2 (7) de dilatation avec atrophie.
5° Dans le ventricule gauche, les cas de dilatation diffèrent, un
peu en nombre de ceux d’hypertrophie, par ce que les premiers

m

ALTÉRATIONS
A N A T O M O -P A T H O L O G IQ U E S .

D R O IT E .

D R O IT .

Dilatation simple..............
— atrophique.......
— hypertrophique
ou hypertrophie excentrique..........................
Dilatation concentrique...
— simple...........
Atrophie ..........................
— concentrique ou
avec rétrécissement ....
Rétrécissement simple.. ..

22
2

!0
2

6
)

5
D

10
1

20
6
»

)
)
O
1)
»
1
7
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1
2
2
3

T

'

OREILLETTE VENTRICULE OREILLETTE VENTRICULE

otal

..........................

Û

»
j)
1
36

Ù

&gt;)
»
38

GAUCHE.

G A l'C n E .

»

3
16
1

255

(t) Nous ne considérons encore ni les orifices— dont nous traiterons dans
un chapitre spécial en raison de l'importance des faits, — ni les cloisons
auriculaire et ventriculaire dont nous avons déjà parlé.
(2) Observ. 4, 0, 7, 8, 9,12, 13, 15, 19, 20. 32, 36, 37. 40. 41, 42, 46, 48, 49,
54, 65, 68.
(3) Observ. 1, 3, il, U, 16, 31,33, 52, 59, 60.
(4) Observ. 17, 34.
(5) OBserv. 1,2, 4,5, 14, 16, 21, 26, 31,36,37,43,44,45. 46, 51,52, 53,
58, 67.
(6) Observ. 7, 11, 12. 13. 20, 35, 38, 54, 60. 65.
(7) Observ. 8, 24.

�256

PERFORATIONS DU CŒUR.

ALVARENGA.

en offrent G sur un total de 16 cas d'altérations diverses du
même ventricule ou 37, 50 0/0, et les seconds 5 sur le meme
chiffre (16) de cas, soit 31, 25 0/0. Des six cas de dilatation, un (I)
fut accompagné d'hypertrophie, et dans les cinq (2) restants la
dilatation était simple, sans autre altération concomitante. Des
cinq cas d’hypertrophie du ventricule gauche, deux (3) étaient
accompagnés de diminution de la cavité (liypertr. concentrique),
deux (4) sans autre altération (hypertr. simple), et un (5) avec dila­
tation (liypertr. excentrique).
6° L’atrophie et le rétrécissement du ventricule gauche ont été
fréquents relativement aux autres altérations des autres cavités
cardiaques, et observés dans la même proportion 3: 16 ou 18,
1 0/0. Les trois (6) cas d’atrophie des parois du ventricule gauche,
comme les trois (7) de rétrécissement de la cavité respective, ont
été simples, c’est à dire sans autre altération des parois.
T Dans l'oreillette gauche, il n’y avait que deux espèces d’al­
térations et opposées, mais en proportion bien différente, savoir:
six (8) cas de dilatation simple, 6 : 7 ou 85, 71 0/0, et un (9) avec
rétrécissement simple I : 7 ou 14, 28 0/0.
8° Les altérations du cœur droit consistaient exclusivement
dans le ventricule et comme seule exception dans l’oreillette, en
dilatation et hypertrophie. Quant au cœur gauche, relativement
altéré un petit nombre de fois, on trouvait fréquemment l’atro­
phie et le rétrécissement, 7 fois sur 23 cas, dans lesquels on cons- •
tatait l’altération de l’organe cardiaque, soit 30, 43 0/0.
Considérées d’une manière générale, les altérations anatomo­
pathologiques dans les quatre cavités cardiaques, sont, en suivant
l’ordre de fréquence: 1° Dilatation, 78 : 81 ou 96, 29 0/0; T hy­
pertrophie, 42 : 81 ou 51, 85 0/0 ; 3° Rétrécissement, 5 : 81 ou 6,
17 0/0; 4° Atrophie, 3 : 81 ou 3, 70 0/0, ce que démontre claire­
ment le tableau ci-après :
(1) Observ. 9.
(2) Observ. 12, 16, 20, 37, 60.
(3) Observ. 34, 36.
(4) Observ. 17 et 21.
(5) Observ. 9.
(6) Observ. 49, 51 et 52.
(7) Observ. 8, 45, 46.
(8) Observ. 12, 15, 16, 20.
(9) Observ. 8

A L T É R A T IO N S
mTouo-mnoiocKHJEs.

257

OREILLETTE VENTRICULE OREILLETTE VENTRICOLE
DROITE.

DROIT.

GAUCHE.

GAUCHE.

TO TAL.

D i l a t a t i o n ........ 4 .

34

32

6

6

78

H y p e r t r o p h ie . . . .

1 1

26

5

))

42

A t r o p h i e ..............

»

»

3

»

3

R é t r é c is s e m e n t . . .

1

))

3

1

5

Après avoir ainsi reconnu les altérations des cavités cardiaques,
voyons en quelle proportion 0/0 elles se trouvent dans chacune
de ces cavités. C’est à ce point de vue que nous formons le ta­
bleau suivant:
A L T É R A T IO N S

A N A T O M O -P A T H O L O G IQ U E S .

Dilatation simple..............
— atrophique.......
— hypertrophique.
Hypertrophie concentrique
— simple.........
Atrophie simple................
— concentrique....
Rétrécissement simple....

OREILLETTE VENTRICOLE OREILLETTE VENTRICOLE

D R O IT E .

D R O IT ,

GAUGHE.

GA UCH E.

2 7 ,1 6

1 2 ,3 4

7,4 0

6 ,1 7

2 ,4 6

2 ,4 6

1 2 ,3 4

2 4 ,6 8

i)

1 .2 3

1 ,2 3

7 ,4 0

O

2 ,4 6

»

»

2 ,4 6

))

»

3 ,7 0

»

))
1 ,2 3

»
))

))

D

I-, 2 3

))

»
3 ,7 0

Il résulte de lit que les altérations prédominantes sont la dila­
tation simple de l’oreillette droite (27, 16 0/0); et l’hypertrophie
excentrique du ventricule dyoit (24, 68 0/0) ; puis viennent, par
ordre de fréquence, la dilatation simple du ventricule droit et
l’hypertrophie excentrique de l'oreillette du même côté (12,
34 0/0).
Tels sont les corollaires que nous déduisons de l’examen des
observations recueillies par le Dr Déguisé, au point de vue des
altérations des cavités cardiaques.
(A suivre.)

�CHAPPLAIN.

258

FRACTURES PU CRANE
Par le Dr CH AP PL AIN.
(Suite et fini)
Dans les observations publiées dans notre premier article (1),
nous n’avons eu à nous prononcer que sur le mode de traite­
ment que comportait la lésion physique, qui elle-même ne
présentait aucun doute, au point de vue de son existence,
c’étaient des fractures de la voûte du crâne avec plaie com­
muniquant avec la fracture, appréciables, par conséquent, par
la vue et le toucher. Cette facilité du diagnostic n’était, cepen­
dant, point absolue et le doute existait encore sur Détendue de
la lésion physique. Nous n'aurions pas pratiqué l’opération du
trépan sur notre dernier malade, si nous avions pu connaître
Détendue des désordres existants chez lui.
Dans un second groupe d’observations, nous allons voir la
question du diagnostic acquérir une importance plus grande
parce que la fracture siège dans un point qui est soustrait à
l'investigation directe des sens. Alors que la base du crâne
est seule atteinte, les signes ne sont plus physiques, appré­
ciables par la vue, le toucher, ils ne sont plus que rationnels,
c’est-à-dire, que leur valeur résulte d’un travail intellectuel
qui apprécie l’importance de tel ou tel symptôme. La certitude
s’éloigne, car alors même que des altérations physiques se
présentent, telles que l’écoulement de sérosité, l’ecchymose,
l’hémorrhagie, les paralysies, etc., elles peuvent être la consé­
quence de causes diverses, de lésions différentes. Le chirur­
gien, doit alors appeler à son aide tous les éléments d’investi­
gation, apprécier les nuances, et quelquefois il rencontrera
un fait accidentel, qui eût passé inaperçu, sans un examen
(I) Voir page 9.

FRACTURES DU CRANE.

259

attentif et m inutieux, et qui deviendra l’élément d’un
diagnostic positif.
Dans notre première observation, le diagnostic est. d’une
importance capitale, car la fracture du crâne peut devenir
une contre-indication absolue au traitement indiqué pour
une lésion grave d’une articulation venant compliquer la
fracture. Faut-il pratiquer une amputation, alors que le
•malade présente une complication aussi grave qu’une frac­
ture de la base du crâne ?
Fracture de la base du crâne.— Fracture comminulive du coude gauche
avec plaie. — Mort. — (Observation recueillie par M. Bousquet,

interne.)
JaubeTt, Marius, âgé de 42 ans, charretier, conduisait sa char­
rette lorsque, son cheval s’étant emporté, il fit, en cherchant à
le retenir, une chute sur un tas de pierre qui bordait la route.
Sa tête, en tombant, porta sur la tempe gauche. Il dut perdre
immédiatement connaissance, car il ne peut rendre compte de
ce qui s’est passé après sa chute. Fût-il traîné par son cheval?
Comment a été produite la fracture comminutive du coude? Il
l’ignore. Ses souvenirs vont jusqu’au moment où il s’est laissé
tomber ; tout ce qui est advenu ensuite lui est absolument in­
connu.
Il est immédiatement transporté à l'hôpital et vu à son entrée
par M. Flavard, chef interne. Il présente alors des phénomènes
de commotion, il est dans une sorte de somnolence et d’affaisse­
ment, ses idées ne sont point nettes.
Le lendemain, 4 décembre, à la visite du matin, M. Chapplain
constate les altérations physiques suivantes, localisées è la tête
et au coude gauche.
1° Une contusion existe au niveau de la bosse frontale gauche,
contusion paraissant d’ailleurs peu profonde. Depuis son entrée ,
il se fait un écoulement sero-sanguinolent très léger par l’oreille
droite, humectant seulement l’organe.
Les phénomènes de commotion se sont, à peu près, complè­
tement effacés. Le malade se plaint seulement de douleur et de
lourdeur de la tête. Il répond exactement aux questions qui lui
sont faites ; prend part a la conversation, sans, toutefois, pouvoir
donner des renseignements précis sur l’événement dont il a été

�CHAPPLAIN.
260
victime. Aucun autre signe physiologique ne vient témoigner de
l'altération des centres nerveux, pas de délire, d’excitation, de
paralysie.
2e La blessure du coude est, en apparence, beaucoup plus im­
portante que celle de la tête. Les os constituant l’articulation
sont fracturés comminutivement. Les parties molles paraissent
n’avoir subi qu'une altération peu profonde. Une plaie existe
cependant à la partie externe et inférieure du bras, au dessus de
l'épicondyle, elle communique avec l’articulation , et est assez
grande pour permettre au doigt de pénétrer jusqu’au milieu des
os fracturés. Les esquilles sont nombreuses surtout à la partie
inférieure de l’humérus, qui est le point le plus profondément
altéré.
Nous sommes dans l’ignorance absolue sur le mécanisme
d’après lequel s’est opérée cette fracture comminutive du coude.
Le malade a perdu connaissance au moment de la chute et ne
peut nous raconter les circonstances qui l’ont accompagnée, mais
nous croyons qu'une fracture aussi compliquée n’a été produite
que par une cause directe. Jaubert a-b-il été blessé par son cheval?
Est-ce, au contraire, par la roue de la charrette ? Quelle que soit
la cause productrice, nous nous trouvons en présence d'une lésion
qui peut réclamer une amputation.
Ne voulant pas prendre sur lui la. solution d’une question dans
laquelle la vie du malade se trouve engagée, M. Chapplain ré­
clame l’avis de M. le professeur Coste.
On conclut à tenter la conservation du membre.
Le coude est placé dans une gouttière et soumis aux irri­
gations d'eau froide.
L’observation du malade paraissant utile à l'instruction des
élèves, M. Chapplain le fait transporter dans le service de
M. Coste, professeur de clinique, dans lequel il séjourne du 1 au
10 décembre, jour où il succombe. Les phénomènes qui ont été
observés, pendant ces six jours, sont les suivants.
Du côté du coude, tout se passe parfaitement, le gonflement
est peu intense, on obtient, au point de vue de la résolution de
l’inflammation, tout ce que l’on peut espérer.
Mais les phénomènes cérébraux s’aggravent .Pendant la première
journée, le malade conserve son intelligence, mais dès le second
jour, survient un délire calme d’abord, il parle à voix basse,
mais sans interruption. Des sangsues appliquées a la partie in­

FRACTURES DU CRANE.

261

terne des cuisses, le calomel à doses fractionnées n enrayent
pas la marche envahissante de l'inflammation cérébrale.
L’etat général devient plus mauvais, le pouls est petit et fré­
quent, les dents sont recouvertes d'un enduit fuligineux, le ven­
tre se météorise.
A ces symptômes, déjà si graves, se joignent quelques phéno­
mènes tétaniques. La tête est immobile, les rûuscles du cou et
de la bouche sont contracturés. En même temps, se manifeste
une hypéresthésie générale. Le seul contact du doigt sur une
partie quelconque du corps arrache des cris au malade.
Jaubert succombe le 10 décembre, sept jours après sa blessure.
L’autopsie pratiquée 2i heures après la mort, nous fait consta­
ter les altérations suivantes :
Les tissus sont à peine altérés au niveau de la contusion cons­
tatée sur la bosse fronto-pariétale gauche.
La boîte crânienne enlevée, à l'aide d’un trait de scie, on
trouve que les méninges sont gorgées de sang. Quelques faus­
ses membranes existent, au niveau de la faulx du cerveau et
en arrière vers le cervelet. La substance cérébrale, elle même,
paraît peu injectée et n’a pas subi d’altération appréciable dans
sa consistance.
Le cerveau enlevé, on trouve au niveau du rocher, à droite en­
tre la dure-mère et les os, un épanchement de sang considérable
qui se continue, à travers une solution de continuité des os, dans
le tissu cellulaire subjacent au cuir chevelu dans la région
occipitale supérieure gauche.
La base du crâne est le siège d’une fracture multiple. En
prenant le bord supérieur du rocher comme centre, la fracture
rayonne dans trois points différents ; la première irradiation, se
porte directement en avant et vient se terminer sur l’apophyse
d’Ingrassias, après avoir fracturé transversalement la grande aile
du sphénoïde ; la seconde, moins apparente, se dirige plus en de­
dans et se termine sur le côté de la selle turcique ; le troisième
rayon, le plus important, se porte directement en arrière , gagne
l’occipital en suivant la face supérieure du rocher et vient se
terminer à la partie latérale de l’occipital, à peu près au niveau
de son articulation au pariétal.
L’examen du coude permet aussi de constater les altérations
propres à la fracture. L’épicondyle est détaché complètement
de l’humérus, qui lui même est fracturé dans le sens de la Ion-

�CHAPPLAIN.

FRACTURES DU CRANE.

gueur et réduit en fragments nombreux d’un assez gros volume
baignant dans le pus.

empierrer. Donc les commémoratifs, au point de vue de la
cause vulnérante, sont négatifs et ne semblent pas comporter
une fracture de la base du crâne.
Cependant, la chute a été assez violente pour entraîner la
perte de la connaissance. Le blessé se souvient de la chute,
mais tout ce qui lui est consécutif, est non avenu pour lui,
il a repris connaissance seulement à l’hôpital. M. Flavard,
qui l’a reçu à son entrée, a constaté des signes de commotion.
A la visite du matin, le lendemain de l’accident, la commo­
tion a cessé. Jaubert répond aux questions qui lui sont
adressées. Les facultés cérébrales paraissent avoir repris leur
intégrité et dès lors les signes provenant de cette source
diminuent d’importance et de valeur.
Quels sont les désordres physiques qui peuvent venir en
aide au diagnostic ?
Le malade porte une contusion, peu profonde, de la ré­
gion frontale gauche, comme on en rencontre, tous les jours,
chez les sujets ayant fait une chute sur le front, dans la­
quelle la peau et le tissu cellulaire sont seuls intéressé.
L’autopsie nous à démontré l’existence d’un épanchement
sanguin dans la région occipitale, mais nous ne pouvons en
faire un élément de diagnostic, car placé au dessous du cuir
chevelu, recouvert par les cheveux, il n’était perceptible ni
par la coloration de la peau, ni par la douleur.
Le conduit auriculaire droit est encore le siège d’un écou­
lement sanguin assez important, mais c’est là un symptôme
appartenant à plusieurs lésions physiques : rupture de la
membrane du tympan, lésions d’un vaisseau de l’oreille
moyenne, etc.
Basée sur les signes que nous venons d’examiner, la frac­
ture du crâne ne put être qu’une éventualité possible et dont,
dès lors, il fallait faire abstraction pour la solution de la
question d’amputation du bras.
Heureusement les altérations du membre parurent per­
mettre la conservation du membre. Si, d’une part, les lésions
osseuses étaient importantes, d’autre part, les parties molles
n’étaient point altérées de telle façon qu’on ne pût espérer,
au prix d’une aukylose, la conservation totale du bras.

ÎU

Pour bien apprécier l’importance de cette observation, il faut
se reporter au lendemain de l’entrée du malade dans nos salles.
A ce moment, Jaubert présentait une double lésion. D’une
part, une fracture comminutive du coude, avec plaie com­
muniquant avec Particulation. D'autre part, une lésion de la
tête, qui pouvait être une fracture du crâne.
Qui ne comprend immédiatement la difficulté de la déter­
mination à laquelle le chirugien doit s’arrêter? Si la lésion du
coude était un de ces grands délabrements, qui ne permettent
pas de conserver un membre, il ne saurait y avoir de doute sur
P urgence de l’amputation, alors même qu’une lésion profonde,
compromettant l’existence, viendrait ajouter la gravité de sou
pronostic à celui déjà si grave de la mutilation d’un membre.
On subirait la nécessité? Mais, dans le cas actuel, la question
de l’amputation peut être discutée et soumise à l’appréciation
de certaines éventualités. D’une part, si l’on conserve le
membre, une plaie articulaire compliquée d’une fracture
comminutive, ne viendra-t-elle pas ajouter à la gravité d’une
lésion grave de la tète ? Cette lésion du crâne ne sera-t-elle
pas un élément de mort, alors que, seule, la lésion du coude
aurait pu guérir ? Une plaie nette d’amputation offre-t-elle
de m eilleuresvconditions de salut ? Faut-il, eu présence
d’un danger de mort probable, faire subir une amputation au
malade ? Telles sont les questions qui se présentent et dont la
solution doit être basée sur la réponse à la question princi­
pale : y a-t-il une fracture du crâne ?
Le premier élément de probabilité résulte ordinairement,
de l’examen des commémoratifs. C’est le plus souvent une
chute d’un lieu élevé, l’action d’un corps lourd tombant
sur la tête. Ici, la cause d’une aussi grave lésion parait insi­
gnifiante. Le sujet est tombé de sa hauteur; de plus, il est
tombé sur un plan qui, par sa composition, ne semble pas de­
voir offrir une résistance considérable: ce sont de petites pierres
réunies en tas qui, placées sur le bord des routes, servent à les

263

�CHAPPLA1N.
Le lendemain, les phénomènes cérébraux acquirent une
très-grande importance. Alors que l’état du coude semblait
donner droit à notre détermination ; le cerveau s’enflammait,
et le malade succombait, avec tous les symptômes d’une
méningite suraiguë.
L’autopsie nous montrait ensuite une fracture de la base
du crâne, avec irradiations multiples.
Après avoir douté, lors de l’entrée du malade, de l’existence
d'une fracture du crâne , maintenant que nous pouvions
juger de l’étendue des désordres, il y avait lieu de recher­
cher le mécanisme d’après lequel cette fracture s’était pro­
duite.
On trouve sous les téguments un double épanchement san­
guin: 1° une ecchymose légère sur la bosse frontale gauche,
visible à l’extérieur ; 2° un épanchement sanguin au niveau
de l’occipital a droite, communiquant avec un autre épan­
chement existant dans l’intérieur du crâne, sans ecchymose
du cuir chevelu , sans lésion appréciable de ces téguments.
C’est, évidemment, sur l’un de ces deux points, que l’action
vulnérante s’est portée, mais pouvons-nous reconnaître le
point réel sur lequel elle a agi?
Nous n’avons aucun témoin de l’accident, nous n’avons
pour. nous aider dans la solution du problème que le dire
du malade. Son cheval s’est emporté, en voulant l’arrêter il
est tombé sur un las de pierre qui bordait la route et a perdu
connaissance. La direction que suit Jaubert, dans ce mouve­
ment, est évidemment une progression en avant, s’il tombe,
c’est également en avant et c’est alors qu’il doit se faire la
contusion de la bosse frontale et, comme alors aussi, survien­
nent les phénomènes cérébraux de commotion, c’est évidem­
ment dans celte chute que s'opère la fracture.
Cette recherche du moment de la fracture, est excessive­
ment importante, au point de vue du mécanisme, car, s’il eu
est ainsi, nous aurions un exemple remarquable de frac­
ture par contre-coup. La trace de la violence extérieure se
trouve sur le front à gauche et c’est dans la région droite, de
la selle turcique à l’occipital. que se rencontrent les lésions
des os de la tête.

26 i

FRACTURES DU CRANE.

263

Nous sommes portés à accepter cette interprétation, bien
que nous ne puissions en démontrer la réalité. JLe passage
de la roue de la charrette sur la tète, un coup de pied du
cheval, auraient pu être les causes effectives de la fracture,
mais, il nous semble que, dans cette action si directe, le cuir
chevelu aurait conservé des traces, non douteuses, de leur
action.
Un phénomène qui semblait venir à l’appui de la frac­
tion indirecte est le décollement de la dure-mère. Au niveau
de l’irradiation postérieure de la fracture, dans un point dia­
métralement opposé à l’ecchymose frontale, la dure-mère est
séparée de l’occipital dans une assez grande étendue. Cette
poche accidentelle ostéo-fîbreuse est remplie de sang coagulé,
et constitue un foyer sanguin qui communique, par la frac­
ture, avec l'épanchement sous-aponévrotique, que nous avons
constaté dans la région occipitale. Dans le cas de fracture par
contre-coup, on comprendrait assez facilement le décollement
de la dure-mère dans le point opposé à celui de Faction
vulnérante. Un coup de pied de cheval, agissant directement
sur l’occipital, pourrait également expliquer le phénomène,
dont ne rendrait pas compte le passage de la roue de la char­
rette agissant avec lenteur, et ne présentant pas le phéno­
mène du choc, nécessaire au décollement des méninges.
Dans cette première observation, la fracture du crâne est
douteuse surtout par les commémoratifs. Une cause , eu
apparence légère, détermine nn grand effet. Le diagnostic
n’est toutefois incertain que pendant les deux premiers
jours, à une époque où l’appréciation de l'état des lésions
physiques de la tête devait être d’un très-grand poids dans la
détermination des chirurgiens, relativement à une opération
importante. Plus tard, les phénomènes cérébraux deviennent
prédominants et prennent, dans la marche delà maladie,
l'importance qu’on n’avait pu, sans hésitation, leur accorder
au début.
Les deux observations qui vont suivre, vont présenter un
ordre de phénomènes absolument inverse. Le diagnostic pa­
rait certain au début ; plus tard, le doute survient, et si
18

�.Mi6

CH A PPL AIN.

quelque certitude est acquise, elle résulte, dans le premier
fait, d’un signe que l’examen le plus attentif a seul permis
de percevoir ; dans la seconde observation, le doute peut per­
sister, car l’affirmation ne résulte que de l’état permanent du
sujet la suite de la guérison.
Fracture du crdne dans la région sus-orbitaire.—Guérison.— (Obser­

vation recueillie par M. Àmal.)
Le 8 juillet dernier, on reçoit, dans le service de la clinique, •
un jeune matelot italien qui vient.de tomber du pont du navire
dans la cale. Ce fut, à la visite du lendemain seulement que nous
pouvons l'observer, et que nous le trouvons dans l’état suivant ;
Des ecchymoses existent, à la tête, dans les points suivants;
1° Dans la région temporale gauche, la coloration brune foncée
s’étend, en arrière dans le cuir chevelu, en bas jusqu’à la pom­
mette, en avant, à la paupière. 2* Dans les deux régions palpébra­
les. Ces deux régions sont fortement colorées, tant à droite qu’à
gauche, sans que le nez et le front, qui les séparent, paraissent
infiltrés de sang. En écartant les paupières, on ne trouve pas que
l’ecchymose s’étende au dessous des conjonctives oculaires, qui,
sauf dans une portion linéaire rouge, située, au niveau de l’espace
palpébral, ont conservé leur couleur blanche.
Le nez et le conduit auditif conservent des croûtes sanguines
qui témoignent qu’un certain écoulement de sang s’est opéré par
ces cavités au moment de la chute. Actuellement, cette hémor­
rhagie est arrêtée, et les conduits auditifs ne donnent passage
à aucun liquide.
Les parois thoraciques et abdominales ne présentent. ni ex­
coriations, ni ecchymoses, mais, si on palpe le ventre, même légè­
rement, surtout dans l’hypochondre droit, on arrache des cris au
malade. La miction n’ayant pas eu lieu depuis le moment de
l'accident, une sonde est introduite dans la vessie, qui donne is­
sue à une quantité considérable d’urine, ayant ses caractères
ordinaires et nullement colorée par le sang.
Depuis son entrée, le matelot est en proie à du délire et à une
surexcitation générale, qui a obligé, cette nuit, a lui mettre la
camisole. Son intelligence est nulle, et nous ne pouvons obte­
nir de renseignement, que par son capitaine, qui est présent à la
Visite i
».

FRACTURES DU CRANE.

207

M. le professeur Chapplain, après avoir examiné les diffé­
rents symptômes présentés par le malade et que nous venons
de transcrire, conclut à l’existence d’une fracture de la base du
crâne.
( Des compresses d’eau froide sont appliquées sur la tête, ca­
lomel à dose purgative I gramme, limonade froide.)
10 juillet. Les complications cérébrales persistent, sans aggra­
vation apparente. On a dû laisser au blessé la camisole pen­
dant les 24 heures qui viennent de s’écouler. Pas de contrac­
tions, ni de convulsions, le malade s’agite violemment.
Lo ventre est toujours sensible au toucher, sans qu'il y ait
d'altération apparente. Le calomel a déterminé plusieurs selles.
On continue à sonder le malade, la vessie ne se vidant pas, par
les seuls efforts du malade.
Les phénomènes généraux sont nuis, le pouls est régulier,
fréquent.
(Calomel à doses fractionnées, glace sur la tète, limonade
froide).
11 juillet. Les ecchymoses delà tempe et des paupières devien­
nent plus apparentes. Le gonflement est plus intense. Les pau­
pières permettent, à peine, de découvrir la conjonctive qui, à
l’œil gauche, présente une ecchymose linéaire, au niveau du point
où les paupières sont au contact.
Le délire a cédé, le malade répond aux questions qu’on lui pose.
On a pu lui enlever la camisole. Il est tranquille.
11 se plaint toujours de la région de l’abdomen. La miction est
toujours impossible.
L’état général est bon.
(Cathétérisme, calomel a doses fractionnées, bouillon, limo­
nade).
12 juillet et jours suivants. L'amélioration continue, les facul­
tés intellectuelles sont rentrées dans l'ordre, plus de délire, ni
d'excitation. Le malade raisonne parfaitement, il est calme. Il ne
se plaint d’aucune douleur du côté de la tête. En un mot, l’amé­
lioration est complète. N’étaient les ecchymoses, qui se colorent
de plus en plus, on pourrait croire que le malade n’a point
subi une lésion aussi profonde et aussi grave qu’une fracture de
la base du crâne.

18 juillet. Dans la partie supérieure de la région orbitaire, au
dessus et en avant du globe oculaire, en arrière de la paupière

�CHAPPLAIN.

FRACTURES DU CRANE.

supérieure, on sent une tumeur arrondie, ayant le volume d’une
noisette, fluctuante, non douloureuse.
En même temps, en examinant avec plus d’attention la région
orbitaire, on trouve que le bord supérieur de l’orbite n'est point
régulier. A la partie moyenne , existe une solution de conti­
nuité caractérisée par l’abaissement de la demi-circonférence ex­
terne. Eu suivant le bord orbitaire, on est arrêté à la partie
moyenne, par une saillie verticale de 2 a 3 millimètres, dont le
sommet se continue, ensuite , avec le bord externe de l'orbite.
Le déplacement du fragment externe s’est donc fait de haut en
bas et un peu en arrière. Ce fragment n’est pas mobile.
Le 21 juillet, la tumeur est considérablement réduite, la fluc­
tuation persiste cependant.
Le malade quitte la salle le 25 juillet à notre insu, et comme
pour nous empêcher de constater l’état exact dans lequel il se
trouve. Quant à lui, il n’éprouve plus aucun phénomène morbide
et s’il demande à sortir, c’est qu’il se considère comme absolu­
ment guéri.

Les symptômes qui devaient, d’une manière définitive,
établir une certitude sont de ceux qu’il est important de
noter. Bien que ne formant, pas une classe de signes non
indiqués, ils se présentent, cependant, dans des conditions
telles, que notre observation doit être classée parmi les faits
exceptionnels.
Dix jours après l’accident, une tumeur fluctuante se
présente à la partie supérieure de la région orbitaire, en
arrière de l’aponévrose antérieure de cette cavité. Cette tu­
meur est oblongue transversalement, elle n’a été précédée par
aucun phénomène inflammatoire. Quelle peut en être la
nature ?
Pendant que nous examinons cette tumeur, nos doigts se
portent sur le rebord orbitaire supérieur, et il est facile d'y
constater une irrégularité légère consistant, en ce que la
moitié externe de l’orbite est. descendue d’une épaisseur de
ê à 3 millimètres environ, quantité suffisante pour que
cette lésion soit parfaitement perceptible.
Il est évident que la voûte orbitaire a été fracturée dans
sa partie moyenne ; qu’il y a un déplacement, entre les deux
fragments de l'os frontal, tenant à l’abaissement du fragment
externe, l’interne conservant son niveau ordinaire. Jusqu’où
s’étend la fracture dans le plancher supérieur de l’orbite?
Malgré nos recherches il a été impossible de le constater;
mais il est facile d’établir un lien entre cette tumeur fluc­
tuante, occupant la partie antérieure de l'orbite, et la frac­
ture. Il ne nous parait pas douteux que ce ne soit là une
collection liquide communiquant avec la cavité crânienne
à travers la solution de continuité des os et une déchirure de
la dure-mère. Cette tumeur n’est point stable, elle peut
augmenter et diminuer dans des proportions assez notables.
Elle existait encore, quand le malade demande, à notre insu,
à quitter la salle.
Déjà à la suite des fractures du crâne on a noté, comme un
signe des plus importants, l’écoulement du liquide céphalo­
rachidien par les ouvertures auriculaires, nasales. Là, où
il n’existe aucune solution de continuité à la peau, alors

26S

Nous nous trouvons ici en présence des causes ordinaires
des fractures du crâne : chute sur la tête, dans la cale d’un
■ navire. Les phénomènes qui ont suivi immédiatement la
chute sont: du côté du cerveau, des phénomènes d’excita­
tion, de l’agitation. du délire : du côté des téguments, une
large ecchymose dans la région temporale s’étendant ensuite
sur les deux paupières.
Les phénomènes cérébraux persistent pendant quatre jours,
après lesquels les facultés cérébrales rentrent dans leur
état régulier, pour ne plus se déranger, jusqu’à la sortie du
malade. D’autre part, l’ecchymose n’occupe, sur les paupières,
que les parties comprises en avant de l’aponévrose orbitaire.
Contrairement à l’assertion de Maslieurat-Lagémard, le tissu
sous-conjonctival n’est nullement infiltré de sang. Le cin­
quième jour après l’accident, le malade réclame de l’alimen­
tation et ne présente plus aucun symptôme grave, il n’éprouve
pas même de la céphalalgie; la circulation est demeurée
normale. En présence d’un état aussi satisfaisant, nous en
vînmes à hésiter, relativement à notre diagnostic, si franche­
ment établi à l’entrée du malade.

269

�CHAPPLA.IN.
270
que le liquide intm-crànien esl en rapport avec les tissus
sous-périostaux, on comprend qu’il s’échappe à travers les
os divisés et qu’il vienne former une tumeur, qui présentera
les caractères que nous venons de constater.
L’existence de ces tumeurs n’est point constatée dans les
ouvrages de pathologie chirurgicale, cependant quelques
faits relatifs à cette complication, ou, si l'on veut, à ce signe
des fractures du crâne ont été publiés et nous croyons utile
de les rappeler, pour rapprocher, autant que possible , des
faits analogues et se donnant un appui mutuel.
Fractures du crâne avec issue du liquide céphalo-spinal.

I. — Un jeune enfant de 19 mois tombe, la tête en avant,
d’une hauteur de 15 pieds anglais sur un plancher. Insensibilité
pendant vingt minutes et abattement pendant vingt-quatre
heures, puis l’état normal se rétablit, sans autre symptôme
d’une fracture du crâne. Une contusion légère s’observe audessus de la tempe droite, puis apparaît aussitôt une tumé­
faction au-dessus du sourcil droit qui s’accrut tellement que,
trois ou quatre jours après , elle envahissait toute la paupière en
formant une tumeur transparente , tendue, sans que l’enfant
parût en souffrir.
Le docteur Haward constate, six semaines après, que cette
tumeur est liquide, fluctuante, et s’étend du sourcil k la suture
coronaire, avec des pulsations distinctes. Elle augmente par les
cris, et la pression semble douloureuse. La paupière supérieure
est tendue, la conjonctive palpébrale renversée et l’oeil caché.
Exploration impossible ; état général satisfaisant.
Regardée comme uu méningocèle , la tumeur fut comprimée ,
et dès lors commencèrent les accidents. L’enfant cessa de mar­
cher , devint morose, et l’appétit cessa, puis agitation , contrac­
ture. La tumeur devenant de plus en plus tendue et amincie , le
docteur Holt la ponctionne le 2 octobre, deux mois et demi après
l’accident. 8 onces d’un liquide clair sont évacuées. La tumeur
s'affaisse, et I on constate une fracture de l’os frontal.
La tumeur se remplit, et, le 10 octobre, la conjonctive se
déchire, et une grande quantité d’un liquide clair, suintant,
s’écoule constamment, et, quelques jours après, l’enfant est
pris de convulsion, coma, et meurt le 13 octobre.

FRACTURES DU CRANE.

271

L’examen du crâne montre une fracture du frontal droit de
presque toute l’épaisseur de l’os. L’arcade orbitaire est fracturée,
et l’apophyse orbitaire externe est écartée avec toute la portion
correspondante de la paroi orbitaire de l’arcade sourcillière, de
façon qu’un manche de scalpel peut pénétrer dans la cavité crâ­
nienne , et atteindre la substance cérébrale à travers la fracture
et les membranes déchirées.
L’os est dépourvu de péricrâne dans toutes les parties enfon­
cées, et, à ce niveau , le péricrâne et les téguments ont été sou­
levés par le liquide et forment une large poche. Il y a une trèspetite quantité de pus au niveau du bord orbitaire. La dépression
de la partie supérieure de l’os maintenait l’écartement de la
portion orbitaire, et s’opposait k la réduction. Il y avait une
petite esquille au niveau de la fracture orbitaire. [Lancet et Gaz.
hebd., n° 52, 1869.)
II. —Un fait ayant de l’analogie avec celui-ci, mais suivi de
guérison , a été soumis k la Société pathologique de Londres, le
18 janvier, par M. Lawson. Après une chute de 30 pieds de haut
sur le pavé, ayant déterminé une fracture étoilée du frontal, un
jeune garçon fut trépané le I8 avril 1866, et quittait six semaines
après l’hôpital Middlesex très bien guéri. Il reprit ses travaux, et
ce n'est que dix-huit mois après, le 21 octobre I867, qu’il éprouva
un violent mal de tète au siège même du trépan; céphalalgie qui
se renouvela quatre jours après avec vertiges et saillie de la cica­
trice. Le lendemain, le gonflement avait le volume de la moitié
d'un œuf de dinde , avec chaleur, douleur et fièvre intense. Ce
malade rentra k l’hôpital dans le service de M. Shaw , qui, soup­
çonnant que ces symptômes étaient dus k la compression du pus,
plongea la lancette dans la tumeur. Il s'en échappa un liquide
-clair, évidemment cérébro-spinal, qui continua k couler assez
abondamment pour en fournir I once par heure. Il était alcalin .
légèrement albumineux, sans sucre et s’écoulait plus abondam­
ment la nuit, pendant le sommeil, que dans le jour. Le 27 oc­
tobre , un groupe d’herpès labialis parut, et aussitôt tous les
symptômes cessèrent, la tumeur s’affaissa en laissant couler le
même liquide de moins en moins abondant. La cicatrisation était
complète le 30 octobre, et l’enfant quitta l’hôpital assez bien pour
reprendre immédiatement ses occupations sans que , depuis, il
ait présenté aucun accident cérébral. [Union médicale. ns 31, 1870.)

�272

CHAPPLAIN.

Nous terminerons la série de nos observations par le fait
suivant, dans lequel la fracture du crâne, bien que probable, n’est affirmée que par des signes qui laissent du doute
dans l’esprit.
Fracture du crâne.— Écoulement séreux par l’oreille. — Guérison.

( Observation recueillie par M. Coste, interne du service. )
Le 21 septembre 1868,on reçoit à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Louis,
service de M. Chapplain, le nommé Milerowski, Martin, âgé de
58 ans, tailleur, qui, se trouvant dans l’ivresse la plus complète,
état qui lui est familier, a fait, en se rendant chez lui, une chute
dans l’escalier de la hauteur d’un premier étage.
Transporté immédiatement à l’hôpital, il est, à son arrivée,
plongé dans le coma le plus profond.
Sa tète couverte de sang avant été lavée, on trouve, au dessus
de la protubérance occipitale une plaie en étoile de 0,04 centim.
environ intéressant toute l’épaisseur du cuir chevelu. Un écou­
lement sanguin se faisait par l’oreille droite. En même temps, on
trouve l’avant-bras gauche fortement ecchymosé le long de la
région du cubitus (potion excitante à l'acétate d’ammoniaque).
Le blessé vomit et délire, pendant toute la nuit qui suit son
entrée à l’hôpital.
Le 22, à la visite , les phénomènes de commotion se sont
amoindris, le pouls est diminué, lent et dépressible; bien que les
réponses que fait le malade soient incohérentes, cependant il
entend et comprend le sens des demandes qui lui sont adres­
sées. Il répète souvent, en portant la main sur la région occipitale
blessée, qu’il souffre de cette partie là. Les membres supérieurs
sont pris d’un léger tremblement quand il veut saisir un objet.
L’examen de l’avant-bras démontre l’existence d’une fracture
du cubitus au tiers moyen.
Le soir, le pouls qui était à 60 le matin, est descendu à 52, les
nausées continuent (même traitement. Un appareil plâtré a été
placé pour maintenir la fracture du cubitus).
23,24et 25 septembre. L’état général et local est à peu près le
même, la peau est chaude, le pouls vibrant à 52, les pupilles plus
dilatées, surtout à gauche. Le tremblement persiste ainsi que
l'écoulement par l’oreille. Le dernier jour, on remarque, en outre,
du larmoiement et une légère conjonctivite à droite.

FRACTURES DU CRANE.

273

26. Vive céphalalgie qui a empêché le malade de dormir la
nuit dernière. Une forte ecchymose apparaît derrière l’oreille
droite. L’écoulement, sanguin jusqu’alors, devient plus séreux.
Le pouls est plein et résistant à 64 pulsations. La température
est de 38e, et est un peu augmentée le soir où elle marque 38,5
(calomel à doses fractionnées).
27. Le larmoiement et la conjonctivite de l’œil droit sont plus
intenses. La peau de la région parotidienne est rouge, chaude ;
à 0,02 cent, au dessous d’elle on perçoit un ganglion enflammé
occupant le sillon auriculo-mastoïdien. L’écoulement de l’oreille
devient purulent et en même temps l’ecchymose mastoïdienne
s’étend. L’angle gauche de la bouche est légèrement dévié en
haut et à gauche. Le lobule de l’oreille est le siège d’un petit
abcès qui est ouvert avec la lancette.
Pouls vibrant à 50 pulsations. Température 37e (continuation
du calomel, injection d’eau tiède dans l oreille).
28 septembre. Les phénomènes plilegmasiques, soit de la région
parotidienne, soit de la conjonctive, diminuent. La céphalalgie
est toujours intense, l’ecchymose gagne l'occiput. Le malade
éprouve une constipation très opiniâtre. Pouls à 50. Tempéra­
ture 37,1 (calomel à dose fractionnée. Huile de ricin, 20 grammes).
30 septembre. Hier l'état s’est maintenu le même, aujourd'hui
le pouls s’est- un peu élevé (54) et la température est descendue
à 36,5. La déviation de la bouche est plus prononcée. La paraly­
sie du côté droit de la face est plus marquée, les paupières ne
peuvent se fermer qu’à demi, le larmoiement persiste, la pupille
est toujours un peu plus contractée que la gauche.
Le soir la température est remontée à 38.5.
Ier octobre. Augmentation de la paralysie faciale. L'examen de
l’oreille fait constater une déchirure de la membrane du tympan.
L’ouïe est diminuée et cette altération a persisté.
Pouls à 60. Température 38,1.
4 octobre. Le larmoiement et la conjonctivite ont disparu.
L’écoulement par l’oreille est le même. Le pouls est à 60. La tem­
pérature à 37,1.
Depuis, la température ne s’est plus élevée au dessus de la
normale.
(Le calomel est suspendu).
13 octobre. La paralysie faciale, de même que l’écoulement pu­
rulent de l’oreille diminuent , les pupilles se rapprochent de

�CHAPPLAIN.

FRACTURES DU CRANE

l’état normal et la différence existant entre les deux côtes tend à
disparaître.
19 octobre. Le malade se plaint de son bras fracturé. L'appa­
reil étant enlevé, on constate que la fracture n’est par consoli­
dée. Le point fracturé est douloureux. On applique un appareil
amidonné.
Le malade se lève depuis quelques jours et éprouve des verti­
ges en marchant.
3 novembre. Il demande à sortir.
La paralysie faciale est presque disparue. L’écoulement puru­
lent de l'oreille persiste encore un peu, ainsi qu’une légère dif­
férence dans le développement des pupilles. Il se plaint toujours
de céphalalgie.
Pendant tout le temps du séjour du malade à l’hôpital sa phy­
sionomie a présenté l’apparence de l'hébétude, caractère qui per­
siste au moment de sa sortie.
Milorowski est venu à la visite dans le courant de décembre.
La paralysie faciale et l’écoulement de l’oreille sont presque in­
sensibles. Les vertiges sont devenus plus fréquents. L’aspect
hébété de la physionomie n’a point cessé. Les fonctions de l’in­
nervation paraissent intactes, soit pour la sensibilité, soit pour
la motilité.
Nous devons ajouter que le sujet n’a pas renoncé à ses habitu­
des d’ivrognerie.

les deux faits que nous venons de rapporter, il n’est point
possible d’admettre que les malades soient atteints d’une
inflammation, soit du cerveau, soit des méningés. L’agita­
tion, le délire existent, chez le premier malade dès son entrée
à l’hôpital, c’est-à-dire, quelques instants seulement après sa
chute; chez l’autre, le délire se montre dans la nuit consécu­
tive à l’accident. L’inflammation n’a pu se développer encore
et c’est lorsque l’état phlegmasique devrait survenir, que le
calme parait, calme si complet chez notre matelot, que nous
en venons à douter s’il y a réellement une fracture du
crâne. Une circonstance qui pourrait être venue en aide
à l’excitation cérébrale chez Mirolowski, c’est, qu’il est en
proie à des habitudes d’ivrognerie.
Les signes les plus importants de la fracture de la base
du crâne, chez le dernier malade, sont, outre la violence de
la chute sur le crâne, l’écoulement de sang et de sérosité
par l’oreille, et la paralysie faciale. Bien que cette réunion
de symptômes doive légitimer notre diagnostic, il ri’en est
cependant aucun qui puisse être considéré comme patho­
gnomonique. L’examen direct de l ’oreille nous a fait consta­
ter la rupture de la membrane du tympan et ces divers
symptômes pourraient appartenir à la lésion des parties, en
rapport avec l’oreille, sans qu’une fracture pénétrât jusque
dans le crâne; Un dernier signe vient, cependant, justifier
et donner plus de certitude à la probabilité d’une fracture
et d’une lésion allant jusqu’à l'encéphale , c’est, après la
guérison même du malade, la céphalalgie persistante dont
il se plaint, et l’état d’hébétude dont il a conservé le caractère.
Disons, en terminant cette étude très brève de quelques
cas de fractures du crâne, qu’il nous a paru important de
livrer à la publicité, que le chirurgien doit appeler à son
aide, tous les éléments d’investigation et de jugement pour
se prononcer soit sur l’existence de la fracture, soit sur son
traitement.
Dans la grande majorité des cas, l’autopsie, eu égard à la
gravité des fractures du crâne, vient contrôler le diagnostic,
mais dans le ras plus heureux où le malade survit, quel-

27'.

Les deux derniers malades, dont nous venons de raconter
l’histoire, présentent une particularité qu’il est important
de noter, en l'état de la divergence d’opinions des auteurs
sur la symptomatologie de la contusion cérébrale. Chez tous
les deux , les phénomènes d’exacerbation paraissent dès le
début. Chez le premier, c’est un délire furieux , qui nous
force à lui mettre la camisole et à la lui maintenir pendant
plusieurs jours. Chez le second, l’excitation cérébrale se mani­
feste seulement par le délire, alors que les fonctions organi­
ques sont plutôt dans un état de dépression.
Les phénomènes d’exaltation fonctionnelle du cerveau
sont, le plus souvent, rapportées à l’inflamüiation de cet or­
gane, taudis que la contusion parait devoir offrir comme
phénomène symptomatique la Répression des fonctions. Dans

275

�DE CAPDEVILLE.

CATARACTE SECONDAIRE.

que signe non prévu, accidentel, de même que l’état pos­
térieur du malade peuvent, en dehors des signes qui don­
nent à la fracture une grande probabilité, vivement affir­
mer la réalité de la fracture.
Mais si, dans beaucoup de cas, on peut encore affirmer la
fracture, combien rarement on peut dire quelles en sont les
limites, et le trépan, si discuté encore, trouvera des conditions
d’insuccès, alors que son emploi est le mieux indiqué, dans
rétendue des désordres qui accompagnent la fracture.

reconnut qu'il était atteint d’une cataracte complote k gauche,
commençante k droite, et on lui dit qu’il fallait soumettre l’œil
gauche k une opération pour le débarrasser de sa cataracte.
L’opération, qu’il accepta, a consisté, d’après ce qu'il a entendu
et d’après les sensations qu’il a éprouvées, dans les manœuvres
de l'abaissement; du reste, en dehors du dire du malade, une
légère dépression avec arrêt brusque de l’un des vaisseaux k la
partie externe de la sclérotique indique le point où l’aiguille a
pénétré et confirme son récit.
Rien de saillant n’a suivi cette opération; aucune douLeur,
aucun accident, mais aussi aucune amélioration dans l’état de la
vue, et l’œil gauche n’a pu distinguer les objets ni immédiate­
ment, ni un certain temps après.
Aujourd’hui, cinq années après l’opération, la vue du côté
gauche se trouve dans le même état que lors de la sortie de l’hô­
pital ; du côté droit elle s’est obscurcie k tel point que Mille peut
k peine se conduire dans la rue.
L'examen de l'œil gauche a permis d y constater l’état suivant :
intégrité du globe qui conserve son volume et sa tension nor­
male; cornée parfaitement limpide; légère dépression sur la
sclérotique k 3 ou 4 millimètres en dehors de l’extrémité externe
du diamètre horizontal de la cornée, indiquant le point où l’ai­
guille a pénétré pour l’abaissement ; chambre antérieure pro­
fonde; iris normal, pupille régulière, très-mobile; dans son
champ , opacité blanc bleuâtre avec des points d'aspect brillant
et crayeux.
Après l’instillation de quelques gouttes d une solution d’atro­
pine au 500*, la pupille se dilate largement, et k l’œil nu encore,
avec l’éclairage du jour, on voit que cette opacité s’étend sur
tout le champ de la pupille ainsi agrandie et qu’elle y conserve
les mêmes caractères. A l’éclairage latéral, en regardant oblique­
ment en arrière de l'iris, on peut poursuivre l’examen jusqu’au
niveau de l’équateur du cristallin, et remarquer qu’k la périphé­
rie de l’opacité se trouvent comme des franges saillantes, d’un
reflet plus brillant ; en haut et en dehors même, l’une d’elles se
présente sous l’aspect d’une ligne oblique, légèrement sinueuse
et tranchant par son éclat sur le reste de la surface. On observe
en même temps que, du côté de la lentille, l’iris projette nue
ombre qui est bien réellement produite par l'interception des
rayons lumineux au niveau du bord de la pupille ; il suffit, en

-27G

OBSERVATION SOR ON CAS DE CATARACTE SECONDAIRE
OPÉRÉ PAR LA MÉTHODE DE LA DILACÉRATION

Présentée à la Société de Médecine de Marseille le l“r juillet 1870,
Par h D' DE CAPDEVILLE.
Le nommé Mille, Joseph, âgé de 40 ans, employé de commerce,
se présente le 18 janvier 1870 k la consultation de mon dispen­
saire pour un trouble de la vue qui ne lui permet de se conduire
qu'avec peine.
Voici les renseignements que cet homme, assez intelligent,
donne sur l’état de ses yeux :
A l’âge de 25 ans, il a remarqué que la vue du côté gauche
commençait à s’obscurcir; pendant les années suivantes, cet
obscurcissement allait en croissant, la vision de ce côté était de
plus en plus troublée, k tel point que sept ou huit ans après l’œil
gauche ne pouvait plus distinguer que la lumière de l'obscurité:
mais comme l’œil droit jouissait encore d’une vue excellente, il
ne se préoccupait pas beaucoup de cet état et continuait de
vaquer k ses affaires.
Ce n’est que dix ans après , k l'âge de 35 ans environ, après
avoir constaté qu’à son tour l'œil droit se prenait et que la vi­
sion y devenait imparfaite, qu’il se décida k entrer k l’hôpital
pour y réclamer des soins contre la cécité qui le menaçait. On

277

�278

DE CAPDEVILLE.

effet, de donner de légers mouvements à la lentille pour voir
cette ombre augmenter, diminuer, changer de place, et présenter
tous les caractères de ce qu’on appelle une ombre portée ; du
reste, du côté opposé cette ombre n’existe pas et l’œil peut plon­
ger en arrière de l'iris sur une surface éclairée ; nous aurons
tout à l’heure a interpréter ce phénomène, mais faisons encore
remarquer à propos de l’éclairage latéral, que le faisceau de
lumière qui vient tomber sur le cristallin opaque paraît se réflé­
chir sur uné surface à peu près plane et ne donne pas la sensa­
tion de couches plus profondes et moins éclairées.
L’éclairage direct à l’aide du miroir change complètement l’as­
pect du corps opaque que circonscrit la pupille : celui-ci appa­
raît comme un voile foncé qui masque le fond rouge de l’œil ; sur
ce voile apparaissent, disséminés ça et là, des points plus noirs,
irréguliers, reliés entr’eux par des prolongements multiples et
rappelant assez bien l’aspect des corpuscules du tissu conjonctif
tel que le représentent les préparations histologiques ; ces points
sont plus abondants au centre qu’à la périphérie où apparaissent
comme des lignes noires les franges signalées plus haut ; dans
leurs intervalles le fond rouge est plus apparent, mais pas assez
pourtant pour que l’image de la rétine puisse être appréciée un
peu nettement. Lorsqu’on fait faire à l’œil des mouvements en
divers sens, on observe que l’opacité se déplace dans la même
direction, une partie seulement se cachant derrière le bord de la
pupille.
L’interposition d'une lentille entre le miroir et l’œil observé ne
fournit aucune donnée plus saillante. L’examen fonctionnel per­
met de s’assurer de l’intégrité de la rétine -, les pliosphènes sont
perçus dans toutes les régions, la lampe est distinguée à plu­
sieurs mètres et les différences dans l’intensité de l’éclairage sont
assez nettement appréciées.
En dehors du trouble croissant de la vue, cet œil n’a jamais
été le siège d’aucune douleur , d’aucune inflammation ; après
l’opération même tout s’est passé dans le plus grand calme, et rien
n'indique qu’il y ait autre chose de ce côté que l’opacité dont
nous avons étudié les caractères et qu’il nous reste à interpréter.
La profondeur de la chambre antérieure, la mobilité de l'iris,
son ombre portée indiquent que le cristallin, s’il existe, est consi­
dérablement réduit de volume ; d’autre part, l’étendue de l’opa­
cité dans le sens du diamètre démontre que toute la superficie

CATARACTE SECONDAIRE.

'279

de la lentille se trouve envahie par l'altération qui la prive de sa
transparence et que son équateur a conservé ses rapports avec la
zonule de Zinn ; ainsi donc : diminution dans le diamètre antéro­
postérieur du cristallin, intégrité de son diamètre transversal et
de ses attaches périphériques, tel est le premier résultat auquel
conduit l’examen de l’œil.
L’aspect de l’opacité : sa couleur, ses reflets, les caractères
dccelés par l'éclairage direct, les lignes brisées qu’on remarque
à la périphérie fournissent de leur côté des données importantes.
Cette teinte bleuâtre, en reflets brillants, nacrés, ne se trouvent
guère que sur un cristallin dont les fibres se sont progressive­
ment résorbées et n’ont laissé, soit entre les deux capsules intac­
tes, qu’une mince couche de masses calcaires et graisseuses
(cataracte aride-siliqueuse), — soit sur la surface de l’une d’elles,
que des dépôts phospato-calcaires entremêlés de quelques fibres
incomplètement dissoutes, (cataracte traumatique à sa dernière
période). D'un autre côté, la disposition irrégulière, réticulée de
ces dépôts, les franges et les lignes qu’on trouve à la périphérie,
l’opération dont cet œil a été préalablement le siège, doivent
faire admettre cette seconde hypothèse ; on sait, en effet, que la
capsule antérieure, grâce à son élasticité, revient sur elle-même
lorsqu’elle est déchirée et forme à la périphérie du cristallin des
plis dans lesquels se trouvent emprisonnées des fibres cristalliniennes opaques qui résistent à l’action dissolvante de l'humeur
aqueuse : or, ces franges et ces lignes brillantes que nous avons
signalées à l’équateur, ne peuvent être autre chose que ces replis
de la cristalloïde antérieure ouverte pendant l’opération faite il y
a cinq ans ; — tout autorise donc à considérer cette cataracte
comme constituée : au centre, par la cristalloïde postérieure sur
laquelle s’est formé un dépôt de fibres corticales opaques et
incrustées de sels calcaires ; à la périphérie, par cette même
capsule doublée de la capsule antérieure rétractée et renfermant
dans ses plis les mêmes éléments altérés du cristallin ; c’est, en
un mot, une véritable cataracte traumatique, consécutive à une
tentative d'abaissement dans laquelle on n’a ouvert que la cap­
sule antérieure et livré à l’absorption la majeure partie des fibres
ramollies et altérées par une cataracte spontanée.
Du côté droit, Texameii fournit des signes tout différents ;
dans le champ de la pupille dilatée se voit un corps nébuleux,

�280

DE CAPDEVILLE.

terne, mal limité, au milieu d’un fond jaune verdâtre ; l’éclairage
latéral permet de distinguer des stries opaques, assez larges, qui
de la périphérie convergent vers le centre et paraissent occuper
les masses corticales du cristallin ; ces stries sont séparées par
des espaces transparents à travers lesquels, avec le miroir, on
aperçoit assez bien le fond de l’œil ; aucune ombre portée ne sc
voit sur les bords de la pupille qui paraissent contigus â la sur­
face de la lentille opacifiée. Ici également les phosphènes sont
très bien perçus, et la vision est encore assez nette pour permet­
tre de distinguer, vaguement il est vrai, les gros objets. Nous
avions manifestement affaire, du côté droit, à une cataracte cor­
ticale, avancée, mais non encore arrivée à l’état de maturité ;
je laissai donc cet œil de côté pour ne m’occuper que du gauche
qui se présentait naturellement comme le lieu d’élection de
l’opération.
Quelle operation fallait-il faire ?
Il n’y avait pas à songer a l'abaissement; en dehors des consi­
dérations générales qui ont fait abandonner d’une façon presque
absolue cette méthode, elle était, ici, inapplicable ; tout laissait
prévoir, en effet, entre la cristalloïde postérieure d’une part, le
tractus uvéal et l’hyaloïde de l’autre, des adhérences qu'il eût
été impossible de vaincre sans entraîner de graves désordres
dans L’œil.
Les mêmes raisons condamnaient toute tentative d’extraction,
car on se serait exposé, l'œil une fois ouvert, à voir le corps
vitré suivre la membrane opaque, dans le cas où on serait allé la
saisir avec de fines pinces, comme cela se fait quelquefois dans
le cas d’opacités limitées, mobiles et peu adhérentes. Quelle
nécessité, du reste, d’enlever toute 1opacité quand une simple
ouverture, en face de la pupille, peut suffire à rétablir la vision?
C’est donc à la méthode qui permet de pratiquer cette ouver­
ture, sans exposer l'œil à aucun accident, c'est-à-dire à la methode de dilacération, que je m’arrêtai, décidé à faire une incision
linéaire dans le cas où quelque événement imprévu aurait déta­
ché l'opacité dans son ensemble et l’aurait fait tomber dans l’une
des chambres de l’œil.
Dans une première tentative, faite le 23 janvier, une aiguille
fine de Cusco a été introduite au milieu du rayon qui divise en
deux parties égales le quart inféro-externe de la cornée, et por­
tée à travers la pupille, largement dilatée, au centre de l’opacité;

CATARACTE SECONDAIRE.

281

de légers mouvements de pression de haut en bas ne faisant que
déprimer la membrane opaque, sans la déchirer, je poussai l’ai­
guille à travers et cherchai par de nouveaux mouvements en
divers sens à pratiquer une déchirure, mais ce fut en vain ; la
membrane se portait, par un mouvement de totalité, dans le
sens de la pression , mais elle ne se déchirait pas et conservait
ses adhérences à ses points d’attache périphériques et posté­
rieurs. L'humeur aqueuse s’étant écoulée en grande partie pen­
dant ces tentatives qui ont duré environ une minute, je jugeai
prudent de suspendre toute manœuvre et de retirer l’aiguille.
Huit jours après, je reviens à l’opération, mais cette fois avec
deux aiguilles, d’après le procédé de Bowman ; toutes deux in­
troduites au milieu des rayons qui divisent en deux parties les
quarts inférieurs interne et externe de la cornée, leurs pointes
sont portées, légèrement croisées*sur le centre de l’opacité, et,
par un mouvement d’écartement qui les porte en sens inverse ; je
cherche à déchirer la membrane ainsi fixée entre les deux points
où elle a été traversée ; cette manœuvre a réussi : une fente
transversale, un peu en zigzag, rappelant assez bien l’aspect
d'une lézarde dans un vieux mur, en est résulté; la trouvant
insuffisante, je cherche à l’agrandir en portant les aiguilles dans
un sens perpendiculaire à sa direction, de façon à faire une inci­
sion cruciale ; mais l’humeur aqueuse, s’écoulant cette fois plus
rapidement encore que la première, par suite des deux piqûres
faites à la cornée, force a été de s’arrêter et de renvoyer à plus
tard le complément de l’opération. — $oit que le traumatisme ait
été plus intense que pendant la première opération, soit que par
mégarde le bord de l’iris ait été frôlé pendant la manœuvre de
décroisement des aiguilles, la nuit suivante l’œil a été le siège
de douleurs très vives, et, le lendemain matin, une injection
périkératique assez marquée indiquait la menace d’une inllammation soit de la cornée, soit de l’iris ; le malade avait eu le tort
de cesser les instillations d’atropine dès que les douleurs avaient
commencé, malgré la recommandation expresse d’en mettre une
goutte toutes les heures, surtout si des douleurs se faisaient
sentir. Le retour aux instillations, des compresses tièdes en
permanence, deux pilules par jour calomel et opium, et le repos
ont suffi pour enrayer l'inflammation et permettre au malade de
revenir trois jours après au dispensaire. La fente persistait,
Mille distinguait un peu mieux, mais cette ouverture vraiment
10

�282

D E C A P D E V IL L E .

trop linéaire ne pouvait suffire pour donner une vision satis­
faisante.
Une nouvelle tentative fut donc décidée et pratiquée le 15
février, j’introduisis d’abord une première aiguille , résolu à me
servir de la seconde si celle-ci ne suffisait pas, et, portant sa
pointe dans l’extrémité externe de la fente, je m’efforçai de
continuer celle-ci par en bas de façon à avoir un lambeau trian­
gulaire que je pourrais abaisser plus facilement ; sans réussira
faire très exactement ce que je recherchais, je parvins néanmoins
à pratiquer une ouverture plus grande que celle qui existait et
offrant assez bien l’aspect d'une étoile à trois branches ; l’aiguille
retirée, je constatai avec plaisir que cette ouverture persistait et
que les lambeaux membraneux déprimés n’avaient pas de ten­
dance à reprendre leur position primitive ; restait à savoir si
pendant les jours suivants aucune modification ne se produirait,
et si cette ouverture serait suffisante pour la vision. Le lende­
main une injection périkératique assez vive se manifesta, sans
douleurs cette fois-, elle dura quelques jours encore, puis tout
rentra dans l'ordre et, une semaine après, la fente triangulaire
étant intacte, le malade put lire avec le verre convexe n° 3 1/2
comme il le faisait avant le développement de ses cataractes.
Aujourd'hui il voit parfaitement au loin sans lunettes et il peut
avec son verre vaquer à toutes les occupations qui exigent la
vision rapprochée : lecture, écriture, etc., à tel point qu’il a pu
solliciter et obtenir une place dans une maison de commerce.
Cette observation est intéressante à plusieurs titres :
1° Développement précoce de la cataracte qui débute de 20
à 25 ans du côté gauche, de 30 à 35 du côté droit, sans que rien
chez cet homme puisse en expliquer l'apparition. Quoique d'un
tempérament sec et nerveux, Mille s’est toujours bien porté :
il n’a jamais commis d’excès, ne s’est livré à aucun travail oc­
casionnant de grandes pertes de liquides, ne boit, ni n’urine
beaucoup; son père, d’un âge avancé, jouit encore d’une bon ne
vue ; sa mère, rachitique à un très haut degré, est morte à la
suite d’un accident ayant encore de bons yeux , il ne connaît
personne dans sa famille qui ait été atteint de cataracte. Ce
qu’il y a de remarquable c’est que, de chaque côté, la cata­
racte a mis à peu près le même temps pour se compléter; ainsi

C A T A R A C T E S E C O N D A IR E .

283

la cataracte du côtégauche droit qui adébu té entre 20 et 25 ans,
était complète dix ans après; de même celle de l’œil, qui a dé­
buté entre 30 et 35, est aujourd’hui presque complète, ce qui
donne le même laps de temps.
2" Par le fait de la nature de cette cataracte, cataracte corlicale molle, avec un très faible noyau, (le sujet avait 35 ans),
la première opération d’abaissement s’est transformée en une
véritable opération de discision ou de broiement, à la suite de
laquelle la majeure partie des libres altérées s’est dissoute,
sans produire de réaction, mais en laissant contre la capsule
postérieure les couches les plus superficielles qui se sont en­
croûtées de sels calcaires et sont devenus par là incapables de
disparaître ; d’où la nécessité de subordonner l’abaissement,
lorsqu’on croit devoir encore l’employer, aux cas où le cris­
tallin est assez dur pour pouvoir se laisser déplacer dans sa
totalité, et la discision, aux cas où l’on peut espérer voir tou­
tes les couches cristalliniennes disparaître par absorption, ce
qui arrive en général chez les sujets plus jeunes.
3° Innocuité complète des manœuvres de la dilacération ,
bien qu’on y soit revenu à trois reprises différentes et une fois
avec deux aiguilles ; il est vrai que cet œil parait jouir d’une
tolérance assez grande, puisqu’il a déjà supporté dans le plus
grand calme une première opération qui a livré à l’imbibition
une grande partie des fibres cristalliniennes altérées; quoi
qu’il en soit, en général, l’introduction d’une ou de deux ai­
guilles dans la chambre antérieure ne s’accompagne d’aucun
accident lorsqu’on a bien soin de ne pas intéresser l’iris.
4° Enfin, rétablissement complet de la vision avec une ou­
verture fort petite, irrégulière, un peu excentrique, ce qui est
parfaitement d’accord avec les lois de la réfraction.

�281

REVUE.

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Pathologie médicale) (1).
De la fièvre abortive ou fébricule typhoïde. — Tel est le titre d'un
travail intéressant que le Dr A. Laveran publiait dans les Archives
en avril dernier. Cette affection, quelque peu confondue chez
nous avec la synoque, avait bien été décrite par Griesinger sous
le nom de typhus levissimus, et par Niemeyer, sous celui de ty­
phus abortif, mais personne jusqu’ici n’avait démontré son exis­
tence aussi bien que M. Laveran, qui l’a observée dans le cours
d'une épidémie de dothinentérie. La durée de cette forme mor­
bide varie entre 0 et 18 jours ; les taches rosées y ont été rencon­
trées 10 fois sur 2o cas, la douleur iliaque a été constatée 19 fois;
mais c'est surtout le thermomètre qui éclaire le diagnostic. Ici,
comme dans la forme commune, l’ascension thermique est pro­
gressive et s’accomplit en 4 jours ; la période d'état, avec ses
oscillations régulières, ne dure que de 3 à 8 jours avec déferves­
cences matinales très-marquées et ascensions vespérales qui
dépassent rarement 40°. La défervescence enlin, avec sa marche
lente et sans chute brusque, complété cet ensemble de signes
importants.
Le môme journal, dans ses numéros de juin et de juillet, publie
un travail de MM. Henri Huchard et Labadie-Lagrave sur la dys­
ménorrhée pseudo-membraneuse. Une première série d’observa­
tions montre que cette affection peut avoir pour origine une en­
dométrite qui donne lieu à la formation et à l’expulsion de pro­
duits membraniformes. Dans d’autres cas aussi les membranes
expulsées renferment tous les éléments de la muqueuse utérine,
sans offrir les traces d’un exsudât inflammatoire, et c’est ainsi
que, dans un cadre restreint, se trouve confirmée la théorie de
l’exfoliation pathologique de la muqueuse utérine, théorie dont
(1) Ne pouvant rendre compte de travaux lout-à-fait récents, nous croyons,
afin de laisser lo moins possible de lacunes dans notre œuvre, devoir analyser
des travaux qui ont paru il y quelques mois déjà et que nous n’avions pu
mentionner encore.

JO U R N A U X F R A N Ç A IS .

2 S."»

l’honneur est attribué ix Simpsom, mais dont la conception pre­
mière appartient à Moreau (thèses de Paris 1814). Il existe aussi
une exfoliation inflammatoire de la muqueuse épithéliale, la va­
ginite épithéliale de Tyler Smith, dont la plus belle observation
appartient à Farre, et l'on peixt dès aujourd’hui établir comme
une loi générale que les principales muqueuses de l’économie
pexivent donner lieu à deux genres de produits membraneux : les
uns d’exsudation les autres d’exfoliation. Vérifier cette loi, recher­
cher les diverses conditions locales et générales dans lesquelles
elle se réalise, voilà une œuvre qui mériterait bien de fixer l’at­
tention d’un médecin habile, à la fois micrographe et clinicien.
M. Hayem poursuit, dans les Archives de physiologie, ses études
sur les myosités symptomatiques. Après avoir minutieusement
décrit les altérations que, dans le cours surtout de la fièvre ty­
phoïde et de la variole, présentent les muscles extérieurs, l’au­
teur examine celles qui se produisent dans le cœxxr. Hayem a trouvé
ces lésions 7 fois sur 19 cas de fièvre typhoïde et 9 fois sur 22 cas
de variole ; elles diffèrent peu de celles que l’on trouve dans les
autres muscles. Enfin, comme complications oxx accidents de
ces myosites, il décrit les hémorrhagies musculaires, les altéra­
tions des vaisseaux, les infiltrations purulentes et les abcès.
Ce n’est plxxs d’une lésion plus ou moins fréquente dans la
dothinentérie, c’est de la lésion caractéristique de la dothinenté­
rie Qlle-même que s’occupe un autre rédactexxr des Archives de
physiologie, M. Corail. La structure des plaques hypertrophiées
consiste, d’après l'auteur, en une prolifération dxx tissu adénoïde
(villosités, follicules clos, tissxx adénoïde profond) et .du tissu con­
jonctif de la muquexxse. Ces lésions ressemblent tout-à-fait aux
lymplxadénomes oxx prodxxctions noxxvelles de tissxx adénoïde
qui caractérisent anatomiquement la leucocythémie. C’est ainsi
que des questions de pure anatomie pathologique soulèvent de
grosses questions de pathologie générale,
Elles peuvent soulever a-ussi des questions de médecine prati­
que, comme le prouve le travail de M. Lépine sxxr l’infection de
voisinage dans la tuberculose. Les productions tuberculexxses
cheminent de proche en proche sur les. lymphatiques et sxxr les
séreuses; les produits tuberculeux se reproduisent sur le sxxjet
lui-même, voilà ce que l’auteur vexxt établir et ce qu’il serait d'ail­
leurs difficile de contester.
M. Lépine nous conduit tout droit à Lyon, sa patrie, et au Lyon

�RRVUE.
Médical, recueil toujours riche en travaux intéressants. Nous si­
gnalerons aujourd’hui dans ce journal une nouvelle note de
MM. Daniel et Humbert Mollière sur les infarctus osseux ; cette
note est basée sur quatre observations et deux expériences :

286

Les observations conduisent les auteurs aux conclusions sui­
vantes ;
r II périt se produire chez l'homme, à la suite d’oblitérations
vasculaires, des hémorrhagies dans la moelle des os.
2® Dans les os qui contiennent de la moelle fœtale à l’état nor­
mal, l’infarctus osseux a pour résultat définitif une transformation
de cette moelle adipeuse ;
On rencontre autour des infarctus osseux anciens une zone
dans laquelle on trouve les éléments des os, de la moelle et des
cartilages à différentes périodes de développement ;
4° Cette période de l’infarctus osseux correspond h l’état caséeux
de l’infarctus pulmonaire ;
5» La graisse liquide contenue dans le canal médullaire des os
longs fait prendre aux hémorrhagies osseuses une forme spéciale
disséminant le sang en petites gouttelettes.
Des expériences de MM. Mollière, il paraît résulter que des par­
celles emboliques peuvent aller oblitérer les plus fins capillaires
du tissu osseux. Le sujet de la seconde expérience a succombé à
des phénomènes d’ostéomyélite aiguë à forme gangréneuse ; il
est mort de septicémie aiguë, ce qui permet de rapprocher ce fait
de ces cas d'ostéites justà-épiphysaires où des phénomènes
typhiques aboutissent si promptement à une terminaison mortelle.
En attendant que l’on parvienne à nous préserver de la variole,
M. Boucliut cherche à connaître tous les effets de cette maladie.
En !8oo, dans son Traité des maladies de l’enfance et en 18157,
dans son Traité de nervosisme, M. Bouchut avait développé cette
pensée de Tissot, que toutes les névroses peuvent être le résultat
de la convalescence des maladies aiguës. Aujourd’hui, dans un
travail publié par la Gazette des Hôpitaux, le même auteur nous
montre une paralysie générale qui a succédé à une variole, et une
paraplégie qui a suivi une rougeole. Ces paralysies sont justicia­
bles de deux ordres de moyens thérapeutiques. Il faut d’abord,
par les préparations ferrugineuses, les attaquer dans leur cause,
l’anémie. Il faut ensuite agir sur les parties paralysées afin d’ar­
rêter l’altération moléculaire des muscles, si prompte à se pro­
duire chez les enfants. Les frictions avec le baume de Fioraventi.

JO U R N A U X F R A N Ç A IS .

287

l’essence de lavande ou les liniments térébentliinés, les bains
salés, les bains de vapeur et les courants continus remplissent
cette seconde indication.
C’est encore des paralysies que le Dr Onimus s’occupe dans
le même journal. Depuis longtemps on avait observé que dans
certains cas de paralysie faciale, les muscles, fort peu de jours
après le début de la maladie, ne se contractaient plus sous
l’influence des courants induits. Dans ces dernières années ,
Giemssen, Eulenberg, Meyer, Erle, avaient constaté que, dans
ces mêmes cas, les muscles se contractaient très-bien, et même
mieux que les muscles sains , sous l’influence des courants
continus, fait qui, soit dit en passant, avait été déjà noté par
le professeur Halle, a qui revient réellement le mérite de cette
petite découverte. Restait l’interprétation. D’après M. Onimus,
les courants induits et les courants continus peuvent avoir des
effets différents, les uns perdant leur puissance pendant que les
autres la conservent. Cette différence d’action des deux électri­
cités ne se rencontrerait pas dans les paralysies centrales et se­
rait spéciale aux paralysies périphériques.
Dans l’Union Médicale, il y aurait beaucoup à glaner. Dans ce
journal, entre autres questions, celles qui se rattachent à la
variole et à la vaccine ont été mûrement étudiées. Nous y
trouvons d’abord le rapport du Conseil central d’hygiène, sur la
mortalité produite dans la ville de Paris par la variole pendant
les années 1865 à 1870. L’année 1867 a compté 301 décès causés
par cette maladie et l’année 1869 on a compté 723, ce sont les
chiffres minimum et maximum de cette période. En 1870 et jus­
qu’au 24 mai, il y a eu, dans les hôpitaux seulement, 4,251 cas
de variole, dont 683 ont été mortels; c’est la proportion de 16
pour 100. A l’hôpital Necker, un vieillard de 82 ans est mort de
variole. Le rapport conclut à 1a. nécessité des vaccinations, à
l’utilité des procédés de désinfection, et à l'importance qu’il y a
d’informer toutes les administrations hospitalières de France
que « la réunion des varioleux dans un service spécial et isolé
« de tous les autres services de malades a procuré dans les
« hôpitaux de Paris une notable diminution des cas intérieurs.»
Marseille, on le sait, a, sous ce rapport, depuis longtemps de­
vancé Paris.
La gravité de la variole varie suivant les formes diverses que
cette maladie peut revêtir. C’est là un fait bien certain dont

�288

281»

REVUE.

.TOURN A U X F R AN ( : A IR.

il faut tenir grand compte pour apprécier l’efficacité des di­
vers agents préconisés eontre cette maladie. Mais encore faut-il
que l'on s’entende sur les caractères qui appartiennent à cha­
cune de ces formes. M. Bourdon avait déclaré à la Société mé­
dicale des hôpitaux que, grâce au vin et au quinquina, il sauvait
les trois quarts de ses malades atteints de variole confluente,
mais comment reconnaître qu’une variole est réellement con­
fluente? Voilà la question que se pose et que cherche à résou­
dre M. Desnos. Il ne faut pas confondre avec la variole con­
fluente la variole cohérente ou en corymbe. La première
débute par une rougeur comme érysipétaleuse qui laisse à peine
apercevoir, lorsqu'on y regarde avec soin, une multitude de pe­
tits points rouges arrivant au contact les uns des autres. Par
suite de leur développement difficile, pressées qu'elles sont les
unes contre les autres, ces pustules, en se remplissant d’une
sérosité lactescente soulèvent et décollent l'épiderme sous forme
de vastes ampoules qui recouvrent toute la surface du visage,
sans laisser entre elles d’intervalle de peau saine. Elles sont
d’une couleur grisâtre et qu’on a comparée à un masque de pa­
pier gris. Dans la variole en corymbe, le visage est couvert de
nombreuses papules; sur certains points seulement ces pustules
se confondent, les unes avec les autres, en formant des plaques,
des corymbes ou grappes qui rappellent l’aspect du masque
de la confluente; mais toujours, il existe en même temps des
pustules isolées qui se développent , comme dans la variole
discrète, en s’entourant d'une auréole inflammatoire. De plus,
vers le huitième jour, les pustules se rompent en recrouvant.
la face d’une couche mélieériforme qui , en se desséchant ,
produit des croûtes épaisses, jaunâtres ou verdâtres, bien diffé­
rentes du masque gris de la confluente.
Dans cette dernière forme, les prodromes qui dans la variole
confluente ne dépassent pas deux jours, se prolongent jus­
qu’au troisième ou au quatrième jour; ils s’accompagnent -de
sueurs abondantes, la salivation y fait défaut, une chute mani­
feste de la fièvre y succède à l’éruption, tous caractères que
l’on n’observe pas dans la véritable variole confluente. Or, tan­
dis que la variole en corymbes guérit le plus souvent, la variole
confluente est ordinairement mortelle, que l’on emploie ou
non l’acide phénique. Ainsi opine M. Desnos.
Après la variole, la vaccine. M. Bertholle, dans une note

courte et substantielle, s'occupe des inflammations spécifiques
de la peau consécutives à l’inoculation du vaccin. D’après l'au­
teur, on devra croire à une inflammation simplement trau­
matique lorsque cette inflammation débutera le jour même ou
le lendemain de l'opération ; que si, au contraire, il existe une
vraie période d’incubation; si l'inflammation ne se montre
que le deuxième ou le troisième jour et mêmé plus tard, on
sera fondé à admettre une certaine action du nouveau vaccin
assez modifiée pour que l’éruption n'ait pas lieu. C’est un effort
du virus vaccin, combattu par le vaccin primitif, qui se tra­
duit par une inflammation spécifique.
L’Union Médicale n’est pas, il s'en faut bien, absorbée par
l'étude exclusive de la variole et de la vaccine. Elle s’occupe,
par exemple, des hydropisies liées aux troubles de la sécré­
tion urinaire. Les perturbations mécaniques de la circulation
sont, à elles seules, incapables d’expliquer tous les cas d’hydropisie. L’élément cellulaire local, qui est le siège de la sécré­
tion séreuse, joue un rôle important dans la production et la
guérison de ce phénomène morbide. En regard de la médica­
tion qui consiste simplement à supprimer le résultat du mal
en évacuant la sérosité hydropique, se place celle qui cher­
che, par des études pathogéniques, à combattre le mal dans
son principe même. Régulariser, dans certains cas, l'action du
cœur, modifier, dans d’autres, l’état des reins, attaquer au besoin
l’élément vasculaire ou l’élément nerveux, c’est très-bien, mais il
faut aussi songer à l’élément lymphatique, il faut encore plus agir
sur la cellule vivante, pour tarir l’hypersécrétion séreuse dans sa
source immédiate. Telles sont les indications que trace M. Fer­
rand; elles sont toutes incontestables, même la dernière, à
laquelle on n’avait guère songé jusqu’ici. La nature nous avait
cependant tracé des modèles : ne voit-on pas, en effet, chaque
jour, un érysipèle se produire sur un membre hydropique, et ce
travail morbide en modifier de telle sorte la vitalité qu'il se
refuse désormais à recevoir dans ses mailles la sérosité de
l’hydropisie ? Ce qu’un travail morbide énergique détermine,
une action médicamenteuse élective ne peut-elle pas le pro­
duire aussi? Félicitons M. Ferrand d’ouvrir aussi aux investi­
gations thérapeutiques des horizons nouveaux.
La Revue Médicale de Toulouse a publié récemment un bon
travail de M. Ribell sur les tumeurs fibreuses interstitielles

�■ 290

SOCIÉTÉS SAVANTES.

des pavois utérines. Ce mémoire est basé sur dix observations
dont deux sont insérées in extenso; dans l'une d'elles, on voit la
tumeur se développer sans produire la moindre métrorrliagie,
fait qui est beaucoup plus commun qu’on ne le croit géné­
ralement.
Dans l’Union Médicale de la Gironde, le Dr Solles publie la re­
lation d’un cas de congestion de la moelle; affection, qui n’est pas
rare, que j’ai observée plusieurs fois, notamment dans le cours
de l’intoxication paludéenne, mais qui est peu connue parce que
le diagnostic manque ordinairement de la sanction anatomique.
Dans l’observation du Dr Solliez il s’agit d’une jeune fille de
13 ans, non encore réglée, mais chez qui le molimen mens­
truel est annoncé par des douleurs hypogastriques : les four­
millements, les crampes, l’analgésie et la paralysie motrice des
membres inférieurs, signes de la maladie, se dissipent succes­
sivement au bout de quelques jours.
COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du I" août. — M. Cl. Bernard présente , au nom de M.
Ollier, une note sur la régénération osseuse après les résections
sous-périostées articulaires.
M. P. Balestra envoie un mémoire sur les différentes espèces
d’infusoires qui remplissent les eaux des marais Pontins, de
Maccarebe et d’Ostie.
Séance du 8 août. —M. Davaine adresse à l’Académie une Etude

sur la Genèse et la Propagation du Charbon.

M. Lichteinstein adresse un mémoire sur le Phylloxéra vastatrix, insecte qui s’attaque à nos vignes.
Séance du 16 août. —M. Berthelot présente un très intéressant

mémoire sur les sulfures considérés au point de vue de leur
puissance thermo-chimique.
Séance du 22 août. — Le père Secchi (de Borne) présente un
volume écrit en français et intitulé : Le Soleil.

S O C IÉ T É S S A V A N T E S .

291

Séance du 29 août. — M. Delaurier adresse une note intitulée :
De l'emploi de l’hydrogène li-carboné pour la défense des villes, ou endiomètre de guerre.
ACADÉMIE DE MÉDECINE.
Séance du 2 août. — Après la présentation de divers ouvrages
l’Académie reprend la discussion sur le vinage.
M. Bergeron donne lecture des nouvelles conclusions pro­
posées par la Commission. Après une discussion assez vive,
l’Académie les adopte , mais modifiées de la manière suivante
par MM. Broca et Wurtz :
« 1° L’alcoolisation des vins faits, plus généralement connue
sous le nom de vinage, lorsqu'elle est pratiquée méthodiquement
avec des eaux-de-vie ou des trois-six de vin, et dans les limites
telles que le titre alcoolique des vins de grande consommation
ne dépasse pas 10 pour 100 , est une opération qui n’expose à au­
cun danger la santé des consommateurs.
« L’Académie reconnaît que le vinage peut être pratiqué avec
tout alcool de bonne qualité, quelle qu’en soit l’origine ; toute­
fois ; elle a tenu à marquer sa préférence pour les eaux-de-vie et
les trois-six de vin, parce qu’elle pense que les vins ainsi alcooli­
sés se ropprochent d’avantage des vins naturels.
a 2“ Quant à la suralcoolisation des vins communs qui, pour
la vente au détail, sont ramenés par des coupages au titre de
9 à 10 pour 100, l’Académie reconnaît qu’elle peut donner lieu à
de fâcheux abus, mais aucune preuve scientifique ne l’autorise
à dire que les boissons ainsi préparées, bien que différant sensi­
blement des vins naturels, soient compromettantes pour la santé
publique. »
Séance du 9 août. — M. Jules Guérin lit une nouvelle note sur
le Traitement des plaies par occlusion pneumatique.
M. Piorry présente â ce sujet quelques observations.
Séance du 16 août. — M. de Séré lit une note sur un instrument
de son invention , Te couteatt électro-thermique gradué, pour la pra­

tique des amputations.

�292

BEUX

FILS.

Sur la proposition du président, l'Académie vote mille francs
pour les blessés de nos armées.
M. Devilliers appelle l’attention de l’Académie sur la nécessité
de disséminer les blessés sur une très-grande surface.
Séance du 23 août. — M. Devergie lit une note sur les désinfec­
tants et l’acide pliénique. Cet agent présente le double avantage
de ne porter aucune atteinte aux organes et de s’évaporer d’une
manière très soutenue.
Séance du 30 août. — M. Michel Lévy présente , au nom de M.
le docteur Jeannel, un ouvrage intitulé : Formulaire officinal et
magistral international.

M. Depaul présente la deuxième partie du Traité clinique et
pratique des maladies puerpérales, par M. le docteur Hervieux.
L’Académie décide qu’elle reprendra dans quinze jours la dis­
cussion sur l’infection purulente.
Séance du 6 septembre. — M. Gosselin présente une observation
intitulée : Ftecherche au moyen de l'investigateur électrique et extrac­

tion d'une balle enkystée depuis quatre mois dans la première côte
gauche .(1).

Lorsque j’ai pris, ces jours derniers, la direction du service de
blessés qui m’a été confié au Val-de-Gràce, dit M. Gosselin, j’ai
trouvé, dans l’une des chambres d’officiers, un capitaine de la
légion étrangèré qui avait reçu un coup de feu quatre mois aupa­
ravant en Algérie.
Le projectile, entré par la partie postérieure de l’épaule gauche,
n’était pas ressorti, et les divers chirurgiens qui avaient exploré
avaient senti, à 8 centimètres de profondeur, et au fond d’un tra­
jet allant d’arrière en avant, et un peu de bas en haut, un corps
résistant qui pouvait être aussi bien une portion de squelette, la
partie postérieure de la première côte ou la dernière apophyse
transverse, par exemple, que le projectile lui-même. Cependant,
quelques jours avant mon arrivée, M. le docteur Pasquier, qui
était alors chargé du service, avait reconnu, au moyen de l’inves­
tigateur électrique, la présence d’un corps métallique entouré
probablement d’une couche osseuse.
Moi-même, en explorant une première fois avec cet appareil de
M. Trouvé, je sentis à la profondeur que j’indiquais tout, à l’heure
(1) Nous publions cette observation en entier, en ratétm de l'intérêt d’aclualJité qu’elle présente.

S O C IÉ T É S S A V A N T E S .

293

et au dessous du trapèze, dans un point qui m’a paru correspondre
à la partie postérieure de la première côte et de son articulation
costo-transversaire, une résistance dure. Les deux points métal­
liques en communication avec la pile électrique furent placés sur
la plupart des points de cette résistance, sans que le trembleur
marchât ni donnât le bruit indiquant que les courants électriques
se sont réunis sur un corps métallique, très-bon conducteur de
l’électricité; mais, après quelques recherches nouvelles, le bruit
caractéristique dont je viens de parler se fit entendre. Il n’y avait
plus à en douter, l’instrument était sur un corps métallique, et ce
corps était sans doute le projectile. Otant alors les deux pointes,
mais prenant soin de laisser à la même place la canule qui leur
livrait passage, je glissai, par cette même canule devenue libre, la
tarière, espèce de tire-fond que je tournai et vissai sur le corps
reconnu au moyen du trembleur électrique. J’essayai ensuite
d’amener, au moyen de cette tarière, qui paraissait solidement
implantée, le corps étranger à l’extérieur; mais je me consumai
en efforts inutiles ; rien ne vint, et je dus conclure, ou bien que
la tarière était implantée dans un os au lieu de l’ètre dans la balle,
ou bien que celle-ci était enkystée solidement, soit dans un os,
soit au milieu des parties molles.
Il tut convenu que je recommencerais, deux jours après, l'explo­
ration et la meme tentative d’extraction, et que, si elle ne réus­
sissait pas, je ferais, après avoir acquis encore une fois la notion
de son existence, une contre-ouverture, en me guidant sur la
tarière préablement implantée, et m’aidant aussi de la pince élec­
trique que M. Trouvé a dernièrement ajoutée à son appareil inves­
tigateur.
En effet, le 29 août 1870, je replaçai la canule stylet armée des
deux liges isolées en communication avec les deux pôles de la
petite pile. Après quelques tâtonnements, le trembleur marcha
et m’indiqua que j’étais sur le corps métallique. Je vissai la tarière
et essayai encore une fois de retirer le corps étranger, qui ne
bougea pas. La canule traversée par la tarière était trop profon­
dément placée pour que je pusse la sentir avec la peau. Mais je
savais que le fond du trajet et, par conséquent, le projectile était
ii 8 centimètres de l’ouverture d’entrée. Guidé par cette notion, je
fis, après avoir endormi le blessé, une incision cruciale dans le
point indiqué ; je traversai la peau, le trapèze, et je cherchai, au
fond de la plaie, pour me guider, la tige de la tarière ; je la trou­
vai après quelques tâtonnements, et je reconnus bientôt, avec mon
doigt, son extrémité confondue avec un corps dur.

�29 i

295

S E U X F IL S .

S O C IÉ T É S S A V A N T E S .

J 'essayai d’imprimer quelques mouvements à la tarière, rien ne
bougea; j’essayai ensuite d’imprimer, avec mon doigt, quelques
mouvements au corps qui se trouvait au bout de la tarière. Rien
encore ne parut bouger et il me sembla que ce corps était entouré
d'un cercle osseux, et que, conséquemment, le projectile était
enkysté dans la production osseuse de nouvelle formation qui
avait pu avoir lieu depuis quatre mois aux dépens du bord de la
première côte sur laquelle mon doigt était évidemment arrêté.
Prenant alors la gouge et le maillet, puis une pince incisive,
j'enlevai une partie du contour de l'ouverture du kyste osseux,
et quand, après l’ablation de cinq ou six portions détachées avec
mes intruments, je portai de nouveau le doigt au fond de la plaie,
je sentis un corps qui se déplaçait. Je substituai à mon doigt la
pince américaine à branches isolées par du caoutchouc. Le
trembleur fonctionnant de nouveau, j’en conclus (car je ne
pouvais rien voir à cause de la profondeur de la plaie et
du sang) que cette pince était sur le projectile. J’ouvris les
branches, je saisis et j'amenai de suite la balle un peu déformée
que je mets sous les yeux de l’Académie.

M. Giraud-Teulon fait un rapport sur un travail adresse par M.
le docteur Masgana (de Smyrne) et intitulé : Tumeur fibro-cystique
de l’œil gauche; perforation de la voûte orbitaire, guérison.
Séance du 29 juin. — M. Labbé présente un enfant de 13 à 14
ans atteint, depuis deux années, de goitre suffocant et dont
l’état a été considérablement amélioré par l’emploi de la teinture
d’iode intus et extra.
M, Yerneuil fait l’émouvant récit de l'extraction d’un énorme
polype naso-pliaryngien développé dans le pharynx et les fosses
nasales. Le malade a succombé pendant l’opération, aune hémor­
rhagie avec pénétration du sang dans les voies aériennes
M. Panas lit une note de M le docteur Fleury relative à deux
observations de tumeur érectile veineuse.
M. Larrey présente un malade atteint de phocamélie unilatelatérale.
M. Le Fort présente un enfant traité d’une fracture des condyles
fémoraux avec plaie pénétrante de l’articulation du genou.-Le
malade a guéri sans difformité, sans raccourcissement et sans
boîtage.
Séance du ü juillet. — M. Yerneuil complète les détails donnés
par lui dans la dernière séance et relatif au polype naso-pharyngien dont l’extraction a eu une issue si malheureuse.
M. Dubreuil lit un travail sur les kystes des conduits excré­
teurs des glandes lacrymales.
M. Guéniot montre à ses collègues un gros calcul expulsé
spontanément par l’urètre d’une femme.
M. Demarquay indique un nouveau procédé du professeur
Sédillot pour l’opération du bec de lièvre.
Séance du 27 juillet. — M. Yerneuil présente une observation
d’anus contre nature traité et guéri par la suture métallique,
sans manœuvres autoplastiques.
M. le Président annonce la mort du prussien de Graefe, mem­
bre associé étranger.
.Séance du 3 août. — M. Forget lit un rapport sur deux observa­
tions de coexistence d’un kyste sus-hyoïdien'et d'une grenouillette sub­

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.
Séance du 22 juin. — M. le docteur Hesse (de Londres) adresse
une observation d’anévrysme de l’aorte amélioré par la ligature
de la carotide et de la sous-clavière droite.
M. Depaul communique une lettre de M. le docteur Closmadeuc
dans laquelle ce chirurgien annonce qu’il vient de pratiquer avec
succès une opération césarienne.
M. Giraldès fait un rapport sur une brochure de M. le docteur
Achard intitulée ; De la résinothérapie et de la ventilation renversée.
M. Dubreuil lit une note sur les fractures des os de la face.
M. Liégeois communique une observation d’ovariotomie prati­
quée avec succès à Paris.
M. Yerneuil donne d’intéressants détails sur un cas de luxation
sus-pubienne irréductible de la tête du fémur.
M. Guéniot présente une jeune fille portant sur la région fronfcosourcilière droite une tumeur constituée par l’hypertrophie de
tous les éléments de la peau.

linguale.

M. Demarquay présente un enfant de 12 ans, très lymphati­
que, auquel il a pratiqué une résection de ^extrémité inférieure
du péroné droit, de l’étendue de 9 centimètres. L'enfant a guéri.
Dr Seüx Fils.

�296

SEUX FILS.

N O U V E L L E S D IV E R S E S .
Nous avons le regret d’annoncer que deux do nos confrères,
MM. les docteurs Sauvet et Sauze', médecins des prisons depuis
plusieurs années et qui avaient toujours apporté le plus grand
zèle dans l’accomplissement de leur mandat, viennent d’ètre
révoqués de leur fonctions. M. Sauvet a été remplacé par M. Rouit
de Ferrière, officier de santé.
—En raison des tristes circonstances que nous traversons ac­
tuellement, le concours qui devait avoir lieu à notre école de
médecine, dans le courant du mois de novembre, pour une place
de professeur suppléant de chirurgie, est ajourné jusqu’a nouvel
ordre.
—M. Bœlim père, imprimeur, éditeur du Montpellier médical,
vient de mourir à Montpellier. Nous consacrerons dans notre
prochain numéro un article il cet homme de bien que d'éminentes
qualités auraient placé, s'il l'eût voulu, au premier rang parmi
nos écrivains les plus célèbres.
— Notre confrère et collaborateur M. le docteur Picard a pu en
quinze jours, grâce au zèle déployé par lui dans cette circonstance,
créer et organiser une ambulance marseillaise. Nous trouvons, a
ce sujet dans l 'Egalité les renseignements suivants :
« Le Conseil municipal, sur la demande du docteur Paul Picard,
chirugien en chef de l’ambulance marseillaise delà garde nationale,
vient d’accorder 50,000 fr. à cette utile institution. L’ambulance
marseillaise, créée il y aquinze jours àpeine, a rassemblé la somme
de 90,000 fr. enespèces, 1.000 kilogrammes de linge, charpie, effets,
etc. ; 15 à 20,000 fr. de dons. Soixante chirurgiens, aides ou sousaides, attendent avec impatience le moment d’ètre utiles, soit en
accompagnant la garde nationale mobilisée, soit en combattant
les épidémies, soit en prodiguant leurs soins aux blessés de notre
arrnee. On le voit, les Marseillais ont généreusement répondu à
l’appel civique qui leur a été fait ; espérons que le dévouement du
personnel de l’ambulance sera à la hauteur de la mission qui lui
a été confiée. »
— Les élèves de notre école de médecine et de pharmacie, jugés
dignes de l’obtention de prix, ont renoncé à l’avantage matériel
pour se contenter du titre de lauréat, considéré par eux comme
suffisant. En conséquence, sur la proposition de M. le docteur
Coste, son directeur, l’Ecole a décidé qu’elle ne donnerait pas de
prix et ferait abandon a la Caisse municipale de la somme de 400
fr. représentant l’allocation portée au budget communal avec cette
affectation spéciale.
—M. le docteur Louis Villeneuve doit faire le 24 de ce mois, au
Cercle Artistique, une conférence sur l’ambulance internationale.
Notre cher collaborateur a payé trop largement de sa personne
depuis le commencement de la guerre, il a eu trop souvent l’occa­
sion de voir par lui même, pour ne pas donner les détails les plus
intéressants et les plus certains sur les blessés de nos armées et
les services rendus par nos ambulances. Nul doute que l’actualité
du sujet n’attire auprès de notre confrère un nombreux auditoire.
Dr Sicux fils.
A. F ABRIS.

Le rhumatisme essentiellement chronique de l’arrière
gorge est tellement rare, que M. le professeur Lasègue, malgré
sa grande expérience, ne peut se décider à l’admettre, non plus
que l’angine rhumatismale sub-aiguë et durable.
Mais tout en contestant l'existence de cette dernière, il ac­
corde que certains rhumatisants ont une disposition excep­
tionnelle à contracter des maux de gorge sub-aigus, souvent
fatigants par l’excès môme de leur persistance; que beaucoup
sont sujets à une phlegmasie ou plutôt à une irritation de l’ar­
rière gorge peu intense, mais d'une durée indéfinie.
« Ce n’est pas une raison pour affirmer la réalité d’une
angine rhumatismale chronique ; autre chose estvde recon­
naître qu’une susceptibilité, une aptitude, ou même une
affection chronique est en rapport avec un tempérament mor­
bide, ou de déclarer qu’un ensemble de symptômes est l’ex­
pression locale d’une maladie. »
Après avoir contesté l’existence de cette angine chronique,
le savant professeur de Paris n’ose trop cependant conclure
qu’elle ne peut exister, bien qu’il n’ait pu encore réussir à en
découvrir et préciser les caractères.
20

■

H

i

*

�ROUX.

RHUMATISME.

J’ai cru devoir adresser à M. Lasègue, deux observations
d’angine rhumatismale chronique, qui lui ont paru dignes
de quelque intérêt.

arborisations vineuses sur un fond jaunâtre ; la muqueuse sèche
sans granulations tomenteuse. La voix était voilée, la pression
sur le corps thyrrhoïde développait un peu de douleur, le pour­
tour du nez présentait quelques squammes : aucune trace d’adenite rétrocervicale et d’accidents syphilitiques.

298

•1" Observation.— Le 11 avril, M.le maire de Lambesc conduisit
dans mon cabinet un cultivateur nommé Chaffart, fort, trappu,
de 3b ans environ.
Cet homme me conta qu’il avait été pris de rhumatisme il y a
environ 4 ans. Les petites articulations des membres, celles des
phalanges, les métacarpo et métatarso-phalangiennes étaient le
siège de gonflements douloureux. Après deux mois de maladie, il
était arrivé au terme de ses maux, lorsque vers lepoque de la
Noël, étant à jouer aux cartes au café,-il fut pris brusquement
d’une douleur de gorge très vive avec déglutition difficile, séche­
resse extrême de la muqueuse ; toute fluxion rhumatismale du
côté des membres avait disparu.
Un traitement antiphlogistique énergique, des sangsues en
grand nombre, le soulagèrent; mais bientôt après, il survint une
récidive de rhumatisme du côté des membres et l'angine dispa­
rut à son tour.
Comme dans la première atteinte, ce furent les petites articu­
lations des mains et des pieds qui furent envahies : cependant
cette attaque fut moins rigoureuse que la première. Peu après le
début de cette nouvelle poussée, il survint des démangeaisons
fort pénibles sur tout le corps et des rougeurs, probablement un
érythème papuleux.
A un certain moment, l’angine reparut brusquement et de
nouveau le rhumatisme cessa, s’évanouit ( ce fut encore un véri­
table métastase ), sauf quelques douleurs fulgurantes dans le bras
droit, s’irradiant du creux axillaire vers la paume de la main.
Depuis lors le pauvre malade se débat dans l’alternance du rhu­
matisme et de l’angine, l’un faisant presque entièrement dispa­
raître l’autre.
Ses doigts, passablement déformés par les travaux manuels,
m’ont présenté toutefois des jointures plus noueuses qu’elles ne
devraient être. L’auscultation du cœur, légèrement peu hypertro­
phié, m’a permis de constater un léger bruit de souffle précédant
le premier temps. L’examen attentif de la gorge m’a montré les
piliers antérieurs rouges, œdématiés, un peu renflés à la partie
inférieure, les amygdales comme atrophiées: sur le pharynx, des

299

M. le professeur Lasègue a fort bien établi, à mon avis,
qu’il existe des phlegmasies des muqueuses entretenant un
rapport intime avec le rhumatisme articulaire fébrile et mé­
ritant, par conséquent, d’être rangées parmi les expressions
multiples de la maladie. La muqueuse de l’arrière gorge obéit
évidemment à cette loi.
Chez notre homme, l’éruption érythémateuse de la peau,
compagne du rhumatisme, s’était portée sur la gorge, propa­
gée sur la muqueuse nasale, et aussi sur le larynx que
M. Lasègue a trouvé intact dans les faits dont il a été témoin.
La rougeur de l’arrière gorge, s’effaçant sous la pression, le
gonflement œdémateux des piliers du voile du palais, surtout
du côté droit, le peu de développement des amygdales, sont
autant de signes caractéristiques ; la paroi postérieure du
pharynx a été envahie plus tard.
Cette angine est-elle une extension de l’érythème spécial qui
escorte le rhumatisme? M. Lasègue a jusqu’à présent considéré
l’angine rhumatismale aiguë comme prodromique; je crois
que dans le cas que j ’ai observé, la forme sub-aiguë était réel­
lement une angine chronique comme dans le cas de Dieffembach cité par l’auteur du Traité des angines.
Le malade avait en vain subi plusieurs cautérisations avec
le nitrate d’argent, un traitement par le chlorate de potasse, la
liqueur de Fowler.
Le traitement indiqué par nous consistait en gargarismes et
potion iodurée, bains sulfureux, eaux de Gréoulx, douches
gutturales avec les eaux de La Raillière (Cauterets).

2œo Observation. —Mffl,&gt;R - est atteinte depuis plusieurs années
de fluxions rhumatismales sur les poignets et les articulations
metacarpo-phalangiennes. En outre,elle a eu deux sévères atteintes
de rhumatisme aigu séparées par un long intervalle. La dernière

�ROUX.

RHUMATISME.

avait été marquée par un épanchement notable dans le sac pleural
gauche, avec endocardite de moyenne intensité. De temps à autre
il survient de la dyspnée et quelques légers bruits cardiaques au
premier temps. Erythème papuleux sur les membres inférieurs ,
apparaissant irrégulièrement.
Depuis la dernière attaque, il existe une véritable pharyngolaryngite. Sécheresse de la gorge, dysphagie, atrophie des amyg­
dales, rougeur vineuse et larges arborisations de la muqueuse
pharyngienne. La voix est souvent enrouée, et de temps à autre
certains éclats de voix sont faux et voilés.
Cet état chronique préoccupe peu la malade. Il diminue lorsque
les poignets et les doigts subissent la tuméfaction rapide, rouge,
douloureuse, qui, sans cause appréciable, survient à plusieurs re­
prises pendant l’hiver. Ici encore alternance des deux manifes­
tations.

les éruptions équivalentes des membranes muqueuses et
ajouté mon caillou à l ’édifice. »
« Restent les rhumatismes sub-aigus ou chroniques d’un
jugement difficile et médiocrement étudiés. Si la loi est vraie,
ils ne peuvent pas y échapper et l’éruption devient un impor­
tant élément de diagnostic, comme dans la syphilis, comme
dans les maladies similaires. »
« Toute contribution a l’histoire de ce que, quelques Alle­
mands ont appelé la rhumatose est, je dirais presque, une
bonne action tant nous sommes perdus dans les à peu près :
sauf le rhumatisme noueux, qui constitue un vrai type, et le
rhumatisme aigu, le reste, obscur, confus, ne peut servir à
guider personne. C’est une raison pour que je tienne à faire
profiter le public de vos observations. »
« Merci encore une fois »

300

Ces observations communiquées au digne héritier du talent
et de la chaire de Trousseau nous ont valu la précieuse lettre
que voici :
t Je vous suis vraiment reconnaissant de la bonne pensée
que vous avez eue de me communiquer les deux observations
que j’ai lues avec un intérêt facile à comprendre. Vous ne
sauriez croire combien ces relations scientifiques, qui répon­
dent à une communauté de recherches, sont précieuses et
consolantes............................................................................................
mon désir est, si vous le permettez, de publier avec quelques
mots de commentaire, les deux faits que je dois à votre obli­
geance. J’ai reçu depuis la publication de mon livre des cas
analogues mais peu d’aussi décisifs et qui montrent aussi
exactement le processus de l'éruption. »
« Plus on avance de notre temps dans l’étude du rhuma­
tisme plus on incline à y voir une affection spécifique dont
l’agent reste incounu , mais qui ne saurait rentrer dans la
classe des phlegmasies primitives. C’est plus vraisemblable­
ment un intoxication qu’une inflammation. Les poussées érup­
tives qui accompagnent tant d’autres affections toxiques
avaient passé inaperçues, on les a signalées à la peau et ce sera
la gloire de Bazin d’en avoir montré la nature. J’ai insisté sur

301

« L asègue . »

Dans la lettre que nous avons été heureux de placer sous
les yeux de nos lecteurs, nous trouvons cette pensée souvent
venue dans notre esprit : « le rhumatisme est plus vraisemblablementune intoxication qu’une inflammation. Lespoussées
éruptives qui accompagnent tant d’autres affections toxiques
avaient passé inaperçues, on les a signalées à la peau , etc. »
Mais n’existe-t-il pas dans certains troubles du système nerveux,
dans certaines affections convulsives , d’autres liens qui puis­
sent rapprocher la rhumatose de certaines intoxications.
La chorée est souvent le symptôme secondaire d’affections
nombreuses dont l’origine est une infection virulente ou
toxique.
Or, la chorée, l’endocardite, le rhumatisme sont trois
chapitres d’une même histoire, et nous sommes bien éloignés
aujourd’hui de l’opinion de Grisolles, qui ne voyait dans ces
deux termes d elà même affection, rhumatisme et chorée,
qu’une simple coïncidence.
Selon M. Sée, le rhumatisme chez les parents peut engendrer
la chorée chez les enfants,'et réciproquement, un père ou une
mère choréique peut donner le jour à un enfant rhumatisant.

�302

ROUX.

Le plus souvent le rhumatisme précède la chorée. Prenons
parmi les faits du jour un exemple en passant.
Un enfant de 12 ans, fils d'un vérificateur de l ’octroi de Mar­
seille, est a tte in t de rhum atism e articulaire aigu. Je suisappelé
auprès de lui le 8 a v r il, et je constate , avec une fièvre rhuma­
tism ale très ardente, une endopericardite grave.
Le sulfate de quinine à haute dose, uni à la digitale, aux vési­
catoires sur la région du cœ ur, procurent un amendement nota­
ble. Le 24 a v r il, je suis étonné de voir cet enfant, jusque là très
docile, agiter sa m ain dans la m ienne et ne plus me permettre
de compter les pulsations du pouls. Un examen plus attentif me
perm et de constater un commencement de chorée , qui s’accentue
de plus en p lu s, et les jours suivants j ’en suis au bromure de
p o tassiu m , etc.

La chorée n ’est-elle pas souvent l’expression du vice syphi­
litique ? Nous en avons vu des faits ; presque toujours elle
était accompagnée de syphilides cutanées et muqueuses.
La chorée est-elle bien rare dans l ’intoxication saturnine?
malgré les doutes émis par M. Emile Quantin , nous pouvons
affirmer l’avoir constatée dans nos hôpitaux.
Quant à la chorée mercurielle, nous en avons en ce moment
dans notre service un exemple fort remarquable.
Dans les premiers mois de la présente année, nous avions
eu à traiter des ouvriers étameurs atteints de tremblement
hydrorgyrique. Le sulfure de fer mono-hydraté, les bains
sulfureux nous avaient procuré des résultats fort satisfaisants;
un ouvrier étameur, encouragé par la guérison de ses camara­
des , se présente dans nos salles, mais chez lui le tremblement
hydrargvrique a dégénéré en une véritable chorée. L’affaiblis­
sement de l'innervation de stabilité est accompagné d’un état
de parésie remarquable :
Cet homme nommé Horschmann , âgé de 35 ans, estunmiroitier étam eur de glaces depuis 1854. En 1860, il fut pris de stomatite
mercurielle grave. Guéri par le chlorate de p o tasse, il resta deux
années sans indices d ’intoxication ; m ais pendant l’année 1862 il
s’aperçut que ses bras étaient agités par des secousses et le siège

RHUMATISME.

303

de vives douleurs. Le repos et les bains sulfureux le remirent en
assez bon état. Il v in t travailler à Marseille ju sq u ’en 1867, époque
où le trem blem ent reparut plus intense et plus prononcé dans
les jam bes, qui étaient aussi le siège de douleurs plus intenses
que les bras.
Les bains de vapeur et sulfureux apportent un amendementtemporaire. En 1870, à partir du mois de janvier, Jes douleurs revien­
nent très violentes dans les membres, en proie à des secousses
choréiques. Il entre alors dans mon service de la Conception ,
teint pâle , anémié , chairs molles, parole embarrassée , gencives
tuméfiées, dents noirâtres mais solides. Les douleurs sont plus
marquées dans le bras gauche, surtout par les temps pluvieux,
rien à noter du côté du tube digestif, le sommeil est souvent
troublé par des rêves pénibles.
Traitement.— Sulfure de fer m onohydraté, vin de quinquina.
Le 21 ja n v ie r, nous faisons lever le malade devant nous; sa
marche est chancelante, il titube ; si l ’on ferme un instant ses
yeux , le trem blem ent redouble et devient tel que la station est
impossible et qu’il se jette en toute hâte sur son lit pour éviter
une chute imminente. Tout son corps est agité de convulsions
choréiques des plus violentes, augm entant encore lorsqu’on le
regarde.
Même Traitement.— Nous ajoutons l’usage du sirop de sulfate de
strychnine d’après la formule de Trousseau. Les secousses devien­
nent intolérables, et nous sommes amenés à employer le bromure
de potassium ( de 4 à 6 grammes par jour ).
Les secousses sont alors moins violentes et le malade peut
faire quelques pas sans chanceler.
Le 26, engourdissem ent du bras gauche (on croirait, dit le
malade , que tout le mercure a passé dans ce bras ).
Le bromure est porté h 5 grammes et le sulfure de fer )\2 gram ­
mes, le mieux continue ju sq u ’au I" mai..
A ce m om ent, le bras droit est pris à son tour de picotem ent,
de douleurs et devient plus immobile que le gauche. La volonté
n’a plus d ’action sur l u i , on est obligé de faire manger et boire le
malade , qui souffre cruellement dans l’axe des bras. Bains sulfu­
reux , bromure de potassium , 6 gram m es, sulfure de fer.
Le 9 m ai, le trem blem ent augm ente,les douleurs s’exaspèrent,
le malade cesse de nouveau de pouvoir porter ses mains à sa

�304

ROUX.

bouche, sa voix est inintelligible; à diverses reprises, il se fait
attacher pour m aîtriser l’agitation de ses membres.
J ’ai alors recours à l ’hydrocvanate de fer uni à la valériane,
d ’après la méthode instituée par mon père , le professeur Roux
de B rignoles, pour com battre la chorée et les affections épilep­
tiformes. Un amendement notable se m anifeste, quelques douches
froides sont ajoutées au tra item en t, le m alade peut alors s’expri­
mer plus facilem ent, les phrases sont m oins interrompues, il
reprend l’usage de ses m ains qu'il peut porter à sa bouche, tenir
sa pipe, son livre. Mais ce m édicam ent ne peut être longtemps
toléré par l ’estomac. Le brom ure est alors repris et la maladie,à
partir de ce m om ent, m arche rapidem ent vers une issue favora­
ble, ju sq u ’au 6 ju in , époque où nous constatons une recrudescence
rapidem ent réprimée par l’usage du cyanure de potassium aladose
de 0,01 c. Le 17, le malade est satisfait de son état, mais il éprouve
des douleurs dans les genoux et une parésie qui nous fait suppri­
m er le cyanure de potassium . On constate chez ce malade une
éruption herpétique et un peu de prurigo.
Le 30 ju in , l ’état du malade est des plus satisfaisant, la marche
est encore chancelante, m ais les forces reviennent sous l’heureuse
influence des bains sulfureux et des ferrugineux.
Nous avons revu ce malade trois mois après complètement
guéri.
La ressemblance sym ptom atique des résultats peut évidemment
être attribuée ù des lésions d ’ordres voisins produites par des
causes spécifiques analogues.
L’esprit ne répugne nullem ent à adm ettre q u e, si certains
empoisonnements am ènent à leur suite des derm atoses, des lésions
des muqueuses et séreuses, des névroses cérébro-bulbaires,
caractérisées par des mouvements vicieux altérant le mouvement
volontaire (par une hyperkinesie de l’appareil de transmission et
de coordination motrices ), la rhum atose, qui s’accompagne du
même cortège, ne puisse être considérée comme le résultat d’une
intoxication.
Il y a quelques années, on ne connaissait que l’endocardite
rhum atism ale, aujourd’hui personne n ’ignore qu’il existe des
endocardites puerpérales, typhoïques, syphilitiques, alcooliques,
ou secondairement liées à des fièvres é ru p tiv e s, scarlatine, variole,
rougeole , à des exanthèm es, érysipèle , érythème papuleux et
nerveux, etc. Ces maladies naissent d u n e cause différente du

TÉTANOS.

305

rhum atism e, m ais toutefois ces causes sont des infections de
l’organisme, des intoxications.
Ce n'est point évidemment le processus pathologique des lésions
qui diffère beaucoup. Les caractères anatomiques se ressemblent
dans presque toute endocardite. L’état général du malade est infecté
de germes morbifiques , de virus différents. Mais le résultat est
toujours un affaissem ent, un appauvrissement de l’économie.
Si nous invoquions au secours de notre thèse les arguments que
nous présente la thérapeutique du rhumatisme , nous serions bien
près de revenir à la donnée des anciens, Stoll, Sydenham, cher­
chant à élim iner par tous les moyens, par toutes les voies, la
matière morbifique. Comment agissent les purgatifs, les sulfureux,
l’iodure de potassium , le sulfate de quinine dans les empoisonne­
ments et dans le rhum atism e ?
Naturam morborum curationes ostendunt.

HOPITAL DE LA CONCEPTION.
( S e r v i c e d e M. S e u x . )

Gangrène pulmonaire. — Tétanos. — Mort.
( Observation et réflexions par M. Coste, interne des hôpitaux.)

La nommée Audier Marie, née h Alloux (Basses Alpes), âgée de
46 ans, journalière, entre le Ifi avril 1868, salle Ste-Berthe, n* 29,
à 4 heures du soir, service de M. Seux pere.
Cette malade nous raconte que, quinze jours avant son entrée,
elle fut prise d’un frisson intense, suivi d’une douleur vive au
dessous du mamelon gauche, douleur qui persiste encore aujour­
d'hui. Les crachats, d’abord jaunes rougeâtres, deviennent un peu
blanchâtres, puis verdâtres.Tel est le récit qu’elle nous fait de sa ma­
ladie et cela sans desserrer les dents, ce qui nous frappa, et, cher­
chant à nous en rendre compte, nous voulûmes écarter les arcades
dentaires, mais n o usn’y parvînmes qu’après bien des efforts, tant
était grande la constriction des mâchoires. Notre malade nous
assura alors qu ’elle ne pouvait ouvrir la bouche depuis deux jours.

�306

COSTE.

Pour examiner la poitrine, nous voulûm es la faire asseoir sur son
lit, elle ne le p u t et nous constatâm es alors encore, en l'aidant à se
relever, q u ’ellese soulevait to u td ’une pièce, au point que la station
assise était presque impossible. Voici les symptômes fournispnr le
thorax. A la percussion, m atité à gauche, en avant et en arrière,
légère subm atité en avant et à droite. A l ’auscultation, souffle
au sommet gauche ; dans le reste du poumon, surtout à la partie
médiane, souffle intense avec œ gophonie. A droite, la respiration
est supplém entaire, mais un peu rude en avant. Pouls fréquent,
petit et dépressible, peau m âte, face p âle, pas de douleur à la
nuque. Mort au bout de quelques heures.
Autopsie faite 28 heures après. Le cadavre est déjà en putréfac­
tion. Le poumon droit ne présente q u ’un peu de congestion cada­
vérique, à la partie postérieure, et quelques adhérences en avant.
Le poumon gauche adhère, dans toute son étendue, à la plèvre
costale. On remarque, à la partie inférieure du lobe supérieur, une
vaste poche s’étendant, dans quelques points, ju sq u ’à la plèvre et
remplie par un détritus p u trilagineux, noir, verdâtre et fétide.Les
parois présentent quelques plaques jau n âtres ressemblant à delà
diphthérie. Le reste du poumon est congestionné, surtout aux en­
virons de la poche. Le lobe inférieur est hépatisé, rouge,
non crépitant et gagnant le fond du vase. Le foie congestionné,
laisse échapper à la coupe du sang noir mêlé à des bulles de gaz
fétide. La rate est aussi congestionnée.
Le col de l ’utérus présente, à sa partie supérieure et dans ses
parois, un œ uf de Naboth, rem pli d ’une m atière glaireuse. Le
corps de la m atrice est dévié à droite. Au m ilieu du conduit de la
trompe gauche, se voit un kyste, de la grosseur d’une noix, con­
tenant une matière sem i-liquide, jau n âtre, un peu granuleuse,
ressemblant à du m astic. Dans le trajet compris entre ce kyste et
le pavillon de la trompe, on rem arque encore quelques petits
kystes séro-sanguins. La trompe gauche est oblitérée et présente
à sa partie interne, dilatée, un liquide visqueux et verdâtre.
Les autres organes n ’ont pas pu être exam inés.

Cette observation se prêterait à des considérations très inté­
ressantes sur les kystes de la trompe ou sur le diagnostic diffé­
rentiel de certaines lésions du poumon et de la plèvre. Mais,
nous les laisserons de côté, pour ne parler que du tétanos qui,
au point de vue de sa rareté, comme complication de gangrène

TÉTANOS.

307

pulmonaire, et des diverses théories émises sur sa pathogénie,
comporte parfaitement aussi certaines considérations que
nous demanderons la permission d’exposer.
Le tétanos a été divisé : 1° en tétanos spontané (tétanos à fri­
gore); 2° en tétanos traumatique ; 3° en tétanos toxique ou par
infection du sang.
Si nous tenons compte des renseignements fournis par notre
malade, nous voyons, que ce n’est pas dans la première classe
qu’il faut faire entrer le cas dont nous parlons. En effet, Marie
Audier, bien que malade pendant le mois d’avril, n’a pas subi
de changement brusque de température. Elle a été soignée chez
elle, convenablement, et nous ne croyons pas qu’on voudra
mettre en cause un changement brusque de température qui
serait passé inaperçu pour notre malade. Nous ne croyons
pas, non plus, qu’on voudra considérer, comme cause du téta­
nos, le refroidissement problématique qui a précédé la pneu­
monie du début. Au reste, la période que nous appellerons
période d’incubation, et qu’on remarque quelquefois dans le
tétanos à frigore, n’est jamais aussi longue. Nous laisserons de
côté le tétanos rhumatismal, car, outre que notre malade n’a
jamais offert de symptômes de cette maladie, il est aujourd’hui
reconnu que le tétanos rhumatismal n’est, autre que le tétanos
à frigore.
Passons maintenant au tétanos traumatique, c’est-à-dire, à
celui qui est consécutif à une plaie quelconque.
Si nous tenons encore compte des renseignements fournis
par notre malade et de l’examen que nous en avons fait, nous
voyons que cette redoutable complication ne doit pas être
attribuée à une cause semblable.
Notre malade n’avait pas reçu de coup, elle ne portaitaucune
trace de plaie et on ne mettra pas le tétanos sur le compte de
la cicatrice laissée sur le dos par un vésicatoire qu’on avait
appliqué au début de la pneumonie.
Se basant sur quelques exemples de tétanos consécutifs à
une plaie de la face, on pourrait nous objecter que, comme le
trijumeau, le pneumogastrique est un nerf mixte, au moins
après à son origine, et que, si une lésion du premier a pu eau-

�COSTE.

ser le tétanos, par analogie, on peut dire que la lésion du
second pourrait la causer aussi, bien que le fait n’ait pas encore
été observé à notre avis. Et d’abord, bien que le pneumogastri­
que soit de même nature que le trijumeau, peut on admettre
que l’irritation consécutive à la mortification d’un tissu soit
la même que celle qui résulte d’une plaie? Dans la gangrène,
le tissu nerveux, comme le tissu musculaire, se putréfie et le
bout sain du nerf qui baigne peut-être encore dans le détritus
gangréneux ne saurait être assimilé à celui qui se trouve dans
une plaie quelconque cause de tétanos. Dans le second cas, il y
a irritation du nerf soit par un corps étranger, soit par la lésion
du nerf lui même; dans le premier cas, il y a section par mor­
tification.
Le tétanos qui nous occupe, ne pouvant faire partie des deux
premières classes, doit nécesairement entrer dans la troisième,
c’est ce que nous allons tâcher de démontrer en prouvant la
possibilité du tétanos par infection du sang.
Nous ne dirons rien de l’idée de Rosen, voulant faire revivre
la vieille opinion qui assimile le tétanos à la rage et considère
cette affection comme une maladie primitive du sang. « Onne
peut pas nier, dit Billroth, qu'il n’y ait entre ces deux maladies
une grande ressemblance. La preuve de leur similitude serait
donnée, si l’inoculation du sang ou du pus d’un individu téta­
nique pouvait produire la rage chez les animaux. » Cette ex­
périence, qui n’a pas été faite encore, ne donnera certainement
aucun résultat* Ces deux maladies présentent, il est vrai, une
certaine analogie, leur nature n’est pas la même, cependant,
et, les lisses sublinguales, signe pathognomonique qu’on re­
marque chez les individus atteints d’hydrophobie, n’ont jamais
été remarquées chez les tétaniques.
La théorie du tétanos par infection du sang, qui avait cours
autrefois dans la science, est aujourd’hui presque abandonnée
en France. Elle trouve encore, à l’étranger, de puissants par­
tisans.
D’après les défenseurs de cette théorie : « On devraitadmettre
l’existence de germes qui se développeraient sous l’influence de
conditions atmosphériques convenables. Leur introduction

TÉTANOS.

309

par la peau ou par les muqueuses n’offrirait aucune difficulté
pour expliquer le mode de production du tétanos spontané.
Dans le tétanos traumatique, la plaie servirait déporté d’entrée
et, si l’affection reste parfois localisée, se serait au même titre
que l’angioleucite et l’erysipèle, etc.» MM. Arlouing et Tripier,
à qui nous empruntons les quelques lignes qui précédent,
dans un travail ayant pour titre « Recherches sur la pathogénie
et le traitement du tétanos. » publié dans les Archives de physiologie du mois de mars dernier, ont divisé les théories émises
sur sa pathogénie en théorie humorale, ou par infection du
sang, et en théorie nerveuse, ou par irritation du système ner­
veux, et, se basant sur quelques expériences, ils concluent que
«le tétanos est toujours le résultat d’une irritation transmise à
la moelle par les nerfs périphériques ». Que ces auteurs me per­
mettent de leur dire que si l’insuccès de leurs cinq expériences
faites au moyen du sang ou du pus de tétanique « ébranlent la
théorie humorale » leurs expériences, plus nombreuses et tout
aussi probantes que les premières, faites au moyen des irritants
mécaniques et galvaniques sur les nerfs, ne consolident pas la
théorie nerveuse, et, comme ils le disent plus loin, pour cette
dernière théorie, « il serait peut-être rigoureusement indis­
pensable de faire de nouvelles tentatives. ... et s’il ne croient
pas qu’il soit possible, avec ces seuls moyens ( mécaniques et
galvaniques), d’arriver à produire un véritable tétanos », nous
serions, nous aussi, d’avis « qu’on se plaçât dans d’autres con­
ditions pour démontrer son imposibilité par infection du sang.»
Mais revenons un peu sur les expériences qui semblent
détruire la théorie humérale. MM. Àrloing et Tripier ont injecté
deux fois, sans succès, du pus de tétanique, une fois dans la
veine fémorale d’un lapin ( la quantité du pus n’a pas été me­
surée ) et une autrefois, environ Gcent, cubes, dans la veine
fémorale d’un chien. Dans une deuxième série d’expériences,
ils ont injecté dans la veine fémorale d’un lapin et d’un chien
environ, chaquefois, Gcent, cubedesang. Etces deux injections
n’ont encore donné aucun résultat.
Pour les expériences faites sur les lapins, ces auteurs recon­
naissent eux mêmes « qu’elles laissent peut-être à désirer parce

�310

COSTE.

qu’on arecueillile pus et le sang sur des sujets morts depuis
vingt quatre heures au moins et que les germes que produi­
raient le tétanos ont eu le temps d’être détruits ». Mais sait-on
si les lapins ne sont pas réfractaires au tétanos ? Ces auteurs
avouent, eux mêmes, qu’il n’existe aucune observation authen­
tique de cette affection chez ces animaux.
Leurs expériences faites sur des chiens, au moyen du sang
ou du pus recueilli sur des tétaniques vivants, n’ont pas
donné de meilleurs résultats. Aussi, de peur qu’on ne leur
objecte que le tétanos ne se transmet pas de l’homme aux
animaux, ou d’un animal à un animal d’une autre espèce,ils
ont injecté dans la jugulaire d’un cheval 200 grammes de
pus pris sur un cheval tétanique ; le thermomètre a oscillé
pendant huit jours entre 38°1,5 et 38°,3,5, et jamais cet ani­
mal n’a présenté de trace de tétanos. Nous avouons que cette
dernière expérience parait assez concluante. Mais peut-on, sur
une seule expérience (nous leur en accordons même trois, bien
qu’il n’y ait encore qu’un seul cas de tétanos observé chez les
chiens, ce qui tendrait à prouver que ces animaux ne sont
guère aptes à contracter cette maladie), peut-on, disons-nous,
se baser sur un si petit nombre d’expériences pour détruire
une théorie qui ne manque pas de certains fondements?
Avant les remarquables recherches de M. Sédillot sur la
pyoëmie, plusieurs pathologistes avaient essayé, vainement,
de démontrer, par l’expérimentation, que cette redoutable
complication des plaies chirurgicales était due à l’introduction
du pus dans le sang. M. Sédillot lui-même, dans ses premiè­
res recherches, ne fut pas plus heureux, et, ce n’est qu’après
avoir modifié son manuel opératoire, qu’après avoir fait
de petites injections successives, ce qui, entre parenthèse, le
plaçait dans les mêmes conditions que l’absorption normale,
et ce n ’est même qu’après bien des insuccès, qu’il finit par
découvrir la théorie de l’infection purulente, qui est, certes,
un de ses plus beaux titres de gloire. Que serait-il advenu si,
après ses premières expériences, il se fût dit : « ce résultat est
très-important et démontre d’une façon péremptoire qu’on ne
peut pas causer » l'infection purulente « par transfusion du

TÉTANOS.

311

pus?» Nous n ’aurions peut-être pas encore la clef de la ré­
sorption purulente.
Qu’un premier insuccès n’arrête donc point MM. Arloing et
Tripier dans les belles recherches qu’ils ont entreprises. Si,
après avoir varié etmultiplié leurs expériences, ils n’obtiennent
aucun résultat, ils pourront dire alors « la théorie humorale
est renversée. »
Mais là ne sont point toutes les objections faites à la théorie
du tétanos par infection du sang. Dans diverses séances de la
Société de chirurgie, du mois d’avril dernier, plusieurs mem­
bres de cette savante Assemblée, entr’autres M. C. Sequard,
se sont aussi élevés contre cette théorie. Devant une autorité
si imposante, à laquelle vient s’adjoindre celle d’un physio­
logiste si éminent, notre devoir serait peut-être de nous taire
et d’abandonner une théorie qui compte de si puissants con­
tradicteurs. Nous demanderons , cependant, la permission
d’aller jusqu’au bout, de discuter, dans la mesure de nos
forces, les objections qui sont encore faites à cette théorie,
et de démontrer, en apportant des objections à son appui, que
le tétanos par infection du sang ne doit pas toujours être
rejeté.
« On ne doit pas s'appuyer, dit M. B. Sequard, sur les effets
de la strychnine et des autres agents tétaniques pour démon­
trer la possibilité du tétanos par infection du sang. La res­
semblance, ici, n’est qu’imparfaite, attendu que ces poisons
agissent sur tout l’axe cérébro-spinal à la fois, tandis que le
tétanos, borné parfois au membre lésé, n’intéresse que des
points limités de la moelle. » Si on n’admet que le tétanos
réflexe, soit, mais si on admet le tétanos par injection du
sang, on doit admettre aussi que, comme dans l’empoison­
nement,le produit septique charrié par le sang, doit forcément
agir en même temps sur toute la moelle.
Du reste, dans le cas de Richardson, cité parM. B. Sequard,
dans celui de Bardeleben et dans une foule d’autres, où la
mort est survenue au bout d’un quart d’heure, et même au
bout de quelques minutes, ne peut-on pas dire aussi que l’ac­
tion réflexe a retenti, au moins dans quelques cas, sur toute

�COSTE.

TÉTANOS.

la moelle dans un temps presque aussi court ? A moins qu’ou
ne veuille attribuer ces tétanos à une autre cause qu'à faction
réflexe.
D’après M. B. Sequart, dans les cas de tétanos toxique, toute
la moelle est congestionnée, tandis que cette congestion est
localisée dans le tétanos réflexe. « Ce qui explique, dit-il, pour­
quoi les bras ne sont presque jamais atteints dans les cas de
tétanos même les plus violents. » La congestion de toute la
moelle cependant a été notée ; de plus, les pathologistes sont
unanimes à reconnaître que les membres supérieurs sont
aussi bien atteints que les membres inférieurs. Seulement,
les premiers sont presque toujours dans la flexion, particula­
rité qui a pu passer souvent inaperçue, tandis que les seconds
sont le plus souvent dans l’extension. Budge et Wollsman ont
même voulu expliquer la cause de cette différence dans la
position des membres chez les tétaniques.
L’éminent physiologiste, se basant ensuite sur les statis­
tiques de Frerich, Lawrie etPoland, ajoute que, ce qui prouve
encore que le tétanos n’est pas dù à une intoxication, c’est
qu’il n ’a jamais été observé à la suite des grandes opérations
chirurgicales.
M. Legouest, cependant, rapporte que, lors de la campagne
d’Orient, sur 23 cas observés dans l’armée anglaise, 5 succé­
dèrent à des amputations ; etDemme, cité par le même auteur,
a recueilli dans les hôpitaux d’Italie, pendant la campagne de
1859, 86 cas de tétanos, dont 22 survenus aussi à la suite
d’amputations. Dans le premier cas, c’est un peu plus du
quart, dans le second c’est environ le tiers. Ces chiffres dispen­
seraient presque de commentaires.
« Enfin, ditM. B. Sequart, le traitement lui-même vient à
l’appui de notre manière de voir, attendu que, si le tétanos
était réellement un empoisonnement, on aurait pu trouver
un antidote. » Il y a plusieurs autres maladies infectieuses
dont la nature n ’est point contestée et dont l’anlidote est, ce­
pendant, encore à chercher, malgré la foule innombrable des
prétendants qui encombrent les cartons de F Académie, et dont
plusieurs ont déjà subi le même sort que celui que commence

à éprouver le dernier venu, le chloral. Les cas de guérison
obtenus au moyen des traitements les plus opposés, tendent,
au contraire, à prouver que la nature du tétanos n’est pas tou­
jours la même.
S’il y a toujours action réflexe, comment expliquer, dit
avec raison M. Desprès, la fièvre avec frisson initial qui an­
nonce le début du tétanos promptement suivi de mort?
« La prédisposition, dit encore M. B. Sequard, joue un
grand rôle dans la production du tétanos.» Et c’est à-cette pré­
disposition, qui fuit dans l’Inde et chez les nègres au devant
de la civilisation européenne, qu’il faut, sans doute, attribuer
les épidémies de tétanos survenues à la suite des plaies les
vplus diverses : ici, d'une fracture par écrasement ; là, d’une
saignée, plus loin d’une amputation ou d’un accouchement,
ces deux plaies, l’une chirurgicale, l’autre physiologique, qui
donnent si souvent accès, la première, à l’infection purulente,
et la deuxième, à l’infection puerpérale.
A l’appui de cette même prédisposition, se manifestant
ainsi d’une manière épidémique, quelques auteurs ont joint
l’effet du refroidissement. Cependant, au dire de Pirrogoff, le
tétanos est très rare en Russie, et cet illustre chirurgien de
Moscou n’a vu succomber que cinq individus à cette terrible
&lt;affection pendant une période de 23 ans.
11 est vrai que ce sont à ces mêmes changements brusques
de température que Larrey, Bégin et d’autres illustres chirur­
giens militaires ont attribué les nombreux cas de tétanos qui
décimèrent autrefois nos armées. Mais ce qu’on ne doit pas
oublier non plus, c’est que, vu le trop petit nombre d’ambu­
lances, nos malheureux blessés, après être restés bien souvent
des journées entières couchés sur le champ de bataille, étaient
ensuite parqués par milliers dans les premiers réduits venus,
où ils ne recevaient que rarement des soins, que le manque
de chirurgiens et d’objets de pansements rendaient encore plus
insuffisants. Aussi, lorsque plus tard le service médical des ar­
mées fut amélioré, M. Legouest, faisant allusion à ces mêmes
chirurgiens, ne put s’empêcher de dire : « nous n’avons point
observé que le tétanos fut très-fréquent dans les hôpitaux de

312

313

21

�314

OOSTE.

Constantinople, situés la plupart sur le Bosphore, et qu’il se
manifestât plutôt dans la saison froide que dans la saison
chaude. Néanmoins, Bapparition du tétanos à la suite des va­
riations brusques de l’atmosphère ou sous l’influence de l’hu­
midité a été notée si souvent par les chirurgiens, que nous ne
pouvons faire autrement que de Vadmettre. (L egouest.— Traité
de chirurgie d'armées. )
Bien plus, sous les tentes et sous les hôpitaux-barraques, où
la ventilation et la température ne sont pas toujours très-mo­
dérées, « le tétanos, dont on aurait pu redouter le développe­
ment, ne s’y est pas jusqu’à ce jour manifesté d’une façon
insolite. » (Michel-Levy et E. Périsseau. Dict. eue. art. Camp).
Chose remarquable, c’est sous ces mêmes abris que sout
venus expirer, lors de la rude campagne de Crimée, entre
autres, les maladies infectieuses, telles que le typhus, le cho­
léra et la dyssenterie, et que, dans toutes les guerres où ces
mêmes abris ont été employés depuis, la pourriture d’hôpital
et l’infection purulente ont compté très peu de victimes.
Quoiqu’il en soit, est-ce sur le compte du hasard, de la pré­
disposition ou de l’action réflexe qu’on mettra ces cas de téta­
nos, pour ainsi dire contagieux, survenus subitement dans les
hôpitaux, s’emparant de deux ou trois malades, souvent voisins
de lit, atteints de lésions les plus diverses et le plus souvent
insignifiantes ? Gomment expliquer, par l’action réflexe, le cas
de B. Travers, survenu chez un individu anémique, et celui
qui fait l’objet de cette discussion, observé chez une malade
présentant une vaste poche gangreneuse au milieu du paren­
chyme pulmonaire ? Si le tétanos est toujours le résultat d’une
irritation transmise à la moelle par les nerfs périphériques,
comment expliquer le cas de Gresinger qui, chez un tétani­
que, trouva une intumescence des plaques de Peyer et une
obstruction des pyramides rénales par des cylindres récents ?
Aussi M. Jaccoud, à qui nous empruntons ce dernier fait, se
hâte-t-il d’ajouter : « Il serait prématuré, sans doute, d’accep­
ter l’opinion de Poser et de Richardson, qui regarde le tétanos
comme une maladie spécifique infectieuse; mais, si des obser­
vations semblables à celles de Gresinger se multiplient, il fau­

TÉTANOS.

315

dra bien reconnaître que le système excito-moteur n'est pas
seul eu cause et que le sympathique a une part dans la produc­
tion des phénomènes morbides. »
Loin de nous, cependant, la prétention de considérer tou­
jours le tétanos comme du à une infection du sang, ou d’ad­
mettre, avecM. Desprès, que l’irritation de la portion ou de la
totalité d’un nerf est tout dans le tétanos, au moins dans le
début. N’aurait-il, en effet, que les faits classiques de Dupiiytren, de Frerich et de Mirbeck, que le tétanos reflexe, par
irritation d’un nerf, ou par refroidissement, ne saurait être
rayé du cadre nosologique. Mais si la paraplégie et la paralysie
de la moelle, c’est-à-dire la diminution maximum de la force
excito-motrice d’une partie ou de la totalité de cet organe,
peut être produite par l’action reflexe ou par un état particulier
du sang, ne peut-on pas soutenir aussi, se basant sur l’expé­
rimentation. sur quelques faits cliniques et sur une analogie
de siège de production, que le tétanos, qui est l’expression de
l’excitation maximum de cette même force excito-motrice,
peut être produit aussi: 1° par Vaction reflexe ; soit que cette
action reflexe prenne sa source dans un nerf périphérique lésé
(tétanos traumatique). soit dans l’excitation des nerfs cutanés
sensitifs (tétanos à frigore) ; 2° par une excitation directe de la
moelle produite par un état particulier du sang, tétanos que
nous appellerons dyscrasique et qui serait le résultat de l’ané­
mie ou de l’intoxication du sang ; soit par un poison, soit un
virus particulier introduit dans l’économie, par une surface
muqueuse ou par une plaie.
Au reste, sans recourir à une analogie qu’on pourrait con­
sidérer comme forcée, et tout en restant dans le même genre
d’affection, nous ajouterons enfin pour notre défense. Il est
généralement admis, aujourd’hui, que la tétanie (affection que
nous appellerons, si on veut bien nous permettre l’expression,
un tétanos en miniature), peut être produite, soit par action
reüexe (tétanie primitive), soit par un état particulier du sang
(tétanie secondaire).Or,ne pourrai t-onpas reconnaître les mêmes
origines à deux affections, dont les symptômes sout identiques,
à part leur étendue, symptômes qui, en se généralisant daus

�SAUVET.

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

la tétanie, peuvent simuler un véritable tétanos (Jacoud) et
présenter la même terminaison ?
On pourrait, en adoptant cette théorie, que nous osons à
peine émettre, tant elle est en contradiction avec les idées
reçues, plus facilement, peut-être, se rendre compte des cas de
tétanos dans lesquels l’action reflexe ne saurait jouer aucun
rôle, trouver la clef de ces épidémies et surtout de ces cas,
pour ainsi dire contagieux, qu’on attribue si gratuitement au
refroidissement et à la prédisposition , expliquer enfin pour­
quoi cette fièvre et ce frisson initial qui précède le tétanos
promptement suivi de mort. De plus, aidé des ressources fé­
condes de l ’expérimentation physiologique, on pourrait peutêtre aussi un jour, confiant dans l’avenir de la thérapeutique,
trouver les remèdes appropriés à cette redoutable maladie,
sans être obligé d’abandonner de temps en temps un médi­
cament qui n’a pour tout mérite que la nouveauté, et dont les
effets ne servent à constater, le plus souvent, mais trop tard,
qu'il n’est cause que d'irréparables revers.

et que quand l’hypertrophie envahit toute la glande, elle est ordi­
nairement plus considérable sur le lobe droit, ce qui résulte de
l’état anatom ique des parties, qui laisse le sang noir refluer plus
facilement dans les veines thyroïdiennes inférieures droites que
dans celles du côté gauche.

3 IG

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE."’
Annales medico-psychologiques.
Mémoires originaux. — Pathologie. (Suite.)
Un cas de pellagre des aliénés (j)ar le D' Brunet, directeur-médecin
de l’asile d ’aliénés de Dijon) avec stu p id ité , érythème solaire
des mains et des paup ières, diarrhée, œdème , défaut de coordidination des mouvements. Guérison de l ’érythèm e ; persistance
des autres symptômes. M o rt, lésion du cervelet. Sudamina du
gros intestin. Observation très détaillée et très complète.
Étiologie du goitre, par le même auteur. Il résulte de 120 obser­
vations recueillies par M. B ru n e t, que cette affection débute le
plus souvent par l’hypertrophie du lobe droit du corps thyroïde
(1) Voir nu 7, page 48.

317

Recherches sur la folie passagère, par le Dr de Krafft-Ebing, méde­
cin de l’asile d ’Illenau. Ce travail du médecin Badois, traduit par
le Dr Doumic, constitue une excellente monographie des Troubles
passagers du sensoriurn, qu'il étudie au point de vue clinique
et médico-légal. Dans le rêve, le moi conscient est totalement
absent, il n ’exerce ni action ni contrôle et il n ’est pas possible
d’établir q u ’un individu ait commis un acte criminel en rêvant.
Il en est de même de la somnolence et du somnambulisme, mais il est
si difficile de s’assurer et de prouver que les faits incriminés ont
été accomplis dans ces états pathologiques, que le médecin légiste
devra se ten ir à cet égard sur la plus grande réserve. L’auteur
considère également comme un résultat de la maladie les actes
commis pendant Yivresse alcoolique et pendant le narcotisme pro­
duit par l’ingestion de certaines substances ou par les anesthé­
siques, tels que l ’éther et le chloroforme. Nous ne partageons pas
l’opinion de l’auteur relative aux actes criminels de l ’ivrognerie,
mais il est certain que le délire survenant pendant le paroxysme
et dans la période décroissante des maladies fébriles, que les
grandes névroses et leurs transformations psychiques, telles que
la manie épileptique, les troubles transitoires de la conscience
chez les hystériques et les hystéro-épileptiques, la dysthymie
névralgique transitoire présentent presque toujours un état d’in­
conscience manifesté dans l'accomplissement des actes réputés
crim inels. La manie transitoire, le raptus mélancolique ou anxiété de
l’âme tellem ent vive que toutes les autres idées en sont complète­
m ent absorbées, les émotions pathologiques, la confusion du sentiment
et enfin les troubles transitoires du sensoriurn pendant l’accouche­
ment et l’état puerpéral sont évidemment pour l’auteur comme pour
tous les aliénistes des variétés de la folie passagère dans la
période desquelles l’absence du moi conscient enlève tout carac­
tère de crim inalité aux actes du malade.
Dans cette courte analyse du travail de M. de Krafft-Ebing
nous n ’avons fait ressortir qne les conclusions médico-légales,
négligeant les considérations cliniques auxquelles nous aurions
voulu nous arrêter plus longtemps, car elles donnent une grande

�318

SAU VET.

précision au diagnostic différentiel des diverses folies transi­
toires dans la classification qu’il a cru devoir adopter.
Journal de médecine m entale du Dr Delasiauve.
Observation de folie partielle par M. Achille Foville.
M. X . . avait contracté depuis quelque temps des habitudes
de malpropreté dégoûtante , h ab itan t un taudis in fect, vêtu de
sales haillons, il parcourait la v ille , servant de risée aux gamins
par le cynisme de ses propos et l’extravagance de ses actes. Jouis­
sant d ’un revenu de dix mille fra n c s, il ne dépensait rien pour
lui-m êm e, vivait m isérablem ent, m ais il achetait à tort et à
travers toute sorte d'objets sans v aleu r, si bien qu’il contractait
des dettes et avait été saisi deux fois. Bref, tous ses actes étaient
ceux d ’un insensé ; mais il avait conservé uno certaine suite dans
ses idées et le plus souvent il ne déraisonnait pas en paroles.
Une fois séquestré dans l’asile, M. X . . . se plaint avec animo­
sité , mais sans violence dans les paroles ni dans les actes, de la
mesure dont il a été l’objet. Sa conversation est toujours oalme,
ses propos .sont diffus, les phrases incidentes y dominent, mais
il revient toujours au sujet q u ’il a commencé. Chaque jour il
réclame sa liberté efr les sales vêtem ents q u ’il portait au moment
de son admission -, il écrit une dem i-douzaine de lettres dans
lesquelles se retrouvent les mêmes idées , qui toutes se rappor­
ten t à ses plans et à ses projets et dans lesquelles percent des
idées de grandeur et d 'a m b itio n , savoir : grande réforme agri­
cole, organisation d ’une brasserie populaire à la campagne, d’un
café restaurant dans une vieille église, d ’un vaste asile d’aliénés
pour la classe riche avec suppression des médecins aliénistes et
la présence constante de femmes agréables dans l ’asile pour
distraire les m alades; fabrication d’allum ettes chimiques en
paille : il s'occupe aussi de blason et de noblesse et s’attribue les
ancêtres les plus éloignés et les plus illustres. Telle est, en résumé,
l’observation de M. Foville , qui présente un intérêt tout parti­
culier au point de vue de la médecine légale; car suivant que
l ’on considérera séparém ent les actes ou les écrits et les paroles
du m alad e, l'opinion q u ’on se formera su r son état mental peut
être différente. Dans ses actes, l ’on reconnaîtra l'homme inca­
pable de vivre dans la société, de gérer ses affaires, l’aliéné
dangereux pour lui-m êm e, pour ceux qui l'entourent et sa séques­
tration sera jugée indispensable. Dans ses écrits et ses paroles,

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

319

tout indiquera à coup sûr que l’intégrité de ses facultés intellec­
tuelles n ’est, pas complète , mais le calme de ses paroles, l’enchaî­
nement de ses idées, l’absence de tout délire aigu pourront en
imposer à l’observateur , lui persuader que le malade est complè­
tement inoffensif, q u ’il a affaire à un être bizarre, original,
ambitieux mais dont la séquestration n’est pas nécessaire.
C’est le plus souvent dans celte catégorie qu’il faut ranger les
aliénés dont l’arrestation fait grand bruit et que le public igno­
rant, cédant aux incitations d ’une certaine presse, considère
comme illégale et arbitraire ; aussi est-il à souhaiter que l’auto­
rité judiciaire profite largem ent du droit de contrôle sur les
aliénés retenus dans les asiles, que la loi de 1838 lui confère, et
qu’elle prenne sur elle une partie de cette lourde responsabilité
que l’on fait à tort reposer sur les médecins aliénistes : quod
abundat non viciât.
Du chloral dans le traitement de la folie, par M. Delasiauve. —
Voici un article très-détaillé sur lequel nous devons nous arrêter,
car il résume d’une manière très complète l’histoire' thérapeu­
tique du chloral. C’est d’après une correspondance du The Lancet
de Londres que la Gazette médicale de Paris du 7 avril I8G9 fit
connaître que le Dr Liebreich, de Berlin, signalait le chloral comme
un excellent anesthésique. Le professeur Langen administrale pre­
mier ce médicament à la dose de l grains par la bouche et 2 grains
par la méthode endermique à une femme atteinte de delirium
tremens qui s’était fracturé l’humérus; il arriva à cette dose progres­
sivement et. obtint un sommeil de 14 heures. Encouragé par ce suc­
cès. M. Liebm'c/i donna à son tour 17i&lt;/clrate de cMora£ à un aliéné très
agité; a un pleurétique fatigué par des quintes de toux intolé­
rables; et à une dame atteinte d’une arthrite très aiguë et très
douloureuse : les doses varièrent de 1 gramme oO à 2 grammes 10
et en quelques m inutes il obtint un sommeil de plusieurs heures.
Un peu plus ta r d , M. Demarquay communique à l'Académie des
Sciences une première note sur les effets physiologiques de cet
agent., et il lui reconnaît les propriétés hypnotique et résolutoire
des membres : puis une seconde note dans laquelle il constate
que six individus sur vingt ont été réfractaires à son action; que
chez l’un d ’eux, 0 grammes n’ont procuré qu'un sommeil de trois
quarts d'heure ; qu’un autre, au contraire, déjà affaibli, avait été
endormi pour toute une après-midi avec un seul gramme; que la
débilité créait une aptitude spéciale; que dans 14 cas, le sommeil

�320

SAUVET.

était survenu au bout de 15 à 30 m inutes ; que plusieurs eurent
des hallucinations et des rêves ; enfin que sur un des malades il
s ’était manifesté une surexcitation notable suivie de fatigue.
Suivant MM. Dieulafoy et K rish a b e r, qui ont expérimenté sur
des lapins, on peut à volonté procurer l ’hypéresthésie ou l’anes­
thésie selon les doses; mais l’insensibilité, plus ou moins durable,
aboutit fréquem m ent à la mort.
Dans un mémoire présenté à l’Académie de Médecine, le 12
octobre , MM. L. Labbé et E. Gouzon constatent que le chloral
produit un sommeil précédé d ’une légère excitation , qui n’est
cependant pas de l ’hypéresthésie. M. L andrin a constaté que sur
des chiens on o b tie n t, aux doses de 1 à G grammes et selon leur
taille , la résolution m usculaire d ’ab o rd , l’hypnotisme ensuite et
enfin la perte de la sensibilité.
Dans son mémoire à l’Académie des Sciences, 2 novembre,
M. Bouchut dit que l ’action du chloral est plus lente et plus
durable que celle du chloroforme ; q u ’elle provoque quelquefois
une sorte d ’ivresse alcoolique qui n ’a rien de désagréable ; que
l ’hypérestliésie est exceptionnelle ; que l’anesthésie est habituelle,
en rapport avec la dose (2-3 gram m es) et les âges; qu’elle permet
les opérations douloureuses ; enfin , que l’auteur s’en est servi
avantageusem ent contre la chorée intense , les violentes douleurs
de la goutte , de la colique néphrétique et des dents. M. Laborde
se place à un autre point de vue et il constate que le chloral
peut occasionner des phlogoses très douloureuses, des nausées,
des lipothymies et des sueurs profuses. M. Personne s’est occupé
de la transform ation du chloral et il constate que, se décomposant
dans le sang en acide formique et en chloroform e, il s’élimine
sous forme de chlorure et de formiate de soude.
M. Auguste Voisin l ’a adm inistré à la dose de 2 à 3 grammes
sur des déments ou épileptiques agités et hallucinés, et il en a
obtenu une sédation rem arquable. Dans un cas de tétanos trauma­
tique , au huitièm e jo u r , M. Verneuil a obtenu le sommeil immé­
diat , la cessation de la contracture et l ’apaisem ent des souffrances;
il essaya alors de suspendre la m édication , les mêmes symptômes
se renouvelèrent et cédèrent graduellem ent à de nouvelles doses;
la guérison exigea un mois de traitem ent et 6 à 12 grammes de
chloral en potion.
Dans une discussion à la Société de Thérapeutique ( 7 Janvier 70),
M. Ferrand cite trois enfants attein ts de coqueluche persistante

REV U E MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

321

guérie par 75 centigram m es de chloral ; M. Moutard-Martin dit
l’avoir vainem ent employé contre une chorée , qui fut traitée avec
succès par le brom ure. M. Archambaud a employé le chloral ( 2
grammes) sur une dame atteinte d ’un zona, et qui vers 3 heures
du matin souffrait d’une manière intolérable; il obtint au bout
de 10 m inutes un sommeil qui dura de six il sept heures.
Les faits suivants ont été produits à la Société de Chirurgie le
23 mars 1870. M. Demarquay cite une malade de M. Serre de
Bassaume atteinte d ’éclampsie puerpérale : après 63 accès dans
l’intervalle desquels plusieurs saignées furent pratiquées, plu­
sieurs vésicatoires et ventouses furent appliqués et le sulfate de
quinine adm inistré, on recourut au chloral qui fut donné dans
une potion à la dose de 8 grammes; la malade n ’en prit que la
m oitié, les convulsions cessèrent et le sommeil reparut ; la gué­
rison fut complète au quatrième jour. M. Demarquay traitait luimême , pour une incontinence d’urine, un malade dont les douleurs
augmentées , malgré l'adm inistration de l'opium , furent calmées
par 9 grammes de chloral. M. Trélat traitait un blessé en proie à
un délire violent consécutif à un phlégmon diffus de la jambe ;
l’opium ayant échoué, 4 grammes de chloral arrêtèrent le désordre
cérébral. Après les succès déjà constatés par M. V erneuil, ce
chirurgien cite encore un cas de delirium tremens guéri par Chap­
man avec 50 grammes de chloral , et deux cas d’éclampsie, par
Rabl-Bùckard. Deux insuccès sont ensuite m entionnés: l’un par
M. Guyon, sur une femme dont le pouce avait été broyé : — Opisthotonos complet — le chloral procure d’abord le sommeil ; mais,
malgré la continuation du médicament , l’asphyxie se prononce
et emporte la m alade: l’autre, par M. Lefort, sur un malade
atteint d’une plaie contuse du pied et auquel il avait fallu prati­
quer la ligature des deux artères tibiales ; après des alternatives
dans lesquelles le chloral avait réussi, le malade finit par suc­
comber.
Nous arrivons m aintenant au travail duD r Jastrowitz, traduit par
M. le Dr Doumic. Suivant cet au te u r,l’hydrate de chloral doit être
administré dilué dans une décoction de guimauve additionnée de
sucxle réglisse pour en masquer l ’amertume. A petite dose, il agit
comme excitant du système nerveux; avec 4 ou 5 grammes, on ob­
tient un effet sédatif; à 6, 7, 8 grammes pris rapidement, ou en une
seule fois, la résolution de tout le système musculaire a atteint un
très hau t degré. Dans 10 cas de delirium tremens il a très-bien agi:

�3*2

SAUVET.

c’est un remède souverain, car il dim inue de beaucoup la durée
du délire. Dans 6 cas de m élancolie, son action a été nulle, excepté
chez une femme dont le délire, au début, a été guéri en six semai­
nes. Dans 16 cas do manie aigue et chronique, d ’agitation maniaque
chez des paralytiques et des id io ts , ce m édicam ent a constamment
agi de la même manière , les petites doses ont produit de l’excita­
tion , les fortes doses ont amené le sommeil ; mais leur adminis­
tration prolongée n ’ont pas modifié sensiblem ent la forme ni la
marche de la maladie. Tel est le résu ltat des observations recueil­
lies par M. Jastrow itz à la clinique du professeur Westphal,de
Berlin.
Dans une note additionnelle à l ’excellent article que nous
analysons , le savant directeur du Journal de Médecine mentait
ajoute encore les faits su iv an ts: un individu s'était grièvement
blessé et éprouvait des accidents tétaniques persistants, M. Ballantyne adm inistre le chloral, 10 à 12 gram m es par jour, il
obtient d ’abord un sommeil im m édiat, puis finalement une
guérison radicale le vingtièm e jour. ( Union Médicale de Paris,
5 Juillet ). M. Marjolin a calmé les douleurs atroces des brûlures
avec ce médicament ; à défaut de tolérance de l ’estomac , il l’ad­
m inistra en lavem ents répétés avec 0,60 chaque fois. Sur trois cas
de tétanos traités par M. Dufour (de Lauzanne), un seul malade
a guéri. Un cas d ’insuccès dans la même afi’e ction a été aussi
constaté par M. Laugier et un autre, dans les mêmes conditions,
parM . Izard , de Yincennes. Une choréique, au cinquième mois
de sa grossesse , a été guérie par 10 et 12 gram m es de chloral, à
l'hôpital de Birm ingham ( Med1 Times , jan v ier). Le Dr Crawford
a guéri l ’insomnie persistante d’une m aniaque chronique en lui
adm inistrant le soir 25 grammes de chloral. ( id. janvier). Meme
succès fut obtenu par le Dr Alexander sur une nouvelle accouchée
en proie à des hallucinations : par M. Barnes, de Liverpool, dans
10 cas plus ou moins aigus de delirium trem ens ; et par le
Dr Cérenville, dans une folie ébrieuse.
Il résulte d'un trav ail publié dans la Gazette des Hôpitaux , du
12 au 30 ju ille t, p ar M. Mauriac , m édecin de l’hôpital du Midi,
que le chloral réussit souvent dans les névralgies consécutives
aux maladies syphilitiques , et il cite plusieurs cas de céphalée
avec insomnie o p iniâtre, de douleurs articulaires et ostéocopes,
guéries par l’action de ce m édicament.
E nfin, M. Z a n i, médecin au manicôme de Bologne, constate

REVUE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.

323

que, dans les diverses formes de folie, l’hydrate de chloral
procure presque toujours du calme et un sommeil plus ou moins
immédiat, transitoire ou durable ; les troubles qui parfois accom­
pagnent son action n ’ont rien de commun avec ceux beaucoup
plus graves qui suivent ordinairem ent l ’emploi des opiacés.
Tous ces faits sem blent établir que le chloral est un puissant
anesthésique plus lent mais bien moins dangereux que le chloro­
forme , et qui peut rendre de grands services au traitem ent des
maladies nerveuses. Son entrée toute récente dans le domaine de
la thérapeutique , explique l’étendue de l’analyse que nous avons
fait des travaux qui s ’y rapportent.
Dictionnaire encyclopédique des sciences m édicales, 2* série,
tome III, 2* partie. — Lypémanie, par M. Calmeil, médecin en chef
de la maison de Charenton.
Cet article de l’éminent aliéniste mérite d’être lu avec atten­
tion; il constitue une excellente monographie de cette forme de
la folie caractérisée par la prédominance des idées tristes. La
partie historique et le traitem ent de cette nffection sont très
complets ; nous regrettons de ne pas pouvoir en dire autant de la
partie descriptive , qui comportait des subdivisions que l'auteur
devait au moins indiquer. En matière d’aliénation mentale , les
nuances ne sauraient être dédaignées ; il importe au contraire
de les faire ressortir et de les exposer avec netteté et précision
pour qu’elles soient saisies et facilement appréciées par le lecteur
non aliéniste. C’est surtout dans un article de dictionnaire,
destiné h tous les membres du corps m édical, que ces subdivi­
sions devaient être établies, afin de leur donner une idée com­
plète d elà lypémanie; et, ce n'est pas a une époque où les investi­
gations cadavériques, aidées du microscope, nous font connaître
les détails les plus m inutieux d’une lésion organique, qu’il est
permis au psychologiste de s'abstenir d’analyser dans tous ses
détails, les troubles de cet ensemble des facultés psychiques, que
Locke a si bien désigné sous le nom d'entendement humain.
Les lypémaniques ne sont pas tous atteints de panophobie ;
parmi eux on trouve des misanthropes, des malheureux atteints du
tædium vitœ, et leur état m éritait à coup sûr une description par­
ticulière, a cause de la gravité de leur affection et du suicide qui
en forme la term inaison la plus fréquente. Nous regrettons que
le savant auteur de cet article ne se soit pas arrêté sur ces divers

�324

états phsychiques tout en reconnaissant q u ’il a posé des bases
suffisantes pour le diagnostic différentiel de la lypémanie avec la
stupidité , l ’hypocondrie et la démonomanie.

f KJ,

F IE V R E JA U NE DE BARCELONE.

SAUVBT.

De la contagion morale. — Faits démontrant son existence, parle
Dr Prosper D espine . — N otre excellent confrère et compatriote
après avoir publié, il y a deux ans , son remarquable ouvrage de
la Psychologie naturelle, qui lui a valu les justes éloges de la presse
médicale tout entière, nous adresse aujourd’hui un petit opus­
cule plein de fine observation et de haute moralité. Le crime est
contagieux, il engendre le crim e, et l’auteur , rassemblant des
faits très nombreux , authentiques, m ontre que les grands crimes
sont rarem ent isolés, que presque toujours ils sont suivis d’autres
crimes de même nature et accomplis dans des conditions quel­
quefois identiques. Après l’em poisonnem ent commis par le D'
Lapommerais, on a cité un autre empoisonnem ent commis par
le Dr Pritchard , de Glascow; l ’assassinat de l’archevêque Sibour
par le prêtre Verger fut suivi d ’une tentative de meurtre par un
autre prêtre sur l ’archevêque R ossini, aux environs de Naples.
Une m ultitude de faits semblables sont cités et sainement appré­
ciés par M. Despine, qui en conclut, avec beaucoup déraison,
que la publicité que leur donnent les journaux constitue un véri­
table danger pour la morale publique. A plus forte raison, pen­
sons-nous avec lui, que les représentations sur les théâtres de tous
les actes crim inels, que la mise en scèn e, en feuilletons at­
trayants , en romans obscènes de tous ces héros du crime devraient
être rigoureusem ent interdites chez nous; nous serons tous
d ’accord la dessus. Mais pourquoi ne pas attribuer cette contagion
morale, dont les effets_sont si funestes, à sa véritable cause, à
cette faculté de Limitation naturelle à l ’homme et à certains ani­
maux? L’auteur croit-il être dans le vrai en comparant la nature
morale de l'homme à une table d’harmonie, c’est une comparaison
d ’artiste que nous lui passons volontiers , car notre aimable
confrère est un artiste consommé en m usique, mais il n’est pas
moins bon clinicien, et nous savons q u ’il se montre au besoin très
judicieux analyste en psychologie; pourquoi donc recourir à la
fantaisie ?
L 'imitation est une faculté innée en nous ; elle n ’est pas le ré­
su ltat de l ’éducation, nous l'apportons en naissant; nous deve­
nons sans doute, par l’étude, plus complets dans l’art d’imiter;
mais l’enfant au berceau sait déjà parfaitem ent imiter les gestes

32b

de ceux qui l ’entourent. C'est à diriger vers le bien ce don de la
nature que l ’on doit s’appliquer, car c’est a lui que nous devons
la répétition des bonnes comme des mauvaises actions. M. Joly a
lu il y a quelques années, à l’Académie de médecine de Paris, un
excellent travail sur ce sujet, et notre savant confrère le connaît
aussi bien que nous,
Dr Sauvet.

QUELQUES MOTS
SUR

LA FIÈVRE JAUNE IMPORTÉE DES ANTILLES
A BARCELONE A l MOIS D’AO IT DERNIER.

Lellrc du professeur Bcrlulus, médecin titulaire de la marine, à Marseille,
A M. LE Dr GUARDIA,
l’un des rédacteurs de la Gazette Médicale de Paris.

Mon

cher a m i ,

Au beau milieu du sac de Syracuse, dont il nese doutait môme pas,
Archimède , qu’absorbait là .solution d’un problème, fut tué par un
soldat romain en dépit des ordres formels de Marcellus.
Dans des temps moins reculés, l'illustre et malheureux Lavoisier,
condamné à mort par le tribunal révolutionnaire et sur le point
d’ctre exécuté, consacrait ses dernières heures à l’achèvement d’une
œuvre importante dont le sujet ne m ’a jamais été connu et deman­
dait ad hoc un sursis qu’on lui refusait sur ce motif que la république
d’alors n’avait pas besoin de savants; enfin l’immortel Ilichat, son
contemporain, homme de génie comme lui, rédigeait à la même épo­
que souAnatomie générale, premierfondement de l’histologie moderne,
sans se préoccuper le moins du inonde, du fond de son amphithéâtre,
de l’affreux cyclone politique qui so déchaînait sur la France.

�346

BE RT U LUS.

C'est que la science, tille du ciel comme la religion, s'isole volon­
tiers et sans peine des choses d’ici-bas, c’est qu elle plane naturelle­
ment sur l ’humanité, ses misères, ses vices et ses crimes.
Peut-être est-ce par suitede cette heureuse prérogative des espritsstudieux qu’il m’est permis, en ce moment de crise politique, au milieu des
malheurs inouis de la Patrie française et de mes soucis domestiques,
d’accordor quelque attention aux faits graves qui, depuis les premiers
jours d’août, se sont produits dans la grande cité catalane, déjà si
éprouvée en 1821, et d’ajouter ainsi un chapitre de plus à mon his­
toire de la question sanitaire (I).
Un poète a dit : Chassez le naturel il revient au galop ; eh bien, mon
naturel à moi c'est de m ’occuper sans cesse d’hygiène publique, tant
au point de vue moral que sous le rapport physique; dès que je vois
poindre une peste quelconque, qu’elle menace le corps ou l’âme, je
ne peux m ’empêcher de crier qui vive et de décharger mes armes
sur elle pour donner l’alarme, c’est une mission que j ’ai reçue de mes
maîtres en médecine et en philosophie, qui n ’étaient pourtant ni
jésuites ni capucins, et je saurai la remplir jusqu’au bout afin que
si je les retrouve un jour, comme je l'espère, dans un monde meilleur
ils ne désavouent pas leur disciple.
A ces derniers mots je vois sourire les athées, les positivistes, le*
sensualistes de notre siècle dont les immondes doctrines ont cor­
rompu la France et préparé les succès des modernes Teutons; mais
qu’ils le sachent bien! leurs critiques ne sauraient m’atteindre à la
distance où je me trouve de la surface de ce sol qu’ils ne peuvent
quitter.
Vou6 n ’avez pas oublié sans doute, cher ami, que, dans mon avantdernière lettre, écrite peu de temps avant l’investissement de Paris,
je vous annonçais que mon üls unique, étudiant en droit, venait de
s’engager volontairement dans un régiment de cavalerie, qu'un au­
tre membre de ma famille que vous connaissez était employé à la
défense du secteur de Montrouge et que. peu disposé à me vouer au
simple rôle de gardien de Smala, en dépit de mes 60 ans passés, j'étais
décidé à demander au gouvernement mon envoi à Barcelone : a Pen­
dant que les fils seront devant les Prussiens, vous disais-je, le père
fera face au vomito et nous participerons tou6 ainsi, selon nos goûts
et nos moyens, à la défense de la patrie. »

(1) Marseille et son intendance sanitaire, in 8°, 680 p., 1864. édit. Garnier
Baillière, à Paris ; Camoin frères, à Marseille.

F IÈ V R E JAUNE DE BARCELONE.

327

Vous voulûtes bien m ’encourager, dans votre réponse, à mettre ce
projet à exécution et pour achever de m ’y décider vous fîtes verser
envers moi la mesure de cette bienveillance que vous n’accordez certes
pas à la légère et qui est venue me trouver d’elle-même par un pur
elfet de sympathie, puisque nous ne nous connaissons pas encore per­
sonnellement. Vous médités qu’avec mes précédents, mes luttes contre
Chervin, Prus, Fould et Mélier, ma connaissance pratique de la
fièvre jaune, et mes écrits sur une question dont je me suis occupé
sans relâche depuis trente ans, j ’avais tous les droits possibles à la
confiance du gouvernement.
Je me mis aussitôt à réfléchir sérieusement aux moyens de mener
mon idée à bonne fin, mais j ’avais compté sans nos malheurs publics ;
l’émotion que suscita en moi la capitulation de Sédan fut telle que
la diathèse goutteuse dont je suis atteint par hérédité et qui s’était
endormie depuis plusieurs années, se réveilla tout-à-coup, j’eus une
attaque qui me voua pendant deux semaines à un repos physique et
intellectuel absolu, et lorsque je pus reprendre mes occupations, Paris
était absolument investi par les Prussiens, circonstance qui rendait
impossible toute démarche auprès du ministre des travaux publics.
11 est douteux d’ailleurs, je dois vous le faire remarquer en passant,
que cette démarche eût réussi ; mes opinions médicales et mes luttes
sanitaires m ’ont fait mal noter par MM. Béhic, Rouher, de Boureuille, etc., et il est plus que probable que , bien que mon ennemi
intim e, M. Mélier ne soit plus l à , on m ’aurait opposé un refus
formel ou des fins de non recevoir. Si les ministres passent, les
bureaux restent et personne n ’ignore que c’est par eux que se perpé­
tuent les plus funestes traditions et les systèmes administratifs les
moins logiques.
Toutefois l’impossibilité de communiquer avec Paris ne me fit pas
renoncer à mon projet de mission en Espagne, je m ’y attachai même
d’autant plus résolument que je devins tout-à-coup, etparsuite d’une
dénonciation aussi absurde que ridicule, l’objet d’une mesure qui
émoustilla fortement mon amour-propre par ce motif surtout qu’el le
me frappait dans une position médicale fruit de mes services dans la
marine'militaire, services qui me sont chers à plus d’un titre. Per_
mettez-moi, mon cher am i, et pour l’honneur de notre robe trop
souvent conspuée dans ce triste siècle, de ne vous donner aucun
détail sur l’incident dont il s’agit, qu’il me suffise de vous dire qu’il
m’était d’autant plus désagréable que son principal promoteur était
un de mes anciens élèves, que j ’avais toujours traité avec bonté et

�BERTULUS.

F IÈ V R E JAUNE DE BARCELONE.

dont je serrais volontiers la m ain testes les lois que je le rencontrais.
La meilleure vengeance que je puisse tirer de lui c’est de l’abandonner
à sa conscience, s’il en a une, comme j ’aime encore à le croire; je ne
saurais admettre en effet que la fameuse devise inscrite par le Dante
sur la porte de son enfer ( lasciate ogni speranza ), doive être appli­
quée au cœur humain devenu la proie de certaines passions.
Vous connaissez mieux que personne ma psychologie puis que vous
l’avez esquissée dem ain de m aître, sans m’avoir jamais vu, en faisant
l'analyse de mon dernier ouvrage, dans lequel, en plein empire et
malgré ma position de professeur de l’université, j ’ai demandé la li­
berté de l’enseignement supérieur et une foule d’autres franchises anti­
pathiques à ce gouvernement . Je suis, en effet,d’un naturel belliqueux
(ce sont vos propres expressions), impatient de tout joug, d’une sin­
cérité qui va parfois jusqu’à la rudesse, mais avant tout et par dessus
tout tolérant et incapable d’une mauvaise action ; bien pénétré de
mes devoirs et de mes droits, je remplis les uns avec dévouement et
soutiens les autres en toute occurrence enseetcalamo. Que les pseudo­
médecins, soi disant démocrates, dont je suis devenu le point de
mire, et parmi lesquels plusieurs furent les habitués de la préfecture
impériale, se le disent bien (I), qu’ils relisent aussi quelquefois, lors­
qu’ils n ’ont rien à faire , le serment d’Hippocrate, qui résume si
éloquemment la morale du médecin, ses devoirs envers Dieu, envers
la société et envers lui-même et que je remets ici sous leurs yeux :
« En présence de mes maîtres et devant l’effigie d’Hippocrate, je
promets et je jure, au nom de Dieu, d’être fidèle aux lois de l’honneur
et de la probité, dans l’exercice de la médecine, je donnerai mes soins
gratuits à l’indigent et n ’exigerai jamais aucun salaire au-dessus
de mon travail, admis dans l’intérieur des familles, mes yeux ne
verrons pas ce qui s’y passe, ma langue taira les secrets qui lui seront
confiés, et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favo-

nser le crime. Respectueux cl reconnaissant envers mes maîtres, je
rendrai à leurs enfants l’instruction que j ’aurai reçue de leurs pères.
« Que les hommes m ’accordent leur estime si je suis fidèle à mes
promesses, que je sois couvert d’opprobres et méprisé de mes confrères
si j’y manque ! . . . . »
Mais en voilà assez, mon cher ami, sur ce chapitre pénible, je re­
viens à la fièvre jaune :
Ayant pris brusquement et irrévocablement la détermination de me
rendre à Tours, je partis le jour même à trois heures de relevée avec
un reste de goutte aux pieds qui disparut le lendemain de mon
arrivée.
Connu avec avantage des membres du gouvernement provisoire,
je n’eus pas à attendre longtemps l’audience que je demandai à
chacun d’eux. Jo fis valoir en faveur de rnon envoi à Barcelone :
1investissement de Paris, qui empêchait l’Administration Centrale
do s'occuper de cette affaire, les traditions séculaires du gouver­
nement français, les dangers qui menaçaient Marseille en dépit
même de la vigilance et des lumières de M. le Dr Blache, direc­
teur de la Santé publique, le rayonnement de l’épidémie à Valence,
Alicante, Palma de Mayorque, etc., enfin mes aptitudes pratiques et
théoriques à l’endroit de la fièvre jaune.
Je fus écouté, apprécié, loué même par ces grands citoyens qui se
sont dévoués au milieu des circonstances les pins critiques et des
embarras les plus graves au maintien si difficile de l’ordre et à l’orga­
nisation de la défense nationale, mais leur réponse fut unanime : ils
n’avaient malheureusement ni le temps ni l’argent nécessaires pour
s’occuper de l’épidémie de Barcelone et bien que je ne demandasse
ni honoraires ni émoluments mais seulement des frais de route, ils
persistèrent à m ’objecter qu’ils ne pouvaient distraire la moindre
somme de l’achat des armes et des munitions de guerre, dont nos
armées en voie de formations manquaient (1).
Je quittai donc la patrie de Descartes et la belle Touraine, jardin
de la France, que souillait déjà la présence des Prussiens, sans avoir
pu arriver à mes lins et je n’ai pas besoin de dire avec quelle indigna'tion fut accueillie par mes honorables amis le fait étrange de ma
récente destitution, que je ne leur appris qu’en dernier lieu, le gar­
dant, comme on dit, pour la bonne bouche. L’histoire de ma pré-

328

(1) Dans un curieux ouvrage de l’émir Abd-el-Kader, que je possède, qui
a été traduit de l’arabe et qui a pour titre : Rappel à l'intelligent, avis à l’in­
différent, fauteur, établissant la puissance respective de la parole, de la
plume et de l’épée, met la seconde au-dessus des deux autres : « il y a deux
éloquences, dit-il, celle de la langue et celle de l’écriture ; celle-ci a la supé­
riorité, car ce que fixe le kalam (la plume) a la durée du temps et ce que dit
la langue s'efface bien vite. D eux choses constituent le monde , le sabre et
la plume, mais le sabre est au-dessous de la plume et le poète a bien dit ■
« Dieu l’a ainsi décidé, le kalam , depuis q u ’il a été taillé, u pour esclave
le sabre. »

320

(l) Je ne eus voir M. Gambetta, parce qu’il venait de quitter Tours pour
se rendre dans les Vosges.
22

�330

BERTULUS.

tendue parenté avec l’impératrice Eugénie, qui en avait été le pré­
texte mensonger, parut surtout les amuser beaucoup, et ils nie
semblèrent admettre a priori qu’alors môme que ce singulier grief
aurait été réel, il n ’aurait pu faire oublier l’indépendance connue
de mon caractère, mes luttes sanitaires en laveur du peuple de Mar­
seille, mes opinions si avancées en toute chose, enlin, ce fait incontestableque, décoré depuis trente deux ans dans une épidémie de lièvre
jaune, je n ’avais jamais reçu du gouvernement déchu qu’un avan*
cernent dans lecole de médecine, qu'il ne m ’avait accordé qu’à son
corps défendant, après les plus criantes injustices, et qu’il ne pouvait
absolument me refuser (1).
Voici maintenant, mon cher ami, quelques détails sur l'épidémie
que je n ’ai pu observer de visu malgré mon vif désir de le faire, désir
dont vous pouvez mieux que personne rendre bon témoignage, je
dois ces détails à notre excellent et digne confrère le docteur Mendez
Alvaro, rédacteur en chef du Siècle médical de Madrid.
Mettant à profit votre bienveillance et celle de l’honorable rédac­
teur en chef de la Gazette médicale, je me permets quelquefois de vous
entretenir, dans mes lettres, de questions d'hygiène publique, de
déontologie médicale susceptibles de vous intéresser, et vous devez
vous souvenir que lorsque j'appris, après la déchéance de la reine
Isabelle, la suppression absolue par le gouvernement provisoire Espa­
gnol des quarantaines qui depuis 1823 avaient absolument préservé
la péninsule des invasions, auparavant si terribles et si fréquentes, de
la fièvre jaune, je vous écrivis pour appeler votre attention sur les
dangers qui découlaient de ce décret et vous annoncer une prochaine
importation ; « gare à l’été prochain, vous disais-je, si le vomito con­
tinue à sévir comme il le fait à cette heure à la Havane, en dépit de
la saison. »
Or, l ’événement n ’a que trop tôt justifié des prévisions qui durent
vous paraître toutes naturelles puisque vous savez aussi bien que moi
que de 1793 à J823, c’est-à-dire pendant une période de trente ans,
alors qu’il n ’existait pas de lazarets et qu’on n ’imposait aucune qua­
rantaine aux provenances des Antilles, l’Espagne a perdu plusieurs
(1) La vérité est que je suis l'allié de Ferdinand de Lesseps, l’illustre pro­
moteur du percement de Suez qui, de son côté, est cousin de l’Impératrice,
t&gt;r,Tes cousins de nos cousins doivent être nos cousins d’après ces étranges
logiciens, qui avaient eu le soin d’aitleurs de faire partager ma disgrâce à
M. le Dr liubac et à M. Laureus, pharmacien-chimiste, attachés comme
moi au service maritime.

F IÈ V R E JA U N E DE BARCELONE.

331

millions de ses habitants, par la peste américaine. « Nous souffrions,
disait à co sujet au congrès sanitaire de Paris mon illustre ami, le
professeur Monlou, de Madrid, au moins une épidémie de fièvre jaune
par an, quelquefois plusieurs dans divers ports à la fois, les ravages
étaient effrayants, et les populations frappées d’épouvante. Mais à
partir de 1823, et par l’effet du nouveau système sanitaire qui fut mis
en vigueur, il n ’y eut plus dans la péninsule aucune invasion de la
lièvre jaune, qui vint s’éteindre désormais dans les lazarets. »
Quarante-scptansd’immunité absolue, après de si grands malheurs,
(levaient, ce me sem ble, parler hautement en faveur des quarantai­
nes, maisde prétendus progressistes ne veulent pas admettre l’évidence.
Ils funt valoir les intérêts du commerce et de l’industrie, les barrières
tombent, et presque aussitôt le hideux fléau reparaît à Barcelone.
Dans cette même ville, où il enleva en 1821, en moins de cinq
mois, 23,000 victimes, et qui conserve si religieusement le souvenir
de la mort, glorieuse de Mazet, celui du dévouement de Bailij de
Pariset, lYAudouard, membres de la Commission française.
Je ne saurais dire si aujourd’h u i, comme à cette dernière époque ,
on s’efforce encore de faire naître la maladie régnante de l’infection
du p ort, des égouts et de l’encombrement de la saleté du faubourg
de Barcelouette, m ais, ce que je peux affirmer hautement, c'est
qu’ayant visité plusieurs fois, et. à des époques différentes, la capitale
de la Catalogne, j ’ai pu m ’assurer que ces causes n ’existèrent jamais
que dans l'imagination prévenue de Chervin et de sou école. Le port,
largement ouvert, reçoit avec facilité la houle et les vents du large,
et scs eaux sont bien plus pures que celles des ports de Toulon et
même de Marseille , où la fièvre jaune ne se montra dans aucun
temps; du reste, ainsi que je le faisais remarquer en 18*0, dans
mon travail intitulé: De l'Importation delà fièvre jaune en Europe, la
fréquence des apparitions de celle maladie sur la côte sud de l’Espa­
gne, et l’immunité dont semble jouir contre elle la côte septen­
trionale d’Afrique, où l’on trouve même sol, mêmes productions,
même clim at, mettent en lumière avec évidence le.fait désormais
incontesté de l’importation. Un sent, en effet, qu'on ne saurait
s’expliquer cette dernière immunité qu’en se rappelant que la côte
espagnole a des relations incessantes avec l’Amérique, tandis que la
côte africaine n ’en a pas.
Le navire qui a infecté naguère Barcelone se nomme la Maria , c’est
dans les pÆmicrs jours d’aoùt qu’il a été imprudemment admis en
libre pratique par le médecin et le secrétaire de la santé, bien qu’il

�332

BERTULUS.

eut perdu, pendant sa traversée, deux hommes de son équipage,
atteints du vomito.
Les premières victimes ont été les deux coupables fonctionnaires,
les portefaix qui ont manipulé les marchandises et assisté à l’ouver­
ture des écoutilles ; des personnes de leurs familles, habitant le
faubourg de Barcelonette (quartier Saint-Jean de Barcelone);
en un m ot, des personnes qui, de près ou de loin, directement ou
indirectem ent, se sont trouvées en rapport avec les hommes et les
choses provenant de la Maria. Au dire des médecins espagnols, ce
navire, dont le nom a quelque chose de fatidique (1), a fait absolu­
ment la deuxième édition du trop fameux Taillapiedra (taille-pierre),
qui fut la source de l’épidémie de I82I. Du reste, je le dirai à mon
tour, toutes les importations de fièvre jaune sont marquées par les
mêmes faits; qui en voit une en voit cent et les connaît toutes; lisez
dans Marseille et son intendance sanitaire le récit succinct des épidémies
de Ténérijfc, de Cadix, de Gibraltar, de Malaga, de Lisbonne,de
Saint-Nazaire-en-Loire, elles semblent calquées les unes sur les au­
tres ^et il faut être volontairement aveugle pour n ’y pas voir écrit en
grandes lettres, au chapitre de l'étiologie, en •dépit des ergotages de
Chcrvin et de ses continuateurs, ce mot terrible : Contagion.
Mélier lui -même a fini par le lire, Saint-Nazaire lui dessilla les yeux,
mais l ’hygiène publique, outragée par la suppression des mesures sa­
nitaires contre la fièvre ja u n e , ne gagna rien à sa conversion. Avant
tout il ne fallait pas déplaire à Messieurs Fould, Béhic, Rouhcr, et
autres patrons puissants, qui mettaient les intérêts commerciaux fort
au-dessus de la santé des populations et qui l’avaient comblé d'hon­
neurs. Les Climats flottants et la fièvre jaune ligneuse, déjà mis en avant
par d ’autres utopistes, furent présentés comme une invention nou­
velle , et c’est alors que naquit ce système sanitaire illogique et bâ­
tard, qui, tout en confessant la propagation du mal par les hommes,
les marchandises, etc., remplace la quarantaine par la simple venti­
lation, le lavage, le lessivage, et autorise le débarquement immédiat
des passagers et des touristes selon les vues particulières de feu M.
Fould.
De bonne foi, qui pourra jamais faire accepter (je ne dirai pasdes
médecins mais seulement des gens ayant le sens commun), qu’à
l’arrivée d’un na\ire où a régné la fièvre jaune, ce fléau ne peut

(1) Les navires qui, en 1804 et en 1861 , importèrent la lièvre jaune à
Livourne et à Sainl-Nazaire-en-Loire, s’appelaient Anne-Marie et Maria.

F IÈ V R E JAUNE DE BARCELONE.

333

exister en incubation que chez les hommes de l’équipage et jamais
chez les passagers. Un tel principe n’est pas admissible tant il est
absurde; aussi, profitant de la latitude que lui donne son isolement
de l’administration centrale, notre digne Directeur do la santé pu­
blique, M le Dr Blache, s’est-il hâté d’en faire table rase pour ne
prendre conseil que de lui-même dans les circonstances actuelles. Si
ce qu’on nous a rapporté à ce sujet est exact, nous ne pouvons que
le féliciter car il a pu parvenir à préserver Marseille qui n’est qu’à
douze heures de Barcelone, et en relation incessante avec ce port.
Je dirai aussi en passant et pour être juste, que nos nouvelles
autorités se sont bien gardées d’imiter les progressistes espagnols
en supprimant les quarantaines et ouvrant la porte aux fléaux pes­
tilentiels. Loin de là, après avoir conféré avec le Dr Blache de l’im­
portation de la fièvre jaune à Barcelone, elles lui ont déclaré qu’elles
lui laissaient carte blanche et s’en rapportaient absolument à ses
lumières. Sous l’empire on ye lui montrait pas cette confiance.
Toutefois, quelques grands que soient les mérites de M. le Dr
Blache , mon ancien professeur , rien ne m’empêchera de déclarer
ici, commeje l’ai déjà fait dans d’autres circonstances, que le système
sanitaire dont nous jouissons, doit être absolument refondu parce
qu’il subordonne les intérêts les plus chers des populations mari­
times aux caprices ministériels. Ce n ’est plus un directeur qu’il
nous fa u t, mais bien un conseil, une junte sanitaire composée de
citoyens libres et indépendants, dont il ne sera que l’ollicier. Il ne
faut plus que nous demandions humblement au gouvernement cen­
tral la permission de nous mettre à l’abri de la peste ou de la fièvre
jaune; le système qui confie au jugement d'un seul homme le salut
d’une grande cité comme la nôtre a'a pas le sens commun. Admet­
tons, par exemple, que M. le docteur Blache se fût trompé, comme le
directeur et le médecin sanitaire de Barcelone, où en serions-nous
aujourd’hui (I) 9
Telle est, mon cher ami, la thèse que j’ai soutenue, vous le savez,
pendant trente ans, et que j ’ai la ferme intention de reprendre en mains
dès que nous serons délivrés des Prussiens et que la république, libre
de tonte préoccupation et de toute entrave, commencera à entrer dans
la voie des réformes administratives; avec elle il ne doit plus y avoir
(1) Je me suis laissé dire que certains médecins de Marseille cherchaient
à protiter des circonstances malheureuses où nous nous trouvons pour se
faire nommer à la place de notre savant directeur; mais quel serait parmi
eux, le sujet apte à recueillir cet héritage si scabreux?

�334

BERTULUS.

de servum pecus, et si elle'reiôve la France de ses malheurs, comme jo
ne saurais en douter, ce sera bien moins par l'élément mercantile
que par la richesse agricole ; c’est cette dernière qui, en peu de temps,
comblera tous les déficits et rendra à notre patrie le rang qui lui ap­
partient ; du reste, le sens commun, la justice, l'humanité réclament
à la fois la réforme dont je parle et ce sera avec une ardeur juvénile
que je lui consacrerai les dernières années de ma vie.
La maladie de Barcelone, de même que celle de 18*21, a prompte­
ment rayonné, à Valence, Alicante, Palma de Mayorque on a même
parlé de quelques cas qui se seraient montrés à Livourne ; mais le
plus curieux de ces cas a été celui qui s’est montré à Madrid , l’une
des villes du globe les plus élevées au dessus du niveau de la mer',
vous en trouverez l’histoire dans l’un des derniers numéros du
Siècle médical. Avis aux personnes qui approuvent le débarquement
immédiat des passagers arrivant des Antilles sans séquestration
ni observation préalables , je ne crois certes pas que le cas de fièvre
jaune observé dans la capitale de l’Espagne par M. le docteur Martin
de Pedro, eût pu en engendrer d’autres vu la saison, le climat de
cette ville, mais le fait en lui même mérite d’être signalé.
De même que pendant l’épidémie de 1821, le fléau américain est venu
faire une apparition aux îles de Marseille, sept hommes faisant partie
de l’équipage du navire Argos, venant d’Espagne, ont été atteints cl
ont reçu les soins les plus dévoués et les plus efficaces de M. le D'
Melchion, médecin sanitaire , qui s’est enfermé au lazaret avec eux
et dont le courage, nous devons l ’espérer, ne passera pas inaperçu en
dépit des circonstances politiques. Mais voici un fait curieux que je
ne dois pas vous laisser ignorer, d’autant plus qu'il a eu à Marseille
des précédents. Un homme du même équipage, resté en Espagne au
départ du bâtim ent, étant venu le rejoindre par la voie de terre, est
mort de la fièvre jaune à l’hôpital de Marseille sans que le mal s’y
soit répandu. En 1802 et 1821, le même fait et la même immunité
furent observés dans cet établissement sur des matelots du navire
américain Columbia , et sur un ouvrier nommé Lampraye, qui
avait reçu le mal en travaillant au lazaret, dont il arrrivait le jour
même. Quelque transmissible que soit une maladie , cette transmis­
sion n ’est pas toujours invariablement observée , l’étude de la variole
elle-même le prouve, et puis, n’oublions pas la nécessité de cer­
taines conditions de milieu dont il faut toujours tenir compte.
En août et septembre, et grâce â l’émigration pendant le mois
d’août, la mortalité a été, dit-on, considérable à Barcelone, mais

F IÈ V R E JAUNE DE BARCELONE.

333

en octobre le chiffre des décès par fièvre jaune a oscillé journelle­
ment entre 25 et 40 , ce qui suppose , selon m oi, de 80 à 100 cas
quotidiens au moins; et si les renseignements que m’afournis,sur la
route de Bordeaux à Tours, un voyageur espagnol, venant directement,
deceport, sont exacts, il n ’y aurait plus en ce moment, etsans doute
par le fait de l’abaissement très grand de la température, qu’environ
15 décès par jour ; je n ’ai pu d’ailleurs avoir aucun détail sur ce qui
se passe à Palma de Mayorque et dans les villes du littoral sud de
l’Espagne, dans lesquelles a rayonné lemal.
Quelle que puisse être la forme de l’épidémie régnante, sur laquelle
je ne saurais rien dire, aucune publication espagnole à ce sujet
n’étant venue jusqu’à moi , il m’est permis pourtant d’affirmer,
d'après mes correspondances particulières, que la maladio importée
est bien la fièvre jaune des Antilles, puisque l'ictère spécial ou hémor­
rhagique , les vomissements noirs ou chocolatés, les douleurs lom­
baires . qu’on appelle vulgairement aux Antilles le coup de barre, la
marche prompte et rapide se montrent pendant son cours. On ne me
dit rien des battements exagérés du tronc cœliaque sur lesquels j'ai
le premier appelé l’attention du monde médical en 1840 et qui, dus
à une fluxion terrible du système vasculaire gastro-intestinal, fluxion
dont il faut exclure toute idée de phlogose, font de la fièvre jaune un
typhus en quelque sorte abdominal, tandis que la peste et le typhus
d’Europe semblent se localiser de préférence : l’une sur le système
lymphatique, l’autre sur le système nerveux encéphalique.
Le défaut d’espace m’empêche seul, mon cher ami,de vousdémontrer
que ces localisations différentes de trois fléaux qui ont entre eux
tant de points de contact, découlent principalement des milieux so­
ciaux dans lesquels ils prennent naissance et qui différent si essen­
tiellement entre eux.
Quant aux moyens de traitement qui conviennent le mieux au
mal barcelonais , je les ignore aussi parfaitement. Le Rr Martin de
Pédro a employé avec succès le sulfate de quinine contre le cas qu’il
a traité à Madrid chez un émigrant de Ealalogne, mais de ce cas
isolé je ne saurais tirer aucune induction générale , je peux seule­
ment affirmer, d'après ma propre expérience, que le caractère de la
fièvre jaune est très variable, selon les localités et selon les épidé­
mies, et que le traitement varie avec lui. J’ai vu, en effet, réussir al­
ternativement contre cette maladie, caractérisée d’ailleurs par les
mêmes signes pathognomoniques, les saignées locales ou générales ,
le sulfate de quinine, à hante dose, les antispasmodiques les éva­

�330

BERTULUS.

cuants, etc. L’analyse clinique est d’un très grand secours pour
^'établissement de son diagnostic, et les médecins qui se trouvent en
sa présence, ne doivent pas oublier ce principe dont un élève émi­
nent de Barthez, le professeur Berthe, a si bien fait ressortir la jus­
tesse et l'excellence dans son ouvrage intitulé : Précis historique de
la maladie qui a régné en Andalousie en 1800.
« Si l’on considère d'une part, d it-il, les éléments si nombreux et
si différents dans leur nature qui constituent la fièvre jaune, et d’un
autre coté la multiplicité d’accidents, de complication dont elle est
susceptible, on demeure convaincu que la méthode analytique lui
est surtout applicable ; quant à m o i, c’est par elle que je suis parvenu
à déterminer sainement la nature de l’épidémie importée en Anda­
lousie et les moyens thérapeutiques qui lui convenaient. »
Victor-Bally a exprimé à peu près les mêmes idées en d’autres ter­
mes , dans son excellent Traité du typhus d’Amérique, et tous les
auteurs vraiment sérieux qui ont écrit sur le même sujet sont
unanimes sur ce point.
Oui ! qu’on se le dise bien ! il n’est pas de m éthode, même sca­
breuse , qui ne puisse trouver son application contre la fièvre jaune,
j ’en ai fait personnellement l’expérience dans la célèbre épidémie à
laquelle je fis face en 1839, à bord de la corvette de l’état la Caravane;
l ’équipage de ce navire étant composé d'hommes jeunes, vigoureux et
pléthoriques, le fléau affecta une forme inflammatoire très caracté­
risée; sans 1evomito et les autres symptômes pathognomoniques, je
me serais laissé aller volontiers à croire que j’avais affaire tout sim­
plement à une gastro-entero-céphalite (style broussaisien), je dus donc
recourir très souvent à la saignée du b ras, du pied , aux sangsues,
aux ventouses scarifiées pendant la première période, et je n’eus
pas à m’en repentir puisque, malgré la gravité des 41G cas que j’eus
à traiter, je n ’en perdis que 33 , ce qui ne fait guère qu’un peu plus
du quart. Or , le chiffre ordinaire des décès dans toutes ces épidémies
est en général d’un tiers.
On fait remarquer, mon cher ami, dans l’un des derniers numéros
du Siècle médical, de Madrid, que l’opinion d’après laquelle la fièvre
jaune aurait invariablement besoin d’une température atmosphérique
de 20° pour se développer est évidemment erronée, puisqu’on voilà
celte heure en Espagne des cas forts graves se produire avec une tem­
pérature bien au dessous de ce chiffre ; je rappellerai ici à bon droit
que l’épidémie de la Caravane, dont je viens de parler, a depuis32
ans fait voir tout le vide de cette théorie ; j'ai eu, en effet, à traiter sur

F IÈ V R E JAUNE DE BARCELONE.

337

ce navire, pendant la traversée de la Havane à Brest, les cas les plus
graves et le plus caractérisés par les 45, 46 et 47° de latitude boréale
et par 10° du thermomètrede lléaumur, c’est la meilleurepreuve peutêtre du caractère contagieux de la fièvre jaune, qui, de même que la
variole, apparaît avec sa physionomie propre partout où son germe
existe,' s’introduit dans l’économie vivante et y subit l’élaboration
dont il a besoin, cette dernière est sans doute plus facile sous un cli­
mat chaud, mais l’intervention de la ehaleur est loin d’ètre rigoureu­
sement indispensable. D’ailleurs si nos estimables confrères de la
péninsule veulent bien relire le grand ouvrage d’Aréjula, et l’histori­
que des nombreuses importations de fièvre jaune, dont leur pays a
été le théâtre, ils constateront sans peine qu’en général les épidé­
mies, après avoir pris naissance pendant les mois de juin, de juilletoù
d’août, se sont prolongées en octobre, novembre, décembre et même
au delà, en dépit du changement de saison et de l'abaissement, pro­
gressif de la température.
Qu’adviendra-t-il de l’épidémie dont la Maria, a été la source,
s’éteindra-t-elle bientôt à Barcelone et dans les autres ports ; où elle
a rayonné, ou bien se ravivera-t-elle sous l'influence du retour des
émigrés, et des premières chaleurs printanières ?
Je n ’hésite pas à admettre la première supposition, bien que la
réapparition du fléau, sans cause connue, dans certaines localités où
il avait été manifestement apporté d’Amérique l’année précédente,
permette de supposer que, de même que la peste, la fièvre jaune peut
renaître en quelque sorte de ses cendres dans certaines circonstances
données. Les recherches faites dans le but d'expliquer l’épidémie de
Malaga en 4804 mettent ca fait en lumière, l’année précédente, au
mois de juillet, un débarquement interlope de marchandises prove­
nant des Antilles avait introduit la fièvre jaune dans cette ville, les
premières victimes avaient été les contrebandiers, leurs familles leurs
voisins, leurs médecins, le sacristain et un prêtre de la paroisse voi­
sine, puis le mal avait passé du faubourg de Perchel dans la ville où
il ne s’éteignit, qu’en décembre, mais en juin 1804 il reparut, avec vio­
lence sans qu’aucune provenance des Antilles pût être accusée, il
rayonna dans cinq grandes provinces espagnoles qu’il dépeupla, à
Livourne, seul point de l’Italie qu’il ait jamais visité à ma connais­
sance, et ne s’éteignit qu’en novembre, après avoir emporté dans la
seule ville de Malaga, 25,464 individus.
« On a cherché à démontrer, dit Victor Bally ( Traité du typhus
d’Amérique), qu’un nouveau navire importateur avait de nouveau

�338

BERTULUS.

jeté les germes de la mort dans Malaga, mais n ’est-il pas plus proba­
ble qu'ils s'étaient conservés, rendus inertes par l'effet de l’hiver, et
rétablis dans leur activité sous l’influence des premières chaleurs? »
Cette opinion de mon illustre et regretté maître me semble des
plus raisonnables, et j ’estime que les autorités des villes espagnoles
actuellement infectées par le fléau feront bien, après l’avoir pesée,
de procéder à la minutieuse purification (les salles d’hôpital, des ap­
partements ayant reçu des malades, à celle des vêtements ou objets
de literie qui ont été à leur usage, et de porter enfin leur attention
sur les égouts, les latrines qui ont reçu leurs déjections; si ces me­
sures n ’étaient pas trop souvent oubliées, les recrudescences épidé­
miques seraient incontestablement moins fréquentes et l’on ne
verrait pas la fièvre jaune, le typhus, le choléra s’éterniser en quel­
que sorte dans certaines localités.
Vous avouerez sans peine, mon cher ami, qu’il est fâcheux que la
situation des affaires politiques et les malheurs de l’invasion prus­
sienne n ’aient pas permis d’envoyer à Barcelone une commission
médicale chargéede revoir toutes les questionsdepathologie médicale,
de prophylaxie et de thérapeutique qui se rattachent à la fièvre jaune;
Marseille, directement intéressée à ce dernier contrôle, à cetto étude
suprême, aurait peut-être dû en prendre l’initiative d’elle-même,
mais à cette heure, il faut en convenir, ses charges, ses embarras sont
grands et je n'oserais, par suite, lui demander ce que m’a déjà
refusé le gouvernement de Tours. Si j ’étais consulté sur le choix des
membres de la commission dont il s’agit, je voudrais y voir appelés,
avec vous et moi, des médecins tels que MM. les docteurs Cazalas et
Stauski; son président-né serait tout naturellement M. l’Inspecteur
général des services sanitaires, s’il est hors de Paris en ce moment.
Les discussions seraient ardentes, sans contredit, au sein d’une
pareille assemblée, mais la vérité en sortirait certainement victorieuse
si ses divers membres s’attachaient à bien éviter les écueils que l’illus­
tre Zimernumn signale aux médecins dans son Traité de l’expérience.
u La plupart des observateurs, d it- il, dans ce remarquable tra­
vail, ont coutume de découvrir le côté affirmatif des choses, et d’en
voiler le côté négatif, c’est vouer son art et son nom à l’opprobre
que de se comporter ainsi ; d’autres ne disent la vérité que lors­
qu’elle contribue à leur gloire ; ils ne sentent pas qu’il est glorieux
de raconter ses fautes quand elles peuvent devenir utiles. Il ne suffit
pas de chercher à réussir, il faut encore éviter l’erreur. Celui qui
convient d une faute dit par là qu’il est plus sage à ce moment qu’il
ne l'était auparavant. »

SOCIÉTÉS SAVANTES.

339

Je vous disais tantôt, mon cher ami, que mon origine maritime
m’était précieuse, j ’aurais dû ajouter que je ne lesensjamais mieux
que lorsque je m’occupe de ces grands problèmes d’hygiène publique
et d’épidémiologie sur lesquels on a tant disputé dans ce siècle. N’estce pas en effet dans la marine que j’ai pu étudier à leur berceau tant
d’affections redoutables, le typhus, la fièvre jaune, les pernicieuses
paludéennes, découvrir le côté faux de certains systèmes et payer
finalement à la sainte vérité le plus sacré des tributs ?
Mais je me hâte de l’ajouter, si le titre de médecin de la marine
m’est cher, si je tiens à le porter le plus longtemps possible, ne
dois-je pas m ’en prévaloir plus que jamais, maintenant que notre
belle France trahie, brisée, mourante en quelque sorte, fait un appel
suprême à ses marins comme à ses enfants les plus solides et les
plus dévoués et regrette que le nombre en soit si petit eu égard à ses
pressants dangers ?
Adieu, cher ami et savant confrère, il est temps que je ferme cette
lettre déjà longue et qu’il m ’est impossible pour ce dernier motif
de vous envoyer par un aérostat où sous l’aile d’un pigeon voya­
geur , mais à quelque époque qu’elle vous parvienne, elle témoi­
gnera à vos yeux, je l’espère du moins , du bon souvenir que je vous
conserve et des vœux sincères que je forme pour que le défaut de
communication avec vos amis de la province soit la seule privation
que vous impose, ainsi qu’à votre famille, l’investissement de Paris.
Tout à vous de cœur.

Dr Bertulus.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 5 septembre. — M. Papillon, par l’entremise de
M. W u rtz, adresse à l’Académie une note intitulée : Recherches
expérimentales sur les modifications de la composition immédiate des os.
L’auteur s ’exprime de la façon suivante :
« Il est aujourd'hui démontré jusqu'à l’évidence que les phéno­
mènes d e là vie sont toujours le produit régulier d’un ensemble
d’éléments déterm inés, la fonction précise d’un certain nombre

�340

SEU X F IL S.

NOUVELLES DIVERSES.

de facteurs assignables. Parmi ces facteurs des diverses équa­
tions vitales, les uns sont à peu près fixes, les autres sont va­
riables dans de certaines lim ites , susceptibles de maxima et de
minima.
c Cette conception générale a été pour moi le point de départ
d'une série de recherches concernant ju stem en t les limites et les
variations du déterminisme physiologique. J'ai commencé par étu­
dier dans quelle m esure les principes im m édiats normaux de
l’économie peuvent être remplacés par d ’autres principes , et je
suis arrivé dans cette voie il des résu ltats intéressants.
« Je demande à l’Académie la perm ission de lui en signaler
brièvement quelques-uns relatifs à la composition immédiate des
os, me réservant d ’insister plus tard su r les questions nombreu­
ses que soulève déjà l’examen attentif de ces faits, et sur la
doctrine qu'une grande q uantité d’expériences en cours d’exé­
cution perm ettra d ’établir touchant les transm utations dans
l ’ordre et la nature des ingrédients de l’organism e.
« .Les recherches que je résume ic i, et dont je ne fais ressortir
que la conséquence la plus im médiate et la plus saillante , démon­
tre n t que l ’on peut su bstituer une certaine qnantité de strontiane,
de magnésie, d ’alumine à la chaux norm alem ent contenue dans
les os.
« Expérience 1. — Le lundi 6 septem bre 1869 , un jeune pigeon
est renfermé dans une cage et soumis au régim e suivant : eau
distillée mélangée de ch lo ru re s, carbonates, sulfates et nitrates
de potasse et de soude dans la proportion de 1 gramme 1/2 par
litre; blé roulé dans une pâte fin e, obtenue avec du phosphate
de strontiane pur et le liquide précédent additionné d’un peu
d ’acide chlorhydrique.
« La vie de l’animal ne semble pas éprouver de modification
sous l ’influence de ce régime. Toutes les fonctions s’accomplis­
sent de la façon la plus régulière.
« Le 1er avril 1870, le pigeon est sacrifié. Il est cuit et désossé
avec toutes les précautions convenables. Les os sont calcinés, et
l’analyse des cendres donne , en centièm es, les chiffres suivants :
C h a u x ...........................
46,75
Strontiane.......................
8,45
Acide phosphorique . . . . .
Phosphate de m agnésie . . . .
R ésid u ............................
4, 10

41,80
1 ,80
99,80

341

Deux autres expériences analogues démontrent de la même
manière que l’alum ine et la magnésie peuvent aussi entrer dans
la composition des os.
M. Jam in, au nom deM . W . de Fonvielle, a déposé sur le bureau
une note relative aux Recherches anatomiques des anciens. Elle offre
un assez grand intérêt pour que nous la transcrivions ;
« M. Littrow a prononcé , il y a quelque temps, à Vienne , un
discours sur l'Imperfection des connaissances scientifiques des anciens,
qui a été traduit dans un de nos journaux scientifiques. Les prin­
cipaux argum ents de M. Littro\v sont empruntés au beau traité
écrit par Plutarque sur les Taches de la figure de la Lune.
« Ce Traité renferme , entre autres , un passage qui me paraît
avoir été lu par Newton avec plus d’indulgence que par le savant
astronome autrichien. Ce passage ( p. 1130 du second volume des
Œuvres morales de Plutarque, édition Didot) peut se traduire
comme il suit :
« Le m ouvement même de la Lune , le tourbillonnement pro« duit par sa révolution autour de la Terre est ce qui l'cmpêchc
« de tom ber. C’est ainsi que le mouvement circulaire des objets
« placés dans une fronde s ’oppose à ce qu’ils reviennent au centre.
« Car il est dans la nature du mouvement d’entraîner chaque
« corps, à moins qu’il ne soit détourné par un autre. Si la pesan« teur ne fait pas tomber la Lune , c’est donc parce que sa ten« dance est détruite par le mouvement circulaire. Ce qui serait
o étonnant, ce serait que la Lune ne tombât point, si elle demeu« rait en repos comme la Terre et qu'elle fut dépourvue de rota« tio n . »
MM. Picliot et Malapert ont adressé lin spécimen de leurs
« sachets de charpie carbonifère » modifiés de manière à les
rendre à la fois antiseptiques et hémostatiques.
Dr S eux Fils.

N O U V E L L E S D IV E R S E S .
Farmi les fonctionnaires que le gouvernemont actuel a cru
devoir remplacer , nous avons le regret de mentionner M. le Dr
Bertulus, médecin de la marine. Cet honorable confrère avait des

�«E U X F IL S .

NOUVELLES DIVERSES.

titres trop sérieux et depuis trop longtem ps acq u is, pour que
nous ne regrettions pas, au double point de vue de la justice et
de la science , de le voir enlevé à des fonctions qu'il aurait pu
remplir pendant de nombreuses années en co re, il la satisfaction
de tous.

— Les concours pour une place de chef interne et pour plu­
sieurs places d ’élèves internes et externes so n t, vu les circontances, ajournés ju sq u ’à nouvel ordre. Pour la même raison , ln
reprise des cours à la Faculté des sciences e tà l’Ecole de médecine
se fera cette année sans séance de rentrée. Tout le monde com­
prendra que les solennités universitaires et les séances d’appa­
rat ne conviennent point à un pays en deuil.

342

— Pendant le mois qui vient de s'écouler , deux ambulances
créées a Marseille sont parties pour le théâtre de la guerre. La
première , organisée par les médecins du Dispensaire central, a
pris la direction de l’E st et doit actuellem ent se trouver à Besan­
çon. C’est celle que M. le Dr Ernest-Selim M aurin — conmrne
l ’annonçaient dernièrem ent nos feuilles locales— est allé rejoin­
dre et ravitailler. La seconde, est l ’am bulance de la garde natio­
nale Marseillaise. Cette dernière, en raison des proportions qu’elle
a prises, a dîi être divisée en quatre sections. La première section
de cette ambulance , com prenant environ quarante personnes,
a quitté notre ville il y a deux semaines. Elle se trouve actuelle­
ment à l'année de la Loire, avec son chef, M. le Dr Paul Picard.
La 2* et la 3" section , dirigées par MM. les docteurs Métaxas et
Dauvergne , se tiennent prêtes â p artir au prem ier appel. Qnantà
la dernière, celle de M. le D‘ Roux (de B rignoles), elle restera
probablement à Marseille pour porter secours aux blessés dirigés
sur notre v ille, et au besoin — si nous sommes attaqués — à la
garde nationale sédentaire.
— On demande pour une place d interne vacante à l’asile public
d’aliénés d ’Aucli ( Gers ), un étudiant en médecine âgé de 21 ans /
et ayant au moins dix inscriptions. Tout docteur en médecine
peut aussi remplir cet emploi. L’interne est logé, nourri, chauffé,
éclairé et blanchi. Il jo u it en outre d'un traitem ent de huit cents
francs. On est prié d ’adresser sa demande avec les titres qu’on
pourrra faire valoir à l’appui à M. Busquet, directeur médecin de
l ’asile public d'aliéné, d’Auch.
— La conférence faite le 24 octobre , au Cercle artistique, par
M. le D' Villeneuve fils, avait attiré un grand concours de
monde. Pendant deux heures , notre confrère a donné à son au­
ditoire les détails les plus ém ouvants sur la guerre et le rôle
rempli par nos ambulances. M. Villeneuve est allé poursuivre sa
mission de dévouement ; il se trouve actuellem ent attaché à l’ar­
mée de l’Ouest. Espérons que nous aurons bientôt de bonnes
nouvelles de notre courageux confrère.

343

— A la fin du mois dernier , la Faculté des sciences de Mar­
seille a été douloureusement éprouvée par la mort de son doyen
M. Morren. Cet homme éminent avait su s’attirer l’estime de
tous. Ceux qui l ’approchaient plus particulièrement, peuvent dire
quelles qualités de cœur et d ’esprit rendaient son intimité
charmante pour eux. La science a perdu en lui un de ses plus
fervents adeptes ; ses a m is, un cœur dévoué ; notre ville, un
homme de bien dans toute l’acception du mot.
Tours, le 3 novembre 1870.
Les personnes qui ont offert ou qui offriront à l ’avenir de rece­
voir chez elles des malades ou des blessés, sont priées d'en inform erdirectem entM . le sous-intendant militaire de leur département,
qui seul peut faire connaître le moment où ces ressources pourront
être utilisées, et désigner les malades susceptibles d’en profiter.
— En raison des circonstances et des préoccupations actuelles,
le Bureau de la Société de médecine de Lyon a décidé de reporter
au 15 août 1871 le terme auquel devront lui parvenir les mémoires
sur les questions mises par elles au concours.
Nous reproduisons le programme de ce concours.
Première qu es t io n . — « Pathogénie des hémorrhagies non
« traum atiques; leurs caractères cliniques et leur traitem ent sui« vant les conditions diverses dans lesquelles elles se produisent.»
La Société désiré que les concurrents étudient les différentes
altérations vasculaires qui peuvent donner naissance aux hémor­
rhagies dites spontanées; elle voudrait que l’on insistât surtout
sur les hémorrhagies par transsudation, en s’appuyant sur les données
de la tradition, sur l’observation clinique et sur les faits expéri­
m entaux d ’extravasation des globules de sang par filtration à
travers les parois des petits vaisseaux.
Le prix est de 300 francs.

�3U

SEUX FILS.

D euxième qu es t io n .— « E tude statistique, étiologique et pro« pliy lac tique de la phthisie pulm onaire, telle qu’on l’observe à
« Lyon dans les hôpitaux et dans la clientèle civile. »
Le prix est de 300 francs.
Les mémoires devront être adressés au secrétaire-général de la
Société, au palais Saint-Pierre, à Lyon.

— L’Association des pharm aciens de la Haute-Garonne a décidé
que, pendant la durée de la guerre, les m édicam ents seraient
délivrés, à prix coûtant, à toutes les fam illes pauvres dont les
parents sont sous les drapeaux pour la défense de la patrie.
Les médecins sont priés de m ettre au bas de leurs ordonnances
cette mention : famille pauvre, ayant un de ses membres à Varmée.
— L'A dm inistration de l ’instruction publique a décidé que les
étudiants des Facultés placées dans les villes occupées ou cernées
par l’ennemi, pourront être admis par MM. les Recteurs à s’ins­
crire devant d ’autres Facultés ou à se présenter aux examens
réglem entaires sur leur simple déclaration.
Toute facilité sera donnée aux jeunes gens qui ne sont encore
inscrits à aucune Faculté, pour faire valider à Paris, Strasbourg
et Nancy les inscriptions q u ’ils prendraient ailleurs.
Tout étudiant en cours d ’études qui se trouvera du 1er au
lo novembre retenu pour un service m ilitaire aura droit, en
janvier prochain, sur l ’attestation du chef de corps, à prendre les
deux inscriptions de novembre et de janvier.
Dr S eux fils.

A. F abre.

(a n c ie n n e

U n io n

M é d ic a le d e la P r o v e n c e )

7me Année. — N ° 1 2 , - 2 0 Décembre 1870.

LA. SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX
ET L’AMBULANCE SÉDENTAIRE.

Le corps médical des hôpitaux s’est constitué, depuis plu^
sieurs mois, en société scientifique.
Cette association a été établie dans le but de : colliger tous
les faits qui, dans les divers services hospitaliers, présentent
quelque intérêt ; de discuter toutes les questions médicales ,
chirurgicales , thérapeutiques qui résultent de ces observa­
tions ; d’étudier toutes les modifications, dont le développe­
ment continu de la science constate Futilité dans les éta­
blissements hospitaliers, sous le rapport de l’hygiène ou à
tout autre point de vue.
La Société médicale des hôpitaux de Marseille doit, en un
mot, à l’exemple de son aînée de Paris, utiliser cette masse
de documents que l’isolement individuel condamne à l’oubli,
et devenir, en môme temps, un utile auxiliaire de l’adminis­
tration des hôpitaux, qui déjà a apprécié à sa juste Valeur cette
utile institution scientifique, en lui faisant offrir un local
dépendant des hôpitaux oü elle pourrait tenir ses séances.
La Société est composée de tous les médecins et chirurgiens
consultants, titulaires, adjoints des hôpitaux, ayant signé les
statuts, qui deviennent le règlement de la Société.
Les articles les plus importants sont les suivants : après
avoir défini son but, les éléments qui la constituent, l'associa­
tion déclare que toutes les séances sont obligatoires, sous
23

�3*6

SOCIÉTÉ M ÉDICALE DES HOPITAUX.

peine d'amende, dont on ne pourra ôtre exonéré que par un
vote de la Société, pour une maladie constatée, un service pu­
blic, ou un voyage dont le motif sera étranger à l’exercice de
la profession.
Voulant poursuivre un but utile, sans en ôtre détournée par
des questions de personnes, la Société, constatant que chacun
des membres est également apte à occuper les fonctions de
président et de secrétaire et voulant éviter toute compétition
entre ses membres, décide : que les fonctions seront annuel­
les ; que la présidence sera occupée par rang d’ancienneté, le
plus âgé devant occuper le fauteuil pendant sa première
année, celui qui, par l’âge, vient immédiatement après lui,
pendant la seconde, et ainsi de suite, le secrétaire étant pris,
au contraire, par le bénéfice de l’âge, mais en suivant une
progression inverse.
La plupart des membres du corps médical des hôpitaux
ayant approuvé et signé les statuts, la société fut constituée.
À défaut de M. Martin, qui décline l’honneurde la présidence
à cause de son grand âge, M. Villeneuve père prend possession
du fauteuil. M. Trastour, le plusjeune des médecins adjoints,
en devient le secrétaire.
Ainsi constituée, la Société attendait le moment opportun
pour commencer ses travaux, quand les événements désastreux
qui survinrent en France dispersèrent une partie de ses mem­
bres appelés à prendre part à la défense du pays. Il fallut
alors renvoyer à des temps meilleurs le fonctionnement
d’une institution utile arrêtée dans sa marche dès ses premiers
pas.
La Société existait cependant, quoique inactive, et sa
première séance devait constituer un acte éminemment
patriotique, essentiellement Marseillais.
La Société Internationale de Lyon adressa nominativement
à plusieurs membres du corps médical une circulaire impri­
mée, par laquelle Lyon menacé faisait appel au dévouement
de tous les médecins et chirurgiens et les engageait à se cons­
tituer en ambulance sédentaire, pour subvenir aux soins à
donner h tous les malades et blessés militaires, qui allaient
affluer dans notre ville.

AMBULANCE SÉDENTAIRE.

317

L’un des membres de la Société des hôpitaux, frappé de
l’urgence de cette institution, demanda une audience à M. le
Maire, dans laquelle il lui exposa les nécessités impérieuses de
la situation et le devoir qui incombait à Marseille, de ne pas
rester au-dessous des obligations qui lui étaient imposées.
Au sortir de cette audience, dans laquelle il put apprécier toute
la bienveillance et le bon vouloir de notre premier magistrat,
ce médecin comprit, qu’alors qu’il s’agissait, seulement, d’un
acte de dévouement auquel devaient prendre part tous les
membres du corps médical de Marseille, il fallait alléger la tâ­
che de l’autorité, réunir, en un seul corps, tous les médecins
de Marseille, et, ainsi réunis, se mettre à la disposition des
autorités, quelles qu’elles fussent, qui réclameraient leurs
services. Certainement, tout médecin pouvait faire appel à ses
collègues et leur proposer de former une association de secours
pour nos soldats, mais combien une association composée
d’hommes appelés dans les hôpitaux par le concours aurait
plus d’autorité I Cette idée si naturelle reçut son exécution
immédiate, et M. Villeneuve fut prié de réunir la Société
médicale des hôpitaux. L’ordre du jour fut ainsi conçu : Créa­
tion d’une ambulance sédentaire pour donner des soins aux
malades et blessés militaires dans la ville de Marseille.
Au début de la séance, à laquelle assistèrent tous les mem­
bres de la Société présents à Marseille, le Président donna la
parole au docteur Chapplain, qui exprima sa proposition dans
les termes suivants :
« Messieurs, j ’ai reçu, comme plusieurs d'entre vous, la cir­
culaire qui nous a été adressée par la Société Internationale de
Lyon. Elle nous annonce que, l’ennemi s’approchant de celte
ville, de nombreux malades ou blessés vont ôtre évacués sur
notre département et particulièrement sur Marseille. En lisant
l’appel qui nous est fait, je me suis demandé si le corps médical
de Marseille était suffisamment prêt pour satisfaire à tous les
besoins, à toutes les obligations qui nous incombaient, et ma
conviction intime étant qu’il y-avait beaucoup à faire, j ’ai
prié notre Président de vous réunir, afin que vous prissiez en

�3 iS

SOCIÉTÉ M ÉDICALE DES H OPITAUX.

main celte œuvre de dévouement et de zèle et qu’on ne pïit
accuser ainsi notre ville, et nous en particulier, d’avoir pu,
par imprévoyance, laisser sans secours utiles les défenseurs
du pays frappés sur le champ de bataille, ou ceux qui, plus
malheureux encore, étaient atteints par la maladie.
« Les institutions établies, jusqu’à ce jour, dans le but de
donner des secours aux blessés, ne l’ont été que dans la prévi­
sion de l’activité hors de nos murs; elles ont été, de plus, le fait
de Sociétés restreintes, et n ’ont pas eu le caractère d’un grand
acte de dévouement appartenant à la totalité des membres du
corps médical de Marseille.
« La Société Internationale, en s’adressant, dans notre ville,
à une association médicale formée dans un but spécial et res­
treint, a perdu chez nous ce caractère général, attracteur, qui
est l’élément, de son existence. La grande OEuvre Internationale
a constaté, dès lors, son isolement ctson impuissance, en allant
chercher à Montpellier ses chirurgiens, alors que Marseille de­
vait montrer bientôt, que le dévouement de ses médecins était à
la hauteur des circonstances.
« La formation de la garde nationale est devenue un mobile
pour l’expansion de ce dévouement professionnel, comprimé
ainsi, dès le début de la guerre. Les médecins de la garde na­
tionale, parmi lesquels nous sommes heureux de compter
plusieurs des membres de la Société des hôpitaux, ont cons­
titué des ambulances actives, qui se forment progressivement
et vont se porter sur le champ de bataille. Mais, si nous applau­
dissons à la noble mission qu’ils se sont donnée, constatons
aussi, que c'est là une petite église au milieu de la masse des
fidèles. Or. ce ne sont pas les seuls médecins de la garde na­
tionale, qui se doivent à leur pays, mais bien tous ceux qui
ont l’honneur de porter le titre de médecin.
« Si nous considérons, d’ailleurs, que les médecins de la
garde nationale sont liés à cette institution, qu’adviendrait-il
si, ce qu’à Dieu ne plaise, notre milice marseillaise était ap­
pelée à quitter notre ville, pour la défense du pays ?
« En faut-il davantage pour vous démontrer qu’une lacune
Importante existe dans les institutions médicales, appelées à

AMBULANCE SÉDENTAIRE.

340

prodiguer leurs soins aux malades ou blessés militaires? Cette
lacune, c’est à vous de la remplir. Comment pourrez-vous
atteindre ce but ?
« Il ne peut y avoir une idée d’isolement dans notre œuvre.
Unis aux ambulances déjà existantes pour tout ce qui peut
donner lieu à une action commune, nous devons accomplir
ce qu’elles n ’ont pu faire, en constituant une ambulance sé­
dentaire.
« Mais, vous ne devez être que le noyau, autour-duquel vien­
dront se ranger tous les médecins de notre ville, qui voudront
apporter leur contingent de dévouement et de zèle. Il vous
appartient à vous, plus qu’à toute autre institution, qui
devez votre position au concours, de grouper autour de vous
tout le corps médical de Marseille.
« Notre ambulance ne sera, d’ailleurs, qu’une œuvre médi­
cale. Le but unique qu’elle doit se proposer est de fournir des
médecins et des chirurgiens pour donner des soins à tous les
malades blessés militaires arrivés dans notre ville. L’admi­
nistration militaire subvenant aux besoins de tous les ma­
lades confiés a nos soins, l’ambulance sédentaire devra rester
étrangère à toutes les questions de secours pécuniaires ou
matériels aux blessés, pour lesquels fonctionnent des institu­
tions, actuellement organisées. »
Cette proposition, ainsi exposée, fut acceptée à l’unanimité,
et nos collègues présents appartenant aux ambulances de la
garde nationale : Messieurs Roux (de Brignoles), Picard et Flavard, approuvèrent hautement cette institution, se félicitant
de trouver, par l’appel de leurs collègues des hôpitaux, le
complément de leur œuvre.
M. Villeneuve, président d’âge, demeura à la tête de l’am­
bulance sédentaire.
A la suite de cette délibération, la Société médicale des hôpi­
taux se transporta chez M. le préfet Gent, chez M. l’intendant
militaire Yigo-Roussillon, et chez M. de Prunier, sous-inten­
dant militaire, chargé des hôpitaux. Elle fit part à ces hauts
fonctionnaires de la détermination qu’elle avait prise, de
constituer une ambulance sédentaire, et reçut, de leur part,
une approbation complète et l’assurance de leur appui.

�SOCIÉTÉ M ÉDICALE D ES H O PITAU X .

AMBULANCE SÉDENTAIRE.

La visite que l’on devait faire au Maire, pour demander son
approbation, fut ajournée. C’était l’époque des élections mu­
nicipales.
Après avoir fait agréer son œuvre, par les autorités avec
lesquelles elle devait être en rapport, etsansl’assentimentdesquelles son œuvre eût été sans but, l’ambulance sédentaire fit
appel, par la voie des journaux, à tous les médecins de
Marseille.
Une réunion eut lieu, dans le local de la Société de médecine,
où plus de soixante médecins vinrent se réunir au corps mé­
dical des hôpitaux, et s’engagèrent à se mettre à la disposition
de l’autorité militaire, pour donner des soins aux malades et
blessés, soit dans les hôpitaux, soit dans les maisons parti­
culières.
L’ambulance sédentaire avait déjà reçu plusieurs demandes
de médecins pour diverses localités, quand M. Villeneuve
reçut une lettre de M. le Secrétaire-général de la préfecture
lui annonçant qu’une commission venait d’être nommée par
le Préfet dans le but de donner des secours de toute nature, et
surtout médicaux, aux blessés et malades militairesenvoyésà
Marseille.
Le but que la Société médicale des hôpitaux s’était proposé
étant rempli par une délégation officielle, l’ambulance séden­
taire était dissoute de fait et la lettre suivante fut adressée
à M. le Préfet.

besoins se manifestaient, et il incombait au corps médical do Mar­
seille de se présenter en masse à l’autorité et de lui dire : « Nous
comprenons nos devoirs et nous sommes disposés à les remplir. »
Ce fut sous l’influence de cette idée que le corps médical des hô­
pitaux, constitué déjà en société scientifique, se réunit et résolut de
former une ambulance sédentaire. En avait-il la mission ? en avaitil le droit ?
Dans une ville où les médecins dos hôpitaux se recrutent par le
concours, la plus démocratique des institutions, ils peuvent, à bon
droit, se considérer comme les véritables représentants du corps mé­
dical de la ville. Il n’est pas de partie de ce corps qui puisse, plus
qu’eux, faire appel à leurs collègues.
Nous croyons d’ailleurs, que, dans la circonstance actuelle, tout
médecin, mû par un sentiment généreux, avait mission de réunir
autour de lui ses collègues dans un but essentiellement désinté­
ressé, essentiellement utile. Ce qui était le droit individuel do cha­
cun, était évidemment le droit collectif d’une association.

350

Monsieur le P r é fet ,

Au commencement du mois de novembre, alors que l’ennemi
paraissaitse rapprocher de Lyon, nous apprîmes qu’un grand nombre
de malades, ou de blessés militaires, allaient aflluer dans notre
ville.
Lo corps médical marseillais avait déjà payé sa dette à la patrie :
une première ambulance était partie, une seconde, formée par les
médecins de la garde nationale, était sur le point de se transporter
sur le champ de bataille, d ’autres devaient la suivre. Mais, si le
corps médical marseillais, s’étalt transporté au secours des blessés,
alors que ces malades, ces blessés, vonaient vers nous, de nouveaux

351

Le corps médical des hôpitaux, qui n'avait qu’un but, celui d elre
utile, dut considérer que le devoir de venir au secours de nos bles­
sés incombait à tous les médecins de Marseille. Qu’il y eût honneur,
profit, peine ou sacrifice, il n’avait pas le droit de s’isoler de ses col­
lègues. Imbus de ces idées, nous fîmes appel à tous les membres du
corps médical de Marseille, qui se réunirent autour de nous, et ce
n’est pas sans surprise que nous voyons, parmi les personnes qui
constituent une nouvelle commission directrice, des personnes qui
spontanément sont venues s’associer à nous, signer leur adhésion à
notre utile institution.
Nous avons cru, et nous le croyons encore, que, dans une associa­
tion créée en vue de sorvices à rendre par le corps médical, alors
qu’il s’agissait d’un acte de dévouement individuel et collectif,
l’initiative devait être prise par le corps médical, en dehors de
l’autorité administrative. Cette autorité ne devant qu’accepter des
services qui lui étaient offerts.
Certains de l’adhésion de plus de 60 de nos confrères, nous nous
présentâmes devant vous, qui eûtes la bienveillance de nous
accueillir avec des paroles d’acquiescement, d’approbation et qui
voulûtes bien reconnaître notre abnégation et notre dévouement.
Nous nous présentâmes à l’autorité militaire qui, déjà a eu recours à
notre intervention, et se montra satisfaite do trouver en nous des
collaborateurs. 11 nous restait à faire agFéer notre œ uvre par le chef

�352

SOCIÉTÉ M ÉDICALE D ES HOPITAUX

de la Cité, les élections seules nous ont mis en retard, et nous avions
pris jour pour nous présenter auprès de lui, quand est survenue
votre lettre.
Cette initiative nous appartenait encore
une autre titre : c'est
que nous représentions cette partie du corps médical qui, par la loi
sur la garde nationale,ne doit pas quitter notre ville. Beaucoup d’en­
tre nous ont dépassé l’âge de la mobilisation. Tous, nous avons un
service hospitalier, dès lors, nous pouvions compter sur notre séjour
permanent à Marseille, et il était naturel do penser que le soin des
malades ou blessés transportés dans notre ville nous était plus spé­
cialement réservé.
Nous venons de vous exposer le but qui nous a dirigé
dans la création d’une ambulance sédentaire. Nous vous avons
dit quels sont nos titres û nous croire désignés à faire un appel au
corps médical marseillais et pourquoi nous avons dû faire acte
d’initiative avant de nous adresser aux diverses autorités, aujourd'hui,
vous nous apprenez que vous avez autorisé une autre commission, et,
dès-lors, nous devons à notre honorabilité et à celle de tous nos col­
lègues, qui nous ont donné leur adhésion, de constater : 1° que l’idée
et la réalisation d’une ambulance sédentaire, pour venir au secours
de tous les malades et blessés placés sous la direction de l'autorité
militaire, appartient au corps médical des hôpitaux ;2°que dans un
but d’honorabilité professionnelle, il a voulu que cette idée, grande,
généreuse, lui fut commune avec tout le corps médical de Marseille,
et ne fut pas l’œuvre d’un petit nombre.
En constituant une ambulance, le corps médical des hôpitaux a
fait un acte de dévouement utile, il n ’a pas eu la pensée de s’imposer
aux autorités. 11 est heureux de constater que d ’autres, après lui,
profitant d’une idée qui lui appartient, viennent se substituer à lui
dans une œuvre de dévouement. Il eût voulu prouver, que tous les
jours et à toute heure, il est au service de son pays. Il aura obtenu
ce qu’il désire, en voyant qu’il a excité le zèle d’autres collègues
qui, plus heureux que lui, pourront prendre un poste d’honneur
auquel il croyait avoir le droit de prétendre.
Villeneuve p è re .— D’Astros.— Chapplain . — Roux (de
Brignoles).— Seux père.— Comralat. — P arue, A.—
Magail. — Bouisson. — Van-G aver . — Villard . —
N icolas.— S eux fils.

CANCER DE L ’ENCÉPHALE.

353

Depuis de nouveaux arrôtés sont survenus, une commission
a été créée, qui divisera les services médicaux entre les méde­
cins militaires, les membres de l’ambulance internationale, et
pambulance pins spécialement marseillaise créée par le
Préfet.
Cette question des ambulances de toute nature réclame de
nouvelles études. L’expérience actuelle devra, dans l’avenir,
permettre de les établir, dans des conditions meilleures.
Mais, nous sommes au moment de l’action, au moment où
il ne peut être question que de dévouement et de zèle ! La
Société médicale des Hôpitaux avait appelé à se grouper au­
tour d’elle tous les médecins de Marseille, alors que personne
n’avait songé à former une ambulance sédentaire. Aujour­
d’hui, qu’au nom de l’autorité administrative, une nou­
velle commission s’est constituée dans le môme but, nous
dirons à nos confrères : Groupez-vous autour d’elle, le centre
seul est déplacé, mais le devoir demeure le même : Servir la
France, par tous les moyens qui sont eu notre pouvoir !

DU CANCER DE L’ENCÉPHALE. - OBSERVATION
Par le Dr J. Roux (de Brignoles),
M é d e c in e n c l i e f d e s H ô p ita u x .

Eu 1830, M. le professeur Roux, de Brignoles, présentait û
l’Académie de médecine de Paris, un mémoire fort remarqué
sur le cancer de l’encéphale et de ses dépendances.
Une analyse succincte de ce travail, précédant la relation
du fait pathologique que nous avons recueilli en dernier
lieu, montrera à nos lecteurs combien ont été faibles les pro­
grès que l’observation clinique a imprimés, depuis quarante
ans, à l’étude de ce chapitre des maladies de l’encéphale.
Les tumeurs crâniennes, envisagées dans leur ensemble,
peuvent provenir de toutes les parties du cerveau et de ses
enveloppes. La base est un des points de prédilection.

�35f

ROUX.

CANCER DE L’ENCÉPHALE.

Le cancer dans les organes encéphaliques affecte le plus
souvent la forme encéphaloïde. Le volume des tumeurs varie
entre celui d’une noisette et celui d’une noix.
La substance cérébrale qui les entoure est, ou intacte, ou
creusée en cavité, et subissant plus ou moins le ramollis­
sement rouge. Il existe fréquemment des épanchements ven­
triculaires.
Une autre forme présente une infiltration du tissu cancé­
reux entre les fibres cérébrales aplaties, sans que l’on puisse
délimiter le tissu liôtéromorphe. Chez le môme sujet on
peut observer l’existence simultanée du cancer circonscrit
sur un point et de la dégénérescence do plusieurs autres
organes cérébraux entourés de ramollissement inflammatoire
à plusieurs degrés.
Le début est caractérisé par une céphalalgie vive, continue,
plus forte par accès ; affaiblissement d’un côté du corps,
convulsions , troubles sensoriels de la motilité survenant
lentement.
L’un des caractères essentiels de la maladie est de ne jamais
rétrograder et de ne rester stationnaire que peu de temps;
aussi voit-on tous les symptômes s’accroître progressivement.
La paralysie débute ordinairement par l’hémiplégie ; la
paraplégie , ainsi que la paralysie d’un seul membre, est
plus rare. L’intelligence a été troublée chez près d’un tiers
des malades ; le délire et le coma surviennent dans les der­
niers temps.
M. Roux établit ensuite le diagnostic différentiel de la dé­
générescence cancéreuse et du tubercule cérébral ; dans cette
dernière lésion, les douleurs sont moins aiguës et plus cons­
tantes. Les tumeurs du cervelet tiennent, pour les symptômes,
de celles de la base et de celles du reste de la masse ; troubles
de la motilité, chutes en arrière, céphalalgie occipitale, quel­
ques troubles sensoriels.
La durée de la maladie occasionnée par les tumeurs de
l’encéphale est d’environ dix-huit mois, chiffre qui concorde
avec celui établi plus tard par Lebert, dix-sept mois et 7[11*.
Le traitement n’est que palliatif. Les émissions sanguines
ne combattent que les congestions périphériques.

Le cancer peut se développer dans les ganglions et dans les
troncs nerveux. Douleurs intolérables amenant souvent des
accidents épileptiformes. La pulpe du nerf semble s’accroître
en distendant le névrilemme. Cet état peut être isolé ou coïn­
cider avec le développement du mal dans d’autres organes.
Ce mémoire contient sept observations à l’appui.
Analysons maintenant, en nous aidant de tous les travaux
modernes, un fait remarquable que nous avons eu récemment
occasion d’observer dans nos salles.

355

Observation. — Le nomméBodin, Barthélemy, âgé de 46 ans,
maçon, né à Marseille, demeurant rue du Saule, 8, entre à la
Conception, le 9 février 1870, dans mon service.
Il éprouve, depuis trois mois, des douleurs occupant le front,
la tempe, l’œil, l’oreille, la joue et les dents du côté droit.
Légères au début, ces douleurs s’éxaspèrent peu à peu ; à sou
entrée dans notre service, elles sont excessives et empêchent le
sommeil. De plus, le malade se plaint d’élancements dans le
bras droit, s’irradiant jusqu’aux doigts.
Le diagnostic à porter était, on le voit, complexe, et tout
d’abord le caractère dominant, la douleur delà face, nous fit
songer à une névralgie du trijumeau. En effet, aucun nerf
n’est aussi souvent frappé de névralgie, et le trajet du mal
dessinait bien anatomiquement les diramations du nerf.
Mais quelle pouvait être la cause pathogénique de l’affec­
tion ? L’extension de la douleur à la presque totalité des ra­
meaux du nerf, nous donnait à penser qu’elle était due à une
cause exerçant son action dans l’intérieur même du crâne. On
a vu, en effet, des névralgies, provoquées par une pression sur
le tronc môme du trijumeau, être caractérisées par des dou­
leurs dans toutes les régions pourvues de fibres émanant de
ce nerf. Dans quelques cas, on a pu découvrir la présence
d’anévrysmes, de néoplasmes, d'épaississements de la dure-mère,
d’exostoses, ayant exercé une pression, cause palpable de né­
vralgies opiniâtres et étendues au loin sur les ramifications
du trijumeau. Je ne connais aucun cas, dit Niemeyer, qui
parle incontestablement en faveur d’une origine véritablement

�336

ROUX.

centrale de la prosopalgie. Cette opinion du pathologiste alle­
mand éloigna de notre pensée la possibilité d’une cause cen­
trale, bien que les douleurs ressenties dans le bras droit l’eus­
sent. déposé en germe dans notre esprit. Nous crûmes donc,
jusqu’à plus ample informé, avoir affaire à une névralgie
d’origine iutrà-crànienne, mais sans lésion centrale de l’encé­
phale; nous verrons plus tard comment devait être modifiée
cette opinion.
Des préparations calmantes furent employées, le bromure
de potassium entr’autres fut rapidement porté de 2 à 8 gram­
mes; l’oxyde de zinc, l’hydrocyanate defer, la belladone, etc.,
furent successivement mis en usage, mais les douleurs n’en
continuèrent pas moins à augmenter.
Cette céphalalgie si vive, si persistante, augmentant d’une
manièi'e plus régulière que dans l'encéphalite, fit naître alors
dans notre pensée l’hypothèse d'une tumeur de l’encéphale,
dont l’accroissement, plus continu que celui du foyer encé­
phaliques, rendait compte de la progression des symptômes
considérés par Niemeyer comme des résultats d’une pression
excentrique.
L’insomnie allait] toujours croissant, et aux douleurs
qu^éprouvait le malade dans le membre supérieur droit, vint
bientôt se joindre une parésie assez significative pour nous :
en même temps nous constations de la blépharoptose du côté
droit, en outre une sorte d’apathie pour tout ce qui n’avait pas
trait aux douleurs atroces, lancinantes, sans rémission, que
le malade éprouvait dans la bosse frontale droite.
Nous venons de dire que le membre supérieur droit, siège
de douleurs vives, était lentement, graduellement envahi par
une paralysie progressive.
Nous avions affaire évidemment à une production patholo­
gique située dans l’hémisphère gauche, au-dessus des corps
striés et des couches optiques, dans les cellules originelles du
trijumeau, ainsi que dans les faisceaux moteurs ou leur ori­
gine du membre supérieur droit avant la décussation.
Non-seulement nous avions ici abolition de l’action reflexe,
mais encore abolition de la transmission de l’incitation vo­
lontaire.

CANCER DE L'ENCÉPHALE.

337

Ainsi la paralysie étant concordante, la lésion frappait le
nerf crânien dans la portion cérébrale, comme elle frappait
celle du membre supérieur, c’est-à-dire dans l’hémisphère
opposé.
,
Vers le milieu d’avril, le malade eut une crise que nous
regrettons de ne pas avoir pu observer, mais que la sœur de
service, femme de grand sens et d’expérience, compara à une
attaque d’épilepsie. En l’absence de tout commémoratif d’in­
toxication, cet accès complet (perte de connaissance, spasmes
toniques, convulsions cloniques, coma et stertor), résultat de
l’excitation ou de la compression générale, complétaient notre
diagnostic. C’est le signe le plus constant et le plus frappant
des tumeurs de l’encéphale. En vain eûmes nous recours aux
opiacés sous diverses formes, à l’iodure de potassium long­
temps continué à haute dose, aux bains sulfureux, les dou­
leurs n ’en continuaient pas moins à augmenter, et c’est en
présence de ces élancements atroces, à la vue de la marche
progressive, incessante, sans arrêt, de l’affection, que, com­
plétant la phase symptômatalogique, nous pûmes affirmer à
notre entourage que nous avions devant nous un homme
atteint d’une tumeur cancéreuse du cerveau, de la région cor­
ticale de riiémisphère gauche, et probablement d’une lésion
phlegmasique du lobe antérieur droit, diagnostic qui ne devait
pas tarder à être vérifié par l’autopsie.
La chute de la paupière supérieure (côté droit) concordait
vers la fin d’avril avec une paralysie plus marquée du bras
droit.
C’est surtout à la branche supérieure de terminaison de
l’oculaire commun, que l’élévateur de la paupière supérieure
doit ses filets grêles moteurs. Or, la paralysie de ce muscle,
amenant le prolapsus, peut provenir de l’action dirimante
du néoplasme hétérogène sur ses cellules d’origine, soit dans
le locus niger de Sœmmering, soit dans les fibres rayonnées
de l’étage inférieur du pédoncule. Mais examiné au-delà
d’un certain trajet, le moteur oculaire commun s’est adjoint
des filets sensitifs du trij umeau ; or, par action réflexe, l’al­
tération subie par cette portion sensible du couple nerveux,
ne peut-il engendrer la paralysie de la portion motrice ?

�ROUX.

CANCER DE L ’ENCÉPHALE,

Toutefois, la concordance de la paralysie de la paupière et
du membre supérieur droit nous fit penser qu’une lésion
commune agissant sur la portion centrale, c’est-à-dire sur
les cellules grises originelles , devait égalaient avoir son
action. La tumeur n’étant point située à la base, dans la
région intolérante du cerveau, nous n ’avions pas une paralysie
directe de la troisième paire, car alors la paralysie aurait été
croisée, c’est-à-dire à gauche. Du moment où elle était con­
cordante, c’est-à-dire du même côté que celle du membre
supérieur , elle devait avoir lieu comme pour les filets
kinésosdiques des membres avant leur décussation, c’està-dire dans les régions centrales, dans les cellules grises
originelles périphériques.
À cette époque, nous employâmes successivement des mou­
ches de Milan pansées avec le chlorhydrate de morphine. On
produisit avec la pommade de Gondret une vésication rapide,
et nous appliquâmes sur le derme ainsi dénudé du sulfate
d’atropine. — Un vésicatoire fut placé à la nuque, puis une
injection hypodermique de sulfate d’atropine fut pratiquée
à la tempe avec la seringue dePravaz. Ce fut en vain que l’on
eut encore recours au valérianate de quinine , d’ammo­
niaque; les douleurs de tête, de la face, du membre supérieur
droit continuèrent à s’exaspérer, et le malade commença à
ne plus pouvoir se servir de son bras droit.
Depuis longtemps le sommeil a fui sa couche, il maigrit
sensiblement , non-seulement par suite de ses souffrances,
mais par conséquence de l’usage presque exclusif des aliments
liquides, car nous commençons à constater de la dysphagie.
Chez les malades porteurs de tumeurs de l’encéphale, la nu­
trition et les fonctions qui ne dépendent pas immédiatement
de l’encéphale, ne présentent aucun symptôme constant.
Quelquefois le malade engraisse , comme dans certaines
affections cérébrales chroniques; mais dans la tumeur can­
céreuse, le malade maigrit et tombe dans le marasme ; la na­
ture de la tumeur a donc une action réelle sur les conditions
de nutrition.
Quant à l’abolition ou à la difficulté de la déglutition vo-

Ion taire, en même temps que la conservation de la parole,
elle prouve que les voies de transmission de l’incitation vo­
lontaire à l’appareil bulbaire sont distinctes de celles qui
portent aux noyaux de l’hypoglosse les excitations motrices
volontaires.
Le malade est désespéré, il supplie qu’on le guérisse, mais
il conserve presque entière l’intégrité de l’idéation.
Le malade prend alors des préparations ferrugineuses, de
l’iodure de potassium, des douches froides et des pilules
d’extrait thébaïque. Nous constatons, avec peine, que nous
n’avons pas môme obtenu un arrêt de l’affection cruelle. Le
patient est dans l’impossibilité de se servir de son brasdevenu
insensible, presque plus de mouvements réflexes. La maigreur
augmente avec la tristesse et le désespoir. Malgré cela, les di­
gestions s’opèrent bien, pas de troubles de la respiration et
de la circulation.
Le 28 mai, devant les souffrances qui nuit et jour viennent
torturer ce pauvre diable, malgré d’assez fortes doses d’opium,
je prescris une potion avec un centigramme de cyanure de
potassium.
Dès ce moment, une sédation inattendue se produit, mais
le malade cesse de pouvoir se lever, il perd ses forces et ne
quitte plus son lit.
Le 29, les douleurs de tête ne sont presque plus accusées ;
toutefois la paralysie du pharynx fait des progrès, le malade
peut à peine avaler quelques cuillerées de bouillon; il con­
tinue l’usage du cyanure à la même dose, c’est-à-dire une
cuillerée de potion à un centigramme toutes les deux heures.
L’amendement des douleurs est complet, le malade nous af­
firme qu’il ne souffre plus et qu’il dort bien.
Le 30, calme profond ; le malade reste immobile dans le
décubitus dorsal. Le pouls est ralenti à 40 pulsations.
Le 3 juin, somnolence; la potion cyanurée est supprimée.
(Vin et sirop de quina).
Il succombe sans convulsions le 5 juin, à 10 heures du
matin, après huit mois de maladie*

358

350

�ROUX.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

Autopsie. — Le cadavre présente une teinte ictérique pro­
noncée. A l’ouverture du crâne, nous constatons tout d’abord
des adhérences très-denses entre la dure-mère et la table in­
terne, qui est comme érodée'sur deux point : l’un Irès-étendu,
situé dans la fosse frontale drr 'te et sur les éminences mamellaires de la portion orbitaire du coronal ; Tautre, de deux cen­
timètres de long, sur le pariétal gauche, en arrière et en haut,
vers l’angle postérieur et supérieur,
Entre la dure-mère et le crâne, dans ces deux régions, nous
trouvons une substance, un substratum d’un jaune citron, de
consistance beurrée. Au-dessous de ces deux points, les
méninges sont épaissies, très-denses, adhérentes entre elles,
infiltrées par cette substance caséeuse, jaunâtre friable. L'ilot
qui répond au pariétal gauche se prolonge sur la ligne mé­
diane d’arrière en avant et occupe une étendue de onze cen­
timètres sur sept.
En incisant les méninges épaisses et indurées, nous trou­
vons sur les côtés de la scissure médiane à la surface du lobe
postérieur de l’hémisphère gauche, deux noyaux très-durs
d’une substance grisâtre très-dense, difficile à préciser. Le
plu? antérieur, divisé entre deux circonvolutions et ne dépas­
sant s l’épaisseur de la substance corticale, est entouré sur
la r ape d’une zone rougeâtre de 3 à 4 millimètres.
^e deuxième noyau, situé plus en arrière, pénètre plus ou
n Ans profondément, et est en tout semblable au précédent,
m. is il affecte une forme un peu allongé, et la zone rougeâtre
qui limite exactement le premier noyau est ici plus diffuse ;
elle a pour dimension 5 centimètres de long sur 3 de large.
Tout autour, la substance blanche a subi un ramollissement
notable. A la coupe, un piqueté noir apparaît ; la pie-mère est
injectée, gorgée de sang brunâtre, et l’hémisphère droit
adhère fortement à la faux.
Le lobe antérieur de l’hémisphère droit est presque entiè­
rement recouvert d’une calotte de six centimètres d’étendue,
très-dense ; il est adhérent aux méninges épaissies, indurées,
d’un jaune grisâtre. La lésion cancéreuse se reconnaît éga­
lement très-bien au milieu de la substance grise ; divers

points de 1encéphale sont pâles , comme très-ramollis, entr’autres les parties latérales des cinq ventricules, et le lobule
du nerf vague du côté droit. Ajoutons en terminant que le
ventricule latéral gauche renfermait une sérosité rougeâtre.

SCO

361

J. Roux.

Appelé , vers la fin de 1869, à de nouvelles fonctions uni­
versitaires, j ’ai dù quitter la clinique chirurgicale à laquelle
j’étais attaché comme professeur-adjoint et renoncer, par
conséquent, à un.service actif dans les hôpitaux.
Je m’étais dès lors proposé d’adresser à l’administration, et
sous forme d’un dernier rapport annuel, un ensemble d’obser­
vations tendant à appeler toute son attention sur des amélio­
rations, voire même des réformes, que l'expérience de chaque
jour ne manque pas de suggérer à ceux qui. pendant vingt
années de leur existence , passent une partie de leur temps
au milieu d’une population qui souffre, s’agite et se plaint !
Mais je n’ai pu donner suite à ce projet. Depuis un an, aux
douleurs auxquelles chaque famille est malheureusement
exposée, ont succédé celles ressenties par une nation entière,
qui subit une épreuve aussi terrible qu’imméritée ; et per­
sonne n ’est guère disposé à entreprendre un travail quelcon­
que alors que l’esprit et le cœur ne peuvent songer qu’à la
délivrance de la patrie.
Cependant, deux de nos chers élèves, MM. Bousquet et Livon,
ayantbien voulu me communiquer les notes recueillies, avec
leur zèle habituel, au cours professé à notre dernier semes­
tre de clinique, j ’ai trouvé une utile diversion à les com­
pléter par quelques souvenirs rétrospectifs, et je les ai classées
sous diverses catégories d’après la nature des faits observés.
La publication de ces notes , comme suite à mes précé­
dentes séries d;Observations de chirurgie usuelle, intéressera
r»

�SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

peut-être quelques lecteurs du Marseille Médical; mais, en
les lisant, qu’on veuille bien se souvenir des circonstances
au milieu desquelles on les publie ; elles sont de nature à
faire pardonner bien des lacunes.

Parmi les décès survenus dans le service des hommes, il y
en a six qui se rapportent à des blessés ayant succombé quel­
ques heures après leur admission à l'hospice, et sans laisser par
conséquent à l’intervention médico-chirurgicale le temps né­
cessaire à quelque utile résultat.

362

S.-P.

363

Décembre 1870.

II

QUATRIÈME SÉRIE

D'OBSERVATIONS DE CHIRURGIE USUELLE
Comple-rcndu de la clinique chirurgicale de l’Hôlcl-Dieu de Marseille
Pendant le sem estre d 'été de I8 G 9 ,
PA R L E PR O FE SS E U R S IR U S -P IR O N D I.

APERÇU GÉNÉRAL.
I

En prenant le service de la clinique chirurgicale le 26 mai, il
y avait trente deux malades (hommes) couchés dans la salle
Cauvière et seize malades (femmes) dans la salle S^-Catherine.
Du 26 mai au 18 novembre (1869), deux cent cinquante-trois
hommes et quatre-vingt-trois femmes, atteints de maladies
dites externes ou chirurgicales, ont été admis dans ces deux
salles; et, sur ce nombre, il y a eu quatorze décès parmi les
hommes et six parmi les femmes, soit vingt décès sur trois
cent trente-six malades. Cette proportion, assez heureuse
pourtant, pourrait encore être réduite à peu près d’un tiers,
et en voici la raison :

On a pratiqué trente opérations dont seize graves et quatorze
d’une importance secondaire.
Parmi les premières on compte deux tailles périnéales,
une ligature de l’artère crurale, deux ligatures de l’humérale,
trois amputations (de la jambe, du pied et de l’avant-bras) ;
trois cataractes, deux iridectomies, une hernie inguinale étran­
glée ; ablation d’une large surface de tissu modulaire rétracté
et formant une espèce de corde inextensible qui maintenait la
cuisse complètement fléchie sur le tronc.
Les quatorze opérations de moindre importance compren­
nent : trois réductions de luxations scapulo-humérales ; une
ablation de petite tumeur épithéliale au grand angle de l’œil ;
trois désarticulations de doigts ou orteils, une hydrocèle, et l’ex­
traction d’un corps étranger introduit dans le conduit auditif
externe.
La mortalité, par rapport à l’ensemble de ces opérations, a
été assez restreinte, il n’y a eu que trois décès : un opéré de
la taille, un amputé de la jambe, et un blessé auquel on avait
pratiqué la ligature de l'artère crurale.

III

Nous aurons l’occasion de reparler avec quelque détail de
la plupart des opérés. Mais dans le but de procéder avec un
peu d’ordre dans l’examen des principaux faits soumis à notre
observation et qui ont servi de base A nos leçons cliniques
pendaut les cinq derniers mois de l’année scolaire 1868-69,

�3Gi

SIRUS-PIKONDI.

nous diviserons les malades confiés à 110s soins en huit caté­
gories comprenant :
1° Les brûlures ;
2° Les maladies des yeux ;
3° Les maladies des organes génito-urinaires ;
4* Lésions des os et des articulations ;
5* Maladies syphilitiques ;
fi* Plaies et contusions ;
7* Maladies de la peau ;
8’ Lésions diverses.
Cette division, luttons-nous de le constater, n ’a rien de bien
rigoureux, et certains malades pourraient appartenir indistinc­
tement à plusieurs de ces catégories ; mais encore une fois il
nous fallait des points de repère pour classer convenablement
les remarques cliniques que ces faits ont suggérées.

CRÉMIÈRE CATÉGORIE.

Brûlures.
§ 1". — Quoique ce genre de lésion soit plus commun en
hiver que pendant l’été, nous en avons observé cependant de
nombreux exemples pendant les mois de juillet., août et
septembre, dus à des accidents divers. Quelle que soit la nature
de ces accidents, l'action d’un haut degré de chaleur sur l’or­
ganisme peut se traduire par des phénomènes morbides graves
et d’autant plus dangereux que cette chaleur aura agi nonseulement à une plus grande profondeur mais encore sur une
plus large surface. En d’autres termes, la gravité et les dangers
d'une brûlure ne dépendent pas uniquement de l'intensité de
l’effet produit sur les tissus, mais de Yétendue de cette brûlure
considérée sous le double rapport de la profondeur à laquelle
a pu atteindre l’action concentrée du calorique, et de l’espace
tégumentaire sur lequel cette même action s’est étendue. C’est
ainsi, par exemple* que la brûlure complète d’une phalange
poussée jusqu à sa carbonisation entraînera après elle, pour

Observation. — Une toute petite fille jouait à la poupée et
faisait chauffer des fers à un petit* fourneau, lorsque sa
grand’maman passe malheureusement trop près de ces jouets
avec une robe de gaze très volumineuse. Le feu prend au bas
de la robe et instantanément la pauvre dame se trouve enve­
loppée par les flammes. Malgré toute la célérité mise an secours
de la brûlée, on ne pût empêcher la production d’une brûlure
générale du premier degré accompagnée de quelques rares
ampoules ; et cette dame, douée d’une vigoureuse constitution
et à peine âgée de 57 ans, succomba huit heures après l'acci­
dent dans des souffrances horribles. Aucune médication ne
pût relever l’état des forces ; le pouls s’affaiblit et se rallentit
graduellement; la température baissa proportionnellement à
l’état du pouls ; l’intelligence resta intacte jusqu’à la fin.
§ 2. — Les précédentes considérations sont importantes pour
le pronostic et nous ont engagé, depuislongtemps déjà, à mo­
difier la classification des brûlures et à renoncer à la division
en six degrés admise par Dupuytren.
Nous y avons renoncé, du reste, avec d’autant moins de
regret que rarement les divers degrés de la brûlure sont isolés,
mais le plus souvent réunis et pour ainsi dire superposés sur
le même individu; de sorte que, plus on en réduit le nombre,
moins on s’expose à d’inutiles confusions.
Du reste, dès l’époque où nos plus anciens prédécesseurs ont
voulu mettre un peu d’ordre dans l’étude de cette lésion, l'ob­
servation des faits leura indiqué tout naturellementd’admettre
trois degrés différents dans les effets de la brûlure sur nos
organes, et cette division, qui semble appartenir à Fabrice de
Hylden (1607), a été maintenue jusqu’à Boyer, à part une légère
et insignifiante modification introduite par Heister et Callisen,

1
s

�366

SIRUS-PIRONDI.

qui voulurent subdiviser Je 3* degré en deux variétés selon que
les effets de la brûlure étaient limités à une escharre super­
ficielle ou arrivaient à la carbonisation.
Dupuylren voulut bien admettre les deux premiers degrés
des anciens : rubéfaction et vésication ; mais il crut mieux
préciser le degré de profondeur auquel arrive la mortification
des tissus en subdivisant le troisième degré en quatre variétés
selon qu’il s’agit.
A D’une simple eschariûcation ;
B De la mortification des téguments ;
G De la destruction des vaisseaux, des muscles des tendons
et des nerfs.
D De la carbonisation complète du membre.
Mais en définitive, cette délimitation très-difficile et impos­
sible même à constater sur le malade, n ’existe qu’à des degrés
très-divers dans les régions profondément atteintes et elle
n’ajoute rien d’ailleurs à la sûreté du pronostic ni aux indica­
tions thérapeutiques , attendu que la mortification des tégu­
ments de la face, fût-elle très-superficielle, sera toujours beau­
coup plus grave par les conséquences médiates qu’elle peut
avoir, qu’une mortification de tissus deux fois plus profonde
mais siégeant, par exemple, au dos ou à la partie externe de
la cuisse ; d’ailleurs profonde ou superficielle, une escharre
ne peut guère varier les indications curatives.
Ajoutons enfin que cette classification, malgré le nombre
des variétés appartenant au 3' degré, ne tient nullement
compte de l’étendue de la brûlure, et nous avons déjà dit que
l’étendue en surface peut entraîner parfois plus de dangers
après elle que l’étendue en profondeur.
§ 3. — Consécutivement aux considérations qui précèdent,
il nous parait préférable de revenir à l’ancienne division des
brûlures entrois degrés, mais en ajoutant à chacun d’eux une
subdivision qui fixe, en quelque sorte, le pronostic par une
désignation simple et facile à retenir.
Ainsi, prenant en considération que toute brûlure, quelle
que soit la cause qui la détermine, ne peut produire sur la sur-

CLINIQUE CHIRURGICALE.

307

lace des organes que trois effets bien distincts l’un de l’autre :
rubéfaction , vésication ou mortification des tissus ; considé­
rant en outre que ces trois effets entraînent après eux d’autant
plus de gravité que la rubéfaction , la vésication et la mortifi­
cation , ont agi sur une surface plus ou moins limitée ou à
une plus grande profondeur et ont, par cela même, envahi en
tout sens une plus grande quantité de tissus , nous croyons
pouvoir proposer la classification suivante à laquelle nous
renoncerons très-volontiers si l’on en trouve une autre qui
puisse formuler plus simplement encore les diverses variétés
de brûlures journellement soumises à l’observation médicale.
( Limitée.
1" degré. Rubéfaction..........................j Étendue.
f Générale.

! Limitée,

Étendue.
Générale.

Î Superficielle 1 Limitée,
ou
profonde.

Étendue,
/ Générale.

Cette division répond sinon à toutes, du moins à la plupart
des données de la elinique, facilite les indications nécessaires
au traitement, et ne nuit pas à la précision du pronostic.
§ 4. — Parmi les observations de brûlures recueillies dans
le service de la clinique pendant le laps de temps sus­
mentionné, quatre étaient déjà anciennes et il s’agissait de
mener à bonne fin la cicatrisation de vastes ulcères occupant
tout ou partie de la surface du mollet: c’étaient des femmes
figées chez lesquelles le feu avait été communiqué aux jupes
par des chaufferettes.
Parmi les divers cas de brûlures récentes, se trouvaient
deux jeunes manœuvres maçons chez lesquels Paccident avait
eu lieu dç la manière suivante : portant sur la tête une auge
de chaux vive, une partie du liquide était tombé sur les
épaules et avait déterminé l“, une rubéfaction étendue entre

�368

SIR Ü S-PIR O N D I.

les deux omoplates et le long du dos, 2% une vésication limitée
sur la région deltoïdienne gauche.
Un autre ouvrier qui se trouvait placé en face d’une petite
chaudière au moment de son explosion, a mis instinctivement
en pratique l’utile recommandation de M. Brocaet a pu se
garantir d'un accident non-seulement très-grave mais pres­
que toujours mortel —la brûlure de la muqueuse aérienne et
de la conjonctive —en tenant la bouche et les paupières com­
plètement closes et s’abstenant de respirer pendant quelques
secondes; tout juste le temps qu’il a fallu pour ouvrir une porte
et une fenêtre, et lui permettre de respirer un air non chargé
de vapeurs d’eau bouillante. Il n’y a eu, chez ce jeune hom­
me, que quelques brûlures du premier et du deuxième degré
au front, au nez, à la face et plus particulièrement à l’oreille
gauche.
Trois ouvriers mineurs ont été beaucoup moins heureux à
la suite d’un accident dû à l’extrême imprudence de la plupart
des gens de leur métier. Ils passaient à midi sur le quai de la
Joliette, l’un d’eux portant plusieurs kilos de grosse poudre
à mine dans un sac placé au fond d’une caisse ; l’action solaire
a produit une explosion qui aurait pu occasionner bien plus
de malheurs encore, si en ce moment le quai eût été parcouru
par un plus grand nombre de personnes. Les trois imprudents
ont été seuls atteints et on les a immédiatement amenés à
l’Hôtél-Dieu dans un état déplorable. Chez tous les trois, la
face, le cuir chevelu et le cou présentaient des lambeaux
d’épiderme se détachant par larges places ; chez l’un d’eux,
tout le tronc, le bras et la jambe droite étaient couverts de
vésications; chez un autre, le tronc et les membres jusqu’à la
région dorsale du pied étaient complètement rubéfiés ; pas un
centimètre de peau qui n’eût été atteint. Chez le troisième,
à part l’état de la face et du cou, le tronc n ’avait été atteint que
que d’une manière très-limitée, tout près de l’épaule gauche,
dans la direction du muscle grand pectoral : le bras gauche
présentait une vésication s’étendant à la face dorsale des pha­
langes; mais le membre inférieur avait été épargné.
Les deux premiers ont succombé du deuxième au quatrième

CLINIQUE CHIRURGICALE.

369

jour après l’accidçnt, et avec un délire qui n’avait pas quitté
ces malheureux depuis les premières heures de leur admission
à l’hospice. Le troisième a pu se tirer d ’affaire ; mais après
avoir passé par des alternatives très-graves.
§5. — Le traitement, des brûlures ne varie pas seulement
d'individu à individu selon l’àge et le degré de sensibilité de
chacun ; mais encore selon le climat, le tempérament et les
habitudes individuelles. Cela parait exagéré ; il n’y a pour­
tant rien de plus vrai; et cela explique, jusqu’à un certain
point, le nombre et la variété des remèdes qui fleurissent dans
chaque pays, et qui reproduisent rarement au Nord les mer­
veilles vantées au Sud, et vice-versà.
Ajoutons encore, ce qui se comprend du reste, que sur le
môme individu, des pansements divers peuvent être exigés si
on se trouve en présence d’une brûlure qui offre tous les
degrés à la fois.
De sorte que, ici encore, comme en bien d’antres cas, le mé­
decin a plutôt affaire à des brûlés qu’à des brûlures, elles indi­
cations varient autant que les faits.
Celle pourtant qui prime toutes les autres c’est, de soustraire
au plus tôt le brûlé aux souffrances intolérables qu’il accuse,
et, dans ce but,il s’agit de mettre la région atteinte immédiate­
ment à l’abri- du contact de l’air.
Les topiques ne manquent pas, mais il est difficile de choi­
sir les meilleurs ; en général les corps gras ne nous ont jamais
réussi.
S’il s’agit d’une brûlure du premier degré, limitée ou éten­
due, ont peut dès le premier moment couvrir l’erythème d’un
linge imbibé d’eau à la température de l’air ambiant et trèslégèrement vinaigrée. Si l’erythème est général, un bain pro­
longé dans beau amidonnée tempère considérablement la
douleur et peut conjurer l’apparition de symptômes graves
du côté du système nerveux.
La température de l’eau doit être isotherme ; si elle est plus
basse, la réaction est douloureuse et peut aller à l’encontre du
résultat que l’on désire obtenir.

�SIRUS-PIRONDI.

JOURNAUX FRANÇAIS.

Si les moyens sus-indiqués ne produisent aucun soulage­
ment et à plus forte raison s’ils exaspèrent les souffrances du
blessé, on peut appliquer aux brûlures du premier degré un
topique aussi simple que facile à se procurer, et que nous ver­
rons produire d’excellents résultats dans le traitement de l’éry­
sipèle : il faut recouvrir la surface brûlée par une couche assez
épaisses de farine de blé qu’on renouvelle au fur et à mesure
qu’elle tombe.
Dans les brûlures du deuxième degré, si les ampoules sont
considérables et fortement tendues, il faut d’abord les piquer
avec une épingle — ce qui vaut mieux que de les couper avec
des ciseaux—et les recouvrir ensuite avec du coton cardé qui
s’imbibe de sérosité et forme croûte autour du derme.
J’ai vu parfois la cicatrisation s’opérer sous cette croûte arti­
ficielle, qui tombe à un moment donné , après avoir réussi
à protéger Information d’une première pellicule cicatricielle. Si
au contraire, la couche de coton tombe trop tôt, poussée par
la suppuration de la surface brûlée, on a dès lors recours aux
application de linge fin et souple, imbibé d’eau additionnée
au vingtième d’eau de laurier cerise; ces lotions fréquemment
renouvelées et continuées avec persévérance, calment la dou­
leur et procurent aux pauvres brûlés quelques heures de
calme et de sommeil réparateur.
Mais ce moyen, à son tour, peut échouer, et les douleurs de­
venant intolérables, nous n ’avons pas hésité à badigeonner les
surfaces dénudées avec un pinceau imbibé d’une solution
de nitrate d’argent (1). Ce Uniment, très connu en Allemagne
et préconisé parBillroth, donne souvent d’excellents résultats
et nous parait, sous bien des rapports, préférable au procédé de
quelques chirurgiens, qui appliquent directement, sur le der­
me, le crayon caustique. Le badigeonnage, pratiqué d’abord
tous les jours, est renouvelé au bout de quelques temps tous
les deux ou trois jours, et suffit d’ordinaire pour mènera bonne
fin la guérison de la brûlure du 2* degré.

Dansles brûlures du 3* degré, lorsqu’il y a mortification des
tissus, il est évident que les topiques les plus actifs ne peuvent
reproduire la vie là où elle manque. Dans ces cas, la chute des
escarrhes doit être favorisée par l’application de cataplasmes
émollients. Une fois l’escarrlie tombée , la plaie qui en résulte
réclame évidemment un traitement spécial, qui doit varier
selon les dimensions de la perte de substance, l’importance de
la région ou elle s’est produite, etc, c« qui rentre dans le domai­
ne du traitement général des plaies.
Chez tous les brûlés, la douleur épuise promptement les
forces ; une bonne alimentation est donc indispensable, et il
faut faciliter l’hématose par une aération convenable. On ne
saurait trop recommander — dans les hôpitaux surtout —, de
maintenir les malades, sujets à d’abondantes suppuration ,
un peu éloignés les uns des autres et d’éviter autant que
possible leur aglomération dans une même salle.
De même que les varioleux, les brûlés exhalent une odeur
particulière qui est, en définitive, le produit de l’expansion
dans l’atmosphère de miasmes solides, dont l’action délétère
peut agir aussi fâcheusement sur d’autres plaies que sur tout
l’organisme, après absorption par les voix aériennes.

370

(1) Nitrate d’argent, 4 gr. dissolvez dans Qs. eau distillée et mêlez à
120 grammes huiled’amandes douces.

371

(A suivre.)

REVUE DES JOURNAUX FRANÇAIS
(Pathologie médicale).

Dans les temps ordinaires, Paris, il faut bien le reconnaître,
publiait à lui seul plus de travaux de médecine que la France
entière. Aujourd’hui, que des circonstances douloureuses
excusent et légitiment l’inaction scientifique, la province ne
peut fournir que de rares et courtes publications.
Lyon médical est resté, en dépit de tous les obstacles, fidèle
à ses engagements et à sa mission. Dans son numéro du 6 no­
vembre, il reproduit un mémoire de Riccardo Volkmann sur

�372

REV U E.

la paralysie infantile et les contractures paralytiques. L’auteur
insiste surtout sur les conditions mécaniques qui peuvent
engendrer les déviations paralytiques; on peut les ranger en
trois classes : Lie poids du membre; 2° une surcharge fonc­
tionnelle; 3* l'impossibilité éventuelle de reprendre une posi­
tion modifiée par l’action des muscles non paralysés. C’est un
véritable travail original de M. Perroud que le même recueil
publie dans ses numéros du 20 novembre et. du 4 décembre.
Il s’agit de la mort subite chez les phthisiques.
Ces morts subites, très-rapides ou imprévues, avaient été
déjà signalées. Louis en rapporte plusieurs exemples dans ses
Recherches sur la phthisie; les auteurs du Compendium men­
tionnent le fait ; Valleix, Durand-Fardel. Jlilliet et Barthez,
Walshe, lui consacrent chacun une plus ou moins courte
mention; chaque praticien en a d’ailleurs observé des exem­
ples. Mais il fallait chercher à catégoriser ces accidents et à
les expliquer. C’est ce qu’a tenté M. Perroud.
Le savant médecin de Lyon croit pouvoir ranger ces exem­
ples de mort subite ou très-rapide sous quatre chefs prin­
cipaux :
1* Morts rapides par gêne mécanique de la circulation
aérienne dans les poumons. — Le plus souvent alors c’est un
œdème de la glotte qui enlève les malades. Une hémoptysie
peut produire le même résultat ; par l’oblitération des voies
bronchiques, et cet accident, n'est même pas très-rare, puisque,
dans son seul numéro du 10 février 1855, le Médical-Times re­
late trois cas de phthisie pulmonaire avec mort rapide par
hémoptysie ;
2* Morts rapides par gêne de la circulation sanguine des
poumons. —Ce sont les embolies qui jouent ici le rôle princi­
pal, d'après M. Perroud, qui n’a pu apporter ici. en faveur de
son opinion, la seule preuve incontestable, la sanction anato­
mique;
3* Morts subites par arrêt brusque des mouvements de la
poitrine ou du cœur, consécutivement à une action ner­
veuse. —Dans les faits qui appartiennent à ce troisième genre,
la mort est réellement subite; le malade est comme foudroyé.

JOURNAUX FRANÇAIS.

373

La possibilité de ce mécanisme est prouvée par la physiologie.
On suit, en effet, d’après les expériences de Rosenthaï, que le
nerf laryngé supérieur peut être considéré comme un.nerf
d’arrêt par rapport aux mouvements respiratoires, et les re­
cherches de Bert sont venues confirmer cette manière de voir,
il est admis aussi qu’une excitation du pneumogastrique peut
subitement tuer un individu. Chez les phthisiques, ce genre de
mort subite peut être facilement démontré, et M. Perroud
l’admet chaque fois qu’à l’autopsie il n’a pas trouvé de lé­
sions ;
4“ Morts subites accidentelles chez les phthisiques. — Ce
sont les causes de morts subites qui peuvent atteindre le pre­
mier venu et dont le phthisique n’est pas exempt.
Tel est, en résumé, l'intéressant travail deM. Perroud. Ce
n’est pas un mince mérite que d’avoir ouvert la voie à des re­
cherches nouvelles au sujet d'une maladie que l’on croyait
avoir étudiée sous tous les aspects.
La Revue médicale de Toulouse publiait en septembre der­
nier un travail plein d’intérôt sur les grossesses douloureuses :
sujet que la pathologie et l’obstétrique peuvent également re­
vendiquer. Notre confrère avait observé plusieurs cas de gros­
sesses douloureuses se terminant heureusement pour la mère
et pour l’enfant, lorsqu’un fait plus remarquable que les autres
vint éveiller son attention sur ce sujet tout-à-fait négligé.
C’est au volume du fœtus et de ses annexes que les douleurs
pendant la grossesse peuvent être quelquefois attribuées. La
distension anormale des parois utérines détermine alors une
sensibilité exagérée; on peut dire qu’il y a de fait d’harmonie
entre le développement fœtal et le développement utérin. Les
femmes fortes, pléthoriques, n’ont pas le privilège exclusif de
cet accident morbide. Il n’est pas rare de voir des femmes fai­
bles donner, au détriment de leur santé, naissance à des en­
fants très-vigoureux, ce qui montre que la congestion utérine,
invoquée pour expliquer les douleurs de la grossesse, est pres­
que toujours étrangère à leur production. De là l'inutilité des
saignées, dont on a tant abusé autrefois. C’est plutôt en don­
nant de la force au sang que l'on empêchera la formation des

�37 i

REVUE.

eaux abondantes, cause de distension et partant de douleurs;
l’iodure de fer remplit ce but. Si la femme est pléthorique,
c’est l’iodure de potassium qui doit être employé.
Dans le numéro de novembre du même recueil, M. Guitard
s'occupe de la variole, qui sévit à Toulouse depuis près d’un
an. Un grand nombre de sujets vaccinés ont été atteints; chez
eux, la forme morbide a été presque toujours un diminutif du
type, la guérison a été constante. Les anomalies ont été fré­
quentes. Cinq formes principales ont été observées: 1° la forme
inflammatoire franche: 2° une forme inflammatoire trompée
parle substratum nerveux; 3° la forme adynamique; 4*l’atuxique ; 5° la forme rémittente, très-rarement franche, le plus
souvent larvée, insidieuse et terrible. Chaque forme a été
traitée par une médication appropriée; le sulfate de quinine
a rendu les plus grands services, non pas seulement dans les cas
bien tranchés de rémittence, mais aussi et surtout dans les
cas graves, sans apparence de phénomènes rémittents. La digi­
tale a été très-utile pour les cas de poussée difficile avec éré­
thisme cardiaque. Un infirmier, atteint en 1869 de variole
simple, a été, en 1870, frappé mortellement par une variole
hémorrhagique.
La Gazette médicale de l'Algérie se préoccupe toujours, et
c’est justice, de l’intoxication paludéenne. C'est ainsi que nous
voyons son rédacteur en chef, M. Bertherand, consacrer un
savant article à la théorie de Balestra sur l’origine cryptogamique de la fièvre des marais. C'est ainsi que M. Baudon fait
connaître les résultats de ses recherches sur le traitement de
l’accès pernicieux. L’auteur rappelle, entre autres faits, la né­
cessité qu’il y a pour la révulsion d’agir sur un point sensible
du tégument, les révulsifs agissant surtout parle trouble qu’ils
apportent à ladistribution de l’influx nerveux. Règle générale,
les révulsifs doivent être appliqués le plus près possible du
centre de l’organisme. Leur action doit être énergique et
prompte. Le marteau de Mayor trempé dans l’eau à 100 degrés
peut fournir les meilleurs résultats.
Ces travaux et d’autres encore prouvent qu’en France,
même au milieu des circonstances les plus graves, la science
ne s'arrête jamais.

VARIÉTÉS.

37b

VARIÉTÉS.
La Société du Marseille medical s’est réunie hier 20 décembre, en
assemblée générale, pour procéder à ses élections annuelles.
Notre directeur, M. A. Fabre, a bien voulu pour, cette année
encore, rester à la tête de notre Comité de rédaction.
La Société a ensuite voté des remerciments pleins de cordialité à
son excellent administrateur M. Seux fds, que son patriotisme tient
éloigne de nous, M. Seux ayant voulu servir le pays, en qualité de
médecin d’un bataillon de marche ; espérons que ce digne confrère
reviendra bientôt remplir, avec cette habileté et cette prudence dont
il nous a donné tant de preuves, les fonctions qui lui ont été de
nouveau confiées.
M. le docteur blanchard, qui précédemment s'était acquitté de
la même tâche, avec autant de dévouement que de succès, a bien
voulu s’en charger de nouveau jusqu’au retour de M. Seux.
Au nom de la Société.
D. Sauvet.
— On écrit de Sedan au Progrès du Nord :
Jeudi, 2ü novembre, à une heure de l’après-midi, le docteur de
Baudre est envoyé par M. Duplessy, médecin principal de Sedan, à
Mézières, afin de chercher l’argent nécessaire à la paye des diffé­
rents médecins de l’ambulance militaire qui n’avaient rien reçu
depuis longtemps. Il obtint un sauf-conduit du commandant des
étapes de Sedan, ainsi qu'une voiture de réquisition,
Muni de ces pièces, revêtu du brassard, possédant une carte de
parcours, de Baudre se met en route avec un conducteur français.
Arrivé à Villers, le poste prussien lui enjoint de ne pas avancer ;
il déclare être en règle et on le laisse poursuivre sa route jusqu’à La
Francheville, seul et à pied, car le docteur avait laissé à Villers son
conducteur. Il se présente chez le commandant du poste qui lui
dit : « N’insistez pas, seriez-vous prussien ou général, vous ne pou­
vez passer. » Le docteur devant une affirmation aussi catégorique,
retourne sur ses pas à la recherche de sa voiture.

�VARIÉTÉS.

VARIÉTÉS.

Dans ce trajet, une sentinelle, sans avertir, sans crier d’arrêter,
tire sur lui, sans le toucher ; il se retourne, montre son brassard,
agite son mouchoir. Au même instant il reçoit une balle en pleine
poitrine par un oflicier qui, voyant le coup manqué, a pris un fusil,
et à 10 mètres, tira sur le malheureux qui tomba. Transporté dans
une maison, denx médecins prussiens lui donnent des soins et dé­
clarent son état désespéré.
Le médecin blessé, sentant qu'il n ’avait que quelques heures à
vivre, prie l ’entourage d ’aller chercher sa femme à Sedan. Personne
au village n ’osa s’acquitter de la commission, les Prussiens même
ne défèrent pas à ce désir suprême, on comprendra pourquoi.
On prévint la malheureuse femme le lendemain à neuf heures seu­
lement. Ignorant le sort de son mari, on la conduisit auprès du
commandant prussien qui lui dit ces paroles textuelles ; « Je suis
bien fâché du petit accident arrivé à votre mari, j ’espère que cela ne
sera rien. Notre responsabilité est à couvert complètement.
Un médecin entre au moment et prie madame de Baudre d’atten­
dre une heure ; comme elle insistait sur ce petit accident, le méde­
cin ajouta que M de Baudre venait d’être pris d’un accès de fièvre
et que sa présence ne pouvait qu’aggraver la situation.
Pour passer et tuer le temps, madame de Baudre se vit forcée de
se promener au bras d’un Prussien ; n’v tenant plus, elle s’échappe
et veut voir son mari un soldat lui barre le passage : On ne passe
pas.
Elle va d’un autre côté, dans une cour, Elle y voit des vêlements
ensanglantés ; inquiète, anxieuse, elle court à l’oflicier, prie, sup­
plie ; on la fait entrer dans la maison ; un prêtre en sort, elle lui
demande s’il est venu pour son mari. Oui, madame, tout est fini,
votre mari vient d’expirer. Elle entre dans la chambre et n'em­
brasse plus qu’un cadavre. Les habitants de La Francheville n’igno­
rent pas les détails et d'autres plus accablants encore ; ils n ’osent
parler, les Prussiens sont chez eux : ils ont peur de l’incendie, car
ces civilisateurs marchent la torche en main.
Une enquête est ouverte. — Le capitaine prussien sera décoré.
L’on se demande pourquoi n ’avoir pas fait prisonnier ce médecin,
s’il était à craindre ? Pourquoi lui avoir délivré un sauf-conduit?
Pourquoi, enfin, n ’avoir pas laissé approcher sa femme ; aurait-on
craint quelque révélation sur l’assassin ? Pourquoi tue-t-on un
homme, un médecin, qui sort de parlementer avec un comman­
dant ?

Pourquoi
Par ce que la Prusse veut civiliser la France avec
l’aide de Dieu, du vol, de l’incendie et de l’assassinat.
Malgré la présence des Prussiens et le danger qu’il pouvait courir
en flétrissant l’abominable crime de l’officier allemand, M. Becour,
chirurgien des ambulances, membres du comité de la CroixBouge et de la Société des Sauveteurs belges, n’a pas hésité à pro­
noncer le discours suivant, que nous nous faisons un devoir de re­
produire comme un hommage de notre admiration pour son courage
et sa résolution :

316

377

« Citoyens,
« Un adolescent de vingt-cinq ans, le docteur de Baudre, volon­
taire de l’association internationale de secours, revêtu de notre in­
violable insigne, accomplissait une missiou toute médicale, il a été
assassiné.
« C’est la malheureuse victime de cet acte infâme que nous avons
la douleur d’enterrer.
« Cruelle ironie du dieu des armées qu’invoquent les tyrans ! cette
victime était toujours prête à soigner, à consoler, à guérir celui-là
même qui, de propos délibéré, lâchement le tua ; sans se soucier du
signal de détresse du pauvre médecin agitant son mouchoir, sans
examiner le sauf-conduit, sans se donner seulement la peine do
reconnaître nctre insigne, l’assassin a tiré sur la croix rouge.
« Je proteste comme médecin, comme membre, comme délégué
du comité central belge, contre un acte aussi barbare, qui retentira
douloureusement dans tous les cœurs.
« Ne souffrons-nous pas assez loin de nos familles, loin de nos
enfants; ne mourons-nous pas encore assez vite du typhus, de l’in­
fection, de la pourriture, témoin notre regretté confrère Thomas et
d’autre encore dont le martyrologe serait trop long. Devons-nous
craindre, en remplissant notre devoir de volontaires de l'humanité,
en portant au loin des secours, d’être fusillés comme on fusille une
bête féroce ?
« Si la convention de Genève est lettre morte, qu’on nous le dise,
nous nous armerons aussi, nous qui ne portons que l arme qui sauve
ceux que l’arme tue.
g 11 nous siérait mal de parler vengeance sur un tombeau, nous
sommes gens de paix, et s’il n ’y a que trop de victimes déjà dans
cette effroyable guerre, contre laquelle tout homme de cœur proteste,
nous espérons cependant que justice sera faite.

�378

V A R IÉT É S.

« Quel que soit le m eurtrier, il portera la peine d’un crime de lcschumanité ; sa conscience, si elle est accessible au remords, lui criera :
assassin... ta balle a frappé un neutre ! Assassin... tu as visé un
homme inoiTensif ! Assassin... tu as tué à bout portant un médecin,
un inviolable, un homme dévoué, sans défense, dont la mission con­
sistait à aflronterla mort pour t ’apporter la vie.
« Et toi, malheureux confrère, n ’avais-tu pas assez souffert pour
une cause juste, la prison, l’exil, sous un règne maudit !... Fallait-il,
lorsque tu nous quittas plein de vie, trouver ton épouse en pleurs
auprès de tou cadavre ensanglanté !
« Adieu confrère !... Adieu !... j&gt;

TABLE DES MATIÈRES.

du l a r y n x incisé par les voies naturelles au moyen du
laryngoscope, par le D' E. Nicolas-Duranty, 26.

A bcès

A p p a r e il s de

suspension

pour les fractures du membre inférieur,

p a r le I ) r Pauvers, 220.
A . F abre.

A ng in e rh um atism ale chronique (De) par le Dr Roux de Bri-

gnolos, 299.
A ppel en faveur
B u l l e t in

des

blessés,

m étéorologique ,

168.— Appel à tous, 232.

80.

Recueil des actes du Comité médical des Bouchesdu-Rhône, 39. Note sur la propylamine et les produits organi­
que qui la contiennent, i l . —Viande crue et alcool, 43.—Dévia­
tions de la taille, 47. — Petit manuel pratique de la santé, 140.
— Essai sur les dyspepsies, 22b, par le Dr À. Fabre.

B ib l io g r a p h ie .

C ancer

de l 'en c éph ale

(D u )

par le Dr J. Roux de Brignoles, 353‘

secondaire (Observation sur un cas de) opéré par la
méthode de la dilacération, par le Dr de Capdeville, 276.

Cataracte

C a u s e r ie s ,

par le Dr Bonhomme, 70.

des S ociétés S av an te s : Société Impériale de
médecine de Marseille, par le Dr Isnard, b9, 116. Académie des
Sciences, Académie de médecine, Société de Chirurgie, p arle
D' Seuxflls, 61, 227, 291,339.

C ompte - R endu

C o m m un ic atio n s en tre les c avités droites
g a u c h e sxd u cœur (Anatomie pathologique et

et

les

cavités

pathogénie des)
par le Dr Alvarenga, traduit du portugais par le Dr Bertherand,
103.

(Philosophie médicale) : Lettre du Dr Alliot à
M. le professeur Bertulus, 153. — Lettre du professeur Bertulus
au Dr Guardia, sur la fièvre jaune, de Barcelone, en 1870, 325.

C orrespondance

F ractures

du

crâne,

par le D' Chapplain, 9, 238.

�\

TABLE DES MATIÈRES.
G ravelle urique (O bservation de) compliquée de D iabète , par
le D’ Lavigerie, 35.
G angrène pulmonaire, tétanos, mort, par M. Coste, interne des
hôpitaux, 305.
H ôpitaux maritimes, (Rapport su r les) par le D’ de Capdeville, 124.
I nvasion (1'), 159.
N écrologie , le D'Gouzian, 149.

Nouvelles et

v a r ié t é s ,

79, 296, 341.

Observations de chirurgie usuelle (Quatrième série d ’), p a rle
Dr Sirus-Pirondi, 362.
R evue médico- psychologique, p a rle Dr Sauvet, 43, 316.
R evue des journaux français, par le Dr A. Fabre, 284.
S ociété médicale des HÔPiTAUx(la)et l ’a m b u la n c e s é d e n ta ir e , 343.
SuppuRATiON(quelques mots sur la genèse de la),par le Dr Queirel,5.
T raitement de la goutte (rapport sur un mémoire du docteur
Fontaine relatif au), par le D r Gouzian, 189.
Tumeurs fibro- plastiques m ultiples, et en particulier tum eur du
cervelet, par M. Garcih, 198.
Valeur relative des amputations sous astragalienne. tibio-tarsienneet sus-malléolaire, p a rle docteur E. Coste, 81, 161.233.

sa m :

■■

FIN DE LA TABLE.

�</text>
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                    <text>ÉD1CALE D E L A P R O V E N C E )

œs? / 3

a 'y

y , ^

AN'E OFFICIEL

E T E DE M E D E C I N E
Jo u rn al publié p ar MM. les D octeurs
C. B lanchard , C h a ppla in , C oste , D e s p in e , A. F a b r e ,
C. F lavard , C. I snard , Magail , A. Ma r t in , M ir e u r ,
E. N icolas-D uranty , C. O l l iv e , P. P icard , S irus- P irondi ,
Q ueirel , L. R ampal, Reynès , R oberty , J. Roux (de Brignoles),
S auvet .S eux père, SEuxfils, V an -G aver, V illard , V illeneuve
père, V illeneuve iils.

d ’A stros ,

Directeur: A. F abre .

8 me A n n é e .

MARSEILLE
TYP. ET LIT1L BARLATIER-FEISSAT PÈRE ET FILS,
Rue Venture, 19.
1874 .

�MARSEILLE MÉDICAL
(a n c ie n n e

U n io n

M é d ic a le d e la P r o v e n c e )

8 m« A nnée. — N ° 1 . — 20 Jan vier 1871.

EN AVANTNon, nous ne sommes pas de ceux qui capitulent. Nous ne
sommes pas de ceux qui s’arrêtent quand iis pourraient
marcher encore. Sans doute, il est impossible à un journal
de rencontrer des circonstances plus critiques et plus pénibles
que celles que nous traversons. Plusieurs de nos collaborateurs
les plus zélés ont quitté Marseille pour suivre sur les champs
de bataille nos braves et malheureux soldats. La plupart des
autres ne se sentent pas le courage de surmonter un instant
leurs patriotiques angoisses, même pour servir une science
éminemment utile à l’humanité. Notre journal est donc
obligé de se réduire, pour le moment, aux proportions les
plus modestes. Il n’est pas même certain de paraître toute
cette année d’une manière ininterrompue; mais n’importe ;
nous marcherons tant qu’il ne nous sera pas matériellement
impossible de marcher.
Nous ne voulons pas qu'il soit dit que les barbares du Nord
ont pu suspendre chez nous la vie de l’esprit. Au moment où
ils ont porté à un raffinement inouï la science de la destruc­
tion, nous voulons montrer notre amour pour la science qui
console et guérit.
Naguère, avant l’invasion brutale de ses armées, l’Allema­
gne avait jeté sur la France, plus particulièrement dans le
domaine de la médecine, l’invasion dissolvante de ses idées.
Le temps n’est peut-être pas éloigné où la philosophie et la
clinique françaises retrouveront, en médecine, la prééminence
qui leur appartient de droit, Nous tenons ù, l’honneur de signa-

�6

A. FABRE.

1er ce retour et de le favoriser dans notre humble sphère.
Sentinelles et soldats du progrès, nous no déposerons pas les
armes, tant que nous pourrons nous en servir.
Placés au sud de la France, entre l’Espagne et l’Italie, nous
sommes dans une situation admirable pour suivre et pour
propager les œuvres médicales qu’enfanteront ces races latines
que l’on ose appeler dégénérées parce que leur élan intellec­
tuel est momentanément arrêté, et qui se réveilleront bientôt
pour vivre d’une vie nouvelle.
Les malheurs de Paris nous font un devoir rigoureux de
continuer, sans lacunes, notre publication.
Assurément personne de nous n’a jamais songé à remplacer
les lumières qui émanaient de notre grande capitale. Mais la
médecine a un trop noble but pour que ses intérêts puissent
être négligés ; or, c'est évidemment servir les intérêts de la
médecine que de maintenir les quelques publications médi­
cales qui, au milieu de nos ruines, restent encore debout.
Vous le comprendrez comme nous, chers lecteurs ; nous
comptons pleinement sur votre concours et sur vos sympathies.
C’est donc d’un commun accord que, sans regarder les diffi­
cultés de l’entreprise, nous poussons ce cri éminemment
français : En avant.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

7

QUATRIÈME SÉRIE

D ’O B S E R V A T IO N S D E C H IR U R G IE U S U E L L E
Compte-rendu de la clinique chirurgicale de l’Ilolel—Dieu de Marseille
P en dant le sem estre d ’été de 1 8 6 9 ,
PAR LE PROFESSEUR SIRUS-PIRONDI.

(Suite.)

DEUXIÈME CATÉGORIE

Maladies des yeux.
A.
§ 1. — La kératite superficielle dite scrofuleuse ou h re­
chutes, est assurément de toutes les maladies de l’œil celle qu’on
rencontre le plus fréquemment dans les salles de l’Hôtel-Dieu.
Et si l’on tient compte du nombre également considérable de
jeunes sujets atteints d’engorgements ganglionaires cervicaux,
ou d’éruptions cutanées, eczema, herpès etc., au nez, aux pau­
pières ou autour de la bouche — manifestations diverses d’une
même cause, d’un même vice général, en un mot, de la mémo
diathèse (scrofule) — on se demande comment on peut encore
hésiter à établir au bord de la mer, et dans une position choisie
avec soin, un de ces établissements spéciaux, auxquels le pro­
fesseur Barella, en Italie, et le docteur Perrochaud, en France,
ont donné la plus philanthropique impulsion, et qui ont déjà
produit d’admirables résultats (1).
(1) Voy. : Rapport sur les résultats obtenus dans le traitement des enfants
scrofuleux à l'hôpital de Berck-sur-mer, par M. le docteur llergeron,
médecin des hôpitaux, membre de l’Académie de médecine.

�SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

Pour bâtir et installer convenablement un hôpital marin
uniquement destiné aux enfants scrofuleux, et dans le but es­
sentiellement hygiénique de corriger et de transformer leur
tempérament, c’est chose coûteuse et très-coûteuse môme,
nous devons en convenir. Mais lorsqu’on pense que de nombreux
enfants, reçus d’abord dans nos hôpitaux avec des opthalmies
scrofuleuses, longues à guérir et sujettes à de fréquentes re­
chutes, rentrent plus tard dans ces mêmes hôpitaux avec des
maladies articulaires, glandulaires ou eczemateuses ; et qu’en
supposant qu’ils en sortent encore guéris, avec ou sans stig­
mates, ils sont exposés à venir périr plus tard dans ces mê­
mes établissementspar suite d’affection pulmonaire organique,
on ne peut s’empêcher de conclure qu’à part même la ques­
tion humanitaire, qui devrait, certes, primer toutes les au­
tres, il y aurait assurément un avantage considérable, voire
même une économie réelle, à consacrer une somme quelcon­
que à la fondation d’un hôpital marin.
La population scrofuleuse finirait par disparaître des salles
de nos hôpitaux ordinaires ; la mortalité de l ’enfance et de
l’âge adulte baisserait dans une notable proportion ; il y au­
rait moins d'infirmes et d’estropiés parmi lapopulation adulte,
et on élèverait le chiffre de la longévité en donnant au pays
un nombre plus considérable d’hommes forts et vigoureux.
La Société de médecine de Marseille s’est déjà occupée de
cette importante question. Un rapport très-bien fait de M. le
D' de Capdeville a été lu en Séance et imprimé dans les actes
de la Société (1). Il faut espérer que ce consciencieux tra­
vail ne sera pas enfoui dans le carton des choses inutiles et
que les administrateurs des hôpitaux sauront en tirer profit
en des temps plus propices.
Du reste, puisque la question des hôpitaux se présente à
nous incidemment et quoique cette digression soit déjà bien
longue, qu’il nous soit encore permis de faire observer, à pro­
pos de l’utilité d’un hôpital marin, que l’on pourrait atteindre
deux buts à la fois en s’occupant de l’amélioration du sort
des enfants scrofuleux.

Il s’agirait, en effet, de construire un établissement avec la
double destination d’y recevoir les enfants scrofuleux et les
adultes convalescents de maladies ou d’accidents graves. Qui de
nous, médecins ou chirurgiens d’hôpitaux, n’a été témoin
compûtissant de l’extrême faiblesse, de l’épuisement même
des malades, par suite de longues maladies ou d’opérations
graves qu’ils ont dû supporter ! Malgré la bonne volonté des
chefs de service, il arrive un moment où il faut absolument
faire place à d’autres malades dont la maladie aigiie ou les sui­
tes d’un accident récent, ne permettent pas le moindre retard
dans les soins importants que leur état réclame. Les anciens
malades auxquels il faut donner Yexeat et qui, étrangers pour
la plupart à la ville, ou privés de famille, sont renvoyés des
salles nosocomiales, sont-ils bien dans un état de santé qui
leur permette de se mettre immédiatement au travail et d’y
apporter, assez de force et d’énergie pour gagner de quoi vi­
vre ? Il n’est, hélas 1permis de faire à pareille demande qu’une
réponse négative, et il nous semble inutile d’insister davantage
pour faire comprendre l’importance capitale qu'il y aurait à
fonder, près des grands centres de population et à côté des hô­
pitaux ordinaires, des établissements charitables destinés aux
convalescents.

8

(1) Voy. Marseille Médical, 1870, p. 124.

9

§ 2. — Le nombre de malades atteints d’affection oculaire,
s’est élevé à 26 pendant le deuxième semestre de l’année
scolaire (1869), et nous avons dit déjà que la kératite super­
ficielle, communément appelée ophtlialmie scrofuleuse, ou à
rechutes, prédomine d’ordinaire dans le service de la clini­
que. D’après Wecker, la conjonctive ne participe que faible­
ment à cette affection de la cornée, et il est pour nous hors
de doute que là où Wecker a recueilli ses principales obser­
vations, les choses doivent se passer comme il le dit. Mais
dans notre Midi, l’observation donne des résultats différents.
Rarement on voit apparaître les premiers symptômes de la
kératite sans être précédés par ceux d’une conjonctivite palpé­
brale ou bulbaire ; il arrive même que cette répétition fré­
quente de conjonctivite palpébrale détermine, surtout à la

�SIRUS-PIRONDI.

OLINIQUE CHIRURGICALE.

paupière inférieure, de légères granulations, qui, de leur côté,
facilitent le retour de la kératite et la compliquent.
Disons, en passant, que ces granulations sont d’autant plus
prononcées et tenaces qu’elles se trouvent; implantées sur des
constitutions scrofuleuses trop caractérisées, et présentant
déj;\ quelques menaces de tuberculose viscérale.

tables dans le traitement des ophthalmics de cette nature. Il
est mal supporté en collyre, comme la plupart du reste des
moyens locaux ; et pris intérieurement, même à doses assez
élevées, il n’a pas produit d’amélioration de longue durée, et
encore moins une guérison stable.
Comme médicaments généraux, le protoiodure de fer et
l’huile de foie de morue priment tous les autres.
Peu importe que le protoiodure-ferreux soit administré sous
forme de sirop, de pilules ou de dragées. Liquide, on l'absorbe
mieux; solidifiée, la préparation se conserve plus longtemps
inaltérable ; on est quelque peu obligé de se soumettre à l’âge
si ce ]l’est au caprice des malades.
Quant l’huile de foie de morue, on s’obstine parfois, dans
les établissements de charité, à préférer la brune à la blanche,
ou pour mieux dire l’huile non épurée à celle qui a été clari­
fiée. L’économie est ici complètement illusoire. En supposant
la différence du prix, entre les deux qualités, plus considérable
qu’elle ne l’est en réalité, il faut tenir compte d’un fait facile
vérifier : c’est que l’huile non épurée est très-difficilement
digérée par la plupart des estomacs, surtout chez les enfants ;
au bout de peu de jours, il faut en suspendre temporairement
l’usage, et ce temps perdu pour le malade augmente inutile­
ment le nombre de journées nécessaires à la guérison ; au point
de vue administratif, on perd donc plus qu’on ne gagne. Quant
à ceux qui prétendent que l’huile épurée est moins active que
l’autre, ils oublient probablement que, dans ce précieux agent
thérapeutique, l’efficacité curative n’est pas due aux résidus
organiques dont on le dépouille, mais aux substances inorga­
niques qu’il conserve malgré l’épuration.

10

§ 3. — Le traitement de la kératite superficielle réclame
avant tout de placer le malade dans de bonnes conditions
hygiéniques et de le fortifier par une nourriture reconsti­
tuante. Admettre les jeunes sujets atteints d’ophthalmie scro­
fuleuse dans une salle où la moitié des lits est occupée par des
fiévreux, c’est perpétuer le mal en neutralisant les effets
d’un traitement quelconque, fùt-ildes mieux combinés; aussi
n’avons-nous cessé de nous élever contre les exigences, dit-on,
du service général, qui obligent l’administration à partager
une salle en deux services distincts , et d’en laisser un à la
disposition des maladies chirurgicales , tandis que l’autre
reçoit des malades atteints d’affections dites internes. Si une
pyrexie grave n’a rien à gagner du voisinage d’une vaste plaie
en suppuration, celle-ci a beaucoup à perdre au contact de
miasmes exhalés par un typhique ; et, pour en revenir aux
sujets atteints de kératite scrofuleuse, [ce n’est pas dans un
semblable milieu qu’on parviendra à modifier utilement leur
lymphatisme et à les soustraire aux accidents morbides
auxquels ils ne sont naturellement que trop exposés.
L’organisme se refait autant, pour ainsi dire, parle con­
cours de l’estomac que par celui des poumons. Un air pur,
revivifiant, a une action aussi marquée qu’une bonne nour­
riture; et quel que soit le régime alimentaire, il ne peut y
avoir de bonne et profitable assimilation si l’air qu’on res­
pire se trouve vicié. Il en est des effets du traitement comme
de ceux de l’alimentation.
§ 4. — Le muriate de baryte, qui donne d’assez bons résul­
tats dans le traitement de divers étals morbides locaux entre­
tenus par une diathèse scrofuleuse, ne produit pas d’effets no­

11

§ 5 .— Le traitement local n’est pas très-varié dans les cas
dontils’agit. Le badigeonnage avec la teinture d’iode, appliquée
sur el autour des paupières, n’a jamais produit de résultats
bien remarquables contre la photophobie, et n’agit pas avec
plus d’efficacité comme moyen de combattre la poussée con­
gestive de la cornée et de la conjonctive. Les collyres légère­
ment laudanisés calment les douleurs, mais une légère com­

�\î

SIRUS-PIRONDI.

pression et l'occlusion des paupiôi'09 réussissent mieux
encore. Il est toutefois une remarque qu’il nous semble utile
de consigner ici. L’occlusion pratiquée avec des bandelettes
agglutinatives, et notamment avec du taffetas, dit d’Angle­
terre, a parfois produit des rougeurs érysipélateuses avec
œdème; c’est là un fûcheux appoint à l’ophthalmie. La com­
pression modérée avec un bourdonnet de charpie et une bande
de flanelle ou tricotée, et légèrement élastique, produit de
bons effets sans exposer à aucun inconvénient.
B. § 1. — Quelques cas de conjonctivite catarrhale ont dé­
montré toute la différence qui existe entre un état morbide
purement local, et celui qui se trouve sous l’influence d’une
diathèse.
A l’inverse de ce qui est exigé par l’ophthalmie scrofuleuse,
la conjonctivite catarrhale ordinaire ne réclame qu’un traite­
ment local. De fréquentes lotions, et deux ou trois instillations
par jour de quelques gouttes de collyre au sulfate de zinc
(0,10 sur 40 gr. de liquide) suffisent pour amener la guérison
en fort peu detemps.il est rare qu’on soit obligé de recourir à
l’emploi d’un laxatif.
Ce qui est d’une utilité plus constante, c’est l’usage des
vésicatoires au bras, chez les jeunes sujets à tempérament
lymphatique, mais nullement scrofuleux. Le moindre refroi­
dissement, une lumière trop vive, l’exposition prolongée au
vent suffit pour déterminer chez eux ces légères atteintes de
conjonctivites catarrhales, se reproduisant trop facilement et
pouvant déterminer des blépharites chroniques d’une guéri­
son souvent difficiles. Dans ces cas, un vésicatoire au bras, en­
tretenu pendant huit ou dix jours, a produit d’excellents ré­
sultats, à la condition pourtant de ne pas négliger les soins
locaux et plus particulièrement les irrigations ou douches
tièdes et à jet faible.
C. §1. — Deux cas d’ophthalmie blennorrhagique sont
venus fort malheureusement affirmer une fois de plus l’im­
puissance de l’art contre cette terrible complication de la go­

CLIMQUE CHIRURGICALE.

13

norrhée. Je dis complication, faute d’avoir à ma disposition un
mot qui puisse traduire avec exactitude un fait pathologique
(pii sert encore de base à beaucoup trop d’hypothèses.
§ 2. — Dans l’espace de vingt ans j ’ai observe 9 fois
roplithalmie blennorrhagique, et toujours dans les hôpitaux.
Pourquoi serait-elle plus rare parmi les malades soignés en
ville? Serait-ce à cause de la différence des soins de propreté?
Non, assurément. Est-ce que dans un service nosocomial la
transformation de l'ophthalmie gouorrhéique en ophthalmic
diphthéritique serait facilitée par les miasmes si fréquemment
accumulés dans les salles hospitalières? Non, encore, caria
diphthérie sévit fréquemment en dehors des hôpitaux, et lors­
qu’elle devient épidémique, on ne rencontre pas pour cela, et
fort heureusement, un plus grand nombre d'ophthalmies
blennorrhagiques.Du reste, l’influence diphthéritique devrait
se faire sentir sur les deux yeux ; or, sur les 9 cas observés, je
n’en ai pas trouvé un seul qui eût atteint les deux yeux : il
s’est toujours agi d’une ophthalmie unilatérale. Toutefois, il
est juste d’ajouter que sur 14 observations recueillies par Lau­
rence, il y a cinq ophthalmies gonorrhéiques doubles.
§ 3. — Les prédispositions individuelles me paraissent incon­
testables. J’ai vu 3 fois sur 9 les mêmes individus rentrer à
l’hôpital pour un accident de cette nature, toujours au début
de leur blennorrhagie, et sans que l’écoulement uréthral
parùtle moindrement modifié parPapparition de l’ophthalmie.
Deux fois l'œil droit avait été atteint ; à la première
atteinte, la vision avait été seulement compromise, mais à la
seconde, l ’œil est resté complètement perdu ; quinze mois
avaient séparé la première blennorrhagie de la seconde, le
malade était âgé de 20 ans !
Le 3me cas est plus malheureux encore. Un homme ûgé de
29 ans, entre à l ’IIôtel-Dieu en 1857, atteint de blennorrhagie
avec début d’ophthalmie à l'œil droit. Il guérit, mais avec une
cicatrice cornéale qui rend, de ce côté, la vision très-difficile et
trouble. A dix années de distance, ce pauvre homme rentre de

�Il

SIRUS-PIRONDI.

nouveau dans les salles de la clinique avec une gonorrhée
violente promptement suivie d’ophthalmie à l'œil gauche qui
a été perdu en peu de jours.
§ 4. — Ou s’accorde à dire généralement que l’œil droit est
de beaucoup plus fréquemment atteint que le gauche, et ou
trouve dans ce fait une preuve de plus que la maladie de l’urè­
thre se transporte à l’œil par inoculation, Parmi mes 9 obser­
vations, j ’ai trouvé G fois l’ophthalmie à droite et 3 fois à
gauche, ce qui ne donnerait pas une différence aussi considé­
rable qn’on l'a dit; mais deux faits curieux et assez exception­
nels peut-être me fournissent l’occasion d’apporter un argu­
ment d’une certaine valeur à la transmission de la blennor­
rhagie de l'urèthre à l’œil parla main. Des trois individus
atteint d’ophthalmie gonorrhéiqueàl’œil gauche, deux étaient,
gauchers et se servaient fort peu de la main droite.
Un de ces malades aurait même offert une exception de plus,
s’i l est vrai, comme on le prétend, que l’ophthalmie blennorrhagique est rare chez les femmes. Yoici le résumé du fait:
Observation : Jeune fille de 22 ails ; entrée â l’Hôtel-Dieu le
19 octobre 1869, douée ‘d’un tempéramment lymphatique,
d’un caractère apathique et d’un esprit très-borné, elle avait
permis à un mauvais drôle d’abuser de sa niaiserie en lui
laissant, comme souvenir de sa condescendance, une urèthrovaginite des mieux caractérisées. L’écoulement vaginal datait
de huit ou dix jours lorsque l’œil gauche fut pris. Cette pau­
vre fille ne ée doutait nullement de la gravité du mal dont elle
était atteinte ; elle n’était entrée à l’hospice que pour se débar­
rasser d’un coup d’air à l'œil, et on eût beaucoup de peine à
lui faire comprendre l’état réel des choses et la relation qui
existait entre l’écoulement vaginal etl’inter-palpébral. Ce n’est
que peu de jours avant sa sortie de l’Hôtel-Dieu, et en la voyant
se servir de l’aiguille et des ciseaux avec la main gauche, que
nous primes note de la coïncidence qui s’offrait pour la
deuxième fois à notre observation, et pouvait expliquer avec
assez de probabilité l’apparition de l’ophthalmie à gauche
plutôt qu’à droite.

( 'UNIQUE CHIRURGICALE.

L’inoculation étant admise et le mode de transmission suffi­
samment expliqué, on se demande par quel motif la contagion
ne se communique pas facilement d’un œil à un autre? Et
comment il se fait que l’ophthalmie gonorrhéiquebilatérale est
rare.On répond généralement que c'est grâces aux nombreuses
précautions que l’on prend, commençant par celle aussi utile
que judicieuse, et qui consiste à couvrir l’œil épargné à l’aide
d’un bandeau compressif, ou avec des bandelettes de taffetas
d’Angleterre recouvertes de collodion (1).
L’application du bandeau peut produire, en effet, un double
résultat: préserver l'œil d’un attouchement susceptible de
charrier le virus contaminant, et prévenir une inflammation
concomittante par la compression. Les bandelettes de taffetas,
en se crispant, malgré la couche de collodion, produisent par
fois sur les paupières une rougeur érysipélateuse qui peut
favoriser l’apparition d’une conjonctivite et préparer ainsi,
très-fâcheusement, le terrain à la contamination. Mais admet­
tons qu’un système quelconque d’occlusion palpébrale puisse
réellement suffire à protéger l’œil non encore atteint, cela ne
suffirait pas à expliquer d’une manière satisfaisante la rareté
de l’ophthalmie blennorrhagique double. D’ordinaire les ma­
lades ignorent d’abord la gravité du mal ; les premiers symp­
tômes sont confirmés avant la constatation médicale, et l’oc­
clusion palpébrale est prescrite alors que la maladie aurait eu
plus que le temps nécessaire à la contamination des deux
yeux ! — C’est là une inconnue de plus dans un problème déjà
bien compliqué et que je ne cherche pas à résoudre.
§ 5. — Lorsque, dès le début de l ’ophthalmie, les paupières
se gonflent considérablement et durcissent au point de présen­
ter au doigt la sensation d’une bille, c’est un très-mauvais
signe, et quelle que soit la promptitude et l’énergie du traite­
ment employé, le pronostic est très-grave. Si les paupières
conservent une certaine souplesse, on peut espérer de con­
server l’œil, à la condition toutefois de ne pas abuser de la
(1) Warlomont, Annales d'oculissiquc, loin. XXXII, p- 27 et Wecker,
tora. I, p. G8.

�16

SIRUS-PIRONDI.
CLINIQUE CHIRURGICALE.

cautérisation; nous dirions même de ne pas en user du tout,
s’il fallait uniquement s’en rapporter à nos observations. Des
applications de sangsues à la tempe ou à la région mastoï­
dienne; des frictions autour de l’orbite avec l’onguent hydrargyrique; le calomel à doses fractionnées et jusqu’à produire
la salivation; de fréquentes lotions avec une solution excessi­
vement faible d’acide phonique; ce sont encore là les moyens
qui paraissent le mieux réussir. Toutefois l'ophthalmie blcnnorrhagique est si souvent et si promptement suivie de la
complète désorganisation de l’œil, qu’il est permis de se de­
mander s i, en cas de guérison, on avait réellement à faire à
une ophthalmie gouorrhéique ou à une ophlhalmie purulente
bénigne.

D.
§ 1. — Deux iridectomies pratiquées par suite d’opacités
cornéennes, n’ayant pas donné un résultat aussi utile qu’on
l’espérait au point de vue de la pénétration des rayons lumi­
neux à travers la brèche artificielle de l'iris, nous avons eu de
nouveau recours à la méthode du Dr de Luca. de Naples, et en
avons obtenu un succès remarquable. On connaît les idées de
M. de Luca (1) sur l’action des alcalins en général et sur celle
du sulfate de soude en particulier, lorsqu’on met cette sub­
stance en contact prolongé avec les taches de la cornée formées,
en grande partie, de substances albuminoïdes. Nous confor­
mant aux conseils du chirurgien de Naples, une petite quantité
de sulfate de soude, très-finement pulvérisé, a été déposée,
une ou deux fois par jour, vers l’angle externe de l’œil, prati­
quant immédiatement après l'occlusion des paupières ; et cette
médication locale, suivie avec exactitude et persévérance, a pro­
duit des efTets vraiment remarquables. L’amélioration est
lente, très-lente même, mais elle se maintient, progresse, et
je puis affirmer aujourd’hui, après de nombreux essais, que
de toutes les méthodes de traitement employées contre les ta­
ches de la cornée, aucune n’est plus exempte d’inconvénient,
(I) Voy. Marseille Médical, année 18G9, p. 72 et suiv.

17

ni suivie de meilleurs résultats, que celle préconisée parM. de
Luca.
§ 2. — Comme suite aux remarques qui précédent concer­
nant divers cas de maladies des yeux, je pourrais ajouter ici
trois nouvelles observations tendant à prouver combien peu est
à redouter l’iridectomie, lorsqu’on opère l ’extraction de la ca­
taracte par le dernier procédé de De GraefT(l). Mais à mesure
que les années ajoutent quelque chose à l’expérience déjà
acquise, je n'ose plus attribuer à tel procédé plutôt qu’à tel
autre les succès ou les insuccès consécutifs à une opération
quelconque, abstraction faite de l'habileté de l’opérateur. Les
dispositions physiques et morales de l'opéré ont une influence
considérable sur les suites d’une opération grave. Rien parfois
ne trahit au dehors la nature de cette influence; et pour
beaucoup que l'on étudie les traits les plus caractéristiques
des divers tempéraments et de la diversité des constitutions,
le praticien le plus expérimenté ne parviendra pas toujours à
prévoir ni à prévenir de fâcheuses surprises; elles déjouent,
dans bien des circonstances, les meilleurs calculs et anihilent
les plus belles espérances. J’en citerai un exemple auquel je
n’avais peut-être pas ajouté, tout d’abord, l’importance qu’il
a acquise pour moi plus tard , et qui me semble légitimer
mieux que tout autre, les réflexions qui précédent.
Observation.— Au mois d’août de 1858, il y avait, dans les
salles de l’Hôtel-Dieu, un homme âgé de 57 ans, atteint de
cataracte à l’œil gauche. Il avait été opéré de l’œil droit, éga­
lement cataracté, six années auparavant, et l ’opération n’avait
que fort incomplètement réussi. Cet homme ne voyait donc
que très-mal de l’œil droit, pas du tout de l’œil gauche, et
demandait avec instance une nouvelle opération.
A la même époque, une femme âgée de 53 ans était entrée
au même hôpital, avec une cataracte double, et se montrait,
elle aussi, très-désireuse d’être opérée.
(1) De l'extraction de la cataracte par le procède linéaire combiné avec ■
l'iridectomie ( Extraction linéaire modifiée). Union Medicale de la Provence .
1866, p. 233.
2

�18

SIRUS-PIRONDI.

Chez tous les deux, santé générale parfaite ; pas d’antécé­
dents morbides, ni héréditaires, ni acquis; chez l’un, commo
chez l’autre, les dispositions physiques et morales paraissaient
identiques.
Au bout de quelques jours, après les avoir soumis au même
régime préparatoire, j'opère ces deux cataractés, l'un par le
procédé d’extraction à' lambeau ordinaire, l’autre par abais­
sement , attendu que l’œil était, petit et très-enfoncé dans
l’orbite.
L’immobilité parfaite de l'homme et l’intelligence des
aides apportèrent un utile concours à l’opérateur ; le cristallin
liit extrait promptement, sans la moindre difficulté , et les
soins les plus minutieux entourèrent l’opéré après l’opération.
On pouvait, sans trop de présomption, s’attendre à un succès
complet. 11 n’en fut rien cependant ; deux jours après, et sans
cause appréciable. une inflammation épouvantable détruisit
l’œil,et ce pauvre homme dut s’estimer heureux de conserver
encore un reste de faculté visuelle à l’œil antérieurement
opéré.
La femme fût opérée dans la même matinée, d’un seul côté
(œil gauche), et avec l’aiguille dite de Scarpa. Au moment de
l'abaissement, soit que le cristallin fût trop friable, soit que
la crête de l’aiguille l’eût sectionné en appuyant avec trop de
force, pendant le mouvement de bascule, toujours est-il
qu’un tiers au moins de la lentille remonta subitement et
fut poussé dans la chambre antérieure. Je tentais en vain de
ressaisir ce fragment avec la pointe de l’aiguille, et de le ra­
mener en arrière de l'iris; je dus l’abandonner où il était
parvenu, et sans me dissimuler que cet accident pouvait être
suivi de symptômes inflammatoires graves, je ne désespérai
pas que cette portion de cristallin ne put être résorbée. Mais
il n’y eut ni inflammation ni absorption.
Cette femme y voyait cependant assez pour se conduire, et
voulut bientôt quitter l’hôpital en nous promettant de re­
venir nous voir au bout de quelque temps.Elle revint, en effet,
deux mois après l'opération, en se plaignant d’y voir beau­
coup moins qu’au moment où elle avait quitté nos salles. Il

CLINIQUE CHIRURGICALE.

10

était arrivé, en effet, que, par suite probablement d’une légère
inflammation, le fragment du cristallin s’était déplacé en
remontant vers le centre de la cornée, et obstruait à peu près
tout le champ de la pupille.
Je proposai une opération complémentaire, qui fut acceptée ;
et après avoir incisé la cornée, je voulus entraîner le fragment
lenticulaire; j ’y parvins, mais ce ne fût qu’avec grande peine
et après avoir essayé de deux ou trois instruments différents
pour pouvoir détruire les adhérences qui unissaient ce frag­
ment à la cornée.
Pour cette fois, je m’attendais à des accidents consécutifs
graves, et je prévoyais qu’il faudrait opérer avec de meil­
leures chances l’œil droit, si l’on voulait rendre à cette
pauvre femme la faculté d’y voir ; mais il n’en fût rien en­
core. La plaie cornéale se cicatrisa promptement, l’œil ne se
ressentit pas des nombreuses manœuvres auxquelles il avait
été soumis , et la vision fut rétablie d’une manière très-satis­
faisante.
En résumé, l’opération a réussi où tout faisait prévoir un
échec, et elle a échoué alors que tout faisait espérer un succès !
Ce sont l à , répétons-le, de fâcheuses surprises que l ’on ne
pourra jamais bien s’expliquer.
§3. — Nous avons mentionné, parmi les opérations d’une
importance secondaire, l ’ablation d'une tumeur épithéliale
située en dedans et en haut du grand angle de l'œil. L'extir­
pation d’une tumeur légèrement pédonculée constitue une
opération des plus élémentaires, et ne mérite pas de mention
spéciale. Mais quelques détails auxquels on peut attacher une
Certaine importance, m’engagent à rapporter le lait dont il
s’agit.
Observation. — Homme de 50 ans, paraissant doué d'un
bon tempérament , pas d’antécédents suspects. La petite
tumeur préseute la forme et l'aspect d’une demi noisette main­
tenue par sa face convexe et par un collet mince et mobile, à
deux millimètres au-dessus du bord palpébral supérieur, et

�JOBEKT.

BIBLIOGRAPHIE.

à quatre millimètres eu dehors de l’angle nasal. De prime
abord on pourrait croire à une large verrue développée sur
un follicule pileux; mais l’examen de la tumeur ne laisse pas
de doutes sur la nature épithéliale des cellules qui la com­
posent. L’ablation ayant été pratiquée par deux petites in­
cisions sémilunarres, il s’agissait de panser la plaie de façon à
empêcher, autant que possible, la rétraction de la paupière
et ix s’opposer à la répullulation de la tumeur. L’usage du
chlorate de potasse pouvait, peut-être, d’après les faits cités
par M. Bergeron (1), remplir ce double but, et je l’ai employé,
intérieurement, à la dose de 2 grammes par jour, et loca­
lement avec une solution de 10 grammes dans 100 grammes
d’eau distillée. La guérison paraissait complète lorsque cet
homme a quitté l'Hôtel-Dieu, et il m'avait promis de revenir
me voir si la petite tumeur menaçait de reparaître
L’opération date aujourd'hui de dix-huit mois, et je n’ai
pas revu l’opéré. Je n oserais pourtant pas affirmer que la
tumeur n'a pas récidivé ou qu’elle ne récidivera pas.

Voici des études de statistique de géographie médico-chi­
rurgicale sur les maladies et la mortalité de l’armée hollan­
daise pendant les exercices de 1868 et 1809, qui témoignent
de ce que nous disons. Ces études peuvent inspirer le praticien
et rendre ainsi un véritable service aux chirurgiens de l 'armée.
Leur auteur, M. Emile Bertherand, est bien connu des lec­
teurs du Marseille-Médical par sa traduction du remarquable
mémoire de M. Àlvarenga, de Lisbonne, sur les ouvertures
anormales du cœur, en cours de publication.
L’infatigable rédacteur en chef de la Gazette médicale de
rAlgérie a fait passer dans son journal, et il a reproduit en
une brochure, le résumé des Documents annuellement publiés
sur l’état sanitaire des troupes néerlandaises, par M. le doc­
teur Sas.
Cesontdes tableaux statistiques qui donnent immédiatement
l’idée de la méthode adoptée par le médecin hollandais. Ils
offrent deux catégories de malades : « 1“ Ceux traités dans les
hôpitaux militaires ; 2° Ceux traités hors les hôpitaux. Cette
distinction est importante, dit M. Bertherand, en ce que la
première section (service intérieur) ne comporte que les hom­
mes; la seconde (service extérieur) concerne non-seulement
les officiers, sous-officiers et soldats, mais encore leurs femmes
et leurs enfants. »
Nous ne pouvons entrer dans les détails ; nous notons seule­
ment les avantages de cette pratique. Ainsi le chiffre des gué­
risons est très-remarquable. Les malades étant de 43,277 dans
le service intérieur et dans le service extérieur en 1868; de
42,298 dans les mêmes services en 1869 ; le nombre de morts
a été dans les hôpitaux en 1868 : : I : 139,87 ; et en 1869 : :
1 : 113,06; hors des hôpitaux, : : l : 246,93 en 1868, et : :
1 : 239,85 en 1869.
Il y a surtout une série de faits très-intéressants, actuelle­
ment que l’on se préoccupe avec juste raison des affreux rava­
ges de la variole, lesquels s’ajoutent aux désastres de la
guerre. Ces faits embrassent les vaccinations et revaccina­
tions, la question des revaccina lions étant résolue affirmati­
vement par les relevés de M. Sas.

20

(A suivre.)

BIBLIOGRAPHIE.
DN MOT SUR LES MALADIES ET LA MORTALITÉ DE L'ARMÉE HOLLANDAISE
en 1868 e t 1869.

Maintenant, que la guerre la plus homicide ensanglante le
sol de la France, le corps médical tout entier est sur le champ
de bataille. Il y fait noblement son devoir. A celui que la né­
cessité enchaîne au rivage, on serait tenté de dire : Pends-loi,
brave Crillon, lu n'y étais pas ! Mais aucun front ne doit rou­
gir. De près ou de loin, chacun est à son poste : Tous sont à
tous.
(1) Bulletin de thérapeutique, t. LXVi.

iI

�22

JOBERT.

En effet, « les deux tiers des vaccinations ont réussi sur les
individus vierges de toute inoculation. Plus d’un cinquième
des revaccinations a été suivi de succès; et enfin, chez les
variolés, le quart des vaccinations a fait merveille sur les per­
sonnes inoculées pour la première fois, et plus du cinquième,
sur celles qui, déjà inoculées, étaient encore susceptibles de
fournir de bonnes pustules. »
Rien de plus éloquent que ces résultats numériques. Toute
cette statistique est présentée par tableaux trimestriels. A ce
propos, M. Emile Bertherand fait très-justement observer « que
dans toutes les statistiques médico-administratives, de quelque
nation qu’elles proviennent, chaque trimestre ne correspond
pas à une saison, à une époque météorologique distincte, ce
qui aimait l’immense avantage de faire cadrer les maladies
périodiques ou épidémiques avec les conditions climatalogiques qui leur donnent naissance. Si cette raison toute scien­
tifique, ajoute-t-il, paraissait absolument inadmissible par les
exigences administratives, il vaudrait mieux que les statisti­
ques médicales fussent conçues sur l’élément mensuel ; on au­
rait ainsi la faculté de reconstituer les périodes saisonnières. »
Cette pensée est trop hippocratique pour que nous ne nous
y conformions pas immédiatement, nous, qui, depuis bientôt
quinze ans, suivons avec la plus grande attention, dans tout
le bassin de la Méditerranée, le flux et le reflux des éléments
climatériques des maladies.
Le Marseille Médical, qui comble si heureusement le vide
scientifique fait autour de nous par le blocus de Paris, recon­
naîtra sans doute, dans les quelques lignes que nous traçons
ici, futilité des documents de M. Sas, dont M. Emile Berlherand s’est constitué l’habile interprète.
Tel est notre but en recommandant à l’attention des méde­
cins ce travail, qui, au milieu des douloureux événements que
nous traversons, trouve naturellement sa place dans les an­
nales de la science.
D’ Armand J obert,
Médecin sanitaire du Gange des Messageries Maritimes.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

23

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.
S O M M A IR E !

Les ambulances do Sédan, —Les chirurgiens allemands et los ambulances
de Versailles, —Résultat des grandes opérations avant l'emploi des agents
anesthésiques et depuis leur emploi.—Pansement des plaies : chlorure
d’hydrate d’aluminium ; chlorure de zinc. — Etoupe goudronnée pour
les pansements. —De l’huile do pétrole comme topique. —Pansement des
plaies par les feuilles de plomb. — Collodion mercuriel contre la variole.
— Médication contre la suette et la variole. —De l’emploi de la glycérine
à l’intérieur dans le traitement de l’acné sébacéa.—Ligature du prépuce
contre l’incontinence d’urine. — Traitement de l'angine diphthérkjue
épidémique.—Calomel dans les opluhalmies.

Les ambulances de Sédan.— (The Lancet, non. 1870Q.—
Après la bataille de Sédan, pas moins de 14,000 blessés fran­
çais furent apportés dans la ville ; et bien qu’à notre visite un
grand nombre eût été déjà transporté en Allemagne, il en res­
tait encore une grande quantité. Durant toute la guerre, lesPrussiens ont toujours transporté aussitôt que possible tous
les blessés qui pouvaient l’être. L’horrible odeur qui régnait
dans la ville rendait ce transport indispensable.
L’ambulance Anglo-Américaine, de beaucoup laplus grande
de la ville, occupe la caserne d’Asfeld, convertie en hôpital.
Elle est située sur une hauteur à l’ouest de Sédan. L’ambu­
lance ôtait déjà installée le 31 août, pendant que le combat
durait encore, et les blessés commencèrent à y affluer. Le len­
demain le bâtiment était rempli, renfermant déjà 600 blessés,
de sorte qu'on fut obligé d’en mettre plusieurs sous des tentes
autour de la caserne. Plusieurs blessés apportés étaient restés
quatre ou cinq jours sur le champ de bataille, et beaucoup
durent rester deux jours sous les tentes, sans pansement. Il y
avait 16 chirurgiens sous la conduite de MM. Marion Sims et
Marc-Cormac. Ce dernier à Sédan, et le docteur Franck, à
Balen. pratiquèrent toutes les opérations ; il est facile de com-

�ii

ISNA.RD.

prendre alors que des blessés soient restés deux jours avant
d’ôtre opérés. On peut se convaincre que les chances de gué­
rison étaient en rapport avec le temps qui avait séparé la
blessure de l'opération. De tous ceux dont la blessure remon­
tait à une semaine, presque aucun ne guérit.
M. Mac-Cormac essaya la chirurgie conservatrice sur une
vaste échelle, mais sans en obtenir les résultats qu’il espérait.
Le plus grand nombre des blessures était produites par des obus
ou des boulets de mitrailleuse, les premières formant de larges
plaies des parties molles, les seconds fracassant les os des
membres. On a dit que les balles du chassepot et du fusil à
aiguille brisaient les os en éclat, et en règle générale nécessi­
taient l'amputation primitive. Toutes les fois que la balle
avait atteint l’os d’un membre, l’amputation était pratiquée.
On ût beaucoup de résections et souvent avec succès. Il faut
dire que nous observâmes seulement ce qu’on pourrait appeler
les cas intermédiaires; les blessés atteints de plaies trop gra­
ves et-trop légères étant partis; un grand nombre, hélas ! était
resté tout près de l’hôpital, où un petit champ était couvert de
tombes.
Entre autres faits intéressants, nous vîmes un Français à qui
l’on avait réséqué sur le même bras l’articulation de l’épaule
et celle du coude ; il avait, en outre, plusieurs plaies contuses
de la joue; au moment de notre visite, 23 jours après ses bles­
sures, il allait aussi bien que possible.
En autre avait une large blessure d'obus à la cuisse, et
chaque jambe était traversée par une balle juste au dessus de
la cheville. De bonne heure, il eut. un tétanos qui fut rapi­
dement guéri par l’hydrate de chloral : mais quand nous le
vîmes, il avait une infection purulente qui ne laissait plus
d’espoir de le sauver.
Danstous les cas où l’opération était possible, l’extraction
des balles était pratiquée d’emblée; et en somme, il n'y eut
que trois ou quatre cas où l’on ne put le faire. Cette méthode
contraste singulièrement avec celle des Hollandais, qui ne
pratiquent l’extraction que dans les cas où elle est de la plus
grande simplicité.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

25

On administra le chloroforme dans toutes les opérations
importantes, faites à l’ambulance Anglo-Américaine. Cette
pratique était aussi suivie à l’ambulance française de Sédan.
Pour panser les plaies et les moignons, on se servait d’a­
bord du plâtre de Lister, ou simplement de charpie mouil­
lée, puis, pour les pansements consécutifs, on lavait, la plaie
avec une solution d’acide carbolique plus ou moins concentré
suivant les cas, et on appliquait delà charpie mouillée, et
par dessus une couche d’étoupe. Dans le principe, on fai­
sait les lavages à l’eau simple, et on pansait les plaies avec de
la charpie recouverte de gutta-percha, ou avec un simple ca­
taplasme; mais l’odeur devenait insupportable. Avec l’étoupe
les plaies guérissaient beaucoup plus vite, et l’atmosphère des
salles était bien meilleure.
La nourriture était donnée avec abondance; la soupe,
la viande étaient prescrites deux fois par jour. Le café et les
stimulants presque à discrétion. Dans notre ambulance, et
dans toutes celles que nous vîmes, non seulement on permet­
tait de fumer, mais on y encourageait les malades. Du si grand
désir que ces pauvres blessés manifestaient tous pour le tabac,
nous ne pouvions tirer d’autre conclusion que le tabac est un
calmant du système nerveux, et qu’il peut rendre de grands
services après l’excitation de la bataille, et surtout quand la
défaite a rendu la réaction encore plus intense, comme c’é­
tait ici le cas pour les Français.
Les trois premiers jours qui suivirent la bataille du 31 août
la nourriture manquait, et les médecins comme les malades
durent se contenter de pain et d’eau avec un peu de vin. Main­
tenant tout se trouve en abondance.
Dans l’ambulance française, qui occupait une grande fa­
brique de draps, il y eut trois désarticulations de la hanche;
l’une d'elles allait bien vingt-quatre jours après l’opération.
Un officier qui avait eu les deux jambes et. les deux bras
amputés était en voie de guérison. 11 était à cheval quand un
boulet lui emporta les deux jambes en tuant le cheval et au
même moment une balle lui traversa les deux bras. Un lit ces
quatre amputations, malgré le malade, qui suppliait qu’on le
laissât mourir.

�,

26

ISNARD.

L’ambulance Suisse occupait une vaste filature; les trois
étages supérieurs étaient habités par lesblesés, le rez-de-chaus­
sée contenait les cuisines, etc. Les fenêtres étaient si nom­
breuses qu’il y en avait une pour chaque lit. Les chambres
étaient basses, mais largement ventilées à l’aide des fenêtres
et des orifices pratiqués dans les planches. Un bon régime,
la tranquillité et l’emploi de l’acide carbolique furent les
principaux moyens hygiéniques employés, et avec un grand
succès. Sur 40 cas d’amputation, il n’y eut qu’un mort. Dans
tous les cas de résection ou de fracture compliquée, tous ceux
qui résistèrent les trois ou quatre premiers jours guérirent.
Beaucoup furent apportés mourants ou déjà morts.
Dr Ch . Isnard (de Marseille.)
[ A Continuer.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
Séance du 12 août 1 8 7 0 . — Présidence de M. Y illard.
M. Bertulus est nommé Vice-Président en remplacement de
M. Gouzian décédé.
La Société adopte à l’unanimité la propositon suivante émise
par M.Chapplain : pendant la guerre, les médecins absents seront
libres de désigner, pour soigner leurs malades, un ou plusieurs
confrères de leur choix. Ces derniers s'engageaient à sauvegarder
la clientèle des absents et, à leur retour, à la leur restituer dans
toute intégrité. De plus, sur la proposition de M, Seux fils, ces
mêmes confrères devront, dans l’avenir, renoncer à soigner les
malades qui leur auraient été confiés accidentellement pendant
la guerre.

Séauce du 8 octobre. — Présidence de M. V illard.
Correspondance manuscrite: Une lettre de M. le Docteur Onette
de San-Remo, sollicitant le titre de membre correspondant. Deux

VARIÉTÉS.

27

mémoires imprimés appuient cette candidature dont M. Méli est
nommé Rapporteur.
Correspondance imprimée : Annales de la Société de médecine
d’Anvers. — Boletin del instituto médico valenciano. — Revue
des cours scientifiques de la France et de l’étranger.— Bulletin de
la Société nationale de chirurgie.
Après une discussion dont les conclusions ont facilement réuni
tous les suffrages , la Société vote la somme de 200 francs pour
une œuvre essentiellement patriotique, pour aider la création de
la première ambulance marseillaise dirigée par M. Picard.

Séance du 9 décem bre. — P résidence de M. V illard.
Ordre du jour : Elections pour l’année 1871.
M. Bertulus. Vice-Président passe à la Présidence.
Sont nommés au scrutin :
Vice-Président: M. Isnard.
Secrétaire général : M. Seux fils.
Secrétaire annuel : M. de Capdeville.
Conseillers: MM. Villeneuve père (membre honoraire), Pirondi
et Chaspoul.
Comité de publication : MM. Villard (Président sortant), Seux fils
(Secrétaire général) de Capdeville (Secrétaire annuel), Méli.
Bibliothécaire : M. Dussau.
Trésorier : M. Meli.
Le Secrétaire-général,

D' Ch. I snard (de Marseille.)

VARIÉTÉS.
A SSIST A N C E PU B L IQ U E .

Les membres du gouvernement de la défense nationale délégués
pour représenter le gouvernement et en exercer le pouvoir;
Vu les décrets des 10 et 12 septembre 1870.
Vu la loi du 10 janvier 1849 sur l’organisation de l’assistance pu-

�2$

VARIÉTÉS.

VARIÉTÉS.

blique à Paris, et le décret réglementaire du 24 avril 1819 sur le
même objet ,
Les propositions du préfet des Bouches-du-Rhône des 22 décembre
1870 et 8 janvier 1871 ;
Sur le rapport du ministre de l’intérieur,

Art. 7. — La distinction des budgets et des comptes des hospices et
du bureau de bienfaisance devra être maintenue, ainsi que celle des
dotations. Toutefois le conseil pourra user de la faculté ouverte par
l’art. 17 de la loi du 7 août 1851 sur les hospices, en sç conformant
aux prescriptions de l'art. 18 de la même loi.
Art. 8.— Le conseil est investi de toutes les attributions dévolues
aux commissions administratives des hospices et aux bureaux de
bienfaisance.
Les délibérations sont soumises à l’avis du Conseil municipal et
suivent, quant aux autorisations, les' mêmes règles que les délibéra­
tions de ce conseil. Néanmoins l’aliénation des biens immeubles des
hospices et du bureau de bienfaisance ne peut avoir lieu que sur
l’avis conforme du conseil municipal.
Art . 9. — Les médecins, chirurgiens et pharmaciens des hôpitaux
et hospices sont nommés au concours. Leur nomination est soumise
à l’approbation du Préfet; ils ne peuvent être révoqués que par lui,
sur la proposition du Conseil d’administration.
Art. 10. — Les médecins, chirurgiens et pharmaciens, attaches au
service des secours à domicile, sont nommés et révoqués par le Pré­
fet sur la proposition de ce même conseil.
Art. 11.— Les règlements du service intérieur des hospices et des
secours à domicile, arrêtés par le conseil d’Administration. seront
provisoirement approuvés par le Préfet, et soumis, dans un délai de
trois mois, à la sanction du Ministre de l’Intérieur.
Art. 12. — Le Ministre de l’Intérieur est chargé de l’exécution du
présent décret.

Décrètent ,
Article premier.—L’administration de l’assistance publique à Mar­
seille comprend le service des secours à domicile et le service des
hôpitaux et hospices civils.
Art . 2.— Cette administration est gérée par un conseil composé de
la manière suivante :
Le Maire de Marseille, président ;
Deux membres du Conseil général ;
Quatre membres du Conseil municipal ;
Deux membres de la magistrature ;
Deux membres du corps médical de^Marseille ;
Un membre de la chambre de Commerce ;
Un membre de la chambre des Notaires ;
L'ü membre du Conseil des Prud’hommes (patrons pêcheurs)
Un membre du Grand Conseil des sociétés de secours mutuels;
Un membre de la commission des Portefaix ;
Cinq membres pris en dehors des catégories ci-dessus indiquées ;
Art . 3.— Les membres du Conseil d'administration de l’assistance
publique de Marseille, autres que le Maire de Marseille, président,
sont nommés par le préfet, sur une liste de trois candidats élus par
chacun des corps qu’ils représentent. La nomination et le renouvelle­
ment des membres du Conseil auront lieu conformément aux règles
tracées par les articles 2 et 3 du décret réglementaire du 24 avril
1849, relatifs au Conseil de surveillance de l’administration de l’as­
sistance publique à Paris.
Art. 4.—Le conseil est présidé par le maire, et à son défaut, par un
vice-président choisi par le conseil dans son sein et chaque année.
En cas de partage, la voix du président est prépondérante.
Art . 5. — Les membres du conseil ne peuvent être révoqués que
par le ministre de l'intérieur, sur la proposition du préfet.
Art . 6. — Le conseil d’administration dirige et surveille les servi­
ces intérieurs et extérieurs. 11 prépare les budgets, ordonnance tou­
tes les dépenses, et présente, chaque année, le compte moral des éta­
blissements placés sous sa direction.

29

Fait à Bordeaux, le 18 janvier 1871.
Signé : Ad. Crémieux.— F ouriciion.— Glais- B izoin.
Par délégation duMembredu Gouvernement, Ministre de laguerre.
Signé : Ad. Crémieux.
Par le gouvernement :
Le Secrétaire-général du Ministre de l’Intérieur, délégué,
Signé : J ules Cazot.
Pour copie conforme :
Le préfet des Rouches-du-Uhonc,
Alph. G ent.

�30

VARIÉTÉS.

Bordeaux, 20 janvier 1871.
Monsieur le P r é f e t ,

Par votre rapport du 22 décembre dernier, vous demandez l'orga­
nisation immédiate d'une administration génénérale de l'assistance
publique à Marseille, réunissant sous sa direction, les hospices les hô­
pitaux et le bureau de bienfaisance de cette ville. Dans ce but, vous
proposez de dissoudre les deux commissions administratives actuel­
lement chargée de la gestion de ces établissements et de les rempla­
cer par un Conseil qui réunirait dans ces attributions, les services
hospitaliers et celui des secours à domicile.
Cette réunion offrirait à vos yeux, le double avantage d’alléger les
charges des hospices, en diminuant le nombre des admissions par
l'extension dn traitement à domicile des malades indigents et de pré­
venir les doubles emplois en faveur Mes familles qui reçoivent, dune
part, des secours à domicile, et peuvent d'un autre côté, avoir un de
leurs membres traité à l’hospice.
J’approuve entièrement la réforme que vous proposez. J’y vois
surtout le moyen d’assurer le développement des secours à domicile,
pour le traitement des malades. Ainsi que l'a constaté un rapport
officiel de 1865, sur le traitement des malades indigents à Paris :
« Le secours ù domicile n’impose, aux classes nécessiteuses qui le
a réclament, aucun changement d’habitude, il laisse le malade au
« milieu des siens, et le médecin n ’a souvent à soigner que des alfec« tions prises dès leur début, et qui cèdent promptement à des soins
« bien dirigés. Pour l’hôpital, au contraire, le malade a presque tou­
te jours atteudu, avant de réclamer son admission, et sa maladie est
&lt;' aggravée faute de précaution. Un traitement prolongé devient alors
« nécessaire, »
Pour mettre à exécution la mesure vraiment progressive et phi­
lanthropique que vous proposez d'appliquer à la ville de Marseille,
en faveur de ses indigents de toute catégorie, vous avez préparé un
projetée décret que j ’ai adopté en principe, mais dans lequel j ’ai cru
devoir introduire quelques modifications avant de le soumettre à la
sanction du gouvernement.
Dans l’article 2 de ce projet, se trouvait la disposition suivante em­
pruntée à l’art. l"d e la loi du 10 janvier 1849, sur l’organisation
de l’assistance publique à Paris:
a Cette administration est placée sous l’autorité du Préfet et du
Ministre de l’Intérieur. »

VARIÉTÉS.

31

A Paris, il était nécessaire de spécifier de quelle autorité, celle du
préfet de-la Seine ou celle du préfet de police, relevait l’administra­
tion de l'assistance publique ; une semblable indication est inutile à
Marseille.
Dans le même article, j ’ai remplacé ces mots : Conseil général.......
responsable, o par ceux-ci : Conseil d’administration de l'assistance
publique. Ce titre Conseil général ne m’a pas paru convenir à un co­
mité purement local, et la responsabilité ne peut guère s’appliquer
à des fonctions gratuites et à une autorité qui doit s’exercer collec­
tivement.
J'approuve d’ailleurs, sans réserve, la substitution d’une commis­
sion gratuite, au directeur responsable entre les mains duquel la loi
du 10 janvier 1849 avait centralisé, à Paris, tous les services de l'as­
sistance publique. Ce système vient d’être remplacé dans la capitale
par celui que vous désirez établir à Marseille. Pour le faire fonction­
ner, le Conseil n’aura qu’à constituer dans son sein un comité exé­
cutif dont les atttributions seront déterminées parle règlement du
service intérieur.
Au lieu d’énumérer, comme daus l’article 5 du projet, les attribubutionsdu nouveau conseil, je me suis borné, dans l’article 8 du dé­
cret, à lui conférer tous les pouvoirs dévolus par la législation ac­
tuelle aux Commissions administratives des hospices et aux bureaux
de bienfaisance.
Il m’a paru, en outre, nécessaire d’ajouter une disposition pour
maintenir, d’une manière expresse, la distinction des budgets et des
comptes de ces divers services, ainsi que celles de leurs dotations
propres. Il importe en effet de respecter tous les droits résultant des
fondations faites en faveur de chaque établissement.
Mais, en même temps, j’ai cru devoir rappeler par le même article,
la disposition de la loi du 7 août 1851 sur les hospices, qui donne aux
commissions administratives la faculté de convertir, jusqu’à concur­
rence du cinquième, les revenus hospitalière en secours à domicile
annuels en faveur des vieillards ou infirmes placés dans leurs familles.
Celte heureuse innovation trop peu appliquée jusqu’ici par les
commissions hospitalières, offre un moyen excellent d’entretenir l’es­
prit de famille. Grâce à ces secours annuels, la présence du vieillard
ne sera plus une charge pour les enfants pauvres, mais plutôt un
adoucissement à leur misère; il partagera avec eux sa modique
pension, et il finira ses vieux jours entouré desoins de ceux qu'il a
élevés. L’application de cette salutaire réforme, à Marseille, aura
d’ailleurs, pour effet, d’alléger notablement lescharges des hospices.

�32

VARIÉTÉS.

La composition et le mode de nomination du conseil do l’assis­
tance publique ont fait l’objet de mes télégrammes des 31 décembre
dernier et 6 janvier courant, do votre réponse du 3 de ce mois et de
votre dépêche télégraphique du 17. Ha été entendu que les menbres du conseil seraient nommés par le Préfet des Bouches-du-Rhô­
ne, sur une liste de trois candidats préscntésparehacundescorpsindiqués dans le décret, que cette présentation ainsique le renouvel­
lement des membres du conseil auraient lieu conformément aux
règles tracées par les articles 2 et 3 du décret réglementaire du 21
avril 1819, relatif au conseil de l'assistance publique, à Paris.
J’ai cru devoir cependant m’écarter de ces avis sur un point, en
remplaçant les deux médecins de l'assistance en exercice, par deux
membres du corps médical.
Le service médical étant placé sous l’autorité et la surveillance du
conseil, aucun médecin en exercice ne peut en faire partie puisqu’il
serait appelé à se surveiller lui-même.
Enfin, j’ai pensé comme vous, monsieur le Préfet, qu'en raison de
leur importance, les règlements du service de l'intérieur des hos­
pices et des secours à domicile devaient être soumis à la sanction
ministérielle, mais seulement après avoir ôté m isa l’épreuve pen­
dant trois mois.
Votre projet de décret, modifié conformément aux observations
qui précèdent, a été approuvé le 18 de ce mois, par tous les mem­
bres du gouvernement présents à Bordeaux et je m’empresse de vous
en transmettre une ampliation afin qu'iPpuissc être mis à exécution
aussitôt que vous le jugerez convenable.
Je vous serai reconnaissant de me faire connaître les mesures
prises par vous pour l’application de cette réforme dont j ’attends
les plus heureux résultats.
Recevez, monsieur le Préfet, 1assurance de ma considération très
distinguée.
Par délégation,
Le Secrétaire général,
Signé J ules Cazot.
Pour copie conforme :

MARSEILLE MÉDICAL
(a n c ie n n e

U n io n

M é d ic a le d e la P r o v e n c e )

8 u,b A nnée. — N ° 2 , - 2 0 F évrier 1 8 7 1 .

QUATRIÈME SÉRIE

D ’O B S E R V A T IO N S D E C H IR U R G IE U S U E L L E
Complc-rcndu de la clinique chirurgicale de l’IIôlel-Dicu de Marseille
P endant le sem estre d ’été de 1 8 0 0 ,
PAR LE PROFESSEUR SIRUS-PIRONDI.

( Suite.)

TROISIÈME CATÉGORIE.

Maladies des organes génito-urinaires.
Parmi les dix malades appartenant à cette catégorie, deux
étaient atteints de calcul vésical; un de calcul uréthral;
quatre de rétrécissements de P urèthre; deux de catarrhe de la
vessie; un d’hydrocèle.
A.
§ 1. — En énumérant les décès par suite d’opérations
graves, nous avons dit avoir perdu un opéré de la taille.

Le Préfet des Bouches-du-Rhône,
Signé Al p . Gent.
A. F ab re .

Observation. — Cet homme, âgé de 34 ans, souffrait depuis
plusieurs années de spasme ou ténesme vésical et n’avait
jamais voulu se laisser sonder. A ce premier symptôme suc3

�34

SIRUS-PIRONDI.

cédèrent bientôt ceux d’une cystite catarrhale avec irradiation
sur les reins ; et en dernier lieu forte fièvre avec tension et
douleurs vives à la région hypogastrique, vomissements,
pouls petit, fuyant, et du hocquet; c’est dans cet état que le
malade fut porté à l’Hôtel-Dieu.
Dès le premier catéthérisme, il fut facile de constater la
présence d’un volumineux calcul dans la vessie ; mais la péri­
tonite, circonscrite, était tout, aussi évidente que l’existence du
calcul, et l’on pouvait jusqu’à un certain point établir, entre
ces deux faits morbides, une relation de cause à etfet.
Evidemment, l’indication la plus élémentaire était ici de
supprimer d’abord l ’inflammation grave de la séreuse, et de
songer après à l ’extraction du calcul. Mais au bout de 24 heu­
res, et malgré un traitement assez énergique, ayant dù cons­
tater que la péritonite gagnait du terrain et que le malade
perdait de plus en plus ses forces, nous nous décidâmes à l’o­
pération, qui n’offrit aucune difficulté dans l ’exécution. Le
calcul, quoique très-volumineux, trouva un passage facile
grâce à l’écartement donné aux branches du lithotôme double ;
mais au moment même de l’incision, une énorme quantité de
pus s’échappa de la région prostatique; la péritonite reprit,
au bout de quelques heures, sa marche ascendante, et le ma­
lade succomba 28 heures après l’opération. On trouva à l’au­
topsie, un vaste abcès dans la prostate considérablement hy­
pertrophiée ; il y avait en outre du pus dans le péritoine,
dans les uretères et jusque dans les reins, plus particulière­
ment à gauche.
Fallait-il regretter l'opération? Pouvait-on lui reprocher
d’avoir hâté la fin du calculeux? D'après les résultats de l'au­
topsie, il nous parait incontestable que la guérison était im­
possible avant comme après l’opération ; il est même probable
que cette opération aurait été suivie de succès si le malade
l’avait réclamée avant l’apparition de la péritonite et quand
même l’abcès prostatique eut été déjà formé.
§ 2. — L’inflammation du péritoine, comme conséquence
d’un calcul dans la vessie, n’est probablement pas chose rare

CLINIQUE CHIRURGICALE.

3b

lorsque la cystite s’irradie vers les reins par les uretères. J’ai
cependant observé plusieurs fois l’inflammation de la vessie et
des reins sans le moindre retentissement du cote du péritoine ;
et d’un autre côté, dans les deux circonstances où j ’ai pu cons­
tater , chez un calculeux, l’existence d’une péritonite avant
l’opération, j’ai trouvé, en opérant, un abcès dans la prostate.
Je citerai à ce sujet le second fait auquel je fais allusion et
qui a été recueilli en dehors de l’Hôtel-Dieu.
Observation. — Un homme de 78 ans, atteint de catarrhe
vésical avec rétention d’urine, légère et très-intermittente, se
décide à se laisser sonder et nous trouvons, après plusieurs
examens, un calcul dans la vessie. L'opération est proposée et
refusée ; mais on l’a réclamée trois mois après, alors que des
symptômes de péritonite circonscrite se sont déjà déclarés.
La position du malade me paraissant très-grave, je tiens à
m’entourer de l’avis éclairé d’un confrère, et l’on veut bien
m’adjoindre M. le docteur Chaspoul, dont j’estime le savoir
autant que le caractère. L’opération est décidée ou, pour
mieux dire consentie aux instances de la famille, mais l’insuc­
cès n’était guère douteux ni pour mon confrère ni pour moi.
Seulement — et c’est là le fait principal que je tiens à faire
ressortir dans cette observation — en ouvrant les branches du
lithotôme, un Ilot de pus sortit de la prostate, qui se trouvait
atteinte d’un vaste abcès.
§ 3. — La lithotritie étant aussi généralement appliquée à
Marseille qu’elle l’est par la plupart des chirurgiens de tous
les pays, j’ai eu pour ma part, onze fois seulement l’occasion
de pratiquer la taille, cinq fois à l’Hôtel-Dieu, six en ville.
Une seule fois j’ai employé la taille latéralisée. La pierre était
beaucoup plus grosse que nous ne le supposions, il a fallu la
broyer sur place et l’extraire par fragments qui, tous réunis,
pesaient 148 grammes. Je ferai remarquer en passant que je
ne fus pas seul à me tromper sur le volume du calcul; c’est
là du reste une erreur plus facile qu'on ne le dit et plus fré­
quente qu’on ne l’avoue peut-être. La seule manière d’appré­

�36

SIRUS-PIRONDI.

cier avec exactitude le volume d’une pierre c'est d’explorer la
vessie avec l'instrument lithotriteur, mais qu'on veuille Lieu
se rappeler que tout malade qui se laisse facilement explorer
par un lithotriteur, n’a pas besoin d’être taillé et doit béné­
ficier des avantages incontestables de la lithotritie.
Je conserve donc le plus désagréable souvenir de la seule
fois que j’aie appliqué le procédé latéralisé à l’extraction de la
pierre, attendu que l'opéré a succombé peu de jours après
l’opération, alors qu’il paraissait offrir, avant l’opération, la
plupart des conditions voulues pour compter sur un succès.
Pour les dix autres cas, j'ai constamment adopté le pro­
cédé de Dupuytren, avec un lilhotôme à lames très-peu
obliques presque transversales ; sur ces 10 opérés, 2 ont suc­
combé— je l’ai déjà dit,— à la péritonite dont ils étaient
atteints avant l’opération, à laquelle on ne peut pas, par consé­
quent, attribuer une part bien active dans le résultat final.
Les 8 autres opérés ont guéri promptement et complètement,
sans différence aucune par rapport à l’â g e, et sans pré­
senter aucun des inconvénients attribués, un peu trop gratui­
tement. à la taille bilatérale ; le plus jeune avait 4 ans 1/2 et
le plus âgé 59 ans.
Cette proportion de huit guérisons sur dix opérations, par le
procédé de Dupuytren, se serait-elle maintenue en présence
d’un plus grand nombre de faits ? Je ne l’affirmerai certes pas.
Mais il n;est pas inutile de rappeler aux jeunes praticiens la
réflexion faite à propos des appareils destinés aux fractures :
le meilleur est celui dont on a l’habitude de se servir, parce
qu’on apprend à en éviter les défauts et que les avantages seuls
restent [[). Notre honorable collègue, M. Coste, opère presque
toujours par le procédé latéralisé et en obtient d’incontesta­
bles succès. Souberbielle, qui de sou vivant a joui d'une
grande réputation pour l’opération de la taille, employait
presque exclusivement la taille hypogastrique, qui est, de tous
les procédés opératoires, le plus défectueux, et réussissait ce­
pendant dans la très-grande majorité de ses opérations.
(1) Troisième série d’observations, etc., page 3.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

37

C’est surtout pour les opérés de cette catégorie qu’il faut por­
ter une certaine attention à leur état moral. Je citerai, entre
autres, le fait suivant : Un pauvre ouvrier,employé à une de
nos principales raffineries de sucre, âgé de 59 ans, nous fut
adressé à l’Hôtel—
Dieu et reçu dans l’ancienne salle St-Louis.
Cet homme, atteint d’un énorme calcul, était désolé de se voir
à l’hôpital, refusait de manger, ne dormait guère et ses forces
faiblissaient de jour en jour. Je fus visiter la très-modeste
chambre qu’il habitait avec sa femme au quatrième étage
d’une maison située à l’ancienne place des Prêcheurs. Cette
chambre étant suffisamment éclairée, je renvoyai le calculeux
chez lui et je l’opérai au bout de quelques jours lorsqu’il eût
reconquis son appétit et son sommeil ordinaire. M. le docteur
Berrut, qui était alors chef interne à l’Hôtel-Dieu, et qui vint
assister à l’opération, put constater avec moi que cet homme
pouvait sortir et se promener en ville quinze jours après l ’opé­
ration sans avoir eu à souffrir une heure de fièvre ni de ma­
laise; jamais cicatrisation complète d’une plaie de cette na­
ture n’avait été plus rapide.
B.
§ 1. — Un petit calcul, ou si l’on aime mieux, un trèsgros gravier du volume d’un pois, mais à surface très-irrégu­
lière, s’était engagé depuis trois jour dans le canal d'un tout
jeune homme (16 ans), et je ne suis pas bien sùr que, au lieu
d’arriver dans l’urèthre par la vessie, ce gravier n’eùt été in­
troduit par le méat urinaire. Quoiqu’il en soit, quelques ten­
tatives faites en ville n’ayant pas réussi à extraire ce calcul
ou à le repousser dans la vessie, on conduisit le jeune homme
dans le service de la clinique. Il urinait avec de vives dou­
leurs, goutte à goutte, et le pénis était considérablement
enflé.
Les tentatives précitées ne remontaient qu’à quelques heu­
res, et il nous parut convenable de ne pas les renouveler im­
médiatement. Mars on prescrivit un bain prolongé et de fré­
quentes injections avec une solution concentrée de bi-carbonate
de soude, suivies de l’instillation de quelques gouttes d’huile
belladonnée. Dès le lendemain, et sans aucun secours chirur­
gical, le calcul fut expulsé par un fort jet d'urine.

�39

SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

§ 2 .— La présence de calculs ou de gros graviers dans l'urè­
thre est. chose assez fréquente, et leur extraction est parfois
assez difficile pour qu’on ait dù multiplier le nombre et varier
la forme des instruments destinés à cette petite opération. Les
pinces il foret de Civiale, celles de Hun ter et plus particulière­
ment la curette de Leroy d’Etiolles, offrent au chirurgien tou­
tes les ressources désirables. Quant à la dilatation préalable
du canal, proposée par quelques praticiens, c’est là un moyen
auquel il ne convient guère d’avoir ici recours. Sans doute, la
dilatation est d’une incontestable utilité, indispensable même
lorsqu’on l’applique à tout le canal et dans le but d’obtenir
l ’expulsion en quelque sorte spontanée d’un calcul vésical, ce
à quoi on peut surtout viser chez la femme. Mais quand le
gravier est déjà engagé dans l’urèthre, la dilatation ne peut
agir qu’en avant du calcul ; une petite portion de muqueuse
reste engagée entre le bout de la sonde et la face antérieure du
gravier; cette espèce d’anneau ou de diaphragme uréthral
s’enflamme, se tuméfie, fournit un obstacle de plus à l’issue
du calcul, et c’est surtout en pareil cas que l’incision de l’urè­
thre devient nécessaire.
Il ne faut pas, du reste, trop se hâter de pratiquer l’inci­
sion ; on peut encore essayer le broiement sur place, et, mieux
encore, l’instillation lente et continue d’huile belladonnée,
et les injections, souvent répétées, d’une solution concentrée
de bi-carbonate de soude. On dira peut-être, et avec raison, que
tous les graviers ne sont pas attaquables par les alcalins, et
que la petite quantité de solution qui pénètre autour du calcul
ne saurait en diminuer notablement le volume. C’est possible.
Mais dùt-on n’amoindrir la circonférence du gravier que d’une
fraction de millimètre, ce n’est jamais à dédaigner, le moyen
étant d’ailleurs des plus inoffensifs. Il y a quelques années, je
fus appelé par mon excellent confrère et ami, M. le docteur
Rocanus, auprès d’un enfant de cinq ans q u i, après avoir
souffert de tous les symptômes indiquant la présence d’un
calcul dans la vessie, éprouvait une rétention presque com­
plète d’urine produite par le déplacement du calculqui s’était
engagé dans l’urèthre. Diverses tentatives n’ayant pas réussi

à extraire le calcul, nous remîmes au lendemain l’incision et
prescrivîmes, en attendant, de fréquentes injections d’eau
tiède bi-carbonatée et belladonnée. Au bout de quelques heu­
res, le calcul fut expulsé pendant la mixtion, et dépassait cepen­
dant le volume d’un très-gros pois.

38

C.
§ 1.— Sur quatre malades atteints de rétrécissement de
l’urèthre, une seule fois nous avons dù avoir recours à l’uréthrotomie interne. Il s’agissait d’un rétrécissement fibreux , d’une
étendue considérable, et qu’on ne pouvait franchir — même
très-difficilement — qu’avec une petite corde en boyaux. Le
malade, âgé de 47 ans, urinait goutte à goutte avec de grands
efforts, à chaque instant, et ne parvenait jamais à vider la
vessie.Ce rétrécissement datait de dix ans et avait été traité, au
début, par de nombreuses cautérisations — la plus détestable
de toutes les méthodes de traitement qu’on puisse appliquer
aux coarctions uréthrales. La cautérisation avait produit ici
son résultat le plus constant : l’aggravation du mal; et il était
facile de prévoir qu’à bref délai l’uréthre ne serait plus per­
méable du tout.
L’urétrhotomie interne a été pratiquée avec l’uréthrolôme
de Maisonneuve, sans difficulté aucune et sans le moindre
accident consécutif. Le résultat final g été aussi bon qu’on
pouvait le désirer ; et lorsque cet homme a quitté l ’HôtelDieu il pouvait facilement se sonder lui-même, avec une sonde
élastique de gros calibre. C’est du reste une habitude qu’il est
utile défaire prendre à tous ceux qui ont été traités pour des
rétrécissements de l’urèthre, quelle que soit la méthode de
traitement qu’on leur a appliquée. Le cathétérisme pratiqué
d’abord tous les deux jours, puis deux fois par semaine et
longtemps continué, ne laissant d’ailleurs la sonde en place
que 15 ou 20 minutes, suffit, dans la plupart des cas, pour
garantir l'urèthre de toute récidive.
§ 2. — Je n’ai pratiqué l ’uréthrotomie interne que cinq fois ;
je n’ai jamais eu à combattre le moindre accident sérieux.
Cependant, si le rétrécissement peut être facilement franchi

�SIRUS-PIRONDI.

OLINIQUE CHIRURGICALE.

par de très petites bougies, s’il n’est, pas de date trop ancienne,
s’il cède, sans trop de résistance, à l’emploi de sondes flexibles
dont on augmente graduellement et assez rapidement le volu­
me, j'estime que la dilatation progressive est encore aujour­
d’hui la meilleure méthode de traitement qu’on puisse em­
ployer contre les coarctations uréthrales. On peut lui reprocher
de ne pas mettre le canal complètement à l ’abri d’une récidi­
ve—inconvénient bien racheté par la bénignité relative d’une
nouvelle dilatation—mais ces retours de la strangurie peuvent
être évités si on ne néglige pas, après une suffisante dilatation,
de recommander aux malades, comme nous le disions tout à
l’heure, de passer de temps à autre une sonde dans le canal et
de l’y maintenir pendant demi - heure tout au plus. Je veux
bien admettre que l’uréthrotomie interne est rarement suivie
d’accidents graves ; mais on 11e niera pas que l’on ne peut
comparer les suites possibles de la dilatation à celles de l’uréthrotomie ; et, en résumé, cette dernière méthode de traite­
ment. qui a déjà rendu d’incontestables services à la pratique
chirurgicale, doit être réservée pour des cas spéciaux et pres­
que exceptionnels.
Ce n’est pas sans intention que j ’emploie le mot exceptionnel,
par rapport à certains rétrécissements fibreux qui rendent le
canal imperméable aux plus minces bougies; ils sont, en effet,
très rares, et lorsque le chirurgien a la patience d’essayer suc­
cessivement des bougies de divers calibres et d'une flexibilité
non moins variée, il finit bien des fois par traverser des rétré­
cissements jugés d’abord infranchissables. On dit qu’un spé­
cialiste de Paris, M. Philips, n’a pas hésité parfois à prolonger
des essais de cathétérisme pendant 3 et i heures sur le même
individu et avoir réussi là où d’autres praticiens, d’ailleurs
très habiles, avaient échoué. Si le fait est vrai, c'est une qua­
lité de plus qu’il faut reconnaître à l’auteur d’un excellent
livre. Et qu’on n’objecte pas que ces longues séances de
cathétérisme exposent davantage les malades à la fièvre uré­
thrale. Rien de plus bizarre et de moins compréhensible que
YimpressionabUilé particulière à chaque individu. J'ai vu
survenir de violents accès de fièvre à la suite d’un seul cathé­

térisme pratiqué facilement, promptement, et sans laisser la
sonde à demeure; en revanche, de longs traitements, de fré­
quents cathétérismes, et la présence prolongée d’une sonde
dans le canal, n’ont souvent produit aucun accident ni aucun
symptôme quelque peu sérieux ou de nature à interrompre, au
moins temporairement, le traitement commencé.

•40

§ 3. — Lorsqu’on a à faire à des rétrécissements difficiles à
franchir, personne n’ignore les bons effets que l’on obtient
par les préparations belladonnées employées directement dans
le canal et sous une forme quelconque. On connaît beaucoup
moins l’utile concours apporté, en pareil cas, au cathétérisme
par un agent indirect de dilatation. Cet agent n’est autre que
le baume de copahu pris intérieurement et à doses moyennes.
Il 11’est pas facile d’expliquer cet effet, mais le résultat n’en
est pas moins positif ; seulement la dilatation est temporaire,
ne dure qu’un temps très limité, et c’est ordinairement une ou
deux heures après l’administration du remède qu’on peut en
constater les résultats. Il nous est mainte fois arrivé, ne pou­
vant franchir l’obstacle, de prescrire la prise immédiate de
8 ou 10 capsules de Raquin, et, une heure après, le cathété­
risme était pratiqué avec succès. Ce moyen réussit-il toujours?
Non, sans doute, mais lorsqu’on n’est pas partisan du cathété­
risme forcé, aucun moyen n’est à négliger pour faire passer
une première sonde ou bougie, si petite qu’elle soit. Le succès
définitif de la dilatation tient à ce premier pas fait à travers
le rétrécissement et l’on ne saurait y consacrer trop de temps
et de patience.
D.
§ 1. — L’inflammation catarrhale de la vessie se présente
rarement chez les jeunes sujets, à moins qu’elle ne soit consé­
cutive à la présence de calculs dans la vessie ou à une réten­
tion d’urine déterminée elle-même par des rétrécissements de
l’urèthre ou par l’existence de valvules prostatiques. Mais il
est plus rare jencore d’observer le catarrhe vésical chez des
personnes jeunes encore, exemples de rétrécissements ou de
corps étrangers dans la vessie, n’ayant jamais été atteintes de

�42

SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE HYDROTHÉRAPIQUE.

blennorrhagie et qui ne peuvent invoquer comme cause de
cette inflammation que l’abus temporaire, exceptionnel môme,
de boissons fermentées. Que ces boissons aggravent les inflam­
mations de l’urèthre et de la vessie, c’est là un fait journelle­
ment constaté et qui ne mérite même plus d’être signalé ;
mais on ne sait peut-être pas autant que ces mômes bois­
sons peuvent déterminer à elles seules et sans autre concours
étiologique, l’apparition d’une uréthrite ou d’un catarrhe vé­
sical. J’ai observé quelques faits de ce genre, et pour trois
d’entr’eux il m’a été permis de reproduire à volonté le mucopus dans les urines ou de le supprimer, selon que je permet­
tais ou que je défendais l'usage de la bière comme boisson
ordinaire.
§2. — Comme traitement local du catarrhe vésical on con­
naît les bons résultats obtenus par les irrigations d’eau de
goudron pratiquées avec une sonde à double courant. Les
cautérisations par le nitrate d’argent ne sont pas exemptes de
graves inconvénients, surtout si le catarrhe est de date ancien­
ne. La muqueuse vésicale se trouvant, dans ces cas, non seu­
lement gonflée mais érodée, il n’est pas prudent de tenter
l’action du caustique sur des érosions dont on ne connaît ni
l’étendue, ni la profondeur.
Sur l’un des deux malades reçus pendant ce semestre à la
clinique, l’inflammation catarrhale de la vessie était consécu­
tive à une ancienne blennorrhagie qui avait persisté pendant
onze mois, en dépit des traitements les plus variés.Après avoir
mis en œuvre, à notre tour, et sans succès, la plupart des
moyens généralement employés contre le catarrhe de la vessie,
j’ai eu recours aux irrigations d’eau de bourgeons de sapin
dans laquelle j ’ai incorporé une petite quantité de baume de
copahu. Ce mélange a produit un excellent résultat, mais je
n’oserais affirmer qu’il jouisse d’une efficacité réelle, alors que
nous n’avons eu l’occasion de l’employer qu’une seule fois.
(.A suivre.)

43

C L IN IQ U E H Y D R O T H É R A P IQ U E .
RECHERCHES PRATIQUES SUR LA PHTHISIE PULMONAIRE ■
A MARCHE CHRONIQUE.

\ Monsieur le HT A. Fabre, directeur du M arseille M édical.
Cher

et honoré confrère

,

Je vous prie, ainsi que les honorables membres du comité
de rédaction, de vouloir bien m’autoriser à publier, dans les
colonnes du Marseille-Médical, sous la désignation de « Cli­
nique hydrothérapique », les observations variées, nombreu­
ses et intéressantes, qu’il me sera permis de recueillir, en tant
que médecin hydropathe. Malgré la réserve extrême qu’il me
faudra forcément conserver dans l’exposé des faits soumis à
mon expérimentation, j'apporterai tous mes soins, pour leur
assurer, aux yeux des praticiens éclairés et justement sou­
cieux des intérêts des leurs clients, la plus grande somme
possible d’authenticité et de valeur scientifique, en vue des
déductions pouvant en émaner, soit pour la thérapeutique,
soit pour la prophylaxie de la tuberculisation pulmonaire.
Vous ne serez pas surpris que mon attention se soit portée,
tout d’abord, sur une des plus graves et des plus fréquentes
manifestations de la diathèse tuberculeuse?....
Loin de là, sans doute, car cette redoutable affection est, de­
puis des siècles, déjà, et pour longtemps encore, un inépuisa­
ble sujet de longues et patientes études, dans l’univers entier !
C’est cette poignante considération qui m’a paru devoir mé­
riter la première place à la phthisie pulmonaire, dans la série
des travaux que j’aurai l’honneur d’exposer, au sujet de l’in­
tervention des agents hydriatriques, opposée aux diverses ma­
ladies qui en sont justiciables à des degrés différents. Il va
sans dire que pour celle-ci plus particulièrement je ne me

�U

CLINIQUE HYDROTHÉRAPIQUE.

C. BLANCHARD.

serais pas permis une pareille médication, de mon autorité
privée!... Des maîtres éminents, praticiens consommés — tels
que À. Becquerel, L. Fleury, ce dernier surtout ! — ont, depuis
plusieurs années, sanctionné, par leur parole, par leurs écrits,
le droit, pour le médecin, Yobligation, même, de soumettre les
phthisiques aux applications hydrothérapiques, et ce, malgré
les appréhensions, plus instinctives que raisonnées, d'hono­
rables médecins, malgré l’opposition systématique d’hydropathes routiniers!
Les résultats qui ont été obtenus sont encourageant ; il ne
leur a manqué, à mon avis, que plus de publicité, pour faire
bénéficier, de l’hydrothérapie, les trop nombreuses victimes
du fléau insidieux qui, d’après les plus récentes statistiques,
figure pour un quart, un cinquième au moins, sur les registres
mortuaires.
Voici le problème posé :
La phthisie pulmonaire, dont la guérison, à l’aide de la
thérapeutique usuelle, n‘est p^us — de l’aveu même des maî­
tres classiques! — une chose inadmissible (quoique très-rare­
ment obtenue, il est vrai, hélas!), la phthisie pulmonaire,
dis-je, est j nsticiable (avec de très-grandes chances de succès ! ! )
de l’hydrothérapie «rationnelle et scientifique,» qui 11e refuse
pas, de parti pris, d’admettre, en principe, la possibilité, les
avantages, même, de son alliance avec les méthodes tradition­
nelles delascience médicale. C’est ce que j ’espère démontrer
par l’exposé des observations ci-jointes ; j’aime à croire égale­
ment que de leur examen naîtra, pour mes honorables lec­
teur, la conviction réfléchie dont je suis animé.
Votre tout dévoué confrère,
C. Blanchard.
Je n’ai que deux faits, pour cette année: ce sont les seuls
que j’ai eus!... Je me crois obligé, néanmoins, de les faire con­
naître, sous le couvert de l’adage du célèbre Morgagni :
-Von mimerandœ. sedperpendcmlœ sunt observâtiones '

45

Première Observation.— M. X... se présente à mon établissement
le 15 avril 1870, pour y être traité, dit-il, « de l’épuisement que
lui a laissé une fluxion de poitrine, laquelle aurait eu lieu
dix mois auparavant. »
M. X... a 45 ans; il est pâle, amaigri beaucoup, très essoufflé
par suite de la demi-heure de marche qu’il s’est imposée pour
venir chez moi ; de taille moyenne, de complexion plutôt forte, il
a toujours eu, somme toute, une bonne santé, grâce aussi à une
existence régulière : Marié depuis l’âge de 25 ans, il n ’a jamais
cessé de vivre tout entier à ses devoirs de famille ; jamais, — en
aucun temps! — il n ’a eu d ’affection syphilitique, non plus qu’au­
cun signe d'une diathèse quelconque ; l’hérédité ne révèle rien de
funeste, quant à la maladie actuelle ; depuis dix ans seulement,
il s'enrhume facilement chaque hiver ; il a , à diverses reprises ,
paraît-il, contracté des « bronchites graves, » d ’après les décla­
rations de son médecin ; en même temps, â la suite de travaux
intellectuels excessifs , de veilles prolongées, il a senti qu’il
s’affaiblissait, —et en a acquis la preuve ! —par le besoin, réitéré
plusieurs fois chaque jour, d’absorber « quelques gouttes de bon
rhum, de cognac vieux ; d ’avoir une nourriture tonique ; de boire
sans eau, à chaque repas, une grande verrée d’un vin généreux,

�C.BLANCHARD.

CLINIQUE HYDROTHÉRAPIQUE.

nette, de nombreux craquements humides dans toute l’étendue
de la fosse sus-épineuse, ainsi que sous la clavicule, jusqu'il la
troisième côte, du côté gauche ; matité très-manifeste, retentisse­
ment exagéré de la voix, expansion vésiculaire très-aflaiblie, dans
les points correspondants....
En faut-il davantage pour porter, comme diagnostic : phthisie
pulmonaire, confirmée, au deuxième degré! circonscrite au quart supé­
rieur du poumon gauche? Mon Dieu ! non, certainement.

Lorsqu'il s’est présenté chez moi , dans les premiers jours de
mai 1870, il toussait depuis plusieurs mois; fréquemment, à des
intervalles irréguliers, soit le jour, soit la nuit, les quintes de
toux étaient, depuis six semaines, suivies de crachats fortement
teintés de sang, et même tout à fait sanguinolents.
État actuel, 15 mai : Pâleur générale très prononcée; décolora­
tion des muqueuses; anémie profonde, caractérisée par un bruit
de soufle intense au premier temps, s’irradiant ju sq u ’aux caro­
tides; sentiment permanent de constriction, en divers points du
thorax ; essoufflement considérable dès la moindre fatigue.
Respiration rude aux deux sommets.
Fonctions digestives en bon état ; sommeil irrégulier, troublé
par les justes et poignantes préoccupations du jeune C..., au
sujet de la prédisposition héréditaire qui menace d ’éclater en lui!
Apyrexie complète ;
Pouls à 70-73; dépressible.

16

Il n’y avait pas de temps à perdre ; occasio prœceps!
Le traitement hydrothérapique a été entrepris dès le lendemain
d’une façon exelusive..., le malade ne voulant plus sc soumettre,
à mon grand regret, à aucune prescription pharmaceutique.
Diète rigoureuse, prescrite de concert avec le médecin traitant.
Voici les indications qui m’ont paru devoir me diriger :
1° Soustraire le patient à Yasthénic générale, sous l’étreinte de
laquelle succombe son organisme, originairement bien doté :
douches toniques, reconstitutives ;
2° S’opposer au retour des exacerbations périodiques de la
fièvre de consomption : douches anti-périodiques, fébrifuges;
3° Détourner les fluxions morbides, dirigées vers l’appareil
respiratoire, et obtenir la résorption des dépôts pneumophymiques, cause provocatrice des premières : douches révulsives,
résolutives.
Au bout de cinq mois et demi — à la fin de septembre — , la
régénération de la santé de M. X... était complète ; elle ne s’est
pas démentie jusqu’à ce jour, 15 janvier, 1871.

Deuxième Observation.— Le jeune homme dont il s’agit a 19 ans;
il est grand — 1 m. 75 —, élancé, d’un tempérament lymphatique
très prononcé; frappé de rachitisme jusqu’à quatre ans, il est,
néanmoins, aujourd’hui, d'une forte complexion; il a eu, sans
encombres, quelques indispositions plutôt que les maladies de
l’enfance ; une seule chose pèse sur lui d’un très grand poids :
l’hérédité!.. Il a perdu sa mère et sa grand’mère maternelle delà
phthisie pulmonaire : la première, à 36 ans, la seconde, à 33 ans ,
après avoir allaité sa fille. Le jeune C... n ’a pas été allaité par sa
mère.

47

Indications. — Elles m’ont paru devoir se résumer en une seule,
basée sur la nature essentiellement asthénique de la maladie
constitutionnelle, non encore éclose, mais imminente : régénérer
la force vitale—frappée directement par la redoutable diathèse—,
et prévenir ainsi les localisations meurtrières sur les viscères
principaux.
C’est ce qui a été obtenu, d’une manière éclatante après une
cure de trois mois, par les douches toniques et révulsives, ayant
pour auxiliaires une diète rigoureuse et l’emploi méthodique de
l'huile de foie de morue, de l’iodure de fer, des préparations
arsenicales, tous médicaments mis à contribution, d’une ma­
nière prophylactique, depuis plusieurs années, par moi, d’abord,
et, ensuite, par l'honorable médecin qui m’a remplacé auprès de
l'infortunée famille du jeune C...
La classe de I87I appelle C... sous les drapeaux. Sa santé est
parfaite: il ne sera pas réformé bien certainement! C’est son
vœu, d’ailleurs, et la meilleure preuve, pour lui, que sa guérison
est complète.

CONCLUSIONS.
U L’hydrothérapie, scientifiquement appliquée, me parait
devoir être d'un très-grand secours, soit à titre curatif, soit à
titre prophylactique, contre la tuberculose en général et la
phthisie pulmonaire en particulier ;

�48

ISNARD.

2° Il faut, dans celte dernière occurence, que la lésion locale,
nettement appréciable, par l ’auscultation, la percussion, etc.
— pour n’ètre pas contestable! — ne dépasse pas le tiers de
l'wi des poumons ; tel est l’avis des maîtres ;
3° Il faut, surtout, que le patient ne soit pas encore parvenu,
même avec une localisation très-bornée, au dernier terme de
la résistance vitale.... après avoir trop longtemps attendu d'être
plus fort ! Car, sauf la réserve que je viens de faire, d’un ma­
lade in extremis, on n’est jamais trop faible, pour se soumettre,
sans danger aux méthodes rationnelles, et si prudemment
graduées, de l’hydrothérapie scientifique, constituée, aujour­
d'hui, parM. le professeur L. Fleury, comme le plus puissant
auxiliaire à opposer, avec succès, à la plupart des maladies
chroniques.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.11’
(Suite et fin.)

Les chirurgiens allemands, et les ambulances de Ver­
sailles. — (Lancet, novemljre I870J.— Nous avons reçu une
longue communication de notre correspondant de l’armée
Allemande, et les lignes suivantes sont un résumé des plus
intéressants détails qu’elle contient.
Notre correspondant a été frappé de l’absence relative de
toute bonne organisation sanitaire. Il estime que sur tous les
points, le service médical de notre armée est bien supérieur
à tous les autres, pour le degré de soins et d’attention qu’on
apporte aux malades et aux blessés. Sur l ’ensemble, il place la
chirurgie des Allemands bien au dessous de celle des Fran(1) Voir n° 1, page 23.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

49

çais, quoiqu’il ait eu peu d’occasions d’observer ces derniers.
Les opérations primitives, ont donné des résultats infiniment
plus satisfaisants que les opérations secondaires, et les résec­
tions des jointures ont donné des résultats tellement désas­
treux qu’on a du les déconseiller autant que possible.
Les troupes allemandes, sont robustes et bien aguerries ;
elles se soucient très-peu d’elles-mêmes, et ne se donnent
souvent pas la peine de déplier leurs manteaux, pour se pré­
server de la pluie. Elles ont à peine souffert du sommeil en
plein air, et sont, du reste, maintenant parfaitement logées.
Les bâtiments de Versailles, tout en étant d’une architecture
imposante, sont mal disposés pour le traitement des malades,
et l’infection purulente, y est très-commune. Le correspon­
dant du Times est obligé d’avouer que les hôpitaux Allemands
laissent beaucoup à désirer, les Bavarois manquent de beau­
coup de choses indispensables.
D’après ce que nous avons ouï dire, l’ambulance hollandaise
est parfaitement bien organisée. Les salles dirigées par le Dr
Van der Velde, dans le palais de Versailles, sont excessivement
propres, et les Hollandais, sont (dit-on), de très-bons chirur­
giens. On a en tort de dire que les chirurgiens Prussiens et
Français, avaient des préjugés contre le chloroforme, car, d’a­
près tous nos correspondants, cet agent à toujours été employé
dans les opérations et les amputations, toutes les fois que cela
était possible. Quand il est nécessaire d’explorer avec la sonde,
ou autrement la blessure d’un malade, ou de remettre un ap­
pareil, l’usage de chloroforme serait le plus souvent inutile,
et son emploi dans de telles circonstances prendrait tout le
temps des chirurgiens, qu’il détournerait de leurs autres occu­
pations.
Nous pouvons affirmer, d’après nos renseignements person­
nels, que le service médical des Français et des Allemands
n’est pas si bien organisé que celui des Américains ou des
Anglais. Les Américains surtout, peuple pratique et énergi­
que, fertile en idées neuves, ont développé leurs ressources
au suprême degré. Leur organisation militaire n’a jamais
produit de stratégiste comme Moltke, mais, dans tout ce qui

�50

ISNARD.

regarde les mesures sanitaires, la construction et l’organisa­
tion d’un hôpital, la munificence et l’attention à apporter aux
blessés, les Américains sont bien au dessus des peuples du
continent européen.
On peut constater une grande variété dans les genres de
traitements chirurgicaux employés, et il est difficile de bien
apprécier leur valeur comparative, de savoir, par exemple, si
l’emplâtre de Paris donne de meilleurs résultats qu’autre
chose ; on peut en dire autant de l’acide carbolique. Les chi­
rurgiens allemands font un grand usage d’une espèce de serin­
gue que Bostock a dessinée dans son rapport sur la guerre
d’Autriche. Ils ont l’habitude de laver largement les plaies en
y injectant du liquide Gondy, de l’acide carbolique, ou d’au­
tres désinfectants. Les chirurgiens de*l’armée anglaise, les
docteurs Inn et Bocker, ont rendu de grand services à l’occa­
sion de la sortie du Mont-Valérien, en pansant des blessés et
en faisant des opérations.
Notre correspondant n’a pas une haute opinion de la valeur
des chirurgiens allemands, et tout le monde est d’accord sur
ce point. En voyant la position élevée qu’occupent dans le
monde scientifique les membres du corps médical allemand,
on aurait pu croire qu’ils auraient tiré plus de profit des faits
que la chirurgie de la guerre permet d’observer. Il 11’en est
rien cependant, notre correspondant a été incapable de nous
donner des renseignements sur l’utilité que pourrait avoir les
chemin de fer, au point de vue du moment le plus opportun
pour les opérations, et nous ignorons encore si l’opération
peut être retardée avec avantages jusqu’à ce que le malade soit
transporté en chemin de fer loin du champ de bataille.
Comme nous l’avons déjà dit, tout, dans cette guerre, a été
subordonné au succès militaire. Les blessés, les approvision­
nements destinés aux hôpitaux, etc., ne sont que des embarras
pour un général qui n’a qu’un but en vue, ou qui doit faire
exécuter tel mouvement en un tel temps. Il y avait un grand
nombre de blessés des deux armées, à la prise d’Orléans, et les
bâtiments, les maisons, portaient des traces visibles de la
grande lutte qui avait eu lieu. Grâce à la sympathie toute

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

naturelle des habitants, les blessés Français étaient beaucoup
mieux soignés et mieux logés que les blessés Allemands. Le
D. Nausbaum, de Munich, connu comme excellent chirurgien,
déploya un zèle et une capacité remarquables. Msr Dupanloup,
évêque d’Orléans, fit tous ses efforts pour que les secours les
plus empressés fussent rendus aux blessés. Il mit son palais à
leur disposition ; les sœurs de charité montrèrent ce dévoue­
ment qui les caractérise toujours lorsqu’il s’agit des malades
ou des blessés. Un fait qui ne manque pas d'intérêt est l’opposition existant entre les usages continentaux et notre système
de pension à accorder aux blessés ; l’Allemand blessé et à l’hô­
pital est tout à fait abattu, disant qu'il eût préféré la mort à
une existence malheureuse, privé du moyen de gagner sa vie,
et doté de secours tout à fait insignifiants. Lé Français ne se
laisse pas abattre ainsi et reprend vite sa gaité, malgré ses
blessures et son séjour à l’hôpital.
Résultat des grandes opérations avant l ’emploi des
agents anesthésiques et depuis leur emploi. — Poursuivant
ses recherches sur les bénéfices qui résultent de l’emploi des
anesthésiques,, le docteur Ed. Simonin a établi la com­
paraison des résultats des grandes opérations faites par lui
avant l ’emploi des agents anesthésiques et des grandes opéra­
tions pratiquées durant leur action.
Comme le dit Fauteur, l ’usage des agents anesthésiques
remonte aune époque déjà assez éloignée pour que le plus
grand nombre des opérateurs actuels ne puissent, dans leur
propre pratique, établir ces comparaisons.
Sur ce poiut, M. Simonin a l ’avantage de pouvoir offrir les
deux séries à comparer dans les résultats d’une pratique de
trente-quatre ans à l ’hôpital des Cliniques de l’école de Nancy.
L’auteur ne tient compte que des grandes opérations. La
première série (de 1835 à 1847) comprend cent sept opérations
faites sans anesthésie. La seconde (de 1847 à à 1869), com­
prend deux cent vingt-neuf opérations faites avec l ’anes­
thésie.
Nous ne citerons que les faits les plus importants.

�ISNA.RD.

Dans les arapulatious de cuisse, la première série (sans
anesthésie) a donné 4 morts sur 7 opérés, suit 57 pour 100 de
mortalité ; la seconde série (avec anesthésie) donne 8 morts
pour 25 opérés, c’est-à-dire 35 pour 100 de mortalité.
Dans les amputations de jambes, la première série donne
45 pour 100 de mortalité, la seconde 21 pour 100.
Les amputations de bras ont une mortalité de 25 pour 100
dans la première série, et 21 pour 100 dans la seconde.
Pour les hernies étranglées, les résultats sont plus frappants
encore : ainsi, avant l’emploi des anesthésiques, la mortalité
est de 36 pour 100 ; elle descend à 10 pour 100 depuis l’em­
ploi de l’anesthésie.
Les ablations de tumeurs, les amputations des doigts, des
orteils, ne présentent pas de différences bien sensibles dans
les résultats.
On objectera peut-être à ces statistiques leur étendue assez
restreinte; on pourra invoquer les progrès dans les soins
donnés aux opérés ; mais il faut reconnaître que les résultats
pur eux-mêmes sont très significatifs, et d’ailleurs, ils sont
eonlirmés parce que nous ont appris les statistiques mili­
taires. La quantité des résultats semble ici compensée par
l’unité du théâtre de l'observation, et l’un des moyens de
multiplier les observations composant la statistique serait de
suivre l’exemple donné par M. Simonin. [Compte rendu des
travaux de la Société de médecine de Nunaj).
Pansement des plaies : chlorure hydraté d’aluminium ;
chlorure de zinc. — La question du traitement des plaies,
est plus que jamais à l’ordre du jour. Voici le résumé de
deux notes traduites des journaux anglais, par M. Marduel,
sur les agents antiseptiques ou désinfectants. Dans l’une
(Médicat Gazette, de New-York), il s’agit du chlorure hydraté
d’aluminium, sur lequel M. Gamgee, de Londres, a récem­
ment appelé l’attention. D’après ce chirurgien, ce serait un
excellent désinfectant, aussi puissant que le chlorure de zinc
et l’acide phénique, ayant en même temps, l'avantage de
n’être pas toxique et de n’avoir aucune odeur. 11 est assez

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

53

étonnant que cette substance, que M. Gamgee espère voir
bientôt remplacer tous les antiseptiques actuellement en
vogue, n’ait, pas été employée plus tôt à cet usage. La raison
en est sans doute qu’elle n’est pas fabriquée en grand dans
les usines ordinaires de produits chimiques. Le chlorure
anhydre d’aluminium, que l’on fabrique en grand pour
servir à la préparation, de l’aluminium métallique, est beau­
coup trop coûteux et de plus il n’est pas facile de généraliser
son mode de préparation, qui consiste à faire passer un cou­
rant de chlore à une température élevée sur un mélange
d’aluminium et de carbone. Il suffit d’ajouter de l’eau au
chlorure anhydre pour le transformer en chlorure hydraté. Le
procédé le plus économique pour sa préparation, consiste à
l’obtenir par voie de double décomposition, en mêlant l’une
à l’autre deux solutions, l’une de sulfate d’alumine, l’autre
de chlorure de sodium, deux sels qui existent en grande
quantité dans le commerce. Quand on mélange les deux solu­
tions, il se précipite du sulfate de chaux, tandis que le
chlorure d’aluminium reste dissous.il suffit d’évaporer à une
faible chaleur la solution aqueuse, puis de laisser refroidir,
pour obtenir des cristaux de chlorure hydraté d’aluminium ;
si l’on chauffait alors pour le déshydrater, on aurait une
décomposition en acide chlorhydrique et en oxychlorure
d'aluminium [Med. Gaz. 24 sept). Si l’on donne tous ces
détails chimiques, c’est qu'il s’agit d’un composé à peine connu
en médecine. M. Gamgee dit avoir eu beaucoup à se louer
jusqu’ici du nouveau désinfectant; mais les faits ne sont pas
encore ni assez nombreux, ni assez concluants pour qu’on
puisse porter sur son compte un jugement même provisoire.
Dans le n° du 15 octobre du British médical journal, M.
Campbell de Morgan, chirurgien du Middlesex-hospital, à
Londres, a fait insérer la note suivante sur le traitement des
plaies d’armes à feu par te chlorure de zinc. Après avoir fait
observer que la guerre actuelle fournit une occasion pour
témoigner des mérites des divers désinfectants, et qu’il est
impossible, dans les pansements qui suivent les batailles,
d’employer l'acide phénique avec le soin et les détails minu-

�1SNARD.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

lieux nécessaires à son succès, il demande que l’on essaie le
chlorure de zinc, que, pour son compte, il emploie encore
de préférence à tout autre désinfectant. Pour les plaies récen­
tes, il fait usage d’une solution de trente à quarante grains,
pour une once d’eau distillée ; au moyen d’une éponge, il en
arrose largement la plaie, surtout dans ses angles et ses
anfractuosités, dans les cavités osseuses comme ailleurs,
jusqu’à ce que toute la surface ait un aspect crémeux. Cela
amène une exsudation sanguine passagère, on lie les vais­
seaux importants, on réunit comme d’habitude, puis on
recouvre d’une compresse trempée dans une solution de
cinq grains de chlorure de zinc pour une once d’eau, et que
l’on doit tenir constamment humide. Si la plaie est contuse,
on doit agir de même, sauf la réunion qu’il ne faut pas faire.
La plaie réunie se remplit en douze ou vingt quatre heures
de sérosité sanguinolente ; on l’évacue en relâchant un point
de suture, puis ont réunit et on panse comme précédemment.
En agissant ainsi, M. de Morgan a obtenu la cicatrisation ra­
pide, et sans suppuration de plaies contuse et déchirées, la
réunion parfaite par première intention dans de grandes opé­
rations comme l’amputation de la cuisse ; et fort souvent la
réunion avec une très-faible suppuration. Il pense que sans
faire disparaître absolument la pyohémie, ce mode de traite­
ment la rend beaucoup plus rare, en s’opposant efficacement
â la putréfaction des liquides produits à la surface des plaies.

De l’huile de pétrole comme topique. — D’après Fayrer, le
pétrole de l'Inde pur ou mélangé avec parties égales de gly­
cérine désinfecte les plaies, diminue la suppuration et est un
antiseptique ; il aune action irritante médiocre ou nulle, et
l’on peut l’appliquer sur des plaies en voie de granulation
sans qu’il provoque de douleurs. (Gaz, hebdom. de m éd.elde
chir. 1870).

54

Etoupe goudronnée pour les pansements. — M. Pallock,
chirurgien de l’hôpital Saint-Georges, à Londres, se sert lie
l’étoupe cardée, confectionnée avec de la corde goudronnée,
coupée en morceaux, pour appliquer en gâteaux simplement
humectés dans de l’eau tiède, et recouverts, quand on veut
prévenir la dessication, par un morceau de taffetas ciré. On
peut ainsi* ou bien avec quelque autre disposition réclamée
par la nature des plaies, contusions, brûlures, etc., remplacer
avantageusement la charpie et les cataplasmes-par une pré­
paration peu coûteuse, facile à installer, antiseptique, non pu­
trescible. — C’est un moyen susceptible de rendre des services
dans la guerre actuelle. (Lancet).

55

Pansement des plaies par les feuilles de plomb. — M.
Burggraeve, de Gand, propose de panser les plaies avec des
feuilles de plomb extrêmement minces que l’on applique
comme du taffetas d’Angleterre et que l ’on maintient avec des
bandelettes agglutinatives. Les avantages de ce mode de pan­
sement sont les suivants : 1° le plomb est doux et frais au con­
tact de la plaie ; 2° il dispense d’employer la charpie, qui est
une cause permanente d’écliauffement et d’infection ; 3° la
couche de sulfure qui se forme empêche la putréfaction et le
développement des organismes qui l ’accompagnent; 4° la plaie,
une fois pansée, peut être lavée et rafraîchie au moyen de
l’eau froide sans qu’on ait à déranger le pansement.
Collodion mercuriel contre la variole. —Employé surtout
comme abortif par M. Delioux, de Savignac, le collodion du
Codex additionné, par trente grammes, de quinze décigrammesde térébenthine de Venise et de trente centigrammes de
deutocliloruredemercure, procure un enduit non irritant, réso
lu ti f etpermettant de prévenir l’évolution des pustules, ou toutan moins d’en amoindrir le développement. Quant aux pus­
tules arrivées à la période de suppuration, un badigeonnage
avec la teinture d’iode, excepté à la face où l’application pour­
rait être trop douloureuse, a l ’avantage de neutraliser le pus
et d’activer la dissication des pustules. (Bulletin gén. de thérj.
Médication contre la suette et la variole. — M. le docteur
Gresser (de Poitiers), formule en ces termes un traitement
qu’il a employé, dit-il. avec succès, contre la suette miliaire
et contre la variole :

�56

ISNARD.

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

Dès que le médecin voit que, malgré l’éruption en partie
faite et malgré les sueurs abondantes qui couvrent la peau?
celle-ci est chaude, le ventre tendu, sensible au toucher, sur­
tout à l'èpigastre, rendant un son clair à la percussion, la lan­
gue chargée, pointue, rouge dans son partour, le pouls à9G ou
120, lorsqu’il y a de la céphalalgie, de l’insomnie, du délire,
une soif intense, il faut :
1° Purger le matin ; dans la soirée, faire prendre quinze
décigrames de sulfate de quinine, par paquets de cinquante
centigrames, toutes les deux heures ;
25 Prescrire tous les jours cinq à sept verres et plus, addi­
tionnés chacun de vingt-cinq à trente gouttes de la solution
suivante :

naturelles d’élimination, c’est-à-dire qu’elle traverserait les
glandes sébacées,modifierait leur secrétion et surtout rendrait
plus fluide leur produit généralement trop solide dans l ’acné
et par suite mal éliminé.
L’expérience confirma la théorie. A partir du jour où le
médicament fut pris, les pustules diminuèrent de volume et
de nombre, et bientôt l’acné ne fut presque plus apparente,
cependant la malade avait de l’acné punctata tellement grasse
que chaque bouton formait une petite tonne.
Les selles qui, avant le traitement, étaient rares et difficiles,
ont été régularisées par l’emploi de la glycérine ; mais la ma­
lade n’a pas eu de diarrhée et l’on ne peut pas dire que le
médicament ait agi à la manière d’un purgatif.
En présence d’un résultat aussi satisfaisant, M. Gubler se
demande s’il n’y aurait pas lieu de généraliser davantage
l’usage interne delà glycérine, de l’employer, par exemple,
dans le cas d’accumulation de cérumen dans le conduit audi­
tif externe. Le cérumen fluidifié par la glycérine aussi bien
que la matière sébacée, s’éliminerait et les accidents de réten­
tion ne pourraient se produire. ( Soc. de thérapeut. et Gaz.
méd. de Paris, iv 23. 1870 J

Perchlorure de fer ..................
Eau d istillé e ..............................

5 grammes
15 grammes

Avec ce traitement, M. dresser dit n’avoir perdu aucun ma­
lade sur 180 cas qu'il a eu à traiter. (Académie de médecine,
Juin 1870.,!
De l’emploi de la glycérine à l’intérieur dans le traite­
ment de l ’acné sébacéa.— Il parait bien établi que les voies
d’élimination des médicaments sont fixées d’avance ; ce sont
les reins pour les sels neutres , la muqueuse bronchique
et les glandes sudoripares pour les substances volatiles, les
voies biliaires pour les métaux. L’induction portait à croire
que les glandes sébacées servent de voie d’élimination aux
substances grasses; M. Gubler a cherché à vérifier cette hypo­
thèse par l'expérimentation clinique, et le fait suivant a paru
la confirmer.
Une jeune fille du monde était atteinte d’acné punctata,
rebelle aux traitements les plus variés ; le borax , la glycérine
appliquée topiquemeut, les moyens préconisés par divers em­
piriques étaient restés impuissants; c’est alors que l’auteur
prescrivit la glycérine à l’intérieur, à la dose de deux cuille­
rées à soupe par jour ; il y avait lieu d’espérer que cette subs­
tance, si voisine des corps gras, suivrait comme eux les voies

57

*
Ligature du prépuce contre l ’incontinence d’urine. —
M. Espagne emploie ce moyen contre l’incontinence d’urine
dite essentielle ou idiopathique, appelée aussi énurésie. Le soir,
en se couchant, le malade attire le prépuce au devant du
gland et le lie par un nœud à baguette simple au moyen du
ruban de fil dit chevillière. La constriction modérée, opérée
par un lien, ayant une surface assez large relativement à l’or­
gane qu’il embrasse, ne peut opérer ainsi ni douleur, ni
étranglement, ni commencement de section.
Ce mode de diligation préputiale est bien suffisant. Cepen­
dant l’auteur a fait confectionner un petit serre-nœud en
cuirs, doublé de peau de chamois et ayaut de 10 à 18 centi­
mètres de longueur quand il est déplié, sur Gà 8 millimètres
de largeur. Ce serre-nœud est d’une application plus prompte
et plus facile.

�ISNARD..

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE.

Il semblerait que les urines dussent, avant le réveil du ma­
lade, commencer à traverser l’urèthre et à distendre la cavité
préputiale formée par la ligature. Ce fait est rare ; le réveil a
lieu avant que la miction n’ait commencé; ainsi la vessie se
réconforté et l’appareil devient bientôt inutile. Habituelle­
ment, quand l’énurésie n’est, pas tres-intense, l'appareil peut
ne pas être remis avant la miction du milieu de la nuit, et â
mesure que l’amélioration s’accentue, il peut arriver que le
malade, pris de sommeil et oubliant d’uriner après avoir en­
levé le serre-nœud, conserve ses urines toute la nuit et soit
tout surpris au réveil du matin de n’avoir pas vidé sa vessie
depuis sept ou huit heures.
La ligature du prépuce mérite donc d’être essayée contre
l’énurésie; elle paraît agir à la manière de l’occlusion de l ’ori­
fice prépucial par le collodion recommandée par Corrigan,
mais elle est plus simple. Elle agit aussi dans le môme sens
que la ligature de la verge employée spontanément par les
malades, mais elle est aussi moins dangereuse. Elle est aussi
infiniment préférable à tous les moyens que l’on a proposés
dans le but de comprimer le périnée ou la partie intrà-pulvienne de l’urèthre; elle n’exige qu’un ruban de fil et un
certain degré de longueur du prépuce (Montpellier-Médical,
juillet 1870).

On mélange intimement, au moment où on veut s’en servir.
Les insufflations sont pratiquées deux à cinq fois etmôme plus
dans les vingt-quatre heures, et chaque fois, aussitôt après,
on donne à l’extérieur les deux prises mélangées (Gazette des
Hôpitaux).

58

Traitement de l’auginediphthérique épidémique.— M.Mer­
cier, de Neuchâtel (Suisse), enlève, avec un morceau d’éponge
sèche fixée à une tige, la fausse membrane et pratique im­
médiatement une insufflation avec la même poudre qu’il pres­
crit intérieurement :
Soufre.....................................................25 centigrammes.
Chlorate de p o ta sse .................................. 20
»
Charbon de tilleul préparé . . . .
10
»
Cette poudre, étant très-facilement inflammable et déton­
nante, l'auteur la divise en deux prises, soit :
N. 1. S o u f r e ......................................... 25 centigrammes.
Charbon de tille u l.............................. 5 •
»
N. 2. Chlorate de potasse . . . .
20
»
Charbon de tille u l.............................. 5
»

50

Calomel dans les ophthalmies. — PourM. Girau -Teulon ,
un des agents les plus efficaces dans ces affections est le calo­
mel pur, préparé h la vapeur, en poudre absolument impal­
pable. Ce médecin projette le calomel, une fois par jour, dans
l’œil malade, à la dose d’une pincée, au moyen d’un pinceau
qu’un coup sec du doigt met en vibration. Ainsi employée,
cette substance n’irrite pas ; elle gêne quelques minutes et
c’est tout*, pas de larmes, pas-de spasme palpébral; la pre­
mière frayeur passée, pas de cris chez les enfants. L’auteur
a obtenu les meilleurs effets,et cela d’une manière constante,
dans diverses affections oculaires, notamment celles qui sont
sous la dépendance de la diathèse scrofuleuse : la conjoncti­
vite pustuleuse ou phlyctenulaire, les kératites superficielles
primitives ou consécutives , â la conjonctivite pustuleuse ,
l’ophthalmie purulente, le catharre chronique sénile, la kéra­
tite vésiculeuse. la kératite vasculaire superficielle (enexcep­
tant celle qui se lie comme conséquence aux granulations
palpébrales), la kératite ulcéreuse sthénique, la seconde
période des kératites ulcéreuses â l’hypopyon. A part quel­
ques cas tenaces, mais rares, qui ont pu se prolonger une
quinzaine de jours, tous les autres sont ii l’état de simple
traitement hygiénique au bout de la première semaine. Il
faut entendre ici l’action lente du calomel sur les opacités, les
nuages laissés dans la cornée par les exsudais faibles ou
les ulcères.
Dans les cas de photophobie, le docteur Giraud - Teulon
ajoute l’application d’une couche de teinture d'iode pure sur
le front, moyen excellent, grâce auquel, chez les enfants ,
même les plus susceptibles, la photophobie ne dépasse point,
dans les cas les plus rebelles, une semaine de traitement. Les
enfants ouvrent les yeux le plus souvent, le deuxième ou le

�VARIÉTÉS.

BIBLIOGRAPHIE.

troisième jour. Lo calomel finit l’œuvre. Tl ne faut pas négli­
ger, bien entendu, l'huile de foie de morue, le sirop anti­
scorbutique, le vin de quinquina, l'iode, l’arsenic. ( Union
Médicale 1870. )
Dr Ch. I snard (de Marseille.)

sont les sauvages, on sait de quel côté est la barbarie, de quel
côté la violation de toutes les lois de la guerre.
Assurément, depuis lo commencement de cette lutte fatale, les
Allemands ontételoin de respecter toujours les ambulances, neu­
tralisées par la convention de Genève ; mais jamais ju sq u ’au forfaitd’Hauteville, ils n'avaient aussi cruellement traité les hommes
dévoués au pansement des blessés. L’ambulance établie à Hauteville par le personnel médical de la troisième légion des mobilisés
de Saône-et-Loire était signalée au dehors par le double drapeau :
le drapeau national et celui de la Convention de Genève. A l ’inté­
rieur, le médecin-major, ses aides et les infirmiers, sans armes,
revêtus du brassard, prodiguaient leurs soins à des blessés. Cer­
tes les Allemands ne pourront pas dire qu'il y a eu erreur de leur
part; l’aveuglement et la surdité ont été bien volontaires. M. Milliat, interne des hôpitaux de Lyon, est tué sur la porte de la mai­
son; le docteur Morin est assommé à son tour au moment oii il
s’adresse en langue allemande aux soldats prussiens pour arrêter
leur épouvantable furie. Et, nouveau détail, les membres d el’ambulance avaient recueilli et pansaient en ce moment des blessés
prussiens.
Il est nécessaire, et cela se fera sans doute, que le comité
lyonnais de la Société de secours aux blessés procède à une en­
quête sur cet horrible forfait, proteste contre ce crime, et que
cette protestation soit notifiée à l’Europe entière. Il faut qu’on sa­
che une bonne fois comment nos ennemis comprennent le respect
de la Convention de Genève, qu’ils ont signée; il faut qu’on sache
que rien ne met à l’abri de la sauvagerie des soldats enivrés par
la bataille, pas plus le brassard que les fonctions, et que nos
confrères s’exposent en prodiguant leurs soins aux blessés même
prussiens à se voir frappés par des crosses et des balles prus­
siennes; il faut qu’on sache qu’avec la vie des médecins et de
leurs coopérateurs, ils sont encore tout prêts à prendre les mon­
tres, les bijoux et les instruments chirurgicaux des neutralisés
qu’ils assomment; il faut qu’on sache quelesinsignes de la Conven­
tion de Genève n’empêchent ni d’être assassiné ni d ’être dépouillé.
Encore une fois il faut qu'une enquête soit faite et qu’une protes­
tation soit lancée par la Société internationale de secours aux
blessés; c’est pour elle une obligation et un devoir sacres.
Dans la séance du 2ô janvier, la Société des sciences médica­
les, dont le docteur Morin faisait partie, a dit quelle part de tris­
tesse et de regrets elle prend à ce fatal événement. Le Lyon Médi­
cal doit à celui qui fut son collaborateur de proclamer combien
il partage celte tristesse et ces regrets. Le corps médical lyonnais
tout entier s'associe à ce deuil ; il partage la douleur causée par
la mort de Morin, qui venait d’entrer dans ses rangs, et deMilliat
arrivé depuis peu à l'internat des hôpitaux. Encore une fois, nous
protestons et nous pleurons.

60

VARIÉTÉS.
On lit dans Lyon Médical :
Tous les journaux politiques de notre ville ont déjà fait con­
naître la triste mort, ou plutôt l'horrible assassinat de notre con­
frère et collaborateur le docteur A. Morin. Il est inutile de dire
que le Lyon Médical proteste de toutes ses forces contre cette
odieuse violation de la Convention de Genève, et qu’il associe ses
douloureux regrets à ceux de la famille et des amis de cette in­
nocente victime des sauvages brutalités de la guerre actuelle. Fils
d’un médecin distingué de Charolles, Morin avait fait à Lyon ses
études médicales, avait passé par l’internat des hôpitaux et ter­
miné cette première phase de la carrière par une thèse inaugu­
rale sur les perforations intestinales dans la fièvre typhoïde (I), cou­
ronnée par la Faculté de Paris. De retour a Lyon, il entrait à la
Société des sciences médicales, puis devenait chef de clinique
obstétricale à l’école de médecine. Intelligent et travailleur, il
avait, comme tant d’autres de notre génération, tourné ses yeux
et son esprit vers l’Allemagne savante et médicale; après un pre­
mier séjour de plusieurs mois à Strasbourg, il avait fait en Alle­
magne un voyage dont il avait retiré le plus grand profit, spécia­
lement au point de vue obstétrical Possédant la langue allemande,
il avait, de concert avec un confrère d’origine germanique, entre­
pris et presque terminé la traduction d’un important ouvrage de
gynécologie. Et ce malheureux jeune homme, parlant la langue
allemande, s’occupant à nous faire connaître un ouvrage allemand,
familiarisé avec l’Allemagne et ses productions scientifiques vient,
par une triste fatalité, de tomber sous les coups de soldats alle­
mands qui n ’ont respecté en lui ni le caractère médical, ni la neu­
tralité professionnelle, ni les paroles allemandes sorties de sa
bouche pour arrêter les agresseurs de l’ambulance. Et, nouvelle
et non moins singulière ironie du sort, au moment de la déclara­
tion de la guerre, dans une conversation avec un médecin alle­
mand, Morin s'entendait dire par ce dernier que les Français fai­
saient toujours la guerre en sauvages. On sait aujourd’hui quels
(1) Paris, 1869.

64

La science et-la défense de Paris. — Nous empruntons l’extrait
suivant à un travail de l’abbé Moigno, qui a un intérêt hygié­
nique permanent :
Le pain et les accessoires du pain.— Lorsque nous serons réduits
au pain comme aliment principal, il conviendra de faire entre le

�VARIÉTÉS.

VARIÉTÉS.

déjeuner et le dîner un troisième repas ou goûter pour lequel on
réservera cent grammes de la ration quotidienne de pain, cinq
cents grammes. Un verre de vin naturel ou sucré sera l'accompa­
gnement ordinaire de ce morceau de pain sec. Ceux qui auront
quelques provisions pourront beurrer ce pain avec du miel ou
des confitures; ils pourront aussi ajouter au vin, pour le rendre
plus nourrissant, une très-petite quantité d’extrait de viande.
Le secret de la bonne alimentation du siège consiste a ajouter
au pain le carbone et l'azote qui font quelque peu défaut. Le
carbone peut être fourni par le sucre qu’on ajoutera au vin, ou
qu’on mangera par morceaux. Beaucoup d’estomacs faibles se
trouvent très bien de la consommation en nature d'une petite
provision de sucre dont ils portent toujours sur eux des morceaux.
L’azote et le carbone seront supplées a la fois par l’extrait de
viande, les confitures, l’huile de bon goût ou non sapide. Un
brave homme de ma connaissance se trouve admirablement bien,
depuis le commencement du siège, de l’addition à sa tasse de
café noir du matin, d’une cuillerée d’huile d’œillette ou de navette:
il attend le dîner sans aucune fatigue d’estomac. Cet exemple
.est bon à imiter. Ceux qui, le matin, pourront avaler sans trop
de répugnance une cuillerée à café d’huile de foie de morue ou
même d’huile alimentaire, s’en trouveront très bien; j ’oserais
presque répondre de leur santé.
Les confitures sont devenues très-rares, et je m ’étonne gran­
dement qu’on n ’ait pas encore songé à transformer en résiné de
ménage, par lacuison avec addition de vin et de sucre, le raisin
de Corinthe, ou raisin sans pépin qu’on trouve en grande quan­
tité, par tonneaux, chez les grands épiciers. J ’ai fait faire chez
moi cette petite opération, et elle a très bien réussi, Le raisin
est de très bon goût et très appétissant; il ne laisserait rien à
désirer, si la pellicule du grain ayant subi un commencement de
dissolution, la masse avait plus de liant.

vin de quinquina ou de petits morceaux d ’écorce de quinquina
mâchés dans la journée seraient de précieux auxiliaires, dont
les riches seuls malheureusement pourront faire usage. Voilà
tout ce que je puis dire du goûter de siège.

62

Toniques. — Prévoyant le cas où notre ration de pain de 500
grammes venant à diminuer, l’alimentation pourrait devenir quel­
que peu insuffisante, j ’avais songé a mettre en jeu les substances
toniques, et surtout le coca ou herbe du Pérou, Erythromjllum
peruvianum.
J ’ai vu, par une communication à l’Académie des Sciences, que
M. le docteur Cazeaux a eu la même pensée. Il est certain que
mâchées , les feuilles de cet arbuste providentiel sont tresfortifiantes, et défendent du sentiment de la faim. Il en existe
une certaine quantité chez les droguistes de Paris. Le meilleur
ne serait-il pas de faire avec ces feuilles des infusions ou même,
par la distillation, une liqueur ou un élixir que l'on prendrait le
matin par petits verres? M. Cliopart, pharmacien, rue Montmar­
tre, n- 20, m’a paru disposé à tenter ces essais; il rendrait un
vrai service, s’il en est temps encore, à la population de Paris.
En l’absence du coca, une infusion de tilleul, de camomille, de
centaurée, de m enthe, de mélisse, une goutte d’essence de
menthe anglaise on d’eau de mélisse des Carmes, dans un petit
verre d’eau, sont des adjuvants qu’il ne faudra pas négliger ; ils
contribueront efficacement à entretenir la santé. Un verre de

63

Dîner de siège. — Je tiens à ce que le dîner de siège conserve sa
forme habituelle ; et j ’ai la presque certitude que pendant trois
mois encore chaque ménage un peu aisé aura sa soupe ou son
potage, son plat de viande ou l’équivalent d’un plat de viande,
son plat de légumes, enfin un dessert ou l’équivalent d'un
dessert.
M. Riche, professeur agrégé à l’école de pharmacie, qui a fait
sur la manière de se nourrir pendant le siège, une conférence
très-intéressante, dont j 'ai profité, partage trop avec le Parisien
l’engouement du pot-au-feu classique. Sans aucun doute, le
bouillon de viande et le pain réunis ont l’avantage de constituer
une nourriture très-sympathique à notre organisme, capable, à
elle seule, de développer le corps et d ’entretenir la santé. Mais le
pot-au-feu, pour être économique, doit être préparé en grand,
comme il l ’était autrefois dans les bâtiments de la Compagnie
Hollandaise, comme il le serait au sein des tonneaux transpor­
teurs de M. Herman.
Pour les petits ménages, au prix de la viande, même avant le
siège, c’est réellement un aliment de luxe, qu’il faut réserver aux
grands jours de fêtes de famille. Pour se l’accorder dans les
circonstances que nous avons traversées, il aurait fallu consom­
mer en un jour la ration attribuée pour six jours à la famille tout
entière. S’il arrive que les boucheries municipales distribuent
encore de la viande, fraîche ou salée, de bœuf, de cheval ou de
mouton, vous la mangerez, si vous m'en croyez, cuite sur le gril ou
dans la poêle sous forme de beefsteack,par rations de 33 grammes,
non pas en glouton, et d’un seul coup de dent, mais par petits
morceaux bien mâchés, accompagnés de bonnes bouchées de
pain.
Soupe de viande ou équivalent. — Si un bouillon de viande
est jugé nécessaire à la santé, voici comment on pourra le
préparer économiquement : On fera infuser 150 grammes de
viande, hachée menu, dans 40 grammes d’eau froide ‘. on ajoutera
quelques gouttes, quatre ou cinq, d’acide chlorhydrique, et un
peu de sel, de 55 à 117 milligrammes; on passera au tamis, on
lavera avec 140 grammes d’eau, on pressera et on ajoutera cette
seconde eau à la première.
Le mélange liquide ainsi obtenu fournit un demi-litre environ
d’extrait de viande ( albumine, créatine, créatinine, etc. ). On
pourra le boire froid ou chaulïé, mais au bain marie, pour ne pas
coaguler l’albumine, mieux vaudrait cent fois le conserver pour
l'ajouter par petites cuillerées soit au bouillon de gélatine, vrai
bouillon de siège que nous apprendrons a faire tout, à l'heure,
soit au café, soit au chocolat du déjeuner, soit au vin du goûter.
Ainsi annualisées, ces boissons deviennent incomparablement
plus nutritives.

�Ci

VARIÉTÉS.

On peut encore faire du jus ou extrait de viande en faisant
macérer les 150 grammes de viande hachée finement dans un
poids égal d’eau et faisant bouillir doucement, et ajoutant
assez d’eau pour faire un demi-litre.
Election. — Le gouvernement de Bordeaux, estimant qu’il entrait
dans les nécessités de la défense nationale de réorganiser l'assis­
tance publique, avait lancé un décret que nous avons inséré dans
notre numéro de janvier et en vertu duquel M. le prefet des
Bouches-du-Rhône vient de convoquer le corps médical.
L’objet de cette réunion devait être la formation d’une lfcte de
six candidats sur lesquels M. le préfet devait choisir deux
membres du conseil d’administration. L’élection, annoncée pour
le vendredi 18 février, a été renvoyée au dimanche 20, sans
doute pour que les votants fussent plus nombreux Vingt-neuf
médecins ont répondu à cet appel. Les deux candidats qui ont
obtenu le plus de suffrages sont M. le docteur Richaud et M. le
docteur Perrin, en faveur desquels les votes ont été à peu près
unanimes.
— Nous sommes heureux d’aunoncer à nos lecteurs que, tant au
point de vue financier qu’au point de vue de la rédaction,
l’avenir de notre journal est assuré aujourd’hui plus que jam ais:
La crise qui nous avait forcés de nous restreindre est m aintenant
dissipée et nos numéros pourront bientôt reprendre leurs dimen­
sions normales. Nous serons aussi en mesure d’éviter des retards
tels que celui qui s’est produit pour la distribution de notre
numéro de janvier.

A. F abre .

(a n c ie n n e

U n io n

M é d i c a l e d e le. P r o v e n u e )

8 mc Aimée. — N ° 3 . — 20 M ars 1871.

ÜE LIMITATION
Considérée au point de vue des différents principes qui la déterminent.

La question de l imitation, bien qu'intéressant a un égal degré
les médecins et les psychologues, n'a fixé cependant l’attention
que des premiers, au nombre desquels on doit citer les docteurs
Esquirol, Bouchut et Jollv. On conçoit sans peine que les méde­
cins seuls se soient emparés de ce sujet important, car il est
indispensable pour l'aborder avec quelque chance de succès,
d’être initié aux sciences médicales. Si, avec cet avantage, celui
qui se propose de traiter de l’imitation, s ’est livré sérieusement a
l’étude de la science qui a pour objet les facultés psychiques, il
so trouve alors dans les conditions les plus favorables pour
atteindre son but.
Qu’est-ce que l imitation ? U'est l’action d'imiter, c’est faire ou
tâcher de faire ce que d’autres ont fait, parce qu’ils en ont donne
l'exemple. L'imitation est donc un acte, un phénomène, et, comme
tout phénomène , il est déterminé par certaines causes. Les
personnes qui se sont occupées superficiellement de l’imitation
l’attribuent en général à un principe unique, à une faculté
instinctive qui porte à imiter les actés d’autrui, à l'instinct d’imi­
tation , faculté naturelle â l'homme et h certains animaux.
L’existence de cet instinct ne peut pas être mise en doute, car
l’observation l'atteste; mais elle atteste aussi que le fait imitation
est produit par d’autres causes, et que celles-ci sont l'intérêt,
l ’avantage que nous trouvons à faire ce que nous voyons faire,
la contagion morale, ou contagion des divers éléments moraux,
sentiments ou passions ; enfin la contagion nerveuse, contagion
organique. Cette manière de voir n'est point nouvelle pour moi.
b

�66

DESPIN E.

Voici ce que j ’écrivais en 186', dans une énumération des facultés
morales ou instinctives. « L’homme est engagé à imiter son
semblable par un instinct particulier, l'instinct d’imitation, mais
toutes ses propensions à imiter ne proviennent pas de cet élément
instinctif. On est encore naturellement porté a l’im itation par
intérêt. Lorsqu’on voit son semblable faire quelque chose d’utile
ou d’agréable, dont on peut profiter soi-même, on l’imite pour en
retirer le même profit. On est également porté a imiter, soit en
bien, soit en mal, par la circonstance suivante : tout élément
instinctif, sentiment ou passion manifesté par des paroles ou
par des actes, éveille le même élément instinctif chez tous ceux
qui le possèdent à un degré élevé; il éveille, par conséquent, des
désirs semblables, qui peuvent à leur tour amener des actes
semblables. Ce principe d’imitation n ’aura donc aucune infiuence
sur les individus qui ne possèdent pas le sentiment manifesté.
Un acte charitable n'excite à faire un acte de charité que les
personnes douées du sentiment de charité, et jamais celles qui
en sont tout-a-fait dépourvues. Le récit d’un acte criminel ne
pourra engager à commettre un acte semblable, que les personnes
chez lesquelles ce récit excite des sentiments pervers semblables
a ceux qui ont porté l’auteur de cet acte à l’exécuter, mais non
les personnes qui ne l’éprouvent point. Tel est le principe de la
contagion morale ou instinctive, qu'il ne faut pas confondre avec
l'instinct d’imitation (I). » A ces trois principes psychiques
d'imitation, nous devons en ajouter un quatrième qui est orga­
nique, la contagion nerveuse.
Etudions ces quatre causes d’imitation, spécifions leurs effets
en indiquant les actes imités qui dépendent de chacune d'elles;
démontrons enfin que ces différentes causes sont d’une nature
essentiellement différente, et que les effets de l’une d’elles ne
peuvent être attribuées à aucune autre.
U De l’imitation déterminée par l’instinct d'imitation
Il importe de n’attribuer à l’instinct d’imitation que ce qui est
réellement de son ressort. Cet instinct, comme son nom l’indique,
n’engage à imiter que par le seul mobile d’imiter. Si nous sommes
portés k l’imitation par un autre mobile, par charité, par orgueil,
(1) Psychologie naturelle, l. 1. p. S6.

DE L’IMITATION.

67

par convoitise, par fanatisme, etc., ces éléments instinctifs ayant
été éveillés et excités en nous par des actes qu’ont inspiré des
éléments instinctifs semblables, ce n ’est plus alors par l’instinct
d’imitation que nous sommes portés k imiter, mais par charité,
par orgueil, par convoitise, etc.; on ne saurait le contester. Les
actes accomplis dans cette circonstance sont dus alors k une autre
cause, k la contagion morale, k la contagion des sentiments et
des passions.
Le rôle de l’instinct d’imitation , rôle que nous venons
d’indiquer, est bien plus limité qu’on ne le croit généralement,
et de plus, son mobile d’action, le désir de contrefaire, d’im iter
l’acte dont on est témoin, ne s ’élève jam ais k une grande puissance,
et ne peut guère porter k reproduire que des actes insignifiants
nu point de vue moral, ou des actes automatiques. C’est surtout
dans le jeune âge que nous observons ses effets. Les enfants,
sous l’infiuence de cet instinct, imitent les mouvements qu’ils
voient faire, la démarche, la tenue, l'accent de la voix, la pronon­
ciation, les gestes et mille autres choses semblables dont les
rendent témoins leurs parente et les personnes avec lesquelles
ils sont le plus souvent en contact; et ils accomplissent ces actes
sans y penser, sans le vouloir, sans presque le savoir; ou bien ils
font avec intention ce qu’on appelle vulgairement des singeries;
ils accomplissent même quelques actes im portants, poussés par
l’instinct d’imitation , lorsque les sentiments moraux élevés,
sommeillant encore dans leur esprit, ne. peuvent les guider et
combattre les impulsions inconvenantes de l’instinct d’imitation
devant des actes inconvenants. Suivant les actions dont ils sont
souvent témoins, ils prennent une foule d’habitudes bonnes ou
mauvaises. Portés par un besoin naturel, par une activité orga­
nique impérieuse, aux exercices du corps, k se mettre continuel­
lement en mouvement, k jouer, l’instinct d ’imitation fixe souvent
le genre d’exercice auquel ils se livrent. Voient-ils courir, sauter,
lutter, etc., ils font de même. L'un d’eux fait-il des tours de
force, aussitôt ses camarades l imitent. La vue fréquemment
répétée des militaires qui s ’exercent au maniement des armes
fait surgir ces bataillons d’enfants, que nous voyons sur nos
promenades, munis d ’un fusil de bois et d'un simulacre d’équi­
pement. Toutes les années, nous sommes témoins k Marseille
d’un fait qui est dû k l ’instinct d ’imitation. Lorsque le cirque du
champ de foire est démoli, on voit les gamins, qui ont assisté

�DESPIN E.

DE LIMITATION.

aux exercices des clowns, s’essayer sur la place même marquée
par l’arène, à reproduire les tours de force dont ils ont été
témoins. A un âge plus avancé, que d'habitudes ne prennent-ils
pas sous la seule influence de l’instinct qui porte à imiter! En
voyant fumer, ou boire des liqueurs fortes, ils sont engagés à
faire de meme, et ces premiers pas dirigés par cet in stin c t,
par le désir de faire comme les autres , peuvent les conduire à
des besoins impérieux et funestes dont ils ne pourront plus
s’affranchir.

et même chez les idiots. La puissance de cette faculté peut être
considérée comme un grand bienfait chez ces disgraciés de la
nature. Dépourvus d ’initiative et de facultés psychiques capables
de régler convenablement leur manière d’agir, ils trouvent dans
l'instinct d’imitation bien dirigé un principe de bonne conduite
et la source d'un travail utile et fructueux. On a vu des imbéciles
ne pouvant rien imaginer, rien créer par eux-mêmes, être portés
aux travaux d’imitation et devenir habiles à reproduire les
modèles qu’ils ont sous les yeux, à peindre des fleurs, à imiter
des ouvrages de couture et de broderie, à copier l’écriture, la
musique, ou tout autre travail manuel compliqué. Dans cette
circonstance, n’attribuons cependant à l’instinct d’imitation que
ce qui lui revient, c’est-à-dire le penchant à imiter et le désir.
Quant à l’habileté, elle dérive d’un principe différent, d’une
adresse automatique naturelle. Plusieurs de ces individus imitent
avec beaucoup d’exactitude le cri des animaux.

68

La propagation des modes, que l'on serait tenté d’attribuer
exclusivement à l’instinct d’imitation, dépend non seulement de
cette cause, mais encore de l'action d’autres sentiments, tels que
la vanité, l’orgueil, la coquetterie, enfin de tous les instincts les
plus futiles et les plus ridicules du cœur humain, excités par
l’exemple. Cette réunion d’éléments instinctifs devient malheu­
reusement assez puissante pour étouffer la morale , l’esthétique
et le bon-sens, pour prévaloir sur le bien-être cl la santé.
L'instinct d’imitation seul n ’aurait pas le pouvoir de produire des
effets aussi graves, aussi ruineux et aussi généraux, car nul
n’échappe à la tyrannie de la mode. Une cause d’erreur fort
commune est d’attribuer les phénomènes dont on est témoin, à
une cause unique. Si une cause unique suffit pour produire
quelques uns des phénomènes que l’on observe dans les corps
inorganiques, êtres peu compliqués et soumis à un petit nombre
de lois facilement appréciables, il n ’en est plus de meme pour
ce qui regarde les phénomènes manifestés par les êtres organisés,
par ceux qui appartiennent au règne animal, et surtout par
l'homme, l’être le plus complexe de ce règne, et chez lequel
l’élément psychique joue un rôle si important. C’est principale­
ment chez lui qu’il faut chercher, dans des causes diverses, et
surtout dans le concours de plusieurs d’entr elles, l’origine des
phénomènes qu’il présente, ces phénomènes auraient-ils même
une apparence d’identité. La plupart de nos maladies, par
exemple , ne dépendent-elles pas de l’action combinée d’une
multitude de causes individuelles et générales? Eli bien ! ce qui
est vrai pour les phénomènes organiques, l’est également pour
les phénomènes psychiques.
L’instinct d'imitation, faculté qui n'a rien de noble et d’élevé,
est souvent fort développé chez les individus dont les facultés
intellectuelles sont rudimentaires ou milles, chez les imbéciles

69

Lorsque ces malheureux sont autant idiots moralement qu’ils
le sont intellectuellement, l'instinct d ’imitation peut les porter
aux actes les plus graves. C’est ainsi qu’un idiot, ayant vu sai­
gner un porc, prend un couteau et va couper le cou à un homme.
Les enfants, dont les faibles sentiments moraux ne se sont pas
encore développés, soit spontanément, soit par l’éducation, peu­
vent également commettre des acles graves parla seule puissance
de l'instinct d’imitation. Voient-ils comme ttre des actes incon­
venants ? ils s’empressent de les reproduire; sont-ils témoins
d'actes de cruauté? il les répètent sur d’autres enfants moins
forts qu’eux, ou sur desanimaux. Mais, pour que l'instinct d'im i­
tation, faculté naturellement calme qui n ’atteint jamais l’état de
passion et de violence, produise des effets aussi repoussants,
aussi condamnés par les sentiments moraux, il faut de toute né­
cessité, ou que les germes de ces sentiments, naturellement très
faibles, soient encore à l’état latent, ou que ces germes fassent
complètement défaut; car, s’ils étaient capable d'activité, ils
combattraient avec succès, sans aucun doute, les désirs immoraux
provoqués par l’instinct d’imitation.
En général, cet instinct est d’autant plus développé que l'indi­
vidu est. moins avancé en âge et que son intelligence est plus
oblitérée, particularité qu’a signalée avec beaucoup de justesse
M. Jolly. Ce qui contribue alors à donner de l ’importance et du
relief à la faculté d ’imitation chez de tels individus, c’est que

�70

DE8PINE.

DE T,'IMITATION.

cette faculté ne rencontrant dans leur esprit, ni un antagonisme
intellectuel, ni un antagonisme moral suffisants, aucun frein, en
un mot. qui puisse contenir ses impulsions, les désirs d’imiter,
elle dirige ces individus beaucoup plus facilement que ce qu’elle
pourrait le faire cliez les personnes qui possèdent de puissantes
facultés intellectuelles et morales, éléments de la raison et du
libre arbitre, ces personnes fussent-elle douées à un degré élevé de
l'instinct d’imitation.
Cet instinct se trouve assez développé chez certains animaux.
Mais les actes qu’ils accomplissent sous son influence sont toujours
sans importance. Un mouton saute-t-il un ruisseau, prend-il
telle direction, les autres font île même. Un cheval se m et-il à
courir, les autres courent aussi. Un chien qui aboie, fait aboyer
tous les chiens du voisinage. Le singe imite plus ou moins les
grimaces, les actes insignifiants qu'il voit faire. Tous ces actes
n’ont aucun rapport avec la conservation de l’individu et de l’es­
pèce et sont par conséquent, sans importance. Mais qu’un groupe
d’oiseaux suive un des leurs qui se dirige vers un climat favora­
ble ; ici ce n’est plus l’instinct d'imitation qui est eu jeu, c’est
une de ces facultés intinctives merveilleuses qu’on ne rencontre
que chez les animaux, facultés qui remplacent en eux l'intelli­
gence, et qui président à leur conservation.

imiter ce qui peut les satisfaire dans les arts, dans les lettres et
dans les sciences. Nous imitons alors dans un but plus noble et
plus élevé que celui qui dérivede l’instinct d’imitation. La diffé­
rence qui existe entre ce dernier principe et l’intérêt réfléchi,
n’a pas échappé au docteur Jolly. Voici comment il s’exprime à
cet égard. « Il y a une imitation purement instinctive, et pour
ainsi dire passive, et une imitation intellective ou active) l ’une
qui nous est commune avec tous les animaux et qui s’accomplit
à notre insu, à toutes les époques et dans toutes les conditions
de la vie matérielle ; l’autre, qui est du domaine de l’esprit, s’exer­
çant avec intelligence et réflexion, cherchant à copier sciemment,
à traduire fidèlement et volontairement tout ce qui plaît (I). »
On remarquera que-M. Jolly parle de l’imitation action, et non
de l’instinct, lorsqu’il d it: « Il y a une imitation ». Puis il attri­
bue l’action imitée, soit à un instinct, soit à l ’intelligence qui
cherche à reproduire ce qui plaît, ce qui favorise l’intérêt des
goûts et des désirs.— Plus loin il ajoute. « Tout ce que je viens
de dire sur l imitation ne s’applique guère qu’à cette imitation
irréfléchie, involontaire, et que j ’ai appelée pour cela instinctive
ou passive ; mais il est un autre imitation toute intellective, qui à
pour objet le domaine tout entier des sciences, des arts et des
lettres. C'est par elle en effet que sont reproduits tous les chefsd'œuvre de l’art et du génie, toutes les conquêtes de l’esprit
humain; que chaque siècle, que chaque pays, que chaque règne,
imprime à ses monuments un caractère spécial , un cachet d’épo­
que, une sorte d'école que Ton aime à retrouver, à suivre compa­
rativement dans l’esprit du savant, dans le génie du poète, dans
le talent de l’artiste (2). »
On jugera du grand nombre d’actes que nous imitons par un
effet de la loi naturelle de l ’in térê t, si l’on considère que cette loi
préside aux actes que nous accomplissons par le motif que ceux
dont nous sommes témoins satisfont, en les répétant, nos senti­
ments divers tels que nos affections, l’amour paternel, l'amour
filial, l’amitié, etc., les sentiments de respect et de vénération, le
sentiment religieux, le sentiment de la propriété, la prudence, la
curiosité, les sentiments domestiques tels que l’ordre, l’économie
et la propreté, le sentiment du beau, le sens moral, etc., nos pas-

2° De l'imitation déterminée par la loi de Vintérêt.

Ce principe d’imitation réside dans l'avantage que nous avons
à employer les moj’ens les meilleurs à notre connaissance pour
satisfaire nos aspirations, nos désirs, nos besoins. Telle manière
de faire facilite-t-elle l’accomplissement de tel acte que nous
nous proposons pour but? Aussitôt nous imitons cette manière,
dans l’intérêt de la satisfation de notre désir, de notre besoin, de
notre goût. L’agriculteur, l'industriel, le fabricant, le construc­
teur, etc., voit-il que tel procédé employé par son voisin est
supérieur a celui dont il se sert? il s’empresse d'im iter ce procédé,
a moins qu’un brevet d'invention ou de perfectionnement ne,
vienne y mettre obstacle. Ce principe d’imitation, dont l'activité
s’observe à chaque instant, ne saurait être mis en contestation,
je suppose.
C’est ce même principe, c’est l’intérêt réfléchi et raisonné du
sentiment du beau et des besoins intellectuels, qui nous porte à

(1) L’Union médicale. I. YTI , p. 350, 18(59
(2) Ibid., p. 356.

71

�DESPINE.

DE L’IMITATION.

sions diverses, telles que la vanité, l’orgueil, l’ambition, la haine,
la vengeance, le libertinage, la cruauté, etc.
L’imitation dans l’art dramatique est aussi toute intellectuelle.
Pour réussir dans ce genre d’imitation, pour bien représenter
les personnages historiques, il faut être doué d’un grand talent
d'observation, avoir beaucoup de finesse dans l’esprit afin de
saisir toutes les particularités qui caractérisent ces personnages,
et afin de mettre ces particularités en relief. Il faut de plus un
certain exercice dans ce genre d imitation, car on est loin de le
posséder d'emblée. Il faut enfin être aidé par certaines qualités
physiques qui facilitent les moyens de représenter ce que l'on
désire. L’imitation est donc bien éloignée d'avoir alors son prin­
cipe dans l’instinct irréfléchi de même nom ; elle devient un art
acquis par l ’étude, et cet art ne peut atteindre un degré élevé de
perfection que s'il est facilité par les dons naturels sus-men­
tionnés.
Nous verrons le principe d’imitation puisé dans l’intérêt, agir
souvent de conserve avec le troisième principe, pour produire
des actes identiques à ceux dont on a été témoin.

« La contagion morale, disais-je dans ce mémoire, consiste en
ceci : Les actes inspirés par les sentiments bons ou mauvais,
par les passions, par les bons ou mauvais instincts, donnent aux
personnes qui ont connaissance de ces actes, et qui sont suscep­
tibles d’éprouver des sentiments, des passions semblables, le dé­
sir de commettre des actes semblables en excitant dans ces per­
sonnes ces mêmes sentiments et ces mêmes passions. La contagion
des bons exemples est un fait trop généralement reconnu, pour
qu’il soit nécessaire d’insister sur sa démonstration. On a même
tiré parti de cette connaissance pour exciter, développer et per­
fectionner lès bons sentiments de l’enfant, pour lui donner une
éducation morale. C’est principalement par de bons exemples,
par la lecture de faits inspirés par de beaux et de nobles senti­
ments, &lt;jue Ton élève sa nature morale, que Ton perfectionne ses
bons instincts autrement appelés facultés du cœur. Oe qui a lieu
pour les bons sentiments a exactement lieu, et par la même
raison, pour les mauvais. La connaissance de ce fait est aussi
répandue que celle du premier, puisque, tout en cherchant à
développer les facultés moralespar les moyens qui viennent d’être
indiqués, on àsoin d’éloigner de l ’enfant, les mauvais exemples et
la lecture des récits immoraux, dans la crainte de pervertir son
cœur. Voilà donc le principe de la contagion morale implicitement
reconnu de tous. Il ne nous reste plus m aintenant qu’à mettre
cette contagion fortement en relief par quelques faits saillants.
Nous les prendrons dans les actes criminels comme étant les
plus capables de frapper l’esprit. «Suivait la relation d’un certain
nombre de crimes arrivés après des crimes semblables. « Mais,
ajoutai-je, la contagion morale étend plus loin son pouvoir. La
perversité est contagieuse d'une manière plus générale en ce
sens qu’elle engendre le désir de mal faire, non seulement sous
une forme identique, mais encore sous les formes les plus variées,
si bien que Ton peut poser eu principe que le mal engendre toute
sorte de mal en excitant toute sorte de mauvais sentiments, de
même que le bien engendre toute sorte de bien en excitant toute
espèce de bons sentiments. « Venait encore la relation de faits
démontrant que lorsqu'un crime a un grand retentissement, on
voit surgir un grand nombre de toute sorte de crimes. Ces faits
étaient nombreux, et un bon nombre s’étaient passés à Marseille.
Ils démontraient de la manière la plus évidente que c’était à
l’époque des procès criminels retentissants el des exécutions

72

3° De l'imitation déterminée par la contagion morale.
L’expression de contagion morale a été donnée à la science par
Esquirol, de tous les médecins aliéniste le pins remarquable au
point de vue de la justesse des appréciations psychologiques.
Cetliomme éminent a eu le mérite d’attribuer à cette expression
son véritable sens, l’ayant appliquée a la communication, chez
les témoins, de passions et de sentiments semblables à ceux qui
sont manifestés par autrui.
Ce principe d'imitation est sans contredit le plus important de
tous, à cause des conséquences graves qui en dérivent. La conta­
gion morale ayant été déjà traitée dans un mémoire que j ’ai fait
paraître (1), je ne luidonnerai ici que le développement nécessaire
pour qu’elle occupe la place qui lui est. due parmi les causes
d’imitation.
(1) Delà Conlayion morale.—Faits démontrant son existence.—Son expli­
cation scientifique.—Du danger que présente pour la moralité et la sécurité
publique la relation des crimes donnée par les journaux.—Marseille. Camoin,
libr. —Juin 1870.

73

�DESPIN K.

DE L ’IMITATION.

capitales, qu’avait lieu le plus grand nombre de méfait9, et pour
ne citer qu'un exemple saillant, chacun se rappellera sans doute
la prodigieuse quantité de crimes qui alarmèrent notre ville
lors du procès des bandits italiens et de l’exécution capitale de
trois d’entr’eux, qui eut lieu en janvier 1868 ; assassinats, vols à
main armée dans les rues, vols avec effraction dans les maisons,
empoisonnements, vols précédés d’étranglement, abandon d’enlants sur la voie publique, aumônes torcées, etc. En comparant
cette période de temps si fertile en crimes par le fait de l'atten­
tion publique portée sur des actes immoraux, au temps présent
peu fécond en actes semblables, temps où les préoccupations de la
guerre absorbent tous les esprits, même les plus pervers, on ne
pourra s’empêcher, par cette contr épreuve, de reconnaître à la
contagion morale toute l’influence qu’elle exerce sur la généra­
tion des crimes. En ce moment mêm e, ne subissons-nous pas
d’une manière bien cruelle les funestes conséquences des passions
annexionist.es des Allemands, l’ambition, la jalousie, l’orgueil
national exagéré jusqu’au fanatisme, passions surexcitées par
l’exemple qu’adonné 1 Italie ? Et qui sait si d’autres états ne
subiront pas les effets de cette contagion en voulant annexer eux
aussi !
La loi naturelle sur laquelle est fondée cette contagion me
parut facileà déduire des faits que je citai, et je la formulai de la
manière suivante : Toute manifestation des instinct de l’àme,
des sentiments et des passions quelconques, excite des senti­
ments et des passions semblables chez les individus qui sont
susceptibles de les éprouver à un certain degré. Et pour rendre
plus intelligible ma pensée, je comparai ce qui se passe alors
dans notre esprit, à un phénomène physique fort connu. De
même que la résonnance d’une note musicale fait vibrer la
même note dans toutes les tables d'harmonie qui, étant suscep­
tibles de donner cette note, se trouvent sous l’influence du son
émis, de même aussi la manifestation d’un sentiment, d’une
passion, excite le même élément instinctif, le met en activité, le
fait vibrer, pour ainsi dire, chez tout individu susceptible par sa
constitution morale d’éprouver plus ou moins vivement ce
même élément instinctif. Cette dernière partie de ma compa­
raison expliquait pourquoi certains individus ne sont pas
susceptibles de subir la contagion de tel ou tel sentiment, et
pourquoi d’autres individus la subissent, au contraire trèsfacilement.

La conclusion de tout ce qui précède, but essentiellement
pratique de mon travail, était que le retentissement donné aux
faits immoraux de toute espece, soit par les petits journaux qui
nourrissent, le peuple de faits criminels, faits toujours émouvants
et par conséquent fort attrayants, soit par la. basse littérature
qui a adopté sans partage pour objets de ses romans les actes les
plus immoraux, réels ou imaginaires, soit parles pièces théâtrales
dans lesquelles toutes les plus mauvaises passions sont conti­
nuellement mises en relief, ma conclusion, dis-je, était que ce
retentissement devenait une cause de démoralisation , et une
cause de danger pour la sécurité publique, danger grave auquel
il importait de remédier.
Tel est le résumé succinct de l’article qui parut dans la Revue
de Marseille, et de Provence.
Le principe de la contagion morale, on le voit par ce qui
précède, est tout autre que celui de la première et de la seconde
cause d'imitation. Tandis que le principe de la première réside
dans une faculté instinctive innée, l’instinct d’imitation, qui
nous porte à imiter pour imiter seulement ; tandis que le principe
de la seconde réside dans la loi de l’intérêt qui nous porte a
employer les moyens les plus sûrs et les plus avantageux pour
satisfaire nos désirs, pour atteindre le but que nous nous propo­
sons, le principe de la troisième cause réside dans la propriété
qu’ont nos éléments instinctifs, sentiments ou passions, d’exciter
et de mettre, en activité, par leur manifestation, les mêmes
éléments instinctifs, ou encore des éléments instinctifs differents
mais d’une nature morale semblable, chez ceux qui sont suscep­
tibles de les éprouver.
Le principe sur lequel est. basée la contagion morale, sans avoir
été nettement formulé, a cependant été mis en pratique de.tout,
temps. Il a été toujours et universellement reconnu que l'on peut
développer et perfectionner les facultés morales en les cultivant
et en les excitant. Or, comment parvient-on à les cultiver et à
les exciter? C’est en les mettant en contact avec des sentiments
moraux puissamment manifestés, c'est par de bons exemples et
par des lectures morales, c’est par l’exercice fréquent de ces
facultés. Personne n ’oserait, soutenir , je pense-, que par ces
différents moyens qui portent l’homme à faire le bien, on a mis
seulement en activité l’instinct d’imitation. Celui qui, par le fait
des bons exemples mis sous ses yeux, et des considérations qu’on

74

7o

�76

DESPIN K.

lui a développées, est ému à la vue des souffrances de son
semblable et se sent porté à agir charitablement plus volontiers
qu’auparavant, ou celui qui, après avoir assisté à des marques
de respect témoignées envers des personnes qui m éritent nos
hommages, se sent porté a manifester lui-même des marques
semblables, cet homme, dis-je, n ’est-il mû que par l’instinct
d'imitation, ou bien par des .sentiments plus nobles, que la
manifestation de sentiments semblables a excités dans son cœur?
Le seul juge compétent pour décider cette question est la con­
science de chacun, c’est l’examen de ce qui se passe en nous dans
de semblables occasions. Ôr, ce juge suprême nous affirme que,
lorsque mis en présence, soit d'actes capables d'exciter la charité,
soit de considérations faites pour exciter la pitié, le respect, ou
tout autre sentiment qui peut vibrer dans notre âme, nous
agissons de même que les personnes qui ont manifesté ces
sentiments, ce juge, dis-je. nous affirme que c’est bien sous
l'influence de la pitié, de la charité, du respect excités en nous,
que nous agissons ainsi, et non par la propension a imiter. Il
nous affirme que nous ne sommes pas alors portés a agir par le
même principe que celui qui pousse les enfants, à imiter les actes
moralement insignifiants qu’ils voient faire ; il nous affirme enfin
que nous sommes engagés à imiter par des éléments instinctifs
différents de celui qui porte les moutons à suivre leur chef de file,
et qui porte le singe à faire la grimace qu’on lui a faite. L’émotion
qui accompagne les actes que nous imitons dans cette circons­
tance ne peut laisser aucun doute à cet égard. L ’instinct d'imi­
tation, instinct essentiellement froid, ne nous remuerait pas le
cœur, il nous laisserait impassibles, même en nous faisant agir.
Une vive crainte est-elle manifestée? aussitôt des manifesta­
tions semblables se reproduisent. Est-ce l’instinct d’imitation
qui y a donné lieu? non, c'est la crainte qui a été excitée par la
crainte. Une frayeur panique surgit-elle dans un foyer limité,
aussitôt cette frayeur se propage. Le premier a fui, les témoins
ont fui de même. Est-ce par l'instinct d’im itation? Non, c'est
par la contagion de la peur, car tous ceux qui ont participé à la
fuite disent qu’ils ont été saisis de frayeur. Par la même raison,
les actes inspirés par les sentiments pervers, excitent les senti­
ments de même nature chez les individus qui en sont animés, et
si ces individus ne possèdent pas dans leur conscience, les senti­
ments moraux qui font réprouver les inspirations de leurs mauvais

DE L'IMITATION.

77

sentiments excités par l'exemple, et qui font sentir le devoir ou
le désir de les combattre, les effets de cette contagion se feront
certainement sentir, ainsi que le démontrent les faits nombreux
que j ’ai cités. Les individus dont les sentiments pervers sont
puissants et excitables, et dont les sentiments moraux sont faibles
ou nuis, reçoivent seuls l’influence des mauvaises passions mani­
festées par autrui, les autres y échappent, bien que ces derniers
soient autant doués que les premiers de l’instinct d’imitationLes passions profondes, telles que le sont en général les passions
tristes, le découragement et l’ennui; les passions vives, telles que
le sont la frayeur, la gaîté, etc., sont éminemment contagieuses.
Les premières, en se propageant par le contact, ont donné lieu à
de véritables épidémies de suicides. Dans l’antiquité, les filles
de Milet, sous l’influence des passions dépressives transmises
par le contact, se pendaient et s’étranglaient sous les veux
mêmes de leurs gardiens. C’est en excitant et en faisant prédo­
miner dans l’esprit de ces infortunées un sentiment énergique,
celui de la pudeur, c'est en menaçant d'exposer tout nu le
cadavre de celles qui se tueraient, que l’on fit cesser cette
épidémie morale. Dans le Moyen-Age, le tædium oitœ, transmis
par le contact de la tristesse, du découragement et de l’ennui, a
fait de nombreuses victimes dans les monastères. Enfin, dans les
temps modernes, ces passions tristes, également transmises par
le contact, ont causé de nombreux suicides dans les armées.
Certaines créations littéraires, telles que Réné, Werther, Chat­
terton et autres, ont déterminé la mort volontaire chez des
individus prédisposés par leur caractère rêveur, triste, mélanco­
lique et romanesque, en avivant dans leur esprit des passions
naturellement puissantes. Dans ces divers cas, ce n ’est pas l’acte,
le suicide, qui a été contagieux, ce sont les passions inspira­
trices de cet aete.*Si le suicide seul avait conduit les témoins
au suicide, ce serait l’instinct d’imitation qui l’aurait produit,
mais cet instinct n’a pas le pouvoir de déterminer un acte
aussi grave et aussi repoussant. Sous l’influence de l’instinct
d’imitation, un troupeau de moutons sautera le fossé que le
premier mouton a franchi. Mais si l’un d’eux s’enfuit effaré, et
qu’après lui tout le troupeau fasse de même et se disperse, ce n’est
plus l’instinct d’imitation qui a déterminé un acte général aussi
violent, c’est une vive frayeur communiquée par la contagion.
Certains animaux sont en effet sujets comme l'homme à la
frayeur panique.

�78

DESPIN 1S.

DE L’IMITATION.

La contagion morale, parfaitement caractérisée par Esquirol.et
admise en principe par les auteurs, n’est cependant pas toujours
comprise et appréciée par eux comme elle devrait l'ètre. Très
souvent ils l’ont confondue avec l’instinct d'imitation, ou plutôt
ils l'ont attribuée à cet instinct, parce qu’elle porte à imiter. Or,
si ce qu’ils appellent alors contagion était réellement dû. a
l'instinct d’imitation, si les éléments instinctifs n ’avaient pas,
par leur contact, le pouvoir d’éveiller et d’exciter chez d’autres
personnes des éléments instinctifs semblables, le mot contagion
morale n'aurait pas sa raison d ’être, le principe de l’acte modèle
n'étant point l’instinct d'imitation, et le mot contagion impliquant
toujours une identité de nature entre le principe transmis et le
principe transmetteur. Dans les citations suivantes nous rencon­
trons cette erreur d’appréciation.
« L’imitation, dit M. Jolly, estune véritable contagion qui a
son principe dans l’exemple, comme la variole a son contage
dans le virus qui la transm et; et, de même qu’il existe dans notre
organisation des maladies qui n’attendent pour se développer
que la plus légère cause, de même aussi est-il en nous des
passions qui restent muettes dans l’exercice de la raison, et qui
peuvent s’éveiller par le seul effet de l’imitation (I). » L’imitation,
l’action d'imiter, que M. Jolly considère comme cause de l’éveil
des passions, n ’est évidemment qu’un effet de cet éveil. Ce ne
sont pas les passions restées muettes qui s’éveillent par l’effet de
l’imitation, c’est au contraire leur éveil qui donne lieu à des
actes semblables, à l’imitation. Celle-ci n ’est donc pas la cause
de l’excitation des sentiments et des passions, ainsi que des
actes semblables que ces éléments instinctifs ont déterminés,
elle n ’en est que l’effet. M. Jolly attribue ici à l imitation ce qui
appartient à l'exemple. Si par le mot imitation M. Jolly veut dire
l’instinct d’imitation et non l’action d’imiter , il tombe clans l'erreur
d’attribuer la contagion morale à l'instinct d’imitation.
M. Bouclait attribue également la contagion morale à Ylimi­
tation, ou plutôt il confond ces deux principes en un seul; c'est ce
qui ressort évidemment du passage suivant « Admit-on, dit-il, des
émanations nerveuses comme cause de la propagation de certaines
névroses convulsives où l’action est irrésistible et involontaire,
que cela n expliquerait pas la propagation des névroses mentales

qu’engendre le spectacle de ces maladies, ou un récit impru­
demment dramatisé. Ici limitation est seule en cause, le malade
a vu un tableau, étudié un livre ou observé un exemple qui lui
servent de modèle, et il s’agit d’un phénomène de contagion
morale beaucoup plus que d’une action physique (I). »
Les névroses mentales, perversions morales contagieuses, si
judicieusement attribuées par Esquirol à la contagion des pas­
sions soulevées dans l'esprit par un état cérébral névropathique,
ont été attribuées par M. Calmeil, dans le remarquable ouvrage
où il a si bien décrit les folies épidémiques, à l’imitation, à l'ins­
tinct de même nom.
Enfin, mon savant confrère et ami le docteur Sauvet, ayant
bien voulu s’occuper de mon mémoire sur la contagion morale,
dans sa revue médico-phsychologique, n° de novembre 1870, du
Marseille-Médical, ajoute, après avoir approuvé le but pratique de
mon travail : « Mais pourquoi ne pas attribuer cette contagion
morale, dont les effets sont si funestes, a sa véritable cause, à
cette faculté de limitation, naturelle à l’homme et à certains ani­
maux? L’auteur croit-il être dans le vrai en comparant la nature
morale de l’homme à une table d’harmonie ? »
Il est évident, par ce qui précède, que la question d’imitation
considérée dans les diverses causes qui la produisent, est loin
d’être parfaitement conçue, même par des savants de premier
ordre, Puisse ce travail dans lequel j ’ai cherché à dissiper les
ténèbres dont cette question est encore enveloppée, les satis­
faire ; puisse-t-il être considéré par eux comme un progrès pour
la science !
La reproduction d ’actes semblables n ’est pas toujours l ’effet
d'un seul principe d’imitation. Si l’indentité dans la nature mo­
rale de l’acte répété doit être attribuée à la contagion des passions
qui ont inspiré le désir d'accomplir cet acte, l’identité dans
l’exécution, dans le modus faciendi, dépend du deuxième principe
d’imitation, de l’intérêt. Etudions dans quelques faits d'im ita­
tion tirés de notre mémoire sur la contagion morale, le rôle que
joue chacun de ces deux principes.
Une tentative d’assassinat sur la reine de Grèce Amélie, par un
jeune homme de 17, suivit de près celle qui fut faite par un
jeune étudiant sur la personne du roi actuel de Prusse. B. l'au-

(1) Mémoire cité, p. 369

G) De la Contagion nerveuse et de lim itatio n , p. JL Broch., 1862.

79

�DESPIN K.

so

teui' de ce dernier acte, avait puisé lui-même dans la contagion
morale son désir criminel. Son idéal était Orsini 1auteur de
l’attentat sur Napoléon III. Ces faits doivent être imputes seule­
ment à la contagion de passions diverses exaltées jusqu’au fana­
tisme, passions que l'exemple a éveillées, excitées, et qui étaient
semblables à celles qui ont présidé à l'accomplissement de l actcmodèle. L’on sait combien les passions politiques et religieuses,
origine des fanatismes de même nom, sont inflammables au con­
tact de ces mêmes passions. La contagion morale a seule présidé ii
ces actes, les moyens employés pour les accomplir ayant été
différents.
Les crimes nombreux qui eurent lieu, soit a Paris, soit en
Province, à l'époque du procès de Tropman, ont eu en général
pour principe la contagion morale seulement, les nombreux
assassinats qui se commirent alors ayant été diversement exé­
cutés. Cependant, dans trois faits criminels, 1 intérêt est venu
prêter son concours a la mauvaise passion excitée par l'exemple.
Les moyens d’exécution employés par Tropman, ayant été recon­
nus favorables, furent adoptés. l°En Belgique le nommé Dessousle-Moustier, attira dans un guet-apens les trois frères Thirion et
les immola. 2° A. Vienne (France), un malfaiteur tendit un piège
à un individu et le tua ; une fosse était préparée d’avance. 3° En
Angleterre, un malfaiteur extermina de la même manière une
famille composée de six à sept personnes.
La tentative d’assassinat commise sur le chemin de fer d’Arles
il Tarascon , pendant la n u it, sur le docteur James , a été suivie
de près par un assassinat commis sur la même ligne, également
dans un wagon de première classe et pendant la nuit. La conta­
gion morale a donné l'idée et le désir du crime ; mais l'intérêt-, la
facilité reconnue dans le mode d’exécution de l'acte, a déterminé
un accomplissement semblable.
Il y a plusieurs années, un jeune ouvrier assassine un bijoutier
et enfouit sa victime dans une caisse qu'il porte au chemin de
fer. Le procès se juge et l'auteur du crime est condamné à mort.
Les journaux exploitèrent cet événement qui lit grand bruit; et
depuis, on a déjà trouvé une dizaine de cadavres ensevelis dans
des colis destinés à la petite vitesse. La forme de ces crimes a
été suggérée encore ici par l'intérêt.
Dans les crimes innombrables qui affligeront Marseille à l'epoque du procès des bandits italiens et de leur exécution, on ren­

DE L ’IMITATION.

SI

contre plusieurs circonstances qui furent dues à l ’intérêt, et qui
portèrent sur la forme des actes. Les arrestations à main armée,
avec menace de mort en cas de résistance, arrestations sembla­
bles ii celles qu’opéraient les bandits, devinrent fréquentes. Une
arrestation avec étranglement fut suivie d’un grand nombre de
faits semblables. Ceux-ci ayant été publiés par les journaux,
Lyon eut aussi ses étrangleurs. Les aumônes forcées se succé­
dèrent également. Plusieurs parents se débarrassèrent de leurs
enfants en les abandonnant sur la voie publique, après un acte
semblable signalé par les journaux.
Dans le fait si connu des suicides par pendaison qui sc succé­
dèrent. soit dans une guérite de soldat, soit à une des portes de
l’Hôtel des Invalides, la contagion des passions tristes et dépres­
sives inspira le désir du suicide, et l’intérêt du désir, la facilité
de le satisfaire par le moyen que l’exemple a présenté, a été la
cause que ce moyen a été le même.
La contagion morale ne se borne pas à produire des faits sem­
blables; elle peut donner lieu aussi à des actes différents, mais
de même nature morale ; elle peut produire encore des actes
semblables quoique inspirés par des sentiments différents qui
sont néanmoins d’une même nature morale. Ainsi, le bien mani­
festé peut engendrer toute sorte de bien, et le mal toute sorte
de mal. Dans ce dernier cas, la contagion des mauvais sentim ents
revêt un véritable caractère d'infection morale. Pour des actes dif­
férents, nous avons vu à Marseille, sous l'influence des crimes
des bandits italiens, se produire des assassinats par diverses
armes, des empoisonnements,’ des vols, des étranglements, des
abandons d’enfants, des aumônes forcées. Pour des actes sem­
blables, mais déterminés par des sentiments et des motifs diffe­
rents, nous citerons l’exemple suivant: Debricou, âgé de 17 ans,
a comparu devant les assises de la Haute-Marne, en juillet 1806,
pour le fait ci-après. Il avait entraîné une petite fille de six ans
dans un bois et l’avait tuée à coups de pierre. Or voici la cause
de cette attrocité, d’après l ’aveu du criminel : La veille, on avait
jugé devant les assises un homme accusé d’assassinat sur un
enfant. (Je procès avait vivement ému la population. Debricou a
tué afin d’être à son tour un héros de cour d’assises. Le sentiment
pervers, l’orgueil de paraître en public, qui a conduit au crime
ce jeune homme dénué de tout sentiment moral, a été tout autre
que celui qui a conduit son modèle à l’assassinat. Le crime de
6

»

�82

DESPINE.

DE L ’IMITATION.

Tropman donna lieu à une pareille infection; sous l’influence du
procès de ce monstre dans l'ordre moral, les crimes les plus
variés, inspirés par les désirs pervers les plus différents lirent
explosion. Les mauvais instincts d'un grand nombre d’individus
mal conformés moralement, et aptes à recevoir l'influence do
l’infection morale, furent surexcités par la mise en relief des
mauvais instincts du meurtrier, lesquels étaient journellement
étalés d’une manière si déplorable par les journaux à bon marché
destinés au peuple.

natures maléables, incolores, si le hasard de la naissance les a
placées dans un milieu immoral ! Elles y recevront inévitablement l’empreinte du vice, sans pouvoir se soustraire par ellesmêmes à sa fatale influence ! Si, au contraire, elles sont entourées
de personnes morales, elles deviennent bonnes, et resteront
telles par habitude. Entraînées au mal par des influences per­
verses contagieuses, accidentellement soulevées, ces personnes
reviendront facilement à une bonne conduite par de bons con­
seils et de bons exemples. Bien différentes en cela des individus
portés aux actes criminels par l’initiative énergique de leurs sen­
timents pervers.
Si la contagion morale produit des effets pernicieux par l’in­
fluence que les mauvais exemples et les récits des actes immo­
raux et criminels exercent sur les hommes inal conformés mora­
lement, elle devient un puissant moyen d’éducation, de civilisa­
tion, d’adoucissement dans les mœhrs, et de perfectibilité
individuelle, par les bons exemples, par la manifestation des
bons sentiments, pour ceux qui en possèdent les germes.

Dans les exemples que nous avons cités et dans ceux qui leur
sont analogues, serait-il possible d’attribuer l’identité du modus
faciendi, de la partie matérielle de l’acte à l’instinct d’imitation?
non, certainement. Pour quelle raison, en effet, celui qui voit
accomplir un acte qu’il désire accomplir lui-même adopte-t-il le
moyen qui a été employé ? C’est parce qu'après avoir réfléchi,
combiné, il a reconnu que ce moyen, tel qu’il a été pratiqué, ou
à modifier selon les circonstances, doit lui faire atteindre facile­
ment le but désiré; cela est de toute évidence. Ce n ’est donc
point le mobile irréfléchi de l’instinct d’imitation qui lui fait
adopter ce moyen. Cet instinct est bien moins actif qu’on ne le
suppose, dans la reproduction des actes semblables. Assez pro­
noncé chez l’enfant et chez certains animaux, il s’efface graduel­
lement dans l’adolescence et dans la virilité surtout, devant des
instincts plus importants et plus puissants, et devant l’activité
intellectuelle.
Tout le monde n ’est pas apte a subir à un égal degré la conta­
gion morale, soit en bien, soit en mal. Il faut pour la subir,
1° être suffisamment animé des sentiments semblables à ceux
qui sont manifestés par autrui, et que ces sentiments soient
assez excitables pour qu’ils entrent en activité devant ces mani­
festations; 2° être peu doué, ou être dénué des sentiments anta­
gonistes de ceux qui sont manifestés. Dans ces conditions, les
désirs inspirés par les sentiments que l’exemple a excités, ne ren­
contrant pas dans la conscience des éléments moraux qui leur
fassent opposition, ou n’en rencontrant que de très insufflante, ces
désirs, dis-je, déterminent facilement des actes semblables, La
contagion morale est encore facilement subie, soit en bien, soit
en mal, par ces individus sans caractère, dont les éléments ins­
tinctifs n’ont ni activité, ni initiative, et qui deviennent toujours
un pâle reflet des personnes qu’ils fréquentent. Malheur à ces

D" P roper D e s p i .n e .

^ La fin au prochain numéro.)

83

�CL IN IQÜ R C HIR U RGIC'A L E .

SIRUS-PIRONDI.

8i

8o

3 siégeaient à la jambe, I à la cuisse, 2 au bras, I à l’avantbras, 1 nu poignet, 1 à la rotule, 1 à l’omoplate, 1 aux côtes.

QUATRIÈME SÉRIE

D 'O B S E R V A T IO N S D E C H IR U R G IE U S U E L L E

Complc-reudu de la clinique chirurgicale de rilèlcl-D ieu de Marseille
l’em laul le sem estre d 'été »lc I S1&gt;0,
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PAR LD PROFESSEUR SlRUS-PIUOiNDl.

(Suite.)

QUATRIÈME CATÉGORIE

Lésions des os et des articulations.

' i•■i iu!«j r. ’•-Y■li :

iv

.:

Nous comprenons dans celle catégorie tous les malades qui
ont présenté une lésion quelconque dans la continuité des os
ou à leurs extrémités, quelle que soit la cause, traumatique
ou autre, qui a déterminé cette lésion.
11 fractures, 3 luxations de répartie, I luxation du pouce,
I arthrite sèche, 3 tumeurs blanches et 2 cas de carie osseuse
siégeant aux os carrés du nez, résument les observations
recueillies dans cet ordre de faits.
A. Fractures. § 1.— .1 ai téché de légitimer, dans un travail
spécial (1), toutes mes sympathies pour l’appareil amovoinamovible de Sculin dans le traitement des fractures, et 1rs
II nouveaux faits recueillis pendant ce dernier semestre oui
ajouté quelques bons résultats de plus à ceux précédemment
obtenus. De ces 11 lésions osseuses, toutes traumatiques.
il) Troisième série (i Observai ions de Chirurgie usuelle (1869).

$ 2.— Les 3 fractures de la jambe occupaient le tiers moyen
de la diaphyse, près de sa réunion avec le tiers inférieur; elles
avaient été produites par des Chocs directs; deux étaient comminulives et une simple. Dans cette dernière fracture, il y
avait issue des deux os à travers les parties molles ; la réduc­
tion cependant a été maintenue sans trop de difficulté et la
consolidation s’est opérée sans difformité, car on no peut
qualifier de ce nom une légère dépression du fragment infé-r
rieur du tibia.
Des deux fractures comminutives, une a exigé l’amputation
immédiate, qui a dû être pratiquée au dessusdu lieu d’élection.
11 y avait attrition complète des parties molles, les os étaient
entièrement A découvert avec leur périoste en lambeaux;
l’opération n’a été décidée que comme ressource extrême, et
le blessé a succombé 36 heures après f accident.
Le second cas de fracture comminntive des deux os de la
jambe, nous a offert un exemple de plus des avantages réels
du bandage amovo-inamovible sur d’autres appareils qui
obligent le malade à une position fixe et en quelque sorti1
déterminée par l’appareil lui-même.
Observation. — Un homme âgé de 55 ans, adonné à la boissonel dans un état d'ivresse, nous dit-on, à peu près quotidien,
est violemment frappé et renversé par une porte arrachée de
ses gonds par un fort coup de vent. 11 est porté immédiatement
à riiôtel-Dieu et I on constate, à côté de contusions générales
sans importance, une fracture comminntive des os delà jambe
droite, sans plaie cutanée ; l'appareil amidonné est appliqué
pende temps après l’accident et on le cuupe dès le lendemain
pour s’assurer de l’étal du membre, qui n'offre, du reste, ni
rougeur ni gonflement., pas trace, en un mot, d’inflammation.
Mais un incident assez inattendu soumit bientôt la partie lésée
à une épreuve des plus dangereuses : à l'état d'ivresse de
notre blessé succéda soudainement un délire assez calme que

�SïRUS-PIROXTfl.

0 LINIQUE CHIRURGICALE.

nous croyons devoir rapporter plutôt à l’abus de l’alcool qu’au
traumatisme; pendant ce délire, qui n'a pas dure moins de
huit jours, le malade trompe, à plusieurs reprises, la surveil­
lance des infirmiers, saute à bas du lit et se livre à toutes
sortes de mouvements désordonnés; et, malgré tout cela,
l’appareil a tenu bon. la consolidation osseuse s'est, opérée au
bout de 45 jours d'une manière complète, el cet homme a pu
marcher très-facilement et sans béquilles 52 jours après
l’accident.
Je ferai remarquer, en passant, que pendant son délire, cel
homme a offert une particularité qu’on a déjà signalée dans
d’autres circonstances, mais qui, pour être connue, n'en est
pas moins curieuse : chaque fois qu’on lui supprimait le vin ,
le délire augmentait dans des proportions considérables : dès
qu’on lui redonnait un peu de vin, le délire diminuait dans les
mêmes proportions. On ne peut croire pourtant que ce délire
fut sous la dépendance de la fracture, car, je le répète, chaque
fois qu'on a écarté les valves de l’appareil pour s'assurer de
l’état du membre, on n’a jamais trouvé traces d’inflammation.

elles, et, si on en juge par le tracé de l’ecchymose, le coup a
(lû porter principalement sur la face postérieure de l’épaule,
en rasant, pour ainsi dire, de bas en haut le bord axillaire de
l’omoplate. Dans le premier moment on a cru, dit-on, à une
luxation sous-glénoïdienne de l’humérus et on s’est livré à
d’inutiles tentatives de réduction.
Examinant le blessé 14 heures après l’accident, je constate,
malgré un gonflement notable de l’épaule, une crépitation
assez caractérisée dans les mouvements d’ascension imprimés
au bras, cette crépitation disparait si on imprime à l ’humérus
de légers mouvements de rotation — très-faciles — après avoir
immobilisé l ’épaule en avant et. en dehors de la clavicule,
ainsi qu’en arrière et en dehors de l’apophyse épineuse; dans
ces conditions il faut exagérer les mouvements orbiculaires de
l’humérus pour que la crépitation réapparaisse. Le moignon
de l’épaule est aplati et le deltoïde assez tendu pour simuler
d’abord la luxation sous-glénoïdienne, mais le coude touche
aux côtes et l’axe du bras est parfaitement parallèle à celui
du tronc. Tout le bras est du reste comme engourdi, le malade
y accuse des fourmillements, et ces symptômes disparaissent
dès qu’on pousse le bras directement en haut, en appuyant,
sur le coude; mais le bras retombe aussitôt qu’on l’abandonne
à son propre poids.
Maintenant— pourrait-on se demander — est-ce bien à une
fracture du col de l ’omoplate qu’on a eu à faire? Je le crois,
car l’apophyse acromiale étant intacte, et rien ne trahissant
une lésion traumatique de la tête de l ’humérus, on ne voit
pas par quoi pourrait être produite la crépitation si l’on
n’admet la fracture du col et delà cavité glénoïdale. Tous les
autres symptômes coïncident du reste avec cette dernière
lésion, y compris ceux qu’on peut rapporter à la compression
du plexus brachial. La cause traumatique elle-même apporte
son contingent à ce diagnostic; on peut admettre, en effet,
sans forcer l ’hypothèse, que cet homme tombant en arrière et
d'une certaine hauteur sur le bord d’une planche, ce bord a
pu agir comme un coin ou un marteau mousse et détacher,
par un coup sec. le col et la cavité glénoïde du corps de
l’omoplate.

8fi

§ 3. — La fracture de la cuisse, quoique très-haute, se trou­
vait au dessous de l’insertion capsulaire; elle était donc soustrochantérienne, et probablement transversale puisqu'il n’y
avait pas de raccourcissement appréciable. La gouttière de
Bonnet était déjà placée avant notre première visite au blessé;
elle a parfaitement maintenu les fragments en place, jusqu’à
complète soudure des os, et pour cette fois encore nous n’avons
pas eu l’occasion d’employer l’appareil Hennequin que l’admi­
nistration des hôpitaux a bien voulu mettre à la disposition de
ses chefs de service.
§ 4. — Je mentionnerai encore, parmi les fractures obser­
vées à la clinique, un cas peu commun de brisure partielle
de l’omoplate : fracture du col et de la cavité glénoïde.
Observation. — Un ouvrier occupé à décharger un navire
tombe de la hauteur de quelques mètres sur un tas de plan-

87

�$8

SIRUS-TIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

La consolidation de cette fracture n été obtenue en remon­
tant la région axillaire à l'aide d’un rouleau de ouate main­
tenu par une bretelle, et. en fixant le coude et le bras par un
bandage de corps. Au bout de six semaines les mouvements
du bras sur l’épaule étaient encore un peu gênés, cependant
le blessé demanda ;'i retourner au travail et je ne l’ai plus
revu.

leur un peu vive, il s'abandonne entièrement à l’opérateur, et
les muscles se maintiennent dans un étal de relâchement a
peu-prés complet.

B. Luxations. § 1.— Sur trois luxations scapulo-humérales,
deux étaient spus-coracoïdiennes, et une sous-claviculaire;
une des deux premières a été réduite immédiatement après
l’accident, et les deux autres 24 heures après ; pour toute les
trois, la réduction a été facilement opérée par la rotation du
membre sur son axe, combiner avec des mouvements de circurnduction (1). U est certes bien loin de ma pensée de vouloir
prétendre que ce procédé doit avoir la préférence sur tous les
autres, et qu’il peut incontestablement réussir dans tous les
cas; un vieux proverbe dit, avec raison, qu'il n’y a pas de
selle à tous chevaux. Mais le procédé est fort simple, d'une
application facile, et n'expose l’articulalion à aucun de ces dés­
ordres, par fois si graves, qui arrivent à la suite de tractions
peu mesurées et trop longtemps continuées. La résistance mus­
culaire est le fait d’une contraction réactive, produite tout
à la fois par la douleur due aux tractions et par la frayeur
qu’éprouvent les blessés en se voyant appréhendés par plu­
sieurs personnes. La contraction musculaire peut, il est vrai,
être facilement supprimée par l’anesthésie ; mais il n’est pas
indifférent de pouvoir se passer du concours du chloroforme
ou de 1éther, et il est toujours utile, en présence d’un accident
de cette nature, de pouvoir agir seul et sans la collaboration
d'aides complètement étrangers à la profession médicale.
Lorsque le blessé ne voit autour de lui aucun préparatif
suspect, et lorsque, dès les premiers mouvements imprimés
par le chirurgien au membre luxé, il ne ressent.mienne dou(1) Voyez: Note suri

Médical. 1870. p. \ 17.

un n’Ôüvem’ procédé de réduction.

o(&lt;\

M a r s e ille

80

8 2. — La luxation du pouce en avant est bien plus rare­
ment. observée que la luxation en arrière, c’est pourquoi je
relaterai avec quelques détails le fait suivant.
Observation— . Un enfant de 12 ans s’étant accroché à une
charrette et. refusant rie lâcher prise malgré les vives injonc­
tions du charretier, fut brutalement frappé sur le dos de la
main droite avec le manche du fouet. 11 y avait une demiheure que ce petit accident était arrivé, lorsque la mère de cet
enfant nous conduisit le blessé à l’Hôtel-Dieu, au moment
même où nous venions de terminer notre visite. Le récit de
ce qui s’était passé et l'endure avec épanchement ecchymotique qui existaient déjà sur la face dorsale du métacarpe,
me firent penser d'abord à une fracture du métacarpe , mais
en examinant successivement chaque partie de la main, je
reconnus bientôt qu’il n’v avait pas de lésion sérieuse ail­
leurs qu'au pouce. Le doigt est considérablement raccourci
et les mouvements qu’on lui imprime, avec assez de facilité,
ne donnent lieu à aucune crépitation: l’éminence thénar est
soulevée en haut et en dedans par un petit corps arrondi, qui
n’est autre que l’extrémité earpienue de la première phalange,
eu revanche la tête du premier métacarpien fait saillie sous
la peau et les tendons de la face dorsale de la première pha­
lange, en un mot, les deux os s’entrecroisent, la phalange
restant en avant et le métacarpien en arrière ; le pouce a
éprouvé un léger mouvement de rotation en dehors.
Malgré tous les renseignement fournis par le jeune blesséqui ne parait pas doué d’une grande intelligence, je n’ai pu
m’expliquer comment un coup porté sur le dos de la main
cramponnée à une barre ou pièce de buis quelconque, a pu
produire la luxation du pouce. Pour se rendre compte de ce
singulier déplacement, il aurait fallu pouvoir reproduire sur
la même charrette 1° la position de la main, 2° la direction du

�90

SIRUS-PIRONDI.

bras, 3° la direction du corps qui a frappé, 4° tenir compte
enfin du brusque mouvement fait probablement par l’enfant
lui-même au moment, où il s'est vu menacé. Quoi qu’il en
soit, la luxation existant, il fallait la réduire et cette réduction
n’offritpas de difficulté. Ayant, en effet, chargé notre interne,
M. Bousquet, de saisir le pouce et d'exercer une légère traction
combinée avec des mouvements de rotation un peu plus pro­
noncés en dedans, me plaçant à gauche du blessé, qui était
debout, je saisis fortement sa main en superposant les
miennes sur sa lace palmaire et en maintenant mes deux
pouces allongés sur l'éminence thénar, de manière à arquebouter les extrémités unguéales des phalanges contre ^extré­
mité métacarpienne de la phalange luxée. Poussant alors
devant moi cette phalange, pendant qu'on imprimait au
pouce les petits mouvements de rotation déjà indiqués, la
luxation fut promptement réduite, et l'on n’eût plus à songer
qu'à des applications résolutives autour de la région contu­
sionnée.

§ 3. — A propos de luxation, je me permettrai une remar­
que que je ne suis pas le premier à faire et qu’il est cependant
utile de répéter dans l’intérêt de ceux qui, jeunes encore,
doivent bénéficier de l'expérience des autres. Il est des indi­
vidus qui ont une prédisposition particulière aux luxations.
Il en est dans le nombre chez lesquels le déplacement articu­
laire se renouvelle toujours sur la même articulation, et on
explique le fait, en disant que le relâchement survenu dans
les liens ligamenteux doit augmenter en raison même de la
fréquence de l’accident, dont il faciliteènsuite la reproduction.
Ce raisonnement est assez juste, mais il ne suffi t pas pour ex­
pliquer comment il se fait que dans divers cas de ce genre, la
luxation qui se reproduit, change de direction et se présente
sous une autre variété ! J’ai eu l’occasion de constater ce fait
depuis longtemps et il a été tout dernièrement rappelé à mon
souvenir par un jeune homme brusquement appelé au ser­
vice militaire.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

91

Observa!ion, — Employé dans une maison de commerce, et
obligé à de fréquents voyages, ce jeune homme, actuellement
Agé de 28 ans, a été atteint 9 fois, dans l epace de 1 1 ans, de
luxation scapulo-humérale du bras droit. L’accident a eu lieu
une fois à Alger, une fois à Toulon, une fois à Nice et 6 à
Marseille. Je ne sais à quelle variété de déplacement ont eu à
faire nos collègues d’Alger, de Toulon et de Nice, mais voici
ce que j ’ai observé pour les six autres cas où mon intervention
a été toujours demandée: trois luxations sous-coracoïdiennes,
dont une incomplète, deux sous-glenoïdiennes, et une sowsacromiale. A la rigueur on comprend la transformation d’une
luxation en bas en luxation antéro-interne oupostéro-externe;
mais on saisit moins bien qu’une articulation sujette à des
déplacements en avant, présente en dernier lieu une luxation
en arrière. La réduction a été plus difficile pour ce dernier
cas que pour les autres.
Il n ’est donc pas exact de dire que la réduction d’une luxa­
tion est d’autant plus facile que la lésion n ’en est pas à sa
première apparition. Pour qu’il en fût ainsi, il faudrait que
l’os déplacé suivit toujours la même direction dans les dépla­
cements ultérieurs, et nous venons de fournir un exemple
prouvant le contraire.
C.
Arthrite sèche. § I. Cette lésion articulaire s’est manifes­
tée au genou droit, d’un homme Agé seulement de 36 ans et
n’ayant, eu d’autres antécédens morbides que de légères at­
teintes de rhumatisme musculaire, tantôt aux bras, tantôt aux
jambes, mais jamais de longue durée, ni assez fortes pour im­
poser Je lit ou un repos absolu.
Au moment de l’admission de ce malade à 1 Hôtel-Dieu,
la déformation du genou est déjà assez avancée ; les mouve­
ments articulaires ne sont cependant pas trop gênés, et la
marche est encore possible. Les premières douleurs ressenties
au genou remontent à plus de deux ans et furent considérées
comme rhumatismales. Leur persistance et leur acuité récla­
mèrent bientôt des soins particuliers qui ne produisirent pas
d’amélioration sensible, et l'état actuel de l’articulation ne

�92

SIRUS-PIRONDI.

permet pas d’espérer une guérison, ni même de pouvoir arrê­
ter les progrès du mal: progrès lents, maison général réfrac­
taires aux moyens thérapeutiques les plus variés. C’est là, du
reste, l’incurabilité commune à toutes les maladies sous l’in—
nnence!desquelles il y a transformation ou dégénérenco des
tissus.
D.
§ 1. Tumeurs blanches, — Deux siégeaient au genou
gauche, une au poignet droit.
.Te ne mentionne ce genre de lésions articulaires, sur les­
quelles on a tant écrit, que pour rappeler une des causes trop
négligées de la tumeur blanche du poignet : l’entorse radiocarpienne.
A l’époque où Baudens appela l'attention des chirurgiens
militaires sur la nécessité de soigner plus sérieusement qu’on
ne le faisait d’habitude, les entorses tibio-tarsiennes, chez les
soldats en marche, il ne craignit pas d’avancer que, dans
l’armée, la plupart des tumeurs blanches du coude-pied ne
reconnaissent pas d'autre cause occasionnelle qu'une entorse
négligée. On accusa Baudens d'exagération et de généraliser
bien à tort un fait exceptionnel. Mais on s’est aperçu plus tard
qu’il n ’exagérait nullement, et justice — quoique tardive —
a été rendue à sa manière de voir. Il y a plus: à mesure qu’on
étudie mieux l’étiologie des tumeurs blanches siégeant ail­
leurs que sur les articulations qui en sont le plus communé­
ment atteintes, on arrive à constater que trop, souvent ce
genre de maladie articulaire est dù à une entorse ou foulure
négligée. Qu'une prédisposition diathésique antérieure y soil
pour une grande part, cela est incontestable; la même cause
traumatique agissant sur un tempérament sanguin et vigou­
reux , ou sur une constitution lymphatique , si ce n'est
scrofuleuse, pourra être suivie d’effets morbides bien différents.
Mais sans vouloir amoindrir l’influence bien connue de la
diathèse scrofuleuse sur la production de ce genre de maladie
articulaire, l'action déterminante de certaines causes trauma­
tiques n’en est pas moins réelle, et en tête de ces dernières il
faut mentionner l’entorse. Et, en effet, la tumeur blanchi» du

C LINIQ l E UHIRURGIU ALE.

93

poignet, qui nous suggère ces réflexions, n’avait pas d'autre
cause appréciable qu’une foulure trop longtemps négligée.
Observation. — Fille âgée de 24 ans, d’un tempérament
lymphatique assez caractérisé, ne se souvenant pas d’avoir
été atteinte d’aucune manifestation strumeuse , bien
réglée, mais accusant un sang pâle. Cette tille tombe de la
hauteur d une chaise ordinaire et se foule le poignet droit
qui, dans la chute, supporte le poids du corps. Malgré une
vive douleur , accompagnée de gonflement et de gêne dans les
mouvements de la main et de l’avant-bras, on ne se résigne à
aucun repos, on refuse de se soumettre aux soins les plus
élémentaires, conseillés par un médecin qui constate l’eu torse,
et pendant 10 mois la lésion articulaire s’établit définitivement
et progresse. Cette fille, d'origine génoise, n’a voulu cesser de
travailler ni entrer à F Hôtel-Dieu qu’à l’apparition d'un
premier abcès pré-articulaire, suivi bientôt d’un second ; elle
a exige son exéat dès qu’il y a eu une légère amélioration
dans l’état du poignet, et j ’ignore ce quelle est devenue, mais
je doute fort que la chirurgie conservatrice puisse se flatter
ici d'un nouveau succès.
D. § 1. Carie des os du nez. — Une coïncidence, que je ne
puis considérer comme fortuite, s’est offerte à notre observation
chez deux jeunes tilles,— une Agée de 14 ans et l’autre de 17 —
atteintes de carie des os du nez avec fistules ossifluentes.
Depuis leur enfance, et sans tenir compte de quelques engor­
gements glandulaires chez la plus jeune, toutes les deux ont
souffert de blépharite chronique et de fréquents catarrhes
oculaires: plus lard le grand angle de l'œil a offert, de temps à
autre, l'apparit ion d’une petite tumeur qui s’affaissait sous la
pression du doigt; enfin, et comme symptôme plus récent,
gonflement et abcès à la racine du uez où s’établit une fistule
ossifluente. En donnant ces quelques détails tels que nous les
avons reçus des malades ou de leurs parents, et qui n’ont par
eux-mêmes que fort peu d’importance, je liens uniquement a
établir la filiation des phénomènes morbides qui se sont

�94

SIRUS-PIR0ND1.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

succédés dans l:ordre suivant : blépharo-conjonctivite catar­
rhale produite peut-être par une diatlièse scrofuleuse, mais
sujette assurément à de trop fréquentes rechutes faute de
soins convenables ; extension de l’inflammation de la conjonc­
tive oeulo-palpébrale à la muqueuse qui tapisse le sac lacrymal;
et nouvelle extension de l’inflammation du sac, d’abord au
tissu cellulaire sous-cutané, puis au périoste et à i’oslui-mème,
consécutivement à cette servitude de voisinage qui a dicté de
si utiles réflexions pratiques à Gerdy.
Je ne sais si, dans l'espèce, la diathèse scrofuleuse n ’aurait
pas fini par implanter ses stygmates sur les os du nez, alors
même que la muqueuse des paupières et du sac serait restée
à l’abri d’une inflammation chronique et spéciale, mais ce
qui est hors de doute c’est qu’en bien des cas la maladie
scrofuleuse débute par les muqueuses avec des symptômes, enapparence très-bénins, et finit par attaquer des organes plus
difficiles à protéger contre les suites de l’inflammation, tels par
exemple que les os et les cartilages. Il y a quelques aimées
déjà, j ’ai pu constater chez un jeune homme de 21 ans, de
passage dans notre ville pour se rendre dans l’Inde, une
tumeur blanche de l’articulation temporo-maxillaire avec
fistule ossifluente consécutive, disait-on, à une ancienne otite
purulente. A pareille époque, la succession de ces deux états
morbides me parut chose rare; mais depuis, les exemples
de cette nature se sont multipliés; et du reste Grocq, de
Bruxelles (1) et M. S. Duplay (2) admettent comme chose
connue et incontestable la filiation précitée.

ophthalmies et ces otites réclament une sérieuse attention au
point de vue curatif, et une certaine réserve dans le pronostic.
Le traitement employé chez nos deux malades se résume
ainsi : comme moyens généraux, huile de foie de morue,
muriate de baryte et proto-iodure de fer, employés alternati­
vement et selon les tolérances de l’estomac ; localement ,
teinture d'iode, injections modérément phéniquées et fré­
quentes lotions avec l’eau de feuille de noyer. Une de ces
jeunes filles a quitté l’Hôtel-Dieu à peu près guérie, et l’autre
était encore en assez mauvais état lorsque nous avons remis
le service de la clinique à M. le professeur Coste. Il est, au
surplus, difficile de se promettre un résultat sérieux, par
n ’importe quel traitement, lorsqu’il s’agit de retenir long­
temps les malades à l’hôpital,s’ils ne sont pas atteints de
maladie fébrile, et s’il faut les soumettre à une médication
longue et dont ils ne peuvent journellement apprécier les
effets.

§ 2. Conclusion. — Quelque rares que soient les exemples
de carie des os du nez, du temporal et du sous-maxillaire, par
suite de l’expansion inflammatoire d’une otite purulente ou
d’une ophthalmie catarrhale scrofuleuse—par conséquent
sujette à rechutes—il n’en reste pas moins prouvé que ces
,1 Traité (les Tumeurs blanches des articulations.
(2) Continuation du Traité de Pathologie externe do Follin, tome lit. —
P aris, 1869.

93

§ 3.—Au commencement de cette même année (1869), nous
avons été témoins avec mon excellent collègue des hôpitaux,
M. le docteur Van-Gaver, d’un fait que nous tenons pour rare—
par cela même utile de faire connaître — et qui se rattache du
reste aux lésions comprises dans la quatrième catégorie.
Observation (1). — Ostéite de la G“c vertèbre dorsale ; abcès
dans le médiastin postérieur ; ouverture de cet abcès dans les
bronches. Guérison.
A l’âge de 7 ans, chute d’un premier étage; quelque temps
après, vaste poche fluctuante, sans changement de coloration
à la peau, au niveau de la région lombaire, un peu au dessus
de la crête des os iliaques. En appuyant la main sur cette
poche on faisait remonter le liquide jusqu’à la G010 vertèbre
dorsale. Ouverture de la poche ; il s’écoule une grande quan­

ti) Le sujet de cette observation est un élève de notre école de médecine,
interne des hôpitaux, et aussi estimé de ses maîtres et chefs de service que
de ses condisciples. 11 a bien voulu nous autoriser à publier le fait qui le
concerne.

�SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

tilé de pus, cl quelques jours après la plaie se cicatrise. 11
survient bientôt un nouvel abcès à la partie interne et lout-àfait supérieure île la cuisse gauche. Un ouvre ce second abcès
qui resla longtemps à se-guérir. Une cicatrisation complète
arrive enfin et jusqu’à l’àge de '21 ans ce jeune homme a joui
d'une bonne santé.
Sans cause appréciable, refroidissement, fatigue ou autre.
N. N. est réveillé au milieu de la nuit par de vives douleurs
dans la région lombaire gauche. Ces douleurs continuent le
lendemain, obligent le malade à garderie lit. et s’irradient,
deux ou trois jours après, dans toute la partie gauche du
thorax, et jusque dans hépaule gauche. Elles ont tous les
caractères du rhumatisme musculaire aigu . et persistent
pendant un mois malgré tous les moyens employés pour les
combattre. Le malade accuse, en outre, une gêne extrême do
la respiration, surtout du côté gauche où l’on n ’entend pas le
murmure respiratoire ; bruits de frottement à la base du
thorax ; pas de toux ; frissons très légers et rares ; lièvre assez
forte. Rien de notable du côté droit de la poitrine; mais vives
douleurs dans l'articulation temporo-maxillaire droite, ainsi
que dans les muscles de la région postérieure du cou : et
douleurs encore assez fortes et continues, aux articulations du
gros orteil, du genou et de la hanche du membre pelvien
gauche.
Au bout de cinq semaines de souffrances intolérables et que
rien ne peut calmer, le malade est pris, au milieu delà nuit,
par de violentes quintes de toux qui surviennent brusquement
et se prolongent pendant cinq ou six heures: et au bout de ce
laps de temps, expectoration d’une énorme quantité de pus
mal lié, paraissant provenir d'un abcès froid. La toux et l’ex­
pectoration purulente continuent pendant une dizaine de
jours: grand affaiblissement du malade.
En auscultant et en percutant de nouveau le thorax, nous lie
constatons qu’un peu de matité à gauche de la colonne verté­
brale; mais une très-vive douleur est accusée au niveau de la
vertèbre dorsale, et, en explorant attentivement cette
région, nous trouvons l'apophyse épineuse de cette vertèbre

déviée à gauche et considérablement enfoncée ; en dehors et
au dessous, par conséquent, des apophyses de la 5,nf et de la 7""*
vertèbres dorsales. C’est à ce moment seulement que le malade
nous lit part, à M. Van Gaver et à moi, de l'accident «qui
l'avait atteint à l’àge de 7 ans, et dont il ne s'était plus ressenti
pendant l i ans! C'est à ce moment aussi que nous crûmes
être lixés sur la nature exceptionnelle de la maladie à laquelle
nous avions à faire : Un abcès péri-osseux s’était très-proba­
blement formé en avant ou à coté de la colonne vertébrale,
dans le voisinage d’une vertèbre qui avait conservé quelques
traces morbides d'une ancienne lésion. Cet abcès s'est avance
ensuite dans le médiastin postérieur et s’est ouvert dans une
grosse bronche, si l’on en juge par la facilité de l expecloralioii.
Maintenant, faut-il attribuer l'abcès à l’influence d’un état
rhumatoïde général, fixé , en dernier lieu, sur la colonne
vertébrale par suite d’une prédisposition morbide antérieure
à l’accès de rhumatisme? ou bien, les vives douleurs rhum a­
toïdes n ont-elles été que la conséquence de la formation
d’un abcès beaucoup trop près de la moelle épinière et des
nerfs qui en émergent? Je ne me charge pas de résoudre la
question ; j ajouterai seulement à ce qui précède, et à titre de
renseignement, que toutes les douleurs ont complètement
cesse du moment où le pus s’est fait jour à travers les
bronches.
Quoiqu’il en soit, la guérison s’est effectuée lentement mais
progressivement. Quelques préparations de quinquina et de
proto-iodure de fer ont relevé les forces et ramené 1 appétit,
tout en modifiant la constitution du malade : l'expectoration,
après avoir abandonné son caractère purulent, a graduelle­
ment diminué pendant cinq semaines et complètement cessé
i0 jours après 1 ouverture de 1abcès. Depuis lors ce jeune
homme jouit d’une excellente saule, qui lui a permis de
supporter de très grandes fatigues sans se ressentir de l’acci­
dent grave que nous venons de relater.

90

97

/

�98

SIRUS-PIRONDI.
CLINIQUE CHIRURGICALE.
CINQUIÈME

CATÉGORIE

Maladies syph ilitiques.
§ l . — Depuis qu’un service spécial pour les maladies véné­
riennes a été ouvert à l’hôpital de la Conception, les malades
de cette catégorie sont rares à l’Hùtel-Dieu, et ce n’e st, en
quelque sorte, que par contrebande qu’on les y reçoit. Celle
infraction au règlemeut n’est cependant pas inutile à l’ensei­
gnement clinique, et elle rend plus de services qu'on ne le
pense peut-être à là grande question d’hygiène publique
sur laquelle nous 11e pouvons laisser passer l'occasion de dire
quelques mots.
Pour toutes les maladies de source vénérienne, traitées dans
les hôpitaux, l’établissement d’un service spécial est chose
presque indispensable ; il y a là une telle similitude de médi
cation, de régime, de soins et de précautions à prendre, qu on
ne pourrait vraiment pas — s’en- s’exposer à de sérieux incon­
vénients — éparpiller les malades un peu partout . Mais en
organisant un service hospitalier de cette nature, peut-on et
doit-on lixer irrévocablement le nombre de lits cousacrés aux
maladies de cette espèce ?
Et — en 11e voulant même examiner les choses que sous le
rapport uniquement administratif — est-il prudent, est-il
économique de créer ou, pour le moins, de tolérer des diffi­
cultés et des retards pour l’admission à l'hospice de cette caté­
gorie de malades ?
Quelque peu versé que l’on soit dans les questions finan­
cières, il est clair pour tous que les subventions accordées
aux hospices n’étant pas plus illimitées que les ressources
propres et souvent trop modestes dont ces établissements dis­
posent, on ne peut exiger d’une administration sérieuse
qu’elle s’engage dans des dépenses qui dépasseraient de beau­
coup la somme totale fournie par ces ressources jointes aux
subventions. Mais cette réserve une fois établie, qu’il nous

99

soit permis de dire que la part faite, dans nos hôpitaux, aux
maladies vénériennes est trop restreinte. Dans les grandes
villes et plus particulièrement dans les ports de mer, là où les
marins de tous pays abordent, et où une nombreuse popu­
lation flottante peut toujours se soustraire aux règlements de
la police sanitaire — en supposant qne ces règlements fussent
toujours bien efficaces— dans les grandes villes, disons-nous,
on ne saurait s’imposer trop de sacrifices pour la destruction
d’une lèpre dont on ne peut calculer assez minutieusement
les innombrables méfaits. On a beaucoup écrit, et d’excellentes
choses, sur les diverses mesures qu’il y aurait à prendre pour
tarir, autant que possible, les sources d’infection. Je 11e sais,
pas exemple, si la visite médicale des marins qui débarquent
(en ne supposant pas la mesure incompatible avec la liberté
individuelle) amènerait une diminution bien sensible dans
le nombre total des infectés ; et je 11e puis espérer que l’on
parvienne jamais à établir une surveillance assez sévère pour
empêcher un grand nombre de lilles, dites soumises, de se
soustraire aux exigences réglementaires et de continuer à
propager le mal en négligeant de se soustraire elles-mêmes
au poison qui les mine. Mais en admettant que ces moyens
et bien d’autres encore puissent exercer une heureuse influence
sur la diminution progressive du nombre et de la gravité des
maladies vénériennes, rien ne suffira au but qu’on voudrait
atteindre si l’on ne parvient pas à faciliter, dans de largesproportions, le traitement gratuit de cette catégorie de malades,
soit à domicile, soit dans les hôpitaux.
Et qu’on ne suppose pas que des demi-moyens puissent
suffire à une pareille tâche ; le mal est grand, plus grand
que ne le supposent les personnes étrangères à la profession
médicale. Jadis les villes seules avaient le privilège de ce
regrettable tribut payé à la débauche; mais aujourd’hui il
n’y a pas de petit village, ni de hameau, qui puisse se croire
à l’abri d’une pareille infection ; elle y est importée tantôt par
le citadin en tournée, tantôt par le villageois lui-même,
comme triste souvenir d’une promenade à la ville I Si l'igno­
rance ou l’incurie empêche parfois de s’apercevoir de suite du

�100

SlKlS-rilvONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

regrettable gainq u ou a fait, dans d'autres cas, une erreur popu­
laire aussi stupide que peu avouable lui fait rechercher une
guérison, qui n’arrive pas, dans des rapports qui communi­
quent intentionnellement à d’autres le mal dont on est atteint
soi-même. De toute façon, par conséquent, la maladie se pro­
page ; après avoir mis tout en commun dans les liaisons peu
avouables, c’est enfin de compte le mariage qui en supporte
les plus tristes conséquences, et qui paye les frais de tout cela?
les pauvres enfants! Je me trompe: c’est le pays tout, entier
qui en définitive souffre d’un pareil état de choses. La popu­
lation virile est remplacée par des êtres maladifs ; et la scro­
fule aidant (comme nous l’avons déjà dit) une nation insensi­
blement. dégénéré, et là où jadis fleurissait un peuple vigou­
reux, on ne rencontre plus que des êtres faibles, cacochymes,
participant plutôt de la nature physique de la femme que de
celle de l'homme.
Maintenant si l'on ajoute à cette cause congénitale d’affai­
blissement physique l’ébranlement du système nerveux pro­
duit par l'abus du tabac, on n’aura pas besoin de chercher
ailleurs l’explication des changements qu’on a dû apporter
dans les instructions et règlements sur lesquels s’appuient les
décisions des conseils de révision.
Il ne faut pas songer à diminuer l’abus du tabac, c’est un
impôt, dit-on. trop agréablement payé à l'Etat. Mais il est du
devoir des médecins et des administrations de secours aux
malades, de réunir tous leurs efforts, pour diminuer, si on ne
peut anihiler tout à fait les ravages de la syphilis. Dans ce
but, il faut que toute personné,homme ou femme,atteinte d’un
symptôme suspect puisse avoir la possibilité de recevoir im­
médiatement un avis utile, et gratuitement (s’il le faut) tous
les soins nécessaires. Pour certaine classe d’individus, à civi­
lisation incomplète ou viciée, un service hospitalier est indis­
pensable, car sans ses rigueurs d’isolement, de propreté et
d’abstinence, la guérison se fait longtemps attendre et la pro­
pagation de la maladie suit une progression fatale. Seulement
si on a la ferme et sage intention que les malades atteints de
maladies vénériennes s'empressent de se faire soigner et n’hé-

sitentpas à entrer à l’hôpital, il faut les y recevoir dès qu’ils
se présentent ; il faut éviter d’entourer cette admission de
formalités trop longues et par cela-même humiliantes ; et
on doit les traiter avec les mêmes sentiments de bienveillance
et d’humanité qu’on accorde à tous les autres malades. Et
qu’on ne dise pas que de pareilles facilités seraient un encou­
ragement au vice. D’abord les plus malades ne sont pas d’or­
dinaire les plus vicieux, c’est là une remarque que nous ne
sommes pas des premiers à faire. Mais en fcit-il ainsi, lors­
qu’on vise à limiter, autant que faire se peut, les ravages d’un
mal qui s’attaque à la masse du sang et mine l’organisme,
on doit se préoccuper avant tout de l’intérêt général et ne pas
regretter que des malades, plus ou moins dignes de sympathie,
bénéficient de précautions prises contre la maladie.
L’administration ne saurait donc s’imposer trop de sacrifice
pour multiplier le nombre de lits consacrés au service spécial
des vénériens, ni trop veiller à ce que les réglements et ceux
qui les appliquent, au lieu d’éloigner ces malades des hôpitaux,
les encouragent, au contraire, à y venir chercher des soins
d’autant plus efficaces, à tous égards, qu’ils seront plus im­
médiats.

101

§ 2. — Douze malades vénériens ( 8 hommes et 4 femmes ),
atteints d’affections syphilitiques diverses, ont été reçus dans
les salles de la clinique, et sur pareil nombre de cas morbides
— fussent-ils tous intéressants — il serait puéril démettre
une opinion quelconque sur les grandes questions qui divi­
sent encore aujourd’hui les syphiligraphes. .Te dirai plus:
alors même que je me retrouverais chargé, comme en 1854 et
1855 (1), d’un grand service spécial, il est probable que j ’évi­
terais d’intervenir dans des discussions doctrinales d’où l’on
sort parfois tout aussi peu convaincu de la courtoisie de son
adversaire que delà justesse des idées qu’il soutient.

(1) Yoy. Notes cliniques recueillies à VHôtel-Dieu île Marseille , etc. —
Paris,

1856.

�STRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

Mais que cette réflexion, qui ne se rattache à aucun souvenir
qui me soit personnel, ne laisse pourtant pas croire que je
considère comme fâcheuses, et encore moins comme inutiles,
les discussions animées que soulèvent des questions aussi
importantes que celles, par exemple, qui appuyent ou repous­
sent la doctrine de la dualité chancreuse. En voulant renvoyer
toutes les anciennes idées et y substituer, pour ainsi dire, une
science nouvelle , on a parfois dépassé le but et navigué
quelque peu dans une mer de fantaisie; il n’en reste pas
moins de bonnes vérités acquises, car on sait mieux ce que
bon savait mal ou incomplètement, et grâces à une expéri­
mentation toujours mieux dirigée et à une observation de
moins en moins égarée par les erreurs de l’imagination, on
finit par s’entendre sur le point essentiel, qui est la méthode
curative; et il y aurait vraiment plus que de l’injustice à
méconnaître que, de nos jours, le traitement des divers
accidents syphilitiques a acquis un degré de précision
remarquable.

qui n’ait recuilli quelque observation de ce genre, et tous
prêchent aux infectés les plus minutieuses précautions. Mais
on n’est pas toujours écouté, on crie à l’exagération, et la
meilleure prédication consiste peut-être à citer le plus
d’exemples possibles de contaminations insolites. C’est ce qui
me détermine à recommander le fait suivant à l’attention des
fumeurs.
On connaît, sans doute, la mauvaise habitude qu’ont
certains d’entr’eux de déposer momentanément leur cigare
allumé sur le premier endroit venu—à l’entrée d’une maison,
par exemple — pour le reprendre en sortant et après un
intervalle variable mais ordinairement assez court. Un de ces
produits, plus ou moins havanais, fumait sur les ferrements
d’une porte, en attendant le retour de son maître, lorsqu’un
individu aussi peu délicat que malpropre eut l’incroyable
tentation, en passant, non pas d’emporter le cigare ( ce qui
eût mieux valu ) mais d’en aspirer quelques bouffées. Ce cigare,
encore humide des lèvres du deuxième fumeur, retourna
bientôt dans la bouche de son propriétaire ; malheureusement
ce retour ne put s’effectuer sans transporter, d’une bouche
à l’autre, un liquide salivaire empoisonné par de nombreuses
plaques muqueuses, et le résultat d’une pareille indélicatesse
fut l’apparition de deux ulcères à la langue, suivis plus tard de
symptômes généraux, chez un homme arrivé déjà à un certain
âge sans la moindre atteinte de syphilis! Des circonstances
exceptionnelles m’ont permis une enquête qui n'a pas laissé
place au doute sur l’exactitude de la filiation morbide que
nous venons d’indiquer.

102

§ 3. — L’étude passionnée à laquelle on s’est livré pour
cette classe de maladies n’a pas seulement profité à leur
traitement, elle a rendu encore d’incontestables services leur
prophylaxie. En analysant et en discutant les faits on n ’a pas
toujours prouvé ce qu’on voulait leur faire dire; mais, en
revanche, on a été amené à des mesures préservatrices dont
on ne comprend bien toute l’importance que depuis que l’on
admet, par exemple, l’existence du chancre amygdalin, la
contagiosité des plaques muqueuses, et la possibilité de
charrier et de transmettre le virus par un véhicule tel que les
mucosités buccales, lorsque les conditions d’inoculabilité —
une simple éraillure de la peau ou des muqueuses — existent.
Et encore devrait-on vulgariser le plus possible ce que j ’appel­
lerais volontiers le danger des fiers, qui, par excès de confiance
ou par ignorance, s’exposent aux contaminations indirectes de
malades imprudents ou peu délicats.
Ces transmissions involontaires ont lieu parfois d’une
manière assez bizarre; il n’est pas de médecin aujourd’hui

403

§4. — Parmi les conquêtes que la thérapeutique doit, de
nos jours, aux études syphiligraphiques, je crois prudent
de ne point compter la suppression totale du mercure dans le
traitement de toutes les maladies vénériennes; mais il faut
rendre un juste tribut d’éloges û tous les chirurgiens spéciaux
qui, à l’exemple de M. Diday (1), cherchent à bien préciser
(I) Histoire naturelle et thérapeutique de la syphilis.

�10*

SIRUS- PIRONDI.

les signes auxquels on peut distinguer les syphilis fortes des
syphilis faibles, laissant à la nature et à un bon régime le soin
de guérir les u n es, tandis que le mercure est considéré
comme absolument nécessaire pour les autres. Ces signes
caractéristiques de la bénignité et de la malignité de la vérole
ne sont pas infaillibles, tant s’en faut, et personne n'ignore
les inconvénients d une expectation qui laisse à la maladie le
temps de s’impatroniser dans l'organisme. Mais il ne faut pas
non plus considérer comme chose parfaitement inoffensive
l’usage immodéré d’un médicament aussi actif que le mercure.
La vérité pratique doit se trouver entre les deux extrêmes,
mais en attendant qu'elle se montre d'une manière évidente et
indiscutable, l’observation clinique prouve journellement
qu’il est des cas dont une médication mercurielle des plus
modérées a très-promptement raison, tandis que pour d’autres
il faut élever les doses et continuer longtemps l’usage du
médicament pour obtenir un résultat satisfaisant, quoique
les symptômes objectifs affectassent, dans tous les cas, une
forme à peu près identique. C’est ainsi que sur 5 malades
( 4 hommes et 1 femme) atteints de plaques muqueuses à
l’anus, aux amygdales et à la langue ou à la vulve, deux ont
guéri très-promptement et après une dose minime de prépa­
rations spécifiques, tandis que les trois autres ont dù être
longtemps mercurialisés ; un de ces derniers restait encore en
traitement lorsque nous avons quitté l’Hôtel-Dieu, et il y était
déjà lorsque nous avons pris le service de la clinique.
Les deux premiers étaient-ils guéris complètement, et à
l’abri de récidive? Je n’en sais rien, puisque je n’ai plus
revu ces malades; mais j ’ai déjà observé plusieurs faits
semblables dans la pratique privée, et pour ceux-ci je puis
affirmer qu’il n’y a pas eu de récidive.
En pareil cas, n’aurait-on pas pu s’abstenir d’employer le
mercure, et la guérison n ’aurait-elle pas été tout aussi facile­
ment obtenue ? C’est possible, mais en présence de symptômes
syphilitiques parfaitement caractérisés, je n’ai pas osé m'en
rapporter exclusivement aux soins hygiéniques, aux toniques
et à la médication ordinaire, telle que la préconise M. Diday.

CLINIQUE C H IR U R G IC A L E ,

I0K

Encore une fois, je crois sa distinction de véroles fortes et de
véroles faibles parfaitement juste, et pareille doctrine me
paraît beaucoup plus conforme à une saine observation que
celle qui admet deux virus, un pour le chancre induré, et
l’autre pour le chancre mou.Dans la première on tient compte:
Dde la force ou degré de virulence de la graine, 2° de la
nature ou réceptivité du terrain; en un mot, dans cette trans­
mission de maladie d’un individu à un autre, on fait la part
des dispositions et prédispositions morbides de l’infectant et
de l’infecté, et le raisonnement présenté par M. Diday est
tellement juste qu’on peut l’appliquer à bien d'autres mala­
dies transmissibles. La seule réserve qu i1 convienne encore
de faire est, je le répète, relative aux signes qui peuvent
guider le praticien dans la connaissance préalable de ces deux
degrés de vérole. Pour le moment, et jusqu’à plus ample
informé, il est permis de répéter avec Follin (1) qu’un certain
nombre d’observations soigneusement recueillies donnent
raison à M. Diday lorsqu’il admet, comme indices d’une
syphilis faible,
1° La contamination dm sujet infecté, consécutive à une
lésion secondaire ou à une érosion chancriforme existant
chez l’infectant ;
2° Après le symptôme primitif, qui peut passer presque
inaperçu par son apparente bénignité, apparition tardive de
syphilide exanthématheuse ou papuleuse, jamais de pustules
ni de squames;
3° S'il y a plusieurs poussées tégumentaires, elles sont
séparées par de longs intervalles, et leur gravité va graduelle­
ment en diminuant.
Les conditions inverses caractérisent évidemment la vérole
forte, soit : le chancre induré, comme point de départ, et à
courte incubation, pustules ou squames pour première
éruption , avec des poussées nombreuses, séparées par de
courts intervalles et à gravité progressive.
(1) Pathologie externe. Tome I . page 770.

�106

SIRUS-PIRONDI.

En supposant, donc que des observations ultérieures arrivent
à confirmer de plus en plus Futile séparation des maladies
syphilitiques en deux classes, fortes et faibles, et qu’on par­
vienne à les diagnostiquer par des indices suffisamment
problables, mais qu’on ne pourra jamais tenir pour certains,
se croira-t-on autorisé à ne pas faire appel au traitement
mercuriel toutes les fois qu’on se trouvera en présence d’une
syphilis présumée faible? Je ne le pense pas, mais il est, en
pareil cas, du devoir du médecin de modérer l’emploi des
préparations hydrargiriques, et d’en user d’une manière, en
quelque sorte, intermittente, afin de donner à l’organisme
le temps de se reconnaître ; cela n ’empêchera pas du reste
d’augmenter, au besoin, l’énergie du traitement proportion­
nellement à la gravité des symptômes qui peuvent succes­
sivement apparaître. Quelque modérée que soit la dose de
mercure déjà administrée, elle comptera toujours dans la
quantité totale de médicament nécessaire à la destruction du
virus— si destruction il v a — ; et d’ailleurs on acquiert
chaque jour de nouvelles preuves que l'action d’un médica­
ment ne dépend pas seulement de la dose à laquelle on
l’administre, mais surtout de celle qui est absorbée (1).
§ 5. Puisqu’il vient d'être question de l’opportunité du
traitement de la syphilis par les préparations mercurielles,
on peut se demander maintement si, parmi ces préparations, il
en est qui méritent une préférence spéciale et s’il en est
d'autres auxquelles il convient de n’avoir jamais recours.
En général, quand il s’agit de choisir un médicament,
parmi plusieurs doués d’une action analogue, le meilleur de
tous est celui dont on a l’habitude de se servir ; on en connaît
mieux l’action physiologique et pathologique, et on en calcule
les effets avec assez d’exactitude pour que le malade y ait tout
à gagner et rien à perdre. Cependant, on a à faire parfois à
des manifestations syphilitiques d’un caractère particulier, et
(1) Voy. Bulletin de la Société de Médecine de Marseille , 1861 et Gazette
hebdom. — Paris 1801, page 340.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

107

qui fournissent des indications spéciales. En voici un
exemple : Parmi les malades reçus à la clinique, nous avons
eu à traiter une jeune femme atteinte diritis grave, accom­
pagnée de sypliilide pustuleuse. Tout en faisant pratiquer,
matin et soir, des frictions à la tempe avec l’onguent mer­
curiel belladoné , et instiller entre les paupières quelques
gouttes de collyre au sulfate d’atropine pour empêcher les
adhérences de l’iris avec la capsule cristalline, nous avons
prescrit 1 usage du proto-iodure de mercure de préférence au
deuto-chlorure, précisément parce que la première préparation
est plus sujette à produire la salivation que la seconde. La
salivation n ’arrivant pas assez promptement, et l’iritis faisant
des progrès, le proto-iodure fut remplacé par le calomel à
doses fractionnées et fréquemment répétées. La salivation
apparut enfin et avec elle un amendement considérable de
l’iritis.
La stomatite mercurielle n’est plus à redouter depuis que
l’on connaît le moyen facile de la combattre par le chlorate
potassique; on peut même se promettre de l’éviter si, à
l’exemple de M. Lasègue, on veut administrer le mercure
conjointement à l’usage du sel de Bertholet. Mais il n’est peutêtre pas indifférent d’introduire, sans une absolue nécessité,
tant de médicaments dans l’estomac, et lorsqu’on n’a pas
1intention de faciliter la salivation comme moyen curatif,
mieux vaut avoir recours au bi-chlorure ou au mercure
soluble dit de Hannemann, dont l’action anti-syphilitique est
aussi puissante que celle des autres préparations. Que si l’on
se trouve en présence d'un de ces états morbides complexes
contre lesquels on trouve l'indication précise d’appliquer
l'iode en même temps que le mercure, autant vaut faire de
suite appel au traitement mixte et prescrire l’iodure de
potassium en même temps que l’hydrargire, soit séparément
soit unis, comme dans les préparations dites de Boutigny.
§ 6. — Il est pourtant des organismes qui atteints gra­
vement d’affection syphilitique, à manifestations diverses,
ont une répugnance invincible pour toutes les préparations
hydrargiriques et même pour l’iodure de potassium. Croyant
avoir souvent à faire à des antipathies quelque peu ima­
ginaires, il m’est arrivé, tant en ville qu’à l’Hôtel-Dieu, de

�108

fSlRUS-PIBONDI.

déguiser -le nom du médicament, et malgré cela il y avait,
dès les premières doses, des douleurs gastralgiques telles qu’il
a fallu absolument y renoncer. On a dit qu’en pareil cas on
remplace avantageusement le traitement mercuriel interne
par les frictions, par les fumigations et. dans ces derniers
temps, par les injections sous-cutanées.
Personne ne peut contester les guérisons obtenues par les
onctions mercurielles lorsqu’elles sont employées avec discer­
nement et en se conformant aux règles posées par Sigmund,
de Vienne, qui, parmi les chirurgiens modernes, est un de
ceux qui ont. employé cette ancienne méthode sur une pins
large échelle. Mais on ne contestera pas non plus que les
organismes intolérants à l’action mercurielle, quand le médi­
cament est administré par l’estomac, ne le supportent pas
plus facilement lorsqu'il est absorbé par la peau, et Sigmund
lui-même signale des sueurs abondantes , des diarrhées
rebelles, et des inflammations cutanées, comme des accidents
consécutifs à ce mode de traitement.
Les fumigations ou. pour mieux dire, les bains de vapeur
mercurielle n'ont pas plus de chance que les onctions, d’ôtre
supportées docilement par des organismes intolérants à cette
médication spécifique. La première fois que j ’ai prescrit ces
bains ce fut pour me conformer à l’avis de notre très-distin­
gué confrère, M. le professeur Richet. L’indication d’un
traitement hydrargirique était précise : «mais il y avait
répulsion complète de la part de l’organisme de notre malade,
et malgré toutes les précautions prises pour que les vapeurs
ne fussent aspirées ni par la bouche ni par le nez, l’absorption
cutanée n’en fut pas moins suivie de vives douleurs gastral­
giques et entéralgiques, et on dut s’arrêter au troisième bain.
Restent les injections sous-cutanées. Je les ai essayées sur
cinq malades seulement, dont trois à l’Hôtel-Dieu et deux eu
ville. Nous avons employé la solution préconisée par M. Lié­
geois (1), soit : eau distillée 90 grammes, sublimé 20 centigr..
chlorhydrate de morphine, 10 centigr.: et nous avons pratiqué
ou fait pratiquer par notre interne, M. Bousquet, une ou deux
injections successives dans le tissu cellulaire du dos ou du
bras à l’aide d’une seringue de Pravaz, modèle ordinaire.
Comme effet général anti-syphilitique, les résultats ont été
pour nous contradictoires, ; mais n’ayant pu continuer nos
essais aussi longtemps qu’il l’aurait, fallu, nous ne pouvons
émettre une opinion bien motivée sur cette méthode hypoder­
mique mise en honneur par Scarenzio (1864). Cependant il
nous est permis d’affirmer que les injections sous cutanées,
pas plus que le traitement interne ou les fumigations,
(1) Bulletin delà Sociale de Chirurgie. — Séance du 2 juin 1869.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

100

n’épargnent à l’organisme ni la salivation ni les tlouleurs
gastralgiques ou entéralgiques, lorsque cet organisme est
réfractaire à la médication mercurielle. Que si l’on nous
objectait que les injections sous-cutanées ne produisent
l’hydrargirose qu’autant qu’on en pratique un trop grand
nombre ou. qu'à l’exemple de M. Liégeois, on les répète deux
fois par jour, nous répondrons que dans quelques récents
travaux de l’école svphiligraphique italienne—parmi lesquels
je citerai une intéressante communication du docteur Marc
Petreni (1)— une violente hydrargirose générale s’est mani­
festée neuf jours après une seule injection de 23 centigrammes
de calomel en glycéré.
En résumé, l’observation journalière enseigne qu’il est par­
fois impossible d’avoir recours au traitement mercuriel,
quelles que soient la voie et la formule à l’aide desquelles on
veut faire pénétrer le médicament dans l’économie. Certains
organismes s’y refusent d'une manière absolue. Faut-il alors
abandonner la maladie à son évolution propre, et se contenter
de prescrire un régime exceptionnel approprié à la circons­
tance ? où doit-on faire appel à certains succédanés dont la
principale vertu est de faire supporter plus ou moins patiem­
ment l’expectation? 11 reste encore à la disposition du patricien
deux moyens curatifs assez énergiques, qui ne sont pas suffi­
samment connus ou auxquels on n’accorde peut-être pas le
degré de confiance qu'ils méritent. L’un d’eux — les eaux
sulfatées calcaires d’Aulus (Ariège) — n ’est pas à la portée de
toutes les positions (2) ; mais l’autre offre l’incontestable avan­
tage d’être accessible à tous les malades indistinctement, et
plus économique que tous les autres médicaments douton peut *
se servir, en pareils cas. dans un service hospitalier. Nous
voulons parler de la teinture d’iode. Au commencement de
l'année 1865. M. le docteur Guillemin a publié un petit travail
fort intéressant intitulé: des avantages de la substitution de
l'iode à l’ioclure de potassium dans le traitement des maladies
syphilitiques. La lecture de ce travail donne plus que le titre
ne promet; et lorsque l’auteur avance que ce n’esl pas seu­
lement contre les accidents de la période tertiaire que 1iode
est efficace, mais qu’il a, au contraire, une action plus rapide
et plus évidente encore sur les accidents secondaires, il appuie
ce qu’il avance par plusieurs observations présentées de ma­
nière à ne pas laisser de doute dans l’esprit du lecteur. Du
reste, tout essai thérapeutique étant parfaitement autorisé du
moment qu’il ne peut en rien aggraver la position du malade,
(J) Speriinentale de Florence. — Séance du coin. méd. d’Àrczzo , 30 juillet
1870.
(2) Voir F iliiol : Eaux minérales des Pyrénées . page 507.

�III

VARIÉTÉS.

VARIÉTÉS.

je me suis empressé d’appliquer, dès la même aunée 1865,
la teinture d’iode au traitement des accidents secondaires, et
les résultats obtenus ont été identiques à ceux signalés par
M. Guillemin. A son exemple, j ’ai employé une solution de
3 grammes teinture d’iode au 10mo, dans 500 grammes d’eau,
Dans les salles de la clinique, la dose journalière a varié entre
8 et 6 cuillerées à bouche par jour; en ville, j'ai rarement
dépassé la dose de 3 cuillerées, et cet écart dans les doses est
motivé par une différence dans l’activité des préparations ;
différence dont il n’est pas toujours facile de se rendre
compte.
Lorsqu’on se décide à avoir recours à cette médication, on
ne doit pas se laisser décourager si les lésions restent station­
naires pendant un certain temps. M. Guillemin a déjà signalé
le fait, en ajoutant avec raison : « qu'à un moment donné elles
« subissent brusquement une modification heureuse, et marchent
« dès lors régulièrement et rapidement vers la guérison, à la
« condition que l'usage delà solution iodée soit continuée sans
« interruption. »
N’ayant pas l’intention de conseiller un succédané per­
manent du mercure, je n’agiterai pas la question de savoir s’il
y aurait avantage ou inconvénient à remplacer toujours l’hydrargire par l’iode. Le mieux est trop souvent l’ennemi du
bien. Et en supposant encore que les partisans de la générali­
sation dutraitementiodiqueobtinsent des résultats équivalents
à ceux fournis par le traitement mercuriel, on ne serait pas
encore autorisé à l’acceptation exclusive de la première de
ces deux méthodes curatives tant que la statistique ne se sera
pas prononcée sur les chances respectives de rechute. Le mer­
cure, administré prudemment et rationnellement est encore,
dans l’espèce, un médicament précieux auquel on ne doit
complètement renoncer que là où l’organisme se montre
rebelle à son action.
(A suivre.)

« En recevant ces lignes amies, bien chers confrères des dépar­
tements et de l’étranger, je ne vous demande pas d’éprouver
l’émotion que j ’ai ressentie le jour où, après cinq mois de privation
douloureuse, j ’ai reçu la première lettre m’arrivantde la province.
Un timbre bleu, m’écriai-je! Béni sois-tu, cher et doux signe de
la résurrection !... Et, reconnaissant sur la suscription l’écriture
d’un membre de ma famille, tremblant de crainte et d’espoir, je
n’osais rompre l'enveloppe .„. Eh bien, en reprenant en ce mo­
ment avec vous ces familiers entretiens que vous avez toujours
accueillis avec tant de bienveillance, il me semble, — laissez-moi
le croire, — que vous ressentez un peu de ce bonheur que
j'éprouve, immense pour ma part, de me retrouver avec vous
après une si longue et si pénible absence......................... ...........
« Chers confrères, ma maison ravagée du faîte aux fonde­
ments, mon mobilier volé ou brûlé, ma cave pillée, mon jardin
bouleversé, mon puits empoisonné, tous ces désastres pour mon
humble fortune, a peu près irréparables, ne constituent pas le
plus vif de mon chagrin. Une perte plus douloureuse encore
m'était réservée, et je prends la liberté d’en déposer l’expression
dans votre cœur ami.
« On ne traverse pas quarante ans de journalisme, on n’a pas
été mêlé aussi activement que je l’ai été au mouvement scienti­
fique, littéraire et professionnel de son époque, on n’a pas pris
une part aussi directe aux grandes manifestations qui se sont
produites depuis vingt-cinq ans dans la médecine de son temps,
telles que le Congrès medical de 1845, la création de l’Asso­
ciation générale des médecins de France et autres choses encore,
sans avoir eu les relations médicales les plus étendues dans notre
pays et à l’étranger. De ces relations, j ’avais conservé les témoinages écrits les plus précieux, et j ’avais recueilli une collection
'autographes de médecins dont j ’évaluais le nombre des pièces
à plusieurs milliers. D’à peu près tous les médecins morts ou
vivants depuis un demi-siècle et d'une notoriété plus ou moins
éclatante, mais réelle, je possédais une lettre, tout au moins un
billet. Au moment même de l'explosion de la guerre, je m’oc­
cupais du classement de cette collection unique que j ’avais eu
l’imprudence d’emporter à Chûtillon où, pressé par les événements
j ’ai été forcé de la laisser.
« Je ne l’y ai plus retrouvée, hélas ! a-t-elle été brûlée, disper­
sée, jetée auvent? je n’en crois rien et voici pourquoi : c’est que
dans l'armoire qui la renfermait se trouvait une grande quantité
d’autres papiers sans signification et sans valeur. Eh bien! ces
papiers je les retrouve ou entiers ou par fragments ; de ma
collection, soigneusement chemisée et liée par des courroies de
sangles, pas un vestige! Evidemment une main intelligente et
connaisseuse a passé parla. Deux médecins allemands sont restés
près de six mois à Châtillon où existait une grande ambulance,
et je sais positivement que plusieurs fois ils ont visité ma maison,
qui n’a cessé d’être habitée par une quarantaine de Bavarois.
Rien ne m’a jamais été plus pénible que de faire des insinuations
désobligeantes pour des confrères, fussent-ils allemands. Mais
quelle tentation pour des médecins allemands que ces dossiers
soigneusement étiquetés et portant les noms illustres d’Andral,

MO

VARIETES.
M. le docteur Simplice, a repris, dans Y Union Médicale du 11
mars, ses intéressantes etspirituelles causeries. Nous ne pouvons
résister au désir de citer la parole émue de notre éloquent con­
frère; elle fera comprendre, mieux que tout autre récit, les
angoisses de la population parisienne, et les souffrances de toutes
sortes qu’elle a endurées pendant la guerre :

f

�112

SEUX FILS.

de Bouillaud, de Rayer, de Ricord, de Trousseau, de Louis, de
Serres, d’Esquirol, de Lordat (de Montpellier), de Viguerie (de
Toulouse), de Gintrac (de Bordeaux),vde Bretonneau (de Tours),
de Forget (de Strasbourg), de tant d’autres et d’autres encore,
l’honneur et la gloire de la médecine française, sur laquelle
jamais, jamais ne prévaudra la médecine nébuleuse des univer­
sités allemandes.
De cette perte irréparable je ne -me consolerai pas, et je ne
peux dire a quel point elle m'est sensible et préjudiciable car elle
me prive des éléments d’un travail dont je caressais l'idée avec
amour et qui n’eût peut-être pas été sans intérêt pour quelques
particularités de notre histoire médicale contemporaine — »

MARSEILLE MÉDICAL
(a n c ie n n e

U n io n

M édicale

d e

la

P ro v e n c e )

8 mc A im ée.— N ° 4 . — 20 Avril 1871.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATH O G ENIE
DES COMMUNICATIONS
ENTRE LES CAVITÉS DROITES ET LES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR (

N O U V E L L E S D IV E R S E S .

P ar le D' P.-F. DA COSTA ALVAREAGI,
Professeur à l'École de Médecine de Lisbonne.

M. le professeur Küss, doyen de la faculté de Strasbourg, et,
en dernier lieu, maire de cette héroïque cité, v ient de mourir à
Bordeaux. Notre confrère était malade depuis longtemps ; les
malheurs de la patrie ont porté le dernier coup a une santé déjà
bien chancelante. Il est mort en même temps que disparaissait
pour nous cette terre d'Alsace si française par le cœur, par les
institutions, par le sang versé en commun avec nous pour la
défense du pays. Au compatriote qui vient de succomber, un
dernier adieu; à notre Alsace, ces deux mots qui résumeront
pendant longtemps, s’il le faut, tous nos sentiments.., courage et
revanche.
— La Société Centrale d’Agriculture vient de proposer les
moyens suivants pour la sépulture des soldats : recouvrir les
masses de cadavres d une couche de terre de 2 mètres, au lieu de
25 centimètres seulement, en creusant un fossé tout autour;
semer en outre sur les tombes un gazon a pousse rapide formé de
plantes vivaces et annuelles qui puissent végéter puissamment
et absorber les miasmes délétères.
—L’Académie de médecine de Paris, dans une de ses dernières
séances, vient de décerner le titre de membre correspondant à
M. le docteur Seux père, professeur à l’école de médecine de
Marseille et médecin en chef des hôpitaux de notre ville. Cette
distinction flatteuse n'étonnera aucun de ceux qui connaissent
les travaux scientifiques de notre distingué confrère.
Dr S eux Fils.
A. F abre .

( Voir les numéros d’Aoûl et Octobre J870.)

S vi.
Orifices cardiaques ; leurs altéraiions ; fréquence de ces dernières.
Après avoir indiqué les altérations anatomo-pathologiques des
parois cardiaques et leur rapport numérique, procédons à un
examen identique en ce qui concerne les orifices du cœur.
Les observations réunies par Louis, dans son ouvrage cité plus
haut, nous donnent la mention des lésions suivantes :
Rétrécissement de l’orifice pulmonaire............ 7 (2).
Dilatation de l’orifice pulmonaire..................... 3 (3).
Rétrécissement de l’orifice tricuspide................ 3 (4).
(1) Traduit du portugais par le Dr E.-L. Bertherand.
(2) Observ. 2, G, 9, 10, 13, IG. J 7.
(3) Observ. 4, 5, 12.
(4) Observ. 6, 7, 10. Dans cette dernière, fauteur ne dit pas qu’il y eut
rétrécissement ; mais il décrit les altérations de la valvule tricuspide qui,
autant qu’il ne s’est pas nécessairement produit un rétrécissement de
'orifice, lient arrêter le passage du sang.

8

�ALVARENGA.

Ni

Dilatation de l'orifice tricuspide......................... 2 (1).
Rétrécissement de l’orifice m itral....................... 2 (2).
Rétrécissement de l’orifice aortique.................... 'I (3).
Un simple coup d’oeil fait constater ici, ce que nous avons
déjà vérifié à propos des cavités, la fréquence des altérations des
orifices du cœur droit bien plus grande que dans le gauche.
C’est là un fait remarquable, sur lequel nous reviendrons.
Les cas d’altérations des orifices droits étaient à ceux des ori­
fices gauches : : lu : 3; et les premiers se sont montrés dans le
rapport de “5 0/0, les seconds dans celui de lo 0/0, comparative­
ment au nombre total (18) des cas.
L’orifice le plus souvent attaqué a été le ventriculo-pulmonaire
(10 : 18 ou 55,bb 0/0); ensuite l’orifice auriculo-ventriculaire droit
(5 : 18 ou 27, 79 0/0); puis l’auriculo-ventriculaire gauche (2 : 18
ou 11, Il 0/0) ; et, en dernier lieu, le ventriculo-aortique (1:18
ou 5, oo 0/0).
L’altération anatomo-pathologique plus fréquente dans tous
les orifices cardiaques considérés au point de vue du rétrécis­
sement, est presque toujours produite par la réunion des valvules
ou des différentes parties de la même valvule.
Mais, c’est principalement dans l’orifice pulmonaire que siège
le rétrécissement ou coarctation (7: 18 ou 38, 88 0/0) (4) ; puis,
dans l’orifice tricuspide (3 : 18 ou .16, 66 0/0) (5) ; dans l’orifice
mitral (2: 18 ou 11, M 0/0) (6); et dans l’aortique (I : 18 ou
5, oo 0/0) (7).
Tels sont les corollaires qui se déduisent des observations cli­
niques recueillies par Louis dans son Mémoire. Passons main­
tenant à l’examen d’autres observations, dans le but de voir si
elles confirment ou contredisent les faits déjà rapportés.
A ce point de vue, les 53 observations consignées dans l’ou­
vrage de M. Gintrac, se distribuent comme suit :

(1) Observ. 4, b.
(2) Observ. 4, 5.
(3) Observ. 4.
(4) Observ. 2, 6, 9, 10, 13, 16, 17.
(5) Observ. 6, 7, 10.
(6) Observ. 4 et a.
(7) Observ. 4.

PERFORATIONS DU CŒUR.

ALTÉRATIONS
A N A T O M IQ U E S .

Rétrécissement..................
Dilatation...........................
Rétrécissement et insullis.
Insuffisance.......................

ORIFICE
P U L M O N A IR E

Mb

ORIFICE

ORIFICE

T R IC U S P ID E .

A O R T IQ U E .

ORIFICE

I

M IT R A L .

32 (1)
2 (2)
1 (3)
»

4 (4)
»
»
))

1 (5)
))

2 (7)
»

))

)&gt;

3b

4

2

1 (6)
*

T

o t a l

, . . . . . . .

2

39

Nous trouvons ainsi la vérification de ce fait remarquable de
la grande fréquence des altérations du cœur droit et de leur
rareté dans le cœur gauche, dans les cas de communication
anormale entre les cavités de cet organe.
Effectivement, dans les b3 observations rapportées par le
savant Professeur de Bordeaux, il y en a 43 dans lesquelles les
orifices, ou leurs valvules respectives, étaient altérés, 43 : 53 ou
(1) Dans 6 de ces cas (observât. 3, 4, 25, 27, 33, 53), il y avait occlusion
complète de l’orifice.
(2) Observ. 19 et 30.
(3) . Observ. 10.
(4) Dans deux des observations (44 et 52) le rétrécissement était remarqua­
ble; dans deux autres cas (observ. 23 et 26) la valvule tricuspide apparais­
sait suflisamment altérée, épaisse, et comme calleuse dans un cas, cartila­
gineuse dans l'autre.
(5) Observât. 17, bien que dans cette observation il ne soit pas question
de rétrécissement aortique l’altération des valvules respectives devaient le
produire : «___les valvules sigmoïdes étaient ossifiées........ ».
(6) Observ. 18, « la valvule sémilunaire aortique était corrodée et en
partie détruite....... le sang poussé par le ventricule gauche dans la cavité
de l’aorte, pouvait, lorsque ce ventricule gauche cessait d’agir, refluer, à la
faveur de la destruction de la valvule sigmoïde, dans le ventricule droit, en
traversant l’ouverture contre nature »
(7) Dans un cas (observât. 36), le rétrécissement ressemblait à une oblité­
ration complète de l’orifice ; dans un autre (observ. 25), il n’est pas fait men­
tion de rétrécissement, mais la valvule offrait des altérations qui devaient
modifier, plus ou moins, le passage du sang, comme s’il y avait rétrécisse­
ment.

�116

ALYARENGA.
PERFORATIONS DU CŒUR.

81, 13 0/0 ; et, de ces 43, cas 39 appartiennent au cœur droit (39 :
53 ou 73, 58 0/0), et 4 à peine (4 : 53 ou 7. 54 0/0) au cœur gauche,
fait analogue à celui qui a déjà été vérifié dans les observations
recueillies par Louis.
Viennent ensuite les cas d'altération des orifices droits du
cœur relativement à ceux du cœur gauche : : 39: 4 ou 9, 75 0/0,
et quant au total des 53 observations, dans le rapport de 73,
58 0/0, comme nous l’avons déjà vu.
De ces observations, il résulte aussi que l’orifice ventriculopulmonaire a été à lui seul, plus souvent affecté que tous les
autres réunis, dans le rapport de 35 : 8 ou 4, 37 : 1, et quant au
total des 53 observations, dans la proportion de 66, 03 0/0.
A l'orifice pulmonaire succède, dans l’ordre de la fréquence,
l’auriculo-ventriculaire droit, 4 fois sur 43 cas ou dans le rapport
de 9, 30 0/0 ; puis, en égale proportion, viennent les orifices mi­
tral et aortique, chacun 2 fois sur 43 cas ou dans le rapport de
4, 65 0/0.
De toutes les altérations anatomo-pathologiques, la plus fré­
quente,presque constante, consiste dans la-stec/nose (rétrécisse­
ment) des orifices, 42 fois (I ) sur 43 cas ou dans la proportion de 97,
67 0/0. Dans quelques-uns de ces cas, 7 (7 : 42 ou 16, 66 0/0) exis­
tent 6 à l’orifice pulmonaire et I à l’orifice mitral, la lésion ana­
tomique obstruant complètement l’orifice, comme le montrent les
observations suivantes :
Observation 3e. « L’artère pulmonaire était tellement oblitérée par l’union
mutuelle des valvules sigmoïdes, que l’eau injectée dans ses parois ne coulait
que par une petite ouverture faite auparavant par inégarde en introduisant
une sonde très fine » (2).
Observation 4°. « L’artère pulmonaire, entièrement oblitérée à son origine,
était libre dans le reste de son étendue » (3).
Observation 25*. a A la place de l’artère pulmonaire se trouvait un fila­
ment oblitéré, conduisant à un canal artériel qui peut-être suivi depuis
l’aorte jusqu’aux deux branches pulmonaires » (4).
Observation 27e. a Quoique l'artère pulmonaire naquit de la base du eodur,
comme à l’ordre ordinaire, l’introduction d’une sonde du côté du ventricule
prouva qu’elle était oblitérée » (5).

(1) Dans un de cescas, il y avait aussi insullisance.
(2) Gintrac, op. cit. p. 29
id. p. 32.
(3)
id. p. 84.
(4)
id. p. 97.
*
(3;

117

Observation 33* «....... L’artère pulmonaire était imperforée jusqu’à sa
bifurcation » (1).
Observation 53* «....... L’artère pulmonaire fort petite, et entièrement
oblitérée à sa naissance » (2).

Dans tous ces cas d’imperforation ou oblitération complète de
l’orifice pulmonaire, excepté dans le I*' (observation 4°), l'artère
pulmonaire où ses deux branches recevaient le sang par le canal
artériel qui était resté ouvert. Dans tous cescas, il y avait une
4 remarquable hypertrophie du ventricule droit, et dans 4 grande
dilatation du trou ovale, avec coexistence de communication
interventriculaire dans un de ces i cas.
Voyons maintenant dans quelle proportion existe chacune des
altérations des orifices, avec le rapport an nombre total des ob­
servations. Dans ce but, établissons le tableau suivant :

ALTÉRATIONS

ORIFICE

ORIFICE

A N A T O M IQ U E S .

P U L M O N A IR E

T R IC U S P ID E .

Rétrécissement.................
Dilatation............................
Rétrécissement et insullis.
Insuffisance.......................

60.37
3,76
•1,88
))

7,54
))
»
»

ORIFICE
A O R T JQ U E .

1,88
)&gt;
))
1,88

ORIFICE
M IT R A L .

3,76
D

O
Û

Il résulte de ce tableau, que le rétrécissement de l’orifice pul­
monaire a été la lésion dominante, 60, 37 0/0 ; viennent ensuite,
mais avec un énorme différence, le rétrécissement de l’orifice
tricuspide 7, 54 0/0 ; la dilatation de l’orifice pulmonaire et le
rétrécissement de l’orifice métrai dans la même proportion
3,76 0/0; et, en dernière ligne, le rétrécissement aortique, le
rétrécissement avec insuffisance valvulaire de l'orifice pulmonaire
et l’insuffisance aortique, toutes ces lésions ayant le même rap­
port, 1, 88 0/0. En un autre lieu, nous verrons l'importance de
ces faits.
(1) Gintrac, op. cit , p. 118.
(2)
id. p. 202.

�118

ALVARENGA.

Nous noterons maintenant quelques observations cliniques
qui démontreront l'existence de l’oblitération complète de chacun
des orifices du cœur.
Dans les observations recueillies par Louis, il y en a une (la 6*)
qui offre un exemple d’occlusion complète de l’orifice tricuspide
parla valvule respective. « La valvule tricuspide ossifiée fermait
l’orifice auriculo-ventriculaire droit »(4). Dans le cœur du sujet de
cette observation, il y avait une remarquable communication
interventriculaire qui se terminait, dans le côté droit, au bas de
la valvule tricuspide.
Dans le cœur d’un enfant, décrit par Breschet en 1826. l’artère
pulmonaire était imperforée à son origine, ses branches recevant
le sang par le canal artériel. Le cœur avait un ventricule unique,
par absence de la cloison : il donnait naissance à une large aorte;
l’oreillette droite était très-dilatée, avec deux ouvertures de com­
munication dans l ’oreillette gauche, deux veines caves inférieu­
res et les veines pulmonaires qui venaient s’y ouvrir.
Au musée de l’hôpital Saint-Thomas, il existe un cœur préparé
qui offre deux oreillettes avec un large trou ovale, avec oblitération
de l’orifice auriculo-ventriculaire droit, avec une cloison inter­
ventriculaire rudimentaire réduite a une grosse colonne charnue
s’étendant a la partie postérieure du ventricule, de laquelle nais­
sent une aorte et une artère pulmonaire, lesquelles sont transpo­
sées à leur origine. L’orifice mitral est ouvert (2).
Le docteur Hunter a décrit en 1783, le cœur d'un jeune enfant
dont l’artère pulmonaire setait trouvé réduite à un cordon, dont
les rameaux recevaient le sang transmis de l’aorte par le canal
artériel ; le trou ovale était resté ouvert, et la cloison interven­
triculaire était fermée.
A la Société Pathologique de Londres ont été présentés un assez
grand nombre de cas d’atrésie complète de l’artère pulmonaire. Ou
trouve, dans la masse de ces faits, un cas remarquable observé
par le docteur Crisp sur une enfant de douze ans, dont l'artère
pulmonaire manquait complètement [the pulmonary artenj wa.v
entirely absent), ayant deux'petits vaisseaux dont les extrémités
se terminaient dans les parois du cœur (3).
(1) Arch. gènér. de Médecine, t. III, p. 336, Paris. 1823.
(2) Peacock, op. eit. p. 25.
(3) Palh. Irons. 1847.

Un autre cas, non moins remarquable, a été observé parle doc­
teur Heine, de Tubingen. L’orifice de l’artère pulmonaire était
entièrement bouché par une cloison membraneuse, dans laquelle
on distinguait des traces de segments : l’aorte naissait du ven­
tricule droit et communiquait avec le gauche par une ouverture
pratiquée dans la cloison interventriculaire ; le sang était fourni
aux poumons par le canal artériel. Le trou ovale était resté ou­
vert (1).
Si nous consignons ici ces observations, que nous pourrions
multiplier, c’est que Cf. Saint-Hilaire affirme ne connaître aucun
cas d’imperforation complète des orifices artériels. « Je ne connais,
dit-il (2), aucun exemple d’imperforation proprement dite de
l'une ou de plusieurs cavités du cœur, mais seulement quelques
cas d’imperforation partielle des orifices artériels des ventricules
résultant de l’adhérence des valvules ». Toutefois l’illustre téra­
tologiste admet l’existence de cette occlusion, quand il traite de
la persistence du canal artériel.
La dilatation de l’orifice pulmonaire a été peu de fois rencontrée.
On peut dire qu elle est tout aussi rare qu’est fréquente, au con­
traire, l’altération des valvules adaptées à cet orifice : ordinaire­
ment elle ne se trouve pas indiquée dans ces cas, même rares,
comme on sait, où il y a ou non insuffisance des valvules pulmo­
naires. Les observations de M. Gintrac n’en offrent que deux
exemples (2 : 53 ou 3, 76 0/0 ; et celles de Louis, trois (3 : 20 ou
15 0/0) (3).
Dans la 4° observation rapportée par Louis, cet observateur se
borne à dire : « ...les orifices auriculo-ventriculaire et ventriculo pulmonaire droits avaient 48 lignes de développement,
tandis que ceux du côté opposé n'avaient que 24 lignes. La
dilatation de l'artère pulmonaire était générale (4) ».
Dans la 5* observation, qui appartient à Corvisart, on lit :
« l’artère pulmonaire était très-dilatée à son embouchure, et
même ù sa division. Les valvules semi-lunaires de cette artère

�ALVARENGA.

PERFORATIONS DTI CŒUR.

avaient acquis beaucoup d'étendue, sans être autrement alté­
rées X) (1).
Dans la 12e observation la dilatation de l’artère est simplement
indiquée : «... l'artère pulmonaire uniformément dilatée, depuis
sa naissance jusqu'au moment où elle se divise » (2).
L'insuffisance de^ valvules sigmoïdes de l’artère pulmonaire
est plus rare : on èn trouve un seul cas mentionné dans les 53
observations de M. Gintrac. (I : 53 ou I, 88 0/0).
Un exemple de l'insuffisance des valvules pulmonaires a été
observé par le docteur Gordon dans un cas fort remarquable
par la lésion anatomique et par les symptômes respectifs : aussi
le rapporterons-nous ici. Il s’agissait d’un enfant de douze ans,
admis à l'hôpital de Hardwich avec symptômes d’une affection
pulmonaire grave. Dans la légion précordiale on sentait un
remarquable frémissement cataire (trilï) ; double murmure, ana­
logue à celui de l’insuffisance aortique, tout le long du sternum,
avec maximum d'intensité à la base : il diminuait en approchant
|de la pointe du cœur, où il finissait par cesser. Dans les artères
carotides, sous clavières et radiales, il y avait des vibrations,
sans murmure, sans pulsations artérielles sensibles. Dans la
région interseapulaire, le double bruit ci-dessus relaté était
pioins intense. Ce garçon avait joui d’une bonne santé jusqu a
l’âge de sept ans. L'autopsie montra : le trou oval ouvert de
9 lignes; les valvules cardiaques saines, excepté les pulmonaires
qui étaient épaisses, dures, opaques, et circonscrivaient un
orifice par lequel passait librement l'eau lancée dans l’artère
pulmonaire (leaving a gaping orifice through wich icater passed freehj
when pourred intothe arterg). Tl avait aussi une légère hypertro­
phie du cœur (3).
Nous ne passerons pas outre sans noter une circonstance qui
pourrait entraîner du doute dans l'esprit de ceux qui, comparant
les déductions tirées par nous des observations citées, avec celles
déduites par d'autres auteurs, accuseraient la divergence de nos
résultats.
Les auteurs du Compendium de médecine pratique, en rapportant
les 53 observations de M. Gintrac, ont compté un nombre

moindre d’altérations valvulaires ; «... vingt-sept fois les val­
vules étaient altérées » (1).
Forget, l’illustre cardiopathologiste de Strasbourg, ayant
recouru à la même source, a répété l’assertion de ces éminents
écrivains en ces termes : « ...vingt-sept fois il existait des lésions
valvulaires, toutes du côté droit, et vingt-six fois ces lésions
occupaient l’orifice de l’artère pulmonaire » (2).
Nous avons rencontré, ainsi que nous l’avons dit, 42 fois les
valvules altérées, savoir 38 dans le cœur droit et 4 dans le gau­
che. dans les mêmes 53 observations rapportées par NT. Gintrac
dans sou excellent ouvrage.
La cause de cette divergence est celle que nous avons déjà
indiquée. Ces auteurs, supposant que les titres des observations
résumaient (comme cela devrait être) toutes les altérations, se
sont contentés de leur énoncé, puis ils en ont déduit (ce qui se
rapporte bien aux faits suivants) l’exactitude de leurs chiffres.
L’expérience pourrait cependant nous montrer le vice de ce pro­
cédé, qui nous a obligé à lire, dans leur entier, les observations;
chacun sera ainsi h même de vérifier la vérité de nos con­
clusions.
A l’égard de l’état des valvules et des orifices cardiaques, le
professeur Bouillaud résume en ces termes les 15 observations
qu’il a colligées : « Sur quinze cas de ce vice de conformation
rapportés dans cet ouvrage, il en est douze où les valvules du
cœur étaient altérées, épaisses, indurées, corrodées, perforées
(dans les trois autres cas, il n’est pas fait mention de l'état des
valvules). Dans dix des douze cas où les valvules étaient indu­
rées, il existait un rétrécissement de l'orifice du cœur auquel
elles appartenaient (dans les deux autres cas, les dimensions de
l’orifice n'ont pas été indiquées). Dans 8 des 12 cas, la lésion
occupait les valvules droites; dans 3, les valvules gauches; dans
un cas enfin, il est dit qu’elle occupait les valvules sigmoïdes,
sans qu’on ait spécifié si ces valvules étaient celles de l’artère
pulmonaire ou celles de l’aorte. Dans 5 des 8 cas de lésion des
valvules droites, cette lésion affectait les valvules pulmonaires;
dans 2, la valvule tricuspide ; et dans un, les valvules pulmo-

120

(1) Corvisart : Essai sur les mal. et lésions organ. du cœur et des gros
vaisseaux ; 2f édit. 1811, p. 285.
(2) Louis loc. cit., p. 320.
(3) Stockes: The diseuses of lhe heurt and the aorta. 1854, p. IGG.

(1) T. 2», p. G00.
(2) Précis th. et pral. des mal. du cœur. Strasbourg. 1851.

121

�122

ALVARENGA.

PERFORATIONS DU CŒUR.

naires et. la valvule tricuspide à la fois; dans 2, les valvules
pulmonaires n’étaient qu’au nombre de deux (1) ».
De cette collection d’observations cliniques ressortent les faits
déjà déduits des observations antérieures, a savoir, la grande
fréquence des lésions valvulaires du cœur droit, consistant
principalement dans le rétrécissement des orifices, et ayant
l'orifice pulmonaire pour siège de prédilection de cette altération
dans les cas de communication anormale entre les cavités oppo­
sées du cœur.
Les altérations des orifices cardiaques, décrites par le docteur
Déguisé dans 81 observations que renferme son Mémoire, peu­
vent se distribuer ainsi :

2" Que de tous les orifices cardiaques le plus attaqué, à la
grande différence des autres, est le pulmonaire ( 37 : 81 ou 45, 67
0/0); puis en suivant dans l'ordre de fréquence, l'aortique (11 : 81
ou 13, 58 0/0), le tricuspide (8 : 81 ou 9, 89 0/0), et en dernier
lieu le mitral (6:81 ou 7, 40 0/0).
L'orifice pulmonaire est par lui-mëme plus souvent lésé que
les trois autres réunis : le rapport est de 37 : 26 ou 1,4 : 1. Un
autre fait prouve cette induction tirée des observations de Louis
et du docteur Gi,ntrae.
3° Que l’altération prédominante a été le rétrécissement des
orifices (54 : 81 ou 66, 66 0/0), qui se vérifie 34 fois dans l'orifice
pulmonaire, 8 dans le tricuspule, 7 dans le mitral et 5 dans
l’aortique. La dilatation de l'orifice, ou l’altération des valvules
produisant l’insuffisance, a été notée 10 fois dans 81 cas, à savoir,
3 fois dans l’orifice pulmonaire, 6 dans l’aortique et I dans le
mitral. L’occlusion a été observée également dans les orifices du
cœur, 4 fois dans l’orifice pulmonaire et I dans le mitral.
Le tableau suivant montre la fréquence 0/0 des rétrécissements
et dilatations ou insuffisance valvulaire des quatre orifices car­
diaques :

Rétrécissement de l'orifice pulmonaire.............................. 30 (2)
Occlusion de l’orifice pulmonaire.......................................... 4 (3)
Insuffisance valvulaire ou dilatation de l’orifice pulmonaire 3 (4)
Rétrécissement de l'orifice tricuspide................................ 8 (5)
Rétrécissement de l’orifice m itra l..................................... 5 (6)
Occlusion de l’orifice m itra l........................ .................... 1 (7)
Rétrécissement et insuffisance de l’orifice m itra l............. -1 (8)
Rétrécissement de l'orifice aortique.................................. 5 (9)
Insuffisance valvulaire ou dilatation de l'orifice aortique. 6 (l&lt;i
D'où il faut déduire :
1° Que les orifices du cœur droit ( pulmonaire et tricuspide )
sont beaucoup plus souvent affectés ( 45 : 81 ou 55, 55 0/0) que
ceux du cœur gauche (18 : 81 ou 22, 22 0/0), ces lésions-ci étant à
celles-là dans le rapport de 45 : 18 ou 2, 5 : I. C'est la confirma­
tion du fait déduit des observations de Louis et du professeur
Gintrac.
(1) üp. cil., p. 684.
(2) Observ. 1. 6, 7, 8, 9. 12, 15, 21,24, 25, 29, 30. 33, 35, 37. 40. 41, 42,
43, 45, 47, 48, 49, 51, 52, 55, 59. 67, 68, 69.
(3) Observ. 10, 18, 54, 57.
(4) Observ. 11. 53, 70.
(5) Observ. 6, 9. 32, 33, 43, 49. 52. 67.
(6) Observ. 12,14, 16, 43, 70.
(7) Observ. 67.
(8) Observ. 36.
(9) Observ. 11, 12, 16, 36, 50.
(10) Observ. 26, 37, 43, 47, 48, 54.

ALTÉRATIONS

ORIFICE

ORIFICE

A N A T O M IQ U E S .

P IT .M O N A 1 R F .

T R IC U S P ID E .

Rétrécissement................
Occlusion........................
Insuffisance valvulaire ...
Rétrécissement et insuffis.

37,03
4,93
4,93
»

9,87
»
))

123

ORIFICE
A O R T IQ U E .

ORIFICE
M IT R A L .

»

6,71
1,23

7,40
»

1,23

6,17

»

Ici on voit clairement que l ’altération dominante a été le
rétrécissement de l’orifice pulmonaire, dans la proportion de 41,
97 0/0 (y compris les quatre cas d’occlusion); viennent ensuite,
mais avec une grande différence, le rétrécissement de l'orifice
tricuspide (9, 87 0/0), l’insuffisance des valvules sigmoïdes de
l’aorte (7, 40 0/0) , le rétrécissement des orifices aortique et
mitral (6, 17 0/0), l’insuffisance valvulaire de l’orifice pulmonaire
(3, 70 0/0) et le rétrécissement de l’orifice mitral avec insuffisance
valvulaire (I, 23 0/0). On y voit également la rareté de l’insutfi-

�DESPINE.

DE L IMITATION.

sanoe valvulaire sans rétrécissement de l’orifice respectif, fait
assez important, comme il sera dit plus loin.
Les inductions tirées de la confrontation des altérations des
orifices du cœur sont en harmonie avec celles déduites de
l’examen des lésions des cavités du même organe et corroborent
aussi celles fondées sur d’autres faits.

laires produit alors chez les témoins un état nerveux qui déter­
mine des contractions musculaires semblables. Le rire, phéno­
mène convulsif physiologique, est fort contagieux. Dans une
société, une personne est-elle prise du rire, il n’est pas rare de
voir ce même phénomène se produire . chez d'autres personnes,
et cela malgré elles, malgré les efforts quelles font, par conve­
nance, pour se retenir. Le bâillement, phénomène spasmodique,
est, on le sait, très contagieux aussi. La toux opiniâtre d’un
malade fait souvent tousser des personnes bien portantes. La
toux convulsive de la coqueluche est très contagieuse. Lorsque
plusieurs enfants atteints de cette maladie se trouvent réunis,
l’accès de toux de l’un d’eux est presque toujours le point de
départ d’un accès semblable chez les autres. Quoi de plus conta­
gieux que les contractions musculaires qui produisent l’effort!
Voit-on des chevaux traîner péniblement un véhicule, des hom­
mes soulever avec peine un lourd fardeau, aussitôt on est pris
de contractions musculaires dont l’ensemble aboutit à l'effort.
La vue d’une femme en couche qui est prise de contractions
expulsives, détermine chez les assistants le phénomène de l’ef­
fort. L'audition du vomissement, du bégaiement, du hoquet,
détermine chez certains individus les contractions spasmodi­
ques qui produisent des phénomènes semblables. Le bruit que
fait l’émission de l’urine, chassée au dehors par la contraction
physiologique de la vessie, détermine chez quelques personnes
des envies d’uriner, et même la mixion. Les voituriers emploient
ce moyen pour faire uriner leurs chevaux. M. Joty a cité un
individu affecté de paralysie de la vessie, paralysie réfractaire à
tout traitement, et qui cessait sous l’influence de bruit imitatif
de la mixion. En ouvrant le robinet d’une fontaine, cet individu
parvenait a uriner. Certains animaux sont aptes à recevoir cette
contagion nerveuse. D'après le témoignage de M. Bouley, si un
cheval prend le tic de serrer convulsivement les mâchoires, ou
de secouer la tête à la façon de l’ours blanc, il n’est pas rare de
voir les autres chevaux de la même écurie prendre le même tic.

124

( A suivre.)

DE L’IMITATION
Considérée an point de vue des différents principes qui la déterminent.
(Suite et fin.)

4° De Vimitation déterminée par la contagion nerveuse.
M. Bouchut, qui s’est beaucoup occupé de la question de la
contagion, après avoir admis une contagion virulente, une con­
tagion miasmatique, une contagion purulente, et une contagion
parasitaire, a démontré qu’il existe encore une ayitre espèce de
contagion, qu'il appelle nerveuse. Cette espèce de contagion, dont
le principe réside dans un état névropathique générateur de
phénomènes spasmodiques, convulsifs, et même de manifesta­
tions morales anomales, détermine, chez les témoins aptes à
recevoir cette contagion, une névrose semblable, et avec elle des
phénomènes somatiques et psychiques de même nature.
Quoique la contagion nerveuse dérive en général d’une né­
vrose, c’est-à-dire d’un état pathologique, on rencontre quelques
uns de ses effets dans l’ordre physiologique. Exposons-les
en premier lieu. Une personne qui sourit, fait parfois sourire
involontairement les personnes qui la regardent, même sans que
celles-ci s’en aperçoivent, l.es spectateurs de scènes mimiques
prennent souvent les diverses expressions de physionomie ma­
nifestées par l’artiste. La vue de certaines contractions museu-

125

On peut trouver un certain point de contact entre l'instinct
d'imitation et la contagion nerveuse physiologique , ces deux prin­
cipes d’imitation déterminant des actes automatiques. Mais ce
qui les différencie, c’est que les actes déterminés par la contagion
nerveuse physiologique sont spasmodiques ou convulsifs, et par
conséquent purement organiques, tandis que les actes provenant

�126

DESPIN E.

de l’instinct d’imitation ne sont pas spasmodiques. Inspirés par
une faculté psychique, ils produisent un désir ou un besoin pro­
vocateurs de l’acte. Mais ce désir ou ce besoin sont en général si
faibles, que c’est à peine si l’on y fait attention.
La contagion nerveuse physiologique se manifeste non seule­
ment par des phénomènes spasmodiques, mais encore par des
phénomènes sensitifs. La douleur physique d’autrui fait éprou­
ver de véritables douleurs aux personnes impressionnables. Le
froid d’une personne, donne le froid aux témoins qui la voient
grelotter; il leur donne même le frisson, la chair de poule, phé­
nomènes spasmodiques. Un cathétérisme un peu pénible pour
le malade m'a toujours causé une sensation pénible au périnée.
La contagion nerveuse se manifeste principalement sous l’in­
fluence d’un état nerveux pathologique, de névroses qui produi­
sent des phénomènes spasmodiques, convulsifs, et psychiques
anomaux. La maladie qui se propage peut être seulement con­
vulsive, ou bien elle peut être convulsive et mentale en même
temps.
Elle est convulsive seulement, dans certains tics, dans la danse
de Saint-Guy, dans les spasmes de la poitrine et du gosier qui
reproduisent le cri de divers animaux, tels que l’aboiement, le
miaulement, etc., dans les convulsions hystériques, épilepti­
formes et même épileptiques qui, de tout temps, se sont propagéespar contagion dans les lieux où. se trouvent réunies un grand
nombre de personnes, et principalement de femmes, de jeunes
filles et d’enfants. C’est dans les couvents, les pensionnats, les
églises, les cimetières, les ateliers, que l’on a vu le plus souvent
surgir les épidémies convulsives. Parmi elles nous citerons celle
des convulsionnaires du cimetière de Saint-Médard, à Paris, et
les deux suivantes qui ont été contemporaines, et que M. Bouchut
a relatées dans son mémoire. La première eut lieu à Paris, en
1848, dans un atelier de 400 femmes établi dans le manège de
M. Hope. Une ouvrière pâlit, perd connaissance, a des convul­
sions dans les membres avec serrement des mâchoires. En deux
heures, 30 de ces femmes sont affectées de ce même mal. Au 3°'
jour Ho en étaient atteintes. Toutes présentaient les mêmes
symptômes. Elles étaient prises d’étouffement avec fourmillement
dans les membres, vertiges, crainte d’une mort prochaine, puis,
elles perdaient connaissance dans l’état convulsif sus-indiqué.
La seconde épidémie convulsive se manifesta, en 1861, chez les

DE L ’IMITATION.

127

jeunes filles de la paroisse de Montmartre qui se préparaient à la
première communion. Le premier jour de la retraite, au matin,
trois d’entr’elles furent prises, dans I eglisé, de perte de connais­
sance et de mouvements convulsifs généraux de peu de durée.
11 en fut de même à l’exercice du soir. Le 2mcjour, les mêmes
accidents se produisirent chez trois autres jeunes filles. Le 3“'
jour également. Le P’1" jour, celui de la première communion,
12 furent atteintes du même mal. Aux offices du soir, 20 furent
prises. Enfin, le 5“'’ jour, à la confirmation, 15 d’entr’elles, à l’ap­
proche de l’archevêque, furent saisies d’un tremblement convul­
sif, poussèrent un cri et tombèrent sans connaissance lorsqu’il
levait la main sur leur front. Dans cet espace de temps 40 jeunes
filles sur 150 furent atteintes des mêmes phénomènes nerveux. Il
semblerait donc que dans ces réunions il se développe un prin­
cipe morbide insaisissable, agissant sur le système nerveux et
déterminant des phénomènes semblables, principe dont l’activité
est favorisée sans doute par le canal des sens, l’ouïe et la vue.
La névrose contagieuse est ordinairement convulsive et men­
tale, lorsqu’elle se développe chez des populations soumises à
des causes physiques débilitantes , et que ces populations sont
fortement impressionnées et absorbées par des causes morales,
circonstances qui excitent vivement le système nerveux. C’est
toujours sur les personnes les plus naturellement impression­
nables, les femmes et les enfants, que la contagion nerveuse
pathologique exerce alors ses plus grands ravages. Sous l’in­
fluence de ces causes, on a vu se développer de grandes épidémies
de névroses convulsives, accompagnées de phénomènes psychi­
ques anomaux qui ont dû les faires appeler : Folies épidémiques.
Dans la forme de folie dite théomanie, suscitée par des causes
physiques débilitantes et parle fanatisme religieux, nous citerons
les anabaptistes, dont les prédications faites dans un état extati­
que avec hallucinations, étaient précédées ou suivies d’accès
convulsifs. Les Cévénols présentèrent à peu près les mêmes
phénomènes. Dans la démonapathie, sorte de folie hystérique, qui
a le démon pour objet, outre la graAre perversion morale dont
étaient atteintes les malades, filles pour la plupart, ces malades
étaient prises de convulsions violentes, de sauts, de renverse­
ment du corps en arrière, de cris, de hurlements, de catalepsie,
d’impulsion aux actes violents, d’hallucinations de toute sorte.
Cette névrose contagieuse a été observée, surtout dans les cou-

�12*

DESPINE.

vents. Les épidémies les plus importantes auxquelles elle a
donné lieu, lurent celle des Ursulines de Loudun, qui aboutit au
supplice d’Urbain Grandier, et celle des Ursulines d’Aix, qui con­
duisit également sur le bûcher le prêtre Gaufridi, curé des Ac­
cordes, a Marseille, tous deux accusés, par ces malheureuses
filles, de faits immoraux imaginaires que des hallucinations leur
faisaient considérer comme des réalités.
Dans les réunions composées de personnes exaltées, nerveuses,
absorbées par la même passion et par la même idée, les halluci­
nations se propagent et deviennent souvent générales par la
contagion de l’état nerveux qui produit ce phénomène. Ou,
peut-être, cet état nerveux se produit-il chez un grand nombre
d'individus lorsque leur exaltation mentale est assez élevée pour
réagir sur leur physique, et pour déterminer l’état somatique
qui produit l’hallucination (1). Un de ces exaltés affirme-t-il qu’il
voit l’objet des pensées et des désirs de tous, qu’il entend telles
paroles qui flattent leur passion politique ou religieuse, que les
assistants montés au même diapason, vivement impressionnés
par le dire de l’un d’eux, voient et entendent aussi, au moyen
d’hallucinations, ce que le premier a vu et entendu de la même ’
manière. Cette propagation du phénomène explique l’affirmation,
par des témoins oculaires et auriculaires, de prétendus faits
miraculeux qui n’ont existé que dans l’imagination de ces
exaltés.
Doit-on attribuer exclusivement a la contagion morale, à la
contagion des passions, la répétition fréquente des actes criminels
tels que l'homicide, le suicide, l’infanticide, l’incendie, apres
qu’un de ces actes a vivement impressionné les populations?
Oui, sans doute, si ces actes sont inspirés par quelqu’une des
passions physiologiques, naturelles à l’humanité , telles que
l’intérêt, la convoitise, la haine, la vengeance, l’envie, la tristesse,
l’ennui, la jalousie, les fanatismes, etc.Comme preuve de l’excita­
tion des passions tristes par l’exemple , nous citerons l’exemple
suivant : un jeune soldat chagrin depuis quelque temps par
suite des mauvais traitements que sa mère , mariée en seconde
noce , éprouvait de la part de son m ari, visite par hasard la
morgue. La vue des suicidés étendus sur les dalles de l'établis-(i)
(i) Pour l’état somatique qui produitl’allucinatlon, voir Psychologie mturelle, tome I I . p. o et suiv. F. Savy, édit. Paris, rue Hautefeuille, 24.

DE L’IMITATION.

129

sentent le met subitement au désespoir. Il court se précipiter
dans la Seine, cl c’est en luttant contre les efforts violents qu’il
faisait pour parvenir à son but, qu’on a pu le sauver. C’est aussi
à l’excitation des passions tristes par l'exemple qu’il faut
rattacher le fait suivant, rapporté par Esquirol : « Tel individu ,
dit-il, poursuivi par des revers ou des chagrins ne se serait pas
tue s'il n’avait lu dans un journal l'histoire du suicide d'un ami
ou d'une connaissance. » L’instinct d'imitation n’aurait jamais
le pouvoir de déterminer un acte aussi grave que le suicide. Une
passion puissante, telle que peuvent le devenir le désespoir,
l'ennui, le dégoût de la vie surexcités par l'exemple, par la
contagion d’une passion semblable, par la vue de ses effets chez
autrui, peut seule produire cet acte repoussant.
Mais, outre les passions naturelles à l’état physiologique de
l’homme, il en est d’autres qui tiennent essentiellement à un état
pathologique du cerveau. Ces passions, dont l’objet est toujours un
acte criminel, portent à cet acte par le seul motif de satisfaire
ces passions anomales et non par des motifs puisés dans les
passions physiologiques. Ces passions pathologiques sont : la
passion homicide, qui porte à tuer pour tuer seulement, et non
par cupidité, vengeance, haine, etc.; la passion du suicide, qui
porte à se détruire pour se détruire, et non par désespoir, ennui,
découragement, etc.; la passion incendiaire qui porte à brûler
pour brûler, et non par vengeance, haine, cupidité, etc.; la
passion du vol , qui porte à dérober pour dérober, et non pour
profiter, pour jouir du produit du vol. Eh bien! quand ces
passions anomales se communiquent par l’exemple, ce qui arrive
quelquefois, il est incontestable que l’état névropathique, qui a
déterminé et la passion anomale et l’acte criminel chez la personne
qui a donné l’exemple, s’est propagé chez les témoins influencés.
L’état névropathique qui produit la monomanie incendiaire , est
fréquemment transmis aux sujets jeunes , de 11 à 23 ans, d’un
caractère violent et d’une constitution hystérique. Lors de
l'infanticide commis en 1826 par Henriette Cornier, dans un
accès de monomauie homicide, sans raison aucune, crime qui
émut si vivement la population parisienne, Esquirol donna des
soins à plusieurs dames que la relation de cet acte avait fait
tomber dans un état nerveux pathologique. Ces personnes étaient
tourmentées du désir de tuer leur enfant qu’elles chérissaient,
désir qui les mettait au désespoir.

�DESPINE.

DE L ’IMITATION.

Le miasme qui produit la contagion nerveuse pathologique est
inconnu, il nous est affirmé par ses effets. Lorsqu'il affecte seule­
ment les centres nerveux automatiques, il produit les phénomènes
convulsifs et spasmodiques les plus variés. Lorsqu’il affecte le
cerveau, il détermine, soit les phénomènes extatiques, soit les
perversions morales diverses avec impulsion à des actes incon­
venants. immoraux, criminels. Mais, quel que soit le principe
des névroses contagieuses, le moyen efficace par excellence pour
arrêter leur marche et les combattre , c’est d’empêcher le contact
en isolant les individus atteints, en dispersant les foyers d’infec­
tion, eu évitant avec soin la publication de tout ce qui a rapport à
la maladie, et la vue des phénomènes nerveux manifestés parles
malades, vue très dangereuse pour les personnes impression­
nables telles que les femmes et les enfants. On a parfois mis un
terme à ces épidémies par l’excitation vive d’un sentiment ou
d’une passion qui, en absorbant les malades, a opéré une diversion
salutaire sur leur moral et par suite sur leur physique. L’exci­
tation du sentiment de la pudeur a mis tin chez, de jeunes filles
à une épidémie de suicides propagée par la contagion morale.
La crainte et la terreur ont mis fin également à des épidémies
convulsives et mentales propagées par la contagion nerveuse.
Boerhaave arrêta une épidémie convulsive dans un pensionnat en
menaçant de brûler avec un fer chaud les jeunes filles qui seraient
prises du mal. Les grandes pestes qui ravagèrent l’Europe
pendant le Moyen-Age firent cesser , par la terreur qu’elles
inspiraient, les épidémies hystériques et convulsives, dans toutes
les localités où ces pestes se manifestèrent.

Eu faveur du miasme contagieux, on trouve les circonstances
suivantes : La maladie transmise est souvent toute somatique,
elle ne présente alors que des phénomènes convulsifs, ce qui eut
lieu entr’autres dans les deux épidémies observées par M. Bouehut.
Aucun phénomène psychique anomal n’a semblé se présenter dans
ces épidémies, aucune passion, aucun sentiment exalté n’a paru
ébranler le moral des malades.Chez les jeunes filles de la paroisse
de Montmartre, la maladie débuta le premier soir de la retraite,
« nul exercice de piété n’ayant encore surexcité l’imagination
des enfants. » Le jour de la première communion, les treize
enfants qui furent atteintes,étaient éloignées les unes des autres
et ne se voyaient pas. Ces circonstances sont faites pour faire
croire qu’un principe miasmatique contagieux affecte directe­
ment le système nerveux.
En faveur de la contagion morale, comme cause des épidémies
nerveuses pathologiques, on peut dire que les phénomènes
somatiques anomaux les plus variés peuvent provenir des émo­
tions morales par l’effet de l’influence si puissante que le moral
exerce sur le physique. Parmi les femmes qui furent atteintes de
l ’épidémie convulsive au manège Hope, plusieurs avaient
éprouvé auparavant des convulsions hystériques. Or la vue d’une
de ces personnes tombant accidentellement en convulsions, et la
crainte d’en avoir de semblables, a pu produire une émotionvive, exciter le système nerveux, et déterminer des phénomènes
convulsifs chez les plus impressionnables. Le moral des femmes
et des enfants est souvent ébranlé sans qu’il y paraisse, et alors
la vue d’un accès convulsif, ou la connaissance de cet accès par
oui-dire, conjointement avec quelques causes physiques délétères
pour le système nerveux, telles que une forte chaleur, une
aération incomplète, suffisent pour que plusieurs de ces personnes
soient prises du même mal. On peut ajouter encore : Si des
émotions morales seules ont le pouvair d’arrêter des épidémies
nerveuses en opérant un diverliculum favorable, pourquoi ces
émotions, lorsqu’elles ont une action fâcheuse, n’auraient-elles
pas le pouvoir de propager des phénomènes convulsifs chez des
personnes impressionnables ? Ces deux manières d’expliquer
la contagion nerveuse, on le voit, ont chacune des raisons qui
peuvent faire pencher la balance de leur coté. La seconde
explication aurait davantage mes sympathies que la première

130

Je viens de dire que le principe de la contagion nerveuse
pathologique était attribué par M. Bouehut à un miasme qui
se forme dans les lieux où sont rassemblées les personnes
impressionnables, miasme affectant le sytème nerveux, et se
propageant par contagion chez ces personnes. J ’ai besoin de
revenir sur ce point, car il serait possible que les phénomènes
attribués à la contagion nerveuse fussent dus seulement à la
contagion morale, par suite de l’influence que le moral exerce
sur le physique. Dans le doute ou jè suis à cet égard, je me
contenterai de présenter les raisons qui militent en faveur de
l’une et de l'autre opinion, laissant à d’autres le soin de juger on
dernier ressort, quand une étude plus approfondie des faits leur
permettra de le faire.

131

�132

DESPIN E.

■Si nous portons un coup d'œil rétrospectif sur les quatre causes
d'imitation qui viennent d'être étudiées, nous voyons que leur
nature est tout-k-fait différente. La première cause est un instinct
qui nous porte , par un désir si peu prononcé qu'a peine il fixe
notre attention, k reproduire certains actes dont on est témoin,
actes eu général insignifiants au point de vue moral. Par ce
principe d'imitation, nous exécutons automatiquement, pour
ainsi dire, ce que nous voyons faire. L’importance de cette cause
d'imitation ayant été fort exagérée, j ’ai cherché k circonscrire ses
limites en ne lui attribuant que les effets qui sont de son ressort.
La deuxième cause d'imitation est l’intérêt de tous nos éléments
instinctifs, intérêt qui nous porte a faire ce que d’autres ont fait,
lorsque nous y trouvons un avantage , un moyen facile de
satisfaire nos désirs. Cette deuxième cause a fort peu attiré
l’attention des observateurs. M. Jolly est le seul qui en ait fait
mention sous le nom d'imitation intellective, réfléchie ; mais il a
restreint son action k ce qui concerne les arts, les lettres et les
sciences. J’ai élargi le cadre de son activité, en rapportant k cette
cause les actes qui favorisent l’intérêt de tous nos sentiments,
de toutes nos passions, de tous nos besoins. La troisième cause
d'imitation, signalée par Esquirol, consiste dans la contagion
morale, dans la propriété que possèdent nos sentiments et nos
passions d’exciter les mêmes principes instinctifs chez les indi
vidus qui sont susceptibles de les éprouver, et par suite d’inspirer des désirs semblables et de donner lieu k des actes
semblables. Enfin, la quatrième cause d’imitation, signalée par
M. Bouchut, consiste dans un miasme contagieux, affectant le
système nerveux. Lorsqu'il frappe les centres nerveux automa­
tiques, il produit et propage des phénomènes spasmodiques et
convulsifs; lorsqu’il frappe le cerveau il détermine des perversions
morales, il soulève des passions qui, en s’emparant de l ’intellect
et en aveuglant l’esprit, produisent la folie. Par rapport k la
contagion nerveuse, j ’ai fait observer que non seulement il en
existait une pathologique, mais qu’il en existait encore une phy­
siologique qui propage des phénomènes spasmodiques naturels
tels que le rire, le bâillement, etc. Enfin il m’a paru que la con­
tagion nerveuse pathologique, attribuée par M. Bouchut k un
miasme, pourrait bien n’être qu'un effet de la contagion morale.1
11 est k regretter que les auteurs qui ont traité de la question qui
nous occupe ne se soient servi en général que du mot imitation ,

DE L ’IMITATION.

133

si bien que lorsqu'ils disent que tel acte est dû k l’imitation, le
lecteur ne peut savoir si ce mot signifie l’instinct de même nom,
une des quatre causes d’imitation, ou s’il signifie l’action d’imiter,
effet de chacune de ces causes. Si ce mot. signifie l’instinct-, cela
prête k penser que les auteurs regardent cet instinct comme
l’unique principe de l imitation, car ils l’emploient pour tous les
cas où l’imitation est considérée par eux comme cause des actes.
Si ce mot. signifie l'action d’imiter, il est très improprement
appliqué; car, an lieu de dire tel acte est dû k l'imitation, il
devrait y avoir : tel acte est dû a l’exemple, ce qui est. fort diffé­
rent; l'acte imité, l'imitation, étant un effet, et l’exemple étant
cause de l’imitation, ou plutôt, étant le moyen par lequel agissent
les quatre causes d’imitation. Pour éviter désormais toute équi­
voque k cet égard, on devra donc, ainsi que je Lai fait, employer
les mots instinct d’imitation lorsqu’il s’agira de l'instinct. Le
langage de la science doit avant tout être clair et. précis.

Ce n’est pas seulement, en imitant ce que d’autres ont fait, que
des actes semblables s’accomplissent dans la nature. Les êtres qui
sont régis par les mêmes lois, ceux qui sont animés d’éléments
instinctifs, de désirs, de besoins semblables, manifestent natu­
rellement des phénomènes identiques; et c’est dans cet ordre de
phénomènes que se trouvent réellement vraies les paroles
suivantes de Cabanis « La nature s'imite elle-même ». Les
astres soumis aux mêmes lois physiques se meuvent dans
l’espace d'une manière identique. Les combinaisons chimiques
sont partout, les mêmes. Les végétaux dont, l'organisme est le
même, manifestent, des phénomènes semblables. Les animaux
dont les instincts et les besoins sont de même nature, se com­
portent d’une manière identique. Enfin, dans l’espèce humaine,
des éléments instinctifs communs k toutes les races, k differents
degrés de développement cependant, produisent des tendances
particulières, des goûts, des penchants, des désirs semblables
qui les poussent naturellement dans telle direction, et qui les
éloigne de telle autre. De lk des institutions et des mœurs k peu
de chose près semblables, une manière de faire toujours k peu
près la même. Et cette identité dans les éléments instinctifs
étant déterminée par une identité dans l’organisation intime du

�134

DESPINE.

cerveau, se perpétue tant qu'une modification dans l’organisme
n’a pas été opérée par le mélange des races. Les éléments instinc­
tifs qui portent actuellement les catholiques à déposer des ex voto
dans les églises , portaient à des actes semblables les adorateurs
des dieux du paganisme. En 1854 on a découvert, en fouillant le
terrain sur lequel était bâti le temple d’Esculape, dans l’île SaintBarthélemy, à Rome, un millier d’ecr voto en terre cuite représen­
tant, comme ceux de notre époque, les diverses parties du corps.
Je possède six de ces curieux produits de la piété et de la recon­
naissance des anciens, produits que les archéologues font remon­
ter au temps de la République Romaine. Les hommes animés de
passions semblables agissent, et parlent même souvent, d’une
manière identique. L'indignation qui faisait dire à Marat en 1791:
« Que mon calomniateur reste calme, s'il le peut, à la vue des attentats
des ennemis de la liberté, je ne me sens pas la force de commettre de
pareilles lâchetés » faisait dire à YAmi de la Religion en 1860 : « Que
le constitutionnel reste calme, s’il le peut, en face d’un Prince ( Victor
Emmanuel) qui foule impunément les traités et le droit, nous ne sau­
nons avoir de pareilles faiblesses. » Après avoir rapporté un suicide
accompli par la passion pathologique du suicide due à l’hérédité,
M. Trélat ajoute : « Ici le dégoût de la vie et la nécessité de se
tuer ont été transmis par le père à tous les enfants, avec une si
exacte fidélité, que, fond et forme, tout a passé d’une génération';')
l’autre. Le délire a été le même , les passions ont été les mêmes,
ainsi que les actes » (I).
Les actes qu’un homme accomplit sont plus ou moins sembla­
bles aux actes accomplis par d’autres hommes ; les scènes de
la vie humaine sont toujours à peu près les memes, les acteurs
seuls changent. Cette ressemblance dans l’activité est due, soit
à l’identité des éléments instinctifs qui animent l’esprit humain,
soit à l’imitation déterminée par les quatre causes que nous
avons étudiées, ces deux sources de similitude dans les actes
agissant ou séparément ou conjointement. Si c’est par l’identité
seule des éléments instinctifs qu’un sexe à toujours recherché
l’autre sexe, que les parents doués d’affection se prêtent secours
et assistance, que les hommes charitables viennent en aide aux
malheureux, que nous recherchons la société de nos semblables,
que nous veillons avec soin à nos intérêts, etc., etc., souvent1
(1) Folie lucide, page 285.

DE L ’IMITATION.

135

aussi la contagion morale, la manifestation de sentiments et de
passions, avivant chez les témoins des éléments instinctifs sem­
blables que n’ont pas suffisamment stimulés pour les mettre en
activité leurs causes excitantes naturelles; souvent dis-je, lacontagion morale vient en aide à ces causes excitantes pour déter­
miner des actes semblables. Souvent, encore, l’exemple nous
offrant un moyen facile de satisfaire les demandes de nos élé­
ments instinctifs concourt avec l’activité de ceux-ci pour pro­
duire des actes semblables qui doivent aboutira cette satisfaction.
Qu’un drame émouvant, tel qu’une exécution capitale, soit an­
noncé, aussitôt l'on voit accourir la populace sur le lieu du
sacrifice. Est-ce par un effet de l’imitation ? non, c’est parce que
la curiosité, et ce besoin naturel qui porte l’homme à recher­
cher les émotions vives, et même les plus pénibles, quand il n’en
est pas personnellement l’objet, sont entrés en activité chez tous
sous l’influence de la meme cause. Est-ce par l'effet de l'un des
quatre principes d’imitation, que les habitants de Paris se sont
transportés pendant plusieurs jours sur le théâtre du massacre
exécuté par Tropmann ? non, c’est parce que la même cause a
excité les mêmes principes instinctifs chez tous et leur a inspiré
le même désir. Cependant il a du y avoir des cas, où l’instinct
d’imitation inspirant le désir de faire comme les autres pour faire
comme les autres, a déterminé â se rendre au champ de Pantin
quelques personnes qui n’y étaient poussées ni par la curiosité ,
ni par le besoin d’éprouver des émotions. Il est probable égale­
ment que ces éléments instinctifs manifestés par la foule, ont
assez surexcité ces mêmes éléments instinctifs chez certaines
personnes moins impressionnées naturellement, pour que ces
éléments, devenant plus actifs parle contact, aient inspiré à ces
personnes le désir d’aller aussi sur les lieux du crime. Ces exem­
ples nous montrent comment, pour la production des actes
semblables, interviennent, soit l’identité des éléments instinctifs,
soit les divers principes d’imitation.
Pour citer un fait saillant â l’appui de l’identité dans les
procédés et dans les actes déterminée par celle des éléments
instinctifs propres à la race; rappelons que tous les écrivains font
observer en ce moment que, dans laguerre actuelle, les Allemands
se comportent exactement comme aux temps passés. Leurs succès
sont dus beaucoup plus aux masses énormes qu’ils présentent à
l’ennemi et à la puissance de leurs agents destructeurs qu’au cou-

�136

DESPINE.

rage et à la valeur. Sans initiative individuelle et très patients, ils
obéissent facilement et aveuglément aux ordres de leurs chefs.
Impassibles, la frayeur panique n’a pas de prise chez eux. Très
intelligents et réfléchis, ils combinent leurs projets longtemps et
avec persévérance, et ils les combinent très habilement. Nulle­
ment expansifs, ils savent cacher ces projets. Médiocrement
doués de sentiments nobles et élevés, les moyens les plus mons­
trueux et les plus odieux ne leur répugnent point, les procédés
bas et vils, tels que l’espionnage organisé, leur paraissent natu­
rels. Une fois le casque en tête, ils perdent complètement toute
notion du bien moral et du mal moral. Pour eux le bien est alors
la force brutale, et le mal tout ce qui leur résiste, quoique la
résistance soit inspirée par les meilleurs et les plus nobles sen­
timents. En général, très religieux, ils supposent la Divinité
complice de leurs actes de brigandage. Enfin, dans la guerre, ce
sont toujours les anciens barbares du Nord ; animés des mêmes
instincts qu’autrefois, ils s'imitent sans cesse, ou plutôt ils agis­
sent toujours de la même manière, et, ce que l’on ne doit pas
oublier, ils s’imiteront toujours. La civilisation peut polir la
superficie, amoindrir les aspérités, mais elle n ’a pas le pouvoir
de changer, défaire disparaître les éléments instinctifs des races.
Aussi, à un moment donné, lorsque rien ne retient plus ces élé­
ments, ils reparaissent dans toute leur vigueur. Et nous mêmes,
descendants des Gaulois, ne sommes-nous pas, sous le rapport
instinctif, ce qu’ont été nos ancêtres? ne nous imitons-nous pas
toujours dans les qualités comme dans les défauts? Impression­
nables, expansifs, facilement aveuglés par nos passions, vantards,
vaniteux, frivoles, aimant trop les plaisirs, braves, généreux,
sensibles et courageux; le coq, un des insignes de la nation gau­
loise, a toujours été et ne cessera d’être le véritable emblème de
notre caractère.
D r P rô sper D e s iu n e .

CLINIQUE CHIRURGICALE.

13?

QUATRIÈME SÉRIE

D ’O BSERVATIONS D E C H IR U R G IE U SUELLE
Comple-rendu de la clinique chirurgicale de l’Ilolel—Dieu de Marseille
Pendant le sem estre d’été de I8(‘&gt;9,
PAR LE PROFESSEUR SIRUS-PIRONDJ.

( Suite. )

SIXIÈME CATÉGORIE

Plaies et Contusions.
§ 1.— Toute plaie étant constituée par une solution de
continuité, et toute contusion (qui conserve, bien entendu,
quelque trace de l’accident qui l’a produite) supposant éga­
lement une solution de continuité, il en résulte que plaie et
contusion sont deux termes exprimant au fond la môme na­
ture de lésion, que l’on peut comprendre sous la dénomi­
nation générale de blessures. D’un autre côté, les blessures
pouvant atteindre tous les viscères, tous les organes et tous
les tissus, il en résulte qu’en dernière analyse on pourrait
comprendre dans la catégorie des plaies et contusions toutes
les maladies tributaires de la chirurgie. Ou a cependant con­
servé exclusivement le nom de plaie à toute solution des par­
ties molles qui a intéressé les tégumens, et le nom de contusion
est réservé à ces mêmes solutions, sur lesquelles l'enveloppe
cutanée est restée à peu près intacte.

�138

SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

Je répéterai ici ce que j ’ai dit plus haut : toutes ces distinc­
tion, généralement admises, n ’ont rien de bien rigoureux,
mais elles sont indispensables l’étude et au classement des
faits.

faire valoir pour ou contre chacun d’eux qui, en définitive,
ont leurs indications propres et, à notre avis, parfaitement dé­
finies.
Une première question à se poser, au point de vue qui nous
occupe, est la suivante :
Quels sont les dangers inhérents à l’existence d’une plaie ?
D’abord, que les parties ne puissent se réunir sans que la
région ne perde un ou plusieurs de ses attributs physiolo­
giques ;
Que la suppuration, une fois établie, ne traîne après elle
quelques-uns de ces accidents qui sont toujours graves et sou­
vent mortels;
Que sa prolongation ne finisse par épuiser les constitutions
les plus robustes, lorsqu’il s’agit surtout de la population
nosocomiale.
Deuxième question : Quelles sont les causes qui peuvent re­
tarder la prompte cicatrisation d’une plaie?
En premier lieu, son étendue ; comme conséquence de cette
étendue, l’impossibilité d’en rapprocher les bords ; en troi­
sième lieu, une suppuration trop abondante, et surtout de
mauvaise nature. D’où il suit que supprimer les causes qui
retardent la cicatrisation d’une plaie, c’est supprimer du
même coup les dangers inhérents à la plaie elle-même, c’est
remplir une double indication, c’est viser au but principal :
la guérison.
Mais, plaçons ici une courte digression.
Si l'on examine de près ce que fait la nature abandonnée à
elle-même, dans les cas où notre intervention est impossible,
et si nous cherchons à l’imiter là où cette intervention est
praticable, on arrive au parallèle suivant : dans une contusion
violente ou dans une entorse grave, par exemple, il y a évi­
demment déchirure, lésion de continuité, plaie enfin, puisque
du sang a été épanché, et que ce sang finit par se montrer
sous la peau, laquelle peau constitue pour lui une barrière
infranchissable. Cette plaie couverte par cette barrière formant
enveloppe, cette plaie dite par cela même sous-cutanée, se ci­
catrisera-t-elle plus promptement ou plus lentement que si

§ 2. — Les plaies et les contusions, en resserrant leur do­
maine dans les limites que nous venons d’indiquer, n’en cons­
tituent pas moins le tiers ou peut-être la moitié des cas que
les chirurgiens sont appelés à soigner. Cette appréciation sta­
tistique, donnée par A. Berard et Denonvilliers (1), nous parait
parfaitement exacte; nous pourrions donc citer, dans cette
catégorie, un grand nombre de faits observés à l’Hôtel-Dieu ;
mais nous ne mentionnerons que les plus intéressants d’entr’eux, après avoir dit toutefois quelles sont les idées généra­
les qui nous guident dans le traitement local des plaies, c’està-dire dans leur pansement. Une plaie peut changer d’aspect
du jour au lendemain, et du tout au tout, selon qu’elle est
bien ou mal pansée. De pareils changements surviennent fré­
quemment sans cause appréciable; mais comme il n’y a pas
d’effets sans causes, le meilleur moyen de réduire le nombre
des accidents de ce genre dus à une cause inconnue c’est d’éli­
miner avec soin tout ce qu’on sait devoir entraver la marche
d’une cicatrisation prompte et régulière.
§ 3. — Le mot pansement, dans sa plus stricte acception,
exprime iapplicat ion d'un topique on d’un appareil sur une par­
tie malade, et le pansement d’une plaie n ’est autre chose, par
conséquent, que l’art d’appliquer sur cette plaie les topiques
nécessaires à son occlusiôn, et par cela même à sa cicatrisation,
il est des jjansements simples, il en est de compliqués ; les uns
et les autres répondant à des lésions spéciales n’ont évidem­
ment qu’une importance relative sur les deux systèmes de
pansements rares ou de pansements fréquemment renouvelés,
attendu que leur simplicité ou leur complication n’ajoute ou
n’enlève pas grand’chose à la force des argumens qu’on peut
(l) Compendium de Chirurgie pratique, tom»1 1 p. 30S

■ 139

�SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

l'enveloppe n’existait pas ? La réponse n'est pas douteuse ; il
faut seulement ajouter que la cicatrisation s’opère d’autant
mieux et d’autant plus vite que les parties sous-cutanées ont
moins souffert et qu’il y a moins de chance d'emphysème spon­
tanée, autrement dit. d’une complication regrettable due à la
libération de gaz, par suite de ruptures vasculaires, et dont
l’effet peut devenir plus ou moins délétère, selon les réactions
chimiques auxquelles ces mêmes gaz peuvent donner lieu.
Mais cette complication est rare, très-rare même. Eh bien,
remplacez maintenant ces gaz par l’air atmosphérique, tout
change immédiatement, et là où la décomposition était une
exception, elle devient une règle. Pourquoi ? nous le verrons
tantôt.
Pour le moment, il nous faut revenir à nos premières re­
marques et les résumer en disant que l’indication principale
et indispensable à remplir en présence d’une plaie, c'est de
placer cette plaie dans des conditions qui la rapprochent ou
l’assimilent, le plus possible, à celles dont la nature seule se
charge de la guérison, c’est-à-dire aux plaies sous-cutanées,
Examinons donc ces conditions.
1° Une plaie couverte par la peau ne peut se trouver en con­
tact qu’avec des corpuscules, très-divers sans doute, mais ap­
partenant normalement à l’organisme. Les molécules dont se
composent ces corpuscules, peuvent se désagréger sans que
leurs éléments constitutif perdent en quelque sorte leurs
qualités primitives, et la résorption en est dès lors facile et
prompte, la brèche sous-cutanée se comble, se réorganise, et
la région reprend ses fonctions habituelles.
2° Dans une plaie simple où la réunion immédiate peut
être tentée, la cicatrisation est d’autantplus prompte.que l’oc­
clusion de la plaie a pu être opérée plus immédiatement après
sa production. Pourquoi? c’est que, moins il y aura eu de
contact, ou mieux encore, d'échanges entre l’air ambiant et
les corpuscules disséminés sur la surface de la plaie, plus et
mieux ces corpuscules auront conservé leurs qualités propres
et se trouveront par conséquent dans les mêmes conditions
que dans les plaies sous-cutanées.

3° Quant aux plaies exposées, celles qui, dépouillées de lam­
beaux ou placées dans des conditions spéciales, ne peuvent se
cicatriser que lentement, graduellement, en un mot, par
seconde intention (expression impropre s’il en fut), l'in­
dication majeure qui se présente. c’est qu’elles suppurent le
moins possible et que les liquides ou pus sécrétés à sa surface
se coagulent et s’organisent promptement pour constituer ce
tissu cicatriciel qui ne manque pas d’inconvénients sans doute,
mais qui offre pourtant le seul mode de guérison possible.
Quels que soient donc les arguments sous l’inspiration des­
quels nous voudrions établir les indications qui s’offrent au
chirurgien mis en présence d'une plaie, tous arrivent à ce résul­
tat final: empêcher la décomposition des particules solides et
liquides qui, pour ainsi dire, suintent à la surface decetteplaie.
et, dans ce but, les soustraire autant que possible au contact
de l’air.
4° Mais, est-ce bien l’air lui-même qui constitue ici le prin­
cipal danger? Non, maintes expériences ont prouvé le contraire.
L’air n’est, ou, pour parler plus exactement, ne parait nui­
sible que par la présence des innombrables corps organiques et
inorganiques qu’il tient en suspension. Leur continuelle pro­
jection sur une surface dénudée doit forcément modifier et
même transformer l’état des corpuscules normaux, tels qu’ils
se trouvent dans les plaies sous-cutanées; qu’il y ait ensuite,
ou qu’il n’y ait pas , comme conséquence de ce mutuel
échange, production de ferments; que l’on adopte ou que l'on
repousse les idées de M. Pasteur, de M. Béchamp et de bien
d’autres, il est tout de même incontestable que les corpuscules
inhérents à la plaie elle-même, se désagrègent, se décompo­
sent, leur réadmission dans l’organisme vivant devient impo­
ssible et la suppuration s’établit.
Il est tellement vrai que les choses se passent ainsi, que
si l’on veut bien faire abstraction de la part d’intluence
qu’on ne peut refuser à la constitution des malades, aux
diathèses dont ils sont atteints , à leurs individualités si
diverses, je défie de trouver ailleurs que dans la surcharge de
germes malfaisants répandus à profusion dans l’atmosphère

140

141

�142

SIRUS-PIRONDI.

nosocomiale, la diiférence énorme de proportion qui existe
entre le nombre de réunions immédiates obtenues dans la
pratique privée, et celui que l’on constate dans les hôpitaux.
Amoindrir par conséquent l'influence de ces germes, tel est
le but que doit atteindre un pansement bien fait.
Telles sont les prémisses ou considérations générales que
nous tenions d’abord à poser de notre mieux. Passons main­
tenant à leurs applications.
A.
Il s’agit d’abord de soustraire la plaie à l’influence de
tout ce qui peut l’irriter, et faciliter par cela même la suppu­
ration ; tout ce qui agit comme corps étranger irrite, et tout
ce qui n’est pas réabsorbable se transforme en corps étranger
par rapport à l’organisme.
Nous avons déjàditque si les corpuscules liquides et solides
placés à la surface d’une plaie sous-cutanée rentrent facile­
ment dans le torrent circulatoire, c’est qu’ils peuvent conserver
encore leur qualité primitive. Çet avantage étant refusé aux
plaies exposées, il s’en suit qu’il faut enlever le plus complè­
tement possible tous ces corpuscules; en d’autres termes, il
faut nettoyer la plaie.
Le mot est vulgaire, la chose parait des plus faciles, et rien
pourtant ne mérite plus de soins et de minutieuses précautions.
En ville, et pour tout malade isolé, que l’on se serve d’éponge,
de linge ou de n’importe quoi, cela peut être indifférent; mais
il n’en est pas de même dans un hôpital, où les miasmes no­
socomiaux finissent par imprégner, de la manière la plus fâ­
cheuse, les éponges, le linge et toutes les pièces déjà plus ou
moins contaminées par leur application à toutes sortes de lé­
sions, depuis les plus bénignes jusqu’à celles qui ne le sont
guère. Les éponges surtout offrent un danger permanent que
nous avons depuis longtemps signalé, et que nous avons tâché
d’éliminer en y substituant un moyen fort simple, commode
et peu dispendieux. C’est une burette en fer blanc de dimen­
sions variables et à jet que l ’on peut facilement graduer
d’après le diamètre laissé au bec d’écoulement. En élevant plus
ou moins la burette, on augmente ou l’on diminue la hauteur
et par conséquent la force du jet ou douche du liquide que

CLINIQUE CHIRURGICALE.

143

l’on fait tomber sur la plaie. On dirige ce jet sur toutes les
parties de la plaie, on le prolonge là où quelques anfractuo­
sité le réclament plus particulièrement, et l’on obtient ainsi
un lavage aussi complet que possible.
B. S’il est des plaies qui, d’après la nature du pansement,
peuvent être laissées humides après leur lavage, il en est d’au­
tres qu’il faut sécher soigneusement. Ajoutons que ce sont les
cas les plus rares; car, avec le système de la douche, on peut
faire partir le liquide de la surface de la plaie sans y laisser le
moindre petit lac ou dépôt. Toutefois, lorsqu’il faut sécher
complètement la plaie, nous ne saurions trop recommander,
non-seulement de choisir un linge fin et souple, mais encore
de rhumecter légèrement avec le liquide qui sert au lavage, et
dont nous allons parler.
Nous en aurions long à dire s’il fallait énumérer toutes les
substances qui, sous forme d’emplâtre ou de topiques liquides
ou solides, ont tour à tour été vantés pour le pansement des
plaies; et je regrette plus particulièrement que le temps ne
me permette pas d’entrer ici dans quelques détails sur les
services journellement rendus à la chirurgie conservatrice
par les pansements à l’alcool appliqués à des cas spéciaux.
Mais n’ayant pas à faire un traité ex-professo sur ce sujet,
et tenant tout simplement à indiquer de quelle manière les
pansements sont faits dans le service hospitalier confié à
nos soins, nous nous bornerons à dire qu’en général nous
n’aimons guère les corps gras, parce qu’ils rancissent trop
facilement, sèchent trop tôt, et deviennent par cela même
des centres d’irritation ; e t , conformément aux prémisses
précédemment émises, on trouvera, je l’espère, logique que
nous recommandions avant tout et par dessus tout l’usage de
l’acide phénique. L’eau phéniquée est donc l’agent, dont
nous aimons à nous servir depuis longtemps, et nous n’avons
réellement qu’à nous louer des résultats qu’il nous a fournis.
Sa solution est plus ou moins active et varie dans la propor­
tion de 1/20 à 1/30, selon que nous avons affaire à des plaies et
à des organismes plus ou moins irritables. Les lavages se font
constamment à l’eau phéniquée ; mais quand il s’agit

�Ili

SIRUS- PIRONDl.

d'abandonner sur la plaie, soit des plumasseaux de lent, soit
des bandelelles de linge imbibées d'eau phéniquée, si la cuisson
est un peu trop vive, nous faisons parfois ajouter au liquidé
quelques gouttes de laudanum ; et si le pansement ne doit
pas être trop fréquemment renouvelé, s’il ne réclame pas un
arrosage incessant, on prépare du diachylon pliéuiqué dans
des proportions plus ou moins concentrées, car il est bon d’en
avoir à des degrés de concentration diverse.
Tout àriieurej’ai parlé de lent, et il serait en effet bien utile
qu’à l’exemple de l’Angleterre nous pussions avoir à notre dis­
position, dans les hôpitaux, cette espèce de charpie vierrje qui
n’offre aucun des inconvénients de la charpie commune, pro­
venant de linge toujours suspect ; mais le besoin de cette inno­
vation ne s’est pas fait encore suffisamment sentir dans notre
pays. Espérons que cela viendra.
Il est des plaies, telles que les brûlures, dont l’élément dou­
leur se présente avec un tel degré d’intensité que l’on ne peut
vraiment pas s’exposer, sans nécessité absolue, à l’augmenter
dans quelque minime proportion que ce soit. Dans ce cas, nous
remplaçons l’acide phénique par l’eau de laurier-cerise, et
parfois même un glycéré au laurier-cerise légèrement laudanisénous a donné de très-bons résultats.
C. Pour renouveler le pansement, il est quelques précau­
tions que je ne saurais trop recommander : on humecte
d’abord toutes les pièces avec soin, on fait glisser le jet de la
burette entre le pansement lui-même et la plaie qu’il recou­
vre; ensuite, lorsqu’il s’agit d’enlever le linge, il faut, autant
que possible, le détacher en sens inverse deslambeaux de peau
qu’il s’agit de recoller, sans tiraillement aucun sur les bour­
geons qui se forment, et surtout l'enlever graduellement de la
circonférence au centre, en le soulevant pour ainsi dire par
les extrémités des diamètres, pour respecter le plus qu’on le
peut les ilôts cicatriciels qui commencent à se former.
D. Nous venons de nommer les bourgeons. Lorsqu'ils sont
trop proéminents, ils ne se laissent pas facilement recou­
vrir et abattre par le tissu cicatriciel, et personne n ’ignore qu’il
faut les réprimer par la cautérisation, Mais les chirurgiens

CLINIQUE CHIRURGICALE.

Iio

savent aussi que parfois la cautérisation avec le nitrate d’ar­
gent porte trop loin ou ne porte pas assez, et plus d’une fois,
si on n a pas eu îles accidents à déplorer comme suite de ces
cautérisations mal appliquées, on a du moins retardé fâcheu­
sement la marche de la cicatrisation au lieu de l’activer. Dans
des cas de ce genre, lorsque les bourgeons sont boursouflés et
pour ainsi dire spongieux, nous préférons les toucher avec un
tout petit cautère rougi à blanc, quia le double avantage d’unir
à une cautérisation instantanée, et nullement douloureuse, la
transformation de la nature môme de ces bourgeons.
E. Le pansement étant fait, quelle position faut-il donner
à la partie blessée? la règle générale est d’ordinaire assez facile
à suivre. Il s’agit, si on le peut, de donner à la partie blessée
une déclivité telle que sa position tende à amoindrir l'apport
des tluides congestifs.
Le regrettable professeur Grerdy a beaucoup insisté, et avec
raison, sur ce sujet, qui a une importance réelle.
F. Enfin, une dernière question se présente ici, et nous ne
pouvons pas, comme on dit vulgairement, la résoudre d’un
trait de plume. Convient-il de renouveler fréquemment les
pansements, ou doit-on les laisser en place le plus longtemps
possible ? Ici, qu’on me permette l’antithèse, c’est, le flair prati­
que,beaucoup plus que l’odorat du chirurgien, qui doit décider
la question. Il est des plaies qui suppurent beaucoup et que
l’on peut sans danger laisser recouvertes de leur pus, attendu
qu’un barrière dite pyogénique s'oppose à l’action délétère du
pus sur les vaisseaux absorbant de l’économie ; mais il est
d’autres cas où cet abandon ne peut être fait sans danger, et
s'il était permisde formuler un avis général, nous dirionsque,
pour une plaie récente, le pansement fréquemment renou­
velé peut avoir son avantage. et pour une plaie ancienne,
comme les ulcères muqueux, par exemple, le pansement rare
est de beaucoup préférable ; mais, encore une fois, le tact
pratique seul peut fournir ici un enseignement suffisant.
Ce qu’il nous faut ajouter en terminant, c'est que tout pan­
sement surmonté d’un bandage doit toujours être minutieuse­
ment surveillé, car, s’il y a tension de la partie recouverte,
to

�146

SIRUS-PIRONDI.

avec quelques pulsations profondes, on doit craindre que l’ap­
pareil soit beaucoup trop serré. S’il y a une température
inégale, très-basse d’un côté, très-élevée de l’autre, l’appareil
doit se trouver inégalement serré. Si la surface lésée accuse un
chatouillement particulier, désagréable, avec quelques petits
élancements changeant fréquemment de place, on doit soup­
çonner les pièces du pansement de se trouver trop sèches, trop
dures, et d'agir par conséquent sur la plaie comme corps
étranger capable de l'irriter et d’y déterminer une nouvelle
poussée inflammatoire.
Telle est, en résumé, la formule générale qui préside depuis
longtemps, à nos divers pansements (1). On y constatera faci­
lement de très nombreuses lacunes, et notamment tout ce qui
concerne les diverses espèces de sutures qu’il convient d’ap­
pliquer et d'approprier aux plaies d’après leur étendue, leur
profondeur, la région qu’elles occupent etc.... ; mais notre
glanage clinique, ne comporte pas une étude complète de
toutes les questions qui se présentent ; et il est d’ailleurs des
détails sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir à propos
de quelques faits particuliers que nous allons maintenant
mentionner.
§. 4. — Parmi les nombreuses plaies de la tête soumises à
notre observation la plupart intéressaient la peau et l’aponé­
vrose sous-jacente. Lorsque la peau seule est coupée, à moins
que la blessure n’ait une étendue considérable, l’écartement
des lèvres de la plaie est très-limité , le moindre pansement
agglutinatif suffit à maintenir un affrontement exact et la ci­
catrisation s’opère assez vite. Dans quelques cas, les cheveux
eux-mêmes, imbibés d’un peu de sang, forment croûte sur la
plaie et facilitent la réunion immédiate, si on ne les tiraille
pas en tout sens par d’inutiles lavages.
Si l'aponévrose est intéressée au même degré que la peau,
l’écartement des lèvres de la plaie peut être assez considéra­
ble pour réclamer quelques points de sutures, que nous avons
(1 Voyez Gazelle des Hôpitaux, 12 avril 1869

CLINIQUE CHIRURGICALE.

147

souvent et très avantageusement remplacés par de fortes serrefines. Elles ont, en effet, sur les points de suture, l’avantage
très grand d’exposer beaucoup moins les bords de la plaie à
une inflammation suppurative, et de mieux favoriser la coap­
tation des surfaces saignantes, en maintenant ces bords ren­
versés plutôt en dehors qu’en dedans.
Lorsque la cause vulnérante a déterminé une notable perte
de substance du cuir chevelu, on a, dit-on, fortement à crain­
dre l’exfoliation de l’os du crâne ainsi dénudé; et il semble, en
effet, qu’il devrait toujours en être ainsi: mais par exception
peut-être, je ne l’ai jamais vu. J’ajouterai même, qu’en bien
de circonstances j ’ai eu lieu d’appeler l’attention des élèves
sur la cicatrisation très lente sans doute, mais progressive et
régulière, des plaies delà tête, quoiqu’ily eut dénudation d’une
très large surface du crâne. En ces cas, ni les points de suture,
ni les serreflnes, ni d’autres moyens agglutinatifs, ne parvien­
nent à ramener et à maintenir les lèvres de la plaie sur une
même ligne ; mais en ne multipliant pas inut ilement les panse­
ments et en évitant, chaque fois qu’on les renouvelle, de trop
toucher h l’épicrâne, on voit la plaie se resserrerpetil-à-petit, et
la cicatrisation arriver â bonne tin. Je n’ai rencontré l’exfoliation osseuse que là où l’action vulnérante avait porté sur le
crâne en même temps que sur l’enveloppe tégumentaire ; et
encore dois-je faire observer que dans les plaies du crâne
compliquées de fracture de la voûte, l’exfoliation n'a eu lieu
que très-rarement, et alors que le périoste avait été pour ainsi
dire ruginé pendant l’accident. C’est ce qui nous engage à
recommander, dans tout pansement de plaies de tête, avec
dénudation des os , de recouvrir le plus promptement et le
plus exactement possible la surface dénudée, et de soustraire
l’épicràne à l’action et même au simple contact d’un corps ou
d’un instrument tant soit peu dur et résistant ; recomman­
dation moins puérile peut-être qu’on ne le suppose.
(A suivre.)

�148

SAU VET.

REVUE DES TRAVAUX ÉTRANGERS.
JO U R N A U X P O R T U G A IS E T E S P A G N O L S .

Gazetta médica de Lisboa. — Delà cyanose par le nitrate
d'argent, par M. Alvarenga. Cette affection à laquelle le docteur
Ferrus a donné le nom de cyanose produite par l'emploi du ni­
trate d’argent contre les maladies convulsives, est également
due quelquefois à Faction de tout autre préparation de ce
métal, et surtout à celle du chlorure d’argent dont l’usage
procure aussi la coloration anormale de la peau; à cette déno­
mination du savant aliéniste français, le professeur de Lis­
bonne préfère celle de cyanose argentée ou par les préparations
d'argent.
Examinant comment se forme cette coloration, l’auteur
constate qu’elle est d’abord azurée ; qu’elle devient ensuite
plus foncée, comme bronzée et quelquefois noirâtre; qu’elle
apparaît simultanément sur toutes les parties du corps, plus
prononcée cependant sur les points dont la peau est plus
fine, et surtout là où elle est à découvert. La muqueuse la­
biale et la conjonctive sont souvent livides et cuivrées ; celle
de tout le tube digestif et de la face interne de l’aorte peuvent
aussi présenter cette couleur, Ferrus etLelut l'ont rencontrée
dans l’autopsie d’un épileptique cyanosé depuis plusieurs
années; Biett et d’autres pathologistes ont aussi observé des
faits analogues. Cette coloration est permanente, ne dispara il
jamais, diminue très rarement, et suivant les observations de
Ferrus, elle tendrait à augmenter même après la cessation de
l’usage du médicament.
Quant au mode d’action du nitrate d’argent dans la cyanose:
le savant directeur de la Gazette de Lisbonne n’essaie pas de
résoudre ce problème qu’il renvoie à l’examen des chimistes;
mais, dit-il, nous pouvons constater divers faits démontrés
par l’observation : 1° la production de cette variété de cyanose
est indépendante de Faction de la lumière, puisqu’on l’observe
également sur la muqueuse du tube digestif et. qu’elle est en-

Thermométrie clinique . rapports de la température avec
iinnervation ; considéraiiotis sur le frisson et les autres phé­
nomènes de la fièvre, par M. Alvarenga.
Le professeur de Lisbonne continue dans les numéros de
juin et de ju ille t, ses remarquables observations sur la
température du corps de l'homme, dont nous avons analysé
les premiers chapitres au mois de mai dernier.
On observe trois phénomènes principaux dans le frisson
resserrement, des vaisseaux périphériques, saillie des bulbes
pileux ; vulgô, chair de poule), spasme du système muscu­
laire, ces phénomènes caractérisent le frisson , et donnent
au système nerveux une excitation anormale. Mais le frisson
est-il bien le symptôme initial des affections fébriles, d'une
fièvre intermittente, par exemple, comme on l’a cru jusqu’à
ce jour? Les études thermométriques sont venues prouver
le contraire ; elles ont démontré que l’élévation d e là tem­
pérature du corps précède toujours l’apparition du frisson
de quelques minutes au moins, et quelquefois d'une ou de
plusieurs heures; qu’elle continue à s’élever pendant sa ma­
nifestation, et jusqu'à ce qu’elle ait atteint son summum d’in­
tensité caractérisé par le stade de chaleur. Chez un malade
de sa clinique atteint d’une fièvre intermittente simple ,
l'auteur a remarqué que demi-heure avant lefr'.sson, le ther­
momètre marquait 38°, 7. Suivant M. Jaccoud, c'est, entre 39° et
40° que se manifeste le frisson. Les observations du professeur
Alvarenga confirment cette donnée: que lorsque apparait le fris­
son, la température du corps a déjàdépassé 38°. 11 cite deux ob­
servations du Docteur Sydney Ringer se rapportant à deux
malades atteints: l’un, de fièvre tierce, et l’autre de fièvre quo­
tidienne; et il fait remarquer que la température a commencé
à s’élever chez eux quelques heures avant le frisson ; qu'il

�150

S AU VET.

s’est manifesté dans l’un de ces cas, quant la température était
à 39\ 3. et dans l’autre, quant elle était à -iû°, 3, et enfin que,
chez ce dernier malade,le maximum delà température a coïn­
cidé avec le frisson, et qu'il n’y a pas eu de stade de chaleur
proprement dit. M. Alvarenga présente ensuite quatre obser­
vations qui lui sont propres et qui indiquent d’une manière
complète la marche de la température générale pendant les
accès réguliers des fièvres intermittentes, et pendant les di­
verses périodes de ces accès. Ces observations sont résumées
en quatre tableaux synoptiques dans lesquels sont mentionnés,
pour chaque malade, et à chaque quart d’heure, la tempéra­
ture du corps, le nombre des pulsations et des actes respira­
toires, les moments précis où commençent le frisson, la cha­
leur et la sueur. Il en résulte : 1° que le thermomètre indique
l’augmentation de la température interne ou générale avant
la manifestation du frisson : 2“ que, dès les premières sensa­
tions qui font pressentir l'invasion de l’accès où du frisson gé­
néral, la température commence à s’élever, tout en se main­
tenant pendant un temps plus ou moins long dans les limites
physiologiques ; 3° que le malade peut ressentir un peu de
froid et un peu de frisson tout en conservant sa température
au dessous de 38° et dans la plupart des cas à 39ûau plus ; 4'
que le maximum de la température peut ne coïncider ni
avec la période du froid, ni avec celle de la chaleur, mais avec
le moment de la transition de l’une à l’autre ; 5° que l’intensité
du frisson est ordinairement proportionnée à l’hyperpyrogénésie: 6° que la sueur commence à se manifester lorsque la
température est déjà très élevée, qu'elle atteint presque son
maximum, et qu'il n’existe, entre cesdeux états, qu'une diffé­
rence de 1° à 1“5 au plus.
On peut donc conclure que l'observation thermométrique,
prouve (que le phénomène initial, manifeste de l’accès de fièvre
est l’élévatioh de la température ; que le frisson lui est consécu­
tif, qu’il n’estpas constant, que de plus il manque ordinairementquant la température est peu élevée, et très souvent quant
l’accès fébrile parcourt très lentement ses diverses périodes.
L’augmentation de l’urée dans les urines précède aussi le
frisson ; elle est en rapport avec la température.
Gela posé, l’auteur se demande qu’elle est la cause du
frisson et des autres phénomènes de la fièvre ? Plusieurs théo­

L’HUNYADI JANOS.

151

ries ont été présentées pour expliquer leurs manifestations ;
mais, s’appuyant sur l’observation des faits, il considère
comme inadmissibles toutes celles qui reposent sur la priorité
du frisson.
Nous analyserons prochainement les chapitres suivants, sur
la thermopathogénie. L’auteur y examine les diverses théories
de la température pathologique et complète ainsi son beau
travail de thermométrie clinique.
Dr Sauvet.

L ’EAU M INÉRALE D ’H U N Y A D I JANOS
(B u d e en H o n g rie.)

Toutes les fois qu’il s’agit de prôner un nouveau remède, le
public se tient en garde et se méfie,— avec raison souvent,— de
la nouveauté en question. Cependant les louanges sont parfois
sincères et méritées. Tel est le cas, croyons-nous, de l’eau mi­
nérale d’Hmyddi janos, dont le nom barbare sera bientôt, nous
l’espérons, aussi populaire parmi nous que celui de Sedlitz ou de
Pullna.
Connue de toute antiquité, l’eau de Bude (Ofen, en allemand) a
dû sa célébrité première aux Romains qui avaient désigné Ofen
sous le nom d'Aquincum (les cinq sources). Située dans cette ma­
gnifique vallée du Danube qui de Vienne à Pesth fait passer sous
les yeux du voyageur les tableaux les plus pittoresques, Ofen
présente un attrait tout particulier en raison de sa proximité
avec Pesth — reliée à elle, sur la rive opposée du Danube, par
un des plus grands ponts en fer qui existent — et de sa situation
au milieu de charmantes montagnes.
Avant notre époque, Bude était renommée à cause de ses eaux
ferrugineuses et sulfureuses. Au pied du Blocksberg existent en­
core de nos jours trois sources qui alimentent les bains du
Bruckbad.Cet établissement, hâtons-nous de le dire, n’a rien qui
séduise l’œil. Nous le visitâmes, il y a quelques années, pendant
la saison des bains, et le petit nombre de oaigneurs que nous
pûmes apercevoir nous fit supposer que ces thermes, établis par
les Turcs, devaient avoir perdu une grande partie de leur an­
cienne célébrité.
La source Hunyadi, découverte en 1863 par M. Saxlelmer,
devait rendre à l’établissement d’Ofen une partie de sa splendeur
passée. Cette eau, très-différente des sources primitives, est riche
surtout en sulfate de magnésie et en sulfate de soude ; c’est dire
quelle possède de précieuses propriétés purgatives. Elle contient
en effet une proportion de principes actifs très supérieure à celle
des eaux de Sedlitz, de Pullna et de Frédérikshall.

�132

SEl X FILS.

Nous avons, pour notre part, employé souvent déjà l’eau
d Hunyadi Janos et nous avons pu faire les observations suivantes.
Cette eau rappelle par sa saveur le sulfate de magnésie en dis­
solution ; elle agit très-rapidement; prise le matin à jeun, à la
dose de un à deux verres, elle amène en deux heures et sans
produire de tranchées, cinq à six selles séreuses et abondantes.
Cette eau constitue donc un purgatif doux et sûr, qui pourra
être donné avec avantage aux personnes dont le tube digestif de­
mande à être ménagé. Employée en petite quantité, méthodiquement
et pendant longtemps, elle détruit les constipations opiniâtres, fa­
cilite les fonctions du foie et la circulation de la veine porte. Elle
trouvera donc son emploi naturel dans l ictère, les coliques hé­
patiques, les affections du foie et de la rate, la goutte, les hydropisies. Nous ajouterons que dans les catarrhes simples de l’estomac
et de l’intestin elle constitue un précieux moyen curatif.
En résumé, effet sûr et prompt, absence de coliques, purgations
abondantes obtenues en deux ou trois heures, tels sont les princi­
paux avantages de l’eau d’Hunyadi Janos, avantages qui doivent
assurer à cette source une popularité au moins égale a celle des
établissements déjà connus du public.
Dr Seux fils.

N O U V E LL E S D IV E R S E S.
Le concours pour l’internat qui devait avoir lieu le 17 avril a
été renvoyé à une époque indéterminée. Le concours pour l’ex­
ternat a été ouvert le 24 de ce mois à l’Hôtel-Dieu. Quatre places
ont été mises au concours. Les candidats sont au nombre de
neuf. Nous ignorons encore le résultat de cette lutte.
— La variole sévit encore à Marseille avec une certaine in­
tensité. Cependant l’épidémie est moins meurtrière. L’affection
tend à devenir plus franche et présente moins que le mois dernier
le caractère hémorrhagique qui donnait à cette terrible maladie
une si grande gravité.
— Le service des ambulances continue de se faire avec le plus
grand zèle. Grâce au soin avec lequel malades et blessés ont été
disséminés dans des locaux nombreux et bien situés, nous n’avons
à signaler jusqu'à présent, sauf les cas de variole, aucune ten­
dance épidémique. Espérons que ce bon état des choses persistera
malgré les chaleurs qui menacent, cette année, d’être précoces.
— D’après le Courrier de la Plata, la fièvre jaune fait de terribles
ravages à Buenos-Avres. Il meurt jusqu’à deux ou trois cents
personnes par jour. La maladie atteint surtout les étrangers nou­
vellement débarqués.
— Un concours pour la place de bibliothécaire de notre ville
sera ouvert le 26 de ce mois.
Dr S eux Fils.
A. F abre.

(a n c io n n o

U n io n

M é c lio a lo

d e

la

P r o v e n c e )

8 me Aimée. — N ° 5 , — 20 Mai 1871.

QUATRIÈME SÉRIE

D’OBSERVATIONS DE CHIRURGIE USUELLE
Couiplc-rcuilu île la clinique chirurgicale de Molcl-Dicu de Marseille
Pendant le sem estre d’été do 1 8 6 9 ,
PAR LE PROFESSEUR SIRUS-PIROiNDl.

(Suite.)

§ 5. Quelle que soit la simplicité ou la bénignité apparenta
d’une plaie de la tète, on ne saurait être trop réservé sur le
pronostic de ces lésions, alors même que l’accident trauma­
tique qui les a produites ne paraîtrait pas avoir agi, du même
coup, sur le cerveau.
Rien, parfois, ne peut faire soupçonner qu’une chute ou
un coup à la tête ait pu déterminer des désordres graves dans
la masse cérébrale; et cependant des morts subites arrivent
inopinément à la suite d’accidents que malades et médecins
avaient eu le temps d’oublier; et quand l’autopsie a pu être
faite en pareil cas, qu'a-t-on trouvé ? du pus collecté ou dis­
séminé, c’est-à-dire, des traces non équivoques d’une inflam­
mation latente. Cette inflammation doit-elle être considérée
comme le produit de la commotion, d'une compression passa­
gère ou d’une contusion par suite de violente secousse in trà\1

�loi

SIRUS-PIRONDI.

crânienne? Plusieurs hypothèses peuvent expliquer le fait
d'une manière acceptable, mais aucune d'elles ne suffit à
nous faire comprendre comment, dans quelques cas, une encé­
phalite lente a pu exister et se terminer par suppuration sans
que l’organisme ait jamais accusé aucun symptôme caracté­
ristique d’un état morbide aussi grave ! Le fait que nous
allons citer est incomplet, puisque l’autopsie a été empêchée,
mais il nous semble permis d’y ajouter, par induction, ce
qui lui manque, eu rappelant un autre fait de date beaucoup
plus ancienne et à l’occasion duquel un examen anatomique
limité mais suffisant, fut accordé.

Observation. — Un homme âgé de 31 ans tombe de la hau­
teur d’une chaise et frappe de la tête sur les moellons d’un
corridor. Le coup a porté vers l’angle inférieur et postérieur
du pariétal droit, où l’on trouve une petite plaie de 42 milli­
mètres de longueur, à bords nets et légèrement écartés. Les
os sont ou paraissent parfaitement sains; la plaie a très-peu
saigné ; et le blessé affirme n ’avoir éprouvé, immédiatement
après sa chute, qu’un léger étourdissement qui ne l’a pas em­
pêché de se rendre à l’hôtel-Dieu à pieds. Pendant plusieurs
jours cet homme ne se plaint que de faibles douleurs cépha­
lalgiques s’irradiant de la plaie vers le front; le pouls est
régulier, ni lent ni fréquent, et toutes les fonctions s’exercent
normalement; il reste levé et se promène dans la salle toute
la journée; son appétit est excellent, et la petite plaie est
cicatrisée depuis plus de quinze jours; mais la céphalalgie
persiste malgré l’usage fréquemment répété de laxatifs, et il
dit éprouver de temps à autre de très-légers frissons qui lui
traversent le corps.
Tout en laissant dire, autour de moi, que cet homme simule
des malaises qu’il n’éprouve pas, je refuse de le renvoyer de
la salle et je lui fais appliquer deux petits vésicatoires derrière
les oreilles. La céphalalgie disparait, les frissons deviennent
plus rares, mais tout-à-coup cet homme est pris de coma
profond, avec assoupissement complet, pâleur, ralentissement

CLINIQUE CHIRURGICALE.

155

progressif du pouls, et succombe au bout de quelques heures,
32 jours après l’accident.
Des parents qui n’avaient jamais paru à l’IIôtel-Dieu pen­
dant tout le mois que le blessé y a séjourné, sont venus
réclamer son corps, après le décès, et vu un article du règle­
ment hospitalier, qui n’est vraiment plus en rapport avec les
intérêts de la science — qui se confondent ici avec ceux des
malades — la simple ouverture du crâne n’a pas été autorisée.
L’observation que nous venons de résumer manque, je le
répète, du complément indispensable pour prouver l'exis­
tence d’un abcès intrà-crànien ; mais un fait analogue et
complet, recueilli en ville, il y a une vingtaine d’années,
nous permet de conclure de l’un à l’autre sans donner trop de
latitude à Fimagination.
Observation.— Une jeune et belle fille, âgée de 16 ans,
appartenant à une famille étrangère, temporairement établie
à Marseille avait été confiée, avec deux de ses sœurs, à un éta­
blissement d’éducation situé dans un département voisin.Dans
cet établissement, comme dans bien d’autres, on avait la manie
des exercices gymnastiques ; et je dis manie avec l'intention
expresse de blâmer, en passant, la manière dont on a abusé de
cette utile innovation dans la plupart des maisons destinées à
l’éducation de la jeunesse. Personne ne conteste assurément
qu’on n’ait trop longtemps négligé, en France, la régularisation
des exercices du corps; eux seuls peuvent donner au système
musculaire toute la vigueur qu’il est susceptible d’atteindre,
et on sait, par exemple, tout ce que peuvent gagner les pou­
mons dans le développement graduel et normal des muscles
du thorax. Mais en régularisant et en systématisant la gym­
nastique, il faut avoir égard au but physiologique auquel elle
vise et qui n ’exige nullement qu’on transforme ces exercices
corporels en école d’acrobates. Qu’on veuille bien nous passer
ce mot avec la digression qui le motive.
La jeune fille tâchait donc de se cramponner à une corde
ou à un trapèze quelconque lorsqu’elle tombe et frappe, du
sommet de la tête, sur une chevillé implantée sur le sol et

�156

iSIRÜS-PIRONDI.

incomplètement recouverte de sable. Elle resta, dit-on, un
peu étourdie du coup, mais ne perdit pas connaissance, et sa
famille ne fut instruite que par hasard, et longtemps après,
d'un accident qui, en apparence, n ’avait laissé d’autre suite
que la cicatrice d’une petite plaie qui avait dù intéresser
toute l’épaisseur du cuir chevelu, un peu en avant et à droite
de l’angle occipito-pariétal. Deux mois après cette chute,
l’enfant arrive à Marseille pour y passer l’hiver; nous avions
l’occasion de la voir assez souvent au milieu de sa famille, et,
abstraction faite d’un teint fort pâle, elle semblaitjouir d’une
excellente santé. Elle se plaignait pourtant à ses sœurs et à
ses amies de fréquentes douleurs de tête, mais sa gaité ordi­
naire empêchait qu’on prît ses plaintes au sérieux, et nous
n’avons appris ce détail ainsi que la chute sur la tête que
lorsque toute intervention médicale arrivait malheureusement
trop tard ! Vingt-trois jours après son arrivée à Marseille,
cette jeune fille, en se déshabillant, est prise de légers mouve­
ments convulsifs à la face, s'affaisse sur elle-même et perd
complètement connaissance ; mandé à 11 heures du soir, je la
trouve plongée dans un coma profond qui ne cède à aucun des
stimulants généralement employés; le pouls est faible et se
ralentit, les extrémités inférieures se refroidissent. En présence
d’un état morbide aussi grave, instruit surtout- des diverses
circonstances qui l’avaient précédé, j ’engage la famille, dès
la première heure du jour, à faire appel au savoir et à la
grande expérience de M. Gauvière dont la renommée inspirait
partout et à tous une confiance illimitée et des mieux
justifiées; rien assurément ne fut négligé, et malgré tout la
vie s’éteignit chez cette pauvre enfant vers les 7 heures du
matin. Autorisés, non sans beaucoup de difficultés, on le
comprend, à examiner l ’intérieur de la boite osseuse, mais
avec l’injonction de ne pas déplacer l’encéphale, nous avons
trouvé (32 heures après le décès) une mince nappe de matière
purulente disséminée par dessous les méninges— qu’il a fallu
inciser — et paraissant s’étendre vers la base du cerveau, dont
la pulpe était ramollie et affaissée, comme si elle eût subi un
retrait dans l’étendue d’une pièce de 2 francs, et à peu de

CLINIQUE CHIRURGICALE.

157

distance, en avant, de la cicatrice déjà signalée au cuir
chevelu.
Le souvenir du fait qui précède no s’est jamais effacé de
ma mémoire; il devait s’y représenter en présence du blessé
de l’Hôtel-Dieu, et nous permettre de conclure que, si l’autop­
sie eût été permise dans le second cas comme dans le premier,
on aurait trouvé les traces d’un abcès intra-crânien.
Les abcès du cerveau,—on l’a (ht avec raison — n’ont
presque aucun terme de comparaison avec ceux des autres
organes (1), on n’en soupçonne pas toujours l’existence; leur
marche lente et insidieuse doit avoir souvent trompé la
vigilance des médecins, et c’est un motif de plus pour sur­
veiller de près les suites des plaies de fête, et pour porter sur
leur compte — nous le répétons — un pronostic réservé.
§ G. — La plupart des chirurgiens ont depuis longtemps
constaté la promptitude avec laquelle se cicatrisent les plaies
de la face, abstraction faite de certaines diathèses suppuratives,
avec lesquelles il faut toujours compter.
Je vais citer trois nouveaux exemples de cette facilité de
cicatrisation; mais, à la vérité, le troisième n’appartient pas
complètement à la région faciale.
Observation. — Un enfant de 7 ans reçoit en pleine figure
un coup de pied de cheval. Le coup porte plus particulièrement
sur la joue gauche qui est, en quelque sorte, détachée du reste
de la face par une plaie irrégulière, mais nullement contuse,
s’étendant du sillon naso-labial à quelques millimètres en
arrière du trou mentonnier; les deux lèvres sont fendues en
avant de la commissure. Le petit blessé est immédiatement
conduit à l’Hôtel-Dieu et j ’applique séance tenante la suture
entortillée. Trois jours après, la réunion des bords de la
plaie est assez avancée pour permettre que l’on enlève les
cinq aiguilles autour desquelles s’enroulait le fil ciré; et
(1) S. L augier. Nouv. Diction, ni cri. et chir. pratiques, tome I, p. 8

�SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

malgré l’indocilité de cet enfant, la cicatrisation s’est vite
consolidée et sans la moindre encoche.

n’en mérite. Les deux extrémités d’une plaie, une surtout
— l’inférieure ou la supérieure, quand il s’agit de la suture
appliquée à une plaie des lèvres— une des extrémités, celle
qui correspond au bord labial, reste toujours à découvert et
peut être examinée à l’aise chaque jour et, pourrais-je dire,
à chaque instant. Eh bien! lorsque cette extrémité ne donne
plus lieu au moindre suintement, lorsqu’elle demeure, après
l’avoir essuyée légèrement,-parfaitement sèche, il est permis
de croire que l’adhérence est obtenue et l’on peut enlever les
aiguilles.
Mais pour les enlever suffit-il de tirer par un des bouts
sans ménagement ni précaution ? En agissant ainsi on s’ex­
pose à deux inconvénients : le premier, c’est de faire tomber
prématurément le paquet de fil entortillé qui constitue, sur
la plaie en voie de cicatrisation, une excellente croûte protec­
trice ; le second, plus grave encore, est d’ébranler toute la
colonne cicatricielle et de détruire les adhérences déjà formées
ou en voie de formation.
La meilleure manière d’enlever les aiguilles sans imprimer
de fâcheuses secousses à la plaie qu’elles ont mission de
réunir, c’est d’immobiliser d’abord et autant que possible
la région, on saisit ensuite l’extrémité de l’aiguille, dans le
sens de son axe, avec des pinces à disséquer, on lui imprime
alors des mouvements de rotation sans exercer la moindre
traction, et une fois l’aiguille parfaitement mobile dans le
canal qu’elle occupe, on la retire lentement en continuant
le mouvement de rotation sur son axe.
Grâces à ces minutieuses précautions, la suture entortillée
nous a souvent permis d’obtenir des résultats très remar­
quables et de beaucoup supérieurs aux autres procédés de
réunion, auxquels il ne faut pourtant pas renoncer lorsque
les circonstances l’exigent, comme dans le fait suivant.

158

Observation. — ün adulte en état d’ivresse tombe et frappe
de la face contre le bord d’un trottoir. La plaie, en forme de
Z, présente tous les caractères des plaies contuses et je ne puis,
en ce cas, appliquer immédiatement la suture : c’eut été
s’exposer à un insuccès certain avec agrandissement de la
brèche. Après avoir donc attendu que les effets de la contu­
sion eussent achevé leur évolution — ce qui a duré plusieurs
jours — j ’ai régularisé les bords de la plaie, en les ébarbant
avec des ciseaux, et j ’ai encore appliqué la suture entortillée.
Au bout de cinq jours la réunion était complète et très-régu­
lière.
Mais, au sujet de la suture entortillée et avant de rapporter
le troisième fait de plaie de la face, sur lequel nous n’avons
pas cru devoir appliquer le même genre de suture, qu’on
nous permette quelques petits détails qui ont une certaine
influence sur la réunion immédiate à laquelle on vise.
Quand faut-il et comment faut-il enlever les aiguilles?
Que ce soient des aiguilles à gaine ou des aiguilles simples
(épingles communes) si on les enlève trop tôt, le fil tombe
en même temps et la réunion de la plaie peut-être compro­
mise: si on les laisse trop longtemps en place, une irritation
suppurative s’établit tout au long du trajet de l’aiguille, et une
ulcération déchirant les parties qui étaient saines peut en
être la conséquence. Le pouvoir cicatriciel de ce que l’on appelle
vulgairement la lymphe plastique (1) diffère d’individu à
individu,, on ne peut donc pas fixer d’avance une règle quel­
conque par rapport au nombre de jours nécessaires à la
complète adhérence des lèvres d’une plaie. Trois ou quatre
suffisent en général lorque l’on a soin de laisser en place les
fils. Mais il est un signe qui d’ordinaire ne trompe pas,
et je vais l’indiquer sans y attacher plus d’importance qu’il
(1) Rasori a prouvé depuis longtemps dans sa Théorie de la phlogose que
cette lymphe plastique n’est pas autre chose que la fibrine séparée des autres
éléments constitutifs du sang.

159

Observation. — Un journalier employé à des terrassements,
se querellant avec un autre ouvrier, reçoit un violent coup
de poing— la main étant armée d’une pierre— qui lui
arrache l’oreille gauche, en déchirant, de haut en bas. les

�100

SIRUS-PIRONDI.

deux tiers supérieurs de la conque; tout, le pavillon ne
tient plus que par le tiers inférieur de la conque. Une heure
environ après l'accident., on réunit la plaie par quatre points
de suture entrecoupée, dont le supérieur est placé un peu au
dessus et en avant de 1;hélix. S’agissant de réunir une peau
très-mince, et au dessous de laquelle on ne trouve qu’une
lame fibro-cartilagincuse, à une couche cutanée également
mince et mal partagée, en fait de tissu cellulaire, je ne comp­
tais pas trop sur une réunion prompte et immédiate; il en
fut ainsi cependant, et, au troisième jour, les points purent
être enlevés. Une seule et petite brèche existait encore en
haut où le fil — choisi un peu mince peut-être à cause de
la finesse de la peau— avait coupé la lèvre supérieure de la
plaie, qui s’était retractée de G à 8 millimètres. Mais la
cicatrisation complète n’en a pas été de beaucoup retardée;
la petite plaie triangulaire, produite par l’écartement du bord
supérieur a* promptement guéri, seulement l’oreille gauche
est restée un peu au dessous du niveau du pavillon droit.
§ 7. — Les plaies du thorax et de l’abdomen, et surtout les
plaies dites pénétrantes, sont des accidents graves, souvent
mortels et toujours fréquents dans les hôpitaux des villes
maritimes importantes — où tant de gens de nationalités
diverses se coudoient jour et nuit et se livrent à toutes sortes
d’intempérances.
Les plaies de l’abdomen sont généralement considérées
comme plus dangereuses que celles du thorax, et les quelques
faits recueillis dans nos salles, pendant ce semestre, justifient
pleinement cette opinion. Nous avons eu à soigner 5 blessés
atteints à l’abclomen et 7 atteints au thorax ; chez tous la
séreuse avait été atteinte, elles étaient donc pénétrantes. Eh
bien ! sur les 5 premiers blessés, nous avons eu 4 décès et
1 guérison ; pour les 7 autres, G guérisons et un décès.
Les blessés à l’abdomen ont offert une circonstance aussi
déplorable qu'exceptionnelle, fort heureusement, c’est que
4 d’entr’eux ont été blessés par la même main, à quelques
minutes de distance l’un de l’autre 1 Une femme, jeune encore,

CLINIQUE CHIRURGICALE.

461

et, nullement aliénée, a tiré un premier coup de revolver, â bout
portant, sur un de ses enfants, âgé de 4 ans et qui dormait en­
core; un second coup sur un autre de ses enfants âgé de 7 ans
et qui se réveillait au bruit de la première détonation ; un
troisième coup sur son mari qui montait un escalier pendant
que sa femme le descendait ; et le quatrième sur elle-même !
Le mari et les pauvres enfants ont survécu peu de temps à leur
blessure, et l'autopsie judiciaire a constaté que, chez l’un, la
veine cave inférieure avait été coupée, et chez les deux
autres il y avait eu perforation de l’estomac et des intestins,
d’où péritonite sur-aiguë par épanchement. Quant à la
femme, la balle avait, pénétré un peu au dessous des fausses
côtes gauches, à la région épigastrique, près l’insertion du
diaphragme; mais elle s’est probablement perdue au milieu
des fibres musculaires, après avoir légèrement effleuré la
séreuse abdominale — puisque de légers symptômes de
péritonite ont été promptement amendés — et la guérison no
s’est pas faite longtemps attendre !
• La cinquième observation de plaie de l’abdomen a été
recueillie sur un tout jeune homme de 18 ans qui, disait-il,
s’était, involontairement blessé avec un pistolet qu’il portait,
tout armé, dans la poche du pantalon. Les deux orifices,
d’entrée et de sortie, de la balle étaient placés au milieu de
la fosse iliaque gauche et à dix centimètres de distance l’un
de l’autre; l’intestin avait été fortement contusionné, le
péritoine déchiré, et malgré un traitement énergique qui
avait d’abord donné quelques espérances de succès, le blessé
a succombé quatre jours après son admission à l’hôpital.
Sur 7 blessés atteints au thorax par des plaies pénétrantes,
G, avons-nous dit, ont guéri et. un seul a succombé. Toutes
ces blessures, une exceptée, ont été produites par des coups de
couteau ; un matelot grec en avait reçu onze — il était littéra­
lement lardé— et a pu cependant se rétablir en fort peu de
temps, malgré une pneumonie bilatérale très grave. Chez 3
de ces blessés il y a eu hémoptysie modérée ; chez deux
seulement de l’emphysème; chez tous de l’inflammation
pulmonaire; et c’est d’une pleuro-pneumonie qu’a succombé

�462

STRU S-PIRONDI.

en fort peu de temps le septième blessé. C’était une femme de
32 ans, qui était tombée d’une certaine hauteur et avait frappé
au dessous du sein gauche sur une planche qui se trouvait
armée d'une pointe ou petite lame en fer; il y avait eu, tout à la
fois, fracture incomplète avec enfoncement de la côte, et plaie
pénétrante du thorax avec lésion du poumon ; l’artère inter­
costale était restée intacte.
Oa remarquera peut-être cette coïncidence, au moins
singulière, que chez tous les cinq blessés à l’abdomen il s’est
agi de plaies par armes à feu, tandis que toutes les plaies de
poitrine ont été produites par un instrument piquant. Fau t-il
considérer la disproportion notable qui existe dans la morta­
lité des blessés — selon que la blessure a pénétré dans le
thorax ou dans l’abdomen — comme due à la différence de
nature des corps vulnérants? Il est évident que la manière
dont un organe ou un viscère quelconque a été broyé, coupé
ou déchiré, en d’autres termes, la qualité et le mode d’action
du corps qui blesse doivent exercer une certaine influence sur
le degré de gravité de la blessure. Mais, dans les plaies péné­
trantes du thorax et de l’abdomen, ce qui augmente le danger
des unes et ce qui atténue le danger des autres c’est la com­
plication consécutive à la quantité et à la qualité de l’épan­
chement, la différence de gravité entre l’inflammation du
péritoine et celle de la plèvre, la difficulté et même l’impos­
sibilité de l'intervention chirurgicale pour les blessures de
l’intestin, tandis que la nature seule ou secondée par une
médication intelligente suffit pour mener à bonne fin la
cicatrisation des plaies pulmonaires.
Les faits abondent pour prouver que les plaies pénétrantes
du thorax, produites par armes à feu, guérissent tout aussi
facilement que celles dues à un instrument piquant, ot je
vais en citer un de plus, recueilli, il y a deux ans, dans ce
même service de la clinique.
Observation.— Un marin, appelé parfois à rentrer chez lui
à toutes les heures de la nuit, a la malheureuse idée de
charger son revolver pendant qu’il soupait au milieu de sa

CLINIQUE CHIRURGICALE.

463

famille et en face de sa femme. Soit maladresse, soit défaut
de l’arme, un coup part et c’est la femme qui le reçoit en
pleine poitrine. Elle tombe évanouie, renversée sur sa chaise;
on la croit morte et la confusion générale est telle en ce
moment que les personnes présentes à cette scène, au lieu
d’appeler un médecin auprès de la blessée, profitent du
voisinage de l’Hôtel-Dieu et déposent cette pauvre femme à
la salle Sainte-Catherine, où je la trouve couchée dix heures
après l’accident. Une abondante saignée avait déjà été prati­
quée pendant la nuit et on avait donné incessamment de la
glace pour arrêter une hémoptysie considérable. Le pouls est
petit et faible, face pâle, regard éteint, respiration gênée. La
balle est entrée un peu au dessus du sein droit, à trois
centimètres en dehors du sternum et parait avoir rasé le bord
supérieur de la 5° côte ; l ’ouverture est très-petite, ronde et
entourée d’une légère ecchymose; il s’en échappe quelques
gouttelettes de sang, mais l’hémoptysie a presque entièrement
cessé, les crachats sont à peine teintés. Voulant me rendre
compte de l’état du thorax et en examiner, de l’œil et de
l’oreille , toutes les régions, je fais relever et maintenir
la blessée sur son siège et je me dispose à l’ausculter lorsque,
en passant la main entre les deux épaules, je perçois trèsdistinctement de la crépitation qui s’étend circulairement
dans un rayon de cinq ou six centimètres sans se prolonger
vers les espaces intercostaux, et dont le centre est placé à
égale distance du rachis et du bord interne de l’omoplate. En
palpant attentivement cette surface, je constate un point de
résistance plus considérable , circonscrit dans le 4° espace
intercostal, et paraissant tenir à un corps dur et libre de toute
attache avec le squelette. .T'incise immédiatement couche par
couche et j ’arrive sans difficulté à extraire une balle cylindroconique, longue de 15 millimètres, dont la base mesure
un peu moins de 10 millimètres de diamètre, et qui a pu
traverser le poumon de part en part sans léser le cœur ni
aucun des gros vaisseaux renfermés dans le thorax. Je me
contentai de panser les deux ouvertures, d’entrée et de sortie,
avec des compresses fénétrées, recouvertes de charpie; et l’état

�164

SIRUS-PIRONDI.

de la blessée étant aussi satisfaisant que possible, je ne pus
m’opposer à ce qu’elle fût reportée chez elle, malgré toutes les
craintes et appréhensions que devait nous occasionner un
pareil déplacement. 11 fut assez bien supporté ; dès le soir
meme cependant une pneumonie des plus violentes se déclara,
mais au bout de quelques jours tout danger avait disparu
grâces à la médication aussi intelligente qu’énergique appli­
quée par M. le docteur Alex. Martin, médecin ordinaire de la
famille.
Si une balle, même de ce petit calibre, avait traversé
l’abdomen de part en part, il est plus que probable que l’acci­
dent eût été mortel, car, en pareil cas, les faits heureux qu’on
cite sont extrêmement rares.
§ 8. — Les plaies et les contusions des mains et des jambes
fournissent un contingent considérable aux hôpitaux partout
où il y a de grandes usines et de nombreux ateliers. Mais il y
a un genre particulier de plaies qui est très commun dans
tous les services hospitaliers, là même où les usines sont rares:
c’est l’ulcère variqueux : petite lésion chirurgicale fort béni­
gne assurément, mais bien gênante et capable d’entraver tout
travail fatigant et. suivi, vu la lenteur de sa guérison et la
facilité avec laquelle l’ulcère se reproduit.Le meilleur moyen
de prévenir les rechutes c’est, de convaincre les malades de
l’utilité qu’il y a pour eux à porter continuellement un
bandage roulé ou une guêtre lacée, alors même que la plaie se
trouve complètement fermée. On sait, en effet, que ces ulcères
sont sous la dépendance des varices de la jambe, lesquelles
varices sont elles-mêmes incurables et réclament une com­
pression méthodique et continuelle pour être maintenues
dans des limites compatibles avec la marche et le travail. Il y
a plus, d’après les recherches de M. Verneuil et d’après les
observations que nous avons nous-mêmes recueillies (1), les
varices superficielles étant ordinairement précédées par une
phlébectasie profonde, et les signes de l’existence de cette plilé(1) V. Gazette hebdomadaire 1SG1, p. 532.

CLINIQUE CJIIIRÜRGICALE.

105

bectasic étant facilement appréciables, il est permisde croire que
l’on pourrait s'opposera la formation de lion nombre d’ulcères
variqueux si, dès le début d’une phlébectasie superficielle ou
même profonde, on prescrivait la compression continue de
la jambe ; mais peu de personnes ont la patience ou l’intelli­
gence nécessaire pour appliquer et rouler méthodiquement une
bande depuis la racine des orteils jusqu’au genou. On pourrait
remplacer avec avantage la bande roulée par un bas élastique
ou, mieux encore, par une guêtre lacée; et il fut un temps
où, dans nos hôpitaux, Yadministration consentait à en faire
la dépense, mais elle a dû y renoncer en présence d’abus
incroyables : certains malades, en quittant l’hôpital, vendaient
à vil prix des guêtres ou des bas qui avaient coûté fort cher!
même commerce se faisait aussi pour les bandages herniaires!
Et voilà comment l’indélicatesse ou la sottise de quelques uns
peut motiver, à un moment donné, des mesures administra­
tives qui nuisent au plus grand nombre et dont, pourtant on
ne peut blâmer la juste sévérité.
§ 9. — Parmi les nombreux cas de contusion observés dans
nos salles je n’en citerai que trois qui offrent un certain
intérêt.
Le premier se rapporte à une violen te contusiondela hanche
chez une femme de 32 ans, très maigre, et qui avait roulé
tout un escalier do la hauteur d’un deuxième étage. Elle avait
été envoyée à l’Hôtel-Dieu, 12 jours après l’accident, comme
étant atteinte de fracture du col ou de luxation; mais il n’y
eut. réellement à constater qu’une forte inflammation inter­
articulaire, occasionnée par le choc violent et répété de l'extré­
mité fémorale contre la cavité cotiloïde, choc d’autant plus
actif ici, que le grand trochanter était dépouillé de tissu
adipeux, et que le col du fémur, chez la femme, forme un
angle presque droit avec le diaphyse. Le squelette ayant
résisté, les parties interarticulaires — séreuse et cartilages —
ont été fortement pressées, contusionnées et l'inflammation a
donné lieu à une manifestation symptomatologique qui a pu
simuler deux lésions plus graves. Cependant le défaut de

�SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

déviation du pied et plus particulièrement les commémoratifs
fournis par la malade elle-même , e t , en tr’autres, qu'au
moment de la chute elle avait pu se relever toute seule et faire
encore quelques pas, ne permirent pas de confirmer le premier
diagnostic ; nous nous arrêtâmes à l'idée d'une forte contusion
avec froissement de la séreuse, et, en effet, le repos absolu de l'ar­
ticle, deux saignées locales et l’application continue de résolutifs
amenèrent, en moins de 20 jours, la complète cessation de la
douleur et la disparition de deux symptômes assez insidieux :
la déviation du bassin et le raccourcissement apparent du
membre.
Les deux autres cas de contusion grave méritent que nous
entrions dans plus de détails que pour le précédent.

pratiquée six jours après la première; elle fournit 400
grammes de sang séreux, et on la fait suivre de quelques
frictions résolutives, aidées encore par une compression
modérée, mais continue. L’épanchement se reforme une
troisième fois, mais je n’attends pas qu’il ait acquis trop de
développement; le malade se plaint déjà de douleurs trèsvives, et il est évidemment menacé d’un vaste abcès qui serait
sans doute suivi d’un décollement considérable, et par cela
même sérieux.Une troisième ponction, qui amène une sérosité
sanguinolente, est immédiatement suivie d’une injection
conposée, par parties égales, de teinture d’iode et d’eau avec
addition d’iodure potassique. Ce mélange est laissé en place
aussi longtemps— sept ou huit m inutes— que le malade
peut le supporter. On retire ensuite le trocart, et un large
cataplasme fortement vinaigré et presque froid est appliqué,
fréquemment renouvelé, et maintenu par une compression
modérée et Continue. Une légère inflammation avec un peu
d’épanchement ont été.la conséquence immédiate de cette
injection; mais, au bout de quinze jours, l'épanchement et
l’inflamation ont complètement disparu, et une application
de quatre ventouses sèches autour de la surface primitivement
lésée, a achevé et consolidé une guérison qui a permis au
matelot d’aller reprendre les travaux de sa laborieuse pro­
fession.

166

Observation — Pendant qu’on chargeait un navire, on
laisse maladroitement tomber un petit tonneau qui va frapper,
à fond de cale, un jeune matelot. Le choc porte en plein sur la
région dorsale, il y a syncope, et le blessé est immédiatement
porté à riiôtel-Dieu. On constate d’abord qu’il n’y a aucune
fracture, et que les principaux viscères de l’abdomen parais­
sent n’avoir pas souffert de cette violente commotion ; mais,
au bout de quelques heures, apparaît un énorme épanche­
ment ecchymotique qui occupe toute la région postéroinférieure du dos, depuis la 10° vertèbre dorsale jusqu’à
l’extrémité du sacrum, et qui, transversalement, ne mesure
pas moins de 20 centimètres. Ne pouvant pas espérer la résorp­
tion d'une pareille quantité de liquide, je me décide à vider
l’épanchement à l’aide d’un trocart, et je fais précéder la
ponction par un pli cutané, cheminant ensuite avec
la pointe de manière à éviter autant que possible,
par les sinuosités du trajet, Tintroduction de l’air par
la petite plaie cutanée. Cette première ponction fournit
environ 300 grammes de sang noir et assez épais ; un bandage
compressif est ensuite appliqué sur la région lésée. Cette
compression n’empêche pourtant pas la formation d’un nouvel
épanchement qui acquiert en peu de temps un développement
plus considérable que le premier. Une deuxième ponction est

167

Observation. — Un journalier, âgé de 50 ans, fait une chute
d’une hauteur considérable, et entre à l’Hôtel-Dieu pour une
contusion très-étendue de la cuisse droite ; toute la région
crurale semble transformée en une tumeur dure et pourtant
fluctuante ; une coloration noire occupe cette tumeur et
s’étend sur les parties voisines. Malgré l’application de
cataplasmes résolutifs, fréquemment renouvelés, la tumeur
devient de plus en plus dure, elle semble étranglée par
l’aponévrose crurale, la mortification des tissus est immi­
nente. Dès le lendemain — 34 heures après l’accident— je
ponctionne la tumeur, mais la canule du trocart est prompte­
ment oblitérée par des caillots sanguins; je n’hésite pas alors

�168

SIRUS-PIRONDI.

PERFORATIONS DU CŒUR.

à inciser largement le centre de la tumeur sanguine et j’en
extraits des caillots de la grosseur du poing. Le foyer une
fois vidé, il fut aisé de reconnaître que l'hémorrhagie pro­
venait d’une artère assez volumineuse placée au fond de ce
foyer , mais il fut impossible de la lier; l’attrition des tissus
était complète; ils se déchiraient et abandonnaient les
pinces ou le ténaculum aussitôt qu’on cherchait à fixer
l’extrémité du vaisseau. Plusieurs cautères sont éteints dans
le foyer qui est ensuite bourré de charpie imbibée de perclilorure de fer, et bon arrête la circulation dans l’artère crurale à
l aide du compresseur de Dupuytren. L'hémorrhagie semble
arrêtée; mais elle réparait le lendemain et semble céder de
nouveau à l'emploi des mêmes moyens. Toutefois le malade
qui a déjà perdu beaucoup de sang, se trouve dans un état de
faiblesse inquiétant. Nouvelle hémorrhagie 24 heures après ;
ligature de la crurale ; spliacèle du membre et mort cinq jours
après l’accident.
L’autopsie a trouvé un double motif à l’incessante déchirure
artérielle : la dégénérescence athéromateuse de la tunique
interne et la complète attrition de tous les tissus, déjà signalée;
cette attrition était si prononcée qu’il a été impossible de
retrouver les deux bouts d’une des branches de l’artère muscu­
laire qui a donné lieu à l’hémorrhagie. L’autopsie a révélé
aussi un fait très curieux d’anomalie anatomique: c’est l’exis­
tence, chez cet homme, d’un seul rein placé dans la fosse
iliaque droite et maintenu en place par un tissu graisseux
très-abondant (1).
(A suivre.)
(1) Voir, pour plus dedôlails, l'intéressant article publié, sur cette obser­
vation, par M. Bousquet. Marseille Médical, 1S70, page 49.

169

ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATIIOGÉNIE
UES COMMUNICATIONS
ENTITE LES CAVITÉS DROITES ET LES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR (1 )

Par le l)r P .- ï. U.l COSTA ALYAttKNGA,
Professeur à l'Ecole de Médecine de Lisbonne.

( Voir les numéros d’Aoùl et Octobre 1870, Avril 1S71.)

§ vu.

Coexistence des différentes aliénations cardiaques.

Les altérations anatomo-pathologiques soit des parois et des
oriiiees du cœur, soit des ouvertures ou communications anor­
males, se rencontrent ordinairement réunies, en plus ou moins
grand nombre, chez le même individu. En examinant la coexis­
tence de ces lésions dans 81 observations rapportées par le
docteur Déguisé, nous arrivons aux résultats exprimés dans le
tableau suivant :
(1) Traduit du portugais p^r le D' E.-L. Berllierand.

Ii

�ALVARENGA.

170

•O
©

7.

Communicalion inter-auriculaire.

C
ZC©
C
h
-

Simples (sans communication inter-ventriculaire et sans canal arté rie l) ........................... I" (1)
Communication inter-auriculaire avec perforation de la cloison ventriculaire.................. 21 (2)
Idem.
avec absence de cloison ventriculaire....... ....................12 (3)
Idem.
avec persistance du canal a rté rie l...................................14 (4)
Idem.
avec doublo canal a rté rie l................................................. 1(5)
Idem.
avec perforation de la cloison ventriculaire et persis­
tance du canal artériel............................................. 5 (G)
Idem.
avec dilatation simple de l’oreilloUo droite.................. 10 (7)
Idem.
avec dilatation hypertrophique de l'oreillelle droilc . 5 (8)
Idem.
avec dilatation atrophique de l’oreillette d ro ite .............. 1 (0)
Idem.
avec rétrécissement simple do l'oreillette droilc.............. I (10)
Idem.
avec dilatation simplo du ventricule d r o it...... 5(11)
Idem.
avec dilatation hypertrophique du ventricule d r o it ... 8 (lï)
Idem.
avec dilatation atrophique du ventricule d ro it. 1(13)
Idem.
avec hypertrophio concentrique du ventricule droit. 3 (11)
Idem.
avec dilatation simple du ventricule gauche........... 3 (15)
Idem.
avec dilatation hypertrophiquo du ventricule gauche. 1 (16)
Idem.
avec hypertrophie simplo du ventricule gauche.. . . 2(11)
Idem.
avec rétrécissement simple du ventricule gaucho------ 1 (18)
Idem.
avec dilatation simple de l’oreillelle g au ch e............... 4 (19)
Idem.
avec rétrécissement simple do l'oreillette gauche----- 1 (20)
Idem.
avec rétrécissement de l’orifice pulmonaire.................. 10 (21)
Idem.
avec occlusion de l'orifice pulm onaire.......................... 2 (22)
Idem.
avec insuffisance valvulaire ou dilatation de l'orifice
pulm onaire................................................................ 2 (23)
Idem.
avec rétrécissement de l’orifice tricuapide................... 3(21)
Idem.
avec rétrécissement de l’orifico ao rtiq u e ................ 4 (25)
Idem.
avec rétrécissement de l’orifice mitral ..................... . G (26)

(1) Observ. do 1 à 17.
(2) Observ. 37, 38, 39 à 52 (incl.), 55 à 60 (incl.). 69, 70.
(3) Observ. 67. 68, 71, 72, 73, 74, 76, 77, 78, 79. 80, 81.
(4) Observ. 18, 19, 20, 21,22, 23, 55, 36, 57, 5S, 59, 63, 64, 67,
(5) Observ. 78.
(6) Observ. 55, 56, 57, 58, 59.
(7) Observ. 4, 6, 7, 8, 9, 12, 13, 15, 19, 20.
(8) Observ. 1. 5, 4, 14, 16.
(9) Observ. 17.
(10) Observ. 18.
(11) Observ. 7, 11, 12, 13 20.
(12) Observ. 1. 2, 4. 5, 14, 16. 21, 67.
(13) Observ. 8.
(14) Observ. 6. 9, 10.
(15) Observ. 12, 16, 20.
(16) Observ. 7.
(17) Observ. 7, 21.
(18) Observ. 8.
(19) Observ. 12, 15,16, 20.
(20) Observ. 8.
(21) Observ. 1, 6, 7, 8, 9, 12, 15, 21, 67, 69.
(22) Observ. 10, 18.
(23) Observ. 11, 70.
(24) Observ. 6, 9, 67.
,
(25) Observ. 11,12,16, 21,
(26) Observ. 11, 12, 14. 16, 67, 70.

PERFORATIONS DU CŒUR.

171

Dans l’observation 14 il est dit : a... l’artère pulmonaire était
très dilatée à son embouchure et même à sa division »; ce qui
signifie dilatation de l’orifice pulmonaire ; mais , ajoute tout
aussitôt Corvisart, qui a recueilli cette observation : « ... les
valvules avaient acquis beaucoup d'étendue sans être autrement
altérées », ce qui paraît indiquer quelles recouvraient l’orifice
respectif,, qu’elles n’étaient nullement insuffisantes. Par consé­
quent, la dilatation de l’orifice n’entravait en rien leurs fonctions;
du moins le cas est fort obscur et, pour cela, nous l’excluons des
dilatations de l’orifice ou insuffisance de valvules.

Dans l’observation 20, il est seulement dit : « .... le cœur était
très-volumineux, ainsi que les gros troncs artériels et veineux ».

Maintenant il importe peu qu’il s'agisse de dilatation des orifices
cardiaques respectifs.
Dans l’observation 13, recueillie par le docteur Bouillaud, il
est noté : « __ l’artère pulmonaire, dilatée, offrait un calibre
double de celui de l'aorte ». Or, comme cette dilatation de l’artère
se présente souvent sans la dilatation de l’orifice cardiaque
respectif, et en présence de l’exactitude et de la rigueur des
descriptions du professeur Bouillaud, il est à supposer qu’il n’y
avait pas ici en même temps dilatation de l’orifice pulmonaire ;
sans quoi elle aurait été signalée. Pour ce motif, nous ne com­
prenons pas ce cas dans les dilatations de l’orifice pulmonaire.
Le tableau précédent montre la rareté de l’existence exclusive
de la communication inter-auriculaire, d’autant plus que c’est
senlement dans 17 cas qu’elle a été notée sans qu’il y eut en
même temps communication inter-ventriculaire ou pulmo-aortique, et si nous examinons attentivement les observations rap­
portées, nous trouverons qu’a peine dans 2 (I) des 62 cas la
communication entre les oreillettes a été isolée de tout autre
altération cardiaque. Dans les 64 cas restants il y a toujours eu
lésion des parois ou orifices du cœur, ou persistance du canal
artériel. Pour être plus rigoureux encore dans cette analyse,
nous noterons que dans une (2) des deux observations, il y avait
transposition dans l'origine des artères pulmonaire et de l’aorte
« ... Le trou de Botal obstrué en presque totalité, l'aorte naissait
du ventricule droit, et l'artère pulmonaire du ventricule gaucho (3) ».
(1) Observ. 3 et 61.
(2) Observ. 61.
(3) Déguisé : thèse cit. p. 41.

�172

ALVARENGA.
PERFORATIONS DU CŒUR.

Donc, c'est seulement dans un cas sur 62 de communication
inter-auriculaire, que cette particularité s'est vérifiée.

Du même tableau des altérations cardiaques, on peut encore
déduire :
l°Que de toutes les altérations qui ont le plus fréquemment
accompagné la communication inter-auriculaire (I), c’a été la
communication entre les ventricules par perforation ou absence
de cloison respective, notée dans 36 des 62 observations soit
68,06 0/0. Après la communication interventriculaire, c’est la
persistance du canal artériel qui a coïncidé le plus fréquemment
16 sur 62 cas ou 21, 19 0/0.
2° Que les altérations des parois du cœur concomitantes
de la communication inter-auriculaire ont été beaucoup plus
fréquentes dans le cœur droit que dans le gauche, dans le
rapport de 63 : 43 ou 4: 1,1e ventricule étant plus souvent le
siège de ces altérations que l’oreillette, dans le rapport de
29 : 23 ;
3° Que des diverses altérations, la plus fréquente dans toutes
les cavités a été la dilatation 38 fois (2); ensuite l’hypertrophie
19 fois (3); enfin, beaucoup plus rarement, le rétrécissement
6 fois (4) et l’atrophie 2 fois (5);
4° Que de toutes les altérations concomitantes la plus fré­
quente dans le ventricule droit a été l'hypertrophie, et dans
l'oreillette du même côté la dilatation;
5° que dans le ventricule droit, la dilatation a été, pour la
majeure partie des cas (8 sur 14), accompagnée d’hypertrophie
et une fois seulement d’atrophie ; tandis que dans l’oreillette
droite, l'hypertrophie a été notée au moins dans le tiers des cas
de dilatation, 6: 1 6 ou 1 : 3, 2.
Le tableau suivant exprime clairement ces combinaisons :
(1) Nous continuons à dire dans ces cas et autres analogues, oonununtcation inter-auriculaire, et non pas parle trou de Botal, selon l'expression
généralement usitée ; par la simple raison que la communication se fait en­
core par d’autres points de la cloison.
(2) Soit 16 fois dans l’oreillette droite, 14 dans le ventricule droit, 4 dans
le ventricule gauche et 4 dans l’oreillette gauche;
(3) Soit 3 fois dans l’oreillette droite, 11 dans le ventricule droit et 3 dans
l'oreillette gauche.
(4) Soit 3 fois dans le ventricule droit, 1 d.ans l’oreillette droite, 1 dans le
ventricule gauche et 1 dans l’oreillette de ce même côté
(5) Soit 1 dans l'oreillette droite et 1 dans le ventricule droit.

COMMUNICATION
ix t e u

173

OREILLETTE

VRSTRICri.E

OREILLETTE

VEXTUICL' LE

D R O IT E .

D R O IT .

G A U CH E.

G A U CH E.

TOTAL.

- a d r ic u i a ir e
avec :

D i l a t a t i o n .........................

16

14

4

4

38

H y p e r t r o p h i e ...................

5

I I

3

»

19

V t r o p h i e ...........................

1

3

I

1

6

R é t r é c is s e m e n t s i m p l e . .

1

1

))

))

2

T o t a l ..............

23

29

8

6

65

52

13

Pour mieux apprécier les relations ou l’influence de la commu­
nication inter-auriculaire, sans" autre voie de communication des
deux sangs, sur les altérations des parois cardiaques, nous avons
composé avec les 47 observations le tableau suivant :

o

vec
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
\ Sans

dilatation simple de l’oreillette droite............................
—
hypertrophique..................................................
—
atro p h iq u e.........................................................
—
simple du ventricule d ro it..............................
—
hypertrophique du ventricule droit.................
— atrophique du ventricule droit.........................
hypertrophie concentrique du ventricule droit............
dilatation simple du ventricule gauche .......................
—
hypertrophique du ventricule gauche..........
hypertrophie simple du ventricule gauche.................
rétrécissement simple du ventricule gauche.................
dilatation simple de l’oreillette gauche.........................
rétrécissement simple de l’oreillette gauche.................
autre altération...................................................................

(1) Observ. 4, G, 7. 8, 9, 12, 13, 15.
(2) Observ. 1, 5, 11, 14,16.
(3) Observ. 17.
(4) Observ, 7, 11, 12, 13.
(5) Observ. 1, 2. 4, 5, 14. 16.
(6) Observ. 8.
(7) Observ. 6, 9,10.
(8) Observ. 12 et 16.
(9) Observ. 9.
(10) Observ. 17.
. (11) Observ. 8.
(12) Observ. 12, 15, 16.
(13) Observ. 8.
(14) Observ. 3.

8 (1)
5 (2)
1 (3)
4 (4)
6 (5)
1 (6 )
3 (7)
2 (8)
1 (9)
1 (io)
1 (H)
3(12)
1 ( 13)
1 (14)

�474

ALVARKNGA.

Ce tableau qui représente fidèlement la combinaison ou con­
comitance de la communication inter-auriculaire avec les alté­
rations des parois des quatre cavités cardiaques, conduit aux
conclusions suivantes :
1° Dans un cas seulement, le cœur n'a présenté aucune autre
altération concomitante de la communication entre les oreil­
lettes ;
2° dans la majeure partie des cas, l’oreillette et le ventricule
droit étaient altérés, et dans la même proportion, U : 17 ou
82,35 0/0;
3° Dans l’oreillette droite la dilatation a été l’altération
constante (14 : U); il y avait, en outre, hypertrophie dans 5 cas
(5:14 ou 35,71 0/0), et atrophie dans 1 seulement (1 : 14 ou
7,4 4 0/0;
4° Dans le ventricule droit, l’altération prédominante consistait
dans la dilatation simple (11 : 14 ou 35,71 0/0), accompagnée,
dans la majeure partie des cas, d’hypertrophie (6 : 14), et dans un
seul, d’atrophie (1 : 14). Après la dilatation, l’altération du
ventricule droit la plus fréquente a été l’hypertrophie (9 : 14 ou
64,28 0/0), combinée dans les 2/3 des cas avec la dilatation (6 : 9)
et dans 1/3 avec le rétrécissement ou diminution de la cavité
respective (3 : 9);
5° Dans les cavités gauches du cœur, la dilatation a été égale­
ment l’altération dominante, bien que beaucoup plus rare (3 fois
dans chaque cavité), ayant l'hypertrophie à peine 2 fois dans le
ventricule gauche (1 avec dilatation) et en aucun cas dans
l’oreillette gauche;
6° Les cavités droites du cœur n’ont jamais présenté un seul
cas de rétrécissement ou diminution de leurs capacités ( sans
hypertrophie), alors que dans les cavités gauches on a noté
cette altération dans le rapport de 1 : 4 dans l’oreillette, et de
4 : 5 dans le ventricule;
7° Le ventricule gauche a offert 2 cas d’hypertrophie sur 5 où
il s’est montré altéré; l’oreillette gauche n’en a présenté aucun.
Pour montrer plus clairement la combinaison de ces altérations
dans les quatre cavités, nous les distribuerons de la manière
suivante :

PERFORATIONS DU CŒUR.
COMMUNICATION

176

OKKII.IETTE VESTRICl’LE OnEILLETIK TEURlCtlE

IN’TF.U-AURICUI.AIRK SIMPLE

avec :

TOTAL.

DROITE.

DROIT.

GAUCHE.

GAUCIIE.

Dilatation.....................
llvpprtrophic................
Atrophie .......................
Rétrécissement simple..

14
5
4
»

11
9
1
))

3
»
»
1

3
2
))
1

31
16
2
2

T o t a l .................

20

21

4

6

51

41

10

De ce tableau on peut déduire :
r Que dans le cœur droit se rencontrent beaucoup plus faci­
lement que dans le gauche, les altérations qui accompagnent la
communication entre les oreillettes (44 :10 ou 4, 1 : 1);
2° Que la dilatation, et en second lieu l’hypertrophie ont été
les altérations les plus fréquentes, se trouvant, la première, dans
le rapport de 31 : 51 ou G0, 78 0/0, et la seconde , dans celui de
IG : 51 ou 31, 37 0/0;
3° Que l’atrophie et le rétrécissement simple ont été rares,
étant l'un et l’autre dans le rapport de 2 : 5 ou 3, 92 0/0.
Après avoir considéré les parois des cavités cardiaques,
faisons encore une étude analogue au sujet des orifices. Dans G2
cas de communication inter-auriculaire on note les lésions
suivantes des orifices :
Avec rétrécissement do l’orifice pulm onaire...................................... .10
— occlusion
idem.
............... ...................... 2
— insuffisance valvulaire ou dilatation de l’orifice pulmonaire . 2
— rétrécissement de l’orifice tricuspide.......................................... 3
—
—
— aortique............................................. 3
—
—
— m itral................................................. G

Ce tableau conduit aux déductions que voici :
1°L’orifice pulmonaire a été le siège le plus fréquent des alté­
rations, et même plus que tous les autres orifices réunis, les
lésions de celui-là étant par rapport aux lésions de ceux-ci : 44 :
42 ou 1, 46 : 1, ou les premières étant dans la proportion de 22 ,
58 0/0, les secondes de 49, 35 0/0;

�176

ALVARENGA.

2° L’altération la plus fréquente, pour tous les orifices, con­
siste dans le rétrécissement, 21 sur 2G cas ou dans le rapport
de 92,31 0/0 : viennent ensuite l’insuffisance des valvules ou
dilatation des orifices dans quelques cas ( 2 fois sur 26 cas ou
dans le rapport de 7,69 0/0) et dans la 12"’* partie seulement dans
le rapport aux cas'de rétrécissement, 2 : 24 ou 8,33 0/0;
3° Le rétrécissement a été aussi fréquent dans l’orifice pulmo­
naire que dans tous les autres orifices réunis (12 : 12);
4° A peine (2 cas) a-t-on noté l’altération qui produit l’insuffi­
sance des valvules et siégeait dans l’orifice pulmonaire : dans les
autres orifices le rétrécissement a été un phénomène constant
dans les cas d’altération, bien entendu;
5° L'atrésie n’a été constatée que dans l’orifice pulmonaire.
Le tableau suivant rendra très-sensible la combinaison des
altérations des orifices avec la communication inter-auriculaire :
ALTÉRATIONS
ANATOMO-PATHOLOGIQUES.

ORIFICE

ORIFICE

ORIFICE

ORIFICE

KÙOUIRE. TBICfSPIIiE. OARTICUF.. MITRAL.

Rétrécissement...........
Dilatation....................

12
2

3
))

T o t a l ................

14

3
47

6
))

3
»
•

3

6

TOTAL.

14
2
26

9

On voit, par ce tableau, combien sont fréquentes les lésions de
l’orifice pulmonaire, et rares celles des autres orifices qui
diffèrent peu entr’elles à ce sujet, puisqu’elles ne sont indiquées
que 6 fois dans l’orifice mitral, 3 dans le tricuspide, 3 dans
l'aortique.
Nous noterons encore, bien qu’elles portent à 26 le nombre des
altérations observées dans tous les orifices, qu’elles n’ont cepen­
dant été rencontrées que dans 17 sur 62 cas de communication
inter-auriculaire, parce que beaucoup d’entr’elles coexistaient
dans le même cœur.
Passons à l’étude des rapports de la communication inter-ven­
triculaire avec les altérations des cavités et orifices du cœur.

Pour faciliter cet examen , classons comme suit toutes ces
lésions :
Communication inter-ventriculaire................................... 63 (I)
—
sans autre altération............................... 2 (2)
—
simple (sans autre communication, mais
avec altération des parois ou orifices). 12 (3)
—
avec perforation delà cloison auriculaire. 26 (-4)
—
avec absence de la cloison auriculaire... 11(5)
—
avec persistance du canal artériel.......... 7 (6)
—
avec double canal artériel....................... 1 (7)
—
avec perforation de la cloison auriculaire
et persistance du canal artériel........... 6 (8)
—
avec dilatation simple de l'oreillette
droite.................................................... 12 (9)
—
avec dilatation hypertrophique de l’oreil­
lette droite.................................
5 (10)
—
avec dilatation atrophique de l’oreillette
droite.................................................... 1 (11)
—
avec hypertrophie concentrique de l’oreil­
lette droite............................................ 1 (12)
—
avec dilatation simple du ventricule droit. 6 (13)
—
avec dilatation hypertrophique du ven­
tricule d r o it........................................ 12 (14)
—
avec dilatation atrophique du ventricule
droit...................................................... 1 (15)
(1) A la base de la cloison 34 ; dans les autres points de la cloison G;
absence de cloison 13.
(2) Observ. 23 et 29.
(3) Observ. 24 à 3a inclus.
(4) ()bserv. 37 à 52 incl., 55, 56, 57, 58, 59, 60, 67, 68, 74.
(а) Observ. 69, 70, 71, 72, 73, 76, 77, 78, 79. 80. 81
(б) Observ. 53 à 59 inclus.
(7) Observ. 78.
(8) Observ. 53, 56, 57, 58, 59.
(9) Observ. 32, 36 37, 40, 41, 42, 46, 48, 49, 54, 65, 6S
(10) Observ. 31, 33, 52, 59, 60.
(11) Observ. 34.
(12) Observ. 66.
(13) Observ. 35, 38, 54, 60, 65.
(14) Observ. 26, 31, 36, 37, 44. 45, 46, 51, 52, 53, 58, 67
(15) Observ. 34.

�178

ALVARENGA,

Communication avec hypertrophie concentrique du ven*
tricule droit.......................................... 5 (|)
—
avec dilatation simple du ventricule
gauche.................................................... 2(2)
—
avec hypertrophie concentrique du ven­
tricule gauche......................................... 2(3)
—
avec atrophie simple du ventricule
gauche..................................................... 3(4)
—
avec rétrécissement simple du ventricule
gauche.................................................... 2
—
avec dilatation simple de l’oreillette
gauche..................................................... 2
—
avec rétrécissement simple de l’oreillette
gauche.................................................... 5(7)
De ce tableau peuvent se tirer les déductions suivantes, dignes
d’attention :
1° Dans 53 cas de communication entre les ventricules, à
peine existait-t-il deux fois un vice de conformation cardiaque
isolé, et cela sans que le cœur offrît d'autre altération soit dans
ses cavités, soit dans ses orifices ;
2' Dans la majeure partie des cas, la communication inter­
ventriculaire coexistait avec une autre communication entre les
deux sangs, établie tantôt dans la cloison inter-auriculaire, tantôt
parle canal artériel, le premier de ces cas étant le plus fréquent
36 : 53 ou 67, 92 0/0) que le second (8 : 53 ou 15, 08 0/0);
3° Dans quelques cas (5 ; 53 ou 9,43 0/0), coexistaient dans le
même cœur les 3 espèces de communications ( inter-auriculaire,
inter-ventriculaire et pulmo-aortique);
4° les cavités droites ont été presque toujours affectées de
différentes lésions et beaucoup plus fréquemment ( 42 : 53 ou
79,24 0/0) que les gauches (16 : 53 ou 30,18 0/0 :

\i

w
(4) Observ. 33, 41, 43, 49, 66.
(2) Observ. 37, 60.
(3) Observ. 34, 36.
(4) Observ. 49, 51, 52.
(5) Observ. 45, 46.
(6) Observ. 37, 60.
(7) observ. 25, 41, 42, 52, 68.

ÏM

PERFORATIONS DU O(EUR.

179

5" Le ventricule droit a été le siège de prédilection de ces
altérations, 23 sur 53 cas ou 35,84 0/0 ; viennent en suivant,
l’oreillette droite, 19 sur 53 cas ou 35,84 0/0, puis le ventricule
gauche9sur 53 cas ou 16,68 0/0, et en dernier lieu l’oreille gau­
che 7 sur 53 cas ou 13, 20 0/0.
Dans le tableau ci-après, nous représentons la fréquence rela­
tive de ces altérations dans les quatre cavités :
ALTÉRATIONS

onm iEiTE

VEÜTRICI’ LK

OREILLETTE

TESTRlf.tiLE

A N A T O M O -P A T H O L O G IQ U E S .

D R O IT E .

D R O IT .

GAUCHE.

GAUCHE.

TOTAL.

Dilatation...................
Hypertrophie..............
Atrophie.....................
Rétrécissement...........

18
6
»
»

18

Tôt \r............

24

35

17

)&gt;
»

59

2
))
»
5

4
2
3
2

7

11

42
25
3
7

77

18

Tl convient de remarquer qu’à propos de l’oreillette droite il y
a un cas dans lequel les parois de cette cavité étaient atrophiées
et un autre dans lequel la cavité était diminuée de capacité :
mais il existait en même temps dans le premier une dilatation
(dilatation atrophique) et dans le second une hypertrophie (hyper­
trophie concentrique). Ce n’étaient donc pas des cas de dilatation
ni de rétrécissement simple de l’oreillette. La même observation
peut s’appliquer au cas dans lequel le ventricule droit était atro­
phié, et aux cinq qui présentaient une diminution de la cavité
(hypertrophie concentrique).
Le précédent tableau se résume comme suit ;
1° Dans les 53 cas de communication inter-ventriculaire se ren­
contrent 77 fois dans les parois des cavités cardiaques, des alté­
rations constituées par hypertrophie, dilatation, atrophie et
rétrécissement des cavités, combinées de différentes manières ;
2° Dans les cavités droites, la fréquence des altérations par
rapport, à leur total a été de 59 ; 77 ou 76, 22 0/0, le ventricule
droit étant leur siège principal 35 ; 77 ou 45, 45 0/0, et les cavités
gauches effrant une proportion de 51 : 98 ou 3, 2 : 1 ;

�PERFORATIONS DU CŒUR.

5* Considéré dans chacune des cavités cardiaques, le rapport
entre toutes ces altérations a été tout différent. Dans l’oreillette
droite la dilatation a été en présence de l’hypertrophie : : 18 : G,
dans le ventricule droit :: 18 : 17, dans le ventricule gauche
: : 4 : 2 : dans l'oreillette gauche on n’a jamais observé l’hyper­
trophie ;
6° Dans le ventricule droit l’hypertrophie a été beaucoup plus
fréquente que dans toutes les autres cavités réunies, dans le rap­
port de 17:18. C’est un fait que nous ne devons pas perdre de
vue et qui sera rappelé en temps opportun ;

I

7° Dans les cavités gauches, l’atrophie et le rétrécissement sim­
ples (altérations qui ne se rencontrent pas dans les cavités droi­
tes) ont été plus fréquentes que la dilatation et l’hypertrophie,
dans le rapport de 10 : 8.
Nous terminerons cette partie de notre travail en montrant,
parle tableau suivant, dans quelle proportion 0/0 s’est présentée
chacune des altérations des parois du cœur, observées en coexis­
tence dans les 53 cas de communication inter-ventriculaire :

ALTÉRATIONS
A N A T O M O -P A T H O L O G IQ U E S .

OREILLETTE VENTRICULE OREILLETTE VENTRICULE
D R O IT E .

Dilatation simple.............. 22,64
—
hypertrophique. 9,43
—
atrophique.......
1,88
Hypertrophie concentrique 1,88
))
Atrophie simple...............
»
Rétrécissement simple....

D R O IT .

9,43
22,64
1,88
9,43
9

»

GAUCHE.

3,77

»

»

))

»
9,43

La simple lecture de ce tableau fait connaître les points capi­
taux de la coexistence des communications entre les deux ven­
tricules avec les lésions des parois des cavités du cœur: dilatation
de l'oreillette droite, hypertrophie du ventricule droit, atrophie
et rétrécissement des cavités gauches, tels sont les faits fondamen­
taux de la coexistence de ces altérations organiques et qui seront
reproduits en temps nécessaires.
Voyons encore quelles ont été les altérations des orifices car­
diaques et dans quelle proportion elles se sont trouvées avec la
communication inter-ventriculaire. Ces altérations sont réunies
dans l'exposé suivant :
Communication inter-ventriculaire................................... 53
—
avec rétrécissement de l’orifice pulmonaire 22 (I)
—
avec occlusion de l’orifice pulmonaire ... 2 (2)
—
avec dilatation
idem.
. . . 4 (3)
—
avec rétrécissement de l’orifice tricuspide. 6(4)
—
—
—
mitral . . . 3 (31
—
avec insuffisance de la valvule m itrate... I (6)
—
avec rétrécissement de l’orifice oartique.. 2(7)
—
avec dilatation de l’orifice oartique......... 3 (8)
Ce tableau conduit aux déductions suivantes:
U L’orifice pulmonaire, a lui seul, a été atteint dans un plus
grand nombre de cas, presque le double, que tous les autres
orifices du cœur, 28 : 13 ou 1, 8 : I ;
2° Le rétrécissement de l’orifice pulmonaire a été le phénomène
prédominant, se trouvant dans un nombre de cas supérieur ii
celui des altérations de tous les autres orifices réunis 24 : 13 ou
1,6:1, et également dans un bien plus grand nombre de cas,
plus du double, que celui des lésions dans lesquelles il y avait
rétrécissement de tous les autres orifices 24 : 11 ou 2, 2 : I ;

GAUCHE.

3,77
»

181

»
3,77
5,GG
3,77

(J) Obsei’V. 24, 25, 29, 30, 33, 35, 37, 40, 41, 42, 43, 43, 47, 18. 49, 51, 52,
55, 59, 67, G8, 69.
(2) Observ. 54, 57.
(3) Observ. 3S, 46, 53, 7Ü.
(4) Observ. 32, 33. 43, 49,52, 67.
(5) Observ. 43, 67, 70.
(6) Observ. 36.
(7) Observ. 36 cl 50.
(S) Observ. 26, 47, 54,

�182

ALVARENGA.

PERFORATIONS DU CŒUR.

3P L'altération clé l'orifice tricuspide a toujours consisté dans
le rétrécissement. ;
4” Dans l’Orifice métrai, le rétrécissement a été aussi beaucoup
plus fréquent que la dilatation 3 : 1 , tandis que dans l’orifice
aortique le contraire se présentait, la dilatation avant lieu dans
3 cas (I) et le rétrécissement dans 2.
Le tableau suivant représente le nombre de ces altérations
comparativement dans chaque orifice :

les altérations d’orifices cardiaques, c'est à dire, un peu plus de
la moitié 32 : 53 ou 1 : 1, 6 ou GO 0/0. Ce fait capital ne doit pas
être passé sous silence.
Le tableau suivant indique la proportion 0/0 dans laquelle
chacune des altérations des orifices coexiste avec la proportion
de la cloison inter-ventriculaire :

ALTÉRATIONS

ORIFICE

ORIFICE

ORIFICE

ORIFICE

.VjS V T O M O - P A T B O L O G I Q U E S .

rCLMOIAIRE.

IRICU SPID E.

O A R T IQ U E .

M IT R A L .

ANATOMO-PATHOLOGIQUIiS.

D ila ta tio n ..........................

G
»

2
3

2
3

35
8

T o t a l ................

28

6

4

5

43

34

ORIFICE

ORIFICE

ORIFICE

PULMONAIRE TRICUSPIDE. OARTIQUE.

ORIFICE
MITRAL.

TOTAL.

24
4

R é tr é c is s e m e n t..............

ALTÉRATIONS

183

9

Il résulte du tableau précédent :
1° Que les altérations anatomo-pathologiques se sont rencon­
trées avec une plus grande fréquence, plus du triple, dans les
orifices du cœur droit que dans ceux du cœur gauche 34 : 9 ou
3, 7 : I, l’orifice pulmonaire étant, pour ainsi dire, le siège de
prédilection de ces altérations;
2" Que le rétrécissement des orifices a été le phénomène domi­
nant, se trouvant par rapport à la dilatation dans la proportion
de 35: 8 ou 4, 3 ; 1.
En examinant les 53 observations de communication inter-ven­
triculaire, on trouve que dans 32 (2) d’entr’elles ont été constatées
(1) Dans un de ces cas (26° obs.), il y avait non pas dilatation de l'orifice,
mais insuffisance valvulaire par destruction d’une des valvules. « La valvule
sémilunaire aortique, située au-dessus de ce trou (inter-ventriculaire) élail
corrodée et en partie détruite ; elle formait une espèce de petite frange
qui se présente à l’orifice de communication, sans le boucher entièrement
(Déguisé, thèse cit., p. 32) i&gt;. Dans 2 autres cas (obs. 47 et 54), l’aorte trèsdilatée, naissait des deux ventricules.
(2) Observ. 24, 25, 26,29, 30. 32, 33, 35, 36, 37, 38, 40, 41, 42. 43, 45, 46.
47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55. 57. 59, 67, 68, 69, 70,

Rétrécissement................
Occlusion.........................
Dilatation ou insuffisance
valvulaire . .................

»

3,77
))

5,66

5,77
7,54

))

5,66

î ,88

41,51

11,32

»

Cet exposé numérique montre clairement que l’altération domi­
nante des orifices cardiaques dans les cas de communication
inter-ventriculaire a été le rétrécissement de l’orifice pulmonaire
45, 28 0/0 (y compris les cas d’occlusion complète). C’est la un
fait important qu’il convient de tenir présent à la mémoire. Les
autres orifices se rencontrent altérés dans une proportion bien
inférieure, et parmi eux surtout le tricuspide dans la fréquence
de son rétrécissement 11, 32 0/0.
Examinons les cas de persistance du canal artériel, les 81 ob­
servations rapportées par le docteur Déguisé ont mentionné la per­
sistance du canal artériel dans 18 (I), ayant dans l’une d’elles (2)
deux branches artérielles au lieu d’une. Ce cas, assez remar­
quable, concerne un petit enfant de six semaines, dont le cœur
était formé d’une seule oreillette et d’un seul ventricule, la pre­
mière ayant deux appendices: il y avait deux veines caves supé­
rieures et deux veines caves inférieures ; l’aorte et l’artère pul­
monaire naissaient séparément du ventricule et étaient pourvues
chacune, de trois valvules sigmoïdes; dans l’orifice auriculoventriculaire se montraient a peine des vestiges de valvule.
(1) Observ. 18, 19,20, 21, 22,23, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 62, 63, 64,
77, 78.
(2) Observ. 78.

�ALVARKNOA.

PERFORATIONS DU CŒUR.

Chacùno des divisions de l'artère pulmonaire communiquait par
un rameau anastomatique, la droite avec le tronc brachio-céphalique, la gauche avec l’artère sous-claivière du même côté. Il
existait deux branches artérielles (I). Cette description fait voir
que dans l’oreillette se trouvaient les conditions de deux oreil­
lettes, moins l’existence de la cloison : la même chose peut sc
dire au sujet du ventricule, bien qu’il n’ait été noté aucun vestige
d’orifice qui corresponde à l’auriculo-ventriculaire gauche; mais
il y avait l’aorte avec son origine ordinaire. Ce cas peut être pré­
senté pour exemple de transition du cœur complet (à i cavités)
au cœur simple (une oreillette et un ventricule).
Dans un autre cas (2) fort remarquable de cœur simple, rap­
porté parle célèbre accoucheur Ramsbotham à la Société huntérienne, le canal artériel remplaçait l’artère pulmonaire ; les veines
pulmonaires gauches s'ouvraient dans la veine sous-claivière
gauche, et les veines pulmonaires droites traversaient le dia­
phragme et débouchaient dans la veine-porte (3).
En présence de 18 cas de permanence du canal artériel sur 81
observations, il est de toute évidence que ce canal existe au
moins dans le quart des cas I : 4, b.
Ces 18 cas peuvent être rangés comme suit, dans leur rapport
avec les communications entre les oreillettes et entre les ventri­
cules:

r Que la coexistence du canal artériel avec la communication
inter-ventriculaire simplement est rare. 2 fois sur 18 cas ou
11,10 0/0 ;
3" Qu’on a fréquemment trouvé la coexistence du canal tant
avec la communication inter-ventriculaire simplement 8 : 48 ou
44, 41- : 100, qu’avec la double communication inter-auriculaire et
inter-ventriculaire 7 : 18 ou 33, 88 : 100.
La réunion de tous les cas dans lesquels s’est vérifiée l’exis­
tence de la communication inter-auriculaire et inter-ventricu­
laire, donne lieu au résultat suivant :

184

Persistance du canal artériel.......................... . ................. 18
Simple (sans communication entre les cavités cardiagues). I (4)
(b)
Avec communication inter-auriculaire seulement....... 8
—
inter-ventriculaire seulement . . . . 2 (6)
—
inter-auriculaire et inter-ventricu­
laire simultanée...................... 7
(7)
Il ressort de ce tableau :
1° Qu’à peine-dans un cas sur 18 la persistance du canal arté­
riel a été observée isolément ou dans la proportion de b, bb 0/0 ;
(1) Déguisé, thèse oit., p. 46.
(2) Observ. 77.
(3) Déguisé, p 46; cl Arcli. yen. de méd. 1829, t. 2* p. 87b.
(4) Observ. 62.
(5) Observ. 18, 19. 20, 21, 22, 23, 63, 64.
(6) Observ. 83, 88.
(7) Observ. 85, 56. 57, 58, 59, 77. 78.

18b

Persistance du canal artériel.............................................. 18
Simple (sans communication entre les cavités cardiagues). I (I)
Avec communication inter-auriculaire............................ 1b (2)
—
inter-ventriculaire......................... 9 (3)
—
inter-auriculaireet inter-ventricu­
laire........... ................................. 7 (4)
Il résulte de cette statistique :
1° Que la permanence du canal artériel a coexisté dans tous
les cas (excepté un seul) avec la communication inter-auriculaire
(8 : 18) ou inter-ventriculaire (2 : 18) ou avec les deux communi­
cations simultanément (7 : 18) :
2° Que les 17 cas, relatifs à des communications entre les
cavités du cœur, étaient combinés de telle sorte que la communi­
cation inter-auriculaire a été beaucoup plus fréquente (lb : 18)
que l’inter-ventriculaire (9 : 18).
Telles sont les conclusions que l'on déduit des nombreuses
observations colligées par le docteur Déguisé dans sa Thèse. Elles
confirment les faits établis par les observations antérieures et qui
seront rappelées en temps opportun pour éclairer quelques points
restés en litige.
C’est pourquoi les cas de permanence du canal artériel, comme
aussi ceux de communications entre les cavités droites et les
gauches du cœur, en comptent quelques uns qui offrent des ano­
malies dans les gros vaisseaux, en rapport tantôt avec leur nom(1)
(2)
(3)
(4)

Observ. 26.
Observ. 18, 19, 20, 21, 22, 23, 55, 56, 57. 58 59, 63, 64, 77, 78.
Observ. 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 77.78.
Observ. 55, 56, 57, 58, 59. 77, 78.

13

�E. BERTULUS.

186

LA RÉFORME MÉDICALE.

bre, tantôt avec leur transposition. C’est un autre moyen pour
la Nature de varier ses déviations du type normal et que nous
nous proposons de traiter avec développements.
Le cas qui fait l’objet de l’observation qui a motivé la courte
notice que nous avons publiée dans le temps, rapproché des com­
munications entre les cavités droites et les gauches du cœur,
confirme les déductions d'un grand nombre des observations
comparées par nous sous le point de vue anatomo-pathologique.
Effectivement, le cas clinique décrit avec détails dans notre
chapitre I est un exemple suffisant de coexistence, dans le meme
cœur, des trois ouvertures (trou ovale, perforation de la cloison
inter-ventriculaire et canal artériel) par lesquelles le sang veineux
peut se mêler avec le sang artériel, Cette triple voie de commu­
nication était accompagnée de stegnosc (resserrement) extraordi­
naire (presqu'une atrésie) de l’orifice pulmonaire, hypertrophie
concentrique du ventricule droit, dilatation hypertrophique de
l’oreillette droite et insuffisance de la valvule tricuspide.
( A suivre.)
M a r se il l e ,

le 19 Avril 1871.

FEUILLETON.
DU C O M M U N I S M E .
De la décentralisation intellectuelle et de la réforme medicale.
Du mal que l’on fait,
S’il le peut prévenir, tout homme est responsable.
Et je le crois non moins coupable
Que le méchant qui le commet.

A Monsieur

le docteur

J.-M. Guardia.

Paris sera-t-il bientôt délivré de la nouvelle jacquerie, de ses
brigandages, de la terreur qu’elle a intronisée, et pourrons-nous
désormais, mon cher ami, reprendre sans nouvelle interruption
notre commerce épistolaire , nos conversations philosophiques?
Ici tout est redevenu calme, un seul jour a suffi à la lutte ; nos
places et nos rues ont repris leur physionomie normale et la
confiance commence à renaître un peu.

187

C’est qu’après un vigoureux coup porté à la révolte, l’état de
siège a été proclamé par un homme énergique, résolu, et que les
bourgeois, de même que les travailleurs honnêtes, se préoccupent
fort peu de ce régime insolite; fatigués de vivre au jour le jour,
sans lendemain, ils regardent d’un œil fort indifférent les mesures
que prend l’autorité militaire contre les fainéants, les absintheurs,
les ribauds, les truands, les repris de justice et autres gens de même
farine qui voudraient diriger nos destinées.....
Le souvenir du danger que nous venons de courir et la possi­
bilité d’une nouvelle surprise de la part de ces mécréants nous
engagent à ne pas protester contre la bonne et loyale odeur de
caserne qui remplit Marseille depuis le 4 de ce mois. Nous nous
en accommodons, au contraire, à merveille, à peu près comme
Sixte Quint s'accommodait de celle des cadavres des malfaiteurs
et des bandits qu’il affectait de laisser pourrir a leur aise sur les
gibets de la ville éternelle,' prétendant que leurs émanations de­
vaient plaire à tous les nez honnêtes.
Certes, je suis loin de considérer la société moderne comme
l’idéal de la perfection, mais, si vicieuse qu’elle soit, ne méritet-elle pas d’être respectée comme le produit du long et pénible
enfantement des siècles. D’ailleurs, avec les principes, les mœurs,
les aspirations des communistes parisiens pourraient-ils mettre
à sa place quelque chose de bon et ne pas fonder tout simplement
le cliaos des mauvaises passions, de la crasse ignorance et de
l’aveugle barbarie ?
Consultons l’histoire sur ce point et voyons ce qu’elle pourra
nous répondre, car le communisme n’est pas nouveau :
Au xvi° siècle, les Rustauds, ou Jacques de l’Allemagne, de
l’Alsace et de la Lorraine etc., poussés, dit-on, par le fanatisme,
tentèrent, au nom de Dieu (notez je vous prie ce fait), de JésusChrist, des apôtres et de l’cvangile, un essai de société com­
muniste ; établissant en principe que les impôts, les dettes, les
loyers, les redevances féodales, etc., etc., devaient être sup­
primés, ils proclamèrent l’abolition absolue de tout droit de
propriété, de toute jurisprudence, et Unirent par se ruer sur
les personnes et les choses. Une guerre atroce s’alluma, les
églises, les couvents, les châteaux, des villages, au nombre de
plus de mille, furent pillés, saccagés, réduits en cendres. Des
milliers de prêtres, de gentilshommes, de propriétaires furent
massacrés parles insurgés; plus de cent mille de ceux-ci payè­
rent leur révolte de leur vie, puis, de guerre lasse, tout rentra
dans l’état normal, et la vieille société de Dieu se retrouva sur
ses bases naturelles, au milieu de l’épouvante, de la misère et de

�ISS

E. BERTULUS.

la désolation, attendant son perfectionnement, comme par le
passé, de la seule loi du progrès.
Quelques années plus tard, le pillage, l’assassinat, la plus hon­
teuse débauche, en un mot, toutes les orgies de l’immoralité, si­
gnalèrent, dans la ville de Munster, le règne du fameux prophète
Jean Rocketson, autrement dit Jean de Leyde, dont la charte consti­
tutionnelle proclamait, au nom de l’évangile : que tous les biens
doivent être mis en commun et que l’obéissance aux lois, aux magis­
trats, n’est pas absolument de rigueur. On sait comment finit la tragicomédie que les anabaptistes jouèrent pendant plusieurs années
(de 11532 il 1536) dans cette malheureuse ville. Elle fut assiégée,
prise après une longue résistance, Jean et ses complices furent
jugés, exécutés, et tout fut rétabli dans l’ancien état.
Enfin, les résultats absolument négatifs, quoique bien moins
effrayants et surtout moins célèbres, obtenus à notre époque en
Angleterre et en Icarie par les communistes Cabet et Owen, ont
achevé de mettre en lumière ce fait : que la société humaine,
tout imparfaite qu’elle est, a des bases immuables auxquelles on
ne peut toucher sans amener un cataclysme absolu, et que ces
bases sont : Dieu, la morale dont il est la source, la famille, la
propriété, l’hérédité, l’inégalité des conditions, etc., en un mot,
tous les principes dont le communisme veut faire table rase, afin
de convertir le monde en un vaste lupanar ou d’en faire une
vraie caverne de brigands.
.Te pourrais vous raconter quelques curieuses anecdotes sur
l’Icarie, mais il me suffira de vous dire, mon cher ami, qu’un
honnête confrère de ma connaissance, qui avait voulu essayer
de ce pays de cocagne et y avait apporté sa modeste fortune, s’es­
tima bientôt trop heureux de pouvoir en sortir les mains vides,
pour devenir simple décrotteur à la Nouvelle-Orléans ; ayant pu
réaliser quelques économies au moyen de cette honorable position
sociale, il se remit à pratiquer la médecine et put enfin se re­
trouver, comme on dit vulgairement, sur ses jambes : ab uno
disce omîtes.
Une chose me frappe avant toutes les autres dans ces diverses
exhibitions du communisme, c’est la similitude, l’identité des ré­
sultats, bien que les points de départ ne soient pas toujours les
mêmes.
Les rustauds du x\T siècle, les anabaptistes de Munster, scé-.
lérals fanatiques et hypocrites, procèdent au nom de Dieu, invo­
quent Jésus-Christ et les apôtres, tandis que les gens de la
commune de Paris sont des athées dans la plus mauvaise accep­
tion du mot; pourtant leurs actes sont les mêmes, les uns et les

LA RÉFORME MÉDICALE.

189

autres font voir la corde de la même façon, se déshonorent par
les mêmes excès.
En cherchant la raison de ces conséquences, en quelque sorte
stéréotypées, du communisme, qu’il procède de l’exagération
de l'idée religieuse ou de son absence absolue, je ne peux la
trouver que dans l’immoralité qui est son élément essentiel; que
peut-on fonder avec elle sinon le règne de la force brutale, de
l’intolérance, la civilisation des gorilles, des tigres ou des lions,
en un mot un état de choses que repoussent tous les instincts
naturels de l'espèce humaine.
Le sens moral nous crie sans cesse en effet : respecte la vie et
lesbiens de ton semblable, travaille, conserve au lieu de détruire,
accepte surtout avec résignation l’inégalité des conditions so­
ciales, parce qu elle découle de la nature des besoins de l’hu­
manité et que la société, d’ailleurs, ne saurait exister sans elle.
Mais le communisme fait table rase de tous ces principes et veut
nous ramener à l’état sauvage, à la barbarie, par l’intronisation
du caïnisme, de l’iscariotisme, d'une égalité qui n'est, comme on
l’a dit souvent, que celle de la misère.
Que les esprits sérieux et honnêtes qui se feraient encore il­
lusion sur l’immoralité congénitale du communisme, par ce seul
motif que ses principes furent professés jadis par des hommes
tels que Platon, Thomas Morus, Fénélon, etc., que ces esprits,
dis-je, le considèrent de plus près dans la pratique, et ils ne
larderont pas à le condamner comme relaps en matière de dissolution
sociale.
La société fondée au Paraguay, sous le nom de Missions, ne put
résister elle-même à cette action dissolvante. Couverte du sur­
tout religieux, elle était au fond très-vicieuse (l’histoire nous le
démontre), parce que les jésuites avaient cru devoir (sans doute
avec les meilleures intentions du monde) toucher aux éternels
principes de la famille, de la liberté, de la propriété. Ils avaient
pris pour type de leur organisation sociale la communauté reli­
gieuse, telle que nous la voyons fonctionner dans les couvents;
mais ce qui peut être excellent dans la pratique, sur une petite
échelle, perd souvent tous ses avantages et révèle même les plus
graves inconvénients lorsqu’on veut l’appliquer à un peuple, à
une nation tout entière.
Oui, c’est un fait incontestable qu’il faut sans cesse remettre en
évidence, on ne peut changer les bases de la société humaine ni
même les modifier au-delà d’une certaine mesure, sans porter
une atteinte profonde au sens moral, à cette lumière divine dont
sont privés tous les animaux, ceux-là même qui vivent en so­
ciété. Le commnnisme et la morale sont deux choses qui s’ex­

�190

E BERTULUS.

cluent mutuellement,Dieu l'a ainsi décidé. Une confusion funeste
entre le bien .et le mal, entre le juste et l’injuste, des obstacles
insurmontables au développement du génie humain par la liberté,
l'émulation, l'amour de la gloire, l’ambition de posséder, etc.,etc.,
le régime de la caserne pour tout le monde, la destruction de la
famille, source de tant de jouissances ineffables, enfin les mœurs
des lupanars, tels seraient les résultats fatals du communisme
s’il pouvait être appliqué. Avec lui il n’y aurait plus, en défini­
tive, ni raison, ni conscience, ni liberté, et la société humaine
rétrograderait vers la barbarie.
De cette entrée en matière ne concluez pas, s’il vous plaît, mon
cher ami, que je vienne faire avec vous de la politique, Dieu
m’en préserve! je l'ai toujours détestée, préférant de beaucoup me
tenir dans les voies plus larges de la science. Je viens tout sim­
plement répondre à la lettre que vous m’avez adressée dans la
Gazette médicale du 14 février dernier, et à la proposition que vous
m’y faites de conspirer ave&lt;rvous, à ciel ouvert, coram populo,
pour la régénération de la médecine française. J ’accepte votre
offre de grand cœur, non seulement dans l’intérêt de notre pro­
fession chérie, mais aussi pour l'amour de vous, sans me dissi­
muler toutefois qu’en le faisant, je m’associe à une grosse affaire
toute hérissée de difficultés ; mais peut-être ne sommes-nous pas
destinés à l’entreprendre seuls, peut-être méditez-vous ad hoc la
fondation d’une société en commandite en vous rappelant le fa­
meux vœ soli! Quant au caractère public de notre association, ce
n’est pas moi qui pourrais le décliner, car depuis que j ’habite la
terre (n’oubliez pas, je vous prie, que je suis ancien marin) je
n'ai jamais cessé de penser tout haut au grand désespoir de cer­
taines gens.
Vous avez, hélas ! mille fois raison, la médecine contemporaine
est tombée bien bas et ses malheurs résultent, ainsique vous le
dites, des méfaits d’une génération avilie par son égoïsme, dé­
gradée par son ignorance et sa lâcheté. Mais quelles sont les
causes qui ont pu dégrader si profondément le corps médical?
les mêmes qui ont perdu la société française au physique, au
moral et assuré les victoires des Prussiens ; en principe , elles se
réduisent encore à ces trois chefs : atlmsme, matérialisme, immo­
ralité.
Réfléchissez bien, cher ami, creusez-vous la cervelle, comme
on dit, et vous ne trouverez pas, j'ose l’affirmer, une meilleure
explication de la décadence déplorable de notre profession. Avec
les principes et les doctrines qui sont en honneur dans nos
écoles, et plus particulièrement dans celle de Paris, il ne saurait
y avoir en médecine, pas plus qu’en politique, ni vertu, ni jus­

LA RÉFORME MÉDICALE.

191

tice, ni vérité, et. la science médicale manquant à son but provi­
dentiel, loin de contribuer au bien de l'humanité, devient le com­
plément étrange de tous les maux qui l’affligent dans notre siècle.
Dans votre lettre, si remarquable par la profondeur de la pensée
et par la concision du style (je ne connais personne qui possède
mieux que vous cette rare et difficile qualité), vous n’avez pas
cru devoir remonter jusqu’à cette causalité première de notre dé­
génération, mais vous l’admettez comme moi sans restriction,
puisque dans votre notice nécrologique sur F alret, votre ancien
maître, vous dites à un certain endroit : « Nous périssons faute
d'énergie, de mœurs. &lt;
&gt;Or, l’énergie, la foi, les mœurs sont des at­
tributs psychologiques dont l'origine (nous en avons le sentiment
intérieur qui équivaut à l’évidence) ne peut être que divine et
nous ne saurions raisonnablement les regarder comme les pro­
duits immédiats de la matière cérébrale, ainsi que le professent
les positivistes, les chimiàtres, les micrographes et les vivi­
secteurs.
Comment un esprit aussi philosophique, aussi élevé que le
vôtre pourrait-il admettre, en effet, que cette matière cérébrale
que composent tant de parties d’eau, d’oléine, de cholesté­
rine, de carbonate et de phosphate de chaux et de soude , est la
cause productrice d’une pensée, d’un sentiment, d’un souvenir,
alors surtout que nous ne pouvons pas même concevoir le méca­
nisme du cerveau comme simple instrument servant à la fois à
la matérialisation des actes intellectuels et moraux d’une part,
et de l’autre, à la spiritualisation des impressions physiques.
Et puis (présentons toujours cette redoutable objection aux
positivistes) à quelle lésion matérielle faut-il attribuer la perte
subite de la raison par l’effet d’une émotion subite et violente,
alors que la pulpe cérébrale, en cas de mort, se présente à l’état
d’intégrité, et que les plus puissants microscopes eux-mêmes n’y
peuvent rien découvrir d’anormal. Pendant les huit terribles
mois qui viennent de s’écouler, les affections morales sidérantes
ont été très fréquentes, car la douleur a régné parmi nous en
souveraine dans tous les rangs de la société, et leur étude pra­
tique, dont je me propose de rendre compte au monde médical,
dès que nous serons plus tranquilles, n’a fait que confirmer les
données que je possédais sur elles.
Je proclame donc avec plus de conviction que jamais ce grand
principe que l’homme est à la fois esprit et matière, et que toute
doctrine médicale qui ne s’appuie pas sur cette base, qui ne s'en
souvient pas dans ses recherches, dans ses appréciations, est
fausse et absurde.
*
( La fin au prochain numéro.)

�192

SEUX FILS.

MARSEILLE MÉDICAL
NOUVELLES DIVERSES.
Le concours dont nous annoncions l’ouverture dans notre
dernier numéro a été caractérisé par des séances plus orageuses
nue ne le comporte d’ordinaire la joute placide et modeste de
1externat. Les épreuves ont cependant suivi leur cours. La lutte
a été terminée par la nomination, comme externes, de MM. Gamel,
Michel, Espanet et Perreymond.
— Une épidémie de variole vient de se déclarer à bord de la
flotte marchande se livrant à la grande pèche sur les côtes d'Is­
lande. Le ministre a dû ordonner la création de deux ambulances
de cent lits chacune. La première sera installée à Reikiawick, sur
la côte ouest, et la seconde, à Eske-Fiord pour la côte est. Le
navire chargé de transporter tout ce matériel &lt;1 hôpital a emporte
en même temps un personnel composé de deux médecins de
première classe, deux médecins de seconde, deux aide-phar­
maciens, un détachement d’infirmiers et des sœurs de chanté.
— Par décision du ministre de l'instruction publique, MM. les
étudiants en droit, en médecine et' en pharmacie des écoles de
Paris avaient été autorisés à prendre à la fois, jusqu’au 30 avril
dernier, les inscriptions de novembre 1870, janvier et avril 1871.
En raison des circonstances actuelles, urr nouveau délai leur est
accordé jusqu’au jour où les registres des Facultés pourront se
rouvrir. L’époque en sera notifiée par la voie des journaux. C’est
à Paris et non a Versailles que les inscriptions doivent être
prises.
— Une dépêche de Bombay, du 11 mai, dit que la famine
règne en Perse, par suite du manque de pluie. Ses conséquences
sont terribles : des milliers de personnes meurent d’inanition.
— Des avis de Valparaiso, en date du 17 avril, annoncent que
la fièvre jaune dans sapins haute période règne dans cette ville.
— Une lettre de Dellys, à la date du 11 mai, annonce que
depuis quelques jours on constate l’apparition des sauterelles et
que le 10 elles étaient si nombreuses qu’on est resté des heures
entières sans voir le soleil. Tous les fléaux à la lois !
— L’illustre physiologiste Longet vient de mourir à Bordeaux.
Cet homme remarquable était professeur à la Faculté de médecine
da Paris, membre de l'Académie de médecine et de l’Académie des
sciences. Ses travaux sont connus du monde entier. Son traité de
Physiologie, justement estimé, est entre les mains de tous. Longet
était très aimé des étudiants qui avaient eu souvent l’occasion
d'apprécier son grand esprit de justice, son extrême bienveillance
et la façon à la fois sérieuse, line et distinguée avec laquelle il
procédait a la rude tâche de l’enseignement. Sa mort est une
véritable perte pour les élèves et pour la science.
Dr S eux Fils.
A. F abre.

( a n c i e n n e U n i o n M é d ic a le d e l a P r o v e n c e )

S mo Année. — N ° 6 , — 20 Juin 1 87 L

LA FIÈVRE JAUNE
ET LA QUARANTAINE A MARSEILLE EN 1870,
P ar

le

Dr J. ROUX (de Brignoles)
Médecin des Hôpitaux.

Chaque latitude a son empreinte, chaque climat a sa cou­
leur, disait Cabanis. — En effet, comme toutes les créations
vivantes se modifient suivant les climats, les maladies, qui
ne sont qu’un accident de la vie physiologique, s’y modifient,
à leur tour, de telle sorte que souvent elles n’ont rien de
commun que le nom.
Le typhus revêt, sous le nom de fièvre jaune, en Amérique,
des caractères spéciaux qui constituent une individualité
morbide; mais il subit à son tour des modifications notables
par sa translation dans nos climats européens. Exerçant
avec une sorte de prédilection, ses ravages sur les rives
brûlantes du golfe du Mexique et sur les Antilles, la maladie
semble rayonner de ce foyer, tantôt au nord, vers le littoral
des Etats-Unis, tantôt au sud, vers les Guyannes et le Brésil.
Rio de laPlata servit longtemps comme de barrière au fléau:
favorisée par son climat, sa latitude, Buenos-Ayresfut jusqu’à
ces derniers temps respectée ; mais tout faisait craindre une
terrible explosion, dès la première apparition de la fièvre
jaune dans cette ville, où les lois les plus élémentaires de l’hy­
giène sont complètement ignorées. Aujourd’hui les habitants
U

�194

ROUX.

de la Plata fout une cruelle expérience de l’indispensable
nécessité de ces lois.
L’année dernière, des navires venus de la Havane débar­
quaient sur le littoral espagnol les germes d’une épidémie
meurtrière, dont notre administration sut préserver Mar­
seille; cette année, le danger est presque aussi grand, car les
immenses steamers qui viennent de la Plata chargés de nom­
breux émigrants, font escale dans notre port.
Nous croyons de notre devoir de faire connaître à nos
lecteurs, à quelles mesures de vigilance nous avons dù,
l’an demie]’, de ne point voir les désastres d’une épidémie
redoutable compléter la longue série de nos malheurs ; et de
calmer les inquiétudes légitimes que les arrivages suspects de
la Plata pourraient, fomenter au sein de notre population, en
lui démontrant combien sont sérieuses et efficaces les précau­
tions dont s’entoure l’autorité sanitaire (1).
Dans les premiers jours de septembre 1870, M. le Dr Blache,
directeur du service sanitaire, fut averti que la fièvre jaune
venait de se manifester à Barcelone.
Le 8, un vapeur espagnol, le Carpio, arrivait à Marseille;
et son capitaine nous apprenait qu’en effet la fièvre jaune avait
été importée à Barcelone par le vapeur Maria, arrivé de la
Havane depuis un mois, ou par le trois-mâts Biscaya, prove­
nant de Montevideo.
Tant que ces navires avaient conservé leur cargaison daus
leurs flancs, aucune contamination n’avait eu lieu ; mais
depuis le débarquement, quelques ouvriers journaliers, qui
avaient travaillé à bord de ces deux navires, avaient été atteints
de fièvre jaune. — Bientôt quelques cas furent également
signalés sur des douaniers et des portefaix ayant pris part aux
déchargements des deux navires.
Aussitôt ces bâtiments furent isolés, un hôpital établi en
dehors de la ville pour y transporter les malades, et ces
accidents mentionnés sur les patentes.
(1) Dans le mois de mai de l'année 1821, la fièvre jaune fut importée de
Maiaga à Pomègues, et se propagea à des navires provenant des mers du
Levant et isolés dans ce port pour cause de suspicion de peste.

FIÈVRE JAUXE.

195

Le quartier du port et les environs étaient encore préservés
de tout mal : Toutefois le directeur de la santé de Marseille,
nui par une sage méfiance, proposa au ministre d’appli­
quer une quarantaine de cinq jours aux provenances de
Barcelone et des environs.
Au sein du conseil sanitaire, M. Pirondi, trouvant encore
insuffisante cette sage mesure, fit ressortir les malheurs qui
eussent frappé la France entière, si des mesures de précautions
n’eussent pas été prises à temps, à Saint-Nazaire, pour arrêter
l’expansion delà maladie. L’attention une fois-éveillée, au
moment de l’apparition d’un pareil fléau sur le littoral médi­
terranéen, il était urgent qu’aucun navire suspect ne fût admis
en libre pratique ; il déplorait donc la suppression des patentes
dites suspectes, qui frappaient d’une quarantaine efficace une
provenance arrivant avec patente nette des lieux environnant
le pays contaminé.
M.Roux, de Brignoles, faisait également observer au Conseil,
qu’ayant eu occasion de se trouver dans des ports atteints de
fièvre jau n e, ce typhus paraissait se propager par rayonne­
ment, à de très grandes distances ; qu’il ne croyait donc pas
très arbitraire de mettre en suspicion les ports voisins de
Barcelone et de les frapper d’une observation moindre
pourtant que la quarantaine imposée aux provenances du dit
port. Comme M. Pirondi, il trouvait qu’une quarantaine de
5 jours était insuffisante pour les arrivages de Barcelone,
attendu que l’incubation de la fièvre jaune est d’une durée
beaucoup plus longue que celle du choléra, et que les
marchandises restent bien plus longtemps imprégnées de
miasmes délétères.
Se conformant à ces avis, M. le Directeur imposa au Carpio
une quarantaine de 7 jours de rigueur, comptant depuis le
déchargement complet de la cargaison, et proposa des mesures
applicables à toutes les provenances des ports compris entre
Palamos et Tarragone.
Les bâtiments à voiles ou â vapeur, munis ou non d’un
médecin sanitaire, arrivant de Barcelone et des environs,
depuis Mataro jusqu’à Yillanova inclusivement, furent

�197

ROUX.

FIÈVRE JAUNE.

soumis à une quarantaine de rigueur de 7 jours, à Pomègue,
à partir du déchargement complet. La même quarantaine
fut déclarée applicable aux passagers, qui seraient débarqués
au lazaret, en dehors de la zone du littoral ci-dessus définie :
les provenances des autres ports compris entre Palamos et
Tarragone furent soumises à une observation de trois jours
datant de leur mouillage au ÏTioul.
Le 18 septembre, un télégramme du ministre, M. Crémieux,
chef du gouvernement de Tours, informait que la fièvre
jaune avait gagné Alicante et Valence et prescrivait de redou­
bler de vigilance et d’appliquer le règlement sanitaire dans
toute sa rig u eu r.— L’avis fut immédiatement transmis par
M. le Directeur de Marseille à tous les agents sanitaires de son
ressort.
Au 15 septembre, le Consul général de Barcelone estime
que c’est avec toute raison que les deux ports de Palamos et
de Tarragone ont été compris au nombre de ceux qui sont
traités à Marseille comme suspects, car ils ont avec Barcelone
des communications plus faciles que cela ne devrait être dans
l'intérêt delà santé publique. — A cette époque, il est facile
de constater que les mesures prises à Barcelone sont insuf­
fisantes pour obvier au développement de l’épidémie. — Le
port entier et tout le faubourg de Barcelonnette ou de la
marine sont atteints au 15 septembre, et la ville, elle-même,
est compromise, au moment où les chaleurs humides qui
régnent encore favorisent la propagation du fléau, qui donne
une augmentation de 7 à 9 décès par semaine.
Dans une séance du Conseil, M. Pirondi émit l’avis de
frapper de quarantaine non seulement les ports contaminés,
mais encore d’étendre les mesures de précautions à tous ceux
de la côte d’Espagne sur la Méditerranée, et fit ressortir la
nécessité d’un cordon sanitaire sur nos frontières.
Le Conseil, invité à se prononcer sur la détermination de la
zone de suspicion le long du littoral espagnol, sur la proposi­
tion du Dr Roux, de Brignoles, arrêta que toutes les prove­
nances, depuis Tarifa, y compris Gibraltar, seraient soumises
à une quarantaine de rigueur de 7 jours en raison de la proxi­

mité des lieux et de la célérité des traversées.—En outre, que
les réembarquements des cargaisons au Frioul ne seraient
autorisées que la veille de l’admissibilité des navires et
qu’autant que leurs bas-fonds, convenablement assainis,
seraient restés vides pendant b jours.

196

Les navires à patente brute et les arrivages de Barcelone,
Valence, et Alicante, furent isolés au port de Pomègue quand
leur tonnage le permit ; au Frioul, les navires en quarantaine
par suspicion de fièvre jaune y furent tenus à la plus grande
distance possible de ceux retenus en quarantaine pour suspicion
de choléra.
La sagesse de ces mesures ne devait pas tarder à recevoir la
sanction des événements : vers le 26 septembre, nous arrivait
de Barcelone un brick grec YArgos qui, sur un équipage de
11 hommes, avait eu 3 décès de fièvre jaune ; un 4“° avait eu
lieu en mer le 23 septembre. — Le préfet du moment,
M. Delpech, déléguant ses pouvoirs à M. le Directeur, lui
écrivait : « Parez à la situation, inspirez-vous de l’urgence,
de l’actualité, plutôt que de la lettre des règlements, qui trop
souvent restent insuffisants en présence des éventualités, et
comptez sur ma sanction anticipée des mesures efficaces que
vous prendrez. »
Un instant on craignit que Livourne ne fut compromise,
deux bâtiments italiens provenant de Barcelone, arrivés avec
3 morts et 4 malades, furent remorqués au Lazaret de Yarignano, près la Spezzia, où la maladie s’éteignit. Toutefois,
pendant quelques jours, passagers et équipages des bateaux
à vapeur venant de Livourne, furent soumis A une visite.
Quant à YArgos, il fut complètement déchargé et envoyé à
l’ile de Maïré, ou port de Riou, oii il devait être assaini au
moyen de lavages phéniqués et d’irrigations chlorurées. —
Ordre fut donné de blanchir les bas-fonds avec de l’eau chlo­
rurée, de renouveler les eaux de la sentine chaque jour et
d’assécher complètement les rigoles d’écoulement. En cas
d’accident, les malades devaient être immédiatement trans­
portés à Pomègue pour y être traités.

�198

ROUX.

Vers la môme époque, M. Roux constatait, dans son service
de RHôtel-Dieu, le décès d’un marin grec, par suite d’un
ictère malin. (Voir plus loin la relation de l’autopsie.)
Aussitôt averti de ce fait, M. le Directeur procédai une
enquête, de laquelle il résulta la preuve que ce matelot,
nommé Nascopulo, provenait du navire grec Panaija, n’ayant
pas séjourné au port du Frioul et admis en libre pratique à
Marseille dès son arrivée. Des matelots grecs venus de Bar­
celone, pour renforcer l’équipage de 1H 7770s, affirmèrent
qu’ils n'avaient pas eu de relationsavec Nascopulo,mais ils re­
fusèrent d’indiquer le navire à bord duquel ils avaient couché
à leur arrivée. Or, ces trois matelots de l’M/770s, venus par
voie de terre, avaient très-bien pu communiquer avec le
marin grec décédé à l’Hôtel-Dieu.
A Gibraltar, les Anglais n’hésitaient pas à imposer une qua­
rantaine de 7 jours, malgré leur patente nette et bonne santé
à bord, à toutes les provenances des ports de la Catalogne, de
toute la côte est d’Espagne jusqu'au sud du cap de Gâte, et
repoussaient toutes celles de Barcelone.
En effet, dans les premiers jours d’octobre, l’épidémie avait
gagné la ville de Barcelone et son faubourg avait été évacué
par les gens valides, le port de Valence était infecté et à
Tarragone on constatait des décès fort suspects. Le port d'Ali­
cante venait d’être déclaré officiellement, infecté ainsi que
celui de Palma.
Notre administration redouble alors de vigilance et de sé­
vérité, avec d’autant plus de raison, que le Dr Melquiond.
détaché au service des îles, signale 5 manifestations à bord
de VArgos, dont 4 sur les matelots venus à Marseille , par la
voie de terre, pour s’y embarquer. Certainement, ces légères
atteintes n ’étaient point des cas de fièvre jaune confirmés,
cependant l’expérience acquise par M. Blaclie, des affections
typhiques, le portaient à admettre, comme il l avait fait pour
le typhus, sous le nom de typhine, pour les légères atteintes
de peste à Benghasi, sous le nom de cholérine pour le cho­
léra, des indices certains de fièvre jaune, atténués par le dé­
placement, la latitude, la saison, etc.

FIÈVRE .1AUNE.

199

Mais la bénignité ne modifie pas la nature de la maladie et
la tendance h la transmission. Cette bénignité ne saurait être
invoquée h titre de garantie, car dans les affections de l’es­
pèce, une contaminatien grave peut, résulter d’une atteinte
légère, de même qu’un cas mortel de variole peut résulter
de la cohabitation avec un malade atteint de variole légère.
M. Blache insistait particulièrement sur le signe de la
rachialgie, dit coup de barre, constaté sur tous les malades.
Le brick YArgos fut en conséquence condamné à être sa­
bordé, mais l’armateur prêtera l’éloigner de Marseille.
Vers la fin du mois de novembre, l’épidémie s’était propagée
jusqu’à Tortose et Mataro, cependant dans les premiers jours
de janvier, elle semblait s’être éteinte complètement, non sans
laisser après elle bien des deuils et des larmes au sein de la
population espagnole.
On voit, d’après ces quelques notes, combien la ville de
Marseille et la France entière sont redevables au système
quarantenaire sagement appliqué et à la vigilance de l’admi­
nistration sanitaire.
En présence des nombreux arrivages de l’Amérique du
sud, désolée encore par ce cruel fléau, espérons que les mêmes
mesures, énergiquement appliquées, sauvegarderont encore
cette année notre pays, déjà si malheureusement éprouvé à
tant de titres.
Le 30 septembre le rapport suivant était adressé à Messieurs les Membres
de la Commmission Administrative des Hôpitaux de Marseille.
Messieurs ,

Un matelot grec, le nommé Vlacopoulos, Georges, âgé de
18 ans, du navire le Panagyia, succombait hier, 29, dans la ma­
tinée, à la suite d’une affection qui nous offrait des symptômes
suspects.
Comme membre du Conseil sanitaire, je savais que la lièvre
jaune ayant éclaté à Barcelone y faisait des ravages et s'était
étendue à Alicante, à Tarragone, etc. Qu'un navire grec était à

�200

ROUX.

la Spezzia, on quarantaine; que le navire grec VArgos était
mouillé au Frioul, avec une perte de 3 hommes depuis son départ
d’Espagne. Sachant ces détails et observant chez le malade delà
salle Saint-Joseph des hémorrhagies graves par toutes les voies
naturelles, une teinte ictérique très-prononcée, du délire, un
anéantissement complet des forces radicales, en somme, tous les
signes du 3* degré du typhus américain, bien que l’ensemble de
la phase symptômatique fut incomplet; je m’empressai de faire
connaître mes doutes et demandai l’autopsie.
Elle a eu lieu ce matin a 8 heures 1/2, environ trente heures
après le décès. — Habitus du cadavre : Teinte ictérique très-pro­
noncée , pas de taches gangreneuses à la peau. Ecoulement de
sang noir par les narines.
Poumons infiltrés d’un sang brun noirâtre avec un liseret ver­
dâtre. — Une plaque ecchimotique sans pleurale , de la largeur
d’une pièce de 5 fr. en argent. — Cœur hypertrophié à gauche.
— Caillots médiocres.
Foie d'une teinte verdâtre, volume ordinaire, densité trèsaugmentée ainsi que la cohésion. — A la coupe, le tissu paraît
plus lisse, on ne peut apercevoir la substance jaune. La couleur
est brun-verdâtre, mais cette teinte est moins prononcée que sur
la capsule de Glisson. — Il est moins friable qu’à l’ordinaire, sa
rupture avec l'ongle n’est point granuleuse.
La vésicule est remplie d’une bile d’un brun noirâtre, procu­
rant aux doigts une impression de causticité. — Point d’ulcé­
rations.
Estomac peu volumineux, recouvert d’un enduit brun rou­
geâtre, avec des reflets verdâtres par transparence. Les veines
sont volumineuses.
Intestin-grêle, renfermant en trois ou quatre points, non seu­
lement des collections de sang poisseux noirâtre,mais encore une
sorte d’infiltration entre les membranes qui le constituent.
L’iléon nous a offert un tapis de points rouges plus carminés,
provenant des follicules de Brussner. — Plus bas, une longue
plaque à fond jaunâtre présentant, très-rapprochés, une foule
de petits points noirs donnant à la plaque l’aspect d’un menton
fraîchement rasé.
Les reins étaient hypérémiés.—La vessie renfermait une urine
brune. — Rate à peu près normale. — Les points ecchymotiques
existaient dans plusieurs muscles.

FIÈVRE JAUNE.

201

Tels sont les faits pathologiques recueillis sous nos yeux par
M. le Dr Flavard, chef interne de l’Hôtel-Dieu, et MM. les élèves
de service.
Les autopsies pratiquées dans les épidémies de fièvre jaune,
aux Antilles, présentent fréquemment des lésions semblables.
Mais il est une affection grave du foie que j ’ai eu occasion d'ob­
server, qui offre, à son tour, bien des points de ressemblance :
c’est Yictère malin , affection qui n’est jamais transmissible. —
C’est à cette maladie que je crois devoir attribuer le décès du
matelot grec.
A l’issue de cette autopsie, le hasard m’ayant fait rencontrer
un de mes anciens maîtres du service de santé de la marine,
très-expert dans ces questions, M. le D'Blache, médecin en chef
de la marine, je lui fis part, à titre officieux, de mes observations ;
il sembla partager mon avis sur la nature sporadique de la
maladie et sur le pronostic porté par moi; toutefois, il me fit
remarquer les liens de parenté de l’ictère malin et delà fièvre
jaune, du fait que je venais d’observer avec ceux recueillis sur
la côte d’Espagne.
En résumé, notre observation a trait à une affection grave du
foie, caractérisée par une altération qui a rendu cette glande
imperméable aux liquides qui le traversent et en a perturbé les
fonctions de sécrétion.
Bien que ce fait doive être mis en dehors du progrès de l’inva­
sion du typhus américain en Europe, il doit être un avertissement
pour un redoublement de surveillance et de précautions.
Veuillez agréer, Messieurs les Administrateurs, l’assurance de
mon dévouement.
Dr Roux (de Brignolesj,
Chef de service à VHôtel-Dieu.

�202

STRUS-PIRONDI.

QUATRIÈME SÉRIE

D’OBSERVATIONS DE CHIRURGIE USUELLE
Compte-rendu de la clinique chirurgicale de M otel-D ieu de M arseille
Pendant le sem estre d'été de 1 8 0 9 ,
FAR LE PROFESSEUR SIRUS-PIRONDI.

(Suite.)

SEPTI ÈME

CATÉGORI E.

Maladies de la peau.

§ 1.— Jadis, dans l’ancien Hôtel-Dieu, l’étage le plus
élevé de l'établissement était occupé par des vénériens et par
les malades atteints de la gale ou d’autres maladies de la
peau, non-fébriles. Depuis qu’on a rebâti l’Hôtel-Dieu, le ser­
vice des vénériens a été transféré, nous l’avons déjà dit, à
l’hôpital de la Conception ; les galeux sont soumis au traite­
ment rapide, d’après la méthode Bazin, et sont considérés
comme malades externes, c'est-à-dire, recevant des soins à
l'hôpital mais sans y loger ; quant aux maladies de la peau,
quoiqu’elles soient admises jjI us particulièrement à la Concep­
tion à côté des affections syphilitiques, on en trouve toujours
quelques échantillons disséminés dans les diverses salles de
chirurgie, et la clinique a reçu, pour sa part, 3 cas d’eczé­
ma ,2 ecthyma, I favuset 4 prurigo. Les 10 malades affectés
de ces divers états morbides, étaient en même temps atteints
de lésions chirugicales de peu d’importance».

('U N IQ U E CHIRURGICALE.

203

§ 2. — Les trois eczéma étaient arrivés à la troisième
période, avec squames minces et foliacées ; un seul était
généralisé, et deux circonscrits aux membres supérieurs; le
premier, chez un journalier âgé de 32 ans, datait de plusieurs
années avec alternatives d’amélioration en automne et en
hiver ; les deux autres, chez un enfant de 15 ans et un jeune
homme de 21 ans, étaient à leur troisième poussée, mais suc­
cessives et sans interruption notable; les deux malades plus
âgés étaient scieurs de long, travaillant presque toujours en
plein soleil; le plus jeune était laveur de vaisselle dans un
petit restaurant, et tous les trois se disaient atteints d’une
maladie de famille, autrement dit, héréditaire.
Aucun de ces trois malades n’a séjourné assez de temps à
l’Hôtel-Dieu pour pouvoir se rendre compte des effets d'un
traitement quelconque. Je crois seulement devoir noter qu’un
bain sulfureux donné par mégarde à deux de ces malades,
a de beaucoup exaspéré l’éruption, tandis que les bains de
colle et de tilleul ou d’amidon ont produit un très bon résultat.
On n’a pas eu recours aux laxatifs, vu que chez ces malades les
évacuations étaient habituellement diarrhéiques. Quant aux
moyens topiques, celui qui a paru le mieux réussir, c’est le
glycerolé d’amidon modérément goudronné ( 3 grammes
sur 30).
§ 3. — Dans les deux cas d’ecthyma que nous avons obser­
vés les pustules, assez nombreuses et rapprochées les unes des
autres, siégeaient au cou et à la poitrine ; il y avait des anté­
cédents douteux de syphilis mais très-affirmatifs de scrofule ;
les croûtes, en tombant, laissaient à nu un petit ulcère atoue
n’ayant nulle tendance à s’agrandir; constitution d'ailleurs
délabrée chez deux sujets (homme et femme) jeunes encore,
mais ayant abusé un peu de tout.
•Nous n’avons pas hâté la chute des croûtes par aucun
émollient, mais on a tâché de faciliter leur dessication en les
couvrant, de temps à autre, d’une légère couche de teinture
d’iode mitigée par un tiers d’eau. Une fois la croûte tombée,
on a excité le petit ulcère sous-jacent en le pansant, deux ou

�SIRUS-PIRONDI.

CLIN IQ U E CHIRURGICALE.

Irois fois, avec l'onguent styrax. Nulle pommade ensuite ne
nousa paru plus propre faciliter la cicatrisation de ces plaies
que celle au chlorure d’argent à la dose de 20 centigrammes
sur 30 grammes d’axonge. — Quant au traitement général, le
principal moyen thérapeutique employé consiste en un
mélange, par parties égales, de sirop de quinquina et de rai­
fort, additionné par la liqueur de Fowlerdans la proportion de
10 gouttes pour 100 grammes de liquides, et administré à la
dose de deux cuillerées par jour. Après deux mois de soins pour
l'un, et six semaines seulement pour l’autre, ces malades ont
quitté la clinique en assez bon état ; mais tout cela n ’aura pu
suffire, très-probablement, à les mettre à l’abri d’une récidive.

bilité accusée par le malade. L’épilation étant jugée nécessaire
par la plupart des hommes spéciaux qui font autorité en der­
matologie, je ne puis avoir l’idée de contester, d’une manière
générale, l’opportunité de cette opération ; et, en fait, il est
indiscutable que la meilleure manière d’attaquer le parasite
c’est de pouvoir introduire la solution parasiticide dans le
follicule pileux, dont l’ouverture reste béante lorsqu’on ar­
rache le cheveu. Cependant, si le favus n’a pas encore atteint
tout le cuir chevelu, si les petites croûtes sont quelque peu
isolées les unes des autres, on peut parfois parvenir à la
destruction du parasite sans recourir ù. l ’épilation ; dans ce
but, après avoir ramolli la croûte avec une lotion émolliente,
on peut Y imprégner — à l’aide d’une petite brosse ou d’un
pinceau — d’huile de cade, d’une solution de sublimé, ou de
pommade au turbith (1); mais qu’il nous soit permis d’in­
diquer un mélange tout aussi actif peut-être que ceux que
nous venons de nommer, et qui a, sur deux d’entr’eux, l’avan­
tage de ne point renfermer de mercure, et sur le troisième,
celui de ne pas sentir mauvais. Ce mélange se compose de
parties égales de soufre et de charbon pulvérisés et incorporés
dansQ. S. d’axonge. L’huile de cade, le sublimé et le turbith
agissent surtout après l’avulsion des i&gt;oils, ce n'est môme
qu’après celte opération qu’on en prescrit généralement
l’usage; la pommade au soufre et au charbon doit être ap­
pliquée avant l’épilation, et on est souvent étonné des rapides
et heureux succès qu’on en obtient. On dirait que le charbon
s’attaque plus particulièrement au suintement et à l’odeur
repoussante qui s’exhale des croûtes, tandis que le soufre dé­
truit l’achorion, dont le germe est quelque peu de la tribu
des oïdiés.

201

§ 4. — Je ne mentionne cet unique cas de favus du cuir
chevelu, chez une jeune fille de 11 ans, que pour avoir
l’occasion de protester une fois de plus contre l’emploi,
aussi irrationnel que barbare, de la calotle épilatrice (1). Je
dis irrationnel, parce que les cheveux étant arrachés en masse
et tirés dans des directions différentes, se cassent plus ou
moins près de la racine.et le champignon (achorion schœnleinii)
n ’en continue pas moins son évolution dans le follicule pi­
leux; etj'ajoute barbare, parce que c’est la méthode d’épilation
la plus douloureuse à laquelle on puisse avoir recours; et
comme il est rare qu’une première épilation suffise, on peut
aisément se figurer combien cette calotte de supplice est re­
doutée par les pauvres petits malades I
Si l’épilation est jugée nécessaire, la méthode de M. Bazin,
qui consiste à épiler avec de petites pinces ù dentelure
émoussée, est incontestablement celle à laquelle on doit
accorder la préférence ; elle peut, en effet, atteindre le but
voulu en plusieurs séances (2) et par cela mêma permettre de
modérer la douleur et de la proportionner au degré de sensi(1) Emplâtre en forme de bonnet, composé de poix notre, poix blanche
et farine de froment, le tout amalgamé et empâte avec du vinaigre.
(2) Voy. Truité des affections de la peau, parM. Baudot, 1869, p. 186. C’est
le meilleur résumé que nous ayons des doctrines professées à l’hôpital SaintLouis.

20o

§ 5. — Je n’oserais affirmer que les 4 malades notés comme
atteints de prurigo aient eu une éruption qui mérite réelle­
ment pareille dénomination. Les principaux symptômes y
(1) Àxonge lis gi'., huile d’amandes et glycérine, de chacun 2 gr., turbith
minéral 0,50 centigr. (Formule do M. Bazin.)

�206

SIRUS-PIRONDI.

étaient : fortes déjnangeaisons précédant l’apparition des pa­
pules qui envahissent de préférence la nuque, le tronc et la
face externe des membres ; ces papules grattées sans cesse et
finalement déchirées parles ongles du malade, laissent suinter
une gouttelette de sang qui se dessèche et forme une petite
croûte brunâtre. Mais à côté de ces symptômes caractéris­
tiques du prurigo, on constate aussi de nombreux spécimens
de ces éruptions bâtardes qui participent de plusieurs espèces
morbides, sans en affirmer aucune, et auxquelles on a donné
précisément le nom de bâtardes, faute d’en trouver un meil­
leur; éruptions qui ont pour origine commune la misère ou la
malpropreté.
Qu’on nous permette, à ce sujet, démettre quelques .courtes
réflexions à l’adresse des personnes charitables qui s’occupent
de bonnes œuvres. Il est des soins que tout individu ne sait
pas prendre de sa personne; le fait n’est que trop positif et il y
a tout un ensemble de mesures hygiéniques qu’on ne par­
viendra pas facilement à généraliser, à moins que des hommes
spéciaux et de la valeur du professeur Fonssagrive, se déci­
dent à sacrifier une partie de leur temps à la vulgarisation
d’idées pratiques dont personne ne conteste l'importance, tout
en s'évitant cependant la peine de bien les connaître et de les
appliquer. Mais il est d’autres soins qui ne sont malheureu­
sement pas à la portée de tout le monde, alors môme que per­
sonne n’en ignore l’utilité. Avec la meilleure volonté possible,
on ne peut, par exemple, élargir une habitation insuffisante,
ni modifier un mauvais régime, si cette habitation et ce
régime sont strictement en rapport avec les faibles ressources
dont on dispose; de même faut-il ne pas s’étonner si des
malades atteints précisément par des éruptions bâtardes ,
avec ou sans prurigo, accusent d’une manière trop évidente
le défaut absolu de lavages généraux ^bains) et l’impossi­
bilité de changer de linge avant que celui qu’ils portent se
trouve à peu près détruit. Mais autant il est difficile de
porter un remède efficace et général à l’insuffisance des
logements et à la nature du régime, autant il serait facile
d’augmenter (dans les grandes villes sur-tout) le nombre de

CLINIQUE CHIRURGICALE.

207

bains que certaines administrations hospitalières, à l’exemple
de celle de Marseille, mettent gratuitement à la disposition
des pauvres, et de créer ensuite des magasins de secours où
la Charité transformerait promptement des hardes infectes
en vêtements propres. Les maladies de la peau ne seraient
pas seules à bénéficier de pareilles mesures largement appli­
quées.
Revenons au prurigo et à sou traitement. Des quatre indidividus soignés à l’Hôtel-Dieu, un seul s’est bien trouvé —
par rapport â l’insupportable prurit qui les tourmentait tous—
de l’usage des bains alcalo-gélatineux contenant en dissolu­
tion, chacun d’eux, 500 gr. de sous-carbonate de soude et
500 gr. d’ichthyocolle.Pour les trois autres, il a fallu recourir
aux bains additionnés de sublimé, ce qui suppose qu’il
s’agissait de prurigos parasitaires, quoique nous n’ayons pu
découvrir ni acares, ni insectes d’une espèce quelconque.
Tous les spécialistes font remarquer, avec raison, que si les
bains sont administrés à une température élevée, ils aggravent
le prurit loin de le calmer, et toutes les pommades, en gé­
néral, ne réussissent pas mieux que les bains trop chauds;
le glycéré au goudron est le seul mélange qui ait paru
produire d’assez bons résultats, surtout en l’additionnant de
quelques gouttes de laudanum.
Inutile d’ajouter que ces malades ont quitté nos salles
avant que nous ayons eu à constater une rechute et de nous
mettre à même de recourir à un traitement interne, dépuratif
ou anti-scrofuleux, d’une efficacité fort peu apparente dans
la plupart des cas.
[A suivre.)

�LA RÉFORME MÉDICALE.

Du mal que l'on fait,
S'il le peut prévenir, tout homme cet responsable,
Et je le crois nou moins coupable
Que le méchant qui le commet.

(Suite et fin

A Monsieur

le docteur

J.-M. G uardia .

Un sang généreux coule dans vos veines, mon cher Guardia,
et je vous crois capable de tous les courages, de tous les sacri­
fices, vous l’avez prouvé irréfragablement dans votre démêlé avec
l’Académie de médecine, permettez-moi de regretter pourtant
que, dans cette même notice sur Falret, dont je parlais
tout à l’heure et dont la lecture m’a captivé, vous vous soyez
laissé aller en public à un sentiment que je condamne. Il est de
ces choses, en effet, qu’on peut penser, comme dit Beaumarchais,
mais qu’il faut éviter, autant que possible, de dire quand on est
en évidence comme vous. Vous tenez en main une plume élo­
quente, acérée, redoutable qui, le cas échéant, peut devenir le
glaive de salut de la médecine; vous devez donc vous garder
avec le plus grand soin de tout découragement ostensible.— Que
peut devenir un vaisseau compromis par la tempête si le pilote,
se laissant influencer par le danger, désespère du salut commun ?
a Heureux (dites-vous dans l’écrit en question) ceux qui partent
pour le voyage sans retour, la mort leur a été clémente. Quel
est celui d’entre nous qui voudrait aujourd’hui ressusciter ses

209

morts? qui ne souhaiterait plutôt d’être avec eux ou comme eux,
quel attrait peut avoir une vie sans honneur et sans espérance. »
Non, mon ami ! ne souhaitons point de partir, quand nous
pouvons faire encore quelque bien autour de nous, c’est au con­
traire le moment'de chercher à vivre le plus longtemps possible
sain de corps et d’esprit, afin de lutter impitoyablement contre
ceux que vous appelez pittoresquement les coquins (I), et de con­
tribuer dans la ligne de nos moyens à la régénération de l’art
salutaire.
Certes ! ce n’est pas que cette aspiration vers la mort, terme
naturel de tous les maux et de toutes déceptions, ne me soit
familière comme à vous, mais admettant avec une conviction
profonde, et qui m’est chère, la réalité des causes finales, bien
que je ne sois qu’un simple déiste naturiste, je ne manque
jamais de la repousser, en me disant à moi même, quand elle
veut se faire jour: marche, marche toujours jusqu’au bout!
ta mission n’est pas encore accomplie, et tous les hommes de
cœur en ont certainement une a remplir en ce monde pervers.
D'ailleurs, c’est pour s’être laissés aller trop facilement à la
désespérance au tædium vitœ, que des hommes éminents, des
esprits d’élites à tous les points de vue, ont fini par le suicide.
Naguère encore j ’en ai vu ici un nouvel et déplorable exemple,
dont je me réserve de vous donner les détails de vive voix et
sous le sceau du secret, ne pouvant absolument les consigner
dans cette lettre, ils achèveront de vous démontrer la perfidie
la perniciosité de certaines idées, la faiblesse de cette raison dont
nous sommes à bon droit si fiers, et qui est plus fragile que le
verre. Interrogez sur ce point le brave général Bourbaki, si vous
le connaissez, et soyez convaincu, qu’il regrette vivement aujour­
d’hui de ne pas avoir réagi contre le désespoir.
Ainsi plus de défaillance, ni de découragement, relevez-vous
au contraire avec une énergie fébrile au milieu de la pour­
riture médico-sociale dans laquelle nous sommes plongés;
saisissez votre fronde nationale tandis que je prendrai moi-

(I) Labruyère range sous cette dénomination les hommes à qui les choses
les plus honteuses ne coûtent rien ù dire ou à faire, qui jouent tous les rôles
sans vergogne, aujourd'hui royalistes ou impérialistes, demain républicains
ou socialistes, qui ne reculent devant aucune bassesse pour avoir des places
et obtenir des honneurs dont ils sont indignes.
13

�ïlO

E. BERTULUS.

même une solide garcette (1), et puisque vous paraissez le sou­
haiter, marchons ensemble vers le grand ennemi de l'humanité,
qui est aussi, je viens de vous le faire remarquer, celui de notre
chère médecine. Frappons à coups redoublés, stigmatisons impi­
toyablement le matérialisme, l’immoralité, les fausses doctrines,
qui en émanent et que ni la crainte de l’ostracisme, ni celle de
la ciguë ne nous arrêtent. A vaincre sans péril, on triomphe sans
gloire ; alors même que nous péririons à la peine , nos efforts
ne seront pas perdus pour la malheureuse génération médicale
qui nous suit, et que je crois fatalement vouée à des misères
bien plus lourdes encore que celles par lesquelles nous avons
passé, ce qui n’est certes pas peu dire.
Toutefois, mon cher ami, nous ne saurions entamer la lutte
avantque le gouvernement de la république tricolore, débarrassé
de l’affreuse queue que lui légua 1793, n’ait pris quelques
mesures indispensables et sans lesquelles nos efforts seraient
absolument perdus. Je veux parler de l’affranchissement de l’en­
seignement supérieur, de la décentralisation intellectuelle et
administrative et de l’émancipation provinciale qui doit en être
la conséquence forcée.
Un système académique libéral, dans le genre de celui qui fut
octroyé à l’Espagne, terre classique de l’indépendance et des
fueros, pourrait seul mettre un terme à l’ilotisme dont nous souf­
frons en province depuis si longtemps et que chaque gouver­
nement s’est attaché, en quelque sorte, à rendre plus dur.
L’organisation académique de l’Espagne, est, en effet, des plus
parfaites, en dépit de son étrange origine (2), parce qu’il y a été
tenu grand compte des aspirations décentralisatrices du peuple
espagnol et de l’indépendance dont a besoin avant tout le corps
médical. Elle établit dans toutes les provinces de la péninsule
des académies de médecine et de chirurgie égales en privilèges, en
subventions, à celle de Madrid dont le seul avantage réel est de
se décorer du vain titre d’académie centrale de médecine, de
siéger près du gouvernement et d'avoir un peu plus son oreille.
(1) En termes de marine, on appelle garcette une corde plate eu forme de
lanière, large d’environ trois travers de doigts et dont on se servait jadis
pour la fustigation, qui a cessé de figurer dans le code pénal de la flotte.
(2) Voyez pour lesdétails de cette organisation, qui date de Ferdinand Vil ;
Reglamento général para el regirnen literario e intérior de las reales acadernias de medicina y cirugia del reino, Madrid 1831.

LA RÉFORM E M ÉDICALE.

211

Ces academies president, dans chaque province espagnole, a la
discipline médicale, car aucune institution sociale ne saurait se
conserver saine et vigoureuse sans magistrature ou prud’homie
sans législation pénale. Les écoles de médecine , les juntes
sanitaires, celles de salubrité, de vaccination gratuite, de méde­
cine légale, l’inspection des eaux minérales, en un mot, tout ce
qui de près ou de loin se rapporte a l’enseignement et à l’exercice
de l’art salutaire relève de la même autorité académique, laquelle
est aussi chargée de pourvoir à tous les emplois, a toutes les
positions médicales qui viennent à vaquer dans le ressort de la
circonscription.
Certains esprits prévenus ou inquiets, qui ne connaissent
guère nos voisins d'outre-Pyrénées que par les récits fantaisistes
des Alexandre Dumas et autres touristes français, trouveront
étrange sans doute que j ’ose offrir ici comme un modèle à
suivre le système académique espagnol; mais qu’on n’oublie
pas, qu’aucun peuple ne fut dans tous les temps plus jaloux de
ses droits provinciaux, plus hostile au joug de la centralisation,
dè cette hydre aux mille tètes, qui a si bien préparé les voies
aux Prussiens, et par laquelle le communisme tente encore en ce
moment de s’imposer. Ce fut pour la défense des fueros, des
franchises municipales et provinciales, que le héros Juan de
Padilla périt au I6“# siècle sur un échafaud, et nous avons pu
apprendre à nos dépens, en 1809, ce que savent faire les Espa­
gnols, lorsque leur amour de l’indépendance et leur patriotisme
sont en jeu.
Quant à moi, mon cher ami, mes opinions sur cette matière sont
généralement connues, etfbien qu’on ne m’ait jamais fait l’hon­
neur de me considérer comme un véritable républicain, vu mon
antipathie pour les clubs, et mon respect pour la hiérarchie
sociale, j ’ai protesté toute ma vie énergiquement contre l’asser­
vissement administratif et intellectuel de la province française.
L’un des plus chauds partisans des congrès scientifiques, que le
pouvoir central ne voulut jamais encourager et qui sans lui ne
pouvaient fructifier, je me suis mis en avant dans toutes les
occasions pour la défense d’une cause sacrée à mes yeux, celle
de toutes les décentralisations; et s'il m’a été donné de ra­
mener les esprits prévenus ou égarés à l’endroit de nos institu­
tions sanitaires, je n’ai dû, à coup sûr, ce résultat qu’à la haine
profonde et obstinée que je nourris contre la centralisation
parisienne.

�21 2

E. BERTULUS.

Dans votre lettre, vous voulez bien me rappeler la servilité et
legoïsme sans entrailles des ennemis de la santé publique
que j ’ai combattus pendant trente ans, qu'il me suffise de vous
dire en deux mots, pour achever de vous la faire bien connaître,
que l'auteur d'un ouvrage intitulé : La Civilisation et le Choléra,
en vint jusqu'à soutenir, dans son avant-propos, que le fléau
indien est un bienfait pour l’humanité : c Si le choléra tue pur
accès dans nos rangs, disait-il, le commerce en tous temps a
fait vivre l'universalité des hommes donc (remarquez bien je vous
prie, la conclusion ) je soutiens, avec d'éminents médecins, qu'en, traver le commerce par les quarantaines, c’est compromettre la cause
de l'humanité » (sic) (I).
Admettez un instant que la centralisation sanitaire n’eût pas
existé à l’époque de cette étrange publication, qu’elle n’eût pas
trouvé un appui solide chez des ministres livrés à la spéculation,
au commerce, à l'industrie ; chez des médecins officiels repus
d’emplois, d’honneurs , etc., et vous vous ferez une juste idée
du toile qu'aurait soulevé l’inqualiflable paradoxe dont je viens
de rapporter exactement les termes. Le plus curieux de l’affaire,
c’est que la peste bovine ayant éclaté alors chez nos voisins de
Belgique, les mêmes hommes qui nous contestaient le droit de
nous préserver du choléra par les quarantaines, se hâtèrent d’en
faire décréter une dans l’intérêt de la conservation de notre
capital bestial.
Tel est le déplorable ilotisme que nous créa pendant trop long­
temps la centralisation parisienne et contre laquelle nous devons
par suite réclamer avec énergie, en toute occasion. Si elle ne doit
pas être absolument détruite, il faut au moins la ramener à des
proportions plus équitables; poussée au-delà d’une certaine li­
mite, elle tend à paralyser d’une façon à peu près complète l’essor
de la province qui, heureusement pour la France, a su conserver
dans ses veines un peu de bon sang. Du reste, elle a fait à Paris
lui-même encore plus de mal que de bien, car elle n’y a guère
produit que l’encombrement des médiocrités inquiètes et préten­
tieuses : celles des avocats sans cause, des médecins sans posi­
tion et des artistes sans mérite, la pire des engeances ; elle n’est
bonne, en effet, qu’à proclamer en toute occurrence la commune
révolutionnaire, à diriger la construction des barricades, à pro(1) La Civilisation et le choléra, Paris 1807.

LA RÉFORME MÉDICALE.

213

voquor enfin les fâcheuses atteintes contre les principes sociaux
dont on se plaint de toutes parts en ce moment; passe encore si
ces héros des mauvais jours, si ces êtres pervers et déclassés
montraient quelque courage dans le danger; mais il n’en est
rien, ils disparaissent au contraire, subitement, dès que leur tête
est en jeu le moins du monde, laissant, comme on dit, dans la
nasse, les malheureux pères de famille qu’ils ont trompés et
égarés au moyen de phrases aussi cTeuses que sonores.
Je me résume, mon cher ami, afin de ne pas perdre de vue, au
milieu des digressions, le but de cette lettre.
Nous ne penserons définitivement a l’institution de notre
grand congrès annuel que lorsque le gouvernement de la répu­
blique (je souligne à dessein ce mot) nous aura donné des preuves
palpables de ses sympathies et de ses bonnes intentions. Qu’il af­
franchisse l’enseignement supérieur, qu’il s’attache à décentra­
liser administrativement et scientifiquement, à restituer à la
province tout le principe vital qui lui- a été enlevé par Paris, et
dès lors, ouvriers de la première heure, nous lui viendrons en
aide dans son intérêt comme dans le nôtre, en mettant successi­
vement à l’étude toutes les questions qui se rapportent à l’ensei­
gnement, à l’exercice, aux progrès et à la dignité de l’art de
guérir, et dont la solution préalable deviendra nécessaire.
Jusque là (et j’estime, sous ce rapport, que vous serez du même
avis que moi) nos efforts tomberaient littéralement dans le vide
comme ceux du vénérable M. de Caumont, le fondateur, le pro­
pagateur des congrès scientifiques. Dans un pays comme le
nôtre, qui pendant plus de soixante ans a souffert d’une excessive
centralisation, il faut de toute nécessité, pour pouvoir s’affran­
chir, le concours d’un gouvernement éclairé, sincèrementlibéral,
je ne dis pas démocratique, parce que la valeur réelle de ce mot
ne fut jamais bien comprise nulle part qu’aux Etats-Unis d’Amé­
rique ; chez nous, il signifie, en effet, licence, négation de toute
hiérarchie sociale, mépris de tous les droits, de toutes les apti­
tudes intellectuelles, confusion des capacités, que sais-je encore?
On se laisserait volontiers aller à admettre même que l’esprit dé­
mocratique donne la science infuse, si on ne s’en rapportait qu’à
certains faits qui viennent de se passer tout récemment au
milieu de nous.
Mais en attendant qu’un pouvoir républicain sage, bien inten­
tionné, se soit révélé à la France, non par des paroles, mais par

�au

E. BERTULU8.

des actes, et nous ait présenté son programme, ne cessons pas
d’agir sur l'opinion publique et sur le corps médical en remettant
en lumière et enlionneur.si nous le pouvons, les grands principes
doctrinaux et déontologiques sur lesquels est fondé l’art salu­
taire, ne cachous jamais la vérité à personne, parce que la vérité
c’est- la justice, c’est le bonheur; faisons une guerre acharnée à
l’immoralité, sous quelque masque quelle se déguise ; flétrissons
les mauvaises passions, spécialement la médisance, la calomnie
dont se servent trop souvent parmi nous les indignes; dénonçons
toutes les coteries, toutes les charbonneries créées par le charla­
tanisme, l’amour du lucre, l’esprit de système pour l’exploitation
de l’humanité souffrante; prouvons enfin que nous sommes de
véritables démocrates et les meilleurs amis du peuple en travail­
lant avec zèle et abnégation à l’organisation la plus sage et la
plus avantageuse possible des sociétés de prévoyance et de se­
cours mutuels qui, dans l’état actuel, sont aussi peu utiles aux
malades qu’onéreuses pour les gens de l’art.
Parmi les devoirs nombreux qui incombent au médecin envers
les masses populaires avec lesquelles il se trouve incessamment
en contact, il en est un, le plus' délicat et le plus important de
tous peut-être, et que je rappellerai en terminant.
Ne soyons jamais auprès des ouvriers et des personnes illettrées
les propagateurs de l’athéisme, de l’irréligion, du scepticisme,
des utopies socialistes par lesquelles elles se laissent séduire trop
souvent et que nous savons être absolument impraticables. La
médecine, en effet, profession humanitaire dans toute l’acceptiqn
du mot, n’a pas seulement pour mission de soulager et de guérir
les maux physiques, il faut encore quelle console, qu’elle mo­
ralise, qu’elle éclaire, et à ce dernier point de vue elle a été con­
sidérée dans tous les temps comme un des meilleurs agents de
socialisation et de civilisation.
Frédéric le Grand disait un jour que s’il avait l’honneur d’être
roi de France, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe
sans sa permission, et moi je dis à mon tour, avec une parfaite
conviction et la certitude de ne pas être démenti, que si les mé­
decins étaient moins divisés entr’eux, s’ils savaient apprécier a
sa juste valeur leur influence, aucun système religieux, social ou
politique ne pourrait être adopté dans notre milieu sans recevoir
la sanction de leurs sympathie.
Efforçons-nous donc, toute les fois que l’occasion s’en présente
naturellement et sans chercher à la faire naître, de propager et

LA RÉFORME MÉDICALE.

2IÜ

d’affirmer les bons principes et les saines doctrines. Placés très
près du peuple, par la nature même de notre sacerdoce, faisons
lui bien comprendre en toute circonstance, lorsqu’il nousdemande
notre avis (ce qui arrive souvent), que la démagogie n’est pas
la démocratie (I), que la paresse est plus qu’un vice, qu’elle est
uu crime de lèse société, que l’ivrognerie, si répandue à notre
époque, tue il la fois l’àme et le corps; qu’il n’y a rien de com­
mun entre la liberté et la licence, que l’égalité ne peut exister
que devant la loi et les institutions sociales, enfin que cette
fraternité dont on ne cesse de lui rebattre les oreilles, au milieu
même d’une guerre civile désastreuse et impie, exige avant tout
la croyance en Dieu que déclinent absolument a cette heure nos
socialistes. Caïn dut commencer par devenir athée, puis il assas­
sina son frère dont il était jaloux.
Vous le savez, mon cher Guardia, car je m’en suis expliqué
avec vous dans l’intimité, ma religion est toute philosophique,
elle ne me place que sous l’influence de mon cœur, et nullement
sous celle des prêtres de quelque culte qu’ils relèvent, mais le
respect que j ’eus toujours pour la liberté de conscience, me
force a flétrir la conduite que de prétendus républicains tien­
nent envers eux ; avant tout, il faut être conséquent à ses prin­
cipes, et, on se montre indigne de la liberté lorsqu’on la viole
à chaque instant dans les personnes et les choses, faisant ainsi
la part belle a ses ennemis. Le gouvernement républicain, est, et
ne peut être que celui .des hommes vertueux, et nous sommes
bien loin en ce moment de justifier par notre conduite ce beau
titre.
Tels sont .mes sentiments comme citoyen et comme médecin,
selon mon habitude, je n’en fais pas petite bouche, et je voudrais
les voir adopter par l’immense majorité de mes confrères, bien
convaincu que sous leur influence, la médecine française repren­
drait promptement dans la hiérarchie sociale, la place qui lui
revient de droit et qu’elle a perdue par sa faute. Nous ne sommes
au fond, mon cher ami, que des ouvriers de la pensée et de l’in­
telligence, montrons-nous donc les vrais amis, les conseillers
(1) Voici une excellente définition du démagogue que nous donne Francis
Wey dans son Dictionnaire démocratique.
« Le démagogue exagère les principes de la démocratie, c'est un médecin
dont les remèdes sont si violents qu'ils emportent le tuulade Le malade c'est
la Liberté.

�216

E. BERTULUS.

dévoués et sincères de nos confrères de la pelle et do la pioche,
et tout en pansant leurs plaies et en les soulageant de leurs
misères, rappelons-leur les prescriptions de cette éternelle et
universelle morale qui seule peut empêcher le mal sur la terre,
et qu'ils sont trop enclins à oublier au milieu de leurs souf­
frances et de leurs labeurs.
Adieu, mon cher ami, je ne saurais vous quitter sans souhaiter
encore une fois coram populo que le communisme parisien, qui
nous donne chaque jour le spectacle de sa profonde immoralité,
soit bientôt terrassé par la société qu’il outrage et solidement
réenchaîné sur son pilori séculaire, aux pieds de l’athéïsme et
du matérialisme, ses sinistres parents. Milan, vous le savez, eût
jadis une colonne dite infâme qui ne consacrait, hélas ! que le
souvenir d’une erreur judiciaire, fruit de l’ignorance et de la
crédulité. Pourquoi Paris ne recourrait-il pas au même moyen
pour vouer à l’exécration des siècles à venir les crimes si excen­
triques des ennemis de la France et de la civilisation? Un tel
monument n’aurait pas à redouter la rencontre d’un nouvel
Alexandre Manzoni et pourrait être élevé avec avantage, selon
moi, sur la place de la Roquette, entre la prison où les assassins
dorment leur dernière nuit et le point de cette place où le bras de
la justice humaine les frappe ; je vous soumets cette idée , mon
cher Guardia, et je vous serre affectueusement la main.
Tout à vous.
E variste B ertulus .

BIBLIOGRAPHIE.

217

BIBLIOGRAPHIE.

P récis de th e r m o m é tr ie c lin iq u e g é n é r a le , par le docteur P.-P.
da Costa Alvarenga. professeur à l’école de médecine de Lisbonne, tra­
duit du Portugais par le docteur L. Papillaud. — In-8° de 226 pages.
Lisbonne, 1871.

Le progrès qu’a fait le diagnostic médical est une des plus
remarquables conquêtes de notre science, dans ces dernière
temps. Ce résultat avantageux est du au perfectionnement des
instruments d’investigation et à leur application de plus en
plus étendue et de mieux en mieux dirigée.
Parmi ces instruments, se trouve le thermomètre, dont les
usages sont si nombreux et si importants qu’il est devenu au­
jourd’hui plus indispensable que le stéthoscope lui-même.
Le Précis de thermométrie clinique de M. Alvarenga, sur le­
quel nous appelons l’attention, a pour but essentiel de résumer
l’ensemble des notions générales que fournit la mensuration
thermique pour le diagnostic, et surtout pour l’appréciation
de la marche des maladies, pour le pronostic et pour les in­
dications thérapeutiques.
L’auteur place en tète de son livre un savant historique sur
la thermométrie médicale, depuis ses commencements les
plus éloignés jusqu’à nos jours, exposant ses variations et ses
progrès dans les différents pays, appréciant avec beaucoup de
soin les opinions et les travaux des physiologistes et des mé­
decins anciens et modernes, de Galien, Sanctorius, de Haen,
Hunter, Haller, Bouillaud, Andra 1, Piorry, Henri Roger, Demarquay,Baresprang, Traube,Wunderlich, Robert de Latour,
Hardy, Charcot, Hirtz, Jaccoud, etc.
Entrant ensuite dans le cœur de son sujet, il le divise en six
chapitres :

�218

ISNARD.

AMBULANCE M ARSEILLAISE.

Le premier s'occupe de la température physiologique et do
ses modifications sous l'influence de diverses circonstances,
soit individuelles, soit extérieures, telles que l’tlge, l'heure de
l’observation, la température ambiante, les climats, les sai­
sons, l’exercice musculaire, l’alimentation, la constitution, le
sexe et le tempérament.
Le deuxième est consacré à la description des thermomètres
construits pour l'usage clinique, à l’indication des conditions
qu’ils doivent remplir, à leurs avantages relatifs, au choix
des parties du corps où il faut les appliquer, à leur mode
d emploi, aux précautions à prendre et enfin aux registres
t hermo-sphygmo-pnéomé triq ues.
Sous le titre de Thermopathologie, le troisième nous fait
connaître la température générale du corps dans la maladie,
la classification des maladies sous le rapport de la chaleur,-les
divers types de température, les périodes que celle-ci présente
dans le cours des maladies et les variations qu’elle peut offrir
suivant les régions du corps.
Le quatrième étudie la température dans la fièvre et dans
les trois périodes d’augment, d’état et de terminaison qui ca­
ractérisent la température pathologique.
Le cinquième traite de la marche générale de la tempéra­
ture dans les maladies et de ses rapports avec les autres
symptômes, avec le pouls, la respiration, les sueurs, les
urines, la nutrition, 1innervation.
Enfin, dans le sixième, qui a pour objet la therniopathogénie, notre distingué confrère examine et critique les diverses
théories tendant à expliquer la température anormale, théories
qu’il analyse successivement, d'après troisgroupes principaux :
théorie des centres nerveux calorifiques, théorie vaso-mo­
trice, théorie humorale.
Dans ce rapide aperçu, nous nous sommes borné à retracer,
en quelque sorte, le cadre du Précis de thermométrie clinique, A
en donner une idée sommaire plutôt qu’un véritable compte­
rendu; un pareil travail se prête difficilement à l’analyse, à
cause de la multiplicité et de l’aridité des détails, toujours fa­
tigants pour le lecteur et nuisibles à l'intérêt même de l’ou­

vrage. Mieux vaut le lire, c’est le conseil que nous n’hésitons
pas à donner, après en avoir signalé l'incontestable valeur.
Livré essentiellement pratique, tout en appréciant haute­
ment les théories de la science, le Précis de M. Alvarenga a
l’avantage de condenser, en un petit nombre de pages, les
connaissances les plus positives et les plus indispensables sur
la thermométrie médicale. A ce point de vue, il constitue uu
véritable munuel, également utile aux médecins, dont il sup­
pléera la mémoire, et aux élèves, dont il guidera les études
en thermopathologie. Toutefois, loin d’être, comme beaucoup
de manuels, un abrégé aride ou une simple compilation, il
résume magistralement 1état actuel de cette branche spéciale
de notre science, l’auteur ayant, d’ailleurs, sur la matière,
toute l’autorité que donne quinze ans de recherches person­
nelles, recueillies soit à l’hôpital, soit dans la pratique privée.
Ajoutons, pour terminer, qu’on retrouve dans le Précis de
thermométrie clinique de M. Alvarenga, comme dans ses autres
ouvrages, les mêmes qualités éminentes qui le distinguent
comme érudit, comme savant, comme clinicien et comme
investigateur infatigable, quand il s’agit d’étendre les limites
de la science.
D' Ch. Isnard (de Marseille).

219

RAPPORT
Au Maire de Marseille et au Préfet des Bouches-du-Rhône.

Un arrêté préfectoral, en date du 27 septembre 1870, créa
l’Ambulance Marseillaise.
La ville de Marseille vota un crédit de 50,000 fr. et des sous­
criptions volontaires portèrent a plus de 100,000 fr. l’actif de cette
œuvre de secours aux blessés.
Sur la réquisition du ministère de la guerre (10 novembre 1870)
la V ambulance fut mise à la disposition du général comman­
dant le 17* corps.

�220

P. H CARD.

Une 2* ambulance accompagna la garde nationale au camp des
Alpines.
Une 3* ambulance sédentaire resta à Marseille et se partagea le
service des blessés évacués et des ambulances locales.
La I” ambulance, dirigée par le Dr Paul Picard, quitta Mar­
seille le 15 novembre. Le personnel était de 38 personnes, 2
omnibus, 2 fourgons, 7,' puis 11 chevaux. « Après un court sé­
jour k Tours et au Mans, nous nous trouvons le 18 devant les
lignes ennemies, à Nogent-le-Rotrou et à la Loupe, où nous soi­
gnons les blessés et les évacués de Dreux et de la forêt de
Sénanches.
« Le 20, à Uriron et à Brou, nous voyons les Prussiens bom­
barder Illiers, et à Bonneval et Montboissier nous soignons les
officiers prussiens, dont l'un, parent de Bismarck, nous donna
une attestation qui nous fut d’une grande utilité par la suite.
« Après avoir passé à Marboué avec le général de Sonis, aux
Goudreaux, avec le colonel de Charrette, nous organisâmes à la
Perrine, dans la salle d’asile, une ambulance complète. Pendant
ce temps, une partie de mon personnel se trouva, avec le général
de Sonis, au combat de Deuvre et resta volontairement à Brou
pour soigner les blessés de ce dernier engagement.
« Une autre partie de l’ambulance séjourna à Châteaudun et
ensuite à Beaugency, où plus de 400 malades furent confiés à nos
soins, et les journaux de la localité se plurent à reconnaître que
le zèle et le dévouement de l’Ambulance Marseillaise méritaient
les plus grands éloges.
« A Marchenoir, à l'ambulance du château de Luynes, on trouve
encore des membres de notre association.
a Nous étions à Sainte-Péravy le jour d* combat d'Arthenay ;
à Patay, l’Ambulance Marseillaise organisa et dirigea l’ambu­
lance de l’école des filles et soigna les blessés des terribles com­
bats de Terminier et de Loigny.Plus de GOOblessés furent pansés
et opérés par nous.
« Pendant le second siège d’Orléans, on nous attacha au Lycée,
et le 4 décembre, vers le soir, nous opérions au faubourg Bannier,
alors que les obus et les bombes pleuvaiont sur cette partie de la
ville.
o Sortis les derniers d’Orléans, les membres de l’Ambulance
Marseillaise suivent le mouvement du général Chanzy, et du 4
au 14 décembre, de Beaugency à Blois, à Mer, à Suèvre, à Ménars

AMBULANCE M ARSEILLAISE.

221

nous soignons les blessés des combats de Joués, Beaugency,
Villarceau et Mer.
®A Ménars, dont le château nous est généreusement offert par
la princesse de Chimay, nous installons un hôpital; choisissant
sur un rayon de 30 kilpmètres les blessés les plus graves, nous
évacuons sur Ménars plus de 380 soldats français et prussiens et
faisant a la l’ois le service à Ménars (village et château), à Courtsur-Loire, â Suèvres et à Mer.
« Lorsqu’après deux mois de séjour volontaire dans les lignes
prussiennes, tous nos blessés furent évacués sur Blois, l’Ambu­
lance Marseillaise obtint l’autorisation de sortir directement des
lignes sans faire le tour par la Suisse. — Au Siège du Mans, le
quartier de cavalerie est confié â notre ambulance, et plus de
1200 blessés ou malades reçoivent nos soins jusqu’au 6 février,
tandis que l’Ambulance Marseillaise venant de Ménars se trouve
à Court-Cheverny, au dernier coup de fusil tiré devant Blois
par les troupes du général Pourcet.
« Nous sommes restés volontairement dans les lignes prus­
siennes en quatre circonstances : â Brou, au Muy, k Ménars et au
Mans. En quatre mois, «nous avons soigné plus de 3,000 blessés et
2,500 malades, et pratiqué les plus graves opérations : désarticula­
tions, amputations, resections, etc.
« J’ai l’honneur, Monsieur le Préfet, de vous adresser le tableau
des blessés soignés sur la rive droite de la Loire. Le nombre des
journées s’élève k 6028, et ce chiffre ne comprend ni les blessés
de Brou, ni ceux de Patay, Beaugency et du Mans. Tout mon
personnel est revenu en bonne santé.
« Partie avec fr. 28,076 15, l’ambulance a dépensé en quatre
mois un peu plus de 17,000 fr. »
Agréez, Monsieur le Préfet, mes respectueuses salutations.
Le Chirurgien en chef do iAmbulance Marseillaise,
Dr Paul P icard .

�222

VARIÉTÉS.

NOS CONFRERES DE PA R IS SOUS L A COMMUNE.

L'ambnlaDce de la Presse.— L’hôpital Lariboisière.— Les internes de l'Hôtel-Dieu.

Au milieu des horreurs sans nombre que la rage commu­
narde a accumulées pendant deux mois sur notre capitale,
nous sentons notre esprit se rafraîchir et notre âme se calmer
à la pensée des nombreux traits de courage accomplis par nos
braves confrères de Paris. L'Union Médicale a consacré
plusieurs articles au récit attachant des péripéties subies par
la plupart de nos établissements hospitaliers (ambulances’et
hospices). Nous ne pouvons résister au désir de reproduire
in extenso deux des épisodes les plus émouvants de Fhorrible
lutte. Ils prouveront à nos lecteurs que notre profession expose
à tous les dangers et sait, au besoin, engendrer tous les
courages.
Au moment où se produisit l’insurrection du 18 mars, les
Ambulances de la Presse considéraient comme terminée leur
œuvre patriotique. Tout ce qui restait de blessés et de malades
dans les divers postes avait été concentré dans les pavillons de
Longchamps, mis à la disposition du comité par l’intendance
militaire. Là, trois cent soixante-deux victimes du siège de
Paris.recevaient encore les soins d’une trentaine de médecins et
d’une centaine de frères de la doctrine chrétienne. Le docteur
Ricord, ce vétéran de la science et du dévouement professionnel,
se reposait à la campagne des glorieuses fatigues du siège. En
son absence, l'infatigable docteur Demarquay dirigeait tous les
services. M. de la Orangerie, chef de l’administration, procédait
à une liquidation régulière. Le 1 avril, comme il revenait de
Versailles, où l’avaient appelé les intérêts de l'œuvre, il fut arreté
a la porte Bineau, conduit à la place et définitivement interné à

VARIÉTÉS.

223

la Roquette, comme otage de la Commune, qui, dans l’ivresse
d’une victoire inespérée, sévissait avec des violences inouïes
contre les réactionnaires. A ce titre, les Ambulances de la Presse
avaient tout à redouter. C'est ce dont pu se convaincre le docteur
Demarquay, lorsqu’il fit courageusement des démarches pour
obtenir l’élargissement de M. de la Grangerie. Le mot de cette
révolution, lui fut-il dit par le terrible Raoul Rigault, délégué à
la préfecture de police, ce sera mort aux prêtres 1... vos princi­
paux instruments sont les ignorantins, et à leur tète, un monsignor
vaniteux et intrigant, complaisant d’Eugénie, un singe de
Gondi botté et enguirlandé....... Docteur Demarquay sortez.......
Vous n’êtes pas en sûreté.
Les choses en étaient là, lorsque M. Cotte, ancien attaché de
légation, qui, pendant le siège, avait activement coopéré à
l’œuvre des Ambulances de la Presse, informé de ces divers
incidents, vint se mettre à la disposition du docteur Demarquay,
et, de concert avec lui, tenta de faire tête à l’orage. Les intérêts
engagés étaient nombreux et de l’ordre le plus élevé : obtenir la
liberté de M. de la Grangerie, préserver près de quatre cents
soldats réguliers, les uns de l’incorporation dans les rangs fédérés,
les autres d’un déplorable abandon, sauvegarder et faire échapper
les malheureux frères auxquels on réservait les travaux des
tranchées, les avant-postes ou les cellules de Mazas, assurer la
sécurité et l’honneur d’un personnel médical convoité pour le
service des bataillons de marche, tel devait être le but multiple
des efforts des négociateurs. M. de la Grangerie fut extrait de la
Roquette par M. Cotte. Menacé le lendemain même de son élar­
gissement par l’odieux Cluseret, il dut se tenir dans une retraite
sûre d’où il parvint à quitter Paris. Le matériel des Ambulances
fut de divers points amené ù Longchamps et échappa tout
entier au pillage exercé sous forme de réquisitions absolument
arbitraires. Les frères purent quitter presque tous Paris
sous divers déguisements. Un certain nombre resta à Longchamps,
à la tête des différents services, grâces aux costumes civils et
aux barbes les plus incultes. Aucun soldat ne fut inquiété. Les
maladies devinrent absoluments rebelles à tous les soins. Les
délégués de la Commune, rôdant autour du bercail n’y firent
aucune victime. Et cependant l’exécuteur des hautes œuvres de
l’endroit, n’était autre que l’escroc, l’incendiaire, le sinistre et
grotesque Napias, la terreur de Passy. Disons cependant en

�224

VARIÉTÉS.

passant que jamais les Ambulances de la Presse n’eurent use
plaindre de ce misérable.
Nous ne pouvons, même sommairement, donner le récit des
phases émouvants à travers lesquelles ces résultats furent obtenus.
Nous les avons suivies a travers toutes les péripéties. Nous avons
pu apprécier les actes multipliés d’énergie et d’audace", de sou­
plesse et de dignité, dont le prix, au milieu d’incessantes
angoisses, a été le maintien absolu de l'autonomie des Ambu­
lances de la Presse. C’était chose émouvante et étrange que de
voir les pavillons de Longchamps, véritable oasis nationale
perdue au milieu des terrains de la Commune, protégés par le
drapeau de Genève et décorés a profusion de drapeaux tricolores,
alors que partout ailleurs le hideux drapeau rouge flottait sui­
tes édifices et s’étalait sur les balcons. Pour quiconque a habité
Paris sous ce régime terrifiant de la Commune, ce fait, en appa­
rence si simple, est la plus éclatante expression du succès obtenu
par les lutteurs, et ce mot de lutteurs n’a rien d’exagéré, car l’un
des deux a dû souvent appuyer sa dialectique d’une exhibition de
révolver. Celui-là était le diplomate en fonction perpétuelle a
qui ses habitudes professionnelles n’interdisaient pas la pratique
de cet ordre d’arguments.
Aux derniers jours de la lutte, Longchamps, enlacé dans un
réseau de barricades, a dû être évacué. Déjà, pour sauver la
maison des Frères de la rue Oudinot, une soixantaine de blessés
y avaient été dirigés, mais un ordre exprès du comité central avait
interdit la prise de possession de cet immeuble,«boîte à calotins»
sur laquelle on avait d’autres vues « pour la défense. » Au mépris
de cette injonction, MM. Demarquay et Cotte installèrent en un
seul jour tous les services et un énorme matériel dans le local
prohibé. Ceci se passait le passait le dimanche 21 mai. Cette
audacieuse irruption amenait le soir même une compagnie du
122* bataillon fédéré, qui prenait possession delà cour principale,
réclamant les derniers frères cachés dans la maison, et surtout
le directeur de l’Ambulance. Par un dernier effort d’énergie, le
détachement fut congédié, celui qui le commandait se retira,
annonçant son retour avec le bataillon ; mais dans cette même
nuit, l’armée entrait dans Paris. Le salut de l’Ambulance était
désormais assuré............................................................................

22*&gt;

VAH LKTKS

L’hôpital Lariboisière, qui n’avait point été éprouve pendant le
siégé, a largement payé sa dette cette fois et a passé une rude se­
maine. Pendant cinq jours, il a été criblé de projectiles. Pendant
tout ce temps, maîtres et élèves y sont restés vaillamment à leur
poste. Dès dimanche, M.Verneuil ne le quittait plus. Mardi matin,
M. Cuscov accourait en traversant au péril de sa vie les lignes des
insurges, qui occupaient encore le quartier qu’il habite, et y pé­
nétrait malgré la fusillade.
Ce même jour, mardi, les balles arrivent dans presque toutes les
.salles, s’aplatissant sur les murs et sur les lits des malades. Plu­
sieurs de ces derniers, sur leur demande, sont installés dans les
caves. Alors s’établit un combat d’artillerie entre les hauteurs de
Montmartre occupées par l’armée, et les Buttes-Chaumont, où les
insurgés avaient établi des batteries. Jusqu’à la fin de la semaine,
les obus sc croisent au-dessus de l’hôpital, et ceux des insurgés,
dirigés sur Montmartre et sur la gare du Nord, pleuvent dans son
enceinte.
Le mercredi, 21, une culasse d’obus entre par une fenêtre de la
salle Saint-Augustin, va ricocher sur le plafond, traverse le rideau
d’un lit, passe devant le malade voisin et vient tomber sur
l’oreiller d’un troisième, sans blesser personne. Quelques heures
plus tard, un obus pénètre dans la salle Saint-Augustin bis,coupe
les pieds de fer de deux lits, passe à quelques centimètres der­
rière l’interne Huchard, et s’arrête dans l’oreiller d’un malade en
faisant voler la plume-, heureusement, il n’éclate pas. Jusqu’au
soir, une grande quantité d’obus tombent daus la cuisine,la linge­
rie, la buanderie, auprès de la salle de garde. Le feu prend à la
buanderie, mais il est éteint rapidement.
Le jeudi, le bombardement de l’hôpital continue. Deux employés
sont tués. Trois infirmiers et quatre infirmières sont blessés plus
ou moins grièvement. Dans la matinée, il y avait une opération à
faire; elle devait être faite dans l'amphithéâtre. Pourquoi a-t-on
changé d’avis? Toujours est-il que l’opération est faite dans la
salle Saint-Louis. Pendant que M. le professeur Verneuil opère,
entouré de ses internes, un éclat d’obus fait irruption dans la
salle; il ne cause pas d’accident ! mais, quelque temps après, un
énorme obus de 21 pénètre dans l’amphithéâtre en démolissant un
vaste pan de muraille, éclate à l’intérieur et brise tout. On frémit
dans tout son être, surtout quand parmi les élèves qui assistaient
l’opérateur on a son fils bien-aimé, en pensant à l’affreux et irré10

�226

VARIÉTÉS.

parablemalheur qui pouvait arriver si,par une vague inspiration,
on ne se fût pas décidé à pratiquer l’opération dans la salle même
où le malade était couché, et non dans ce malheureux amphi­
théâtre.
Mais là ne s’arrêtent pas les ravages. Le vendredi, le laboratoire
est saccagé par de nouveaux projectiles. Plusieurs instruments
d’étude sont réduits en poussière. J ’apprends que les microscopes
avaient été mis à l’abri. Des obus tombent sur les piliers de la
chapelle, dans la buanderie et même dans la baraque des blessés,
où ils contusionnent légèrement deux infirmière. D’autres écla­
tent en grand nombre aux environs de l’hôpital. Le samedi même,
un fragment d’obus pénètre dans l’escalier de la salle SaintJerôme; un obus de 21 éclate entre la salle Saint-Augustin et la
buanderie, et l’un de ses éclats va briser une des fenêtres de la
galerie, devant la salle Sainte-Marthe.
Enfin, le soir de ce même jour,tout danger cesse pour l’hôpital.
Ce que je viens de raconter, je l’ai vu en partie. Pendant la se­
conde moitié de cette néfaste semaine, j ’ai visité chaque matin
les salles de blessés, et j ’ai admiré le sang-froid des chirurgiens
et des élèves de Lariboisière, opérant et faisant les pansements
avec leur calme et leur soin ordinaires, au milieu de tous ces
dangers et de toutes ces émotions.
C’est à l’hôpital Lariboisière que l’étranger Dombrowski est
venu mourir, atteint par une balle qui l’a frappé à l’épigastre
comme il conduisait ses hommes à l’assaut d’une barricade de la
rue de Myrrlia. Apporté presque mourant le mardi à deux heures
de l’apres-midi, il a succombé à quatre heures. Il lui eût été dif­
ficile de prononcer les phrases que plusieurs journaux lui ont
mises à la bouche. Ses seules paroles ont été les suivantes, fai­
blement articulées : « .... Ils disent que je les ai trahis...... »
Que s’est-il passé à l’hôpital Saint-Louis, où les insurges
s’étaient cantonnés? Nous n’avons sur ce point aucune informa­
tion. De nombreux obus ont passé par dessus l’hôpital de la Pitié ;
mais aucun, que nous sachions, n’y est tombé. Necker a été plus
maltraité ; il paraît qu’il a été bombardé comme Lariboisière ; les
détails nous manquent. Tout ce que nous savons de la Charité,
c’est que, mercredi soir, 24, il offrait un spectacle navrant. Les
malheureux habitants du quartier dont les maisons étaient incen­
diées venaient en foule y chercher un asile, et l’on y voyait bien
des scènes de désespoir.
4

VARIÉTÉS.

22:

,Mnis c’est a l’Hôtel-Dieu que 1e. drame a été émouvant. L'Union
Médicale enregistre avec un orgueil bien légitime ce fait, tout à
l’honneur de notre grande famille médicale, à savoir, que si
Notre-Dame a été sauvée de la destruction, la France le doit aux
internes de l’Hôtel-Dieu. Les internes en pharmacie surtout, de
l’avis de tous les témoins de cette terrible scène, qui les ont vu
pénétrer sans hésiter au milieu des flammes pour les éteindre,
ont été admirables. Le récit que je suis heureux de donner ici, je
le dois en partie à M. Hanot, interne de notre digne ami, le doc­
teur Hérard,' médecin de l’Hôtel-Dieu. Je prie les lecteurs de
porter toute leur attention sur le portrait tracé par notre jeune
confrère futur, de l’homme blond qui dirigeait les jeunes incen­
diaires. A coup sûr, ce n ’était point, un Français....
« Dans la nuit de mardi à mercredi, raconte M. Hanot, je
m’étais endormi dans un fauteuil dans la salle de garde.Vers trois
heures du matin, alors que le jour commençait à poindre, je fus
réveillé par des cris qui venaient de la rue ; je me mis à la fenêtre,
et j'aperçus des hommes escortant une voiture chargée de barri­
ques et arrêtés devant la barricade du pont Notre-Dame.
A la voix du chef qui commandait d’aller vite, les barriques
furent mises à terre et roulées à travers une brèche pratiquée à
la barricade jusque sur la place du Parvis.
Je prévins un de mes collègues qui sommeillait aussi dans la
salle, et tous les deux nous descendîmes à la hâte.
Nous trouvâmes à la grille de la porte d'entrée un lieutenant
d’état-major de la garde nationale, homme d'une trentaine d’an­
nées, d’une certaine distinction d’allures et de physionomie, et
qu’on ne saurait mieux peindre qu’en le comparant à ces beaux
gaillards d’officiers allemands à la barbe blonde si soignée, au
teint d’un rose remarquable, au port si raide, si guindé.
Il avait autour de lui une vingtaine de jeunes gens de 14 à 18
ans, couverts de capotes marron qui leur descendaient jusqu’aux
talons, avec des képis trop grands aussi qui leur couvraient
presque les veux, les mains toutes noircies et. armés de ehassepots.
Au nom de la commune, l’officier demandait au concierge, qui
le premier l’avait abordé, une bougie, des vrilles, des seaux, des
balais, une pince de. serrurier.
Le ton était bref, menaçant; les fusils étaient braqués ; il fallait
obéir

�&gt;'X

VARIÉTÉS.

Un des infirmière charge de satisfaire h ccs ordres apprit de
ces hommes qu’ils avaient mission d'incendier Notre-Dame.
Nous nous approchâmes de l'officier pour lui faire remarquer
que mettre le feu à la cathédrale c'était aussi compromettre, sa­
crifier même sûrement la vie de 900 malades ou blessés contenus
dans l'hôpital : L'homme ne répondit que par monosyllabes, réi­
téra ses ordres, nous ordonna de nous éloigner, et tourna les
talons.
Le directeur de l’Hôtel-Dieu était encore le fonctionnaire
nommé par la Commune ; nous le fîmes prévenir. Il descendit
et eut avec l’officier un colloque qui dura une demi-heure envi­
ron. temps pendant lequel les objets demandés avaient été suc­
cessivement remis.
Il revint vers nous et nous apprit que Notre-Dame ne serait
pas immédiatement incendiée, qu'on en référerait au comité de
salut public, auquel on exposerait la situation, et que, s’il était
nécessaire, l’administration serait prévenue à l'avance.
L'officier se retira avec sa troupe.
Quelques instants après, environ cent religieuses se présen­
taient à la grille de l’hôpital, demandant l’hospitalité.
Ces pauvres femmes, toutes tremblantes, fuyaient un couvent
de la rue d’Enfer, qui venait d’ètre incendié. Elles étaient cepen­
dant escortées par quelques fédérés, qui n'eurent rien de plus
pressé que de déclarer avec jactance qu’eux-mêmes avaient al­
lumé l’incendie.
La supérieure apprit qu’on avait dû laisser soit en route, soit
meme dans le couvent, quinze infirmes qui n'avaient pu suivre
le cortège 1
Sur ces entrefaites le jour était venu.
Vers onze heures, un ouvrier qui avait vu sortir de la fumée
de Notre-Dame, vint donner l'éveil à l'Hôtel-Dieu. Un interne en
pharmacie se trouvait là ; il court avertir ses collègues alors à
table. Six de ces jeunes gens, à la fois pleins d’anxiété et d indi­
gnation, s'empressent d'aller trouver le directeur et l’engagent à
fournir des hommes et la pompe île l’Hôtel-Dieu pour éteindre le
commencement d’incendie.
Cette démarche n'ayant pas abouti, ils se rendent eux-mêmes
à Notre-Dame. L'ouvrier qui avait donné l'alarme, leur montre
une petite colonne de fumée qui sortait par une lucarne ; quel­
ques voisins se joignent à eux. Faisant alors appel à l'humanité,

VARIÉTÉS.

2-29

ccs internes représentent qu'il y n à bHôtel-Di eu cent cinquante
malheureux blessés défenseurs de la commune, et qu’ils vontêtre
anéantis par son ordre. Ces quelques mots soulèvent l'indignation
des assistants qui se joignent à la petite troupe.
Le sonneur et le bedeau, malgré les menaces qu’avaient faites
les incendiaires, livrent les clefs. On ouvre alors la porte d’en­
trée de la rue du Cloître-Notre-Dame. La petite troupe, où les
femmes, les jeunes filles, les enfants abondaient, était déjà assez
imposante. Quelques-uns se risquent au milieu de cette atmos­
phère épaisse et. brûlante, chargée de vapeurs de pétrole ; l’obscu­
rité était complète.
Après dix minutes d'anxiété et de recherches pénibles, — car
à chaque instant les plus forts venaient reprendre haleine à l’ex­
térieur,— on allait renoncer à l’entreprise, lorsque survient un
pompier, on le prie de prêter son concours, ce qu'il s’empresse
de faire malgré la défense faite par la commune.
Un brasier est découvert à la hauteur du chœur. On se rend
maître du feu en cet endroit. Les plus aventureux marchent
ensuite sur les débris fumants, et découvrent un autre brasier
à la hauteur du maître-autel. Nouveaux efforts couronnés d’un
nouveau succès.
Pendant ce temps quelques travailleurs cassent les vitres afin
d’amener un peu d’air dans cette fournaise, — ces vitres sont
choisies au milieu des vitraux modernes de peu de valeur.
D'autre part, on force une des grandes portes, et l'atmosphère
devient un peu plus respirable. Un troisième brasier se trouvait
à la hauteuv de la chaire, on en vient about assez facilement;
là, on avait amoncelé des chaises, des pupitres, des balustrades.
Cet immense bûcher allait jusque sous le grand orgue, et se
joignait à un autre dressé autour d'un grand Christ et d’une
statue de la A'ierge, amenés là tout exprès; des papiers étaient
à la base, le pétrole avait manqué sans doute, et le feu devait
atteindre oe bûcher en continuant ses ravages.
Peu à peu, le jour se fait dans la cathédrale, l’air devient respi­
rable; hommes, femmes, enfants déménagent ces chaises, ces
balustrades amoncelées, et les portent sur la place du Parvis,
sans songer à la barricade du pont d’Arcole et sans se laisser
arrêter par les balles qui sont envoyées de la caserne de la Cité.
Ce travail achevé, on put se vendre compte des ravages causés
parle feu ; tous les troues avaient été brisés, les tabernacles, les

�230

SEITX

reliquaires défoncés et pilles, le lutrin de bronze brisé, le grand
lustre crevé et renversé. L’heureuse intervention des internes
avait rendu peu graves les dégâts causés par le feu : les boiseries
du chœur ont été préservées presque complètement, la chaire et
les orgues sont intacts; les livres saints, les chaises, fauteuils,
sont en partie brûlés : les chapelles latérales ne sont pas endom­
magées, mais le sol est souillé en différents endroits.
Le premier sauvetage terminé, on visite l’étage souterrain, les
orgues et les galeries, puis les tours, où se trouve une foret de
charpentes qui remontent à huit cents ans ; son salut est dû à
l’oubli ou à l’ignorance des insurgés.
Pendant ce temps, les fédérés étaient toujours maîtres des
barricades des quais Saint-Michel et Montebello, ainsi que del'île
de la Cité.
On organise cependant une garde pour essayer de conserver
ce qui avait été si heureusement sauvé ; plus de quarante per­
sonnes sc font inscrire; chacun monte la garde à son tour sans
être inquiété. Vers onze heures du soir, enfin, l’île de la Cite
était au pouvoir de l’armée, et la magnifique basilique était
définitivement sauvée, n
(Union Médical».)

NOUVELLES DIVERSES.
Le corps médical de Marseille a perdu récemment un de ses
membres, M. le docteur Aubin, médecin du chemin de fer. Ce
confrère est mort à un âge où l’on a en général un chemin long
encore à parcourir. C’était un homme modeste mais réellement
praticien. Nous nous associons de tout cœur aux regrets qu’a
fait naître cette mort prématurée.
— Les examens pour l’obtention du titre d’officier de santé, de
pharmacien, d'herboriste, et de sage femme de 2“®classe auront
lieu, à l’école de médecine de notre ville, dans le courant de
septembre ou d’octobre. Les candidats devront se faire inscrire au
secrétariat de l’école (Faculté des Sciences), du 5 au 20 août ;
ils seront informés individuellement du jour précis de la
réunion de chaque jury.
— Par arrêté ministériel en date du 9 juin courant, M. Favre
professeur de chimie à la Faculté des Sciences de Marseille, a'
été nommé doyen de la même Faculté en remplacement de
M. Morren, décédé. Les nombreux travaux de M. Favre, la
josition qu’il occupe dans le monde scientifique, expliquent, en
e justifiant, le choix de M. le Ministre. Nous ne pouvons qu’ap­
plaudir à cette nomination.

f

NOUVELLES DIVERSES.

FUS.

231

— La société de médecine de Marseille a repris le 26 mai ses
séances longtemps interrompues par les tristes événements que
nous venons de traverser. Le président, M. le docteur Bertulus,
a prononcé une allocution très applaudie, pleine a la fois du
plus pur patriotisme et du zele le plus désintéressé pour la
science et l ’étude. Le bureau de la société, pour l’année 1871,
est ainsi composé: Président, M. Bertulus; Vice-Président, M. Isnard ; Secrétaire-général, M. Seux fils ; Secrétaire-annuel, M. de
Capdeville; Trésorier, M. Méli; Bibliothécaire-Archiviste, M Dussau.
— M. le docteur Trastour, médecin-adjoint des hôpitaux,
vient d’être nommé médecin du chemin de fer en remplacement
du docteur Aubin, décédé. Nous sommes heureux de ce choix,
qui assure à une administration importante le concours con ­
sciencieux et la science éclairée de l’un de nos jeunes confrères
les plus estimés de tout le corps médical marseillais.
— M. le docteur Pavan (d’Aix) a été nommé récemment
membre de l’Académie de médecine de Belgique. Cette distinc­
tion honore la médecine du Midi dans la personne de l’un des
praticiens les plus recommandables de notre vieille Provence.
— Par suite des événements qui ont arrêté l’enseignement
médical dans les Facultés et les Ecoles situées dans les villes
envahies par l’ennemi, le nombre des élèves a beaucoup aug­
menté a l’école de médecine de Toulouse. Plus de 200 étudiants
suivent les cours du semestre d’été. En présence de l’augmen­
tation et de l’empressement des élèves, les professeurs ont
ouvert des cours complémentaires très utiles pour les étudiants
qui n’ont pu suivre les cours du semestre d’hiver.
— On annonce que tous les emplois de médecins inspecteurs
généraux des Eaux-Thermales de France vont être sous peu
supprimés. Cette suspension serait une des premières économies
que le gouvernement aurait l'intention de faire. Cette idée nous
paraît bonne. Le travail de ces fonctionnaires est en effet peu en
iort avec les appointements oui leur sont attribués. Les
ecins inspecteurs locaux de chaque établissement suffisent
amplement à tous les besoins.
— La reprise des cours des Facultés de Paris, de l’Ecole
supérieure de pharmacie, du Collège de France, du Muséum
d’histoire naturelle, de l’Ecole des langues orientales vivantes,
de l’Ecole des Chartes et de l’Ecole normale supérieure a eu lieu
le 12 de ce mois.
— En raison du nombre toujours décroissant des malades,
l’hôpital des Catalans, installé depuis cinq mois a Marseille, et,
oui avait été spécialement affecté au traitement des officiers et
des sous-ofliciers, a été fermé le 16 mai.
— Cinq médecins de première classe et trois médecins de
deuxième classe ont été appelés a Cherbourg et Lorient pour
assurer le service de santé a bord des vaisseaux destinés a
recevoir des prisonniers insurgés. Ce sont MM. Autric, Castillon,
Rey, Laugier et Monin et MM. Josic, Ceciliano et Bonifanti.
— Paven, le célèbre chimiste, vient de mourir à Paris, des
suites dvune apoplexie, à l’âge de 76 ans.

3

�232

iS E I X F IL S .

Médecine de Strasbourg. Il nous re\ ient d'autre part que Nancy,
la studieuse ville, réclame l’honneur de donner asile h cette
faculté. Espérons que Je gouvernement se décidera en faveur de
la vieille cité des ducs de Lorraine. Notre école d’Alsace aura
ainsi une étape moins longue à parcourir, pour rentrer dans ses
foyers, lorsque Strasbourg sera redevenu ville française.
— MM. Martin et Cauvin, médecins de première classe, ont
quitté Toulon pour prendre passage sur le transport à vapeur
la Bièvre, qui doit les transporter en Islande où ils vont diriger
les ambulances destinées à recevoir les varioleux de la Hotte de
pêche.
— L’épidémie de variole est entrée à Bruxelles dans une période
franchement décroissante. De 35 décès occasionnés par cette
maladie et constatés pendant la semaine du 30 avril au 6 mai. le
chiffre des décès était descendu ù 22, du 7 mai au 13 mai.
— Plusieurs journaux du Midi donnent des nouvelles inquié­
tantes. au point de vue sanitaire, des pèlerins récemment venus
de la Mecque, et notamment de ceux qui composaient la grande
caravane de Damas. Les nouvelles émanant du corps consulaire
de cette ville, et transmises par une dépêche de Beyrouth, du
6 de ce mois, permettent de démentir ces faits. La caravane de
Damas, rentrée en grande cérémonie et au bruit du canon de la
citadelle, n’avait pas un malade. Quant aux pèlerins des autres
localités, il résulte des renseignements officiels que leur état
sanitaire n’a jamais cessé d’être bon et que l’Europe n’a, de ce
côté, aucun danger à redouter.
— Un voyageur arrivé, il y a deux semaines environ, de .SaintPétersbourg, porte les victimes du choléra à 200 par jour. Il y
avait en outre de nombreuses morts occasionnées par le typhus
et la variole.
— La fièvre jaune a fait son apparition a Bahia et Maranhao
dans le Brésil.
— On disait au commencement de ce mois — mais le fait n'a
point été confirmé depuis — que le choléra avait reparu sur
quelques points de la Sicile et de la péninsule italienne.
— En raison de l'épidémie de fièvre jaune qui sévit actuelle­
ment au Rio de la Plata, M. le Ministre àe Pinte rieur du royaume
d'Italie a élevé de cinq jours à sept jours la période d’observation
relative aux bâtiments de patente brute pour fièvre jaune sans
circonstances aggravantes pendant la traversée. M. ie Ministre
a décidé en outre que les marchandises et les effets des passagers
seraient débarqués dans le Lazaret pour y être soumis aux désin­
fections prescrites.
— Ou nous prie d’annoncer qu’une bonne position de médecin
est vacante à la Cadière Var). La commune assurerait de 600 à
1000 francs au médecin qui s’établirait dans cette localité. La
clientèle est nombreuse et s'étend sur un périmètre qui ne com­
prend pas moins de trois communes, entre autres celle de SaintOyr, également dépourvue de médecin (s'adresser pour les rensei­
gnements à M. Bonifuy. pharmacien à 1a Cadière).
Dr Seux Fils.

A. Fadre.

( a n c i e n n e U n i o n M é c lia &amp; le d e l a P r o v e n c e )

S™ A u n é e .— N ° 7 . — 2 0 Ju illet 1 8 7 1 .

QUATRIÈME SÉRIE

D'OBSERVATIONS DE CHIRURGIE USUELLE
Couiptc-rcudu île la clinique chirurgicale île 1 ilôlel-D ieu île Marseille
P en d an t le sem estre d ’été de 1 8 6 9 ,
PAR LE PROFESSEUR SIRUS-PIRONDI.
(Suite.)

HUITIÈME CATÉGORIE.

Lésions et accidents divers.

Je profiterai du titre de cette dernière catégorie pour
mentionner des faits cliniques qui n’ont, pu trouver place
dans les catégories précédentes; et d’abord quelques mots
sur divers états morbides tels que l’érysipèle et la pour­
riture d’hôpital, qui peuvent compliquer les plaies, dans les
hôpitaux surtout, et compromettre les soins chirurgicaux
les mieux combinés.
§ 1. — Pourriture d’hôpital. Cette grave complication des
plaies, à laquelle l’illustre Delpech a consacré un de ses
mémoires classiques, est maintenant rare dans les hôpitaux
de Marseille, et plus rare encore dans le service de la clinique
depuis que nous avons adopte le système de pansements sus-

�234

SIRUS-PIRONDI.

indiqué. Certes, je n’ai pas et je ne puis avoir la bonhomie
de croire que l ’usage d’une burette plutôt que d’une éponge,
ou celui de l’eau phéniquée à la place de tout autre topique,
s’opposera toujours, et avec succès, à la formation et à la pro­
pagation des miasmes ou ferments, qui, à un moment donné
envahissent la plupart des blessés renfermés dans un même
établissement, et parfois même étendent leur action sur des
malades placés en dehors de l'influence nosocomiale directe.
Mais je suis en mesure d’affirmer que si, par suite de causes
variées — et dont quelques unes tiennent sûrement à la
nature même des secrétions de la plaie et à celle des réactions
qui s’opèrent entre l ’air ambiant et le produit de ces secré­
tion — si, dis-je, une plaie vient à se couvrir de cette
couche pultacée, qui est une des formes ( et la plus fréquente )
de la pourriture d’hôpital, on pourra d’abord arrêter l’ex­
tension et la propagatiôn du mal en mettant immédiatement
en œuvre les moyens propres à isoler le malade, à s’opposer
à ce que tout objet servant au pansement de la plaie conta­
minée puisse agir, plus ou moins directement, sur toute
autre lésion encore exempte de pareille complication ; après
quoi, et alors même que la pourriture d’hôpital revêt la
forme ulcéreuse (qui est de beaucoup la plus grave), il est
encore possible d’enrayer les progrès de l’ulcération et de
modifier du tout au tout l’aspect et la nature de la surface
traumatique en employant avec ténacité et sans temps
d’arrêts (toujours dangereux en pareil cas) les moyens sui­
vants, que j ’énumère dans leur ordre de succession :
1* Lavage de la plaie avec la douche d’eau phéniquée ;
2° Passer immédiatement après sur toute sa surface, et plus
particulièrement dans ses anfractuosités, un bourdonnet de
lent ou de charpie vierge fortement imbibé de jus de citron ;
3° Cautériser superficiellement toute la plaie avec un
petit cautère conique et coudé, rougi à blanc ;
4° Recouvrir la plaie avec un linge fénêtré, enduit de
cérat au styrax, faible et modérément phéniqué;
5* Superposer à la compresse fénêtrée un épais plumasseau
de charpie bien imbibé d'alcool; et maintenir le tout par

CLIN IQ U E CHIRURGICALE.

233

un bandage un peu compressif et qu’on doit également et
fréquemment arroser d’alcool.
Tout le pansement est renouvelé deux fois par jour; la
cautérisation, une seule fois dans les 24 heures, et toujours
superficielle, mais complète. Le fer rouge doit en quelque
sorte raser toute la superficie de la plaie.
Je dois à ce modus faciendi quelques notables succès, et
j'ai réussi là où la térébenthine avait complètement échoué,
ainsi que le coaltar et bien d’autres moyens (1) ; on peut du
reste d’autant moins hésiter à l’essai de ce système de pan­
sement appliqué à une plaie atteinte de pourriture d’hôpital,
qu’en cas d’insuccès l’état du malade n’en sera jamais
aggravé.
§ 2. — Après la pourriture d’hôpital, Yérysipèle trauma­
tique est une des complications accidentelles des plaies que le
chirurgien doit le plus redouter. Il n’y a pas lieu de discuter,
au point de vue purement clinique, si l’érysipèle de cause
interne est ordinairement limité à l’inflammation de la peau,
taudis que l’angioleucite ou l’inflammation des vaisseauxlymphatiques, précède celle du tégument et prédomine dans
l’érysipèle de cause traumatique ; Blandin professait, eu
effet, que l’érysipèle est une maladie complexe et d’autant
plus grave qu’elle se compose de deux éléments ; l’inflam­
mation de la peau et celle des vaisseaux lymphatiques; et
Billroth définit l’érysipèle traumatique : une lymphangite
capillaire du derme due à l'infect ion.— Que les deux éléments
morbides se trouvent souvent réunis dans l’érysipèle complicant une plaie, cela nous parait incontestable d’après ce
que l'on observe journellement. Mais ce qu’il y a de non
moins certain et d’essentiel à noter, c’est que l’apparition de
l'érysipèle, fut-il des plus légers, compromet .constamment
la réunion immédiate et retarde toujours la cicatrisation
(1) Je n’ai pas encore eu l’occasion d’employer la poudre de camphre, qui,
d’après les communications faites à l’Académie des Sciences par M. A. Netter, aurait donné, dans ces derniers temps, des résultats inespérés.

�236

SIRÜS-PIRONDI.

d’une plaie, lorsqu'il ne détruit pas les adhérences cicatri­
cielles déjà obtenues. Il peut être suivi de complications plus
graves encore; ainsi, j'ai vu des érysipèles, en s’étendant en
surface et en profondeur, transformer des suppurations
superficielles, très limitées, enphlégmons diffus; d’autrefois,
des symptômes cérébraux graves, des atteintes de pleurésie
ou de péritonite, être la conséquence d’une complication
érysipélateuse sur uneplaiedela tête, du thorax ou de l'ab­
domen n’ayant absolument intéressé que l’épaisseur des
tégumens.
On 11e saurait donc trop soigneusement soustraire les
blessés à toutes les causes qui, directement ou indirectement,
peuvent attirer sur la lésion traumatique une pareille com­
plication. Parmi ces causes, il en est, dites internes, contre
lesquelles la volonté du médecin 11e peut pas grand chose;
elles sont indépendantes de nos conseils comme de nos pré­
visions ; mais il 11’en est pas de même pour les causes externes
et les soins qn’on apporte dans l’exécution des pansements,
dans leur renouvellement, dans le choix des topiques et
des moyens contentifs, dans l’art, en un mot, de soustraire la
peau à tous les excitants physiques ou chimiques, ont une
très grande influence sur la production de l’érysipèle.
Tous les chirurgiens ont cependant rencontré des indivi­
dualités chez lesquelles la prédisposition à l’érysipèle est
telle, que la plus légère égratignurc suffit à la provoquer,
quelle que soit la région soumise à cette épreuve. J’ai connu
un commerçant espagnol, âgé de 45 ans, doué d’une consti­
tution athlétique, et qui avait la singulière habitude, depuis
une dizaine d’années, de se faire saigner deux fois par an;
que la saignée fut pratiquée au bras ou à la main, un érysi­
pèle apparaissait au bout de 24 heures, occupait une étendue
plus ou moins considérable, et le malade en avait pour huit
joursavant d'en être complètement débarrassé. Averti du fait,
je voulus pratiquer la saignée à une des saphènes : l’érysipèle
apparut avec sa régularité ordinaire autour de la cheville et
envahit successivement toute la jambe jusqu’au genou.
Les chirurgiens chargés d’un service nosocomial ont pu

CLINIQUE CHIRURGICALE.

237

également constater qu’à certaines époques les érysipèles
se produisent en très grand nombre et régnent pour ainsi
dire épidémiquement dans une salle, si ce n’est dans tous
les services d’un hôpital. Faut-il attribuer cette regrettable
extension de l’érysipèle à Tinfluence de ces constitutions
médicales particulières, auxquelles on doit, dans les hôpitaux,
ce que l’on nomme vulgairement les bonnes et les mauvaises
séries? Ou y aurait-il lieu de considérer l’érysipèle comme
susceptible de transmission d’un blessé à un autre, par suite
de contagion directe ou indirecte? Cette dernière opinion
n’a jamais trouvé beaucoup de partisans en France; cepen­
dant elle a fait son entrée solennelle à l’Académie de méde­
cine (1) à propos d’un mémoire de M. Blin (de Saint Quentin)
et quelques faits intéressants, bien observés, semblent l’ap­
puyer fortement, du moins dans quelques cas particuliers
si ce n’est exceptionnels. Somme toute, la transmission de
l’érysipèle par un contaf/ium quelconque constitue une ques­
tion qui ne me parait pas susceptible d’une solution définitive
et sans répliqué, dans l’état actuel de la science.
Je n’éprouverai pas la même hésitation par rapport au
traitement local qu’il s’agit d’opposer à l'invasion de l’éry­
sipèle traumatique, et je recommanderai la cautérisation
'ponctuée comme le remède abortif le plus efficace auquel on
puisse recourir, surtout dans les cas graves. Lorsque l’érvsipèle est superficiel (erratique ou fixe), les applications
locales les plus inoffensives — une couche de farine par
exemple ou un badigeonnage d’huile recouvert ensuite de
ouate — suffisent pour diminuer la cuisson et la tension de la
région atteinte, ainsi que le redoublement de douleur res­
sentie sous Finfiuence du contact direct de l’air ; mais quand
il s’agit d’un érysipèle étendant son action dans la profoudeur
des tissus, compliquant, en un mot. ou précédant une inflam-

(1) Séance du 20 juin 1865. Yoy. Rapport de M. (Josselin sur un Mémoire
de M. Blin (de Saint-Quentin), concernant la contagion de l’érysipèle ; au
nom d’une commission composée de MM. Malgaigne, Jolly et Gosselin,
rapporteur.

�SIRUS-PIRONDI.

CLIN IQ U E CHIRURGICALE.

mation diffuse, rien ne limite mieux cette inflammation, rien
n’arrête plus promptement et plus sûrement les ravages du
phlegmon que l’application du cautère actuel pratiquée
d’après le procédé de Sedillot. II y â déjà hien des années que
j ’applique ce procédé sur une assez large échelle, et les
résultats obtenus ont souvent, étonné les personnes qui obser­
vaient pour la première fois les effets de la cautérisation
ponctuée, aidée ou non par l’usage modéré des émétiques ou
des toniques, selon la constitution et le tempérament des
individus atteints d’érysipèle.

faits de ce genre sont rares, le praticien ne s’attend guère à
en trouver de nouveaux exemples, et ne serait-ce que pour
éviter à d’autres l’erreur que j ’ai tout d’abord commise moimême, je crois devoir consigner ici les trois observations re­
cueillies à l’Hôtel-Dieu, les deux premières en 1865 et la troi­
sième en 1869.

238

§ 3. — Dragonneau.— Parmi les accidents ou faits patholo­
giques rarement observés dans nos contrées, il faut citer ce
singulier entozoaire nommé dragonneau, ou, mieux encore,
filaire de Médine (1), sur lequel on a débité bon nombre de
fables, mais dont on a aussi — et bien à tort— nié pendant
longtemps l'existence. On a, en effet, de la peine à com­
prendre que malgré les curieuses recherches de Bremser,
connues en France depuis 1823 (2), quelques chirurgiens, fort
distingués d’ailleurs, aient pu croire et publier que ce qu’on
prenait pour un helminthe n'était qu’une strie fibrineuse
formée par le sang arrêté dans les veines variqueuses ; ou bien
un simple fragment du tissu cellulaire mortifié.
Cependant, les faits successivement recueillis en France par
Maisonneuve (1844), par Malgaigne et Vautrin (1854), par
Benoit (3) et Thibaut (1858), et par d’autres encore, n ’ont plus
permis de mettre en doute l’existence de ce parasite du tissu
cellulaire, et la plupart des récents Traités de pathologie ex­
terne en font une mention spéciale. Mais, encore une fois, les
(1) Cette seconde dénomination est préférabJe à Ja première, vu que Je
nom de dragonneau a été donné également à un autre helminthe de la famille
des nématoïdes, mais appartenant au genre gordius.
(2) Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'homme,
par Bremser. Traduit de l’allemand par le Dr Grundler, revu et annoté par
M. de Blainville. Voyez article Dragonneau , page 198.
(3) Du Dragonneau ou filaire de Médine. Mémoire du profess. Benoit.
Montpellier Médical, 1859, page 518.

m

Observations. — Deux jeunes négresses, amenées de la côte
orientale d’Afrique, et reçues d’abord dans un établissement
de charité, sont envoyées à l’Hôtel-Dieu pour y être soignées
d’une éruption pustuleuse existant, chez toutes les deux, à la
jambe gauche, et s’étendant de la malléole externe à la région
poplitée. La plupart de ces pustules sont petites et plates; il
en est cependant quelques-unes qui offrent l’aspect de furon­
cles assez avancés. Les jambes sont œdématiées ; les petites
malades y accusent de vives douleurs pour peu qu’on y ap­
puie les doigts, surtout au-dessus et en arrière de la malléole
externe où se trouvent les pustules furonculeuses (trois chez
la plus jeune et deux chez la plus âgée) ; pas de fièvre du
reste, mais manque d’appétit et peu de sommeil. Ces pauvres
enfants ne comprennent guère le français, le parlent moins
encore, et ne peuvent fournir aucun renseignement sur les
circonstances qui ont précédé l ’éruption, ni sur l’époque
exacte de son apparition. 11 est cependant un fait qui aurait
dû fixer davantage notre attention, c’est que l’éruption n’oc­
cupait qu’une seule jambe, ne s’étendait pas au-delà du
genou, et qu’il n’y avait pas une seule pustule sur tout le
reste de la surface tégumentaire. Quoi qu’il en soit, le repos,
de légers laxatifs et des applications émollientes n’amènent
aucune amélioration ; mais, chez la plus jeune malade, deux
furoncles — les plus rapprochés de la cheville — laissent
bientôt suinter un peu de sérosité sanguinolente au-dessous
de laquelle j ’aperçois une pointe blanchâtre ayant l’appa­
rence d’un bourbillon. Saisissant cette pointe avec des pinces,
j ’attire au-dehors deux centimètres environ d’un corps mince
et fibreux que je prends, en effet, pour un fragment de tissu
cellulaire mortifié ; arrêté cependant par une assez forte ré­

�uo

SIRUS-PIRONDI.

sistance. je ne puis l’enlever en entier et je le coupe avec des
ciseaux, ras de la peau, comptant sur la suppuration pour
expulser le reste. Je ne fis nulle attention, je l’avoue, à la na­
ture de l’écoulement, qui dut avoir lieu après l’excision, et
j 'appris le surlendemain que la malade avait elle-même arra­
ché le bout de la petite mèche restée dans le furoncle. A ce
moment, toutefois, mon attention est attirée vers le second
furoncle, placé à quatre travers de doigts au-dessus du pre­
mier et au milieu duquel on voyait poindre une nouvelle
saillie blanchâtre, dépassant de quelques milimètres un petit
pertuis central. Je la saisis immédiatement avec les pinces et
j ’attire facilement en dehors près de quatre centimètres d’un
corps fibreux, mince, cylindrique, ressemblant à un petit
tendon ; mais arrêté de nouveau par la même résistance, pré­
cédemment signalée, je ne me hâte pas de couper ce filament,
je l’examine de plus près et j ’en constate la nature parasi­
taire; fixant alors le bout, déjà sorti, entre deux petits bois
d’allumettes, je l’enroulai, sans le tirailler, et. je priai l’in­
terne attaché au service de la clinique (1) de tourner, deux ou
trois fois par jour, ce petit appareil sur son axe, jusqu'à ré­
sistance marquée, en le protégeant ensuite, par quelques
tours de bande, contre les mains de la petite malade. Le dra­
gonneau fut extrait tout entier, 52 heures après la première
tentative, il mesurait un peu plus de 11 centimètres, et la
cicatrisation fut aussi promptement obtenue sur le premier
que sur le second foyer parasitaire, quoique dans le premier
cas on eut excisé une portion du filaire. On n’ignore pas, sans
doute, que les auteurs signalent des accidents graves comme
suite presque inévitable de la déchirure du dragonneau, la­
quelle déchirure permet au liquide renfermé dans le corps de
l’helminthe de se répandre dans la plaie ; faut-il attribuer
l’absence de tout accident, chez notre malade, à ce que le
filaire n’a pas été déchiré dans la plaie mais coupé hors de la
(1) Aujourd'hui notre excellent confrère, M. le Dr Guichard deChoisily, à
l’obligeance duquel je dois les principaux détails de cette observation qu’il
a conservée parmi ses notes d’internat,

CLIN IQ U E CHIRURGICALE.

241

plaie? Cela se peut, mais je ne l’affirmerai pas.Toujours est-il
que, d’après ce qui précède, il ne pouvait y avoir de difficulté
pour diagnostiquer, sur la jambe de la seconde négresse, une
maladie parasitaire de la même nature que celle observée
chez sa compagne. Et, en effet, nous pûmes extraire, par le
même mécanisme, un nouveau dragonneau de la longueur de
10 centimètres. Mais il y eût ici une circonstance particulière
à noter : des deux furoncles qui avoisinaient la malléole, trèsrapprochés l’nn de l’autre, le second s'affaissa immédiatement
dès que le premier fut débarrassé de son hôte ; on aurait dit
que les deux bouts du ver avaient cherché à se frayer une
issue différente.
Quant aux autres pustules, je ne puis dire si elles se sont
transformées plus tard en d’autres furoncles habités , car on
s’est hâté d'amener ces deux filles de l’Hôtel-Dieu à cause
de l’épidémie cholérique qui, à pareille époque, sévissait
dans nos salles.
Observation.—Le troisième cas de dragonneau a été observé,
vers la fin d’août de ce semestre (1869), sur un matelot âgé
de 26 ans et qui a passé plus d’un an au Sénégal sans y éprou­
ver la moindre indisposition, quoiqu’il ait travaillé, dit-il,
pendant quelques semaines dans le voisinage d'un marais. Cet
homme a quitté le Sénégal depuis six mois, et s’est vu forcé,
dès son retour à Marseille, de renoncer à se rembarquer par
suite de démangeaisons atroces qu’il éprouve à la jambe gau­
che depuis son départ de la côte d’Afrique ; ces déman­
geaisons sont fréquemment accompagnées de crampes, et
d’une violence *felle, qu’il n’ose plus s’aventurer au haut des
vergues.
La jambe gauche est atteinte d une éruption eczémateuse
avec pustules disséminées, particulièrement nombreuses à la
face postérieure du membre. Une de ces pustules, placée au
centre du muscle jumeau, forme le sommet d’un énorme fu­
roncle à base oblongue ; mais on ne trouve ici aucun des
caractères objectifs de l’anthraxoïde ; et d’ailleurs les rensei­
gnements fournis par le malade, et dont nous venons de

�342

OVARIOTOMIE.

SIRUS-PIRONDI.

rappeler les principaux, ne permettent pas au diagnostic de
faire fausse route. Effectivement, après avoir excité la région
du mollet par des cataplasmes très-chauds, précédés de fric­
tions avec l’alcool camphré, on voit bientôt apparaître la
petite pointe blanche simulant, comme d’habitude, nu mince
fragment de tissu cellulaire. De légères tractions en amènent
dehors, du premier coup, trois centimètres que je fixe et j ’en­
roule entre deux petites allumettes en bois (1).
Matin et soir, et plus souvent même, on tâche de donner
quelques tours au petit appareil, jusqu’à résistance trop forte,
et en trois jours nous obtenons Textraction complète d’un
dragonneau mesurant 14 centimètres.
Nous avons gardé le malade pendant près d’un mois encore
à l’Hôtel-Dieu ; mais, dès la sortie de l'helminthe, tous les
symptômes morbides sous-mentionnés ont complètement
disparu (2).

OVARIOTOMIE.
DEUX NOUVELLES OBSERVATIONS
P a r l e D* C h , I S N A R D ( d e M a r s e i l l e ) .

Kyste

multiloculaire volumineux de l ' ovalre gauche.— Adhé ­

rences

VISCÉRALES ET PARIÉTALES GÉNÉRALISÉES TRÈS-GRAVES.

— Soudure
(1) Il semble assez indifférent de serrer le filaire dans un petit morceau de
bois fendu ou de le maintenir entre deux petits bois d'allumettes bien arron­
dis. Ce dernier système nous parait cependant préférable, d’abord parce
qu’on peut mieux graduer le degré de striction, et ensuite parce qu'il permet
d’enrouler facilement le filaire sans risquer de le couper.
(1) L’examen des deux derniers filaires (le premier fut égaré) ayant été
successivement confié à M. le Dr Reynès, actuellement directeur du
Muséum d’histoire naturelle, voici le résumé des deux notes rédigées par
notre savant confrère : « Longueur du premier filaire : 106 millimètres,
longueur du second : 143 ; corps cylindrique, d’un blanc jaunâtre, effilé aux
deux extrémités et un peu plus gros (le second surtout) que ne le sont les
vers de celte espèce; le canal intestinal est complet, c'est-à-dire pourvu
d'une bouche et d’un anus; tous les deux appartiennent au sexe féminin ,
l’orifice du vagin se trouve très-rapprocbé de la boucjÿ. En opérant une
section sur ces nématoïdes on a obtenu un produit qu’oiHiurait pu prendre
d’abord pour des œufs, mais en l’examinant au microscope on a pu recon­
naître, dans chacun de ces corpuscules, un petit animal vivant, un jeune
filaire. Cette circonstance explique comment on a dû multiplier fatalement
les sources de la douleur éprouvée par les malades lorsque, par des tractions
intempestives, on a rompu le filaire au milieu du tissu cellulaire qui l’enve­
loppe, si ce filaire se trouvait être une femelle. »
(3) Revue Thérapeutique du Midi, tome V, p. 293, 1833: et Première série
d'observations, etc., 1865, p. 19.

( La fin au prochain numéro.)

243

ph ié . —

avec l ’ovaire droit considérablement hypertro ­

T rès - large

de l ’utérus .

implantation de la tumeur sur le fond

— Extirpation

ments in co ercibles ; mort . —

des deux ovaires .

— Vomisse­

R emarques.

M“* R........ 39 ans; santé antérieure bonne; a eu trois enfants
dont l’aînée, âgée de 15 ans, est seule survivante; n’a pu sup­
porter que le premier allaitement ; grossesses et suites de
couches heureuses ; menstruation toujours régulière, sauf de
1863 à 1866; pendant cette période, métrorrhagies, leucorrhée
et anémie, complètement disparues ensuite.
Le développement du ventre remonte au commencement de
1866. Au débuts douleurs très-vives à droite, ayant une durée
de trente jours environ.
Cinq ponctions ont été pratiquées : deux en juillet et octobre
1867, deux autres simultanément en mai 1868 et la cinquième
au mois d’octobre suivant. Les deux premières donnèrent cha­
cune six ou huit litres de sérosité claire, la troisième ne laissa
échapper que des débris de matière gélatineuse très épaisse, les
deux dernières fournirent douze ou quinze litres de liquide
visqueux et filant. Chaque fois — et ceci doit être noté — la
tumeur ne put se vider que très incomplètement. A cette période,

�i

2U

ISNARD.

se rattachent les traitements suivants : eau de Vichy, quin­
quina, diurétiques, purgatifs, pommade résolutive et une cein­
ture hypogastrique, portée pendant longtemps. Leur insuccès
aboutit définitivement à l’expectation.
Je vois la malade pour la première fois le 22 mai 1871. A cette
époque, le ventre tendu, élastique, sans bosselures, prodigieu­
sement développé, retombe au devant des cuisses, jusqu’aux
genoux, et rend la marche impossible. Il mesure 1 mètre 50 cen­
timètres de circonférence et 90 centimètres de hauteur, dont
48 de l'appendice xyphoïde h l’ombilic et 42 de ce dernier point
au pubis. La fluctuation est manifeste partout, mais le frémis­
sement ondulatoire, çà et là obscur et interrompu, révèle l’exis­
tence de plusieurs loges dans le kyste. Matité partout, sauf en
haut, à gauche et en arrière, dans l'hypochondre et la région lom­
baire, où l’intestin se trouve refoulé. Du rebord costal gauche
se dirige, en bas, une anse intestinale reconnaissable k la sono­
rité et parfois au gargouillement ; sa fixité et sa proéminence
démontrent son adhérence à la tumeur. Pas de douleur, soit en
pressant ou attirant le ventre en divers sens, soit pendant
letat de plénitude ou de vacuité de l’estomac et de la vessie.
Par le toucher vaginal, on sent le col central, très-élevé, immo­
bile, un peu en antéversion : cette disposition indique-t-elle des
adhérences pelviennes, ou bien résulte-t-elle de la traction
exercée sur le fond de l’utérus par la tumeur retombant en
avant des cuisses ? Pas de leucorrhée. Menstruation normale;
les règles viennent de cesser.
Cachexie ovarienne, amaigrissement marqué, toutefois les
forces sont encore assez bien conservées; appétit; digestions régu­
lières; constipation opiniâtre; pas de ténesme anal ou vésical.
Sommeil léger; pouls mou à 90; dyspnée due a la compression
du thorax; pas d’afiection organique des poumons ou du cœur.
Œdème aux membres inférieurs et à l’hypogastre.
Moral excellent. Femme intelligente et résolue, parfaitement
et depuis longtemps éclairée sur sa situation, la jugeant avec
sang-froid, fatiguée de souffrir, désespérée, M“ R........ demande
instamment à être opérée, décidée à tout risquer pour guérir.
Je reconnus facilement un kyste multiloculaire de 1 ovaire
ayant une poche prédominante et pour complication une adhé­
rence intestinale. Mais le volume et la tension du ventre m’em­

pêchèrent de porter un diagnostic plus complet. Toutefois le

OVARIOTOMIE.

245

développement même et l'ancienneté de la tumeur rendaient
très probable l'existence de nombreuses adhérences et d’un
large pédicule.
Que faire ? L’expectation conduisait a une mort prochaine;
la ponction, l’injection et l'incision avec la canule a demeure
étaient ici impraticables ; l’ovariotomie s’offrait comme der­
nière ressource de la science, comme unique chance de guérison.
Je me décidai pour elle, mais sans me dissimuler et sans cacher
ii personne, ni son intervention tardive, ni ses complications, ni
ses difficultés, ni ses périls. Je fus encouragé dans ma déter­
mination par l'insistance et l’énergie de la malade, par l’état
encore assez satisfaisant de ses forces, par l’assentiment de plu­
sieurs estimables confrères appelés à donner leur avis.
L’opération fut pratiquée le 30 mai a 9 heures du matin,
au Prado, 38, dans l’établissement du docteur Armieux. Etaient
présente : MM. les docteurs Savournin, Roux, Chaspoul, Liautaud, Beuf, Amalbert et Armieux.
La malade entourée de flanelles et préalablement chloroformée,
incision médiane de vingt centimètres, allant du pubis vers
l’ombilic. La paroi abdominale dure, hypertrophiée, ayant de
deux a trois centimètres d'épaisseur, est divisée couche par
couche, d’abord rapidement, puis, en m’approchant du kyste,
avec précautions sur la sonde cannelée. Plusieurs petits vaisseaux
intéressés sont comprimés avec de fortes pinces hémostatiques,
laissées en place.
Dès ce premier temps de l’opération, je constate que les bords
de l’incision sont intimément soudés au kyste, de manière a ne
permettre nulle part d’engager le doigt entre ce dernier et le
péritoine.
Je plonge le gros trocart de Nélaton dans la tumeur, j ’arrive
dans une première poche, puis dans une seconde, et chaque fois,
je retire à peine trois ou quatre litres de sérosité. Introduisant
ensuite le doigt dans l’une des ouvertures faites avec l’instru­
ment, je déchire les cloisons de nouvelles loges, mais sans grand
résultat, ces diverses manœuvres n’ayant donné en tout qu’une
dizaine de litres de liquide et n’ayant pas sensiblement diminué
le volume du ventre. Je me décide alors a engager la main dans
le kyste, de manière à explorer ses parties centrales et a trouver
un moyen plus prompt, plus efficace d’évacuation ou de réduc­
tion. Apres avoir détruit une masse de tissus aréolaires, je par-

�i 46

ISNARD.

viens dans une énorme poche, d’où jaillit un immense flot de
liquide, bientôt suivi de l'affaissement de l’abdomen. Deux ou
trois autres loges, gênantes parleur dimensions, sont également
vidées ; elles contenaient de la sérosité purulente et une matière
gélatineuse très épaisse.
En ce moment, une syncope avec pâleur, refroidissement,
petitesse et irrégularité du pouls, m'obligea de m’occuper de
l’opérée qui, d'ailleurs, ne tarda pas à se ranimer, sous l’effet
d’excitations diverses et, en particulier, de mon doigt porté coup
sur coup au fond de la gorge.
Le kyste suffisamment réduit, j ’introduis de nouveau la main
dans ses profondeurs, afin de préciser ses rapports et de recon­
naître ses adhérences. En voulant l’attirer en divers sens par sa
paroi interne, je constatai qu’il était solidement fixé partout son
hémisphère antérieur et par tout son segment inférieur, et que,
sauf en arrière, il était soude et comme enchâssé au milieu de la
cavité abdominale.
En face de complications aussi graves, fallait-il laisser l’ope­
ration inachevée ou la continuer ? Considérant le volume et la
multiplicité des kystes, le traumatisme étendu que j ’avais dû
leur faire subir; prévoyant une mort prompte et certaine pour
la malade, si je l’abandonnais à elle-même en employant l’un
des deux procédés usités en pareil cas, soit l’occlusion complète
de la plaie, soit son occlusion incomplète avec sonde à demeure
et injections ; persuadé que la seule chance de salut pour elle
résidait dans la continuation de l’opération; me rappelant que le
sang-froid et la persévérance du chirurgien étaient venus à bout
d’entreprises non moins laborieuses, je me décidai à continuer.
J'attaquai donc les adhérences abdominales» tantôt à droite,
tantôt à gauche. Partout elles étaient très résistantes et cédaient
avec peine. Après les avoir séparées dans une certaine étendue,
je fus obligé, pour faciliter la manœuvre, de prolonger l’incision
extérieure de douze centimètres vers l’ombilic. Chaque écoule­
ment sanguin un peu important était aussitôt arrêté au moyen
de pinces à pression continue que je laissais successivement
sur mon passage, afin de ne pas perdre de temps. En approchant
des viscères, j ’agis avec plus de précautions. Quelques adhéren­
ces épiploïques, assez lâches, furent détachées avec les doigts.
Sous l’hypochondre gauche, ainsi que je l’avais reconnu aupa­
ravant, se trouvait une anse du colon, longue de vingt centi-

OVARIOTOMIE.

247

êtres environ, unie au kyste par des brides et une sorte de
bandelette fibreuse très serrée. Je détruisis toutes ces adhérences
avec les doigts, la sonde cannelée, les pinces et, au besoin,
les ciseaux, dont l’action était toujours portée entre deux liga­
tures ou deux pinces hémostatiques. Malgré l’emploi aussi
fréquent que possible de ces précieux instruments, je dus,
pour prévenir toute hémorrhagie, appliquer, sur des vaisseaux
d’un certain calibre, trois ligatures que j ’abandonnai dans le
ventre, après en avoir coupé les chefs au ras du nœud.
Cependant, les difficultés que je venais de surmonter étaient
loin d’égaler celles que j'allais rencontrer. Des attaches bien au­
trement importantes fixaient le segment inférieur de la tumeur
au bassin, partout, sauf en arrière. Les adhérences pubiennes et
vésicales furent déchirées assez facilement avec les doigts. Il n’en
fut pas de même latéralement. A droite, j ’eus à couper, entre
deux ligatures, une bandelette longue et épaisse formée aux dé­
pens du ligament large hypertrophié ; je la sectionnai très-près
du kyste, afin de pouvoir l’attirer au-dehors avec le fil.A gauche,
je rencontrai des adhérences non moins épaisses et vasculaires,
mais beaucoup plus courtes ; ne pouvant les attirer extérieure­
ment et ne voulant pas multiplier le nombre des ligatures per­
dues, je les écrasai avec un clamp spécial en forme de tenailles
incisives et je les cautérisai ensuite avec le fer rouge, en ayant
soin de protéger les parties saines au moyen d’une lame de carton
mouillé.
Le kyste ainsi isolé, au lieu d'un simple pédicule, je trouvai
une base d’implantation très large et très courte, étendue d’un
ovaire k l’autre, adhérente a tout le fond de l’utérus hypertrophié,
jusqu’à la vessie elle-même, et laissant libre seulement, en ar­
rière, le cul-de-sac utéro-rectal. Bien que la tumeur provint es­
sentiellement de l’ovaire gauche, la trompe et surtout l’ovaire
droits, excessivement hypertrophiés, faisaient corps avec la paroi
kystique et allaient se continuer en bas avec le pédicule, pour
en augmenter encore les dimensions.
Quoiqu’ayant à ma disposition un clamp d’une grande ampli­
tude, il m’était évidemment impossible, avec un pareil instru­
ment, d’embrasser une masse aussi considérable. Une autre
difficulté provenait de la brièveté même de celle-ci. Pour la sec­
tionner, je fus d’abord tenté d’employer le procédé du morcelle­
ment, conseillé en pareil cas par M. Péan, c’est-à-dire de l’écraser

�248

1SNARD.

linéairement par portion avec mon clamp spécial, do la cautériser
ensuite et de l'abandonner dans la cavité pelvienne. Mais, en
examinant mieux le pédicule, je fus bientôt assuré que l'instru­
ment, que j'avais fait construire en prévision d’une telle éven­
tualité, d'après les indications de cet habile chirurgien, serait
incapable de saisir la portion cylindrique, volumineuse, fibrocartilagineuse et extrêmement dure, composant, pour ainsi dire,
la charpente des tissus à diviser. Ayant alors déterminé avec
plus de précision la structure de ces derniers, je les trouvai
constitués par deux énormes faisceaux, unis au moyen d’une
substance moins épaisse : l’un gauche, principalement formé de
gros vaisseaux, l’autre droit, contenant, avec des vaisseaux sem­
blables, la partie dure dont je viens de parler ; estimant en outre
que, malgré sa brièveté, la ruasse pédonculaire pourrait être
attirée jusqu’à la plaie extérieure, grâce à l'exubérante laxité de
la paroi abdominale, à des tractions convenablement exercées sur
la matrice et à l’élévation naturelle de cet organe, opérée par le
poids de la tumeur retombant depuis longtemps devant les
cuisses; pour toutes ces raisons, rapidement jugées, je procédai
ainsi :
Le corps de la tumeur attiré hors du ventre et soulevé par des
aides, j'engageai, avec une très longue aiguille suffisamment
recourbée, une double ficelle entre les deux faisceaux du pédi­
cule et je les étreignis, chacun séparément, dans une ligature, en
ayant soin de comprendre un kyste extra-ovarien développé à côté.
Je coupai avec de forts ciseaux la portion gauche, au-dessus de sa
ligature, et je l’attirai vers la plaie abdominale. Je pus alors sai­
sir, dans mon large clamp, la portion droite,également au-dessus
de sa ligature. Mais sentant que cet instrument ne me donnait
pas assez de sécurité, tant était épaisse et résistante la masse
étranglée, je voulus essayer de la diviser au-dessus, avec l’écraseur de Chassaignac. Là encore je fus arrêté par la dureté des
tissus. Ne pouvant en opérer la section, obligé de suspendre mes
efforts sous peine de casser la chaîne de l’instrument, je pris le
parti de laisser celui-ci provisoirement en place et de m’en servir
comme d'un lien constricteur supplémentaire. Puis, je coupai audessus de lui, avec un fort bistouri, cette seconde portion du pé­
dicule, et j ’en badigeonnai le moignon avec du perchlorure de
fer, après avoir amené au-dehors le kyste et l’ovaire droit com­
plètement soudés ensemble. Loin d’être superflues, toutes ces

OVARIOTOMIE.

249

mesures étaient rendues nécessaires par la structure de la base
d’implantation, dont le volume et la consistance cartilagineuse
insolite, en paralysant la puissance des instruments, pouvaient
exposer à de redoutables hémorrhagies.
Malgré une dissection aussi étendue et aussi pénible, grâce
h de rigoureuses précautions, la malade, . dont il importait
de ménager les forces, n’avait pas perdu de sang, si ce n’est
une quantité tout-à-fait insignifiante, due soit au faible suinfeinent des surfaces, soit à la déchirure des cloisons intra­
kystiques, exécutée avec mes doigts, lors de l’évacuation de la
tumeur.
La toilette du péritoine fut faite avec le plus grand soin. J’enlevâi minutieusement, outre les pinces, toute trace de sang, de
liquide, de débris kystiques, tout corps étranger qui souillait la
cavité péritonéale; plusieurs fois je passai des éponges^ur chacun
de ses replis, dans chacun de ses culs-de-sac, puis quand elle
fut parfaitement nette et sèche, j ’étalai le grand épiploon en
éventail devant les intestins et je fermai la plaie extérieure au
moyen de huit points de suture métallique, profonde, enchevillée,
y compris le péritoine, et douze points de suture superficielle en­
tortillée. Afin de donner, près du pédicule, plus de solidité à la
réunion, j ’embrochai la paroi abdominale, très épaisse en bas,
avec une longue aiguille mince et droite, sur laquelle j ’épuisai
les anses d’un fil. Je complétai l occlusion au moyen d’une cou­
che de collodion, étendue sur la plaie et le ventre, et plaçai des
coussinets sous l’aiguille, le clamp, l’écraseur et les bâtonnets.
L’opération avait duré deux heures et demie.
A l’angle inférieur de la plaie se trouvaient : le moignon pé­
donculaire divisé en deux portions étreintes chacune dans une
ligature; le clamp et la chaîne de l’écraseur. Plus haut, vers son
tiers inférieur, se voyait, attirée au dehors, la ligature qui serrait
la large bandelette pelvienne du côté droit.
Le ventre fut recouvert de coton cardé, maintenu par une
ceinture. L’opérée, réveillée du sommeil anesthésique, nettoyée,
essuyée, fut reportée dans son lit. Elle était déprimée et son
pouls était très faible. Elle fut entourée de flanelles chaudes et
de moines, réconfortée avec du rhum, du vin et du bouillon.
Dans l’après-midi, il y eut de fréquents vomissements ; ils
avaient commencé pendant l’opération ; je les attribuai d’abord
au chloroforme. La malade dormit paisiblement une heure; elle
18

�*60

1SNARD.

se sentait bien et accusa seulement un peu de ténesme vésical ;
celui-ci, dû au traumatisme nécessité par la dissection des adhé­
rences qui recouvraient la face supérieure de la vessie, se dissipa
complètement au bout, de quelques heures.
Le soir, la réaction était franche, la chaleur naturelle, la phy­
sionomie satisfaisante et la voix assurée; le pouls s’était relevé,
il marquait 120 pulsations. Le cathétérisme ne donna pas d’urine.
— Bouillon, vin, limonade alcoolisée, glace ; toutes les heures
une pilule avec un centigramme d’opium.
31 mai, au matin. Les vomissements, incessants cette nuit,
ont fatigué l’opérée. Accompagnés de crampes douloureuses
à l'estomac, ils sont bilieux, abondants et dépassent de beaucoup
la quantité du liquide ingéré. Néanmoins, la réaction s’est bien
maintenue; le pouls, ferme, est à 115. Le ventre souple, insen­
sible à la pression, n’est le siège d’aucune douleur. Le moignon
du pédicule est momifié. Pas d’urine parle cathétérisme.—Glace,
champagne frappé, potion anti-vomitive de Dehaen. Lavements
avec bouillon, vin et quelques gouttes de laudanum.
Les vomissements restent incoercibles toute la journée ; la ma­
lade résiste encore, quoique l’estomac n’ait absolument pu rien
tolérer depuis la veille au matin. Mais, dans la soirée, les forces
se dépriment, le pouls baisse, devient petit et fréquent, la respi­
ration précipitée, la peau froide et la malade expire dans la nuit,
36 heures après l’opération.
Examen de la tumeur. — D’un volume considérable, la tumeur,
dans son ensemble, contenant et contenu, pesait au moins 45 ki­
logrammes. Elle s’était essentiellement développée aux dépens de
l’ovaire gauche, tout en comprenant aussi la trompe et l’ovaire
droits que j ’avais été obligé d’enlever avec elle.
Ayant une vaste enveloppe, elle renfermait un grand nombre
de poches de dimensions variables : l’une d’elles, prépondérante,
m’avait fourni environ 25 litres de liquide ; d’autres égalaient le
volume d’une tête d’adulte ou de fœtus, enfin les dernières
étaient graduellement plus petites. Plusieurs kystes végétaient
aussi à l’extérieur: il y en avait un, comme une orange, à gau­
che, sur la base même d’implantation; un second, plus volumi­
neux, k droite et en bas, et sur la trompe, du même côté, un
amas d’infiniment petits, dont l’un plus gros et semblable h une
noix, s’insérait près du pavillon.

OVARIOTOMIE.

251

Ces kystes contenaient des substances diverses : je trouvai,
dans l’un d’eux, un liquide purulent; dans quelques autres une
matière gélatineuse très épaisse, mais la plupart étaient remplis
de sérosité brunâtre.
Les parties solides de la tumeur, après sa complète évacuation,
pesaient 3,300 grammes. Les parois, très résistantes, étaient
constituées par une enveloppe fibreuse, tapissée au-dehors par
le péritoine, au-dedans par la membrane lisse des kystes ; plus
minces en haut, où elles avaient de 6 a 10 millimètres, elles al­
laient en augmentant d’épaisseur vers le segment inférieur et
surtout vers la base d’implantation qui figurait assez bien un
placenta, ou le réceptacle d’une immense synanthérée. De nom­
breuses cloisons, complètes et incomplètes, donnaient k la sur­
face intérieure l’aspect aréolaire. A l’extérieur s’élevaient partout,
sauf en arrière, des débris d’adhérences ou de brides dont quel­
ques-unes, par leur étendue, ressemblaient k de larges mem­
branes.
Vers le segment inférieur, on voyait le ligament large, la trompe
et l’ovaire du côté droit. Leur disposition était remarquable : très
hypertrophiés, ces organes étaient soudés a la tumeur et en cons­
tituaient un appendice. La trompe faisait une saillie flottante
de 12 centimètres. De forme ovoïde, prodigieusement augmenté
de volume, sans avoir subi de dégénérescence, l’ovaire était
profondément enchâssé dans la paroi kystique; il avait 15 centi­
mètres k son grand diamètre et 7 k son petit diamètre. Il se
confondait, par sa face supérieure, avec la tumeur et se conti­
nuait, par la plus grande partie de sa face inférieure, avec la
portion droite de la base d’implantation.
La surface de section, très étendue, allait d’un ligament large
k l’autre, en les comprenant tous deux. Elle offrait, comme mé­
ritant plus spécialement l’attention, les trois particularités sui­
vantes : T A gauche, un assez grand espace, avec l’orifice béant
de dix k douze gros vaisseaux ; c’est cet espace qui, pendant
l’opération, fut compris dans la première ligature, tout le reste
ayant été étreint dans la deuxieme ligature et dans le clamp.
2° A droite, k une distance de 7 k 8 centimètres, un autre espace
correspondant k la face inférieure de l’ovaire et présentant une
vingtaine d’autres vaisseaux non moins volumineux que les pré­
cédents. 3° Au milieu un disque arrondi, ayant un diamètre plus
grand qu’une pièce de cinq francs, traversé au centre par un

�2o2

ISNARD.

énorme vaisseau. Ce disque, fibreux, dur, de consistance presque
cartilagineuse, formait en quelque sorte la charpente du pédi­
cule; c’est lui que je cherchai en vain, pendant l’opération, à
saisir avec le clamp spécial et à sectionner avec l’écrascur de
Chassaignac. De cette disposition, il resuite que le kyste était
nourri par deux groupes principaux de vaisseaux, l'un à gauche,
se jetant directement dans la tumeur, l'autre à droite, s’y distri­
buant, après avoir traversé l'ovaire correspondant et l avoir dé­
mesurément hypertrophié.
REMARQUES.

I. — Le jour et le lendemain de l’opération, M“* R..... se
maintenait dans un excellent étal de réaction ; malheureuse­
ment des vomissements, insolites par leur opiniâtreté, sont
venus ajouter leur action dépressive au choc de l’ovariotomie,
enrayer toute réparation par l’estomac et épuiser prématuré­
ment les forces capables de lutter encore.
Ayant commencé pendant l’opération, ces vomissements
pouvaient d’abord être imputés au chloroforme ; mais leur
intensité et leur abondance croissantes, jointes à la suppression
des urines, ont, bientôt et avec raison, fait admettre d'autres
causes, en particulier, les troubles profonds de l’innervation
dus à un traumatisme énorme et aux conditions nouvelles où
s’est tout d'un coup trouvé l’organisme violemment débarrassé
d’une masse de 45 kilogrammes.
Quoiqu’il en soit, notons ici l'intervention exceptionnelle et
rapidement funeste des vomissements, chloroformiques ou
autres, à la suite de l’ovariotomie ; .car jamais directement et
par leur gravité même, ils ne paraissent avoir occasionné la
perte des malades : c’est du moins ce que prouvent mes pro­
pres recherches et les statistiques sur les causes de mort après
cette opération.
IL — Mon observation porte avec elle un utile enseigne­
ment: en mettant en relief les inconvénients de la tempori­
sation, elle démontre une fois de plus la nécessité d’opérer
les kystes ovariques de bonne heure et non pas à la dernière

OVARIOTOMIE.

253

extrémité. J’insiste de nouveau, à cause de son importance,
sur ce principe qui a déjà fixé mon attention, il y a deux ans,
lors de ma première ovariotomie. (Marseille médical, mai
1869.) M“* R..... était évidemment en de très-mauvaises con­
ditions ; elle avait peu de chances de succès ; il n’en aurait
pas été de même si elle avait été opérée trois ou quatre ans
auparavant, à l’époque de ses premières ponctions, alors que,
la multiplicité des kystes et les progrès de la maladie bien
constatés, l’intervention de la chirurgie était devenue for­
melle en faisant sûrement prévoir les redoutables éventualités
de l’avenir.
Si parfois on a opéré des kystes de Tovaire énormes, ren­
fermant plus de 60 litres de liquide, tout en restant sans adhé­
rences graves et avec un pédicule long et grêle, il n’en est
généralement pas ainsi. Presque toujours, au contraire, un
kyste multiloculaire, ancien et volumineux, est suivi de
complications ; avec le refoulement des viscères, la détério­
ration de l’organisme, il offre des adhérences étendues, résis­
tantes et vasculaires, un large pédicule et. conséquemment
des difficultés inextricables et des dangers qui com­
promettent le. résultat des opérations les plus habilement
conduites.
Ces faits, qu’on ne saurait méconnaître, sont tous les jours
misen lumière parla pratique de l’ovariotomie.Les chirurgiens
anglais et américains ne les oublient jamais; plus heureux
que la plupart des chirurgiens français, ils doivent leurs suc­
cès surtout aux conditions meilleures où ils ont le soin de se
placer. Contrairement aux habitudes généralement suivies
parmi nous, ils opèrent tous les kystes simples et unilocu­
laires, et refusent d’opérer les kystes anciens, multilocu­
laires, soupçonnés d’adhérences nombreuses, fortes et vascu­
laires, ou bien laissent inachevée l’opération qui, une fois
commencée, leur révèle de pareilles complications. Ilsn’attendent pas non plus l’affaiblissement et. l’épuisement des
malades, et ne soumettent à l’opération que celles dont la
santé générale est bonne. En un mot, ils ont adopté sur une
large échelle l’ovariotomie comme traitement initial des

�254

OVARIOTOMIE.

ISNARD.

kystes de l’ovaire. Aussi ont-ils obtenu 2 succès sur 3 opéra­
tions, ou 67 pour 100, tandis qu’en France nous n’avons eu
que 2 succès sur 5 opérations, ou 40 pour 100. Je dois dire
pourtant que ces chiffres donnés, en 1867, par M. Boinet
(Traité des maladies des ovaires), ne sont sans doute plus
l’expression actuelle de l ’ovariotomie; car, les indications
mieux et plus tôt posées de l’opération, les perfectionnements
apportés dans les procédés opératoires et dans les soins consé­
cutifs ont nécessairement augmenté la proportion des guéri­
sons ; cela ressort, au moins pour la France, de la pratique
de MM. Kœberlé, Boinet, Péan, etc.
Parmi les complications de l’ovariotomie, les adhérences
occupent le premier rang par leur fréquence et par leur gra­
vité. On va se faire une idée de la manière fâcheuse dont
elles modifient les résultats de l’opération :
D’après les statistiques des D” Atlee, Clay, Spencer-Wells
et Kœberlé (1868), la moyenne des guérisons est de 75 à 80
sur 100 cas dépourvus d’adhérences et de 65 à 70 sur 100 cas
avec adhérences légères ; elle n’est plus que de 30 à 50 sur 100
cas avec adhérences graves et très-vasculaires, surtout, dit
M. Kœberlé, si l’on ne repousse pas systématiquement les
opérations qui offrent peu dechancedesuccèsetsil’on n ’adopte
pas la pratique des incisions exploratrices et clés opérations
laissées inachevées. Ajoutons que ce chirurgien, de 1868 à
1869, compte 15 guérisons sur 15 cas avec adhérences milles
ou légères, 1 guérison seulement et 4 morts sur 5 cas avec
adhérences graves; que M. Péan (Ovariotomie 1869), enre­
gistre 6 guérisons et 3 morts sur 9 cas avec adhérences graves.
Remarquons ces derniers faits, trop peu nombreux, toutefois,
pour constituer de véritables statistiques.
Ces résultats, très-importants par eux-mêmes, acquièrent
plus de valeur encore si on les compare, soit au chiffre de la
mortalité des kystes de l’ovaire,qui,dans un délai relativement
court, tuent 98 malades sur 100, soit aux moyennes des gué­
risons fournies par les grandes opérations adoptées en chirur­
gie, moyennes toutes inférieures à celle de l’ovariotomie.
Ainsi, sur 100 cas, la proportion des succès étant de 67 pour

255

cette dernière opération, elle est de : 66,75 pour la ligature
des grandes artères; 63 pour la taille; 61 pour l’amputation
des membres y compris les doigts et les orteils; 52 pour la
herniotomie; 52 pour la désarticulation du coude; 40 pour
celle de l’épaule ; 39 pour l’amputation de la cuisse; 15 pour
la désarticulation du genou; 12 pour celle de la hanche.
(Boinet.) Et encore nous bornons-nous aux résultats de la
pratique journalière, sans donner ceux bien autrement fâcheux
de la chirurgie militaire.
Tous ces faits et tous ces chiffres, en résumant l’état actuel
de l’ovariotomie, condamnent la temporisation comme la
principale cause de ses revers. Et, s’il ne faut pas suivre, dans
ses conséquences rigoureuses, la pratique anglaise, qui choisit
les cas simples; si l’on ne peut refuser d’opérer beaucoup de
malheureuses, vouées à une mort prochaine et susceptibles,
malgré leurs complications, de guérir dans une notable pro­
portion ; il convient, à l’exemple même des Anglais, de vulga­
riser le principe de l’ovariotomie hâtive et de faire ainsi
participer le plus grand nombre possible de malades aux
chances favorables de l’opération.

Kyste

multiloculaire

Adhérences

volumineux

éten d u es ,

anciennes

Ovariotomie . — H émorrhagie
t o n it e ; mort .

en

droit .

—

e t très - vasculaires.

—

de

n.yppe

l ’ovaire

r ebelle .

— P ér i ­

— R emarques.

M-0 M........ 45 ans, a toujours eu une bonne santé, sauf une
atteinte de choléra en 1865. Elle a une fille de 18 ans qui seule
survit à deux autres enfants, morts en bas âge ; grossesses et
suites de couches naturelles; n’a jamais eu, antérieurement, ni
affections utérine ni leucorrhée; a toujours été bien réglée, si ce

�256

ISNARD.

Le ventre a commencé de grossir, il y a 6 ans, et s'est pro­
gressivement développé, malgré l'usage des purgatifs, des diuré­
tiques et des sudorifiques.
Je vois la malade pour la première fois le 25 octobre 1870.
Abdomen excessivement volumineux, tendu et retombant au
devant des cuisses; circonférence I mètre 60 centimètres ; hauteur
90 centimètres, de l’appendice xyphoïde au pubis. Surface lisse,
uniforme, sans bosselures. Fluctuation partout, le moindre choc
sur un point retentit nettement au point opposé. Matité partout,
sauf îi gauche, en haut et en arrière, où la sonorité révèle la
présence du paquet intestinal. La malade dit n’avoir jamais
sonflert du ventre.
Habituellement douée d’une vigoureuse constitution, elle à vu
diminuer son embonpoint, son appétit et ses forces. Digestions
encore bonnes. Constipation : miction régulière. Pas de douleurs,
suivant l’état de plénitude ou de vacuité de l’estomac et de la
vessie. Dyspnée ; embarras dans les mouvements ; marche devenue
impossible; œdème des extrémités inférieures; pas de toux; cœur
et poumons comprimés, mais sains. Pouls mou, à 70.
J ’ai évidemment affaire à un kyste ovarique énorme, peut-être
uniloculaire, ou s’il est multiloculaire, ayant une vaste loge pré­
dominante, avec un liquide probablement séreux. Le volume et la
tension extrêmes de la tumeur empêchent cl’éclairer davantage
le diagnostic.
Pour le rendre plus complet et pour soulager la malade,je fais une
ponction le 27 octobre. Issue de cinquante litres de sérosité claire,
apparaissant légèrement brunâtre, lorsqu’elle est accumulée en
grande quantité dans le vase.
Après la ponction, on découvre, à la palpation, dans le côté
droit du ventre, une grappe formée par sept à huit tumeurs,
grosses comme des oranges et par une infinité d’autres plus
petites. Ces tumeurs mobiles se portent facilement à droite et à
gauche, quand on les y pousse avec la main, ou quand on fait
coucher la malade sur l’un ou l’autre flanc; quoique flottantes,
elles sont pourtant fixées et comme suspendues vers le foie par­
la supérieure, qui est en même temps la plus volumineuse et la
moins mobile de toutes. Le poids de la masse kystique, pendant
la station et les tractions exercées en bas, avec la main, provoquent
des tiraillements douloureux dans l’hypochondre droit.
Au côté gauche, le toucher ne trouve rien d’anormal, si ce n’est,
entre l’épine iliaque antéro-supérieure et la ligne blanche, une

OVARIOTOMIE.

267

petite tumeur adhérente, ovoïde, à grand diamètre transversal,
difficile a circonscrire a cause de l’épaisseur des parois abdomi­
nales, et vraisemblablement formée par une dépendance du kyste.
Sonorité il gaucho, excepté vers cette tumeur ; matité sur tout lo
côté droit. Utérus normal, central et mobile.
Ainsi,; Kyste multiloculaire ayant une très-grande loge et une
infinité de petites; pédicule provenant de l’ovaire droit, sans
doute court, mais impossible a distinguer au milieu d’une masse
de petits kystes. A droite, adhérences étendues, remontant jus­
qu’au foie et l’estomac, très-probablement, anciennes et résis­
tantes. A gauche, adhérence limitée au niveau de l’épine iliaque
antérieure et supérieure.
Ayant depuis longtemps le sentiment exact de sa situation,
MK*M.... connaît l’impuissance du traitement médical et le sort
que lui réserve l’expectation ; elle sait également qu’une opéra­
tion grave peut la guérir. Voyant donc sa santé générale s’altérer,
son ventre prendre des proportions énormes et de plus en plus
gênantes, obligée de renoncer à son activité habituelle et ii son
petit commerce, elle est décidée h ne plus attendre et à risquer
l’opération qu’elle demande avee toute l’insistance d’une convic­
tion mûrement réfléchie.
Devant une pareille résolution, je fis â la malade et a sa famille
toutes les observations commandées par les circonstances, j ’ex­
pliquai les complications qu’avaient fait naître le volume et
l’ancienneté de la tumeur, sans oublier les difficultés opératoires
et les dangers qui en seraient la conséquence inévitable.
Cependant, le kyste évacué, les troubles fonctionnels se dissi­
pent rapidement, la santé générale redevient parfaite ; appétit,
forces, embonpoint; plus d’oppression, ni d’œdème; marche
facile; pas de constipation; sommeil naturel. Le liquide se
reproduit lentement.
Vers le commencement, de juin 1871, le ventre mesure encore
1 mètre 40 centimètres de circonférence et 65 centimètres de
hauteur. Par son volume, il retombe en avant des cuisses et rend
la marche difficile. Il conserve un certain degré de souplesse qui
permet de distinguer, a 'droite, les plus gros (les kystes secon­
daires et, à gauche, la petite tumeur située en dedans de l’épine
iliaque antéro-supérieure. Depuis la ponction, les règles ont
reparu tous les mois, sauf en mai. L'état général se maintient
bon.

�238

ISNARD.

Toujours inébranlable, M” M.....s’est encore nffermio dans sa
première résolution depuis le retour des accidents dus à l’ac­
croissement du ventre : aussi, insiste-elle plus que jamais pour
être débarrassée de sa tumeur.
Persuadé que, malgré de graves complications, l’opération
était la seule chance de guérison, je cédai à la volonté de la
malade, soutenu d’ailleurs par les conseils éclairés de plusieurs
confrères qui, depuis le mois d’octobre, à divers reprises et
récemment encore, avaient été appelés en consultation.
Opération le 17 juin à 9 heures du matin, rue Puget 3. Etaient
présents : MM. les docteurs Roux, Chaspoul, Liautaud et
Savournin.
La malade soumise aux inhalations du chloroforma, je fais une
incision de 22 centimètres, sur la ligne médiane, du pubis vers
l’ombilic. Je divise les tissus couche par couche, puis le péritoine
sur la sonde cannelée, en ayant préalablement soin d'arrêter avec
des pinces hémostatiques l’écoulement sanguin provenant de la
paroi abdominale très-vasculaire et très-épaisse.
Ponction avec le gros trocart; issue de 33 litres environ de
sérosité brunâtre. Une petite quantité de liquide s'échappe en
dehors de la canule ; pour empêcher qu’il ne pénètre dans la
cavité péritonéale, un aide comprime l’abdomen de manière à
appliquer et à faire saillir le kyste entre les lèvres de la plaie. La
tumeur évacuée, une forte ligature étreint la paroi kystique au
dessous de l’ouverture faite avec le trocart, afin de prévenir tout,
accès de liquide dans le péritoine.
A gauche, quelques adhérences peu résistantes se détachent
facilement avec les doigts. A droite, adhérences étendues à tout
le côté et remontant vers le foie et l’estomac. Quelques unes,
légères, sont épiploïques, la plupart sont pariétales, anciennes,
très-serrées, très-épaisses et surtout très-vasculaires. Je parviens
à les séparer difficilement, au moyen de l’action combinée des
doigts, et au besoin des pinces et de la sonde cannelée. Le kyste
isolé fut attiré au dehors ; pendant qu’il était soulevé par un
aide, j’étreignis dans un clamp son pédicule peu volumineux,
mais très-court, et je le divisai au dessus avec le bistouri, en
empiétant le plus possible sur les parois kystiques, afin d’aug­
menter artificiellement sa longueur. Au moment de la section, des
flanelles chaudes et humides furent maintenues sous la tumeur
pour recevoir le sang ou la sérosité qui auraient pu tomber dans
le péritoine.

OVARIOTOMIE.

239

La tumeur provenait de l’ovaire droit ; l’ovaire gauche et
l’utérus étaient sains.
Malgré l’étendue et la résistance des adhérences, ces divers
temps de l’opération avaient été rapidement exécutés. Mais la
vascularité des tissus m’opposa de sérieuses difficultés. A droite,
sur toute la surface interne de 1a. paroi abdominale, particuliè­
rement vers le creux épigastrique et le rebord des côtes, le sang
coulait en nappe avec une extrême opiniâtreté. Douze pinces
hémostatiques laissées à demeure pendant vingt et trente mi­
nutes ne suspendirent que partiellement l’hémorrhagie. Il fallut
revenir aux pinces et recourir finalement au perchlorure de fer
appliqué, au moyen du doigt, avec persévérance et sur une
grande étendue. L’écoulement sanguin fut entièrement tari,
mais l’hémostasie m’avait arrêté plus d’une heure. Pendant ces
manœuvres, un aide fut occupé a protéger, avec des flanelles
imbibées d’eau chaude et exprimées, les intestins qui tendaient
sans cesse à sortir de l’abdomen.
Vers la fin de ce temps, une portion du pédicule s’échappa du
clamp et donna une petite hémorrhagie, bientôt arrêtée par une
forte ligature jetée au-dessous de l’instrument et par un autre
clamp, plus convenable, substitué au premier. L’extrémité libre
du pédicule fut badigeonnée avec du perchlorure de fer.
La cavité péritonéale fut rigoureusement épongée dans tous les
sens, de manière à enlever toute trace de sang liquide ou coagulé
et a laisser les surfaces parfaitement nettes et sèches. Par
précaution, je maintins au fond du cul-de-sac utéro-rectal, jus­
qu’au moment du pansement, une sonde en caoutchouc dont
l’action fut associée a l’aspiration ; elle ramena d’abord quelques
gouttes de sérosité sanguinolente et, quand je la retirai défini­
tivement, elle me donna l’assurance qu’il ne restait absolument
rien dans la cavité pelvienne.
L’épiploon largement étalé sur l’intestin, je fermai la plaie ex­
térieure avec cinq points de suture profonde, métallique, enchevillée, y compris le péritoine, et neuf points de suture superfi­
cielle entortillée. Une couche de collodion compléta l’occlusion. A
l’angle inférieur de la plaie se trouvait étreint dans la ligature et
le clamp le pédicule qui, malgré sa brièveté, put affleurer la paroi
abdominale, grâce a la laxité de celle-ci et à des tractions conve­
nablement exercées sur la matrice. Le ventre fut recouvert de
coton cardé maintenu par une ceinture.

�SCO

ISNARD.

L’opération avait duré deux heures. Malgré la grande vascu­
larité des tissus, la quantité de sang perdue ne s’élevait pas à
cent cinquante grammes.
La malade réveillée, nettoyée, sécliée fut reportée dans son lit,
couchée dans la position demi-assise et couverte de flanelles.
Elle était dans un état très-satisfaisant; nullement déprimée,
elle avait conservé sa chaleur, et son pouls ferme donnait 85
pulsations. — Vin ; bouillon.
Dans l’après midi et la soirée, réaction franche, chaleur tou­
jours naturelle, pouls variant de 85 à 95; pas de douleur; bien
être; sommeil. Cathétérisme à 4 heures et à 9 heures.— Bouillon ;
limonade. Opium, une pilule de I centigram., toutes les heures.
18 Juin.— Nuit bonne ; sommeil entrecoupé. Deux vomissements
bilieux le matin ; dans la journée, nausées fréquentes ; soif ; état
général excellent ; chaleur et physionomie normales ; pouls h 100.
L’opérée sondée une fois, de bonne heure, a ensuite uriné seule,
dans un sac en caoutchouc garni d’une éponge. Le pédicule
momifié est sans odeur. La plaie marche vers la réunion. —
Bouillon; limonade gazeuse; glace.
Le Soir, le ventre, jusqu’alors souple, commence à se météoriser; il reste indolent, sauf à la région sous-ombilicale où la
pression développe un certain degré de sensibilité; pouls à 120.
19 Juin. — Les signes de la péritonite s'accentuent davantage ;
même sensibilité hypogastrique à la pression, le météorisme a
augmenté; le pouls est devenu plus mou et plus fréquent, 130
pulsations. Toutefois, durant une partie de la matinée, l'état gé­
néral reste bon, la physionomie assez naturelle et la voix assurée.
La malade a uriné la nuit; le cathétérisme vésical fournit 60
grammes de liquide. Dans la crainte qu'un épanchement abdo­
minal ne soit la cause des accidents péritonéaux, j'écarte l’angle
inférieur de la plaie déjà agglutinée et, le long du pédicule, j ’in­
troduis, profondément dans le bassin, une sonde en caoutchouc ;
l'instrument, aidé de l'aspiration, retire à peine quinze grammes
de sérosité sanguinolente absolument sans odeur. Aucune
hémorrhagie par le pédicule, complètement momifié. Cependant
la scene change rapidement, altération des traits, dépression,
subdelirium, refroidissement des extrémités, pouls filiforme, in­
sensible ; la malade expire vers le milieu de la journée.
Examen de la tumeur.— Les parties solides pesaient 1100
grammes, à l'exclusion du liquide évalué à 50 litres, lors de la
première ponction.

OVARIOTOMIE.

261

Le kyste, à parois fibreuses très-minces, était formé d'une
immense loge, tapissée sur toute sa surface intérieure par une
quantité innombrable de petites poches, variant depuis le volume
d’une orange, i\ celui d’une tête d’épingle et contenant toutes de
la sérosité claire. Les seules particularités notables à l’extérieur
étaient : sur une grande étendue, surtout à droite, les traces et
les débris flottants des adhérences ; en bas, la surface de section
du pédicule, beaucoup plus large que ce dernier, à cause de la
nécessité où j ’avais été de l ’allonger artificiellement aux dé­
pens de la paroi kystique.
REMARQUES.

Cette observation fournit un autre argument contre l’ova­
riotomie tardive. La temporisation, en développant la tumeur
outre mesure, a déterminé la formation d’adhérences étendues,
très-résistantes et surtout très-vasculaires, adhérences qui, au
moment de leur dissection, donnèrent lieu à une hémorrhagie
en nappe des plus rebelles. De semblables complications aug­
mentent d’une manière défavorable la durée de l’opération,
elles exigent, pour le péritoine, le contact prolongé de l'air,
des froissements, des compressions et des cautérisations éner­
giques, la présence de corps étrangers, eschares et ligatures
perdues, nécessitent en un mot des violences de toute espèce,
afin d’obtenir la division des tissus et une hémostasie par­
faite. De là des accidents multiples et, en particulier, des
péritonites trop souvent compromettantes pour le succès.
M"* M.....aurait réuni toutes les chances possibles de guéri­
son, si elle avait été opérée plusieurs années auparavant quand,
les adhérences étant nulles ou légères et la tumeur encore
peu volumineuse, la maladie est venue, par sa marche pro­
gressive, indiquer formellement l’ovariotomie. L’expectation
est d’autant plus regrettable que, la santé générale ayant
toujours été bonne et le pédicule peu épais, l’opération eût,
alors, été très-simple et exécutée en très-peu de temps.

�TESTAMENT MÉDICAL.

Après le plaisir de posséder des livres, il u 'r en a pas de
plus doux que celui d'en parler, et de communiquer au
public ces Innocentes richesses de la pensée qu'on acquiert
dans la cultupe des lettres.
Cn. Nodier.

Après de sombres péripéties, de longues luttes et de poi­
gnantes angoisses, il est bon de reprendre possession des
domaines de l’intelligence, de retremper sa raison dans les
sources réconfortantes de la philosophie, et d’ouvrir sou cœur
aux douces émotions. Les lectures que nos loisirs permettent
sont les plus chères, les plus fécondes distractions des âmes
délicates et des esprits éclairés; aussi, est-ce pour moi un
plaisir bien vif que de signaler à l’attention de mes bien­
veillants lecteurs Le Testament du Dr Dumont (de Honteux).
Ce livre, dont la première édition est presque épuisée, se
recommande par le succès et par le patronage le mieux
choisi, composé de personnalités médicales et littéraires
auprès desquelles votre très-humble servante est infiniment
peu de chose : et si j ’ose, à côté de tant de voix autorisées,
accentuer mes modestes suffrages, c’est qu’il est de telles
œuvres d’un mérite si éclatant et d’une valeur si considé­
rable, que parler d’elles surabondamment et dans toutes les
formes n’est point épuiser la somme des éloges à laquelle elles
ont droit.
M. Dumont, (de Honteux), profondément épris de l ’amour
de la science, doué de facultés morales peu communes, ayant
développé à un très-haut degré la fermeté des principes, la
dignité du caractère, l’élévation des sentiments, la générosité
(1) Paris, chez Adrien Délayé, place de l’École de Médecine.

des aspirations, est aux prises avec le malheur; — celui dont
les facettes sont multiples et dont le canevas s’appelle — pau­
vreté, — maladie. Que l’on suppose ce canevas complet,
offrant les couleurs les plus sombres et l’étendue la plus vaste,
on compreudra sans peine les cruels épisodes qui doivent s’y
fixer. — Luttes de toutes sortes, — efforts difficiles et sans
cesse renouvelés, — désillusions nombreuses, — décourage­
ments profonds, — travail intellectuel prodigieux, — combi­
naisons toujours déçues pour obtenir le panem quotidianum.
Voilà l’existence telle que l’ont faites les circonstances dans
lesquelles a vécu le docteur Dumont.
Qu'on ajoute à cela la plus atroce des maladies, le plus
curieux mystère pathologique que la nosologie puisse enre­
gistrer, Le supplicium nervicum, c’est-à dire une impuis­
sance physiologique que rien 11e peut vaincre, accompagnée
d’effroyables symptômes nerveux que rien ne peut guérir,
avec un besoin impérieux, une soif ardente, de mettre au
jour les productions nombreuses d’un cerveau constamment
en travail.
Tel est l’homme dont le cœur, doué d’une sensibilité ex­
quise, considère avec désespoir les souffrances que sa situation
impose à sa famille, surtout à sa femme, qui, heureuse com­
pensation, apprécie noblement et courageusement son rôle,
et sait le remplir d’une manière que j ’appellerai sainte sans
craindre de tomber dans l’hyperbole.
Ce livre est la vie de l’auteur avec ses douleurs physiques
et morales. Il l’a écrit comme peignent ïqs photographes, si
j’ose m’exprimer de la sorte, sans prétention, sans fausse
honte, sans calcul. Il nous place devant un microscope par­
faitement éclairé, sous l'objectif duquel un noble esprit, un
pauvre malade, un savant passionné se débat, et découvre les
plis les plus sombres comme aussi les surfaces les plus lumi­
neuses de son moi.
C’est comme le jugement dernier de Michel-Ange, c’est
beau, mais ça fait mal. On souffre en le regardant, mais on
y revient, on est enchanté de l’avoir vu; parce que l’émotion
est bonne en soi, surtout quand c’est sous l’aiguillon du génie
que notre âme l’éprouve.

�264

PUÉJAC.

Au i&gt;oi il t de vue médical, les révélations d’un malade allen tif,
instruit et loyal doivent vivement intéresser ceux qui ont
charge de la vie des autres :
Comme philosophie, je dirai que ce livre mériterait d’être
appelé... le Dictionnaire de l’Ame... Car, pour chaque sentiment,
il y a de belles descriptions : — pour chaque douleur, des ex­
pressions vives et fortes ; — pour chaque lutte,— pour chaque
défaite,— pour chaque espérance,— pour chaque joie,— pour
chaque désespoir, la note vraie abonde toujours.
La forme littéraire a été très-heureusement choisie. Les
divisions et les subdivisions sont nombreuses ; le lecteur n’a
pas besoin d’une attention trop soutenue, il peut ouvrir et
fermer le livre aussi souvent qu’il le voudra, sans rien perdre
des épisodes qu’il contient, et lorsque, certains d’entre eux
ont quelques rapports et doivent s’éclairer mutuellement il
lui est facile de retrouver ses points de repères.
Chaque fait se déroule naturellement; et ce drame névro­
pathique, que l’on sent réel, est raconté sur un ton d’exquise
familiarité, — de touchante bonhomie, — de noble simplicité
qui fait de lui une œuvre singulièrement originale.
C’est l’allure de Montaigne, l’indépendance de Rousseau, la
iinesse et la netteté de Paul-Louis-Courrier.
Le néologisme, si difficile et si dangereux à manier s’échappe
de la plume de M. Dumont toujours marqué au coin du bon
goût et de l'esprit ; il est ce qu’il faut qu’il soit pour qu’on
lui reconnaisse le droit d’exister, clair, imagé, énergique.
Les citations émaillent richement chaque page, presque
chaque ligne,devrais-je dire : mais cette prodigieuse érudition
ne saurait nous accabler par son exubérance, ou nous hu­
milier par ses prétentions. — Non, l’artiste m'est point un
manœuvre amassant avec difficulté et transportant avec effort
les matériaux dont il a besoin ; c’est toujours un créateur,
même avec l’œuvre d’autrui. Si ses couleurs d’emprunt sont
sur sa j»alette, il en apprécie la valeur des tons, la délicatesse
des teintes, les attractions spéciales, et c’est avec son habileté,
son flair délicat qu’il les fond dans son œuvre pour en aug­
menter la scintillation, le poids, la compréhensibilité,

TESTAM ENT MÉDICAL.

26b

— « Les abeilles pillottent, de ça, de là, les fleurs, mais elles
« en font après le miel qui est tout leur : Ce n’est plus ni
« thym, ni marjolaine. ■» (Montaigne.)
— Avec de la mémoire, de solides lectures, et, disons-le
encore, les petits moyens que chacun sait, l’écrivain le plus
ordinaire peut bourrer ses compositions d’une multitude de
jolies phrases; mais s’il n’a pas le goût sùr et surtout la faculté
créatrice, son arrangement ressemblera à un amas de vulgaires
verroteries, que dédaigneront les esprits distingués, les purs
dilettanti littéraires. Ceux qui préfèrent une fleur des champs
à un joyau que Froment n’aurait pas ciselé.
Et maintenant que les éloges que je formule 11e soient pas
taxés d’exagération. Je l’ai dit plus haut, d’autres ont fait avant
moi la critique du Testament médical ; eu général ces critiques
ressemblent à des apothéoses ; pour preuve de ce que j’avance,
je citerai Amédée Latour, rédacteur en chef de l’Union médi­
cale, écrivain dont la haute compétence et la grande valeur 11e
peuvent être mises eu doute.
Voici ce qu’il écrivait à l’auteur :
« Littérairement, je suis charmé ; moralement, je suis
&gt;i touché ; médicalement, je suis éclairé ; philosophiquement,
« je suis élevé, et, amicalement, je suis ému par votre œuvre
« remarquable. J’ai conscience que ce livre fera du bien,
« non seulement aux pauvres névrosés, pour lesquels votre
« cœur a écrit ces pages touchantes, mais encore, à la géné« ralité des médecins auxquels il ouvrira des horizons nou- ■
« veaux pour la" pratique de cette médecine morale si négligée
« et si féconde.................................................... . . . . . .
N’est-ce pas là systématiquement et magistralement affirme
ce que j ’ai essayé de bégayer.
Je termine en rappelant que la critique 11’est vraiment
œuvre d'art et de conscience qu’à la condition d’obéir aux
transports de l’enthousiasme, sans calcul, sans réserve.
« L’admiration est Fâme de la grande critique, de la critique
« féconde. Elle est, pour ainsi dire, la partie divine du goût. »
(Victor Cousin).
Anna P uéjac ,

Haye-femme en chef à la Maternité de Montpellier.

19

�E. BERTÜLUS.

Î66

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
Séance du 26 m ai 1 8 7 1 . — D iscours du P résid en t.

Messieurs

et chers collègues ,

La France épuisée, haletante, pleure la perte de ses plus pré­
cieux monuments historiques; plongée dans une affliction pro­
fonde mêlée de stupeur, elle excite la pitié de ses plus cruels
ennemis ; mais il n’y a aucun doute à conserver sur la fin pro­
chaine de ses maux.
11 y a quelques jours, lorsque j’ai cru devoir vous convoquer,
après une lacune de plusieurs mois nécessitée parles événements,
je ne pouvais prévoir le moins du monde que des barbares, des
sauvages indignes du nom de Français, s’aidant dans leur œuvre
subversive et anti-sociale du rebut de toutes les nations du
globe, allaient tenter de détruire Paris, qui fut si longtemps
l’àme, le cœur de notre patrie et qui, en dépit de ses fautes, lui
est encore si cher. Je pensais, au contraire,qu’il touchait au mo­
ment de sa délivrance et que nous allions reprendre avec lui nos
relations scientifiques. Honte éternelle aux enfants des bagnes,
aux affreux scélérats qui nous réservaient cette surprise, et merci
a notre glorieuse armée dont le sang a assuré le'salut de la civi­
lisation. Si l’incendie de Moscou fut un acte de patriotisme su­
blime, celui de Paris est un crime odieux que l’histoire moderne
vouera à l’exécration des siècles.avec la mémoire des monstres
qui l’ont comploté et exécuté.
Enfin, Messieurs et chers collègues, c’était écrit et il ne nous
reste plus qu’à nous humilier devant la providence qui mène,
évidemment, l’humanité au plus fort de ses agitations. Puisse-telle faire de M. Thiers à l’endroit de l’ordre social, si gravement
compromis, un véritable Washington. Si vous admettez, comme je
ne saurais en douter, les causes finales, vous ne tarderez pas a
vous résigner sur les malheurs inouïs qui frappent la patrie fran-

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

267

ç&amp;ise,et qui ne sont sans doute que le prélude de sa régénération
physique et morale.
Naguère, en prenant possession de ce fauteuil que vos suffrages
m’avaient spontanément dévolu, je voulais vous remercier de
l’honneur que vous me faisiez en payant un nouveau tribut à
notre chère médecine, à la plus utile comme à la plus noble des
sciences.
Chargé à l’école de médecine de Marseille du cours de patho­
logie médicale, je m’étais réservé, en effet, de vous entretenir
d’un sujet qui relève de cet enseignement, qui mérite toute votre
attention et auquel les circonstances néfastes que la France vient
de traverser prêtent un grand caractère d'actualité ; je veux par­
ler de ces psycho-pathies ou affections morales qui fourmillent
au milieu de nous en ce moment et des désordres fonctionnels
ou organiques qu’elles engendrent. Jamais, en effet, Messieurs et
chers confrères, les réactions réciproques de l’àme et du corps ne
furent plus manifestes qu’à cette heure et ne se traduisirent aux
yeux des médecins, même les plus sceptiques, par des faits plus
curieux et plus concluants. Mais, après avoir écrit quelques bon­
nes pages du travail dont je m’étais promis de vous offrir la pri­
meur, j ’ai dû, par divers motifs, en interrompre la rédaction ; la
plupart de nos jeunes collègues, qui forment la majorité de la
Compagnie, étaient sous les armes ou employés au loin dans les
ambulances ; d’autres, qui n’avaient pas quitté Marseille, diri­
geaient des services importants et pleins de responsabilité dans
nos hôpitaux militaires ; enfin, c’était à peine si, aux jours de
réunion réglementaire, le bureau lui-même pouvait faire acte de
présence. Dans de telles circonstances, il était donc inutile de
faire de la science et de mettre à l’ordre du jour aucune question
susceptible d’être longuement discutée, il valait mieux attendre,
pour cela, des temps plus propices et plus heureux. Les travaux
de la Compagnie furent donc interrompus par la force même des
choses, et si nous les reprenons aujourd’hui, au milieu du deuil
et des larmes, c’est, je le répète, parce que nous avons le légitime
espoir que la jacquerie du six" siècle est arrivée à sa fin.
Vous n’ignorez pas, Messieurs et chers collègues, la triste posi­
tion où sont tombés, de nos jours, les corps savants en général,
tant à Paris qu’en province; peu considérés, privés d’encourage­
ments, ils sont plongés dans l’apathie et il n’en sort rien ou peu
de chose. D’ailleurs, il faut bien le reconnaître, pour peu qu’on
se tienne au courant du mouvement scientifique, c’est à qui leur

�?G8

E. BERTULUS.

jettera la pierre ou cherchera à les déprécier en les déclarant
inutiles. Les principaux organes de la presse les critiquent sans
cesse et les tournent en ridicule à toute occasion. L’Institut et
l’Académie de médecine ne sont pas eux-mêmes à l’abri des at­
taques de ces écrivains il tant la ligne, qui professent ouverte­
ment le plus profond mépris pour la science et pour les institu­
tions séculaires qui l’ont fomentée et propagée.
C’est évidemment au positivisme et au matérialisme du siècle
qu’est dû ce triste état de choses.
Comment, en effet, les savants, les littérateurs, les philosophes,
tous les hommes d’esprit, en un mot, seraient-ils honorés, ap­
préciés, encouragés dans un milieu comme le nôtre, où l’on n’es­
time guère que les plaisirs, les besoins, les intérêts matériels, au
détriment de ceux qui émanent de l’ordre moral. Quel cas peuton y faire de pauvres dupes qui, pour l'amour de la science et de
la vérité, se vouent à une pauvreté et à une médiocrité relatives,
tandis que des horizons infinis sont ouverts au commerce, à
l’industrie, voire même au brocantage et au charlatanisme.
Sans doute, la cohorte dorée des spéculateurs en tout genre
trouve très bon que les chimistes, les ingénieurs, les physiciens
inventent, multiplient, perfectionnent les procédés industriels,
les machines qui rendent la production plus facile et plus lucra­
tive, mais leur estime, leur reconnaissance envers eux ne devien­
nent pas plus grandes pour cela, ils profitent de leurs labeurs, les
rémunèrent toujours plus ou moins mal et continuent à tenir la
pauvre science en grande pitié.
Que d’exemples frappants ne pourrais-je pas faire valoir à ce
sujet; mais abstraction faite de tout ce que j ’ai vu à Marseille de­
puis vingt-six ans que j ’y suis fixé, il doit me suffire de citer ici
celui de l’inventeur de l’iode, Courtois, qui mourut laissant sa fa­
mille dans la détresse après une découverte qui a fait, et fait
encore la fortune de milliers de commerçants.
Ce mal que je vous signale en passant, dont j ’ai déjà fait
ressortir les causes dans un de mes ouvrages, est déploré par tous
les bons esprits, et ce n’est pas calomnier le dernier règne ni lui
donner le coup de pied de l’âne que d’affirmer que Napoléon l’a
porté à [son comble par la suprématie qu’il octroya, en toute
occurence, aux intérêts de la matière sur ceux tirés de l’ordre
moral. Or, le moindre inconvénient de cette suprématie a été,
sans contredit, d’entraver l’essor du génie humain et de démora­
liser la société.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

269

Oui, Messieurs et chers confrères, la chose est inniable! c’est
parce que les corps savants ont compris les funestes tendances du
gouvernement déchu, c’est, parce qu’ils ont vu leur considération
séculaire compromise, leurs travaux pris en pitié, leur utilité
mise sans cesse en question , qu’ils sont tombés dans l’apathie,
dans le découragement.
Les compagnies médicales n’ont, pas été les dernières à partici­
per à cette décadence des institutions scientifiques; pourtant qui
peut contester leur utilité et les services de tout genre qu’elles
sont appelées à rendre à l’art, si difficile, dont elles assurent à la
fois les progrès et les perfectionnements. Qui oserait jamais dire
à la médecine, science toute d’expérience et d’observation : ar­
rête-toi, tu n'iras pas plus loin!
Au moment même où éclatait la guerre contre la Prusse, cause
de tous nos malheurs, vous vous êtes associés avec le plus loua­
ble empressement, Messieurs et chers collègues, à la pensée
généreuse de l’institution d’un congrès médical annuel, émise
par le savant, rédacteur de la Gazette médicale de Paris, M. le doc­
teur de Ranse; je suis heureux de pouvoir vous dire que cette
pensée n'a pas été abandonnée et qu’elle sera reprise dès que
Paris, absolument délivré des infâmes communards sera revenu
à son état normal, dès que le gouvernement de la république corn-raenceraà s’organiser et inaugurera l’ère de la décentralisation in­
tellectuelle, celle des réformes dont notre patrie a besoin à tous
les points de vue,afin de reconquérir au milieu des nations civili­
sées la place qui lui appartient. Telle est d’ailleurs l’assurance
que m’a donnée personnellement mon savant ami, le docteur
Guardia, dans le feuilleton de la Gazette médicale du 14 février
dernier ; il persiste à penser que la première assemblée du congrès
professionnel doit avoir lieu dans notre ville et compte beaucoup,
ad hoc, sur vos sympathies et votre influence. Honneur à ces
esprits éminents, à ces princes de la presse médicale, à ces
hommes d’intelligence et de cœur que les dangers, les horreurs
de deux sièges successifs ne peuvent détourner un seul instant
de leur but ; qui ne cessent pas de s’occuper des intérêts de
l’art salutaire en dépit des bombes et des obus qui tombent au­
tour d’eux et de la famine qui les menace ; la médecine recon­
naissante les rangera au nombre de ses bienfaiteurs et leur
assurera comme tels une place distinguée dans son panthéon.
Un insigne honneur est advenu à notre Compagnie, Messieurs
et chers collègues, pendant la période calamiteuse que nous ve-

�$70

K. BERTULUS.

nons de traverser ; aucun de ses membres n’n oublié un seul ins­
tant ce qu’il devait à la dignité médicale et à la bonne confrater­
nité, en faisant de l'industrialisme sous le manteau de la poli­
tique. Aucun de vous ne s’est, en effet, associé à cette course au
clocher pour la curée des places, dont nous avons eu le honteux
spectacle sous l’administration de M. Esquiros. Gardiens de la
morale professionnelle dans notre grande cité, vous avez su vous
tenir à la hauteur de ce beau rôle et vous avez ajouté par là à
l’estime, à la considération qui entourent la Société depuis sa
fondation. Je dirai plus, loin de profiter le moins du monde de ces
jours de malheur et de trouble, elle en a été la victime dans quatre
de ses membres.
MM. les docteurs Sauvet, Sauze, Hubac, Laurens et Bertulus
ont été en effet destitués par M. Esquiros, par suite de stupides
et mensongères dénonciations, des emplois qu’ils occupaient de­
puis très longtemps et dont ils s’étaient toujours montrés
dignes.
Le gouvernement de Tours crut devoir casser immédiatement
l’arrêté préfectoral relatif aux trois derniers, mais MM. Sauze et
Sauvet n’eurent, pas la même chance et durent attendre, pour
réclamer, un temps moins difficile, moins scabreux.
■ Ce temps, Messieurs et chers collègues, paraît être définitive­
ment arrivé; en ma qualité de président d’une Société dont je
connaissais les bonnes traditions et les sentiments élevés, je suis
devenu son interprète auprès des nouvelles autorités. Me tenant
d’une manière absolue sur le terrain solide des principes, sans
faire surgir aucune question de personnes, j'ai appelé leur at­
tention sur l’injustice criante éprouvée par nos honorables col­
lègues, j'ai fait valoir surtout, en votre nom, qu’à une époque où
la science anthropologique se préoccupe spécialement de la re­
cherche des limites qui séparent le crime de la folie, vous verriez
avec plaisir que MM. les docteurs Sauze et Sauvet, dont les étu­
des sur l’aliénation mentale sont connues de tous, fussent réin­
tégrés au service médical des prisons.
Une pareille observation venant de votre part ne pouvait Mes­
sieurs et chers collègues, qu’être prise au sérieux, et je ne doute
pas qu’en dehors des autres démarches qui avaient été tentées
déjà par dés amis de la justice, la mienne, je dois dire plutôt la
vôtre, n’ait exercé beaucoup d’influence sur le succès de l’affaire.
Peu de jours après, en effet, une enquête a été ouverte sur les
motifs qui avaient provoqué la destitution de nos collègues, et

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

$74

ses résultats, dont j ’ignore la teneur, sont en ce moment sous les
yeux de M. le Ministre du ressort. Tout fait espérer qu’une solu­
tion favorable ne tardera pas à être obtenue.
Permettez-moi de vous l’exprimer, Messieurs et chers collè­
gues, en matière de loyauté, de confraternité, persistons toujours
dans la même voie, montrons-nous solidaires les uns des autres,
sans consulter jamais nos sympathies ou nos antipathies ; ici-bas,
et par le temps qui court, il ne suffit pas de se tenir éloigné du
mal, mais il faut encore donner les mains au bien toutes les fois
qu’on le peut.
Il ne me reste plus maintenant qu a remercier mon honorable
et distingué confrère, M. le docteur Villard, mon prédécesseur,
des bonnes paroles qu’il a bien voulu m’adresser en quittant le
fauteuil. Je le lui ai déjà dit devant vous l’autre jour, son amitié
pour moi l’a aveuglé sur mes faibles mérites. — Vu les pénibles
circonstances que nous traversons, il m’est permis de douter que
mon passage à la présidence laisse autant de traces dans vos an­
nales que le sien, car le vent ne souffle guere en ce moment aux
travaux scientifiques, mais ce qu’il m’est permis d’affirmer hau­
tement, c’est que sous les rapports du dévouement, du zèle et
surtout du maintien de la morale professionnelle, je saurai me
montrer son émule et remplir rigoureusement mon devoir sans
jamais regarder en arrière. M. Jules Simon l’a dit, dans l’un de
ses plus remarquables traités philosophiques :
« Ceux-là même qui ne font le bien que par raison, qui se rési­
gnent simplement au devoir et ne s’arrachent qu’avec peine, pour
lui obéir, aux séductions de l’amour-propre et du monde, aiment
encore ce maître inflexible en dépit de ce qu’il leur coûte, et goû­
tent une joie austère parce que le devoir naît de l’amour de la
justice qui est naturel à l’homme et émane lui-même de Dieu. »
Cette pensée est pleine de vérité, Messieurs et chers collègues,
et vu les sentiment qui vous animent, je ne crois pas utile de lui
douner ici plus de développement. Je vous rappelerai toutefois en
terminant que, si la Société de médecine de Marseille est encore si
vivace après plus de 80 ans d’existence et en dépit de l’excès de la
centralisation, elle le doit certainement aux bons exemples qu’elle
n’a cessé de donner en toute occurrence ; à son dévouement dans
les calamités publiques, en un mot au zèle et à l’abnégation
qu’elle a toujours apportés dans l’accomplissement de ses devoirs.

�272

SEUX FILS.

NOUVELLES DIVERSES.
Par autorisation de son excellence M. le Ministre de l’instruc­
tion publique, deux concours seront ouverts en octobre et no­
vembre 1871 à l'Ecole de médecine et de pharmacie de Marseille;
le premier pour une place de prosecteur, le deuxième pour une
place de professeur suppléant (chaires de chirurgie et d’accouche­
ment). Nous sommes heureux de cette décision, qui prouve une
fois de plus la généralisation du principe essentiellement juste,
du concours.
— Par arrêté de M.le Préfet des Bouches-du-Rhône, M. Dubiau,
médecin en chef de l’asile des aliénés de Bordeaux, a été nommé
médecin en chef de la section des hommes à l’asile public des
aliénés de Marseille, en remplacement de M. le docteur Sauze
appelé à d’autres fonctions.
Par arrêté du même jour, M. le docteur Hildebrand, médecin de
l’asile d’aliénés de Stephenfield, a été nommé médecin en chef de
la section des femmes à l'asile public des aliénés de Marseille, en
remplacement de M. le docteur Lachaux, démissionnaire.
— Les écoles vétérinaires d’Alfort, de Lyon et de Toulouse se­
ront ouvertes à partir du I" octobre prochain. Les élèves de 2\
8* et 4° années d'études devront être rendus h l’école à cette date,
en écrivant d’avance au chef de l’établissement.
Les jeunes gens qui voudront se présenter pour l’admission au­
ront à adresser leur demande au ministère de l’agriculture et du
commerce (direction de l’agriculture, premier bureau), en pro­
duisant k l’appui toutes les pièces déterminées par le pros­
pectus.
Les demandes d'admission qui ont été envoyées au ministère
en 4870 et qui n'ont pas été suivies d’effet k cause de la guerre,
ne seront considérées comme bonnes et valables qu’autant que les
pétitionnaires écriront qu’ils persistent.
— Le conseil municipal de Lyon a affecté une somme de trois
millions k l’établissement d’une faculté de médecine dans cette
cité. Les fonds sont votés, mais sont-ils disponibles?
— M. le docteur Piorry a publié son rapport sur les fameux
squelettes de l’église Saint-Laurent. 11 résulte de ce document
que les squelettes étaient les restes de personnes qui avaient dé­
siré être enterrées dans les caveaux de ladite église et que,
d’après une note de Dulaure, l'historien de Paris, ils devaient
avoir neuf cents ans d'antiquité.
— La fièvre jaune fait de grands ravages k Buenos-Ayres.
Douze mille personnes sont mortes en l’espace de deux mois et
demi dans cette ville, dont la population s’est trouvée soudaine­
ment réduite, par la fuite de ses habitants, de 200,000 k i0,000
âmes.
D‘ S eux Fils.
A. F abre .

( a n c ie n n e U n io n M é d ic a le do la P ro v e n c e )

8me Année. — N ° 8. — 20 Août 1871.

QUATRIÈME SÉRIE

D’OBSERVATIONS DE CHIRURGIE USUELLE
Coulpte-rcudu de la clinique chirurgicale de l'Hùlel-Dieu de Marseille
P endant le sem estre d'été de 1 8 0 9 ,
PAR LE PROFESSEUR SIRUS-P1RONDI.
(Suite et fin.)

§4. — Corps étrangers dans L'oreille et dans les narines.
L’application du procédé dit levier hydraulique (3) à l’extraction
des corps étrangers engagés dans le conduit auditif externe
a été si souvent renouvelée depuis 1853, que je ne citerais pas
le fait suivant, s’il n’avait fallu modifier la forme et la
courbure de la canule pour parvenir à l’engager entre le corps
étranger et la muqueuse auriculaire.
Observation. — Un enfant de huit ans, s’introduit un grain

de café dans l’oreille, l’enfonce le plus possible et ne peutplus
l’enlever. Pendant quelques jours il n’ose dire à ses parents
la cause des vives douleurs qu’il accuse à l’oreille gauchej il
finit pourtant par avouer la petite faute commise, et on le
conduit k l’Hôtel-Dieu. En projetant une vive lumière dans
le conduit auditif l’aide du miroir ophthalmoscopique, j ’y
constate de l’inflammation avec rougeur et gonflement con­
sidérables; le corps étranger apparaît au fond d’un in l’un-

�274

SIRUS-PIRONDI.

dibulum, il y est enchàtonné, et je juge au moins inutile de
renouveler, pour le moment, les tentatives déjà faites en ville
pour l’extraire. Application de six sangsues derrière l’apo­
physe mastoïde ; injections deux fois par jour d’eau de
tilleul légèrement belladonnée; instillation, pendant la nuit,
de quelques gouttes d’huile dejusquiame. Ce n’est qu’après
huit jours de soins locaux minutieux que le conduit auditif
externe permet enfin de pouvoir arriver sur le bord supérieur
du corps étranger avec la petite canule droite d’Anel, mais
il est impossible de la pousser assez loin pour pouvoir faire
pénétrer l’eau au delà du grain de café ; le bout de la canule
s’enfonce dans un tissu ramolli et y provoque de très vives
douleurs. Je remplace la petite canule droite par celle dite de
Laforest et primitivement destinée, par l'inventeur, au cathe­
térisme du canal nasal (par son orifice inférieur) et cette
fois, grâce à la courbure de la canule ou à son calibre —
peut-être à ces deux circonstances réunies — je parviens à
faire passer quelques gouttes d’eau en dedans du corps
étranger, lequel, à la troisième tentative d’injection, subit
un mouvement de bascule très-prononcé et glisse bientôt
vers l’entrée du conduit auditif d’où l’extraction ne pouvait
plus présenter la moindre difficulté.
Ce même procédé du levier hydraulique m’a également
réussi chez une autre enfant âgée de six ans qui s’était
bourré le haut de la narine droite avec un gros fragment
d’écorce d’orange roulé sur lui-même et formant bouchon,
Depuis onze jours de nombreuses tentatives d’extraction
avaient été inutilement renouvelées. Le gonflement consi­
dérable de la muqueuse, joint aux mucosités durcies et
formant une croûte dure et épaisse tout autour et au dessous
de ce bouchon, n’avaient pas cédé à l’application de fumi­
gations émollientes ni à l’emploi de bains locaux prolongés
le plus longtemps possible ; je tentai alors de passer en
arrière et en haut du corps étranger avec la même canule
de Laforest, adaptée à la petite seringue d’Anel, et à la qua­
trième injection, le levier hydraulique avait produit un
déplacement suffisant pour pouvoir saisir et extraire le bou­
chon à l’aide de petites pinces longues et plates.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

il o

§ 5. — Parmi les opérations graves qui ont été pratiquées
dans ce semestre, j ’ai mentionné (p. 6) Yablation d’une large
surface de tissu inodulaire rétracté et formant une espèce de
corde inextensible qui maintenait la cuisse complètement fléchie
sur le tronc. Je crois d’autant plus utile de revenir mainte­
nant et de donner quelques détails sur ce fait, que j ’ai pu
aujourd’hui même (deux ans après l’opération) constater l’heu­
reux résultat définitivement obtenu.
Observation. — Par suite d’une coïncidence, qui n’est pas
rare dans les hôpitaux des grandes villes, nous recevons dans
les salles de la clinique, et à deux jours de distance l’un de
l’autre, un jeune garçon âgé de 15 ans et une jeune fille âgée
de 17 ans, atteints tous les deux d’une difformité très-grave,
identique des deux côtés, et produite par un accident sem­
blable : chute, à l’âge de deux à trois ans, dans un brasier,
d'où brûlure intéressant toute la région antérieure de l’ab­
domen et de la cuisse jusqu’au dessus de la rotule, avec cette
seule différence que c'est, le côté gauche qui a été le plus mal­
traité chez le garçon, et le côté droit chez la jeune fille.
Le résultat final de ces deux brûlures, tel que nous pouvons
le constater actuellement, est le suivant : vaste cicatrice eu
éventail qui s’étend, en prenant le pli de l’aine pour centre,
de l’épigastre au genou, et d une crête iliaque à l’autre; au
milieu de cette surface cicatricielle se trouve un long inodule,
vrai corde tibreuse, d’une épaisseur très-considérable et qui,
dirigé de haut en bas et de dedans en dehors, maintient la
cuisse fléchie sur le bassin à angle complètement droit et ne
permet pas la moindre extension ; l’ombilic occupe le pli de
l’aine, et les organes génitaux, surtout chez la jeune lille, sont
en partie masqués par la corde inodulaire qui, déjetée un peu
en dedans, forme pour ainsi dire tablier.
Ayant inutilement essayé d’assouplir le tissu rétracté à
l’aide de divers moyens locaux, je propose l’opération à la
jeune fille d’abord, qui la refuse, et quitte bientôt l’IIôtelDieu. — Le jeune homme est au contraire impatient de se
faire opérer et insiste pour qw'onlui redresse la jambe, quelles
que soient les conséquences possibles de l'opération.

�276

SIRUS-PIRONDI.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

Deux incisions, réunies inférieurement en V, circonscrivent
la partie crurale de la cicatrice, qui s’étend, avons-nous dit,
jusqu’à la rotule; le centre de l'inodule, transformé en tissu
fibreux très-compacte, est excisé, et tout ce qui reste du tissu
cicatriciel est disséqué avec soin et glissé de bas en haut, ce
qui permet à l'ombilic de regagner immédiatement sa situa­
tion normale. Les deux lambeaux, consécutifs à l'excision
centrale, sont réunis entre eux par quelques points de suture
entortillés, et la plaie fémorale est pansée avec des bandelettes
de linge imbibées d’eau phéniquée et recouvertes de plumas­
seaux de charpie fréquemment arrosés de ce môme liquide.
Malheureusement, les lambeaux se trouvant en grande
partie composés d'un tissu où l’élément vasculaire n'est ja­
mais abondant, tant s'en faut, se mortifient peu de jours
après 1opération, et nous laissent en présence d’une plaie
énorme dont la cicatrisation a réclamé près de six mois de
soins assidus. Cependant la jambe a repris ses fonctions sans
difficulté aucune ; l’articulation est libre dans tous ses mou­
vements, le jeune homme se tient et marche parfaitement
droit sans éprouver aucune gêne, et il quitte l’Hôtel-Dieu
très-satisfait du résultat obtenu, malgré la longueur du trai­
tement consécutif à l’opération.
Je n étais pas, je l'avoue, aussi rassuré que lui sur le succès
définitif de notre opération ; aussi est-ce avec une vive satis­
faction que j'ai pu m’assurer, tout dernièrement, de l’état re­
marquable de la nouvelle cicatrice. Dans l'espace de vingt
mois il n'y a pas eu de rétraction sensible; l’ombilic est
légèrement dévié en bas et à gauche, mais ce faible dépla­
cement n’a été subi que par la demi-circonférence inférieure ;
le pli de l’aine est complètement dégagé et la cicatrice cru­
rale est très-régulière, assez souple et tout à fait indépendante
de la cicatrice abdominale-. On peut donc considérer le succès
comme définitivement acquis.
Je ne pourrais certes affirmer que le même résultat eût été
obtenu chez la jeune fille si elle avait consenti à se laisser
opérer. C’est probable. En tous cas, le fait qui précède est un
encouragement pour les chirurgiens qui se trouvent en pré-

277

sencede difformitéssemblables. Il faut seulement s’astreindre
à de minutieuses précautions, dont aucune n’est à dédaigner,
quand il s’agit d’obtenir une bonne cicatrisation ; et je signa­
lerai plus particulièrement l’utilité de maintenir le membre
pelvien dans une extension complète, et de placer les bande­
lettes phéniquées de telle façon qu’elles ne présentent pas la
même direction dans toute l’étendue de la plaie; celles de la
région crurale ont été posées circulairement, c’est-à-dire per­
pendiculairement à l’axe du membre, et celles placées sur
l’abdomen affectaient une direction oblique, parallèle aux
fibres du muscle oblique externe ou grand oblique. Ces deux
systèmes de bandelettes s’arrêtaient au pli de l’aine sans se
confondre ; quant à cette dernière région, elle étaiten quelque
sorte remblayée par une mèche de charpie longue, toujours
imbibée d’eau phéniquée. Que ce mode de pansement ait em­
pêché le tissu cicatriciel, formé dans ces conditions, de se re­
tracter plus tard, je n’oserais certes l’affirmer; mais ce n’est pas
la première fois que je crois observer un fait qui serait assez
curieux si d’autres le confirment : c’est que les bourgeons cica­
triciels, en se transformant en tissu, semblent suivre la direc­
tion qui leur est passivement tracée par les pièces de panse­
ment avec lesquelles ils se trouvent immédiatement en
contact. Si ce n’est pas là une illusion, on comprend tout le
parti qu’on peut tirer d’un pareil fait pour empêcher la for­
mation de cicatrices viçieuses.
Je ne quitterai pas cette observation sans mentionner encore
une circonstance qui s’y rapporte et qui a motivé, de la part
d’un de nos collègues, une curieuse tentative : les lambeaux,
avons-nous dit, se sont sphacélés peu de jours après l’opéra­
tion; le sphacèle paraissait tout d’abord avoir atteint toute la
surface cutanée soumise à la dissection ; cependant deux petits
points placés vers le centre du lambeau gauche, et n’arrivant
pas à l’étendue d’un centimètre, étaient restés intacts, et déjà
adhérents, au milieu du tissu mortifié qui les entourait lequel,
eu se détachant, abandonna ces deux Ilots sur place, absolu­
ment comme une boutonnière abandonne le bouton qui la
traverse. Ces deux ilôts formèrent bientôt deux centres autour

�2 :8

SIRUS-PI RONDE

desquels la cicatrisai ion marchait assez vite, et la guérison
n’eùt pas été si longue à obtenir, j ’en ai l’intime persuasion,
si on avait pu multiplier à volonté ces centres d’irradiation
cicatricielle. N’ayant pas pu tenter l’expérience sur mon
opéré, j'engageais notre distingué collègue, M. Queirel, chef
de service à l’hôpital de la Conception, à essayer cette trans­
plantation d’un petit lambeau de derme au milieu d’une vaste
plaie dorsale qui se trouvait en traitement audit hôpital. Cette
première expérience, qui semblait d’abord devoir réussir, a
échoué, mais j’engagerai d'autant plus vivement mes con­
frères à la renouveler q u e, depuis cette époque , les intéres­
santes recherches de M. Reverdin sur la greffe, épidermique [l),
et les heureuses applications de la méthode qu'il préconise,
faites en France et en Angleterre, ne me laissent pas le
moindre doute sur le succès réservé à cette opération complé­
mentaire, soit qu’on s’en tienne aux semis épidermiques, tels
que les propose M. Reverdin, soit que l’on greffe un lambeau
de peau coupé, dans toute son épaisseur,comme je l’avais con­
seillé à M. Queirel et comme l'a fait — et réussi — plus tard
Henry Lee (2).
§ 6. — J'ai encore cité, parmi les opérations d’une cer­
taine importance, deux ligatures de l’artère humérale. Les
deux faits que je vais brièvement rappeler à ce sujet auraient
pu trouver place dans la sixième catégorie, mais les plaies
artérielles diffèrent évidemment des plaies ordinaires, autant
par leur gravité , dans la plupart des cas, que par le traite­
ment spécial qu’elles réclament; c’est ce qui m ’a déterminé
à les comprendre dans les lésions et accidents divers.
Observation. — On amène à l’Hôtel-Dieu un jeune homme

de 21 ans, se trouvant encore sous l’influence de nombreuses12
(1) Communiquées par M. Guyon A la Société de Chirurgie. Séance du
15 décembre 1869.
(2) Gazette des Hôpitaux du 28 juillet 1870 ; lisez Lu Grefj'e épidermiqur
dans les hôpitaux de Londres . par M. le I)r Fort.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

270

libations et qui nous raconte avoir voulu se suicider en se
donnant un coup de couteau........ au bras gauche 1 La vérité
est qu’en se battant avec une femme il a reçu un violent coup
de ciseaux pointus, instantanément suivi d’une forte hémor­
rhagie. Conduit d’abord dans une pharmacie voisine, on arrête
la perte de sang en établissant, d’une manière très-intelli­
gente, un bandage compressif autour du bras et surtout à sa
région interne, où une petite planchette s’étend du coude au
creux axillaire ; c’est presque le bandage de Guattani ou, pour
mieux dire, de son prédécesseur Genga. Mais on avait négligé
d’établir une compression complémentaire, indispensable,
autour de la main et de l’avant-bras, d’où gonflement, douleurs
très-vives et nécessité regrettable de défaire l’appareil. L’hé­
morrhagie recommence aussitôt et nous constatons que le jet
de sang est fourni par le bout supérieur de l’artère humérale,
coupée en travers en même temps qu’une partie du biceps.
Nous jetons un fil autour de l’artère et procédons immédia­
tement à la recherché de son bout inférieur qui se trouve
assez profondément caché au milieu des fibres, plutôt déchi­
rées que coupées , du biceps. Un second fil est jeté sur ce
bout et le pansement de la plaie était déjà terminé lorsque
l’hémorrhagie recommence; le sang arrive cette fois parle
bout inférieur de l’artère dont la ligature a complètement
coupé des tuniques préalablement mâchées par l’instrument
vulnérant. Une seconde ligature est placée à un bon centi­
mètre plus bas et aucun accident n’a entravé la prompte cica­
trisation de la blessure.
Il aurait peut-être mieux valu, du premier coup, porter la
ligature un peu plus loin du point vulnéré et se méfier de
tissuscontus et déchirés; mais la dissection la mieux faite
expose toujours la région à une inflammation suppurative, et
tout en reconnaissant le danger qu’aurait couru le blessé si
l’hémorrhagie par le bout inférieur s’était présentée plus tar­
divement, il faut convenir aussi que les inconvénients d’une
dissection trop prolongée ne sont pas imaginaires.

�280

SI RUS-PI RONDI.

Observation. — Un ouvrier, âgé de 18 ans, employé ù une
scierie de marbre, a la main droite labourée par une scie
mécanique; la lésion principale siège au milieu de la région
palmaire. Pendant les huit premiers jours, trois plaies trans­
versales, s’étendant du 2“ au 5* métacarpiens, semblent
marcher vers une cicatrisation régulière et le blessé se contentaitde venir tous les matins se l'aire panser à l’Hôtel-Dieu ;
mais au neuvième jour, une effroyable hémorrhagie se dé­
clare, et le sang est fourni, tantôt par petits jets, tantôt eu
larges nappes, par deux des plaies palmaires. On tamponne les
plaies avec des plumasseaux de charpie imbibée de perchlorure
de fer, on comprime méthodiquement les artères radiale et
cubitale et on fléchit fortement le poignet sur l’avant-bras.
L'hémorrhagie parait arrêtée pendant trois jours, puis elle
recommence avec force; le malade a beaucoup pâli, a eu un
peu de délire dans la nuit, et il est dans un état général tel à
ne pouvoir supporter une nouvelle perte de sang. Nous lions
l’artère humérale à sa partie moyenne, en dedans du muscle
coraco-brachiai ; l’hémorrhagie n’a plus reparu, la cicatrisa­
tion des plaies palmaires a marché normalement et les fonc­
tions de la main sont restées intactes.
Il ne fallait pas songer ici à lier directement les artères de
l’arcade palmaire au fond des plaies ; en supposant qu’il fut
possible d’isoler toutes celles qui étaient lésées, sans exposer le
blessé à une nouvelle hémorrhagie qui eût été mortelle, la
ligature aurait échoué sur des tissus violemment déchirés par
les dents de la scie, et par cela même meurtris et ramollis. Je
n'ai pu m’arrêter non plus à l'idée de lier la radiale et la cu­
bitale, car un fait observé quelques années auparavant, dans le
service chirurgical d’un de mes collègues, m’avait prouvé que
l’hémorrhagie peut encore, en pareil cas, se reproduire malgré
cette double ligature, et réclamer, comme ressource extrême
— avant l'amputation —la ligature de la brachiale. Mieux
valait pratiquer d’emblée cette dernière opération, et le résul­
tat a légitimé cette détermination.

CLINIQUE CHIRURGICALE.

281

§7. — Je terminerai cette 4* série d’observations de chi­
rurgie usuelle par un fait qui se rattache, lui aussi, quoique
moins directement que les précédents, aux plaies vasculaires.
L"ongle entré dans les chairs est une lésion aussi bénigne
que commune, mais contre laquelle on est souvent appelé à
intervenir activement, attendu que toute bénigne qu’elle est,
cette lésion occasionne souvent une incapacité de travail con­
tinu ou temporaire, sujette d’ailleurs à de fréquentes re­
chutes. Sauf indication spéciale de n}attaquer que les parties
molles pins ou moins ulcérées, c’est ordinairement l’ongle en
entier que j ’enlève par le procédé de Long, modifié de la ma­
nière suivante : je pousse vivement la spatule, d’avant en
arrière, au-dessous de l’ongle, que je luxe en haut, en le ren­
versant sur la phalange. L’opération est précédée par l’appli­
cation de l’anesthésie locale,c’est-à-dire de la réfrigération par
le mélange d’Arnott (glace et sel); en quelques minutes la
phalange subit un abaissement considérable de température
et reste complètement insensible à l’opération, quelque dou­
loureuse qu’on la suppose.
Jusqu’à présent, ce système de réfrigération nous avait offert
deux avantages : l'anesthésie et la suppression de tout écoule
ment de sang. L’anesthésie reste toujours acquise, mais le
dernier arrachement d'ongle incarné, pratiqué dans nos salles,
a été suivi d’une forte hémorrhagie que je n'ai pu arrêter que
par trois applications successives de perchlorure de fer. Faut-il
attribuer cet accident — qui n’a eu ici d'autre résultat sérieux
que de retarder de plusieurs jours la cicatrisation de la plaie—
à une vascularité exceptionnelle chez l’opéré? ou à l'afflux
sanguin provoqué par la réaction consécutive au retour de la
chaleur? Un accident analogue a été observé par M. Richet,
après l’excision d'un phymosis (1), et je crois comme lui que
l’action du froid n’a pas été étrangère à la production de l’hé­
morrhagie. Cependant, si je liens compte de la rareté de cet
accident, par rapport au fréquent et utile usage que j'ai fait
(1) Nouveau dictionnaire de médecine et île chirurgie pratiques
p. 3i2.

loin'1 II.

�282

SI RUS-PI R0ND1.

de la réfrigération, comme moyen d’anesthésie locale, je n’hé­
siterais pas à recommander l’application du mélange de glace
et de sel toutes les fois qu’il s’agit de supprimer la douleur
dans une opératiou de courte durée et lorsque la région sur
laquelle on opère ne présente pas — c’est presque inutile de
le dire — une contre-indication spéciale.

Et maintenant, en livrant au public le dernier compte­
rendu de mon service dans les hôpitaux, qu’il me soit permis
de prendre congé de ceux qui, pendant longues années, m’ont
prêté leur appui et leur bienveillant concours dans l’accom­
plissement de ma tâche, en leur offrant ici le sincère hom­
mage de ma vive gratitude. Fréquemment renouvelée, mais
toujours composée d’hommes intelligents, charitables et dé­
voués, l’Administration des hospices s’est constamment asso­
ciée,avec le plus louable empressement, aux diverses demandes
formulées dans l’intérêt des pauvres malades, et j ’ai l’intime
conviction qu’elle s’associerait, avec non moins de zèle, à
toutes les modifications réglementâmes — disons même aux
réformes — qu’on pourrait lui proposer ; mais il importe de
lui en démontrer d'abord l’utilité, à défaut de quoi on ne
s’écarte jamais volontiers d’anciennes traditions administra­
tives. Dans ce but, il serait à souhaiter que l’élément médical
eut une plus large part dans l’administration. Je ne puis
ignorer, sans doute, qu’en différentes occasions la commission
a spontanément sollicité l’avis des médecins sur des questions
spéciales, mais je sais aussi la différence qu'il y a entre un
avis officieux, émis avec voix consultative, et une discussion
sérieuse soutenue par des voix délibératives.
Quoi qu’il en soit, en augmentant, dans une proportion
même modérée, — un tiers par exemple — le nombre des mé­
decins attachés à cette commission, on augmenterait ainsi le
nombre de rapports directs entre les administrateurs et le
nombreux personnel qui fréquente les hôpitaux, en commen­
çant parles Élèves de l’Ecole de médecine; et, sans s’ériger en
moraliste, ou peut faire observer que. pour tous ceux qui'ont

CLINIQUE CHIRURGICALE.

une part quelconque d’autorité à exercer, on ne saurait trop
multiplier les moyens de faire entendre de sages et utiles
conseils à une jeunesse dont le cœur est foncièrement bon et
honnête, mais dont l’inexpérience est incessamment exploitée
par de soi-disant réformateurs qui, sous prétexte de préparer
une ère de rénovation sociale, commencent par nier Dieu et
finissent par semer d’abord la méfiance puis la discorde, par­
tout où il serait cependant facile de voir régner la paix et une
mutuelle bienveillance. Et je dis facile sans hésitation aucune,
attendu que pour ce qui concerne plus particulièrement
notre petite sphère d’action, tous les chefs de service convien­
dront avec nous que la jeunesse des Écoles sait comprendre
et même accueillir avec sympathie un langage ferme, fùt-il
sévère, alors qu’il est dicté par une paternelle sollicitude.

�284

ALYARENGA.

PERFORATIONS DU CŒUR.

285

Longet. Ce ne seront, du reste, que de très courtes notions et
l’indication de quelques points du développement de l’appareil
circulatoire.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGÉNIE
DES COMMUNICATIONS
ENTRE LES CAVITÉS DROITES ET LES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR (1)

Par le D' P.-F. DA COSTA ALYARENGA,
Professeur à l'École de Médecine de Lisbonne.

( Voir les numéros d’Aoùl et Octobre 1870. Avril et Mai 1871.)

CHAPITRE II.

PATHOGÉNIE

$ I".
-Yotions embryologiques.
Nous pourrions, peut-être, entreprendre maintenant letude de
l’étiologie et de la pathogénie des perforations cardiaques; mais
comme il faut que nous établissions d’abord quelques points
d’embryogénie, il nous paraît préférable de les exposer pour ne
pas gêner l’exposé de nos idées.
Nous nous efforcerons de résumer, autant qu'il sera possible
et seulement pour ce qui concerne le coeur et les gros vaisseaux
artériels, les opinions des embryologistes les plus autorisés et
qui se trouvent dans les ouvrages de Burdach, Muller, Béclard et
I) Traduit du portugais par le Dr E.-L. Berlherand.

Première circulation. — À la fin de la première quinzaine, alors
que commencent a se dessiner les ébauches des vaisseaux (sur
le feuillet interne de la vésicule blastodermiquc, où se forme le
point terminal) et du cœur (dans la région céphalique, au niveau
de la cavité cardiaque), cet organe est constitué par un petit tube
cylindrique avec une cavité unique (I), donnant naissance par
une extrémité (partie antérieure ou supérieure), a deux vaisseaux,
deux artères qui s’appellent arcs aortiques ou aortes, — et par
l'autre extrémité (à la partie postérieure ou inférieure), à deux
autres vaisseaux qui reçoivent le nom de veines omphalo-mésentmques.
Les arcs aortiques, en se recourbant en bas et descendant accolés
a la paroi postérieure du corps de l’embryon, fournissent les
deux artères omphalo-mésentériques par lesquelles le sang, en
majeure partie, est distribué à la vésicule ombilicale, et dont
les ramifications terminales divisent le reste du sang dans
l’embryon.
Les veines omphalo-mésentériques, conduisent vers le cœur le
sang des diverses parties (soit aux extrémités, soit dans d’autres
régions).
Le cœur, ou tube cardiaque, se contourne bientôt de la ligne
droite en une courbe en forme d’S, et entre en systole et diastole
peu-à-peu, les vaisseaux se déploient; le liquide qu’ils contiennent
prend l’aspect sanguin ; le cœur se courbe chaque fois d’avantage
et accélère ses mouvements.
Ainsi s’établit la circulation primitive, première circulation, cir­
culation blastodermique, qui se complète dans le cours du premier
mois. Le sang est poussé dans le cœur par les arcs aortiques, d’où
il est conduit à l’embryon et à la vésicule ombilicale, retournait
de ces parties vers le cœur, où il entre par les veines omphalomésentériques.
(1) Suivant Reicherl, le cœur, dans sa phase initiale, est entièrement
solide et non pas creux, et suit la môme direction que les vaisseaux qui en
émergent. C’est plus tard que le cœur commence ù se canaliser, en formant
les cellules internes et le premier vestige du sang. Cette observation, si elle
est bien exacte, a plus de valeur, elle n’est pas contraire aux idées reçues
et généralement suivies.

�286

AL Y.YK10NOA.

A la fin du premier mois, la circulation passe par une période
de transition, qui concerne la circulation de la vésicule ombicale, laquelle disparaît peu-à-peu, et la vésicule allantoïde, la­
quelle commence à se former. Les modifications de l’appareil
circulatoire ne nous intéressent plus jusqu’il la fin de cette
période, c'est pourquoi nous passerons outre.
Second? circulation. — Dans le cours du second mois, l’appareil
vasculaire du foie ec complète; dans le troisième mois, nous
voyons établie la circulation qui doit faire vivre le fœtus jusqu’à
la naissance.
Dans le cœur, qui s’est progressivement contourné, comme
nous l ’avons dit, se recourbant inférieurement à son extrémité
artérielle et supérieurement à son extrémité veineuse, se mani­
festent trois élévations ou dilatations : l'une, auriculaire, située
à droite et en arrière, se transforme en un sac veineux ou auri­
culaire; l’autre, ventriculaire, forme le compartiment des ventri­
cules, et, suivant quelques auteurs, le ventricule droit seulement;
la troisième, aortique, correspond au point où l'aorte pénètre
dans le cœur, c'est l’endroit appelé bulbe aortique, auquel
correspondrait, suivant quelques auteurs, le ventricule gauche (f).
Nous avons donc déjà là un vestige de cœur avec deux sections,
l’une auriculaire, l'autre ventriculaire, bien que la communica­
tion soit établie.
A la fin du deuxième mois, la cloison interventriculaire est
complète ; quant à la cloison auriculaire, elle se forme du troi­
sième au quatrième mois, laissant de cette façon une large ouver­
ture. trou orale. Ecker a vu, chez un embryon de près de six
semaines, la cloison ventriculaire munie d’un bord en forme de
croissant. Kolliker a trouvé, dans le cœur d’un embryon de près
de quatre semaines, une cloison rudimentaire : elle se complète
dans la septième semaine.
Nous avons ainsi, et bien mieux qu’auparavant, la représenta­
tion d’un cœur à trois cavités, deux ventricules et une oreillette
(les oreillettes n étant pas encore séparées l’une de l'autre).

(1) Le rétrécissement ou coarctation, qui existe entre la première et la
seconde dilatation, a été appelé canal auriculaire : et celui qui sépare la
seconde de la troisième, a reçu le nom de détroit de Haller (fretum Hallrri).

PERFORATIONS DU CŒUR.

287

Les arcs aortiques se développent du côté céphalique et forment
la crosse de l’aorte les artères pulmonaires, les carotides, les
sous-clavières et leurs rameaux.
Disons, dans le résumé le plus succinct, comment s’opèrent
ces métamorphoses successives.
La première dilatation ou auriculaire, qui est à droite et en
arrière, présente, peu après son apparition, dans les côtés oppo­
sés, deux petites élévations ou bourses, qui sont les appendices
auricidaires. La division, en deux oreillettes, de cette dilatation,
qui se développe dès lors avec rapidité, se fait plus tard au
moyen d’une membrane naissant de sa partie supéro-antérieure
et se dirigeant vers la partie inféro -postérieure de la même
cavité. Cette cloison laisse, en arrière, une échancrure seini-lunaire.
Le tronc commun des veines caves se divise, en même temps
que s’agrandit la dilatation auriculaire, en deux veines caves,
l’une supérieure, l’autre inférieure (1).
A cette époque, se forment deux valvules, partant toutes deux
de l’orifice de la veine cave inférieure : l’une du bord antéro-in­
férieur, la valvule d'Eu-stache; l’autre du bord postéro-supérieur,
la valvule ovale. Cette valvule, qui constitue un autre comparti­
ment, naît de la part ie postérieure de la dilatation auriculaire, entre
les embouchures des deux veines caves, et s'allonge bientôt pour
aller à la rencontre de l’autre cloison mentionnée ci-dessus,
représentant, comme celle-ci, mais au sens contraire, un bord
semi-lunaire. De cette disposition résulte une ouverture ovale
qui, plus tard, sera couverte par la même valvule, laquelle con­
tinue de se développer.
La deuxième dilatation, ou ventriculaire, est celle qui prend la
première son développement : elle s’étend, s’épaissit, présente un
sillon à sa surface, et commence à se subdiviser en deux cavités
par une cloison offrant, dans le principe, une petite saillie : elle
naît de la portion concave de la dilatation ventriculaire, puis se
dirige de là, par son bord supérieur, semi-lunaire, autant vers
le bulbe aortique que vers le canal auriculaire (2).
C’est ainsi que se constitue lacloison interventriculaire, dont la
partie supérieure ou base est la dernière à se compléter ; c’est
(1) Jusqu’alors ces veines, comme toutes celles du corps, se terminent en
un tronc commun qui s’ouvre dans la dilatation auriculaire ou sac veineux.
(2) Espace rétréci qui sépare la dilatation ventriculaire de ['auriculaire.

�28S

AL VA RENGA.

même ainsi qu'elle devient membraneuse pour constituer l'espace
membraneux interventriculaire sous-aortique, que nous décri­
vons.
Quand cette cloison arrive près de la base de la cavité, l'ouver­
ture auriculo-ventriculaire, jusque là unique, se divise en deux,
une droite et l'autre gauche, succédant elle-même au détroit de
Haller. Ces deux orifices assurent la communication de chacun des
ventricules, premièrement avec la cavité auriculaire, ensuite
(la cloison inter-auriculaire étant formée) avec l’oreillette respec­
tive. Il n'est pas encore bien démontré comment se forment les
valvules tricuspide et mitrale.
Des deux orifices aortiques, l'un communique avec le ventri­
cule droit et l’autre avec le gauche.
Le bulbe aortique, dans les oiseaux et les mammifères, disparaît
de bonne heure; il s’allonge, forme la crosse de l’aorte, se tord et
se subdivise en deux canaux, qui communiquent : l’un, avec le
ventricule droit, et l’autre, avec le gauche: On ne sait pas d'une
manière certaine comment se forment les valvules sigmoïdes:
c’est à peine si l'on connaît le mode de développement du péri­
carde.
Nous avons dit que, dans la première circulation, partaient du
tube cardiaque deux arcs aortiques. Avec le développement de
l’embrvon, plusieurs arcs se fondent successivement au nombre
de cinq de chaque côté, jusqu’à ce qu’ils ne coexistent plus par
la disposition plus rapide des deux parois.
Ces nouveaux arcs naissent du bulbe aortique et se versent dans
les deux arcs primitifs.
Il persiste, pendant un certain temps, seulement trois paires
d’arcs : deux de ces arcs, les antérieurs de l’un et de l’autre côté,
se convertissent en carotides et en sous-clavières; le second de
gauche forme l’aorte définitive; le second de droite s’oblitère ;
la troisième paire constitue l’artère pulmonaire.
C’est de l'un des vaisseaux delà division du bulbe,—l'antérieur
qui vient du ventricule droit, et appartient à la troisième paire
des arcs aortiques, — que les artères pulmonaires tirent leur ori­
gine : ce sont les mêmes arcs qui, à une certaine époque, ont
formé les origines de l'aorte.
Avec le développement des artères pulmonaires, la racine
droite de l’aorte s’atrophie et disparaît; puis, après avoir formé,
pendant un certain temps, un canal anastomotique, canal artériel

PERFORATIONS DU CŒUR.

289

droit, entre l'artero pulmonaire droite et l’aorte descendante, la
racine gauche de l’aorte s’atrophie également, mais seulement
dans la portion qui réside entre l’artère pulmonaire gauche et la
crosse de 1aorte, se réduisant ainsi a un simple canal de commu­
nication entre la crosse et l’artère pulmonaire. C’est ce vaisseau
anastomotique qui a reçu le nom de canal artériel de Bolal ou
canal artériel gauche. Le deuxième arc aortique gauche se dilate
et se transforme en véritable crosse de l'aorte.
Ainsi se passent les principales phases de l’appareil circulatoire,
d'après les embryologistes, pour atteindre le développement com­
plet de la seconde circulation, (pii persiste jusqu’à la naissance de
l’enfant, à partir du troisième mois de la vie intrà-utérine. Nous
omettons à dessein tout ce qui a rapport aux veines et au reste
du système artériel, afin de ne rien préciser. C’est pourquoi nous
ne dirons rien de la troisième circulation qui appartient à la vie
extra-utérine et se trouve, du reste, parfaitement connue de tous.

§ il.

Mécanisme de la formation des différentes espèces de communications
inter-auriculaires et inter-ventriculaires.
Communications congénitales par anomalie. — Ces ouvertures sont
constituées dans la cloison auriculaire par le trou ovale, et dans
le compartiment ventriculaire par absence de l’espace membra­
neux sous-aortique (I), ou, en même temps, par absence de la
portion contiguë, plus ou moins étendue, des cloisons dans les
deux compartiments.
Quelle est la cause de cette anomalie ? Quel est le mécanisme
de sa production ?
Les tératologistes ont largement discouru sur l'explication des
vices de conformation; il serait superflu de reproduire ici leurs
idées, d’autant plus quelles n’élucideraient en rien la question
qui nous intéresse. La doctrine de la suspensiion du développement
est celle qui nous semble le plus mériter d’être appliquée aux
anomalies de l’organe central de la circulation.
(1) Consulter lu description de l’espace membraneux sous-aortique dans le
mémoire du docteur Alvxuenoa.

�m

PERFORATIONS DU CŒUR.

ALVARENGA.

Ailleurs, nous avons déjà exposé le développement embryonnaire
des cloisons inter-auriculaire et inter-ventriculaire, ainsi que le
mécanisme de la fermeture du trou ovale : il s’en déduit facile­
ment le mode de production des ouvertures anormales de commu­
nication entre les cavités droites et les cavités gauches du coeur.
Nous avons également dit pourquoi la persistance du trou ovale
était plus fréquente; il est donc inutile de le répéter ici.
Mais quelle serait la raison pour laquelle le développement nor­
mal n’est pas toujours complet ? Manet alta mente repostum.
En vérité, pour les cas de cette catégorie, dans lesquels il n’y h
pas d’autre anomalie ou altération pathologique, qui fasse obsta­
cle au cours du sang à l’ouverture de quelqu’une des cavités du
cœur, nous ne rencontrons pas la raison possible de cette dévia­
tion du plan général de l’organisation. C'est le résultat auquel
nous arrivons, quand nous avons la prétention d’atteindre la cause
première des choses. Les lois qui déterminent les phénomènes
organiques, aussi bien que leurs aberrations, se soustraient bien
souvent à toute explication. On dit que l’anomalie a pour cause
une altération de nutrition ou une constitution primitivement
vicieuse du germe, ce n’est certainement pas donner la raison du
phénomène ; c’est reculer encore plus la difficulté, et non pas la
résoudre. Le professeur Bouillaud dit avec infiniment de justes­
se : o la raison de cette exception aux lois normales de l’évolution
organique, n'est-elle pas un de ces mystères qui se perdent dans
l’obscurité des causes premières? Vouloir expliquer ces infrac­
tions à l’ordre normal, serait fatiguer son esprit en pure perte # (1).
Les anomalies, dont nous nous occupons ici, sont la persistance
de dispositions organiques, normales, à une certaine période de
l’évolution embryonnaire, et représentent les états normaux du
développement complet des animaux inférieurs.
Communications consécutives.— Ces ouvertures sont dues à quelqu’anomalie ou à une lésion de l’appareil circulatoire ou respira­
toire, qui peuvent se vérifier avant ou après la naissance. Elles
consistent dans l’existence du trou ovale, et dans la rupture de
la partie supérieure de la cloison inter-ventriculaire, ou dans
l’absence d’une partie d’une ou de deux cloisons inter-cardiaques.
La cause ordinaire de ces ouvertures est un obstacle à la sortie
du sang du ventricule droit. Le siège le plus fréquent de cet obs-

291

tacle est l’orifico ventriculo-pulmonairo qui est rétréci ou com­
plètement fermé.
Le rétrécissement et l’atrésie de l’orifice de l’artère pulmonaire
peuvent être un vice de conformation primodial, ou un état pa­
thologique, d’où il est résulté une adhérence partielle ou totale
des valvules sigmoïdes.
L'inflammation de la membrane séreuse est une des causes
originelles de ces altérations : « In some of these cases,— dit le
D' Peacock,—the oblitération is probably due to inflammation of
the lining membrane of the vassel (I). d Effectivement on a
observé des traces de maladie ancienne des valvules chez des
petites tilles qui avaient succombé peu de temps après la nais­
sance, ou qui n’avaient jamais respiré : Les D" Obré, Quain,
Ingram ont recueilli des faits de cette nature.
L’observation nécroscopique montre que les ouvertures de com­
munication des oreillettes et celles des ventricules coexistent le
plus souvent avec le rétrécissement, presque toujours très pro­
noncé, de l’orifice pulmonaire. M* Cruveilhier assure que tous les
cas de double communication (inter-auriculaire et inter-ventri­
culaire), consignés dans les archives de la science, présentent en
même temps un rétrécissement très-considérable de l’artère pul­
monaire, lequel paraît dominer toute la lésion(2). Ce fait étant
admis, il est facile d’expliquer la formation des ouvertures inter­
auriculaires et inter-ventriculaires.
Si la Sténochorie où rétrécissement de l’orifice pulmonaire se
fait dans le cours de la vie, elle frelate le sang, qui doit arriver au
ventricule droit, ne pouvant passer ensuite dans l’artère pulmo­
naire, s’accumulera à tergo, dans ce ventricule et dans l’oreillette
droite, et de là passera par l’oreillette gauche dans le trou ovale
qui est ouvert , et qui, loin de se resserrer, sera obligé de s’élargir.
Le sang ramassé dans le ventricule droit peut, par l’énergique
contraction de celui-ci, refluer dans l’oreillette, laquelle y contri­
buera par sa propre dilatation et par celle du trou ovale.
Le ventricule droit, à la suite d’efforts successifs pour vaincre
l’obstacle, -s’hypertrophiera (autre lésion concomittante), con­
servant normale sa capacité, ou l’augmentant ; et l’oreillette droite
se dilatera (ce qui s’observe fréquemment), pouvant également
(1) O/i malformations of the hvman heurt, p. 64, London, 1866.
(i) Op. cit. tom. I. p. 496.

(l) Op. cit. t. il, p. 70b

»

�292

ALVARENGA.

s’hypertrophier, par l'abondance du sang qui afflue dans sa ca­
vité.
La dilatation de l’oreillette est, à son tour, cause de l'élargis­
sement du trou ovale. De cette façon restera établie la communi­
cation inter-auriculaire, par le trou ovale, durant la vie extra­
utérine.
Par des contractions énergiques et réitérées du ventricule
droit, l’espace membraneux sous-aortique peut se rompre, et voila
formée l’ouverture inter-ventriculaire, laquelle *par le passage
successif du sang, s'augmentera, et acquerra des bords lisses et
arrondis, comme il arrive d’ordinaire dans les perforations pri­
mitives,— ou des bords inégaux et rugueux, comme dans les
ruptures cardiaques accidentelles.
C’est ainsi que s’établit dans la base de la cloison la communi­
cation inter-ventriculaire qui persiste dans le cours de la vie
extra-utérine.
Si le rétrécissement où Sténochorie de l’oriflce pulmonaire se
produit au début de l’évolution embryonnaire, alors que la cloi­
son ventriculaire est ainsi incomplète, la communication entre
les deux ventricules se maintient ouverte par le même mécanis­
me, et peut-être plus facilement, par ce que le trou ovale reste
dilaté. La puissance du ventricule droit, supérieure à celle du
gauche, lancera alors l ’ondée sanguine dans celui-ci et dans
l’aorte qui, par sa position, la reçoit facilement, tout comme du
ventricule gauche.
Par obstacle au cours du sang dans l’artère pulmonaire, il se
produit hypertrophie et dilatation du ventricule droit ; la cloison
ventriculaire se dévie, peu-a-peu, vers la gauche, en même temps
que l'orifice aortique, sous le coup de l’ondée sanguine que ce ven­
tricule lui projette avec force, tend k se dilater et a se dévier a
droite : il sera, pour ainsi dire, poussé de ce côté, en approchant
plus ou moins de la direction du ventricule droit.
L'aorte paraît alors naître des deux ventricules, ou seulement
du droit pour y correspondre entièrement, ce dont il existe de
nombreux exemples. De cette manière, il reste, après la naissan­
ce, une ouverture propre a la vie fœtale.
Si ces dispositions anatomiques persistent apres la naissance,
l’artère pulmonaire, ne pouvant fournir aux poumons la quan­
tité suffisante de sang dont ils ont besoin, est remplacée ou
secourue par le canal artériel qui, lui, apportera le sang qu’il

PERFORATIONS DU CŒUR.

293

reçoit alors de l’aorte, compensant ainsi un vice par un autre
vice sans lequel la mort de l’individu serait inévitable (1).
C’est la une loi providentielle, dont nous rencontrons de
fréquents exemples dans l’étude de l’appareil circulatoire. Déjà le
célèbre tératologiste, P Geoffroi Saint-Hilaire, avait écrit dans
son excellent ouvrage, Histoire générale et particulière des anomalies
de l'wganisation chez l'homme et les animaux [Paris, 1832-1836,), ce
passage : « on conçoit très-bien qu’un vice de conformation,
nécessairement mortel s’il existait seul, par exemple, l’oblitération
de l’artère pulmonaire, peut ne plus apporter d’obstacles insur­
montables a l’accomplissement de la vie, si la présence d’une
seconde anomalie doit ouvrir de nouvelles voies k la circulation,
et créer une combinaison qui, quoique doublement contraire k
l’ordre normal, se trouve cependant harmonique. »
On voit donc que la coarctation considérable de l’orifice pulmo­
naire rend compte de la permanence des ouvertures de commu­
nication auriculaire, ventriculaire et pulmo-aortique, existant
normalement k diverses périodes de la vie fœtale, ainsi que des
altérations concomitantes des parois du cœur, sans qu’il faille
recourir-, — dans les cas que nous examinons, k la théorie de la
suspension du développement.
La même cause, la sténose de l’orifice ventriculo-pulmonaire,
peut également expliquer des altérations plus profondes encore
de l’organe central de la circulation ; rapportons-nous k l’imper­
fection ou k l’absence des cloisons intrk-cardiaques , quand la
sténose, et k plus forte raison l’atrésie, de l’orifice pulmonaire se
vérifient dans la première phase de l'évolution cardiaque, alors
qu’ils sont en voie de formation.
Dans les cas que nous venons d’examiner, les ouvertures qui
permettent le mélange du sang veineux avec le sang artériel,
sont des vices congénitaux c est-k-dire, existant déjà au moment
de la naissance, mais en même temps acquis, consécutifs, et non
pas primitifs, parce qu’elles sont le résultat d'une autre lésion qui
peut être un vice primordial d’organisation ou un état patholo­
gique. C’est ici que l’on voit surtout combien est impropre, nous
l’avons déjà d i t , la distinction entre anomalies congénitales
et anomalies accidentelles.
(1) 11 existe plusieurs autres moyens qu’emploie la nature pour suppléer à
un grand rétrécissement ou oblitération de l'oritice ventriculo-pulmonaire,
nous en parlerons ailleurs.

�•291

PERFORATIONS DU CŒUR

ALVARENGA

Mais la même cause, l'obstacle au passage du sang dans l'artère
pulmonaire, ne pourrait-elle être l'origine de ees ouvertures à une
époque plus ou moins éloignée après la naissance? La production
de ce phénomène après l’organisation complète du cœur, doit être
plus difficile; toutefois il ne nous répugne nullement de l’admettre
avec MM, les D7* Bouillaud, Pcacoek, Cruveilhier et autres. Les
faits bien avérés de la manifestation, parfois subite, des symptômes
cardio-pathologiques après la naissance, h un âge plus ou moins
avancé, chez des individus qui avaient joui jusqu’alors d’une
excellente santé, donnent une extrême probabilité à cette hypo­
thèse. Dans ce cas, les perforations des cloisons ne seront pas seu­
lement accidentelles ou acquises, mais postérieures a la naissance.
Le rétablissement du trou ovale semble pouvoir facilement se
faire, pour autant que la valvule ovale reste d’ordinaire non pas
entièrement adhérente à l’anneau de Vieussens, mais en partie,
et dans le reste de son étendue, seulement juxtà-posée, empêchant
néanmoins le mélange du sang, parce qu’elle possède une étendue
suffisante pour fermer l’orifice au moment de la contraction, qui
est isochrone, des oreillettes. Dans ces conditions, l 'accumulation
du sang, dans l’oreillette droite, par embarras au cours du sang,
tout comme la distension et l’hypertrophie consécutives des parois
de cette cavité, pourraient élargir l’orifice, en séparant ou rompant
la valvule ovale, et c’est ainsi que se rétablirait le trou impro­
prement appelé de Botal. Tl existe une raison de la plus grandp
fréquence du trou ovale que de l’ouverture inter-ventriculaire.
Mr Cruveilhier admet comme probable la rupture de l’adhérence
de la valvule ovale au bord de l’anneau, dans les cas de forte
distension de la cloison.
On doit cependant remarquer que l’adhérence de la valvule
ovale résiste beaucoup aux tractions, au point de s’élargir dans
une grande étendue. En raison de ce qui précède, le Dr Peacock
dit que l’ouverture inter-auriculaire produite depuis la naissance,
est antérieurement divisée par une rupture ou une ulcération de
la valvule ovale, d’où vient le rétablissement du trou ovale
and it is probable that, when a communication occurs in after
life between the two auricules, it is rather due to the rupture or
érosion of the valve, than to the restoration of the passage (I) ».
— Cet illustre cardio-pathologiste possède, dans le Muséum de

l’hôpital Victoria-Park, une pièce (qu’il a retirée d une femme de
51ans), dans laquelle la valvule ovale forme un large sac placé en
arrière de l’oreillette gauche.
Au commencement du siècle actuel, le célèbre Corvisart a
observé un cas de grande dilatation de la fosse ovale, ayant deux
pouces de diamètre, traversée par une ouverture ovale et d’une
inégalité circulaire de plus d’un pouce de diamètre. Dans ce cas,
décrit avec beaucoup de détail par le médecin de l’Empereur et
qui constitue la 44* observation de son ouvrage (1), l’ouverture de
communication paraît due a une dilatation de l’oreillette droite
et de la fosse ovale. Ainsi la dilatation auriculaire est une autre
cause de l’existenee d’ouverture entre les deux oreillettes. Abernethy donnait tant d’importance à cette circonstance étiologique,
qu’il pensait que la commuication inter-auriculaire seule , se
produisait chez les individus pris de très-grande dyspnée ,
laquelle rétablit le trou de Botal (Cruveilhier, t. II, p. 510).
Ce que nous avons dit au sujet do la permanence ou delà pro­
duction des ouvertures inter-auriculaire et inter-ventriculaire,
s’applique, et avec plus de raison, aux cas dans lesquels l’obs­
tacle au cours du sang est, non pas la sténose ou le rétrécissement
de l’orifice ventriculo-pulmonaire, mais bien l’atrésie ou l’oblité­
ration complète de cet orifice, faits dont les annales de la science
ont enregistré des exemples comme nous l’avons démontré.
Le rétrécissement de l’orifice pulmonaire est le plus souvent
dù à l’union ou adhérence des valvules sigmoïdes, qui forment
ordinairement un petit infundibulum ou, plus rarement, un tube
étroit, ayant à son extrémité libre, qui se trouve en dedans de
l’artere par les chocs successifs du sang, une ouverture de dia­
mètre variable mais presque toujours très-petit. Dans les points
d’adhérence des valvules s’observent trois lignes saillantes, raphé.s ou freins, dans leur face artérielle, étendues de leurs bords
libres à la base, et correspondant à autantd’autres sillons à la face
ventriculaire.
Dans quelques cas, il y a seulement deux valvules sigmoïdes,
se trouvant ordinairement, selon le Dr Peacock, l’une plus large
que l’autre, et présentant une ligne longitudinale qui révèle
l’union des deux portions primitives (2). L’ouverture de l’orifice
offre alors la forme d’une fente étroite.
(1) Essai sur les maladies de cœur, p. 270 et suiv. Paris, 1841.

(1) Op. cit,. p. 119.

295

(2)

Ou m a lf o r m a t io n s o f the h u m a » h e a r t .

London, 1860.

�296

ALVARENGA.

Au-delà de leur point d'union entre elles, les valvules se pré­
sentent fréquemment épaissies, endurcies, avec des végétations
ou dépôts de diverses natures, qui sont parfois de récente for­
mation et contribuent à diminuer ou obstruer l’ouverture val­
vulaire.
Parfois, au lieu de valvules offrant cette disposition, l’orifice
pulmonaire présente une membrane, sorte de diaphragme, avec
une ouverture au centre de forme triangulaire ou circulaire :
cette membrane est également munie de lignes quHunter a ap­
pelées cross-bars, et qui indiquent les pièces ou portions dont elle
se compose. On a aussi observé un simple pli de la membrane
interne de l’artere, ou une espèce de faisceau de fibres muscu­
laires soutenant les valvules pulmonaires.
Ce n’est pas seulement dans les valvules sigmoïdes que rési­
dent les alterations qui déterminent un obstacle au cours du
sang : on les rencontre encore dans l’anneau ou zone fibreuse de
l’orifice, dans l’artère pulmonaire, au commencement ou dans
toute l’étendue de l’infundibulum, et dans les poumons.
Les maladies de l’endocarde, de la zone fibreuse, ou l’hypertro­
phie de la substance musculaire sous-jacente, peuvent rétrécir
ou obstruer l’orifice ventriculo-pulmonaire.
On trouve consigné, dans les annales de l’observation, de
nombreux exemples de coarctation et d’oblitération de l’artère
pulmonaire, qui arrive à être réduite à un cordon. Cet état de
l’artère se lie à l’oblitération de l’orifice pulmonaire qui ne laisse
plus passer le sang du ventricule droit, ou bien encore à des al­
térations du vaisseau. C’est alors, par le canal artériel, ordinai­
rement, que le sang est emporté à l’extrémité externe de l’artère
pulmonaire, d’où il passe par ses ramifications dans les poumons.
Parfois le canal artériel n’existe pas, mais l’artère pulmonaire est
juxtà-posée à l’aorte, offrant au point de contact une ouverture
qui remplace le canal. Il est des cas dans lesquels le canal arté­
riel, existant ou non, il part de l’aorte d’autres vaisseaux qui
conduisent le sang aux poumons : de la première espèce, il existe
au musée de l’Hôpital-Guy’s, une pièce anatomique décrite par
le D' Chevers; et au musée de l’hôpital de Londres, un specimen
de la seconde espèce, examiné par le Dr Peacock. Dans d’autres
cas, enfin, c’est l’artère sous-clavière gauche qui fournit le sang
à l’artère pulmonaire.
Le rétrécissement du commencement de l’infundibulum est

PERFORATIONS DF CŒUR.

297

dil, soit au développement exagéré de la colonne charnue qui y
existe normalement et a laquelle se fixent quelques tendons de la
valvule tricuspide, soit, en même temps, a l’épaississement de
l’endocarde qui peut offrir diverses transformations, divers dé­
pôts dont l’effet est de rétrécir beaucoup l’ouverture de commu­
nication. L’infundibulum diminue, ses parois étant devenues
minces et fiasques. Parfois l’intundibulum est dilaté au-dessus
du rétrécissement, à sa base ; il y a au Musée Dupuytren une
pièce trouvée par Pigné chez un monstre double, qui fournit un
exemple de cette disposition et dans laquelle l’infundibulum fut
pris pour un troisième ventricule (1).
Le cours du sang du cœur droit peut être gêné par une lésion
pulmonaire (2). Cette cause est beaucoup moins puissante que
les précédentes.
Finalement, l’obstacle a la circulation peut se faire dans les
orifices auriculo-ventriculaires et aortique : le rétrécissement
tricuspide empêchera l’occlusion du trou ovale; l’aortique et le
mitral, obligeant le sang à passer des cavités gauches par les
cavités droites du cœur, maintiendront libres les ouvertures des
deux cloisons et le canal artériel, alors celui-ci conduira vers
l’aorte une partie du sang projeté dans l’artère pulmonaire. Cette
origine de la persistance des communications cardiaques, propres
au fœtus, est beaucoup plus rare. Les cavités à tergo du rétrécis­
sement se dilatent, et celles qui les suivent s’atrophient et su­
bissent une rétraction.
Toutes ces altérations agissent dans le même sens et produisent
des effets analogues, suivant la période de l’évolution embryonaire où on les vérifie et le degré qu elles ont atteint.
l)e tout ce que nous avons dit, il résulte : 1° que la persistance
des ouvertures de communication normales du cœur, dans les
différentes périodes de son évolution embryonnaire, peut résulter
d’un obstacle au cours du sang dans le ventricule droit; 2° que
la même cause explique la production, dans ces voies de commu­
ai) Cruveilhier . Anal. path.. t. 11, p. 49i. Paris. lSo‘2.
(4) La phthisie pulmonaire est la plus fréquente. Le musée de l’hôpital
Saint-Thomas renferme une pièce qui en oll re un exemple, aveo une ouver­
ture dam l’espace membraneux sous-aortique (undefed space) : le phthisique
avait 23 ans. On pourrait en citer beaucoup d’autres &lt;-as. Les ouvertures de
communication dans les cloisons peuvent coexister avec d'autres maladies .
telles l'œdème des poumons, la scarlatine, etc. (Peacock. op. cil., p. 30‘.

�208

a lv a r en g a

nieation (trou ovale, ouverture de la cloison ventriculaire et ca­
nal artériel), d’altérations concomitantes immédiates (hypertro­
phie et dilatation des cavités à tergo, déviation de la cloison
ventriculaire à gauche et de l’orifice aortique à droite) et d’autres
altérations plus éloignées.
Bien que par un obstacle apporté dans la circulation du cœur
droit on puisse expliquer les altérations que nous mentionnons,
on ne croyait pas que toutes les fois que celles-ci coexistaient
avec cet obstacle, l’embarras du cours du sang aurait été néces­
sairement la cause de ces altérations : toutes peuvent être un
vice primordial, originel de l’organisation. Il y a des médecins,
comme les docteurs Cari Heine et Halbertsma, qui ont soutenu
un ordre tout opposé dans la succession des phénomènes, en ad­
mettant que dans les cas de coexistence de ces altérations, l’in­
suffisance et la déviation de cloison inter-ventriculaire sont des
vices primitifs, parce que le sang passant librement du ventri­
cule droit dans le gauche, l’artère pulmonaire et son orifice se
rétrécissent.
Cette dernière doctrine nous paraît insoutenable, parce que,
outre qu elle est applicable seulement K cette courte période de
la vie fœtale dans laquelle la cloison inter-ventriculaire est in­
complète , encore en voie de formation, — elle ne rend pas
compte des autres altérations concomitantes, plus fréquentes
que la perforation de la cloison. D’où il suit que, même dans le
cas qui lui est le plus favorable, cette hypothèse n’explique pas
bien le rétrécissement extraordinaire 'et l’oblitération de l’artère
pulmonaire et de son orifice, parce que, dans ce cas, le sang
doit, ou tout au moins, peut passer par ce vaisseau ; elle explique
moins encore l’union intime des valvules sigmoïdes, qui arri­
vent à former un véritable diaphragme.
Le Dr Peacoek admet une doctrine mixte, si l’on peut s’ex­
primer ainsr: ce distingué cardio-pathologiste pense que la dé­
viation de l’aorte est due en partie a la suspension du développe­
ment, pendant laquelle cet artère conserve sa position primitive,
— et en partie à l’obstacle au cours du sang du ventricule droit
vers l’artère pulmonaire, d’où résulteront la dilatation de ce ven­
tricule, la déviation de la cloison vers la gauche et l’élargisse­
ment de l’orifice aortique avec déviation vers la droite (f). Cette
t ) Op. r-it.. p. &lt;3.

PERFORATIONS DF CŒUR.

299

manière de considérer la pathogénèse des ouvertures de commu­
nication entre les cavités droites et les (évités gauches du cœur
n’est pas oppbsée à la doctrine que nous exposions au début;
bien mieux, elle s’y trouve expliquée. En tout cas, le rétrécisse­
ment ou l’oblitération de l’artère pulmonaire doivent représenter
un rôle important dans le maintien de ces ouvertures et des au­
tres altérations concomitantes.
Nous ferons encore remarquer que, quand le rétrécissement
ventriculo-pulmonaire produit les ouvertures des cloisons, il peut
se présenter des cas d’existence de ce rétrécissement sous ces
ouvertures ; sa coexistence est la règle générale, mais non pas
constante, invariable, sans exception. Les auteurs rapportent des
exemples de sténose congénitale de l’orifice pulmonaire avec oc­
clusion des ouvertures de communication et vice-versâ, des
exemples de larges ouvertures de communication entre les ca­
vités droites et gauches du cœur avec dilatation de l’artère pul­
monaire, la dilatation se prolongeant parfois depuis l’embou­
chure de cette artère jusqu’à sa division, ainsi que l’ont observé
Louis, Corvisart et le DrBouillaud.
Niais il est difficile d’admettre l’existence congénitale d’un
grand rétrécissement, et plus encore d’une oblitération de l’ori­
fice ventriculo-pulmonaire sans quelque ouverture de communi­
cation entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur.
Quand ce phénomène s'observe depuis la naissance, peut-il être
une explication plus plausible que de supposer qu’une maladie
est survenue qui a produit l’oblitération ou l’augmentation d’un
rétrécissement primitivement très-petitet qui, pour cette raison,
n’avait pas mis obstacle à la clôture du trou ovale ou au dévelop­
pement complet de la cloison ventriculaire. La vie, compatible
avec l’altération primordiale, devient impossible avec la se­
conde!
L’absence d’obstacle au cours du sang, qui, dans le cas de
persistance des ouvertures des cloisons, se vérifie à un âge plus
ou moins avancé après la naissance, ne doit pas être tenue pour
une preuve irréfragable de ce que l’obstacle n’existait pas aupa­
ravant, quand ces ouvertures étaient en voie de se former, parce
que cet obstacle peut disparaître plus tard.
L’embarras au cours du sang dans le ventricule droit se pro­
duit à toutes les périodes de la vie intrà-utérine, avant que ne
commence à se faire la séparation entre les cavités droites et les

�3&lt;10

ALYARENGA.

cavités gauches, dans le cours de cette séparation et après le
complet développement du coeur.
On n’est pas positivement fixé sur la période de l’évolution
fœtale, pendant laquelle ces anomalies sont plus fréquentes : ce­
pendant les observations enregistrées dans les annales de la
science, permettent de supposer que c’est dans la première pé­
riode. Plus tôt commence l’irrégularité du développement car­
diaque, plus grande est l’anomalie.
Cette doctrine de l’obstacle au cours du sang, pour expliquer
la persistance des ouvertures cardiaques du fœtus,avait été indi­
quée déjà par Morgagni, dans les réflexions que le célèbre pro­
fesseur a faites au sujet d’un cas de permanence du trou ovale
(hypertrophie excentrique de l'oreillette et du ventricule droit,
rétraction du ventricule gauche et rétrécissement de l’orifice
ventriculo-pulinonaire par union des valvules sigmoïdes laissant
au centre un orifice du diamètre d’une lentille), observé chez une
jeune fille qui souffrait, depuis la naissance, d’une grande
dyspnée, affaissement extrême, peau livide, et succomba à l’âge
de 16 ans.
L’illustre fondateur de l’anatomie pathologique supposait que
l’altération de l’orifice pulmonaire était primitive, congénitale, et
que son développement progressif avait déterminé toutes les souf­
frances de la malade et toutes les lésions rencontrées post mortem.
« Huic enim virgini jam indèab initio fuisse inchoamenta crediderim, ejus vitii ad ostium arteriæ pulmonaris, cui vitio, sensim
magis magisque adaucto,omnia quœ vivens patiebatur,et quœ in
mortua deprehensa sunt, accepta facilè sint referenda (1). » Par­
tant de cette idée, Morgagni explique le développement successif
des différentes altérations de cette manière : « ....... D’un autre
côté, l’entrée moins facile du sang dans l’artère pulmonaire était
la cause de la stagnation d’une grande quantité de ce liquide
dans le ventricule droit, dans l’oreillette droite et dans toutes les
veines, d’où résultaient la couleur bleuâtre de la peau (2), la di­
latation du ventricule et des oreillettes du côté droit, et la per­
manence du trou ovale dont la valvule était poussée, par l’abon­
dance du sang, de droite à gauche, tandis qu’une petite quantité
(1) De sedibus et causis tnorborum per anatomen indigatis , liber ii .
épist. xvn, g 12 et 13; Ebroduni in llelvetia. v d c c l x x ix .
(2) Remerquons que Morgagni attribue la lividité cutanée à. l’embarras
de la circulation et non au mélange du sang veineux avec le sang artériel.

PERFORATIONS DE CŒUR

301

seulement la poussait de gauche à droite pour l’appliquer sur le
bord de ce trou. Par des causes opposées, le ventricule et l’oreil­
lette droits n’étaient suffisamment développés, ni assez forts, et
le sang n’arrivait pas en quantité suffisante au cerveau et aux
autres parties, d’où provenaient le grand accablement des forces
et la difficulté de la respiration ; ce dernier symptôme dépendait
également de ce que l’artère pulmonaire ne lançait pas le sang
dans les poumons avec la force nécessaire. »
La doctrine contenue dans les réflexions de Morgagni est pro­
fessée par Cruveilhier. En effet, cet éminent anatomopatholo­
giste se demandant s’il faut attribuer à un simple hasard la
coexistence d’un rétrécissement ou d’une oblitération de l’orifice
pulmonaire avec la communication inter-auriculaire, inter-ven­
triculaire et pulmo-aortique, répond en ces termes : « N’est-il
pas, au contraire, évident que le rétrécissement ou l’oblitération
de l’artère pulmonaire domine tout le reste de la lésion, que les
communications anormales, la persistance du trou de Botal, la
perforation ou l’échancrure de la cloison interventriculaire, sont
la conséquence forcée de ce rétrécissement, et que la persistance
du canal artériel, destinée à remplacer l’artère pulmonaire ab­
sents ou oblitérée, est la conséquence nécessaire de l’oblitération
complète de cette artère (I). » La suspension du développement
ou le maintien de l’état fœtal seraient consécutifs à une autre lésion
Je canalisation par rétrécissement d’un des orifices de cet organe.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans présenter les idées du
D' Almagro (2) sur le mode de production des altérations car­
diaques qui coexistent avec la persistance du canal artériel.
L'ancien interne des hôpitaux de Paris pense que la perméabilité
du canal artériel est la cause première des oblitérations cardia­
ques concommitantes de cette anomalie, en produisant le reflux
du sang par l’artère pulmonaire. Voici comment le D'Almagro
développe cette supposition :
« Nous admettons que, par une omission de la nature, ou en­
core par suite de dimensions exagérées du canal artériel, ou par
quelque autre cause, ce canal reste perméable depuis la nais­
sance ; dans cette supposition nous pensons que la circulation
s’opère comme suit ; la contraction des ventricules lance le sang
(1) Op. cil., t. I I , p. 507.
(2) Étude clinique et anatomo-pathologique sur la persistance du canal
artériel. Paris, 1862.

�302

ALVARENGA.

dans l’aorte et dans l'artère pulm onaire, immédiatement ont
lieu la diastole (ou expansion cardiaque) et la contraction des
artères; le canal artériel, largement ouvert dans l’aorte, se trouve
dans les mêmes conditions que le tronc brachio-céphalique, la
carotide et la sous-clavière gauche, c’est-à-dire, tout disposé à
recevoir le sang venant de l ’aorte. Ce liquide passe du canal ar­
tériel dans l'artère pulmonaire, et delà pénètre dans le ventricule
veineux, en détruisant la résistance des valvules semi-lunaires
droites; ce trajet anormal et rétrograde du sang, et à première
vue, difficile à comprendre, malgré tous nos arguments et dé­
monstrations, n ’est pas ainsi admis par tous les observateurs.Les
uns objectent que si, durant la vie fœtale, le canal artériel donne
passage au sang de l’artère pulmonaire dans l'aorte, pourquoi,
après la naissance, ce rôle est-il interverti, le contraire ayant
lieu? Nous puisons la réponse dans l ’état anatomique et physio­
logique des poumons : comme tout le monde sait, ces organes
sont sans utilisation durant la vie intra-utérine, leur parenchyme
dense et compacte peut seulement recevoir une minime quantité
de sang et le reste de ce liquide, contenu dans l’artère pulmo­
naire, passe par l’aorte. Après la naissance, les poumons fonc­
tionnent énergiquement et l’artère pulmonaire trouve un champ
étendu dans lequel elle peut épancher tout le sang qu elle con­
tient. Il s’établit ainsi un équilibre entre la circulation dans les
poumons et la quantité de sang qui sort du ventricule droit ;
dès lors le canal artériel perd les caractères de son état fœtal et
le sang cesse de passer par lui pour aller à l’aorte. Mais pour­
quoi, dans notre hypothèse, le sang passe-t-il de l’aorte dans
l’artère pulmonaire? 11 faut pour cela supposer un état anormal
du canal artériel, surtout l’exagération de son calibre ; alors il
rentre dans les conditions des autres vaisseaux qui naissent de
la crosse aortique ; le sang pénétré dans son intérieur après la
contraction de l'aorte et de là dans l’artère pulmonaire ( I). »
L'idée du D' Àlmagro n ’est pas encore complète ; il reste à dé­
montrer que de l’artère pulmonaire le sang passe dans le ventri­
cule droit. A cette intention, il entre dans de puériles considéra­
tions anatomiques : il dit avoir toujours observé chez les
malades, jusqu’à l’âge de 25 à 30 jours après la naissance, que le
canal artériel, plus ou moins étroit, se dirigeait de gauche à

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

303

droite et de haut en bas, de l’aorte vers l'artère pulmonaire,
s'abouchant dans ce vaisseau à deux millimétrés au-dessus des
valvules sigmoïdes ; qu’à cet âge, les valvules sont d’une extrêmé
tenuité paraissant ne point boucher l ’orifice ventriculo-pulmonaire; que cet état des valvules est en relation avec la petite
force de reflux du sang dans l'artère pulmonaire, dù à la légère
réaction et à la faible étendue de cette artère, et que, pour cette
raison, il croit possible, dans les conditions ordinaires, la régula­
rité de cette petite circulation avec le concours de ces valvules.
Mais une disposition anormale peut altérer cette régularité, et,
continue le Dr Almagro, le sang obéissant à la contraction aor­
tique, passe dès lors dans le canal artériel, de là dans l’artère
pulmonaire, et mû ensuite par l’impulsion aortique, il ne rencontre
point de résistance suffisante dans les valvules semi-lunaires et
pénètre dans le ventricule. On peut dès lors admettre, ajoute
notre confrère, que le sang venant de l’aorte entrera dans le
ventricule presqu’en même temps que le sang qui y arrive par
l’orifice auriculo-ventriculaire. Le ventricule droit s’hypertrophie
alors par ses eflorts pour expulser la grande quantité de sang et
par la présence du sang artériel dans sa cavité.
Tel est, d’après le Dr Àlmagro, le mécanisme de production de
l’hypertrophie du ventricule droit, mécanisme fondé sur des hy­
pothèses qui manquent de démonstration.
( La Iin au prochain numéro.)

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
Séance du 30 décembre 1870. — Présidence de M. Yillard.
M. le Président.— J'ai été convoque récemment, par M. le Maire,
avec les Présidents des Sociétés médicales de Marseille. Le but de
la réunion était de s’occuper des revaccinations. Elles ont été vi­
vement recommandées par nous tous. Nous avons, entre autres
moyens pratiques, conseille à l'administration municipale de

�30+

SEU X FIL S.

creer un établissement central avec vaccinations gratuites pour
les indigents, ou bien d’organiser, dans chacun des 21 bureaux
de bienfaisance, un service spécial de vaccination.
M, le Président lit ensuite un discours très applaudi dans le­
quel il rend compte des actes de la Société pendant l’année 1870 ;
puis il cède le fauteuil de la présidence à M. Bertulus et installe
le bureau pour 1871.
La Société décide que le discours de M. Villard sera imprimé
dans le Marseille médical.
La séance est levée.

Séance du LS février 1871. — Présidence de M. Bertulus.
Correspondance imprimée : Reçue des cours scientifiques de la
France et de l’étranger. — Annales de la Société de médecine d’Anvers
(septembre et décembre 1870).— Brèves apuntes sobre la /isbre amarilla.— Revue médicale de Toulouse (novembre 1870).
La séance n’est pas ouverte a cause de l’absence à peu près
complète des membres de la Société.

Séance du 26 mai. — Présidence de M. Bertulus.
La Société, après une interruption de cinq mois, nécessitée
par les tristes circonstances que nous venons de traverser, re­
prend dans la séance de ce jour ses travaux ordinairès.
M. le Président ouvre la séance par une allocution pleine de pa­
triotisme et très applaudie de toute l’assistance. (Voir le numéro
de juillet, page 266.)
L’impression de ce discours dans le Marseille médical est votee
par acclamation.
M. Sauvet remercie en son nom personnel M. le Président des
paroles relatives aux membres démis de leurs fonctions pendant
les premiers mois de la République.
M. Pirondi s’associe pleinement aux idées nobles et élevées qui
percent à chaque ligne dans l’allocution deM. le Président, mais
il trouve que les corps savants n ’ont pas été suffisamment mé­
nagés; il ne croit pas, pour sa part, qu’il soit juste de les accuser
d'apathie et de négligence. A Paris, pendant les deux sièges et au
milieu des horreurs de toutes sortes qui étreignaient la capitale,

SOCIÉTÉ DE MEDECINE.

30.;,

nos sociétés savantes se sont livrées a de longues et importantes
discussions. En province— a Marseille en particulier— on a tra­
vaille toujours. Malgré les soins de chaque instant, nécessités
par l'organisation et le service vie très nombreuses ambulances,
le Marseille médical n ’a pas interrompu un seul mois sa publica­
tion. Le corps médical de notre ville a été profondément attristé
par les événements, mais il n’a pas cessé d’agir de son mieux
pour la patrie et pour la science.
M. Sicard fait remarquer qu’un article du règlement donne le
droit de traduire devant le conseil de discipline tout membre
ayant manqué a la bonne confraternité.
La Société procède a la nomination des membres devant for­
mer, pour l’année 1871, la commission des Maladies régnantes ut
celle de Salubrité.
Sont désignés pour faire partie de la première de ces deux
commissions : MM. Bouisson, Jubiot, Rougier, de Capdeville
et C. Flavard.
Sont désignés pour constituer la commission de Salubrité:
MM. Chaspoul, Pirondi, Roux, Nicolas-Durantyet Villard.
La société procède ensuite à l’élection, par scrutin secret, des
membres devant former, pour la présente année, le Conseil de
discipline. Sont élus : MM. Villeneuve, Beullac, Martin, Sicard,
Seux père et Jubiot.
La séance est levee.

Séance du 'J juin. — Présidence de M. Bertulus.
Correspondance imprimée . Annales de la Société de medecme
d'Anvers (février et mars 1871). — Intorno ad alcuni casi d'idrofobia
,D' Lumbroso). — Jahres-Bericht des schwedisclien keilgymnastischen
mlitutes in Bremen.
Correspondance manuscrite : Une lettre de M. Rougier s'excusant
de ne pouvoir assister à la séance.
M. Isnard met sous les yeux de ses collègues une piece patho­
logique relative a un énorme kyste ovarique dont il a opéré l’ex­
traction, et donne en même temps de très longs et intéressants
détails sur l'opération qui fut remarquablement diffîeile.
Cette observation très importante est publiée in-extenso dans ls
numéro de juillet. (Voir page 243.)

�306

«EU X FIL S.

AJ.de Capdeville demande si l’hémorrhagie a ete considérable et
si la toilette péritonéale donna lieu à de sérieuses difficultés.
M. Isnard. — L'hémorrhagie n ’a pas été forte. Pour éviter a ma
malade de trop grandes pertes de sang, j'ai tout mis en œuvre :
ligatures, pinces hémostatiques, fer rouge ; j ’ai même laissé dans
l’abdomen trois ligatures perdues. Quant à la toilette du péri­
toine, je l’ai faite avec toute l’attention possible ; je n’ai pratique
l ’occlusion que lorsque la cavité séreuse a été tout-h-fait sèche.
Les longs détails dans lesquels je viens d ’entrer prouvent que le
diagnostic de ces tumeurs est très difficile. Les rapports du kyste
avec les organes environnants ne peuvent presque jamais être
établis à priori. Lorsqu’on entreprend une opération semblable, il
faut bien se dire que l’on va à peu près à l’inconnu ; ce point
établi, appeler a soi tout le sang-froid dont on est susceptible et
se tenir prêt à toute éventualité.
M. le Président remercie M. Isnard de l’intéressante communi­
cation qu’il vient de faire et le félicite d’avoir franchi avec tant
d’audace les obstacles que cette ovariotomie à suscités presque
à chaque pas.
Ordre du jour : Communication de AJ. Hougier sur la variole.—
Note de AJ. le Président sur la phthiriase.
M. Rougier étant absent, M. le Président donne lecture de son
travail.
La Société décide que cet intéressant mémoire sera imprimé
dans le Marseille AJédical. Il paraîtra dans un de nos prochains
numéros.
M. AJéli ajoute aux noms des personnages illustres désignés dan,"
le travail de M. le Président, comme ayant été atteints de phthi­
riase, celui de la duchesse de Médina, sous Philippe IV d'Es­
pagne. •
AJ. Chaspoul. — Je ne partage pas l’opinion de M. le Président,
relativement à la nature de la phthiriase. Je crois que cette affec­
tion est une maladie locale. Elle peut compliquer un état général
grave : — je me rappelle avoir vu, pendant la guerre de Crimée,
plusieurs de nos malades, très affaiblis, soumis à de mauvaises
conditions hygiéniques et dont le corps était littéralement cou­
vert de poux; — mais je ne crois pas qu’elle soit jamais une ma­
ladie générale.
AJ. le Président. — Les poux qui se développent dans le phthiriasis sont différents des poux ordinaires du corps ; ils sont plus

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

307

petits que ces derniers. Une tumeur, par exemple, se manifeste
chez un enfant affaibli, délicat, lymphatique : elle est assez in­
dolente ; elle augmente peu à peu de volume et donne lieu à de
la fluctuation. En même temps la fièvre survient et l’état général
s'aggrave. On ouvre la tumeur ; des poux sortent, poux qui pré­
sentent le caractère que je viens d’indiquer. Nous nous sommes
trouvés dans ce cas en présence d’un abcès pédiculaire et il est
difficile de croire que la constitution du sujet n'ait été pour rien
dans cette manifestation.
AJ. Passau fait observer que le pou de la tète et celui du corps
présentent h peu près les mêmes caractères, tandis que le pou
du pubis a des antennes plus saillantes en avant, des griffes plus
crochues et plus aiguës que les pediculi ordinaires.
.1/. Isnard.— Il ne faut pas confondre le phtliiriasis, maladie qui
paraît être sous la dépendance d’un état, général, avec certaines
autres affections parasitaires qui sont purement locales. La chique,
par exemple, est un insecte que l’on récolte,pour ainsi dire, sur le
sol. C’est une espèce de puce qui existe dans les pays chauds, au
Brésil surtout; elle entre dans la peau des pieds et dépose dans
le derme une masse de larves. Cet état est tout-k-fait local et dif­
fère complètement des faits cités par M. le Président, faits qui
paraissent être sous la dépendance d’une véritable diathèse. J ’ai
vu, pour ma part, un individu atteint de phthiriase et dont le
père souffrait de la même affection. Ce malade avait de temps en
temps des poussées locales, véritables abcès pédiculaires, et ces
manifestations étaient toujours précédées chez lui d’un état gé­
néral. Les auteurs ont cité, d'ailleurs, des cas de goutte et de
rhumatisme dans lesquels la maladie générale avait cédé k la
suite de l’apparition d’un abcès pédiculaire.
AJ. Pirondi. — Les maladies de l’encéphale se lient très souvent
— chez les enfants surtout— k la production d’une quantité con­
sidérable d’animaux articulés. Qui ne sait le rôle important joué
par les vers lombrics dans ces circonstances? Je me rappelle, en
outre, un cas cité parD uval.et dans lequel cet auteur affirme avoir
guéri une maladie grave des yeux en reproduisant une affection
pédiculaire chez un individu qui s’était débarrassé, — au grand
détriment de sa vue, —■de ces insectes incommodes.
Al. Villard.— Je crains que la discussion actuelle ne nous fasse
tomber dans une erreur regrettable. Quelques-uns de nos collè­
gues sont portés a considérer la phthiriase comme une véritable

�308

SEU X FILS.

diathèse. C’est aller beaucoup trop loin. Il importe, en effet, de
ne pas confondre la diathèse avec la manifestation diathésique. La
scrofule est une diathèse; mais peut-on considérer comme telle
la phthiriase? Je ne le crois pas. Cette maladie est pour moi la
manifestation d’un état général grave, d'une diathèse si l'on
veut, mais elle ne constitue pas la diathèse elle-même.
M. Pirondi. — Je partage l’opinion de M. Villard. Sans doute,
il y a des diathèses qui favorisent la formation des pedicu-li ; mais
cette maladie peut-elle se produire en dehors |de toute contami­
nation, de tout contact extérieur? Voilà le point difficile à
établir.
M. Isnard. — Une diathèse peut être considérée comme une
misère physiologique. Or, le parasitisme est en général l’attribut
des individus affaiblis. Il est. donc logique de croire que les dia­
thèses amènent, dans certains cas, la maladie pédiculaire.
M. de Capdeville. — Je suis de cet avis. La diathèse dispose à
cette affection, mais la maladie elle-même n'est pas une dia­
thèse, car il faudrait admettre alors que notre organisme peut
créer de toutes pièces un organisme nouveau.
M. le Président. — Pas plus que M. de Capdeville je ne crois à la
génération spontanée. Il faut absolument que les germes des
pediculi arrivent du dehors, mais il faut aussi qu’ils trouvent
un terrain propice. Comme l'a très bien dit M. Isnard, l’affaiblis­
sement physiologique est la meilleure condition pour préparer le
terrain et le rendre propre à développer, — sinon à engendrer, —
la maladie pédiculaire.
La suite delà discussion est renvoyée à quinzaine.
La séance est levée.

Séance administrative du 20 ju in .— Présidence de M. Bcrtulus.
Ordre du jour : Discussion relative au refus de la mairie de payer
la subvention annuelle.
M. le Président expose le but de la réunion et donne la parole à
M. le Trésorier.
M. le Trésorier. — Je suis allé hier à la mairie et j ’ai vu M. Mi­
chel, chef de bureau des finances. Ce fonctionnaire m'a fait
comprendre que la ville ne donnerait rien cette année à notre
Société. J ’ai rappelé à M. Michel que la somme réclamée par nous
était une redevance et non une allocation ; qu’elle résultait de la

LE CHOLÉRA EN RUSSIE.

309

cession faite, à la ville, de notre musée d’anatomie, cession en
retour de laquelle le Conseil municipal s’était engagé à payer à
la Société de médecine une rente annuelle. J ’ai ajouté que depuis
plusieurs années la ville nous donnait 1,500 francs par an et que
cette coutume n'avait jam ais varié. M. Michel m'a engagé alors à
adresser une pétition à M. le Maire. Je crois que c'est la seule
conduite à tenir et je suis d’avis que nous devons nous hâter.
L'affaire actuelle est pour nous une question de vie ou de mort.
Si le budget de la ville pour l’année 1872 ne fait pas mention de
la somme qui nous est due, la Société sera probablement forcée
de se dissoudre. Il faut donc agir et agir vite.
M. le Trésorier lit une lettre préparée par lui, lettre adressée à
M. le Maire, et dans laquelle la demande de la Société est exposée
en termes clairs et précis.
Après quelques observations de détail, la Société adopte la ré­
daction de M. Méli et elle décide que M. le Président ira voir
M. le Maire, lui portera cette lettre et lui communiquera en outre
l'acte qui existe dans nos archives et qui atteste l’obligation con­
tractée par la ville envers la Société de médecine.
M. le Président propose d'appliquer à quelques membres, fort
en retard pour le règlement de leur quotité, l’article 10 du règle­
ment d’ordre intérieur.
La Société approuve.
La séance est levée.
Le Secrétaire-général.
D' S f.ux fils.

LF. CHOLÉRA EN RUSSIE.
Depuis le mois de janvier jusqu’à la fin de lévrier, le choléra
n’a pas cessé, bien qu’il n ’nit pas régné avec une grande inten­
sité, excepté à Saint-Pétersbourg. Le 28 février, il a reparu à
Moscou, où on n’avait constaté d’abord que quelques cas peu
graves. A partir des premiers jours du mois de mars, le choléra
a fait de rapides progrès à Saint-Pétersbourg, où il a sévi à
l'état d épidémie. Puis le fléau a diminué d’intensité vers la fin
d’avril et le commencement de mai: mais depuis la fin de mai et

�3 10

NOUVELLES DIVERSES.

T,TC CHOLÉRA. EN RUSSIE.

le commencement de juin, h l’approche des grandes chaleurs, les
cas de maladie ont recommencé à devenir plus fréquents. Vers la
moitié de juin, l’épidémie a éclaté dans d’autres localités de
l’em pire, principalement dans les gouvernements de Vilnn,
Kasan, Tambow, Pskow. Olonets et Novgorod; ensuite , ayant
augmenté à Moscou, elle se déclara enfin dans quelques gouver­
nements du centre , et sévit avec le plus de violence dans les
gouvernements de Tambow, Yaroslaw, Vladimir et Vilna. En­
suite le choléra se déclara aussi avec plus ou moins d’intensité
dans les gouvernements de Niji-Novgorod, Livonie, Vologda,
Kostroma, Kasan, Twer, Toula, Smolensk, Mohilew et Saratow
et dans les gouvernements de Vistule, notamment dans celui de
Souwalki.
Enfin, dans les autres gouvernements, jusqu’à présent le cho­
léra ne s’est manifesté que par un très petit nombre de cas. Le
ministre de l’intérieur, immédiatement après avoir reçu avis des
progrès que faisait l’épidémie, outre les mesures de précaution
recommandées par la médecine pour empêcher la propagation de
l’épidémie, a sollicité l’allocation des fonds nécessaires pour les
mettre à la disposition des chefs des gouvernements et des
zemstvos provinciaux, afin d’être appliqués à l’assistance
médicale des populations. Tl a été alloué h cet effet une somme
de 40,000 francs, et grâce à ces ressources, le département sani­
taire a envoyé des médecins, des chirurgiens, et des étudiants
de l’Académie de médecine et de chirurgie dans les gouverne­
ments de Tambow, Yaroslaw, Novgorod, Vladimir, et Olonets
pour secourir les cholériques. En même temps, M. le docteur
Vanrowsky, attaché pour missions spéciales à M. le ministre de
l’intérieur, a été chargé de parpourir les gouvernements de
Tambow, Yaroslaw et Olonets, ainsi que les contrées traversées
par les canaux du système Marie, à l ’effet d’y surveiller l’exécu­
tion des mesures prises pour arrêter le développement de l’épi­
démie.
Quelques cas de choléra s’étant en outre produits parmi les
détenus conduits de Nijni à Perm, un médecin spécial a été
envoyé pour les visiter et les accompagner jusqu’à Perm,jafin de
leur procurer en route les secours de la médecine, et généralement
pour prendre les mesures propres à empêcher parmi eux l’extension
du choléra. Le médecin, ainsi que M. le capitaine-lieutenant
Klokatchew, délégué des commerçants de la Bourse pour la
surveillance de la navigation sur les canaux du système Marie,

:tli

a été pourvu par le departement de médecine des médicaments
indispensables pour donner les premiers secours aux cholériques.
Actuellement, à l’exception de Moscou et de quelques districts
du gouvernement de Tambow (ceux de Borissoglebsk et de Kirsanow surtout) ,— ainsi que de certains districts du gouvernement
de Vladimir (Alexandrow et Péréiaslaw) , lèpidémie a déjà consi­
dérablement diminué ; mais en prévision de ce qu’elle pourrait
sévir de rechef (surtout à, Nijni pendant la foire), le departement
de médecine, — qui suit attentivement la marche du fléau,— tient
en réserve un certain nombre de médecins et d’étudiants en méde­
cine pour les diriger vers les lieux où il y aura urgence de venir
en aide aux habitants des localités menacees par l’epidémie.
Mousage officiel de Saint-Pétersbourg .

.NOUVELLES DIVERSES.

D'après une note statistique de M. Joseph Mathieu, la mortalité
à Marseille continue à être extrêmement faible et à se maintenir
bien au-dessous de la moyenne ordinaire.
. Voici les chiffres des décès relevés à notre etat-civil du 9 au 15
août et comparés avec les deces constates pendant la même pé­
riodes des deux années précédentes :
Dates
du mois.
9
10
H
■12
13
14
15
Totaux.

Décès
du mois d'août
1869.
39
28
34
26
35
35
20
247

Décès
du mois d'aoùt
1870.
35
22
32
34
32
26
31
242

Décès
du mois d'aoùt
1871.
24
23
29
25
19
24
21
165

Ces chiffres accusent une différence dans la mortalité en faveur de 1811 de 52 décès en moins sur 1869 et de 57 décès egale­
ment en moins sur 1870.

�312

S EUX FILS.

Quant a la moyenne de la mortalité journalière qui a été, du
I" au 8 août courant de 24 décès, elle est descendue du 9 au 15

à 23 57.
— Une dépêche de Paris, a la date du 20 août, annonce que le
chift're des décès a été, cette semaine, de 828, dont un seul cas de
choiera ; elle ajoute qu’il, n ’y a aucune épidémie.
— Le fléau asiatique paraît s’ètre montré à Anvers. Nous
croyons qu’il ne s’agit, pour le moment, que de cas isolés ; toute­
fois, par mesure de prudence, M. le Ministre de l'intérieur du
royaume d'Italie a ordonné une quarantaine pour les navires
provenant de ce port.
— La Presse de Vienne du 15 août annonce qu'une séance a été
tenue, le 12 de ce mois, par une réunion de médecins du service
municipal. Le président, M. le docteur Junliauser, a demandé s’il
n’avait pas été fait des observations qui portassent à conclure a
l’approche ou à la menace d’une épidémie de choléra. A cette
question il a été répondu négativement par tous les membres
présents.
— Le corps médical de Marseille a perdu, dans la personne du
docteur Forcade, un de ses membres les plus vénérés. C’était un
de ces rares hommes de mérite, que le défaut d’ambition empêche
d’arriver aux honneurs. Le docteur Forcade était le père du publi­
ciste Eugène Forcade.
Dr Seux Fils.
À. F abre.

En premier lieu, l’auteur suppose la préexistence de la perméa­
bilité du canal artériel, dont il ne donne pas l'explication en la
considérant comme un caprice, une omission de la nature, dont
la cause est inconnue, ou comme un luxe qui a pour résultat un
canal artériel plus large et n ’ayant pas eu, pour cette raison, le
temps de s’oblitérer longtemps après la naissance (2). Or par la
doctrine de l’embarras au cours du sang du ventricule droit, il
est facile de comprendre la persistance et l’élargissement du canal
artériel; et quand cette condition ou tout autre embarras au cours
du sang fait défaut, la persistance du canal rentre dans la pre­
mière catégorie des faits que nous avons établis, à savoir, dans les
anomalies ou vices primitifs, originels, de l’organisation : mais
supposer qu’il en soit toujours ainsi, ne nous paraît ni rationnel,
ni conforme aux faits.
(1) Traduit du portugais par le Dr E.-L. BertUerand.
(a) Op. cit. p. 97.
23

�314

ALVARENGA.

En second lieu, le savant m édecin dont nous analysons l'opinion
suppose que, depuis l ’établissem ent de la respiration pulmonaire,
le canal artériel reste dans les conditions des vaisseaux qui partent
de la crosse de l’aorte. Mais comment et pourquoi ? En admettant
même Vexagération de calibre du canal artériel (ce qui est déjà une
troisièm e hypothèse, et peu corroborée par les faits) (I), comment
se fait-il que ce canal reste dans les conditions des artères qui
partent de la crosse de l ’aorte? Pourquoi ce canal, étant perméa­
ble, dilaté, ne reçoit-il pas (en partie au moins ) le sang qui passe
dans l’aorte, durant la contraction du ventricule gauche, et la
reçoit-il seulem ent durant la rétraction de ce vaisseau ? Si c'est
dans ce moment que le canal artériel reçoit le sang de l’aorte,
comment se fait-il que ce dernier se trouve dans les conditions
des gros vaisseaux qui le reçoivent au moment de la dilatation
et non dans celui de la rétraction de cette artère ? On a déjà
dit que, dans cette hypothèse, le canal artériel est dans des condi­
tions opposées à celles des gros vaisseaux par rapport à la circu­
lation sanguine. É tan t constatée la rétraction de l’aorte dans le
même tem ps que celle de l'artère pulm onaire, ne pourra-t-elle être
un em barras à l ’entrée, dans son intérieur, du sang qui reflue de
l’aorte ? Et en adm ettant l’hypothèse du reflux du sang artériel
de l ’aorte dans l’artère pulmonaire, quelle est la preuve de l’in­
suffisance des valvules pulm onaires (autre hypothèse) permettant
l’entrée du sang reflué dans le ventricule droit? Serait-ce la
ténuité, la faiblesse de ces valvules dans les prem iers temps de la
vie extrà-utérine? E t plus tard, pourquoi ces valvules n'offriraientelles pas une suffisante résistance au reflux du sang, dont l’im­
pulsion doit être détruite, ou tout au m oins considérablement
diminuée par la rétraction isochrone de l’artère pulmonaire? Et
si la résistance de ces valvules est tellem ent faible, pourquoi leur
insuffisance ne se produira-t-elle pas toujours, même en l’absence
du canal artériel, par la rétraction de l ’artère pulmonaire ? Et si
l ’orifice ou toute l’artère pulm onaire sont obstrués, ce qui souvent
s ’observe, cette série d ’hypothèses sera-t-elle capable de faire
pénétrer le sang dans le ventricule droit ?
(1) Le Dr Déguisé, qui a réuni bon nombre d’observations, dit, en parlant
de la persistance du canal artériel, qu’il est « le plus souvent très rétréci »
(op. cit. p. 50) : —sur 130 cœurs de malades avec le canal artériel, rapportés
dans ce Mémoire, à la page 38, dans un seul, le canal était dilaté ; dans les
autres, son calibre était régulier ou rétréci.

PERFORATIONS DU CŒUR.

315

A ces objections que nous suggère la lecture du Mémoire du D"
Almagro, ne répond pas la doctrine du reflux du sang, fondée
entièrement sur une série d'hypothèses. Pour expliquer l’hyper­
trophie et la dilatation du ventricule droit, il n ’est pas besoin de la
présence du sang artériel qui agira comme un irritant produisant une

augmentation de nutrition (I).
Cette doctrine conduit l’auteur à considérer l’hypertrophie du
cœur « comme la lésion nécessaire produite par la persistance du
« canal artériel, hypertrophie qui commence dans les premiers
« temps de la vie ». L ’observation nécroscopique ne justifie pas
cette liaison constante, nécessaire, des deux altérations, en montrant
des cas de perm anence du canal artériel sans hypertrophie
cardiaque.
Le Dr Almagro n ’adm et pas non plus de stase sanguine dans
l’oreillette droite, pour que le trou ovale ait le temps de se fermer.
L'assertion n ’est pas exacte ; le trou ovale accompagne tres-fréquemment la persistance du canal artériel, et c’est ainsi que le
D’Cruveilhier n ’a pas hésité à établir « que la persistance du canal
artériel suppose nécessairem ent une communication entre les
cavités droites et les cavités gauches du cœur, et toujours com­
binée tantôt avec la permanence du trou ovale, tantôt avec la
perforation de la cloison inter-ventriculaire, tantôt avec les com­
munications auriculaire et ventriculaire réunies (2). »
Cette opinion ne nous p araît pas être l'expression rigoureuse
des faits, ni conforme à la règle exacte, c’est-à-dire, la permanence
du canal artériel est le plus souvent accompagnée de communi­
cation inter-auriculaire ou inter-ventriculaire ou des deux
simultanément. Sur 18 cas de persistance du canal artériel, rap­
portés par le Dr Déguisé, on note ce qui suit :

Persistance du canal artériel et du trou ovale...................................
—
—
avec perforation do la cloison ventriculaire.
—
—
avec perforation de la cloison ventriculaire
et avec le trouovale.............................
—
—
avec transposition artérielle....................
—
—
avec transposition artérielle et avec le trou
ovale.................................
—
—
avec cœur simple...................................

6
2

T otal........................................

18

(1) Almagro : Mém. cit., p. 102.
(2) Traité d’anat. palhol. t. II, p. 467. Paris, 1S5-2.

6
1
2
1

�316

ALVARENGA.

Il y avait donc dans IA cas sur 18 (7 : 9 ou 77,77 7,) conservation
de l'ouverture ovale.
Quant au fait de l'hypertrophie et de la dilatation de l'oreillette
droite, le Dr Almagro l’explique en disant : « que du ventricule
« droit le travail hypertrophique se propage il toute la substance
« musculaire du cœur». Pourquoi cela ? N'observc-t-on pas si
fréquemment l’hypertrophie limitée aux parois d’une cavité
cardiaque seulement ?
L’hypertrophie cardiaque représente, pour le Dr Almagro, un
Tôle des plus importants; elle est la cause des altérations de l'appa­
reil valvulaire (rétrécissement, déformations, perforations, dépôts
athérom ateux, etc. ), concomitantes de la persistance du canal
artériel. Des deux tissus qui composent le cœur, l’un, le muscu­
laire, a pour propriété essentielle d'augmenter de volume en
proportion de l’exercice de ses fibres, — l’autre, le fibreux, formant
la zone de l’organe, ne jouit pour ainsi dire pas de cette même
propriété. 11 en résulte, peu de temps après la naissance, un rétré­
cissement relatif des orifices du cœur, rétrécissement qui, à son
tour, devient la cause du développement de l’hypertrophie : c’est
ainsi que, d’après le Dr Almagro, s’explique la formation du
rétrécissement des orifices.
Quant aux autres altérations valvulaires, leur cause est, par
le même mécanisme, dans un défaut d'équilibre (toujoursd’après
le Dr Almagro) entre la nutrition des diverses parties fibreuses et
leur voisinage du tissu musculaire qui concentre en lui la majeure
partie des sucs nutritifs destinés primitivement tant au tissu
musculaire qu’au tissu fibreux. De ce défaut de nutrition du tissu
fibreux et des inflammations qui en sont la conséquence, pro­
viennent toutes les altérations des valvules. Il se découvre en
tout cela une tendance prononcée à soutenir cette hypothèse et à
donner des explications compliquées des faits pour l’établir.
Nous dirons enfin que M. P. L. Piza attribue la perforation
congénitale de la base de la cloison inter-ventriculaire à la divi­
sion du bulbe aortique en deux parties inégales dont la plus
petite constituerait l’artère pulmonaire, dans la période embryon­
naire. Comme nous l’avons dit, la portion ventriculaire du cœur
se divise en deux ventricules distincts par une cloison qui va en
s’élevant de la partie inférieure (ou sommet) vers la partie supé­
rieure (ou base), ayant son bord supérieur semi-lunaire, et la
division se complétant à la fin du second mois. La division du

PERFORATIONS DU CŒUR,

317

bulbe aortique dans les deux artères, pulmonaire et aorte, qui
communiquent avec le ventricule d’abord unique, s’effectue vers
la cinquième semaine, d’après de Baër. Donc si le bulbe se divise
à sa partie moyenne, ainsi que cela se vérifie normalement, une
des divisions se dirige en avant et à droite, et l’autre en arrière
et à gauche, l'ouverture inférieure de l’angle formé par l’écartement
de ces divisions correspondant a l’axe de la cavité ventriculaire ;
dès lors la cloison inter-ventriculaire n’est pas complète, elle
continue à se développer près de la base de la cavité ventriculaire,
et la elle correspond à la cloison du bulbe ; c’est de cette manière
que se trouve close la communication entre les deux ventricules.
Supposons encore, dit le Dr Piza, que le bulbe ne se divise pas à
sa partie moyenne, que la portion ou branche droite soit formée
à la partie antérieure seulement de la moitié droite du bulbe ; la
branche gauche sera constituée non-seulement par la moitié
gauche du bulbe ou tronc primitif, mais encore par la partie pos­
térieure et latérale droite, et, dans ce cas, communiquera avec la
portion droite du ventricule dans toute l’étendue du bulbe, qui
doit faire partie de la branche droite. L’axe ventriculaire corres­
pondra alors à l ’intérieur de la branche gauche ou cavité de l’aorte
et la cloison ventriculaire, dès qu’elle atteindra la base du cœur,
rencontrera aux extrémités antérieure et postérieure de son
bord semi-lunaire, la partie antérieure et postérieure de la circon­
férence aortique, et non pas l’angle des deux branches ou divisions
du bulbe, comme il arrive dans les cas nouveaux ; il s’établira
ainsi entre les points du contact une adhérence q u i, évidemment
ne pouvait s’effectuer dans toute l’étendue du bord correspon­
dante a la cavité de l’aorte. C’est de cette manière que se trouvera
établie une ouverture semi-lunaire à la base de la cloison, ayant
à sa partie supérieure la cavité de l’aorte, ainsi que cela s’observe
ordinairement dans les cas de communication inter-ventriculaire
à la base de la cloison (I).
On voit donc que, dans l’opinion duDr Piza, l’altération primor­
diale est le rétrécissement de l’artère pulmonaire produit à la
période embryonnaire par la division inégale du bulbe, et que
l’ouverture de la base de la cloison inter-ventriculaire est la
conséquence forcée de ce vice primitif d’organisation.
(I) Considérations sur les anomalies cardiaques et vasculaires qui peuvent
causer la cyanose, p. 44, Paris, 1854.

�318

ALVARENGA.

Le Dr Piza ajoute qu'on suppose également que le rétrécisse­
ment Je l’artère pulmonaire, au lieu d’être toujours congénital, est
très-souvent dû à l’inflammation de la membrane interne du cœur.
Il conçoit que, dans certains cas, le rétrécissement puisse se
tonner de cette manière, mais qu’il doit exister dans une petite
étendue du vaisseau, notamment à son oritice, parce que, dans
les cas de simple rétrécissement, cette lésion est partielle et
n ’affecte pas tout le tronc artériel jusqu’à sa division, comme on
le constate dans les cas où le rétrécissement est accompagné d’une
échancrure de la cloison. — En second lieu, que, dans ces cas, il
n’existe presque pas de traces d’inflammation, bien qu’à la rigueur
on dût la rencontrer plus fréquemment. — En troisième lieu, que
l’inflammation, quand elle existe, ne saurait être considérée
comme une cause des autres lésions, parce que, dans tous les
cas de rétrécissement de l’artère pulmonaire, le cœur, réagissant
contre l’obstacle au passage du sang, pousse avec violence ce
liquide dans l’artère, et ces efforts de réaction peuvent être
cause d'une inflammation de l’artère, inflammation qui devient
alors effet et non cause du rétrécissement. — Finalement, dans
les perforations en d’autres points de la cloison ventriculaire, le
Dr Piza fait observer que presque toujours l’oriflce de commu­
nication ou son voisinage présentent des lésions d’origine
inflammatoire ; parce qu’on pourrait penser que cette variété
procède d’une inflammation. Toutefois, continue Mr Piza, on peut
concevoir l’existence d’une ouverture au milieu de la cloison,
depuis la vie intra-utérine, provenant de l’absence de quelques
fibres musculaires dans ce point ou de l’évolution irrégulière du
bord semi-lunaire de la cloison : dans le second cas, une des
extrémités de ce bord se développera plus que l’autre, et s'unissant
à celle-ci par la partie supérieure, convertira l’échancrure en un
véritable trou ; la cloison ainsi déformée pourra donc, par son
développement, atteindre la base du cœur et former une sépa­
ration entre le ventricule droit et le gauche (I).
De cette doctrine, il se déduit : 1° que le fait primordial, la
cause première de l’existence de l’ouverture, la partie supérieure
de la cloison est la division inégale du bulbe aortique produisant
le rétrécissement originel de l'artère pulmonaire; 2° que la pos­
sibilité de ce rétrécissement ou étranglement est due, exception-

(1) Op. cit.. p. 45.

PERFO RA TION S DU CŒUR,

319

nellcment, à l’inflammation ; 3* que l’inflammation est postérieure
au rétrécissement et l’effet de ce dernier par suite de l’impulsion
énergique du sang; 4° que les ouvertures, en quelquautre point
de la cloison, sont encore un vice originel d’organisation.
Cette doctrine nous inspire les considérations suivantes : En
premier lieu,il n ’y a pas toujours rétrécissement del’artère pulmo­
naire, et par conséquent les cas de ce genre restent en dehors de
l’explication de M. Piza. — En second lieu, le rétrécissement de
l’artère pulmonaire est-il toujours primitif, originel? M. Piza est
le premier qui admette, quand il traite de la persistance du trou
ovale, la production de ce rétrécissement après la naissance. Et
en supposant l’existence du rétrécissement de l’artère pulmo­
naire, comment à lui seul suffirait-il à expliquer l’adhérence ou
l’union des valvules sigmoïdes qui est un phénomène si fréquent?
Serait-il un autre vice originel qu’il faudrait admettre, ou bien
un effet d’inflammation? — En troisième lieu, quand il y a des
signes d’inflammation, quelles sont les preuves quelle est l’effet
et non la cause de la diminution du calibre du vaisseau et de
l’adhérence des valvules respectives? Lequel des deux est plus
rationnel à admettre et plus conforme aux faits de l’anatomie pa­
thologique?— En quatrième lieu, comment pourrait-on attribuer
à un vice primordial de l ’organisation, invoqué par le Dr Piza,
les cas de perforation vérifiées à une période plus ou moins
avancée de la vie extrà-utérine? Et même, dans les perforations
congénitales, quand le rétrécissement se limite à l’orifice de l’ar­
tère pulmonaire, sera-t-il dû encore à une division inégale du
bulbe? Quels sont les faits qui cautionnent le mécanisme com­
pliqué suivant lequel le Dr Piza suppose la production des per­
forations, qui ont leur siège dans la cloison, mais qui ne sont pas
formées dans son bord supérieur?
C’est, pourquoi l’explication donnée par le Dr Piza est une
simple hypothèse qui, outre qu’elle manque de démonstration,
ale défaut de ne pas embrasser tous les faits, et même, dans
certains cas, d’être en opposition avec l’observation.
Quant aux ouvertures qui établissent communication entre les
oreillettes, M. Piza les attribue ou à un arrêt de développement
de la cloison inter-auriculaire, ou à un obstacle au cours du
sang et à la difficulté de respirer, soit encore à une rupture et à
une ulcération.
Pour quelle raiso n M. Piza n ’adm et-il pas les mêmes causes

�320

ALVARENGA.

dans la production des perforations de la cloison inter-ventri­
culaire? Pourquoi se m ontre-t-il si exclusif à l’égard des unes
et si absolu pour les autres? Quelle distinction essentielle, ca­
pitale, radicale, existe-t-il entre les unes et les autres?
Enfin, nous noterons encore le passage suivant, extrait de la
thèse de M. Piza : « Quant au cas où le rétrécissement et la per­
sistance du trou de Botal se trouvent seuls réunis, nous croyons
que le rétrécissement n ’est pas congénital, que l’artère ne s’est
pas développée en volume ou s’est obturée après la naissance,
parce que le sang s’engageait dans d’autres voies (I). » — C’est
là une assertion toute gratuite, et d’ailleurs contraire aux faits.
Puis n’y a-t-il pas coexistence congénitale du trou ovale et du
rétrécissement de l’artère pulmonaire? Ces deux altérations ne
se sont-elles pas simultanément rencontrées peu après la nais­
sance? Et quelle difficulté y a-t-il à les admettre réunies pendant
la vie intrà-utérine?
En résumé, la doctrine de M. Piza, relative à l’explication des
ouvertures des cloisons inter-auriculaire et inter-ventriculaire,
nous paraît défectueuse et peu solide.
Communications accidentelles par maladies locales. — Nous rédui­
sons à trois groupes ou especes les ouvertures qui peuvent
mettre en communication les cavités droites avec les cavités
gauches du cœur. A celles de la première espèce, nous donnerons
le nom de communications congénitales par anomalie ; aux secondes,
celui de communications consécutives, et aux troisièmes, celui de
communications accidentelles par maladie locale. Nous avons traité
des deux premières espèces, nous allons nous occuper maintenant
de la troisième.
Les communications de cette espèce sont le résultat de mala­
dies ou altérations pathologiques qui se sont développées dans
le lieu même où elles se constatent.
Ces ouvertures se produisent, nous l’avons dit ailleurs, aussi
bien avant qu’après la naissance. Pourquoi? Dans le sein ma­
ternel, un individu est-il déjà affecté de maladies du cœur? Il
n’y a aucun doute à cet égard ; l’observation nous a tous fixés
sur ce point de cardiopathologie. C’est un fait démontré par
l ’anatomie pathologique ; les archives de la science renferment
des observations décisives.
(1) Op. cit., p. 47.

PERFORATIONS DU CŒUR.

321

Les observateurs les plus éminents ne varient pas d’opinion à
cet égard. Voici comment s’exprime le savant cardiopatholo­
giste anglais, le Dr Peacock : « Analogy vvould lead us to expect
that the fœtus in utero is liable to diseases precisely similar in
tlieir nature and results to those which affect child after birth;
nnd the correctuess of tliis inference is confirmed by clinical ex­
périence, for thene eau be no doubt thatboth the péri and endocardium are occasionally the seat of inflammation during fœtal
life (1). »
Le savant cardio-pathologiste français, le professeur Bouillaud,
n’est pas moins explicite lorsqu’il dit : « Quant aux vices de
conformation, par suite d’une maladie survenue pendant le cours
de la vie intrà-utérine, leur existence est un fait des plus incon­
testables (2). » S’il nous était permis de faire intervenir notre
propre observation, nous dirions qu’elle corrobore pleinement
celle de ces illustres praticiens.
Nous avons déjà dit que l’adhérence des valvules pulmonaires,
tout autant que leur épaississement et leur induration étaient
fréquemment le résultat d'une inflammation qui atteignait ces
parties durant la vie fœtale, de la même manière qu’on l’observe
dans la vie extrà-utérine.
Le Dr Peacock et beaucoup d’autres médecins ont observé chez
des individus qui vécurent peu de temps, et chez quelques-uns
qui n’étaient pas arrivés à respirer, des altérations valvulaires
très anciennes, dénotant une formation intrà-utérine. Ce n ’est
pas seulement dans les valvules pulmonaires que l’on a constaté
l’inflammation ou ses effets, mais encore dans les autres val­
vules, dans l’endocarde et dans le péricarde. Le Dr Masmann, de
Berlin, a décrit un cas de maladie des valvules mitrale et tricuspide, développé chez un fœtus; le Dr Billard a vu, chez une petite
fille de deux jours, de solides adhérences entre les deux feuillets
du péricarde.
Et pour quelle raison le cœur, pendant le cours de la vie fœtale,
ne serait-il pas susceptible d’inflammation ou d’un autre état
pathologique, quand d’autres organes le sont?
Le célèbre médecin Louis, le plus vaillant défenseur de l’ori­
gine primitive des ouvertures de communication des cloisons

(1) On malformations of the human heart, p. 162. London, 1866.
(2) Traité cliniq. desm alad. du cœur, tom. II. p. 633. Paris, 1841

�322

ALYARENGA,

PERFO RA TION S DU CŒUR.

auriculaire et ventriculaire, n ’a pu résister à l ’évidence des faits,
en finissant par admettre des exceptions à la loi qu’il avait sou­
vent proclamée comme un principe constant : « Nous 11e préten­
dons pas, dit lem inent observateur, que jamais il ne puisse y
avoir de perforation accidentelle de la cloison des cavités du
cœur, puisqu’on a des exemples de perforations spontanées de cet
organe dans d’autres points de son étendue ; mais nous pensons
que ces cas sont infiniment rares et qu’ils doivent être la suite
de quelque lésion de tissu plus ou moins grave, et dont on doit
retrouver les traces après la mort (I). » Nous ferons remarquer,
au sujet de ce passage, que la dernière assertion n ’est pas exacte,
quand la mort est constatée longtemps après le développement de
la lésion, soit parce qu’alors il n ’en existe plus de traces, soit
parce que les caractères de la perforation ne diffèrent plus de
ceux des deux ouvertures primordiales qui existent normalement
chez le fœtus à certaines périodes de son existence.
C’est donc un fait acquis, l’existence d’ouvertures dans les
cloisons qui séparent les cavités gauches des cavités droites du
cœur, est due à des états pathologiques primitifs, produits dans
le cours de la vie intra-utérine.
Il y a pourtant un point d’anatomie pathologique difficile à ex­
pliquer. D'où provient la grande fréquence du rétrécissement de
l’orifice ventriculo-pulmonaire, ordinairement par adhérence des
valvules respectives, chez le fœtus, alors qu’elle est si rare
après la naissance? Dans la vie extra-utérine, l’endocardite, la
péricardite et les lésions valvulaires consécutives sont fréquentes
dans le cœur gauche et rares dans le cœur droit; pour quelle
raison l’inverse a-t-il lieu dans la vie intra-utérine ? Quelle se­
rait la cause de cette remarquable différence ? Supposons, que
l ’inflammation soit déterminée par le sang artériel qui entre
dans le ventricule droit. Des considérations anatomiques peu­
vent contrarier cette supposition. Effectivement, l’anatomie pa­
thologique montre, dans les perforations des cloisons cardiaques
avec rétrécissement ou atrésie de l’orifice pulmonaire, le ventri­
cule droit hypertrophie; beaucoup plus vigoureux que le gauche,
ce qui doit faire que le sang est poussé de celui-ci dans celui-là,
et non du ventricule gauche dans le droit. D’autre part, la ph}T-

siologie pathologique l'exige également. Par conséquent, un peu
de sang artériel passera, — si tant est qu’il en passe quelque
peu — dans le cas supposé, du cœur gauche dans le droit. Et si
alors il y avait également communication entre les oreillettes, ce
qui est fréquent, le sang qui sera un peu artérialisé par le rétré­
cissement ou l’atrésie de l’orifice pulmonaire, arrivera au ventri­
cule gauche déjà mélangé au sang veineux qui, de l’oreillette
droite, passera dans la gauche. D’ailleurs, supposer que c’est le
sang artériel qui provoque l’inflammation ou l'altération valvu­
laire, c’est admettre que la communication par la cloison auri­
culaire ou ventriculaire précède cette altération, et que le cœur
gauche a plus de force que le droit, hypothèses peu garanties
par l’observation microscopique.
Le D'Peacock admet que la plus grande exposition de l'orifice
pulmonaire aux maladies est due à un rapport plus immédiat du
ventricule droit avec la circulation dans l’aorte descendante et dans les
artères ombilicales ; la circulation dans le cordon et le placenta se­
rait plus exposée à des embarras temporaires que dans le corps
même du fœtus (I). Il serait bien désirable de donner la raison
de tous ces phénomènes, mais les bases sur lesquelles s’appuie
l’explication font défaut ou sont mal assurées.
Quelle que soit la cause de la plus grande fréquence des alté­
rations du cœur droit pendant la vie intra-utérine, c’est un fait
prouvé par l’observation qu’à cette époque le cœur est suscep­
tible de présenter des états pathologiques analogues à ceux qui
se constatent après la naissance ; entre ces états morbides prédo­
minent la cardite et l ’endocardite ulcérative.
L’existence de maladies du cœur durant la vie extrà-utérine,
produisant, au lieu de son développement, des ouvertures des
cloisons auriculaire et ventriculaire, est généralement reconnue.
M. Cruveilhier rapporte deux cas de son observation person­
nelle pour confirmer la communication inter-ventriculaire acci­
dentelle et morbide. Dans le premier, il y avait perforation ré­
cente de la cloison avec amincissement et couleur jaune du tissu
ambiant. Le second cas concerne l’enfant de huit ans du célébré
médecin Parent-Duchâtelet ; deux mois avant de mourir, cet en­
fant, qui avait jusque-là joui d'une bonne santé, fut pris de
syncopes graves et persistantes suivies d’amélioration : pendant

(1) Mémoires ou recherches anatomo-pathologiques sur diverses maladies.

— Paris, 1826.

(1) Op. cit., p. 163.

323

�324

ALYARENGA.

la convalescence, il présenta un fort et grave bruit de lime dans
le premier temps de la révolution cardiaqùe. Il succomba pen­
dant une syncope dans les bras de son père. A l’ouverture du ca­
davre, M. Cruveilliier trouva, il la base de la cloison inter-ven­
triculaire, une perforation pouvant admettre une plume de canard
et dont le contour présentait un tissu fibreux cicatriciel très
prononcé (I).
Nous ferons observer ici que M. Cruveilliier considère comme
une preuve clinique de la communication accidentelle des cavi­
tés du cœur, le cas des individus qui offrent les perturbations
cardiaques longtemps après la naissance, en admettant qu’on ait
rigoureusement établi le moment de l’invasion des accidents
morbides (2). Les faits de ce genre sont fréquents dans les annales
de l’observation.
M. le professeur Bouillaud avait la même manière de voir,
quand il écrivait dans son précieux ouvrage ; « Il se peut égale­
ment que des causes analogues à celles qui déterminent la rupture
des parois du cœur, des colonnes charnues ou des tendons vas­
culaires amènent quelquefois aussi la rupture des cloisons inter­
auriculaire et inter-ventriculaire. Il est bien difficile de ne pas
admettre que tel a été le mécanisme des perforations dans quel­
ques-uns des cas que nous avons rapportés plus haut, si l’on
considère que plusieurs individus, après avoir longtemps vécu
sans offrir aucun signe de maladie, ont été pris tout-à-coup ou
graduellement des symptômes d’une lésion organique du
cœur (3). »
Comme nous professons un grand respect pour l’autorité de ces
deux éminents observateurs, nous adoptons entièrement leur
opinion. Nous tenons pour prouvée, dans tous les cas de la for­
mation accidentelle et non congénitale de la perforation des
cloisons auriculaire et ventriculaire, la manifestation des symp­
tômes à une époque plus ou moins éloignée après la naissance,
d’autant plus que nous avons vu des cas de communication in­
ter-auriculaire, par le trou ovale, chez des individus avancés en
âge, qui, durant la vie, n’avaient jamais présenté aucun symp­
tôme morbide propre à l’organe central de la circulation, et

(1) Op. cit., p. 489.
(2) Op. cit., p. 507.
(3) Tr. cliniq. des maladies du cœur, 2" édition. T. II. p. 603. Paris, '1841.

PERFORATIONS DU CŒUR.

325

succombèrent à des maladies d’autres organes. Chez ces indivi­
dus, l’ouverture inter-auriculaire était certainement congénitale,
et ils offraient la permanence du trou ovale. Et l’on conçoit
comment ces individus avaient pu vivre sans malaise, le mé­
lange du sang veineux avec le sang artériel étant nul ou peu
considérable, malgré l ’ouverture de la cloison auriculaire, par la
contraction simultanée des deux cavités, au-delà de la partie
qui peut recevoir l’influence de l'habitude.
En second lieu, on comprend bien que la manifestation des
accidents morbides a pour cause, non l’ouverture anormale de
communication, mais le développement de complications ou
d’autres maladies du cœur qui, s’ajoutant à l’état morbide déjà
existant, troublent outre mesure les fonctions du premier agent
delà circulation, la mort étant leur conséquence inévitable.
Dans ces cas, une partie des altérations cardiaques est congéni­
tale et l’autre est accidentelle.
L’apparition subite de symptômes cardiaques graves à une
époque donnée de la vie extra-utérine, indique que des altéra­
tions profondes se produisent alors, mais ne prouve pas d’une
façon irréfragable qu’avant ces accidents il n’existait pas déjà
quelque anomalie du cœur, telle que la persistance de quelqu’une
des ouvertures de communication propres à la vie fœtale. Il
peut y avoir simplement probabilité, plus ou moins grande,
d’une production récente de perforation, en tenant compte de ses
caractères, que nous avons décrits ailleurs, et de ceux des alté­
rations concomitantes. Malgré cela et tout bien considéré,
dans les cas donnés, il est extrêmement difficile, sinon impossi­
ble, de déterminer l’origine primitive, primordiale ou acciden­
telle du vice organique.
D’après le professeur Bouillaud, l ’ouverture de communication,
simple ou multiple, qui nous occupe et siège au trou de Botal,
est évidemment le résultat d’un véritable état morbide acciden­
tel (1). Cependant l ’assertion du savant cardio-pathologiste nous
paraît un peu exagérée. Il peut y avoir une suspension du déve­
loppement organique dans un point différent de celui où ordinai­
rement il se forme le dernier. Mais, en général, on doit tenir
comme vraie cette proposition qui est également applicable aux
ouvertures de la cloison inter-ventriculaire.
(1) Op. cit,, p. GS2.

�326

ALVARENGA.

Effectivement, quand l’ouverture existe au siège même du trou
ovale ou occupe la partie supérieure de la cloison ventriculaire,
elle peut avoir pour origine un vice prim itif d’organisation du
germe ou une maladie développée tantôt pendant la période
fœtale, tantôt après la naissance. Toutefois, quand les ouvertures
de communication occupent d’autres points des deux cloisons,
leur origine est, la plupart du temps, liée à une maladie survenue
à quelque époque de la vie de l'individu.
Les états pathologiques qui produisent le plus souvent les per­
forations cardiaques, sont la cardite, l’endocardite ulcérative,
l'apoplexie, la dégénérescence graisseuse, l’ancvrysme partiel et
le ramollissement du cœur. Il serait étranger à notre sujet de
traiter de ces affections que nous mentionnons à peine.
Nous avions projeté de traiter, dans divers chapitres, de la
symptomatologie, du développement, d a la durée, de la termi­
naison, du diagnostic et de la médication des perforations. Mais,
comme le présent mémoire est déjà beaucoup plus long que nous
l’avions espéré, nous croyons devoir le terminer ici. Les chapitres
qui restent, et dans l’un desquels doit entrer la cyanose, — phé­
nomène qui a donné lieu à une large discussion et à des opinions
contradictoires,— feront l’objet d’un autre travail que nous tien­
drons à honneur de présenter à l’Académie Royale des Sciences de
Lisbonne.

CHOLÉRA.

327

SUR LE CHOLÉRA,
P ar le d o c te u r Nicolas CHRZASZCZ (I).

l’Ieiumque cnim hominis nalura,
Univcrsi polcslatem non superet.

HirpocfUTE.

L’année courante 1871, jusqu’au mois d’aoùt, a été très
féconde en variations atmosphériques ; aussi une multitude
de maladies sporadiques épidémiques, etc : n’ont cessé de
régner sur une vaste échelle. Depuis la petite vérole, rougeole,
scarlatine, érysipèle, angines, coqueluche, rheumatoses, cardialgie la plus opiniâtre et la plus versatile, jusqu’aux fièvres
typhoïdes; et dans ces derniers jours quelques cas de choléra
sec, sans prodrome, sans danger et d’une courte durée ; beau­
coup de maladies ictériques et surtout de fortes cholérines,
semblent manifester leur entrée en scène. J'ai pensé soumettre
à votre éclairé jugem ent quelques aperçus sur les variations
atmosphériques et particulièrement sur le choléra, objet de
nos continuelles et laborieuses recherches.
Depuis 1830, je n ’ai pas vu une épidémie de choléra
sans prendre une part active dans la lutte contre ce fléau, soit
en Pologne, soit en France. Permettez, Messieurs, que j ’ajoute
mon contingent d’appréciations aux nombreux déjà et très
précieux préceptes publiés par le corps médical.
MM. Bailly et Ripault pensent que le choléra est une affec­
tion des vaisseaux lymphatiques de l'appareil digestif, dans le­
quel la marche des liquides blancs aurait lieu en sens inverse
de l’état normal ; en sorte qu’au lieu d’être porté dans le sang,
ils s’épancheraient dans les cavités digestives.
(1) Travail adressé sous forme de lettre à notre Comité de rédaction, qui
s'est empressé de lui accorder l’hospitalité française.

�CHRZASZCZ.

CHOLÉRA..

M. Rochoux dit : que le choléra dépend d’une altération du
sang par l’addition d’un agent délétère.
Basé sur ces deux hautes opinions, dont l’une n'exclut nulle­
ment l'autre, qu’il me soit permis de vous entretenir sur la
nature, la cause et le siège du choléra; sans quoi, il est
impossible d’établir un traitem ent rationnel.
Qu’est-ce que le choléra ?
L’apparition d'un trouble dans le système nerveux et circu­
latoire qui, tous deux, concourent à une même action pendant
toute notre vie, avec les symptômes graves, dont l’énuméra­
tion serait superflue, portant le caractère d’un empoisonne­
ment, constituera le choléra épidémique; qui a encore cela
de particulier qu’il produit les mêmes symptômes chez tous
les individus qu’il frappe.

titution, de sorte que, les maladies même ordinaires qui se
succèdent habituellement d’une saison à l’autre, ne se ressem­
blent souvent que par leur forme, changeant totalement leur
caractère.

328

Causes. — On ne peut, il me semble, nier que la cause
principale du choléra doit exister dans l’atmosphère; et si
elle n’attaque pas également tout individu, cela dépendra
de la prédisposition, de la réciptivitô plus ou moins suffisante
qui porte notre organisation. L’exemple assez frappant des
lièvres paludéennes nous montre que parmi les hommes
soumis au même régime au même travail, les uns sont vic­
times, les autres sont épargnés.
N’oublions pas encore que l ’atmosphère étant composée de
principes dont la combinaison est plutôt un mélange de plu­
sieurs corps gazeux, n ’ayant qu ’une faible affinité chimique
entre eux; que la pression barométrique, la température, la
direction des vents, leur intensité acquise dans leur course
par les inégalités des terrains et autres obstacles, la change
tellement qu’il en résulte un trouble dans la circulation et
dans toutes les fonctions du corps hum ain; et nous arriverons
à cette conclusion que :
L’harmonie dans la composition de l’air et de la tempéra­
ture étant brisée par des évolutions accidentelles et variées des
phénomènes météorologiques doit être la cause de plusieurs
espèces d’épidémies, qui, sous l ’influence de ces changements
atmosphériques, influent diversement, sur notre diverse cons­

329

Sicge. — En adoptant la cause qui doit se trouver dans
l atmosphère, nous ne pouvons nous empêcher d’admettre que
le premier acte du développement du choléra doit se trouver
dans l'appareil respiratoire, réceptacle des principes vivifiants
déposés par l’air. Le sang, chargé des principes délétères de
l'atmosphère, parcourt rapidement toutes les divisions et sub­
divisions du système artériel; arrivé dans le système capillaire
général où il doit revifier tous les organes, fournit au con­
traire par chaque acte de l’inspiration, le nouveau produit
délétère; qui, réuni avec les matériaux des sécrétions, d’exha­
lation et des hum eurs excrémentitielles, ayant trouvé les
conduits excrétoires et exhalants frappés d’une inaction pres­
que complète, est forcé de rétrograder sa marche vers le
système lymphatique de l'appareil digestif, où il s’épanche
dans sa cavité.
Ainsi le sang ne trouvant plus ses élémens normaux qui le
mettent en jeu régulier et continuel ; commence bientôt à
s’altérer, devient de moins en moins propre à la vivification,
se coagule et cesse enfin de circuler, en entraînant la mort do
l’étre dont il a été viviticateur.
Ainsi l'homme se trouve exposé à un ennemi imprévu,
inattendu, le surprenant en tout lieu, sans lui laisser souvent
le temps de demander miséricorde ! c'est ici le cas de dire que
la nature est pleine de sollicitude pour conserver les espèces ;
mais elle a bien peu d’égard pour l’individu. Elle semble le
confier à sa propre force ; à cette force intellectuelle dont la
Providence a exclusivement doté l’homme et lui a permis de
l’étendre à l ’infini... Mais les tristes et douloureux souvenirs
de tant de siècles témoignent assez que l’homme l'a employé
plutôt pour son ambition , ses caprices, ses passions, jusqu’à
la cruauté de chercher l’art de s'entretuer , de se détruire le
plus promptement et le plus sûrement possible, chantant la
21

�330

CHRZÀSZCZ.

gloire du génie destructeur I.. au lieu de chercher le bien être
général! aussi rampe-t-il en tâtonnant sur cette terre toujours
bienfaisante, ne pouvant plus y trouver ni asile, ni protection,
ni aucun bien être ! ..
Et c’est précisémentau moment où l’homme semblait attein­
dre l’apogée de son intelligence ! hélas ! basée sur des fonde­
ments bien fragiles... sans mœurs, sans vertus, sans cœur et
sans Dieu ! c’est-à-dire : sans cette base immuable, éternelle,
qui est unique pour faire fleurir la prospérité humaine !...
Jetons la malédiction sur ceux q u i, par leu r pouvoir, ou
par leur influence , ont conduit le genre hum ain sur la route
dépravée, mais disons aussi haut que la religion, les gouver­
nements , la justice et cette divine science, la médecine,
périssent par les vices d e . ses propres ministres dont l’am­
bition, l’égoïsme, le charlatanisme et les passions sensuelles
ont fait table rase des vrais principes hum anitaires!..
Je demande pardon de la licence de mes réflexions, je les
exprime devant une famille qui a été toujours pour moi indul­
gente et bienveillante.

Pronostic— Le choléra précédé par des embarras gastriques,
dyspepsie, cardialgie, et suivi par des éruptions cutanées
ou fièvres chaudes, cède plus facilement à nos ressources ; et
vice-versâ, précédé par les maladies de la peau, il est constam­
ment plus m eurtrier. C’est ce qui me prouve pourquoi j ’ai
été heureux en 1849, lorsque la fièvre typhoïde se joignit au
choléra. Il parait que dès que le système dermique s’hyposténise, le calme s’établit au centre, et la circulation de toutes
les humeurs reparaît.
Traitement prophylactique — De tous les préservatifs si judi­
cieusement préconisés, il y en a un qu’on ne recommande pas
assez; c'est de ne conserver longtemps à l’intérieur du corps
les matières fécales, comme cela arrive à bien des personnes,
soit par distraction, négligence, soit par des circonstances
gênantes. Comme tout purgatif est contre indiqué pendant

CHOLÉRA.

331

l’épidémie du choléra, et la constipation est aussi préjudi­
ciable, voici la formule qui remédie aux deux cas :
Scopo purgante : Teinture de rh u b a rb e ........... 15 grammes.
Eau de menthe poivrée sucrée. 45 grammes.
M. F. prendre dans une fois.
Scopo Roborante : Formuler// suprà. une cuillerée abouche,
mâcher l’écorce d ’orange et boire son infusion.
Se gargariser plusieurs fois par jour, avec l’eau goudronnée
ou phéniquée. Eponger rapidement, et tous les jours, avec
l’eau vinaigrée, tout le corps, semblent être de très-bons pré­
servatifs.
Traitement rationnel.— La première de toutes nos préoccu­
pations, doit être l’atmosphère qui environne le malade. L’air
est un aliment de la fonction respiratoire; il fournit sans cesse
au sang un principe sans lequel la vie ne peut continuer,
donc: 1° l’air de la chambre doit se renouveler et circuler
continuellement, car l’influence que l’air exerce sur nous,
augmente, lorsqu'il est agité ; 2° on sait que le fluide atmos­
phérique peut modifier les mouvements de nos appareils
organiques par ses qualités thermométriques et hygrométri­
ques, et que son action sur notre économie, peut, selon ses
variétés, entretenir ou consolider l’existence de l’état morbi­
fique; par cette raison, il faut employer tous les moyens pour
conserver et m aintenir autour du malade et dans toutes les
saisons une douce tem pérature, aromatisée des vapeurs
humides de baies de genièvre.
D’où vient que toutes les humeurs, pendant le choléra,
s’épanchent au centre, et la périphérie se trouve frappée d’une
inaction presque soudaine? cela ne prouve-t-il pas une sta­
gnation de sang ? et cette stagnation . ne dépeud-t-elle pas de
son altération ? Dans beaucoup de maladies, l’autopsie nous
donne raison; dans le choléra, sa puissance s’efface! nulle
trace du passage de la vie à la mort 1 Ainsi nous bornons
notre traitement sur les simples observations et l’expérience.

�CHRZASZCZ.

CHOLÉRA.

Aux premiers symptômes de choléra fluent ou sec qui tous
deux sont ordinairement accompagnés d ’une sensibilité dou­
loureuse de l’estomac, d’une pénible oppression, soif, frisson,
cardialgie ; tenesme ou diarrhée, vom iturition ou vomitus,
abattement général, etc.
1° Une petite saignée jusq u ’à 150 grammes selon l’âge,
constitution et l ’intensité du mal, pour les personnes délicates
très impressionnables une ou deux sangsues aux extrémités
supérieures et inférieures.
2° Immédiatement après, si la langue est chargée d'un
enduit cremeux ou jaunâtre, poudre d ’ipéca à doses vomitives
ou selon la méthode brésilienne.
3° Les mêmes symptômes persistent : sous-nitrate de bismuth
10 grammes; opium brut, 5 centigrammes; sifcre, Q. S. diviser
en dix prises de 1/2 à 1/2 heures; ou la même dose de Bismuth
dans : sulfate de morphine, 10 centigrammes ; eau distillée
sucrée, 200 grammes; une cuillerée à soupe de 1/2 à 1/2 heuresjusqu’à l’effet.
4° Vésicatoires ammoniacals ou papiers synapisés promener
partout où abondent les vaisseaux lymphatiques.
5° Bain général avec l'eau de goudron, ou la farine de
moutarde.
6a Pour rappeler la chaleur et la transpiration, ce ne sont
pas les couvertures qui peuvent les ramener, il faut que le
corps lui-mêm e se les redonne; ainsi toute espèce de sudorifi­
que et surtout les potions ammoniacales sont d’une grande
utilité»
7° Les boissons et les lavements album ineux sucrés et aro­
matisés, toniques, alcoolisés et toujours froids, rendent de
grands services.
8° Pour apaiser les crampes : opodeldoch... 30 grammes
Chloroforme..........
5 grammes
en frictions, M : F : S. A. Une pommade alcoolature d’aconit......................................................
5 grammes
9° Dans la période de collapsus, café, rhum , eau des
carmes, frictions. De tous les moyens ce sont ceux qui m’ont
donnés les résultats les plus favorables. Les remèdes secrets

réputés anticholériques font perdre le temps le plus précieux
sans jamais donner un bon résultat.
Dans le cas de choléra foudroyant, notre conduite est toute
tracée. Qu’y voyons-nous ? une suspension de la vie : habilus
infelix; le corps se glace, le pouls échappe, la dyspnée, dys­
phonie, etc. : Ici, tout notre recours est aux agents généraux
de la vie : L’air pur, la chaleur, la saignée, les existants éner­
giques par l’interm édiaire de nerfs et par voie de consensus,
l’hydrothérapie, électricité, etc : Nous ne pouvons passer
sous silence la prétendue contagion du choléra. Vous avez vu
pendant les épidémies de choléra, le noble dévouement de
la population, qui accourait de tous côtés pour entourer les
malades de leurs affections; n ’épargnant ni fatigues ni veilles,
nuits et jours changeant le linge du lit et du corps, emportant
tous les détritus que cette maladie produit si abondamment,
sans ressentir le moindre dérangement. Le médecin, après
avoir perdu le pouls radial, va le chercher à l’oreille ou à la
région du cœur, sous les couvertures, dans une atmosphère
infectée par les déjections morbides; sans être nullement
indisposé. Donc, la quarantaine pour le choléra serait mince
ressource contre la colère céleste. Grandes entraves pour les
affaires terrestres. En définitive, pour guérir le choléra, il faut:
1° Epurer le sang de principes délétères introduits par la
voie respiratoire ;
2* Faciliter la circulation du sang;
3° Débarrasser le tube alimentaire de matières infectes et
mal élaborées;
4“ Reveiller l’action du système dermique, pour activer les
fonctions des vaisseaux excitants et absorbants.
En soumettant ces quelques aperçus à vos lumières.

332

333

J’ai l’honneur d’être, avec une parfaite considération,
Votre tout dévoué confrère,
N icolas CimzASzcz, docteur en médecine,
Membre correspondant de la Société de Médecine du Gard.

�334

E. BERTULUS.

Il existe, Messieurs et chers Collègues, une maladie essen­
tiellement dégoûtante, dontla seule idée donne le frisson, qui,
malgré les progrès qu’a faits la micrographie, n’est pas encore
bien connue, et dont les cas, pour être rares à notre époque
et dans notre pays, ne sont pas cependant inouïs, je veux
parler du phthiriasis ou affection pédiculaire qu’il ne faut pas
confondre avec le parasitisme ordinaire.
La Russie, la Pologne, certaines provinces du royaume
d’Italie , la Galice et les Asturies, en Espagne, l’Algérie et les
contrées d’Orient, en offrent assez souvent des exemples de ce
dernier; il est aussi très-fréquent dans les bagnes, les prisons,
les quartiers sales, inacrés, populeux et encombrés. Partout
enfin où la misère, les passions tristes et la malpropreté se
donnent la main pour dégrader l ’espèce hum aine, on peut
en observer des cas, ainsi que le prouvent les annales de
l ’art.
Les armées, même au milieu de leurs triomphes, ne sont
pas, seulement, on le sait, couvertes de gloire, mais le parasi­
tisme qui les tourmente, et dont les historiens des campagnes
de Moscou et de Sébastopol ont présenté le saisissant tableau,
est loin de donner une idée exacte du phthiriasis interne
spontané. Constatons du reste, à ce propos, que le goût des
pediculi , pour les gens de guerre, se fit jour de tous temps,
et que ces insectes ne tinrent jamais aucun compte du rang,
ni du grade. Louis X in, au dire de Saint-Simon, ayant
ramassé un jour, sur le pourpoint du maréchal de Bassompierre, un pou qui s’y promenait, et le lui ayant montré, fut
remercié avec effusion par le grand dignitaire, qui ajouta
malignement : « Sire, n ’en dites rien à personne, car on

PH T H IR IA SIS SPOHTAHÉ.

335

pourrait induire de ce fait, qu’on ne gagne que des poux
au service de votre Majesté. »
Si l’on considère que l’on ne p e u t, en Russie s’asseoir
dans une anticham bre, même dans les palais impériaux,
voyager en diligence ou en wagon sans y ramasser , comme
on le dit vulgairem ent, de la garnison, on serait tenté
de croire que le phthiriasis y est commun. Pourtant,
Messieurs, l’illustre Joseph Franck, dont je consulte souvent
la pathologie et qui, pendant de longues années, dirigea le
service de santé civil et m ilitaire de la Russie, déclare nette­
ment qu’il n’a pas, dans le cours de sa carrière, observé un
seul cas de maladie pédiculaire.
Cette assertion qui, de prime abord, parait incroyable,
surtout lorsqu’on a lu l’ouvrage du marquis de Custine sur la
Russie, ne peut être mise en doute. Elle fait seulement res­
sortir jusqu’à l’évidence ce fait déjà énoncé qu’il ne faut pas
confondre le phthiriasis avec le parasitisme ordinaire que
nous observons journellem ent chez les mendiants, les prison­
niers et autres gens voués à la malpropreté et à la crasse. La
maladie pédiculaire proprement dite est toujours, en effet,
un accident qui complique certaines diathèses favorables à
la multiplication des pédiculi, dont les lentes ou larves se
sont introduites dans nos voies ; dans d’autres cas, elle cons­
titue une véritable crise de certaines maladies fébriles ou
aiguës, telles, par exemple , que les fièvres éruptives, les
fièvres muqueuses typhoïdes, etc., etc. (1).
L’histoire nous apprend que Platon, Hcrode, le grand
Sylla, l’empereur Gaterius, Philippe II, roi d’Espagne, le
fameux cardinal Duprat, Ferdinand II, roi des Deux-Siciles,
surnommé bumba, ont succombé au phthiriasis ; voici le
«

(1) Le mot diathèse, du grec dialhesis qui vient lui-même de StaxiOr||ju
signifie prédisposition. On pourrait donc admettre, à la rigueur, qu’il existe
chez certains individus, une prédisposition à la production des poux. Mais
nous no saurions adm ettre cette diathèse, pas plus que celle des vers ou
helminthes, à cause des idées que nous professons sur l’hétérogénie, que
nous nous refusons à adm ettre d'une manière absolue. ( Observation de
M, Bertulus).

�336

E. BERTULUS.

passage de Plutarque , relatif à la maladie et à la mort du
célèbre dictateur romain ; M. Grenier , proviseur du Lycée
de Marseille, a bien voulu me le traduire du grec :
« La vie dissolue de Sylla (dit son biographe) amena et
entretint une maladie dont les commencements furent assez
légers ou insidieux, il fut longtemps en effet à s’apercevoir
qu’il se formait dans son corps un abcès; le pus corrompit
les chairs et les changea en poux , aussi, quoique plusieurs
personnes fussent occupées le jo u r et la n u it à les enlever, ce
qu’on en ôtait n ’était rien en comparaison de ce qui se repro­
duisait.
« Ses vêtements, son bain, les mets dont il se nourrissait,
étaient comme inondés de cette vermine tant il en sortait ;
plusieurs fois le jour, il se mettait au bain pour se laver et
nettoyer le corps, mais il n ’y gagnait rien. Ses chairs se cor­
rompaient si rapidement que la m ultitude des insectes ren­
daient toutes les précautions inutiles.
« On dit, ajoute Plutarque, que, parm i les anciens, Accistus,
fils dePélias, Phérécide, le théologien, Callystène, d’Olynthe,
et Mutius, le jurisconsulte, m oururent de la même maladie;
et s'il faut en citer d’autres qui, sans être célèbres, ne laissent
pas d’être connus , j ’ajouterai Ennius, cet esclave fugitif qui
suscita la première guerre des esclaves en Sicile, et qui,
conduit à Rome, y m ourut en prison duphthiriasis. »
J’ai vu dans le cours de ma carrière médicale et à trente-cinq
ou quarante ans de date, Messieurs , circonstance qui ne me
rajeunit pas, deux cas de phthiriasis, l'un évidemment diathésique et qui fut m ortel; quant à l ’autre, que j ’ai actuelle­
ment dans les mains, j ’ai lieu d’espérer qu ’il est le fruit d’une
crise et qu’il a jugé une affection hystérique. En vous
donnant quelques courts détails sur ces deux cas , je pourrai
éviter, je crois, de vous présenter la description générale de
la maladie pédiculaire, telle qu’on la trouve dans les auteurs,
notamment dans le grand dictionnaire des Sciences médi­
cales en GO volumes.
J’étais employé à Toulon dans les hôpitaux maritimes,
lorsque j ’eus connaissance du premier cas; il s’agissait de

P H T H IR IA S IS SPONTANÉ.

337

l’un de nos meilleurs capitaines de vaisseau dont la, famille
était intimément liée avec la mienne; voué depuis quel­
ques années à un repos relatif , après une vie très agitée et
très active, de tempérament sec et nerveux, d’une sobriété
exemplaire et renommé par ces habitudes journalières de pro­
preté, qui sont traditionnelles chez les officiers de vaisseau,
Mr*** se vit tout à coup en proie à un prurit général qu’il
combattit par le bain et par d’autres moyens qui restèrent sans
résultat ; bientôt son habitude extérieure se couvrit de
boutons prurigineux variables en grosseur, qui augmentèrent
peu-à-peu de volume et, qui s’ouvrant naturellement ou dé­
chirés par l’action de gratter donnèrent issue à des myriades
de pediculi corporis très petits, quasi-microscopiques.
A partir de ce moment, le médecin traitant tenta d’arrêter
la génération de ces insectes, etd’en débarrasser absolument le
malade par l’emploi de tous les moyens locaux usités contre la
psore, mais ses efforts furent vains ; de même que chez Sylla,
à peine son corps était-il nettoyé, qu’il se couvrait de nouveau
te pediculi, il n’avait aucun repos par le fait du prurit qui le
tourmentait incessamment. Cet état de choses se prolongea
pendant plus d’une année, et à mon retour d’un voyage assez
long que je fis à cette époque, j ’appris qu'il s’était éteint dans
le marasme, emportant en quelque sorte avec lui son phthi­
riasis. J'ignore, du reste, si des traitements internes dénaturé
à modifier le sa n g , à attaquer l’état général d’où résultait
l’aptitude à la production des pediculi furent tentés, mais je
suis autorisé à le supposer, vu le bon souvenir que je conserve
de la haute expérience et des talents distingués de ce médecin.
Je dirai, avant d’aller plus loin, que les maladies que com­
plique le plus'souvent la phthiriasis sont, au dire des auteurs:
la goutte, le rhum atism e, l’hystérie, l’hypocondrie et autres
affections dérivant de l ’éréthisme nerveux, etc. M.**’ était
goutteux et souffrait depuis longtemps d’un catarrhe vésical.
Je ferai aussi rem arquer en passant qu’il faut prendre toutà-fait la lettre cette assertion de Plutarque h l’endroit de
Sylla, que plus on lu i ôtait de poux, plus il en reparaissait.
La multiplication de ces insectes, dans certains cas. est, en

�338

E . BERTULUS,

effet, prodigieuse, effrayante. Qu’il me suffise de vous dire à
ce sujet qu’un observateur allemand, dont le nom, assez diffi­
cile à prononcer, m ’échappe, prit un jour deux femelles, les
plaça dans un bas de soie, qu’il porta jour et nuit ; six jours
après, chacune d’elles avait déposé 50 œufs ou lentes ; au bout
de 24 jours les petits en produisirent d’autres, de telle sorte
que la génération des deux femelles s’éleva en deux mois à
18,000 individus. Si les communards de Belleville étaient
aussi prolifiques que deviendrait, hélas! la société humaine!...
Quant au second cas dont j ’ai à vous parler, Messieurs, et
que j ’ai encore à cette heure, je le répète, dans les mains, il
diffère peu du précédent sous le rapport des symptômes, mais
il est infiniment moins grave et parait devoir se terminer par
la guérison. Après une série d’accès hystériques, développés
sous l’influence des passions tristes si communes en France
depuis l’invasion prussienne, Mmo *** a dù quitter Paris, sa
résidence ordinaire, et est venue se fixer dans les environs de
Marseille, chez des amis dont je suis depuis plus de vingt ans
le médecin ; après un des accès dont je parle, le prurit général
s’est manifesté, une éruption plus discrète, moins généralisée
que celle du capitaine de vaisseau *** s’est développée, mais
elle ne consiste pas en boutons mous et rougeâtres, ou en
tubercules plus ou moins volumineux comme on l’a observé
quelquefois, elle est caractérisée par des bulbes, des plilyctènes contenant, avec les insectes, une certaine quantité de
sérosité. Ce sont encore des pédiculi corporis qui en sortent,
mais leur nombre devient chaque jour de moins en moins
considérable. La personne a dépassé la soixantaine et son
tempérament a toujours été lymphatico-nerveux.
Toutefois, Messieurs et chers collègues, il résulte des recher­
ches que ce dernier cas de phthiriasis m ’a porté à faire dans
les auteurs, que cette maladie, surtout lorsqu’elle est de
nature critique, qu’elle n ’est, en quelque sorte, que le symp­
tôme final d’un état fébrile, peut affecter une autre forme,
celle d’un abcès plus ou moins volumineux et unique. Tel fût,
par exemple, le cas rapporté par Rusth et q u ’on trouve consi­
gné dans la plupart des dictionnaires de médecine. Ce praticien

PH T H IR IA SIS SPONTANÉ.

339

fut en effet appelé à donner ses soins à un enfant d’environ
13 ans, qui portait au sommet de la tête une forte tumeur
prurigineuse dont l’ouverture donna issue à une immense
quantité de pédiculi corporis, car c’est un fait très remarquable
et méritant l’attention des médecins, que 1epediculus capitis,
le pediculus pubis ne se sont montrés dans aucun cas de
phthiriasis, pas plus que le sarcopte de la gale, bien que cette
dernière ait été longtemps considérée comme une diathèse.
Pourtant je vous citerai en passant et à ce propos un cas des
plus remarquables tiré de ma pratique.
En 1849 je fus consulté par M. ***, chef de bataillon d’un
régiment qui tenait garnison dans notre ville, pour un prurit
universel qu’il ressentait depuis plusieurs mois et qui le ren­
dait, disait-il, si malheureux qu’il se brûlerait la cervelle si
on ne parvenait pas à l’en délivrer. Après l’emploi de divers
moyens qui furent inefficaces, je l ’envoyai aux Gamoins où il
prit les eaux sulfureuses intus et extra, avec l’exagération
propre aux militaires surtout lorsqu’ils sont impatients; or,au
bout d’une douzaine de bains et après l’ingestion de je ne sais
combien de litres d’eau, une éruption psorique caractérisée
surgit tout-à-coup chez cet officier; il m’apprit alors; qu’ayant
été attaqué de la psore dans les Pyrénées, au fort de Bellegarde,
il en était débarrassé presque instantanément à l’aide d’un
moyen répercussif, que lui indiqua un camarade. C’est à
vous, Messieurs, d ’apprécier la valeur, la portée de cette décla­
ration. Quant à moi, je ne saurais que vous en garantir l’exac­
titude et celle du fait lui-même. Il est inutile d’ajouter que
la gale, que portait le m alade, attaquée par les frictions
huileuses dont j ’ai constaté l’excellence à bord de nos vais­
seaux, ne tarda pas à guérir radicalement et que le prurit,
qui avait ouvert la scène, cessa également.
Je ferai rem arquer en passant, puisque l’occasion s’en
présente, que je ne crois pas à la psore sans acarus ou en
d’autres termes que je considère ce dernier comme la cause
et non comme l’effet de cette éruption.
Le peu que je viens de dire du phthiriasis suffira, je crois,
pour vous démontrer qu’ainsi que je l’ai déjà établi, il n’y a

�340

E. BERTULUS.

rien de commun entre lui et le parasitisme ordinaire, résultat
de la malpropreté, que l’existence et la multiplication phéno­
ménale des pediculi corporis, il ne me reste donc, afin de ne pas
donner à cette simple note le caractère d’un véritable mémoire,
qu’à vous en exprimer le but final, qui est de vous demander
votre opinion sur l ’étiologie des formes diathésique et cri­
tique ou élim inatrice, delà maladie pédiculaire, étiologie
que les nouvelles découvertes sur la trichinose, etc., doivent
selon moi éclairer beaucoup.
Si la génération spontanée, à laquelle on a cru si longtemps
et dont j ’ai démontré l’absurdité dans mon ouvrage sur
l ’athéïsm e, doit-être reléguée au milieu des folies qui ont
déshonoré l ’intelligence hum aine, si tout ici-bas, animaux et
végétaux, vient de sa semence propre, transmise de génération
en génération à partir des premiers couples que Dieu forma,
comment pourrons-nous considérer la génése du phthiriasis ?
Evidemment, nous devons admettre que, les lentes des
pediculi peuvent s’introduire dans l’économie par les mêmes
voies qui sont constamment ouvertes à ce que nous appelons
les miasmes, qui ne sont peut-être eux mêmes que des êtres
vivants du même genre ; ces voies, vous le savez, sont la
peau et les muqueuses pulmonaire et digestive
Je dirai, tout d’abord, qu’il me parait assez peu vraisembla­
ble que les lentes des pediculi corporis, bien qu’elles 11e
soient que des atomes, une sorte de poussière invisible,
puissent pénétrer par la peau, tandis que d’un autre côté,
l’insecte lui m êm e, une fois éclos, ne saurait davantage
( vu son organisation ) soulever l’épiderme à la manière de
certains sarcoptes, tels, par exemple, que la civique des tro­
piques et l’acarus scabiei, s’y pratiquer son nid et y faire sa
ponte ; on voit bien quelquefois des pediculi pénétrer sous
les croûtes d’un ulcère , d’une pustule variolique, se loger
sous l ’ongle d’un orteil, etc., mais ces derniers faits se rap­
portent évidemment au parasitisme • ordinaire et n’ont rien
de commun avec ce qu'on observe dans le phthiriasis.
Restent donc les deux autres voies de pénétration possible
des dites lentes dans l’économie, celle par les poumons,

PH T H IR IA SIS SPONTANÉ.

341

qui oblige d’admettre à priori qu’elles peuvent avoir dans
certains cas l'air am biant pour véhicule, et celle par 1esto­
mac , où elles seraient portées avec certains aliments, se
mêleraient au chyle et seraient absorbées avec lui par la
muqueuse intestinale.
Je 11e saurais me prononcer d’une manière absolue, pour
lune de ces deux dernières voies; mais je ne tairai pas
ma préférence pour l ’absorption digestive, préférence que
justifient les modernes découvertes de la science sur la tri­
chinose. Je n’ai pas en effet de répugnance à admettre que les
lentes du pediculus corporis, invisibles sur certains aliments
que l’on ingère sans les laver ou sans leur faire subir
l’épreuve du feu (par exemple, sur des fruits secs ou frais, sur
du pain, des gâteaux, de la pâtisserie, etc.), passent, avec les
sucs provenant de ces aliments, dans le torrent circulatoire, et
soient ensuite poussés vers la peau par le vis médicatrix. Une
seule question, dans cette hypothèse, me semble impossible à
résoudre, et cette question la voici : Véclosion des œufs , ou la
transformation des larves en insectes complets, ont-elles lieu
dans le sang même , ou bien sous Vépiderme, dans les boutons ou
bulles? Je serais heureux, Messieurs, de vous entendre discuter
sur ce point, comme sur la possibilité de l’état latent de la
psore, que semble établir le fait rapporté un peu plus haut.
Si les anciens médecins, ne l’oubliez pas, se sont montrés
parfois trop.crédules sous l’influence d’un vitalisme exagéré,
nous devons reconnaître, pour être justes, que les modernes,
par trop sceptiques, à cause du positivisme et du matérialisme
dont ils sont imbus, sont tombés dans un autre excès non
moins nuisible aux progrès de l’art salutaire et aux intérêts
généraux de la vérité.
Je dirai m aintenant, pour finir, quelques mots de la théra­
peutique du phthiriasis.
Mes souvenirs me font complètement défaut sur le traite­
ment général qu ’on fit suivre au capitaine de vaisseau ” ;
à cette époque, la question du parasitisme, tant interne
qu’externe, n ’avait pas encore été étudiée comme elle l'a été
de nos jours ; et tout me porte à croire que des moyens

�E . BERTU LU S.

PH T H IR IA SIS SPONTANÉ.

locaux tels que bains, frictions, poudres insecticides, etc., etc.,
furent principalement opposés à ce cas si remarquable et si
grave à la fois.'
Quant à la malade que j ’ai actuellement dans les mains, je
ne lui ai conseillé que des bains journaliers, l’usage intérieur
de la décoction de cam om ille, des lotions fréquentes sur les
parties affectées avec la même décoction et des applications
journalières de poudre insecticide Bouvdrel; ce traitement,
d’une extrême simplicité , semble avoir produit de bons
effets. Mon ami et votre collègue M. Laurens, pharmacienchimiste , nî’ayant appris que cette poudre que nous
voyons employer tous les jours avec tant de succès, provenait
des fleurs d’un genre de camomille , je pensai aussitôt aux
applications qu’on pourrait faire de ce remède à l’homme
dans les cas de parasitisme ; de là à l’emploi intérieur de la
camomille contre la maladie pédiculaire l’acheminement
vous paraîtra tout naturel. La guérison radicale chez ma»
malade sera-t-elle due à ce moyen si simple ou bien à l’épui­
sement même de la cause directe ? C’est ce qu ’il ne m’appar­
tient pas d’affirmer, mais si une amélioration très grande ne
s’était pas manifestée chez elle, j ’aurais employé intus et
e x tra , l’état général étant bon , le soufre et le mercure, par
exemple, des bains sulfureux d’une part, et de la liqueur
de W an-Swieten de l’autre, afin d’aller tuer jusque dans le
sang les lentes et les larves des pediculi corporis pour
lesquels le mercure est le plus actif de tous les poisons.
Dès les temps les plus anciens, la médecine a employé
contre le parasitisme la poudre des semences de staphysaigrc
ou pied d’alouette ; mais cette plante, que certains animaux
mangent impunément, comme ils le font pour l’aconit napel,
lajusquiam e, etc., ne pourrait être utilisée à l’intérieur, car
elle jouit d’une propriété caustique qui la rend immaniable,
d’ailleurs elle ne serait pas absorbée sans danger puisque, à la
dose de 30 centigrammes seulement, elle peut amener des
vomissements extrêmement violents; la camomille est, au
contraire, personne ne l’ig n o re , d’un emploi très facile et
exempt de toute mauvaise conséquence ; j ’appelle donc toute

votre attention, Messieurs, sur le parti que la médecine pour­
rait tirer chez l’homme du genre de camomille qui constitue
la poudre dite insecticide, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur,
non-seulement contre la maladie pédiculaire, mais encore
contre les affections vermineuses proprement dites.
Je vous rappellerai en finissant, Messieurs et chers collègues,
que le phthiriasis n ’attaque pas seulement l’espèce humaine,
mais qu’il est aussi très commun chez les animaux et qu’il se
présente chez eux avec les mêmes caractères, les insectes seuls
ne sont pas de même nature. En vétérinaire, cette dégoûtante
maladie porte le nom de pouillement, elle affecte surtout les
animaux surmenés et appauvris, circontance bonne à mettre
en note, vu les inductions étiologiques et thérapeutiques qui
en découlent.
« Lorque le phthiriasis commence à se manifester chez les
animaux dom estiques, dit le Dictionnaire de médecine vété­
rinaire, les pediculi sont quelquefois placés sous l’épiderme et
donnent lieu à la formation de petites tumeurs dont l’ouver­
ture, artificielle ou spontanée, ne laisse aucun doute sur la
nature de la maladie ; la démangeaison est le symtôme le plus
incommode, elle ne laisse aux malades aucun repos, les prive
entièrement de sommeil et amène à la longue l’épuisement et
la mort. »
Vous le voyez, Messieurs, les deux médecines s’éclairent
mutuellement et il serait à désirer que, suivant l’exemple de
l’Académie de Paris, les compagnies médicales de la province,
s’adjoignissent des vétérinaires instruits et expérimentés ; la
science aurait tout à gagner à cette adjonction, je vous signale
là une fâcheuse lacune que nous devons combler dans notre
sein le plus tôt possible, et que je serai, pour ma part, heu­
reux de voir disparaître avant la fin de mon année de
présidence, dont plus de la moitié s’est déjà écoulée sans
fruit, vu les événements politiques exceptionnels qui se sont
produits depuis le 4 septembre 1870.

312

343

P. S. — Depuis que cetto communication a été faite à la
Société de médecine par M. le professeur Bertulus, il a paru

�344

E. BERTULUS.

de lui dans la Gazette médicale de Paris (n“‘ du 19 août et sui­
vants) un mémoire dans lequel, après avoir présenté l’histoire
et la bibliographie du phthiriasis depuis Hippocrate jusqu’à
nos jours et démontré la fausseté des idées professées parles
auteurs modernes sur cette triste maladie, il s’est cru autorisé
à prendre les conclusions suivantes qui, jusq u ’à ce moment,
n’ont été l’objet d’aucune critique de la part de la rédaction
et des lecteurs de la Gazette :
1° Il existe réellement un phthiriasis spontané dans lequel
des pediculi cprporis complets sortent en quantité incessante
et considérable de l’économie , soit par les ouvertures natu­
relles, soit par des abcès ou des tum eurs de caractère critique
manifeste, soit par des boutons ou phlyctènes ;
2° Les lentes des pediculi dans ces cas procèdent du milieu
am biant et arrivent à l'état d’insectes complets dans les pro­
fondeurs de l’économie ;
3° L’histoire naturelle, en établissant que les pediculi peu­
vent suspendre l’action de leurs trachées et vivre sans respirer
dans les milieux méphytiques ou même dans le vide, a résolu
elle-même le problème du rôle alternatif d'épizoaires etd'entozoaires que semblent jouer dans certains cas ces insectes;
4° Le phthiriasis spontané ou interne n ’a rien de commun
avec le parasitisme ordinaire que les pediculi eux-mêmes;
5° 11 n’y a pas de diathèse pédiculaire, mais seulement des
aptitudes à l’éclosion des lentes et à la pullulation des insectes
complets, aptitude que développent certaines cachexies;
6° Le traitem ent des phthiriasis spontané est celui de la
diathèse ou de la cachexie qu’il complique ou dont il est
l’accident ; il peut appeler, selon les c a s, l’emploi du fer, du
q u in q u in a , de l’arsenic, rarem ent ( si ce n ’est à l’extérieur)
celui du soufre et du mercure.
Nous engageons nos lecteurs à lire le mémoire dont il s’agit
dans la Gazette médicale, qui est reçue ici dans tous les cercles,
afin qu’ils puissent apprécier ces conclusions à leur juste
valeur.
(Note de la Rédaction.)

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

:&gt;i:&gt;

COMPTE-RENDU DES SOCIETES SAVANTES.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINS DE MARSEILLE.
Séance du 23 juin 1871. — Présidence de M. Bcrlulus.
Correspondance imprimée : Bulletin administratif du Ministère dr
IInstruction publique, des Cultes et des Beaux arts (année 1871).—
Bulletin de la Société de médecine d'Angers (année 1869).
J/. Isnard communique une nouvelle observation d’ovariotomie.
L’opération fut très longue et très difficile en raison des adhé­
rences énormes qui unissaient le kyste aux organes environ­
nants. La malade succomba à une péritonite. Ce fait est rapporté
in extenso dans le numéro de juillet. (Voir page 25o.)
L'ordre du jour appelle une communication de M. leD' Rougier
sur la variole et la vaccine.
If. Rougier. — Je n ’ai point 1 intention de discuter telle ou telle
question. Je désire seulement proposer à la Société divers sujets
d'étude parmi les nombreux aperçus auxquels donne lieu l’his­
toire de la variole. Mais avant d'aborder directement l'exposé de
ces cpiestions diverses, je crois bon de dire quelques mots sur un
sujet éminemment utile et pratique ; je veux parler de la conser­
vation du vaccin. Je suis peu partisan, pour ma part, du vaccin
conservé, ce virus, lorsqu’il n ’est plus frais , perdant une bonne
partie de ses qualités préservatrices. Cependant il est nécessaire
d’en faire usage. Toute la question est de connaître le meilleur
mode de conservation. Le tube capillaire présente un avantage
réel en ce sens que le virus se dessèche moins vite versé dans le
tube que déposé a la surface d’une plaque. Mais ce prodédé n’est
point d’une application commode; il arrive souvent que le vacci­
nateur ne parvient point a faire sortir du tube le virus étroite­
ment renfermé. Cet inconvénient n’existe plus, il est vrai, avec
la plaque de verre, mais il est remplacé par un autre non moins
sérieux, la prompte dessication du vaccin. Pour éviter ces deux
inconvénients, je me sers habituellement de plaques très polies et
munies au centre d’un godet creusé dans l’épaisseur du verre.

�346

SEU X F IL S .

Cette disposition , en raison de l’adaptation parfaite des deux
plaques, rend très difficiles l’accè-s de l’air et la dessication du
vaccin; de plus, elle permet à une notable quantité de virus d’être
expédiée, s ’il faut, d’un bout du monde à l’autre tout en restant
facilement accessible au vaccinateur. J ’ai envoyé à Paris un
modèle de mes plaques, et j ’espère qu’elles seront généralement
adoptées.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

341

M. Rougier fait circuler parmi les membres de l’Assemblée les
plaques en question, qui reçoivent l'approbation de tous.
Notre confrère donne ensuite lecture de diverses propositions sur
la variole et la vaccine. Il témoigne le désir qu’elles soient mises
successivement à l’étude.

de ce que les sujets ainsi frappés n’étaient, plus sous la bienfai­
sante influence du vaccin , ce virus ayant épuisé complètement
chez eux son action préservatrice.
Les deux exceptions dont je viens de parler ne détruisent pas
la règle, qui est que la varioloïde se montre, dans la très grande
majorité des cas, chez les individus vaccinés.
Je demanderai, en terminant, à notre confrère, pourquoi il fait
intervenir la rougeole et la scarlatine dans des propositions
exclusivement propres à la variole. L’empoisonnement différé
complètement pour ces trois maladies ; chacun de ces exanthèmes
sedéveloppe sous l ’influence d'un miasme particulier et ils ne pré­
sentent qu’un seul caractère commun, la manifestation cutanée.

M. Seux père. — Les propositions que vient de nous lire M.
Rougier me paraissent, pour la plupart, fort intéressantes. Je
désirerais seulement que la plus grande clarté fût introduite dans
leur énoncé. Ainsi, par exemple, je n ’ai pas bien compris si notre
confrère, considère la varioloïde et la varicelle, comme deux
maladies analogues dans leur essence. Pour m oi, la varicelle n’a
rien de commun avec la variole ; c’est la maladie que l’on
désigne vulgairement sous le nom de petite vérole volante, c'est le
chicken pox des Anglais, ce n'est point un membre de la famille
des affections varioleuses. La vaccine ne préserve pas de la vari­
celle ; tous les enfants passent à peu près inévitablement par
cette maladie fort légère, de même qu’ils ont to u s , presque sans
exception, la coqueluche, les oreillons et la rougeole. Je sais que tous
les praticiens ne sont pas de mon avis relativement à la nature
de la petite vérole volante ; c’est là un point discuté dans les livres,
et naguère la Société médicale des hôpitaux en faisait le sujet d’une
intéressante discussion, Je persiste cependant dans mon opinion
attendu que je n ’ai jamais vu la varicelle produire la variole.
Il n’en est pas de même de la varioloïde. Cette maladie esttoutà-fait analogue à la variole. C’est une petite vérole adoucie; c’est
la variole des gens vaccinés ; mais elle appartient franchement
aux affections varioleuses. Lorsqu'elle est intense, elle présente
les mêmes symptômes que la variole, seulement les accidents,
d’habitude, cessent rapidement. La varioloïde peut survenir chez
les individus non vaccinés ; mais ces cas sont rares. D’autre part,
on a vu quelquefois des gensjvaccinés avoir, non pas la varioloïde
mais une vraie variole et succomber à cette maladie. Ces
derniers cas, rares aussi, s’expliquent très bien ; ils proviennent

J/. Rougier. — J ’ai parlé de la rougeole et de la scarlatine parce
que ces deux exanthèmes peuvent apparaître pendant la période
vaccinale. Personne n ’ignore que le vaccin interrompt le cours de
la rougeole et de la scarlatine ; qu’il peut même faire disparaître
momentanément l’éruption. Ce dernier fait demande a être bien
connu, car il importe que le praticien ne se préoccupe point
outre mesure s’il voit, dans le cours de la période vaccinale, dis­
paraître brusquement une rougeole ou une scarlatine. J ’ai eu
dernièrement sous les yeux un cas de cette dernière maladie : le
sujet se trouvait sous l’influence du vaccin ; l’éruption scarlati­
neuse était si peu marquée que j ’eus beaucoup de peine à la
reconnaître ; elle existait cependant et je suis porté à croire que
la période vaccinale a contribué — dans une certaine part — a en
diminuer l’intensité. Je crois, comme M. Seux, que la varicelle
n’est point analogue, dans son essence, à la variole ; mais je ne
partage pas l’opinion de notre confrère relativement à la vario­
loïde. Trop souvent, dans le public et dans le monde médical, on
considère cette maladie comme la variole des gens vaccinés ;
trop facilement on est persuadé que la varioloïde préserve de la
variole. Il y a peu de temps encore je partageais les idées com­
munes, et je croyais qu’un individu qui avait eu la varioloïde,
pouvait se considérer comme presque complètement à l’abri des
atteintes de la variole. Voici un fait qui m’a fait concevoir, à ce
sujet, de très grands doutes :
En juin 1870, l’enfant X . . . . fut atteint de varioloïde; au 3*
jour les boutons s’ombiliquent. et s’étalent, la dessication se fait
vers le T jour ; les croûtes tombent vers le 10'’ ou 1I". Persuadé
que cet enfant était soustrait à l’influence de la variole, je le

�SEU X FIL S.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

laissai reprendre sa vie ordinaire sans songer à le vacciner. Six
mois après la guérison, une variole intense se déclara et l'enfant
mourait après être tombé dans un coma dont rien n’avait pu le
tirer.
Je conclus de ce fait que la varioloïde ne préserve pas de la
variole, et depuis cette époque je vaccine sans hésiter les indi­
vidus atteints précédemment de varioloïde.

l’éruption vaccinale. Or, qu'est-ce-que la vaccine, sinon une
variole propre à certains animaux?
Ces derniers faits corroborent donc ceux qui précèdent, et ils
prouvent jusqu’à l’évidence que l'on ne peut dire, parce que l’on
a observé chez le même individu la varioloïde et la variole : ces
deux exanthèmes sont deux maladies différentes.

m

M. de Capdeville. — Je prierai M. Rougier de vouloir bien donner
plus de développement à chacune des propositions émises par lui.
Nous pourrons alors répondre en toute connaissance de cause et
discuter sérieusement.
M. Seux père. — J ’appuie d’autant plus la motion de M. de Cap­
deville que les questions proposées par M. Rougier donnent lieu
à d’intéressantes communications. L’identité de la varioloïde et
de la variole, par exemple, question qui se présente naturelle­
ment à la suite du fait communiqué par notre confrère, peut être
longuement discutée. Je ne vois, pour ma part, dans le cas dont
il s’agit, que le fait d’un enfant qui a eu deux fois la variole.
C’est là une exception si l’on veut, mais une exception qui a été
notée dans un certain nombre de cas. Au début de ma pratique,
je croyais que certaines maladies, comme la fièvre typhoïde, la
variole, ne pouvaient être contractées qu'une seule fois par le
meme individu. J ’ai été obligé de modifier ces idées. L’expérience
a, de nos l'ours, prouvé surabondamment que la petite vérole
pouvait survenir plusieurs fois chez la même personne. Il est
incontestable que la variole ne préservepasàcoup sûr delavariole:
pas plus que la vaccine n’empêche « coup sûr la variole de se déve­
lopper. Cette immunité est certaine, mais elle n ’est pas absolue;
elleestrelative, on pourrait presque dire passagère, etjem ’explique
très-bien que l’enfant X- ", tout en ayant eu la varioloïde, ait
été plus tard atteint de variole. Les cas semblables ou analogues
à celui dont nous a entretenu, M. Rougier, ne manquentpas dans
la science ; j’en ai, pour ma part, observé un certain nombre, un
entre autres en 4844, alors que je faisais à l’Hôtel-Dieu le service
de la clinique médicale. Ce fait est le premier de cette espèce que
j ’ai eu l’occasion d’observer; j ’en ai vu plusieurs depuis. Des
faits de ce genre ne sauraient d ’ailleurs surprendre, si l’on songe
— phénomène bien plus remarquable encore — que les personnes
ayant été atteintes précédemment de petite vérole, peuvent avoir

349

M. Méli. — Comme notre confrère, M. Beux, j ’ai observé
plusieurs cas de récidive de variole. Je me rappelle entre autres,
un capitaine marin dont le visage était couturé de cicatrices très
authentiques, et chez lequel je vis se développer une petite
vérole.Dans l ’épidémie actuelle, j'ai été témoin de deux autres
faits semblables. L’histoire nous apporte également son contin­
gent de preuves à l’appui : personne n’ignore que Louis XV a eu
deux fois la variole.
M. le Président.— Je partage complètement l’opinion de M. Seux
sur la nature de la varicelle et de la varioloïde. Quant aux
récidives de variole, elles sont incontestables. J ’ai observé moimême, il y a peu de temps, plusieurs cas de ce genre parmi les
élèves du Lycée.
M. Rougier. — Je ne nie pas les récidives de variole. J ’ai vu
quelquefois le même exanthème survenir à plusieurs reprises
chez le même individu. Cependant, en principe, une maladie
virulente ne peut se déclarer deux fois dans le même organisme ;
si des récidives surviennent, elles prouvent uniquement que le
terrain est très-favorable, et qu’une première atteinte n’a pas
suffi pour détruire complètement la disposition virulente.
M. Seux fils propose qu’en raison de l’intérêt oftert par les pro­
imitions de M. Rougier, ce dernier veuille bien désigner pour
chaque séance une question déterminée. Celle-ci sera alors portée
à l’ordre du jour, elle arrivera à sa place dans la séance, et pourra
être discutée en toute connaissance de cause.
Cette proposition est adoptée.
La séance est levée.
Le Secrétaire-général.
Dr S eux fils.

�350

SEU X F IL S .

NOUVELLES DIVERSES.

Nous recevons de Monsieur le Président de la Société de méde­
cine la note suivante que nous publions in extenso.
La réintégration de M" les Docteurs Sauvet et Sauze aux fonc­
tions de médecins des prisons, est un fait désormais accompli ; le
citoyen Esquiros les avait destitués (peut-être il son insu, comme
cela est arrivé dans d’autres c a s ) , mais la Société de médecine
de Marseille, dont ils sont membres, avait, par un sentiment de
solidarité qui l’honore, pris fait et cause pour eux, faisant valoir
que, dans l’état actuel de la Science, les médecins des prisons
doivent être, autant que possible, des aliénistes.
En 1848, au moment ae l’arrivée dans nos murs de M. Emile
Ollivier, de prétendus médecins démocrates, qui devinrent bientôt
pour la plupart de chauds bonapartistes, tentèrent aussi d’inau­
gurer la curée des places; mais dès les premières démarches qui
furent faites dans ce sens auprès de lui, le jeune commissaire du
gouvernement provisoire, qui distribuait en toute occurence les
lambeaux de son cœur, les arrêta par ces mots : « Je n’ai pas, je
vous l'avoue, la bosse de la destitution. »
Quand donc les gens de l’art comprendront-ils que la politique
n ’est pas leur fait, qu’ils n’ont moralement rien a gagner à son
contact et que, de même qu'ils ne peuvent qu’accorder leurs soins
aux malades de tous les partis, ces derniers ne doivent les honorer
et les distinguer qu'en raison de leur expérience, de leur savoir,
de leur probité, enfin des services qu’ils ont rendus a la chose
publique. En dehors de ces qualités indispensables, la foi poli­
tique du médecin doit importer fort peu quelle quelle puisse être.
Ne demeure-t-il pas invariablement, en effet et avant tout, le
serviteur de l’humanité souffrante;et puis,comment concilier cette
ierte d’un temps précieux qu’imposent toujours les intrigues et
es menées de la politique, avec cet aphorisme du père de la
médecine, le plus vertueux des philosophes : ars longa, vita brevis.
Ajoutons pour terminer que la Science et les aptitudes médicales
n'étant pas susceptibles de division ou de partage, on verrait
des choses bien étranges le jour où le principe de la distribution
des places pour motifs politiques pourrait être admis par le gou­
vernement. Qu’ils se le disent donc une fois pour toutes.
Dr Bertulüs.

f

— L’Association médicale des Bouches-du-Rhône, agrégée à
l’Association générale des médecins de France, a tenu la dernière
assemblée générale le 7 juillet dernier. Le but de cette réunion,
était la nomination quinquennale des membres du bureau. Les
élections de ce jour présentaient d'autant plus d’intérêt que,

pour la première fois, la Société allait exercer le droit de nomina­
tion du président par l’élection directe et unique des sociétaires,
droit accordé à toutes les sociétés de prévoyance par uu décret
du Gouvernement de la Défense nationale.
Ont été élus :
Président : M. Seux père, président démissionnaire.
Vice-Président, à Marseille : M. Villard.
»
à Aix : M. Rimbaud.
»
à Arles : M. Imbert.
Secrétaire : M. Sauvet.
Vice-Secrétaire : M. Nicolas-Duranty.
Trésorier : M. Blanchard.
Membres de la Commission administrant e :
MM. SIRUS PIRONDI.
MM. COSTE.
MITTRE.
ROCANUS.
VERNE.
LACHAUX.
CHAPPLAIN.
COLLIN.
MÉRENTIER.
VAN-GAVER.
DESPINE.
MÉLI.
— Dans le courant du mois qui vient de s’écouler, le corps
médical de notre ville a perdu un de ses membres, M. Gasquet.
Ce praticien, simple officier de santé, était arrivé par son travail,
à posséder une nombreuse clientèle à laquelle il donnait tous ses
soins. Malade depuis assez longtemps déjà il n ’a pu résister à des
crises fréquentes et de plus en plus rapprochées. On peut presque
dire, tant était grande son activité, que la mort l’a surpris dans
l'exercice de ses fonctions. Nous sommes heureux de pouvoir con­
sacrer — quoique bien tardivement — un dernier souvenir à la
mémoire de ce confrère.
— Par décision ministérielle, en date du 5 septembre courant,
M. le ministre de l’intérieur a nomme M. le docteur Lachaux
médecin en chef honoraire du service des aliénés.
« En prenant cette décision, ajoute M. le ministre , j ’ai tenu à
o donner au docteur Lachaux un témoignage d’estime pour le
« zèle et le désintéressement dont il a fait preuve pendant la miso sion dont il a été chargé à l’asile de Marseille.»
— La mortalité dans notre ville se maintient toujours au-des­
sous de la moyenne. C’est ainsi que le chiffre des décès du mois
d’août ne s’est élevé qu’à 806, accusant, sur le mois de juillet,
une diminution de 59 décès. En comparant le mois d’août de 1871
avec ceux des deux années précédentes, nous trouvons également
une diminution en faveur de 1871
Voici d’ailleurs quelle acte, depuis 1869, la mortalité des mois
d’août ci-après :
Mois d'août 1869....... 882 décès.
870....... 863 »
1871....... 806 »

�3o'2

SEU X F IL S.

C’est donc, en IS”71, une différence de décès en moins de 51
sur 1870 et de 7G sur 1869.
En résumé la moyenne journalière des décès pendant le mois
d'août 1871 a été de 26. Cette moyenne avait été de 27, 93 pen­
dant le mois de juillet dernier.
La petite vérole, dont le retour avait été signalé dans que loues
quartiers de la banlieue , a aujourd’hui disparu. Aussi pendant
la deuxième quinzaine d’ao û t, n ’a-t-il été fait que très-peu de
déclarations de décès causés par cette maladie. Les alïections
de poitrine, les entérites et quelques autres maladies de la saison
continuent à fournir le plus fort contingent des déclarations de
décès à l’état civil. On peut donc dire que jamais la santé publi­
que n’a été meilleure dans notre ville, et tout porte à croire, ii
mesure que l’automne avance, que rien ne viendra altérer un état
sanitaire aussi satisfaisant.

( a n c i e n n e U n io n . M é d i c a l e d e l a P r o v e n c e )

8mo Année.-— N ° 1 0 . — 20 Octobre 1871.

P a r le Dr A. FABRE.

— On nous annonce que le choléra.a envahi l’extrême.nord de
la Prusse et qu’il fait des progrès assez rapides.
—• A Paris, l’état sanitaire se m aintient dans de bonnes condi­
tions. Le chiffre des décès, pendant la dernière semaine d’août, a
été de 846 seulement. Dans la semaine suivante, la proportion
s’est un peu accrue. Trois ou quatre cas de choléra ont même été
signalés ; mais ces cas sont complètement isolés et aucune
influence épidémique, ne se fait ressentir.
— D’après une note du Levant Hérald, à la date du 19 septembre,
quelques cas de choléra asiatique s’étant montrés a Constanti­
nople, les médecins chargés du service de santé, ne délivrent plus
— par mesure de précaution — que des patentes brutes aux
navires qui partent de cette ville.
Nous ne doutons pas qu’à Marseille toutes les précautions ne
soient prises, et tous les ordres donnés, pour que les navires de
cette provenance soient observés avec la plus rigoureuse attention.
— Quelques cas légers de choléra se seraient également mon­
trés à Smyrne.
— Le ministre de l'intérieur du royaume d’Italie a ordonné,
au commencement de ce mois, que les navires provenant du port
d’Anvers soient admis en libre franchise, et délivrés de la quaran­
taine à laquelle ils étaient soumis depuis quelque temps. Cet
ordre est de bon augure. Toutefois, il ne paraît pas que toutesles
craintes — relativement aux ports du Nord, — soient complète­
ment dissipées, puisqu’une décision ministérielle, émanée de
Copenhague, à la date du 20 septembre, vient de soumettre à une
rigoureuse observation les navires venant de Stettin, de Ham­
bourg et d’Altona.
Dr S eux Fils.
A. F abre.

I

Ce travail a pour but de mettre successivement les princi­
pales doctrines médicales en présence de la l'olie, de ses causes,
de son évolution, de ses désordres anatomiques et de ses trou­
bles fonctionnels, de son traitement enfin, et de juger si
réellement elles rendent compte de ce redoutable et singulier
phénomène, si elles peuvent en éclairer l’étude et ouvrir à la
pathologie mentale une voie féconde en progrès.
Un grand mouvement s’opère ou plutôt se prépare en ce
moment dans le domaine de la philosophie médicale et de la
philosophie pure. Les esprits les plus clairvoyants commencent
à juger, dans leurs caractères essentiels et dans leurs consé­
quences ultimes, les doctrines de Descartes et de Bacon; plu­
sieurs philosophes et quelques médecins reviennent à l’ani­
misme, non point tel que Stalil l’avait conçu, mais tel que
l’avait formulé Aristote et après lui la scolastique, tel que
l’esprit humain, dans sa marche progressive, doit le com­
prendre et la perfectionner. Médecin avant tout, et faisant de
la théorie pour la pratique, je me propose de demander û cet
animisme plus spécialement encore qu’aux autres doctrines
ce qu’il nous apprend dans l’étude de la folie.
Depuis le premier éveil de la pensée humaine jusqu'aux
derniers siècles du moyen-âge, une œuvre immense s’était
26

�354

A. FABRE.

formée, œuvre jusqu’ici mal comprise parce qu’elle a été exa­
minée, noii pas dans son ensemble, mais clans ses détails, et
que les divergences dans les détails ont empêché de voir l’unité
dans l’ensemble. Cette œuvre, c’est la doctrine traditionnelle
sur la nature de l’homme, fondée sur l ’union non point acci­
dentelle mais substantielle de l’âme et du corps. Elle avait
traversé plusieurs phases successives. Thalès et les plus anciens
philosophes grecs avaient reconnu dans l’homme deux prin­
cipes, l’un actif l’autre passif; c’était la première période.
Platon, cherchant à connaître ce qu’Hippocrate ne fit que
pressentir, avait posé, sans les résoudre clairement, le problème
de l ’unité du principe actif et celui de son mode d’union avec
le corps; c’était la seconde période. Dans la troisième, ces deux
problèmes sont résolus par Aristote, qui en résume la solution
en cette formule : lame est la forme du corps. La quatrième
enfin comprend tout le moyen-âge, qui ne fut ni une époque
de civilisation, comme on a osé le prétendre, ni encore moins
une époque de barbarie, comme on a bien voulu le dire, mais
une époque de lutte entre la civilisation chrétienne et la bar­
barie ; c’est à la barbarie que les docteurs de l’Eglise sous­
traient l’héritage d’Aristote pour le transmettre à Albert-leGrand et à Saint-Thomas qui le recueillent et le cultivent.
Dès lors la doctrine traditionnelle était constituée ; il ne
restait plus qu’â la perfectionner et surtout à en déduire les
conséquences pratiques. Mais ce dernier travail, une révolu­
tion, la plus grande qu’ait éprouvée l’esprit hum ain, devait le
retarder de plusieurs siècles.
Une éclatante rupture avec la tradition, tel est le caractère
commun aux philosophies de Descartes et de Bacon. Mais elles
diffèrent complètement par les moyens : l’observation interne
secondée par le raisonnement est l’arme de Descartes; l’obser­
vation externe, soutenue par l'induction, est l ’instrument de
Bacon. Après plusieurs siècles d’évolution, après avoir enfanté
diverses séries de systèmes, ces deux philosophies ont dit
aujourd’hui leur dernier mot : pour ceux qui ne reculent pas
devant les conséquences logiques d’un principe, la philo­
sophie cartésienne est devenue l’idéalisme, celle de Bacon le
matérialisme.

FOLIE.

355

En médecine, elles ont rencontré des éléments d’ordres
divers avec lesquels il a fallu fusionner; leur inllueuce s’est
successivement combinée avec celle des différentes sciences
qui ont été tour à tour en honneur; il n’est cependant pas dif­
ficile de la retrouver.
A l’union substantielle de l’ânie et du corps, Descartes avait
substitué leur union accidentelle. Au lieu de deux éléments
unis pour ne plus former qu’un seul être indivisible, l’homme,
Descartes admet deux principes accolés plutôt qu’unis et con­
servant chacun son individualité ; à l’un, il donne pour essence
la pensée qui n’est qu’un attribut; à l’autre, il donne pour
essence un autre attribut, l’étendue. Au lieu de l’homme, à la
fois esprit et machine, qui pense et qui digère par des facultés
différentes mais qui toutes lui sont personnelles, on a dans
l’homme un pur esprit et une simple machine, l’esprit qui
pense et la machine qui digère, se mouvant chacun dans sa
sphère, n ’ayant rien de commun que de coexister et d’être
enchaînés ensemble par un lien que ni l’hypothèse de l’occasionalisme ni celle de l’harmonie préétablie n’a empêché d’être
mystérieux.
Qu’en est-il résulté? si les lois de l’âme sont uniquement
les lois morales, celles du corps sont celles du mouvement ; la
vie organique devient une branche de la mécanique. Le corps,
une fois replacé sous l’empire des lois de la matière, devra
être tour-à-tour livré a celle des sciences cosmologiques qui
aura conquis la prépondérance; c’est ainsi qu’il passera suc­
cessivement sous le joug de l’iatro-mécanique. de l ’iatrophysique et de la chimiatric. Il doit y avoir deux pathologies
entre lesquelles se trouve la distance qui sépare deux mondes:
la pathologie de l’âme et celle du corps; la folie, l’aberration
de la pensée, estim e affection de l’âme; telle est la conse­
il uence logique du système.
En partant du principe cartésienne pense donc je suis, l'on
n’arrive à prouver scientifiquement que les vérités de l’ordre
intellectuel et moral ; l’existence des objets matériels est
admise par les sen s, reconnue par l’évidence, mais elle
échappe aux démonstrations scientifiques. La philosophie

�356

A. FABRE.

Baconienne conduit à un résultat tout opposé : 1 induction
Basée sur l’oBservation des faits particuliers s'appuie en
grande partie sur le témoignage des sens et mène au sensua­
lisme, qui pose en principe que le témoignage des sens est la
Base nécessaire de nos connaissances ; il en résulte que l’exis­
tence des oBjets matériels est seule susceptiBle de démonstra­
tion scientifique. Voilà le matérialisme inévitaBle, surtout
pour l’anatomiste qui se complaît dans l’étude du cerveau et
des autres organes. L’existence de l’âme est donc rejetée par
les organiciens matérialistes. Il n ’y a plus qu’une physio­
logie, il n’v a plus qu’une pathologie dont la pathologie
cérébrale est une Branche. La pensée est une fonction céré­
brale; la folie est une maladie du cerveau.
Entre ces deux doctrines extrêmes sont Bien venus, sous
des influences diverses, se placer des systèmes intermédiaires.
Nous trouvons d’abord l'animisme défectueux de Stahl, puis
le vitalisme ou duodynamisme de Montpellier et l’organovitalisme de Paris, qui se sont développés l ’un et l’autre sous
l’action combinée de la philosophie et de la physiologie. Mais,
si nous n ’examinons ces systèmes qu'au point de vue de
l’étude de la folie, nous trouvons que les disciples de Stahl et
ceux de Barthez doivent voir dans la folie une affection de
l’âme, tandis, que les organo-vitalistes se trouvent placés
dans cette alternative : on Bien concéder au cerveau l'activité
fonctionnelle qu’on accorde aux autres organes, il se trouve
alors préposé aux fonctions intellectuelles et l’âme devient un
embarras sinon une hypothèse; ou Bien la lui refuser, et c’est
alors le cerveau lui même qui devient une superfluité. Doue,
pour ceux qui sont logiques, le choix ici encore est à faire
entre la pensée fonction de l’âme et la pensée fonction du
cerveau, la folie maladie de l’âme et la folie maladie du
cerveau.
Cette alternative est redoutable ; aussi n'est-il pas étonnant
qu’on ait cherché à s’y soustraire. Plusieurs ont vu à la fois
oii conduit la logique des systèmes et ce que constate l’obser­
vation clinique. Go sont ceux qui n ’ont voulu ni, retenus
qu’ils étaient par des considérations philosophiques ou rcli-

FOLIE.

357

gieuses, supprimer l’existence de l’âme, ni, retenus qu’ils
étaient par des raisons physiologiques , faire du cerveau une
masse inutile. Ils ont essayé , dans la pathologie mentale , de
faire place à la fois et aux troubles purement intellectuels et
aux lésions encéphaliques ; but éminemment louable mais
qu’ils ne pouvaient atteindre sans inconséquence et avec profit.
Le cerveau est pour eux le support organique des fonctions
intellectuelles, l’instrument de l’âme, et la folie avec lésions
cérébrales un désordre dans cet instrument.
Voilà donc la terrible alternative sinon évitée du moins
éludée. Avant de l’aborder nous mêmes, prouvons qu’on ne
peut s’y soustraire et que l ’opinion qui fait de la folie un
trouble intellectuel produit par une lésion du cerveau consi­
déré comme instrument de l’âm e, est contraire à la fois à la
logique et aux faits.
En nous m ettant au point de vue des doctrines le plus généralément professées, remarquons d’abord qu’elle place à la
fois l’âme et le cerveau dans une singulière anomalie. Vous
dites que l’âme est un pur esprit, vous ajoutez que l’essence
de l’àme c’est la pensée et vous reconnaissez en même temps
que cette pensée ne peut non-seulement se traduire mais se
produire sans le concours d’un organe, d’un instrument
matériel, le cerveau. Voilà l’essence de l’âme bien compro­
mise.
Et le cerveau lui-même ! combien le rôle que vous lui
faites jouer est en dehors des lois communes de la physio­
logie organique ! tous les organes concourent activement,
d’après vous , à la fonction qu’ils contribuent à remplir ; le
cerveau seul serait passif 1 les nerfs ont un rôle analogue à
celui des autres organes et le cerveau, dont la structure est
analogue à celle des nerfs, aurait uu rôle tout différent! L’es­
tomac digère , le foie sécrète, le poumon respire ; le cerveau,
lui, ne pense pas, mais il permet à l’âme de penser !
Telle est, au point de vue purement théorique, la situation,
pour la plupart de ceux qui admettent cette hypothèse. Main­
tenant examinons les faits. Ils nous font assister à deux spec­
tacles bien différents. D’une part se présentent les cas aussi

�A. FABRE.

FOLIE.

nombreux qu’incontestables de folio par cause morale , déve­
loppée sous lésion cérébrale et guérie par un traitement
moral. Force est alors de reconnaître que c’est l’âme ellemême, l ’âme immatérielle, l’âme immortelle qui est malade,
son instrument organique restant intact.
D’autre part, apparaissent les cas non moins certains de
folie liée à des lésions cérébrales, produite par des agents
matériels, les alcooliques, par exemple. Alors les fonctions
intellectuelles peuvent être non-seulement suspendues mais
encore perverties. Parce que l ’instrum ent est dérangé , nonseulement l'intelligence subit un arrêt dans ses fonctions,
mais encore elle fonctionne d’une manière étrange ; nonseulement le cours ordinaire des idées est suspendu, jusqu’ici
cela peut être compréhensible, mais encore des idées nouvel­
les surgissent , des idées mauvaises, extraordinaires, des projets
ambitieux, des intentions meurtrières ; une activité anormale
se développe. Si c’est là une maladie du cerveau et non de
l’âme ; si c’est une maladie do Vinstrument, il faut convenir
que l’instrument tient l’ouvrier sous sa dépendance, qu’il
peut même devenir ouvrier. Si le cerveau peut penser folle­
ment, il peut penser. Soyez donc logiques et rejetez l’existence
de l’âme comme une hypothèse inutile.
Puisqu’on ne peutéluder la grande alternative sans tomber
sous les coups d’une argumentation sans réplique, abordons
de suite les deux solutions contradictoires qui ont été données
au problème de la folie. Nous verrons qu’elles sont l’une et
l’autre impuissantes à embrasser la généralité des faits, et
que, par conséquent, c’est en dehors de l’une et de l’autre,
qu’il faut chercher la vérité,

« La première, c’est que souvent elle n ’est accompagnée
a d’aucune lésion cérébrale, d’où nous pouvons conclure
a que, lorsque ces lésions existent, elles sont secondaires et
a non pas primitives, conséquences et non pas causes.
a Ce qui démontre l’absence de lésions, ce sont d’abord les
« aveux de l'anatomie pathologique q u i , tout en faisant
« ses réserves pour l’avenir , est forcée de reconnaître que,
« pour le présent, il existe un nombre plus ou moins con« sidérable de cas où elle ne trouve rien. De plus, quand
« ces lésions existent, elles sont inconstantes et variables,
« elles se rencontrent plus profondes et plus graves chez des
« sujets qui jouissent de la plénitude de leurs fonctions men« taies et quand on parvient à les trouver chez les aliénés,
« leur étendue est loin d’être toujours proportionnelle à
4 l’intensité des troubles intellectuels.
« Ce qui nous le démontre encore, c’est l’étude clinique ;
a c’est ce début quelquefois brusque de la folie à la suite
« d’une violente émotion, c’est la marche intermittente dans
« certains cas ; c’est l’existence de folies transitoires, comme
« les appelle M. Devergie; c’est la terminaison quelquefois
« subite, quelquefois consécutive à des crises q u i, pour être
« rares, ne sauraient être niées; début, marche, terminaisons
« qui sont un démenti formel à l’existence de lésions organi« ques permanentes dont le développement devrait être gra« duel, dont la disparition devrait être de toute nécessité lente
« et progressive.
« La seconde preuve, c’est l’influence des causes morales et
« du traitement moral. Pinel l'avait bien compris et jusqu’ici
« personne peut-être, excepté Moreau de Jonnés, n’a osé le
« contredire, les causes morales sont les causes les plus frô« qùentes de la folie. Pinel, Esquirol, Leuret, armésde faits et
« chargés de chiffres, ont proclamé la grande efficacité du
« traitement moral, et Lisle , appuyé sur de grandes statisti« ques, a démontré que, trop fidèle aux conseils de l'anatomie
« pathologique, la médecine a perdu beaucoup à le négliger.
« En voulant, dans la pathologie mentale , faire une place
« au cerveau. uous arriverions à ces singulières eonlradic-

3o8

II
Et d’abord voici ce que disent ou peuvent dire les vitalistes
cartésiens, disciples de Stahl ou de Barthez :
« Nous soutenons que la folie est une affection de l’âme, en
« nous basant sur deux grandes preuves :

359

�A. FABRE.

FOLIE.

tions : Une émotion de l’âme trouble les fonctions du cerveau, ce qui constitue la folie ; c’est, dans la folie , le cerveau qui est malade, et sa maladie se révèle par des troubles
intellectuels, c’est-à-dire, par des troubles dans les facultés de l’âme; enfin , pour guérir la folie, vous instituez un
traitement m oral, c’est-à-dire que , pour guérir le cerveau
malade, c’est l’âme que vous traitez !
« Et que , dans une sollicitude subite pour cette âme dont
« d’habitude on ne se préoccupe guère, on ne vienne pas nous
« dire qu’il est absurde de concevoir une âme malade, que
« l’âme immatérielle, l’âme immortelle, est au-dessus des
« misères de cette vie. Vous êtes bien forcés d’admettre qu’elle
« peut-être livrée aux plus étonnantes dégradations morales,
« aux passions les plus brutales, aux vices les plus honteux.
« Dès qu’elle est affectée dans ses facultés m orales, pourquoi
« donc ne peut-elle pas être atteinte dans ses facultés intel« lectuelles ? nous ne voyons pas en quoi l’existence d’une
« âme folle est plus inadmissible que celle d’une âme scélé« rate. »
Écoutons maintenant la réponse des organiciens :
« La folie est une maladie organique, une maladie du cer« veau. Nous le prouverons en étudiant chez elle, comme dans
« toute maladie, ses lésions, ses symptômes, ses causes et son
« traitement.
« Par ses lésions, elle se place dans le cadre ordinaire des
« maladies. Sans doute, nous ne trouvons dans la manie
« aucune altératiou constante, mais l’injection des vaisseaux
« de la pie-mère, les changements de consistance et de colo« ration dans telle ou telle portion de la masse encéphalique
« la quantité de liquide séreux exhalé dans la cavité crâ« nienne, prouvent, comme l’a justement avancé Calmeil,
« que la manie ne .se réduit pas à des troubles purement
« fonctionnels.
« Si l’œdème cérébral trouvé par Etoc-Demazy chez les
« mélancoliques n ’est pas encore admis de tous , qui nierait
« maintenant l’atrophie de l’encéphale, que Parchappe a si
« bien démontrée chez les déments? qui nierait surtout les

« lésions multipliées de la folie paralytique et qui appartien« lient au moins autant à la folie qu’à la paralysie? épais« sissement de la pie-mère, opaque, adhérente à la substance
« cérébrale qui est ramollie et plus ou moins colorée par l’in« jection vasculaire , atrophiée plus tard , voilà pour ressen­
ti tiel, fausses membranes et kystes de l’arachnoïde, granula« tions arachnoïdiennes, voilà pour l'accessoire.
« Sans doute, jusqu’ici, l’inspection cadavérique n’a pas été
« aussi féconde pour tous les genres de folie, mais que de
« progrès accomplis depuis l'époque ou l’illustre Pinel
« avouait q u ’il n’avait presque jamais trouvé de lésions encé« phaliques chez les aliénés ! et nous n’avons encore parlé
« que des résultats fournis par l’examen à l’œil nu, sans
« mentionner les travaux de Magnan et de Ludwig Meyer, sans
« tenir compte des petits cadeaux et des grandes promesses du
« microscope ; l’avenir est à nous , l’avenir armé du micros« cope.
« Pour être de bonne foi, nous ne voulons nier que la folie
« ne puisse éclater brusquement, qu’elle ne puisse suivre une
« marche intermittente, qu’elle ne puisse cesser tout-à-coup,
« après une crise ; faits contraires à l’opinion qui la place
« sous la dépendance d’une lésion anatomique ; mais on doit
« nous concéder que ces cas sont extrêmement rares, tout-à.« fait exceptionnels, et l’on ne peut baser une doctrine sur des
« exceptions pathologiques.
« Que l ’on observe les symptômes habituels, l’évolution
« ordinaire de la folie. Ne constate-t-on pas souvent, le plus
« souvent ces prodromes sur lesquels Aubanel et Moreau-de« Tours ont tant insisté ? et ces prodromes quels sont-ils ? de
« la céphalalgie, de l’insomnie, une lassitude générale, des
« troubles digestifs tels que l’inappétence et la constipation,
« en un mot des désordres de la vie animale et végétative.
« Qu’on discute sur leur fréquence, très bien, mais quand à
« leur existence elle ne saurait être niée. Que le corps souffre
« parce que l’âme est depuis longtemps souffrante, cela peut
« encore se soutenir ; mais libre à vous de croire que le corps
« souffre parce que l’âme va souffrir!

3G0

«
«
«
«
a
«
«

361

�A. FABRE.

FOLIE.

« D’ailleurs voulez-vous voir l’aliénation mentale plus
« manifestement liée à des maladies organiques? Considérez
« les troubles intellectuels qui naissent sous la dépendance
« des autres affections.
« Sans parler du délire produit par les maladies aiguës
« fébriles et qui a pourtant bien sa signification, sans parler
« non plus de ce délire qui est dù à l’inflammation aiguë des
« méninges, passons de suite aux troubles chroniques, objet
« spécial du débat. Vous ne nous direz pas que l’épilepsie est
« une maladie de l’àme, et cependant l’épilepsie produit une
« folie. Vous ne nous direz pas que la chlorose est une maladie
« de l’âme et cependant la chlorose produit, sinon une folie
« proprement dite, du moins des aberrations de l ’intelligence et
« de la volonté qui, pour être peu connues, n ’en existent pas
« moins. Vous ne nous direz pas non plus que la pellagre est
« une maladie de l’âme, et cependant vous connaissez la folie
« pellagreuse. Vous ne nous direz pas enfin que la chorée est
« une maladie de l’âme, peut-être cependant avez-vous
« entendu parler des troubles, intellectuels de la chorée. Et.
« la folie puerpérale? et celle qui a succédé à des fièvres inter« mittentes ? et celle qui s’est développée à la suite du cho« lé ra ? ..............
« Passons maintenant au chapitre des causes. Sans doute
« nous ne pouvons nier, nous ne voulons même pas restreindre
« l’influence des causes morales, et si vous accordez à cet
« argument une grande valeur, nous attribuons, nous, une
« valeur égale à l’argument basé sur l’action des causes phy« siques. Nous n ’insisterons pas, comme Cerise l’a fait dans
« l’intérêt d’une cause qui n ’est pas la nôtre, sur l’influence
« aussi certaine que mystérieuse de l’hérédité, bien qu’elle
« soit commune à la folie et aux maladies reconnues organi« ques, et qu’elle nécessite un support matériel. Nous ne nous
« prévaudrons pas non plus de l’influence en grande partie
« matérielle exercée sur la production de la folie par certaines
« déperditions de substance telles que les pertes séminales
« dont M. Lisle â si bien démontré l’action. Arrêtons-nous
« seulement aux causes évidemment physiques, aux causes

« pour ainsi dire brutales. L’observation journalière n’a-t-elle
« pas forcé d’admettre que des chocs sur la tête peuvent
« produire, après une assez longue période prodromique, les
« phénomènes de la folie ? C’est là une preuve sans réplique.
« Voulez-vous maintenant des causes organiques ?rappelez« vous ces cas d’aliénation mentale qui résultent d’une
« lésion utérine et dont des auteurs recommandables comme
« Boyer, Guislain, Loiseau, Azam et Marcé, vous ont raconté
a des exemples. N’admettez pas, ainsi qu’Esquirol, le dépla« cernent du colon transverse comme cause de la mélancolie,
« mais n ’oubliez pas non plus les hallucinations que peuvent
« produire les troubles digestifs. Des relations sympathiques
« existent donc entre les viscères abdominaux et le cerveau,
« et ces relations sympathiques peuvent produire la folie.
« Concluez.
« Songez un instant encore à ces cas curieux rapportés par
« des hommes tels qu’Esquirol et Ferrus, où l’on vit la folie
« guérie par l’expulsion de vers intestinaux. Croyez-vous
« donc que l ’âme soit beaucoup influencée par les vers intes« tinaux?
« Enfin, une dernière cause de l’ordre physique, les poisons.
« Vous avez lu dans de saisissantes descriptions les effets
« moraux que l’opium produit chez les chinois. M. Moreau de
« Tours et d’autres après lui vous avaient fait connaître ceux
« du haschich chez les orientaux. Vous aviez pu constater
« quelquefois les hallucinations et le délire que déterminent
« la belladone st les autres solanées vireuses. Vous déplorez
« chaque jour l ’influence pernicieuse que l’alcoolisme chro« nique exerce sur l’intelligence. Croyez-vous sérieusement
« que les molécules des poisons aillent toucher votre âme
« immatérielle?
« Ce que nous disons des poisons nous pouvons le dire des
« médicaments. Ce que nous disons des causes physiques,
« nous pouvons le répéter pour les moyens physiques de
« traitement. Les calmants, les toniques, la saignée, les bains
« l’hydrothérapie, les révulsifs, l’ellébore des anciens et les
« purgatifs des modernes, mêlent tous, à leurs nombreux

3G2

363

�A. FABRE.

FOLIE.

« revers, quelques succès positifs dont on aurait mauvaise
« grâce à nier la haute signification. Agents matériels, ils n’ont
« de prise que sur ce qui est matériel.
« Maintenant donc vous ne trouverez plus hasardée notre
« conclusion que le cerveau est seul malade dans la folie. »
Ainsi peuvent s’exprimer les deux doctrines rivales, et après
chaque lutte nouvelle les adversaires rentrent sous leur tente,
certains, s’ils n ’ont, pas remporté la victoire, de n’avoir pas
été battus. Chacune des deux écoles reste inébranlable dans
ses convictions, et en effet, chacune s’appuie sur des arguments
que l’autre ne peut réfuter. C’est ce que nous constatons si,
après avoir exposé les plaidoieries des deux parties, nous résu­
mons les débats avec impartialité.
Au sujet des lésions, rien de décisif. Les uns se basent sur
des faits où l’on ne trouve aucune altération, les autres sur
des faits non moins authentiques où des altérations existent.
Bien que les organiciens comptent beaucoup sur l'avenir et
sur le microscope, la balance ici inclinerait plutôt un peu du
côté des vitalistes, car il est avéré que les lésions ne sont tou­
jours en rapport par leur intensité ni par leur nature avec les
troubles fonctionnels, ce qui serait nécessaire pour le triomphe
du matérialisme organicien.
Au sujet des symptômes, d’un côté l’existence des troubles
de l’intelligence et de la volonté fait présumer un désordre
psychique; d’autre part, les troubles précurseurs et coexistants
des fonctions organiques et vitales, le développement de la
folie dans le cours et comme conséquence des autres affections,
tendent à la faire rentrer dans le cadre ordinaire des maladies.
La puissance des causes morales, l’efficacité du traitement
moral, sont des arguments sans répliques en faveur des vita­
listes. Mais on ne peut nier davantage l’influence des causes
physiques et l'efficacité des agents matériels, invoquées par
les organiciens.
Que conclure de ces débats ? Les deux doctrines auraientelles raison chacune dans la sphère de ses arguments irréfu­
tés? faudrait-il donc les admettre touies deux et les placer
côte à côte? C’est ce qu’on serait sans doute tenté de faire si
force n’était de reculer devant l’impossible et l’absurde.

Ou c’est le cerveau ou c’est l’àme qui pense, mais on n'a
jamais admis, et, pour l’honneur de l’esprit humain, on n’ad­
mettra jamais que l’âme et le cerveau sont pourvus chacun
séparément de la faculté de penser ni que l’un et l’autre la
possèdent à demi. Si donc la pensée se trouble ou s’égare, si
elle s’éloigne des voies de la raison pour donner lieu aux
phénomènes de la folie, vous en accuserez toujours celui des
deux auquels vous accordez la faculté de penser, et non celui
à qui vous la refusez.
Ces concessions mutuelles seraient donc illusoires. Elles ne
le seraient pas moins si, déplaçant la question et vous payant
de mots, vous disiez avec quelques organiciens : la folie est
une névrose, c’est-à-dire une altération fonctionnelle des
centres nerveux sans lésion organique. Par là on croit expli­
quer les causes morales et l’influence des agents moraux, tout
en plaçant la maladie daus les organes. Appeler la folie une.
névrose cérébrale, c’est, sciemment ou non, dire que le cerveau
pense ; c’est dire, en termes voilés, que l’altération de la
pensée est une altération fonctionnelle du cerveau. Ûn s’expose
ainsi à la plus singulière contradiction. Dès le moment où
les fonctions intellectuelles et vitales dépendent de l’orga­
nisme, les troubles des fonctions doivent être directement
proportionnels aux lésions des organes. Il ne peut y avoir de
trouble fonctionnel sans lésion d’organe que par le fait d’une
cause purement dynamique; dès lors la force est séparée de
la matière, ce qui oblige à reconnaître un principe vital ou
une âme. La classe des névroses est une anomalie pour la doc­
trine organicienne ; disons mieux, c’est la négation de cette
doctrine.
Voilà donc où en sont réduites la philosophie et la médecine
actuelles. Elles se trouvent, dans cet immense problème de la
folie, en présence de deux doctrines rivales, sans pouvoir
fournir aux esprits exempts de préjugés les moyens de se pro­
noncer entre elles

364

(A suivre.)

365

�366

SEUX FILS.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
Scaucc du 7 juillet 1871. — Présidence de M. Ilcrlulus.
Correspondance imprimée :
Études pratiques sur la vitalité des jeunes éponges et leur crois­
sance (Dr Sicard).— Mémoire sur un cas de gastrotomie (Dr Rizzoli).
— Mémoire sur le traitement des anévrismes (du même auteur).—
Annales de la société de médecine d'Anvers (Mai 1871).— Quelques faits
d’obstétricic (Dr Putégnat, de Lunéville). — Rapport général sur le
service médical pendant le siège de Paris (Dr Sandras).— Bulletin
général de thérapeutique médicale et chirurgicale (de septembre 1870
à juin 1871).
M. le secrétaire général donne lecture d'une lettre de M, le D'
Bourgarel. Ce confrère, membre titulaire de la Société, demande
à être admis parmi les membres correspondants, sa nomination
récente comme directeur de la maison de santé de Saint-Rémy
(Provence), ne lui permettant plus de résider à Marseille.
La Société accorde cette demande, qui est d’ailleurs justifiée en
tous points par le règlement.
M. Sicard indique un procédé très-simple pour la conservation
des pièces anatomiques, c’est l’immersion prolongée dans l’eau
salée. Le mélange doit être fait par parties égales, et l’eau doit
être renouvelée de douze en douze jours.
M. Sicarvl met sous les yeux de ses collègues des échantillons
soumis depuis •six mois a ce procédé. Ces objets paraissent être
dans un excellent état de conservation.
Ce procédé, ajoute M. Sicard, n ’est bon qu’autant qu’il est appli­
qué avec toutes les précautions qu’indique l’expérience. Or, une
dès plus importantes consiste à ne pas immerger immédiate­
ment la pièce anatomique dans un liquide trop chargé de sel,
si l’on ne veut pas voir celle-ci se raccornir et perdre en peu de
temps l’aspect naturel, la finesse de détails, que l’on recherche
surtout dans ces préparations. Il faut se servir d’abord d’une

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

367

solution contenant 1/2 de sel pour 1 d’eau, solution que l’on
renouvellera tous les deux jours. On augmentera ensuite progres­
sivement, et l’on espacera de plus en plus les jours où l’on chan­
gera le liquide, jusqu’au moment où l’on se servira d’eau sursa­
turée, qui alors ne sera plus renouvelée que tous les dix ou douze
jours.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion sur la phthiriase
M. de Capdeville donne lecture d’une note fort intéressante
dans laquelle, après avoir mis en relief les deux faits saillants
de l’histoire de la phthiriase — savoir l’apparente spontanéité de
l’apparition des insectes et leur prodigieuse multiplicité — il
s’efforce d’expliquer la genèse de la maladie. Autrefois, à l aide
delà théorie de la génération spontanée, il était facile d’expliquer
tous les faits. Le phthiriasis était alors considéré comme une
véritable diathèse. Toutes les difficultés pour expliquer les rapports
existant entre l’état général et les manifestations locales, entre
la phthiriase et les autres diathèses, tombaient devant cette
donnée. Mais les travaux modernes ont fait bonne justice de cette
théorie séduisante et trop facilement admise. On sait aujourd’hui
que nul animal ne peut naître que d’un germe fourni par un animal
de même espèce.
Se basant sur ce principe, M. Bertulus pense que les germes
des pediculi pénètrent dans le corps par les muqueuses (respira­
toire ou digestive), passent dans le torrent circulatoire, puis sont
poussés vers les surfaces cutanées et muqueuses, produisant
pendant cette migration les phénomènes locaux et généraux
propres au phthiriasis. Cette théorie est simple, facile h concevoir,
mais est-elle réellement fondée sur l’observation ?
Examinant alors de près les espèces et les genres fournis par
la famille des pediculi, étudiant les caractères physiques, le mode
de développement, les moeurs de ces animaux, M. de Capdeville
arrive à cette conclusion que le pou des malades (pediculus tabescentium) — celui qui occasionne la maladie pédiculaire — est un
parasite épizoaire, privé de métamorphoses, organisé pour vivre à
la surface du corps et que ses œufs ne sauraient pénétrer dans le
torrent circulatoire, encore moins s’introduire par les voies respi­
ratoire ou digestive. Ce pou ne peut se développer chez un indi­
vidu que lorsque plusieurs œufs ont été déposés sur les téguments.
La condition première est donc pour la phthiriase cc qu’elle
est pour le parasitisme ordinaire.

�368

SEUX FILS.

La repullulation prodigieuse observée dans la maladie pédicu­
laire n'est point propre au pediculus tabescentium ; le même phéno­
mène aété observé pour le pou de la tête et pour celui du corps. On
peut dire aussi que la coexistence de la pktliiriase avec certaines
diathèses, que l’influence dite critique de cette maladie n ’ont rien
qui lui soit absolument spécial ; car les poux de la tête paraissent,
dans maintes circonstances, avoir une action de cette nature. Il
n’en est pas tout à fait de même de la préférence marquée du
pcdiculus tabescentium pour les sujets atteints de misère physiolo­
gique. C’est la un phénomène réellement propre à ce pou de
même que la prédilection du pou de tête pour les individus mal­
propres caractérise spécialement ce dernier parasite.
Si l’on songe que les poux phthiriasiques peuvent se développer
a leur aise sur l’immense étendue de la surface cutanée, qu’ils
jouissent d’une prodigieuse fécondité et qu'ils trouvent dans la
misère physiologique, l’âge avancé, le mauvais état de la consti­
tution des conditions démontrées par l’expérience comme, émi­
nemment favorables a leur repullulation, on ne sera plus surpris
de l’impuissance relative des moyens locaux pour détruire de
semblables parasites; les toniques, les remèdes internes paraîtront
d’autant plus nécessaires, d’autant plus utiles. Tous ces faits
s’expliquent sans que l'on soit obligé de considérer la phthiriase
comme une maladie générale et de croire que les germes de cette
aflection ont pénétré dans le torrent circulatoire.
« Quant à l’influence critique, dit en term inant M. de Capdeville,
« j ’avoue que je suis plutôt porté à y voir, soit une solution natu« relie à un malaise produit par les premières générations encore
« ignorées, soit une simple coïncidence à la fin de certains états
« fébriles qui, comme on le sait, s’accompagnent d’un degré très
« marqué d'affaiblissement de l ’organisme. »
M. Bei-tulus. — Le travail fort intéressant que vient de nous lire
M. de Capdeville s’applique au parasitisme ordinaire, plutôt
qu’a la véritable phthiriase. Les parasites de la maladie pédicu­
laire sortent véritablement des profondeurs du derme ; ils
forment parfois des abcès très volumineux ; dans d’autres cir­
constances, leur apparition se fait d’une manière intermittente.
Je me rappelle avoir lu dans le Dictionnaire en trente volumes
(article Cas rares), l'observation d’un individu atteint de phthi­
riase et q u i, pendant trois ans environ , perdit par l’anus une
quantité considérable de poux\ de temps en temps, les insectes

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

360

cessaient d’apparaître par cette voie et ils sortaient alors par
l'oreille, Tous ces faits paraissent prouver que les pediculi ne se
bornent point, ainsi que l’a dit M. de Capdeville, à envahir la sur­
face cutanée et qu’ils viennent de parties plus éloignées. Je ne
suis point encore fixé sur la genèse de la maladie pédiculaire,
mais jusqu’à plus ample informé, je persiste à croire que les
germes proviennent du milieu ambiant et passent dans le
torrent circulatoire. Le phthiriasis est plus qu’une manifestation
locale ; cette maladie ressemble à une diathèse et cependant elle
ne constitue pas une diathèse proprement dite ; elle contient un
élément général qui, jusqu’à présent, a échappé à toutes les
recherches. Reculez aussi loin que vous pourrez le faire les
limites du parasitisme ordinaire, vous aurez un état qui différera
toujours essentiellement du phthiriasis. La théorie donnée par
J/, de Capdeville, très concluante pour le parasitisme, est, à mon
avis, insuffisante pour l’affection dite maladie pédiculaire ; elle
n’explique ni la genèse, ni les manifestations générales de la
phthiriase.
M. Méli. — C'est à tort que l’on considère l’affection qui nous
occupe comme une maladie propre aux grands personnages.
Ceux-ci sont plus en vue que les autres ; tout ce qui les touche a
une grande notoriété. Chez les pauvres la phthiriase est fréquente,
seulement, elle passe souvent inaperçue.
M. Dussau.— Il y a quatre sortes de poux : celui de la tète,
celui du corps, celui du pubis, plus celui de la phthtiriase. Je ne
crois pas à la génération spontanée. Comme M. de Capdeville, je
serais porté à voir dans la maladie pédiculaire, une action locale
aggravée et rendue plus intense, dans certain cas , par la misère
physiologique. De là à croire que certains individus sont morts
par le fait de la phthtiriase, il y a loin. Moquin-Tandon émet des
doutes très sérieux snr ces morts mystérieuses dans lesquelles le
merveilleux paraît avoir joué le principal rôle, Dans la question
de la phthiriase, et même dans celle du parasitisme ordinaire, il
y a d'ailleurs des inconnues nombreuses. Comment expliquer, par
exemple, ce fait que les poux de la tète ne se développent jamais
chez les enfants avant le sevrage "?
J/. Seux père. —Tous les. faits que j ’ai observés ne se rapportent
qu’au parasitisme ordinaire et je suis complètement de l’avis de
.U. de Capdeville, pour tout ce qui a trait à cette dernière maladie.
Jusqu’à présent j'avais considéré la phthiriase comme le résultat

�SEUX FILS.

NOUVELLES DIVERSES.

exagéré du parasitisme simple. Les faits cités par M. Bcrtulus et
dans lesquels on a vu des poux sortir du derme, de l’anus, former
de vastes abcès, etc, me donnent à réfléchir et je me demande
comment on peut;les expliquer. Il est de toute évidence que ces
pediculi ne se sont point développés spontanément ; mais il peut
se faire que les germes, fixés autour de l’anus, se soient dévelop­
pés sur place de telle sorte que les animaux paraissent sortir des
profondeurs du rectum alors qu’ils provenaient simplement de
la marge de l’anus. Ne peut-on pas supposer en outre que des
abcès, que des furoncles aient pris naissance sur les points occu­
pés par les pediculi ? Dans cette hypothèse, pour peu que l'indi­
vidu fût affaibli, l’ensemble de la maladie aurait présenté les
principaux caractères de la phthiriase. Il n ’y aurait eu pourtant
dans ce fait rien d’extraodinaire : la présence des parasites
aurait été un phénomène purement local. Je ne nie pas formelle­
ment l’existence d’une maladie spéciale appelée phthtiriase, mais
je crois que l’on peut, jusqu’à présent, expliquer à l’aide du
parasitisme ordinaire la plupart des faits relatifs à cette maladie.
M. Jubiot. — Entre les auteurs qui rattachent le plithtiriasis à
une diathèse et ceux qui ne voient en lui qu’une série de phéno­
mènes locaux, une opinion mixte peut se faire jour. Aucune
cause, quelle qu’elle soit, ne peut permettre aux pediculi de se
développer de toutes pièces ; mais les germes, une foi déposés
sur la peau, pourront se développer dans des proportions pro­
digieuses, Je crois, pour ma p art, que la débilité extrême des
sujets est la vraie cause— adjuvante et stimulante —■de l’énorme
repullulalion parasitaire observée dans le plithiriasis.
M. Bcrtulus. — L’influence générale ne saurait cependant être
niée dans cette maladie ; et par influence générale je veux
désigner un élément antérieur à toute débilité du sujet. J ’ai vu,
il y a quelque temps , une jeune femme qui était tourmentée par
une hystérie des plus violentes : une des crises se termina par
l’apparition, à la surface du corps, d’un certain nombre de gros
tubercules ; ces tumeurs s’ouvrirent et laissèrent échapper des
pediculi en très grande quantité. Feut-on nier ici l’influence de
l ’état général ? Quant aux cas de mort survenue par le fait du
phthiriasis, ils sont certains; l’individu tombe alors dans une
sorte d état cachectique et il succombe dans le marasme. Le
point intéressant — et très difficile à établir — est de savoir si la
cachexie, qui accompagne ordinairement la phthiriase, est primi­
tive, ou si elle est consécutive à l’invasion des parasites.

M. Jubiot. — Je serais porté il considérer la cachexie comme
primitive. Je crois qu’un individu présentant un fâcheux état
constitutionnel sera très disposé a être atteint de phthiriase.
Mais il faut absolument, pour que cette maladie survienne, que
le pcdiculus soit primitivement introduit dans l’économie. Cette
inlroduction ne paraît pas s’effectuer par la muqueuse — respi­
ratoire ou digestive, — mais par la peau pourvue ou non
de poils.
M. Ruutjier.— Depuis plusieurs années, on a beaucoup parlé,
dans le monde scientifique, des ferments et de leur rôle. Je me
demande s’il ne serait pas possible d’attribuer aux ferments, une
certaine part dans la production des pediculi. Je sais que j ’aborde
une question délicate et je commence par déclarer que je ne suis
nullement partisan de la génération spontanée. Mais, lorsque je
vois des hommes très instruits aborder, sans pouvoir les résoudre,
certaines questions toutes fort obscures, je suis porté à chercher
l'inconnue là où ils n ’ont point encore dirigé leurs regards et je
me demande si la région des ferments — région mystérieuse et
non suffisamment explorée — ne pourrait pas nous donner l’expli­
cation du problème.
M. de Capdeville. — La questien qui nous occupe peut-être
énoncée en termes très précis. Un entozoaire peut-il devenir,
épizoaire à un moment donné, et vice-versd ? Assurément non.
Donc le pediculus tabescentium, parasite épizoaire organisé pour
vivre à l’extérieur du corps, ne pourrait subsister dans les voies
internes de l’économie. Il est possible qu’une maladie spéciale
appelée phthiriasis existe et soit produite par un insecte particu­
lier, mais ce n’est pas assurément par le pou des malades.
J/. Jubiot. — Cette observation est très juste. Si le pou des malades
pouvait se transformer en parasite entozoaire, on l’aurait trouvé
depuis longtemps à l'intérieur du corps, tandis qu’il n’a jamais
été observé que sur l'enveloppe cutanée. Un de mes amis qui,
s’est livré avec ardeur à l’étude des insectes, m’a affirmé avoir vu,
a plusieurs reprises , des abcès et des tumeurs qui contenaient
dans leur intérieur de véritables poux. Le point difficile est de
connaître le parasite qui se montre dans ces circonstances.
Serait-ce le pcdiculus tabescentium ? La est la question. Moquin
Tandon ne croit pas — ce qui rentre dan9 les idées émises par
M. de Capdeville — que les poux de cette espèce puissent vivre
dans l’intérieur du corps.

370

371

�A. FABRE.

BIBLIOGRAPHIE.

M. Seux père. — Il n’est pas douteux que ces insectes là naissent
et se développent à l’extérieur. Les études doivent être actuelle­
ment dirigées sur ce point, à Savoir, si le pediculus du phthiriasis
est un insecte particulier ou le pou dit des malades.
M. Bertulus. Les auteurs disent que le pediculus delà phthiriase
ne différé que par la taille du pou ordinaire : il serait plus petit
que ce dernier. Mais ce n’est point là un fait certain. Dans l'état
la question est loin d’être approfondie et elle pourrait donner lieu
à d’intéressantes recherches d’histoire naturelle. Je désire vive­
ment, pour ma part, que nous poursuivions cette étude intéres­
sante.
La séance est levée.
Le Secrétaire-général,
Dr Seux lils.

Tout n’a pas encore été dit sur les désordres intellectuels et
moraux que l ’alcoolisme peut déterminer. M. Despine a ras­
semblé un certain nombre d’exemples saisissants qui
montrent sous des formes diverses l’anéantissement du sens
moral et l’excitation des passions mauvaises que peut produire
ce poison de l’esprit. Il nous montre surtout des aberrations
mentales aboutissant à des crimes chez [des individus dont
l’acool a momentanément perverti l’intelligence sans pro­
duire l’ivresse proprement dite. Il nous fait assister à ces
crimes non plus isolés mais collectifs où un ivrogne fait
accepter avec la plus grande facilité à ses compagnons de
débauche les pensées les plus mauvaises et les projets les
plus insensés. Il dénonce le besoin qui se développe chez
beaucoup d’ivrognes d’avoir une victime habituelle et la faci­
lité avec laquelle à leurs violences ils substituent le meurtre
lorsqu’ils craignent que leur victime ne parvienne à leur
échapper. Il nous signale enfin l’extinction des facultés
affectives que l’on observe parfois à un degré révoltant chez
certains alcoolisés. Il y a là une foule de remarques judicieu­
ses appuyées sur des faits probants.
Le chapitre relatif aux effets de l’alcool sur le corps est
moins original, sans doute, mais tout aussi démonstratif.
Mais, par quels moyens combattre efficacement un mal si
redoutable ? M. Despine n’hésite pas. « Les innombrables bou­
tiques où l’on consomme sur le comptoir du vin et des
liqueurs et où le peuple vient perdre la santé et s’abrutir,
ainsi que les cabarets, devraient être fermés. Dans les cafés, la
vente des boissons alcooliques ne saurait être tolérée plus
longtemps.

372

B IB L IO G R A PH IE .
LE DÉMON ALCOOL, p a r le Dr DESPINE.

L’alcoolisme est aujourd’hui plus que jamais à l’ordre du
jour. Du domaine de la science, qui intéresse les médecius
seuls, cette question est passée dans le domaine de la législa­
tion, qui intéresse tout le monde, mais où les médecins
doivent avoir la prépondérance. Celui qui connaît à fond le
mal peut mieux que personne indiquer le remède.
Les effets désastreux de l ’alcoolisme et les moyens d'y
porter remède ; telles sont les deux parties dont se compose
l ’intéressant mémoire du Dr Despine. Cette action funeste se
fait sentir sur les facultés de l’esprit et sur les organes du
corps, ce qui fournit à notre auteur une subdivision toute
naturelle pour son travail.

373

« La loi ne devrait pas permettre la conversion en alcool
des substances qui peuvent servir à l’alimentation, telles que
le blé et la pomme de terre ; les dons bienfaisants de la Provi­
dence ne doivent pas se convertir en un poison détestable ,
entre les mains de l’homme. » ...
« La loi aurait à défendre également l’entrée en France de
l’absinthe ; elle ne saurait tolérer qu’un poison étranger vienne

�374

A. FABRE.

porter parmi nous l'abrutissement, l’abâtardissement de la
race, la démoralisation et la m ort.
« L’augmentation de l ’impôt sur les boissons alcooliques
est seulement un moyen propre à augmenter les ressources
d’un État obéré, mais elle n’empôchera point l’abus de ces
boissons. Elle ruinera plus promptement l'ivrogne, elle réduira
plus vite sa famille à la misère, mais elle ne servira pas de
frein à l’irrésistible passion du buveur. »
Cette dernière remarque est d’une parfaite justesse. La dé­
fense de la vente en détail des boissons alcooliques serait
probablement la meilleure mesure à prendre. Sur ce point
d’ailleurs, l’expérience a prononcé ; M. Despine en rappelle
une preuve éclatante :
*
« En 1852, époque où dans l’état du Maine (Amérique), les
prisons et les dépôts de mendicité étaient si pleins qu’il était
question de construire de nouveaux bâtiments pour servir de
succursales à ces établissements, la législature de cet état
rendit une ordonnance qui défendait, sous des peines sévères,
la vente au détail de toute boisson alcoolique. Par suite de
cette sage mesure, les crimes, les délits ainsi que la misère
ont diminué progressivement dans le Maine, et au bout d’un
espace de trois ans à peine, depuis la cessation du débit des
liqueurs spiritueuses, les prisons et les dépôts de mendicité
étant presque vides, le gouvernement décida d’en réduire le
nombre. L’exemple donné par le parlement du Maine a été
suivi par ceux de douze autres états de l’Union, de sorte qu’à
cette heure, dans treize états, la vente en détail des boissons
alcooliques est prohibée. »
Nous pourrions bien imiter en France ce qui se passe dans
cette Amérique qu’on appelle la terre classique de la liberté.
Mais, si malgTé ces prohibitions, certains individus trou­
vent encore moyen de s’alcooliser et de commettre des crimes
en état d’ivresse, que doit-on faire? M. Despine veut qu’on les
traite non comme des coupables, mais comme des malades, ce
qui est une très-grosse question. Il propose, en conséquence,
leur internement dans des asiles spéciaux, qui seraient une
imitation des hôpitaux d’ivrognes créés aux États-Unis. C’est

Si la France a besoin de réformes nombreuses et radicales,
ce besoin se fait sentir non moins vivement en Algérie. Au
moment où l ’attention de tous est portée sur.notre belle et
chère colonie, c’est un service à rendre que d'indiquer ce qui
pourrait être utilement tenté pour elle. M. Jobert est médecin
et reste médecin ; aüssi se borne-t-il à signaler les améliora­
tions qui devraient être apportées à une partie du service
médical.
Trois points sont traités dans ce petit travail. Une première
partie est relative aux autorités sanitaires. La loi à la main ,
l’auteur montre que, dans le service de santé, dans les conseils
en particulier, les médecins devraient être plus nombreux
qu’ils ne sont en réalité; l’autorité, qui a une certaine lati­
tude pour le choix du personnel, n’a qu’à le vouloir pour que
celte lacune soit comblée.
Dans une seconde partie, M. Jobert aborde la question des
lazarets. Il s'élève contre les lazarets fermés, claquemurés,
immobiles, et leur préfère un système de campement sous des
tentes, le campement pouvant être installé sur tel ou tel point

�SEU X FILS.

LOECHE-LES-BAINS.

suivant l’épidémie ou suivant les convenances du moment.
Sans doute, par ce système, on éviterait l'encombrement et on
diminuerait l’infection mutuelle, mais, si les lazarets anciens
sont trop souvent insuffisants, ces camps lazarets seraient-ils
efficaces ? La chirurgie moderne a mis les tentes à la mode,
mais tous les malades ne sont pas des blessés et tous les voya­
geurs ne sont pas des soldats.
Dans une troisième et dernière partie de son travail, le D'
Jobert s'occupe des offices de santé. Il voudrait qu’on reliât la
direction de kvsanté à la direction des poids et qu’on réservât
les places de directeurs de la sauté à des docteurs en médecine
pris dans la marine de commerce et ayant au moins dix ans
de navigation officielle. Ce serait là un avenir et un motif
d’émulation pour une classe de médecins fort peu favorisés et
cependant fort dignes d’intérêt. Il dépose ensuite un plan de
service sanitaire qui, entr’autres avantages, aurait celui de
l ’économie. Le mémoire de M. Jobert mérite de fixer l’atten­
tion de ceux qui veulent travailler au bien de l’Algérie.

(lies que l’on y traite, les succès que l’on y enregistre chaque
année. Nous avions désiré souvent donner à nos lecteurs
quelques détails sur cet établissement si fréquenté. Nous
sommes heureux de pouvoir satisfaire ce désir en consacrant,
ce mois ci, quelques pages au dernier mémoire que vient de
publier M. le docteur Brunner, regrettant toutefois de n’avoir
pu donner plus tôt place dans nos colonnes à cet excellent
travail (1).

37G

LES EAUX DE LOECHE-LES-BAINS.

L’établissement de Loëche-les-Bainsa pris, depuis quelques
années, une importance considérable. Situé au pied de la
Gemmi, c'est-à-dire dans un des sites les plus pittoresques et
les plus grandioses de toute la Suisse, Loëche attire le touriste
autant que le baigneur, et l’on pourrait dire, sans exagération,
de cette partie du Valais, ce que Mm0 de Staël disait de Naples :
lorsqu’une fois on a contemplé ces lieux, on veut les contem­
pler de nouveau, les revoir toujours.
Dans plus d une circonstance, nous avons dû à l’obligeance
de notre digne confrère de Loëche, M. le docteur Brunner, de
précieux renseignements sur l ’hygiène de ces bains, les mala-

377

Pour le voyageur qui arrive à Loëche en venant de Sion,
abandonnant à Susten la vallée du Rhône et gravissant les
pentes escarpées qui se trouvent à gauche, les tableaux se
succèdent graduellement et avec une harmonie qui enchante.
Après avoir dépassé Loëche-le-Bourg, on pénètre, en s’élevant
toujours de plus en plus, dans la haute et pittoresque vallée
de la Dala, parcourue dans toute sa longueur par le torrent,
qui porte ce nom , et l ’on se trouve, après un parcours de
quatre lieues environ, au milieu de plateaux onduleux, recou­
verts de pâturages et limités au nord et à l ’ouest par de gigan­
tesques rampes de rochers. C’est au pied de cette muraille,
qui semble tout d’abord infranchissable, que sont situées les
sources de Loëche. à une hauteur de 1415 mètres au-dessus
du niveau de la mer.
Cette course, fort intéressante, n ’est pas à comparer avec
celle que l’on peut faire en descendant à Loëche du haut de
la Gemmi, c’est-à-dire en arrivant aux bains par le côté dia­
métralement opposé à celui dont nous venons de parler. Si
surtout l’on est jeune, muni de bonnes jambes et capable
d’envisager sans terreur la perspective d'une course de douze à
quinze heures ; si l’on abandonne à Trachsellauinen la vallée
de Lauterbrunen, et que, traversant au niveau de sa plus
grande hauteur, l’imposant glacier de Tschingel on pénètre

(1) Loëche-ks-Bains (canton du Valais-Suisse); ses eaux thermales et ses
environs, par Adolphe Brunner, médecin aux bains de Loëche, membre du
plusieurs sociétés de médecine.— Bienne 1871.

�378

SEUX FILS.

dans la sombre et sauvage vallée de Gastern; si ensuite,
arrivé
Kandersteg, on tourne brusquement à gauclie pour
gagner — par une ascension pénible, au milieu de forêts, de
pâturages et de rocs dénudés—Schwarenbach, le lac de Daube
et la Gemmi, on jouit, si l’on est favorisé par un temps clair,
d’un spectacle des plus grandioses.
Nous n ’oublierons pas pour notre part, l’impression que
nous éprouvâmes en arrivant, par un beau soir d’élé, après
avoir effectué la course que nous venons de décrire, au som­
met de la Gemmi. Le ciel était d’un bleu sombre et d’une
admirable pureté; un immense cercle de montagnes nous
entourait; les Alpes neigeuses, dont les sommets se montraient
tout autour de nous, étaient empourprées par les derniers feux
du soleil couchant ; à nos pieds un abime effrayant de pro­
fondeur, puis, tout en bas — comme perdues au fond d’un
entonnoir gigantesque — de vertes prairies au milieu des­
quelles apparaissaient, coquettement groupées, les maisons de
Loëche-les-Bains ; plus loin la vallée du Rhône à demi perdue
dans les vapeurs du soir. La fatigue disparut en présence de
ce splendide spectacle. En dépit de la course gigantesque que
nous avions faite, malgré la faim qui nous aiguillonnait, nous
restâmes longtemps en face de cette scène imposante, une des
plus belles assurément q u ’il soit donné à l’homme de contem­
pler. Nos lecteurs voudront bien excuser, nous l’espérons, ce
retour vers les heureux jours d’autrefois et notre confrère de
Loëcbe comprendra plus que personne le charme et la force
de pareils souvenirs.
Il est facile de le voir par les premiers chapitres de son
mémoire, M. le docteur Brunner n’est, pas seulement un pra­
ticien ; c’est, aussi un érudit et un artiste, rien de plus curieux
que les détails historiques relatifs aux premiers temps de
Loëche-le-Bourg et de Loëche-les-Bains. Rien de plus entraî­
nant que l’enthousiasme avec lequel sont décrites les splen­
deurs Alpestres et retracés les spectacles magnifiques auxquels
l’auteur a bien souvent l’occasion d’assister. C’est en nous
faisant parcourir ses montagnes, en mettant sous nos yeux à
chaque instant des sites nouveaux, rendus plus attachants

LOECHE-LES-BAINS.

379

encore par les souvenirs du passé, que M. Brunner nous fait
arriver peu à peu et sans fatigue jusqu’aux premières maisons
des Bains.
L’eau afflue à Loëclie par plus de vingt sources. Les princi­
pales sont., la source Roosguller, la source d'Or, celle du bain
des Pauvres, celle du bain de Pieds et, surtout la source SaintLaurent. Cette dernière, située sur la place du village, donne
la proportion énorme de trente litres d’eau par seconde, et sa
température s’élève à 40°, 8 Réaumur.
Un railleur d ’une nationalité inconnue, faisant allusion à
l’immersion prolongée des baigneurs dans les piscines, avait
cru faire un jo u r une excellente plaisanterie en disant que
les eaux de Loëclie étaient tout spécialement sulfureuses ; car,
complètement dénuées de soufre à la source, elles contenaient,
après avoir servi à l ’usage des bains, une certaine quantité
de ce corps, les baigneurs communiquant eux-mêmes à l’eau
—après un séjour de sept à huit heures dans l’élément liquide
— bon nombre de principes sulfureux. On pourrait dire de
cette plaisanterie q u ’elle est essentiellement de mauvais goût;
elle porte de plus complètement à faux. L’eau de Loëclie,
claire et tout-à-fait inodore lorsqu’elle est prise à la source,
contracte, il est vrai, l’odeur de Fhydrogène sulfuré lorsqu’elle
a servi à l ’usage des bains. Mais il est parfaitement reconnu
et démontré que ce gaz — produit du reste en très petite
quantité — n ’a pas d’autre origine que la décomposition des
principes fixes contenus dans les eaux.
Ces principes sont en grande partie des sulfates (chaux,
magnésie, soude, potasse), plus du carbonate de protoxyde
de fer, du carbonate de magnésie, de l’iode et une substance
mucilagineuse du nom de glairine. D’après M. le Dr J.-F.
Payen, ces eaux contiendraient en outre un peu d’arsenic.
Loëclie possède quatre principaux établissements de bains,
le bain Neuf, le bain Werra, le bain Yalaisan et celui de l’hôtel
des Alpes. Un cinquième local, dit bain Zuricois, est réservé
aux indigents. On fournit à ces derniers une chemise de bain
et même, quand il y a lieu, des secours en argent provenant
des dons faits parles baigneurs, des loteries, concerts, etc.,
organisés par eux.

�380

SEUX FILS.

A Loëche, les bains se prennent en commun dans les pisci­
nes et l’immersion dure cinq à six heures. C’est un spectacle
fort curieux et assurément très bizarre que de voir tous ces
baigneurs, aux types variés, aux allures diverses, plongés dans
l’eau jusqu’au cou et ayant devant eux de petites tables
flottantes sur lesquelles on place, suivant le goût de chacun,
différents objets destinés à faire trouver moins long le temps
du bains. On déjeune, on cause, on lit, on joue dans les pis­
cines. Il est plus difficile d’y réfléchir et d’y approfondir une
question de philosophie, en raison de l’animation et du bruit
joyeux qui y régnent d’ordinaire. Il faut bien utiliser les longs
loisirs que procure forcément une immersion de plusieurs
heures. Empressons-nous d’ajouter que, grâce aux habitudes
prises, aux usages établis, le temps passe vite et fort agréable­
ment. Les musiciens se rencontrent souvent en nombre parmi
les baigneurs ; aussi la mélodie et l’harmonie ne sont-elles
point négligées pendant les longues heures du bain. Il n’est
pas rare, lorsque l’on dort profondément dans l’un des hôtels
de Loëche, d'être réveillé, vers cinq ou six heures du matin,
par les chœurs entonnés tout, autour de soi ; réveil fort doux
assurément et fort agréable, surtout si l’on n ’a point fait la
veille une course de quinze heures à travers les glaces du
Tschingel gletscher.
Il est aisé de le voir par cette courte description, la vie à
Loëche est facile, cordiale et habituellement très gaie ; ce qui
n’empêche point les baigneurs misanthropes ou ceux qui
désirent rester exclusivement en famille de trouver, soit pour
leur bain, soit pour les besoins de la vie ordinaire, toutes
les conditions d’isolement désirables. Si l’on ajoute à ce qui
précède le confort des hôtels de France, des Alpes, de Bellevue , etc., l’agrément des parties faites en commun, des
excursions à l’Alpe de Feuillerette, au glacier de la Dala, au
Balmhorn, etc., le charme des réunions du soir — musicales
ou autres — on conviendra que, pour être particulière,
unique et bizarre, la vie à Loëche n’est nullem ent privée des
agréments de toutes sortes que certaines personnes recher­
chent habituellement dans les établissements de bains.

LOECHE-LES-BAINS.

381

L’étude des effets physiologiques et du mode d’adminis­
tration des eaux occupe, dans l’intéressant mémoire de
M'le Dr Brunner, une place considérable.
L’auteur, partageant l’opinion de Lehmann, Benecke,
Duriau, etc., ne croit pas que les sels et les principes dissous
dans les eaux pénètrent à travers les téguments, l’épiderme
demeurant intact. Sur ce point nous serons de son avis, mais,
ce que nous nous permettrons de ne point considérer comme
démontré c’est que l’eau du bain elle même ne puisse être
absorbée et passer dans le torrent circulatoire. Sans doute,
nous croyons avec M. Brunner, que l’eau médicamenteuse de
Loëche peut agir sur les nerfs périphériques et de là sur les
centres nerveux ou vasculaires, produisant alors, par action
nerveuse prim itive, soit des modifications dans la respiration ,
la circulation, etc., soit une augmentation des sécrétions et en
particulier de la sécrétion urinaire. Ce fait est possible et en
réalité il existe. Mais, il nous parait difficile de ne pas admet­
tre que l’eau du bain passe elle-même dans l’organisme. Le
plus souvent, en effet, après un bain un peu prolongé, le
besoin d’uriner se fait sentir et l’on urine abondamment. Si
cette augmentation de la sécrétion urinaire était le résultat
d’une action nerveuse, l’urine conserverait évidemment, au
point de vue de la transparence et de la densité, ses caractères
habituels. Mais il n ’en est pas ainsi ; car l'urine rendue après
uu bain prolongé est remarquablement moins colorée et
moins dense que celle que l’on rend d’habitude. Il faut donc
eu conclure qu’elle contient une proportion d’eau plus consi­
dérable qu’à l’ordinaire.
La chaleur du bain pourrait empêcher l’absorption cutanée.
Le D'Külinn (de Niederbrün), a reconnu qu’à 34° centigrades
le corps plongé dans l’eau n’augmente ni ne diminue de poids.
Il y a alors équilibre entre l’exhalation et l’absorption. Celte
dernière réduite, pour ainsi dire, à sa dernière expression, ne
pourrait, dans ce cas, augmenter la sécrétion urinaire. Au
dessus de 34° centigrades l’exhalation l’emporte sur l’absor­
ption. Au-dessous de cette température c’est le contraire qui
se produit ; la peau absorbe alors pour se garantir du froid,

�SEUX FILS.

LOECHK-LES -BAINS.

car tout corps, toute membrane qui absorbe gagne du calori­
que.
Si les bains de Loëche étaient pris à la température de l'eau
à la source, c’est à dire entre 31° et 40° R éaum ur, l’absorplioii
cutanée serait réduite à néant ; il faudrait alors expliquer par
simple suractivité nerveuse l ’augmentation de la sécrétion
urinaire, phénomène observé à la suite de l’immersion pro­
longée dans l’eau de Loëclie. Mais les piscines sont refroidies
par la ventilation ou l’agitation et lorsque les baigneurs pénè­
trent dans l'eau, celle-ci atteint la température moyenne de
20" ou 27° Réaumur , ce qui fait une proportion de calorique
un peu inférieure à celle de 34" centigrades désignée par le
D'Ivülinn. Dans ces conditions, l’absorption cutanée s’exerce
avec une certaine facilité. Nul doute qu’une partie de l’eau
du bain ne puisse, par cette voie, pénétrer dans l ’économie;
et cela malgré le caractère de bain chaud, qui est le fait de l'im­
mersion dans l’eau de Lo'ëche, puisque l’hygiéne attribue au
bain chaud une température de 25° à 30° Réaumur.
On conçoit sans peine l’importance que doit prendre ce
phénomène d’absorption lorsque Fou songe qu ’à Loëche il
est d’usage de prendre deux bains par jour, ce qui fait en
moyenne une immersion quotidienne de sept heures. Le
corps lavé intérieurement par cette eau circulant sans cesse
à travers la peau, le sang et l ’appareil urinaire, perdra une
partie des éléments plastiques — fibrineux ou autres— qui,
en rendant plus épais le sang et les divers liquides de l’écouomie, prédisposent singulièrement à une foule de maladies,
entr’autres à certaines affections du foie et de l ’appareil
urinaire.
11 y a donc là un premier effet — résultant de l’eau seule —
qui nous parait incontestable et qui ne nuit d’ailleurs en
aucune façon aux phénomènes fort curieux d'activité ner­
veuse ou nutritive produite par le contact des principes conte­
nus dans l’eau de Loëche avec la peau, les nerfs périphéri­
ques et les nerfs vaso-moteurs. C’est par ces modifications,
subies primitivement par le système nerveux, que M. Brunner explique le surcroit d’activité apporté par les bains de

Loëche dans la désassimilation et les sécrétions diverses.
Nous partageons complètement sur ce point sa manière de
voir.
Mais si l ’auteur nie l’absorption cutanée pendaut l'immer­
sion dans la piscine, il reconnaît que la vapeur d’eau et les
gaz se dégageant de ce milieu liquide passent dans l'écono­
mie par la voie des organes respiratoires. Ce fait de l’absor­
ption pulmonaire des vapeurs dégagées par certains médica­
ments est parfaitement exact. MM. Berne et Delore s’étaient
appuyés sur lui pour soutenir que certains remèdes dont les
effets sont incontestables, alors qu’on les emploie en frictions
sur la peau — les huiles et pommades iodées, par exemple —
agissent surtout par l'absorption pulmonaire des vapeurs
qu’ils dégagent. Sans nous arrêter sur ce fait spécial qui pour­
rait nous entraîner beaucoup trop loin de notre sujet, recon­
naissons que l ’absorption pulmonaire joint — dans la cure,
par les eaux de Loëche — ses effets propres à ceux occasion­
nés par l’absorption cutanée et par l’action des principes lixes
sur les nerfs périphériques.
Ajoutons à ce qui précède, que le bain de Loëche, en raison
de sa température, porte les humeurs vers la périphérie, et
opère une légère turgescence de la peau, en déchargeant les
organes internes du trop plein de leur sang ; n’oublions pas
de dire que la peau est fortifiée ou tonifiée par le contact de
l’eau chargée de sulfate de chaux, de sel ferreux, etc., et nous
aurons complètement justifié aux yeux de tous la triple déno­
mination de stimulantes, résolutives et toniques donnée par
M. Brurmer aux eaux de Loëche.
Un des effets les plus curieux produits par ces eaux est
l’éruption connue sous le nom de poussée, qui se montre au
bout de cinq à douze jours de l’emploi des bains. Cette érup­
tion affecte la forme érijthémalheuse, scarlatineuse ou érysipé­
lateuse. C’est un épiphénomène qui produit, par la révulsion
intense à laquelle il donne lieu, un effet très avantageux et
ajoute puissamment à l ’action générale des eaux. Despine (de
Genève) le considérait comme le résultat d’une irritation
prolongée de la surface dermique ; c’était pour lui un phëno-

382

383

�384

SEUX FILS.

mène sut generis propre à l’eau de Loëche. Un fait assez
curieux c’est que la poussée ne se produit que par action
externe ; l’auteur n’a jamais vu l’ingestion pure et simple
de cette eau amener ce phénomène.
Au soin avec lequel M. Brunner examine les effets physiolo­
giques des bains de la Gfemmi, on reconnaît un médecin des
plus expérimentés, un homme qui a fait une longue et con­
sciencieuse étude des eaux qu’il administre. Cette opinion se
confirme de plus en plus en suivant pas à pas notre confrère
à travers les minutieuses précautions qu’il conseille au bai­
gneur, soit dans le cours de la station thermale, soit pendant
les quatre ou cinq semaines qui suivent la cure de bains. Il n’y
a pas heu d’étre surpris de l ’importance donnée par M. Brunner
à cette partie de son travail, car les bains de Loëche joignent
à l’action toute particulière d’une immersion très-prolongée
— moyen thérapeutique qui demande, pour être appliqué
sans inconvénients, l’attention la plus grande — Faction qui
résulte de l’eau prise à l’intérieur.
A Loëche, en effet, certaines personnes ne font que boire ;
d’autres se contentent de prendre les bains. Le plus souvent,
le traitement intérieur marche de pair avec l’immersion. Dans
ce cas là, on commence en général par les bains, puis, au bout
de six à dix jours, on joint à ceux-ci le traitement intérieur,
qui dure quinze ou vingt jours environ. Le malade qui ne se
baigne pas peut aller jusqu’à huit ou dix verres dans les vingtquatre heures; celui qui fréquente la piscine ne dépasse pas
habituellement trois ou quatre verres d’eau.
Quant au bain en lui-même, il demande à être pris graduel­
lement. On se baigne d'abord pendant une demi-heure, puis
on augmente peu-à-peu jusqu’à ce qu’on ait atteint « la haute
baignée ». Cette dernière est continuée jusqu’au moment où
la poussée perd de son intensité. Alors on « débaigne » en
suivant une progression inverse à celle qui a été parcourue
dès le début, La cure de bains dure en tout, dans les conditions
normales, 25 à 20 jours.
Les douches de diverses sortes prises concurremment avec
les bains ou indépendamment de ceux-ci (un local spécial

LOECHE-LKS-BAINS.

385

existe pour les douches indépendantes), les bains locaux, les
bains de siège, les bains ventouses (application de ventouses
scarifiées dans le bain même), les injections, lotions et fomen­
tations. sont appliquées dans une large proportion et servent,
selon les cas, à rem plir des indications spéciales, à ajouter
leur effet propre à celui des eaux, à tempérer enfin l’action
trop énergique de celles-ci.
Des détails donnés par M. Brunner sur les effets physiologi­
ques des eaux de Loëche, il est facile de déduire avec lui les
affections dans lesquelles cet établissement peut-être recom­
mandé.
Dans l’anémie, la chlorose et l’aménorrhée, l’eau de Loëche
agira par son action générale aussi bien que par le fer qu’elle
contient, sans négliger de tenir compte du changement d'ha­
bitat, des promenades, du mouvement au grand air. Dans la
scrofule, elle produira un effet à la fois stimulant, tonique et
résolutif;' dans la goutte, l’arthritis et le rhumatisme, elle
favorisera l ’oxygénation du saug et la transformation en urée
de l’acide urique, en même temps qu’elle facilitera la résorp­
tion des concrétions calcaires et stimulera les fonctions de la
peau ; dans la cachexie mercurielle, elle produira, par ses
propriétés toniques, des effets merveilleux. Plus dangereuses
à appliquer dans les catarrhes bronchiques et la tuberculose
(même lorsqu’elle est acquise spontanément et peu avancée),
ces eaux seront presque souveraines pour combattre les dys­
pepsies, les hémorrhoïdes, la constipation opiniâtre, les engor­
gements abdominaux persistant après les inflammations
aigues du foie ou de l’utérus.
Dans les maladies nerveuses, l’eau de Loëche sera d’un
emploie difficile mais elle produira de très heureux résultats
dans les raideurs articulaires et dans les paralysies rhumatis­
males, arthritiques ou métalliques (mercurielles ou satur­
nines). N’oublions pas de citer les ulcères scrofuleux ou
atoniques, les trajets fistuleux, les nécroses, et faisons une
mention toute spéciale des maladies de la peau. Les eaux de
Loëche jouissent, en effet, depuis longtemps, d’une réputation
méritée pour combattre les dermatoses. Parmi ces dernières,

�380

VARIÉTÉ.

SEÜX VILS.

l'ichthyose, les affections herpétiques, certaines formes cl’érysipèle chronique, puis l’eczéma, le pityriasis, le psoriasis et
le prurigo, seront très-avantageusement modifiés par un séjour
aux bains de la Gemmi.
Si les indications des eaux de Loëche sont précieuses à con­
naître, les contre-indications ne le sont pas moins et c’est
M. Brunner lui-même qui les mentionne dans son intéressant
et consciencieux travail, dont on pourrait dire assurément ce
que Montaigne disait de son ouvrage : ceci est un livre de
bonne foi.
La syphilis, la grossesse avancée, les liydropisies générales,
les affections cancéreuses, les lésions organiques (du cerveau,
du poumon, du coeur, du foie, etc.), la tuberculose (surtout
héréditaire et avancée! la fièvre hectique et la pléthore intense,
tels sont les états pathologiques qui constituent, pour l’auteur,
une contre-indication formelle à l’emploi des eaux de Loëcfie.
Nous avons dû, dans cet article, nous contenter d’analyser
les parties les plus saillantes du travail de M. le Dr Brunner.
Nous l'envoyons au mémoire original ceux qui voudraient
avoir des détails plus complets en leu r assurant d’avance
qu’ils retireront de cette lecture plaisir et profit.
Nous dirons en term inant à nos lecteurs : Si vous aimez la
science pure et les curieuses observations médicales, allez à
Loëche et vous y trouverez ample moisson à récolter ; si vous
êtes malade, allez à Loëche et vous y trouverez la guérison
probablement, le soulagement toujours; si enfin vous aimez
les courses alpestres, si votre àme s’émeut et tressaille devant
les grands spectacles de la nature, allez à Loëche, contemplez
du haut de la Gemmi les sommets innombrables des Alpes....
vous aurez alors une idée de la puissance et de la majesté du
Créateur.
0 ' Seux fils .

387

Sous ce titre, Do la guerre dans l'évolution de l’humanité et de la
neutralité médicale pendant la guerre, un chirurgien militaire,
M. le Dr Frank, a fait paraître dans la Gazette médicale de Paris ,
une série de réflexions très souvent justes, presque toujours
piquantes. Les opinions de l’auteur sont discutables et nous
sommes loin de penser comme lui, mais, nous croyons que dans
bien des cas il a raison. On pourra en juger par l’extrait suivant
que nous donnons de cet article :
« Avec ou sans lois de la guerre, bien avant la convention de
Genève, sauf certains sauvages qui se moquent bien des lois et
des conventions, tous les peuples regardaient le massacre des
blessés comme une atrocité et par conséquent les blessés étaient
neutres de fait, de par le bon sens et l’humanité vulgaire. La
convention de Genève a mis la chose en formule ; c’est peu flat­
teur pour les peuples européens, mais ce n’est pas une erreur
fondamentale.
« Je ne saurais en dire autant de l'extension de la neutralité à
diverses classes d’hommes parfaitement valides et à certains
immeubles, dans des conditions prévues.
« Dans une querelle de nation à nation, tout citoyen est soldat
avant d’être peintre, avocat, négociant, industriel ou même
médecin. On a beau être chirurgien d’armée, on est Français ou
Prussien d’abord e t , comme tel, ennemi intime de l’étranger en
armes; tout le monde est solidaire dans le danger commun.
Trouvez-moi le moyen que le médecin ne soit pas complice du
soldat ; non-seulement il fait des vœux pour la ruine de l’ennemi,
mais encore il s’efforce de maintenir en santé les hommes qui ont
pour mission de tuer ; il ne charge pas les fusils, mais il soutient
les bras qui les portent. Dans un corps de cavalerie , le médecin
de régiment est plus que complice ; il est un homme et un cheval
dans la masse et, si l’on charge, fait du bruit et de la poussière
comme les autres cavaliers, contribue pour une part à l’effet mo­
ral et renforce matériellement le premier choc (1). Au fond, s’il
doit son secours même à l’ennemi blessé, il ne doit rien que la
haine la plus cordiale à l’ennemi bien portant ; je ne vois pas
i

(1) J'ai pu me rendre compte du fait à Nanterre, le 3 avril, on chargeant
avec mon régim ent... pas contre les Prussiens, hélas!

�388

VARIÉTÉ.

pourquoi il ne frapperait pas lui-même, dans l’occasion , sauf ii
panser ensuite ceux à qui il aurait conféré d’abord des droits à
ses soins.
« Le médecin de régiment a toujours le mauvais côté du rôle
de belligérant, celui qui consiste à recevoir les projectiles. Per­
sonne n ’est assez naïf pour supposer qu’un insigne quelconque
puisse le protéger aux distances du tir des armes modernes ; je ne
pense pas qu’un seul des millions de coups de feu tirés dans la
dernière guerre ait été accompagné de la plus mince préoccupa­
tion ix l’endroit du médecin qu’il pouvait atteindre. La casquette,
trop brodée, du médecin français a peut-être, au contraire, produit
plus d’une fois une illusion de général et servi de point de mire.
Il n ’est même pas nécessaire que le médecin accompagne un
bataillon pour avoir sa part des coups de feu; il a plu des obus
dans mainte ambulance et , a Champigny, une escouade de
médecins et de brancardiers français fut accueillie par des coups
de fusils prussiens. Je ne jurerais pas que nous ne leur ayons
jamais, par mégarde, rendu la pareille.
« Dans les combats de nuit, on peut le dire, chacun n'y voit
que du feu et il n’y a brassard qui tienne.
« Et de fait, dans la dernière guerre, des médecins ont été
frappés, quelquefois de très près, à l’arme blanclie, parmi nos
camarades de l’armée française, même dans l’exercice flagrant
de leurs fonctions. Je ne sache pas que l’on ait fait pis avant la
convention de Genève. Il est aisé de comprendre que le sauvage,
capable de tuer un homme visiblement occupé à une mission
d’humanité, ne sera pas arrêté par une formule.
« Après le combat, les croix rouges et les brassards servent
autant que le veulent bien les chefs des armées ; à rien, en géné­
ral, s’il n'intervient entre les généraux ennemis une convention
actuelle, suspendant le feu pour un temps et un lieu donnés,
seule condition dans laquelle on puisse sérieusement relever les
blessés et enterrer les morts. Quand une des deux armées est en
retraite ou en déroute, l'armée victorieuse se charge de tout et
ne se soucie pas d’admettre sur le terrain conquis les croix
rouges delà partie adverse.................................................................
« Si la croix rouge avait quelque beau côté, l'abus qui en a été
fait et le nombre de fois qu’elle a manqué son but seraient une
large compensation.
« Il viendra, sans doute, un moment où Ton ne verra plus en
France, en temps de guerre, de costumes bourgeois qu’aux infir­
mes et aux vieillards. Si, alors, nous avons encore 1a croix rouge
on peut prédire qu’elle abritera largement tous les poltrons et les
égoïstes en quête d’une échappatoire à l’obligation générale.

VARIÉTÉ.

389

Quiconque a un peu fréquenté les batailles sait que le zèle à
secourir les blessés a souvent besoin d’être modéré plutôt qu’ex­
cité. En septembre 1870, à Paris et aux environs, il semblait, que
tout le monde se préparât à recevoir et à soigner des blessés et
qu’il n'allait plus rester personne pourêtre les blessés eux-mêmes.
A chaque combat, les voitures d’ambulance encombraient les
routes bien plus que l’artillerie, malheureusement. On fut obligé
d’y mettre ordre. Les Prussiens eussent été bien empêchés, en
tirant sur Paris, si leurs obus eussent dû éviter les drapeaux à
croix rouge. En gens pratiques, ils n'en tinrent aucun compte,
si ce n'est pour diriger de préférence leurs coups vers l’emblème
qui leur décelait un établissement public important ou une riche
maison particulière. Des journaux ont prétendu que l’ennemi
avait maintes fois fait voyager des fourgons de projectiles sous
le couvert du drapeau de Genève; je ne l'affirmerais pas, d’ailleurs,
mais c’est bien là un tour de ces bons Allemands; ce sont des
ftens pratiques.
« En confondant les médecins dévoués et courageux qui ne
redoutent pas les dangers réels, avec les couards qui ne cherchent
qu’à s’en éloigner ; èn donnant à la croix rouge un cachet de
brevet de longue vie qu’elle n'a pas en fait, dans les circonstances
sérieuses, on discrédite le caractère médical et l'on ôte aux
hommes d’honneur, civils ou militaires, qui secourent leurs
frères dans ces redoutables conjonctures, le bénéfice de la
démonstration publique de leur valeur personnelle. Quand un
médecin est tué ou blessé, c’est par erreur; on n’en conçoit ni
plus d’admiration ni plus de reconnaissance envers les survivants,
puisqu’ils sont officiellement invulnérables.
« La croix rouge a un appât secret, auquel beaucoup ont cédé,
c’est qu’elle dispense le médecin d’être prisonnier de guerre.
Dans nos désastres, la plupart de nos camarades ont accepté cc
bénéfice, pensant pouvoir compenser ce privilège par les soins
qu’ils allaient donner aux armées nouvelles que le pays improvi­
sait. Personne ne songera à les blâmer. Cependant pourquoi le
médecin ne serait-il pas prisonnier de guerre ? Ce serait à lui,
peut-être, d’une certaine générosité de ne pas se séparer des
soldats et des officiers, ses compagnons d’armes et d’infortune ;
il les soignerait encore en captivité et entendrait leurs plaintes
dans la langue de la patrie sur la terre étrangère. Souvent, par
la nature même deses fonctions, il serait l’intermédiaire-né entre
les captifs et l ’autorité ennemie. S’ils manquent aux armées qui
continuent a combattre, les médecins militaires se diront que le
sentiment du devoir médical leur suscite des remplaçants chez
tous les confrères civils ; si le zèle de ceux-ci est un peu troublé

�390

SETTX FIL S.

par la pratique militaire, la démonstration sera faite de la mau­
vaise organisation du service médical de l’armée et l’on saura
être prévoyant à l’avenir. D’ailleurs, avant la convention de
Genève, les premiers prisonniers échangés par les généraux de
Crimée et d'Italie étaient les médecins tombés aux mains de
l’en n e m i...............................................................................................
« Les Prussiens ont été les premiers à s’emparer de la trouvaile
de M. Dunant. Dès Sadova, il y tenaient si fort que, malgré le
refus ou le dédain de PAutriche, ils affectèrent de se regarder
comme liés, pour leur propre compte, par la convention de
Genève. Timeo Danaos... et je plains les bonnes âmes qui croi­
ront en la générosité de la Prusse. Ne vont-ils pas, tout à l’heure,
se poser en incarnation de la douceur et de la charité parce qu’ils
ont inscrit dans leur code de guerre une tradition tonte faite,
bien antérieure à eux ? Misérables Pharisiens qui prêchent bien
haut la lettre et se moquent parfaitement, en pratique, de l’esprit
de la loi !
« Il est remarquable, du reste, que les personnages qui font
profession de mener tuer les autres, depuis l’archiduc Albert
jusqu’à Henri XIII, prince de Reuss,
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mutins,

ont la manie de réunir et de présider des comités de secours aux
blessés, d’être grands maîtres de l’ordre de Saint-Jean, etc. La
belle occasion pour les badauds de s’exclamer que Leurs Excel­
lences sont bien bonnes, qu’elles nous font trop d’honneur, alors
qu’il serait si simple de déclarer, ce qui est vrai, que les secours
aux blessés sont un devoir public. Cela permettrait de remercier la
charité de ces philanthropes qui ont du sang plus haut que leurs
bottes.
(Gazette médicale de Paris.)

NOUVELLES DIVERSES.

Trois jeunes médecins de notre ville, MM. les D" Queirel,
Ménécier et Olive, viennent d’être nommés chevaliers de la
Légion-d’Honneur. Nous comprenons leur joie et nous les con­
naissons assez pour être sûr qu’ils comprennent, do leur côté, les
obligations qu’entraîne cette qualité nouvelle. Noblesse oblige,
nous permettrons-nous de dire aux nouveaux élus: on vous a
jugés de bonne heure dignes d’une haute distinction ; continuez
a l’être et efforcez-vous de le devenir plus encore, si c’est possi­

NOUVELLES DIVERSES.

391

ble. C’est uno tâche que l’on est presque en droit de vous impo­
ser; ceux qui vous connaissent savent que vous l’accomplirez

intégralement.
— Le Gnovembre 1871, un concours sera ouvert a l’Hôtel-Dieu
de Marseille pour une place de 2* chef interne. Les candidats
auront à subir les épreuves suivantes :
T Anatomie et physiologie (question orale).
2° Pathologie externe (question écrite).
3° Accouchements.
1° Opération chirurgicale.
5° Clinique interne et externe.
— Le concours de l ’internat et celui de l'externat, pour les
hospices civils de notre ville, auront lieu également à l’HôtelDieu, le premiejr, le 27 novembre, et le deuxième, le 4 décem­
bre 1871.
—A la suite d’un excellent concours, M. Foëx, interne des hô­
pitaux de Marseille, a été nommé prosecteur à l’école de Méde­
cine de notre ville.
— L’administration des hospices civils de Lyon fait savoir
que lé lundi 13 novembre 1871, il sera ouvert à l’Hôtel-Dieu un
concours public pour deux places de médecin. Les épreuves
auront lieu dans l’ordre suivant ;
Lundi — Anatomie et physiologie.
Mardi — Pathologie interne.
Mercredi — Hygiène et thérapeutique.
Jeudi — Clinique avec consultation orale.
Vendredi — Clinique avec consultation écrite.
• Les médecins nommés par suite du concours remplissent les
fonctions de suppléants jusqu’à ce qu’ils succèdent, par rang de
nomination, aux médecins titulaires dont le service a une durée
de 15 années.
Pendant tout le temps de leur suppléance, les médecins nom­
més sont tenus de prendre le service auquel ils sont appelés,
soit à l’Hôtel-Dieu, soit à l’hôpital de la Croix-Rousse, soit à
l’hôpital de la Charité.
Le traitement des médecins est fixé comme suit : 1000 francs,
honoraires fixes, et 1000 francs pour droit de présence, attribués
au suppléant qui fait le service du titulaire malade ou empêché.
Les médecins visitent deux fois par jour les malades de leur
service.
— L’Administration des hospices civils de Saint-Etienne fait
savoir que le lundi 18 décembre.1871, ‘à huit heures du matin,
il sera ouvert, à l’Hôtel-Dieu de Lyon, un concours pour deux
places de chirurgien.
Le concours aura lieu devant le conseil d’administration,
assisté d’un jury médical et se composera de cinq épreuves,
savoir :
Le lundi, — question d'anatomie et de physiologie à traiter de
vive voix.
Le mardi, — question d’accouchement à traiter par écrit; lecture
des mémoires en séance publique.

�392

MARSEILLE MÉDICAL

SEUX FILS.

Le mercredi, — question de chirurgie et de médecine opératoire,
à traiter de vive voix. Les concurrents pratiqueront sur le cada­
vre une opération chirurgicale.
Le jeudi, — Examen clinique d’un malade atteint d'une affec­
tion chirurgicale.
Les candidats liront, en séance publique, une consultation
écrite sur les symptômes, le diagnostic, le pronostic et le traite­
ment de la maladie par eux dianostiquée.
Le vendredi,— examen clinique d’un malade atteint d’une
affecl ion ch irurgicale.
Les candidats émettront de vive voix, en séance publique, leur
opinion sur les symptômes, le diagnostic, le pronostic et le trai­
tement de la maladie soumise à leur appréciation.
Les deux chirurgiens qui seront nommés à la suite du con­
cours entreront en exercice, savoir ; le premier en rang immédia­
tement et le deuxième le 1" octobre 1872. Le traitem ent est de
1000 francs par année.
— Un concours pour deux places de médecins-adjoints et deux
places de chirurgiens-adjoints aura lieu à Lille, le 4 décembre
I87I, dans une des salles de l’hôpital Saint-Sauveur.
— Nous avons le regret d'annoncer la mort de l’un de nos
confrères de province , M. le docteur Lavigerie , médecin con­
sultant aux eaux de Vichy, décédé à Rochefort le 3 de ce mois
— Pendant le courant du mois qui vient de s’écouler , le
choléra a subi, à Constantinople, des phases diverses. On écri­
vait de cette ville, à la date du 30 septembre, que 70 personnes
étaient mortes la veille frappées par le tiéau asiatique ; que Peau
manquait partout ; que le travail de l’arsenal avait été suspendu
à cause du voisinage du quartier atteint par l’épidémie. Le 2
octobre, l’intendance faisait entourer d’un cordon sanitaire un
des quartiérs de P éra, avec défense de franchir la barrière : à
cette date, la chaleur était excessive et l’on n ’avait, aucun rensei­
gnement sur le nombre des morts. Malgré ce début alarm ant,
l’épidémie diminua de force dans la semaine suivante, et le 7
octobre, une dépêche nous annonçait qu’on îPavait signalé dans
la journée aucun cas de choléra et que la veille, trois cas seule­
ment s’étaient montrés. Pourtant le I6 octobre la maladie, qui
avait complètement cessé, a reparu au village de Haskein Corne
d’Or ; en trois jours, 60 personnes ont succombé aux atteintes de
la maladie. Rien n ’est venu depuis ce jour confirmer que le cho­
léra sévisse avec une nouvelle force. Nous espérons que les cas
signalés h Haskein Corne d’or seront les derniers coups du fléau.
— A Paris, l’état sanitaire se m aintient toujours dans d’excel­
lentes conditions. Les bulletins hebdomadaires reçus de la capi­
tale donnent les résultats suivants :
Dernière semaine de septembre, 831 décès dont 61 à la suite de
diarrhée; première semaine d’octobre, 764 décès, dont 39 à la
suite de diarrhée, 34 par la dyssenterie, 1 par le choléra nostras,
4 par le choléra infantile; deuxième semaine d’octobre, 709 décès
dont les principaux sont, 4 par la variole, 29 par la fièvre typhoïde
et I par le choléra.
Dr S eux F üs .
A. F a b r e .

( a n c i e n n e U n io n M é d ica le de la P r o v e n c e )

8mc Année. — N ° 1 1 . — 20 Novembre 1871.

LES DOCTRINES MEDICALES EN PRESENCE DE LA FOLIE
P a r le Dr A. FABRE,

(Suite et fin.)

III
Il faut néanmoins une solution. Jamais question ne fut ca­
pitale à pareil litre; elle n’intéresse pas seulement la méde­
cine et la philosophie, elle embrasse les intérêts les plus
graves de l ’hum anité tout entière. Si l’homme est fou parce
que son cerveau est malade, il pense, il veut par l’action seule
de son cerveau. Pourquoi donc soumettre à des lois civiles et
criminelles ceux qui obéissent avant tout à leur organisation
cérébrale ? Pourquoi punir des cerveaux mal organisés ? Pour­
quoi parler de récompenses et de peines éternelles à cette
chair vivante qui doit pourrir bientôt ? Voilà un système qui
tend à détruire la législation, la morale et la religion, et ce­
pendant la science se trouve impuissante à le détruire luimême.
Impuissante, c’est trop dire sans doute. Ce ne sont pas les
preuves qui m anquent, ce sont les preuves directes. La philo­
sophie parvient indirectement à renverser ce système en dé­
montrant l’existence de l’àme et la passivité de la matière ;
mais ses bases médicales, physiologiques et cliniques, n'en
29

�394

A. FABRE.

subsistent, pas moins, il reste avec des laits qui semblent lui
donner un solide appui et qu ’on ne saurait nier. Chacun con­
naît quelle est aujourd’hui la force irrésistible des faits.
Cependant la lumière existe ; il y a une doctrine qui expli­
que tout sans rien nier, qui coordonne les opinions contra­
dictoires dans une généralisation supérieure et qui satisfait
pleinement aux exigences de la raison en conservant aux faits
leur valeur.
J’ai nommé la doctrine traditionnelle sur la nature de
l ’homme.
On peut l’appeler animisme, mais à condition que l’on ne
prenne pas ce mot dans le sens que, sous l’inlluence carté­
sienne, lui ont donné les disciples de Stahl.
Descartes, j ’insiste à dessein sur ce point capital, avait dis­
tingué dans l’homme deux substances plutôt enchaînées
qu’unies l’une à l’autre, et conservant chacune son indivi­
dualité ; c’est l’union accidentelle ; à l’âme, il avait assigné
pour essence la pensée ; au corps, l’étendue et le mouvement.
Telle est aussi la doctrine de Stahl, qui diffère de celle de Des­
cartes en ce seul point : que le corps, livré par Descartes aux
lois de la mécanique et de la physique, est, d’après Stahl, gou­
verné par l’âme au moyen de facultés dont elle n ’a pas néces­
sairement conscience.
Bien différent est l’animisme traditionnel, que je nommerais
volontiers anthropologisme, si le mot sonnait mieux à l’oreille.
L’âme est pour lui la forme du corps ; elle est le principe qui
fait que nous sommes et nous fait ce que nous sommes. Elle
est la source de la vie ; elle est la source-de toutes nos facultés.
Ce que l’âme donne, la charpente matérielle de notre être, le
corps, le reçoit ; isolée, la matière était inerte, ou tout au
moins elle ne possédait l’activité qu’en puissance ; unie à
l’âme, elle agit ; l’âme am'mela matière, et l'hom m e est con­
stitué.
Mais voici qui est de toute importance : l’âme et le corps sont
unis, j ’oserais presque dire combinés, de telle sorte qu’ils ne
forment plus qu’une individualité, qu’un seul être, l’homme;
c’est l’union substantielle. Cet être n ’est plus ni le corps ni

FOLIE.

395

l’àme, qui n ’ont été ni assimilés, ni identifiés comme le crai­
gnait Cerise, c’est le résultat de leur union, c’est un composé
naturel, dont une grossière et imparfaite image existe dans
les combinaisons chimiques, où l’on voit deux éléments unis
pendant un temps pour former une substance et pouvant re­
couvrer plus tard leur existence isolée ; seulement, le composé
chimique a des propriétés nouvelles, tandis que le composé
naturel réunit les qualités particulières qui appartenaient à
chacun de ses éléments isolés. Tous les actes de la vie hu­
maine sont composés, c’est-à-dire que ce n’est ni l’âme qui
pense ni le corps qui se nourrit, c’est l’homme qui pense et se
nourrit, mais par des facultés distinctes, exercées au moyen
d’organesdifférents. L’union substantielle existe pour la partie
comme pour le tout ; dans un corps vivant, chaque organe est
vivant ; il est donc permis au philosophe de dire : l’homme
est une âme pourvue d’organes ; et au médecin, l’homme est
un corps animé ; solutions opposées d’un grand problèmedont
en pratique nous n’avons pas à nous préoccuper ; mais l’un et
l’autre 11e doivent pas perdre de vue qu’011 ne peut, pendant
cette vie, séparer que par abstraction les deux éléments qui
sont comme combinés pour constituer l’unité humaine, et
qu’on se trouve seulement en présence d’un être organisé,
l’homme.
Je 11e voudrais pas développer ici les preuves sur lesquelles
s'appuie cette doctrine. La philosophie a les siennes, dont plu­
sieurs ont été dans ces dernières aimées magnifiquement ex­
posées par MM. les professeurs Tissot, de Dijon , et Bouillier,
de Lyon; dont plusieurs encore se trouvent réunis dans le
traité d’anthropologie de Frédault, ou disséminés dans la Re­
vue médicale. La médecine a aussi les siennes, que j ’ai cher­
ché a établir dans mon livre sur les Moyens de progrès en
thérapeutique, et dont je donnerai ici un résumé rapide.
Médecins, nous avons sous les yeux des organes employés à
des fonctions.
Une première question se présente à nous : ces organes
sont-ils actifs par eux mêmes, ou doivent-ils leur activité à un
principe spécial 'l

�396

A. FABRE.

Mais la source d’activité n’ast pas dans les organes ; le cœur
ne fonctionne pas sans le concours du système nerveux, et,
quand le cœur s'arrête, le système nerveux tombe dans l’im­
puissance ; sans les nerfs et le sang, le poumon est inerte ; il
n’est donc aucun organe qu ’on puisse considérer comme le
foyer de la puissance vitale. D’ailleurs, pour croire à l'activité
des organes, il faudrait, au préalable* admettre en principe
l’activité de la matière. Mais la maladie persiste malgré le re­
nouvellement complet des molécules du corps hum ain ; mal­
gré ce renouvellement complet, plusieurs fois répété, la mala­
die se transmet de génération en génération ; malgré ce
renouvellement complet, l’homme conserve son identité; donc
il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la matière,
et qui la domine. Remarquons aussi, avec Jouffroy, que le
principe de l’activité de la matière ferait dériver la vie phy­
siologique d'une multitude infinie de causes, car la vie 11e
peut dériver des organes sans être le résultat de l’action com­
binée de tous les éléments matériels qui les composent, ce qui
fait retomber dans la théorie atomique ; or, l'existence d’une
multitude infinie de causes est manifestement incompatible
avec l’harmonie et l'unité qui régnent dans l’économie. Si l'on
veut placer dans le germe une puissance supérieure et domi­
natrice, qui ne sait que le germe, quelque microscopique qu’il
soit, est toujours divisible ? et puis, comment cette matière
active gouvernerait-elle une autre matière active? comment
conserverait-elle sa force et son identité en changeant ses élé­
ments?
Les organes ne sont donc pas actifs par eux-mêmes ; ils doi­
vent l’activité vitale à un principe immatériel.
Seconde question : Ce principe,quel est-il? Ou c’est l’âme, ou
c’est une force difie rente de l'âme, le principe vital de Barthez,
énergiquement défendu, il y a quelques années, à la Société
Médico-psychologique de Paris, et dans les Annales médicopsychologiques , par Cerise et par Fou met.
L’admission du principe vital de Barthez repose sur ce que,
depuis Descartes, on a considéré l ’âme comme étant constituée
dans son essence par la conscience et la volonté ; d o ù l’on a

FOLIE.

397

conclu qu’elle ne peut, vouloir des opérations qu’elle ignore;
c’est ce que Fournet a soutenu avec une éloquente vigueur.
11 suffit, pour réfuter cette erreur, de montrer des actes
qu’on attribue d’ordinaire à l’âme, s’exécutant sans participa­
tion de la conscience ni de la volonté. Tels sont les mouve­
ments appelés volontaires, la marche, le chant, la parole
même, qui se produisent parfois, nous pouvons bien dire
souvent, sans qu’on en ait conscience. Se doute-t-on des mou­
vements qu’on exécute et même des paroles qu’on peut pro­
noncer pendant le sommeil ? Quel est celui qui ne s'est pas
surpris à fredonner alors que sa pensée était absorbée partout
autre chose que par sa chanson ? Combien de fois, dans une
course, ne vous êtes-vous pas tout à coup aperçu que vous
étiez bien loin du lieu où vous croyiez avoir dirigé vos pas ?
De grandes idées, je n ’en doute pas, avaient accaparé votre
esprit et votre conscience, mais vous marchiez, permettez-moi
de vous le dire, machinalement. Un acte complexe est en partie
soumis et en partie soustrait à l’action de la volonté : celui qui
se charge d’un fardeau ajoute aux mouvements volontaires
par lesquels il le soulève, des mouvements instinctifs par les­
quels il le porte dans des conditions d’équilibre plus favora­
bles. Un même acte, inconscient d’abord, tombe par gradations
insensibles dans le domaine de la conscience et de la volonté.
Les vagissements du nouveau-né paraissent, indépendants de
ces deux facultés ; les cris de l'enfant leur sont de plus en plus
soumis, les paroles de l’adulte leur appartiennent., excepté
chez les hommes qui réfléchissent tout haut. Or, dans tous ces
cas, le principe d'activité est évidemment le même ; s’il y en
avait deux, celui qui est doué d’intelligence et de volonté
constaterait la présence de l’autre, et entrerait même en lutte
ou en connivence avec lui. Ce n’est pas que des luttes ne puis­
sent éclater dans l ’homme, des luttes même entre ce qu’on
nomme la chair et l’esprit, mais à quel ordre appartiennentelles? Uniquement à l’ordre moral; c’est l’éternel combat de
notre volonté contre nos passions.
D'ailleurs, si ces deux principes coexistaient, où serait la
limite commune de leurs domaines? Cette limite n’estcertai-

�m

m

A. FABRE.

FOLIE.

nement pas dans la distinction des mouvements en volontaires
et involontaires, car des mouvements involontaires, tels que
ceux delà respiration et, par exception, ceux du cœur, peuvent
davenir volontaires, et réciproquement, les mouvements dits
volontaires sont souvent exécutés sans participation de la vo­
lonté ni de la conscience par l’homme distrait, par le nouveauné et même par le fœtus qui, sans doute, n ’y songe guère. Or,
on ne peut admettre qu’une force qui agit nécessairement
avec conscience et volonté, se laisse, à certains moments, effa­
cer, dominer par mie autre force sans se douter de cet état,
saus vouloir l’accepter ni s’y soustraire.
Donc il n ’y a qu’une force, et cette force n ’a pas nécessaire­
ment conscience et volonté de ses actes.
Cette manière de voir trouve non pas une infirmation
mais un appui dans le fait de l’hérédité qui, quoiqu’on puisse
dire, est plein de mystères pour toutes les doctrines, et en
particulier pour celle de Cerise ; elle fournirait une expli­
cation de plus à cette vérité que les fils héritent souvent des
vertus et des vices de leurs pères, ce qui est en désaccord avec
le duodynamisme. L’hérédité a lieu pour le moral aussi bien
que pour le physique, et l’intervention d’un principe vital,
déjà inutile pour la transmission des maladies de père en fils
au moyen d’un germe matériel, est en contradiction flagrante
avec l’hérédité morale.
Mais l'animisme ou monodynamisme est bien solidement
confirmé par l’étude des rapports du physique et du moral
chez l’homme, qui tous témoignent en faveur de l’unité de
l’être et contre le dualisme barthézien. Un individu éprouve
une émotion morale, aussitôt son cœur palpite, ses digestions
se dérangent, ses sécrétions s’altèrent ; ou bien, il a la fièvre
et ses facultés intellectuelles en éprouvent le choc. Que M.
Fournet consulte son sens intime sur ses faits et qu ’il réponde
si sa conscience lui donne la notion du duodynamisme hu­
main. Qu'il réponde aussi à la question suivante : un désor­
dre morbide consiste en une douleur; qu’est-ce qui estmalade
et qu’est-ce qui souffre ? évidemment ici la maladie et la
souffrance sont inséparables et l’on ne saurait concevoir

qu’elles appartinssent à deux personnalités distinctes.—Qu'estce donc qui souffre? le principe vital sans doute, ou les forces
vitales, comme dirait volontiers M. Fournet; non, c’est le moi
humain; je souffre, vous dit le malade, qui obéit aux inspi­
rations de son sens intime. Le sens intime ne songe guère au
principe vital; vous qui ne Jugez que par lui, faites donc
comme lui.
Allons plus loin : les troubles moraux peuvent produire des
lésions organiques telles que la dartre et le cancer, et d’autres
part les altérations organiques du cerveau et même, par sym­
pathie, celles d’autres viscères, peuvent égarer l’intelligence.
Cette influence réciproque, qui est si intime et si puissante,
rend inadmissible l’existence d’un principe distinct pour la
vie végétative, étranger à celui qui préside aux actes moraux,
son prétendu supérieur hiérarchique. L’âme, source de l’ac­
tivité intellectuelle, est aussi la source de l'activité organique,
et cette faculté d'un ordre inférieur ne l’avilit pas plus que
la possession d’une ferme n’appauvrit une châtelaine. A la
conscience et à la volonté les facnltés inconscientes s’ajoutent,
sans les neutraliser le moins du monde, et si un philosophe
vient soutenir q u ’à des phénomènes divers doivent nécessaire­
ment correspondre des principes divers, pas n’est besoin d’al­
ler chercher dans le monde physique les preuves qui sura­
bondent pour démontrer qu’une même cause peut produire
une foule d’effets forts différents, il suffit de jeter un regard
sur nous-mêmes : O homme, montre-toi et déroule devant ses
yeux, avec l’adversité de tes fonctions, la parfaite harmonie et
l’inaltérable unité de ton être. Fais-lui voir tes organes diges­
tifs fatigués par les nobles travaux de ton esprit et ton activité
intellectuelle subordonnée au travail matériel de tes diges­
tions; fais lui voir la conscience réclamant un ordre de la
volonté pour l ’exécution delà plus humble fonction organi­
que, et ta pensée qui sommeille quand ton corps est affaibli.
Si ces faits ne lui suffisent pas encore, rappelle-lui qu’on peut
mourir de joie, q u ’on peut mourir de douleur, et demandelui ce que la vie organique, si elle dépendait purement d’un
principe végétatif, aurait à éprouver des commotions morales.

�A. FABRE.

FOLIE.

Non, l’homme n ’est pas un état gouverné par une hiérarchie
de principes hétérogènes; c’est un être, une personnalité gou­
vernée par un seul principe ; il n’y a chez lui que l’âme et le
corps.
Troisième et dernière question: L’union de l'âme et du
corps est-elle accidentelle ou substantielle? sont-ce deux
substances accolées l’une à l’autre ou deux éléments unis
pour ne plus former qu’un seul être?
Le débat est entre l’animisme stahlien et l’animisme tradi­
tionnel.
Or, l ’animisme stahlien, triomphant jusqu’ici, succombe,
malgré le génie de son chef, sou s le poids de ses conséquen­
ces médicales.
D’abord il retranche l’anatomie de la médecine, comme l’a
fait Stahl, qui s’est déclaré satisfait de connaître le nombre et
la place des organes. [Programma de super fiais anatomicis).
Il crée une physiologie toute préoccupée de classer les forces
du principe actif mais nullement portée à observer par quels
moyens organiques et par quelle série de phénomènes la
fonction s’exécute. Cette physiologie ébauchée par Stahl dans
ses études sur le mouvement tonique, développée par Barthez,
qui unit son principe vital à la place de l’âme, est tout-à-fait
en dehors de la physiologie moderne, qui doit ses progrès les
plus positifs et les plus précieux à la double influence de
l’anatomie et de l’expérimentation ; mais elle est la consé­
quence directe et nécessaire de la doctrine Stahlienne.
En pathologie, il ne peut comprendre le phénomène si
simple et si commun de l’influence exercée par les agents
physiques sur nos fonctions ; comment des objets matériels
mis en contact avec l’homme peuvent-ils modifier l’activité
d’une cause immatérielle et la troubler, non seulement quand
elle préside aux actes organiques, mais encore, car l’impu­
dence des narcotiques va jusque là, quand elle est absorbée
dans les nobles travaux de l’intelligence ? Un Stahlien ne sait
si, dans les symptômes morbides, il doit reconnaître une
réaction salutaire de l’âme, ce qui lui fait considérer le mal
comme un remède, ou s’il doit y voir un désordre dans le

gouvernement de l ’économie, une idée confuse, comme dit
Stahl, qu ’a la nature de l’administration de l’économie
animale, et alors, ne croyant pouvoir agir sur l’âme par des
moyens matériels, il est réduit â quelques agents mécaniques
pour diriger les mouvements dans un sens utile; c’est dire
qu’en thérapeutique il doit, en bonne logique, supprimer la
matière médicale.
L’animisme Stahlien, comme doctrine médicale, est donc
frappé d’une impuissance absolue.
Son grand, son véritable rôle est, en conservant l’animisme,
de préparer le retour vers l’animisme traditionnel, et, à ce
titre, nous devons beaucoup à M. Lasègue pour avoir parfai­
tement exposé dans sa thèse les œuvres de Stahl, à M. Blondin
pour les avoir patiemment traduites; mais les applications
pratiques sont un écueil où cette doctrine se brise.
L’animisme traditionnel, au contraire, résiste à toutes ces
épreuves: Il s’adapte parfaitement aux recherches de la phy­
siologie anatomique en lui fournissant une base plus ration­
nelle que l’hypothèse insoutenable de l’activité de la matière.
En pathologie, il restitue aux symptômes morbides leur véri­
table sens, et, reconstituant l’unité homme malade, seul il
comprend comment une môme maladie altère à la fois les
fonctions organiques et les facultés intellectuelles de l’hom­
me ; ce qu’il ne comprendrait pas c’est que, dans une maladie
générale, il en fût autrement. Enfin, tandis que l’animisme
Stahlien vient se briser contre l’influence morbigène ou théra­
peutique exercée par les agents physiques sur nos fonctions
intellectuelles et vitales, la doctrine traditionnelle triomphe
de cette épreuve dernière et décisive. Ayant présenté l’élément
actif et l’élément, passif, l’âme et le corps, comme substan­
tiellement unis pour ne plus former qu’un seul être, l’homme,
ayant reconnu que la pensée n’est pas une essence mais un
attribut, et que l’étendue matérielle n’est pas une essence
mais un attribut, elle admet sans peine qu’un même être
puisse être pourvu à la fois d’étendue matérielle et de facultés
intellectuelles, qu’il soit donc accessible à la fois à l’influence
des agents physiques et à celle des agents moraux.

400

401

�m

A. FA B RE.

FOLIE.

Le triomphe est donc facile et complet, mais vient une
question qui, dans ces derniers temps, soulevée par la plume
habile de Cerise , s’est dressée comme un obstacle, celle de
l’hérédité. MM. Saies-Girons et Dunot de Saint-Maclou y ont
déjà répondu dans la Revue Médicale ; nous l’étudierons à
notre tour, mais sous un point de vue spécial.
Ce qu’il faut examiner dans l’hérédité, ce ne sont pas ses
mystères sans nombre et sans fin ; tout le monde est bien forcé
de les subir; ce sont simplement les contradictions palpables,
évidentes, qui peuvent la rendre incompatible avec une doc­
trine.
En mentionnant les eonséquences du renouvellement molé­
culaire de l’embryon et du corps hum ain, nous avons vu
comment, je ne dis pas l’hérédité morale mais l’hérédité phy­
sique elle-même, est incompatible avec le principe de l’activité
de la matière, c’est-à-dire avec l’organicisme et ses théories.
Nous avons fait observer aussi, ce qu’il serait facile de dé­
montrer plus longuement au besoin, que le vitalisme duodynamiste, avec son principe vital qui s’évapore entre l’âme et
le corps, ne se prête que par une hypothèse forcée à l’hérédité
physique et demeure complètement étranger à l’hérédité
morale.
Nous conviendrons aussi sans peine que l’animisme Stahlien n ’a que faire du germe, cet agent nécessaire de transmis­
sion dans l’hérédité ; il n’a que faire surtout de cet ensemble
d’actes physiques qui concourent à la génération dont le mé­
canisme devrait se borner, suivant sa doctrine, à l’union de
deux âmes pour la procréation d'une âme. Contradiction
flagrante avec les faits; nécessité d’une hardiesse inouïe dans
les hypothèses.
Mais entrons dans le champ moins vaste des applications
directes et spéciales. Comment l'organicisme explique-t-il la
folie héréditaire ? Question difficile et presque malicieuse en
un moment où chez lui la doctrine de l’épigénèse a vaincu
celle de l’évolution. Forcé de revenir â une théorie qu’il a
renversée lui-même, il présentera le germe comme un homme
en miniature, premier honneur dont le spermatozoïde et

l’ovule seront certainement jaloux. Dans ce germe est une
molécule qui renfermera le cerveau futur avec ses facultés et
ses maladies ; voilà une molécule bien partagée. Peu importe
ensuite que cette molécule disparaisse dans le mouvement
nutritif, que des éléments nouveaux, hétérogènes, viennent,
et se succèdent avant que les facultés intellectuelles se déve­
loppent et que la folie éclate; la théorie organiciennea fourni
son explication. Mise en regard des travaux embryogéniques
des modernes organiciens, cette explication ne prouve qu’une
chose, c’est que l’organicisme est impuissant à expliquer l’hé­
rédité, notamment celle de la folie.
Et le duodynamisme, que dira-t-il ? Rien. S'il était prudent,
il se garderait bien d’aborder le chapitre de l’hérédité dans
les maladies mentales. Admettons que le principe vital de l’uu
des parents se charge de faire au principe vital de l’enfant ce
triste cadeau. La vie et la pensée appartiennent donc à un seul
principe, qui tient sous sa dépendance les facultés intellec­
tuelles non seulement de celui qu’il gouverne mais encore de
ses descendants. Voilà le duodynamisme changé en un mono­
dynamisme rigoureux et presque humanitaire.
L’animisme Stahlien, lui, trouvera bien simple qu’une âme
qui engendre une âme, lui communique ses facultés ; mais il
fermera les yeux, et pour bonnes raisons, sur cet ensemble de
moyens physiques qui concourent à la génération; c’est-àdùe que dans le phénomène de l’hérédité on ne peut lui objec­
ter qu’un fait, l’acte par lequel l’hérédité seproduit. Maisaussi
charger le sperme ou l’ovule de transmettre à une âme les
maladies intellectuelles d’une autre âme, ce serait trop dur
pour des Stahliens; et voir dans la génération la coïncidence
de deux faits, l’un psychique, l’autre organique, qui se pas­
seraient simultanément, dans deux mondes distincts pour con­
courir à la formation d’un seul être, ce serait presque rêver.
L’animisme traditionnel est le seul qui, en considérant
la génération non pas comme le fait du corps ni de l’âme
séparément mais comme un grand acte de la personnalité
humaine, soit compatible à la fois avec l’hérédité physique et
morale.

403

�404

A. FABRE.

Maintenant, si l’on vent comprendre comment cette double
hérédité s’opère et pourquoi elle n ’est pas inévitable, il faut,
non seulement soulever un voile encore abaissé de la physio­
logie mais encore se lancer dans les profondeurs de la méta­
physique.
Je ne chercherai donc pas une explication des mystères de
la génération ; ce serait se laisser entraîner sur le terrain
glissant des hypothèses; ce serait s’exposer à se perdre dans
les mille détails de mille théories. Ce que nous avons à de­
mander à la doctrine, ce n ’est pas une explication de faits
dont nous ne connaissons que le résultat et non le mécanisme,
c’est une preuve qu’elle n ’est pas en contradiction avec eux.
Or, rien ne s’accorde mieux avec le fait de l’hérédité tel qu’il
nous est connu qu’une doctrine qui nous présente la généra­
tion comme une fonction de la personnalité humaine, récla­
mant le même concours de l’élément, dynamique de notre
être et de son élément matériel. L’hérédité de la folie n ’a donc
pas lieu de nous étonner non plus que celle des autres ma­
ladies.
IV
Maintenant que nous avons commencé, par leur côté le plus
difficile et le plus délicat, les applications spéciales de l’ani­
misme traditionnel, nous n’aurons pas de peine à lui faire
aborder par ses différentes faces le redoutable problème de la
folie.
Procédons d’abord à un examen physiologique de la
question.
Le cerveau est, par cette doctrine, ramené d’une situation
anormale sous les lois communes de la physiologie. Il reprend
avec des fonctious plus nobles et dans une sphère plus élevée,
un rôle analogue à celui des autres organes. Participant, com­
me chaque portion de notre corps, à l’union substantielle, il
devient, comme les autres, animé. De même donc que les au­
tres viscères doivent, à ce qu’ils sont animés de remplir les

FOLIE.

105

fonctions végétatives, le cerveau animé est réservé , lui, aux
fonctions intellectuelles
Il y a, je le sais, dans cette manière d’envisager les choses,
toute une révolution. On aura bien de la peine à ne plus con­
fondre âme avec intelligence, matière avec étendue, et puis,
quand on aura reconnu dans l’àme ce qui donne la vie, et dans
le corps ce qui la reçoit, on aura bien du mal à comprendre
que ces deux éléments se réunissent de manière à ne plus for­
mer qu’un seul être, et en particulier que, pendant notré vie
terrestre, la pensée ne soit l'attribut exclusif ni de l’àme, ni
du cerveau, mais que ce soit l’homme qui pense par son rerveau animé. Mais est-il donc besoin de rappeler qu’il n’y a
dans la nature rien que nous puissions comprendre, et que
notre rôle se borne toujours à constater ? Nous constatons par
voie directe quand nous observons un phénomène ; nous con­
statons par voie indirecte quand l’observation des effets nous
fait reconnaître la cause. L’union substantielle de l’âme et du
corps est la cause des phénomènes vitaux ; c’est, par l’observa­
tion de ces phénomènes que nous devons arriver jusqu’à elle,
or, l’étude de ces phénomènes nous conduit au rejet des autres
doctrines, et à l'admission de celle-là ; nous avons donc preuve
et contre-épreuve.
Comprendre, dans un sens très-usuel, c’est concevoir, c’est
encore moins que constater ; c’est trouver, par la comparaison,
des rapports de ressemblance entre une chose sur laquelle on
nu que d'imparfaites notions, et une chose qu’on a constatée.
Vous comprendrez très-bien une nouvelle combinaison chi­
mique, ju sq u ’ici inconnue de vous, parce que vous avez as­
sisté à d’autres combinaisons chimiques. Or, qu’est-ce qu'une
combinaison chimique ? C’est la réunion de deux éléments
pour ne plus former qu’un seul corps qui, d’ordinaire, n’a
plus les propriétés ni de l ’un, ni de l’autre. Et cette première
combinaison, l’avez-vous comprise? Non, vous l’avez cons­
tatée. Comparez maintenant à la combinaison chimique
l’union psycho-organique. Pourquoi donc deux éléments ne
pourraient-ils pas se réunir pour ne plus former qu’un seul
être qui réunirait les propriétés de tous les deux? Admettez la

�406

A.. FABRE.

possibilité du fait, et vous aurez compris l'union substantielle
de Famé et du corps, et vous aurez compris les fonctions in­
tellectuelles du cerveau animé.
Telle est la base physiologique sur laquelle me parait de­
voir reposer l’étude de la folie. Uûe question secondaire se
présente : l ’intelligence est un composé de plusieurs fonctions
distinctes ; le cerveau préside-t-il en masse à tontes ces fa­
cultés, ou bien doit-il être décomposé en plusieurs parties
dont chacune aurait sa fonction séparée? Aucune de ces deux
solutions ne parait contraire à la doctrine, qui, cependant, in­
clinerait peut-être plus volontiers vers la seconde. L’animisme
traditionnel laisse à la fois les philosophes poursuivre l’ana­
lyse des facultés mentales, et les médecins chercher les lésions
cérébrales qui peuvent correspondre à l’altération de chacune
de ces facultés. Le triomphe que peut être l’avenir réserve
aux localisations cérébrales, et sur lequel le matérialisme
comptait comme sur un argument décisif, ne porte donc pas
le moindre ombrage au véritable animisme, et tend plutôt à le
confirmer.
Examinons maintenant les faits de l’ordre pathologique. La
folie est une maladie comme les autres, a dit avec raison l’or­
ganicisme ; à lui donc d’expliquer comment les fonctions in­
tellectuelles et morales sont, troublées par les mêmes influen­
ces morbides que les fonctions de la vie végétative ; ce dont il
s'acquitte en mettant l’intelligence, comme les autres facultés,
sous la dépendance exclusive de l’organisation. La folie est
une maladie comme les autres, qui n ’est souvent qu’une con­
séquence d’autres affections, ou qu’une fraction de maladies
générales ; voilà le grand, l’inévitable écueil où vont se briser
en médecine le vitalisme et l’animisme cartésien. Que des
prodromes qui consistent en troubles de la vie végétative pré­
cèdent la folie, que des symptômes de la vie végétative ac­
compagnent ses manifestations ; qu’elle survienne enfin dans
le cours et comme conséquence de diverses maladies, il n’y a
là rien d ’anormal aux yeux de la doctrine que nous soutenons,
au contraire ; une maladie peut altérer à la fois plusieurs
fonctions, comme elle peut n ’en atteindre qu’une; les lonc-

FOLIE.

407

(ions intellectuelles peuvent être envahies au même titre que
les autres, puisque, pour être plus nobles dans leur nature,
elles ne sont pas soumises à un principe différent, ni réglées
par des lois médicales distinctes. Les conditions vitales étant
absolument les mêmes pour toutes nos fonctions, une mala­
die générale ne doit pas épargner les facultés intellectuelles ;
on aurait peine à concevoir qu’il en fût autrement. C’est donc
une base nosologique et non pas une base psychologique que,
d’accord avec la pratique médicale, l’animisme traditionnel
veut donner à l ’étude de la folie. Il réalise les bienfaits que
promettait l ’organicisme, tout en préservant de ses dangers.
Si des symptômes nous passons aux lésions,' le problème
devient plus compliqué, mais non plus difficile. Dans la folie,
nous nous trouvons en présence, tantôt d’un cerveau altéré,
tantôt d’un cerveau intact, ce qui fait tour à tour le triomphe
et la défaite des vitalistes ou des organiciens. Pour nous, sur
ce point encore, la folie rentre dans le cadre ordinaire des ma­
ladies, et le cerveau tombe sous la loi commune des organes,
dont les altérations anatomiques ne donnent pas toujours la
raison des troubles morbides qui se sont développés pendant
la vie.
Nous n ’expliquerons pas ces faits en disant que c’est parce
que l’altération morbide a porté plus spécialement, tantôt sur
l’élément psychique, tantôt sur l’élément somatique de notre
être; non, cette explication 11e s'adapterait pas à la doctrine
que nous soutenons ; ces deux éléments se sont fondus en un
seul être organisé.
Mais cet être doué de facultés diverses ne les possède pas
dans une perfection complète, ni pour une durée indétermi­
née. E11 d’autres termes, les divers hommes et les divers orga­
nes vivants n ’ont pas tous et toujours une même dose de
puissance vitale. Tout en niant la puissance vitale comme
principe, on doit, guidé par l’observation, la reconnaître
comme propriété de l ’homme en général, et, pour chaque
fonction, de chaque organe animé en particulier. Cette puis­
sance, la dose d’énergie de chaque fonction en particulier,
suppose comme condition nécessaire, mais non pas unique,

�108

A. FABRE.

l’intégrité organique ; en dehors de la structure matérielle,
nous la voyons s’altérer ou s’épuiser par des causes diverses et
nécessairement par le fait de l’àge, c’est-à-dire par son propre
exercice. L’homme est imparfait et fatalement destructible,
ce qu’on peut dire aussi en particulier de chaque organe vi­
vant.
Il est donc pleinement compatible avec notre doctrine que,
pour les autres organes anim és, l’altération fonctionnelle
existe tantôt avec l ’altération de structure, tantôt sans lésions
matérielles. Ici encore, pour éviter de se heurter contre des
impossibilités de toute nature, il ne faut considérer ni le corps,
ni lam e séparément, mais l’être nouveau que constitue leur
union, l’homme ; et l ’on parvient ainsi à tracer le rôle de la
lésion, non-seulement dans la folie, mais encore , car le pro­
blème devient le môme, dans les maladies en général.
Plus manifestement conciliante encore, et éclairant le pro­
blème d’une lumière supérieure, apparaît la grande doctrine
dans l’étude des causes et du traitement de la folie. Causes
physiques et causes morales, traitement physique et traite­
ment moral se trouvent en présence pour soutenir les théories
les plus contradictoires. Impossible de nier l’influence du
physique, pas plus que celle du moral, et ce n ’est en rien faire
avancer la solution du problème, que de discuter à perpétuité
sur la supériorité de l’un ou de l’autre, puisqu’ils ne peuvent
s’annihiler réciproquement. Considérant un même être comme
doué à la fois d’intelligence et d’étendue, en communication
simultanée avec le monde matériel et le monde des idées, nous
comprenons très-bien qu’il puisse subir l’influence des causes
physiques au même titre que celle des agents moraux, nous
concevons enfin que la folie doive être attaquée tour à tour
par des moyens physiques et par un traitem ent moral. C’est
la plus belle conséquence de la doctrine traditionnelle, comme
aussi c’est une de ses preuves les plus concluantes.
Telles sont les bases que l’animisme traditionnel donne à
l’étude de la folie; tels sont les services directs q u ’il lui rend.
Il lui est en outre indirectement utile parle concours puissant
qu’il prête à l’édification de la nosologie générale, nouvel ap­

FOLIE

409

pui dont la folie 11e saurait se passer, pas plus que les autres
maladies.
C’est une nouvelle question, que je ne traiterai pas ici, mais
qu’il me suffit d’indiquer. J’ai démontré dans mon travail sur
les Moyens de progrès en thérapeutique, que la nosologie reposesur deux principes : celui de la généralisation, que toutes
les théories vitalistes ont réclamé pour elles, mais qui ne re­
pose solidement que sur la doctrine traditionnelle ; et celui
de la spécificité. J’ai démontré de plus que tous ceux qui
n’avaient pas admis ces deux principes avaient été portés à
confondre la maladie avec l'un ou l'autre de ses caractères,
symptôme, marche, cause ou lésion, pris isolément comme
source des indications curatives, et qu’enfin ils avaient classé
comme autant de maladies différentes les manifestations
diverses d’une même maladie.
Ayant déjà reconnu que l’étude de la folie doit être une
œuvre, non pas de psychologie, mais de nosologie , nous ar­
rivons, avec l’aide de ces principes et la sanction de l’observa­
tion clinique, à constater que les cas de folie se divisent en
deux ordres :
En premier lieu, la folie-maladie, la folie essentielle, dans
laquelle le trouble morbide peut porter seulement sur les fonc­
tions intellectuelles de l’homme.
En second lieu, la folie affection, qui n’est qu’une fraction
de maladie ou qu ’une des manifestations des maladies consti­
tutionnelles ; classe extrêmement intéressante, qui comprend
les folies dartreuses et rhumatismales, et qui jusqu’ici devait
être négligée par les animistes psychologues aussi bien que
par les médecins organiciens.
Pour la première classe, la grande règle, déduite des prin­
cipes précédents, est de ne pas se borner dans les classifications
comme dans les études cliniques, à l'analyse des symptômes, ’
mais de tenir également compte des lésions, des causes et de la
marche. C’est par là seulement qu’on doit arriver à des divi­
sions naturelles, bases solides du diagnostic, du pronostic, et
du traitement.
30

�410

A. FABRE.

Voilà donc une réforme importante, une réforme urgente
à opérer dans l’étude de la folie, où jusqu’ici la considération
du symptôme a prédominé d’une façon presque exclusive.
Manies, monomanies et leurs subdivisions ; mélancolie, dé­
mence, qui ne sont peut-être bien souvent que les expressions
symptomatiques de maladies fort différentes, doivent être,
d’après ces principes,soumises à un contrôle sévère, peut-être
même à un remaniement complet. Laméthode psychologique,
qui doit céder à la nosologie le droit de classification, peut
recouvrer son prestige en éclairant d’une vive lumière la clini­
que dans l’analyse des symptômes.
La règle que nous venons d’indiquer persiste pour la se­
conde classe de folies où, parce qu’elle devient plus évidem­
ment nécessaire, elle est aussi, par cela même, plus évidem­
ment vraie.
Mais le grand résultat pratique qui résulte de la constatation
de cette seconde classe, c’est que, pour une variété importante
de cette catégorie de folies, le traitement rentre dans les in­
dications générales du traitement des affections qui appar­
tiennent aux maladies constitutionnelles, et surtout dans cette
indication capitale, qu’on peut empêcher la folie en rappelant
ou en provoquant des manifestations moins fâcheuses de la
même maladie constitutionnelle. C’est ainsi que ces cas d’alié­
nation mentale guérie par l’apparition d’hémorrhoïdes ou
d’éruptions cutanées, cessent d’être des singularités curieuses
pour servir d’appui et d’encouragement à une méthode de
traitement aussi féconde que rationnelle. La théorie et la pra­
tique, la philosophie et la clinique conduisent donc au même
résultat et se prêtent un m utuel appui. Pour l’une et pour
l ’autre, quelle puissante confirmation.

PRO CÉD É D'ANALYSE DES URINES.

PROCÉDÉ D’ANALYSE QUANTITATIVE DES M E S
P ar le Dr JAGQUÈME, Pharmacien.

La physiologie nous a appris que l’urine est un liquide
purement excrémentitiel, séparé du sang par les reins. Elle
débarrasse le corps de tous les produits dont l’accumulation
entraverait et arrêterait même les fonctions des organes.
L’urine porte au dehors l’eau, les principes salins et les ma­
tières azotées provenant de la transformation des éléments
proteïques ou quaternaires. Elle contient, pour ainsi-dire, les
cendres des combustions organiques qui ont produit la vie.
Ces principes, les uns usés retournent directement au monde
minéral d’où ils sont sortis, les autres, possédant encore des
éléments combustibles et vivants engendrent spontanément
des êtres inférieurs, vibrions et infusoires, qui les détruisent
et les transforment en principes minéraux. Dans toutes les
maladies, l ’urine contient les substances morbides qui en sont
ou les résultats ou les causes, substances qui doivent varier
avec chaque espèce de maladie, mais que nos moyens gros­
siers et incomplets d’analyse ne nous permettent pas de dis­
tinguer.
On a pendant très longtemps négligé l’étude des urines à
cause du ridicule que les uromantes avaient attiré sur elles. Ces
hommes charlatans, s’aidant des idées de Van Helmont, et de
Paracelse s’entouraient de mystère et pronostiquaient, d’après
la couleur et l’odeur de l ’urine, la nature et la durée de la
maladie. Mais au commencement de ce siècle, grâce aux
recherches modernes et aux progrès des sciences chimiques,
l’urologie est venue se mettre au niveau des autres méthodes
d’investigation chimique. Il faut espérer que, malgré l’extra­
vagance de quelques chimiàtresde nos jours, cette méthode ne

�412

JACQUÈME.

tombera plus dans le même discrédit où des tentatives de
généralisation trop hardies ont fait tomber les observations
des temps passés.
C’est ma conviction intime de l’iitilité de cette étude
pour le clinicien qui me porte aujourd’hui à publier la
méthode d’analyse que j ’ai employée pendant deux ans à
l ’HOtel-Dieu de Paris dans le service de M. Behier. C’est une
méthode simple et facile à la portée de tous les médecins. J’ai
fait suivre l’exposé de cette méthode de quelques analyses
d’urine. Les malades qui me les avaient fournies présen­
taient ces maladies dans lesquelles l’examen des urines est
d’une importance capitale, telles que l’album inurie et les
différentes sortes de diabètes.
I
L’analyse doit porter sur les urines émises pendant une
durée de vingt-quatre heures.
1° On note le volume, la densité et la réaction de l’urine.
2° Après avoir pesé dans une capsule tarée environ quatre
grammes d’urine, on l’évapore rapidement au bain-marie ou
mieux à l’étuve. On a soin de porter la capsule refroidie plu­
sieurs fois sur la balance jusqu’à ce qu’elle ne perde plus de
son poids. On note le résultat obtenu et par une simple sous­
traction, le poids du résidu de l’évaporation fait connaître les
proportions d’eau et de matières solides contenues dans
l’urine.
3° Le résidu est lavé dans la capsule cinq ou six fois avec
de l’alcool absolu que l'on décante avec beaucoup de précau­
tion après chaque lavage. Cette nouvelle opération donne,
1° un résidu, 2° une solution alcoolique.
5° Le résidu contient les matières minérales, chlorures,
phosphates, sulfates, et les composés organiques le moins
oxygénés, acide urique, créatine, matières extractives ou
matières albuminoïdes insolubles dans l’alcool. Ce résidu est
séché à l’étuve puis pesé. On le calcine ensuite dans la capsule
en le m aintenant à une chaleur rouge peu intense jusqu’à ce

PROCÉDÉ D ’ANALYSE DES URINES.

413

que les matières organiques soient entièrement brûlées et
que le résidu se présente sous l’aspect d’une masse blanche.
Le poids de ce nouveau résidu représente la quantité de
matières minérales fixes contenues dans l’urine. Une sous­
traction fait connaître le poids des matières organiques inso­
luble dans l’alcool; matières que nous désignerons sous le
nom de matières extractives insolubles.
5*La solution alcoolique est évaporée à siccité. Le résidu
est pesé. La somme des poids de ce nouveau résidu et du pré­
cédent doit égaler sensiblement le poids des matières solides
trouvé au début des opérations. Le résidu de l’évaporation de
la liqueur alcoolique contient l’urée et les matières extrac­
tives solubles dans l’alcool, composés organiques le plus
oxygénés. On verse sur ce résidu une ou deux gouttes d’acide
nitrique pur, les matières extractives sont détruites et l’urée,
se transforme en nitrate d’urée.
Le magma épais que l’on obtient est ramassé sur un mor­
ceau de papier à filtrer, replié plusieurs fois sur lui-même.
On le lave en versant dessus quelques gouttes d’acide nitrique
saturé d’urée.
On dissout ensuite dans un peu d’eau le nitrate d’urée placé
dans une capsule. On évapore la solution et on pèse le résidu
qui représente le poids du nitrate d’urée. Cent parties de
nitrate d’urée contiennent 48,7 d’urée.
La différence des poids de l’urée et de celui du résidu alcoo­
lique représente le poids des matières extractives solubles.
Ainsi, par ce procédé, et avec un faible volume d’urine, on
dose :
Eau
Matières solides
Urée.

Matières extractives solubles.
Matières extractives insolubles.
Matières minérales.

Ces données suffisent au médecin pour expliquer la plupart
des symptômes que présentent les maladjes.
Si les urines contenaient du sucre ou de l'albumine, il
faudrait avoir soin de doser séparément ces deux corps, et
se rappeler qu ’ils sont tous deux insolubles dans l’alcool
absolu.

�41 i

JACQUÈME.

II
Pour doser les matières minérales, on évapore dans une
capsule environ 300 grammes d’urine. On calcine le résidu en
ayant soin d’ajouter de l’acide azotique, afin de détruire com­
plètement les matières organiques. Le résidu delà calcination
est dissous dans de l’eau acidulée. On divise cette solution en
trois parties égales au moyen d’une burette graduée. La pre­
mière partie sert à doser la chaux et la magnésie.
La seconde, le phosphore ;
La troisième, le soufre, la potasse 'et la soude. Le chlore se
dose à part par un procédé que nous indiquerons plus loin.

PRO CÉD É D’ANALYSE DES URINES.

415

chlorhydrate d’ammoniaque. On mélange alors la liqueur
limpide avec une solution de phosphate de soude.
Directement, ou par l’agitation, se forme un précipité cris­
tallisé de phosphate ammoniaeo-magnésien. On laisse la li­
queur se déposer 24 heures environ. On recueille le précipité
sur un filtre, et on le lave avec de l'eau distillée froide, addi­
tionnée d’ammoniaque. Par la calcination du filtre et du pré­
cipité. le phosphate ammoniaeo-magnésien se transforme en
pyrophosphate de magnésie.
2 MgO, AzH'O, PhOs = AzH‘0 + 2 MzO, PhO*
Le pyrophosphate de maguésie, multiplié par son multipli­
cateur 0,3661, donne le poids de deux équivalents d’oxide de
magnésium. Ce poids, divisé par 2, donne la poids de la ma­
gnésie contenue dans l’urine.

CHAUX E T M AGNÉSIE.
PHOSPHORE.

Dans la première partie de la liqueur, on ajoute peu à peu
de l’ammoniaque jusqu’à ce que un précipité apparaisse, on re­
dissout celui-ci au moyen d’une goutte d’acide chlorhydrique.
On ajoute alors à la solution un excès d’oxalate d ’ammonia­
que, et on l’abandonne au repos pour que le précipité se dépose.
Le précipité, formé d’oxalate de chaux, est recueilli sur un
filtre et lavé ensuite avec de l’eau chaude.
On le calcine dans un creuset de platine en ayant soin d’a­
jouter, à la fin de la calcination, une ou deux gouttes d’acide
sulfurique pour transformer le carbonate de chaux en sulfate,
sel indécomposable par la chaleur. En m ultipliant alors le
poids du sulfate de chaux par son m ultiplicateur 0,4118, on
obtient le poids de l’oxide de calciu contenum dans l’urine.
La liqueur provenant de la filtration est évaporée après ad­
dition d’un léger excès d’acide chlorhydrique. Elle sert â pré­
cipiter la magnésie à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien.
On ajoute à la liqueur acide du chlorhydrate d’ammonia­
que et ensuite de l’ammoniaque. Si la liqueur se trouble, il
faut avoir soin de dissoudre le précipité avec un léger excès de

La deuxième partie de la liqueur est additionnée d’alcool
et d’un léger excès d’acide sulfurique, la chaux se précipite, on
la sépare par la filtration. On coopore la liqueur filtrée pour
la débarrasser de l’alcool, et on l’additionne d'un mélange
composé de sulfate de magnésie, de chlorhydrate d’ammonia­
que, et d’ammoniaque. Le phosphore se précipite à l’état de
phosphate ammoniaeo-magnésien. On laise déposer pendant
24 heures, on filtre et on lave le précipité avec de l’eau dis­
tillée additionnée d’ammoniaque.
La calcination transforme le phosphate ammoniaco-magnésien, en pyrophosphate de magnésie. Le poids du pyropliosphate m ultiplié par 0,634, donne le poids de l’acide phosphoriquequi, m ultipliépar 0,437, représente le poids du phosphore
cherché.
SOUFRE, POTASSE, SOUDE.

On ajoute à la troisième partie de la liqueur, un excès d’azo­
tate de baryte. Il se forme immédiatement un précipité de
sulfate de baryte. On le recueille sur un filtre, et après l’avoir

�JACQUÉME.

PROCÉDÉ D'ANALYSE DES URINES.

lavé à l’eau chaude, on le calcine et on le pèse. Le poids du
sulfate de haryte, multiplié par 0.1373, donne le poids du sou­
fre contenu dans l’urine.
Les liqueurs sont évaporées à sec au bain-marie. On chauffe
ensuite le résidu à feu nu jusqu’à ce que la plus grande por­
tion du charbon soit brûlée. On épuise avec de l’eau bouillante
la masse restée comme résidu ; et sans filtration préalable, on
mélange avec une solution de carbonate d’ammoniaque, jus­
qu’à ce qu’il ne se produise plus de précipité ; on filtre, on lave
bien, et après addition d’acide chlorhydrique, jusqu’à réaction
acide, on évapore de nouveau à sec le liquide filtré. Pour éli­
miner les sels ammoniacaux, on chauffe doucement le résidu ;
on laisse refroidir et l’on pèse. Le poids du résidu représente
la somme du chlorure de sodium et de potassium.
On dissout dans un verre la quantité totale de chlorure de
sodium et de potassium, et après addition de quelques gouttes
d’une solution de cbromate neutre de potasse, on détermine
la proportion totale du chlore au moyen d’une solution titrée
de nitrate d’argent ; comme il sera bientôt indiqué lorsqu’il
sera question du dosage du chlore. Si l’on connaît la quantité
totale des chlorures de potassium et de sodium, ainsi que celle
du chlore, on peut, à l’aide de ces données, calculer la potasse
et la soude.
On multiplie par 2,1029, la richesse en chlore du mélange ;
on retranche du produit la somme des chlorures métalliques
et l’on multiplie le reste par 3, G288. On trouve ainsi la chlo­
rure de sodium contenu dans le mélange salin, et ce corps,
retranché de la somme des chlorures métalliques, donne la ri­
chesse en chlorure de potassium.

a fait connaître la proportion de chlore. On calcule ainsi à
combien de chlore correspond un centimètre cube de la solu­
tion argentique.
On prend dans un verre à expérience, un centimètre cube
de l’urine à analyser, on augmente son volume avec de l’eau
distillée, et on l ’additionne de quelques gouttes d’une solution
de cbromate neutre de potasse.
On verse dans ce mélange, avec une pipette graduée, la so­
lution argentique, jusqu’à ce que la liqueur de jaune serin
passe au rouge brique.
On lit sur la pipette le nombre de centimètres cubes em­
ployés, et par un calcul simple, on connaît la quantité de
chlore contenu dans l ’urine.
Le nitrate d’argent décompose tous les chlorures contenus
dans l’urine, sans attaquer le cbromate neutre de potasse; ce
n’est qu’immédiatement après la transformation des chlorures
en chlorures d’argent, que le nitrate attaque le chromate de
potasse et forme, en présence de ce corps, un chromate d’argentdontla couleur rouge brique tranche sur la couleur jaune
du liquide. Ce phénomène est dû à la différence d’affinité qui
existe entre le chlore et l'argent, et l’acide chromique et le
même métal.

416

Chlorure de potassium, x 0,6309 = Potasse RO.
Chlorure de sodium .. . x 0,5299 = Soude NB0.

III
POLYURIE.
L’observation du malade se trouve dans ma thèse du docto­
rat en médecine, aussi, je-me dispense de la transcrire. Voici
le résultat d’une analyse.

CHLORE.
Urines du 18 juin 1869.
Le chlore se dose par la méthode volumétrique. On a une
solution faible de nitrate d’argent que l’on titre au moyen
d’une solution de chlorure de sodium pur, et dont la balance

417

Q uantité.....................
D ensité.......................
Réaction neutre.

10 litres (24 heures)
1003

�418

PROCÉDÉ D ’ANALYSE DES URINES.

JACQUÈME.

Le malade a perdu dans ï\ heures :

1000 parties d'urine tonliennenl :
Eau...............................
Matières solides...........
U rée............................
Extractif soluble dans l’alcool absolu.
d*...
d°
Extractif insoluble
Matières minérales... ,
C hlore..........................
Phosphore ...................
Soufre..........................
Chaux ..........................
Potasse......... 1
Soude

991.398
8.602
2.640
3.670
1.491
2.300
0.8Î&gt;0
0.058
0.169
0.116

9914 . . .
86.020
26.400
36.700
14.910
23 . . .
8.500
0.580
1.690
1.160

0.838

8.380

Il faut observer que le malade ingérait une quantité de
liquide proportionnelle à la quantité d’urine émise.
D IA BÈTE SUCRÉ.

L’observation se trouve dans la Gazette des Hôpitaux, au
numéro 19 de l’année 1870. Elle a été publiée parM. Bail, avec
le compte-rendu d’une de ses leçons cliniques faites à l’hôpital
de la Pitié.
Urines du 28 août 1869.
Q uantité.................
Densité...................
Réaction acide.

4 litres 750 (24 heures)
1034

1000 parties d’urine coulieooent :

Le malade a perdu dans
Gr.

E a u ..................... ........................
Matières solides...............................
Sucre...............................................
Urée.................................................
Matières minérales fixes.............
Chlore..............................................
Extractif soluble dans l’alcool...
Extractif insoluble dans l’alcool.

419

918.233
81.767
60.750
1.240
8.711
2.400
8.711
2.115

4361.607
388.393
288.563
5.890
41.377
12.400
41.711
10.046

Le sucre a été dosé par la méthode polarimétrique. Ce corps
se trouve insoluble dans l’alcool absolu ; aussi, doit-on en
soustraire son poids du poids du résidu insoluble dans l’alcool
pour obtenir celui de l’extractif insoluble.

ALBUMINURIE.

Le 19 août 1869, entrait à l’Hôtel-Dieu de Paris, dans la salle
Saint-Antoine, la nommée Jeanne Lafarge, domestique âgée de
32 ans.
Jusqu’à l’âge de 30 ans, époque de son mariage, sa santé a été
parfaite. Un an après, elle a accouché à terme d’un enfant mort.
L’application du forceps a été nécessaire. Ceci se passait le 21.
avril 1869. Les couches ont été normales, mais elles ont été sui­
vies d’une diarrhée opiniâtre. La faiblesse l’a obligée de garder le
lit. Sa figure était œdématiée, ses jambes enflaient, surtout pen­
dant la station verticale.
La malade se plaignait d’une vive douleur à la partie interne
de la jambe gauche, douleur qui, quoique fortement diminuée,
persiste encore aujourd'hui et s’exaspère à la pression.
Aujourd’hui la malade est pâle, décolorée et plongée dans une
anémie profonde. L’œdème occupe tout le corps, excepté la
face.
Des vomissements aqueux surviennent de temps à autre, les
digestions se font cependant assez bien.
La malade n ’a pas de diarrhée, elle se plaint d’avoir souvent une
céphalalgie intense et la boule hystérique qui l’étouffe.
Sa vue est intacte, elle a toujours été bonne.
Elle n’a pas de fièvre ; on entend à la région précordiale, et en
avant des vaisseaux du cou, un bruit de souffle anémique.
Auparavant, toujours bien réglée, elle n’a pas revu ses règles
depuis ses couches.
Elle se plaint de vives douleurs de reins. Les urines contiennent
beaucoup d’albumine.
On soumet la malade au régime lacté modifié. Modification con­
sistant dans une addition au lait d’ognons bouillis. L’état de la
malade s’améliore sensiblement. Sans être guérie elle peut, au
sortir de l’hôpital, vaquer à ses affaires.
Urines du 19 août 1869.
Quantité (24 heures)___
Densité.............................
R éactio n .....................

1 litre 200
1017
acide.

�420

PROCÉDÉ D ’ANALYSE DES URINES.

JACQUÈME.
1000 parties d’urine contiennent :

Le malade a rendu dans 21 heures :

E a u .............................................. 975.096
Matières solides......................... 24.904
A lbum ine...................................
7.326
Urée.............................................
5.320
Matières minérales.....................
6.756
C hlore..........................................
2.160
Extractif soluble dans l’alcool..
0.930
Extractif insoluble
d°........
2.960

1170.11G
29.885
8.791
6.384
8.107
2.592
1.116
3.542

L’albumine se dose directement par la balance. On l’isole
en la précipitant au moyen de l’acide nitrique et. la chaleur
combinés en suivant, les détails que j ’ai indiqués dans ma
thèse de pharmacie.
L’albumine est insoluble dans l ’alcool absolu ; aussi, faut-il
soustraire son poids de celui du résidu insoluble pour obtenir
le poids de l’extractif insoluble.
LIQUIDE PL EU R ÉT IQ U E.

Ce liquide a été extrait d’une cavité pleurale gauche par
M, le professeur Behier, dans son service à l’Hôtel-Dieu.
Q uantité.................
3 litres 300
D ensité................... 1018
Réaction alcaline..
Degré polarimétriquo gauche 20°.

sentiment de barre à l’épigastre. Hier au soir, il est pris d’une
épistaxis violente qui s’arrête dans la nuit pour reparaître le
matin.
Il entre immédiatement a l’Hôtel-Dieu où l'on pratique le tam­
ponnement des fosses nasales.
Le soir, il éprouve subitement une sensation douloureuse dans
le tbornx, des sifflements d’oreilles, des bouffées de chaleur a la
face ; le sang s’échappe à travers les tampons ; nouvelle hémor­
rhagie considérable.
On fait prendre au malade du perchlorure de fer et de la limo­
nade sulfurique.
Le 5, la quantité de sang perdu par le malade, est évaluée à 6
litres.
La température du rectum est de 38° 6/10. Le malade est trèspâle, le pouls compte cent quatre pulsations, la langue est bonne.
Le soir, les mêmes symptômes que la veille se présentent,
l’abondance de l’hémorrhagie exige un nouveau tamponnement.
Le 6, le pouls compte 106 pulsations. La température rectale
est de 38° 8/10, on entend un souffle continu dans les vaisseaux
du cou.
L’hémorrhagie ne reparaît plus. Le malade sort le 10 complète­
ment guéri.
Les urines très-colorées, alcalines, ne contiennent ni sucre, ni
albumine,
Urines du 6 septembre.

1000 parties contiennent :

E a u ......................... ..
Matières solides___ ..
F ib rin e ...................
Albumine..................
Urée..........................

927.970
72.030
61.360

Matières minérales___
C hlore................... .......
Extractif soluble..........
Extractif insoluble___

421

LU.
7 ....

2.922
2.500
traces.

Q uantité...............
Densité.................
Réaction alcaline.
1000 parties contiennent :

ÉPISTA X IS.

Le nommé Bryères entre à l’Hôtel-Dieu le 4 septembre 1869.
C’est un homme bien constitué, très-robuste, il exerce une pro­
fession très-pénible, il est rabotteur de parquets. Bien que fort
buveur, il ne présente aucun symptôme d’alcoolisme.
Il n’a jamais été malade. Depuis quelques jours il a de l’inap­
pétence, une soif assez vive. Il est brûlant la nuit, il éprouve un

Eau ............
970.397
Matières so lid es................ 29.603
Urée.....................................
7.170
Matières m inérales............
5.740
Chlore.................................
4.560
Extractif soluble............... 13.975
Extractif insoluble...........
2.710

1170 (24 heures)
1016
Le malade a perdu dans 21 heures :

1135.364
34.635
8.382
6.715
5.335
16.351
3.170

�422

CORRESPONDANCE.

iSEUX PÈRE.

CORRESPONDANCE.

Pahis, 1" novembre 1871.
A Monsieur le Dr SAUVET, Secrétaire de l’Association médicale des Bouches-du-Rhône,
T r è s c h e r S e c r é t a ir e ,

Sous l’impression de ma journée du dimanche 29 octobre, je
ne puis résister au plaisir de venir vous dire combien j ’ai été
heureux de me trouver au rendez-vous donné, ce jour-là aux
présidents de toutes les sociétés de France, par notre président
général, M. le Dr Tardieu.
Je dois vous faire observer, d’abord, que le matin à 10 heures,
je me rendais, avec un certain nombre de médecins de province,
à une convocation de M. Boudet, président de la Société protec­
trice de l’enfance. Le but de la réunion était de mettre les prési­
dents des associations médicales, en ce moment réunis à Paris en
assemblée générale, au courant des bienfaits et des progrès de
cette société, et d’arriver à la création d’institutions semblables
sur toute la surface du territoire français.
Une des causes de nos défaites pendant l’horrible guerre que
nous venons d’essuyer, et des malheurs cruels qui en ont été la
conséquence, est notre infériorité numérique ; eh bien ! il n'est
pas douteux qu’un des problèmes les plus importants à résoudre
en ce moment est l’augmentation de la population. Un moyen
sérieux de faire cesser cette infériorité numérique est de chercher
à diminuer l'effrayante mortalité des enfants nouveau-hés. La
Société protectrice de l’enfance a été instituée à Paris dans ce but.
M. le Dr Meyer, secrétaire général de la société, dans un exposé
précis et très lucide, nous a fait connaître le mécanisme de cette
institution, et nous a mis à même, avec les documents qui nous
ont été remis, de tenter dans les départements ce qui a été fait
d’abord à Paris, puis dans quelques chefs-lieux : Lyon, Tours,
Rennes, Mets, Le Havre. Il y a longtemps que j ’avais eu la pensée

423

de m’occuper de cet établissement à Marseille; les malheurs du
temps m’ont seuls empêché de réaliser ce projet. Vous savez que
les nouveau-nés ont, depuis longues années, fixé mon attention
d’une manière toute particulière ; la Société protectrice de l’en­
fance aidant, je vais, par goût et par devoir, me mettre à l’œuvre,
et, quoique le ciel de la patrie soit encore bien nébuleux, j ’espère,
grâce à votre intelligent et loyal concours, très cher Secrétaire,
et à celui des hommes dévoués qui voudront bien nous seconder,
mener à bonne fin une œuvre si éminemment patriotique.
MM. les D" Lecadre, du Havre; Danner, de Tours; Pitois, de
Rennes, ont donné à l’Assemblée , des renseignements très pré­
cieux sur le fonctionnement des sociétés qu’ils ont fondées dans
leurs arrondissements ; il est résulté des détails dans lesquels
ces honorables confrères sont entrés, que chaque société dépar­
tementale, en prenant pour modèle celle de Paris, doit se laisser
guider dans la pratique par les besoins spéciaux à chaque loca­
lité, et l’on comprend très bien que ces besoins doivent varier à
l’infini, suivant les mœurs et les habitudes du pays.
J ’ai profité du milieu dans lequel je me trouvais, pour entre­
tenir l’assemblée d’un sujet qui, sans se rapporter directement
aux travaux de la Société protectrice de l’enfance, a, néanmoins,
des relations immédiates avec eux. Cette société a pour but de
s’opposer à tout ce qui peut favoriser la diminution tristement
progressive de la population française; c’est pourquoi, j ’ai pro­
testé devant elle, avec toute l’énergie dont je suis capable, contre
l’ignoble circulaire que vous savez, véritable avis au peuple
publié par des charlatans parisiens éhontés, dans le but de donner
à chaque époux, les moyens bien illusoires évidemment d’empêcher
la fécondation de l’épouse, en un mot, de diminuer le nombre des
enfants dans une famille.
L’Assemblée a partagé toute mon indignation et M. Boudet a
fait savoir qu’ayant eu connaissance de cette honteuse industrie
et de ses affiches, il en avait informé le parquet.
J ’ai promis à l’assistance de faire tous mes efforts pour étendre
au département des Bouches-du-Rhône les bienfaits de la pro­
tection qui doit, en définitive, donner à la patrie menacée nonseulement un plus grand nombre de bras, mais encore des bras
beaucoup plus virils. A l’œuvre donc, mon cher confrère, je
compte sur vous comme vous pouvez compter sur moi.
A une heure après-midi, plus de soixante médecins, présidents
ou délégués des associations médicales des départements, ou

�424

«EUX PÈRE.

membres du Conseil général, se trouvaient réunis dans le grand
amphithéâtre de l'assistance publique, avenue Victoria, seul
reste de l’édifice, qui a été, comme tant d’autres, la proie du
pétrole des incendiaires. M le président Tardieu, par quelques
paroles chaleureuses et sympathiques, telles qu’il sait si bien les
prononcer, a souhaité la bienvenue à ceux qui s’étaient rendus à
son appel; puis, il a rappelé le but de la réunion, convoquée pour
préparer celle du mois d'avril prochain, dont l’importance sera
majeure. Je ne suis plus votre président, a-t-il dit, depuis le
décret du gouvernement de la Défense Nationale, mais je vous
prie, dans l’intérêt de vos affaires, de me maintenir au fauteuil
jusqu'à l’élection présidentielle qui aura lieu au mois d’avril.
Cette demande, comme vous le pensez bien, a été accordée par
acclamation.
L'ordre du jour de la séance ayant été réglé depuis plusieurs
mois, vous le savez, chaque question indiquée a été successive­
ment traitée dans Tordre suivant :
La première question abordée a été celle de l’élection du président général ; les uns voulaient l’élection par les présidents ou
délégués comme par le passé ; les autres, j ’étais du nombre, te­
naient à ce qu’elle fût le résultat du suffrage universel, c’est-àdire que, tous les membres des sociétés locales fussent appelés en
assemblée générale dans leurs departements, à émettre leur vote
personnel ; cette dernière opinion Ta emporté à une très-faible ma­
jorité; le vote se fera personnellement et non par correspondance.
J’ai énergiquement défendu cette opinion, parce que tout vote,
pour être intelligent, doitêtre discuté d’avance. Le choix des can­
didats se fera de la manière suivante : chaque commission admi­
nistrative adressera au Conseil général une liste de candidats
dont le nombre sera facultatif; le Conseil, après avoir consulté
chacun des candidats portés pour savoir s’il acceptera ou non les
fonctions présidentielles, dressera la liste définitive sur laquelle
chaque société locale sera appelée à voter en assemblée générale,
de manière à n’adresser au Conseil qu’un seul nom, puis le dé­
pouillement du vote de chaque société, aura lieu à Paris, dans
l’assemblée générale du mois d’avril prochain. Voilà, comme je le
désirais, une manière large et libérale d’arriver au choix si im­
portant du président général.
La question si douloureuse et si éminemment patriotique, rela­
tive à la conservation pour notre œuvre, des trois sociétés locales
des départements enlevés à la France, est venue ensuite. M. le

CORRESPONDANCE.

D' Marquez, président de la société du Haut-Rhin, a témoigné,
avec l'accent de la douleur et de la plus pure confraternité, Tar­
dent désir de ne pas se séparer de l’Association générale, il croit à
la possibilité du maintién de cette union ; MM. Dieu, de la Mo­
selle, et 'Willemin, du Bas-Rhin, partagent cette vive sympathie,
qui fait naître les plus chaleureuses manifestations de la part de
l’assemblée. Chacun, spontanément, s’est empressé de voter pour
la conservation de ces dignes compatriotes, d’autant plus chers à
nos cœurs qu'ils ont cruellement souffert dans leurs sentiments et
dans leurs biens. Pour donner un gage immédiat de profonde
sympathie à nos malheureux confrères de l’Alsace et de la Lor­
raine, on a décidé qu’un scrutin aurait lieu immédiatement pour
nommer l’un d'eux à la place devenue vacante dans le Conseil
général, par la mort prématurée du respectable et si excellent Dr
Barrier. M. Marquez ayant obtenu la majorité des suffrages, a été
proclamé, au milieu des acclamations de l'assemblée, membre du
Conseil général.
La réélection du cinquième des membres du Conseil, qui,
d’après la délibération de l'assemblée générale d’avril 1870, devait
avoir lieu en -1871, a été renvoyée à l’assemblée de 1872 ; le renou­
vellement des autres cinquièmes sera par conséquent, aussi dif­
féré d'une année,
Quant à l’élection des présidents des sociétés locales, quelques
unes de ces sociétés, malgré le décret du gouvernement de la dé­
fense nationale, n’ayant pas cru devoir procéder à une nouvelle
élection jusqu’à l’expiration des fonctions des présidents, l’assem­
blée a passé à Tordre du jour, laissant à chaque société la faculté
d’agir sur ce point comme elle le jugerait convenable. Toutefois,
on a ajouté, sur mes observations, que pour l'avenir, l’article du
règlement relatif à la nomination des présidents serait modifié
dans le sens de l’élection libre et unique des sociétaires.
Il restait à traiter, pour être fidèle à Tordre du jour, la quesion très-vaste des vœux émis par chaque société locale ;M. Tar­
dieu a pensé qu’il était bon de réunir à cette question celle de
la révision des statuts.
Chaque président ou délégué a été alors, par département et
par ordre alphabétique, appelé à prendre la parole.
Bien des vœux ont été formulés; les plus importants se ratta­
chent, je suis heureux de le dire, aux différents besoins indiqués
par notre commission administrative dans la réunion qui a pré­
cédé mon départ pour Paris.
31

�426

SEUX PÈRE.

L’exercice illégal de la médecine, a été combattu a outrance par
M. le D'Lubanski des Alpes maritimes, surtout dans ce qui a trait
aux médecins étrangers autorisés, on peut dire illégalement, à
venir faire concurrence aux médecins français. M. Lubanski a
remis à M. Brun, trésorier, la somme de 1.000 francs, don fait à
l’association générale par le comité de secours aux blessés de
Nice.
La poursuite énergique du charlatanisme.
La question de la caisse des retraites.
La situation précaire faite en justice aux médecins experts.
L’exercice de la médecine par les corporations religieuses,
poussé si loin dans quelques localités que les médecins ne peu­
vent songer à donner leurs soins aux malades.
Plusieurs modifications aux règlements, portant, il m’a sem­
blé, plutôt sur la forme que sur le fond, par M. le Dr Desgranges
de Lyon.
L’avantage qu’il y aurait à faciliter l’établissement des Sociétés
locales par arrondissemenr plutôt que par départements.
La question des patentes.
Le besoin éprouvé par la Société centrale, d’être autorisée à
élire les dignitaires des assemblées générales etc., comme toutes
les sociétés locales.
La question des médecins inspecteurs des eaux minérales.
Le concours ou l’élection par le corps médical pour toutes les
fonctions médicales.
Tels sont à peu près les différents sujets qui ont été abordés,
discutés, et definitivement adressés au Conseil général, pour
lequel, du reste, ces questions ne sont pas nouvelles.
Ce qui a trait à notre société locale devant plus spécialoment
vous intéresser, je vais, mon cher Secrétaire général, vous faire
connaître avec un peu plus de détails, la manière dont je me suis
acquitté du mandat que notre commission administrative m’avait
fait l’honneur de me confier.
Après avoir indiqué le découragement malheureux de quel­
ques sociétaires, qui, ne comprenant pas sans doute que notre
œuvre est de longue haleine, ont cru devoir se retirer; j ’ai fait
connaître les causes de ce découragement, telles que je les ai
comprises avec vous et nos honorables collègues de la com­
mission administrative.
1° Poursuite insuffisante du charlatanisme.

CORRESPONDANCE

427

2° Abandon de l’idée d’une vraie caisse de retraites, indiquée
dans l’art. G de nos statuts.
3° défaut d’assistance des médecins des sociétés de secoursmutuels, dans leurs rapports avec ces sociétés.
4° Inanité des tentatives faites par l’Association générale
pour l’obtention d’une meilleure loi sur l’enseignement et sur
l’exercice de la médecine et de la pharmacie,
Telles sont ces causes, ai-je dit, et si l’on n’y prend garde, elles
finiront par porter à notre œuvre un coup sérieux. J’ai alors déve­
loppé successivement ces différentes questions palpitantes
d’intérêt.
Pour la première, l’accord a été unanime sur le principe ; cha­
cun reconnaît la nécessité de poursuivre l’exercice illégal de la
médecine sous toutes ses formes ; mais chacun comprend aussi
combien, dans l’état actuel des esprits, l’application du principe
est difficile. Chaque société locale doit prendre l’initiative, dit
M. le Président Tardieu, elle peut être sure qu’elle trouvera pro­
tection et appui matériel, s’il le faut, auprès du Conseil général,
qui, d’ailleurs, est déjà entré plusieurs fois dans cette voie.
La seconde question, celle de la caisse des [retraites avec le
droit à la retraite, a trouvé quelques adhérents et beaucoup
d’opposants qui traitent ce droit d’utopie, de projet irréalisable.
C’est une question de chiffres , de statistique longue et labo­
rieuse, ai-je observé, c’est surtout une question de quotité;
augmentez la cotisation annuelle, portez-là à cent francs, ai-je
ajouté, et vous aurez des millions dans quelques années. A ce
taux de cent francs tout le monde s’est récrié ! eh bien ! ai-je dit,
l’avenir de l’Association est, à mon avis, attaché à la question de
la caisse des retraites; c’est une question vitale, des plus
difficiles, je l’avoue, qui a tout l’air, au premier abord, d’une
utopie, je l’avoue encore, mais qui mérite d’être examinée plus
sérieusement qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour. L’institution de la
caisse des pensions viagères d'assistance est bonne sans doute,
mais elle ne satisfait pas suffisamment l’opinion; du reste, beau­
coup de sujets considérés pendant longtemps comme des utopies
ont fini, après un plus mûr examen, par entrer dans la pratique
Je vous prie donc, ai-je dit en terminant ce sujet, de vouloir bien
demander avec moi que le Conseil général nomme une com­
mission chargée d’étudier au fond cette idée.
Ma proposition a été alors adootée.

�m

SEUX PÈRE.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE.

Pour 1a. troisième question, très cher Secrétaire, vous savez,
comme nous nous en sommes assurés avant mon départ, que
notre commission administrative avait commis une erreur en
attribuant à la loi de 1852 sur les sociétés de secours mutuels,
un tarif quelle n’a jamais édicté. Le tarif de six francs par an et
par sociétaire pour les médecins est celui des sociétés de Mar­
seille; il varie suivant les localités et les sociétés. L’Assemblée a
pensé que la question des honoraires était un sujet tout à fait
local, à débattre entre les bureaux des sociétés de secours et les
médecins, la loi étant complètement muette à ce sujet.
Relativement à la quatrième question, j'ai vivement insisté
sur la nécessité qu’il y avait à ce que l’Association générale, qui
sans doute, il plusieurs reprise, avait déjà fait de nombreuses
démarches auprès des pouvoirs publics, pour arriver à obtenir
une révision des lois qui régissent la médecine et la pharmacie,
intervînt de nouveau, surtout pour faire cesser ce révoltant abus
qui tend de plus en plus à s’établir à Marseille, je veux parler de
l'exercice simultané de la pharmacie et de la médecine. Cet
abus, pour ainsi dire légal, se produit au moyen de diplômes
d’officiers de santé ou de Docteurs, donnant aux pharmaciens le
double droit d’exercer les deux professions, quoique l’esprit de la
joi, 19 ventôse et 21 germinal an XI, et la jurisprudence de diffé­
rentes cours (I), soit évidemment contre l’exercice simultanée de
la médecine et de la pharmacie.
J ’ai alors déposé sur le bureau la pétition des membres de
notre Société locale, demandant à l’Assemblée nationale, lors­
qu’elle s’occupera des lois qui régissent la médecine et la phar­
macie, de vouloir bien établir, en fait, l’incompatibilité des deux
professions, excepté dans les cas déjà prévus par la loi qui nous
régit depuis 68 ans.
J’ai prié le Conseil général de vouloir bien se joindre à nous,
et de présenter à qui de droit cette pétition, lorsque le moment
paraîtrait opportun.
Ma proposition a été adoptée.

La moitié environ des présidents ou délégués s’est abstenue
de toute proposition, soit que leurs sociétés ne leur eussent
donné aucun mandat particulier, soit que les communications
qu’ils avaient à faire, ainsi que plusieurs l’ont observé, fussent
entièrement conformes à celles déjà faites.
En résumé, très-cher Secrétaire, la séance qui a duré d’une
heure à cinq heures, a été bonne; elle a été empreinte d’un sen­
timent de tristesse, comme il convenait à une réunion d’hommes
de cœur profondément touchés des malheurs de la patrie, mais
remarquable aussi par le sentiment de la dignité blessée et de
l’espérance. Cette séance sera fructueuse pour le présent et pour
l’avenir.
Telle est mon impression, très-cher Secrétaire, telle est ma
conviction.
Espérant que cet aperçu, écrit à la hâte, et au milieu de la vie
agitée de Paris, pourra vous être agréable, j’ai l’honneur de vous
l’adresser, en vous priant, très-cher Secrétaire, de vouloir bien
agréer l’assurance des sentiments d’estime et d’affection, avec
lesquels je suis heureux de me dire votre tout dévoué confrère,

(1) « L ’esprit de la loi, pour des raisons de dignité professionnelle, a voulu
séparer complètement les deux professions, cependant le cumul doit être
permis, lorsque le pharmacien est établi dans une commune où il n ’y a pas
de médecin. »
(Jours de cassation, 4 mars 1838 et d’Orléans,
février 1840 et août 1839.

429

S eux ,
Président de l'Association Médicale des Bouches-du-Rhône.

COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE MARSEILLE.
Séance du 21 juillet 1 8 7 4 .— Présidence de M. Berlulns.
Correspondance imprimée : Bulletin de l'Académie royale de méde­
cine de Belgique (deuxième partie du tome IV, première partie du
tome V).— Annales de la Société de médecine d'Anvers, (juin 1871).—
Lo Studio dell’ antropologia, (Dr A. Garbiglietti).—Etude pratique sia­
les madrépores, (Dr Sicard, de Marseille).
Le nombre des membres présents n'étant