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-

GÉNÉRALE DES P R É J U G É S .

E S Préjugés font inféparables de Phumanité. Ils alîîégent notre berceau, ils
préviennent en nous Pufage de la raifon ;
heureux, s’ils ne Pétouffent pas. Une heureufe
éducation peut bien nous en rendre le joug
plus fupportable, mais elle ne nous en dé­
livre pas totalement. Elle peut former en
nous le Philofophe, mais elle laide toujours
Pnomme. On ne doit donc pas le promet­
tre la délivrance entière de tout préjugé ;
trop d’obftacles s’y oppofent ; mais on doit
toujours tendre au but ; c’eft le moyen d’en
approcher de plus près.
Tout le monde fçait combien les Préjugés
font dangereux ; ils peuvent marcher de pair
avec les pallions s fi celles-ci font le beloin
plus ou moins v if de certains fentimens ;
ceux-là font l’habitude plus ou moins invé­
térée de certaines idées. Ces derniers font
même plus incurables que les paillons \ en
effet celles - ci n’aveuglant pas tout-à-fait
l'homme' ; il ferit intérieurement leur injuftice ; fa confcience rougit tout bas de la
foiblefie de fes penchants. Mais les Préjugés
enchaînent notre raifon ; ils s’identifient avec
elle ; une fois prévenus, nous refufous de

L

A

�C +)

(5 )

.

*econnoitre notre prévention ; nous rattribuons à ceux qui veulent nous en délivrer.
En un mot l ’efprit peut ne point être com­
plice des égarements du cœur , rarement le
cœur ne l’eft point de ceux de l’efprit.
Ce qu’il y a de plus déplorable, cJell que
les cœurs les plus droits ne font pas tou­
jours exemts de préjugés. Leur droiture leur
eft quelquefois un piège ; l’exemption d’in­
térêt , de paillon , qu’ils l'entent en eux leur
ote toute défiance d’eux-mêmes ; elle donne
plus de vivacité aux impreffions qu’ils re­
çoivent s leur vertu eft comme un lceau qui
les rend ineffaçables. Dans le commun des
hommes les impreffions font plus précipitées,
mais moins profondes ; les recevant par lé­
gèreté , ils les quittent foilvent par caprice.
Il n’en ell pas ainfi des hommes vertueux:
ils s’attachent à ces impreffions par confcicncc. De-là leurs erreurs leur deviennent précieufés , elles jouiffent auprès d’eux des
auguftes droits de la vérité.
D e grands CO hommes ont approfondi
les caufes des préjugés : cherchons a en pré­
venir les funeftes effets. P\.endons-ies plus
odieux , pour réuffir à les rendre moins
communs.
Tous les Préjugés font, ou , de parti, ou
de fiécle , ou deiyftêm e, ou de politique,
ou des préjugés, pour ainfi d ire, d’ uiage
de de fociété. Montrons le ridicule des uns,
le faux des autres, le danger de tous. Proicrivons le culte : on abandonnera l’idole.
[ i ] Voyez les deux premiers Volumes de la recherche
de la vérité par le Pere Malebranthe.

D ES

P R É J U G É S

d’ufage &amp; de Société.

L e S Préjugés d’ufage de de Société tien­
nent plus aux mœurs qui nous entraînent ,
qu’à de faux principes qui nous abufent ,*
ils font l’effet de la coutume , plutôt que
celui de 1Aveuglement. Quels font ces Pré­
jugés r Et en quel nombre ! ici c’eft cette
erreur auffl odieufe que commune, qui ac­
corde à l’opulence fans mérite une confidération ufurpée fur le mérite même ; là
c’eff la funeffe illufion qui applaudit à un
fexe de ce qui déshonore l’autre de fait de
l’art de féduire une vertu au féduéleur ; tan­
tôt c’eff l’illufion plus funeffe encore , qui
fait rougir un époux du feul penchant qui
lui foit légitime de attache un ridicule à
fan amour depuis qu’il eft devenu un de­
voir ; tantôt c’eff G ) cette fafeination meur­
trière qui veut acheter la gloire par un cri­
me ; toujours ce font ces abus toujours prolcrits, jamais réformés ; ces bizarreries que
l’on condamne en philofophe , que l’on fuit
en dclave ; ces vices que l’ulage autorife
fans les juftifier.
Il n’eft point d’âge , point de condition ,
[ 1 ] Le duel met le François dans un état bien criti­
que 5 les L o ix luttent en France avec le fyftême na­
tional , la vengeance y eft couronnée par le point d’hon­
neur , elle y eft foudroyée par la juftice. Si nous nous
adreifons aux L o ix pour venger notre réputation, nous
achevons de la perdre aux yeux du Public abufé,

A 2

�r
CO
fur laquelle les faufTes opinions des hommes
n’êxcrcent leur tyrannie ; dans la jeunefle ,
elles exigent un extérieur de légèreté , qui
mafque une ame plus légère encore; elles
changent nos plaifirs en devoirs,nos défirs en
lo ix , nos vices en vertus ; elles nous font un
mérite de n’ofer point encore en avoir. Dans
l*âge m ûr, elles nous font une loi de l’am­
bition qui les viole toutes ; elles n’exigent
de nous qu’un changement de pallions, quel
cft donc i âge qui foitdeftiné à les combattre?
Sommes-nous peres de famille ? Le pré­
jugé fixe arbitrairement, en dépit de la raiïbn &amp; de la religion , la deftinée de ceux
à qui nous avons donné l’être ; avant qu’ils
fâchent ce qu’ils font , nous leur faifons dé­
cider de ce qu’ils feront pour toujours. Nous
attendons dans les enfans un âge avancé
pour gêner en eux des penchans que nous
aurions dû réprimer dans l’enfance ; nous
faifons embrafler violemment à la jeunefife
une conduite régulière , que nous aurions
dû lui infpirer ; nous la condamnons à la
vertu , fans l’y confacrer.
Sommes-nous pui flans &amp; riches ? Le pré­
jugé ne nous laide point l’ufage libre de
nos lichejïes. Il faut entretenir ces fomptueufes frivolités , qui ne font des diftinctions honorables pour les grands, que parce
que l’opinion les a choifies , pour être le
pompeux appareil de la grandeur ; il faut
pafler un toms précieux à un jeu frivole ,
qui lalfe bien-tôt par fes fureurs &amp; les ca­
prices ; affilier à des Ipeétacles lafdfs qui
conduifent au aim e , en remuant ces paf-

fions délicates qui l’infpirent. Sommes-nous
dans un état médiocre ? Il faut imiter les
grands : on croit approcher de leur rang,
en approchant de leur conduite; il ne faut
juger que d’après eux .* on approuve , non
ce qui le mérite , mais ce qu’ils ont ap­
prouvé. De-la ce beau de fantaifie qui n’eft
point ce qui nous plaît, mais ce qui plaît
à nos maîtres.
Dans toutes les conditions il faut fuivre
des ufages qui font des abus , des abus qui
font des crimes ; vouer une obéiflfance aveu­
gle à ce * Tribunal ancien , qui ne fe dé­
cide qu’en faveur de la nouveauté ;! il faut
acquérir ce qu’on appelle les talens de plai­
re ; on en a fait aujourd’hui line étude ;
c’étoicnt autrefois des agrémens fans art ,
ce ne font plus que des arts fans agrémens ;
il faut obferver des bienféances qui nous
gênent fans nous* unir , fçavoir diflimuler
pour fçavoir vivre , paroitre aimer tout le
monde , pour fe réferver le droit de n’aimer
perfonne ; on a voulu réduire le fentiment
en art , on l’a réduit en efprit ; ce qu’on
appelle l’art de fentir, n’elt que l’art de dire
ce qu’on ne lent pas.
Que l’on ne prétende pas que ces efpéces
de bienféances entretiennent l’harmonie fociale. Les vraies l'ociétés ne peuvent avoir
d’autres liens que l’attachement mutuel la
conformité des goûts , la convenance des
C 3 ) caractères. L ’on doit paroitre dans
*

Ln Mode.

f $] Oderunt Hilarem triftts , triflemqut J o co fi,
Sedatum ctleres 3 agiltm &gt; gnavumqui remijfi%

hor. art. F oct.
A

î

�,

C8)

le monde comme homme , non pas comme
riche ou comme puiflant ; les charmes de
l’union ne doivent pas être empoi Tonnés par
un lôrdide intérêt, ou par des diflîmulations
étudiées ; on doit avoir autour de foi une
lociété, non pas une Cour, des amis; non
pas des flatteurs ou des protégés.
Ces Préjugés d’ufage &amp; de fociété ont
mis plus d’une fois en contradiction avec
lui-même le fage qui les fuit après les avoir
condamnées ; ils mettent tous les jours les
hommes dans un état bien violent ; ceux
qui les fuivent gémiffent fous le poids oné­
reux d ’une trop laborieufe oifivôté ; ceux
qui ne les fuivent pas font flétris par le fatirique enjouement des converfations publi­
ques ; fe rendre malheureux ou ridicule :
voilà donc l’alternative.
Mais que dis-je ? Le ridicule accompagne
toujours ceux mêmes qui les fuivent ; on
ne fçauroit éviter la bizarrerie des Jugemens du public ; on a autant de Juges que
de Témoins de fa conduite; or eft-on fenfé
de n’ofer agir bien, par la crainte d’un in­
convénient qu’on ne fçauroit éviter même
en agiffant mal ? Apprenons à ne pas crain­
dre des Jugemens , que les hommes nous
apprennent à méprifer ; évitons la gêne ,
puifque nous ne pouvons éviter le ridicule ;
quittons par intérêt des abus, que nous ne
voulons pas quitter par raifon ; fi nous
avons renoncé au droit d’être fages , au­
rons nous également renoncé à celui d’être
heureux ?

DES P RE’JUGE’S DE P A R T I
L e s difputes de parti femblent être le fruit
d’un peu de fcience «5c de loifir. Nous pour­
rions en chercher d’autres eau Tes dans le
motif odieux de ceux qui les font naître ;
mais je n’aime point à l’approfondir , en­
core moins à le dévoiler. Ce qu’il y a de
certain, c’eft que ces diflenfions théologi­
ques ont toujours été très communes ; les
lumières de ce fiécle n’ont pu encore nous
en délivrer.
Les vérités dogmatiques ont des bornes ;
né libre &amp; peut-être rebelle, l’efprit humain
n’aime point à s’en preferire. Il fort bien­
tôt du cercle étroit que lui preferit le dogm e,
pour entrer dans les régions immenfes que
lui ouvre l’opinion. Le Sophifme régné dans
ces régions en defpote ; prefque toujours
détruit, fon empire eft toujours renaiflant ;
en paroiflant le démembrer, le génie de la
difpute ne fait que l’étendre ; c’eft un em­
pire qui fe fortifie par les efforts continuels
que l’on fait pour l’anéantir; il feroit fans
confiltance , s’il étoit fans ennemis ; la dis­
corde le fait naître, elle feule peut le loutenir.
Dans des queffions purement littéraires ,
cette difeorde enfanteroit cette noble ému­
lation qui produit &amp; perfectionne le talents
en matière de religion , elle produit des
guerres odieules qui l’étouffent ou le pervertiflent.

�G °)
Quel eft en effet le fruit de ces difputes
que l’animofite difcute , que la prévention
décide , que la religion condamne, que la
rai ion défavoue ? Elles forment deux partis
rivaux qui fe provoquent en tout , ne fe
pardonnent rien , s’entrechoquent fans ceffe;
rien ne les contente , comme rien ne les
délarme ; ils ne fe font jamais grâce, tou­
jours ils cherchent à faire illufion ; ils pren­
nent la dureté pour la vertu, l’opiniâtreté
pour la confiance. Orgueilleux d ’ une dévo­
tion mal entendue, ils fe croyent en droit
d’éclater avec fcandale contre des maux
moins grands , que celui , qui leur laiffe
cette liberté ; faélieux par zélé , ils com­
mettent le crime par devoir ; c’eft un fanatifme qui lutte contre un autre.
Si les deux partis font foibles : peut-être
caufent-ils moins de troubles , mais ils produifent plus de crimes ; dès-lors la mauvai­
se foi , les perfidies , les furprifes font plus
communes ; ayant beaucoup d’ambition &amp;
peu de reffource, ils mettent en œuvre tout
ce qui peut luppléer à la force. S’ils ont
trop de crédit , ils compromettent l’é ta t,
qui en devenant leur foutien, devient luimême leur viélime.
Ce qui rend encore ces partis plus dan­
gereux , c’efl l’efprit intolérant de Profelytifine qui anime toujours celui qui fe croit
le dominant.
Que l’on ne prétende pas que ces difpu­
tes aiguifent l’efprit , nourrirent le zèle :
•n’y a-t’il pas allez d’objets qui excitent no­
tre vrai zèle, fans en faire naître qui puil-

0 0
fent le changer en partions Pla religion, n’atelle pas affez de véritables ennemis, fans
que nous nous en formions d’imaginaires ?
Pourquoi combattre de vains phantômes ,
lorfqu’il v a de vrais monftres à vaincre ?
Ce n’elt pas que je veuille autorifer ces
idées baffes &amp; timides qui confacrent l’in­
dolence , en réprimant l’ambition ; vouloir
en faire un mérite, ce feroit dégrader l’hu­
manité , fous le faux prétexte de perfection­
ner l’homme.
Mais cet efprit de parti , qui rend nos
connoiffances inutiles ou dangéreules , qui
eft le grand reffort des intrigues ténébreufes, qui ofe tout , que rien n’arrête , elt
un vice moral &amp; politique encore plus funelte que l’indolence.
Un efprit indolent elt inutile à la fociété,
mais peu inquiétant pourclle ; un fanatique
ne fuit d’autre régie dans fa conduite, qu’une
aveugle paillon qui en eft elle-même le
déréglement. Celui-là tombe dans une impuiffante moleffe ^ dans ufie fombre léthar­
gie ; celui-ci dans une convulfion de projets
quelquefois criminels fouvent pernicieux ,
toujours téméraires.
Que l’on ne prétende pas que les didén­
iions théologiques fervent à éclaircir les differens textes des Livres Sacrés : j ’en ap­
pelle à l’expérience. Elles ne conduifent qu’ à
l’art odieux d’ifoler les paffages ou de les
falfifier. Un enthoufiafte ne cherche point
dans les ouvrages divins ce qu’il faut croire,
mais ce qu’il croit ; il n’y démêle point ce
qui s’y trouve , mais ce qu’il y cherche ;

�-

la haine publique î les jugeant aujourd’hui
fans préjugé , nous leur rendons les juftes
hommages que l’injuftice de leur fiécle leur
avoit réfutés; ils avancent comme décorés des
plus fuperbes dépouilles des tems 6c de l’ou­
bli ; ils font conduits en triomphe au temple
de mémoire, montés fur le char glorieux de
la vertu 6c de d’honneur même ; il' font en­
vironnés d’un fl grand éclat, que l’on ignore,
fi c’etl la gloire qui couronne leurs vertus ou
fi ce font leurs vertus qui couronnent la gloire.
Il ne feroit pas inutile d’établir ici une
régie sûre pour juger fainement des grands
perfonnages , qui ont vécu dans les fiécles
de parti, comme ceux des fiécles derniers ;
l’expérience eft cette régie ; ces hommes
doivent être caradérilés par les faits. On ne
doit point s’en tenir aux fauffes idées, qu'ont
voulu nous en donner quelques fougueux
écrivains de parti. La paflion conduifoit leur
pinceau : quels portraits !
On doit fe refufer aufli à ces malignes
bagatelles, à ces anecdotes étudiées, à ces
romans fatyriques que la mauvaife foi compofe , que la méchanceté produit , que le
préjugé accrédite , que le public mai in­
tentionné exagère, que la multitude adopte,
que tous publient, que perlonne ne vérifie.
Fuflent-elies avérées , ces minuties feandaleufes ne doivent pas régler les Jugemens
que nous portons d’un grand perfonnage ;
ce feroit une maniéré très injufte de le ju­
ger ; ce feroit juger du. héros par l'hom m e,
au lieu de juger de l’nommc par le héros.
On doiç cçuiulter, autant qu’on le peut,

—- —

(,Ù
il ne veut pas s’inftruire des véritables dog­
mes, mais leur fubftituer l'esfaufies opinions;
de-là les Livres Sacrés font comme un pays,
oii les hommes de tous les partis vont com­
me au pillage , où ils s'attaquent fouvent
avec les mêmes armes 6c livrent bien des
combats , d’où tous croyent lortir égale­
ment viéfiorieux. N'eft-ce pas une elpéce
de profanation de tirer avec une main con­
duite par la mauvaife foi les pièces , qui
compofent ces ouvrages divins , du Sanc­
tuaire où elles repofent , pour les expoler
à des difendions trop indignes d’elles.
L ’efprit de parti eft encore la l'ource de
mille injuftices dans les Jugemens que nous
portons des grands hommes ; il divife les
fentimens du public ; il partage le monde
en admirateurs outrés 6c en critiques amers,
Cette diverfité de Jugemens eft un mal
moral 5c politique ; elle nuit à la vertu &amp;
favorife le vice ; ce dernier fçait en profi­
ter pour mieux établir une réputation ufurpée 6c mieux détruire des adverfaires moins
heureux.
Que de crimes fouvent ne préconife pas
l’efprit de parti ! il réunit tous les luffrages
d'un public abulé en faveur de certains heu­
reux coupables , dont les entreprifes n’ont
de flatteur qu'un fuccès peu mérité ; de-là
tous les trophées que le vice triomphant
arbore fur les triftes , mais précieux débris
du mérite abbatu.
De combien de grands hommes n’a-t’il
pas injuftement terni la réputation ! combien
n’en avons-nous pas vû mourir chargés de

�,
.
,
,C . 4&gt;
.
des Hiftoriens fans intérêts, qui parlent fans
pafifon ; des hommes fans préjugé, qui jugent (ans erreurs ; des particuliers fans par­
tialité, qui décident fans injuftice ; des efprits inftruits &amp; capables d ’inftruife, qui
n’embraffent d’autre parti,, que celui delà
vérité j qui n’ont d’autre intérêt, que ce­
lui de la' faire connoitre. Ce font là des
hommes qui ne fe trompent point de qui
font incapables de tromper.
Si l’on eft obligé de recourir à des Hiftoriens de parti, il ne faut pas les conlut­
ter fans précaution. Ils ne méritent d’être
cru , que quand les ditferens Hiftoriens des
différens partis s’accordent enfemble fur
les mêmes faits.
Il faut que ce qu’ils rapportent d’eflentiel &amp; d’intérelfant l'oit avoué du plus
grand nombre , ou du moins n’en foit pas
formellement démenti.
Sans ces fages régies on rendra fou vent
au vice des hommages qui ne font dûs qu’à
la vertu, &amp; la vertu pourra rnéune devenir
la viétime du vice.

D E S P R É JU G É S D U SIÈ C LE .
J-Es moeurs d’un fiécle font le fruit des
divers préjugés qui le dominent; les préju­
gés d’ un fiécle dépendent du plus ou du
moins de lumières qui l’éclairent. Dans tous
les tems l’ignorance a été le berceau de la
fuperdition ; la fuperftiiion a toujours en­

par tempéramment, des hommes grofiîers
font bien-tôt fuperftitieux par foiblefle &amp;
cruels par religion.
Quels délordres n’ont pas caufés dans
tous les tems les faux préjugés de religion 1
ils ont corrompu la véritable. Ils ont pro­
duits des ouvrages obfcurs remplis de con­
tradictions, d’abfurdités, d’anacronyfmes ;
le peuple adoroit ces fautes , parce qu’il ne
les connoitfoit pas ; des Docteurs intérefiés
les pallioient , parce qu’ils les connoiffoient ; ils prêchoient des erreurs qui leur
étoient utiles, &amp; cachoient des vérités qui
n’eufient été que refpeétables.
Dans ces fiécles fuperftitieux, on ne fe
lailfoit entraîner que par le merveilleux; on
confondoit les humiliations avec l’humili­
té ; la paillon avec le zèle ; l’excès avec la
grandeur ; la crédulité avec la foi ; les cou­
leurs, qui diftinguent le m érite, avec celles
qui le fardent ; le Ipeétacle de la vertu j avec
celui de fillufion ; la gloire avec ce qui
n’en eft que le lîmulacre; on ne fçavoit
point démêler les traits naturels, les nuan­
ces fugitives d’une fagefie lans ofténtation.
Ces méprifes étoient fort communes ; plus
d’une fois une ambitieufe hypocrifie a içu
en profiter.
J’ouvre les hiftoires : que de guerres
fanglantes n’a pas fomentés la fuperftidon î
que vois-je ? Des Sceptres brilés, des Cou­
ronnes uiurpées , des Monarques chance­
lants fur leur trône , des Sujets rebelles
par confcience, des Princes détrônés par
de pieulès injuftices , un Fanatilme cruel

fanté des erreurs &amp; des crimes, Timides allumé dans tous les coeurs ; li le fanatilme

�06)
fut toujours fuperftitieux, la fuperftitioû
fut toujours fanatique.
La maniéré même de rendre la jufticefe
reflentoit dans ces liécles de barbarie des
puériles préjugés d’une aveugle fuperftition ; du tems de Charlemagne dans les af­
faires criminelles l’accufé étoit jetté, garotté dans l’eau , s’il tomboit au fond, il étoit
réputé innocent ; s’il furnageoit, il étoit ju­
gé coupable. Le judicieux Abbé Fleuri dans
l'on hiftoire Eccléfiaftique d it, que c’étoit
une maniéré sûre de ne trouver perl'onne
criminel.
Que l’on ne foit pas furpris li dans ces
tems malheureux il ne s’ élevoit perfonne
qui pur dénoncer ces abus 6c les réprimer;
chaque homme eft formé par fon fiécle. Il
en eit peu qui s’élèvent au-deftus des mœurs
du tems. Il n’ y a que ces âmes fupérieures
dans qui la raifon vient à bout de vaincre
l’habitude 6c dont les fentimens naturels
font au-dedus des connoilTances acquifes.
Ces âmes grandes font le plus petit nom­
bre ; comment ne céderoient-elles pas au tor­
rent des opinions régnantes, lur-tout lorfque ces opinions font établies fur de fauffes apparences de religion qui en impofent
toujours?
La fuperftition avoit même jetté un voi­
le myftérieux fur les fciences 6c fur les let­
tres : la fcience de ces fiécles n’étoit qu’une
ignorance occulte ; on parloit fçavamment
de ce que l’on n’entendoit pas.
La polidque ne fuivuit d’autre guide que
l’impuUfanç deiiie de i’a to lo g ie judiciai­
re ;

C17)
re; millieureux l’homme, plus malheureufe la nation qui fe laide il fort dominer
par les planettes.
Les Philofophes étoient fervilement atta­
chés à Ariftote ; ils cherchoient non ce
qu’il falloit dire * mais ce qu’avoit dit ce
Philofophe. Leur philofophie étoit moins
une fcience qu’une hiftoire. Ces connoidances étoient peu dignes de leurs pénibles tra­
vaux; elles accabloient leur efprit fans l’ai­
der ; leur ravidoient la raifon , en leur en
interdifant l ’ufage,* leur traçoient le détail
fatiguant des penfées d’autrui, fans leur ap­
prendre à bien penler ; en leur prêtant les
lecours étrangers, elles leur interdifoient les
fecours domeftiques; elles les chargoient de
richedes fuperftues fans leur donner le nécedaire 6c les faifoient gémir fous le poids
de la plus trifte difette , au milieu de la
plus faftueufe opulence.
Notre fcience eft aujourd’hui plus parfai­
te. Orgueilleux par impuidance , dédai­
gneux par foiblefte , certains efprits ne la
blâment, que parce qu’ ils défelpérent de
l’acquérir.
Mais li nous n’avons pas à craindre au­
jourd’hui les préjugés de l’ignorance, nous
avons à redouter ceux du faux fçavoir. La
philofophie eft le caraéfère de notre fié­
cle s les dangereufes opinions des Philofo­
phes en font devenues les opinions régnantes.
( 4 ) Le faux Philofophe appelle tout
préjugé. Mais comme lui appelleroniC4J

Voyez l'ouvrage de l'Efym.

�Çi8J

nous préjugés ces fentimens de droitu­
re que Dieu imprima à notre être, pour
le perfectionner ? ( 5 ) Ces vérités primiti­
ves ne font ni arbitraires, ni climatériques ;
parcourez toutes les nations : elles ont toutes
différens cultes, différentes loix; mais elles
ont les mêmes principes de juftice 6c d’hon­
nêteté. (6j&gt; La vertu eft citoyenne de tous
les pays ; Ion empire eft l’univers ; par-tout
oîi il y a des cœurs, elle a des temples 6c
des autels ; inutilement le Paganifme défia
les plus noirs forfaits ; envain le vice, ar­
mé d’une autorité iacrée, parut defeendre
du lejour célefte pour s’élever un trône
dans le cœur des mortels ; l’ inftinét moral
le repouffa 6c afsûra pour jamais l’empire
des cœurs à la vertu. Or fi ces principes
de juftice n’étoient que le fruit bizarre des
opinions humaines, ces opinions étant dif­
férentes par-tout, ces principes pourroientils être les mêmes ?
Appellerons-nous préjugés ces loix (7 ) de
( O Eft fixe non feripta , fed nota ïex , quam non
àidicimus , acccpimus , Itgimus : vcrùm ex naturâ ipsi
ainpuïmus , hauftmus , exprejjimus ; ad quàm non docli }
fed facll non inftituti, fed imbuti fumus. Cic.
(6) Je veux citer aux Incrédules un Auteur qu’ils
ne récureront peut-être pas M . KouflTeau de Genève.
I l y a , d it - il, au fond de nos âmes un principe inné
de juftice &amp; de vertu » prouvé par l’accord évident
c univerfel de toutes les Nations. Tom .
. de fon
E m ile, p. IC7 &amp; 108. comm ent, dit i l , au même tome ,
p. 16 peut-on être fcepdque par fyftême &amp; de bonne
fo i ? Je ne fçaurois le comprendre. V o yez encore au
même tome la p j i &amp; fuiv.
(7 ) Prima eft h&lt;zc ultio , quoi fe judifC timo nQÇtH
nbfolritur, Jur, Sat, /$,

8

111

la confidence dont nous devenons les vi
times, dès que nous ofons en être les pré­
varicateurs ? Ces belles qualités qui diftinguent le grand homme de celui qui n’effc
que héros ? Cette grandeur d’ame qui nous
fait préférer l’honnête difficile 6c fouvenc
même malheureux , à l’utile agréable 6c aux:
douceurs d’une criminelle profpérité ? Ces
fentimens généreux qui nous font trouver
dans une bonne action , la récompenfe de
l’avoir faite ? Cette noble bienfaifance qui
nous porte à nous détruire , pour nous mul­
tiplier dans nos femblables ? Cette bienfai­
fance plus noble encore , qui nous rend
comme les Dieux tutélaires , la Providence
vilîble du genre-humain? Je dis plus nobles
parce qu’ il eft plus glorieux de travailler
au bien général de notre Patrie , qu’au bien
particulier de quelques-uns de nos Compa­
triotes. Prêter une main fecourable à un
malheureux qui fuccombe , c’eft agir en
homme ; contribuer au bonheur général de
la fociété , c’eft agir en Dieu.
Pour prouver que tout n’eft pas préjugé,
faut-il enfin parcourir le cercle infini des
vérités différentes, dont le centre , dit le
grand Pafcal, eft partout , 6c la circonfé­
rence nulle part ?
Il feroit inutile de réfuter ici les fyftêmes
dangéreux de nos faux Philofophes , qui
font devenus les fyftêmes du liécle. Les uns
voudroient réduire la religion à un culte
purement intérieur, comme s’il étoit poft
fible,dic M. de la Chalotais dans fon beau
plan d’études, de rendre nationale, une r o
B 2

�r 20]
ligion purement philofophique ? Une reli­
gion fans culte public ne s’aboliroit-elle pas
bien-tôt ? N e rameneroit-elle pas infaillible­
ment la multitude à l’idolâtrie ?
Les autres voudroient établir un tolérantifme intolérant, qui ne permit de s’élever
•que contre la Religion Catholique. Ayant
les mêmes droits que la ju flice, la vérité
ne pourroit-elle donc pas jouir comme celleci du droit fàcré d’étendre &amp; de fortifier
lbn empire ? La juflice &amp; la vérité font
fœurs ; reines légitimes des rois mêmes ,
elles doivent être afiifes fur le même trône
&amp; gouverner tout l’Univers.
Je ne prétens pas pourtant violenter les
hommes , pour les foumettre j lailfons à
l ’erreur le foin de s’ étendre par les armes ;
que Je mahométifme ufe , tant qu’il voudra,
du feeptre &lt;Sc de l ’autel , du glaive &amp; de
l ’enthouiiafme ; la vérité ne connoît ni l’ oppreffion , ni la violence ; elle ne veut regner
îur les efprits, qu’après avoir fait
la
conquête des coeurs.
Mais biffons ces erreurs dans l’oubli j fi
on les voit multiplier tous les jours, c ’eft
qu’au defpotifme de la fuperflition a fuccédé
cette trop dangéreufe liberté d’efprit qui mene

8

( )
M . de Montefquieu , dit que la manière dont
la Religion Catholique s’étend par le moyen des M ifJions étrangères, a réparé les dévaluations des Efpagnols.
D e l’ efprit des Loix. Chap. 6 p. 40 &amp; 41. R itn ne
fait plus d ’honneur à la Réligion , dit M . de BafFon ,
que d’avoir civilifé ces Nations étrangères &amp; jetté les
fondemens d’ un Empire , fans autres armes que celles
de la vertu. Hiftoire naturelle. Difcours fur s varié­
tés de l’efpèce humaine, vol. XII. in-q iarto p. 30C fr 3071

1

[21]
à l’inconféquence &amp; à l’erreur, &amp; qui chan­
ge prefque toujours les grands talens en de
grandes foibleffes. La fage vigilance de nos
Monarques &amp; de nos Magiflrats fçait en
arrêter les funeftes progrès ; que l’on ne nous
vante point ici le gouvernement Anglois qui
les favorife : quelles font en effet les préro­
gatives de cette liberté Angloife? C ’ efi de
pouvoir donner différens fy lté mes fur la re­
ligion &amp; fur la morale, fans jamais en don­
ner un , qui en mérite feulement le nom.
Liberté funefle! que le François fe glorifie
de vous voir proferite î penferons-nous avec
moins de jufteffe, parce qu’il nous efl prêt­
ent de penfer avec moins de témérité p
Glorifions-nous d’une Loi qui met la plûpart ¥de nos Sçavans dans l’heureufe néceffité de paroitre fages.
Dans le nombre des préjugés qui ont paru
dans les différens âges du m onde, il y en
a un qui reparoît dans tous ; c’efi de croire
que les fiécles paffés font fupérieurs au
nôtre. Les louanges que nous fommes obli­
gés de donner à des Auteurs contemporains
font moins des éloges que des apologies;
leur véritable gloire ne commence à vivre,
que lorfqu’ils ne vivent plus ; &amp; ils ne triom­
phent de, la mort, que lorfque la mort femble avoir triomphé d’eux-mêmes. Les hom­
mes ne fçavent louer que le paffé ; on diroit
qu’ils n’exiflent que dans les fiécles où ils
n’ont pas vécu. Notre fiécle fur-tout efl en
contradiction avec lui - même : il aime la
nouveauté «5c la méprife ; il admire les an­
ciens &amp; ne yeut pas qu’on les imite i il e$

�[22]
charmé qu’on lui plaife en écrivant, 6c il
ne veut pas qu’on écrive pour lui plaire. Il
prétend que tout eft dit. Les découvertes de
nos modernes n’empêchent pas de dire que
les anciens ont tout découvert ; on défef
pére toujours de voir perfectionner les pro­
ductions de nos Peres. La vanité, mefurant
les forces de la nature fur notre foiblelfe ,
nous fait regarder comme chimérique tout
ce que nous ne voyons pas existant ; l’indo­
lence 6c le vice s’appuyent fur cette pré­
tendue impoffibilité ; 6c ce qu’on ne voit
pas tous les jours l’homme foible prétend
qu’on ne le verra jamais.
Défabufons-nous : tous les fiécles font
rivaux ; les difputes fur les anciens 6c fur
les modernes; dit M. de Fontenelîe, fe réduifènt à (çavoir fi les arbres d’autfefois
étoient plus grands que ceux d’aujourd’ hui.
L ’homme n’eft-il pas homme dans tous les
fiécles ? Le bon goût a toujours régné ,
mais non pas également chez tous les Peu­
ples. C ’eft un foleil qui éclaire toujours ,
mais qui n’éclaire pas en mème-tems les
deux hémifphères.
D E S PRÉJUGÉS D E SYSTÈM E.
S i les fciences n’ont pas faits de plus grands
progrès , nous devons l’imputer à l’efprit
de fyftême qui s’eft introduit dans la Ré­
publique des Lettres , moins pour la faire
fleurir , que pour la divifer ; à ce torrent
d’opimons problématiques, qui ont innondé

le champ de la raifon , fans le fertilifer. Ce
n’eft pas que je veuille interdire toutes ces
diffenfions littéraires qui font le germe des
découvertes, le vœu de la nature, le droit
de l’humanité. On connoît les dangers d’une
paix trop profonde ; elle reffembleroit à la
tranquillité de l’ état fous le defpotifme ;
c’eft: une tranquillité plus deftru&amp;ive que la
guerre même. Je ne veux pas non plus profaire l’art d’inventer : il eft le noble effort
du génie , mais je veux que l’on en faffe
un plus heureux ufage. Le génie s’étrécit,
lorl'qu’on le borne à quelques bagatelles
philofophiques : auffi combien a-t’on vu de
grands hommes [9] réduits quelquefois à la
trille condition de Sophyfte 6c s’amufer
a de minutieufes dii'cuffions, à des chimè­
res furannées, à de férieufès fadaifes , à des
riens équivoques.
Pour prévenir ces fuppofitions de fyftêmes dans les hautes fciences , il faudrait
prévenir l’abus des abftraélions ; il faudrait
fixer les idées, les déterminer; je fouhaiterois pour cela que l’on rendit fenfibles par
la Géométrie les fciences les plus abflraites ;
ce qui eft très poffible. Toutes les fciences
exactes, toutes les vérités fpéculatives peu­
vent en effet fe rapporter à des lignes ; on
*
(9)
On a vu Leibnitz difputer fur l’efpace infini
Defcartes fur l’ame des bêtes , Dagoumert fur la diftinélion formelle des Scotiftes , le grand Arnaud fur
l’origine des idées , la plûpart des Philofophes fur la
pluralité des mondes ; j’excepte ici l’ouvrage de M . de
t'omenelle fur la pluralité des Mondes qui eft moins
un fyftême de Fbilpfpphie , qu’uu amufement philo­
sophique.

�,
(24)
peut en tirer géométriquement un nombre
infini de conféquences. Ces conféquences
fixées par des objets fenfibles ; feroient plus
intelligibles j elles épargneroient des difcuffions interminables. Elles feroient profondes
fans obfcurité, riches fans confufion, vaftes
fans incertitudes. Elles rempliraient l’efprit
fans le partager, le toucheroient fans le diftraire , le fixeraient fans le gêner. Par ce
moyen l’efprit réglerait le mouvement de
l’imagination , Pimagination réglée foutiendroit la vue &amp; l’application de l’efprit.
Cette maniéré de procéder géométrique­
ment à la connoifiance des vérités, ferait
encore d’une plus grande utilité dans la re­
cherche des vérités compofées. Mais il ne
faudrait pas choilir les figures les plus dif­
ficiles à concevoir. On n'imagine pas avec
la même facilité tout ce qui tombe fous l’i­
magination. Il eft plus difficile de fe repréienter une ligne parabolique ou ellipti­
que, que la circonférence d ’un cercle ; il
eft généralement moins aifé d’imaginer une
ligne qui a plufieurs rapports, qu’une qui
en a moins. Pour avoir donc un objet fimple , diftinCt, bien déterminé, propre à ren­
dre Pefprit attentif &amp; lui conferver l'évi­
dence dans les vérités qu'il cherche, il faut
rapporter, ce qu'on confidére, à de fimples furfaces terminées par des lignes &amp; par
des angles droits, comme font les quarrés
parfaits &amp; les autres figures reCtangles, ou
bien à des fimples lignes droites ; ces figu­
res font celles dont on connoît plus facile*
ment la nature.

Mais

Mais pour prévenir" les fy ftêmes faux ou
incertains dans les fciences, il ferait encore
mieux de pofer les limites des connoiflances dans le raifonnement &amp; de marquer jufqu’où l'efprit peut ou ne peut pas pénétrer :
ce ferait étendre les bornes de l’efprit humain
que de lui faire fentir qu'il eft borné ; ce
ferait ménager fes forces, que de ne pas
lui déguifer fa foibleffie.
Etabliffions pour cela quelques principes.
1Q II eft certain que les vérités ne font que
des rapports ; la connoi(Tance des vérités
n’eft donc que la connoi (Tance des rapports.
L'on ne peut donc juger fainement des chofes, que quand on en juge par comparaifon, par rapports. L'infini eft fans rapport,
fans comparaifon, toutes les queftions où
entre l’idée de l'infini ne font donc pas fans
obfcurité. On peut mettre au nombre de
ces queftions l’étendue immenfe&amp; intelligi­
ble, la conciliation de la liberté de Dieu
avec Ion immutabilité, la prefeience, l'ac­
tion de Dieu fur la créature, la concilia­
tion des décrets prédéterminants avec la li­
berté humaine.
20. Il faut bien connoître les chofes qu’on
compare, pour découvrir leurs rapports in­
connus ; fi l’on jugé fans connoifiance, on ne
jugera pas (ans erreur ; on ne doit donc pas
chercher comment le corps eft uni à l'ame , puifqu'on ne connoit exactement ni l’ame ni le corps.
3°. Pour comparer les chofes entre el­
les, ou plutôt pour connoître exactement
leurs rapports il faut une idée fimple, parC

�faitement intelligible. Il faut, pour ainfi di­
r e , une mefure exaéte, infaillible, généra­
le. Dans les fciences comme la géométrie,
la métaphyjfique, la morale ; ce font des
principes clairs, connus de tout le monde;
des axiomes. Dans la phylique, c’eft l’expé­
rience.
Dans cette derniere fcience on doit donc
quitter toutes les queftions fur le vuide,
fur le plein , fur Pâme des bêtes. On ne doit
pas avec Newton expliquer les effets de la
nature par l’attradion
ce n’eft pas faire
connoître unechofe, qu’en donner une raifon qu’on ne connoît pas ; on ne doit pas
rechercher avec M. Defcartes comment
a pu fe former Punivers, ni avec M. Pluche fi depuis le déluge l’axe de la terre a été
contourné ,• ces queftions ne font pas à no­
tre portée ; c’eft tout ignorer que de vou­
loir tout connoître. On doit s’en tenir aux
régies de l’Optique par M. N ew ton, aux
loix du mouvement par M. Defcartes, aux
obfervations fur les infeétes par M. Pluch e , aux expériences de M . l’Abbé Nollet.
Je regrette le tems précieux que l’on em­
ploie pour établir tant de fauffes fuppofitions du fyftême s que d’heures charmantes
immolées au dégoût 6c à l’inutiüté ! en vé­
rité c’eft acheter bien cher des erreurs..

D E S PR EJU G ES D E P O LIT IQ U E ,
I L y a une efpéce de feéte qu’on appelle
les Politiques; ce font des hommes très inu­
tiles à l’état , encore plus à eux - mêmes ;
leurs difcours de cent ans, n’ont pas un ef­
fet différent de celui qu’auroit pu produi­
re un filence d’une auffi longue durée. Connoiffant à peine le préfent, ils fe glorifient
C io J du don merveilleux de prévoir l’ave­
nir; ils conduifent les Monarques, ils dé­
cident du fort des empires ; ils croient être
préfents par-tout, ils font fou vent ab lents du.
pays même qu’ils habitent; fe réfervant piai­
llement le droit de faire penfer les autres,
il femble qu’ils aient rénoncés à celui de
penfer eux-mêmes.
Leurs fyftêmes font auffi bizarres que leurs
prétentions font odieufes; ils ne parlent ja­
mais des fociétés, qu’ils n’en recherchent
( n ) les eau lès. Je trouve cette recherche
inutile, plus ridicule encore que vaine ; lî
les hommes iloloient à l’étroit leur exiftenc c , 6c qu’ils ne voulurent pas la commu­
niquer ; fi la folitude devenoit leur élément ;
fi dédaignant leurs ièmblables, ils refufoient
de vivre avec eux; fi chacun ne cherchoic
à vivre qu’avec lui-même; il faudroit cher­
cher les eau fes feçretes d’une féparation fi,
(io)
M. Ro'jflcaa annonce témérairement dans Ton
Emile la ruine des pui liait tes Monarchies de l’ Europe.
L u J Voyez le Contrat Social de M . Roufleau ifc
fou Difcours fur l'inégal.cé des conditions.

�, 08)
peu naturelle ; maïs les hommes naiffent tous
liés les uns aux autres j l’homme dans fon
enfance a befoin pour affermir l'on être foii l e , des foins officieux de celui de qui il
le tient j il demeure par attachement au­
près d’un pere qui par tendreffe lui donne
une fécondé fois la vie en la lui confervant; voilà l’origine &amp; la caufe de la fociété.
Nos Politiques parlent-ils de la fubordinarion? C’eft pour profcrire. Qu’ y a-t’ilpour­
tant de plus conforme encore à l’ordre de
la nature? La foibleffe placée à côté delà
force lui obéit &amp; ne lui commande pas ; le
talent eft un caraéfère de fouveraineté na­
turelle , qui nous donne quelque puiffance
fur l’incapacité j le grand nombre fubjugue
le petit &amp; lui commande ; voilà l’origine &amp;
la caufe de la lubordination. Qu’ils fe ré­
crient , tant qu’ils voudront, contre le gou­
vernement defpotique ; cet efpéce de gou­
vernement elt auffi nuifible au peuple qu’au
defpote; le peuple fous un defpote exifte
fans vivre ; le defpote eft toujours chancellant fur un trône inébranlable; Uninilant,
un bras.........Le meurtrier frappe ^le tyran
tom be, le defpote n’ eft plus. Malheureux
R oi qui n’a qu’une tête, dit l’auteur des Let­
tres Perfannes ,, il femble ne réunir fur elle
toute fa puiffance, que pour indiquer au pre­
mier ambitieux i’endroic où il la trouvera
toute entière.
Mais que nos faux Politiques ne s’élèvent
pas fans ceffe contre les loix d’ un pays
qu’ils aimeroicnt, s'ils n’en étoient pas ; qu’ils

vG o)

he cherchent pas à romp e la grande chaî­
ne, qui réunit &lt;
3c fubordonne tout le fyftême des êtres ; qu’ ils relpeéfent les loix na­
tionales : elles font comme la confciencepublique , à laquelle celle des particuliers
doit toujours fe conformer un autre défaut
de nos Politiques efl de ne pas aflez dis­
tinguer les véritables caufes d’un abus ;
parlent-ils de la dépopulation à l’inftant
ils en cherchent ( 1 2 ) la caufe dans les
cloîtres, ils croient la trouver dans ces aziles honorables où l’innocence &amp; la vertu
font couler des jours fereins &lt;
3c tranquilles ;
mais pourquoi ne pas la chercher dans ces
hommes pervers qui joignent au célibat qui
donne un produit nul , le libertinage qui
donne un produit négatif ? Dans ce luxe
outré qui rend les mariages plus rares , en
en rendant les charges plus onéreufes ? N ’en
doutons pas : le luxe conduit toujours après
lui la mifére &amp; l’indigence ; fon éclat cil;
trompeur : il paroît, brille , s’enfuit. C ’ eft la
foudre qui frappe le lieu même qu’elle éclai­
re. Combien de familles opulentes qu’un
étalage trop pompeux de leurs richefles a
conduit à la plus défolante pauvreté ! Ce
font des fleurs qui fefânent, pour vouloir
trop s’épanouir.
Pourquoi ne pas chercher la caufe de la
dépopulation dans ces femmes immolées à
la proftitution, qu i, avec leur honneur,
vendent la vie de ceux à qui ils auroienc
pû donner l’être ou le conferver ? Dans ces
( u ) L’Ouvrage des Moeurs.

�C3° )
parents anéantis dont la vie eft déjà confumée par les débauches &amp; qui ne peuvent
prefque plus la communiquer? Les enfants
qui en nailTent péri lient prefque en naiffant ;
ils ne profpérent jamais s s’ils échappent à
la m ort, foibles, débiles, ils atteignent l’â­
ge viril , lans avoir la force ; leur vie e(t
une mort langui (Tante ; ils ne vivent point.;
ils meurent en détail.
Pourquoi ne pas la chercher dans les défordres de la jeunefTe, dont les fuites ordi­
naires font la caducité au fortir de l’ enfan­
ce ? Dans cette attention pernicieufe d’un
pere fur un feul de fes enfants, qui lui fait
oublier tous les autres ; qui pour facili­
ter une génération en détruit plusieurs &amp;
perpétue le luxe en perpétuant la trop gran­
de inégalité des conditions ? Dans ces ma­
riages d’intérêts, où l’on ne compte pour
rien les caprices , l’infociabilité des hu­
meurs ; qu i, au lieu d ’unir les cœurs les féparent pour jamais, qui font des nœuds
qu’ on rend mdùfolubles, fans les re(Terrer.
Que nos faux Politiques s’étudient donc
d ’avantage à ne pas confondre les vérita­
bles caufes d’un abus avec ce qui ne l’efl
pas s qu’ils n’établiffent pas des fuppofitions
ridicules, lorfqu’il s’agit de faits ; qu’ils aient
foin de ne pas confondre la liberté avec
l ’indépendance , la fouveraineté avec la ty­
rannie ,* qu’ils confultent en tout la faine raifon ; elle eft l’écueil de toutes les faufles
opinions; elle parle : le charme ceffe, l’illu(îon fe diflipe, le Phantômedu faux pré­
jugé s’eft évanoui.

T

A

B

L

E

Idée générale des préjugés,
Des préjugés déufage 0 »de fociété,
Des préjugés de parti ,
Des préjugés de Jiécle ,
Des préjugés de JyJlèmc,
Des préjugés de politique .

3
S
9
14
23
27

����</text>
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                <text>Dans cet opuscule, Portalis offre une réflexion et une critique de son siècle, du système et de la société. Pour le célèbre avocat et homme d'État, si certains préjugés sont ridicules et d'autres faux, tous sont dangereux</text>
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            <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
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            <name>Relation</name>
            <description>A related resource</description>
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                <text>Notice du catalogue : http://www.sudoc.fr/235227250</text>
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                <text>Vignette : https://odyssee.univ-amu.fr/files/vignette/RES-260008-1_Portalis_Prejuges_vignette.jpg</text>
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                <text>1 vol.</text>
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                <text>30 p. ;</text>
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                <text>In-16 </text>
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            <description>A language of the resource</description>
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                <text>monographie imprimée</text>
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                <text>printed monograph</text>
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            <name>Identifier</name>
            <description>An unambiguous reference to the resource within a given context</description>
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            <name>Coverage</name>
            <description>The spatial or temporal topic of the resource, the spatial applicability of the resource, or the jurisdiction under which the resource is relevant</description>
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                <text>France. 17..</text>
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            <name>Abstract</name>
            <description>A summary of the resource.</description>
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                <text> Jean-Etienne-Marie Portalis (1746-1807) est né d’Etienne Portalis, qui occupait une charge de notaire royal au Beausset. Il deviendra par la suite un avocat renommé du barreau Aixois et artisan de grands textes juridiques de son temps. En 1762, Jean-Etienne-Marie Portalis est alors étudiant à la faculté de Droit d’Aix-en-Provence et publie durant ses jeunes années des écrits qui le feront remarquer par la suite.&#13;
&#13;
Dans un premier ouvrage paru en 1763, sous le titre d'Observations sur une œuvre intitulée Emile ou de l'Education, Portalis critique ouvertement l'ouvrage de Rousseau en lui incombant la naissance d'un système philosophique qu'il nomme "esprit systémique". Cette vive critique s'adresse particulièrement non à celui qui lutte contre la religion chrétienne, mais à celui qui est opposé à toute religion.&#13;
&#13;
Dans la même année, l'auteur publie aussi cet ouvrage, Des préjugés. Il y expose les préjugés de parti, du siècle, du système, de la politique, d’usage et de la société de son temps et en fait une véritable critique. C'est semble-t-il une première ébauche de son traité De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique au 18e siècle, rédigé pendant son exil en Allemagne en 1799.&#13;
&#13;
Sources : J. Krynen, J.-L. Halpérin et P. Arabeyre (dir.), Dictionnaire historique des juristes français. XIIe-XXe siècle, PUF, 2017, notice de C. Delplanque, p. 829-831. </text>
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            <name>Provenance</name>
            <description>A statement of any changes in ownership and custody of the resource since its creation that are significant for its authenticity, integrity, and interpretation. The statement may include a description of any changes successive custodians made to the resource.</description>
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                <text>Bibliothèque droit Schuman (Aix-en-Provence)</text>
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        <name>Morale -- France -- 18e siècle -- Ouvrages avant 1800</name>
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        <name>Préjugés -- France -- 18e siècle -- Ouvrages avant 1800</name>
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